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L A
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Prèl

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CD
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R E/ E L L E,

Vulgairement ditte

LA T H E O LOG IE

------- ----
------★ → ****** ****

L A

THE OLO G \ E.
· R E E L L E
- · Vulgairement dite, , • ^ .

LA THE oLoGIE
| G E RM AN IQU E. " , , t , º,

C H A P 1 T R E I. v,

Le but & la fin de la vraie Theologie & de
· toutes choſes, la veniie du Parfait.
r Ce qu'eſt le Parfait, - -

2 Comment il vient. , ,' " ' , -

3 Comment il ne peut étre connu ni com- °
pris de perſonne. -

4 Comment hors de lui il y a des étres par
ticuliers. | $! " ! |

- - • . • - •. ! 4

$,t. Paul dit, que (a) quand le
$Parfait vient, qui eſt impar ce

-

- Y !
#fait & qui n'eſt qu'en partie »
42 S - - -
# S-42, s'abolit . -

I. On demandeAſur -cela
- ,
»- ce c'eſt
º#
(a) 1 Cor, 13. Io

2 La Theologie
c'eſt que le Parfait, & ce qui n'eſt qu'en
partie ? -

Le Parfait eſt une choſe qui com
prend & qui renferme tout dans ſoi &
dans ſon étre, de ſorte que ſans lui &
hors de lui il n'y a nul étre reël & veri ,
rable , & que toutes choſes ont leur
étre dans lui : car il eſt l'étre & lavertu
de toutes choſes : & demeurant dans
ſoi inalterable & immuable, il meut
& varie cependant toutes les autres
choſes.
L'imparfait, au-contraire, ou ce qui
n'eſt qu'en partie , eſt ce qui tire ſon
origine de ce Parfait, & qui en jaillit
(pour ainſi dire) à peu prés comme la
ſplendeur ou la lueur qui vient du So
leil ou d'un corps lumineux; & qui
aiant la forme & l'apparence de quel
que choſe de particulier ' , •,,s'appelle,
Creatttre. : º

De toutes les choſes particulieres
nulle n'eſt la choſe parfaite ; comme
auſſ, la choſe parfaite n'eſt aucune des
choſes particuliéres. . . -- , ,
Les choſes particulieres ſont com
prehenſibles, connoifſables & expri
mables : Mais le Parfait eſt incompre
henſible , inconnoiſſable (pour ainſi
dire ) & inexprimable à toute créature,
entant que créature. C'eſt pourquoi
on ne peut point lui donner de nom
- - : par

Germanique Chap. I. 3
particulier ; car il n'eſt rien de parti
culier ;& la créature, entant que créa
ture , ne ſauroit le comprendre ni le
connoître. Et c'eſt de ce Parfait que
l'on dit avecverité, que quand ilvient,
on mépriſe & abandonne ce qui eſt
particulier & imparfait.
2. On demande en ſecond lieu :
Quand eſt-ce que le Parfait vient ?
Je réponds que le Parfait vient, lors
qu'il eſt connu, ſenti , & goûté dans
l'ame,autant & auſſi avant qu'il eſt poſ
ſible. -

3. Mais, demandera-t'on encore ,
puis qu'il eſt inconnoiſſable & in
comprehenſible à toutes les créatures,
& que l'ame eſt une créature,comment
peut-il étre connu à l'ame ? -

Je réponds , que ſi j'ai dit que la
créature ne pouvoit le connoitre, j'ai
ajoûté , comme telle » ou entant que
créature, c'eſt à dire, que cela lui eſt cº
impoſſible entant qu'elle eſt ſimple
ment (a) créature » à conſiderer ſa na
ture, ſes puiſſances, ſes actes de créa
ture, & tout ce qui lui eſt propre &
particulier
Et, par effet , en quelque crécure
que le Parfait doive étre connu & ma
A 2 nifeſté ,
- - ée ſurna
(a) c. a d. sans qu'elle ſoit transoº -

turellement par l'Eſprit de Dieu Pº leaº
on connoit Dieu 1 Cor. 2 : 11. 2 99* º *

tout ce qui cit du créé & du naturel . Et c'eſt ce que veut dire cette parole de S. . le Parfait demeu re inconnu. Je reponds d'avoir dit. i 1 . Paul . y ſoit perdu & anéanti. . : » . Quand le Parfait vient. qu'il ſailloit ou jailliſloir quelque choſe de -lui. · ·· · · · 4. ce qui n'eſt qu'en partie. ni de reel ou de veritable. Or ce ºui eſt ainſi procedé de lui n'eſt pas ure choſe ſolide de ſoi . il n'y a rien du tout : & cepen dant vous ajoûtez un peu aprés. du moi. n'a de fonds réel & ſolide que dans le * " *. que ſans ce Parfait. du propre & du particulier . qui .. du ſoi. que hors de lui ou ſans lui il n'y avoit rien de ſo lide. Vous venez de dire . Or. vû qu'elle n'a poi»t d'étre & de réalité que dans le Parfar : mais ce n'eſt qu'une choſe purement acceſſoire on accidentelle. Autre queſtion.4 La Theologie nifeſté.. c'eſt à dire. tout ce qui eſt du particulier & du propre. ce qui eſt ainſi coulé de lui . quand il eſt connu . du moi & du ſoi. eſt quelque choſe de ſub ſiftant hors de lui. eſt mépriſé & tenu pour rien : & ſi long temps qu'on en fait quelque cas . ſans doute. c'eſt à dire . feu . . & que l'on s'y attache. C'eſt une ſplendeur ou une lueur. & hors de lui . il faut neceſſairement que tout ce qu'il y a du créé & du naturel .

A. I. la Foy. 3 Le . - 2 Et comment s'eſt fait la chûte . ou que cela lui eſt propre. C'eſt quand la créature s'attribüe ou ſe rend propre quelque choſe de bon . 1r»E II. le pouvoir . . C'eſt alors qu'elle fait ce detour. . 2. qu'elle ſe détourne du Parfait . regir.d. & ſe tourne vers ce qui eſt muable : c'eſt à dire. L# Verité. vivre . 5 feu dont elle jaï\it .a. : . ainſi qu'on s'en eſt expliqué par la fimûitude du Soleil & d'un corps lumineux. cuA. & ſur tout vers ſoi-méme. ll. Germanique Chap. & ſe tourne vers ce qui eſt particulier & imparfait. comme (a) l'étre . ſinon que la créature ſe détour ne du Bien immuable. que le peché n'eſt rien d'autre. voulant étre . la vie . & qu'elle s'imagine qu'elle eſt cela . & pre mierement . & l'Ecriture diſent . la connoiſſance . & en un mot quoi que ce ſoit de ce que l'on ap pelle bon .. • . conaºîº** agir. poſſeder en propre. (a) c. celle du Demon. 1 Du peché ou du détour de la fin & du Parfait. . . Remarquez maintenant com ment ſe fait ce détour.

Cette appropriation. furent ſon detour & fa chûte.ſi non preciſément la méme cho ſe qu'on vient de dire du Demon?L'on dit communément. c H A P 1 r R E III. Il vouloit étre quelqu'un: il vouloit que quelque choſe fuſt à ſoi . 1 Comment s'eſt fait la chûte d'Adam & de chaque particulier. & que quelque choſe lui appartinſt. pour s'étre approprié quel que choſe . & dans tout autre. par ſon moi. Et cela ſe fait encore au jourd'hui. par ſon à moi » pan . La Theologie Le Demon ne fit rien d'autre pour ſon detour : & ſa chûte ne conſiſta uniquement. qu'en ce qu'il s'attribua . 3 Comment l'homme y doit intervenir paſſi "ty8/72677f . ſon moi. 4 Et comment ce retabliſſement eſt empéché · par l'appropriation 1. ſon mien . Et moi je dis » que cela ſe fit. d'étre quelque choſe. 2 Comment elleſe doit rcparer dans l'un. ſon à moi. ſYUe fit auſſi Adam de fon côté. qu'Adam eſt com bé & qu'il s'eſt perdu pour avoir mor du dans la pomme.

de la maniere & par la méme - perſonne quelefut la ſienne. & qui pis eſt. Or c'eſt une verité. 7 par ſon mien. & ainſi.quelque • nombre de pommes qu'ileût pù man ger. ni re medier à ſon detour : qu'en ſera-t'il donc de mon detour & de ma chûte ? Pour vrai . n'euſt-il pas méme encore touché de pomme. & mon détour de Dieu eſt beaucoup plus grand que le ſien. que tous les hommes du monde enſemble n'ont pû reparer la chûte d'Adam . Je ſuis tombé de méme ainſi qu'A dam . cent fois bien plus profondement que lui. 2. Et alors ſe fit le retabliſſement de la chûte de l'horºº A 4 . . dés-là levoilà tombé . Mais dés le moment qu'il s'ap propria quelque choſe. & devint homme ou fut humanizé 5 & l'homme fut deifié. Germanigue Chap. elle ne pourra étre repa rée que comme le fut celle d'Adam . ſans doute qu'il ne ſeroit pas tombé. III. & par ce qui regarde le propre. - Or par qui & de quelle maniere a été reparée la chûte d'Adam ? L'hom me ſeul n'y pouvoit rien ſans Dieu . & Dieu ſeul ne devoit pas le faire ſans l'homme : & par-tant Dieu prit à ſoi la nature humaine ou l'humanité. S'il ne s'étoit rien approprié .

pour ainſi dire . 3. en mon particulier . Je n'y puis rien ſans Dieu. & que Dieu les prendroit & les uniroit tous à ſoi .& Dieu ne le doit & ne le veut pas faire ſans moi. . qu'il préne & qu'il uniſſe à ſoi tout ce qui eſt en moi » tant dans l'interieur que dans l'exterieur. ſi-bien qu'il n'y ait plus rien en moi. il eſt neceſſaire que Dieu s'in carne. & eux ſe deïfiant dans lui. '. Mais ſi tant eſt que la choſe doive ſe faire . & ſois paſſif ſous ſon o pération & ſous ſa volonté. ni qui s'oppoſe à ſon œuvre. C'eſt juſtement de la méme ſorte que doit ſe faire le redreſſement de la mien I1C. n'eſt pas que j'y doive ou que j'y puiſſe contribuer en maniere de choſe aétive . quand bien méme cela ſe feroit dans tous les autres. - 4 Mais . i La Theologie -. Si cela ne ſe fait pas dans moi . je le laiſſe faire. de ſorte que Dieu ſeul y ſoit la cauſe agiſſante & operante . L'intervention requiſe de mon côté en cette œuvre de ma reparation & de mon retabliſſement. jamais ma chûte & mon détour ne ſeront reparés. qui repugne à Dieu. hommes du monde . & que pour moi . s'humaniſant dans eux. mais ſeu lement en pure paſſiveté . ou qu'il s'hu maniſe auſſi dans moi de telle ſorte .

Ieu a dit : (a) #e ne donnerai point · *-^ ma gloire à un autre : qui eſt tout autant que s'il diſoit . c'eſt cela qui empéche Dieu de travailler purement & ſans obſtac\e dans moi : & par ainſi. de pouvoir. comme ſi je m'imagine d'étre quelque choſe . mon detour de Dieu demeurentirre parés. * 2 L'appropriation fait deux maux. & l'oppoſition à Dieu & à ſon honneur. que l'honneur & la gloire n'appartiennent qu'à lui ſeul. comme je ne veux pas le laiſſer agir. lorsque je m'approprie ou m'arroge quelque bien . IV. | I. le de tour de Dieu . - Et partant. ma chûte &. 42 : 3. ou vienneA de5 moi. Mais helas. |C H A P 1 T R E [ V.º I Dieu condamne toute appropriation. Germanique Chap. que quelque choſe ſoit à moi. ni ſouffrir ſon œuvre dans moi. ou "# - •• • (a) Iſa. & qu'au contraire je veux avoir une activité propre . Tout cela ne vient que de la malheu reuſe appropriation par laquelle je veux m'arroger quelquechoſe. . º . . 4. un moi & un mien . de ſavoir » ou de faire quelque choſe. 9 .

plus eſt-elle excellente & divine. robe ce qui appartient § Cat" tout ce qui peut porter le nom de bon ou de bien . º M. C H A P I T R E V. commet iniquité. volonté » amour. qu'il faut deve 244y° . quoi qu'encore ſans lumiere & en chancel lant . dont on vient de parler.. Moins on s'approprie une choſe. & s'oppoſe à Dieu. que d'oublier Dieu en tout. Il vaut mieux attribuer tout à Dieu.IiO La Theologie partienne . L'autre eſt. il eſt viſible que de la ſorte je m'attribüe quelque honneur & quelque louange : en quoi je fais deux maux. 3. 2. n'appartient qu'au ſeul bien veritable & eternel. la chûte & le dé tour. Le premier eſt. 4. O#: uns ont aſſuré com . & choſes ſemblables . me une verité. & quiconque ſe l'attribüe . & que je lui de-. ſur la deſappro priation de touteſcience. Explication d'une parole dont les faux-li bres pourroient abuſer . que je m'en prends à l'honneur de Dieu . 1. ou qu'elle me ſoit deiie . Toute appropriation vient d'ignorance. qui eſt Dieu . . 2. • deſtr & c.

i que l'homme doit envenir à ce point . que de lui faire apercevoir & reconnoître que cette méme con noiſſance n'eſt pas de lui. mais qu'elle eſt ſeulement de la Sageſſe & de la connoiſſance éternelle. & choſes ſem blables. ſans amour » · ſans deſtr. l. 2. V. laquelle eſt le Verbe éter nel de Dieu. Mais la verité de cette parole eſt. & qui rendroit l'homme ſemblable à la bête. . ni d'aucune créature . Or moins la créature s'approprie de connoiſſance . & l'on ne s'en approprie pas la moindre choſe . du deſir » & de tout le reſte: moins on s'en at tribüe. deſiré. plus la connoiſſan ce eſt parfaite. aimé. voulu . tout ce qui eſt de l'homme & de la créature diſpa roit . a | ioüé & honoré: ce qui ſeroit unin | figne manquement . ſans volonté . Cela toutesfois ne doit passenten - - dre. & que Dieu ne deuſt pas : étre connu . ſans connoiſſance. Il en eſt de méme de la volonté . Quand on en vient-là. purs º divins : . plus ſont-ils nobles .º •. de l'amour. : que ſa connoiſſance ſoit ſi pure & ſi parfaite. . I1 nir ſans ſageſſe. Germanique Chap. comme ſi abſolument il ne devoit - point y avoir de connoiſſance dans l'homme. comme ſi c'étoit quelque choſe qui fuſt à nous.

ſoit connu . aimé . . ". ' Lors qu'on ſe trouve dans ce dega gement & dans cette liberté. ou que je ſois quelque choſe. c'eſt à dire. comme encore le defir . eſt auſſi le 1. · · · · : • 4. 12. J plus noble & le plus pur qui puiſſe étre. : Or ſans doute il eſt beaucoup meil leur & plus excellent qu'une choſe ſoit : # de Dieu que de la créature. vient de l'opi nion [imaginaire] que cette choſe ſoit mienne. 3. ' . la con noiſſance que l'on y a eſt alors la plus - libre & la plus pure qui puiſſe étre dans l'homme : l'amour de méme . ni de moi : ce qui feroit tomber toute appropria à -- tion. . plus ſont-ils groſſiers . | Mais ſi la pure connoiſſance de la f verité étoit dans moi . º. melangés & imparfaits. i · Et voilà comment on doit étre ſans les choſes . que tout eſt :# alors uniquement de Dieu. il y ſeroit auſſi connu que je ne ſuis rien . étre ſans proprieté & ſans ſe rien arroger.. La Theologie divins : & au-contraire . loüé · -. Dans cette penſée il eſt beaucoup ·meilleur que Dieu » ou que ce qui eſt de Dieu . plus on s'en approprie . &: . Mais ce qui fait que je m'attribüe quelque choſe de bon . libre & detaché d'elles. & que nulle choſe n'eſt ni à moi. dont la raiſon eſt .

2. pauvre fou que j'étois ! je m'imaginois que ce fuſt moi qui étois ou qui faiſois ceci & cela . il faut aimer la cho ſe la meilleure . V. La deſappropriation n'étant pas ſans amour & charité . ſeroit encore peu ferme . . - A 7 . : C H A P I T R E V I. que c'eſt Dieu méme qu'on reconnoit en tout.méme : Helas . néanmoins lors que d'opinion elle viendra [avec le temps]à étre changée # en ſcience certaine.- Et quand bien cette opinion. mais par le pur motif du bitn & du meilleur. ſans étre honoré & ſans étre connu.Dieu de meure entierement ſans étre loüé . 1. & cepen dant c'étoit & c'eſt veritablement Dieu . I3 & honoré autant qu'il eſt poſſible. & que l'homme ſoit dans cette opinion » que c'eſt Dieu méme qu'il loüe & qu'il aime [en toutes choſes : ) que non pas que.hors de cette ſuppoſition. ' " . Germanique Chap.& en connoiſſance de la verité. - · L'homme ſe dira alors à ſoi. qui étoit & qui faiſoit tout. ſans étre aimé . l'appropriation de toutes choſes en tombera alors d'autant plus abſolument. Gon . vacil lante & ſans lumiére dans quelqu'un .

-. doit étre auſſi la plus agréable & la plus aimée. ſelon que le bien | .ºº . .• ' » (I I. à l'avantage ni au do mage. . dans la verité. º & . UN (a) Ancien a dit. Comment ce principe doit ſervir de regle pour la conduite exterieure : 4. 2 Ce principe devroit ſervir de ré gle à la vie de l'homme . ou la moins bonne. auſſi-bien pour l'extérieur que pour l'intérieur. > ' $ . éternel reluit plus ou moins & opére r : plus ou moins dans les unes que dans . -. Pour l'extérieur : Càr comme entre les créatures il y en a de meilleures les unes que les autres. Comment juger quelle eſt la choſe la meilleure .. les · (a) Boëtius. º º . Il a dit la pure verité : ce qui eſt le meilleur devroit en effet étre le plus aimé . à l'hon :# neur ni à l'ignominie . eſt la choſe la meilleure & la plus noble . au gain ni à la perte . que ſi nous n'aimons pas ce qui eſt le meilleur. à la loüange ni au blame . & dans cet amour on ne de vroit point avoir d'égard à l'utile ni à l'incommode . ni à rien de ſemblable : Mais ce qui. . ſans aucun au tre motif. Et auſſi pour l'interieure. ce nous eſt un manquement coupable & honteux. 3. ar la ſeule raiſon qu'elle eſt la meil eure & la plus noble . I4 · La Theologie 2.

ſi . la paix . C'eſt ſelon ces choſes que l'homme exterieur devroit ſe regler. 4. la charité. mais ſur tout à celles qui ſont du nombre des choſes que l'on rapporte particuliérement à Dieu .la ſour ce & la fontaine ſiau-deſſus de tous les ruiſſeaux .VI. le plus operant . & méme qu'on lui approprie comme étant des choſes divines . le plus connu . doit aimer le plus celle qui ſera la meilleureſelon ce mé me principe: il s'en approchera le plus. paſſant par-deſſus toutes cho ſes. . Pour ce qui eſt de l'homme inte rieur. la verité. mépriſant & évitant ce qui y eſt contraire. quiconque eſt obligé d'agir & de traiter avec elles. & le plus cherché & goûté : mais ou il l'eſt le moins . 3. ainſi que ſont le bien. on tiendra pour la meil leure celle où le bien éternel reluit le f plus. la juſtice. il trouveroit & pourroit goûter que le Bien parfait eſt ſi infiniment plus nobie & meilleur que tout bien imparfait &particulier. & ſemblables. 15 4 les autres . & s'unira le plus à elle. il vouloit s'élancer dans le Bien par fait .E Germanique Chap.que l'éternel eſt ſi au-deſſus de tout le paſſager. & dans laquelle il eſtle plusviſi ble. cela nous ſera auſſile moindre. Le principe de cette difference des choſes créées étant ainſi poſé & connu .

' c : ! I. plus ce qui veritablement eſt le plus excellent. I. comme . . un droit & un gau che.. 2. - 3. La deſappropriation n'étant pas ſans • charité & amour . péchent les fonctions de l'autre . Les deux yeux de l'ame pouvoient faire également leurs fonctions enſemble avant la chûte . qui méme ſont en feſus Chriſt. c H A P 1 r R e v II. ( comme on vient de le dire) elle n'eſt pas auſſi ſans lumiere ni ſans yeux : puiſque l'ame en a deux » . ainſi qu'il a paru en feſus : Chriſt. que de-là ! l'imparfait nous deviendroit tout fade & dégoûtant.. · · · · . . . & l'on eſt obligé de les pratiquer ſi jamais l'on veut parvenir à aimer le. On dit que l'ame de Jeſus ðt » a eu deux yeux . . Aprés la chûte les fonctions de l'un em. .)! · . > i'i .161 La Theologie ruiſſeaux qui en coulent.il parvit en tous les hommes. elle tourra l'oeil . Voici encore une parole remar cable qu'on lit quelque part. Dés qu'elle fut créée . Ces verités ſont dignes de remar que. & que méme il diſpa roitroit de devant nous. 2 : .

Ainſi donc. ſelon quoi Jeſus Chriſt regloit ſon homme exterieur. & ſans étre troublé par quelques travaux. & dans une joie & une lieſſè parfaite. . C'eſt . nuls des travaux nulles des émotions. ſent ébranler ou empécher la fermeté de ſa contemplation. ſelon l'œil droit de l'ame. I l'œil droit vers l'éternité & la divinité & elle s'y arrêta immuablement d§ la contemplation & dans lajouiſſance parfaite de l'étre divin & de la Per fection divine .2. Quant à l'œil gauche. #e . Germanique Chap VII. ce qui y étoit le meilleur ou le pire » le plus ou le moins excel lent. il en regar doit les créatures pour les connoitre & pour obſerver la difference qui étoit entr'elles. pûſ. Mais quant à l'homme exterieur & ſelon l'œil gau che de l'ame . que ſon œil interieur & droit demeu roit ſtable. il étoit entierement dans les ſouffrances. de telle ſorte pourtant . des ſouffranc§ des peines & des tourmens qui ſu§ noient à ſon homme exterieur. dans les miſéres & dans les travaux . ſans que nuls des acci dens exterieurs . libre. peines & ſouf frances que l'homme exterieur en - duraſt. dans la parfaite jouiſſance de la nature divine. l'homme intérieur de Jeſus Chriſt étoit .

) & pour en entretenir la vie corporelle. & qu'il ſetienne com me s'il étoit mort. la faculté ou la puiſſance dc voir dans l'éternité : & l'autre. qu'il y fut aprés ſon Aſcenſion. ou l'homme in terieur . ne laiſſoit pas d'étre ſelon l'œil droit dans une jouiſſance auſſi parfaite de lieſſe & de joie. Comme au-con traire. pour connoitre leurs differences. ou l'ame quant à l'œil gauche. Or eſt-il. il eſt neceſ ſaire que l'œil gauche ſe défaſſe alors de tout ſon travail. & qu'il y eſt en core preſentement : Et que de méme. n'étoit jamais empéchée ni détournée par l'autre dans ſes opéra tions à l'egard de quoi que ce ſoit qu'il ait fallu faire extérieurement. .18 . C'eſt pourquoi . celle de voir dans le temps & dans les créa tures. l'homme extérieur. ( comme on vient de le dire. a auffi deux yeux: l'un eſt. ſi cet œil gauche veut º# à 1CS . 3. - Mais ces deux yeux de l'ame ne ſçauroient [ maintenant ] bien faire leurs fonctions en méme temps. ſi l'ame veut enviſager l'é ternité avec l'œil droit . que l'ame de tout hom me que Dieu a créé . La Theologie C'eſt ce qui fait que l'on dit cette autre parole : Que lors que Jeſus Chriſt étoit foüetté à la colomne ou attaché à la Croix ſelon l'homme ex terieur » ſon ame .

Germanique Chap. l'ame † tre . Contemplation fonciere & vûe de l'E ternité durant cette vie. s'il eſt bien poſſible à l'ame. • * . c'eſt à di re. Que le moindre de ces regards eſt plus agréable à Dieu que tout le créé. & que ſon eſprit eſt rempli & mélé de leurs images. I. 1. ſi longtemps qu'elle eſt unie au corps . 2. 1 ſ 'on demande ici. & en un mot aux créatures . 7 Car pour faire ce regard .VIII. de venir juſqu'à entrevoir l'é ternité . C H A P 1 T R E V III. il n'eſt pas poſſible que l'œil droit n'en ſoit alors détourné de ſa contem plation. impoſſible en cer tain ſens. & de recevoir dans cette viie-là un avant-goût du ſalut & de la vie éter nelle # On répond ordinairement que non: & cela eſt vrai en certain ſens : car ſi longtemps que l'ame regarde au corps & a ce qui concerne le corps » au temps . 19 à ſes fonctions exterieures. Qu'elle eſt neanmoins poſſible. 3. s'occuper du temps & des créatu res. cette vûe de l'éternité ne ſauroit ſe faire alors.

pourquoi en auroit-il parlé & donné des preceptes à un homme qui vivoit dans le temps ? . · Si S. 1. Denys eſt d'avis que la choſe eſt poſſible . & ſur-tout de ſoi-méme : & c'eſt ce qu'on croid ne s'eſtre pas fait encore dans le temps.méme & te mettant dans un état d'ignorance pour tout ce qui vient d'étre dit . Chap.(b) Les choſes qui # . c. " (c) Celles qui ne ſont pas. immortelies & permanentes . -. à dire. Denys n'avoit pas eſtimé qu cela fuſt poſſible en cette vie tempo relle . . & l'on croid l'apercevoir dans ces paroles qu'il a écrites à Timothée. | (a) Si tu deſtres d'atteindre à la con templation des choſes divines & cachées. éleve-toi à l'union de la choſe qui eſt au-deſſus de toutes cho ſes 15 de toute connoiſſance. qui expliquant les paroles de . .a. tout le ſenſible & tout l'intelligible.2O . .. les choſes temporelles. Denys - · (a) Theol. · S. auſſi bien que celles qui (c) ne ſont pas : puis ſortant encore de toi . . c. . toutes les choſes (b) qui ſont. il faut que tu delaiſſes les ſens . Cependant S. paſſageres & qui s'evanouiſſent. autant qu'on les comprend. les choſes Spiri tuelles . " 2. Myſt. & detachée de toute creature. La Theologie étre pure & libre de toute image . d. . . les opera tions de la raiſon . C'étoit auſſi l'opinion d'un certain Docteur .

me rendront jamais aucune ame vertueuſe . Denys.Principe notable touchant la neceſſité ſa · lutaire des connoiſſances. . que tout ce que les créatures lui ſauroient jamais offrir Comme créatures. L'unité. | . C'eſt .. I T R E IX. eſt la meilleure de toutes. · 1. Un ſeul de ces ſortes de regards eſt plus noble. . méme le Bien Souverain. & qu'on joüiſt de cette contemplation & de cette vûe au tant de fois qu'on le voudroit. I L eſt neceſſaire de ſavoir & dere marquer comme une veritétrés certaine. - 4. . · bonne ni heureuſe. La connoiſſance de ſoi-méme. - Et il en eſt de méme. que la choſe devinſt habituelle. quetoutes les vertus & toute ſorte . & l'interiorité. Germanique Chap.. 3. En quoi conſiſte le ſalut. plus excellent & plus agréable à Dieu . de bien. qui eſt Dieu . ſont prefera 4les à tout. . . · · · . . ·r C H A P. & de Dieu : dans ſoi . hors de l'ame. . affirmoit que la choſe étoit tellement poſſible. 2. 3. . 2. 2I S. . ſi longtemps qu'ils ſeront . qu'on en pouvoit faire l'épreuve ſi ſouvent . I. IX. par contraire . du peché & dela mechanceté .

aſſavoir . que le ſalut éternel conſiſte ſeulement dans cette poſſeſſion & demeure inherente & intérieure . com ment elles ont vécu. ou veut. ce que Dieu eſt . & par-deſſus tout. me demandera-t'on ? Je réponds que c'eſt un bien qui n'eſt ni ceci ni cela de particulier . mais il eſt tout.22. e . que Quelque bien qu'il y ait à ſortir au-de hors. ni rien de tout ce qui peut étre exprimé. 3. C'eſt pourquoi . Il faut ſavoir. ou opére dans lui . & ce que Dieu a voulu dans elles & operé par elles . ou à quoi Dieu voudroit l'emploier & à quoi IlOI]. Mais qu'eſt-ce que cet unique Bien. & en nulle autre choſe. C . en quel état il ſe trouve . La Theologie 2. connu ou montré. il vaudroit néanmoins cent fois mieux que chacun éprouvât & connuſt bien ce qui eſt de ſa propre vie. Si donc quelqu'un doit jamais étre heureux . il y en a encore beaucoup davantage à demeurer au-dedans. Et c'eſt pourquoi cette autre parole n'eſt pas moins veritable . il faut neceſſairement que le vrai & l'unique Bien ſoit reëllement au-dedans de ſon ame. bien qu'il ſoit bon de s'informer & méme de ſavoir ce que les perſonnes vertueuſes & ſaintes ont fait & ont ſouffert.

mais ſur-tout me quit tant moi-méme. IX. que toutes les opérations & toutes les merveilles que Dieu ait jamais faites. que l'on doit aller à lui . mais dans l'Un & dans l'unité : ou . - Et partant . que l'ame doit le chercher. le ſentir & le goûter dans elle-méme. la felicité ne conſiſte pas en quoi que ceſoit qui ſoit créature ou œuvre de créature » mais ſeulement en Dieu . je ne devrois m'atten dre qu'à Dieu ſeul & à ſon opération . ou qu'il puiſſe jamais faire dans toutes les créatures & par elles . laiſſant-là toutes les créatures & toutes leurs actions. auſſi la Béatitude ne conſiſte point en mul tiplicité ou pluralité . il s'enſuit que l'unité & la ſimplicité eſt meilleure que la multiplicité. ou bien qu'il doit venir dans l'ame. c'eſt tout autant que ſil'on diſoit . je ne dois pas oublier. 23 Ce bien veritable & unique n'a pas beſoin de venir dans l'ame. Au-reſte . pour le dire clai rement en peu de mots. comme ſi auparavant il n'y euſt pas été : car il y eſt toûjours : mais il n'y eſt pas connu ni manifeſté. Quand donc on dit . voire que Dieu lui-méme & toute la penitº e . Germanique Chap. 4. Comme ce bien eſt un & unique. & en ſon opéra tion.

> 2.main à la racine des affections & des • deſirs . & qu'ils y ſont aimés. | | C H A P 1 T R E X. I. La vraie lumiere découvrant que tout ce i que la créature peut. mais ſeulement entant qu'ils ſont & qu'ils ſe produiſent dans moi. n'eſt rien. 3. Encore me ſeles approprient-ils pas . Lºº doit auſſi obſerver. quoi-que ſouvent ſans goût . La pauvreté d'eſprit eſt la choſe la plus excellente . comme auſſi tout ce qui pour roit jamais étre deſiré. ſentis & goûtés. ne peuvent me rendre heureux entant & auſſi . º l . & n'en laiſſe que deux aux vrais .24 . choiſi ou connu par aucune créature entant que créatu re ou comme de ſon chef . connoiſſent que tout ce qu'ils peuvent deſirer ou choiſir eux mémes. & ſont : ainſ vraiement libres & pauvres. . quetous ceux qui ſont illuminés de la vraie lumiere. c3 méme bien-amére. & que les autres s'en aprochent auſſi. La Theologie de ſa bonté . s'aprocher de Dieu. met la . longtemps qu'ils ſont & qu'ils opérent hors de moi. n'eſt rien dutout devant ce bien unique.éclairés . C'eſt .• - I. | . connus.

2. & par lequel il faſſe les operations qu'il lui plaît. & de ſe ſoûmettre à lui. Germanique Chap. eſt. puis qu'ils con noiſſent clairement que ce deſir . qui eſt . du Bien éternel. de l'aimer de plus en plus. perſonne ne doit s'arroger B . & lui obeir plus parfaitement : de ſorte que toute ame éclairée peut dire avec verité : Je deſire de tout mon coeur d'étre à l'égard du Bien éternel . conduit par lui. . celui du ſalut des hommes. Ils ont encore un autre deſir .lá quittent tout deſir & tout chois. un deſir de le connoitre de plus en plus. X. Cependant elles ont encore un de ſir . de lui plaire de plus en plus . Mais ils ne conſiderent pas cede ſir comme quelque choſe qui vienne de leur crû ou qui ſoit à eux : ils n'ont garde de ſe l'arroger . mais qu'il. ' rien (a) à ſçavoir. ce que (a) la main eſt à l'homme : Et ils ſont toûjours dans la crainte de ne pas correſpondre à Dieu aſſés fidéle IIlCIit. mais ce n'eſt que celui d'étre mené vers le Bien éternel & de s'en aprocher . 25 C'eſt pourquoi ces perſonnes.là n'eſt pas de l'homme. & s'abandonnent & reſignent elles & toutes choſes à ce vrai Bien éternel. -- En effet . un organe tout dependant de lui. c'eſt à dire.

& auſſi dans ſes imita teurs. " 3. · Et cela s'eſt trouvé dans Jeſus Chriſt en perfection. De telles gens ſont dans une liberté ſi parfaite. de douceur . nous ne voulions pas cependant nous y rendre ? Qui a-t'il de plus noble que ſa veritable pauvreté. nous n'en vou lons point ! . nous voilà deſolés . Cela n'eſt-il pas lamentable . que le Bien éternel nous montrant ce qu'il y a de plus noble. nous oublions Dieu » nous nous tenons pour perdus. & nous y attirant . Cela . - | Nous voulons follement étre ſages à nous-mémes : de ſorte que s'il arrive que nous nous trouvions dans quelque §timent. qu'ils ont perdu la crainte des peines & de l'Enfer . ne vivans plus que dans une pure dépendance & ſoumiſſion au Bien éternel par le prin cipe d'un amour tout libre & tout pur. dans les uns plus. & l'eſpoir du ſalaire ou du Paradis . [ou nudité libre &] ſpirituelle ? Et neanmoins quand elle nous eſt preſentée. & que nous §ons beaucoup Dieu.26 La Theologie rien de ce qui eſt bon : mais tout apar tient au Bien éternel. Mais cela vient il à nous manquer . nous voulons croire qu'il nous va bien alors. de goût » de plaiſir interieur . dans les au treS-IIlOl InS.

: · 1 · · · Sur ce qu'il eſt dit. durant cette vie. . C H A P I T R E XI. . . : 2 ". XI. Abandon univerſel dans l'Enfer de la •" · deſolation. . viciſſitudes & ſeureté de ces deux étatº |. 4. & iienBeſt2 auſſi de m麺º l'ame . Excellence & grandeur de l'état qui s'en i ſuit. I. : Que chacun s'examine & ſe recon noiſſe à ceci. L# de JEsUs CHRIST devoit aller dans l'Enfer avant que d'entºr dans le paradi. I. i ' » . dans la douceur & dans l'amertume.Enfer Spirituel. " . . ' · .ºrº miérément deſcendu aux Enfers » & . & parmy de ſemblables viciſſitudes. · · · · · ·. que J. . 27 • Cela eſt une grande imperfection & un bien mauvais ſigne : Car un vrai amateur de Dieu » aime également ce Bien éternel dans la poſſeſſion & dans la deſtitution . .dés ici. · · · .1 al .puis monté au Ciel. " 2. Amertume de la pauvreté d'Eſprit : vüe » ſentiment & vraie penitence du péché. 5. .. eſt. · · - 3. conſolations & Paradis qui le ſuivent . C. pi . Germanique Chap.

& que cependantil n'eſt pas encore digne d'étre ainſi traitté.28 La Theologie l'ame de l'homme : mais remarquez bien comment ceci ſe fait. qu'il ſe tient non-ſeulement pour indigne de tou te conſolation & de tout bien qui pourroit lui venir de la part de Dieu ou des créatures . Il lui ſemble qu'il eſt trés-juſte & trés-raiſonnable que toutes les créatu res lui ſoient contraires . · * º * » Dans cet état-là il ne ſe peut & ne veut deſirer ni delivrance ni conſola tion » non plus de la part de Dieu . Quand l'homme vient à ſe recon noitre & à ſe regarder ſoi-méme. comme auſſi de toutes les peines qu'on pourroit lui faire dans le monde. & qu'aprés tout » ce n'eſt pas le traitter encore ſelon ſes deme rites. que de celle des creatures. qu'il ſoit reduit à étre le marchepied de tous les Demons dans le fonds de l'Enfer . & de plus pour indigne de ce traite ment-là . mais méme pour perdu & damné éternellement . mais il eſt · content d'en étre privé & d'y demeu 1er . Il lui ſemble encore qu'il eſt fort jufte qu'il ſoit damné éternellement. il ſe trouve ſi méchant . qu'elles le tourmentent & le faſſent ſouffrir.

Theol. & dont il eſt mari & afHigé . de la Croix. Et ainſi cela lui plait. Ce qui faiſoit di re à quelqu'un qui étoit dans cet état. ni créatures. entrera aprés elle dans le Royaume du Ciel. & il y acquieſce. 2. parce qu'il n'y a que cela qui ſoit injuſte & oppoſé à Dieu. mais conformes à la volonté de Dieu. pag. ch. ſelon cette parole commune . Part 1. ni (b) Dieu . La ſeule choſe qui lui tient au cœur. 5. Il n'y a point de delivrance dans l'enfer. comme non oppoſées . 3 Pendant que l'homme eſt dans cet Enfer. 2. Voilà ce qu'on doit appeller & ce qui eſt en effet. dont il aura dés ici méme certain avant-goût. 29 rer ainſi (a) ſans que ſa damnation & ſes peines lui ſoient à deſaveu. 238 (b ) Aſſavoir s'il ne lui plaiſait pas de changer ſa maniére d'operer. Germanique Chap. eſt ſon peché & ſa méchanceté . Quiconque deſcend ainſi dans l'Enfer durant cette vie. livre. qui ſurpaſſera toutes les joies & tous les plaiſirs que toutes les créatures pour roient jamais avoir donné ou pour roient jamais donner dans letemps. XI. . parce qu'il les regarde comme juſtes & équi tables. 245. pag. la vraye penitence & le vrai regret du peché. B 3 7e (a) Voyez ſur cette matiére la Theologie de la Croix. perſonne ne ſauroit le con ſoler .

ſont tous à lui . & tout ſon contentement. mais il l'en retire. le plaiſir. & il ſe trouve alors dans le Royaume du Ciel. Heureux ce lui qui les trouve veritablement ! car cet Enfer aura ſa fin : mais le Royau me du Ciel qui le ſuit . . tout ſon repos. - . 4. & tout ce qui ap partient au Bien éternel . Dés que l'homme eſt venu à ne plus ſe ſoucier que du Bien éternel. . . 3o La Theologie %e me ſents tout perdu . que cette ame-là ne deſire enſuite plus rien que le Bien éternel. & l'unit tellement à ſoi . lequel fait deſormais toute ſa joye. puis qu'elle connoit que le comble de tous biens eſt compris dans lui. Or Dieu n'abandonne pas l'hom me dans cet # nfer . la joye . ſubſiſtera éter nellement. -. . & qu'il n'a plus ni eſtime ni deſir pour nulle autre choſe. toute ſa paix . dés lors la paix ... . - 5 Cet Enfer & ce Paradis-là ſont à l'homme deux bonnes & ſeures voyes durant cette vie. . Sans que rien me conſole : Et pour chercher ſecours je n'ai cœur ni parole. . la lieſſe . rangé parmy les m0rt4 2 - je me ſents tout damné tant dedans que dehors . Il .

