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GRAND PARI DE L’AGGLOMÉRATION PARISIENNE

CONSULTATION INTERNATIONALE POUR L’AVENIR DU PARIS METROPOLITAIN

CHRISTIAN DE PORTZAMPARC

Architecte-urbaniste, mandataire

LABORATOIRE C.R.E.T.E.I.L.

Institut d’urbanisme de Paris Université de Paris XII, co-traitant

Pour affronter le vertige de la question métropolitaine, la crise qu‘ elle représente,

il nous a fallu analyser son système, cet ensemble vivant, ses dynamismes et ses

blocages. Ce système n’est plus celui de la ville. De nouvelles notions se révèlent, de nouveaux outils conceptuels sont nécessaires pour le comprendre et agir.

A partir de la reconnaissance de la métropole comme point et interface dans un

réseau avec les autres métropoles du monde, comme immense phénomène que seule l’efficacité récente des liens immatériels a pu faire croître au-delà des capacités de ses réseaux de transports matériels, nous avons observé le système de pôles et de liens qui traversent et rendent complémentaires centre et périphéries . Nous avons repéré une possible croissance en rhizome, à travers les coupures et l’enfermement généralisé des lieux entre les « tuyaux » de transports rapides.

La métropole est la chance pour beaucoup de vivre la modernité du monde en évolution.

Mais c’est aussi le gaspillage environnemental et économique des ressources, le très grand danger de fixations dans l’espace des différences sociales et culturelles. Conjurer cette évolution, empêcher l’étouffement du fragile artefact technique qui constitue cet univers, le vivre différemment et mieux, exigent d’agir.

Agir sur le système d’ensemble et d’abord sur les urgences, les points nodaux du dynamisme économique et la fluidité des liaisons.

Agir pour réconcilier de proche en proche espaces fonctionnels à l’échelle métropolitaine et espaces physiques de proximité, agir pour satisfaire aux exigences d’une gestion durable des ressources.

PENSER

I. LA MÉTROPOLE EST-ELLE ENCORE UNE VILLE?

MÉTROPOLE ET AGGLOMÉRATION

UN ENSEMBLE HÉTÉROGÈNE ET DISCONTINU

LA DISJONCTION HESTIA-HERMES

UN LABYRINTHE IN-APPRÉHENDABLE

LA CRISE DES METROPOLES COMME CRISE DE LA MAITRISE DU MONDE MATERIEL

II. UNE CROISSANCE PARADOXALE

LE PARADOXE MÉTROPOLITAIN

LA MÉTROPOLE PARISIENNE, UNE MÉTROPOLE EN PANNE

L’APRÈS-KYOTO : UN CHANGEMENT DE PARADIGME

III. DES PRINCIPES POUR L’ACTION

PENSER LE TOUT : UN SYSTÈME VIVANT

PENSER APRÈS KYOTO

PENSER L’HÉTÉROGÈNE ET LE DISCONTINU, LE TEMPS

L’APPROPRIATION PAR LE CORPS, LA PERCEPTION, L’IMAGINAIRE.

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TABLE DES MATIÈRES

AGIR

I. DANS LA GRANDE DIMENSION :

Pour des fonctionnalités métropolitaines intensifiées

AMPLIFIER LA DYNAMIQUE DES RHIZOMES

STRUCTURER DES COMMUTATEURS METROPOLITAINS

GARANTIR LA FLUIDITE METROPOLITAINE

II. LES THEMES D’INTERVENTIONS

GÉNÉRIQUES SUR L’ESPACE

ASSEMBLER HESTIA ET HERMÈS –CRÉER DE NOUVEAUX AXES DE VIE

LE DURABLE C’EST LE TRANSFORMABLE. DES « RÈGLES DU JEU » CONTRE LES TERRITOIRES « BLOQUÉS ».

FAIRE ARCHIPEL

CRÉER DES BALISES MIX-CITÉS – L’APPROPRIATION PAR LA PRATIQUE ET LA PERCEPTION

III. SIX ETUDES DE TERRAIN :

La « fenêtre de projet » comme méthode

RHIZOME SUD: TROIS FENÊTRES

› Massy - Saclay, Orly - Massy, Evry-Grigny

RHIZOME NORD: TROIS FENÊTRES

ACCOMPAGNER LE VIVANT

Bobigny, Roissy - Le Bourget, Gare Europe

DE LA GOUVERNANCE

INTRODUCTION

Cette étude intervient à un moment historique.

Il y a près de quarante ans, le plan Delouvrier donnait un grand schéma d’ensemble pour construire la Région Parisienne.

Depuis lors, nous avons poursuivi ce plan, celui des villes nouvelles, mais nous n’avons pas vraiment continué à penser au tout. Car entre-temps, à partir des années 70, l’idée que la planification était dépassée, impropre à engager le futur, a succédé à la période planificatrice, progressiste, des « 30 glorieuses ». Ce basculement était comme un écho dans l’urbanisme du glissement général des modèles de pensée dominants vers l’hégémonie du marché et l’affaissement des régulations publiques. L’économie privée prenait le relais, dans les années 80, des efforts de l’Etat, de la Caisse des Dépôts, pour répondre à la crise du logement et aux besoins d’équipements appelés par les mutations économiques.

Pendant les trente glorieuses, la première croissance urbaine avait équipé et construit les cités qui ont permis de reloger les bidonvilles, crée la Défense et les villes nouvelles. Nous étions dans l’économie fordiste dominée par l’automobile et l’exode rurale. Il fallait loger en quantité. La planification et l’urbanisme, ce que l’on a appelé le mouvement moderne, cherchaient à municipaliser les sols et dessinaient les « plans masses » de logements collectifs.

Soudain, avec l’entrée des opérateurs privés dans les villes d’Europe, a émergé la recherche de modèles alternatifs, biens repérables dans les villes nouvelles par exemple : néo-moderne, néo-village, maisons, « new-urbanisme ». Après les certitudes, le désarroi .Tout était essayé. Sans un mot, dans les ateliers d’urbanisme d’Europe et des Etats-Unis, on s’est mis à prôner un retour à la ville ancienne. Après l’universel et les systèmes industriels qui pouvaient s’installer n’importe où, c’était le retour en force du contingent, de l’idée d’un urbanisme de quartiers qui répondait à des lieux et d’une architecture vouée à faire ville.

Bref retours sur les mutations des politiques publiques d’aménagement du territoire et d’urbanisme.

Les conditions générales rendant possible le pilotage du développement métropolitain ont profondément changé pendant la deuxième moitié du 20ème siècle tant au Nord qu’au Sud de la planète. Dans les années 1950 et 1960 nombre d’Etats, sans oublier les Etats les plus récents issus des processus d’indépendance post coloniale, recourent à la planification, soit impérative, soit indicative, pour mettre en oeuvre leur stratégie de développement national, dans un cadre autoritaire ou au contraire démocratique. Le marché est alors orienté ou contraint par les interventions publiques centrales et cela se traduit dans l’espace. Cet appareillage et cette régulation neokeynésienne sont

Les années 80 ont été celles du dynamisme de l’économie libérale. La notion de vitesse du retour sur investissement a guidé partout dans le monde les efforts de construction. Dans de nombreux pays, l’urbanisme a alors disparu, vécu comme contraignant et retardateur d’opération.

Le phénomène urbain se mondialisait, les logiques techniques qui le sous-tendent - principalement immatérielles -, se développaient, une nouvelle ère s’ouvrait. La conjonction de cette économie libérale et de l’organisation du monde en réseaux immatériels, imposant le rythme nouveau d’une «cyber-économie», faisait apparaître les métropoles.

L’idée de planification était rejetée, le mot même était devenu « ringard », soviétique, trop déterministe face à un monde changeant. Le marché n’était peut-être pas une boussole mais au moins rendait-il l’avenir visible en faisant croître les villes, et vite. Une sorte de vision idéologique était même théorisée, qui empruntait à l’économie libérale le principe autorégulateur du marché, la fameuse « main invisible ». Vision à laquelle on doit la notion de « ville émergente » promue dans les années 90, qui théorisait l’idée que le « chaos » de l’urbanisation actuelle n’est qu’apparent et que la ville qui se prépare est une ville que nous ne savons pas voir encore, une ville dont les vertus vont se révéler.

Nous avions découvert dès 1970 que les modèles, les bâtiments types, les grands zonings, ne pouvaient plus s’appliquer et qu’il fallait mesurer combien chaque cas était particulier. Mais nous nous opposions à l’idée des vertus immanentes dont était crédité ce chaos urbain. Nous pouvions en mesurer de façon massive et caricaturale les effets catastrophiques dans d’autres pays. L’exemple de Barra da Tijuca à Rio est éclatant à cet égard : le « marché » a produit, en vingt ans, quatorze kilomètres de ville formée de « gated communities », de bureaux et « shopping », le long de la côte, sans espace public, sans transports en commun, protégé contre les « favelas » voisines. Dans un tout autre registre, à la même période, la reconstruction de Berlin Mitte, ville dense classique, démontre qu’aucune réflexion n’a été faite sur la rue et l’îlot à notre époque : même si le résultat fonctionne et ne présente pas le caractère désastreux de l’exemple brésilien, il y a là le même aveuglement.

Parallèlement, la vitesse vertigineuse des urbanisations dans certains pays a entraînée l’obsolescence des « modes stylistiques », la prolifération des essais de toutes sortes et de la diversité ad nauseum.

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abandonnés au cours des années 70 – 90 tant aux Etats-Unis qu’en Grande-Bretagne en raison de l’essor des idées et pratiques du libre-échange et du libéralisme économique dans le monde, de la disparition du système collectiviste, de l’effritement du fordisme, de l’influence croissante des institutions financières privées et des cycles raccourcis des retours sur investissement.

L’examen des politiques territoriales mises en œuvre en France durant les cinquante dernières années illustre l’ampleur des transformations qui ont régi les rapports de la société et de son territoire, à diverses échelles. Le rôle de l’Etat centralisé apparaît dominant pendant la reconstruction, puis pendant les « Trente Glorieuses » (1945-1975) aux cours desquelles se déploie une politique nationale d’aménagement du territoire, pilotée par la Délégation à l’Aménagement du Territoire et à l’Action Régionale (DATAR) créée en 1963, et dépendante du Premier Ministre. L’Etat surplombe alors la société et édicte territo- rialement par des schémas et des politiques spécifiques ce qu’est l’intérêt général du pays. C’est l’époque de « la géographie volontaire ».

Huit métropoles doivent à terme équilibrer Paris, et elles sont privilégiées par d’importants programmes d’équipements publics pour leur permettre d’accueillir la croissance de type fordiste des entreprises – surtout industrielles – concentrées jusque là dans l’agglomération parisienne, à un moment où le pays s’industrialise fortement. Des villes nouvelles parisiennes et provinciales, la Défense sont créées sur initiative publique et les pouvoirs publics résistent alors aux fluctuations et cycles du marché immobilier. Le développement est impulsé par la puissance publique centrale qui mobilise des aides incitatrices à la localisation provinciale et des interdictions d’extension en région parisienne. Les plans d’urbanisme (POS et SDAU) et les permis de construire sont étudiés et validés par les services départementaux ministériels (Equipement et Agriculture). L’aménagement et l’urbanisme opérationnels sont dominés par l’ingénierie dite d’économie mixte de la Caisse des Dépôts et Consignations. Des réserves foncières sont portées financièrement par l’Etat central.

La décentralisation de 1982 transfère les compétences d’urbanisme aux communes et donc aux élus locaux et entame le monopole de l’Etat sur l’aménagement du territoire au profit

INTRODUCTION

Pour la première fois dans l’histoire, il n’y avait plus un paradigme de la ville reconnu par tous. Rupture majeure, passage d’un âge à un autre.

La métropole est un phénomène planétaire, sujet majeur de notre temps : pourtant, nous n’avons pas de pensée pour comprendre la métropole de Paris.

Or la grande région métropolitaine est la condition de notre avenir. Les faits nous alertent, les émeutes de 2006 nous réveillent. A la ville intégratrice et citoyenne, s’oppose la ville séparatrice où la République n’est pas respectée.

Certes, les étendues des nappes urbaines périphériques ne sont pas la cause des inégalités sociales, mais elles les fixent sur le territoire d’où elles ne peuvent plus sortir. Elles les renforcent par la difficulté d’accès aux services et aux emplois, à la formation. Le danger de la fixation des barrières sociales, de l’enfermement de zones- villes de non droit, de celui de quartiers de droit privatif, l’arborescence en impasse des réseaux de circulation, la déchéance, l’appauvrissement, la disparition parfois de l’espace public, sont des obstacles au développement : la métropole présente le danger d’être une fixation organisatrice de l’exclusion, de la relégation. D’être un amplificateur des effets de la crise dont la montée a accompagné la présente étude.

C’est ce que nous voyons poindre.

Mais la métropole est aussi le lieu possible de l’enchantement où nous découvrons le monde « en marche ». Avec elle, l’espace devient une encyclopédie de connaissances, de mémoire, de sentiments, le nouveau y apparaît, les dynamiques s’y enclanchent ou y rebondissent. Avec elle, le temps prend corps, (son « il a été » et son « il sera »). La métropole est un calendrier métaphysique et c’est pour une grande part ce qui sous- entend le travail et la passion de l’architecte, de l’urbaniste, du politique lorsqu’il projette.

La Métropole est un vertige. La réflexion sur le Grand Paris nous oblige à affronter ce vertige.

Elle nous oblige à nouveau à regarder vers le futur, à en discerner une vision, à le bâtir :

Penser, Agir.

des régions, les villes nouvelles retrouvant le droit commun peu après. Cette décentralisation a été préparée par une dizaine d’années de politiques contractuelles entre l’Etat et les villes :

villes moyennes, petites villes et pays, l’Etat dialoguant avec les élus, et n’agissant plus seul.

A partir des années 90 les investissements publics urbains sont

majoritairement le fait des collectivités locales, qui découvrent

la concurrence spatiale et l’égoïsme territorial pour maintenir

ou attirer chez elles activités et population. Les prospectives locales se multiplient, même si les intercommunalités s’accroissent. L’agglomération parisienne n’est plus pourvoyeuse de surplus. Le contexte économique se mondialise. La planifi- cation territoriale devient stratégique, en amont des normes qui fixent le droit d’usage des sols, et réunit acteurs publics et privés, en particulier dans les plus grandes agglomérations pour concilier des perspectives communes. Si les SCOT et les PLU constituent toujours l’encadrement réglementaire public des opérations urbaines, les ZAC privées et le rôle des opérateurs privés s’amplifient. L’augmentation du nombre de ménages en accession à la propriété passe le plus souvent par la forme du lotissement, et en périphérie des agglomérations. Les forces du marché arbitrent leurs implantations entre plusieurs espaces nationaux et s’imposent davantage aux autorités publiques. L’Etat s’efforce dès lors, non plus de réguler la répartition

territoriale de la croissance, mais de construire la compétitivité internationale d’un grand nombre de pôles spécialisés, d’où la nouvelle dénomination de la DIACT, qui ne vise plus à organiser

ni les territoires, ni les espaces urbains.

L’époque ancienne, optimiste : Le plan de « Barra da Tijuca » (banlieu de Rio

L’époque ancienne, optimiste : Le plan de « Barra da Tijuca » (banlieu de Rio de Janeiro - Brésil) de Lucio Costa prévoyait une ville radieuse au bord des lagunes.

Costa prévoyait une ville radieuse au bord des lagunes. Berlin Mitte : une reconstruction sans réflexion

Berlin Mitte : une reconstruction sans réflexion sur la rue et l’îlot.

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et l’îlot. GRAND PARI DE L´AGGLOMÉRATION PASISIÈNNE Vingt ans plus tard : la promotion privé à

Vingt ans plus tard : la promotion privé à entassé là des dizaines de « camps » fermés. Vu d’avion Barra da Tijuca ressemble à une île. Pourtant, c’est une succession de quartiers fermés le long des autoroutes, sans aucun espace public.

fermés le long des autoroutes, sans aucun espace public. LABORATOIRE C.R.E.T.E.I.L. Institut d´urbanisme de Paris -

I. LA MÉTROPOLE EST-ELLE ENCORE UNE VILLE? II. UNE CROISSANCE PARADOXALE III. DES PRINCIPES POUR L’ACTION

PENSER

I. LA MÉTROPOLE EST-ELLE ENCORE UNE VILLE?

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I. LA MÉTROPOLE EST-ELLE ENCORE UNE VILLE?

› MÉTROPOLE ET AGGLOMÉRATION

› UN ENSEMBLE HÉTÉROGÈNE ET DISCONTINU

› LA DISJONCTION HESTIA-HERMES

› UN LABYRINTHE IN-APPRÉHENDABLE

› LA CRISE DES METROPOLES COMME CRISE DE LA MAITRISE DU MONDE MATERIEL

PENSER › I. LA MÉTROPOLE EST-ELLE ENCORE UNE VILLE? La diversité des tissus métropolitains 12
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PENSER

I. LA MÉTROPOLE EST-ELLE ENCORE UNE VILLE?

PENSER › I. LA MÉTROPOLE EST-ELLE ENCORE UNE VILLE? La diversité des tissus métropolitains 12 CHRISTIAN
PENSER › I. LA MÉTROPOLE EST-ELLE ENCORE UNE VILLE? La diversité des tissus métropolitains 12 CHRISTIAN

La diversité des tissus métropolitains

MÉTROPOLE ET AGGLOMÉRATION

Chaque ville nous apparaît irréductiblement singulière, produit d’une histoire, d’une géographie, d’une économie et d’une politique particulières. Contre les systèmes réducteurs et globalisants, les grands plans trop déterministes, nous avons depuis longtemps insisté sur le particulier, le lieu, et le cas dans les situations urbaines. Face à la recherche du modèle universel, du traitement industriel des questions urbaines, c’était l’affirmation d’un retour ironique du contingent. Nous repartions du terrain et de ses acteurs.

Mais la pratique urbaine et la localisation de chaque réalité de la ville ne doit pas nous empêcher de comprendre l’échelle du phénomène urbain et de le subir en aveugle. D’une ville à l’autre des traits émergent à l’évidence.

Adoptant le terme de « métropole » face à celui d’agglomération ou de mégapole, nommons-nous seulement une croissance quantitative ou pointons-nous un changement d’état ?

Sur le plan spatial, nous voyons dans l’agglomération une extension de la ville en une vaste nappe, organisée par le rapport traditionnel entre un centre et une périphérie. Les performances des réseaux de transports rapides, des télécommunications qui ont amplifié les mobilités, permis les changements résidentiels et étendu le marché foncier, ont permis des extensions sur le territoire qui débordent la «physique classique» de la ville qui se mesurait encore au début du siècle dernier à l’heure de marche humaine.

Ce mouvement s’est accéléré dans les années 50 et 60 dans les pays se développant, les croissances ont été de l’ordre du millier de nouveaux habitants par jour pendant deux ou trois décennies dans des villes comme Istanbul, Mexico ou Sao Paolo.

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PENSER

I. LA MÉTROPOLE EST-ELLE ENCORE UNE VILLE?

2008 est l’année où le nombre d’urbain est majoritaire sur la terre. Partout dans le monde, la très grande ville représente la chance de transformer sa vie même si le risque de misère y est grand. Faire en sorte de ne plus dépendre d’un seul lieu mais accéder à une infinité de lieux, d’occasions, voilà l’attrait métropolitain qui fait affluer chaque jour les nouveaux citadins dans les conditions les plus précaires.

Quand la distance n’est plus le seul paramètre qui ordonne les lieux, quand le grand éloignement n’est plus qu’un facteur modulable grâce aux transports, advient alors l’agglomération. Dans le premier mouvement de croissance qui la produit, l’espace physique y est encore le « médium » principal, celui qui permet de comprendre l’agglomération ou de la déclarer impraticable comme c’est le cas de ces immenses agglomérations qui étouffent. Parler d’agglomération c’est parler d’un espace qui peut- être étendu mais reste - bien, mal ou très mal comme dans ces immenses agglomération qui étouffent - praticable selon les réseaux matériels de transports, conditionné par eux selon des principes de continuité, d’accessibilité, de contiguïté, organisé dans la hiérarchie des proximités et des visibilités.

Le cyberespace, la conquête de l’ubiquité

Dans les vingt dernières années, l’extension des réseaux du commerce, de l’information, de la télévision, d’internet a lancé une second vague de débordement. Mais deux phénomènes nouveaux ont frappés les imaginations dans les grandes urbanisations récentes qui « émergent » depuis 30 ans dans le monde.

La rapidité de leur apparition et de leur croissance est le premier. Avec “l’incorporation’ de la télévision, de l’informatique, de la téléphonie mobile, du réseau internet, cette seconde vague représente le stade du cyberespace, dont les techniques ont engendré le fait métropolitain.

La constitution de l’espace proprement métropolitain, c’est désormais la conquête de l’ubiquité, de la télé-présence et de la maîtrise des flux d’information dans l’immatériel. La vitesse, les transports rapides puis les télécommunications, ont été pour l’agglomération ce que l’ascenseur est au gratte-ciel : une condition d’existence

de la croissance. Avec le cyberespace dans la vie pratique il y a une mutation : une déspatialisation, un « découplage » pourrait-on dire, entre deux mediums relationnels,

le matériel et l’immatériel.

Lorsque le téléphone était apparu, on avait dit que les concentrations urbaines, ces

«villes tentaculaires» qui faisaient peur, ne seraient désormais plus nécessaires, que l’habitat et le travail pourraient se diffuser dans la campagne. On sait ce qu’il en

a été : le téléphone et la voiture se sont très vite révélés produire en retour des

concentrations urbaines plus grandes encore ; plus de nouveaux contacts étaient pris,

plus de nouveaux rendez-vous d’affaire devenaient nécessaires, plus de nouveaux centres d’affaires apparaîssaient.

Aujourd’hui pareillement, il est illusoire d’imaginer que le cyberspace dissoudra la pression métropolitaine. Les « vidéoconférences » décuplent en fait les opportunités de rencontres et les nécessités de proximité.

Concentration et étalement : on reconnaît dans la croissance phénoménale des villes ce double mouvement. Magnétisme du centre se densifiant et diffusion lointaine des périphéries sont deux faits qui ont souvent été en conjugaison, répondant à des facteurs distincts.

Le désordre et l’impréparation sont le second phénomène frappant, à ce degré, de cette seconde vague de grandes urbanisations des dernières décennies. Nous y reviendrons, mais il est clair que si tout urbanisme est la résultante des tensions entre pulsions privées et publiques, c’est la prééminence sans conteste des premières qui marque le mouvement de métropolisation.

Une dynamique fonctionnelle qui submerge la dynamique spatiale

Le mouvement par lequel se constitue l’agglomération aussi bien que celui qui porte

la métropolisation est toujours à la conjonction de deux mêmes dynamiques, cause et

effet l’une et l’autre.

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Mexico

l’autre. GRAND PARI DE L´AGGLOMÉRATION PARISIENNE Mexico LABORATOIRE C.R.E.T.E.I.L. Institut d´urbanisme de Paris -

PENSER

I. LA MÉTROPOLE EST-ELLE ENCORE UNE VILLE?

Une dynamique spatiale, tout d’abord, impulsée par la concentration des populations et l’extension territoriale de cette concentration. Cette première dynamique opère sur les formes des transformations physiques de la planète que représentent la croissance urbaine et le fait métropolitain. Elle traite des lieux, des territoires, de la physique, de la matière. Elle se mesure en kilomètres, en millions de migrants, en hauteurs de bâtiments ou en volumes de CO².

