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Comptes rendus des séances de

l'Académie des Inscriptions et


Belles-Lettres

Découverte de carrières de marbre exploitées par les anciens à


Aïn-Smara, province de Constantine
† Edmond Le Blant

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Le Blant Edmond. Découverte de carrières de marbre exploitées par les anciens à Aïn-Smara, province de Constantine. In:
Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 38ᵉ année, N. 5, 1894. pp. 345-348;

doi : https://doi.org/10.3406/crai.1894.70461

https://www.persee.fr/doc/crai_0065-0536_1894_num_38_5_70461

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~ 345 «·

fournissent à la science assyriologique une mine nouvelle


d'informations et de recherches, M,

M. Deloche continue la seconde lecture de son mémoire sur Le


port des anneaux fans Τ antiquité et aux premiers siècles du moyen âge.

M. Derenbourg présente à la suite de cette lecture quelques


observations.

SÉANCE WJ 19 OCTOtltE.

L'Académie fixe au 16 novembre le jour de sa prochaîne


séance publique annuelle.

M. Edm. Lb Blant a la parole pour une communication :


((Dans des terrains récemment acquis près de la commune
d'Aïn-Smara , province de Constantine, MM. Cantini , de Marseille,
ont eu la bonne fortune de rencontrer, sur une étendue
d'environ 600 mètres, sept carrières de marbre qu'avaient
exploitées les anciens. Complètement remblayées, soit par la main des
hommes, soit par des terres qu'ont entraînées les pluies, elles
contiennent des blocs prêts à être détachés, sur lesquels
apparaissent encore des coups d'outils et d'autres marques d'un
travail préparatoire. Telles sont de longues entailles faites pour
recevoir les coins de bois qui, gonflés par l'eau, devaient faire
séparer les blocs. A l'intérieur des carrières, de larges vides
marquent la place de ceux qu'ont extraits les anciens. Des
photographies que je dépose sur le bureau donnent l'aspect des lieux
que l'on vient de découvrir.
<r Quelques-uns des types des marbres tirés de ces carrières
ont été soumis par moi à l'examen de notre savant confrère
M, Daubrée. Ce sont : .
* i° Un marbre d'un rouge vif, concrétionné, à zones
concentriques de couleurs diverses;

W Yoiraui Coumîi<mation§, ri°X\V (p. 85g).


— 346 —

« 2° Un marbre du même rouge, concrétionné et bréchiforme;


cr3° Un marbre onyx jaune blond concrétionné; ressemblant
beaucoup à celui que les Roniairfs ont exploite' dans la province
d'Oran et dont l'extraction a été assez récemment reprise.
τ J'ai, pour ma part, pu constater que l'un de ces marbres
présente exactement un type que j'ai recueilli à Rome dans les
ruines du Stade du Palatin et qu'on appelle en Italie alabastro
ondato.
«Les galeries ainsi remises au jour doivent être, selon toute
apparence, au nombre de celles où ont été détenus, avec des
criminels, les chrétiens de la Numidie condamnés par les
persécuteurs ad metoUum, 'mot qui, comme on le sait, désigne en
même temps les carrières des marbres et les mines des métaux.
Là, ont dû souffrir des troupes de ces fidèles souvent mentionnés
par Tertullien, par saint Cyjjrien, et auxquels la mort dans leurs
pénibles travaux conférait le titre de martyre. r>

M. Alexandre Bertrand communiqué le fac-similé de deux


vases d'or, ornés de reliefs représentant une chasse au taureau
sauvage, découverts, il y a cinq ans, à Vaplrio, petit village des
environs de Sparte (Laconie), dans une sépulture à coupole du
type des sépultures connues sous le nom de Trésor d'Âtrée, près
Mycènes, de Trésor de Minyas, près Thèbes (Béotie). Auprès de
ces vases gisaient deux épées de bronze, avec incrustations de
feuilles d'or, semblables aux épées découvertes par Schtiemann
dans les tombeaux royaux de l'acropole de Mycènes; un grand
nombre de minces plaques d'or ayant servi d'appliques sur des
vêtements; quatorze pierres gravées ou gemmes, sur lesquelles
sont gravées des représentations d'animaux (taureaux, lions, cerfs,
sangliers), comme on en trouvé un grand nombre dans les îles
de la mer' Egée j et quantité d'autres petits objets relevant de cette
même civilisation mycénienne ou, si l'on veut, achéenne, qui
nous donne une idée plus précise encore que les poèmes d'Homère
de la puissance et de la richesse dé ces chefs dont Agamemnon
est le type. 11 y a là une résurrection des plus intéressantes de
la préhistoire grecque r dont l'industrie et l'art commencent à
— 347 —