) mais vcus ne ſavez ni d'où il vient . ni croire que l'on en ſera jamais plus ac cueilli. que dans ce Royaume du Ciel. Quand l'homme ſe trouve dans l'un ou dans l'autre de ces deux états. Pendant (a) Jean. il revient encore des troubles & des deſolations. 3. & vous en entendez bien le bruit. . B4 . (c'eſt à dire vous vous apercevez bien de ſa preſence . Germanique Chap. Cependant aprés cet Enfer vient la conſolation & la delivrance . ' . on ne ſçauroit recevoir de conſolation de quoi que ce ſoit . ni faire ni defaire l'un non-plus que l'au tre : mais il en va ſelon la parole de l'Ecriture : (a} le vent ſouffle où il veut. . . 31 g Il eſt bon de remarquer. tout va bien pour lui. & qu'on ne peut ſe perſuader qu'on ſera jamais ni conſolé ni deli vré : comme au-contraire . que quand on eſt dans cet Enfer. ni où il va. quand on eſt dans ce Paradis on ne ſçauroit étre atteint ni de trouble. . Il fait auſſi ſeur pour lui dans cet Enfer. Cet Enfer & ce Paradis ſurviennent à l'homme ſans qu'il ſache d'où : & il ne ſauroit de ſoi ni faire ni laiſſer quoi que ſoit par où il puiſſe ſe procurer la venüe ou l'iſſüe de l'un ni de l'autre : Il ne peut ni ſe donner ni s'ôter . ni de triſteſſè. XI. & aprés ce Paradis.

ſans que cela vienne de lui. il s'occupe des créa tures. Mais quand il ſe trouve hors de ces deux états . .là . méme en l'eſpace d'un ſeul jour. Mais ſi l'on veut bien conſiderer -dans la verité la raiſon de cette plainte. & va inconſtamment çà & là ſans ſavoir à quoi ſe tenir » [& partant en peril.] Il ne devroit pourtant jamais ban nir de ſon cœur le ſouvenir de ces deux états-là. on trouvera que ſur ce fondement-là le Diable méme pourroit pretendre à la paix . •• • • • . aſſavoir . en cas que tout allaſt à ſa volonté & ſelon ſes deſirs. ou d'une ſeule nuit. E • • • . Trois voyes ſpirituelles.' •! . I • B# des gens ſe plaignent . Il ne faut s'appeller ni ſe precipiter dans : les voyes ſpirituelles. de n'avoir ni Paix ni repos . '-! t . C H A P I T R E X I I. 1. -3. ſouffrances & op preſſions. oppoſitions. De la fauſſe Paix & de la veritable. il peut fort ſouvent changer de l'un à l'autre .· 32 . : 2. La Theologie Pendant qu'il eſt dans cette vie tem porelle . & · qu'ils n'ont au-contraire qu'adverſi tés . .

afHictions. Quelle eſt donc la Paix dont Jeſus Chriſt parle ? Il entend parler de la paix interieu re . . de toutes les op preſſions. mais auſſi tous les amis & élus de Dieu. quelle eſt la nature de : la veritable Paix . parmi leſquelles on ſubſiſte tout joyeux & avec patience. non une paix telle que le mon de la donne : puis qu'en effet le monde ne fait que tromper avec ſes dons.je vous donne ma paix . de toutes les adverſités. ainſi que firent ſes Diſciples bien-ai més. qui n'eſt autre choſe que Dieu-méme. & non-ſeulement eux. rayonne & pénétre de-là au travers de toutes les oppoſitions . qui étant établic dans le fonds du coeur .& tous les vrais imitateurs de Jeſus Chriſt. quiconque voudroit s'y adonner avec ſoin & avec amour . miſeres & dif famations. & de toutes les contrarie tés ſemblables . Tem - t Jean. de la paix que Jeſus Chriſt laiſſa à ſes Apôtres lors qu'il leur dît : (a) fe vous laiſſe ma paix . XII. pourroit ſans doute venir en core à goûter autant que la créature en eſt capable quelle eſt la vraye & l'eter nelle Paix. 2 Et partant. A preſent de méme . & remarquons & com prenons bien . B 5 2. Germanique Chap. 14.

& ne penſe qu'à Dieu. 35. & la troiiiéme . . g. celle de l'illumination . va * , . celle de la purifica tion . On doit ſavoir . exerci tés . la ſeconde. " ? . 1. qu'il y a des perſonnes qui don nent trop-toſt congé aux (b) images. à ſa voca tion . 3. la premiére . à ſon attrait & à ſon appel. & non pas à l'appel & au mouvement de l'homme. celle de l'union. - . méditations . que perſonne ne peut étre illuminé ſi avant cela il n'eſt purifié.ils ne v1ennent qu'à grand' peine . | | | | | | Et ainſi il y a trois voies Spirituel les . qu'il ne ſoit pre miérement illuminé. L'obéiſſance s'oublie ſoi-méme . La (a)Voyez ſon Inſtitution . aux penſées. C'eſt pourquoi on doit toûjours prendre bien garde à l'œuvre & à la conduite de Dieu ſur nous. dâ * té# Theologie 2 Temlére enſeigne (a) quelque part. (b) c. pratrqttes particuliéres c3 d'activité.# $ 34. . . ou méme ne viennent jamais à la verité-méme. 1 ! C H A P 1 r R E XIII. . avant que la verité méne les en déli vre : Et que parce qu'ils s'en delivrent eux mémes. & évacué : & auſſi que nul ne peut s'unir à Dieu . a dire . 2. Chap.

XIII. que ſi l'on n'étoit point du tout. 35 2. 1. & la Desobeiſſance. eſt peri & mort en Jeſus Chriſt. que c'eſt l'Obeiſſance . quand en toutes choſes on ſe cherche auſſi peu & qu'on penſe auſſi peu à ſoi & à ſon propre . Et qu'eſt-ce que l'obeiſſance ? C'eſt quand on eſt & qu'on demeure ſans ſoi-méme. & cette ſeule choſe eſt D I E U.TOut ce qui eſt peri & qui eſt · mort en Adam . 7eſus Chriſt a été pleinement dans la par faite obeiſſance. Germanique Chap. rien neBs'y aime que que ſeule cette .heureuſe rien ne s'y y p # penſe. Et voilà la vraie Obéiſſance ! Auſſi dans l'éternité bien . quand on ſe ſent auſſi peu. & toutes les crea tures. & qu'on s'eſtime auſſi peu & ſoi. 3. ce qui eſt ſuſcité & qui a repris vie en Adam . La desobeïtlance au-contraire. Mais qu'eſt-ce que cela ? Je réponds. que ſi effectivement tout n'étoit f1CI1 • Mais que faudra-t'il donc tenir pour quelque choſe de réel ? & de quoi fau dra-t'il faire cas ? Je réponds. & ce qui eſt du ſien . eſt reſuſcité & · a repris vie en Jeſus Chriſt : & au-con traire. de rien que d'une ſeule choſe. ſans le ſoi & ſans le moi .

36 La Theologie ſeule & unique choſe . 2. On peut facilement remarquer d'ici en quoi conſiſte la desobeiſſance. Elle ne s'attribuoit & ne s'approprioit nulles des choſes qui appartenoient à Dieu . en ce que l'homme faſſe quel que cas de ſoi. & il la doit à Dieu. ni auſſi rien de tout ce que la méme Divinité vouloit . Ce n'étoit qu'un pur domi cile de Dicu. qu'aucune créature ait ja mais fait. à ſçavoir. & ainſi du reſte.ni ſa propre vie. eſt morte en jeſus Chriſt. l'humanité de Jeſus Chriſt étoit & demeuroit autant ſans ſoi-méme & ſans attachement à quoi que ce ſoit . qu'il s'aime ſoi-méme. de ſavoir quelque choſe. 3. & on n'y fait cas de rien que d'elle ſcule. en ce qu'il ſe cherche & ſoi & le ſien dans les créa tures. encore moins la Divinité mé me qui demeuroit dans elle. pas méme ſon propre étre humain. Cependant c'eſt elle qui eſt morte & perie en Adam : Mais elle eſt reſſuſ citée & reventie à vie en Jcſus Chriſt : de méme que la deſobéiſſance ayant pris vie & étant ſuſcitée en Adam . de pouvoir quelque choſe. L'homme a été créé pour la véri table Obéiſſance. Et par effet . s'imagine d'étre quel que choſe . ni ce qu'elle étoit un domicile de la Di vinité.

ni propre deſir. I. 2. mais ſeu lement . Item . Plus ou moins en ſouffrances & douleurs. il ne ſe peut ſonder . & ne le ſçait d'experience. 37 vouloit ou laiſſoit dans elle. Le ſens de cette verité eſt ſi profond. étre mort & vivant . non-plus que rien de tout ce qui s'y faiſoit ou qui s'y ſouffroit. ni écrire ici davantage. ni recherche du propre. il eſt incapable & d'en bien parler & d'enbien écrire. ſavoir le vieil & le nouvel homme . elle ne ſe l'attribuoit pas mé IIlC. XIII. & ſi quel qu'un n'eſt pas cela-méme. que l'on n'en ſauroit ni dire. mourir à ſoi & renaître. Tout revient à l'obeïſſance & à la des obeïſſance. une recherche & un deſir de ſatisfaire à Dieu. Item étre plus ou moins pecheur. C H A P I T R E XI V. ſans Dieu . 4. avec c4. étre enfant d'Adam ou de Dieu. Si-bien que dans cette humanité il n'y avoit ni proprieté. La ſeule desobeiſſance eſt desagréable à B 7 Dieu 2 . & de le contenter : & ce deſir. 5. malin ou juſte. avec & ſans peché. jamais l'on ne pourra l'exprimer ſuffiſamment . Germanique Chap. 3. Il eſtineffable .

& auſſi plus affligé par la des obeiſſance. que par le vieil-homme il faut entendre Adam . (a) Depoſez le vieil-homme. Quand on dit qu'il faut mourir. plus eſt-on deifié. la desobeiſ ſance. & lors que cela ſe fait dans quelqu'un par la lumiére divine . L'homme . - I• Lºn doit bien remarquer. 6. 38 La Theologie Dieu. doit mourir à lui méme : c'eſt à dire . Quiconque vit dans ſa proprieté & ſelon le vieil-homme . le moi & le ſoi . dit-on . Com IIlC (a) Epheſ 4 : 22 . qu'il doit mourir à ſon ſoi & à ſon moi : ſur quoi S. & choſes ſem blables. s'appelle en fant d'Adam . quand on parle du Vieil-homme & du nouvel-homme . Paul dit. qu'il en de vienne fils & frére du Diable. & que le nouvel homme eſ Jeſus Chriſt & l'obéiſſance. 24. comme il l'eſt en effet : il peut méme s'établir ſi avant & vivre ſi pleinement en cet état. qu'il faut faire perte de ſa vie. & choſes ſem blables. qui eſt créé 3 formé ſelon Dieu. l'homme nouveau vient à y renaître. on veut ſignifier par-là l'ané antiſſement du vieil homme . Plus on aproche de la pure obeiſſance. & vous revêtez de l'homme nouveau. . & plus amére que mille morts.

Où le vieil-homme vient à mourir & l'homme nouveau à naitre . dans l'obéiſſance. 2. Cela vient de ce qu'auſſi longtemps qu'on demeure fils d'Adam . (a) Si vous n'étes nés de nou veau . c'eſt à dire. que tous ceux qui ſuivent Adam dans la des obeiſſance . étant avec Dieu. 11 (a) Jean. ſont morts . Germanique Chap XIV. tous les enfans d'Adam ſont mortsde vant Dieu : Mais celui qui eſt avec Jeſus Chriſt dans l'obeïſſance. 39 me au-contraire . & que ja mais ils ne redeviendront vivans que dans Jeſus Chriſt . Jeſus Chriſt méme dit . 3. I1 : 23. que (c)qui conque n'eſt pas avec lui eſt contre lui : Or quiconque eſt contre Dieu . (c) Luc. & partant. auſſi ils revivent tous en feſus Chriſt : qui eſt comme s'il affirmoit . S. vous n'entrerez point dans le Royaume de Dieu. 15 : 2 I. . là ſe fait la ſeconde naiſſance dont Jeſus Chriſt dit. ou Adam méme. Paul dit à ce ſujet : que (b) comme tous les hommes meurent en Adam. il s'enſuit qu'il eſt vivant. (b) I Cor. eſt ſans doute mort devant Dieu . celui qui vit dans |! l'obeiſſance & dans le nouvel-homme eſt frere de Jeſus Chriſt & enfant de Dieu. on eſt ſans Dieu.

pardonné. tout eſt reparé . que le peché eſt . tout le temps quel'hom me demeurera dans la desobeïſſance. & c'eſt la meme choſe : car quiconque eſt dans la desobeïſſan ce. Mais dés qu'il revient à la vraie obeiſſance . quelque choſe qu'il puiſſe faire. que la Creature ſe de tourne du Createur : Cela revient à ce que deſſus. eſt dans le peché. expiés & entierement pardonnés.Ange. Verité remarquable ! Si le Diable méme pouvoit revenir à la vraie obeïſſance . tous ſes pechés & toute ſa malignité ſeroient redreſſés. quoi qu'il ne fiſt rien d'autre. O La Theologie Il ſe trouve écrit quelque part. expié . C'eſt que la desobéïſſance eſt le peché mé me. Et partant.ni repa ré . & le peché ne ſe ra jamais expié ni ôté. Et au con traire. & qu'il fuſt pure ment dans la vraie obeïſſance . & pas autrement. ſon peché ne ſera jamais expié. s'il étoit poſſible qu'un homme fuſt entierement dépouillé de ſoi-méme & de toutes choſes. il deviendroit incon tinent Diable. ainſi qu'a . Remarquez bien cette verité. ſi un Ange prenoit le parti de la desobéïſſance. il deviendroit un S. que par le re tour dans l'obeïſſance.

moins y a-t'il auſſi de l'autre : Et encore celle-ci : Plus mon M o I . ou trés .Quoiqu'il en ſoit. Dieu méme. pir re . tous ſeroient un# . on dit auſſi que perſonne n'eſt ſans péché. il n'y auroit point de peines ni de douleurs ſinon quelques douleurs legéres dans les ſens » dont pourtant on ne ſe devroit pas plaindre H n effet . . XIV. 4I qu'a été l'humanité de Jeſus Chriſt . que plus on aproche de cette obeïſſance. criminel ou heureux devant Dieu . ſi tous étoient dans l'obeïſſance. méchant . que l'homme ſoit bon. Germanique Chap. ou trés-bon. | 4. plus il y a de peché & de malignité: & moins il y a de l'un. plus le M o I divin. tout cela dé pend uniquement de ce point » de l'obeïſſance & de la desobéiſſance.méchant. y accroiſt. moins il y a de peché. il eſt pourtant toûjours vrai. décroît dans moi. il : ſeroit ſans peché. Mais comme on dit que cela ne ſe peut . - En un mot. Si tous les hommes étoient dans la véritable obéiſſance. - 3. il ſeroit un avec Je ſus Chriſt : il ſeroit par grace ce que Jeſus Chriſt a été naturellement. ou le moi humain . c'eſt à dire. plus il y a de peché dans l'homme. & plus on s'en éloigne. A cela revient cette autre parole : Plus il y a du M o I & du s o I . meilleur.

D'où pourroient donc venir alors les ſoufrances & les douleurs ? Mais helas ! il en eſt bien autrement . Enfin . Et dans la verité. tout ce qui eſt. comme nous croions qu'y a été Jeſus Chriſt. 5. Concluſion . & que Dieu ſeroit lui-même (a) homme & tout dans cet homme là. que la ſeule desobéïſſance & l'homme desobéiſſant. rien n'eſt con traire à Dieu . homme dans lui. & rien d'autre. toute desobéïſſance eſt contre Dieu . rien dis-je n'eſt contraire à Dieu . étant dans l'obéïſſance. ſeroit Un avec Dieu . ni ne lui de plaît . ni rien de tout ce qu'on ſauroit nommer ou penſer. plaît & •g : (a) lett. (qui ſans cela n'auroit pas été ce qu'il étoit) à un tel la desobéïſſance de tous les hommes ſeroit un ſujet de douleurs bien améres & bien lamentables : car tous les hom mes ſeroient contre lui. ni œuvre de créature. maintenant que tous les hommes & tout le monde ſont dans la desobéïſſance ! Auſſi s'il ſe trouvoit quelqu'un qui fuſt purement & entierement dans l'obeïſſance . ni créature.42 La Theologie & perſonne ne feroit mal au prochain : perſonne auſſi ne vivroit & ne feroit rien contre Dieu. . puiſque lui.

6. 43 à Dieu . Or quoique peut eſtre perſonne . ſi par-là il pouvoit faire mourir la desobeïſſance dans un ſeul homme. qu'au-lieu que l'homme eſt ſimplement ſenſible aux choſes qui lui ſont oppoſées . 2 L'hom . ne ſoit pleinement & purement dans cette obeïſſance. lui fera de la peine & lui cauſera des douleurs bien améres. & dont il ſe plaint tant . Germanique Chap. La desobeiſſance & le péché. il eſt pourtant poſſible à l'hom me d'en aprocher de ſi prés. lui ſont ſi à contre .cœur. Et alors. Dieu de ſon côté endureroit volontiers mille morts. plus il en aprochera & ſera di vin & deïfié. qui lui déplaiſent ſi fort . I. Il n'y a point de pe ché que la desobeiſſance & que cequi en procéde. L'Eſprit d'indolence ne doit point avoir de lieu ſt longtemps que dure la desobéiſ ſance. - C H A P I T R E X V. ſont une méme choſe. plus auſſi toute desobeiſ ſance. excepté la desobéïſſance & le desobéiſſant . tout peché & toute injuſtice. qu'il en devienne & ſoit divin & deïfié. ainſi qu'y a été Jeſus Chriſt. & y ramener l'obéiſſance. XIV.

Quelqu'un pourra m'objecter . de neceſſité tout doit aller. l'autre auſſi n'a point de lieu. ſans rien tlrer . & de vivre dans un état d'in dolence. ou méme qu'il n'y euſt point de créatures : & ſur cela . comme on vient de le dire. que d'étreim paſſibles. Les choſes pourtant ſont bien eloi gneés de cet état-là : & partant . que l'homme devoit étre dégagé & libre. de quelque nature que cela puiſſe étre. I. I# y en a qui diſent. ces gens-là menent une vie gaye & commode. 2. & tellement degagées & ſorties d'elles-mémes. juſtement comme ſi tous les hommes étoient retournés dansl'obéiſ ſance. Si tous les hommes étoient revenus à l'obeïſſance. ſans ſe mettre en peine de tout ce qui arrive . ſuivant l'eſprit d'indolence & de fauſſe liberté. où elles ne ſont plus émües de rien. La Theologie 2. qu'on a pourtant dit . qu'il ſe trouve des perſonnes qui le perſuadent & qui aſſurent d'étre tellement mortes à elles-mémes . pour bien al ler. L'homme ne doit tirer nul bien à ſoi : mais malheur à lui s'il ne veut point tirer à ſoi la coulpe & la douleur du mal . cela ſeroit bon. Mais comme ceci n'eſt pas.

ou ſans prendre part àrien - ſoit bien . Germanique Chap. ſoit mal. leur pou voir. & qu'il en ſoit devenu le domicile & le malheureux tabernacle ! CH A° . XV. & qui aura conſenti à étre un domicile du Bien # éternel & de la Divinité. qu'il a permis & qu'il a con ſenti à ce que le Diable. le menſonge & toute ſortc de mechanceté . de ce qu'il s'eſt diſpoſé » qu'il s'eſt rendu propre. puis qu'il eſt de Dieu & de ſa Bonté : quoique pour-- tant loüanges. Pour ce qui eſt du mal . déploient & exer cent dans lui leur volonté. malheur & dam nation éternelle à l'homme . ſans y trouver d'obſtacle. . laquelle aura pû déploier & excercer dans lui ſa puiſſance. la tromperie . ſa volonté & ſes œuvres . tirer à ſoi. ſi l'homme vent auſſi s'en décharger. mais rejetter le tout entierement ſur le Diable & ſur la malignité de la nature. voici ce que j'ai à lui dire : Blâme . infamie. l'homme ne doit pas le tirer ou x » le rapporter à ſoi . ſalaire & ſalut éterneI doivent étre le # de celui qui au ra été propre & diſpoſé. la fauſſeté. leurs œuvres & leurs paroles . Je réponds » que pour ce qui eſt du r bien. & ne pas en tirer la coulpe à ſoi.

Et cela ſe trouve ainſi réellement jusqu'à la mort dans quiconque ſe trouve la vraye connoiſſance.. I. Et cela ſe connoit ainſi. quoique quelques-uns latien nent pour telle. eſt néan moins la vie la plus digne & la plus aimable de toutes. aſſa voir. quoique trés-amére . ) Il n'y a que la vie de Jeſus Chriſt. qu'il n'y a point de vie ſi noble . au ſoi & au moi. ſº excellente & ſi agréable à Dieu. La vraye connnoiſſance & le vrai a mour ne font reconnoitre & embraſſer que la vie de J. . mais elle n'eſt pas la meilleure & la plus noble. que la vie de J E s U s C H R r s T . ' ! Il . & rejetter la vie fauſſe ment libre & indolente . · . quoi qu'ame re à la nature. 1. qui . quoi qu'agréa ble aux ſens. ou la vie libertine. qui cependant eſt une vie trés-amére à toute nature & à tout ſoi : au-contraire. . 2. il n'y a point de vie plus douce & plus agréable à toute nature.46 La Theologie |c H A P 1 T R e XV I. . que la vie fauſſement libre. Ette importante verité doit étre ^-’crüe & connüe de tous. C H R I s T .

ne reconnoit rien d'imparfait » tout - cela s'efface. le bien dont Saint Paul dit : Quand le parfait & le total vient. 2. C'eſt par cette eſpece de connoiſ ſance . & que tout ce qui eſt par ticulier & imparfait. * On quand le parfait & total eſt con 1 - nu . * • ' !" trOuVe . (b) antr. qu'on connoit ce qui eſt le plus | excellent & le plus noble en toutes choſes. & là où il eſt connu . - # . Germanique Chap. Paul veut dire ici . . * noiſſance de queſtion : devant elle . 47 Il y a une maniére de connoitre . car. que le Parfait ſurpaſſe tout ce qu'il y a de particulier. il en eſt de méme de la con - . . • • • - (a) expl. il y eſt auſſi || » alors aimé infailliblement : & partant. dans le vrai bien . par lequel l'homme s'ai | me ſoi-méme & aime les autres choſes. Et où cette ſorte de connoiſſance ſe * . le bien qui n'eſt ni ceci nice la de particulier . Comme S. l'imperfection & ce qui n'eſt que partie ceſſe. & qu'on l'aime dans (b) le vrai Dieu & ſeulement pour l'amour du vrai bien. on t: º. (a) l'amour. fi la connoiſſance du parfaït anéan tit celle de i'imparfait. . l'amour du parfait anéan tit auſſi celui de l'Imparfait. ou une ſorte de connoiſſance par la quelle ſe connoit le ſimple & le vérita ble bien. . y eſt auſſi entierement détruit. n'eſt rien devant le Parfait . XVI. . .

Celui dans qui la vie de Jeſus Chriſt ne ſe trouve pas. eſt trompé . & y demeurer conſtam ment juſqu'au dernier ſoûpir de la vie mortelle. ni de la verité. Quiconque penſe autrement . dit fauſſeté. ou à qui que ce ſoit au monde. I. n'a pas auſſi la con noiſſance du vrai bien. c'eſt à ſça voir. que dans qui que ce ſoit que ſe trouve la connoiſſance de ce bien veri table . on y connoit auſſi que la vie de Jeſus Chriſt eſt la choſe la meilleure & la plus noble de toutes : & partant elle y eſt auſſi la plus cherie : & elle y eſt reçüe. à la nature. CH R I s T. XVI I. Remarquez bien ceci. là ſe doit auſſitrouver la vie de Jeſus Chriſt. 2 L'attachement au propre y eſt un obſtacle conſtant : 3. ni à la vie de J. ſans qu'on ſe ſoucie ſi cela fait mal ou non . & ſi cela déplait ou non. & qui dit autrement . Les études ni l'eſprit naturel ne font venir perſonne à la vraye lumiere.48 La Theologie trouve . embraſſée & conſervée fort volontiers. C H A P I T R E . Et .

renoncez-vous vous-méme. ne pourra jamais me connoitre dans la verité . Germanique Chap. - Jeſus Chriſt l'a dit lui-méme : (a) si vous voulez venir aprés moi . I. ne ſe quitte. - 2. . . XV I I. & que nôtre amour. 1o. ! . & 16 Lue. & ſuivez-moi : & . ni parvenir à ma vie. etc (a) Matth. nos • deſirs . il n'eſt pas digne de moi . quelle que uiſſe étre cette choſe-là. à cette vraye connoiſſance ou à cette [excellente] vie de J E s U s C H R I sT par la voye de faire beau coup de queſtions & de beaucoup é couter. C'eſt comme s'il diſoit : Quicon que ne quitte & ne perd tout . & ne peut étre mon Diſciple. & ne ſe 4 perd. . nos deſſeins . nos recherches ont pour objet quelque choſe de propre. 49 3. Je dis bien plus : c'eſt qu'on n'y atteindra jamais auſſi longtemps qu'on retient quelque choſe de propre . Et auſſi l'amour de ce qui n'eſt qu'en partie. ni par celui d'un grand eſprit na turel. quicon que ne ſe renonce pas . P Erſonne ne doit s'imaginer qu'on parvienne à cette veritable lu miére. de lire ou d'étudier. non-plus que par le moien des arts & des ſcien ces. . » . . Et quand bien ces paroles n'auroient pas . d'où vient l'aveuglement de l'ame.

Voilà ce qu'il tient pour le meilleur. de-là vient que la rnature > . 3. puiſque pour l'embraſſer il faut quitter. & faire mourir tout moi & toute proprié té. perdre . 1. Mais parce que l'homme aime ce qui n'eſt que partie. C H A p I T R E XV I I I. qu'il ne reconnoit pour bien que ce qui lui eſt le plus utile . I. ou que particulier & borné. au moi & au ſoi. La mature abhorre la vie de J E s u s C H R I s T comme mauvaiſe & inſenſée . la verité néanmoins les dičte aſſez d'elle-méme : & effeétivement la cho ſe eſt ainſi dans la verité. 2.5o La Theologie | été prononcées par ſa bouche corporeI | le . & ſingulierement ſoi-mé me . é porte à une vie commode. qu'il s'en occupe & qu'il en fait cas.tant donc trés amere à toute na ture. qui auſſi ſont de grands ſeduc teurs & corrupteurs. indolente & de fauſſe liberté. il en eſt rendu ſi aveugle. L# vie de J E s u s C H R 1 s r é | *. de chacun fremit . & ce qui lui eſt auſſi le plus agréable. Cela ſur-tout dans les plus grands eſprits naturels . le plus commode & le plus plaiſant.

Cela ſe pratique ſur-tout dans les ſujets où il ya un grand eſprit naturel. Or comme il n'y a point de vie plus commode & plus plaiſante à la nature que la vie fauſſement libre & indolen te . qui ne ſachant pas mieux ont cependant de l'inclination vers ce parti-là. XVIII. en penſant & en ſoûtenant dans l'aveuglement où l'on eſt. que telle ſorte de vie eſt la meilleu re de toutes. · Mais comme il s'eſt trompé lui-mé me. & ne manque pas de s'y regler par ſon moi & par ſon propre. ſa paix . 51 fremit à ſon ſujet . Germanique Chap. Car cet eſprit s'éléve ſi haut en ſoi-mé me & dans la lumiere & la raiſon na -- turelle. qu'il s'imagine que la raiſon : ſoit la lumiére veritable & éternelle : - - & il la recommande auſſi aux autres comme telle. Elle fait qu'au-contraire on embraſ ſe une vie la plus commode & ia plus douce qu'on peut . d'y chercher ſes propres aiſes. il ne manque pas de tromper auſſi les autres. C 2 CH A " . & qu'il lui ſemble - que c'eſt un bien grand mal . pour cet effet la nature s'entient là . . & tout ce qui l'intereſſe & la regarde 2. & que méme c'eſt folie & injuſtice que de s'y reduire. - .

Lºº peut ici me demander. La Theologie C H A P I T R E . 3. I. Le vrai neceſſaire & le vrai devoir donnent aſſés d'occupation. 2. ne peuvent en parler : & que ceux qui y ſont & qui le ſavent. mais que celles qui ne ſont ni de devoir 1l1 . ſont à peu prés ainſi : c'eſt que les choſes de neceſſité & de devoir ſont compatibles avec ſa conduite . ce qu'il en eſt de la conduite d'un homme qui ſuit à ſon poſſible cette véritable lumie re ? Je réponds. qu'il attende juſqu'à ce qu'il y ſoit arrivé lui-méme.52 . J'eſtime neanmoins que le regime exterieur & les maniéres d'une telle perſonne. ne le ſauroient exprimer. " Si cependant quelqu'un en veut a voir la connoiſſance . La veritable lumiére accorde pourtant à ceux qu'elle éclaire les choſes de neceſſité & de devoir dans leur conduite exteri CUlI'C. XIX. - I. que c'eſt ce qui ne ſe ſauroit jamais bien dire Comment ce la ? Parce que ceux qui ne ſont pas dans cet état. Les hommes ſe trompent dans leurs juge mens ſur les choſes deneceſſité & de devoir.

mais de pur plaiſir ou de pure volonté. que ce a quoi Dieu . 53 ni de neceſſité. en quoi cependant il n'y a que fauſſeté & que tromperies. ſi d'autres inclinations vicieuſes & ma lignes. - C 3 C H A º . Germanique Chap. il dira ſoudain : voilà qui D o I T étre : ceci eſt N E c E s s A 1 R E : & cependant tout n'eſt que fauſſeté. il auroit ſans doute encore aſſez & méme plus d'af faires ſentem & de beſoigne qu'il n'en a pré ent. il ne manque pas de dire incontinent. ſi l'avarice . 3 Certes ſi l'homme n'avoit point d'autre il faut. (qui prend ſoin de nôtre conſervation & de nôtre ne ceſſaire) & à quoi la veritable lumiérc I'inclinent & le portent. ſi l'orgueil. Remarquez néanmoins . que l'homme ſe fait lui-mémeen bien des rencontres des cas de neceſſités . XIX. En effet. des faire le faut.il eſt neceſſaire. point d'autre cela ſè doit. 2. ne peuvent y avoir lieu. . ou s'ils l'en detournent. des choſes de devoir . 1 L F A u T que cela ſoit: & cela ſe D o 1 T. portent l'homme à faire ou à omettre quelque choſe . Si la faveur & l'amitié des hommes ou ſi fon propre plaiſir l'inclinent vers quel que choſe .

& que n'eſtant pas mai tre de ſoi . 54 La Theologie C H A P I T R E X X. & pour Z404 • 2. (2) la matiére ou l'occaſion. # de l'excuſe des hommes ſur leur peu de diſpoſition envers Dieu. tout ce qu'il lui plait. 3. Par . Diable ou ſon Eſprit poſſédent & détiennent quelque-fois une perſon ne d'une telle maniére. . I. I. le mauvais eſprit l'a telle ment en ſon pouvoir. C# un dire commun . que l'Eſprit de Dieu . & de toutes ſortes de vices & de méchancetés. avec elle » & par elle. que tout le monde à preſent eſt poſſèdé & regy de l'eſprit du Diable. Certes il eſt bien vrai en certain ſens. | . du menſonge. (3) Obſer verſon Maitre. Le Diable poſſede plus les hommes de maintenant . reduites à " quatre (1) Le deſir grand & appliqué. de la fauſ ſeté. (4) & mettre la main à l'œuvre. que le . Les voyes de ſe bien diſpoſer. je veux dire. que de faire & · de laiſſer dans elle . que cette per ſonne ne ſçait ce qu'elle fait ni ce · qu'elle laiſſe . qui ſont toutes des cho ſes diaboliques.

I 4. Le moi & leſoi. tout cela eſt du Dia C 4 ble 2 a) c. 1o : 2o . a. Paul dit : (b) Ceux : qui ſont pouſſés & gouvernés par l'Eſprit de Dieu. 6 . mais que la volonté & l'Eſprit de Dieu en fuſt le maître abſo lu . (b) Rom. Germanique Chap. ſans qu'il y en ait un ſeul par - contre qui ſoit regy & poſſedé de l'Eſſ prit de Dieu. (c) Matth. & de la maniére qu'il lui plairoit . 8 : 14. qu'elle (a) ne ſçût pas ce qu'elle fiſt ou ce qu'elle laiſſaſt . de poſſedés par l'Eſprit du Diable. XX. opérant . faiſant & laiſſant avec elle & par elle tout ce qu'il voudroit . Mais helas! je crains fort qu'il n'y en ait bien cent mille. qu'elle ſe laiſſaſt conduire de Dieu à #-- »# # # # raiſon . ſont enfans de Dieu . & ils neſont pas ſous la loy : à qui auſſi Jeſus Chriſt dit : º # (c) Ce n'eſt pas vous qui parlez : mais c'eſt l'Eſprit de vôtre Pere quiparle dans vous. & ch. 55 Par contre s'il ſe trouvoit une per ſonne qui fuſt tellement poſſedée & remplie de l'Eſprit de Dieu . & qu'elle ne fuſt plus maître de ſoi . ou méme une - infinité . cet º homme ſeroit ſans doute un du nom bre de ceux dont S. Cela vient de ce que les hommes ſe ſont rendus plus conformes à l'Eſprit du Diable qu'à celui de Dieu. d. ſa ſcience & # ſa prudence humaine.

^ Car ſi cette bonne diſpoſition étoit en toutes choſes l'objet de ſon unique deſir & ſon affaire principale. & pour prouver cette vérité. en verité Dieu ne manqueroit pas à le diſ poſer comme il faut . que ſi l'homme n'eſt pas bien diſpoſé. pour de duire. & partant la pratique m'en eſt impoſſi ble. Car voilà comment on cherche toûjours des defaites & des ſujets de s'excuſer. & qu'il fuſt bien attentif à l'opération par la quelle Dieu le viendroit diſpoſer. je me trouve in diſpoſé & impropre à toutes ces choſes. voulez-vous qu'on vous di ſe en deux mots tout ce qu'on vous a dit juſqu'ici en beaucoup de paroles ? SO Y EZ P U R E M E N T E T EN T I E R E M E N T s A N s v O U s-M E' M E. 2. Il y a cependant certaines voyes qu1 . lequel n'eſt Diable que par cela méme. d'inclination & de ſe rieus deſir à produire cette bonne diſ poſition . qu'à repandre ſes graces dans celui qui eſt déja bien préparé. Tout ce qu'on a dit juſqu'ici n'a été que pour éclaircir . puis qu'il a au tant de ſoin . Quelqu'un pourra me dire main tenant : Pour moi . 3.56 La Theologie ble. ce n'eſt que ſa pure faute. Enfin. Je reponds à cela .

•. Mais celui . || | º Et la quatriéme. Germanique Chap. manquer. Il en eſt juſtement de méme de la ||! · | . Si quelqu'un de ces points vient à ' s . - | - La troiſiéme. & | qu'on l'imite. - - , ' :) ce. ' chercher & conſequemment de trou j » - · • ver toutes les autres choſes requiſes. tout manque. La ſeconde. 57 qui meinent à cela : & c'eſt avec veri té qu'on dit . art qu'il ne ſçait pas encore. Quiconque a la l ' s . 4 " | (je veux dire. - La premiere & la plus néceſſaire eſt . - - · • rieuſe & continuclle à l'execution de la | - 1 choſe. ) celui-là ne manquera pas de # ** . jamais on ne pourra ni ap t ' ! prendre ni poſſeder la ſcience ou l'art 1 # de queſtion. XX.. - |t 1 ! # utiles & qui font à ce but. - un grand deſir & une application ſe 1 : .• 1! º - . ' ' . Quand ce point-ci vient à . qu'on mette auſſi 4 * la main à l'œuvre & quel'on s'y exer ſ . • faire aprentiſſage : . . que quatre choſes ſont · requiſes à quiconque veut aprendre un | " . qu'on lui obéïſſe. d'avoir quelque matié • e re ou quelque ſujet ſur quoi l'on puiſſe . . une application & un • * ! " . premiére de ces quatre choſes requiſes. · · | j ! - diſpoſition ou préparation ſpirituelle | - * • dont nous parlons. deſir ſerieux & aſſidu de parvenir au • • • - but . - • • • qu'on le croye . " manquer. qu'on regarde au Mai | - | | º * tre de bien prés & avec attention . ſº C 5 qui . .

C'eſt qu'on doit » dit-on ſouffrir (a) Dieu & lui demeu rer obeiſſant . ſouffrir Dieu en toutes choſes en pure paſſiveté. On vient par-là à la choſe la meilleure. d. quieſt inexprimable. Cela eſt trés-veritable . (lequel ſe peut acquerir & poſſéder en cette vie. ) tout le bien dont nous venons de parler . · La Theologie qui n'a ni deſir ſerieux ni amour véri table. à la vie de 7. Chriſt & à la fin ſouveraine. 2. le laiſſer faire dans nous & de nous ee qu'il lui plaira. . ſe trouveroit dans lui en ſa vraye perfection. aſſavoir. abandonné. ne cherche rien . & ſi quel qu'un s'établiſſoit dans cet état. . Autre voye excellente de ſe bien préparer . - C H A P I T R E XXI. & # parviendra jamais au but princi paI. - Mais quiconque veut ſouffrir Dieu . a. f. Lºº dit auſſi qu'il y a encore quelques autres voyes & prepa rations à ce méme but » entre leſquel les on met la ſuivante. & ſoûmis. 1. doit (a) c. & partant ne trouve rien : & ainſi il demeure toû jours ſans étre diſpoſé & preparé.

Et ceci ſeroit ſans doute une ex cellente voye & une vraye preparation pour parvenir à la fin derniére & à la choſe la meilleure que l'homme puiſſe acquerir en cette vie. ni repliques. - Quiconque doit & veut étre obéïſ ſant . & ſoûmis à Dieu. ni decharge ou excuſes. abandonné. pardonnez-leur . XX[. qu'il doit ſouffrir Dieu . Or cela méme eſt l'aimable vie de Jeſus Chriſt. doit lui étre reſigné ſoûmis & obéiſſant ſeulement par maniére (a) paſſive & ſouffrante. 59 doit auſſi ſouffrir tout . car ils ne ſavent ce qu'ils font. ni vengeauce : au-con traire . & toutes les créatures. mais en admettant & recevant ce qu'il doit ſouffrir. laquelle comprend plei nement & parfaitement en ſoi toutes les autres voyes dont on a parlé. ſoi. . peu (a) c'eſt à dire non en ſe choiſiſſant ou procurant quelque choſe de ſon chet. en diſant à l'occaſion de quoi que ce ſoit par l'eſprit d'une humble & d'une charitable compaſſion : Pere . Germanique Chap. & qui C 6 . rien excepté. c'eſt à dire. y endurer & y ſouffrir tacite ment & ſecretement toutes choſes ſans # mettre en uſage & méme ſans deſirer ni allegement . & non par maniere active: il doit ſe recueillir tout entier & de meurer en ſilence dans le fonds de ſon ame . 2.