Une dynamique fonctionnelle, ensuite, qui est, au contraire de la précédente, a-spatiale. Elle est impulsée par la concentration des fonctions de création de richesse, de savoir, de communication, de management et de représentation dans certaines villes ou dans certaines zones de villes. Elle est non spatiale parce qu’elle renvoie aux flux immatériels de la finance et de l’information, de la circulation du savoir. Elle semblerait défier la localisation, si elle ne concentrait dans certaines grandes villes des centres de direction et de contrôle.

L’interaction des deux dynamiques est constante et ancienne : des afflux de population se sont de tout temps concentrés, aimantés par les possibilités d’une vie meilleure possible là où se croisaient les flux de commerce et de savoir ; en retour se développaient là les centres de décisions, de recherche, de production, qui y trouvaient population, main d’œuvre et marchés considérables. Mais avec la métropolisation, et c’est une donnée nouvelle essentielle, la force de la dynamique fonctionnelle entre désormais en contradiction structurelle avec la dynamique spatiale.

Dans la métropole, l’espace n’est plus le médium principal. Et il est en retard.

L’espace matériel y semble le plus souvent comme laissé-pour-compte. Les disparités s’accentuent, les distances fixent alors dans l’espace des barrières infranchissables au sein de la société. Ceci établit ce sentiment de « crise chronique», certes aussi ancien que la ville elle-même, mais que la métropolisation a portée aujourd’hui à un paroxysme.

Cette puissance des relations immatérielles a entrainé la croissance des transports matériels, du réseau international des aéroports et des pôles d’affaire. Certaines des

GRAND PARI DE L´AGGLOMÉRATION PARISIENNE

grandes villes du monde se sont placées ou se sont trouvées entraînées dans ce flux et sont devenues des têtes de ce réseau. Cela fait longtemps, après Saskia Sassen, que le système planétaire des « villes mondes » est reconnu. Parler de métropoles c’est parler de ce système en réseau mondial dans lequel elles existent. La métropole est une tête qui émet et reçoit du monde entier. Elle est un nœud dans un réseau, elle fait système et n’existerait pas seule. La métropole se présente ainsi comme une position à la fois locale et déterritorialisée. Elle est dans un centre espace, celui des processus d’interface que constitue le réseau mondial entre des pôles d’émissions et de productions matériels et immatériels, dans le cadre des échanges commerciaux comme des échanges de la politique, du savoir, de la recherche, du management de la finance. Elle existe comme « Topos » actif dans une topologie de réseaux des flux mondiaux (Saskia Sassen – Manuel Castells).

La métropole apparaît quand les fonctions économiques et de communication ont pris une importance et un développement qui excéde les besoins, les opportunités, les moyens mêmes de son territoire, de son hinterland, de son pays. En ce sens il y a métropole quand s’affirme la mondialisation.

sens il y a métropole quand s’affirme la mondialisation. Une tête de réseau mondial Le câblage

Une tête de réseau mondial

Le câblage sous les océans par les lignes de connexion internet a ouvert une étape nouvelle dans la course à l’annulation des distances et de l’espace physique matériel qu’avaient ouvert le train, le téléphone, l’automobile. Dans la rapidité et la quantité des échanges – le « temps réel » a-t-on appelé ce temps nouveau de l’immédiat, ce temps affranchit des attaches terrestres – l’information, les décisions, les échanges financiers et commerciaux, le management, sont entrés dans le fonctionnement de l’informatique et de la communication immédiate.

Cette puissance des relations immatérielles a entrainé la croissance des transports matériels, du réseau international des aéroports et des pôles d’affaire. Certaines des grandes villes du monde se sont placées ou se sont trouvées entraînées dans ce flux et Carte des réseaux de transport de données

PENSER

I. LA MÉTROPOLE EST-ELLE ENCORE UNE VILLE?

sont devenues des têtes de ce réseau. Cela fait longtemps, après Saskia Sassen, que le système planétaire des « villes mondes » est reconnu.

Parler de métropoles c’est parler de ce système en réseau mondial dans lequel elles existent. La métropole est une tête qui émet et reçoit du monde entier. Elle est un nœud dans un réseau, elle fait système et n’existerait pas seule. La métropole se présente ainsi comme une position à la fois locale et déterritorialisée.

Elle est dans un espace spécifique, celui des processus d’interface que constitue le réseau mondial entre des pôles d’émissions et de productions matériels et immatériels, dans le cadre des échanges commerciaux comme des échanges de la politique, du savoir, de la recherche, du management de la finance.

Elle existe comme « Topos » actif dans une topologie de réseaux des flux mondiaux (Saskia Sassen – Manuel Castells).

La métropole apparaît quand les fonctions économiques et de communication ont pris une importance et un développement qui excéde les besoins, les opportunités, les moyens mêmes de son territoire, de son hinterland, de son pays. En ce sens il y a métropole quand s’affirme la mondialisation.

Ce schéma a dix ans seulement et est déjà dépassé

Le système métropolitain mondial Durant, Gimeno, 1997
Le système métropolitain mondial
Durant, Gimeno, 1997

UN ENSEMBLE HÉTÉROGÈNE ET DISCONTINU

La grande ville classique est arrivée à son optimum avec le déplacement à pied et à cheval. C’est avec l’automobile et le train métropolitain que deviennent possibles les très grandes nappes urbaines que sont les agglomérations.

L’homogénéité du système des îlots et de la rue caractérise la ville classique. L’espace public y est le medium dominant, celui qui organise les lisibilités et les relations qui reposent sur les enchaînements de proximité et de lisibilité, un système « hiérarchique » qui rapproche ou éloigne selon les contigüités et les accessibilités. Les principes de composition de la ville baroque ont été le sommet de cette culture de l’espace.

Revenons un instant sur l’espace de la ville qui a prévalu durant vingt siècles pour soulign- er l’homogénéité de son organisation structurelle. Elle est héritée de «l’invention» de la rue par la Grèce. Dans le principe de la rue, le système spatial prévu, dessiné, or- ganise l’agglomération. Même dans ses déclinaisons «vernaculaires » et déformées qui ont vu les chemins de campagne devenir des rues, il y a un tracé hérité ; cette ville à rues est certes bien différente de la médina ou de la favela qui s’organisent par addi- tion de cellules et dégagements progressif de « couloir » de distribution (par achat de parties d’habitations souvent). Dans les deux cas cependant, nous avons une densité homogène et une « nappe » continue dans laquelle les espaces clos et couverts domi- nent sur les espaces vides, les « couloirs publics » et les rues.

La rue et sa déconstruction

La rue concentre les fonctions techniques les plus nombreuses : réseaux, adduction de l’eau, du gaz, de l’électricité, des évacuations, de la mobilité des habitants à pieds, en calèche, en voiture, éclairage et aération des logements, achalandage des com- merces.

GRAND PARI DE L´AGGLOMÉRATION PARISIENNE

des com- merces. GRAND PARI DE L´AGGLOMÉRATION PARISIENNE Millet (500 av J-C) LABORATOIRE C.R.E.T.E.I.L. Institut

Millet (500 av J-C)

PENSER

I. LA MÉTROPOLE EST-ELLE ENCORE UNE VILLE?

La rue pourtant ne se présente pas comme un simple dispositif technique. Elle est l’interface de la société et des individus, du public et du privé. Elle est le mode de lecture et de représentation d’une communauté publique qui met en relation le privé multiple avec l’unité d’un espace public. La limite entre privé et public qu’elle instaure comme loi permet le commerce foncier, la sécurité. Elle est le théâtre de la rencontre enfin. Le système des rues fonctionne comme un « moteur de recherche » : il permet de « trouver », de s’approprier le monde, de savoir où sont les autres, de rendre accessible le système. Les lignes des déplacements, les trajets, les avenues, sont aussi les lignes des échanges de la diffusion des informations, du commerce, qui fixent les lieux de vie de proche en proche.

La ville des rues enseigne, en silence, à chaque enfant la chose publique et le monde du dehors comme richesse accessible, appropriable.

On peut dire alors de la rue qu’elle est une forme symbolique.

Elle est le paradigme du système urbain de la ville dense « classique » pendant plus de deux mille ans.

Sur le plan de la structure de l’espace urbain, il faut alors revenir sur les étapes de constitution des centres, des banlieues et des périphéries de la ville européenne en tant que tels. Ils sont en effet le fruit d’une histoire commune.

Les banlieues, déjà constituées avant la guerre de 1939-45, sont encore des villes « à rues » et îlots, mais moins homogènes que la ville centre. L’ordre ancien est bousculé, cet ordre de la marche à pied, de l’axe visuel, des « compositions » urbaines et de leur alignement, qui avait toujours su, au cours des siècles, accorder les poussées désor- données de l’immobilier venu des pressions individuelles avec la nécessité de règles, d’arbitrages, de respect d’un ordre, de l’intérêt public représenté par une autorité.

Les périphéries sont, elles, marquées par une véritable « rupture» idéologique chez les urbanistes : le rejet de la rue et l’installation des grands réseaux.

le rejet de la rue et l’installation des grands réseaux. 20 CHRISTIAN DE PORTZAMPARC Architecte-urbaniste,

Ce moment du refus de la rue, de son exclusion sur toute la planète comme « outil » du plan de ville est crucial pour comprendre l’enjeu spatial de toute planification des espaces de périphéries ; c’est une réversion de la vision de l’espace, de la topologie selon laquelle ont été considérés les pleins et les vides qui forment la ville de l’Age classique.

La « déconstruction » de la rue est un geste qui emprunte à la logique technique de la production industrielle, qui affirme la désuétude des modèles «symboliques » et qui indexe toute la conception et, partant, la perception et la pratique de l’espace à une addition illisible - parce qu’indifférente à l’animal humain - de performances tech- niques en réseaux.

L’éviction du concept de la rue est un fait culturel capital qui a été transposé du mode de pensée technique et selon sa méthode, sans que cela n’ait jamais à être dit tant la culture technique imprégnait l’idéologie générale. C’est ce que nous avons décrit

« déconstruction » de la rue comme forme symbolique, ouvrant sur une

segmentation de la réalité en champs de compétences et de performances.

comme la

De la métropole comme artefact technique

C’est désormais un principe de distribution analytique des performances fonctionnelles, distribution que la rue accomplissait auparavant, qui présidait à un schéma « total » de ville, aux « établissements humains ». Ce fut le travail de la Charte d’Athènes, mais il est probable que, même sans ce travail, les services d’urbanisme du monde entier auraient adoptés une orientation similaire dans les années cinquante tant était domi- nante l’attraction de l’efficacité de la pensée technique. On connait certes quelques exemples de résistance à cette pensée dominante dans les années cinquante : la Sta- line Allée à Berlin Est, le Bucarest de Ceausescu. Mais ces résistances n’ont existé que parce qu’une vision et une idéologie alternative ont été imposées par des pouvoirs autoritaires.

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Etude et analyse du système “rue-bâti”
Etude et analyse du système “rue-bâti”

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I. LA MÉTROPOLE EST-ELLE ENCORE UNE VILLE?

La technique conditionne tout de la métropole, le transport, l’alimentation, la com- munication, l’information, le sport, le commerce. Elle hiérarchise, créant l’ordre des nécessités incontournables avec ses projets, son coût, ses accidents, ses pannes.

Elle conditionne des comportements, elle dynamise, transforme et bouscule le com- merce, crée des besoins, des sujétions, accentue les inégalités entre les hommes tout autant qu’elle les relie. Comme les saisons, les crues, la météorologie, les terres et les plantes, l’artéfact technique urbain est devenu notre nouveau milieu, une anti- nature qui a pris la place de la nature. La division du travail et des fonctions est à son principe.

Or la technique n’est pas seulement un outil. Elle est une culture, elle induit des logiques, des modes de pensée qui dépassent toujours largement le champ délimité dans lequel elle agit et la finalité des systèmes et objets qu’elle met en place.

La segmentation de l’artéfact global de la grande ville en champs de techniques induit la séparation dans la pensée, la méthode d’administration, dans l’installation et dans la gestion des systèmes par les acteurs, sociétés privés ou publics qui construisent et entretiennent cette ville. Les logiques propres aux réseaux sont séparées, des plate- formes logistiques aux centrales téléphoniques, des usines de traitement d’eau ou de déchet aux réseaux routiers, des satellites de communication à la collecte des ordures, des journaux télévisés aux réseaux des magasins d’alimentation.

Ces systèmes sont nécessairement disjoints parce que leur efficacité est dictée par des objectifs de performances propres, de rendement et souvent aussi de bénéfice. Il est apparut d’ailleurs que cette segmentation et ses conséquences dans le zoning de l’urbanisme moderne qui avait été pensé par et pour une action publique administrée ou unifiée d’aménagement, a ensuite accueilli partout avec facilité l’économie libérale privée parce que celle-ci se présente justement déjà segmentée en « métiers » : les constructeurs de maisons, les promoteurs de centres commerciaux, de logements en accession, de bureaux, etc

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Or la segmentation des objectifs pour chaque administration, chaque compagnie privée, ne peut combiner par miracle une bonne synthèse répondant à tous.

La métropole peut-elle relever de la seule méthode de pensée et d’administration technique ?

Certes, les logiques qui président aux méthodes et installations des mobilités des plateformes logistiques ou des « pôles » tertiaires sont évidemment réfléchies en fonction de l’ensemble du territoire qu’elles induisent. Mais dans l’arbitrage de la décision et face à la difficulté d’une vision claire de l’intérêt général ou de l’expression de cette vision par une instance de gouver- nance, les facteurs prédominants aux choix sont sectoriels, ou centrés sur un objectif de rende- ment ou de retour sur investissement particulier d’une société.

La métropole est donc un système, une structure nouvelle, un immense artéfact technique, fragile, confus, conditionné par les réseaux matériels et immatériels. Ces systèmes de con- nexion – ou réseau à grande vitesse – ne sont plus attachés à l’espace physique de proximité soit qu’il le traverse et le coupe comme les réseaux de train et d’autoroute, soit qu’il le câble, le survole ou utilise les ondes. La sédimentation, l’image du palimpseste qui a caractérisée la croissance des villes depuis des siècles, cette lente superposition des transformations progres- sives par la multitude des échanges fonciers qui a marqué l’évolution de la ville classique, n’opèrent plus dans la métropole. Les poches de territoires sont de plus en plus figées, spéciali- sées – zones pavillonnaires, cité pauvre, cité riche, zone d’activités, zone logistique, centre de commerces, réseaux, etc… Autant d’entités trop massives pour permettre un commerce foncier fluide et les initiatives individuelles qui a caractérisé le phénomène urbain. La métropole voit ses espaces bloqués au « libre jeu du temps ».

Cette organisation, en juxtaposition et coupures des territoires périphériques, variant selon les pays, est le grand héritage du XXème siècle. Il marque la plus grande surface des villes et ac- cueille en France plus de la moitié de la population.

Dans les métropoles, l’espace matériel semble le plus souvent comme laissé-pour-compte. Les disparités s’accentuent, les distances fixent alors dans l’espace des barrières infranchissables au sein de la société. Ceci établit ce sentiment de « crise chronique», certes aussi ancien que la ville elle-même, mais que la métropolisation a porté aujourd’hui à un paroxysme.

PENSER

I. LA MÉTROPOLE EST-ELLE ENCORE UNE VILLE?

Tel est le paradoxe de la métropole : c’est la maîtrise de la distance et des connex- ions qui l’a fait naître et grandir immensément, c’est elle qui la met toujours plus en crise.

La métropole, un fait antropologique neuf

Si nous insistons pour dire que la métropole n’est plus la ville, c’est parce que l’illusion sémantique du mot ville appliquée à la métropole (ville nouvelle, ville privée, cœur de ville, etc) masque sa réalité et incite à se rabattre sur le modèle ancestral, penser en tâche d’huile compacte, ou penser en addition de «villages» (ce que fait peu ou prou Los Angeles mais avec des poches spécialisées et une richesse globale d’activités de pointe élevées.).

On est alors conduit à réfléchir aux différentes configurations des espaces de la ville en observant une articulation entre trois espaces superposés :

L’espace des centres historiques de la ville classique, qui relève d’une structure ar- ticulée sur le piéton, la calèche et l’heure de marche à pied, caractérisée par le sys- tème de la rue et de l’îlot.

L’espace de la périphérie de ce centre, dont le territoire a atteint avant la métropoli- sation les limites de desserte offertes par les réseaux autoroutiers et ferroviaires :

c’est l’agglomération. Sur le plan de la structure urbaine, elle est caractérisée par son caractère hybride. Les segmentations de territoire imposées par les grands réseaux de transports internes et externes ont des effets de coupures de territoires, alors que le réseau dense du centre a fait l’objet d’ouvrages d’art qui préservent les continuités entre quartiers. Dans le cas de Paris et de nombreuses agglomérations on distingue clairement une périphérie ancienne, banlieue, qui est structurée selon le type clas- sique du centre, et la périphérie plus récente générée par les transports rapides.

C’est au sein d’un autre espace, le cyberespace, que se constitue la métropole. L’espace physique classique est bousculé : encore présent, nécessaire, inefficient pourtant, per- pétuel obstacle que la vitesse cherche à nier dans les nouveaux territoires urbains qui apparaissent.

Une dislocation des hiérachies de proximité.

Comme nous l’avons dit, dans cette métropole, le principe de la hiérarchie des prox- imités est éclaté. Ce nouvel espace, crée par et pour les réseaux, est difficile à vivre. L’enchaînement d’échelle qui allait de l’îlot au quartier, du secteur à la commune ou à l’ex-village englobé, y est disloqué, les lieux, les pôles de l’appartenance sont indis- tincts, les interdépendances sont multiples et ne réfèrent plus que secondairement à la proximité spatiale. Or cet ordre ancien de la marche à pied, de l’axe visuel, des « compositions » urbaines et de leur alignement, s’il est insuffisant pour traiter l’espace métropolitain, est toujours celui de notre corps, de nos sens, de notre mémoire.

Un nouveau rapport entre centre et périphérie

Au caractère binaire (cellule centre et anneau périphérique) que présentent les agglo- mérations toujours « hyper-centrées », il faut opposer que le stade métropolitain a be- soin de périphéries beaucoup plus actives, complexes et spatialement éclatées. Les pôles fonctionnels de la métropole sont plus importants, plus différenciés, ils communiquent directement entre eux et avec les gares, aéroports, ils sont liés par les réseaux de com- munication. Ils sont comme plusieurs « organes spécifiques » : ainsi, la Ranstadt a quatre centres et son hub aéroportuaire Schiphol, au milieu, est aussi la tête de réseau d’un pôle d’affaire ; ainsi encore à Tokyo, ou ces pôles fonctionnels représentent une sorte de polycentrisme.

La métropole installe les fonctions qui lui sont nécessaires sur le grand territoire dont elle a besoin. Sa fonction de tête de réseau domine son rapport avec le pays et lui dicte ses orientations, qui excédent ce que le centre « intra-muros » peut offrir. La métropole ne peut plus se suffire de son centre, centre et périphérie entrent en complémentarité.

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I. LA MÉTROPOLE EST-ELLE ENCORE UNE VILLE?

PENSER › I. LA MÉTROPOLE EST-ELLE ENCORE UNE VILLE? 26 CHRISTIAN DE PORTZAMPARC Architecte-urbaniste, mandataire

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GRAND PARI DE L´AGGLOMÉRATION PARISIENNE LABORATOIRE C.R.E.T.E.I.L. Institut d´urbanisme de Paris - Université Paris

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I. LA MÉTROPOLE EST-ELLE ENCORE UNE VILLE?

LA DISJONCTION HESTIA-HERMES

La ville, c’est circuler et séjourner.

Tout le principe de « ville », de la médina jusqu’à notre anti-ville qu’est la métropole, tient au binôme mobilité /séjour, ou, si l’on préfère, accessibilité / installation. Dans la ville classique, ces deux fonctions sont liées, avec la rue et l’îlot. Bruno Queysanne, dans une étude sur Los-Angeles, parle d’Hestia et Hermès, divinités grecques que Jean- Pierre Vernant avait présenté comme toujours associées en duo, en y voyant le duo du dieu du mouvement (du commerce, de l’agora, de la rue, de la mobilité) et de la déesse du foyer (de l’installation fixe).

Or plus on s’approche de la métropole plus ce couple est dissocié. Avec la métropole, il est rompu ! Dans la métropole, la masse d’installation physique considérable que les réseaux immatériels ont permis de développer malgré l’inadaptation, a rendu chro- nique l’inaccessibilité de l’espace. Il y a crise.

La grande machine métropolitaine est un circuit qui marche bien dans l’immatériel et mal dans le physique. L’espace physique est dépassé, on l’a dit. Une partie de la population en est exclue, la position de chacun sur le territoire et l’accès aux réseaux deviennent des marqueurs sociaux.

Une analyse de tissus métropolitains, de ses formes récurrentes et repérables, montre dans une lisibilité comparative, (on y lit coupures, enclavements et juxtapositions), le territoire hybride, segmenté, différencié, non homogène, des périphéries. Cette analyse des types de zones fonctionnelles et programmatiques (pavillonnaires, cités, villes nouvelles avec ses modes des différentes décennies, parcs d’activités, etc ) s’intéresse aussi aux systèmes, aux voiries, liaisons, segmentations, distorsions des fluidités entre les secteurs bâtis. On sait que ce système des espaces publics est beau- coup plus discontinu, distendu, difficile à pratiquer dans les métropoles et toutes les périphéries, dès lors qu’a été abandonné le rapport rue-îlot, perçu comme dépassé et non identifiable dans nos programmes, nos mœurs, nos techniques.

GRAND PARI DE L´AGGLOMÉRATION PARISIENNE La Courneuve, Saint-Denis (93) LABORATOIRE C.R.E.T.E.I.L. Institut d´urbanisme

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GRAND PARI DE L´AGGLOMÉRATION PARISIENNE La Courneuve, Saint-Denis (93) LABORATOIRE C.R.E.T.E.I.L. Institut d´urbanisme

La Courneuve, Saint-Denis (93)

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I. LA MÉTROPOLE EST-ELLE ENCORE UNE VILLE?

PENSER › I. LA MÉTROPOLE EST-ELLE ENCORE UNE VILLE? Quand les routes deviennent des rues Quand

Quand les routes deviennent des rues

ENCORE UNE VILLE? Quand les routes deviennent des rues Quand les rues sont dessinées et forment

Quand les rues sont dessinées et forment des îlots

Quand la ville s’agrandit au long de ses routes

des îlots Quand la ville s’agrandit au long de ses routes Le rejet de la rue,

Le rejet de la rue, la ville des « objets » et des tuyaux

Le rejet de la rue, la ville des « objets » et des tuyaux La ville

La ville des pavillonnaires et des impasses

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GRAND PARI DE L´AGGLOMÉRATION PARISIENNE Après la première couronne qui étendait la ville de l’espace physique

Après la première couronne qui étendait la ville de l’espace physique des proximités, les « tuyaux » des voies rapides emprisonnent des « secteurs » souvent monofonctionnels. Hestia et Hermès sont séparés.