nous être matériellement connus. On peut placer l'âge de ces


vases entre ikoo et 1200 avant Je'sus -Christ. Il est question de
vases semblables dans Homère. Ajoutons que les taureaux sont
d'un admirable dessin et d'un merveilleux réalisme ; ces vases sont
de véritables bijoux, ils ne seraient déplacés dans aucune
collection d'art.
Ces fac-similés, dont les originaux appartiennent au Musée
d'Athènes, vont être déposés dans la vitrine du Musée de Saint-
Germain réservée aux antiquités primitives de la Grèce, où tout
le monde pourra les admirer à loisir W.

L'Académie se forme en comité secret. La séance étant


redevenue publique, le Président annonce que, conformément aux
conclusions de la Commission de la fondation Benoît Garnier,
l'Académie a attribué : i° à M. Foureau la somme de 7,600 francs,
formant le second semestre des revenus de la fondation en 1893,
pour la continuation de sa mission dans le Sahara occidental ;
2° à Mgr Le Roy, évêque du Gabon, une somme de 6,700 francs
à prendre sur les arrérages de la même fondation , pour étudier
l'ethnographie et la linguistique des pygmées qui habitent les
montagnes, à l'est de la rivière Ngounié,

Le Président fait connaître ensuite que l'Académie propose,


pour les prix Ordinaire et Bordin à décerner en 1897, les sujets
suivants :
i° Pour le prix Ordinaire :
Étudier, d'après les inscriptions cunéiformes et les monuments figurés,
les divinités et les cultes de la Chaldée et de Τ Assyrie. #
2° Pour le prix Bordin :
Etudier dans ses traits généraux le recueil de traditions arabes
intitulé « Kitab-el-Aghâni* (le livre des chansons); signaler, au moyen
de citations» l'importance de ce livre pour Thistoire politique , littéraire
et sociale des Arabes.

M Voir aux Commumcatiohs , n° XXVI (p. 363 )»


xxn. ai
— 348 —

L'Académie décide, en outre, que le prix Delalande-Guéri-


neau, à décerner, en 1896, au meilleur ouvrage concernant les
études orientales, sera, de préférence, attribué à un ouvrage
relatif à l'Inde.

M. Ernest Chantre, qui rentre d'un nouveau voyage en Asie


Mineure, où il avait été accomplir la seconde partie de la mission
dont l'avait chargé M. le Ministre de l'instruction publique,
présente à l'Académie les résultats de sa dernière campagne (voir
séance du 1 7 août).
C'est en Cappadoce et en Cilicie que M. Chantre devait diriger
cette nouvelle exploration. A Ptérium (Boghaz-Keui), M. Chantre
a fait de nouvelles fouilles dans le palais et la forteresse, et,
comme en 1893, il a eu la chance d'y trouver, parmi des vestiges
nombreux de la civilisation dite myoénienne, des textes cunéiformes
du plus haut intérêt. L'étude de ces textes a été confiée à M.
Alfred Boiesier, l'un de ses compagnons de voyage.
Dans le voisinage de Césarée, M. Chantre a repris
l'exploration des ruines de la cité pélasgique de Kara-Euyuk (et nou
Orta-Euyuk), qu'il avait découvertes en juin 1893. Les fouilles,
pratiquées dans le vaste tertre de Kara-Euyuk, appelé aussi Kul-
Tepe (montagne de cendres), ont mis au jour de nombreux
vestiges d'industrie, qui rappellent les types de Mycènes et d'His-
sarlik. En outre, ce tell, qui a été bouleversé par une éruption
volcanique, a donné, dans certaines parties que l'on n'a pu
malheureusement déterminer scientifiquement, une série de
tablettes couvertes de textes cunéiformes, les uns achéménides,
dont il a confié l'étude à M. Menant, les autres en langue
inconnue.
Le célèbre site de Comana , ainsi que toute la région du Taurus
cilicien parcourue par M. Chantre , ont donné à la mission des
collections d'objets de l'âge de la pierre, des séries d'idoles
archaïques en bronze , quelques antiquités égyptiennes, des
inscriptions grecques et des monnaies d'époques différentes.
La rencontre inattendue de textes cunéiformes en Ptérie, où
Ton n'en avait jamais trouvé, modifie considérablement l'aire