Où Dieu & l'homme ſe trouvent unis d'une telle maniére .& tout ce que nous diſons & que nous dirons n'eſt que pour ſervir de voye & d'en ſeigne à la fin véritable & Souveraine. A cette aimable vie de Jeſus Chriſt il n'y a ni autre voye ni meilleure prépa rafion que cette méme vie » & que s'exercer en elle autant qu'il eſt poſſible. Comment à eſt Dieu. que . I. 2. qu'il ſuive la droite voye qui y conduit. 56. . n. 3. perſonne (a) ne le ſauroit. Les ſouffr. Comment Dieu ſouffre dans l'homme. L'on en a déja dit quelque choſe. .aces purement humaines diſpa · · roiſſent tievaut les divines. c'eſt à dire. Si néan moins quelqu'un a envie de le ſça voir. comme onl'a dit cy deſius. I. - C H A P I T R E XXII. - . la méme vie de jeſus Chriſt. 4 Dieu devient le ſujet de tout bien dans la perſºnne où il habite.6o La Theologie peuvent étre requiles juſqu'au dernier ſoûpir de la vie. ' l'on (a) vºye& chap. Dire maintenant ce qu'eſt cette fin là . vic & voye qui pourtant a auſſi ſes voyes. là eſt feſus Chriſt. 2.

d'aucun mien ni d'aucuneappropriation . & nulle part ailleurs. operant-là ſans ceſſe. là ſe trouve le vrai J. qui n'eſt pas uni avec Bieu par cette étroite union qui fait que Dieu eſt tout dans l'homme. 6I l'on puiſſe dire avec verité . l'homme cependant étant # comme tout diſparu devant Dieu . & le vrai Dieu. afin (! que Dieu ſeul tienne la place de l'hom me. Germanique Chap. y eſt auſſi l'homme . & qu'il y ſoit & l'homme méme # . éprouve & reſſent tout C 7 Ce (a) c'eſt à dire. ſans l'in tervention d'aucun moi. y faiſant & y omettant tout. c'eſt donc Dieu qui y eſt ſusceptible des ſentimens & agréables & pénibles. que ceſu # jet-là ne ſoit qu'un tout où ſont le vrai & parfait Dieu & le vrai & parfait homme . . de tout ce qui ſe peut ſentir & éprouver de la part du dehors ou du dedans. il a auſſi dans ſoi un veritable & parfait ſentiment du bien & du penible » de ce qui eſt agréable & de ce qui eſt dou loureux 2 en un mot . 2. & que la choſe méme le déclare ainſi. Or comme un tel ſujet comprend en ſoi l'homme véritable & parfait . Et puis que Dieu étant tout dans un tel ſujet . C H R 1 s T . Car comme un homme qui n'eſt pas ainſi (a) Dieu . XXII. & d'autres ſemblables paſſibilités. & qu'il eſt un avec lui.

6z La Theologie ce qui fait bien & tout ce qui fait mal à l'homme. & par. On doit auſſi remarquer. dans lequel Dieu & l'homme ſont ainſi unis. de ſoi & du reſte. ſes ſouffran ces & ſes adverſités . que ce ſujet . il en eſt tout de mé me dans le ſujet où Dieu & l'homme ſont un & où Dieu méme eſt l'hom me : là ſe trouve auſſi le ſentiment de tout ce qui eſt contraire a Dieu & à l'homme. diſparoit & paſſe pour rien devant l'autre. étant libre de toutes choſes. il en va auſſi de méme de ce quicon cerne leur paſſibilité : celle qui ne re garde que l'homme ſeul . d'étre ſans le ſoi & ſans le moi & ſans tout ce qui ſympathiſe avec Ke propre : au-lieu que c'eſt le propre de la créature & de la nature de ſe cher cher & de ſe vouloir ſoi. 4. Mais comme dans ce ſujet-là tout ce qui eſt de l'homme y eſt anéanti & diſparu. Et cela doit ſubſiſter & durer ainſi par la vertu de Dieu & devant lui auſſi long-temps que durera la vie corporel le de l'homme. ceci & . . & non pas de l'homme ou de la créature : Car c'eſt le prope de Dieu d'étre libre & dé gagé de tout . ce ſujet dis je doit s'entendre de Dieu . 4. le ſien. & que Dieu ſeul y eſt tout .iculiérement ce qui lui eſt contraire .

L'orgueilleux & le faux-libre voudroient parler & étre écoutés ſeuls. Diſcription d'un riche d'eſprit & d'un faux-libre. Dieu vient s'y ſubſtituer incontinent avec ſa divine propriété. ſans le placer dans la créature on dans ce qu'il y a denaturel. & qu'elle quitte ſon propre & ſon ſoi . I L faut auſſi prendre garde que lors que quelqu'un a marché partoutes ces voyes qui meinent à là verité. 2. XXIII. Dieu devient-là le ſujet dans lequel ſe trouve & ſe doit placer & reconnoitre tout le bien qu'il y a enſuite. 5. lors qu'il (a) Expl. I. Comment il fait naitre dans eux l'orgueil ſpirituel. Tromperie du Diable envers ceux qui cro yent s'étre peinés aſſés longtemps dans les voyes ſpirituelles. & dans tout ce qu'elle fait & ce qu'elle laiſſe. Germanique Chap. C H A P 1 T R E XXI I I. 3. c'eſt à dire . . 63 & cela . I. & la fauſſe liberté. ici & là . 4. Mais quand la créature ſe perd . & comment il agit avec ceux qui ſe ſoûmettent ou ne ſe ſoûmettent pas à ſa direction. & ſe moquent de tout ce qu'on leurſauroit dire. La richeſſe d'eſprit produit la fauſſe liberté par le mépris des ordonnances de l'Egliſe. (a) avec ſoi-méme.

ni d'aucuns moiens particuliers. Et voici commentelles ſe produiſent dans l'eſprit. & partant il eſt . de quoi que ce puiſſe é tI'C. Et de-là naiſſent dans lui une paix & tranquillité . ] de ſorte qu'il n'a plus beſoin ni des écritures. & ni en un mot . la richeſſe ſpi rituelle ou l'orgueilſpirituel .> bien . De cette ſemence viennent deux fruits. & l'autre. deſſus de tous les hommes : j'ai plus 2. que le voilà mort à ſoi. 3. Tout 2» va bien : me voici maintenant au 2. 2 . une liberté fauſſe & licencieuſe. qu'il ſe dit tacitement : 2. Ce ſont comme deux ſœurs qui demeurent ſouvent & volontiers prés l'une de l'autre. 64 La Theologie qu'il s'y eſt exercé & peiné ſi fort & ſi long . hors de ſoi-méme & tout abandonné à Dieu . de connoiſſance & plus d'inteili »2 gence qu'eux tous. Le Diable fait ſembler & croire à l'homme par ſes ſugeſtions qu'il eſt arrivé au plus haut point de la perfec tion. & une telle ſatisfac tion ou un ſi grand plaiſir en ſoi-mé me. & qu'il eſt le plus proche [de la fin veritable & ſouveraine.temps qu'il s'imagine qu'enfin tout eſt fait. dont l'un eſt. alors le Diable commence à y méler & repandre ſa ſemence.

il embraſſe trés volontiers ce traitement de la part de toutes les creatures. croiant. pour des ames qui aiment & qui defendent la verité & le parti des vrais pauvres. reçoivent mes ordres. & que tout n'eft encore que trop peu pour lui. Conformement à cela . me rendent . mais ſur-tout de la part des hommes.. il les re cherche . 65 » bien juſte & raiſonnable que je ſois » [conſideré ] comme un Dieu ſur : 2 » . plaiſir & recréation . fuſſent-ce des meurtriers & des voleurs. toutes les créatures . & qu'on le lui doit bien. & partant ». Genmanique Chap. il ne le mérite que trop. à ſa chair & à ſa nature commodité. que quoi qu'on : faſſe pour lui. & s'eſtimant digne de tout ce qui peut procurer à ſon corps. Il conte les hommes pour des bêtes à comparaiſon de lui . s'y ſoûmettent avec obéiſſance. & 2. Il ſe perſuade d'étre trés-digne de tout cela. il les tient pour des ames fidelles & gene reuſes. ment tous les hommes. Il les loüe. & particuliére 2. - Ceux qui ſe ſoûmettent à ſa condui te & qui lui font ſervice. ſervice. il recherche & embrafſe ces choſes en toutes ſortes de rencontres. XXIII.. cet homme ne cherche & ne deſire plus en effet que d'étre traité ainſi : il le ſouffre. qu'elles toutes .

4. or donnances . ni de choſes ſemblables. ni d'inſtruc tions. Comme ces orgueilleux & ces riches d'eſprit croient de n'avoir pas beſoin ni d'Ecriture . un tel veut auſſi plus jaſer & plus diſcourir que tout le reſte des hommes. Et comme cette richeſſe & cet orgueil d'eſprit penſe avoir plus de connoiſſance & d'intelligence que tous les autres. mais méme ils en mediront incontinent & le mepriſeront. quand bien ce ſeroit un ſecond S. & .66 La Theologie cherche & leur court aprés quelque part qu'il puiſſe les trouver. non-ſeulement ils n'en diront point de bien . On voit de-là que ces deux Sœurs » (l'orgueil ſpirituel & la liberté fauſſe & deſordonnée)habitent enſemble in ſeparablement. auſſi-bien que de ceux qui les obſervent& qui en font cas. & ne font que s'en moquer . il prétend méme qu'il n'y ait que ſes paroles & ſes diſcours qui meritent d'étre écoutés . loix & commandemens de la ſainte Egliſe. auſſi aneantiſſent-ils tous reglemens . Pierre en ſainteté. 5. & que ceux des autres ſont vuides de raiſon . s'il ne leur veut de ferer en rien ni ſe ſoûmettre preciſe ment à leur volonté. Mais ſi quelqu'un ne veut rien faire pour ces hommes ſuperbes.

La vie & la Doctrine de feſus Chriſt con firment ces verités & ces pratiques. ordonnances . Chriſt n'a voit ni choſes ni motif en propre. enſes actions. Deſcription d'un vrai pauvre & humble d'eſprit enſes ſentimens . Et cela vient de ce que l'on y decou vre & quel'on y connoit dans la verité que l'homme de ſoi & de tout ce qui peut venir de ſoi. Chriſt. 67 & ne ſont que des folies extravagantes & dignes de riſée. Et loin de les mepriſer . 2. XXIV. & des reglemens exterieurs . M Ais où la Pauvreté d'eſprit & la véritable Humilité Spirituelle ſe trouvent . AQui doivent neceſſairement ſe trouver dans tout Imitateur de 7. Germanique Chap. De la Pauvreté ſpirituelle & de l'hu milité d'eſprit. le vrai pauvre d'eſprit voudroit qu'on les connût bien & qu'on les obſervaſt pour s'aprocher par ce moien de la verité méme. L'humilité & la pauvreté d'eſprit donnent lumiere pour connoitre la neceſſité & l'utili té des loix . I. 6. 3. . 1. 7. Solution d'une difficulté. & en ſes paroles. n'eſt rien du tou# qu'il . 4. 5. C H A P 1 T R E XX I V. tout y va bien autrement.

aiant droit & pouvoir ſur » moi .. & n'aye droit ſur choſe qui 23 ſoit. 68 La Theologie qu'il ne peut rien.de Dieu . Il eſt bien rai ». & que je ne ſois contre per ». - De-là vient qu'il n'oſe & qu'il ne veut deſirer ni demander à Dieu ni aux créatures rien que la pure neceſſité. & il ſe dit dans une profonde humilité dc cœur : . En conſéquence dequoi l'homme ſe ſent indigne de tout ce qui ſauroit lui venir de la part de Dieu & des créatu res. & non comme de droit. que toutes les creatures ſoient con ». & qu'il n'eſt propre à rien qu'à tous man quemens 2 à tous vices 2 & à toute méchanceté. & encore la demande-t'il avec crainte & comme de pure grace. qu'il n'a aucun droit ſur nulle des choſes qui ſont au monde. ſonne. tant de la part . leſquelles il conſidére com me étant ſubſtituées de Dieu. Il voit clairement. qu'il n'a rien . que de celle de toutes les creatures. & il ſe reconnoit obligé à ſouffrir & méme (en certain ſens) à faire tout ce qui lui eſt propoſé. Il ne permet pas non-plus que ſon corps & ſa nature reçoivent plus de bien & de ſoulagement que la neceſſité l'exige : . ſonnable & bien juſte que Dieu & 2. tre moi.

en ! core ne le fait-il qu'avec crainte. qu'il y ait des régle mens. ils deviendroient pires que des * bêtes & meineroient une vie plus dé reglée que des chiens. & méme que ce ne ſont qu'incongruité & extravagance. Il lui ſemble auſſi que toutes ſes pa roles & tous ſes diſcours ſont de nulle conſidération . C'eſt pourquoi il ne parle jamais pour enſeigner ni pour reprendre perſonne. mais méme neceſſaire. 69 1'exige : & il ne ſouffre pas qu'on l'ai de ou qu'on le ſerve ſinon dans la ne ceſſité » le tout avec crainte. ſi ce n'eſt qu'il y ſoit pouſſé par l'amour & par la fidelité qu'il doit à Dieu. L'on connoit & l'on trouve avec a evidence dans cette pauvreté & cette $ humilité d'eſprit. que tous les hommes )ſ ne tendent qu'à eux-mémes . 2. pour ne pas dire que pluſieurs ont été rappellés & º meinés à la verité par le moyen de§ # . Germanique Chap. & qu'ils (. & pour tenir en # bride & en ordre la mechanceté. des coûtumes 2 des ordonnan # ces & des loix pour l'inſtruction de $ leur aveuglement . XXIV. & ſe tenant pour indigne de toutes choſes. & le % moins que faire ſe peut. & que par conſe quent il eſt non-ſeulement utile. ſont tournés & inclinés vers le vice & &! vers la méchanceté . ſans ſ% quoi. comme ſachant qu'il n'a droit ſur rien.

7o La Theologie ſortes d'établiſſemens & de reglemens. les maniéres . qui n'y ſeroient pas revenus ſans eux : & que d'ailleurs auſſi. non-plus que de ſe moquer de ceux qui les obſervent & qui s'y ſoû mettent. . Levrai humble & pauvre d'eſprit dé fire ſincerement que tous ies hommes qui ne connoiſſent point encore d'au tre voye ni de meilleurevoye pour ve nir à la connoiſſance de la verité. . la foibleſſe & la malignité de l'homme aient é é cauſe de la neceſſité de ces choſes. peu ſont de pri m'abord venus à la verité ſans avoir premiérement commencé par ces ſor tes de loix & d'obſervations. & ſans s'y étre exercés & ſoûmis pour auſſi long temps qu'ils ne connoiſſoient rien de meilleur. que l'aveuglement . qui ſans cela n'auroient pas été d'établiſſement neceſſaire. les ordonnances. - 3 Et voilà pourquoi quand on eſt dans l'humilité & dans la pauvreté d'eſprit on n'a garde de mépriſer les loix. Et ce n'eſt qu'avec une cha ritéveritablement compatiſſante qu'on ſe plaint à Dieu & à la verité & que Dieu méme & la verité s'en plaignent . blies. ſa chent & connoiſſent pourquoi toutes ces loix & ces ordonnances ont étééta . coûtumes & céremonies d'établiſſe ment.

. Car il a pratiqué & accompli tou tes les œuvres de la vraye humilité. & à les pratiquer comme eux. Toutes les choſes que l'on vient de dire de la vraye Pauvreté & Humilité. 1 1., . bien qu'il ait dit. (b) Matth. 4. voulant # dire. (c) · que jeſus Chriſt s'eſt ſoûmis à la loi pour en delivrer ceux qui étoient ſous elle. . Il n'a pas non-plus mepriſé ni négli gé la vieille loi ni les hommes qui ont vecu ſous elle. 71 blies » & pourquoi on doit les prati : quer : & il ſe reduit à les embraſſer avec ceux qui ne ſavent pas mieux. (c) Gal. afin de les y retenir par ſon exemple. . & com me il a enſeigné par ccs paroles : (a) Aprenez de moi que je ſuis doux & humble de C02/47°. Ft S. comme en effet la choſe eſt ainſi. XXIV. pour les ameiner à quelque cho ſe de meilleur & de plus aprochant de Dieu. comme on le peut vérifier & prouver par la vie & par les paroles de J E s U s C H R I s T. & qu'il falloit aller plus outre . st2e. - Le (a) Matth. (b) que cela ne ſuffiſoit pas. . Paul a écrit. ſont ainſi dans la verité. d'empecher qu'ils ne s'appliquent au mal . comme il ſe voit dans ſa vie. Germanique Chap. . & que : par ce moien il les faſſe aprocher plus ſ prés de la verité méme. s'il eſt poſſible.4 : 5.

(c) Matth 5. l'on ne trouve dans tou tes les paroles. Cette parole eſt encore de Jeſus Chriſt : (c) Bien-heureux ſont les pauvres d'eſprit . ſon ame avoit toûjours été comblée de triſteſſe & d'afHiction.72 La Theologie Le méme Sauveur dit encore. & fauſſe li berté. En un mot. mais afin que je ſerve. comme s'il aſſuroit . quoi (a) Matth 2o : 22. Et cette autre parole eſt de la vérité méme . c'eſt à dire. ni ſon vrai Imitateur. richeſſe d'eſprit. les vrais humbles: car le Royaume de Dieu eſt à eux. Jeſus Chriſt a dit encore [en decla ration de ſon étatd'humilité & de pau vreté d'eſprit. (a) je ne ſuis pas venu pour me faire ſervir . Mais où il y a orgueil . que depuis le temps qu'il avoit pris naiſſance de la Vierge Marie juſqu'au terme & au dernier moment de ſa mort. (b) Matth 26. les œuvres & la vie de Jeſus Chriſt que pure humilité & pau vreté d'eſprit : & il faut neceſſaire ment que la méme choſe ſe trouve de méme dans tout ſujet où Dieu habite & eſt devenu homme. . là n'y a t'il ſurement ni Jeſus Chriſt . 1 (b) Mon ame eſt triſte juſqu'à la mort : ce qu'il entend du ter me de la mort corporelle. Et nous en avons expliqué la raiſon ci deſſus.

a beau dire que Jeſus Chriſt étoit 2. pour ne pas dire le Diable . 6. qui pour s'excuſer & ſe maintenir dans ſes pro prietés. 73 quoi qu'elle ne ſoit pas écrite mot pour mot : Malheureux & maudits ſont les riches d'eſprit & les Orgueilleux : car le roiaume du Diable eſt à eux. voici le vieil Adam . On . un cœur abaiſſé & recueilli dans ſoi. nous vient objecter : .. - Cela étant ainſi. & dont tout l'intérieur ſoit rempli de douleurs cachées & d'afflictions ſecretes & du rables juſqu'à la mort. ſans ſoi-méme & ſans rien de pro 2.nous pas cepen . où Jeſus Chriſt eſt. qu'il s'attribiie ceci & cela ? ' D Reponſe . il ne faut pas s'é tonner ſi toute nature. là doit neceſſairement étre une profonde & ſolide humilité ſpiri ruelle. & s'attachent à celle de la fauſſe liberté. Et quiconque eſt d'opinion contraire . dant qu'il parle ſouvent de ſoi . reſolument qu'il ſe trompe ſoi-méme auſſi-bien que les autres. 5. Cependant. s'éloignent ſi fort de cettevie. la pauvreté d'eſprit . tout moi & tout ſoi. & . où ſon vrai Imita teur eſt. je ſoûtiens º . Oui. XXIV. . Toutes ces bonnes choſes ſe trou vent trés réellementainſi dans tout ſu jet où Dieu reſide & eſthomme.. comme onl'a remarqué ci-deſſus. Germanique Chap. pre : ne voyons .

& de tout ce qui eſt verita blement divin & qui regarde Dieu. Demandez au Soleil . Tout cela ne veut. me direz-vous. ſans ſe revêtir de tout ce qui étoit le plus propre à ce deſ ſein : mais quoique Jeſus Chriſt pour cet effet ſe ſoit revétu d'œuvres & de paroles .74 La Theologie Reponſe. ſans œuvres. ourquoi il éclaire ? Il vous répondra. # dois éclairer. doit vouloir. le deſir & les opérations qu'elle aura dans ce ſujet-là ne tendront à rien de propre ſinon ſeu lement à la ſimple manifeſtation & connoiſſance de la méme verité : & voilà ce qui s'eſt trouvé en Jeſus Chriſt.& je ne ſaurois faire té au trement. il eſtoit pourtant tout libre & tout vuide d'appropriation de ce qu'il faiſo it. parce que c'eſt la quali na turelle qui m'apartient. la volonté. & néanmoins jeſuis libre & dégagé de toute appro #on de ma qualité & de ma clar t Il en eſt de méme de Dieu & de Je ſus Chriſt. doit opérer dans quel que ſujet. Jeſus Chriſt n'avoit-il pas s o N pourquoi . & s E s raiſons d'agir ? Reponſe. n'opére & ne deſi IC . Si la verité doit habiter. Cette manifeſtation de la verité par lui ne pouvoit ſe faire ſans paroles. Mais.

& qu'il faille quit tertout emploispuisqu'en effet ſi long temps qu'on vit en ce monde il faut y ayoir quelque occupation & quelque choſe à faire. C H A P 1 T R E XX V. Germanique Chap. Cela ne veut pas dire qu'on doive ne s'occuper de rien. méme toute action . . En quoi conſiſte l'union divine. tout ſon faire . & celui de toutes les creatures . aquelle ne ſe fait & ne conſiſte en rien de cela. Mais le vrai ſens de cet # Parole eſt. que tout le pouvoir de l'homme . motif ni intention que ce puiſſe étre. qui eſtauſſi celle de Jeſus Chriſt . 3 2ue rien de créé ne nous y peut . (a) qu'on 85. tout ſon laiſſer » tout ſon ſavoir. ſans autre #ºurquoi . 75 #e rien que tout bien & par la raiſon du ſeul bien . 2. 14 : 33. . doit quitter & méme perdretoutes che . I. Comment il faut quitter tout . Jf • I# faut encore bien remarquer le ſens de cette parole. - D 2 2. pouvoir. En (a) Luc.aider par ſoi.. doit être tenu † rien à l'égard de l'union divine. ſcience. XXV. aſſavoir .

non-plus que de paroles ni de ceremonies. puiſſe nous aider ou nous avancer à cet état : mais qu'au-contraire . & que la volonté créée ſoit tellement coulée. pouvoir . que ce ſoit alors cette éternelle volonté qui ſeuie veuille. qu'on ſoit entiére ment ſans volonté. qu'il ne faut pas penſer ni s'imaginer que nulles ſortes d'œuvres .76 La Theologie 2. il faut quitter & laiſſer tout cela pour ce qu'il eſt . I| . & entrer ſoi-méme dans l'union méme. Et voilà comment il faut tout perdre & tout abandonner. fondüe & anéantie dans la volonté eternelle . 3. ni œu vres . faire & laiſ ſer de quclque créature que ce ſoit. ni ceremonies . ni en un mot rien de créé. entiére ment & veritablement ſimplifié avec la ſimple & l'eternelle volonté de Dieu : ou bien . En quoi donc conſiſte cette uni on-là ? - En rien d'autre ſinon en ce que l'on ſoit purement. Or qu'y a-t'il qui puiſſe mener l'homme à ce point-là ? Certes ce ne ſont ni paroles. laiſſe & faſſe tout dans un tel ſujet. ce qui eſt autant que ſi l'on diſoit . aucun ſavoir. ni aucune créature . non-plus qu'aucune œuvre. d'art ni de ſcience & d habileté. ſimplement .

on doit laiſſer : l'homme doit en effet tantôt veiller par exemple. -- C'eſt qu'où l'union ſe fait dans la verité & la réalité. . qui y eſt arrivé. 3. & l'exterieur agit & change. 2.:: Germanique Chap. pendant qu'on laiſſe mouvoir ci & là l'homme exté rieur dans les choſes deDdevoir neceſſité. L'exterieur & l'interieur n'ont d'intention • que de contenter la volonté de Dieu dans les choſes de devoir & de neceſſité. . A Utre verité importante & bien remarquable. Dans l'union l'homme interieur eſt im mobile.. 4. & tantôt ſe taire . 77 Il faut pourtant que ces autres cho ſes-là ſubſiſtent : on doit faire . XXVI. l'homme intérieur. l'indolen ce. & tantôt ſe repoſer : tantôt parler . La ſeule volonté de l'homme empêche l'u Il1OIl. & tantôt dormir : tantôt marcher . 1. mais avec indifference. C H A P I T R E XXV I. - M. demeure deſormais · ferme & immobile . & ainſi de pluſieurs autres choſes qui lui ſeront neceſſaires tout le temps de cette vie. Cela exclud l'orgueilſpirituel. 3 &Cela de . & la fauſſe liberté.

& que l'ex térieur doit ſe mouvoir tant par devoir que par neceſſité. par ce que c'eſt dans la verité méme qu'on connoit alors . pour qu'elles ſe faſſent ſelon l'ordon naace de la volonté éternelle. 3.. Où . ou méme d'une ma niére active. Ainſi donc . que l'homme interieur doit demeurer immuable. ni de vivre . ni rien de ſemblable: mais je ſuis tout preſt & tout ſoûmis à tout ce qui eſt de devoir & de neceſſité. que l'hom me extérieur peut dire avec verité . - Et quoi-que dans les mutabilités de l'homme extérieur. Et cela ſe trouve ainſi où Dieu eſt homme. comme on le remarque en Jeſus Chriſt. ce ne peut étre que ſeulement en ce qui regar de les choſes de neceſſité & de devoir . | Et cela ne peut aller autrement. La Theologie Cela ſe fait de telle ſorte. ni de mourir . (comme en effet la choſe eſt ainſi : ) Je n'ai nulle volonté ni d'étre ni de n'é tre pas . ſoit qu'il faille y intervenir en ſouffrant & paſſivement. l'intérieur y ait un pourquoi ou une intention . ni de laiſſer . . l'homme extérieur n'a point d'autre pourquoi ni d'autre but & recherche ſinon de contenter & de ſatisfaire uniquement la volonté éternelle. ni de ſavoir. ni de fai re. - 2. ni d'ignorer.

vost . Vraye explication de ces paffages. Comme nulles des choſes parti culiéres ne peuvent aider ni contribuer à la divine union. ſinon l'homme méme. ſi · C H A P 1 T R E XXVI I. avec ſa propre volonté. c'eſt un mauvais ſigne. -.. ni nonchalance licen cieuſe. : I. Où ceci ſe trouve par la lumiére divine & dans elle. en un mot . 4. con jointement avec toute ſorte de regula rité. · · : 3. un cœur & un eſprit abaiſſé. de raiſonnable équité . La vie de feſus Chriſt convainc de faux · cette pretendüe impaffiéilité. comumeon l'a fort bien & plus amplement deduit autre part. ON a ouï dire à quelques-uns » que l'homme #º '& de 4 . toutes ſor tes de qualités vertueuſes y doivent étre. angoiſſé. mais une humilité profonde. 79 · 3. dégali té. là il n'y a ni or gueil ſpirituel . s . XXVII. auſfi nulles d'elles ne peuvent l'empécher ni la retarder. de verité. auſſi-bien que la paix & le con tentement d'eſprit qui en reſultent : & où les choſes vont autrement . mal · fondé ſur l'Ecriture · · · . 1 Principe outré des impaffibles . abattu . ni eſprit de fauſſe liberté. 2. Germanique Chap.

. vous me goûterez dans 2. - . auſſi me verrez-vous . 24. té & d'inalteration » dans lequel 2. vers 39.vous » impaſſibles en vos corps & en votre . changement. & vous me verrez-là : & auſſi cette autre : (b) Un eſprit n'a ni chair mi os comme vous m'en voyez avoir. je vous 2. comme vous voyez que j'ai chair & » os. (c) Galilée ſignifie revoluiion. (b) Luc. & vous me ſuivrez en ». nature humaine & mortelle avant » que de mourir. . vous m'é . dans un corps & une vie mortel ». que de ſubir la mort corporelle. de méme deviendrez . 2 On repond ſimplement à ces preuves & à cette opinion là. - .8o La Theologie voit atteindre dans le temps de cettevie à un état d'impaſſibilité. c'eſt à dire.. prouverez . - . & que toutesfois je ſuis impaſſi .. précederai . ble .. y 32. pareil en toutes choſes à celui où étoit Jeſus Chriſt aprés ſa reſurrection : & pour le prou ver . Et ». · ſus " t . . le. im mntation é°:.. (c) Galilée.. Comme vous m'avez vû & ſuivi 2. la revolution d'un état d'impaſſibili ». ils aiieguoient cette parole de Jeſus Chriſt : (a) #e vous précederai en Galilée. vous vivrez & demeurerez avant . que Je . Et voici les gloſes & les allegories qu'ils fai ſoient là-deſſus. (a)Matth 26.

Certes ſi cet etat-là étoit la choſe la plus excellente & la meilleure . XXVII. . . la plus précieuſe aux yeux de Dieu & la plus agréable vie qui aitja-. cela ſans doute au roit été ratifié en Jeſus Chriſt. Mais cela n'ayant pû ni deu ſe faire en Jeſus Chriſt. . 81 ſus Chriſt n'a jamais penſé que l'hom me doive ou puiſſe atteindre à un tcl état que premierement il n'ait paſſé . Donc perſonne n'y parvicndra ſi longtemps qu'on ſera dans cette vie mortelle & paſſible. Germanique Chap. vû que. - 3. & il ne ſera ja mais vrai que cet état ſoit la choſe la meilleure & la plus excellente pour qui que ce ſoit. Or eſt-il qu'avant que d'y parvenir. & le ſoûtenir par des paroles : mais tout cela ne fait rien pour la réali té de la choſe. ſa vie a été la plus excellente. il nc ſe fera auſſi ja mais en aucun autre . D 5 C II A P . la meil leure. il etoit paſſé par la mort corporelle. & qu'il l'avoit ſubie avec toutes ſes dépen dances. ſubi & enduré tout ce que Jeſus Chriſt méme avoit antérieurement ſubi & ſouffert. On pourra bien peut-étre ſe l'imagi ner . & qu'on pûſt ou dûſt y atteindre dans le temps de cette vie . . • • • " . mais été & qui puiſſe jamais étre.

Sens faux & diabolique desfaux-libres. Maxime ambigiie des faux-libres & des eſprits libertins. par-deſſus toutes ces choſes dans ce ſens-cy. 82 La Theologie C H A P I T R E XXV I I I. 2. 2. Autre vrai ſens de la méme parole. Le vrai ſens qu'il y a & qui leur eſt con traire. Le Diable eſt auſſi par-deſſus les mémes choſes : mais c'eſt avec grande difference. ce remonie . 3. C'eſt que ni paroles.*me : Qu'on peut & qu'on doit aller par-deſſus toute vertu. & que ces choſes deuſſent ceſſer & étre annullées. tout commandement. 4. 1. toute ceremonie. & tou te loy & raiſon : comme s'il falloit s'en defaire . tou te ordonnance. Jeſus Chriſt étoit par-deſſus ſa pro previe. contenant un ſens & di vin & diabolique. Il y a dans cette parole quelque choſe de vrai & quelque choſe de faux. & par-deſſus toute vertu. Et c'eſt ce qui eſt digne d'étre remarqué. ni oeu Vres. Jeſus Chriſt étoit & eſt encore . ni cérémonies » nifaire ou laiſ ſer» . ordonnance & choſes ſem blables. 1 • IL y ena quitiennent pour maxi .

qu'ils n'ont pas beſoin qu'on leur aprenne ce qu'ils doivent faire & laiſ ſer . le leur aprendra bien: qu'il n'eſt pas beſoin non plus qu'on ! leur ordonne & commande de faire le ! bien & des'abſtenir du rnal. dc (a) Rom 8 : 14 & chap. C'eſt à dire en un ſens. parce que celui qui leur enſeigne ce qui eſt bien & ce qui eſt : mal. º . rien | de tout ce qui ſe faiſoit en Jeſus Chriſt. . vû que leur Maître interieur . celui-là méme | D 6 leur ordonne ! . 22 . ſe taire ou parler . & choſes ! ſemblables . . 83 ſer .º Car tout ce qui ſe peut & fe pourroit jamais acquérir par la pratique de ces moiens-là. l'Eſprit de Dieu. « : **. que (a) ceux qui ſont inſtruits. · Germanique Chap.. " C'eſt auſſi dans le méme ſens eu'eſt véritable & que doit étre entendu ce mot de S.º. & qu'ils ne ſont plus ſous la loi. en un mot . Et il en eſt de méme à l'egard de toute vertu & de toute loy & raiſon. ne lui étoit néceſſaire. ſouffrir ou ſu bir quoi que ce ſeit. qu'il n'en avoit # Pas de beſoin. ſont enfans de Dieu . Paul . ce qui eſt le meilleur & ce qui ne l'eſt pas pas. XXVIIf. t cº . & que cela ne lui étoit $ d'aucune utilité pour ſa propre perſon ne. agis & conduits par l'Eſprit de Dieu. tout cela étoir déja aupara vant en Jeſus Chriſt : & c'eſt en ce ſens que la parolede cy-deſſuS eſt véri table. ..

& qu'ils lui obeiſ ſent. qu'on doive quitter & ſe dechar ger de la vie de Jeſus Chriſt . les mépriſer & mé me s'en moquer s eſt une maxime de fauſſeté & de menſonge. de toute ceremonie & pratique exterieure. & méme de toutes les actions . de toutes les connoiſſances.2 ». La Theologie - de ſe tenir à ce qui eſt de meilleur » & | de laiſſer le reſte. ſoit par ceux de toutes les créatures . foit par paroles ou par actions» cela leur eſtC'eſt déjatout doncacquis & tout en ce ſens préſent qu'ileſt . . & de tout reglement . T · · . · CHAP . 3.quel'on peut aller au-deſſusdetoº tes les loix & de toutes les vertus.. ' • • . qu'il faille les negliger . & de tout le pou voir de toute créature. detou te loy. - Voilà en quel ſens ils n'ont beſoin ni de loix. Ils n'en ont point auſſi de beſoin en cet autre ſens. Mais cet autre ſens ou propoſi tion. - 4. auſſi-bien que de tout commandement . ni d'inſtructions » ni de commandemens. verita ble. aſſavoir » afin d'ac querir ou de gaigner par-là[comme des mercenaires] quelque choſe pour leur propre avantage : parcequetout ºe qui ſe pourroit la voye de laacquerir ou pratiquer vie éternelle & pour ladans vie éternelle. i . . . ſoit par ces moiens-là .

il faut reconnoitre deux | ſortes de lumieres . (vû qu'ils ont déja tout ce qui ſe pourroit acquerir par-là . . ) . | pratiques . & qu'il ſuffit à ſoi par · laºnnºiſſance & #mºurdeſ iſºul | 4. I. 3. découvre que Dieu tout. n'ac. . - 1. quiérent ni profit ni avantage par l'ob ſervation de la méme vie deJ. Mais entant qu'il veut avoir commerce avec la créature. 85 #! ·C H A P I T R E XX I X. . Chriſt ni les ſiens n'ont rien fait pour leurpropre avantage. Germanique Chap. & des actions . & la fauſſe. . operations . la vraye 2 . Chriſt & des ſiens. Objection ſur ce qui vient d'étre dit (art..( YN peut objecter ici par maniére N * de difficulté. qu'en ont-ils doncDdeſormais 7 deſoin bº*2 . Et celles-ci doivent étre reglées comme l'ont été celles de f. Chriſt ni de toutes les bonnes pratiques & or donnances. il faut qu'il y ait & des créatures . - 3. Ce qu'elles ſont.) que f. que puis que Je ſus Chriſt & ceux qui ſont à lui. La vraye lumiere.. . XXIX. Objection curieuſe à quoi on ne croid pas devoir repondre ici. . pur eſt tout ſimple. · · · 5. Pour y repondre. 2. 6.

· · · · · · Dieu comme Dieu a pour propre de s'ouvrir ſoi-méme à ſoi. - 3. ·· . Dire. Dieu entant que pure divinité & pure éternité. La fauſſe lumiére n'eſt que la nature. & une fauſ La véritable lumiére eſt la lumiére éter nelle qui eſt Dieu méme. cela eſt dans Dieu par maniére d'eſſen . ou bien c'eſt une lumiére créée . ni propriétés. Pour répondre à cette queſtion il faut ſavoir. ni connoiſſance . Et tout . . une véritable . de ſe mani feſter ſoi-méme à ſoi dans ſoi. ' mais néanmoins divine . de ſe connoi tre & de s'aimer ſoi-méme. que décrire ou exptiquer par des - paroles. n'a diſtinctement ni at tributs. c'eſt ce qui ſe peut mieux diſ cerner par l'experience de la choſe mé me. & que l'on appelle la grace : Tout cela eſt la veritable lumiére. ni manifeſtation . & pourquoi ne s'en déchargent ils pas ? Faut-il donc qu'ils s'y occu ent encore & qu'ils continüent toû jours à les pratiquer & à les ſuivre ? 2. qu'il ya deux ſortes de lu #e C. pourquoi la premiére de ces lumiéres eſt veritable & la ſeconde fauſſe. 86 La Theologie ſoin . ni rien de tout ce qui ſe peut dire ou com prendre. ou la lumiére qui n'eſt que naturelle. ni volonté.

& c'eſt méme pour cela qu'il y a des créatures. # Si cela n'eſtoit.là ſoient exercées. a à cet egard quelque choſe de propre. Puis donc que Dieu veut qu'il y ait des actions & des operations . r . n'y ayant là-dedans rien de créé. exiſte en vain. [quoi-que cela ſoit dans elle]. Germanique Chap. • e. les diſtinctions per ſonnelles. quelque cho ſe qui lui appartient en proprieté. Or Dieu veut cependant que cela exiſte & ſoit par opération . Cette choſe eſt bien originairement & eſſentiellement dans Dieu . entant qu'il vit dans un :# homme divin ou deifié. # 4. & alors elle n'exiſte pas formellement ni par opération. •. & u'il ne peut y en avoir ſans qu'il y ait § créatures2 il faut 2 poſé la cie . Mais Dieu entant qu'homme . afin que ces choſes-là ſoient reduites en actes & que ces operations. XXIX. mais ſans créature. 87 ee. mais bien : ce qu'on apelle . C 2 . & non à la créature. à quoibon la créatu re & Dieu dans elle ? Devroit-ce étre une choſetoute oiſive ? A quoi ſeroit elle donc bonne ? Certes ce qui n'eſt bon à rien . & non par maniére d'action. Et c'eſt ce que ni Dieu ni la nature ne ſouffrent S. # c'eſt à dire .