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I. LA MÉTROPOLE EST-ELLE ENCORE UNE VILLE?

On retrouve partout les structures des réseaux (auto, voies ferrées, parcs logistiques, etc…) qui traversent les nappes urbaines périphériques, segmentent des secteurs qui ont été bâtis en zones fonctionnelles homogènes (pavillons, grands ensembles, centres commerciaux, activités). Par leur structure viaire, leur homogénéité, leur position, leur éloignement, leur enclavement, ces espaces sont souvent d’emblée favorables aux « ghettoïsations » lorsqu’elles sont résidentielles, avec assignation dans des « poches fermées ». Le même phénomène est visible parfois pour les zones résidentielles les plus riches qui se referment: l’espace public, la voirie, sont coupés du réseau des es- paces publics et dessinés à partir d’une seule entrée, segmentés en arborescences avec impasses. On constate en Europe les prémices de ces villes privées déjà nombreuses ailleurs.

On peut alors lire cette structure : liens rapides, tuyaux / poches enfermées dans ces tuyaux, plus ou moins spécialisées / voiries de distribution de ces poches /“îlots” crées par ces voiries.

Un espace partout bloqué : Hestia enfermé par Hermès

C’était déjà en germe avec la grande agglomération : Hermès enferme Hestia. Ou parfois Hestia étouffe Hermès. Les lieux de la métropole sont figés. Pour une grande partie d’entre eux ils n’ont pas beaucoup de valeur, le futur est « coincé ». Emprison- nés entre les barrières des réseaux à grande vitesse qui sillonnent son territoire, les poches bâties sont constituées « d’opérations immobilières » monothématique. Ces « zones » ne sont pas installées dans un réseau de rues, c’est-à-dire un système continu où « tous les chemins mènent à Rome », mais sont le plus souvent desservies par des systèmes de voiries en boucle, en peigne, en arbre avec impasses. Cette situation in- terdit d’imaginer une « plasticité foncière », la métropole est peu durable en ce sens premier qu’elle est peu transformable : le marché des terrains est limité aux reventes pour l’immobilier d’activité, non seulement parce que l’accessibilité est en général médiocre et parce que la présence, l’adresse, la visibilité, est faible.

que la présence, l’adresse, la visibilité, est faible. Les poches privées, les boucles, les impasses, la
que la présence, l’adresse, la visibilité, est faible. Les poches privées, les boucles, les impasses, la

Les poches privées, les boucles, les impasses, la fin de l’espace public : tendance planétaire…Quand tous les chemins « ne mènent plus à Rome ». Fini la « Res publica ».

UN LABYRINTHE IN APPRÉHENDABLE

L’espace de la ville nous est habitable et familier à la faveur d’images mentales que nous construisons malgré nous en fonction de notre expérience. Ces images bâtissent un sché- ma, une facilité à s’orienter. La perception, la curiosité, la mémoire sont sollicitées.

Mais, dans la métropole et son Hermès à grande vitesse, tout est fléché et il est inutile de se servir de son sens de l’orientation. Avec le GPS, il devient dangereux de conduire en essayant de retrouver son chemin par les repères locaux. Nos sens et leur relation avec le monde physique sont dès lors mis à pied. Sans flèche, nous sommes perdus.

La métropole nous apparaît partout comme le labyrinthe de l’immensité, un trop, un vertige. Une difficulté à se retrouver. A aller d’ici à là, à franchir les barrières, les voi- es, les trains, les distances. Chacun a ses quelques itinéraires. Personne ne comprend l’ensemble.

De ce Grand Paris, on ne peut assembler les échelles.

Il y a l’ordre des lieux, du corps, de la pratique, et de la perception de l’espace physique

par chacun, et c’est le palier, l’asphalte, le paysage qui défile de la fenêtre du train. Et il y

a l’ordre du fonctionnement, des structures et des systèmes, des zones territoriales et de la multitude, et c’est la cartographie, la vision du satellite.

Entre les deux ordres un abîme. La métropole n’est pas un tout, n’a pas de nom, n’a pas de représentation. On n’en construit pas une image mentale, elle n’a pas d’entité politique. La dimension. On est en difficulté pour imaginer comment agir sur les nappes insaisiss- ables, indéfiniment fragmentées. C’est vider l’océan avec un verre d’eau.

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I. LA MÉTROPOLE EST-ELLE ENCORE UNE VILLE?

LA CRISE DES METROPOLES COMME CRISE DE LA MAITRISE DU MONDE MATERIEL

La crise des métropoles est celle de notre capacité à maîtriser le monde matériel depuis que le progrès est allé vers l’immatériel.

Le mouvement de la civilisation qui nous a affranchi de la distance, de notre ancrage physique, ce mouvement glorieux qui va de la matière vers le concept -ici, vers la mobilité, la télé présence, la communication instantanée -, nous a libéré mais il nous à conduit aussi à une perte de maîtrise de la matière ; les métiers manuels ont peu d’attrait pour les nouvelles générations, les entreprises ne peuvent remplacer la main-d’œuvre de qualité. Aménager, transformer, construire, deviennent plus problématique, plus cher, tandis que tout ce qui touche aux flux de l’information de l’argent, du savoir est chaque jour en progrès. La métropole nous dépasse.

La situation urbaine, avons-nous dit, est celle de l’ubiquité. Dans la ville, nous sommes plus proches d’un lieu avec lequel nous travaillons à 40km que de notre voisin que nous ne con- naissons peut-être pas, et nous sommes plus facilement encore en conversation régulière avec un lieu situé sur un autre continent.

Dans cet hyper-espace de l’immatériel, nous avons la tête dans l’univers, l’immatériel, et les pieds dans la boue. Dans la métropole, le vivant rêve qu’il a accès au monde entier, mais il peine dès qu’il sort de sa tanière, de son petit périmètre. Le voisin, le proche peut- être hostile, insécure, le lointain inconnu.

Nous vivons à la fois dans la présence du lointain, virtuelle, et dans notre assignation lo- cale, incarnée dans notre espace physique. Un chauffeur de taxi indien dans New-York nous explique qu’il converse maintenant beaucoup plus souvent avec les siens que lorsqu’il était dans son pays, car relié tous les jours, longuement, par téléphone/internet - à sa famille. Ce fait d’ubiquité, de coappartenance, qui est au principe de la métropole, nous rend en quelque sorte schizophrène de l’espace, comme si nous perdions prise sur lui, ou plutôt que notre seul prise sur lui est de nous constituer comme nomades.

La situation urbaine ne peut plus se comprendre selon la seule physique « spatiale » traditionnelle. Elle est marquée désormais par deux espaces : celui classique des lieux physiques sur la terre, de leur étendue, de l’ordre de leur contigüité et des hiérarchies de proximité qu’ils induisent, et celui du cyberespace, des flux immatériels.

A un homme nomade a succédé un homme de son terroir, à un homme de sa ville succède un métropolitain. Un homme qui est ici et là-bas à la fois. C’est déjà un homme machine qui est annihilé sans ses prothèses, ses appareils portables de plus en plus nombreux, ses pilules, ses terminaux, ses « connexions ».

Cet être machine du corps post-industriel est en gestation depuis deux siècles. Devenons- nous à grande vitesse des « cyborgs » à l’ère d’internet et de la technique immatérielle ? En tout cas notre aptitude à vivre l’espace physique et à l’aménager est altérée, décadente. Nous le faisons avec des prothèses, des flèches, des GPS.

Le moteur de l’économie est passé de la maîtrise de la production matérielle des automo- biles à la maîtrise immatérielle du commerce financier, en quelques années, et le cyber- espace de la mondialisation, espace immatériel paradoxal de l’abolition des distances, a recouvert de sa trame l’espace matériel en le bousculant, en le niant en quelque sorte.

S’interroger sur le fait métropolitain, pouvoir le comprendre et en maîtriser l’évolution, l’essor et les méfaits, c’est donc faire retour sur le physique, sur la matière, sur le lieu, dans sa relation avec les référents de l’époque que sont les réseaux, l’information.

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PENSER II. UNE CROISSANCE PARADOXALE

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II. UNE CROISSANCE PARADOXALE

› LE PARADOXE MÉTROPOLITAIN

› LA MÉTROPOLE PARISIENNE, UNE MÉTROPOLE EN PANNE

› L’APRÈS-KYOTO : UN CHANGEMENT DE PARADIGME

PENSER II. UNE CROISSANCE PARADOXALE

LE PARADOXE MÉTROPOLITAIN

La dynamique spatiale de développement des métropoles, fulgurante dans les quarante dernières années, a-t-elle atteint les limites de ce que peut produire sans dommages vitaux une expansion débordant toute velléité de maîtrise collective ?

La question, du reste, a-t-elle un sens, qui englobe dans une même formule des dynamiques métropolitaines aussi décalées dans le temps (Londres en est à son second ou troisième cycle d’internationalisation depuis 150 ans, Sanghaï entame le sien depuis 20 ans), aussi décalées dans l’espace (90% des 10 000 urbains de plus chaque heure dans le monde sont dans les pays dits «en développement »), aussi décalées dans les rythmes (la population d’Ile de France croît d’environ 40 000 habitants par an, celle de Chongqing de 500 000), aussi décalées dans les assises économiques et sociales (le PIB par habitant d’Ile de France était de 43 000 €, 1 milliard des 3 milliards d’urbains dans le monde aujourd’hui vivent dans ce que l’ONU nomme par délicat euphémisme des « établissements humains », com- munément appelé bidonvilles) ?

Cette question s’impose pourtant, au vu des constats que nous pouvons faire en observant les métropoles internationales, constats dont la convergence de fond est frappante au- delà de différences immenses de formes et d’effets. Qu’il s’agisse de la forme explosive du « collapse urbain » à Sao Paulo ou Rio, qui rend ingouvernable ces métropoles au bord du chaos, ou de la forme plus délétère d’un reflux de la dynamique économique qui laisse à vif les tensions d’un mal-vivre dans de vastes territoires de la métropole francilienne, c’est bien la même interrogation qui est formulée : la dynamique métropolitaine est-elle devenue dans sa forme actuelle une dynamique auto-asphyxiante ?

Ou, pour dire les choses autrement, quel type de dynamique conduit la métropolisation, forme par excellence du processus contemporain de création de valeur, à générer simul- tanément un processus de gaspillage / destruction de cette valeur qui la met en danger?

C’est là l’autre face du « paradoxe métropolitain » auquel nous sommes confrontés.

paradoxe métropolitain » auquel nous sommes confrontés. Juin 2008 : couvertures de revues brésiliennes, « Les
paradoxe métropolitain » auquel nous sommes confrontés. Juin 2008 : couvertures de revues brésiliennes, « Les

Juin 2008 : couvertures de revues brésiliennes, « Les métropoles au bord du collapse », « au secours ».

LA MÉTROPOLE PARISIENNE, UNE MÉTROPOLE EN PANNE

La situation francilienne illustre de façon singulière ce paradoxe, selon des modalités qui s’apparentent à une « panne » de la dynamique métropolitaine.

Une concentration croissante de la création de richesses …

A première vue, la capacité de création de richesses de la métropole francilienne s’affirme :

en part relative, l’Ile-de-France concentre toujours davantage la production de valeur de la France : on est passé en vingt ans de 25% à près de 30 % du PIB national

….mais une panne de la performance …

Néanmoins, dans le même temps, la performance de la métropole française, en comparai- son de ses rivales mondiales paraît régresser ou à tout le moins stagner. (cf tableaux).

De plus, le dynamisme métropolitain est moindre que celui de la France (entre 1993 et 2005, l’emploi salarié privé y a cru de 11% alors qu’il a augmenté de près du double au niveau national). La création de richesses se concentre en Ile-de-France, mais l’emploi y stagne.

Laurent Davezies avance l’hypothèse que cette panne serait due à la moindre densité du marché de l’emploi métropolitain en raison du phénomène de diffusion en seconde couronne (plus 23 % entre 1993 et 2005) et à la perte de fluidité induite. Dans un marché métropolitain où les exigences de spécialisation des compétences sont de plus en plus fortes, la diffusion de l’emploi réduit les potentialités d’ajustement et va à l’encontre de la performance globale de la métropole.

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Entretien avec Laurent Davezies.

Q : Pouvez-vous nous dresser un portrait de l’état actuel de l’IDF,

où en sommes-nous ?

L. D. : Nous sommes dans un état de méconnaissance grave des phénomènes sociaux, économiques, territoriaux sur l’île-de- France ; notre état de méconnaissance et d’intoxication sur ces questions est inquiétant que ce soit à l’échelle régionale, ou à

celle de Paris. En Ile-de-France, il y a eu une baisse de la fréquen- tation des habitants de la banlieue vers Paris et des parisiens vers la banlieue.

A la Mairie de Paris, ainsi qu’au Conseil Régional, on a un certain

nombre d’idées, sans que l’on ait arbitré entre les deux fonctions majeures, qui sont l’endroit où l’on vit et celui où l’on produit efficacement. L’arbitrage existe plutôt implicitement du côté du mode de vie, les élus sont élus par la population et donc travaillent pour elle, d’où la création de pistes cyclables et de tout un ensemble de politiques qui sont déséquilibrées si elles ne vont pas de pair avec une stratégie d’efficacité du dispositif en termes de production. Le curseur est parti tout à fait du côté des modes de vie. Aujourd’hui les enjeux de production et de mode de vie, se posent de fait en termes contradictoires, alors que

ça n’est pas forcément le cas. Avant une action sur les formes urbaines, il y a une réflexion économique, sociale et politique

à mener, ainsi que sur d’autres questions sur lesquelles nous sommes démunis.

Certaines questions sont, il est vrai, directement sur le registre des formes urbaines, comme celle de la mobilité résidentielle, car nous sommes dans un pays où l’on change plus souvent de travail que de logement. On a donc de vrais problèmes d’ajustement, dès lors que l’on a des freins sur la mobilité résidentielle qui sont des freins qui portent sur tous les statuts d’occupation du logement, que vous soyez en HLM ou en locatif privé, ou propriétaire, à cause du droit de mutation qui fait que

si vous revendez et que vous rachetez vous êtes perdant. On

compare d’ailleurs toujours Los-Angeles et Paris en disant que

Los-Angeles, c’est l’enfer de la voiture, qu’il y a des problèmes de mobilité énormes. C’est faux, car Los-Angeles est sauvée par

la mobilité résidentielle. Il y a en effet 15 ou 20 centres à Los

Angeles et quand vous travaillez dans un pôle ou un autre vous allez habiter près de ce pôle. Selon notre façon d’arbitrer aujourd’hui sur les artéfacts qui

PENSER II. UNE CROISSANCE PARADOXALE

… et une panne du bien-vivre

Cet affaiblissement de la performance francilienne s’accompagne d’une panne du bien- vivre.Comme dans toutes les métropoles, le trait le plus visible et généralement mis en avant est la montée des inégalités sociales et spatiales. On l’a dit précédemment, dans le cas francilien, cet accroissement des inégalités apparaît surtout aux extrêmes du spectre social. La bipolarité Est/Ouest a pivoté et est marquée aujourd’hui par de forts contrastes entre le Sud-ouest et le Nord-est de la métropole. Mais surtout, on assiste, ces dernières années, d’un côté à un appauvrissement progressif des grands quartiers d’habitat social (les ZUS) et de l’autre à une spécialisation sociale renforcée des quartiers les plus riches.

Mais la panne métropolitaine s’exprime par un phénomène nous semble-t il aussi alarmant :

la métropole n’est plus attractive. Depuis les années quatre-vingt-dix, le solde migratoire est négatif, de façon pérenne. La métropole attire encore les jeunes, étudiants ou actifs débutants. Mais elle ne sait plus retenir, non seulement ses retraités mais aussi ses actifs des classes d’âge intermédiaires qui préfèrent la qualité de vie des grandes villes de prov- ince. Cette désaffection n’est pas compensée par l’attrait que représente toujours Paris pour les migrants des pays pauvres.

On le comprend aisément, ces deux pannes s’alimentent mutuellement : que deviendra à moyen terme l’économie de la connaissance propre à la métropole si elle ne trouve pas sur place ses techniciens de laboratoire ? Quel est l’avenir de la filière d’excellence des biotechnologies si dans le même temps le secteur hospitalier métropolitain est désorganisé par « l’évaporation » de dizaines de milliers d’infirmières ?

Un facteur explicatif majeur : la dissociation entre les deux géographies de la métropole

Les facteurs explicatifs de ces pannes métropolitaines sont multiples et tiennent pour une bonne part à des phénomènes socio-économiques a-territoriaux ou nationaux.

Il en est pourtant un, majeur, qui tient à la spécificité de l’organisation et des transforma- tions territoriales de la région-capitale : deux géographies de la métropolisation y sont de plus en plus distinctes.

freinent la mobilité résidentielle, la forme de la ville n’est pas la même. On dit donc aux architectes urbanistes qui ont du talent que l’on voudrait mettre l’accent sur la mobilité résidentielle. Si l’on se trouve dans un système où il y a des verrouillages sur les 3 types de freins à la mobilité résidentielle, ce sont d’autres types de ville et d’autres types de transports, d’autres systèmes qu’il faut développer pour que les métropoles soient efficaces et agréables à vivre. En Ile-de-France, il y a toujours cette volonté d’équilibrage au nom d’une équité territoriale, un équilibre qui va du centre à la périphérie, de l’est à l’ouest, etc… Tandis que dans votre réflexion, vous ne raisonnez pas en termes d’équité, mais toujours avec un souci de garder de la mixité malgré tout. Le problème de la mixité en Ile de France, ce n’est pas le problème des catégories sociales modestes et très modestes, c’est le problème de l’unipôle.

La contradiction majeure pour l’Ile-de –France, c’est d’abord un mécanisme économique et social, à savoir que l’on a un nombre croissant de jeunes professionnels qui lèvent le camp, fuite qui est compensée par l’arrivée de nouveaux arrivants. Le problème de la fracture, de la mixité, évoqué tout à l’heure, ne se pose vraiment qu’entre les classes moyennes d’un côté et de l’autre le lumpenprolétariat qui arrive de façon croissante en Ile-de-France. C’est un problème politique. Depuis une quinzaine d’année on assiste à une arrivée massive d’immigrants d’origine d’Afrique Centrale. Voilà donc une question à prendre en considération lorsqu’un urbaniste souhaite mettre en place de la mixité.

CDP : Oui, l’idée de mixité est très complexe en effet. Nous n’avons pas la prétention de dire qu’avec des plans on peut créer de la mixité, non. Mais dire que l’on peut créer des conditions qui évitent la privatisation de l’espace, dans des zones comme Val d’Europe, c’est possible. La mixité ne signifie pas qu’il y ait des riches et des pauvres ensemble, c’est une illusion. Mais on peut envisager des endroits où l’espace soit transformable, que rien ne soit ancré pour toujours, qu’il y ait du mouvement. La chose prodigieuse dans les centres urbains, c’est qu’il y a toujours eu du commerce foncier, et donc une possibilité de transformation. Mais en banlieue, dans les grandes périphéries du monde, on sait que les infrastructures routières et les résidences ont été conçues de telle manière qu’on ne voit pas comment transformer ces espaces.

D’un côté, la performance francilienne tient au développement de fonctions d’excellence organisées de plus en plus en archipels. Mises à part les fonctions de commandement his- toriques (les ministères et les sièges sociaux) qui eux restent concentrés à Paris et dans la proche couronne (La Défense, Issy les Moulineaux et maintenant la Plaine St Denis…), l’essentiel des fonctions d’excellence de la métropole sont maintenant éclatées en archi- pels. Les grands pôles touristiques sont Paris, Versailles et Disney. L’offre en matière de centres de congrès internationaux et parcs d’exposition est répartie entre Paris, le sud ouest et le nord de la métropole. Les pôles de compétitivité mondiaux décrivent chacun des géographies complexes…(cf cartes jointes)

Mais ces “ îles” d’excellence souffrent d’un déficit d’intégration - en leur sein et entre eux

- parce que l’organisation urbaine (transports, habitat, emploi

on une logique radio concentrique qui tend toujours à opposer zones dense et non dense. C’est en zone dense que l’on trouve l’offre en transports collectifs la plus performante, mais

reste elle structurée sel-

)

c’est en zone non dense que l’emploi se développe. La zone dense tend à se « dualiser » socialement tandis que la zone non dense devient le refuge des classes moyennes…

Cette dissociation entre deux géographies de la métropole – celle de la compétitivité ou- verte vers le monde (les archipels) et celle de la vie quotidienne au sein de l’espace urbain (la dualité dense/non dense) - est à l’évidence contre-productive et pose la question de son dépassement, de la recherche d’une structuration du développement métropolitain plus cohérente, donc plus favorable à la conciliation entre performance et bien-vivre.

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Q : Nous voyons actuellement qu’il y a une forte divergence entre

les lieux de résidence et les lieux d’emplois, c’est la question de

la

mobilité ou de la fluidité qui est un problème…

L

D : Je travaille en ce moment sur le haut de Bagnolet. Le

potentiel de développement est énorme, mais certains habitants

tiennent à conserver les poches de pauvreté qu’on y observe. Par exemple autour du métro de Bagnolet, les habitants qui résident

là sont déjà parisiens, ils ne veulent donc pas d’opération. Ce sont

des problèmes en amont, de non-contrôle du marché foncier.

Notre objectif ensuite et de réfléchir sur la métropole et l’affranchissement par rapport au territoire avec internet, etc. Le paradoxe c’est que la mise en place de ces systèmes qui permettent à l’information de circuler librement ne nous affranchit pas du territoire, cela créé au contraire des surconcen- trations de lieux de production.

CDP : Oui, en effet, plus les communications se multiplient, plus les rencontres deviennent essentielles. Certains endroits se sont donc engorgés très vite et ont été dépassés par leur rôle de pôles.

L D : Cela fait que la gestion de la concentration urbaine reste

plus que jamais d’actualité. Plus un marché urbain, le nombre des actifs, est gros, mieux c’est ; mais c’est un marché qui doit être dense, avec des accessibilités fluides, avec des modes de transport, tous modes confondus, rapides. Le modèle du sprawl, size, speed, représente trois variables qui sont déterminantes pour le bon fonctionnement économique. Il y a aujourd’hui dégradation sur ces 3 variables en Ile-de-France. L’emploi et le logement s’étalent, avec les habitants qui s’installent en deuxième couronne dans les années 1980-90. Ensuite ce sont

les emplois qui sont partis dans les années 1990. L’étalement des logements n’est pas vraiment un problème tant que les emplois sont concentrés, mais les emplois ont diminué à Paris, et ce sont développés dans le sud-ouest : les gens n’y ont donc plus accès.

Le dysfonctionnement croissant du marché de l’emploi qui a été

mesuré s’élève à 4 milliards d’Euros de manque à gagner selon mes propres calculs, c’est-à-dire que la zone francilienne serait capable de produire ce surplus de valeur si elle fonctionnait comme c’était le cas il y a quinze ans. L’enjeu aujourd’hui c’est que la concentration de l’emploi soit accessible au plus grand nombre. Cette concentration ne doit pas être forcément

PENSER II. UNE CROISSANCE PARADOXALE

L’APRÈS-KYOTO : UN CHANGEMENT DE PARADIGME

La métropole n’est plus une ville et c’est cette réalité nouvelle qu’il importe de penser, avons-nous dit, pour pouvoir agir sur elle.