On deduit plus amplement la réponſe & le . que les choſes ſus-dites [les actions & les pratiques telles qu'ont été celles de Jeſus Chriſt & des ſiens. 3 ?ue ce Bien & cette lumiére yfont auſſi connoi . ] ſe faſſent & s'obſervent de la maniere qu'elles ſe ſont obſervées. s'il n'y avoit ou n'y devoit avoir opéra tions ni rien de § . 2. : mais le Bien tout pur . é la lumiere toute pure & eſſentielle. ni ceci ni cela .On pourroit méme demander. | | 88 La Theologie re. - I. que ſeroit ou 'que pourroit donc étre Dieu lui-méme [par rapport à nôtreconnoiſſance ? } Mais il vaut mieux s'arêter-là & reve nir à nous : autrement on pourroit bien ſe laiſſer aller ſi avant dans ces ſortes de recherches. Que Dieu n'eſt pas un bien particulier. C H A P I T R E XXX. oppoſés aux faux-li * bres. rien de par ticulier.principe de ci-deſſus . Qu'afin que ce pur Bien é cette pure lu miére produiſent des actes . 6. qu'on ne trouve roit pas la voye d'en revenir. il doit y avoir des créatures dans leſquelles ce Bien & cette lumiére produiſent la connoiſſance de ce mé me Bien & de cette lumiere.

ni au-deſſus de tout temps. ni en tout temps. il ne ſeroit pas tout ni par-deſſus tout » comme il l'eſt : il ne ſeroit pas la pure & vraye Perfection. ni par-deſſus tout. 89 connoitre Dieu comme juſtice. ni quoi-que ce ſoit que la créature comme créature puiſſe conce voir. qu'on ne pratique » qu'on ne . veut . ni illimité : & ce qui eſt quelque choſe d'exiſtant en certain temps. ceci ou cela . Germanique Chap. ainſi que Dieu méme. . qu'on n'aime-là plus le bien que pour l'amour du bien tout pur. Si donc Dieu étoit une choſe particu liere . amour . & comme unique vo lonté. que D I E U en tant que B o N . aujourdhui ou demain » cela n'eſt pas toûjours.º . º . & cependantil n'eſt pas ceci ni cela. - Il eſt donc. º . Et partant . connoitre » nommer ou expri II)6I'. I• IL faut ſçavoir. & ſans pro priété. verité. n'eſt pas par-tout . . - 4. XXX. n'eſt que pure Bonté ou pur bien. Car ce qui eſt quelque choſe de par ticulier » & qui eſt ici ou là . n'eſt pas tout. de méme que ce qui eſt quelque choſe de parti culier . :: Delaméme maniére. ſi Dieue# d . vertu . & qu'il n'eſt pas un bien particulier. r • .

. . mais qu1 . il ne ſeroit pas non plus le Bien tout ſimple & tout parfait. puis qu'il eſt intelligence & lumiére : mais ce luire & ce connoitre ſont en lui ſans créa tures .. Ede propre. étoit un bien particulier. elle n'y connoit & n'y enſeigne auſſi rien de particulier. de borné] : elle n'y con noit & n'y apprend à connoître quele Bien unique . Il le faut. · Et quand il y a des créatures dans leſ quelles cette lumiére & cette intelli gence eſt agiſſante & opérante . . : ) : (x . & comme tel. vû qu'ils ne ſont pas dans lui comme des actes . mais par maniére d'eſſence & d'origine. ſimple & Parfait » qui n'eſt ni ceci ni cela. celui-ci ou celui là .méme . r ^ : · : · . comme neanmoins il l'eſt. Dieu eſt auſſi lumiére & intelligence. véritable . c'eſt une de ſes proprietés que de luire. il eſt ne ceſſaire qu'il y ait des creatures dansqui cela ſe faſſe. d'éclairer & de connoi tre. dis-je.elle ſoi . il ne ſeroit pas tout bien ni au-deſ ſus de tout bien . ' '' Et comme elle n'eſt rien de particu lier & de borné . & en ſeigne ce qu'elle eſt : & cela eſt bon.9o La Theologie qu'il eſt le Bien ou qu'il eſt bon. · . là ſe connoit . Mais afin que cela exiſte par ma niére d'actes & d'opération . 2.

• ! · · 4 Et partant. C'eſt ce qu'il ſ# faut bien obſerver. il ne ſera deſormais plus rien voulu ni cherché dans un tel . & verité. . • . juſtice . & méme toute : vertu : mais cela n'eſt que pure eſſence # en Dieu. . ilſe fait connoitre & s'enſeig" ·ne auſſi ſoi-méme comme amour & vo lonté unique dans ce ſujet où il eſt lumié re & intelligence. . - Mais quand cet étre unique (qui néanmoins eſt T ou T)prend à ſoi une créature laquelle il agit & dirige. qu'il diſpoſe & qu'il rend propre à ſe con znoitre ſoi-méme dans elle . lu # miere & bien . auſſi eſt-il volonté. & ne peut jamais ſubſiſter # par maniere d'actions & d'operations s'il n'exiſte des creatures : car dans Dieu méme. . - ) # Comme Dieu eſt intelligence. · ſujet . XXX. . & ſans créature . qui eſt lui-mé II}C. a mour. alors . 9r qui eſt tout bien & au-deſſus de tout |]ſt # ! 3. tout ſ! n'eſt que pur étre & pure origine. comme il eſt volonté uniforme & As mour. demandera-t'on. ſans |! ruiſſeaux ni productions. Germanique Chap. ! Il ne voudra auſſi dans le méme ſujet # que l'unique choſe . . On vient de dire quele Bien uni # que s'enſeigne & ſe fait connoître ſoi méme : qu'enſeigne-t'il donctouchant ſoi.

le moi.d. doux ou amer. par le ſeul motif que c'eſt le bien méme.à. repondroit-il. comme. il eſt bon & juſte qu'il ſoit ainſi recherché. Que ſi l'on demandoit à l'amour. n'ont ici plus de lieu. ſimplement à cauſe qu'il a un étre op C. Et pourquoi ? pour l'amour du bien. & partant. ni rien de ſemblable. & toute propriété. & parce que c'eſt le bien-méme. & non pas ſoi méme » tant le moi & le ſoi ſont alienés de r# c. qu'aimez-vous ? il répondroit. on devroit l'aimer par préference à Dieu. j'aime le bien. non-plus que de la propre conſideration de ſoi-méme. Car le ſoi. le mien. on s'en eſt défait : on n'y entend plus dire ni je m'aime. & dont on ne ſe ſoucie & ne ſe met plus en peine.92 La Theologie ſujet que le bien entant que bien . parce qu'il ſeroit agréable ou deſagréable . Auſſi Dieu ne s'aime-t'il pas ſoi-méme comme (a) ſoi . plaiſant ou peinible. & non pas pour ceci ni pour cela de particulier. il aimeroit cette choſe-la. . De ſorte que ſi (par impoſſible)ily avoit un plus grand bien que Dieu . ou par quel que autre raiſon ou motif que ce puiſſe étre. ni je vous aime. mais parce qu'il eſt le Bien : & s'il y avoit ou s'il connoiſſoit quelque choſe de meilleur que lui.

- # 1. Preuve de cela par la vie de 7. Germanique Chap. Il veut du bien . | 3. # Voilà comment les choſes doivent # aller & vont en effet dans un ſujet ou *dans un homme divin ou vraiement º diviniſé .' 4. n'eſt qu'a # mour tout pur & ſans mélange [de rien de propre. Chriſt. toutes choſes ſont ai ' mées de lui. # # 1. | [L ſuit de-là. ] & qu'il eſt porté de bon ne volonté envers tous les hommes & envers toutes choſes. & ne lui conviennent point . qualité qu'on ne pourroit # poſſeder ſans cela. & envers ſes plus grands ennemis. vio " 5. Ni oppreſſion ni affiiction de qui que ce ſoit. XXXI. il en de# . * 2. ni defenſe. . - Et partant ." lente. t # C H A P 1 T R E XXX I. # ſinon autant qu'il eſt requis pour la diſtinction des perſonnes divines. (qu'ilpoſ # ſede & gouverne) à un A M o U R tout * pur envers tout. Il n'y a dans un tel ni deſirs ni acies de ven geance . 93 de Dieu . Ni contrainte de perſonne. que l'amour qui eſt 7 dans un homme déifié. Dieu porte un homme déifié.

que quoi qu'on vinſt à faire à un homme déifié tout ce qu'on voudroit . ſi ſeulement ils en étoient ſuſceptibles & qu'ils vouluſſent | l'accepter. 'affection & de bons deſirs pour ſes perſecuteurs. cela : quand méme. du mal . » me ſouhaittiez & me procuriez le » pis que vous pouvez. - & il en procure à chacun & à toute créature. s'il étoit poſſible. on le tuëroit cent fois . des déplaiſirs. 2. 26. ceci . l'accueillit par ces douces pa roles : (a) Mon ami. d'une affection toute pure. de maux & de peines qu'on voudra. je ne laiſſe 32 pas (º) Matth. vers . je ne laiſſe pas néan » moins de vous aimer & de vous étre » amy : & bien que vous me vouliez. du bien .94 .o. que venez-vous faire ici ? Comme s'il lui euſt voulu dire : » Quoi-que vous me haiſſiez & me ſo » yez ennemy. La Theologie •. il ne ſe pourroit qu'il n'aimaſt celui qui l'auroit autant de fois tüé. Cette verité eſt autantviſible que demonſtrable par l'exemple de Jeſus Chriſt . du plaiſir. il ne ſe pourroit néanmoins u'il ne fuſt plein de bonne volonté. Et lui euſt-on fait autant de torts. Juſques-la méme . & qu'il revint au tant de fois à vie . juſqu'à leur procurer le plus grand bien . . qui lors que Judas venoit le trahir.

& qu'effectivement il ne ſe re vange point quelque mal qu'on lui faſ ſe ou qu'on lui puiſſe faire. Je »2 ſuis la Bonté ou le Bien tout pur & ». ni fai »2 re. 4. car je ne ſuis que bien tout-pur. & partant je ne puis 2. XXXI. qui diſoit à ſon Pere . 2. dans moi. ni donner que le bien : de-ſorte »» que ſi je doiste rendre quelque cho 22 ſe pourtes maux & pour ta malice. 95 tiº » pas de vous vouloir & de vous deſi 22 rer la choſe la meilleure. je ne puis le faire que par le bien : ». (a) Pardonnez-leur. & je ». que dans un homme deïfié Dieu n'y excite point de deſirs de vengeance » qu'il n'en veut point. . C'eſt donc comme ſi Dieu méme di ſoit par l'organe de l'humanité : ». . & méme # 22 je vous la procurerois & donnerois Cl: »2 volontiers ſi ſeulement vous étiés de # #! » diſpoſition & de volonté à l'accep 32 tCr. tout ſimple . --. mon Pere. priant pour ceux qui lui procuroient la mort. . - Et cela ſe voit auſſi en Jeſus Chriſt. Il ſuit encore de-là. ni ſouhaitter. C'eſt encore une proprieté de Dieu º(a) Luc : 23 : 34. rien vouloir. 3. · · ·. Germanique Chap. n'ai nulle autre choſe que pur bien 2. car ils ne ſavent ce qu'ils font.

. (a) Pier re. Pier re voulut le faire.96 La Theologie Dieu [dans un tel homme. ſans vouloir lui reſiſter. 5. - 2. mais de laiſſer agir chacun ſelon ſa vo lonté . Enfin c'eſt le propre d'un hom me deïfié de n'opprimer & de n'affli ger perſonne : c'eſt à dire .] que de ne contraindre perſonne à faire par force ou à omettre quoi que ce ſoit. quoi qu'il faſſe ou qu'illaiſſe. qui ne vouloit pas re ſiſter ni ſe défendre de cette ſorte con tre ſes perſecuteurs. qu'il parle ou qu'il ſe taife. remets ton épée dans ſon fourreau : car la reſiſtance. uſer de force. il lui dît. Quoi-qu'un homme divin procure à cha cun ce qui eſt de meilleur . le moin dre deſſein ni deſir. I. eſt une choſe qui n'appar tient ni à moi. leur volonté. bien ou mal. Ce qui ſe voit pareillement en Jeſus Chriſt. la défenſe violente. 18 : 11. ni aux miens. · C H A P 1 T R E XXXII. 4 . Et lors que S. En (a) Jean. de procurer par-là de la peine ou du chagrin à perſonne. il ne ſçauroit pourtant contribuer à l'accompliſſement de . qu'il n'a jamais la moindre volonté.

XXXII. Germanique Chap. il eſt neceſſaire. ſouhaite & a# procure à chacun ce qui eſt le meil f leur . plus il s'éloigne de Dieu & du veritable bien. il 0! 1. ( Yuelqu'un pourroit ici me dire : . de faire décroitre & d'anéan ir toute pro pre volonté : Et c'eſt à quoi Dieu voudroit bien aider un chacun. que Dieu aide l'homme trés-volontiers . à celle de l'autre r d'étre Evêque. il faudroit donc qu'il contri 1* |. contri buë au plus grand mal de l'homme : parce que plus il ſuit ſa propre volonté & s'affermit dans elle. A quoi je réponds. En quoi Dieu & les ſiens cherchent & : procurent à tous le meilleur. & ainſi du reſte. Preuve de cela par l'Evangile. ::: 3. Car ſi long temps # l'homme veut . que quiconque contribuë à l'accompliſſement de la propre volonté de l'homme .ſ l' Puis qu'un homme Deifié. buaſt à l'accompliſſement des ſouhaits & de la volonté d'un chacun . & qu'il voudroit bien le meiner & l'avancer à cc qui en ſoi eſt le plus excellent. à celle de l'un d'étre Pape. comme on l'a fait voir ci-devant . & qui auſſi à l'égard de l'homme eſt la choſe la meilleure de toutes : mais pour effectuer cela. 97 2. 2 Il eſt bien vrai . ou # # Dieu dans lui & par lui .

La raiſon en eſt . celui qui ſe cherche ſoi-méme & ſon propre en quoi que ce ſoit. & aura méme déja trouvé le ſecours de Dieu . 12: 25. 1o: 39. c'eſt à dire ſoi-méme. . c'eſt à dire.98 La Theologie & cherche lui-méme ſon mieux . CHA P (a) Matth. (b) Matth. qui aime ſon ame . & auſſi il ne le trouvera jamais par cette voye. Jean. 16 : 24. la doctrine & le commandement de Dieu : quoi fai ſant. & qu'il le ſui ve : (b) car. mais pas 2lItICII)CI]t. C'eſt là la doctrine & la parole de Dieu méme. celui-là perdra ſon ame : Mais quiconque ne ſe ſouciera de ſon ame ſe laiſſant ſoi-méme & perdant & ſoi & ſon propre . dit-il . 3. que l'homme (a) renonce à ſoi-méme & à toutes choſes . il n'a qu'à ſuivre la parole . Si donc quelqu'un deſire que Dieu l'aide & l'avance à ce qui eſt le meilleur de ſoi & le meilleur pour lui. Or la doétrine & la parole de Dieu eſt . celui-là gardera & conſer vera ſon ame pour la vie éternelle & dans elle. il trouvera . & qui la veut con ſerver & retenir. que le mieux de l'homme eſt de ne chercher & de n'a voir en vûe ni ſoi ni ſon propre. il ne cherche pas ſon mieux.

XXXIII. & non de la créature. En effet. d'où nait auſſi la pauvreté d'Eſprit. Ne autre proprieté de Dieu dans un homme deifié . & d'où elle vient. Où elle n'eſt pas. la vie. - I. & que ſon principal eſt de s'abandonner à Dieu . Que j*. la créature comme créa ture n'eſt ou n'a de ſoi rien du tou# # E 2 & . Germanique Chap. & de ſe ſoumettre à lui & à fotés. la ſcience . eſt l'humilité fonciére. 3. & tout le # reſte . le pouvoir . ou de l'homme défié . que par ſes œuvres & par toute ſa vie. 2. la connoiſſance. Chriſt a enſeigné & pratiqué ces choſes & ſemblables . Autre propriété de Dieu dans l'homme . l'humilité : ce qu'elle eſt. que l'étre. I. $ tant par ſes paroles. que toutes ces choſes ſont uni quement du ſeul vrai Dieu . C'eſt ce que Jeſus Chriſt a enſeigné. il n'y a point d'homme deifié. Que la créature n'eſt digne de rien . Cette humilité vient de ce quel'on connoit dans la vraye lumiére cette ve rité. ſolide & réélle. 99 C H A P I T R E X X X III.

a. 2. ni Dieu ni aucune créature . on ne trouve plus dans elle que malignité. d à ſon choix & plaiſir. qui dit . ne lui eſt redevable de rien. que la créature n'eſt d'elle-méme digne de rien . que procéde la vraye H U M I L I T E'. c'eſt a dire . auſſi bien que de quelques autres ſemblables . C'eſt pourquoi c'eſt une verité ferme & inconteſtable que cette autre parole . mais paſſivement & en ſouf frant : autrement ce ne ſeroit que tromperie. Mais quiconque doit & veut s'aban donner & ſe ſoûmettre à Dieu . qu'elle n'a droit ſur rien . doit auſſi ſe ſoûmettre à toutes les créatu res. & ne devoient pas étre eſtimées pour les meilleures ſelon le droit & la vraye juſtice de Dieu . Elle eſt au contraire obligée à juſte droit de s'abandonner & de ſe ſoûmet tre entiérement à Dieu : & c'eſt ce qu'il y a de plus grand & de plus conſi dérable dans elle. . & cela non d'une maniére (a) active . C'eſt de ce dernier point. Si toutes ces choſes n'étoient pas ainſi dans laverité.1OO La Theologie & ſi-tôt qu'elle ſe détourne du vrai bien par ſa volonté ou par ſes actions & ce qui s'enſuit. Jeſus Chriſt ſans doute ne les auroit pas enſeignées (a) c. 3. & que per ſonne .

Où ces choſes ſont. | C H A P I T R E XXXI V.XXXIII. C'eſt d'ici auſſi que nait la Pauvreté d'eſprit. on y confeſſe & reconnoit veritablement la realité & # l'immutabilité de cette verité. Et lui-méme a enſeigné toutes ces choſes par ſes paroles. Germanique Chap. 3 3. S'il y a des choſes contraires à Dieu & qui lui ſoient à triſteſſe & à contre-cœur. dont Jeſus Chriſt dit . E. $. & les a accom plies de fait & par ſa vie. | s r. 1o1 enſeignées par ſes paroles ni pratiquées , par ſes actions. Toute (a) Matth. En quoi il conſiſte. . & que perſonne ne lui doit rien : & que dans tout cela elle doit ſe comporter d'une maniére paſſive. 5 : 3. : : & que rien ne doit étre ſujet ni ſoûmis L' à elle : Que Dieu & toutes les créatu res ont droit ſur elle & contre elle . (a) Bien-heureux ſont les pauvres d'eſprit : car le Royaume des Cieux eſt à eux. à certain égard. 2. & qu'elle n'a droit ſur rien : Qu'elle eſt redevable & obligée à tous. aſſavoir : # Que la créature eſt obligée dans la veri té & la juſtice divine de ſe ſoûmettre à , Dieu & a toutes les autres créatures. quoi qu'active auſſi. Le peché ſeul eſt tel.

Toute oppoſition de volonté ne peut que deplaire & étre la cauſe de deplaiſance. ar rien de tout cela n'eſt contre Dieu. plus veritablement en Dieu que dans elles-mémes : & s'il étoit autrement . Dieu ne ſeroit pas tout bien. qu'il y a ou qu'il ſefait certaines choſes contre Dieu . leurs puiſſances. qu'elle vit. & qui le chagrinent ou l'attriſtent. & autres facultés. Or ce qui eſt bon . 1• Oici encore des verités conſi dérables. L'on dit ordinaire ment. . que nulle créa ture n'eſt contre Dieu & ne lui eſt à contre-coeur ou à ennui entant qu'elle al'étre. Que le Diable méme ou que l'homme ait ſubſiſtence. IO2 La Theologie 3. Mais il faut ſavoir. 4. pouvoir . Dieu eſt l'étre de tous les é tres. Divers noms du peché. leur vie. vie . & la vie de tous les vivans. Et partant toutes choſes ſont bon nes. & qu'il y en a qui lui font mal au cœur. Oui . auſ ſi bien que l'intelligence & la ſageſſe de tous les ſages : Car toutes choſes ont leur étre. & le reſte. eſt agréable à Dieu . & ainſi du reſte. qu'elle a intelli ence . tout cela eſt bon & eſt de Dieu : car Dieu eſt cela méme eſſentiellement & originairement.

Et il en eſt de méme à l'é gard de Dieu. & il le veut bien ainſi. 1c3 à Dieu. E. tout cela eſt contre Dieu . Or comme celui qui auroit une vo lonté contraire & oppoſée à la mien ne. Donc cela n'eſt pas contre lui. qui lui eſt ſujet detriſteſſe & de marriſſement. 2. Qu'eſt-ce donc qui eſt contre Dieu & qui lui eſt déplaiſant & à con tre-coeur ? Je réponds . XXXlV. me ſeroit contraire & inſuppor table quoi qu'il fiſt ou qu'il ne fiſt pas. que ce n'eſt que le peché. m'eſt ennemy : & quiconque veut comme moi. ou veut contre Dieu. quiconque veut autrement que moi . & c'eſt cela qui eſt contre Dieu. quoi qu'il entreprenne & exe cute. Quicon que veut autrement que Dieu . Et c'eſt dequoi chacun peut étre convaincu par ſoi-méme en ſon propre fait : car. quoi qu'il faſſe ou qu'il laiſſe. qu'il diſt ou qu'il ne diſt pas. il en eſt de méme à l'égard de Dieu. ou veut contre moi . Germanique Chap. 4 que . Voilà ce que c'eſt que le peché. m'eſt amy & m'eſt agréable. & eſt péché Toute volonté qui veut autrement . ou veut contre Dieu. Mais qu'eſt-ce que le peché ? Rien d'autre quc quand la créature veut autrement que Dieu .

4. Ces (a) Matth. eſt contre moi : ce qui eſt tout autant que s'il diſoit : qui conque ne veut pas avec moi . I. où Dieu eſt . Adam. s'il peche ou s'il ne peche pas. vers 2o. Cette oppoſition de volonté à celle de Dieu . eſt & ſe nomme auſſi. propre volonté . tout cela n'eſt qu'une méme choſe. le ſoi ou l'ap propriation. 3. 2. eſt contraire à la volonté de Dieu : car Jeſus Chriſt dit . . C'eſt à ceci que chacun peut remar quer s'il eſt ſans peché ou non .Ic4 La Theologie que Dieu. Comment Dieu impaſſible en ſoi. (a) Qui conque n'eſt pas avec moi . le moi. deſo beiſſance. C H A P I T R E XXX V. 12. peché . eſt affli gé par le peché de l'homme. eſt contraire à ma volonté. comment & par quel moien on peut & doit en ſubir l'expiation & s en corriger. détour & ſeparation de Dieu . vieil homme. Plaintes & douleurs pour le peché doivent demeurer juſqu'à la mort dans un homme vrayement deifié. ce qu'eſt le peché. ou dans ceux où Dieu habite. & n'eſt pas de méme volonté que moi . on ne s'y plaint que du pt ché.

ou bien. de triſteſſe ni de marriſſe ment : & néanmoins il eſt vrai que Dieu eſt attriſté pour le peché de l'homme. mais à Dieu. c'eſt dans un tel ſujet que le peché eſt ſi affligeant & ſi peni ble à Dieu . quc le pe ché d'un ſeul homme fait plus de peine & plus de douleur à Dieu . dans leſujet d'un homme deifié. 1o5 4 Ces ſouffrances-là m'appartiennent pzs à l'homme . il faut qu'il ſe faſſe dans lui là où il eſt homme . mourir. qu'il ne feroit point de difficulté de ſouffrir le martyre & la mort corporelle pour anéantir le peché d'un ſeul homme. aſſavoir . ' . que ſa pr9" pre mort & ſon º#e c. & que le peché ſub ſiſtaſt. J'aime mieux mourir. Germanique Chap XXXV. Et par effet. c'eſt à dire. & que le pe ché fuſt détruit par ſa mort ? il répon droit ſans balancer . ] que Dieu entant que Dieu n'eſt pas ſuſceptible de déplaiſir. I# faut maintenant obſerver [à l'occaſion de ce qu'on vient de dire de la triſteſſe de Dieu . 5 *. ſi cela ne ſe peut faire dans Dieu conſideré en ſon eſſence . ou ſa propre vie. Et ſi on lui demandoit. lequel des deux il aimeroit le mieux. où il n'y a rien de créé. I. Et partant. Et la raiſon eſt.

qui le veut & le trouve bon ainſi. 3. & il n'y a rien d'autre qui y ſoit peini ble & affligeanr. Où Dieu eſt homme . 4. 2. ou qui y ſurvient ſans peché. Ces ſouffrances douloureuſes du peché ſont auſſi une proprieté de Dieu qu'il . Et voilà la ſource & le fondement des douleurs interieures & cachées de Jeſus Chriſt. comme el'es le ſont effective II)Cnt. dont perſonne n'a con noiſſance & ne peut bien parler que lui ſeul : raiſon pourquoi on les appelle cachées. que ne lui doivent donc pas faire tous les pechés de tous fes hommes ? Remarquez donc d'ici . comment & en quel ſens l'homme attriſte & afHi ge Dieu par ſes pechés. c'eſt à di ' re. doivent neceſſaire ment ſubſiſter & durer dans lui juſqu'à ſa mort corporelle . eſt un effet de la volonté de Dieu . quand méme il devroit vivre juſqu'au jour du juge ment. dans un homme deïfié. ou juſqu'à l'éternité. Les plaintes & les lamentations douloureuſes que le peché cauſe à un homme deïfié . Cartoute autre choſe qui s'y trouve. on ne s'y plaint de rien que du peché ſeulement. Io6 La Theologie Si le peché d'un ſeul homme lui cau ſe tant de douleurs.

Tout ce qui a été dit juſqu'ici de cet te proprieté de Dieu . que s'il n'étoit point au monde : car il lui eſt donné de connoitre qu'el le ne peut venir de lui. tout cela eſt enſeigné par la véritable lu miere. & qu'elle ne lui appartient poinr. Germanique Chap. ou poſſedé de Dieu . ne l'abandonne jamais pour nuls maux ni pour nuls biens. au lieu qu'il n'y a rien de plus agréable ni de plus précieux devant Dieu que de pouvoir obtenir cela dans . vû qu'elle n'appartient point à l'homme & ne peut venir de ſon fonds & de ſon crû : au contraire. C H A P I T R E XXXVI. 127 - x. que qui l'a . puis que c'eſt-là :í qu'elle doit étre actuée & exercée .. eſt ſº excellente . Parce . qui apprend en méme temps à l'homme (dans lequel cette proprieté ſouffrante eſt actuée & miſe en exerci ce) à ſe l'arroger & s'en prévaloir auſſi peu. XXXVI. La vie d'un homme deifié. ce lui eſt la choſe de toutes la plus amére & ia ## plus péſante. :, C'eſt bien en effet une proprieté de Dieu . quelqu'un. qu'il veut bien avoir & qui lui plait beaucoup dans i'homme deifié. 2. I. laquelle il veut avoir dans l homme.

& étreacca blé de toutes les ſouffrances qui peu . qui aime le bien purement comme bien & par le pur motif du bien. & la plus précieuſe aux yeux de Dieu. elle & tous ſes f/'8tJA/4X:. ordonnances &c. duſt-il vivre fur la terre juſqu'au dernier jour. dis-je eſt ſi fort aimée par ce pur & cet éternel amour. qui ait jamais été ou qui puiſſe jamais étre. Oui. Auſſi bien que toutes les loix . cette vie. I. Parce qu'elle eſt embraſſée purement pour ſa propre excellence cº pour l'amour de Diete. O† que ſoit ou que ſe puiſſe trouver un tel homme deifié. 3. reglemens. L'Amour la rend legere. 4. Qui s'en defait. que dés qu'elle eſt dans quelqu'un. Et cette méme vie eſt tellement ai mée par l'amour é ernel . jamais il ne l'abandonne plus. nel'a jamais goûtée qu'en mercenaire. qui péſent aux faux-li bres. là ſe trouve auſſi la vie la plus excellente.1o3 La Theologie 2. la plus noble. ou voudroit s'en defaire. il eſt impoſſible qu'il l'aban donne : & quand méme il devroit mourir de mille morts. 5. & qui par le même motif aime auſſi ce qu'il y a de plus ex cellent & de plus noble en toutes cho ſes. VeIlt .

qu 6º11 (a) Supr. ou par le motif de l'utilité. 1c9 vent tomber ſur toutes les créatures. . pour ſa propre excellence. . mais par le motifd'un amour tout pur . & parce qu'elle plaiſt à Dieu & que ſa Majeſté l'eſtime. il aimeroit beaucoup mieux ſouffrir toutes ces choſes que de renoncer à cette noble vie . Germanique Chap XXXVI. 29. Ene7 la poſſederoit . . • - Car lorſqu'on l'a trouvée & goûtée dans la verité. . ce qu'il falloit donc y prétendre ? Certes on ne l'embraſſe pas pour ſe procurer par là quelque profit. Toutes ces conſidérations peu vent ſuffiſamment ſervir de réponſe à la queſtion de cy . .deſſus . & que deſormais il peut bien en deſiſter. . Si quelqu'un diſoit ou s'imagi noit d'avoir aſſés poſſèdé & d'avoir meiné ſuffiſamment & aſſés de temps cette vie-là. qu'il ne changeroit pas méme contre la vie d'un Ange. c'eſt une marque qu'il ne l'a jamais bien goûtée ni bien con nuë. Chap. 2. aſſavoir . - Mais quil'auroit embraſſée à deſſein de mériter ou de ſe procurer par elle quelque avantage . ( a ) puis qu'en embraſſant la vie de feſus Chriſt on ne devoit pas le faire pour y gaigner quelque avantage ou pour quelque utilité. on ne peut jamais l'a bandonner. .

Jeſus Chriſt n'a pas embraſſé ſa vie par le motif du loyer & de la recom penſe. C'eſt pourquoi il a été dit. & qui croit l'avoir en n'y procedant que par le motif du loyer & de la re compenſe . 5 Etilen eſt pareillement de méme à l'égard de toutes les vertus & de tou tCS. 4. c'eſt le propre de tout mercenaire . Car quiconque ne l'a point par amour. Et c'eſt l'Amour qui rend cette vie legére. & que volontiers il voudroit en étre bien-tôt delivré ! & en effet . Il peut bien s'ima giner de l'avoir .Mais pour un veritable Amateur . mais par Amour. que ſer vir Dieu & l'aimer. Mais qui ne l'a point par Amour. ni travail. ni ſouffrances ne lui font au cune peine. I IO La Theologie qu'en qualité de mercenaire . eſt facile à celui qui le fait : Ce qui eſt vrai pour qui le fait par amour : mais qui le fait pour recom penſe 2 le trouve peſant & difficile. ne l'a point du tout. ô qu'elle lui eſt peſante. & qu'on la porte de franche volonté. ni durée. qui fait qu'elle ne péſe pas. mais il ſe trompe fort. qu'on l'embraſſe de bon cœur. . & non comme un Amateur ſincére : & méme il ne la poſſederoit point du tout. de ſou haitter de voir la fin de ſon travail.

& que néanmoins il donne à toutes choſes meſure & maniéres. & ceux des hommes à l'ex térieur . les mercenaires . Les regles & commandemens de Dieu vont à l'interieur. reglemens. 3. aſſavoir. ordre & reglemens d'équité. 2. les eſclaves . Cet te parole eſt veritable . qu'il eſt méme ſans tout cela . Les eſclaves . condamnent tous les vrais éclairés. & les vrais-éclairés. equité. 2 . & voici com me on la doit entendre. ordre & meſures . Germanique Chap. r. & les faux . auſſi bien que de toutes les ordonnances. Quatre ſortes de perſonnes par raport aus ordonnances . C H A P 1 T R E XXXVII. les faux-li bres. qui eſt par-deſſus toute maniere. & ilsſont neceſſaires. Ces derniers n'ont pas beſoin de tant de ponctualité. droits. Comment Dieu . T 'On dit pour verité. 1.libres . Dieu veut que tout cela ſoit & 1#: . & choſes ſemblables. 111 tes les bonnes œuvres. reglemens . 5. que Dieu eſt par-deſſus toute meſure & tout or dre . & c. les mercenaires . eſt néanmoins autheur de ces choſes. 4. XXXVII.

I I2 La Theologie -

ſiſte; & cependant cela ne peut fubſi
ſter dans ſon eſſence divine , où il n'y a
point de créatures; puiſque dans Dieu,
ſans créatures, il n'y a ni ordre ni deſ
ordre, ni maniéres ni contre-manié
res, ni rien de ſemblable.
C'eſt la raiſon pourquoi Dieu veut
qu'il y ait [des créatures & des actes de
créatures ] afin que ces choſes y ayent
lieu & qu'elles y ſoient pratiquées : car
où il y a des actions, des paroles » des
affaires , il doit auſſi y avoir ordre , ma
niére , meſure & raiſon avec quoi tout
ſe faſſe ; ou bien deſordre & confu
ſion.
Or la raiſon & l'ordre valent beau
coup mieux que le contraire.
2. Cependant il eſt bon de remar
quer qu'il y a quatre ſortes de perſon
nes qui ſe comportent fort diverſe
ment à l'égard de l'ordre, des manié
res & des loix.
Les premiers ſont ceux qui les pra
tiquent non pour l'amour de Dieu , ni
méme pour quelque autre bon motif
particulier; mais par contrainte. Ces
gens-ci n'en font que le moins qu'ils
peuvent , & encore leur eſt il péſant
& bien amer.
Les autres les pratiquent par le motif
de la recompenſe. Ceux-ci ſont des
perſonnes qui ne ſavent encore rien de
- - meil

Germanique Chap. XXXVII. 113
meilleur que cela : ils croient qu'on
peut & qu'on doit gaigner & mériter
de la ſorte le Royaume du ciel & la vie
éternelle , & qu'on ne peut les acque
rir autrement. . Et ainſi , quiconque
en pratique le plus , ils le tiennent pour
heureux : mais qui les neglige ou en
fait le moins, ils le croient perdu &
: pour proie du demon. Ces gens-là
s'occupent de ces pratiques tout de bon
& avec grand ſoin ; mais néanmoins
ils y trouvent encore de l'amertume &
de la peine.
Les troiſiémes ſont une eſpéce de
méchans & de faux Eſprits qui s'ima
ginent & qui font profeſſion d'étre par
faits & de n'avoir beſoin de nulles de
ces choſes, deſquelles il ne font que ſe
rire & ſe moquer.
Mais les quatriémes ſont des perſon
nes éclairées de la veritable lumiére.
Et ceux-ci pratiquent ces choſes non
par un motif de recompenſe; car ils
ne prétendent pas de gaigner par-là au
cun avantage , ni qu'il leur ſoit fait
quelque bien en conſideration de ce
la : mais ce qu'ils en font , ils le font
par amour.
3. Ceux-ci n'ont pas de beſoin de les
pratiquer en ſi grand nombre , ni avec
tant d'empreſſement & de ponctualité:
mais ſeulement autant qu'il le faut pour
que

I I4 La Theologie
que la choſe ſoit bien faite , & faite
avec paix & tranquillité.
Que ſi par-avanture il leur arrive
quelques fois de s'y étre negligés ou
oubliés , ils ne ſe tiennent pas pour
tant perdus pour cela. Car ſi d'un cô
té ils ſavent que les réglemens equita
bles & les ordonnances de juſte inſti
tution ſont beaucoup meilleures que
ce qui eſtdéraiſonnable & deſordonné,
(à raiſon de quoi auſſi ils veulent les
obſerver : ) ils ſavent pareillement que
ce n'eſt pas en cela que conſiſte ni d'où
dépend la félicité. C'eſt pourquoi ils
n'en ont pas tant de beſoin que les au
trCS.

4 Ces excellentes perſonnes de la
derniére claſſe , ſont ordinairement
cenſurées & condamnées par ceux des
autres partis : car ceux du ſecond rang ,
les mercenaires , diſent d'eux : Voici
des gens ſans ſouci & qui ſe negligent entiere
ment [au fait du ſalut, ] & méme ils
en parlent comme de méchants & 1

d'impies. Au contraire, ceux du rang z
des Eſprits fauſſement libres, diſent en
ſe moquant d'eux, qu'ils y procedent
en bons & ſimples innocents, & en
gens de petite cervelle, & ſemblables
railleries.
Mais cependant ils gardent le juſte
milieu entre les extremités, & ſetien
nent

Germanique Chap. XXXVIJ. 115
nent au party le plus excellent : car un
vray Amateur de Dieu vaut mieux &
eſt plus agréable au Seigneur que cent
mille mercenaires ; & il en eſt auſſi de
méme de leurs oeuvres.
5. Il eſt bon de remarquer que les
commandemens de Dieu , ſes paroles
& ſa doctrine, vont à l'homme inte
rieur , & butent à ce qu'il s'uniſſe à
Dieu. Et lors que cela ſe fait, l'hom
me exterieur eſt ſi bien reglé & enſeig
né par l'homme intérieur , qu'il n'a
plus beſoin de preceptes ni d'inſtruc
tions extérieures.
Mais les commandemens & les loix
des hommes ſont pour l'homme exte
rieur; & cela eſt neceſſaire pour qui
ne ſait encore rien de meilleur : car
ſans cela , on ne ſçauroit ce que l'on
doit faire & ne pas faire; & l'on ſeroit
auſſi brutal que des chiens & des bétes
brutes.

C H A p I T R E XXXVIII.

I. De la fauſſe lumiére, oppoſée en tout à
la veritable. : Que n'étant que nature ,
elle eſt trompée & trompeuſe par la recher
che deſon propre.
2. Elle s'approprie fauſſement ce qui appar
tient

I 16 La Theologie
tient à Dieu entant qu'éternel, ne ſe pei
mant de rien.
3. Elle trompe tout ce qui peut étre trompé à
cauſe de ſa ſubtilité. Ses principales er
reurs vont à l'indolence, à l'indifference,
au libertinage, à l'impaſſibilité &c.
4. Elle ne cherche que le naturel, le plaiſant,
le propre, ſans ſcrupule ni conſcience, cro
yant cependant étre doiiée de vraye connoiſ
ſance & de droite intention , ſans pouvoir
en reventr.