Mais cette action elle-même, dans ses finalités, dans ses formes, dans ses coûts, est con- frontée à un basculement historique des données qui la fondent.

Appelons « l’après-Kyoto » ce basculement, puisque c’est la désignation présentement la plus largement utilisée.

Au sens strict, l’après-Kyoto désigne l’émergence d’une contrainte croissante sur les émis- sions de gaz à effet de serre, au premier chef desquels les émissions de CO2, qu’elles viennent du transport (automobile et aérien) ou du résidentiel-tertiaire (chaufferies gaz et fioul).

En ce sens, l’après-Kyoto recèle déjà beaucoup d’inconnues. Il conduit à réinterroger cer- taines des fonctions essentielles de la métropole internationale 1 , les attributs de Hermès (le transport automobile individuel comme pivot de l’abondance, de la fluidité et de la rapidité de la circulation des flux) aussi bien que ceux de Hestia (la conception des bâti- ments) ainsi que leurs rapports.

Mais, plus qu’un système de contraintes supplémentaires se surajoutant aux précédentes, cependant, l’après-Kyoto est à prendre dans un sens plus large : il annonce en fait un véri- table changement de paradigme d’une importance considérable qui oblige à réinterpréter les difficultés et les besoins des métropoles au sein d’un nouveau système de coordon- nées.

Le processus actuel de métropolisation, que nous caractérisons comme un processus de métropolisation extensive, repose sur une utilisation massive de ressources, qui butte désormais sur des obstacles structurels et irréversibles, générateurs de dysfonctionne- ments profonds : surconsommation de la ressource (espace / énergie / temps / environ- nement physique), spécialisation spatiale et creusement des inégalités, déficit d’urbanité et d’attractivité.

* les transports aériens, par ex., sont responsables du tiers environ des émissions des gaz à effet de serre en Ile-de-France

mono-centrique, on peut penser à des systèmes de couloirs, qui sont encore plus efficaces. Les systèmes les plus efficaces étant les systèmes en cordon. Ainsi, l’étalement du logement ne représente pas un problème. Mais si on ne peut contrôler cet étalement, il faut l’organiser et mettre en place des systèmes qui localisent les pôles de dynamique de l’emploi de façon à pouvoir les traiter de manière sociale, économique et environnementale. Ce qui signifie des transports efficaces, compte tenu de cette immobilité résidentielle. La propriété est également pour beaucoup dans l’immobilité résidentielle.

On assiste aujourd’hui à une inversion historique où les gens

quittent les lieux riches, pour aller dans des régions plus pauvres, c’est quelque chose qui est de l’ordre du naufrage, mais qui se produit aujourd’hui. ……………….

L D : Il y a également une divergence dans les indices de prix

entre les régions, tandis que les salaires ont eu tendance à converger. Cette égalité des salaires se traduit par une nouvelle inégalité pour les habitants d’Ile-de –France, qui ont moins de pouvoir d’achat. Les secteurs captifs vont donc rester, mais les autres n’ont plus d’intérêt à rester en Ile-de-France. Il faudrait redonner aux gens envie d’habiter cette région. En d’autres termes, Il faut que la métropole apporte quelque chose en plus. C’est ici que l’on voit qu’il existe toute une liste de mécanismes a-spatiaux qui fabriquent le territoire et les politiques qui on le plus d’effet sur le territoire sont des politique a-spatiales. L’ile-de –France se fait piéger en ce moment par des problèmes de toute nature, où elle se retrouve déclassée par rapport à la province. Le problème de la fuite des cadres, de la fuite des classes moyennes hors d’Ile-de France, renvoie à la question de l’intérêt que les gens trouvent à habiter en Ile-de-France et pas ailleurs. Le bien vivre est la condition de la performance.

CDP : L’attrait de la ville a toujours été de pouvoir y trouver

le maximum de possibles. Depuis Delouvrier il n’y a pas eu de

réflexion sur l’avenir des grandes structures urbaines comme Paris ; la planification s’est ringardisée dans les années 1980 et c’est peut-être maintenant que l’on peut revenir à une réflexion et une action sur les grandes charpentes métropolitaines, sans pour autant établir de schémas rigides.

Laurent Davezie : Oui, les grands gestes architecturaux comme vous les pensez ici sont utiles.

Les défis que posent aujourd’hui ce processus exigent un double renversement, que l’on est conduit à formuler ainsi : Internalisation de tous les coûts d’utilisation des ressources d’une part (qu’ils aient ou non aujourd’hui une valeur de marché), diminution du ratio ressources utilisées / unité produite.

C’est ce que nous appelons ici le passage à une métropolisation intensive.

A ce titre, nous considérerons « l’après-Kyoto » comme l’expression transitoire d’un ren- versement dont on ne mesure encore que de façon imprécise, quoique impérieuse, les im- plications : inscrire la croissance métropolitaine dans la perspective d’une gestion durable des ressources qui concourent à son développement.

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PENSER III. DES PRINCIPES POUR L’ACTION

GRAND PARI DE L´AGGLOMÉRATION PARISIENNE

III. DES PRINCIPES POUR L’ACTION

› PENSER LE TOUT : UN SYSTÈME VIVANT

› PENSER APRÈS-KYOTO

› PENSER L’HÉTÉROGÈNE ET LE DISCONTINU, LE TEMPS

› L’APPROPRIATION PAR LE CORPS, LA PERCEPTION, L’IMAGINAIRE.

› ACCOMPAGNER LE VIVANT

› DE LA GOUVERNANCE

PENSER III. DES PRINCIPES POUR L’ACTION

PENSER LE TOUT : UN SYSTÈME VIVANT

Nous l’avons souligné en introduction, les années 80 du siècle dernier ont été marquées par l’effacement de l’idée même d’une possibilité d’agir sur la métropole prise comme un ensemble, idée désormais suspecte.

Renonçant à agir sur le tout, on a renoncé à penser le tout. Vouloir agir sur le tout étant tenu pour obsolète, voir contre-productif, tenter de penser le tout a été proclamé vain, voir présomptueux.

Il nous faut donc ici briser ce tabou de la grande structure et comprendre que la mé- tropole est comme un immense circuit intégré que l’on doit voir de façon «holistique» et non au travers de la méthode technique, certes indispensable mais non suffisante. Ne pas penser le système, le « circuit » sous tous ses aspects, c’est être voué aux crises de fonctionnement que connaissent déjà plusieurs grandes métropoles.

L’observation des métropoles du monde où nous avons travaillé comme Sao Paolo, Pékin, New-York, Rio nous ont beaucoup servi à comparer et observer la grande région métropole comme système vivant.

Un système vivant

La métropole additionne des fonctions sophistiquées, elle est composée d’organes, de réseaux qui l’irriguent, de pôles d’échanges avec l’extérieur, etc…Dès lors que ces fonctions intègrent constamment l’intelligence, l’activité, la décision humaine, on est dans le vivant. Organisme vivant, la ville comme la ruche ou la fourmilière a les facul- tés de croître, de réagir, de répondre, de communiquer, de se développer et de souffrir d’agressions, et vieillir aussi.

Dans la ville dense classique, cette réalité des fonctions se présente selon la localisation dans le tissu homogène des îlots. Le lieu du pouvoir, de la sécurité, de l’enseignement, de l’église, des réseaux, des commerces et de la production ont leur position, leur

adresse, les rues les connectent. Les organes font partie de la structure spatiale et toute la tradition monumentale a joué sur cette appartenance / différence pour en- richir la perception des espaces et leur lisibilité.

Dans la métropole, et selon les principes « déspatialisés » des phénomènes de communi- cation qui l’ont vu naître, cette existence des pôles ou des organes spécifiques apparaît au contraire comme une constellation dispersée de points ou zones éloignés formant un archipel indifférent à la nappe courante du territoire plus ou moins urbanisé. Les « or- ganes » ne s’inscrivent plus dans une logique spatiale dictée par une texture urbaine. Perception et lisibilité semblent ne plus constituer plus une « question » pertinente. Les localisations semblent dépendre avant tout d’opportunités d’accessibilité, de ter- rains disponibles, de situations politiques, de connexions au réseau des transports et aux aéroports.

Composant intégré à un système en réseaux à travers le monde, la métropole est elle- même une superposition de systèmes, systèmes vivants des installations humaines, systèmes techniques et réseaux.

La ville, de tout temps, a été le résultat d’une lutte plus ou moins tendue entre les pressions anarchiques et multiples des individus, des intérêts privés, et l’encadrement de ceux-ci par une autorité représentant l’intérêt général. C’est le couple de ces deux forces, l’intérêt public et les pressions privées, qui fût à l’œuvre dans tous les développements urbains. Il est toujours à l’œuvre dans les extensions spatiales des métropoles.

La rue a été le lieu de la « loi et de l’intérêt général », le plan formant contrat entre intérêt privé et intérêt commun.

Dans les médinas ou les favelas, la dynamique privée a œuvré, l’intérêt public ou communautaire était ensuite à posteriori négocié, corrigé, fluidifié par le rachat d’un couloir ou d’une maison pour permettre d’agrandir la nappe en faisant aller plus loin la ruelle. Dans la ville grecque, dans le Paris d’Haussmann ou dans la ville des cités de l’après-guerre, les plans représentant l’intérêt public ont préexisté et les intérêts privés s’y sont inscrits.

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PENSER III. DES PRINCIPES POUR L’ACTION

Dans l’histoire récente de ces trente dernières années, l’énergie des entreprises privé- es a le plus souvent pris le pas sur l’effort public.

Les territoires de la métropole se sont développés comme résultat de cette lutte dev- enue inégale. Face à la rigidité, l’exigence, l’inadaptation et le reflux de la planifica- tion de l’après-guerre, et de ses modèles, de ses plans d’espace public préexistant, on a alors vu le « marché » guider presque seul des développements urbains considérables ou l’intérêt commun est représenté à minima par une desserte auto routière. Symbole de la ville planifiée, Brasilia, effort d’une nation, paradigme du plan de ville il y a 50 ans, est de fait aujourd’hui remplacée par Sao Paolo, paradigme de la croissance «monstrueuse », caricature du phénomène de la nappe infinie, de la dynamique privée et du laisser-faire. Aucun des deux cas ne pourra être un modèle.

Nous citions François Jacob en exergue de notre proposition, « il n’y a pas de matière vivante, il n’y a que des systèmes vivants ».

Les métropoles ne sont pas des machines. La réalité métropolitaine additionne, croise des systèmes techniques, elle n’est pas elle-même un système technique. Elle doit être comprise comme un système vivant, système qui aurait un degré d’évolution «su- périeur» aux agglomérations par la complexité de ses fonctions d’interfaces interna- tionales. Mais une fragilité plus grande aussi.

PENSER APRÈS-KYOTO

Effarés par le « collapse » de certaines métropoles, l’ampleur des tensions qu’elles gé- nèrent et qu’elles exaspèrent, certains y ont vu l’expression paroxystique de la nature même de l’extension métropolitaine, les convaincant que le processus de métropolisa- tion est, en lui-même, incompatible avec les exigences de « l’après-Kyoto ».

La métropolisation porterait ainsi jusqu’à l’incandescence la contradiction entre crois- sance et bien-vivre.

Nous nous situons résolument sur l’autre versant de l’analyse : la métropolisation est, en elle-même, un processus irréversible car il est le fruit d’évolutions irréversibles. Et si les formes qu’engendre la métropolisation dessinent parfois des monstres, c’est, pour paraphraser une expression célèbre, dans le sommeil de la réflexion.

Nous affirmons, et c’est là un des principes moteurs de notre réflexion prospective, que ce processus, irréversible, peut-être vertueux si les forces qui le porte sont réfléchies et canalisées.

Plus encore : le paradigme du développement durable ouvre sans doute la voie à l’émergence d’une pensée métropolitaine capable, en réinterprétant les tensions enserrant aujourd’hui les métropoles, de dessiner les perspectives d’une croissance métropolitaine génératrice de bien-vivre.

Il faut cependant aborder ce retournement copernicien dans la conception de la crois- sance métropolitaine en ayant à l’esprit qu’il n’y a pas de « modèle-de-la- métro- pole-de-l’après-Kyoto ». Les formes urbaines susceptibles de répondre aux exigences du développement durable, si l’on veut l’appeler ainsi, sont en effet loin d’être claire- ment identifiées et suscitent de multiples débats, la plupart des questions émergeant de ce nouvel horizon ne se révélant que progressivement.

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PENSER III. DES PRINCIPES POUR L’ACTION

L’imbrication des enjeux est telle qu’il faut se méfier des solutions « univoques », c’est à-dire jugée dans leur seul effet apparent direct immédiat, de même qu’il faut se méfier de répondre à des questions nouvelles par le recyclage de nostalgies anciennes. Le travail à domicile n’est pas une réponse satisfaisante à la contrainte énergétique des mobilités pas plus que le fractionnement villageois n’est une alternative à la nappe urbaine.

L’après-Kyoto définit des problématiques, pas des solutions.

S’il s’agit, par exemple, d’aborder la question de la densité qui permette de concilier, dans ce nouveau paradigme, efficacité productive et bien-vivre : rien n’indique, et nous pensons même le contraire, que cette question doit nécessairement déboucher sur l’impératif de « ville compacte ». Revisiter la question de la densité à la lumière de l’après-Kyoto ouvre, au contraire, vers une réflexion sur le plein et le vide, sur le compact et le diffus, le bâti et la biomasse, que nous mettrons en oeuvre dans nos propositions.

S’il s’agit, autre exemple, d’aborder, dans la même optique, la question de la relation lieu de travail / habitat, « l’évidence » de la nécessité de disperser systématiquement le premier pour le rapprocher du second nous semble une résurgence anté-urbaine qui condamnerait, surtout pour une métropole internationale, à n’avoir pour le coup ni croissance ni bien-être. Réfléchir à la meilleure combinaison des mobilités et à la con- nectivité des différentes échelles nous paraît une démarche prospective ouvrant vers des propositions beaucoup plus stimulantes.

En d’autres termes, nous n’aurons pas le souci de propositions spécifiquement fléchées « après-Kyoto ». Par contre, chacun des types d’intervention que nous avancerons, à l’échelle qui sera la sienne, intégrera les problématiques de l’après-Kyoto telles qu’elles peuvent être abordées dans le cas précis de chacune de ces interventions.

PENSER L’HÉTÉROGÈNE ET LE DISCONTINU, LE TEMPS

La ville et la métropole sont toutes deux du « temps accumulé ». Elles ne relèvent pas d’un schéma fixe mais d’une suite de schémas qui révèlent l’évolution biologique des stades et des sauts.

Le premier schéma qui se présente quand on regarde Rio est celui d’un « archipel » urbain, entre eau et montagne. Mais c’est aujourd’hui un très vaste anneau entouré d’une forêt escarpée.

Le premier schéma quand on regarde Tokyo est celui d’une nappe dense avec un centre ancien oublié, munie de boulevards-anneaux et de centres secondaires. Tokyo paraît aujourd’hui presque a-centrée, polycentrique, et on a vu le dynamisme que cette par- ticularité a ouvert dans les années 80. (Avec l’implantation de la mairie à Shinjuku, ce sont un pôle tertiaire et un quartier de nuit qui sont provoqués).

Le premier schéma de New-York est formé de plusieurs sous-ensembles avec des spéci- ficités fonctionnelles logistiques, etc…autour d’une île, et une grande plasticité dans cette île sur le plan des disponibilités foncières, des mobilités, et de l’évolution des quartiers spécialisés. Ici, à la différence de Tokyo, la force de l’espace « géographique », comme à Rio, reste le moule de la dynamique de développement économique.

Le premier schéma de Paris présente un fort radio-concentrisme renforcé par l’anneau périphérique qui enferme un « intra-muros », excluant une immense périphérie elle- même assujettie à une relation obligée au centre, et enfin, hors les murs, un grand pôle réussi, La Défense. Le centre historique est prestigieux mais ce Grand Paris hyper centré, dévalorise la périphérie avec laquelle il aurait pourtant un besoin absolu de complémentarité

La vision en schéma présente certes le grand danger d’être réductrice, de figer le temps. Pourtant on ne peut en faire l’économie dès que l’on prend en compte le fait que la métropole est système, qu’elle doit être perpétuellement adaptée et permettre l’évolution. Et par ailleurs, nous savons que le schéma peut aider à constituer une base de la représentation mentale de l’image de la ville. Pékin en a une, Sao Paolo non.

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Sao Paolo non. GRAND PARI DE L´AGGLOMÉRATION PARISIENNE Beijing Un plan urbain perceptible de partout LABORATOIRE

Beijing Un plan urbain perceptible de partout

PARISIENNE Beijing Un plan urbain perceptible de partout LABORATOIRE C.R.E.T.E.I.L. Institut d´urbanisme de Paris -

PENSER III. DES PRINCIPES POUR L’ACTION

EAU

105 km2 2 166 200 hab 892 km2 3 416 255 hab Paris Berlin
105 km2
2 166 200 hab
892 km2
3
416 255 hab
Paris
Berlin

2 187 km2

12 886 838 hab
12 886 838 hab

Beijing

Tokyo

1 579 km2 1 214 km2 7 684 700 hab 8 143 200 hab Londres
1
579 km2
1
214 km2
7
684 700 hab
8
143 200 hab
Londres
New York

1 260 km2

1 523 km2

6 093 472 hab 10 886 518 hab
6 093 472 hab
10 886 518 hab

Rio

Sao Paulo

GRAND PARI DE L´AGGLOMÉRATION PARISIENNE

ROUTE

Paris Berlin
Paris
Berlin
PARI DE L´AGGLOMÉRATION PARISIENNE ROUTE Paris Berlin Beijing Tokyo Londres New York Rio Sao Paulo LABORATOIRE

Beijing

Tokyo

Londres New York
Londres
New York
ROUTE Paris Berlin Beijing Tokyo Londres New York Rio Sao Paulo LABORATOIRE C.R.E.T.E.I.L. Institut

Rio

Sao Paulo

PENSER III. DES PRINCIPES POUR L’ACTION

FER

Paris Berlin
Paris
Berlin
› III. DES PRINCIPES POUR L’ACTION FER Paris Berlin Beijing Tokyo Londres New York Rio Sao

Beijing

Tokyo

Londres New York
Londres
New York
L’ACTION FER Paris Berlin Beijing Tokyo Londres New York Rio Sao Paulo 52 CHRISTIAN DE PORTZAMPARC

Rio

Sao Paulo

GRAND PARI DE L´AGGLOMÉRATION PARISIENNE

VERT

Paris Berlin
Paris
Berlin
GRAND PARI DE L´AGGLOMÉRATION PARISIENNE VERT Paris Berlin Beijing Tokyo Londres New York Rio Sao Paulo

Beijing

Tokyo

Londres New York
Londres
New York
VERT Paris Berlin Beijing Tokyo Londres New York Rio Sao Paulo LABORATOIRE C.R.E.T.E.I.L. Institut

Rio

Sao Paulo

PENSER III. DES PRINCIPES POUR L’ACTION

Et quelle image y a-t-il de l’Ile-de-France ? Sans des représentations partagées, hors d’échelle réelle, quasi symbolique, pas d’appropriation.

L’écueil de l’arborescent. « A city is not a tree » C. Alexander

Nous nous sommes évidemment intéressés à cet effort maintenant ancien qui vise à conjurer le fait que la France est centralisée comme une toile d’araignée avec un seul centre, Paris. Système arborescent, qui oblige toujours à retourner au centre pour aller chez l’autre. C’est « l’anti-contact », sans efficacité sociale ni économique, c’est un drame accentué encore par l’ampleur du fait métropolitain. Or cette arborescence est d’abord venue d’Hermès et de l’autorité politique, puis s’est accentuée avec l’ère de la technique. Elle est ce que produit en premier l’irrigation par les transports rapides, ceux qui doivent court-circuiter les hiérarchies de proximité. Presque toutes les villes ont eu des croissances de ce type, à partir d’un noyau et une arborescence le long des routes d’accès.

Dans le cas de Paris, la nappe radioconcentrique part naturellement de l’arborescence mais la ville, là où elle s’est densifiée, s’est organisée en grille, gommant le radiocon- centrisme dans son centre et sa première couronne.

Au-delà, il faut maintenant décider. Soit le laisser-faire, l’expansion opportuniste sans pensée jusqu’à la nappe radioconcentrique étouffée, le blocage d’Hermès et la prédominance hyper-valorisée du centre et de « l’intra-muros » au détriment de la périphérie qui voit ses opportunités et potentiels stérilisés. Soit tirer parti de la grande dimension, de la richesse des territoires disponibles, et prendre en compte le système des fonctions métropolitaines et de ses pôles.

Trois modèles se présenteraient.

Celui de la tâche d’huile immense, la ville continue qui a été rejetée peu ou prou pendant le XXème siècle au profit d’un l’éclatement urbain. Il nous revient aujourd’hui sous le nom de ville compacte dans une démarche qui vise à limiter les transports chers, polluants, consommateurs de temps.

Celui de la ville diffuse, qui prend acte de l’efficacité des réseaux de communications

matériels et immatériels et déclare le très grand territoire comme un système urbain

généralisé. Mais ce « modèle » ignore les fonctions métropolitaines telles que nous les

voyons. Il empêche de penser le rapport nouveau entre centre et périphérie à l’échelle

métropolitaine.

Celui de « l’espace » métropolitain enfin, qui dans une certaine mesure a coupé les am-

arres « terrestres, spatiales, matérielles ». Il évolue selon sa dynamique économique et

sociale, il s’est affranchit peu ou prou des distances. Il subit la contrainte des réseaux

de mobilité dans son quotidien, et dépend inéluctablement de l’organisation spatiale,

et de la lourdeur de son évolution ou de sa capacité à recomposer les proximités. Mais

il installe ses pôles dans l’espace et a besoin que les liens fonctionnent.

Les systèmes fonctionnels : rhizomes et pôles

Depuis longtemps nous rêvons d’un grand Paris qui verrait une meilleure relation entre centre et périphérie, et souvent nous avons chanté les louanges d’un polycentrisme évolutif à la Tokyo. Face au modèle hyper centré, congestionné, on a longtemps envié le polycentrisme apparent de Tokyo qui a permis l’émergence de nouveaux centres. Tokyo fonctionne en pôles secondaires, administratif, loisirs, financier, mais tous sont en même temps commerciaux, habitables, ils ne sont pas spécialisés dans une seule fonction.

La faiblesse de cette vision est qu’elle ne répond pas à la force spatiale du centre de Paris, qui est unique. Ce centre ne s’étale pas, ce centre ne se duplique pas. Les poly- centres ne se décrètent pas ex-nihilo sans partir du vivant.

Il est d’une époque que nous avons su adapter à la nôtre, comme dans le cas de bien des villes historiques, avec certes le danger de ne plus pouvoir les faire évoluer et les maintenir un peu évolutives pour les générations futures.