5. C'eſt un Demon & un Antechriſt , qui
· ſeduit tous ceux que la vraye lumiere n'é
claire pas.
6. Pour bien chercher ſon mieux, il faut le
chercher ſurnaturellement. Ce qui eſt rare
c3 dificile.
7. C'eſt diaboliquement que la fauffe lumiere
ſe veut defaire de la conſcience & de ſa
convičii n.
8. Recapitulation des qualités & des effets
tant de la vraye lumiere que de la fauſſe
qui fait les faux-libres.
I• Pºlis qu'on a fait mention cy-deſ
ſus d'une fauſſe lumiére , il eſt à
propos de dire quelque choſe de ce
qu'elle eſt, & de quelques-unes de ſes
proprietes. -

|. Tout ce qui eſt contraire à la vérita
ble lumiére, apartient à la fauſſe.
· Il apartient de neceſſité à la vraye lu
- miére

Germanique Chap. XXXVIII. 1 17
miére de ne vouloir tromper perſon
ne, & méme de ne pouvoir vouloir
que perſonne ſoit trompé ; comme
auſſi elle ne peut étre trompée elle-mé
II}C,

| Mais la fauſſe lumiére eſt trompée
elle-méme, & trompe de plus les au
tres avec ſoi.
Car comme Dieu ne peut tromper
perſonne, & ne peut vouloir que per
ſonne ſoit trompé , il en eſt de méme
de la vraye lumiére : attendu que la
vraye lumiére eſt Dieu méme, ou une
choſe divine : au lieu que la fauſſe lu
miére n'eſt que nature ou que choſe
purement naturelle.
Or comme c'eſt une proprieté de
Dieu entant qu'il eſt dans un homme
deifié de n'y étre rien de propre ni d'at
taché à ceci ou à cela , & de n'y vou
loir, ni déſirer, ni chercher rien de
propre ; mais ſeulement le pur bien
pour l'amour du bien-méme, ſans au
tre motif ni fin que le bien tout pur; il
en eſt auſſi de méme de la véritable lu
nniere.
Mais au contraire , c'eſt une pro
prieté de la créature & de la nature,
[& par conſequent de la fauſſe lumié
re, ] d'étre quelque choſe de propre
& de particulier , & de ſe propoſer
dans ſon intention & dans ſes
- - .
re#ChCS
- -

1 18 La Theologie |
ches quelque choſe de particulier & de
propre , & non le bien entant que
ſimple bien & pour l'amour de lui
méme tout purement , ſans égard à
rien de particulier & de propre.
Ainſi donc, comme Dieu & la ve
ritable lumiére ſont ſans le ſoi & le moi
& ſans nulle propre recherche ; auſſi
appartient-il à la nature & à la fauſſe
lumiére d'avoir ſon ſoi , ſon moi , ſon
mien, & ſemblables proprietés ; & de
ſe chercher davantage ſoi-méme & le
ſien dans toutes choſes , que le bien
pour l'amour du bien méme.
Telle eſt la proprieté de la fauſſe lu
miére & de toute nature.
Remarquez donc que cette fauſſe
lumiére etant trompée d'origine, elle
ne veut & ne choiſit pas le bien comme
bien & à cauſe du bien tout pur : mais
elle ſe vcut & ſe cherche ſoi-méme &
le ſien comme ſi c'étoit la choſe la meil
leure : ce qui eſt pourtant faux. Et
c'eſt-là ſa premiere & ſa capitale illu
ſion.
2. Elle s'imagine auſſi d'étre ce
qu'elle n'eſt pas. Elle penſe étre (a)
Dieu ; & elle n'eſt que nature. O
r

(a) C'eſt ainſi qu'encore aujourdhui certains nou
veaux Philoſophes enſeignent preciſement., que
la Raiſon de l'homme eſt le Verbe éternel de Dieu,
& que les lumiéres de l'Éſprit de l'homme ſont les

Geraanique Chap. XXXVIII. 119
"r Or ſe tenant pour Dieu , elle s'at
tribuë & s'arroge auſſi non ce qui eſt
propre à Dieu entant qu'il eſt homme,
ou qu'il eſt dans un homme deïfié :
mais ce qui lui appartient entant qu'il
eſt Dieu , & qu'il eſt éternel & ſans
, créatures.
Comme donc on dit avec vérité ,
, que Dieu n'a diſette de rien, qu'il n'a
beſoin de choſe aucune, qu'il eſt tout
libre , dans un loiſir & une deſoccupa
tion au-deſſus de toutes choſes;qu'il eſt
pareillementinalterable, ſans que rien,
le trouble ſans [ faculté ni uſage de ]
conſcience , & que tout ce qu'il fait eſt
bien fait : », je veux auſſi, dit la fauſ
,, ſe lumiére, qu'il en ſoit tout de mé
,, me de moi ; car plus on eſt ſembla
,, ble à Dieu 2 mieux vaut-on. Je veux
,, donc eſtre ſemblable à Dieu; je veux
,, méme étre Dieu , m'aſſeoir auprés
,, de Dieu , & étre égale à lui : juſte
ment comme dit & voulut faire Luci
fer ou le Diable méme.
ll eſt bien vrai que Dieu dans ſa pure
éternité eſtinaltérable, impaſſible, in
dolent

lurnieres de Dieu , ou Dieu méme luiſant dans
l'homme : & pour en venir micux à bout, ils ne
veulent reconnoitre ni nature,ni operations de na
ture differentes de Dieu & de ſes operations purcs
& immédiates. Il eſt neanmoins croyable que !°
texte a égard aux faux-illuminés & aux faux-liºrº

I2.O - La Theologie
dolent, ſans que rien le touche, & ſans
que rien qui ſoit ou qui puiſſe étre,
lui faſſe peine. Mais il en eſt bien au
trement là où Dieu eſt homme , ou
dans un homme déifié.
3. Tout ce qui eſt ſuſceptible d'il
luſion ne peut manquer d'étre trompé
par cette fauſſe lumiére.
Or comme tout ce qui eſt ſuſcepti
ble d'illuſion en toutes les créatures ,
n'eſt trompé que par elle; & que tout
ce qui n'eſt pas Dieu ni divin eſt ſujet
à l'illuſion ; & que cette lumiére elle
méme n'eſt point Dieu , [mais natu
re,] il s'enſuit qu'elle eſt elle-méme
ſujette à l'illuſion, & que c'eſt elle qui
ſe trompe ſoi-méme.
L'on peut me demander ici , d'où
vient que tout ce qui eſt ſuſceptible
de tromperie & d'illuſion , eſt effecti
vement trompé par elle ?
Cela vient de l'extréme ſubtilité de
ſon eſprit & de ſon propre ſavoir : car
elle eſt ſi entendue, ſi fine, ſi habile
& ſi ſubtile, elle pénétre ſi avant &
ſait aller ſi haut , qu'elle croid enfin
d'étre au-deſſus de la nature, & qu'il
ſoit impoſſible à toute nature & à tou
te créature de monter ſi haut qu'elle :
& de-là vient qu'elle ſe croid Dieu, &
qu'elle s'arroge tout ce qui appartient
à Dieu » non entant qu'il eſt hom
me 2

Germanique Chap. XXXVIII. 121
me , mais entant qu'il eſt dans l'éter
nité.
Et voilà pourquoi elle dit & s'ima
gine d'étre au deſſus de tout ce qu'on
peut faire & qu'on peut dire; au deſſus s
de toute ceremonie , coûtume & re
glement, & méme au deſſus de la vie
que Jeſus Chriſt comme homme a
meiné eL ſon corps mortel.
C'eſt pour cela méme qu'elle ne veut
pasſe laiſſer toucher ni s'inquiéter d'au
cune créature ni de rien qui regarde
leurs aétions , fuſt-ilbon ou mauvais,
our ou contre Dieu : tout lui eſtin
différent ; elle ſe tient franche & libre
de tout , ni plus ni moins que ſi elle
eſtoit Dieu méme dans ſon éternité ;
s'arrogeant encore d'autres proprietés
qui n'appartiennent point aux créatu
res, mais à Dieu ſeul ; s'appropriant
tout , croyant que tout lui appartient,
qu'elle merite tout, qu'il eſt juſte &
raiſonnable que toutes les créatures lui
ſoyent ſoûmiſes & lui rendent ſervice.
Et c'eſt la raiſon pourquoi [dans cet
te fauſſe lumiére ou dans le ſujet qui en
eſt poſſedé, ] il n'y a ni peines, ni
afHictions, ni triſteſſe à l'occaſion de
quoi que ce puiſſe étre,ſinon ſeulement
les peines ou douleurs du corps , &
ce qui en dépend & dont on ne peut ſe
défaire avant la mort gºrer e oº

1 2.2 La Theologie
va mémc juſqu'à l cxtravagance de pen
ſer & de dire , qu'on eſt parvenu au
deſſus de la vie corporelle de Jeſus
Chriſt, qu'on eſt & qu'on doit étre
impaſſible & inalterable , ainſi que
l'étoit J. Chriſt aprés ſa reſurrection ;
avec encore quantité d'autres erreurs
& fauſſetés extravagantes » qui deri
vent de cette méme ſource.
4. Or comme cette fauſſe lumiére
n'eſt que pure nature , toutes les pro
prietés de la nature lui conviennent
auſſi : c'eſt à dire , qu'elle ne penſe &
ne cherche en toutes choſes que ſoi &
ſon propre , ce qui eſt le meilleur,
le plus convenable, le plus commo
de & le plus ſatisfaiſanta ſoi-méme &
à la nature.
Et comme elle eſt dans l'illuſion ,
elle s'imagine & elle ſoûtient » que ce
qui lui eſt le plus agréable, le meilleur
& le plus commode , eſt auſſi verita
blement la choſe la meilleure.
Ainſi elle ſoûtient, que le ſouverain
bien , ou ce qui eſt vrayement de meil
leur pour un chacun , conſiſte juſte
ment en ce que chacun ſe cherche, ſe
deſire & ſe procure à ſoi-méme ce qui
lui eſt le meilleur en propre & à ſon
opinion , n'admettant & ne recon
noiſſant point d'autre bien que ce
qui lui eſt bon2 ſelon qu'elle l'eſtime.
· D'où

Et c'eſt bien là ſa juſte proprieté . qu'elle eſt avancée & paſſée au-delà de toute conſcience & de tous ſcrupules & remors . elle jureroit bien ſans peine par tous les ſaints [pour ain ſi dire] qu'elle connoit le vrai bien . Cette fauſſe lumiére oſe encore dire. comme elle eſt dans une illuſion ſi extréme que de s'imaginer d'étre Dieu méme. Pour tout dire . cette lumiére fauſſe & illuſoire a averſion pour tout ce qui eſt contraire & péſant à la nature. Cependant . Et pourquoi ? parce que nature comme nature ne peut atteindre juſques-là : & comme la lumiere dont il s'agit n'eſt que pure nature. que pour la conſcience . il s'en ſuit qu'elle ne ſauroit venir juſques-là. eſt bien fait : & l'on a oui dire à un de ces faux eſprits libres. Germanique Chap. XXXVIII. elle n'y entend rien . il feroit auſſi peu de cas de tuer dix hommes que d'aſſom mer un chien. & que tout ce qu'elle fait. & ne fait que s'en moquer : comme en effetelle doit le faire. qui étoit dans cette illuſion de la fauſſe lumiére . puis qu'elle méme n'eſt rien que nature. qui ne ſoit ni ceci ni cela de particu lier. 123 D'où vient que s'il arrive qu'on lui parle d'un bientout pur & tout ſimple. & quc ſon intention & ſa recherche nc vont qu'à ce qui eſt Fvrayement 2 - le meil leur : .

& à bon droit . trompe & ſéduit auſ ſi tout ce qui n'eſt pas ou Dieu ou de Dieu . c'eſt à dire. puiſ qu'elle enſeigne & qu'elle vit en oppo ſition à Chriſt. ſont tournés vers eux-mé mes .I24. La Theologie leur : & c'eſt pourquoi elle eſt auſſi peu ſuſceptible d'inſtruction & de con verſion que l'eſt le Diable méme. Et en voici la raiſon. C'eſt que tous : les hommès dans qui la vraye lumiere n'eſt pas . Chriſt a enſeignées & pratiquées. Cette fauſſe lumiére . qu'elle ſéduit tous les hommes du monde que la vraye lu rmiére & le vrai Amour n'ont pas éclai rés. 5. eſt un Lucifer & le Demon méme : mais entant qu'elle rejette la vie de Jeſus Chriſt & pluſieurs autres choſes qui appartiennent au vrai bien. & qu'elle s'attribüe ce qui eſt à Dieu. Il n'y a que ceux que la vraye lu miére & le vrai Amour ont éclairés qui n'cn puiſſent étre trompés : mais quiconque n'a pas cet avantage & veut neanmoins marcher à la lueur de cette fauſie iumiére & s'arréter à elle . elle eſt Ante-chriſt . ne peut qu'il n'en ſoit trompé & ſéduit. Remarquez que cette lumiére entant qu'elle s'imagine d'étre Dieu . [cet Ante chriſt] étant trompée par ſa propre ſa geſſe artificielle. & que J. & qu'ils ſe tiennent eux-nnémes .

Il eſt pourtant vrai. que ſi quel qu'un pouvoit venir à l'acquiſition de ce qui eſt le meilleur pour lui. mais que ceux qui l'ont ne le ſuivront pas. Mais cela ne ſauroit ſe faire ſi long temps que l homme ne penſe qu'à ſºº F 3 propic . L§ di§chant l'Ante-chriſt que quand il viendra . s'il ſe preſente quelqu'un | qui leur recommande & leur propoſe cela méme pour la choſe la meilleure. Et partant. qui leur en ſeigne comment l'acquerir . - 6. ils ne manqueront pas de le tenir pour le plus excellent de tous les docteurs . Germanique Chap. pour vû qu'il priſt pour ſon mieux ce qui eſt le meilleur par rapport à Dieu. qui tâche à les y avancer . 125 & tout ce qui leur eſt le plus avanta geux & le plus commode. C'eſt en ſubſtance la méme cho ſe que ce que l'on vient de dire. XXXVIII. Or c'eſt cela & tout ce qui en de pend. tous ceux qui n'ont pas la marque de Dieu le ſuivront . & de s'attacher à ſa ſuite. pour ce qui eſt de meilleur. qu'enſeigne cette fauſſe lumié re : & par ainſi tous ceux-là ne man quent pas de la ſuivre qui ne connoiſ ſent pas la vraye lumiére : & ainſi ils ſont trompés & ſéduits tous enſemble ſans exception. ce ſe roit en effet la choſe la meilleure.

puis qu'en ef fet . il eſt bon de ſavoir ce qu'on doit entendre par la conſcience. qu'on doit s'affranchir de toute con ſcience . veut-il ef fectivement trouver & acquerir ſon mieux . & non de Dieu . & que cela s'eſt fait par la faute de l'hom me . Chriſt. Mais pour repondre à plein. Or . que le Diable n'a point non plus de conſcience . La conſcience conſiſte en ce que l'homme reconnoiſſe par conviction interieure qu'il s'eſt détourné de Dieu par ſa volonté(ce qui eſt le peché). Mais ſi cependant il vouloit quitter & perdre ſon mieux à deſſein & avec intention de trouver ſon mieux » nou velle illuſion & tromperie ! C'eſt pourquoi il y en a peu qui puiſſent marcher par cette voye. & que cepen dant il n'en vaut pas mieux. · · 7. dans lequel la con ſcience n'avoit point de lieu. & que c'eſt agir en ſot & en bon ſimple ruſtique d'y avoir égard : ce qu'elle pretend prouver par l'exem ple de J. comme il a été dit ci deſſus. A quoi on repond.126 La Theologie propre bien & ne cherche que ſon pro pre mieux : au contraire . Cette fauſſe lumiere ſoutient . . Dieu n'eſt pas coûpable du peché. il faut qu'il perde premiere ment ſon mieux.

quiconque eſt ou ſe dit ſans conſcience [ſans reconnoiſſance & conviction de coulpe & de peché] doit étre ou J. Chriſt . Chriſt n'y ſoit pas dans la perfection . tou tes les vertus. toute appro priation . elle y eſt aimée & cherie . Où la vraye lumié re eſt. à Germanique Chap. Chriſt & quelque peu d'autres créatu res. ou un Demon. Tout moi. où la fauſſe lumiére eſt. 8 Concluſion. on y néglige la vie de J. & l'on n'y veut & n'y cherche plus que le bien entant que bien tout pur. auſſi-bien que toutes les choſes juſtes & équitables . F 4. La . juſ te . Chriſt & toutes les vertus : & l'on n'y penſe & n'y recherche que ce qui eſt commode & plaiſant à la nature. y ſont mis à neant. toutes les bonnes ordonnances . Au contraire. Et delà vient la liberté fauſſe 8: deſordonnée qui fait qu'on ne ſe peine de rien . digne de Dieu & agréable à ſes yeux. XXXVIII. 127 Or qui eft-ce . qui ſe ſache étre ſans coulpe ? Et partant. elle y eſt néanmoins imitée & ſuivie. là eſt auſſi une vie vraye. & tout ce qui y appar tient. & qu'on s'endort dans la ſe curité. & pour l'amour du bien méme. excepté le ſeul j. Et bien que la vie de J. tout mien.

Au lieu que la fauſſe lumiére étant une ſemence du Diable. de la verité. Cela ſe prouve par les exemples ds la vertu . dequoi l'on a parié ſi ſouvent ? Reponſe : un homme deifié.5. par . c3 du Demvn méme. C H A P 1 T R E XXXIX. eſt une perſonne qui eſt éclairée & pénetrée par la iumiére éternelle & divine . La connoiſſance n'eſt rien ſans l'Amour. ON pourroit juſtement deman der ici . 2 On vient de dire pluſieurs choſes . Ce qu'eſt un homme deïfié ou diviniſé. que l'on peut remarquer & comprendre par les paroles & les éclairciſſemens qu'on vient d'en mettre par écrit. & qui eſt embraſeé de l'amour éternel & divin. ce que c'eſt qu'un homme dºfié » ou rendu divin . 6. où elle eſt ſemée il ne ſe peut qu'il n'en naiſſe des fruits diaboliques & le Diable méme : verités. 7. 2. I.128 La Theologie La vraye iumiére eſt une ſemence de Dieu : & c'eſt auſſi pourquoi elle porte des fruits de Dieu. On doit en dire le méme de ce qui doit paſſer pour divin » ou déifié. I. 3.4. de la fuſtice.

mais il ſuivra le vice & abandonnera la vertu. . qu'il ne pourra le commettre. # 3. mais le haïra en quiconque il ſe trouve. XXXIX. Au contraire. Et cela eſt facile à comprendre. pas la vertu. s'il eſtime & cherit la vertu . La vertu - eſt toute ſa recompenſe. n'acceptcroit pas i'offre de tout l'univers pour devenir vicieux : aºl contraire . Voilà comment on eſt & comment on devient vertueux . qu'il ne pourra s'empecher de la pratiquer dans toutes les occaſions. 4. - Méme cet amour de la vertu le ren dra tel. il aimeroit mieux mourir · de la plus cruelle de toutes les morts. • . E 5 de la 5 7# V. & quiconque l'eſt . Germanique Chap. que la connoiſſance ou la lumiére n'eſt rien & ne ſert de rien ſans l'Amour. Poſé qu'un homme. Il en eſt de méme . . il la ſui vra . il n'eſt & ne deviendra pas vertueux. elle lui ſuffit. 129 particulieres de cette lumiere là : Mais il eſt neceſſaire de ſavoir en generai . par exemple. connoiſie fort bien ce que c'eſt que la # vertu & le vice : ſi cependant il n'aime #! . & cela ſans autre motif de recompenſe & ſans autre deſſein que celui de la ver tu méme & de ſon amour. . & il ne voudroit en échange ni tous les threſors ni tous les biens imaginables. & l'amour de la vertu le rendra # tellement ennemi du vice .

CCt .1 3o La Theologie Piuſieurs ont aſſés de connoiſſance de ce qui eſt juſte & de ce qui eſt injuſte ſans pourtant qu'ils ſoient juſtes . ſoi-méme. Au lieu que ſi l'on avoit l'Amour de la juſtice. du menſonge. & elle le recompenſe par ſoi & avec . du faux . Il en eſt encore de méme de la vérité : Que quelqu'un ait de grandes connoiſſances du vrai. on ne pourroit commettre rien d'injuſte. par la raiſon qu'ils n'ont point l'Amour de la juſtice . Voilà comment on eſt & comment on devient homme juſte : & ce vrai juſte aimeroit mieux mourir mille fois que de vivre injuſtement. ce n'eſt pas un somme véritable : mais poſé qu'il ait . . & cela. 5. que venant à la découvrir dans quelqu'un . C'eſt elle-méme qui eſt loyer à un tel. ſans agir en tout cela par autre motif qu'unique ment pour l'amour de la méme juſtice. on ne feroit point de difficulté de faire & de ſouffrir tout ce · qui ſe peut pour la faire perir & pour rendre juſte celui où elle étoit. On choiſiroit auſſi beaucoup plûtôt lamort que de faire rien d'injuſte. ſi néanmoins l'Amour de la verité lui manque. parce qu'alors on ſeroit ſi ennemi de l'injuſtice & ſi animé contre elle. & partant. on pratique l'injuſtice & le crime.

à ſon avis. & ſont pleins de fauſ ſetés au dedans) & dans la bouche deſquels ſe trouve le menſonge. Germanique Chap. XXXIX. que la ſcience & la con noiſſance ne valent rien ſans l'Amour. tout ira à rien. 1 31 cet Amour. . Malheur. qu'il ſçache méme & qu'il connoiffe . qui a ſcience & connoiſ ſance du bien & du mal . par la connoiſſance : mais s'il ne ſuit pas la connoiſſance. • Il eſt bien vrai que l'amour doit an térieurement étre inſtruit & conduit. à l'occaſion de laquelle le Prophéte a dit. com me il le deviendroit s'il avoit de l'a mour pour la verité & pour les autres # bonnes choſes & vertus qu'il con I] O1f. Tout ceci doit s'appliquer à ce qui regarde Dieu. & qui doit étre re connu pour divin ou diviniſé. la natureF de6 Dieu ^ 3 ſi avºº Cel2 . Qu'un homme ait beaucoup de connoiſſances touchant Dieu & les choſes divines . il en ſera de lui coinme de ce qu'on vient de dire de la juſtice. 7. Ainſi donc il paroit par tous ces exemples. du juſte & de l'injuſte . Cela paroit encore par l'exemple du Diable. malheur à tous ceux qui ont un eſprit double (qui paroiſſent gens de bien au dehors. il n'en devient pas bon . 6. & du reſte : mais parce qu'il n'a pas l'Amour pour le bien qu'il ſçait .

la vraye. c# la fauſſe & proprietaire. alors il ne ſe pourra qu'il n'adhére à Dieu . I 32 La Theºlogie cela il n'a point ſon amour.. Cet Amour unit l'homme à Dieu d'une telle maniére. Cette connoiſſancetrompeuſecroyant étre la veritable. affecte ce qui eſt de Dieu & hait . C H A P I T R E X L. 4. & telle connoiſſance ſe trouve ſans l'amour de la choſe conmiie. que jamais il n'en ſera deſuni.. que la choſe conniie. Mais s'il a conjointement ce vrai Amour . qu'il n'abandonne tout ce qui n'eſt ni Dieu ni divin . ce n'eſt pas un homme divin ni deifié. I. ſion contre tout ce qui eſt oppoſé à Dieu. La fauſſe lumiere aimant la poſſeſſion & l'augmentation de beaucoup de connoiſſan ces pour s'y complaire. 5. Qu'il y a deux ſortes d'amour comme il y a deux ſortes de lumiéres. 3. Et ainſ onaime plus & la connoiſſance &» ſoi-méme. & qu'il ne ſoit animé de haine & d'aver. tout cela ne lui étant alors qu'à contre-coeur & que tourment. Queſtion : Si Dieu peut étre connu ſans étre aimé ? 2. recomande ces con noiſſances àl'amour.

eſt ne pas aimer. 133 # & hait la vie de f. . . Deux ſortes d'Amour. & avec cela ne js le point aimer ? . comme il paroit dans les faux-libres. & quequiconque le connoiſſoit. Comme on a dit cy deſſusqu'il y a deux ſortes de lumiéres. . ICi ſe preſente une queſtion. Connoitre & aimer d'amour interreſſé . - N'a-t'on pas dit quelque-part. une vraye & une fauſſe : on doit auſſi remarquer qu'il y a deux ſortes d'A mour. Sur ceci il s'agit de ſavoir. que quiconque connoiſſoit Dieu . . Autre connoiſſance de croyance cº de memoire qui peut étre ſans amour. que 1à où Dieu étoit connu . 7. Chriſt & ce qui eſt com traire à la nature . XL. Or comme chacun de ces deux a mours doit étre éclairé & conduit par la lumiére & la connoiſſance. Ce Chapitre eſt ſans prix. . Germanique Chap. 8. conſe F 7 quem . Si l'on peut bien connoitre Dieu . mais ne l'aimoit pas. un vrai & un faux. & en eſt indiſſoluble. I. - 6. ne pouvoit ne le point aimer ? Com ment accorder enſemble des propoſi tions ſi oppoſées ? 2 Réponſe. ne ſeroit jamais ſauvé. il y étoit auſſi aimé. L'on a fait entendre cy-deſſus. La vraye & éternelle lumiere enſeigne le vrai Amour.

il lui appartient bien particulierement celle de deſirer de ſçavoir beaucoup. & la fauſſe lumiére le faux a . - Comme la fauſſe lumiére n'eſt que nature. ne parvint Ja mais ſans illuſion à la veritable lumiére & connoiſſance excepté le ſeul moi ou la ſeule proprieté des perſonnes divines [de la S. Or entre les proprietés de la fauſ ſe lumiére de nature. 3. tout ce qui eſt propre à la na ture eſt auſſi du nombre de ſes proprie tés & lui apartient. le moi. & le reſte : & cela étant . comme auſſi de prendre grand plaiſir CIl .te Trinité : ] Hors de quoi. s'il ſe pouvoit . & lui ordonne de l'ai mer : l'amour la ſuit . qui eſt ſi ſimple . I34 La Theologie quemment la vraye lumiere fait le vrai amour . quiconque veut atteindre à la connoiſ ſance de la verité. le ſoi. nul mien . . comme ſont. le mien. IIlOl1f. ou que lumiére purement na turelle. doit neceſſairement quitter & perdre toutes ces proprietés-là. il ne ſe peut qu'elle ne ſoit illuſoire . fauſſe & trompeuſe en ſoi : Car nul moi . Car ce que la lumiére de la connoiſ ſance tient pour le meilleur . & execute ſon commandement. elle le propoſe auſſi à l'amour comme la cho ſe la meilleure. ceci & cela de pro pre & de particulier.

eIl . - Et ainſi elle tient lc ſçavoir ou la connoiſſance. d'y mettre ſa joye. En effet . XL. . c'eſt à dire . & de s'en glorifier. que lors qu'elle eſt montée à un ſi haut point que de s'imaginer de ſçavoir tout & d'étre au deſſus de tout. elle ne démordroit pourtant . incompara blement plus que la choſe connüe : de ſorte que quand méme il ſeroit poſſibl à cette lumiére toute naturelle de con noitre Dieu & la ſimple & pure veri té ainſi qu'elle eſt en Dieu & en elle méme . elle eſt alors au comble de ſes plaiſirs & de ſa gloire. Et partant . la fauſſe lumiére de natu re aime ſon ſçavoir & ſa connoiſſance. pour le bien le plus no ble & le plus excellent. & plus ſa connoiſſance augmente & s'éléve. Auſſi deſire-t'elle in ceſſamment & inſatiablement de ſça voir toûjours d'avantage . . ſoi-méme . - 4. Germanique Chap. 135 en ſon ſçavoir & en ſes oonnoiſſances. . Elle le propo ſe donc comme tel à l'amour. là eſt aimée non tant la choſe connüe. & lui ap prend à aimer la connoiſſance & le ſçavoir comme le meilleur & le plus excellent de tous les biens. que la connoiſſance & la ſcience méme. de s'y plaire . juſ ques-là. plus croit ſon plaiſir & ſa vaine gloire.

& ſe fait acroire de connoitre Dieu & la pure verité ainſi qu'eile eſt en ſa ſimplicité. 5. Or comme il eſt vrai que Dieu n'eſt connu que de Dieu méme . mais non pas ſans l'amour de ſoi méme . Chriſt & ſa vie. & que cependant cette lumiére illuſoire ſe perſuade de connoître Dieu . étre teniie pour digne de toutes choſes . pour ayant franchy au-delà & au deſſus de tout. & ne vou lant étre uniquement que Dieu comme il eſt dans ſon éternité gorieuſe . que plus cette connoiſſance monte haut. 136 La Theologie en rien de ſa propriété ni de l'attache ment à ſoi & à ſon propre. Chriſt eſt contraire & péſante à toute nature : & partant la nature n'en veut point : elle aime mieux d'é:re Dieu COIIQ IIie . · C'eſt en ce ſens qu'il eſt vrai. que la connoiſſance ſe trouve ſans l'amour. ſçavoir . ne faiſant plus que ſe moquer de tout . Chriſt. en effet elle ſe dit Dieu . & non pas comme il eſt en J. ſans l'amour de la choſe con nüe. tout paſſé . Et cela vient de ce que la vie de J. paſ ſé méme J. elle vcut étre tenüe pour Dieu . elle ſe perſuade auſſi d'étre Dieu méme. qui s'accroit d'autant plus . pour ayant droit ſur toutes choſes . ayant tout ſurmonté.

Germanique Chap. ou pour étre Doc teur ou Maitre habile dans l'étude de l'Ecriture. ou pour avoir beaucoup leu. qu'il y a une eſpéce de connoiſſance qu'on ap pelle ſcience . lors qu'on s'imagine de ſçavoir beaucoup ſoit pour avoir beaucoup oui dire. Voyez donc : c'eſt de cette fauſſe lu miére & de cet amour faux &trompé qu'il eſt véritable. de quel fond ou de quels principes il le ſçait ? 1l vous répondra . & quiconque en eſt imbu ne fait point de difficulté de dire reſolument. 6. Mais demandez-lui . je ſçay ccci . qu'on connoit quel que choſe & que cependant on ne l'ai mepas: puis qu'en effet. & qui pourtant ne l'eſt # pas : comme. la connoiſſan ce & la ſcience eſt alors plus aimée que la choſe connue. ou quelque † CDſl . 137 comme éternel . XL. On tient vulgairement ce la pour ſcience . & croiden effet que ce ſoit la choſe la plus excellente. par exemple. je ſçay cela. Remarquez encore . de l'avoir léu dans l'Ecriture. & le reſte. & non pas comme homme » ou du moins elle voudroit bien étrecomme eſt à preſent J. Chriſt aprés ſa reſurrection : parce que tout cela n'eſt pas penible. mais agréable & fort commode à la nature : à raiſon de quoi auſſi elle le choiſit pour ſon mieux.

138 La Theologie ſemblable reponſe. C'eſt quand on aime quelque choſe pour la recompenſe . qu'on connoit & qu'on ſçait beaucoup de choſes. ſans pourtant en aimer au CL111C.Voilà ce qu'ils appellent ſçavoir & connoitre. ſi vous y prenez bien garde. Il y a auſſi une ſorte d'Amour qui eſt entierement faux & trompeur. que l'on connoit le bien . lors que l'on aime la juſtice non pas à cauſe d'elle-méme. & qu'on ne l'aime pas. par exemple . nature comme nature n'aime rien que ſoi-méme. Touchant cette eſpece de ſcience & de connoiſſance il eſt encore vrai . comme . Mais . Et dans ce ſens auſſi il eſt trés-vrai de dire . Mais cela n'eſt ni connoiſſance ni ſcience : c'eſt ſeulement croyance. 8.. ou quand elle aime Dieu de la méme maniere Tout cela eſt plein d'illuſion & de tromperie. Il en eſt de méme de pluſieurs autres choſes. mais pour quelque avantage que l'on pretend d'en retirer. & n'en connoit point d'au tre : Car. Na ture comme nature ne peut avoir d'au tre amour. Cette eſpece d'amour ap partient proprement à la nature. . comme quand une créature en aime une autre à cauſe de quelque bien qu'elle en attend.

Germanique Chap. Le peché eſt. XLI. Dans la vraye lumiere & le vrai Amour on eſt content de tout ſinon du péché. mais ſeule ment pour l'amour du bien tout pur. C H A P I T R E X L I. Comment le vrai Amour éclairé de la vraye lumiére aime purement le bien tout-pur. que ce qui eſt ainſi connu par cette vraye lumiére ne ſoit auſſi aimé par ce vrai Amour. & cette lumiére vérita ble. & non pour en tirer quelque avantage ou quelque recompenſe . qui eſt Dieu méme. 4. eternelle & divine aprenant àl'a mour de n'aimer rien que le bien véri table. I. 3. vouloir autrement que Dieu & ſans lui. 2. il s'enſuit . 139 8. ne peut étre connu que par cette vraye lumiére . & de ne l'ai mer que pour l'amour du bien méme . ſimple & parfait. il ne ſe peut. Et comme le Bien parfait. & que par juſtice il merite d'étre aimé pour lui ſeul . Mais le vrai Amour étant & éclairé & conduit par la véritable lumiére & connoiſſance. & parce que c'eſt le bien . qu'il ne peut étre connu qu'il ne ſoit auſſi aimé lors qu'il eſt connu ou lors qu'on apprend à le connoitre. Les .

Tout ce qui regarde Dieu & le bien » la juſtice.. nu & aimé par ſoi-méme : non toutes fois qu'il s'y aime foi-méme comme ſoi-méme (a) & comme de par ſoi-mé me. le - bien veritable & parfait y eſt auſſi con º. & néan moins ſimples. au-delà de toute expreſſion & de toute conception : 7. mais ſeulement parce qu'il eſt le bien veritable & tout pur. que *. La vie & l'amour d'un homme déifié ſont excellens. des detºurs é des fraudes de la vie & de l'eſprit de la nature. - 9.,à cauſe . sans vaincre la nature on nepeut ſe dº faire ni de la captivité du Diable . 5. I4o La Theologie 4 Les plaintes & douleurs pour le peché commis. les regle mens & c. la fauſſe vie de la nature » revien 72672 # ſZ Z472. chap. le faux a mour. I. Car le bien parfait ne peut & ne veut aimer (a) ou ſºpra bien . 6. Au contraire de la duplicité . genereus. ſont indicibles & durables juſ qu'à la mort dans un homme déifié.la ſimple exiſtenc Voyez mple exiſtence.. 8. la vertu » l'honéteté . Lºn doit auſſi remarquer . y eſt aimé. ni de l'empire de l'illuſion. forts . la fauſſe lumiere . Le Diable. - .lors que la vraye lumiére & le vrai Amour ſont dans quelqu'un. qui ſont infinis. Vers de 4.

ni rien de propre ou qui en approche. que dans la vraye lumiére & dans le vrai amour il n'y a & ne peut ſubſiſter ni de moi. Car cette vraye lumiére connoit & montre ſeulement le pur & unique bien. & non pas ſoi-méme. C'eſt dans ce ſens que l'on dit. Et (a) Par retour ſur ſoi comme étant ſeulemeº un étre. Et comme il eſt lui-méme ce bien-là. (b) comme de par une choſe q" ait ſimplement un étre propre. ni de toi. car s'il éeoit quel ue choſe de meilleur que Dieu . & en la maniére que le bien unique. Germanique Chap. non comme (a) ſoi. vrai & parfait eſt aimé du bien unique. vrai & parfait. XLI. mer ſoi-méme. . & qui eſt par-deſſus tout bien : un bien qui eſt tel. ni de tien. & que ſans lui il n'y a point de bicn. § aimeroit cette choſe-là . - . que tout ce qui eſt bien eſt réël lement compris dans ce bien unique. que le bien unique & véritable. veritable & parfait. que Dieu ne s'aime pas ſoi méme comme ſoi-méme. # ni comme (b) de par ſoi-méme. 141 aimer dans ce qu'il aime. & qu'il eſt vrai. La raiſon de ceci eſt . il doit donc s'ai l. ni de mien. qui contient tout bien . mais il doit s'aimer en la maniére & par le motif parlequelle bien unique & véri table aime le bien unique.

excepté pourtant ce qui regarde les per ſonalités divincs. mais qui eſt au deſſus de tout moi & toi . fuſſent-elles actives ou paſſives : en quoi regne une ſatis-faction & un repos ſi pleins . & qu'un eſt en Tout . c'eſt par eux .14-2 La Theologie Et c'eſt pourquoi rien n'eſt-là aimé de tout ce qui eſt propre & particulier . tout ſci . c'eſt pour eux » que ſe font toutes les choſes qui ſe font dans un homme vrayement déifié. Or c'eſt dans cette lumiére & dans cet Amour. qu'il eſt dis-je aimé ainſi. eſt aimé par le bien unique dans le bien unique & à cauſe du bien unique. qui n'eſt ni moi ni toi. ni ceci ni cela . tout mien. de tout ceci & cela. de cette eſpéce d'a mour qu'on porte au bien unique & tout pur. comme n'étant qu'un . d'avoir . que le bien qui eſt un & qui eſt tout bien . comme étant toutes choſes : &e. toute conſideration particu liére. & ce qui en eſt : mais on n'y aime que le ſeul bien pur & unique. moi ou toi . Il eſt viſible que tout moi. · Dans ce bien eſt aimé tout ce qui eſt bien . comme ne faiſant le tout enſem ble qu'un ſeul bien . doit ici ſe perdre & s'abandon ner: c'eſt même une proprieté de Dieu. ſelon cette parole : que Tout eſt en un. 2. qui eſt ceci ou cela . qu'on en deſiſte de tout deſir de ſçavoir plus ou moins .

tout peché . & dequoi elle ſouffre ſi extremement. On le dit encore : le Peché n'eſt autre choſe que vouloir au trement que ne veut le bien ſimple & parfait. Et c'eſt-là le ſeul ſujet des plaintes d'une perſonne vrayement deifieé. de vivre ou de mourir. ou l'unique & l'éternelle volonté. & l'on ne s'y plaint de rien que du ſeul peché. & qu'il n'y a point de peché que ce qui vient de la propre volonté. 143 lic d'avoir plus ou moins . la tromperie. On a déja dit cy-devant ce que c'étoit que le péché. -4. que s'il lui falloit endu rer cent fois la plus ignominieuſe & la plus cruelle de toutes les morts . C'eſt de cela qu'elle ſe plaint. en un mot . ſans cette volonté ou contre cette volonté unique & divine. . il ne ſe commettroit jamais de péché. . XLl. d'étre ou de n'étre pas. C'eſt pourquoi l'on peut bien aſſeu rer . Germanique Chap. ne vient uni quement que de ce qu'on veut autre ment que Dieu & que le vrai bien. I1C . qu'elle ſe lamente. . : Tout ce qu'on appelle peché. la fauſſeté » tous les vices. com me le menſonge. vouloir ſans ce bien & contre ce bien . • • . l'in juſtice . Et s'il n'y avoit qu'une ſeule volonté.. elle . 3. que toute propre volonté eſt peché. & de tout le reſte: tout eſt alors égal & tout un .