Si nous voulions récapituler une évolution du Grand Paris, nous y verrions la succes- sion de plusieurs schémas dans le temps. Et nous prendrions en compte Orly, puis La

Défense à son origine, et Saint-Quentin, Marne-la-Vallée, Roissy, Evry…

Aujourd’hui, la fonction métropolitaine de la région passe dans la relation de ce centre

avec La Défense et les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis et Roissy, Orly, Evry, Massy,

Marne-la-Vallée et la première couronne, et d’autres lieux en évolution en allant

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PENSER III. DES PRINCIPES POUR L’ACTION

jusqu’à Mantes, Cergy, Creil et Chantilly. Le schéma n’est pas une nappe à plusieurs centres secondaires mais une série des pôles spécifiques qui ne se ressemblent pas et dont certains sont « un centre ». Peu à peu, le schéma commence à échapper à l’arborescence : la périphérie n’est plus une nappe homogène, elle est polarisée par des pôles qui ne sont pas des centres secondaires, mais des pôles en relation entre eux, en réseaux. Le schéma devra être vu comme échappant à l’arborescence. Echapper au centre unique est illusoire, lutter contre serait contre productif, vouloir l’équilibrer est impératif. Regarder une figure non arborescente est possible grâce aux fonctions économiques que Paris ne peut plus contenir et aux relations aéroportuaires, à La Défense - des pôles qui nous ont été légués, qui ont été décidés.

L’image du rhizome nous servira de métaphore pour désigner un système en réseau non centré, non arborescent même s’il y a un centre plus fort. Pour décrire non un terri- toire, non un espace mais un organisme pluriel avec des membres distincts, différents mais liés. Comparé au système en arborescence qui est la racine botanique la plus courante, le rhizome est la forme de croissance de certaines plantes, le gingembre, ou le bambou, dont les racines sont des cheminements linéaires souterrains non liés à un centre et non pas des arborescences séparées à partir d’une graine. Dans les rhizomes tout est lié et tout est indépendant pourrait-on dire.

Utilisé par G. Deleuze et F. Guattari comme principe d’une figure topologique de

développement non arborescent, le Rhizome nous servira à désigner la vitalité de ces

« organes » en réseaux de la métropole, qui n’existeraient pas sans le centre, n’en

sont pas une extension, ont une autonomie relative, sont en relation entre eux et avec ceux d’autres métropoles. Image du caractère irrégulier et dynamique d’un mode de croissance repérerable sur le territoire.

A la différence des transmissions d’informations qui partent d’une tête unique, comme

l’enseignement, le commandement, qui sont arborescents, Internet est rhizomatique. Le système est basé sur les multi-connexions et le fait que ses connexions souterraines font surgir des plantes distinctes. C’est une manière d’imaginer la métropole et ses pôles séparés et liés en réseau, liés aussi au centre sans en dépendre exclusivement. Nous parlerons donc ici de relation entre pôles ; nous sommes dans la dynamique d’activité de la métropole dont nous avons dit qu’elle était déliée des espaces-terri- toires.

dit qu’elle était déliée des espaces-terri- toires. Les années cinquante Les années 70 et le plan

Les années cinquante

déliée des espaces-terri- toires. Les années cinquante Les années 70 et le plan Delouvrier 56 CHRISTIAN

Les années 70 et le plan Delouvrier

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Cette figure du rhizome comme observation de l’organisme vivant nous aide à éviter la vision radio-concentrée mais aussi la vision d’un archipel de villages où il y aurait par- tout de l’emploi, de l’université, etc…Elle aide à regarder le fait métropolitain et ses pôles distincts comme des systèmes dynamiques qui relient des points qui ont souvent des fonctions à l’échelle régionale ou mondiale. Dans la métropole, tous les points peu- vent être en hyperlien avec tous. Ceci, en théorie, est une topologie a-spatiale ou in- différente aux distances. Mais l’espace récepteur est bien là, avec ses encombrements et ses « archaïques » hiérarchies de proximités. Il y a une logique de pôles et de circuits qui peine à s’inscrire avec l’espace. Un rhizome est ainsi pour nous un réseau de plu- sieurs pôles qui ont vocation à se rapprocher, à faire espace ensemble. Ce sont les lieux où Hestia et Hermès d’une part, le local et le tout d’autre part, seraient préférentiel- lement à nouveau accordables. On ne décide pas de leur localisation, on observe les tendances, là où ça peut se magnétiser. Et c’est avec le centre et les aéroports.

Une encyclopédie sur internet se fait par des contributions multiples, indirectes de gens qui ont appris qui vont apprendre à d’autres et qui ne sont pas des émetteurs centraux. L’information resurgit, déformée parfois. Cela nous intéresse parce qu’en

fait, la société est devenue rhizomatique : c’est la société plurielle, individualiste, médiatique, éclatée par la métropole, aux proximités spatiales explosées, aux multi connexions. Pour une large part, la société rhizomatique a remplacé la société pyrami- dale arborescente. L’étalement urbain, les communications rapides étaient pourtant arborescente comme le premier capitalisme industriel. Mais les télécommunications,

la rapidité des échanges mondiaux ont changé les organisations, les segmentations ont

démultiplié le fait que chacun de nous a une perception très différente du territoire de la métropole, perception personnelle et unique, selon notre position, notre fonction- nement. On connaît un morceau de quartier, des itinéraires parfois très longs. Mais on parle de la même chose quand même.

Ce schéma nous sert à constituer une alternative à une représentation dominante de

la métropole, notamment pour le Grand Paris, qui reste structurée par la seule logique

centre/périphérie, la zone dense vs la zone non dense, ou une illusion de polycen-

trisme attachée aux villes nouvelles. Avec le rhizome nous regardons une formation qui

a un ou plusieurs centres , et où des pôles, des prolongations, des fonctions autres,

et où des pôles, des prolongations, des fonctions autres, La Défense, Roissy-Saint-Denis, Orly-Massy, des pôles

La Défense, Roissy-Saint-Denis, Orly-Massy, des pôles entrent en relation fonctionnelle : les rhizomes sont des pistes pour or- ganiser les continuités physiques, raccorder Hestia et Hermès.

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sont en relations multiples entre eux et avec le centre. Ces pôles ont des fonctions

propres. Ce ne sont pas des répliques « villages » du centre mère avec « panachage »

équilibré de toutes les fonctions du centre. Toutes les expériences, mais aussi les né-

cessités d’optimiser les mobilités emploi-habitat, montrent qu’il faut penser en pôle

avec dominante fonctionnelle pour l’emploi et mixité, mais non en pseudo centres

latéraux qui prétendaient diffuser de l’emploi et du logement.

Voir le centre lui-même comme une formation rhizomatique et non plus seulement un

espace homogène structuré par l’enchaînement des rapports de proximité est cohérent

avec cette figure relationnelle. Par la nature souterraine, invisible de ses enchaîne-

ments, le rhizome décrit les relations à l’ère des hyperliens immatériels qui vien-

nent se superposer aux liens classiques. L’importance des pôles d’affaire «chauds»,

des plateformes logistiques « froides », des quartiers universitaires ou nocturnes ou

commerciaux, des aéroports et sa noria d’urbanisation « d’affaire » en tension avec

centre et pôle de congrès…dans la vie de grandes métropoles comme Tokyo, Osaka, ou

New-York en sont des exemples immédiats.

L’image du Rhizome est celle d’un corps multiple dont on peut inciter la croissance

mais non autoritairement la planifier.

Analyser puis travailler sur l’espace métropolitain à partir de ces rhizomes c’est les

comprendre comme des champs en liaison, en développement possible, couloirs ou

vallées parfois plutôt que centre, et en tant que pôles fonctionnels dans la fonction

nodale de la métropole mais également élément d’un archipel.

Relier le global et le local : « les fenêtres », du système fonctionnel à l’espace physique

Analyser la métropole : la comprendre à la fois comme espace physique immédiat vis- ible et parcourable à différents rythmes, et en même temps comme système des liens fonctionnels par les connexions matérielles et immatérielles est impossible. Ces deux dimensions, ces deux « échelles » de travail, sont disjointes dans les métropoles. Elles ne « s’emboîtent » pas.

Il est intéressant de voir que dans le texte de Gilles Deleuze et Felix Guattari, les champs d’application que les auteurs envisagent ne sont jamais urbains, mais psychanalytique, relationnel, politique, etc… tant on peut y entendre les qualités et facteurs qui intéres- seront la métropole en ce qu’elle échappe au dualisme centre- périphérie, au dualisme de l’arbre, de la ramification centrée. Il est intéressant aussi de penser combien le rhizome est une préfiguration d’internet. C’est une figure des « poly-liens » et qui permet de rendre compte de cette réalité de l’espace problé- matique de la métropole : espace des non contigüités, espace des lignes dynamiques de réseaux, espaces des ports et des « portes », des points d’arrivée et de départ, qui viennent troubler et bousculer la figure mère du centre. Il apparaît que le rhizome (la toile internet, la ville métropolitaine) ne se contrôle pas absolument, ne se décrète pas comme le plan dirigiste. Il est en mesure de désigner une situation d’échange relationnel où trouvent leurs champs d’actions, les pressions individuelles, le marché, le commerce, selon des configurations aléatoires.

Notre objectif du travail sera dès lors de voir comment on peut combler, dépasser ce fossé, comment on peut tout à la fois apprivoiser le vertige de l’immense labyrinthe et ré-établir une appropriation physique de la petite dimension. Il faut envisager un

double travail sur la grande et la petite dimension.

Mais pour ce faire nous ne partons pas de tous les lieux à la fois. Ce serait vider l’océan

avec un verre d’eau. FC propose « à la petite cuillère »

Nous partons de l’observation de la dynamique de l’économie et des flux, pour com-

prendre comment intervenir sur le système, et de l’observation des territoires locaux

de la pratique de l’espace physique.

Les rhizomes nous montrent des dynamiques en action. Nous identifions des zones qui

ont une position stratégique dans le système et où il y a une urgence.

L’espace physique est tout entier affecté par la « révolution cybernétique et immaté-

rielle mais il est bloqué, pas flexible, il est un obstacle, un « laissé-pour-compte », le

plus souvent.

Il faut analyser les formes récurrentes de ces blocages pour envisager des méth-

odes. Nous ne ferons pas ici du « projet » local, qui suppose d’assumer le contingent,

«l’autorité » du lieu, le fait que chaque lieu est un cas : c’est affaire d’architecture,

ce n’est pas l’étude actuelle. Celle-ci nous place devant un enjeu : penser le local et

le global, redonner à l’espace sa capacité à être un « médium » de vie en permettant

au système d’améliorer toujours son efficacité. Les « projets » seraient à ce stade

des programmes, des menus, des illustrations. Nous entrerons en « urbanisme » dans

l’espace physique par des « fenêtres » de travail de projets de 5 kms, « carrotages » en

quelque sorte dans une structure rhizomatique.

L’espace physique - L’archipel

La première image qui représenterait une ville polycentrique, ou une ville dont le cen-

tre n’est ni étouffé par sa périphérie ni exclu, serait celle de la ville discontinue, en

archipel, qui rythme zones occupées-zones « vides », et rompt avec la « tâche d’huile

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».

Nous parlerons d’archipel urbain, soit : des zones denses ou relativement denses où une économie de transports autour des gares est possible, des zones moins denses et, là où c’est possible des zones vertes où l’habitat individuel, les parcs, les lacs, peuvent exister et qui répondent à la nécessité de préserver de la « bio masse » dans la zone métropolitaine.

La notion de rhizome nous parle de liens fonctionnels forts entre pôles, de connexions ; la notion d’archipel nous servira à parler des différences entre territoires. Elle porte avec elle la notion de limites, de bords construits face à la nature.

Ce modèle est stimulant pour la métropole. Pour en penser l’espace physique et Hes- tia, nous l’articulons à la notion de rhizome comme système des liens et Hermès.

L’archipel, par exemple, correspond à une nécessité : rationnaliser les trajets emploi- travail qui est un des enjeux cruciaux.

L’efficacité du système emploi-logement ne peut pas consister à répartir de l’emploi partout dans des communes, villages reliés, sous peine d’inefficacité. La métropole apporte ses emplois, ses richesses de possibles à condition d’y accéder. On ne trouvera qu’exceptionnellement son métier à 2 kms de chez soi, et les pôles d’emploi per- mettent non seulement proximité entre les entreprises mais également organisation des mobilités résidence-emploi. L’idée est d’assumer que le grand territoire métropoli- tain ne peut pas être homogène, même si on veut y créer la continuité et la facilité d’accès.

La capacité de l’archipel de rythmer les transports en commun sur des pôles en évitant les omnibus polluants est dictée par le post-Kyoto. L’archipel génère une géométrie fractale qui multiplierait les situations de bord de parc, de contact entre zone bâtie dense et zone parc ou calme. C’est le moyen de valoriser l’habitat en créant des conditions enviables que le centre ne peut produire. Ces nouveaux pôles concentrent beaucoup d’emploi, du résidentiel collectif et des services (c’est-à-dire des « zones Yang »), et de zones où se trouveraient un résidentiel plus étalé avec de l’emploi de service « zone Ying ».

Emploi-résidence

de l’emploi de service « zone Ying ». Emploi-résidence L’emploi réparti partout : l’étouffement des

L’emploi réparti partout :

l’étouffement des mobilités

réparti partout : l’étouffement des mobilités L’emploi préférentiellement sur des lignes ou pôles.

L’emploi préférentiellement sur des lignes ou pôles. Pouvoir choisir entre proximité dense ou éloigne- ment et jardin

La grande ville ce n’est plus celle des enceintes, et d’un rapport de protection contre la nature dangereuse, le dehors des barbares. La nature, au contraire, est devenue innocente, propice à la vie. Il y a dans la très grande ville une conquête de la nature et de son calme par l’urbain. La possibilité de choisir d’habiter avec un jardin dans un pavillon ou le long d’une avenue plutôt que dans un appartement. Cette liberté qui ne s’est vraiment accomplie qu’avec l’automobile puis le téléphone, est l’élan premier qui, depuis le train, a engagé cette évolution qui a « lutté » contre la ville des connex- ions de proximité. Avec la notion d’archipel, nous prenons en compte cette étape où la nature n’est plus l’inconnu contre laquelle il faut se protéger mais l’élément vivant que nous voulons retrouver, protéger, incorporer. Il s’agit donc de créer une géométrie qui démultiplie les franges (des situations de bord) et valorise l’habitat

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L’APPROPRIATION PAR LE CORPS, LA PERCEPTION, L’IMAGINAIRE.

La question se pose de trouver des relations neuves d’appropriation à petite et à grande dimension entre le corps et la ville. Face à l’immensité et au labyrinthe du grand ter- ritoire métropolitain, nous recherchons les modes de l’appropriation, les moyens de la restaurer.

Nous pouvons parler de l’appropriation sur le plan de la perception d’abord. Le manque de repères, l’étalement, l’éloignement, les coupures dans l’espace dues aux réseaux de circulations ou les ruptures entre zones d’habitat et zones logistiques, tout in- terdit de comprendre l’espace, les lieux, de s’y retrouver, de s’y situer. Impossible d’accorder son corps, son pas, sa vision, à la dimension de la ville dans la périphérie. La perte de repère c’est déjà une exclusion, mais la vue de Paris depuis la terrasse de Saint-Germain-en-Laye est ici un exemple nous parlant de la grande échelle urbaine :

on voit des repères, La Défense, on voit Paris intra-muros. On mesure son corps dans le paysage. Il y a là une appropriation de perception, comme il y en a, à plus petite échelle, le long de la Seine. Cette première appropriation est pour nous la plus impor- tante, la plus physique. Et nous recherchons les moyens de la rendre possible par des projets qui forment les balises et belvédères du grand paysage.

Un deuxième stade de l’appropriation est celle de la pratique de la ville : pouvoir accéder, disposer de transports ou de réseaux. Ne pas être interdits par des barri- ères. Savoir qu’un réseau universel de voies publiques forment une grille où « tous les chemins mènent à Rome » et où les riches, les pauvres, la maréchaussée, les noms des occupants, des bureaux, sont repérables.

Disposer d’un réseau d’espaces qui permet comme « un moteur de recherche » de dé- couvrir, d’apprendre, et de trouver qui on veut.

Le troisième stade de l’appropriation tient au commerce foncier et à la transformation possible de la ville. C’est s’approprier en agissant, en achetant, vendant, bâtissant, transformant.

Il s’agit d’apprécier et de créer des textures urbaines, des quartiers ayant une plastic- ité, une flexibilité. Des quartiers où les immeubles peuvent changer de propriétaires, de fonction, et être remplacés. Cette capacité d’appropriation par les générations est le secret des villes heureuses. C’est aussi celui de la ville durable. Le durable c’est le transformable.

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ACCOMPAGNER LE VIVANT

La ville des pierres et des pavés, des bougies et des puits, dont il faut consolider de temps à autre les toitures, a traversé les siècles attachée à la terre. Nous avons vu la métropole comme un immense artéfact technique, une addition de systèmes. Ainsi, elle doit être l’objet de soins constants, d’entretien, d’adaptation, de mises à jour, de modernisation. Elle est vulnérable, fragile. Sa grandeur, sa technicité, n’est pas une force stable dans la durée. Non elle n’est pas « durable » telle quelle. Sa faiblesse ne réside pas dans le béton, le verre et l’asphalte mais dans les réseaux et les machines, la circulation des flux, des produits, des hommes. Les machines d’approvisionnement et de distribution en eau, en énergie et en information, en vivres, en travailleurs, sont les moteurs sans lesquels la ville meurt. Et ces machines polluent. Il faut donc ouvrir les « moteurs » de la métropole.

Peut-on vraiment penser que l’addition des décisions sectorielles dictées par la logique de chaque technique, chaque institution, réseau de transport ou société, peut répondre à la bonne marche de l’ensemble ?

La question de savoir comment penser et agir sur cette structure se pose avec ac- cuité.

Trente années de libre développement ont laissé croire que ce méga espace matériel, son « autre » espace immatériel, ne pouvaient plus donner lieu à la planification, frein au développement et impropre à accueillir l’aléatoire, l’imprévisible, la vie.

Trente années de pouvoir municipal dans la région parisienne à améliorer l’attention au local, mais qui ont démantelé les « outils » pour agir sur le tout.

Trente années d’un urbanisme qui partout a cherché à réagir au « schématisme » du mouvement moderne, au syndrome « grand ensemble », et à « faire avec » les délais- sés, les terrains laissés pour compte et les bâtiments « déjà là » ont conduit à assumer le contingent, « l’autorité » du lieu, le fait que chaque lieu est un cas, et est affaire d’architecture.

Peut-on dépasser ce vis-à-vis stérile de la planification corsetée d’un côté, du saupoud- rage de projets de l’autre ?

Schémas et plans : quel sens aujourd’hui ?

Entre les années cinquante et soixante et celles qui ont suivies, il y a eu un intérêt pour la recherche du système ou du schéma idéal de la ville. Il fallait des grands plans pour Brasilia, Chandigarh, Cambera, Tel-Aviv, pour changer Singapour et pour reconstruire le Havre, il fallait des plans « moyens », partiels, pour agrandir toutes les villes du monde, Shangai ou Pékin. Parce que les villes mêmes étaient programmées ex-nihilo, et que l’idée du monde nouveau à venir s’accordait avec la tabula rasa et des grandes extensions.

Ces grands plans installaient un système Hermès et un mode Hestia adapté : îlots, sec- teurs, cités jardins, plans libres, etc…

Les grands plans ne sont plus. Et avec les métropoles nous n’avons plus à faire à des naissances de ville mais à des grands systèmes fragiles, et l’époque de la discussion sur les plans d’ensemble semble révolue.

Si la ville est spatiale et stabilise un ordre, la métropole est avant tout dynamique, évolutive, et cette dynamique n’est qu’accessoirement de nature spatiale. Pour re- prendre la célèbre formule : la métropole « arraisonne » l’espace.

Si nous nous devons de réinvestir le champ d’une réflexion sur la grande échelle des structures de fonctionnement des métropoles c’est dans une perspective et une vision historique toute différente de celles des grands plans, c’est celle de la reconnaissance de la complexité des systèmes de flux, de leurs interactions, leur fragilité dangere- use, le danger à ne pas les faire évoluer. C’est la reconnaissance d’une primauté de la dynamique évolutive sur la stabilité spatiale pour ensuite réinvestir ce champ de l’espace. C’est la comprendre dans le temps donc figée, et avec ses priorités à un mo- ment donné.

Ces systèmes vivants, que nous voulons d’abord comprendre pour voir comment et pourquoi agir, font apparaître des schémas dynamiques.

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DE LA GOUVERNANCE

Trois considérations relatives à la gouvernance s’inscrivent avec insistance à l’arrière plan des réflexions auxquelles nous conduisent les métropoles internationales en rap- port avec le Grand Paris :

Les fonctions métropolitaines internationales, en premier lieu, sont, comme on l’a dit, des nœuds sur des flux mondiaux et, comme tels, leur « territorialisation » relève de processus qui ont une logique propre, tant du point de vue des acteurs privés que des acteurs publics, logique qui n’est pas nécessairement concourante avec celle qui découlerait d’une prise en compte des besoins du simple territoire métropolitain en tant que tel.

Le chantier de la métropole du XXIème siècle de l’après-Kyoto, en second lieu, nous semble difficilement dissociable d’un rôle renouvelé de la puissance publique, quelles que soient les formes institutionnelles que prend l’expression de celle-ci. Parce que la puissance publique est indispensable, tout d’abord, à la force d’entraînement des grands projets qu’appelleront ce chantier, qui exigent la continuité d’une volonté poli- tique à long terme. Parce que les bouleversements dans les façons de penser et de faire la métropole de l’après Kyoto ne s’inscriront pas spontanément dans les faits et que des choix stratégiques devront être portés à la bonne échelle d’intervention, en second lieu. Parce qu’enfin l’ampleur des moyens à mettre en œuvre (notamment financier) ne pourra se couler dans les seuls mécanismes existants.

Les impératifs de la gestion durable et les attentes du bien-vivre ne s’inscrivent pas dans le même horizon temporel, ce qui, combiné avec l’extrême diversité des niveaux de débats et de décision, va rendre cruciale l’architecture de l’expression démocra- tique dans la métropole du XXIème siècle de l’après-Kyoto.

Vers une gouvernance interterritotiale

Ceci étant, une réaction nostalgique guette, face à la complexité métropolitaine : celle, pour tenter d’en maîtriser le développement incontrôlé, de retrouver les formes d’un gouvernement unifié, centralisé et global qui fut possible dans la ville classique.

Nous nous inscrivons dans une perspective totalement différente.

Parce que la métropole est en rupture avec l’agglomération, elle ne peut être gou- vernée dans les formes qui valaient pour cette dernière. Il serait vain de prétendre établir une gouvernance métropolitaine selon un « optimum dimensionnel », une échelle pertinente.

D’une part la métropole n’a plus de frontière ; structurée par de la connexité autant que par de la contiguïté, elle ne peut être identifiée à un périmètre, aussi dilaté soit-il.

D’autre part, la complexité métropolitaine fait de la proximité une échelle d’action tout aussi pertinente que celle de la globalité et rend illusoire l’efficacité d’un éventuel gouvernement unifié, par « en haut » de la métropole. Les observateurs l’ont souligné (cf les travaux de C.Lefevre) :il n’y a pas une métropole au monde disposant d’une gou- vernance intégrée, à la bonne échelle.

Considérer la métropolisation comme un processus de développement en rhizomes con- duit dès lors à poser la question de la gouvernance métropolitaine autour de deux en- jeux.