Et . 5. que toutes les choſes qui poſſédent avec vérité le nom & la qualité de bonnes . la vérité. il s'enſuit. l'é quité. ainſi qu'ill'eſt en effet. Comme dans cette lumiére & dans cet Amour tout bien y eſt aimé dans un ſeul bien & comme un ſeul bien . 6 La vie auſſi que l'on meine dans la vraye lumiére & dans le vrai Amour. on y patit & on y ſouffre beaucoup de tout ce qui y eſt oppoſé & qui en eſt éloigné. indubitablement il n'y a point d'homme deifié. on y aime & on y eſtime tout ce qui eſt de Dieu & qui concerne le vrai bien. & ſem blables. En un mot . y ſont auſſi aimées. les bons réglemens . l'honéteté . la plus excellente & la plus digne vie qui ait jamais été ou qui puiſſe jamais étre : ſi bien qu'elle merite d'étre aimée & préconiſée par deſſus toute autre vie. la juſtice. & on y fait des plaintes . puis que ceci eſt péché. - I4-4 La Theologie ne s'en plaindroit pas tant ni n'en ſouf friroit pas tant que du ſeul peché. Et cette diſpoſition lui doit durer véritablement juſqu'au dernier mo ment de ſa vie mortelle : mais où elle n'eſt pas . eſt la plus noble. telles que ſont la vertu . & que le ſeul bien y eſt aimé ar-tout & dans tous comme étant & n & Tout .

Et qui conque n'en eſt pas •# # 2 bien # e (a) Matth. par lequel certe excellente vie & le vrai bien ſont aimés. Cela vient de l'Amour qui aime tant cette noble vie : Et on le peut remar quer dans les Apôtres & dans les Mar tyrs . & ſi ſimple. cet amour . Pareillement l'amour veritable. fait que l'on ſouffe volontairement & de bon cœur tout ce qui ſe préſente à faire & à ſouffrir. Germanique Chap. XLI. & que méme on ne peut le connoître ſans le poſſeder. ſans quoi il n'auroit pas été le vrai Chriſt. 145 Et cette vie-là a été & eſt dans J. En verité tout ce qui concerne le di vin Amour qui eſt dans un homme deifié eſt ſi naif. diſ-je . Chriſt en pleine perfeétion . & ma charge legére. & tout ce qui eſt de neceſſité & de devoir . pour peſant qu'il ſoit & qu'il puiſſe étre à la nature : & c'eſt pourquoi Jeſus Chriſt dit : (aj Mon joug eſt doux . qui enduroient volontairement & de trés .bon coeur tout ce qu'ils avoient à ſouffrir . ſi droit. ne demandant que fermeté & que perſeverance. 1 1. qu'on ne ſauroit proprement & diſ tinétement bien dire ni bien décrire ce que c'eſt. . ſans prier Dieu de leur abréger ou de leur temperer ou a moindrir leurs pcines.

dans cette fauſſe lumiére . c ſe trouve tellement dans cette fauſſe vie . & que toute tromperie ſe trompe premiérement ſoi-méme . la fauſſe lumiére eſt le Diable méme . & que ce pendant . tant de faux tours & tant de ſupercheries en ſa propre fa veur. comme onl'a fait voir ailleurs plus amplement. que cela eſt pareillement au de là de toutes paroles & de toutes deſcrip tions. ne ſçau roit ſeulement le croire. la méme choſe arrive à cette fauſſe lumié re & à cette fauſſe vie : car qui trom pe. & dans ce faux amour. eſt trompé. 8. 7. ſçait chercher & trouver tant de cachet tes & tant de replis. la vie de la nature (ſur tout dans un ſujet d'une na ture ſubtile . elle .146 La Theologie de le connoître auparavant. & celui-ci eſt la fauſſe lumiére. Tout ce qui eſt le propre du Dia ble & qui lui appartient ou le concerne. fine & active) eſt une choſe ſi multiple & ſi impliquée. Et voici à quoi on le peut remar quer : Comme le Diable s'imagine d'é tre Dieu . ou qu'il voudroit bien l'étre & qu'on le tint pour Dieu . qu'il n'y a point de diffe rence entre eux & le Demon méme : car en effet . Tout au contraire. Or comme toute fauſſeté eſt dans l'illuſion .

on a beau ſe tourner & ſe rendre à quelque genre de vie qu'on voudra. qu'il s'ima gine de n'y étre pas. & les rendre tous tels qu'il eſt . C'eſt pourquoi. & de cette fauſſe vie. ſe croient hors d'1lluſion . - Avec cela . le Diable & la nature .& dans la voye la meilleure : illuſion qui eſt la pire & la plus nuiſible de toutes ! 9. le Diable n'y eſt pas auſſi V31I] Cll. - Comme enfin il eſt impoſſible de changer le Diable & de le retirer de ſon illuſion . il en eſt auſſi de méme # de cette fauſſelumiére. cmbraſſer la ſeculiére. Et cela vient de ce que tous deux . Où la nature eſt vaincuë. & méme d'une maniére ſi extréme. 147 # pendant il eſt dans l'illuſion. Germanique Chap. le Diable y eſt auſſi vaincu. il en cſt encore de méme tou chant cette lumiére fauſſe de la nature. il en eſt de méme : de cette fauſſe lumiére . XLI. de ce faux amour. tout demeure toûjours le méme dans ce G 2 fonds . & où la nature n'eſt pas vaincuë . : Et comme le Diable voudroit bien : tromper tous les hommes . à quoi il ſçait mettre en uſage grand nombre d'artifices & de ſupercheries. les attirer tous à ſoi & à ſon parti . le Diable & la nature ne ſont plus qu'un. ſe jetter dans le Clergé ou la Spiritualité.

Que rien n'eſt contre D I E U ſinon la propre volonté. de peché. la fo me qui le conſtitué tel . tout revient à un & tout eſt u ne méme choſe. 4. 3. de nature. Vouloir agir. On peut de tout ce que deſſus. (a) de Diable. d'attachement à ſoi. ſont la méme choſe. de fauſſe lumiére . C H A P 1 T R E XLII. du moi. & le pé ché . de déſo · béiſſance . con noître & diſcerner de plus en plus com ment il eſt vrai que tant de choſes diffé rentes reviennent à une méme choſe : Car lors qu'on parle d'Adam . Demonſtratiºn de cela. Tout eſt également C o N T R E D 1 E U & ſans Dieu. 2. 1. de vieil-homme. du mien. . eſt folie • • de (a) Expl: Le Diable & le peché ne ſont pas une méme choſe quant à la matiére : mais ce qui a fait ! le Diab e. de propre volonté. cº ſavoir de ſoi pour aque rir par ſes opérations le vrai bien . & injuſtice de la propriété de la volonté. $ui cherche le bien en vûe du propre ne le trouvera jamais : Il le faut chercher tout purement. & l'on y trompe les autres autant qu'on le peut.148 La Theologie fonds d'illuſion . On y demeure trom pé. de propre deſir.

[& partant contre Dieu. il eſt bon de ſe repreſenter que Dieu ſe ſoit exprimé ainſi. Et c'eſt en ce ſens qu'on dit. Pour bien comprendre cette con : trarieté ou oppoſition à Dieu. à ſçavoir . Nul bien ſans extermination du propre. que nulle choſe n'eſt contre Dieti . XLII. de vouloir autrement que la volonté éternelle. que non . 2. lui eſt contraire. non plus que ſans lui. qui pourtant le tolére dans ceux qui ne ſavent pas mieux.] Or la volonté éternelle veut . Germanique Chap. » Quiconque veut ſans moi » ou # G 3 22 qui ! . (C'ette derniére parole peut don N-'ner ſujet à cette queſtion . excepté ſeuiement . étant évident. eſt contre cette méme volonté . que nulle choſe ne ſoit voulue ni aimée ſi non ſeulement le vrai bien : donc ai mcr autre choſe que le vrai bien . eſt contre Dieu. quoi que dans la verité il n'y ait nulle choſe réëlle qui ſoit po ſitivement contre Dieu. S'il y a donc quelque choſe contre iDieu &# contre le vrai bien ? A quoi l'on répond . que tout ce qui eſt autrement voulu que ne veut l'éternelle volonté . qu'une choſe ou une perſonne ſans Dieu . I. F49 devant Dieu.

I 5o La Theologie
2, qui veut autrement que moi , veut
2, contre moi : car ma volonté eſt que
2, perſonne ne veuille autrement que
», moi : & qu'on n'aye point de volon
2, té ſans moi & ſans ma volonté.
,, Car comme il n'y a point d'étre ,
», point de vie , ni choſe aucune qui
2, ſoit ſans moi; auſſi ne doit-il point y
,, avoir de volonté ſans moi & ſans ma
» volonté.
Et en effet , comme toutes les cho
ſes ne font réèllement qu'une choſe
dans l'étre parfait; & que tous les biens
ne ſont qu'un bien dans cet unique
Bien, & ainſi du reſte ; & que nulle
choſe ne peut étre ſans cet étre unique :
De méme toutes les volontés devroient
n'étre qu'une ſeule volonté dans l'uni
que volonté parfaite; & nulle volonté
ne devroit étre ſans celle-là.
Où l'afaire va autrement, il y a in
juſtice & contrarieté à Dieu & à ſa vo
lonté : & partant , il y a péché.
Vous voyez de là, auſſi bien que de
ce qui a precedé , que toute volonté
qui veut ſans Dieu , c'eſt a dire, que
toute propre-volonté, eſt péché, de mé
me que tout ce qui ſe fait par la propre
volonté.
3. Auſſi longtemps que l'homme
cherche ſon propre bien & ſon mieux
comme de ſoi-méme , pour ſoi-mé
II)C »

#ºrmanique Chap. XLII. 151
me » & comme ſon propre , il nele
trouvera jamais : car ſi longtemps
qu'il agitainſi2 il ne cherche pas en §.
fet ſon vrai bien : comment donc
pourroit-il le trouver ? Il ne fait alors
que ſe chercher ſoi-méme, ſe tenant
ainſi pour le plus grand bien. Mais
comme il n'eſt pas en effet le plus grand
#º » il eſt évident qu'il ne cherche
- · ſ -- • »•

cherche##. longtemps qu'il ſe
, , Mais celui qui cneshe , qui aime,
: ^ :: 1 - 1 .
qui a en vûë le bien entant que c'eſt le
bien » pour le pur bien , & unique
ment par le pur amour du bien , &
non par la vûë du propre, du ºoi 2 dt
mien » du propre ºVantage & de toute
Proprieté; celui-là le trouve v§
ment : parce qu'il le # bien.
Toute autre recherch quel'on en fait,
eſt fauſſe & #mp# dans ! f
C'eſt auſſi de Jº 3 VCI IUC
que le Bien-parft ſe cherche , ft veut,
& s'aime ſoi-mme ; & que partant il
ſe ## bien i-néme. grande folie :à
l'homme ou àa créature de s'imaginer
qu'elle ſçachou qu'elle puiſſe quelque
choſe de ſoi méme, ſur tout ſi l Ofl S 1
magine de ſçavoir ou de pouvoir quel
que choſe debon par où ue
l'onbien
puiſſemé
excel
-

r1ter ou acquer1r
A •

# · lent

152 : | La Theologie
lent de la part de Dieu. C'eſt faire
des-honneur à Dieu , pour quiconque
comprendroit bien la choſe ainſi qu'el
le eſt. -

Cependant Dieu , qui eſt le vrai
Bien, tolére & diſſimule cette manié
re d'agir dans lesames fimples & groſ
· ſiéres , qui ne ſçavent pas encore
· mieux. ll ne laiſſe pas pour cela deºº
procurer autant de bien g# ſe peut :
& c'eſt trés-volontiers 9º il les favori
§ d' ets de ſes bontés qu'ils
ſont capables d'en recevoir.
N§on n'en eſt pas ſuſceptible tan
dis que l'on eſt encore dans la diſpoſi
§ont on a parlé ſi amplement juſ
qu'ici : ca , pour tout dire, le moi & le
. doiventétre abſolument retran
- chés & eXevminés : ſans cela on ne
pourra jamais i rien trouver, ni rien
recevoir. -

--"

| C H A P 1 T R , X L II I.
· I. Principes ººtºéleº » tirés de la vie de #.
Chri 2 & oppoſés *$aux-juſtes & aus
faux-libres touchant la "raye connoiſſance
de 7. Chriſt :
2. La vraye croyance.
3 La Pºſſiſſion
vraye habitation
4 ºº de Dieu &interie siend" j'. Chriſt.
duºure -

5. Celle

Germanique Chap XLIII. 153
5. Celle de l'obeiſſance , du nouvel homme,
de la vraye lumiere , du vrai amour & c.
6. L'uſage de toutes les choſes de Religion :
7. Et ſpecialement des Sacremens & ſaintes
Ceremonies.

I. Q# ſçait & (a) connoit
la vie de J. Chriſt, ſçait & con
noit auſſi J. Chriſt méme : & au con
traire , quiconque ne connoit pas la
vie de J. Chriſt , ne connoit pas J.
# Chriſt non plus. -

2. Quiconque croid en J. Chriſt,
crcid auſſi que ſa vie eſt la plus noble
& la meilleure de toutes les vies : &
quiconque ne croid pas ceci, ne croid
pas auſſi en J. Chriſt.
3.Autant qu'il y a de la vie de J.
Chriſt dans quelqu'un , autant J. Chriſt
eſt dans lui : & auſſi peu qu'il y a de
l'un , auſſi peu y a-t'il de l'autre. Car
où eſt la vie de J. Chriſt, là eſt J. Chriſt:
& là où elle n'eſt pas, il n'y eſt pas non
plus. -

Où la vic de J. Chriſt eſt, ou ſe trou
veroit , on pourroit y parler comme
S. Paul , & dire : (b) 7e vis : toutes-ſºis
ce n'eſt pas moi ; mais c'eſt jº. Chriſt qui vit
Z2725 7720f,

4, Voilà la vie la plus noble & ja
meilleure de toutes les vies : car où el
G 5 le
| (a} on avoiie & ratifie (b) Gal 2 : 2 °.

I 54 La Theologie
le eſt, Dieu méme y eſt & y vit, &
tout bien avec lui. Comment donc
ſeroit-il poſſible qu'il y euſt une meil
leure vie ?
5. Remarquez bien , que lors qu'on
parle de l'obeiſſance, du nouvel homme,
de la vraye lumiére, du vrai amour , de
la vie de f. Chriſt, tout cela n'eſt qu'une
méme choſe; de ſorte qu'où l'une de ces
choſes eſt, toutes les autres y ſont auſſi :
& où l'une manque , toutes y man
quent, vû qu'elles ne ſont toutes qu'u
ne ſeule dans la verité & en ſubſtance.
6. Toute choſe qui peut ſervir de
moien à acquerir cette divine vie, à la
faire naitre & à la vivifier dans nous,
doit étre embraſſée & retenuë pour cet
effet; mais pas autrement : & au con
traire , on doit quitter & éviter les
choſes qui en détournent.
7. Si maintenant quelqu'un peut
recevoir ce grand bien en ſe ſervant des
ſaints Sacremens , on peut bien dire
qu'il y reçoit J. Chriſt veritablement
& de la bonne maniere. Et plus on le
reçoit ainſi , plus eſt on participant de
J. Chriſt : comme au contraire, moins
on le reçoit de la ſorte , moins auſſi
2-t'on de part en J. Chriſt,

CHA

Germanique Chap. XLlV. 155
|

C H A P I T R E XL IV.

I. Principe & ſource de contentement &
- deſatisfaction. -

2. ment
Principe touchant
de ſoi à Dieu. le vrai abandonne
c

:
|#-
3. Principe touchant la ſouffrance Chre
tienne.
4. Principe touchant levrai Amour.
1• N dit communément, que celuy
qui ſe contente de Dieu & à qui Dieu
ſuffit, a-t'aſſés. Cette parole eſt veri
table, auſſi bien que celle-ci : quicon
que ſe plait ou ſe contente de quelqu'une des
choſes particulieres , Dieu me lui ſuffit pas.
Et par effet, celui à qui Dieu ſuffit,
rien ne peut lui ſuffire ni lui plaire que
ſeulement le Bien unique, qui n'eſt ni
ceci ni cela de particulicr, & qui ce
pendant eſt Tout. #
Dieu eſt une ſeule choſe, & ne peut
étre qu'un. Il eſt auſſi Tout, & il ne ſe
peut qu'il ne ſoit Tout. -

Donc tout ce qui eſt, & qui n'eſt
pas un , n'eſt pas Dieu : & tout ce qui
eſt, & qui n'eſt pas Tout, ni par deſſus
toutes choſes, n'eſt pas auſſi Dieu , vû
que Dieu eſt un & par deſſusſuffit
Donc celui à º#D
tout., une
ſeule

& méme à qui toute choſe particu liére & rien. Dieu ne lui ſuffira jamais. & ſouffrir ſa conduite . que quiconque veut s'abandonner entierement à Dieu & lui étre ſoûmis. il faut qu'ii ſouffre dans ce Seul toutes choſescom --" IIlC . aſſavoir. Chriſt. Il n'y aura jamais de contentement ni de ſatisfaction ailleurs que là où regnera la diſpoſition qui vient d'étre marquée. le laiſſer faire. . 156 La Theologie ſeule choſe lui ſuffit. · Celui qui n'eſt pas auſſiparfaitement dans l'abandon & dans la ſoumiſſion à l'égard de tous les hommes & pour toutes les choſes que s'il nel'étoit qu'à unc ſeule & méme choſe. & ſe repoſe en elle puremententant qu'elle eſt une & ſeule : & celui à qui toute choſe n'eſt pas une ſeule choſe. Que ſi quelqu'un veut s'abandonner veritablement à Dieu. - Cette ſoumiſſion parfaite ſe peut re marquer en J. 2. & à qui unc ſeule choſe n'eſt pas toute cho ſe. ne ſont pas de méme va leur. ſans defenſe » & ſans appui. ſans reſſ tance. doit s'y abandonner & s'y ſoumettre purement d'u ne maniére paſſive & ſouffrante. n'eſt pas a bandonné à Dieu ni ſoumis à ſon o beiſſance. C'eſt auſſi de cette mémemaniére qu'on doit conſiderer la verité ſuivante. & il ſe contente · & ſe ſatisfait d'une choſe unique.

il n'aime pas Dieu: car il aime quel que choſe qui n'eſt pas Dieu . Certainement quiconque veut bien aimer Dieu . - Cela doit pourtant ſe comprendre ſainement. Si quelqu'un aime quelque choſe par ticuliére. & partant il aime quelque choſe plus que Dieu. Chriſt. Or qui aime quelque choſe plus que - Dieu . autrement que dans Une. & que pour l'amour # ne. 1 comme étanttoutes dans cet Un. Quiconque reſiſte à la ſouffrance . n'aime point Dieu . ou quelque choſe avec Dieu . . que Dieu doit & veut étre aimé ſeul . Il aime auſſi l'Un & le Tout en tout. Germanique Chap. 157 me étant toutes renfermées dans la vo lonté & conduite de ce Seul. par la raiſon . & dans la verité il n'y a rien qui doive étre aimé que Dieu ſeul. XLIV. la decliner . de méme que tout en Un. d'ef fet ni de volonté. * G 7 Auſſi . 3. & il ne doit nullement ſe deffendre de ſouffrir. 4. la fuir . .& s'en deffend. C'eſt là le vrai Eſprit de J. ſans que l'on peche pour cela : Mais on ne doit point reſiſter aux créatures par le moien de la force ou de la guerre. ceci ou cela . aime toutes choſes en une [aſſavoir en Dieu. fait voir qu'il ne veut ou ne peut ſouffrir Dieu. On peut bien prevenir la ſouffrance.

eſt bon entant que c'eſt une choſe ſubſiſtante. puis qu'il n'eſt pas une choſe réèlle. Le Demon méme eſt bon entant qu'il eſt UlIl . qui ſoit en Dieu. rien n'y eſt aimé que Dieu ſeul. s'il faut donc aimer le péché. 2. puis que l'on vient de dire qu'ilfaut aimer tout ? L'on répond à cela. & que lorsqu'on a dit. tout.Les operations & actions des étres ſont auſſi aimables. Car il y eſt tenu & aimé comme le vrai bien & pour l'amour du vrai bien : & tous les biens y ſont aimés comme étant Un . que non . & n eſt tout en Dieu. & que Dieu aime. mais ſeulement lors qu'el les procédent de la vraye lumiére & du vrai Amour. Tout ce qui exiſte. I. 158 La Theologie Auſſi lors que la vraye lumiére & le vrai amour ſont dans quelqu'un. on ne doit pas aimer le peché. l'on entend ſeulement le bien. | | 'On pourroit demander . & Un comme étant tout : uis que dans la vérité tout eſt Un. 1. Quoi qu'il faille aimer toute choſe. C H A P 1 T R E XL V.

celle-là ne ſeroit pas bonne. deſirer. Quelles ſont donc celles qu'il ai# e . nulle choſe n'eſt bonne qu'autant qu'elle eſt en Dieu.mémes . n'eſt pas en Dieu . que vouloir & deſirer ce qui eſt oppoſé à Dieu. Mais quant au peché. [ni par conſequent aimable. Et comme toutes les choſes ſont en Dieu beaucoup plus réèllement &eſ ſentiellement que dans elles . 2.] . il s'enſuit que le péché n'eſt pas bon . & aimer autrement que Dieu . Et partant ce vouloir. & que ce vouloir-là n'eſt pas une choſe ſubſiſ tante. comme ce n'eſt autre choſe que vouloir . de là vient qu'elles ſont toutes bonnes quant à leur étre eſſentiel : & s'il y avoit quelque choſe dont l'eſſence ne fuſt pas réëllement en Dieu. eſt mauvais & ſans bonté. Germanique Chap. qui eſt le péché méme. [non ſeulement les étres ſubſiſtans. En un mot . puis que Dieu ne peut vouloir ni deſirer contre Dieu ni autrement que Dieu. ou qui ait une eſſence réëlle. non # aimable. Dieu aime auſſi. mais non tou tCS. Or eſt-il vrai. XLV. mais auſſi]les ope rations & les œuvres. & méme c'eſt un rien . 159 un étre ſubſiſtant : & dans ce ſens nulle choſe n'eſt mauvaiſe & ſans bonté.

C H A P I T R E XL V I. & méme à la vraye connoiſſance . ſur tout.I6o La Theologie Ce ſont celles qu'enſeigne la vraye lumiére. 9ue pour parvenir au ſalut. Mais auſſi à l'égard de certaines choſes di vines qu'on ne ſauroit connoitre ni experi menter avant les croire. & cela mon ſeulement à l'égard des articles indiſpu tables de la foy Chrétienne . I• Eſus Chriſt dit . peut . ou qui ne veut 6u ne (a)Jean 3 : 18. & par un autre amour que parl'amour de Dieu. (a) celui qui ne crºid Point . & qui coulant de ſon inſtruc tion ſont faites par le véritable amour. I. il faut que la croyance precede la ſcience . puis qu'il eſt fait dans l'eſ prit & dans la vérité. ce que l'on fait ou que l'on ômet. 2. Mais toute action qui vient de la fauſſe lumiére ou du faux amour. Tout ce qui vient de là & qui y eſt fait. plait à Dieu . . que l'on opére ou que l'on endure par un autre deſir & vouloir que celui de Dieu. eſt méchante. Tout cela ſe faiſant ſans Dieu & contre lui . eſt auſſi oppoſé aux opérations de Dieu : & partant . tout n'eſt que pé ché.

on ne viendra jamais à leur connoiſſance ve ritable & experimentale. - Mais remarqués . .. CHA- (a) Comme par ex : les opérations interieures de la grace de Dieu. les communications intimes ſe crétes & vivantes des forces. bon & méchant. eſt ou ſera condamné & perdu. Eſprit & de toute la glorieuſe & Ste. il s'agit de croire certaines choſes (a) de la verité qui ſe peuvent auſſi ſçavoir & connoitre par l'experience. 161 peut pas croire. XLVI.: . Ce qui eſt une vérité bien re marquable.. & ne peut y atteindre ſi premié rementil ne croid. qui d'ailleurs ſont crûs de tout homme Chrétien .lumiéres & touches du S. l'homme venant en ce monde n'a aucune ſcience ni connoiſ ſance. Mais dans le paſſage ſus-dit . ne viendraja mais au vrai ſçavoir. - 2. . qu'il ne s'agit pas ici [ſeulement] de croire les articles de la foi Chrétienne . Trinite &c. puis qu'on ne peut y at teindre par la voye de la ſcience. pieux & impie. mais qui pour en venir là doivent étre premiére ment crûës avant qu'on puiſſe parvenir à leur ſcience & connoiſſance expe rimentale : autrement . Fr aºiconnºe veºt r . - En effet .. Voilà la foi dont parle Jeſus Chriſt.t que croire. Germanique Chap. . & qui en # effet doivent étre reçus par la voye de # la croyance.. ſans cette croyance & foi anterieure .

tout cela ne veut dire autre choſe ſinon qu'ilavou lu avoir une propre volonté. qui ſont les actions ou œuvrº de la propre volonté. Ce qu'on dit . - 2. ni Démon.162 •1 . La propre volonté a fait l'Enfer . & qu'il n'a pas voulu étre d'une méme volonté avec la volonté éternelle. 3. s'eſt détour né de Dieu. que Lucifer ou le Diable eſt tombé du Ciel. 1. La Theologie . & s'il n'y avoit point de volonté propre. I. le Diable. - Il n'y améme rien d'autre dansl'En fer que propre volonté . N dit communément » que dans l'Enfer il n'y a rien tant que propre volonté : & cette parole eſt bien veritable. Quand on parle de propre volonté. il n'y auroit ni Enfer. Comment dans ce Paradis des choſes créées tout y eſt permis à la reſerve des fruits d'un ſeul arbre. & le reſte. . z• Paradio jc r --• dire de toutes les cho ſes créées..! · C H A P 1 T R E XL V I I. Et c'eſt de la méme ſorte que ſe fit la chûte d'A dam dans le Paradis. & la chûte d'Adam dans le Pa radis. OIl .

Et ainſi . elles peuvent porter à bon droit le tittre de Paradis. & voici coment ceci doit s'entendre. Ce qu'on dit vulgairement du Para dis. que c'eſt comme le faubourg de l'éternité ou du Roïaume celeſte. Peut étre qu'on me demandera. tou tes les choſes ſont une eſpéce de parvis ou de faubourg& de place préparatoire & preliminaire à l'éternité. \ De . Germanique Chap. que c'eſt tout ce qui ſubſiſte: cartoutes les choſes ſub ſiſtantes ſont bonnes . '. [ où l'on vient de dire que ſe fit la chûte d'A dam?] Je puis répondre. ſur tout lors qu'on s'applique avec atten tion à conſiderer & à bien connoître ce qui ſe fait tantdans le temps & dans les choſes temporelles & tranſitoires. Or dans ce Paradistout y eſt per mis excepté un ſeul arbre & ſon fruit . que dans les créatures qui procédent de Dieu & de l'éternité. # ce que c'eſt que ce Paradis. 163 on n'entend autre choſe ſinon vouloir autrement que la volonté ſimple & · éternelle. . plaiſantes 3 & elles agréent à Dieu : & partant c'eſt un vrai Paradis. 3. eſt bien vrai de tout ce qui exiſte. Car les créatures ſont une démonſ tration de Dieu . un renvoi & une voie à lui & à l'éternité. 2. & par tant. XLVII. de nom & d'effet.

Ce n'eſt pas que ces actions ou ces oeuvres-là conſidérées en elles-mémes & phyſiquement . ſoient contre la vo lonté éternelle. - C H A P I T R E XL VI l I. ou autrement que par la volonté éter nelle. ſinon ſeulement en tant qu'elles ſont faites par le motif ou principe d'une autre volonté. c'eſt à ſçavoir. pourvû ſeulement qu'en cela tu n'a 3. ou. à tout homme : 2. c'eſt à dire. Remarquez bien ceci. vouloir autrement que ne veut la vo lonté éternelle. 2.giſſes point ſelon ta propre volonté. Dieu dit.164 La Theologie De toutes les choſes qui ſont au monde nulle n'eſt prohibée à l'homme ni contraire à Dieu qu'une ſeule . & dit encore à Adam . la propre volonté . La curioſité dans les choſes divines eſt or dinairement pernicieuſe L'humble & l'é clairé ne deſire que de s'anéantir dans la volonté de Dieu. » ce qui ſe fait ſelon ta propre volonté. Quoi que tu faſſes ou que » tu laiſſes. I. f{º . 2» mais ſelon la mienne : car au reſte. » tout cela eſt oppoſé à la volonté » éternelle. tout t'eſt permis & licite 2.

Et pourquoi ? Parce qu'il arrive ra rement qu'on ait cesſortes de deſirs pour autre fin que pour ſe plaire en ces connoiſſances-là & pour s'en glorifier. de maniére qu'il vou droit bien ſavoir pourquoi Dieu a fait ou n'a pas fait ceci ou cela. créature qui deſire de ſonder & de comprendre le conſeil & la volonté ſe créte de Dieu . celui-là a juſtement le méme defir qu'Adam & que le De mon : & ſi longtemps que ce deſir ſub ſiſte dans lui . : ( Puiſque cet arbre (la propre volonté) eſt ainſi contraire à Dieu & à la volon té éternelle. XLVIII. Ce quià eſt pur orgueil f0 Ulº11. Que Dieu a fait la volonté comme la choſe la plus noble avec l'intelligence & la raiſon. 165 2. P Oſſible qu'on me fera ici cette la queſtion. Germanique Chap. Le . pourquoi donc Dieu l'a-t'il créé & placé dans ce Paradis ? Reponſe Tout homme & toute . & recoule dans lui. mais qu'elle ſoit reſtituée à Dieu . elle neſe regle pas par ſoi ni pour ſoi . & choſes ſemblables . il ne parviendra jamais à la connoiſſance de ce qu'il voudroit2 mais il demeurera dans le méme degré qu'Adam ou le Demon. afin que ſachant qu'elle ne vient pas de ſoi & ne ſubſiſte pas par ſoi. | [.

là eſt auſſi l'autre. & de plus. en un mot . Ce n'eſt pas au reſte. & tout · ne ſeroit que béte & que brutal. Sans ces deux choſes. il n'y auroit nulles créatures raiſonnables. que la volonté éternelle vive & ſoit maitreſſe de tout dans lui. - Non : il lui ſuffit de deſirer de s'a néantir lui-méme. il ne s'en quiert pas pourquoi Dieu fait ou per met ceci ou cela . que l'unique ſa tisfaétion & contentement de la volon té éternelle dans lui & par lui. eſt la connoiſſance ou (a) l'intel ligence. Il ne deſire . & le reſte. la raiſon. Cela ſeroit un manquement conſidérable . Dieu ne pourroit alors ob tenir dans ſes créatures ce qu'il veut y aVoir ( a ) Autr. qu'où l'une eſt. 166 La Theologie • Le vrai humble & éclairé de Dieu » ne deſire pas que le Seigneur lui revéle ſes conſeils ſecrets : & ainſi. ſans y ſouf frir obſtacle de la part de toute autre volonté étrangére à la divine. & la volonté : deux choſes ſi unies entr'elles. de ſe faire quitte de ſa volonté. qu'on ne | puiſſe en quelque ſorte répondre d'une autre maniére à la queſtion propoſée : & voici comment. 2. . & d'arriver à ce point . Ce qu'il y a de plus noble & de plus agréable & ſatisfaiſant dans les créatu res.

& qu'elles doivent lui étre reſtituées. que nulle d'elles n'appartient 2 & ne doit apartenir à ſoi-méme. C HA . & dont on a parlé ci-deſſus. XLVIII. ll ne pourroit y trouver & y voir ſes propriétés d'une maniére o pérante : ce qui néanmoins doit ſe fai re. ni rien vouloir pour ſoi . afin que celle-ci enſeigne à la vo lonté & qu'elle s'enſeigne auſſi à ſoi méme que ni intelligence ni volonté ne viennent & ne ſubſiſtent pas d'elles mémes. que nulle ne doit ſe ſervir de ſoi par raport à ſoi ni pour ſoi : mais qu'uniquement elles appartiennent à celui dont elles ſont procedées. doivent cou ler derechef dans lui .méme ni pour ſa propre utilité . Or maintenant Dieu a créé & donné avec la volonté l'intelligence & la rai ſon . abandonnées. c'eſt à dire . quant à leur ſoi & à leur pro previe. Germanique Chap. que nulle d'elles ne doit ni s'obliger à rien . & qui apartient [quoi qu'acceſſoi rement] à la perfection. 167 avoir & y obtenir. & devenir com me rien à l'égard d'elles-mémes.

& particuliérement touchant la volonté. c5Eüe deſeroit néanmointſuſceptible de plaiſir douleur . Quand la volonté # abandonnée à " Dieu . . cet tte méme volonté ſe trouve dans la créature & dansl'homme d'une manié re active & opérative : car le propre de la volonté eſt de vouloir actuelle ment : ſans cela. . 3. - Or ceci ne peut ſe faire ſans créatu IC. qui eſt dans l'honº | me. ſe faiſant . qui eſt en Dieu par maniére d'origine & d'eſſen ce. 1.163 . ceci peut s'appliquer aux autres facultés de l'ame. les reflexions ſuivantes La volonté éternelle. que feroit-elle : el le ſeroit en vain ſi elle n'avoit point d'exercice ou d'œuvre actuel. eſt de Dieu. doit celavouloir par elle. 4. I L eſt bon de faire ſur ce ſujet » . La Theologie C H A P 1 T R E XL IX 1. tout le reſte y eſt abandonné. 5. lui appartient » c3 Dieu 2. La volonté créée. & nºn à l'bomme en propre. ſansoperation & ſans œuvres. . les a#es dº la volonté ſºnt auſſi à Dieu . qui ſeroient encºre à Dieu.

& Dieu en veut afin que ſa vo lonté Divine. ſucceſſive & mobile ſans qu'il y ait des créatures . Si maintenant ces choſes s'ac compliſſoient purement & entiére ment dans quelque homme. Cette volonté ne ſeroit pas dans cet homme une propre volonté . la créature ne doit rien vouloir avec cette volonté qui eſt dans elle . ce vou loir ne ſeroit pas un vouloir de l'hom me . & rien n'y ſeroit voulu autrement que comme Dieu voudroit : puis que Dieu méme ſeroit & demeureroit dans cet te volonté. ait un ſujet dans lequel elle produiſe & opére l'œuvre qui lui eſt propre. & non pas à la créature. eſt auſſi bien à Dieu que la volonté eternelle . qui eſt dans la créature. ll faut donc qu'il y ait des créatu res . 169 re. 2. laquelle eſt & doit étre dans Dieu méme ſans oeuvre. Et partant. Et comme Dieu ne peut vouloir d'une maniére opérante. ſi bien que cette volonté ſeroit une av# H d . Germanique Chap. & qu'on appelle volonté créée. & non pas l homme . Dieu voulant & devant vouloir par effet avec cette volonté qui eſt dans l'homme » & qui eſt néanmoins de Dieu. mais ce ſeroit Dieu qui voudroit lui-méme. X L I X. il veut le faire dans elles & avec elles. - Et ainſi la volonté.

Il y a plaiſir lors que tout ſe fait comme veut la volonté : il y a peine & ſouffrance lors qu'il arrive autre ment que ne veut la volonté. qui eſt la choſe unique dont en ſe plaigne : comme au contrai re. de ce qui le regarde . Et comme cette volonté n'eſt pas à l'homme. on n'y a point de joie que de Dieu. mais à Dieu : car a quiconque eſt la volonté. là il y a ſujet de plaiſir & de ſouf frances. aux autres puiſ ſances & facultés . & ſeroit coulée dans elle. Or ces joies & ces peines-là ne ſont point à l'homme. il eſt évident que la joie & la douleur ſont auſſi à lui.17o La Theologie la volonté éternelle. à la raiſon . Mais au-reſte . Cet homme pourtant ſeroit ſuſ ceptible de joie & de douleurs . rien n'y fait de la peine que ſeulement ce qui eſt con traire à Dieu . de plaiſir & de peines. & de ce qui lui apartient. Toutes . Ce qu'on vient de dire de la vo lonté. 3. mais à Dieu . ſe doit auſſi apliquer à l'enten dement. à lui auſſi eſt la joye & la peine. & de ſemblables ſenſibilités : car où la volonté [ divi ne ] veut par actes & opérativement. & à tout ce qui eſt dans l'homme. 2. à l'amour.

tou tes ces autres choſes ſeroient auſſi re noncées & abandonnées entiérement . Voiez donc : c'eſt pour cela que Dieu a créé la volonté : & non pas afin qu'elle devinſt propre volonté. s'ac quiert des troubles & des peines qui ne fini rontjamais que ſaproprieténefiniſſe. - 3• Marque indubitable de ſa preſence & do f77t724tt077. la fauſſe nature » ſont . v : 2 , · · · · -. 4. Germanique Chap. 5. & alors Dieu trouveroit & repren droit ce qui eſt à ſoi . c'eſt à dire. I• M Ais le Diable & Adam. 1. c H A P 1 T R E L. - 2. 6. Pourquoi Dieu a créé la volonté. Toutes ces choſes ſont univerſelle ment à Dieu. Si dans quelqu'un la volonté ſe trouvoit entiérement renoncée. L'appropriation de la volonté eſt la transgreſſion. " H 2 venus . 5. ſe la rend propre. & cette volonté ne ſeroit pas propre volonté . Quiconque au lieude laiſſer la volonté à ſa noble liberté. 171 . & non à l homme. Elle eſt incompatible avec la felicité &° le repos. . si ellen'eſt pas abandonnée dans le temps » elle ne leſera jamais. L.

2. 3. Et c'eſt-là le grand mal & la vraie injuſtice. mordre le fruit interdit. & c'eſt cela qui eſt défendu & qui eſt op poſé & contraire à Dieu. ſeroit . L'on peut remarquer dansl'hom me & dans le Démon. 172 " La Theologie ) venus & viennent encore tirer à eux cette volonté. 5. de repos & de felicité : comme cela ſe voit dans le Démon. lors qu'il la ſuit & qu'ill'accomplit effectivement. il eſt à croire qu'on ne pourra plus jamais s'en défaire. 4. comme fit Adam . non plus en cette vie que dans l'éternelle. Si cette propre volonté n'eſt pas abandonnée & renoncée dans le temps de cette vie. S'il n'y avoit ni d'intellect ou de raiſon » ni de volonté. auſſi long-temps n'y aura-t'il là ni vrai repos. & qu'en verité on ſe trouvera deſtitué pour toûjours de contentement . que ſi long temps que ſe trouve dans quelqu'un la propre volonté. La marque aſſurée que la pro priété domine dans quelqu'un . qu'il s'eſt approprié ou qu'il a pris en propre ſa volonté . & s'en ſervir pour eux-mémes & pour leur avantage. eſt. C'eſt-là ce qui s'apelle. ni vraie fé licité. de paix . ſe la rendre propre.. certes Dieu .

rien n'eſt plus libre que la volonté. 6. [plû tôt qu'à faire des recherches & des queſtions de theorie. & tous leurs imitateurs. Quiconque prive la volonté de ſa noble liberté. Mais celui qui laiſſe la volonté dans ſa noble liberté. mais dont les verités ſont divine ment utiles. & elles ſeroient inutiles à rendre quelque ſervice à Dieu. non-aimé. Donc celui qui la rend propre . toutes les créatures ne ſervi roient à rien . commet injuſtice. L. Et c'eſt-ce qu'ont fait le Diable.) pouvoit donner occa ſion à quelqu'un de prendre la reſolu tion de ſe convertir. c'eſt à cela. & quiconque ſe le rend pro pre. Ce qui eſt libre. : Tout ceci ſoit dit pour répondre à la queſtion de cy-deſſus. n'eſt propre à aucun . Adam .] que Dieu pren droit plaiſir. non-loüé. & que font tous ceux qui le ſuivent. & la rend propre. & qui ne la laiſſe pas dans ſa libre nature & dans ſa noble liberté. non-ho noré. Pourquoi Dieu avoit créé la volonté ? & ſi cette longue réponſe (qui cependant eſt aſſez cour te . Germanique Chap. , commet injuſtice. 173 ſeroit & demeureroit toûjours incon nu . Or de tout ce qui eſt libre. fait bien : & c'eſt ainſi que fait Jeſus Chriſt. aura H 3 | pour .

Chriſt. 1. eſt veritable ment libre. . fepos. 174 · La Theologie pour recompenſe des inquiétudes. 3. 3 : y. a contentement. comme dans les faux-libres. naturelle & diaboli que. La volonté qui jouit de ſa vraye liberté. 32. ſoit en ce temps. 2. des angoiſſes qui l'accompagneront auſſi longtemps qu'il agira de la ſorte. C H A P 1 T R E L I. il n'y a rien que propre. & 36. Mais celui qui laiſſe la volonté dans fà vraye liberté. des troubles . dés peines. Dans le Ciel. & s'en afflige : comme ilparoit en f. paix. Dans l'Enfer . felicité. eſt une de ces perſonnes vrayement libres & dé gagées dont Jeſus Chriſt dit : (a) La ve rité vous rendra libres : & un peu aprés : Celui que le Fils a rendu libre. n'a qu'u ne liberté fauſſe . veutſans peine ce qui eſt de meilleur en tou tes choſes . il n'y a rien de propre. La volonté qui vit dans l'indolence & l'in différence. des déplaiſirs. ſans s'affliger du mal. mais où el le jouït de ſa noble liberté. dans le temps & dans l'éternité. . ſoit dans l'éternité. 4 Dans {a) jean. L'homme dans lequel la volontén'eſt pas appropriée & captive. hait le mal.

qu'elle y veut d'une maniére vrayement libre. ſelon qu'il ſuivra ou renoncera la propre volonté. Or elle y veut ce qu'il y a de plus ex cellent. la plus dégagée. c'eſt à dire. Qui veut le propre. Dans le temps. lui fait mal au cœur. toute méchanceté. que dans quel que ſujet que la volonté jouiſſe de ſa liberté. Germanique Chap. de méme que toute ſon huma nité étoit la plus libre & la plus déta chée de toutes les creatures : & cepen H 4 dant . LI. C'eſt ce qui s'eſt vû clairement en Jeſus Chriſt. qui ait jamais été & qui puiſſe jamais étre en qui que ce ſoit. elle y jouït auſſi de ſes opéra tions & de ſes actes. toute injuſtice. l'homme a le choix des deux. dans lequel il y avoit une volonté la plus libre. tout vi ce » & tout ce qui s'appelle & qui eſt effectivement péché . 175 4. I• I! eſt à remarquer. elle y veut tout franchement & ſans op poſition ce qu'elle veut. plus auſſi tout mal . n'eſt captifde per ſonne. & lui eſt à ſujet d'affliction & de plaintes. 5. Plus elle eſt libre & dégagée de tout obſtacle . eſt eſclave de ſoi-mé me : qui ne veut rien . de plus noble & de plus ex quis dans toutes les choſes. & la plus deſaproprieé.

des plaintes. Dans l'Enfer . il n'y auroit rien de propre : C'eſt pour cela que dans le Ciel il n'y a rien de propre. qu'on veüille vivre nonchalemment & ſans ſe ſoucier de rien. illuſoire & diabolique . & que par conſequent il n'y a que vraye paix & vraye felicité.& aller dans l'Enfer y devenir un Diable. qu'on veüille étre dans le temps ainſi qu'étoit Jeſus Chriſt aprés ſa Reſurrection.176 La Theologie dant . Mais lors qu'on veut faire le libre ou s'attribuer liberté en ſorte cepen dant qu'on ſoit libre ou exempt de douleurs & de plaintes ſur le péché & ſur ce qui s'oppoſe à Dieu . on ne poſſéde qu'une liberté toute naturelle. 2. des affliétions & des dou leurs les plus grandes qu'il puiſſe y en avoir en aucune créature. ſans doute qu'on eſt alors bien loin de la divine & véritable liberté. 3 S'il n'yavoit point de propre vo lonté. au-contraire » cha CU Il . qui procéde de la vraye lumiére divine: au lieu de quoi. il devroit en ſortir. qui ne vient que d'une fauſſe lumiére naturelle tou te pleine d'illuſion. il y a eu dans lui à cauſe du pe ché & de tout ce qui eſt oppoſé à Dieu. fauſſe. Si quelqu'un de ceux qui y ſont vouloit s'aproprier quelque choſe. & choſes ſem blables. injuſte.

& moins de propre volonté . & il peut ſe tourner vers lequel des deux il veut . ou voudroit avoir quelque choſe de propre . & entreroit dans le Royaume du Ciel. 4. Germanique Chap. Or l'homme pendant qu'il eſt dans le temps. ne veut & ne H 5 déſire . De ſorte que ſi dans le temps quel qu'un ſe trouvoit purement ſans propre volonté & ſans rien de propre. entre le Ciel & l'Enfer. que plus il y aura de proprieté & de propre vo lonté. il ſortiroit ſans doute de l'Enfer . Quiconque a. il ſeroit aſ ſuré de la poſſeſſion du Royaume du Ciel. Mais quiconque n'a . 177 cun veut avoir une volonté propre : & c'eſt pourquoi il n'y a là que malheur & infélicité. plus y aura-t'il d'Enfer & d'in felicité . eſt propre à lui-méme. eſt placé entre ces deux choſes. Il en va de méme dans le temps. moins auſſi d'infelicité & plus d'apro chement du Royaume du Ciel. veut. mais avec cette clauſe. 5. & qu'il de- meuraſt conſtamment tel . Si dans l'Enfer il ſetrouvoit quel qu'un qui fuſt ſans propre volonté & ſans rien de propre .ſi vraye ment il étoit vuide de tout & vraye ment libre d'une liberté procédante de la vraye lumiére divine . LI.

que ce que fe roit f. que par des paroles trés-cour tes . 3. & ce la auſſi entiérement qu'aucune créa ture ait jamais pû ou puiſſe jamais le faire. puis que lui-méme avoit abandonnétoutes choſes. comprend tout : l'abandonnement de toutes choſes & la Croix . Chriſt méme. S U I v E Z . faire ni laiſſer dans l'in térieur é dans l'extérieur. Tºut ce qui a été écrit juſqu'ici ſont des choſes que Jeſus Chriſt méme a enſeignées tant par une vie aſ ſez longue d'environ trente trois ans & demy. - 2. C H A P I T R E L II.M o 1. y ſont neceſſairement requis. & il n'eſt ſous l'eſclavage & la propriété de quoi que ce ſoit. Il . Mais quiconque veut le ſuivre. eſt. Imiter J. eſt vrayement vuide & vrayement libre . mais ne veut point de CY013C. ou Dieu méme. CH R I s T. ne rien admettre. 1. I. La nature fauſſement-libre ſe flatte de l'abandonnement . s'il étoit en notre place. doit tout abandonner . Aller au Pere par Jeſus Chriſt.r78 La Theologie - déſire rien de propre. en diſant .

Cette croix-là eſt la méme vie de Je ſus Chriſt . (a) Quiconque ne quitte pas tout . ce dit-elle. Elle ſe trompe fort : car ſi elle avoit bien goûté la Croix une ſeule fois. Germanique Chap. La nature trompeuſe avec ſa fauſ ſe liberté ſe perſuade aſſez d'avoir tout quitté : mais pour des croix. LII. (b) Nul ne vient au Pere que par moy : ſur quoi ii eſt important de re marquer . L homme doit tellement veiller ſur ſoi-méme & ſur tout ce qui le regarde tant au dedans qu'au dehors. Et c'eſt ce que Jeſus Chriſt a en vûe lors qu'il dit . elle n'en veut nullement : elle en a . Chriſt . embraſſe L A C R o 1 x. 3. & ne prend pas la croix ſur ſoi. 2. 1o : 37. 179 Il faut encore que quiconque veut le ſuivre. el le ne pourroit plus i'abandonner ja mals. n'eſt pas digne de moi. que doivent croire tous ceux qui cro-- yent en Jeſus Chriſt. poſſe (a) Matth. Voici une autre parole de J. . n'étant pas mon diſci ple & ne me ſuivant point. laquelle eſt bien une croix fort amere à tout ce qui eſt de nature. (b) Jean 14 : é. & elle n'en a plus de : beſoin du tout. Toutes ces choſes ſont des verités . ſuffiſamment eu . il doit ſe H 6 . comment on va au Pere par Jeſus Chriſt.

Et dés qu'on s'aperçoit qu'il com mence à s'éléver dans le cœur quel que choſe qui n'eſt pas de Dieu . ni ſentiment . parler.18o La Theologie poſſeder & ſe maintenir (autant qu'il lui eſt poſſible) avec tant de circonſpe ction. tout de méme que ſi c'étoit Dieu qui fuſt cet homme-là. Tout . qui ne ſoient dignes de Dieu . & qu'à des choſes licites & honeſtes. ni deſir. & qu'on lui reſiſte dés le moment & de toutes ſes forces. ni plaiſir. & qui ne lui convient pas. veiller. qu'on l'en efface incontinent. qu'on ne ſe tourne vers rien . Il en doit étre de méme pour l'exté rieur & pour toutes les choſes de prati que. qu'on ne donne entrée ni place à rien de quelque part qu'il vienne. dormir. & qu'enfin on ne ſe laiſſe emploier à aucune œuvre. pourtoutes les maniéres d'agir & de ſe comporter avec ſoi-méme & avec les autres : Il faut ſe donner de garde qu'on ne faſſe rien . tout ainſi que ſi c'eſtoit Dieu méme qui fuſt en la place de cet homme-la. ni af fection . en un mot. ni penſée . qu'il ne s'éléve jamais dans lui . & qu'on ne puiſſe les lui raporter. d'action ou d'omiſſion. du dedans ou du dehors. que comme il eſt ſéant à Dieu. ou qu'il ne puiſſe jamais demeurerdans ſon cœur ni volonté. ſe taire.

tant au dedans qu'au dehors. & droit d'cn parler. Qui imite f. C H A P I T R E L I l I. (a) Si quelqu'un H f72é (a) Jean 12: 26. 181 Tout ce qui ſeroit ou qui ſe feroit dans un tel homme . . 1. par cela m. Chriſt. Qui ne va point par cette voie . puis que ſuivant Jeſus Chriſt & allant ſur ſes traces . - Il ſeroit auſſi par-là un vrai ſerviteur de J. étant larron & meurtrier : & . S! maintenant quelqu'un vivoit de la ſorte . Chriſt. Chriſt & le ſert . com meil le dit lui-méme. & indifferens envers la pratique du bien & du mal . celui-là marcheroit & viendroit au Pere par J. indolents . I. que de le ſuivre. & cet homme ſeroit un vrai Imitateur de Jeſus Chriſt par vie & par effet .éme il vien droit avec lui & par lui à ſon Pere. Germanique Chap. 2. ſeroit alors de Dieu. puiſque c'eſt le propre de ſes ſerviteurs. c'eſt-ce que font & ſont les eſprits faux-li bres . des reglemens & de la confuſion. va au Pere & entre dans la Bergerie de la vie éter nelle par la vraie Porte. L I l I. ma tiere dont nous avons comnoiſſance. n'entrera point .

que celui qui ne le ſuit pas. . il n'entre pas non plus par la vraie porte . c'eſt à ſçavoir. (a) Mon Pe re. Chriſt. puis qu'il n'eſt qu'un larron & un meurtrier. ne le ſert pas non plus. qu'il me ſuive : voulant dire auſſi . Chriſt méme. voiez maintenant ſi c'eſt marcher par la droite voie ou non. je deſire que là où je ſuis. par la vraie Porte. ſelon la parole de J. Or je vous prie. au Pere : Jeſus Chriſt le confirme lui méme en diſant à ſon Pere. dans la vie éternelle. Chr1ſt de la ſorte . 2. ſe trom pe ſoi-méme : car comme il ne mar che pas par la droire voie. mon ſerviteur y ſoit auſſi Celui qui marche par cette voie va dans la Bergerie. Je le redis encore : Quiconque ſuit & ſert J. ſi c'eſt entrer ou non par la vraie porte. Chriſt eſt. que de vivre dans une liberté ſans joug.182 La Theologie me veut ſervir. dans une oiſiveté & une in difference froide & nonchalante à l'é gard (a) Jean 17: 24. ou qui ſe fait accroire de pou voir aller au Pere ou à la vie éternelle autrement que par J. celui-là vient où J. c'eſt à dire. la quelle auſſi ne lui ſera point ouverte . Mais celui qui va par une autre voie . & le Portier la lui ouvre.

2. & ſans lequel il ne ſe fit & ne ſe fera jamais rien de bien : qui comme il eſt Tout . enſeigne qu'on n'y peut venir que par la vie de f. j'entends le Bien ſimple & parfait. I. & choſes de Cette I1atU TC. comme telle . Chriſt ſi le Pere ne le tire à ſoi. COIIl - (a) Jean 6: 44. 183 gard de la vertu & du vice. L I V. puiſſe . Certainement il ne s'eſt point trou vé de telle indifference en J. tout l'imparfait ceſſe . Par le PE R E. Chriſt a dit cette au tre parole digne de remarque : (a) Nul ne vient à moiſt le Pére ne le tire. Comment nul ne vient à 7. L'attrait du Pere à ſoi. 4. Ce qu'eſt le Pere. Chriſt . le Parfait étant trouvé . & au deſſus de tout. qui eſt Tout. Comment le Pere attire à ſoi. L E méme J. du bon or dre & de la confuſion. Enſuite . 1. C H A P 1 T R E L I V. eſt auſſi uni que & par deſſus toutes choſes : qui n'eſt & ne peut étre aucune des choſes que la créature. & il ne s'en trouve point non plus dans aucun de ſes vrais imitateurs. ſelon le paſſage de St. Paul. par où cet Ouvrage a commencé. - . Germanique Chap. Chriſt. 3.

. Fils. perſobn. Obſervez maintenant comment le Peretire quelqu'un à J. penſer & nommer par ſa capacité créée. & à raiſon de quoi ileſt innominable. il naît dans l'homme un deſir de s'aprocher de ce Bien parfait & de s'unir à lui. . . ni Parfait . il ne ſe roit niTout. ©ect : & d'autres Perſonne. Q5c9n. en un mot 2 ce n'eſt que créature. - 2. tout cela eſt quelque choſe de particulier & de bor né. Car ce que la créature conçoit ſelon ſa capacité de créature.184 La Theologie comprendre & concevoir. & qu'il y produit ſon (b) In telligence unique & ſoi-méme . (b) 9aelqnes exemplaires ont intelligence cu Sens » Q5inn : & d'autres ont. eſt apellé. Or ſi le Bien ſimple & parfait étoit quelque choſe de particu lier que la créature conceuſt . c'eſt à ſçavoir en cette maniére : Lors qu'il eſt découvert ou manifeſté à l'ame quelque choſe de ce Bien par fait par maniére d'irradiation ou d'at trait. | Con (a) 22elques exemplaires o t AMe. ni Unique. ceci ou cela . & partant n'eſt rien de tout ce que la Gréature puiſſe compren dre. connoître. qui lors qu'il s'inſinuë dans (a) une ame fertile pour l'enfantement ſpirituel. le PE R E. Chriſt. comme ill'eſt. C'eſt-ce Bien parfait & innomina ble. .

l'une . ainſi qu'on vient de l'expliquer : l'autre. Nul ne vient à moi. qui attire ainſi l'homme. par ma vie. de quoi l'on a traitté ci-devant. plus ce deſir de vient grand . l'im parfait & tout ce qui n'eſt qu'en partie . # Ce Bien parfait eſt le méme dont S Paul dit. ſinon u'il ſoit touché & attiré du Pere. éternel : & c'eſt-là . Et c'eſt comme s'il diſoit : quand le Parfait eſt connu . plus auſſi s'accroit ſon defir & ſon attraction. Germanique Chap. n'embraſſe ma vie & ne me ſuit. c'eſt à dire. toutes les choſes créées ne lui paroiſſent plus qu'un . eſt aboli. que l'homme em braſſe enſuite cette vie excellente . c'eſt à ire. du Bien ſimple & parfait. quand le Parfait vient. Chriſt. 3 Cet attrait du Pere. Nul ne vient au Pere que par moi. C'eſt ainſi que l'homme eſt attiré & excité à l'union avec le bien . plus ce bien lui eſt mani : feſté. Et de là vient. l'enſeigne auſſi & lui aprend qu'aſſurément il ne pourra ja mais parvenir à cette union s'il n'y tend & n'y va par la vie de J. c'eſt à dire. Chrift. 185 Conſequemment. le tirer du Pere. & plus il lui eſt manifeſté & re velé. trouvé & goûté dans quelqu'un autant qu'il eſt poſſible que cela ſe faſſe dans le temps. L IV. Remarquez donc bien ces deux pa roles de J.

Et partant. " Tout ce qui vient d'étre dit (a) ne regarde. 3.186 La Theologie qu'un rien devant ce Bien parfait . que lui faut-il alors davantage ? à quoi bon toutes les autres choſes ? & qu'a-t'il beſoin des parcelles . I. Car hors du Parfait & ſans lui .con noit & aime le Bien parfait. vû que tout ce qui eſt par tie eſt réüni enſemble & compris en un ſeul Tout dans le Parfait ? C H A P I T R E L V. il n'y a point de vrai bien ni devrai étre. que la (a) Explic.] Quoique ceci ſe puiſſe raporter particuliérement aux trois Chapitres qui précé dent . à dire le vrai . Et cela étant. Voie à l'anéantiſſement & à la vie inte rieure. I. comme en effet la choſe eſt ainſi ſe lon la verité. quiconque poſſéde. où Dieu eſt & agit pure f/28/7f. Qu'on vient auſſi au vrai état interieur en aimant tousjours entre les choſes créées ce qui eſt de meilleur. on peut pourtant l'étendre à tout le Traité : Car encore qu'il contienne beaucoup de choſes qui . Quand commence proprement la vraie vie interieure . poſſede & connoit dés là toutes choſes & tout bien. . 2.

& n'eſt que la voie & l'introduction à la vraie vie inté rieure : car le vrai état intérieur ne commence qu'aprés ces choſes. & Ch. tr . Hebr. en ſa vive flame d'Amour & dans ſon Cantique de l'Epoux avec l'Epouſe : Harphius Theol. avec les operations in terieures de Dieu & les correſpondences de l'hom me là dedans. Voiez auſſi la 1. n'eſt proprement qu'exterieur. ſolide. · Lors que quelqu'un viendra à goû ter le Parfait autant qu'il eſt poſſible . conſommantes. Quand regardent l'intèrieur.cet interieur néanmoins n'eſt · encore qu'extérieur à comparaiſon de la vraie & intime vie de l'eſprit qui vient enſuite. & lui-méme auſſi à ſes pro pres yeux. ter reſtre. béatifiantes. Homelie de S. (S. ſujet dont trés-peu de Saints & de Myſtiques ont décrit quelques parcelles. & quelque peu d'autres. & poſitif interieur . 3: I. la pau vreté d'eſprit.1 Cor.. toutes les choſes créées lui deviendront un rièn . Ste.Myſtic lib 2 & 3 Jean des Sam ſon dans ſon Epithalame de l'Epous: Angele de Fo ligny. qui eſt Dieu méme & ſes opérations purement poſitives. l'abnegation. frui tives & delectatives dans les arnes pures. . Voiez : par ex.) Sur tout ſi l'on vient à le comparer au vrai. & le reſte. ó: 11. & . élementaire & imparfait. dans les viſions divines de ſa vie : Madame Guion ſur le Cantique des Cantiques. la penitence. 1o. Germanique Chap. 187 la vie extérieure. dis-je. L V.Tereſe dans les 3 dernieres demeures du Chateau de l'ame : le B. charnel. per fectionantes . . 1 3: 9. . En effet » tout ce qui regarde la purification & la prepara tion de l'ame. ſelon l'Ecriture méme. Jean de la Croix. cela. Ma - C3Ire. & 31. Jean 3: 12. tout cela n'allant qu'à la depoſition ou au depouillement des imperfections de l'ame » ui ſont des choſes extérieures & étrangéres à ſon † parfait . .

. eſt au deſſus de tout . aime . - Et par ainſi. 2. Si bien qu'il n'y a plus rien là qui ne ſoit Dieu ou qui ne ſoit de Dieu : plus rien qui s'attribuë ou s'arroge quoique ce ſoit . . ni generalement au cune des choſes qu'on puiſſe apeller bonnes. . c'eſt # ſeul» c'eſt l'éternel & l'unique parfait qui ſeul vit . le pouvoir. ni laiſſer . appartiennent à ce. que l'homme méme. ni pouvoir. qu'on recon noiſſe que tout bien »i comme l'étre. Et c'eſt ici proprement que commence à naitre & à s'établir dans lui la vraie vie intérieure : aprés quoi » c'eſt plûtôt Dieu qui tient là la place de l'homme. La Theologie Quand enſuite on connoit dans la : veritéque le Bien Parfait & l'unique Tout. la ſcience . il devient veritable ment pauvre . connoit. ni ſçavoir . fait. ni faire. . & le reſte. - D'ici vient. veut . ſeul Parfait. & ainſi . peut . il devient méme un néant à ſoi-méme dans ſon intérieur : & par ce méme anéantiſſement inté rieur de ſoi s'anéantiſſènt pareillement dans luitoutes les autres choſes créées. que l'homme ne s'ar roge & ne s'approprie rien » ni étre ». & non à aucune crea tUlI'C. la connoiſſance . il derive de là neceſſairement. ni vie.188 . la vie.

6. . que nous nous tenions. de s'étudier à ce que la choſe qui eſt la meilleure. le redreſſement & l'amelioration ne leur viendroient pas mal à propos. . Mais qu'eſt ce que ce meilleur entre les choſes créées ? Le voici. & y eſt le plus connu & le plus aimé. Et ainſi. opére le plus. . & prenez-y bien garde. en commençant par ce qui eſt créé. & qui peut auſſi ſervir d'introduction à cet état intérieur . que c'eſt tout ce à quoi l'on ·peut donner avec verité & avec juſtice le nom de bien. Que ſi elles ſont dans un autre état. l'on (a) voyez ſuprà chap. · · • 3. & laiſſe tout dans ce ſujet-là. . Germanique Chap. ·(a) Cette choſe ou cette créature eſt la meilleure . 189 fait . quelles ſont les choſes de Dieu ? Je ré ·ponds. reluit davantage. L V.: Et voilà en verité comment il faut qu'aillent nos affaires. Un autre exercice trés-bon. que nous choifiſſions. ſeroit. Me demandez-vous quelles ſont ces choſes qui regardent le Bien parfait . que nous nous uniſſions toûjours avec ce qu'il y a de meilleur. fuſt auſſi celle que nous aimaſſions le plus. lors que parmi les choſes créées l'on ſe rend à la meilleure que . . dans laquelle le Bien éter · nel & parfait avec tout ce qui le regar de.

& ainſi continuellement . qui s'empare de ceux qui préten dent parvenir à la verité ſouveraine & au vrai bien par uneautre voie que par la vie · de jf. Ce qui ſe paſſe dans cette vie-là ne peut . Autre mot de recapitulation : 9)ue l'bomme ſoit à Dieu ce qu'eſt la main à . & quel'on s'y tient ſans reculer en arriére. l'on vien dra par cela méme à quelque autre cho ſe encore meilleure que celle-là. & de celle-ci encore a une autre meilleure. Tout doit revenir à Dieu . . - 3. juſqu'à ce qu'enfin l'on vienne à connoitre & à goûter que l'éternel & l'unique Bien eſt le vrai Parfait. .Se donner de garde de l'Eſ prit de fauſſe liberté & de nonchalan ce.s'exprimer ainſi qu'il eſt. & dernier. l'on puiſſe connoitre. Chriſt. C H A P 1 r R E LVI. Concluſion recapitulative.l - · ·· · · :: • I • Et . & qu'il ſurpaſſè tou tes choſes par deſſus tout nombre & toute meſure. . . 1 ! -. Dervier avis. · I. l'homme. 4.19o La Theologie . 2. . Dieu ſeul doit obtenir tout dans l'homme. & étre remis en lui ſeul pour quiconque veut parvenir à la vie vraiement intime..

ce qu1 . ce qui ſe paſſe avec eux. l'on ne ſe pourra diſpenſer ſelon la juſtice & la verité de lui raporter & attri buer l'entrepriſe ou le commence ment. u'on y adhére. Que ſi l'on eſt obligé d'attribuer & de raporter tout bien à ce Bien unique & éternel comme en effet . 191 I• E! par effet . le progrés . Declarer maintenant ce qui de ſormais arrive à ceux qui en ſont ve nus-là. qu'il ne reſtera plus nul bien pour l'attribuer à l'homme & à la créature. & qu'on s'y uniſſe autant qu'il eſt poſſible. & la fin ou l'ac compliſſement de tout : & on les lui rendra méme ſi pleinement & ſi uni verſellement. Germanique Chap. cela ſe doit ſelon la juſtice & la verité. LVI. Voilà encore comment l'on par viendroit à une vie vraiement inti DI]6:. ſi ce qu'il y a de meilleur eſt auſſi le plus aimé. 2.& qu'on le ſuive. diſe & chante autrement qui vou dra. que l'on ad hére & ſetienne à lui ſeul. Et c'eſt abſolument ainſi qu'il faut que les choſes aillent dans la verité. il fau § néceſſairement qu'on aime par deſſus toutes choſes & uniquement le Bien éternel & unique .

. • . qui aimaſt. (a) Sºpr..192 . qu'on s'en tienne-là. 2. · La Theologie qui leur eſt revélé. Que ſi dansl'homme il y a . outre le Bien éternel. Chap." Concluſion. & comme quoi il ne devroit y avoir dans l'homme rien qui s'attribuaſt & s'appropriaſt quelque choſe. & comment on y vit. qui eſtime . n. l'éternel. qui deſire quelque autre choſe. ni proſe ne ſauroient exprimer : auſſi n'a-t'il jamais été ni prononcé de bouche. par . . . qu'on vient de rediger par écrit. Si l'on peut venir à ce point que d'é · tre à Dieu ce que la main eſl à l'hom me . • . (a) c'eſt-ce que ni vers. » • 3. c'eſt plus qu'il ne faut. ni connu tel qu'il eſt ſelon la vérité. revient en peu de mots à faire voir en quel état doi vent étre les choſes ſelon le droit & dans la verité. 21. quoique ce ſoit qui s'at tribuë .Et en verité il n'y a rien de plusjuſte. ni penſé de cœur . le Parfait & l'unique Bien. ſans vouloir étre quelque choſe de plus. qui penſaſt ou qui jugeaſt dans lui 4 ſi non Dieu ſeul . & c'eſt manquer. Toute créature doit cela à Dieu. l'unique Divinité. •• • •. qui veüille. rien qui vouluſt. · 4. Ce long diſcours . . mais " . Autre parole de recapitulation.

l'homme. & tout-à-fait éloi gnées d'elle. Et c'eſt ce que verifie ce temoignage de l J. & qui s'imagine qu'il poura bien venir autrement ou par une autre voye à la Verité Souveraine . Chriſt. ni entrer par la vraye porte. qui eſt J. 5. ſes aiſes . Chriſt : . ſa paix & ſes accommodemens. fai ſant que la nature cherche & prene · ſur ceia ſon repos . Germanique Chap. c'eſt alors qu'il eſt temps d'étre bien ſur ſes gardes . Retenez dans ce mot raccourcy tout ce que vous avez lû avec plus de deduction juſqu'ici : & pour dernier avis . qui ſont des choſes entiérement étrangéres à la vraye vie divine. & ſur tout . que le Démon ne vienne entreſemer ſa cendre infernale . ou qui croid y étre déja parvenu avant que d'y étre pourtant parvenu effectivement. 193 particuliérement les créatures intelli gentes . qu'il penſe enfin & qu'il lui ſemble d'étre parvenu juſ qu'au point qu'on vient de marquer . & à une folle nonchalance . n'oubliez pas la remarque ſui Vante. L V I. ainſi qu'il a été dit . Lorſque l'homme a pouſſé ſon progrés ſi avant. Et ceci arrive à celui qui n'a pas voulu & qui ne veut pas aller par la droite voye . & qu'elle don ne entrée à une folle liberté ſans joug.

mais il eſt larron & meur trier. & de ne vivre plus que ſelon ſa volonté divine. Dieu nous faſſe la grace de ſortir de nous-mémes. T RA IT . & ne viendra jamais à la Souve raine Verité. J. Germanique Chap. Eſprit dans la trés-parfaite Trinité. par le moyen de celui qui ayant abandonné ſa volon té à ſon Pére celeſte. LVI. de mourir à nôtre pro pre volonté. Amen ! Fin de la Theologie Germanique. Chriſt : Quiconque veut entrer au trement que par moi. 194 La Theol. vit & regne éter nellement en l'unité du S. n'entrera jamais bien .

:D U : ii . 'ETABLIssEMENT \ « ' i. · L' H O M M E | Par la PUIssANCE... & la MISERICoRDE de DIEU. R. la JUsTICE. T R A I T T É | : . , : D Es . .iºº : i ) , .

+ T # . Chriſta porté nos péchés en ſon corps ſur le bois de la croix . 2 : vers 24. gnv , 221u : º : | | | | | :: · · · · · · · . Pier: Ch. -- • - 1..i . 7. º . i . - . afin qu'étans morts au péché nous vivions à la ?uſtice. S. º-.. : }4 ]/ C) H .. a barre .I 3 .

tſn ij | ^ >tº ºffi n1 . T È - | | D U · RETABLISSEMENT "! )! _) . ! - | -. . fit bon.2. la JusTrce .| : | " . Dieu creant l'homme par ſa Puiſſance le . La Parole de la Puiſſanceſe livre à la mort pour par ſa Miſericorderetablir l'homme en ſa premiere place. & la MIsERicoRDE de DIEU.. '1. . H A P2 E T R E : I. La Puiſſance l'ayantſoumis à la Juſtice. 2 .. & le commencement de la . eſt de nous remettre ſous le | Sceptre de la #uſtice ſur peine de nouvelle mort pour les tranſgreſſeurs.* 197 · | T R A I T.. voye étroite. droit . 2i • • . . mais du combat. & heureuſement | vivant. • -- .C. -. Miſericorde . lumineux . 3. La nature de la delivrance qu'a ameiné la . (. -Par la PuissAsce. º - :i " ti cii ) | | | | | e.. # | | | | ! " . .1.il devient tranſgreſſeur & digne de mort. .TYIeu (qui ſoit beni éternellement) fit au commencernent l'homme a . - 5. · · - 4 Cette place n'eſt pas celle de la viétoire. 1. · · ] : . -.2.

par laquelle tout fut fait : car toutes choſes procedérent de la bouche du Tout puiſſant. · Ce fut la Puiſſance. eſprit ſoûmis. qui les fit toutes bonnes & droites : tout étoit méme vie & lumie re. Eſprit : & ainſi l'homme devint ame. = - · Et en premiér)lieu la Puiſſance.l'obſervaſt pas. elie jugea & declara l'homme étre perdu. & la Juſtice neanmoins devant demeurer juſte & agir juſtement. & la Juſti ce de Dieu. " 2. il devroit mourir. qui lui donna ce com mandement : & par là l'homme fut é tably ſousla fuſtice : de ſorte qu'en cas qu'il fiſt bien . ou qu'autrement. - Maisl'homme étant venu à tranſgreſ ſer. ---. comme étant Pére. laquelle avoit fait l'homme. Re · marqués bien cette verité. ſans • égard ni acception de perſonne. . { i puis . en cas qu'il ne . Ici furent manifeſtées enſemble la Puiſſance.. 198 Du Retabliſſement ſon image & le créa . la Miſericorde. . Fils. à ſa propre reſ ſemblance. & partant ne pouvoit rien faire que comme il étoit lui-méme. puisque Dieu méme n'étoit autre choſe.. & chair. Dieu fit donc l'homme bon : & · enſuite il lui donna un commandement avec declaration de ne le pas tranſgreſ ſer. . la Juſtice n'avoit rien à lui reprocher : . & S.

ou le Créateur. louanges en ſoient ren dues à ſa grace & à ſa charité ineffable. . & la Juſtice juſte. comme il l'a fait auſſi . eut tant d'arnour pour ſa Créature . Et partant. & rétablie en liberté. I 99 puis que la Puiſſance avoit dit qu'il mourroit en tel cas. ou la Parole qui ſe ſubſtituoit pour lui | devant ſubir la mort . I. Et par effet. afin que la créature fuſt delivrée. il falloit que le Créateur ſe conſtituaſt lui-méme homme reſponſable à la juſtice : car Juſtice devoit faire juſtice. par l'entremiſe de laquelle la Puiſſance a voit fait l homme. de l'Homme Chap. - 3. - Alors la Juſtice frappa de mort la Parole. puis que la Puiſ ſance avoit prédit que la tranſgreſſion attireroit la mort. l homme devoit pe rir. aux yeux de la Puiſſance : l'un des deux [ l homme. C'ette Parole vou loit ſauver ſa Créature & la delivrer de la mort : mais néanmoins la Puiſſance devoit demeurer veritable . & la Juſti ce juſte. le Createur. que pour elle il voulut bien s'abandonner & ſe ſoûmettre à la juſtice. Alors intervint la Parole . - I 4 La . - Alors la Parole. afin que la Puiſſance demeuraſt veritable. & s'en laiſſer juger : car il vouioit reſtituer à la Puiſ ſance ſa Créature toute libre . .

ſon Créateur. La Parole ou le Verbe de Dieu a bien pris à ſoi & ſur ſon compte nos tranſgreſſions. le . dans le parvis du Tem ple. & cela . Mais voi · ci ce qui en eſt dans la verité. Il nous remet proprement[de la Captivité d'Egypte] dans le deſert. c'eſt à chacun à ne ſe pas méprendre en s'imaginant.& la Juſti ce juſte. mes amis : & j'en fais bien l'épreuve chaque jour dans les combats que j'ai à ſoûtenir. mais non pas nos com bats & nos victoires. comme on vient de le dire . que de l'a voir aproché juſqu'au devant de l'arbre de vie avant quel'homme méme ait de ſa part combattu & remporté la victoi re. laquelle il avoit lors qu'il fut créé & avant qu'il eût pe ché . la Puiſſance demeura véritable. que la Parole ou le Verbe de Dieu ait reſtitué l'homme ſi avant. Non certes. & alors fut retabli l'homme en ſa premiére place. qui dût ſubir la mort pour lui en cas qu'il deuſt redeve nir libre : puis que la Juſtice. devoit demeurer juſte. dans le pre mier pas & degré pour al'ervers l'arbre de vie & pour tendre au repos & vers . dans la voye étroite. par la grace de la Miſeri corde. 4 Or maintenant.2OO Du Retabliſſement La Juſtice ayant ainſi frapé de mort la Parole aux yeux de la Puiſſance.

& remet l'homme devant la Juſtice dans le parvis du Temple. a vaincu la mort & les tenebres.3. lafin que deſormais nous ne la rejettions . la Juſtice nous lferoit mourir tout de nouveau . comme auſſi entre le ſerpent & la femme. com •me il ſera declaré dans la ſuite. Li. Car voici la nature de la deli vrance que la Miſericorde nous a pro curée. Dans le retabliſſement. & qui ne nuit pas quand on le combat bien. Le Verée étant vie & lumiere . la Miſericorde agit la premiere . c'eſt qu'elle nous a racheté. 20 I le lieu Trés-ſaint : mais c'eſt alors que ſe commencent tout de bon les cqm . . de l'Homme Chap. & retabli par ſa Miſericordel'homme libre devant la fuſtice. . I I. .que nous ne ſuivions plus les con ſeils & les ſuggeſtions du ſerpent . . & rque nous ne nous rendions plus I'ranſ greſſeurs : autrement .bats capitaux entre la ſemence de la femme & celle du ſerpent . & iremise libres devant & ſous la Juſtice.plus. 5. C H A P 1 T R E I I. decouvre dans ſoi . il ſert alors à la connoiſſan. Qu'alors il faut combattre le mal qu'on . a la glorification de Dieu» & à l'imitation de jeſus Chriſt. 2. Con . Au contraire . ^I 5 " I. 4. ce de nous memes.. : I. : | | .

. * Cette vie & cette fumiére fut envi ronnée de mort & de ténébres (qui · ſont le peché. & de remporter la vic toire ſur la mort & ſur le Diable. · . · · ·· ' . iſſue de la bouche du Pere.. Le Verbe combattantainſi avec fidé lité . ou la Parole. iſſu qu'il étoit de la bouche du · Pere : ilétoit vie & lumiére. · · S'étant chargé du peché ou de la mort de ſa créature . & que la lumié re combattit contre les tenebres. · Ainſi la vie redevint libre . nſiderons donc comme il faut nôtre Chef & nôtre Conduéteur. ) & cela . · · : . J E s u s C H R 1 s T. la vie vainquit la mort.& méme avant que le mon de fuſt fondé. . . . étoit la vie. il avoit auſſi lui ſeul le pouvoir detenir ferme. : # # . . revetue de la liberté qu'elle avoit eüe auparavant. Auſſi la Juſtice ne pouvoit y contre . comme il é:oit lui-méme la vie. & anéan tit la puiſſance qu'elle avoit acquiſe par la tranſgreſſion d'Adam. Et cela étoit bien juſte. I. 2tz Du Retabliſſement . . Le verbe . * dire : . & la Juſtice contre le peché. qui nous a rendus libres. & ſe pre · ſenta devant la Puiſſance & la Juſtice. Et ce fut alors que la Miſéricorde ſoûtint toute ſeule le combat . parce qu'il vouloit affranchir ſa créature par de vant la juſtice.

a été auſſi rétabli & maintenu par lui. - 2 Ces choſes étant ainſi . 6 : 1 . & perſonne ne m'a aſſiſté. . & la Miſericorde avec la Juſtice reconnu rent & declaiérent le Verbe Seigneur ſur toutes choſes . 1 temps Iſ. Le Diable perdit ainſi les dépouilles qu'il avoit remportées ſur Adam . ſon procedé & ſa préten tion étoient juſtes. Si bien que la juſtice deut confeſſer que le Verbe. . & par là nous a vons recouvré la premiere juſtice. 4 . Et cet office de la Miſericorde eſt . & d'avoir la pré férence & le premier pas dans le réta bliſſement de tous les hommes avant que la Juſtice ſurvienne. 2o3 dire : car le Verbe diſoit : (a) j'ay tout pouvoir de ſauver f'ai preſſé ſeul le preſſoir . ayant été fait par lui . & vain cu la mort par la vie. - Auſſi diſſimule & oublie-t'elle le | . . I I. de remettre tous les hommes devant la Juſtice libres de tout domage. ainſi que nous auſſi devons le faire voir dans nous par la foy & cn effet. ou de tout le demerite en conſideration de quoi Adam devoit mourir. il paroit que c'eſt à la Miſericorde d'exercer la premiére ſon office . Car il avoit obſervé & fait juſtice. puis qtie tout ce qui fut fait dés le commencement . de l'#omme Chap.