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PENSER III. DES PRINCIPES POUR L’ACTION

Une perspective partagée pour maîtriser la prolifération métropolitaine

Parce que le développement métropolitain est par essence proliférant et générateur de contradictions, sa maîtrise nécessite incontestablement une volonté collective forte et une continuité dans l’action.

Pour autant cette exigence, dans l’état actuel de l’Ile-de-France, ne peut se traduire par la mise en place d’un gouvernement métropolitain unique à court terme. Il faut une pensée de l’aménagement, une tête, mais en accord avec les parties. La métro- pole est un système vivant, extrêmement évolutif et plus que tout autre sensible à la conjoncture. En ce sens, il doit relever d’une gouvernance pluraliste, mais on ne peut penser le tout sans une tête de décision, sans des outils comme une agence foncière, des possibilités de préemption qui sont aujourd’hui affaiblies par l’essor des négocia- tions locales. Comment garder les prérogatives locales et pouvoir conduire rationnelle- ment les destinées grand “vaisseau” métropolitain?

Autrement dit, la métropole n’exige pas un gouvernement centralisé mais une capacité d’accord dans la durée de ses acteurs sur un référentiel partagé, autour d’une per- spective commune. C’est tout l’intérêt des travaux de la présente consultation que de fournir les éléments pour produire ce référentiel métropolitain partagé.

De l’inter-territorialité pour s’adapter au non-arborescent

Parce que le développement métropolitain ne relève plus d’un modèle arborescent, il ne peut plus correspondre à un schéma de gouvernance unifié, centralisé et « à la bonne échelle ».

S’il faut faire le deuil d’un « optimum dimensionnel » pour la gouvernance métro- politaine, en revanche la montée en puissance des conflits d’intérêt entre le local et le global nécessite de penser les conditions d’une gouvernance « multi-scalaire » qui organise une régulation permanente entre les territoires et les échelles de la métro- pole.

Autrement dit, la métropole en rhizome suggère avant tout la figure d’une gouvernance « modulaire », à géométrie variable, à même d’organiser des maîtrises d’ouvrage col-

lective, constituées en fonction des enjeux et des projets.

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I. DANS LA GRANDE DIMENSION:

Pour des fonctionnalités métropolitaines intensifiées

II. LES INTERVENTIONS GÉNÉRIQUES SUR L’ESPACE III. SIX ETUDES DE TERRAIN :

La « fenêtre de projet » comme méthode

AGIR I. DANS LA GRANDE DIMENSION : Pour des fonctionnalités métropolitaines intensifiées

I. DANS LA GRANDE DIMENSION:

Pour des fonctionnalités métropolitaines intensifiées

› AMPLIFIER LA DYNAMIQUE DES RHIZOMES

› STRUCTURER DES COMMUTATEURS METROPOLITAINS

› GARANTIR LA FLUIDITE METROPOLITAINE

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AGIR I. DANS LA GRANDE DIMENSION : Pour des fonctionnalités métropolitaines intensifiées

Comment agir sur la métropole, nous demandions nous, pour y lier croissance et bien- être dans le sens que ces objectifs prennent dans le monde de l’après-Kyoto ?

Penser la métropole, d’abord, avons-nous dit. En tirer les éléments d’analyse et de représentation qui permettent de dégager les leviers pertinents de projets d’urbanisme métropolitains.

Il s’agit maintenant, ici, de mobiliser ces leviers pour montrer, sur quelques points clefs de la métropole, comment ils permettent de proposer des méthodes de projets et des projets répondant aux défis que nous avons identifiés dans la première partie de notre démarche .

Collision de la dynamique fonctionnelle et de la dynamique spatiale, disjonction de Hermès et de Hestia, urgence de les réaccorder : nous nous accorderons au diagnostic que nous avons posé pour présenter nos projets.

Intensifier les dynamiques fonctionnelles métropolitaines, en appui sur des projets à la dimension métropolitaine, tout d’abord.

Retisser un espace physique socialisé et durable, en appui sur des projets à la petite échelle de l’espace vécu, en second lieu.

Relier dynamiques fonctionnelles et espace physique, en troisième lieu, réassembler Hermès et Hestia à l’échelle de projet qui donne sens aux uns et aux autres, libère leurs potentialités au lieu de les étouffer : l’échelle de la fenêtre métropolitaine.

Précisons s’il est besoin, car tel était bien l’objet de la démarche, que nous pensons ici en terme de projet d’urbanisme et pas encore d’architecture. Nous avons esquissé dans quelques cas des images pour ces projets d’urbanisme. Elles ne visent qu’à donner à imaginer ce que pourraient être la matérialisation de ces projets, et ne sont à pren- dre que comme tels. Aussi bien emprunterons nous dans d’autres cas des images de réalisations existantes, issues souvent, mais pas nécessairement, de projets réalisées par l’Atelier Christian de Portzamparc.

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AGIR I. DANS LA GRANDE DIMENSION : Pour des fonctionnalités métropolitaines intensifiées

AMPLIFIER LA DYNAMIQUE DES RHIZOMES

Le rhizome : une figure pour agir

La figure du rhizome, grille de lecture analytique et descriptive de la métropolisation, ouvre en même temps vers un programme, celui de l’accompagnement du vivant per- mettant de maîtriser ce développement rhizomatique.

Le rhizome propose un mode de conciliation entre performance et bien-vivre

Organiser le développement de grands rhizomes est favorable au renforcement de la performance et de la compétitivité métropolitaines. Au sein de chacun de ces rhi- zomes, on rend possible les interactions et les synergies entre grandes fonctions mét- ropolitaines (le productif, la recherche/innovation, le « récréatif », la connectivité…). Autrement dit, on facilite la densification de pôles d’emploi majeurs. Simultanément, la conception de chacun de ces rhizomes comme un élément du système métropolitain, fortement interdépendant des autres, au travers la mise en place de liens et de con- nexions puissants va dans le sens de la fluidité et de l’intégration d’un seul marché de l’emploi, d’échelle métropolitaine.

Dans le même temps, le développement de ces rhizomes propose les conditions spa- tiales pour répondre à la crise du « bien-vivre » en métropole. La conception de chacun de ces rhizomes, non comme un « pôle urbain » mais comme un ensemble diversifié, alternant hautes et basses densités, structuré autour de grands « parcs urbains » est en mesure de répondre à une aspiration constante et unanime des populations : le besoin d’espace. Simultanément, cette conception est une condition nécessaire – mais pas suffisante – pour ouvrir l’éventail des choix résidentiels et permettre la mobilité rési- dentielle qui constitue aujourd’hui un des enjeux majeurs face au déficit d’attractivité des métropoles. Enfin, le développement de ces rhizomes comme des ensembles diver- sifiés fonctionnellement - sans pour autant être complets et autonomes – et bien reliés les uns aux autres, constitue une des conditions pour réduire les inégalités d’accès aux aménités urbaines aujourd’hui constatées dans les métropoles.

urbaines aujourd’hui constatées dans les métropoles. 68 CHRISTIAN DE PORTZAMPARC Architecte-urbaniste,

Le rhizome est une figure possible de la métropole durable

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La perspective ouverte par l’après-Kyoto est d’abord celle d’une incertitude grandissante de notre futur. C’est une invitation à penser le projet métropolitain en intégrant cette incertitude et donc à laisser la place à « l’inconnu ». En ce sens, la figure du développement en rhizome offre une alternative crédible au paradigme de la « ville compacte » qui apparaît aujourd’hui comme le mode de réponse idéale à l’exigence d’économie de la ressource, mais qui, par sa conception uniformément dense, offre peu de place à la flexi- bilité , à l’inconnu. C’est à l’inverse tout l’intérêt de la figure du rhizome qui en quelque sorte préserve l’avenir, en ce qu’elle préserve des vides dans le développement métropolitain.

Dans le même esprit, l’organisation en rhizomes alternant zones denses et zones moins denses est en mesure de préserver la ressource foncière sans pour autant prétendre la geler, tout en favorisant la réversibilité dans l’usage des sols.

Sur un autre plan, cette structuration en grands rhizomes permet d’envisager les mobilités de façon cohér- ente, sans pour autant poursuivre la fiction de leur réduction, ce au travers d’un maillage du territoire mét- ropolitain aux différents niveaux, selon différentes vitesses et modes de déplacements, entre les rhizomes et en leur sein.

Enfin, l’échelle du rhizome est favorable à un usage intensif de la métropole en ce qu’elle facilite les « hyperliens » entre le local et le global, chaque rhizome étant conçu dans sa capacité à combiner plusieurs échelles, celle du quotidien, celle du métropolitain et celle de l’ouverture au monde.

L’identification des rhizomes à fort potentiel

Dans cette logique, nous nous sommes attachés à repérer –au sein du foisonnement rhizomatique de la mé- tropole, ceux disposant aujourd’hui du potentiel le plus significatif d’intensification de la métropolisation.

Ce potentiel d’intensification résulte de la combinaison de trois types de caractéristiques :

Un rhizome associe des territoires en « mutation » : on y observe des dynamiques de développement, de croissance… Ils présentent des opportunités importantes de mutation (foncier…). Globalement, le rhizome est, au sein du tissu « vivant » de la métropole, particulièrement vivace.

AGIR I. DANS LA GRANDE DIMENSION : Pour des fonctionnalités métropolitaines intensifiées

Les différents éléments qui composent le rhizome présentent des formes de convergence ou de complémentarités, non exclusivement en termes de flux économiques, ou de déplacements, mais aussi de profils socio-économiques. En ce sens, ils fournissent au rhi- zome une grande diversité sociale et fonctionnelle.

Enfin et surtout, le rhizome est en capacité de « jouer aux différentes échelles » : Il agrège des éléments et des fonctions qui relèvent de la proximité et de la quotidienneté, d’autres qui participent des effets de système métropolitain, et enfin, il contribue à l’ouverture au monde de la métropole.

La diversité des situations franciliennes

Le rhizome – contrairement à la représentation en faisceaux proposée par le SDRIF – ne constitue donc pas une grille de lecture systématique de l’organisation de la métropole mais un mode d’appréhension des dynamiques du vivant. En ce sens les rhizomes sont par nature divers et non comparables, tant dans leur consistance interne que dans leur mode d’intégration à la métropole. On a donc particulièrement observé ici des rhizomes contrastés :

› Le rhizome Nord (Paris / Roissy)

Il reprend en grande partie la logique historique de structuration de l’agglomération parisienne, en grands « faisceaux » radioconcentriques. Il est donc caractéristique des situations au cœur de l’agglomération, accrochées à la dynamique centrale de Paris

En termes d’aménagement, il pose la question du traitement des mutations du tissu urbain, du « renouvellement urbain » en quelque sorte.

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CHRISTIAN DE PORTZAMPARC Architecte-urbaniste, mandataire
CHRISTIAN DE PORTZAMPARC Architecte-urbaniste, mandataire

Le rhizome Sud (Saclay / Orly)

Il est caractéristique d’une situation classique de « deuxième couronne » où la présence de pôles significatifs ne se traduit pas en un développement territorial d’ensemble et attractif.

C’est d’une certaine manière la question de la « fabrication de l’urbanité » qui est posée.

› Le rhizome Nord-Est (Creil / Disney)

Il met en scène une situation habituellement considérée comme la « frange » ou la périphérie. Mais en le mettant en avant, on veut ici souligner à la fois la véritable échelle de la métropole – en traitant de l’incorporation métropolitaine au-delà des frontières administratives de la Région Ile-de-France - et le nécessaire renouvelle- ment de la représentation centre/périphérie.

Ces trois rhizomes constituent en quelque sorte une « extraction » représentative du foisonnement des rhizomes de la métropole.

Bien d’autres pourraient être étudiés, par exemple à l’Ouest, dans le prolongement de La Défense, le long de la Seine, vers Mantes la Jolie, ou de façon plus hésitante entre Paris et Marne-la-Vallée.

Dans la suite de ce travail, nous avons choisi de focaliser nos réflexions et propositions d’intervention sur les seuls rhizomes Nord et Sud. Leurs enjeux et leur potentiel nous paraîssent aujourd’hui cruciaux pour l’avenir de la métropole. Ils sont révélateurs en quelque sorte d’un « pivotage » Nord/Sud de l’organisation métropolitaine, en regard de la structuration historique Est/ouest – confortée par les schémas successifs de plani- fication – de l’agglomération parisienne.

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parisienne. GRAND PARI DE L´AGGLOMÉRATION PARISIENNE LABORATOIRE C.R.E.T.E.I.L. Institut d´urbanisme de Paris -

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STRUCTURER DES COMMUTATEURS METROPOLITAINS

La dissociation entre ouverture au monde et organisation urbaine

On nomme ici « commutateurs métropolitains » les sites qui, au sein de la métropole, sont en mesure de mettre en relation le global et le local, les fonctions d’ouverture au monde et celles d’organisation de l’espace urbain (Hermes et Hestia).

De façon générale, le processus de métropolisation tend à disjoindre ces deux regis- tres, à les mettre en tension.

› d’un côté, le développement des fonctions d’ouverture mondiale de la métropole se joue au détriment de la cohésion et de la qualité urbaine locale,

› de l’autre, les mutations du tissu urbain, sa densification notamment, tendent à

repousser vers la périphérie les grandes fonctions métropolitaines de Paris (espaces

productifs, logistique, « gateways »…)

Or, en ces lieux la contradiction structurelle entre le potentiel de développement d’emplois, de quartiers, de tertiaires, d’universités et la conjonction de transports en commun est à son comble. Il y a une exacerbation de la crise entre Hestia et Her- mès.

Soit le territoire divise tout, soit il est étouffé et déjà entouré de constructions in- transformables.

Soit le réseau fermé et routier segmente tout passage ou enchaînement urbain pour toujours (Massy, Saclay), soit le bâti entoure des lieux qui devraient former un hub européen (gare du Nord et de l’Est), soit l’autoroute et l’aéroport divisent en lamelles enclavées une zone où trois lignes de métro se rejoignent et qui devrait être l’avant-

poste de Roissy et le cœur d’un pôle affaires-habitats, revitalisant les zones des cités (Le Bourget). Soit le futur hub air-fer à Orly appelle un pôle tertiaire et de commerc- es ambitieux, on ne peut l’anticiper et on est au-dessous de la fonction métropolit-

aine Autrement dit,

les commutateurs métropolitains sont les lieux qui cristallisent

métropolitains sont les lieux qui cristallisent Le commutateur: le global dans le local 72 CHRISTIAN DE

Le commutateur: le global dans le local

aujourd’hui la dissociation entre les deux géographies métropolitaines –celle de la vie quotidienne et celle de la compétitivité mondiale– qui constitue un des facteurs expli- catifs de la « panne francilienne ».

Tout l’enjeu du projet consiste donc à intervenir sur ces sites afin de rendre com- patibles le développement de la compétitivité mondiale (Hermes) et la qualité de la vie quotidienne (Hestia).

Il s’agit donc de faire de ces sites de véritables « commutateurs » métropolitains –au sens d’un dispositif d’interconnexion entre différents circuits– à même de réduire les conflits d’échelles, entre le global et le local, propres à la métropole.

Six commutateurs d’envergure métropolitaine ont été identifiés, sans prétention à l’exhaustivité.

Parmi ces derniers, certains –le secteur de La Défense– ne seront pas traités ici :

d’une certaine manière on peut considérer que dans ce cas, après maintes difficultés, l’articulation entre les fonctions métropolitaines mondiales (centre d’affaires) et la vie quotidienne (services, commerces, loisirs…) s’est en partie réalisée. Il reste à en imaginer le « temps 2 » (extension spatiale / déplacements / habitat).

D’autres –le secteur des Halles– seront traités indirectement. On fait l’hypothèse que le « conflit d’échelles » dans ce cas, tient en particulier à l’engorgement des fonc- tions de connectivité. La proposition d’un commutateur complémentaire (l’anneau périphérique) vient donc indirectement y répondre.

Quatre commutateurs seront donc proposés dans la suite de ce travail, au sein de leurs « fenêtres » : La Gare Nord Europe, Le Bourget, Massy et Orly.

Les commutateurs métropolitains

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métropolitains GRAND PARI DE L´AGGLOMÉRATION PARISIENNE LABORATOIRE C.R.E.T.E.I.L. Institut d´urbanisme de Paris -

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GARANTIR LA FLUIDITE METROPOLITAINE

Un annulaire rapide interface centre périphérie, et contournement pour lier les rhizomes

Mobilités intra-métropolitaines rapides, mobilités de moyenne distance, mobilités de proximité : les mobilités métropolitaines sont plurielles et chacune a ses exigences propres en terme de besoins de transports.

Un système efficient de mobilité métropolitaine est donc celui qui articule avec le plus de souplesse une diversité de moyens de transports adaptée aux différentes échelles métropolitaine.

Concernant les mobilités rapides, liant entre eux les rhizomes métropolitains, le débat sur les projets Arc Express ou Métrophérique nous a conduits à nous interroger : si le principe d’un anneau rapide fait aujourd’hui concensus, ces projets ont-ils cependant bien pris la mesure du fait métropolitain ? Ne sont-ils pas plutôt des projets de desserte de la «banlieue de l’agglomération », adossés tous deux à la question de la dilatation de la zone dense, sans intégrer la recomposition complexe des territoires de la métro- pole et leurs interdépendances ?

D’un point de vue métropolitain, l’hypothèse d’un transport collectif annulaire rapide, implanté au dessus du périphérique, léger, comptant un nombre limité de stations (tous les 1,5 à 2 km) n’est-elle pas plus pertinente pour les mobilités intra-régionale longues?

Plus pertinente en terme de fonctionnalité : il s’agit clairement d’un transport qui a vocation à permettre le passage le plus rapide d’un territoire de la métropole à l’autre sans passer par le centre, Répondant aux besoins de mobilités intra-métropolitaines longues qui sont appelées à croître dans les prochaines années par effet mécanique d’une croissance métropolitaine qui multipliera les déplacements entre les rhizomes qui la portent, ce transport annulaire rapide sera complémentaire de la fonction de cabotage assurée par le tramway des maréchaux.

Plus pertinente en terme de rapidité : l’anneau du périphérique (30 km) est moitié moins long que celui des autres projets.

km) est moitié moins long que celui des autres projets. métrophérique annulaire Exemple pour un départ

métrophérique

moins long que celui des autres projets. métrophérique annulaire Exemple pour un départ de Créteil :

annulaire

Exemple pour un départ de Créteil : l’annulaire dessert plus de lieux denses (rouge)

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GRAND PARI DE L´AGGLOMÉRATION PARISIENNE Annulaire rapide, 35 Kms de long, 22 stations LABORATOIRE C.R.E.T.E.I.L.

Annulaire rapide, 35 Kms de long, 22 stations

AGIR I. DANS LA GRANDE DIMENSION : Pour des fonctionnalités métropolitaines intensifiées

Plus pertinente en terme de coût : il utilisera une emprise foncière déjà disponible.

Plus pertinente en terme prospectif : son efficacité n’est pas dépendante d’une forte densification à moyen et long terme de la deuxième couronne, dont la faiblesse de la croissance démographique fait une hypothèse discutable.

Le projet annulaire sur le périphérique, projet de transport rapide, est également projet de transformation

urbaine en particulier à partir du traitement des « Portes » qu’il reliera, lieux d’échanges au potentiel im-

portant à l’intersection métro/périphérique/route nationale, aujourd’hui chaotique.

Une « roue dentée » qui projette des rayons et permet des liaisons tangentielles multiples, avec liaisons en

site propre ultra rapide et qui évite de toujours passer par le centre déjà engorgé. C’est achever encore

l’idée d’un « centre annulaire » qui distribue vers l’extérieur comme vers l’intérieur de l’espace. La volonté

de rééquilibrer la valorisation de la périphérie ne peut pas se faire contre le centre. Le volontarisme ne

marche pas. Il faut observer ce que le centre ne peut plus assurer et voir là la force périphérique. Un tel

anneau distribue beaucoup plus de lieux que le métrophérique, il décongestionne vraiment le centre, il agit

avec le centre comme interface entre les périphéries, les rhizomes et le centre.

De plus, l’annulaire serait connecté à une liaison rapide reliant Roissy à la future gare Nord- Europe que nous

proposons par ailleurs (cf « fenêtre Le Bourget »). Cette connection permettrait, par le développement pour

l’annulaire d’une expérience très innovante de rames recomposables aux embranchements, testée à Munich

par VEOLIA, d’assurer sans rupture de charge une liaison express Roissy-La Défense.

En aérien sur le périphérique actuel, laissant les voies en l’état, il serait conçu, techniquement et architec-

turalement, pour être un marqueur fort de la métropole du XXI ème siècle.

La logistique au cœur du système métropolitain

La métropole, par son dynamisme interne et dans ses relations au monde, génère quotidiennement des flux immatériels, des mouvements de personnes, mais aussi des échanges importants de biens matériels, tant en valeur qu’en tonnes physiques qui sont transportés, à des rythmes temporels déterminés, vers des lieux dédiés.

Hermès est rapide, changeant, souvent imprévisible et se joue parfois de l’autorité. Cette activité commerciale, indispensable à la vie même des foyers d’Hestia, et à leur quiétude, entre néanmoins de plus en plus en tension avec eux, en raison des masses en cause, requérant un usage sans cesse accru d’espace et de temps. Jusqu’à présent les pouvoirs publics ont peiné à maîtriser, à réguler Hermès.

La logistique incorpore plusieurs caractéristiques majeures des rhizomes : le multi scalaire, du global au local, le dynamisme du vivant, en prise intime avec les rythmes divers de la métropole, économiques, temporels, technologiques, et ses capacités de projection au loin vers la mer et vers le Bassin Parisien, l’organisation en devenir de commutateurs spécialisés pour la circulation des marchandises à partir de « hubs » où des nœuds d’échanges physiques se déploient, et où les besoins d’aménagement et d’urbanité restent considérables pour qu’Hestia ne récuse plus Hermès.

Pour maîtriser Hermès et le relier à Hestia :

Quatre axes de projet doivent être mis en oeuvre :

Autoriser la desserte ferroviaire de proximité, en particulier au sein de la zone dense. Des gares de fret devront être maintenues, tout en sachant que dès à présent les habitants d’environ 200 communes franciliennes s’estiment gênés par le bruit ferroviaire. De tels sites devront faire l’objet de projets d’aménagement visant à atténuer les nuisances res- senties : gares localisées dans l’agglomération : Ivry – Vitry sur Seine, Paris – Austerlitz… et sur la ligne de Grande Ceinture au Nord et à l’Est de l’agglomération : Villeneuve St Georges, Valenton, Port de Bonneuil, Noisy-le-Sec, Pantin, Le Bourget, Le Blanc-Mesnil… Et sur ces sites se concentrent également camions et véhicules utilitaires, et des aires

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Hermès et ses flux :

En région Ile-de-France ce sont près de 400 millions de tonnes de marchandises qui sont transportées annuellement. La part modale de la route est hégémonique : 90 %, la voie fluviale représente 6 % et le mode ferroviaire 4 %, les livraisons termi- nales relevant exclusivement de la route. Les échanges au sein de la région dominent : 40 % du tonnage total, alors que les échanges avec les autres régions françaises s’élèvent à 30 %, et que les exportations et importations étrangères représentent 10 % du total. Il reste 20 % de flux de marchandises qui sont en transit sur un axe Nord-Sud, ce qui atteste du positionnement géographique de la région Ile-de-France entre l’Europe du Nord et du Nord-Est (la « banane bleue ») et l’Ibérie (Espagne et Portugal).

Penser la métropole comme être vivant, comme système, conduit à tenter de penser ces flux, leurs implantations, leurs enchaînements spécifiques, leurs conséquences, leurs nécessi- tés, et leurs adaptations au regard des orientations « post-Kyoto » et des attentes sociétales.

Depuis deux siècles, Hestia repousse Hermès du centre vers la périphérie dans l’espace métropolitain Au 19e siècle, à l’heure du Paris transformé par Haussmann, Hermès semblait pouvoir s’imposer :

« La première idée du chemin de fer urbain parisien a pris corps dans un projet de ligne dite des Halles produit en 1855… projet fragmentaire dont les auteurs avaient simplement en vue de relier le centre de Paris à la circonférence et d’assurer par voie ferrée l’approvisionnement des Halles ». M. F. Bienvenüe : Commentaire technique sur le métropolitain de Paris. 12 février 1933.

Mais, par la suite, la pensée a bifurqué, passant des mouve- ments des biens à ceux des personnes : Hestia l’emportait. Quand la ville se métamorphose en métropole, le marché cen- tral traditionnel - les Halles - est repoussé et projeté vers les périphéries agglomérées accessibles, et vers de nouveaux es- paces non encore utilisés, assez vastes pour recevoir et réex- pédier des marchandises différenciées. Jusqu’aux années 1970 les entrepôts jouxtent souvent encore les zones industrielles en Seine St-Denis, à Gennevilliers, à proximité d’Orly (Rungis) ou sur l’axe de la Seine amont. Le mouvement de désindustrialisation entraîne une tertiarisation de ces territoires qui captent alors les fonctions de services et d’organisation des flux de biens, alors que les plates-formes se dissocient et s’autonomisent en se localisant sur des espaces plus éloignés.

Dans les années 1980, de nouveaux entrepôts sont créés en bor- dure des villes nouvelles : Sénart, Evry, Cergy ou de Roissy, Ivry, Vitry. La messagerie spécialisée des petits colis se différencie

AGIR I. DANS LA GRANDE DIMENSION : Pour des fonctionnalités métropolitaines intensifiées

logistiques. Une analyse fine des diverses places logistiques intra-urbaines, de leur modernisation possible, devra compléter l’approche ferroviaire citée.

Rééquilibrer vers l’Ouest de la métropole les flux et les plateformes logistiques jusqu’ici plus développées à l’Est (cf : Seine et Marne), par un usage accru de la voie fluviale de la Seine, en aval, à l’Ouest de l’agglomération, avant les ponts et écluses parisiens, prenant en compte l’augmentation de capacité du Port du Havre (Port 2000), et du futur canal Seine Nord, pour y délimiter des sites d’interconnexion bi ou tri modaux.

Une certaine spécialisation de ces plates formes de l’Ouest pourrait se dessiner :

produits manufacturés, voitures… en relation avec les produits importés par la voie maritime.

Une hiérarchisation fonctionnelle accrue des plates-formes « grossistes » et des plates formes redistributrices et de livraisons terminales prenant en compte le caractère for- tement polluant de ces dernières.

L’insertion urbaine des activités logistiques ainsi que leur association dans des espaces mixtes fonctionnellement : hôtels logistiques urbains à étages, doter les plates-formes logistiques d’équipements urbains à caractère social, destinés aux salariés de cette branche : restaurants interentreprises, services de médecine quotidienne, espaces de repos, services de transport du personnel… Par de telles aménités le site logistique se- rait plus complet, plus urbain, moins perçu comme étant loin de tout, « off shore ».

de la logistique des biens plus massifs ou plus lourds, chaque chaîne logistique relevant de rythmes particuliers, et de con- traintes spécifiques. Les petits véhicules utilitaires côtoient les poids lourds. Les distances parcourues augmentent au sein de la métropole, malgré l’adoption du modèle de fonctionnement en « hub » par nombre d’opérateurs du transport. L’ouverture en octobre 2007 par La Poste de la plateforme industrielle Courrier de Paris-Sud à Wissous, sur une parcelle louée à Aéroport de Paris proche d’Orly, illustre cette évolution.

Depuis une vingtaine d’années, en raison de l’externalisation des fonctions logistiques, délaissées par les chargeurs, de vastes aires logistiques de 30 à 50 000 m² s’ouvrent en grande couronne de la métropole, souvent en Seine et Marne ou aux frontières externes de la région d’Ile-de-France : Orléans ou Compiègne… où des surfaces étendues et peu coûteuses sont disponibles. Il s’agit là d’un développement extensif, mis en œuvre dans le cadre de la rationalité économique propre à chaque opérateur logisticien, et en fonction des opportunités foncières saisies. Quant à la logistique propre aux flux de transit, elle est locali- sée en grande couronne.

L’Ile-de-France est devenue, ce faisant, la première région lo- gistique française, comptant quelque 22 millions de m² de sur- face dédiée à l’entreposage, dont 15,5 millions de m² de plates formes logistiques.

Un arc logistique, ancré sur la voie de la Francilienne s’est développé de Cergy-Pontoise à Evry (via Roissy, Marne-la-Vallée, Sénart).

En Ile-de-France, la consommation moyenne annuelle d’espace affecté à des entrepôts est d’environ 200 hectares. La moitié du parc d’entrepôts franciliens a une surface inférieure à 5000 m², les plates formes assurant la distribution urbaine en deçà d’un rayon de 30 Km utilisant de 2 à 3000 m².

Les produits transportés sont des matériaux de construction (38% du tonnage total), des produits manufacturés (28% du ton- nage total), des biens alimentaires, des produits agricoles et des déchets. La production annuelle de déchets ménagers est de l’ordre de 400 Kg par habitant, et de 500 Kg pour les matériaux de démolition (source : Direction Régionale de l’Equipement Ile-de-France. Octobre 2006). La densité moyenne d’emplois sur les sites logistiques récents est d’environ 65 emplois pour 10 000 m² bâtis.

Les plus petites unités logistiques s’insèrent dans la zone dense agglomérée, mais subissent la pression foncière de l’urbanisation ou du renouvellement urbain, et risquent l’exurbanisation périphérique.

Logistique Avant
Logistique Avant

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Logistique Après
Logistique Après

AGIR III. SIX ETUDES DE TERRAIN : La « fenêtre de projet » comme méthode

II. LES INTERVENTIONS GÉNÉRIQUES SUR L’ESPACE

› ASSEMBLER HESTIA ET HERMÈS –CRÉER DE NOUVEAUX AXES DE VIE

› LE DURABLE C’EST LE TRANSFORMABLE. DES « RÈGLES DU JEU CONTRE LES TERRITOIRES « BLOQUÉS ».

› FAIRE ARCHIPEL

› CRÉER DES BALISES MIX-CITÉS – L’APPROPRIATION PAR LA PRATIQUE ET LA PERCEPTION

AGIR II. LES INTERVENTIONS GÉNÉRIQUES SUR L’ESPACE

ASSEMBLER HESTIA ET HERMÈS –CRÉER DE NOUVEAUX AXES DE VIE

Retrouver l’espace physique comme médium de vie, durable, appropriable.

Pour redonner son statut de médium de vie à l’espace physique nous proposons des axes ou thèmes de travail valables sur tout le territoire. Nous illustrons ces axes de travail par des exemples de projets de références sur lesquels nous avons pu travailler ces thèmes durant les trente dernières années.

Pour un espace physique sociabilisé, durable et appropriable.

Tisser, désenclaver les grandes voiries et les réseaux capillaires, que tous les chemins mènent à Rome.

Nous avons adopté la qualification « Hermès » par rapport à « Hestia » pour tous les réseaux de déplacement, bien qu’il s’en trouve deux de nature très différentes voire opposées :

› Le réseau de voies rapides (trains, autoroutes) qui traversent, enjambent et le plus souvent sectionnent, découpent et enferment les territoires en poches. Ce sont les « tuyaux ».

› Le réseau que l’on peut appeler « capillaire » des avenues, des rues, impasses et boucles, qui dessert chaque immeuble et qui est bloqué. Ce réseau comprend aussi les nationales ou départementales : tout ce qui dessert au long de son parcours alors que les « tuyaux » vont de A à B en « express ».

Un des réseaux bloque l’autre mais il le dessert aussi. C’est seulement en gardant en tête cette fonction du déplacement qui est commune aux deux réseaux comme « Her- mès » que l’on peut raisonner sur leur évolution. La question est par exemple souvent de rendre l’Hermès des « tuyaux » en boulevard urbain (par exemple le boulevard circulaire de la Défense) ou pour nous de trouver les commutateurs qui vont raccorder ces deux réseaux en certains lieux.

qui vont raccorder ces deux réseaux en certains lieux. 82 CHRISTIAN DE PORTZAMPARC Architecte-urbaniste,

Dans la grande périphérie métropolitaine les plans de voiries sont tous arborescents, avec rues en impasse ou ronds-points terminaux, incit- ant partout aux quartiers privés. Condition de l’expansion de la ville et de la grande dimension, les réseaux techniques ont segmenté tout le territoire et ce n’est plus seulement le radioconcentrisme qui pose problème. On peut parler de labyrinthe, d’enfermement, de blocage. La continuité lisible des voies accessibles à tous est perdue. Or c’est vé- ritablement une condition première de la ville démocratique. L’espace public est bien Res Publica. Sans lui, les évolutions des quartiers s’orientent inéluctablement vers la même tendance que sur toute la planète : privatisation et ghettoïsation.

Pour rendre accessibles et transformables ces quartiers il faudra réc- oncilier Hestia et Hermès, et contrer partout la pratique des « poches » urbaines, parfois appelées secteurs ou patates, ces enclaves coin- cées entre les réseaux et desservies par une « bretelle ». Il faut que « tous les chemins mènent à Rome », que la visibilité et l’accessibilité

mènent à Rome », que la visibilité et l’accessibilité SANTO ANDRÉ, BRÉSIL, 1998 La loi de

SANTO ANDRÉ, BRÉSIL, 1998 La loi de la rue contre les secteurs privatisés

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privatisés GRAND PARI DE L´AGGLOMÉRATION PARISIENNE LABORATOIRE C.R.E.T.E.I.L. Institut d´urbanisme de Paris -

AGIR II. LES INTERVENTIONS GÉNÉRIQUES SUR L’ESPACE

soit en coïncidence. Les communications immatérielles qui annulent pour une part l’éloignement ne résolvent qu’une part du problème de la présence physique. Elles accentuent démesurément le nombre des liens et avec la nécessité de la reconquête et de la proximité. L’espace est toujours « médium » bien évidemment, même s’il est bousculé, même si il est partout « bloqué ». Le périphérique, par exemple autour de Paris, est un lieu d’immeubles tertiaires et de publicités. Partout dans la périphérie un travail de voirie, de libération du passage de quelques ponts et tunnels sous les voies rapides, de ponts habités parfois, devrait être entrepris. C’est instaurer les conditions nécessaires à la ville. C’est s’y retrouver, avoir accès, faire se croiser les diversités de population, les pauvres et les riches. C’est faire passer la maréchaussée et c’est éviter l’installation de condominiums fermés d’habitat, de parcs commerciaux ou d’activités qui seraient des poches closes interrompant la ville.

Ce travail fut le grand enjeu du plan de Santo André que nous montrons à titre d’exemple : sur 4 kilomètres les usines automobiles et minoteries se succédaient le long d’une ligne de chemin de fer dans un secteur très urbanisé du grand Sao Paolo. En partant de la trame urbaine existante du centre de Santo André, le projet propose de la continuer selon une grille de rues à réaliser progressivement- dans un premier temps simple- ment en terre pour ne pas charger les finances municipales. Ces rues traversent tout le site. Ce réseau public reçoit des îlots privés qui ont une liberté de programmations et d’architectures aléatoires.

Dans la logique nouvelle des grandes acquisitions foncières et la spécialisation fonction- nelle et commerciale de grands territoires privés, on assiste en effet dans beaucoup de pays, au phénomène d’une ville qui se construit par poches. Equivalent du grand zoning de la planification, on a pu voir de grands découpages marchands correspondre à la fragmentation du territoire installés par les grands « tuyaux » autoroutiers. La ville se divise en grands camps. C’est topologique. C’est la logique du sac. Tout ce qui a ainsi une entrée gardée, un plan de voirie arborescent ou en boucle à l’intérieur d’un périmètre clos, se met à l’écart du monde, c’est-à-dire à l’écart du réseau universel que sont les voies publiques. Dans tous ces territoires on ne peut plus dire : “Tous les chemins mènent à Rome”.

ne peut plus dire : “Tous les chemins mènent à Rome”. PÉKIN, 2003 84 CHRISTIAN DE
ne peut plus dire : “Tous les chemins mènent à Rome”. PÉKIN, 2003 84 CHRISTIAN DE

PÉKIN, 2003

C’est pourquoi il est si important de repenser des plans en grille contre les plans arborescents et de penser des îlots bordés de rues « publiques ». C’est sans doute pour conjurer cette tendance à voir se privatiser d’immenses zones urbaines que la municipalité de Santo André à Sao Paolo avait organisé une consultation en 1999, sur le conseil de Jordi Borja. En tout cas, c’est ainsi que j’ai diagnostiqué le problème sur place, en organisant un atelier de réflexion avec des jeunes brésiliens.

Ces «bolsas» d’Amérique latine, de Chine et d’ailleurs, ne seront pas transformables, alors que dans les villes, tous les îlots sont indéfiniment transformés, divisés ou unifiés. Ils sont transformables parce qu’ils ont des accès publics sur tous leurs côtés, et ils sont donc, dans le temps, divisibles, vendables, commercialisables, en morceaux re- constructibles.

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AGIR II. LES INTERVENTIONS GÉNÉRIQUES SUR L’ESPACE

LE DURABLE C’EST LETRANSFORMABLE. DES « RÈGLES DU JEU » CONTRE LESTERRITOIRES « BLOQUÉS »

Reparcelliser, ouvrir à la possibilité d’appropriation, aux initiatives.

Rendre les territoires transformables, reliés, ouvert aux commerces fonciers, plasticité pour le futur, réduire les grands ensembles monofonctionnels.

Un objectif pour le Grand Paris serait donc de mettre en œuvre le désenclavement progressif et général des quartiers. Tout ce qui est en impasse, en zones enfermées par des grands réseaux, en poches fermées, tout ce qui a une faible ou difficile con- nectivité avec le système général des voies publiques, devrait être retraversé de voies, ré-ouvert, reconnecté. Des ponts, des trouées, afin de supprimer les effets d’enclaves. Les enclaves sont les gisements des ghettos de demain.

Nos travaux à Pékin, à Sao-Paulo, à Rio, à New York même ont chacun eu à affronter et empêcher ce phénomène d’enclave urbaine qui interdit l’appropriation. La privati- sation, l’abandon de l’espace collectif, son cantonnement dans le réseau des tuyaux autoroutiers, et l’apparition de la ville constituée de « camps » de pauvres, de riches, de camps de bureaux et de loisirs menacent comme l’arrivée d’une barbarie, la clôture d’un âge ouvert par l’invention de la rue par les grecs.

L’homogénéité du programme de la zone, monothématique s’ajoute aux plans en arbre et en impasse et à la clôture des quartiers pour condamner lourdement toute flexi- bilité sur le plan du commerce immobilier ou foncier. « Comment revendriez-vous ce million de mètres carré que vous nous demandez de projeter, si c’est un grand enclos avec une seule porte et des voiries en arborescence ? », demandais-je aux promoteurs chinois pour lesquels nous étudions un immense quartier de Pékin. « Quand les riches iront ou voudront aller ailleurs, cela sera impossible pour vous ou les copropriétaires de revendre d’un coup 1 million de mètres carré avec seulement deux entrées». « Il faut traverser le quartier par des rues publiques, chaque bâtiment pourra avoir une « adresse », être séparément racheté, transformé, détruit, rebâti ». Après réflexion de

transformé, détruit, rebâti ». Après réflexion de Santo-André Un des enjeux était de montrer que des
transformé, détruit, rebâti ». Après réflexion de Santo-André Un des enjeux était de montrer que des

Santo-André Un des enjeux était de montrer que des architectures ordi- naires, illustrées ici par des citations de bâtiments existants déjà dans la ville, peuvent s’installer dans ces îlots. L’hétérogène, l’imprévu, le transformable s’assemblent sur les rues.

BEIJING, 2003 GRAND PARI DE L´AGGLOMÉRATION PARISIENNE LABORATOIRE C.R.E.T.E.I.L. Institut d´urbanisme de Paris -

BEIJING, 2003

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quinze jours, les clients qui avaient adopté le modèle « américain » ont acceptés. Des rues liées toutes au réseau de la ville ont été acceptées par la mairie comme territoire municipal.

Inventer un urbanisme qui encadre, rend possible, établit des « règles du jeu », est la réponse. Une politique qui incite à la qualité, à l’attention, au bien commun de l’espace public en ouvrant des incitations en retour à l’opérateur par des règles ur- baines qui accordent des droits à bâtir aériens supplémentaires à condition de présent- er sur un site un projet qui soit une contribution à la qualité urbaine locale – jardins, écoles, commerces –et à la qualité architecturale de la ville.

Ainsi à New-York, notre client obtient de doubler ses droits à construire grâce au pro- jet, riche en place, jardin public, école, commerces, et qui augmente de 150 000 à 300 000 m² les droits autorisés. Un triangle de qualité est formé entre le city planning, le promoteur et l’architecte.

entre le city planning, le promoteur et l’architecte. 88 CHRISTIAN DE PORTZAMPARC Architecte-urbaniste,
entre le city planning, le promoteur et l’architecte. 88 CHRISTIAN DE PORTZAMPARC Architecte-urbaniste,

BAIRRO NOVO, São Paulo, Brésil, 2004 Entrer dans la trame de la ville, dans ses rues, en observant son rythme et son développement pour imaginer un nouveau quartier, c’est chercher une méthode qui ouvre l’îlot à l’aléatoire, aux demain inconnus, et qui puisse présenter une perspective dans l’espace et dans le temps. Il faut éviter le plan masse qui ne permet pas l’évolution. Nous proposons une règle de jeu volumétrique marquée par une forte dynamique des hauteurs.

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des hauteurs. GRAND PARI DE L´AGGLOMÉRATION PARISIENNE LABORATOIRE C.R.E.T.E.I.L. Institut d´urbanisme de Paris -

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Des règles pour des îlots - îlots transformables dans le futur. Ilots ouverts et quartiers évolutifs

L’îlot ouvert est une manière de bâtir entre les rues en donnant à plusieurs programmes leurs autonomies, leurs jours, leurs adresses, sans les accoler en mitoyen. C’est une expression forte de la ville comme es- pace public. Il assemble la pluralité des individus, les bâtiments hétérogènes, singuliers. Il est ouvert à l’aléatoire. Les immeubles ne sont pas mitoyens, ils sont donc autonomes. Ils ont leur volume propre, leurs matériaux, leur hauteur. Pourtant la rue les assemble, par des portions de façades alignées. La rue est un volume d’espace parfaitement sensible malgré la discontinuité des façades. L’ouverture visuelle de l’îlot est constituée par l’interruption du bâti. C’est 30 à 50% du périmètre.

En jouant sur des hauteurs différentes ce qui permet de faire mieux entrer la lumière et donne une dy- namique verticale à la rue, on éclaire mieux les rues et on peut donc les faire plus étroites. On offre des vues traversant les îlots en évitant les cours intérieures claustrophobiques. Chaque logement a trois orienta- tions et de nombreuses vues, proches et lointaines. Les espaces privés sont plantés. Cette autonomie des immeubles signifie aussi que l’îlot ouvert n’est pas seulement ouvert à la lumière mais aussi à l’imprévu, au changement, au commerce foncier dans le temps, aux transformations dans des règles simples. Il porte une esthétique de l’aléatoire individuel dans la règle publique de la rue. Chaque immeuble peut être rebâti différemment selon des règles de volume simple et accueillir à chaque fois un programme très différent car les possibilités de lumière sont optimum. Le rez-de-chaussée de l’îlot est unifié par ses façades alignées, ses grilles, ses murs, avec des arbres. C’est la clôture du privé par rapport au public. En définitive il n’y a pas de plan masse, mais des fiches d’îlots qui proposent aux architectes des volumes-enveloppes virtuels plus grands que les volumes constructibles, et à l’intérieur desquels ils installent leurs bâtiments.

En 1988 pour l’installation d’une ville universitaire et de recherche, le projet d’Atlanpole à Nantes fut l’occasion de mettre en jeu le concept d’îlot ouvert face à l’extrême variété des programmes qui se présentait (on le verra le projet met également en jeu la notion d’archipel). L’îlot ouvert est ici un moyen d’assembler des programmes très différents. Il est le moyen de retrouver la plasticité de la rue intégratrice.

moyen de retrouver la plasticité de la rue intégratrice. SANTO ANDRÉ, Brésil, 1998 90 CHRISTIAN DE
moyen de retrouver la plasticité de la rue intégratrice. SANTO ANDRÉ, Brésil, 1998 90 CHRISTIAN DE

SANTO ANDRÉ, Brésil, 1998

ATLANPOLE, Nantes, France, 1988-92 Pour le projet d’Atlanpole quatre grandes îles sont définies. Une grande trouée large de 60 mètres, dans l’axe de la plus haute tour du centre-ville de Nantes, permet de percevoir l’ensemble à grande échelle et de se l’approprier physique- ment. Cette grande échelle de perception, pourtant si importante, manque presque toujours dans les périphéries. Nous installons également dans le site ce que nous appelons les « scarifications » : des lignes transversales qui permet- taient de viabiliser et d’entretenir la campagne. Elles marquent le territoire tous les 417 mètres. Ces structures physiques mises en place dans le site fondent une com- préhension de la ville en donnant la mesure dans le grand territoire, permettant une perception forte, évidente du site urbain dans la grande dimension. Mais la grande nouveauté d’Atlanpole réside dans le fonc- tionnement des îlots. Une règle des îlots ouverts sur une grille «Hippodamienne » est établit. Ces îlots construisent les rues, autonomisent les bâtiments et accueillent le plus large aléatoire. Pour cela, nous avons testé un grand nom- bre de programmes variés : écoles de haut niveau, labora- toires, habitat…

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Les îlots ouverts du quartier Masséna proposés en 1994 parlent aussi de cette question de comment ouvrir la ville à l’aléatoire, assembler le multiple: logements, bureaux, universités, au sein d’un quartier lisible et évolutif dans Paris? Plutôt qu’un plan masse fixé, j’élabore ici une règle du jeu permettant des varia- tions autour du principe d’l’îlot ouvert et son corollaire la rue ouverte, diversifiée et lumineuse. Les bâti- ments jamais mitoyens ouvrent la rue sur les intérieurs d’îlots plantés de jardins. Ces bâtiments prennent la lumière dans les quatre directions et selon des volumes dont l’architecture est libre. La grande variété des programmes, des volumes et des matériaux aussi est assemblée au long du «volume» unitaire de la rue. Il n’est pas imaginable de faire un urbanisme en comptant sur des chefs-d’œuvre architecturaux. La ville aujourd’hui doit ainsi pouvoir avaler le meilleur et le moins bon, le banal et l’exception, l’imprévisible variété des « styles » et en tirer une vie, une nouvelle saveur.

des « styles » et en tirer une vie, une nouvelle saveur. L’enchaînement des îlots ouverts

L’enchaînement des îlots ouverts

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QUARTIER MASSÉNA, Paris, 1995

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FAIRE ARCHIPEL

Nous l’avons vu l’archipel est ici une figure qui peut prendre des configurations très variées. Elle nous permet de « rythmer » des différences de densité sur le territoire entre pôle d’activités et d’habitat dense et résidentiel calme avec parc. L’archipel permet aussi de penser en rapport bâti-nature propice à créer les conditions d’habitat en périphérie que l’on ne trouve pas au centre (une ville jardin). Le rhizome est af- faire de liens entre pôles qui entrent dans une aire où la proximité appelle un espace physique non bloqué. L’archipel est une notion physique et peut être utile pour mettre en espace par exemple des rhizomes. Bio masse au cœur de la métropole, rationalisa- tion des transports habitation-travail (« les migrations alternantes »), sont des raisons du modèle archipel dans le cadre du Post-Kyoto : il s’agit d’imaginer par blocs distincts ou en « pieuvre » la compacité fractale.

Nous imaginons pour les métropoles que l’extension de « clairières » - de vides non bâtis - et l’extension vers le ciel sont deux possibles. C’est la leçon de Manhattan.

Assumer des zones denses, formant parfois des grands repères visibles de très loin, installés autour des gares de transports métropolitains, dans des rayons accessibles (2km) à vélo et des zones moins denses et plus éloignées où l’appel de l’habitat est plus attractive.

La première vision offerte par cette représentation est celle de la ville traversant lacs et parcs : La Haye, Stockholm, Berlin, ou encore Rio traversant les montagnes, forêts et anses par les tunnels et passant d’une « chambre » topographique à une autre.

Outre que cette topologie multiplie les situations de bords, fractalisant les contacts avec la nature elle assure au sein de la ville, dans la perspective de l’après-Kyoto, un équilibre avec la biomasse. Elle déjoue la polarisation sur le centre unique et les notions d’éloignement et de relégation qui accompagnent cette polarisation. Elle ou- vre les possibles pour qu’un très grand territoire urbain soit compréhensible selon un principe perceptible sur le terrain, avec le corps.

selon un principe perceptible sur le terrain, avec le corps. 94 CHRISTIAN DE PORTZAMPARC Architecte-urbaniste,

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A toutes ces qualités on objectera que créer des parcs et des zones peu denses dans une très grande région comme l’Ile-de-France n’est pensable que dans une continuité d’action sur la durée et dans un échange où le commerce foncier est en mesure de pratiquer une mutualisation des valeurs de terrains à grande échelle comme dans des projets de villes nouvelles ou de zones d’aménagement. Une agence qui agit comme l’AFTRP (Agence Foncière et Technique de la Région Parisienne) le fit pour des villes nouvelles, ayant des méthodes de préemption. C’est la solution nécessaire. Il est im- possible d’agir sur le bien commun si chaque parcelle est intouchable ou fait l’objet de négociations spécifiques.

Avec l’archipel littéral, on peut imaginer des îlots d’habitat au milieu de la nature.Il s’agit d’inventer une qualité d’habitat que l’on ne peut trouver en centre ville : ni la ville, ni la campagne, mais des îles bâties au cœur d’une nature préservée pour un nou- veau mode d’habiter propre à nos périphéries. Ce concept d’un archipel d’îles bâties est une constellation d’îlots denses, ouverts, et librement posés.

Son origine vient d’un nouveau regard sur la périphérie et ce qu’elle peut apporter en qualité. Cet îlot devient une île distincte, il n’est pas bordé par des rues comme en ville, mais il est isolé et entouré de nature, telle une île en mer. Ces îles bâties partent du territoire de campagne pour le densifier ponctuellement et en préserver une bonne partie, garder les formes existantes. Bien sûr l’habitat que l’on installe va tout chang- er, mais ce sera l’idée d’une campagne urbanisée en douceur et non un plan urbain.

campagne urbanisée en douceur et non un plan urbain. LABORATOIRE C.R.E.T.E.I.L. Institut d´urbanisme de Paris -

LABORATOIRE C.R.E.T.E.I.L. Institut d´urbanisme de Paris - Université Paris XII, co-traitant

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Ce que nous avons étudié en 1990 pour le projet des jardins de la Lironde, à Montpel- lier, en est un exemple. Plutôt qu’un projet de lotissement occupant tout le territoire, le projet conserve les vignes, les fermes et oliviers, et crée des «îles» bâties de quatre à cinq niveaux sur terrasse de parking qui permettent une libération du sol, transformé en jardins soit municipal soit appartenant à chaque « île ».

Nous retrouvons une forme d’îlot ouvert. Les logements à double orientation ont tous des vues rapprochées sur la cour-terrasse ainsi que des vues amples et lumineuses sur le panorama d’ensemble. La plupart des îles ont deux ou trois promoteurs et archi- tectes de la région. J’interviens sur deux moitié d’îles comme architecte, après avoir défini des lignes communes : un type de socle en béton, un code couleur, un principe de su-toiture.

Les immenses terrains nus sont rares. Dans nos pays, c’est par zone, par archipel, au cas par cas, sur des sites qu’on va rebricoler, qu’il est possible d’agir. Il s’agit donc

rebricoler, qu’il est possible d’agir. Il s’agit donc L E S J A R D I

LES JARDINS DE LA LIRONDE, Montpellier, France,1991

t p e l l i e r , F r a n c e ,
t p e l l i e r , F r a n c e ,

d’une stratégie de renouvellement urbain qui admet le contingent, qui s’inscrit dans l’existant et la durée par petits ou plus grands morceaux. Cela commence avec une petite intervention et peut se poursuivre.

Pour le quartier de Clichy-Batignolles à Paris, la configuration du site est complexe. C’est un véritable puzzle de terrains, en partie, occupés alors que l’on prévoit d’y construire 500 000m2 et un parc de 12 hectares. En cet endroit, Paris a un « trou ». Il s’interrompt. Notre projet vise à apporter la continuité urbaine dont le XVIIème ar- rondissement a ici un besoin crucial, en créant un grand parc « tentaculaire » qui va chercher la vie urbaine où elle est. C’est en fait un parc en damier, qui assure bien les continuités spatiales Est-Ouest et Nord-Sud et qui est «planté» de plusieurs îles rési- dentielles qui sont des quartiers d’îlots au cœur ou en bordure du parc.

On retrouve dans l’étude, à travers ces plots en damier, l’idée d’archipel. Ces petits quartiers ménagent des jardins et des rues intérieures, mais aussi des «fenêtres» et des «portes» sur le parc grâce à leurs périmètres ouverts.

Parfois, il s’agit de tirer les leçons de l’histoire de l’urbanisation lente des bocages périphériques devenus ville pour imaginer un processus d’urbanisation plus rapide. Les nouveaux quartiers du Plateau des Capucins à Angers devront s’enchaîner avec les quartiers existants, confirmer l’ensemble.

C’est une proposition de ville-campagne, un damier d’îlots ouverts alternant avec des rectangles de campagne inter-pénétrables en squares, jeux, équipements, bosquets, etc. La méthode procède par acquisition progressive, à partir de la trame viaire et parcellaire existante sur la majeure partie du plateau. Cette trame viaire est l’élément générateur du projet, elle permet d’introduire la dimension du temps : en elle, le temps s’est déjà inscrit, déposé.

« On s’est trompé avec les villes. On aurait du les mettre à la campagne » Alphonse Allais, dans cet éclat de rire a concentré

GRAND PARI DE L´AGGLOMÉRATION PARISIENNE

rire a concentré GRAND PARI DE L´AGGLOMÉRATION PARISIENNE CLICHY BATIGNOLLES, Paris, 2003 LABORATOIRE C.R.E.T.E.I.L.

CLICHY BATIGNOLLES, Paris, 2003

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l’impossible. L’hybridation nature-urbanité est pourtant une question clé aujourd’hui. Comment créer dans la périphérie de la ville des qualités d’habitat que le centre n’offre pas ?

Central park – Une poétique de l’opposition tranchée bâti-nature

Au seuil de la notion d’espace : l’expérience émotionnelle du vide, son importance physique, sensorielle, symbolique. Penser la constitution de l’espace comme une pièce intérieure publique à ciel ouvert.

Architecturer l’espace de la ville au lieu d’assembler des objets architecturaux est le moyen d’approprier les grandes dimensions. Quelle réalité a aujourd’hui le mot espace, quand la logique techno-économique contraint toute l’architecture à n’être qu’une production d’objets, cellules, barres, tours, pyramides. La métropole est une succession d’unités architecturales séparées, autonomes, indifférentes au lieu, isomor- phes : la forme leur est toujours dictée par un nécessaire interne et l’espace urbain; l’extérieur n’est qu’une forme seconde, le fond sur lequel se détachent les objets, un résidu que l’on tentera après coup d’“animer”. Univers des objets qui est celui du va- et-vient cyclique de la marchandise et de la prolifération des signes.

Cette idée de construire la ville autour d’un vide signifiant fut mise en pratique lors du concours pour de la Roquette. Pour ce projet nous avons opéré un renversement : faire dominer l’effet de présence de l’espace sur celui de bâti

L’idée était imaginer dans Paris un monument végétal qui soit un jardin ouvert à tous les usages, bordé de commerces, de cafés, de restaurants, de services publics, de logements.

Autour d’un parc public de cent mètres par cent cinquante, des commerces, des équipements de quartier et cent cinquante logements.

C’est une place sur laquelle l’herbe et les arbres auraient poussés : un vaste espace

l’herbe et les arbres auraient poussés : un vaste espace ANGERS, 2001 98 CHRISTIAN DE PORTZAMPARC
l’herbe et les arbres auraient poussés : un vaste espace ANGERS, 2001 98 CHRISTIAN DE PORTZAMPARC

ANGERS, 2001

urbain envahi par la nature ou bien un morceau de nature enchâssé dans la ville. Le végétal va jusqu’au ras des bâtiments, remontant sur leurs façades. Il n’est pas “dessiné”; ce sont les bâtiments en le bordant, qui le dessinent, le recevant dans ses limites.

Ces bâtiments enveloppent l’espace central, lui donnant une forme.

Dans cette opposition franche entre front bâti et parc libre se trouve concentrée une poétique de la ville du bâti dans son rapport à la nature. Cette forme a enfin une vertu, un impact opérationnel: l’urbanisation est un processus qui se déroule dans le temps et met un jeu un grand nombre d’acteurs, de normes et d’intérêts parfois contradictoires dans la durée. Installer dés le début cette forme, comme un repère, marque définitive- ment, stratégiquement le territoire.

marque définitive - ment, stratégiquement le territoire. PÉKIN, 2004 GRAND PARI DE L´AGGLOMÉRATION PARISIENNE LA

PÉKIN, 2004

GRAND PARI DE L´AGGLOMÉRATION PARISIENNE

PÉKIN, 2004 GRAND PARI DE L´AGGLOMÉRATION PARISIENNE LA ROQUETTE, Paris, 1974 LABORATOIRE C.R.E.T.E.I.L. Institut
PÉKIN, 2004 GRAND PARI DE L´AGGLOMÉRATION PARISIENNE LA ROQUETTE, Paris, 1974 LABORATOIRE C.R.E.T.E.I.L. Institut

LA ROQUETTE, Paris, 1974

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AGIR › II. LES INTERVENTIONS GÉNÉRIQUES SUR L’ESPACE 100 CHRISTIAN DE PORTZAMPARC Architecte-urbaniste,

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GRAND PARI DE L´AGGLOMÉRATION PARISIENNE MARNE SECTEUR IV, Marne-La-Vallée, France, 1989 Dans ce secteur de la

MARNE SECTEUR IV, Marne-La-Vallée, France, 1989 Dans ce secteur de la ville un très grand vide, rectangulaire :

un grand parc serait le premier aménagement qui constitu- erait la ville à cet endroit, sa fondation; Il serait installé en contrebas du sol naturel, bordé d’un quai. Peu à peu les constructions viendraient border le parc, s’installer à bord franc sur les rives. La première ligne de construction formant ce front bâti serait constituée d’une alternance de pleins et de vides assez régulière, permettant à une deux- ième ligne de profiter des vues sur le parc. Entre ces deux lignes une rue distribue ces constructions évitant toute circulation en bordure du parc.

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CRÉER DES BALISES MIX-CITÉS – L’APPROPRIATION PAR LA PRATIQUE ET LA PERCEPTION

L’appropriation sensorielle de la grande dimension est un thème majeur pour la périphérie : voir le panorama immense, voir de loin, sont des qualités essentielles pour les grands territoires urbains. Depuis Montmartre, Beaubourg, Le mont Valérien, la terrasse de Saint-Germain-en-Laye on « embrasse » Paris. On mesure la grandeur devant nous et les millions d’habitants qui y vivent, et l’espace physique à nouveau nous relie au monde et n’est plus un obstacle aliénant comme il l’est si souvent dans les labyrinthes de l’immensité de nos périphéries. C’est pourquoi il faut lancer un pro- gramme de bâtiments repères, de collines, de belvédères, de tours, d’extraordinaires éoliennes.

Certains de ces repères pourraient être de pures interventions de l’art, d’autres avoir un usage transfiguré (cas du château d’eau), d’autres seraient des programmes métro- politains de commodités publiques en même temps que des signaux. Ce programme est celui d’un port automobile à la base : le lieu où venant de loin, on dépose sa voiture pour emprunter le RER par exemple. On trouve là dans un socle entouré de rues en rampe quelques commerces comme dans les stations essence, une crèche, des pharmacies, des commerces liés au jardin, aux arbres, des restaurants, des garages, des cinémas, bibliothèques, loueur de DVD, un jardin suspendu en toiture avec restaurants, résidence hôtelière, bureaux, services, lieux de la nuit d’où l’on voit tout le territoire urbain… Ces Mix-cités, comme nous les nommons, seraient bien venues avec les commutateurs.

les nommons, seraient bien venues avec les commutateurs. LA TOUR VERTE, Marne-la-Vallée, 1971-1974 102 CHRISTIAN

LA TOUR VERTE, Marne-la-Vallée, 1971-1974

les commutateurs. LA TOUR VERTE, Marne-la-Vallée, 1971-1974 102 CHRISTIAN DE PORTZAMPARC Architecte-urbaniste,

Ils seraient de grands repères dans le territoire. Elles compenseraient de loin en loin le vertige de cette nappe où nous sommes lilliputiens.

Les bords de rivière, les falaises, ont déjà cette qualité de marquage sensible. Elles deviennent des formes symboliques, qui par l’effet de rupture qu’elles produisent, autant que par leur situation spatiale. Elles ont une répercussion sensible sur toute une partie de la ville future.

La grande forme permet de reconquérir cela : le site, le repérage à grande échelle, c’est une des choses importantes dans toutes les situations urbaines, car ce sont toutes des situations à grande échelle.

Ce qui est de l’ordre du monumental, non pas au sens de commémoratif, mais au sens de grande échelle, de repère physique est à réinvestir. Les grands projets tels que l’Arche de la Défense sont aussi une reprise de ce concept.

Lors du projet de la tour verte à Marne-la-Vallée, dans les environs de Paris, j’ai tra- vaillé sur cette notion de repère en installant une tour de trente mètres recouverte de végétation. La préoccupation ici était de donner un repère dans l’espace. Com- ment depuis un lieu choisi donner sens et forme à une étendue urbaine dispersée, morcelée par les tracés d’autoroutes ? Pour plus d’efficacité, nous avons proposé de l’installer au centre d’un rond-point et d’en faire une figure symbolique, à la croisée de deux routes. Le château d’eau n’est pas un monument signifiant ceci ou cela. C’est sa forme, la relation de dimension qu’il entretient avec le paysage, qui compte, la monumentalité.

Des lieux de la métropole, carrefours et autres, seraient mis en concours pour des inter- ventions artistiques ou architecturales sur le thème du signe visible de loin : l’ouvrage de Baragan à Mexico nous servira ici de symbole.

GRAND PARI DE L´AGGLOMÉRATION PARISIENNE

ici de symbole. GRAND PARI DE L´AGGLOMÉRATION PARISIENNE Baragan, Mexico CIDADE DA MÚSICA, Rio de Janeiro,

Baragan, Mexico

GRAND PARI DE L´AGGLOMÉRATION PARISIENNE Baragan, Mexico CIDADE DA MÚSICA, Rio de Janeiro, Brésil, 2002-2009

CIDADE DA MÚSICA, Rio de Janeiro, Brésil, 2002-2009

AGIR II. LES INTERVENTIONS GÉNÉRIQUES SUR L’ESPACE

Réhabilitation

Dans les périphéries et autour de la question du logement et des usines notamment, se posent les questions de transformation, de réhabilitation, de mis à jour des immeu- bes. Le sujet est d’avenir. L’exemple que nous montrons ici est caractéristique. Il s’est agit de transformer des immeubles «à vue», sans déménager leurs habitants, tout en menant un travail sur la forme des espaces du quartier autant que sur les bâtiments, les halls, les façades et les intérieurs. On a en effet ici, dans ce quartier, l’urbanisme de barres de l’époque moderne, sans îlot, maladroitement installé selon 2 directions arbitraires sur l’urbanisme de rue de l’histoire ancienne bien indépendant du tracé historique irrégulier des rues rasées. On a donc deux villes antagonistes que le projet va « hybrider ».

Le projet sépare clairement les espaces publics (rues, places) et les espaces privés (entrées, jardins). Le choix a été de démolir une petite barre, de bâtir deux immeu- bles-villas qui rétablissent la lecture de l’alignement sur rue, et de créer un nouveau cœur d’îlot privatisé. Enfin, confort, isolation, grandes entrées, grandes loggias sont créés sur toutes les barres afin de redonner une dignité d’habitation. Le résultat est un hybride urbain : il prend en compte l’alignement de la rue Nationale, même si le bâti est discontinu, mais il respecte l’occupation centrale des îlots par les barres de l’époque précédente.

des îlots par les barres de l’époque précédente. Avant RUE ET PLACE NATIONALE, Paris, 1990 -

Avant

des îlots par les barres de l’époque précédente. Avant RUE ET PLACE NATIONALE, Paris, 1990 -

RUE ET PLACE NATIONALE, Paris, 1990 - 1995

Après

Avant GRAND PARI DE L´AGGLOMÉRATION PARISIENNE Après LABORATOIRE C.R.E.T.E.I.L. Institut d´urbanisme de Paris -

Avant

GRAND PARI DE L´AGGLOMÉRATION PARISIENNE

Avant GRAND PARI DE L´AGGLOMÉRATION PARISIENNE Après LABORATOIRE C.R.E.T.E.I.L. Institut d´urbanisme de Paris -

Après

III. SIX ETUDES DE TERRAIN :

La « fenêtre de projet » comme méthode

› RHIZOME SUD : TROIS FENÊTRES

Massy - Saclay Orly - Massy Evry-Grigny

› RHIZOME NORD : TROIS FENÊTRES

Bobigny Roissy - Le Bourget Gare Europe

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AGIR III. SIX ETUDES DE TERRAIN : La « fenêtre de projet » comme méthode

L’enjeu de méthode capital posé par l’étude de terrain dans un territoire métropolit- ain est celui de l’échelle auquel appréhender ce terrain pour que puisse y être saisies simultanément les deux dimensions du local et du global que la métropole a disjointe, celle de l’espace physique et celle de l’espace fonctionnel, celle de Hestia et celle de Hermès.

Enjeu capital affirmons-nous, car seul ce choix de la bonne échelle assurera la pos- sibilité que ces deux dynamiques aux rapports conflictuels soient finalement mises en interactions complémentaires.

L’observation du vivant nous a conduit à constater que cette bonne échelle était con- stituée par des « fenêtres » de l’ordre de 5 km sur 10 km, sorte de carottage dans le territoire métropolitain.

A cette échelle, les problématiques de la petite dimension de l’espace physique vécu peuvent être articulées aux enjeux de la grande dimension des dynamiques fonction- nelles et se stimuler les unes les autres.

Nous avons retenu ici, pour montrer la pertinence et la portée opérationnelle des « fenêtres » comme méthode de projets métropolitains, 6 fenêtres caractéristiques de situations très différentes. Pour certaines d’entre elles , l’analyse et la définition de projet sont ici simplement esquissées.

A des fins de cohérence démonstrative évidentes, nous avons choisi ces « fenêtres » dans les deux rhizomes qui avaient retenu notre attention dans l’analyse de la métropole parisienne. Mais la méthode vaudrait pour tout autre territoire de cette métropole.

RHIZOME

NORD

ROISSY - LE BOURGET

PARIS NORD-AUBERVILLIERS

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BOBIGNY

RHIZOME

SUD

MASSY - SACLAY

ORLY - MASSY

EVRY-GRIGNY

AGIR III. SIX ETUDES DE TERRAIN : La « fenêtre de projet » comme méthode

LE RHIZOME SUD

On agrège à cette échelle d’un vaste croissant sud de l’Ile-de-France différents ter- ritoires où les dynamiques de transformation sont importantes : de part et d’autre du « pivot » que constitue le pôle de Massy, le plateau de Saclay et sa périphérie (Satory, l’axe RN 20…) sont sous pression, et les secteurs de Rungis et Orly se caractérisent à la fois par une offre foncière mutable importante et par des transformations profondes de leurs activités.

Ces territoires présentent une diversité sociale et fonctionnelle particulièrement sig- nificative. Il est évident aujourd’hui que le Sud francilien constitue le territoire de prédilection pour le développement de l’économie de la connaissance. Mais simultané- ment, on y observe autour d’Orly et de Massy, une dynamique puissante de tertiarisa- tion, alors même que des fonctions logistiques multiples résistent et se renouvellent (aéroport, MIN de Rungis, plateformes logistiques…). Enfin ce croissant sud est par- ticulièrement significatif des potentialités et des fragilités de la mixité sociale en mé- tropole : comment une « gentrification » progressive y sera-t-elle compatible avec le maintien de la fonction historique d’accueil des catégories sociales intermédiaires ?

Enfin, il faut souligner l’importance des « portes internationales » et des excellences métropolitaines qui scandent ce rhizome : le secteur de Saclay, la gare TGV de Massy et le probable pôle multimodal TGV/aérien d’Orly.

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AGIR III. SIX ETUDES DE TERRAIN : La « fenêtre de projet » comme méthode

DE TERRAIN : La « fenêtre de projet » comme méthode Pôles de développement potentiels du

Pôles de développement potentiels du rhizome sud

GRAND PARI DE L´AGGLOMÉRATION PARISIENNE Pôles de développement potentiels du rhizome sud LABORATOIRE C.R.E.T.E.I.L.

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Pôles de développement potentiels du rhizome sud

AGIR III. SIX ETUDES DE TERRAIN : La « fenêtre de projet » comme méthode

FENETRE MASSY - SACLAY

Cette fenêtre est révélatrice des enjeux des territoires fragmentés par les grandes infrastructures, particulièrement en « 2 ème couronne ».

La proposition majeure consiste – pour rendre effectif le développement du pôle de recherche de Saclay –en la créat