& avant que nous euſſions la connoiſſan ce de la Miſericorde. c'eſt à dire. ou de faire ce qui eſt mauvais. Et alors nous découvrons dans nous . Comme l'Egypte (ainſi qu'elle le re connut elle-méme) fut autre-fois ſe courue & conſervéé par la connoiſſan ce & par l'avû de la Miſericorde. le mal ſe trouve attaché à nous . cela neanmoins ne nous peut nuire . Et en ce cas . elle veut qu'on l'exalte : Mais les bonnes ames ſont bien éloignées d'accomplir en choſe qui ſoit la volonté de la chair . je veux dire . 3. & que bien loin de vouloir étre ſupprimée. & les plaçant dans le parvis du Temple. de ſorte que Dieu ne veut point ſe ſouvenir de tout ce que nous avons fait quand nous étions dans l'Egypte . pourvû ſeulement que nous n'y conſentions pas .2. comme on vient de le dire. qu'il Il0tlS . que la chair a des deſirs tous contraires à ceux de l'Eſprit . que lors que ncus voulons le bien . encore bien que le mal ſoit ainſi attaché a nous un longeſ pace de temps . (qui étoit la Bonté & la Sageſſe de Joſeph : ) le méme fait la Bonté de Dieu par ſa Miſéricorde » en remettant dans la li berté tous ceux qui y ont recours.O4 Du Retabliſſement temps de l'ignorance . dans l'état de l'ignorance & destenebres.

C'eſt dans ces épreuves que com mencent les combats au vrai Serviteur de la méme maniére qu'il en eſt allé a vec le Maitre qui nous a précédé. C H A P 1 T R E II I. ſelon l'eſpérance & la pleine aſſurance dont nous nous glorifions dans la ve rité. L'homme remis dans le commencement de la voye de la fuſtice. 2o5 nous ſoit à contre-coeur . duquel nous recevrons alors la premié re couronne de la vie & de la juſtice. à la loüange de nôtre Dieu . & que nous y reſiſtions : car à la fin il ſera vaincu & ſurmonté dans la victoire du Nom & de la Puiſſance de Jeſus Chriſt . Et comme le Maitre y a marché le premier. Lºs . afin que le fonds de nos cœurs paroiſſe alors à decouvert devant le Seigneur & devant l'eſprit malin . I I. 4. qui nous aura donné la victoire par jeſus Chriſt. de l'Homme Chap. & venant à tranſ greſſer parignorance . c'eſt bien auſſi au ſerviteur de le ſuivre avec fidélité. a pour propicia toire la Miſericorde. Et partant il nous eſt trés-utile d'étre quelques-fois aſſaillis du mal & mis à l'epreuve. I. I 7 2. beni éternellement .

Cºmme les limites que Dieu a . 3. Connoitre la Juſtice eſt unegrace du Tout puiſſant. 2o6 · Du Retabliſſement 2 Les tranſgreſſeurs par connoiſſance re . Mais que chacun ſe donne bien de garde de devenir tranſgreſſeur par connoiſſance & avec deſſein : Car nous ſommes remis & rétablis ſous la Juſtice : & Juſtice doit neceſſairement faire juſtice . Pourquoi le Diable & les hommes veu · lent bien entendre parler de la Miſericor de. 5. ne l'a pas detruite eu egard aus tranſgreſſions ſuivantes & de connoiſſance. tombent ſous le reſſort de la Juſtice. nous ayons pour re méde & refuge un Propitiatoire & un Throne de grace. ne ſont pas ſi bien connues au ſerviteur ainſi qu'au Mai tre dans ce deſert où nous ſommes. Car comme la Juſtice fit ſon devoir & ſon office en envoyant la Miſericor de . I. 2. préſcrires aus hommes pour ne les pas outrepaſſer. mais pas de la Juſtice. lequel eſt celui de la Miſericorde. La Miſericorde quºi qu'elle ait apaiſé la Juſtice pour les tranſgreſſions paſſées . il a plû à Dieu que le ſerviteur venant à les outrepaſſer par ignorance. & à ſe mé prendre par erreur. ſans acception de per ſonne. 4.

. : ' 3.. s'il nous étoit ainſi permis de devenir encore in · juſtes. | laiſſe revenir la Juſtice . la Miſericorde auroit agi injuſtement & auroit été cauſe de l'in juſtice. . connoiſſance Et aprés cette fonction · de ſon office . de méme la Miſericor de s'eſt acquité de ſon office en nous re · mettant dans la vie & dans ſa vraye . · Car la Juſtice pour demeurer juſte. Car encore que la Miſeri corde ait obtenu la viétoire. & lui permet de reprendre ſa juſte fonétion. elle n'a pas pourtant par là retranché la Juſtice. | " . A Dieu . la Miſericorde ait pour cela de truit la Juſtice par ſa victoire. de l'Homme Chap. .H ne faut pas non plus s'imaginer. -comme auſſi pour que la Puiſſance de meuraſt véritable . Cette : verité eſt bien remarcable. que · parce que la Juſtice a frapé de mort la -Miſericorde par ſa juſte maniére d'a ·gir. 2o7 de à la mort . . Et . mais ſi la Mi ſericorde euſt deu ôter & faire ceſſer · les fonctions de la Juſtice . elle ſe retire à l'écart. il auroit fallu qu'avant cela toute injuſtice euſt pris fin. : Sans cela. le Diable regaigneroit au centu ple toutes les dépouilles qui lui avoient été enlevées. 4. III. . La Juſtice doit donc demeurer & • ſubſiſter. . devoit bien fraper · : de mort le Verbe divin . . & de noſtre coſté.ne plaiſe ! · · .

le quitteront & s'enfuiront de · lui à la voix de la verité & à la vûe de l'étendart de la Juſtice. ou que la Juſtice les condamneroit de nouveau. : cela ouvrira les yeux à ſes miſerables eſclaves . - Mais les hommes aveugles & igno rants ne font que chercher juſqu'à cet · te heure des Docteurs qui ne leur par · lent que de la Miſericorde. que s'ils devoient revenir & demeurer ſous la Juſtice. & leurs oreilles ſont charmées de piai fir quand on leur chante. qu'en ſuite il nous faut étre remis ſous le ſceptre & le gouvernement de la Juſtice . que ſi l'on vient à connoître que la juſ tice eſt encore vivante & ſubſiſtente . que la Miſe · ricorde nous a rendus libres devant le · throne de la Juſtice. ' • • . Et ainſi ils demeurent à terre (com me l'on dit) entre deux ſelles : car fi long . C'eſt de quoi ils entendent volontiers précher. Et par effet . Prenez y bien garde. Car ils voient bien . Mais d'ajoûter à cela. Du Retabliſſement 4. qui voyant l'illuſion où ils ſont. il faudroit qu'ils agiſſent & qu'ils vecuſ ſent juſtement. le f>iable veut bien ſoufrir que !'on parle de ia Miſericor de : mais il ne veut point entendre parler de la Juſtice : car il ſçait bien. ils n'en veulent rien ſçavoir ni rien ouïr dire.2o8 .

puis que tout eſt caché dans elle. elle rend tout à la Miſericorde. Si nous n'avions rien ſçû de la Juſtice. I. I [ I. dans laquelle enfin . nous n'aurions pas obtenu la Miſericorde. 3. 2. Avant . & que tout doit venir d'elle. de méme que la Juſtice a mar ché devant la Miſericorde. 2o9 # long temps qu'ils refuferont le ſiége de la Juſtice . il nous faut cher cher tout . La Miſericorde ne ſauroit regner que la Juſtice n'ait exterminé toute injuſtice de la ferre. à la face de la Juſtice. de l'Homme Chap. ils n'auront pas non plus l'autre : puis que tous deux reviennent à un. Car c'eſt par la Miſericorde que la Juſtice a été connue. il auroit enfin repris & retenu tout ſon butin . C H A P I T R E I V. Aprés que la Miſericorde a remis l'homme dans le commencement de la droite voye » c'eſt en ſuite à la Juſtice à accom plirſes fonctions : aprés quoi. - 5 Mais louée ſoit la Toutepuiſſance de ce qu'elle nous a fait connoître la fuſti ce. Auſſi s'il avoir été dans le pouvoir du Diable de retenir & de cacher la Juſtice. & cela par la Miſericorde. en ſorte qu'elle ne fuſt point connuc .

Alors tout ce qui ſe trouve droit & juſte par devant la Juſtice. I. & cela avec Juſtice. il nous faut combattre l'injuſtice dans ce ſiécle de trou bles c3 d'iniquité. enſeignez - nous à bien connoître vôtre juſ tice. 5. la Juſtice l'abandonne volontairement & le laiſ ſe en propre à la Miſericorde : & la Miſericorde en devient Roy de Juſtice. Trois ſortes de ſiecles ou de mondes. 4. Roi regnant ſur tous les juſtes & ſur tOuS . de fuſtice & de joie. la Juſtice a ac compli ſa fonction : & alors elle livre entre les mains de la Miſericorde tout pouvoir & tout empire. il nous faut re venir de la Miſericorde par la Juftice à · la Puiſſance. de peur que nous ne tombions plus dans ſon Jugement ! Car la Juſtice doit mettre ſousſes pieds la Miſéricor de auſſi bien que tout ce qui eſt injuſte. & ſe manifeſtera en ſuite en toute plenitude de Dieu 3 ſans plus paſſer. Avant que d'entrer dans le ſiecie futur de paix. Le troiſieme ſe conſtruit dés à preſent . Quand cela eſt fait.2 1O Du Retabliſſement 3. puis qu'en effet cela eſt juſte. Etant venus de la Puiſſance ſous la Juſ tice à la Miiericorde. puis que tout a été ſauvé par Elle. nôtre Source & origine. O Mon divin Pere .

avec lequel comman e dement la Juſtice vient ſe declarer con tre l'injuſtice. 15 : 56.s # . le vieux Monde . | | 2 : O mes chers freres. purifions nous du vieux levain. 211 # tous ceux qui ont vaincu l'iniquité. afin d'étre trouvés ſans aigreur & marchans irreprehenſiblement dans la : lumiére devant la Juſtice : car alors : toute injuſtice ſera entiérement exter : minée de la terre . (d) : 1 Cor. · · · · · . (c) Pſa m.º (d) Un peu de levain aigrit toute la maſſe de la · paſte : & partant .: . IV. Et alors commencera en toute | --.. Mais ce divin Roi-là ne ſçauroit # regner que premierement la Juſtice n'ait arraché & exterminé toute injuſ tice . . . 3. . de méme qu'elle fait voir -par lui que les autresſe ſont comportés -juſtement. d'+ ſau ſera retranché . ni les pécheurs dans l'aſſemblée des juſtes. 5 : 6. de méme que (b) ſon pouvoir eſt le commandement . 6 : 23 (b) 1 Cor. cle (c) ne pourront ſubſtſter dans le fugement. de l'Homme Chap. · · maniére (a) Rom. Monde de Jacob viendra prendre ſa place. . prenons à cœur r de nous regler ſelon ces verités là : car . & n'ait fait juſtice a l'injuſtice méme en la condamnant & l'envoyant à la mort : car (a) le loyer du peché. & le nouveau . eſt la · mort. . 2. . I : 5. c'eſt de ce chef que les enfans du ſié . .

ſuivant cette parole de Jeſus Chriſt . » - . & y combattre de telle ſorte . que nous trouverons alors en Jeſus Chriſt la paix & la vie tout purement. ainſi que Jacob combattit d temps d'Eſau. (a) le deuil ni les peines ne ſeront plus dans ce nouveau Monde. la verité & la vie . nôtre vrai plaiſir paroîtra. auſſi l'étoit le troiſié me dans le Tabernacle de Moïſe. au lieu qu'en ce mon de nous devons y ſouffrir beaucoup d'angoiſſes dans notre chair : puis que quiconque veut poſſeder le Monde fu tur de Jacob. Du Retabliſſement. : º ' 4 Comme le premier Monde étoît contenu dans le Paradis. » maniére & parfaitement nôtre vraye exaltation. qu'il puiſſe ſubſiſter devant la Juſtice . I2 (a) Apoc. & n'y aura jamais plus de douleurs . doit premierement habi ter le fiécle preſent d'Eſau . doit dans le temps ſe ranger ſous la baniére de la Miſericorde. mais en figure. & d'une maniére cachée : Et c'eſt-celui que Jeſus Chriſt . le ſecond dans l'Arche de Noë . eſt venu mettre à nud & en evidence : dés a pre ſent il ſe conſtruit réellement d'une maniére ſpirituelle . . mais en ſon pro pre temps il s'élevera & ſe manifeſte . qui eſt la voye . 21 : 4.212 . ºr : ' · : · Cela veut dire. .

La Puiſſance donne le com mandement.La. de l'Homme Chap. & la Miſericorde livrera le tout à la Puiſſance. & la Juſtice a fait paroître la Miſeri corde. · -· · . & par le commandement nous met ſous la Juſtice : & de la Juſti ce nous venons ſous la Miſericorde. 213 ra avec force & puiſſance. elle nous . & à lui ſoit l'Empire & la loüange d'éternité en é ternité. Ainſi donc nous ſommes premiére ment venus de la Puiſſance à la Juſtice . º . La Miſericorde nous remet libres dans le parvis du Tabernacle : par la Juſtice nous arrivons au lieu Saint » où la méme Juſtice nous ſervant de té moin devant la Puiſſance . de la Juſtice ſous la Miſéri corde. & ſubſiſte ra ſans paſſer. IV. place - . Enfin Dieu ſera alors tout en tous . . Maintenant il nous faut re brouſſer vers nôtre ſource par la Miſe 1icorde. & enſuite . Ce ſera alors que la Miſéricorde ſera Roi ſur les juſtes en toute ſa force [& ſon étendue ] comme on vient de le di re. Amen.Puiſſance produit la Juſtice . Alors tout ſera remis en ſa droitu re. " 5. qui retablit toutes choſes : Et de la ſorte . nous retournons de la Miſericorde par la Juſtice à la Puiſ . puis que c'eſt la Puiſſan ce qui a fait toutes choſes.

& grande gloire &" recompenſe qui les ſuivra. . Grandes é preuves qu'il faut foûtenir avec fidelité & perſeverance. E# quand le parfait Amour ſera . par ſon Fils Jeſus Chriſt. pour y vi vre éternellement avec Dieu. pour étre trouvés en charité & . venu. . . le Pére de la gloi re. - place dans le lieu Trés-ſaint. - I. $uan#le pur & parfait Amour vien dra. Seigneur . - · A quoi nous veuille aider le vray & le ſeul Dieu du Ciel. 2. . · · ·· · - 1.*-** CG H. Tous doivent s'acquiter en temps de leurs · devoirs . Amen ! -N'oubliez pas ces importantes verités. les ames bien-aimées . · A3 P · 1 · T · R· E· · · V. ils ſe glorifieront en Jeſus Chriſt avec des lévres pures & ſans mélange de crainte. a lors vivront les cœurs. ſans plus mou rir. chéres & agréables au .2 I4 Du Retabliſſement . 3. Et ce ſontlà les vrais élus.écrits dans le livre des élus de Dieu. ceux qui en ſeront doiié ſeront prefé , rés aux ames ſerviles & mercenaires. s | -. & étant animés de l'Eſprit du Re nouvellement de ce temps heureux . & ſe nourriront des fruits de ce ſiécle futur dans le Paradis de Dieu. de maniére que rien ne ſe faſſe & ne ſe laiſſe plus par la crainte.lº ! .

ceux qui à la fin ſeront trouvés dansl'accroiſſement d'unecha rité opérante & victorieuſe. L'un ſera dans le parvis. & des vierges ſans nomére. | . 44 : 5. L'un dira. qui entreront avec contrainte . & Aſſur l'œuvre de mes mains . & ſe ſurnommera du nom d'Iſraël. (b) Iſai. V. 7e ſuts au Seigneur. les Elus de Dieu pour lui étre à Epou ſes. quatre-vingt autres femmes . - . 19 : 25. l'au tre dans le lieu ſaint. Et ailleurs : (b) Benite ſoit l'Egypte mon peuple . & Iſrael mon heritage. ſelon la parole du Cantique : (a) Il y a ſoiſante Reines. à plaiſir . Et encore. Cela ſoit dit en generaltouchant cette ſainte vocation . & le troiſiéme dans le lieu trés-ſaint : mais tous doi vent étre trouvés travaillans conſtam ment & tout de bon dans la foi & dans une bonne volonté avec plaiſir & ar deur. Les derniers . Et chap. 2. & le troiſiéme écrira de ſa main. & l'autre ſe glorifiera du nom de 7acob. ſeront moindres que ces premiers. 2 15 Seigneur preférablement aux autres : Ce ſont la fleur & les choiſis de Jacob. ſoient é crits dans le livre des élus ſinguliers & des plus cheris du Seigneur. Car (a) Cant. . de l'Homme Chap. & à vie éternelle. afin que chacun s'acquitant de tous ces devoirs en leur vrai temps . 6 : 8. je ſus au Seigneur . Souvenez vous de ces verités.

éprouvés pluſieurs fois par le feu. (a) ſont les épurés dans le creuſet de l'affiiction & dans la fournaiſe de 'abaiſſement : Ils y ont été en effet épu rés pleinement . Auſſi y en a-t'il peu qui ſoute nans cette épreuve avec fidelité y perſé verent juſqu'à la fin. chair de ſa chair & os de ſes os. qui combat . la Sion. digne d'étre placée au lieu trés-ſaint & dans le centre de la vraye vie.2 16 Du Retabliſſement Car je vous déclare que ce ſeront ceux-ci qui ſeront ſon Epouſe. & triomphante aprés avoir eſſuié tout combat : enfin . la Cité bien ai mée de Dieu . 48 : 1o. la montagne & le Temple du Seigneur. de méme que ſon Seigneur : victorieuſe. & ſe rejouiront en Dieu par Jeſus Chriſt. Temple qui ne ſera bâti que d'or & de pierres choiſies & précieuſes.toute pure. Ces élus-là. vivront . Prenez y bien garde. & entiérement purifiés ni plus ni moins que de l'or & de l'ar gent. Cependant heu reux & ſaint eſt celui qui endure juſ qu'au bout. 5 : 1 c. & qui rem porte la victoire: car ils ſeront la fleur & les choiſis de Jacob . & dans lequel les autres bien-heureux habite ront . (b) Apoc. une Epouſe toute éclatante de lumiére. la Jeruſalem . toute ſainte. | 3. . Ce ſont les (b) Prétres-Rcis qui regne y'c77f (a) Iſa. ſans ride ni tache .

auquel ils ſeront rendus conformes comme étant devenus ſa Royale & bien-aimée Epouſe. honorés méme de lui. Auſſi ont-ils travaillé le plus en charité. & ſont (a)venus de la grande tribulation. de l'Homme Chap. les enfans de la promeſſe. Ils occuperont les premiéres pla ces comme étant les premiers fruits de l'Eſprit. & d'autres trente pour un. V. 2 17 ront ſur toute la terre lls recoeilleront du fruit au centuple lors que les autres en auront ſoiſante. En fin ce ſont les cent quarante quatre mil le Vierges pures & immaculées dont le cœur eſt purifié & nettoié de tout deſir & de tout plaiſir de la chair. benis & gratifiés du Pére commeBenjamin par une portion cinq fois plus groſſe. (a) Apoc. 7. choiſis comme Juda & Ephraïm . , ſy K L ET . qui leur aſſujettira toutes choſes par Je ſus Chriſt . les premiers-nés . Prenez ces verités à cœur.

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.LETTR E Sur la REGENERATION.

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le meilleur eſt de ſe ren dre entierement entre les mains de Dieu : 4. 2. 2o. qui nous prend à ſoi . 1o . 21. 16 . 8. de ſon état . & nous touche de ſes lumiéres & deſon amour ſenſi bles. 5 .2 t L E T T R E D'une fille à une femme mariée (Iſabelle de Wardenbourg) Sur la R E G E N E R A T I O N. SO M M A I R E. 13 . & puis les retire. 7 . 14. Dans la méconnoiſſance où l'on eſt de ſes propres miſéres . & de ſa grace : 12. 3. 1. de ſon amour . pour nous en delivrer par l'entremiſe de ſes ſouffrances. 17. 2 . 15 . infini . mo iennant adherer fidelement à lui & à ſon amour » qui eſtfidele. cº incom prehenſible . veut auſſi le purifier &% le delivrer du peché par la foi en lui & l'hu milité : 19. Qui voulant venir demeurer dans l'homme . & nous découvre nôtre fonds tenebreux & ſouillé: 9 . 3 qui fait . cé du Liberateur . 1 I. 6. y renouvellant un Amour tout-pur &Kdeſintereſſé.

Ma trés-chére & bien-aimée amie en Dieu . que vôtre ame ſe trou ve atteinte de quelque triſteſſe par la découverte que vous faites de vos pro pres miſéres. A quoi la garde de ſoi-méme nous ſert mieux d'introduction. Pour .2 22 Lettre ſur fait mourir la corruption de la nature : 22 . O que loüé ſoit le Sei gneur. de ce qu'il ne ſauroit deſiſter d'accomplir ſon divin ouvrage dans vous ! car c'eſt à cela que vonttous les moiens tant exterieurs qu'interieurs dont il ſe ſert envers vous. 23. dans l'eſperance que Dieu me fournira telle matiere qu'il lui plaira. 25. & c'eſt à quoi auſſi ont contribué les grandes é preuves que vous avez ſoûtenues juſ qu'ici par ſon aſſiſtance divine. Le cœur me dit de vous écrire un peu . mais je ne ſcay ce que je dois vous écrire. que l'étude des connoiſſan ces les plus hautes & les plus recherchées.ſes effets de charité. I. Choſe que Dieu execute par ſon grand & puiſſant Amour : 24 . J'aprends ma chere amie. Lequel enſuite derive ſans ceſſe dans l'ame . Je m'en vay nean moins mettre la plume ſur le papier. 2. comme auſſi d'hu milité & de ſouffrances : 26.

& qui avoit de l'affection pour mon a me. qu'avant cela . j'ay ci-devant prié ſouventes-fois le Seigneur avec bien des larmes. " Mais ·K 4 on ſe contentalors a . 2. C'étoit environ ce temps-là que je commençois à étre en peine de moi : & comme je ne me connoiſſois pas en core moi-méme. me déclara un jour . toute indigne que je ſuis. 3. comme il n'y a que moi ſeule qui l'ait bien ſenti. auſſi n'y a t'il que moi ſeule qui le connoiſſe bien : mais je puis dire . la Regeneration. Chriſt.2. qu'il me fiſtla grace de me faire connoître ce que je ſuis de moi méme. Chriſt fuſt un Re demteur qui puſt me delivrer & me rendre libre de mes pechés & defauts. Je m'étois perſuadée auparavant d'avoir beaucoup de zéle pour la gloi re de Dieu . Sa grande charité voulut bien exaucer mes ſoupirs : mais de dire ce que je découvris par là au dedans de moi. ce m'étoit un langa ge bien étrange & inconnu que d'en tendre dire.3 #! 2. Pour ce qui me regarde. je n'avois point de vraye connoiſſance de mon propre etat. que je n'avois pas encore la vraye foy. certaine perſonne à vous bien connue. Mais par la direction de Dieu. & d'étre bien inſtruite dans la foi & dans la connoiſſance de J. que je ne croiois pas que J.

224. je ne deſiſtaſſe pas de combattre avec priéres & larmes que le Seigneur ne m'euſt exaucée. Et ainſi. Patriarche Jacob. 4 Ce bon Seigneur acceptant dés le moment cette oblation de moi-mé me. Je me reſolus de ne plus faire cas deſormais que de lui ſeul . Nulles croix ne me paroiſſoient trop péſantes. ſans differer d'avantage à m'y rendre . daigna me toucher tellement de ſon divinamour. & qu'avec le S. je m'abandonnai ſoudain toute entiére par ſa grace entre ſes benites & pater nelles mains. à le ſuivre par telles voyes qu'il lui plairoit me conduire. Je lui di ſois amoureuſement : Entreprenez moi » . que je m'offriſſe toute à celui qui ſeul pou voit me rendre libre . & de le prendre pour mon u nique affaire. afin qu'il fiſt de moitout ce qu'il lui plairoit. Lettre ſur # lors de me conſeiller ſeulement. & mon amour me les faiſoit embraſſer toutes au dedans mon cœur. Je ne voulus plus em ployer toutes mes puiſſances qu'à l'honorer & à le ſervir. Il me ſembloit d'étre toute préte . Ce conſeil me ſembla trés-bon : car je voyois fort bien que la voyed'invoquer le Nom du Seigneur ne pouvoit étre une voye de tromperie. & de tout mon cœur. que je devinstoute embraſée de ſon ardeur.

. je n'aurois pas daigné d'y penſer ſeulement. met tez la main ſur moi. nulle croix trop amére. J'étois contente de tout. la Regeneration. O l'admirablc & lc ſingulier état où je me trouvois alors ! s'1l avoit pû paroitre & rejaillir au de K 5 hors . ni du Ciel . j'étois préte à endurer joieuſe ment toutes choſes avec lui. nulles adverſités cn · trop grand nombre . Mon ſeul divin Amant m'étoit aſſez. & me faiſoit connoi .tre que c'é oit lui qui étoit le vrai A mant des ames. Seigneur. Nulle voye ne m'étoir trop difficile . pour tout dire . Mon divin Amant m'é -toit à ſi haut prix . Mon cœur me paroiſſoit trop noble pour étre attaché à rien de ce qui y eſt. ni de l'En fer méme. 225 moi. Une ſeule choſe me ſuffiſoit . & ne m'épargnez nul lement : me voici devant vous. On m'auroit pû offrir tous les Royaumes du monde. Je laiſſois le mon de étre monde ſans m'en ſoucier da vantage. & . & c'étoit de pouvoir le ſuivre. Je l'embraſſois doucement dans mon cOeur par les bras de l'amour . Je ne me ſouciois ni de ma mere. que nulles des cho ſes de la terre ne pouvoient plus me toucher. & lui de ſon côté s'inclinoit amoureuſe ment vers moi . pourvû ſeulement que je le trouvaſſe. Je voulois bien étre denuée de toutes cho ſes.

Cette perte me fut ſi intolérable . Ce pendant je demeurois ſi contente avec mon Bien-aimé. Mais le Seigneur vouloit qu'il demeuraſt renfermé & caché dans mon interieur. Auſſi. .26 Lettre ſur hors . mais pourtant ſans le trou ver : car l'Epouss'étoit retiré: abſence qui ſe trouve prédite par lui-méme dans l'Evangile. en diſant. je ne l'aurois trou vé nullement difficile. 9 : vers 15. qu'on ne met pas une piéce de drap neufà un vieux vétement. & qu'alors ils jeûneront : Et la rai ſon de cette abſence. que le vieil-hom me n'étoit pas alors encore mort. que (a) le temps viendra que l'Epoux ſera ôté aux ſiens . Mais à peine cet état m'avoit il duré un peu de temps . on auroit entendu d'étranges choſes. 5. il la declare en ſuite.2. (ajoûte (a) Matth. fai ſant connoitre par là. qu'outrée d'un amour furieux je cou rois çà & là le chercher commetoute inſenſée. que quand bien j'au rois dû reſter avec lui toute ſeule quoi que vagabonde dans des deſerts & des lieux abandonnés. lors qu'il dit . parce qu'il y avoit en core . quoi qu'à mon inſçu . qu'en effet je me trouvay meinée dans un deſert : mais c'étoit le deſert de moi-méme : & là je perdis celui que mon ame aimoit. quelque choſe à redire au dedans de moi.

227 (ajoûte-til) ne met on point non plus du vin nouveau dans de vieux vaiſſeaus : ce qui nous fait connoitre que premierement les vaiſſeaux doivent étre purifiés. qui doit y étre verſé. 6. Cela fit lieu dans moi K 6 3 . & puiſſe s'y conſer Ver.. que je me reconnus toute pauvre . Plus je le recher chois. & c'eſt pour cela que ſon départ m'étoit tellement penible . a vant que le vin celeſte. c'eſt ce que je ne ſavois pas encore. qu'à ce que le Seigneur m'euſt intro duit & fait voir dans mon intérieur : & ce fut alors que je metrouvai dans un état tout à fait deſolé . la Regeneration. & que je ne l'avois poſſedé qu'avec proprieté . & que je vis que mon vaiſſeau étoit tout rempli d'ordures & tout fourmillant de peohés. que je nc ſavois que devenir. malheureuſe & miſérabie . plus me trouvois-je moi-méme avec ma miſére. helas. Je m'en allois ſur les lieux où j'avoisjoui auparavant de ſon aima ble preſence : mais je n'y rencontrois plus qu'horreur. . raiſon pourquoi il étoit neceſſaire qu'il ſe retiraſt de moi ! mais . y ſoit mis.. O quelle ſurpriſe & quelle anxieté fut la mienne lors que je vins à decouvrir que juſ qu'alors je n'avois connu Jeſus Chriſt que ſelon la chair ſeulement . Mais tout cela m'étoit caché juſ.

auſſi bien dans les Pro phétes que dans le livre des Pſaumes. ſe re jouira. (a) encore un peu de temps. dit il. & † ply (a)Jean . leur faiſant méme entendre qu'ils en viendroient juſqu'à des de treſſes & à des anxietés pareilles à celles d'une femme qui eſt dans les douleurs de l'enfantement : mais ce n'eſt pas ſans les conſoler . fut verifiée à mon égard. & vous ne me verrez plus . c4 perſonne ne pourra vous ôter vo tre joye. gâté. 16 : 17-2o. & vôtre cœur ſe rejouira . & puis encore un peu de temps . le monde . & cette parole de Jeſus Chriſt à ſes diſci ples . leur diſant là-méme : Fous me verrez de nouveau.2. L'on trouve auſſi dans l'Ecri ture quantité de lieux où il eſt parlé de cette triſteſſe. & vous ſerez dans la triſteſſe & dans l'affliction. & que nôtre fonds eſt entierement corrompu. 7. Les diſciples n'entendoient pas cette parole : mais illeur en donna d'a bord l'explication en leur declarant ce qui leur arriveroit durant le temps qu'ils me le verroient pas . On y voit que nous ſommes directement oppoſés à Dieu. . & vous rue verrez . Cette triſteſſe procéde propre ment de la connoiſſance qu'on a de ſoi méme : Car dans cette connoiſſan ce on trouve qu'il y a une extréme diſſemblance entre Dieu & nous.28 Lettre ſur a une ſource de larmes bien ameres .

mon Dieu . & cela . ſi le Dieu des miſericordes n'euſt attiré à ſoi par ſon amour infini une auſſi miſerable créature que moi . Repreſentez vous un peu quelle fut alors la conſternation de mon eſ prit. je n'aurois jamais ôſé aller à lui. ie Diable. je ne ſavois pas quc ma diſpoſition fuſt ſi perdue avant que vôtre bonté m'en euſt donné la connoiſſance ! Ce pendant . : l'amour de ſoi-méme. c'eſt de quoi vous faites vôtre affaire unique & principa K 7 le » . 8. tant é toit extréme la honte & la confuſion où je metrouvois alors Preſentement méme je lui dis encore quelques fois en y penſant . Comment . & toutes ſortes d'abominations & de choſes damnables. un coeur ſi impur. Elle étoit telle. pour m'en delivrer. la vaine gloire. la mort. En effet. ſi gâté & ſi corrompu! He las. 229 ply de toutes ſortes de maus & de malig nités. la chair . que pour le dire en un mot . la Regeneration. de ce que vous m'avez découvert & fait connoitre la corrup tion de mon état . que vôtre Saint Nom ſoit loüé de ce grand & indicible bien-fait. Et c'eſt ainſi que je trouvai dans moi le peché . l'Enfer. ai-je pû étre aſſés hardie que d'oſer 1 • vous offrir un tel cœur . lc monde . je veux dire. |! le moi & le mien. tels que ſont la propre volonté .

l'amour des Créatures. afin que vous nous ſoyez Libe rateur. la propriété. & que nulle impureté ne peut ſubſiſter devant vous. que nul ne ſauroit vous voir ſi premierement il n'a le cœur pur. Car les delices de vôtre cœur ſont de demeurer avec l'homme . afin qu'il devienne capable de jouïr de vous. le mien . que vous nous ſoyez Reſtau rateur. & méme prié . O que le péché doit étre une choſe hor rible . vous étes venu ſouffrir tant de peines & ſubir tant de miſéres en ce monde. 9. à ſon propre interieur . tout devant étre mortifié & méme entierement mort pour que nous puiſſions avoir communication avec vous. je veux dire. ne doit plus s'y rencontrer. & vous ne pouvez y demeurer que le lieu de vôtre demeure ne ſoit premiere ment nettoié & purifié. de travailler l'hom me & de le rameiner pour cela au de dans . Medecin & Sauveur. la concu piſcence & ſes deſirs. le moi » rien de tout cela . & qu'afin de rameiner les a · mes perdues & exterminer le peché. vous nous avez ſi ſouvent invité. C'eſt pour cela que vous avez quitté vôtre gloire . puis que vous étes letrés-pur. de ſorte que les plai ſirs. C'eſt auſſi pour cela méme que . que nous alaſſions vers vous. 23o Lettre ſur le.

ma trés-chére Amie. de vous dire quelque choſe de ce qui regarde mon état : prenez le en bonne part. c'eſt ce que nulle plume ne ſauroit décrire. magnifié de tout! Amen. 1o. Je viens . Quoi que je vous ſois abſente de corps . Il me faloit un peu répandre mon cœur dans vôtre ſein. le ſavent fort bien . la Regeneration. méme juſqu'à ne ſavoir plus que devenir n'en ſoyez . Et encore qu'avec le temps vous veniez à vous trouver toûjours plus miſerable. Je ſçay auſſi que le Seigneur ne vous abandonnera point. mais de dire ce qu'ils en éprouvent . puis qu'il vous a tant coûté pour delivrer les ames d'un tel mal ! O quelles amertumes de ſouffran ces n'avez-vous pas endurées pourmon ame ! O combien grande fut l'angoiſ ſe intérieure qui s'empara de vôtre ame lors que la ſueur en découloit de vôtre benit & ſaint corps juſques ſur la terre en forme de goûtes deſang ! O le puiſ ſant & le penetrant Amour que vous avez eu pour nos ames ! Par ce grand Amour vous ne pouvez encore deſiſ ter de faire & d'accomplir dans nous vôtre ſaint ouvrage. Ceux qui mei nent avec perſeverance une vie inté rieure. vous ne laiſſez pas neanmoins d'étre dans mon cœur. 23 I rible à vos yeux . Que le Seigneur ſoit éternellement loüé. honoré.

& l'amour ne ſauroit s'empécher de s'écouler & de ſe communiquer. Il vous ſera bouclier & loyer trés-grand.loin de vous abandonner vous demeurera toujours fidéle. 232 Lettre ſur ſoyez pas pourtant étonnée. & ſe . Vôtre Sauveur eſt vôtre defenſeur.& lui. Vô tre ame lui eſt chére & précieuſe. que perſonne ne ſauroir l'en | arracher. ma bien aimée . Je n'ignore pas. Demeurez lui ſeulement fidelle juſqu'à la mort. lon leſquelles il ſe ſert d'une infinité de moiens pour nous faire venir à la con noiſſance de nous mémes : & c'eſt en core de la qu'on peut reconnoitre l'a mour ſingulier qu'il a pour nous. & ne deſeſperez point pour cela de la Bonté de Dieu : car ce ſont là les voyes par leſquelles il conduit ſes amis de chois & ſes bien-aimés. Je l'ai trouvé ainſi par l'expérience : mais ma plume eſt inca Pable de décrire cetamour inſigne qu'il 3 . ma chére amie. Le divin Amant de vôtre ame ſaura bien diriger & mei ner à bonne fin ce qui vous regarde. Satan ni les hommes ne ſauroient la bleſſer ni lui nuire en rien. & il la garde comme la prunelle de ſes yeux: il la tient méme ſi fermement dans ſa main . car il eſt l'amour méme . qu'il ne vous ſurvienne beaucoup de croix & de ſouffrances : mais tout cela vous tournera à bien. 1 I.

que quelques fois el le ſe ſent toute fondre par les arde# e - . qui eſt Dieu . C'eſt un Ocean qui ne peut s'épuiſer. 233 a témoigné à une créature auſſi indigne que moi Que ſi le Seigneur a daigné de faire un ſi grand bien à une créature telle que je ſuis (& Dieu ſçait pourquoi je parle de la ſorte. ſi jalous. Ce ſont des charbons ſi ar dens. c'eſt une telle flamme de Dieu . ſi penetrant . Il ſera vôtre Conducteur dans toutes les voyes par leſquelles il vous meine. celui qui aime vôtre méme ame l'aidera à en ſortir : car . contribuent plûtot à lui faire enflammer de plus en plus nôtre ame. \ la Regeneration. ſi ardent. & quoique les eaux de la triſteſſe & de l'affliction où vous vous verrez plon gée atteignent vôtre ame juſqu'aux lé vres . Et partant remettez lui toutes vos affaires. ſi enflam mé . comme je viens de le dire.) que ne doivent pas trouver auprés de lui ceux qui lui ſont fidéles ? 12. que les fleuves & les tempétes des croix & des afflictions bien loin d'éteindre cet amour . que je ne ſçai quel nom lui donner. Je ne ſuis qu'impuiſ ſance pour exprimer ſa force & ſon ef ficace. afin qu'il les conduiſe & leur donne iſſue ſelon ſon bon-plaiſir. il eſt l'amour méme : & cet Amour. juſques là. eſt ſi puiſ ſant .

(a) Jean. que de l'abandon 116I'. . aſſavoir .23 Lettre ſur de ce ſacré feu d'amour. L'Amour ſçaura bien vous conduire & vous donner bonne iſſue . ne voilà pas un Amour extrémement grand & in comparable ! Reprenez donc vigou reuſement cœur & courage. (a) mon Pere & moi viendrons vers vous. pour vous en purifier. & nous demeurerons dans vous. il faut que la place ſoit bien & dûëment preparée ſelon la competence de ceux qui doivent y étre logés. 14 : 13. & accomplir dans vous ſes gracieuſes promeſſes . pour vous préparer à lui. ſurtout dans les momens où le Seigneur lui donne à connoitre d'une maniére ſenſible qu'il aimeroit mieux endurer encore la mort douloureuſe & amére qu'il a ſoufferte pour elle. & qui vous la fait connoitre ſeulement à cette unique fin. aſſavoir . 13. & pour vous ren dre agréable à ſes yeux : Car il vou droit bien venir prendre demeure dans vôtre ame. quoi que vous vous trouviez toûjours plus indiſpo ſée & plus inhabile. Sans doute qu'où une compagnie ſi digne de tout hon neur & de toutes louanges doit venir faire demeure. O ma chere amie. Penſez que c'eſt l'amour méme qui vous fait voir ainſi vôtre Indiſpoſition.

pour nous delivrer de nous mémes . la Regeneration. Et c'eſt auſſi pourquoi il diſoit aux Juifs : Si vous ne me croyez ce que je ſuis. qu'une ſi inconcevablement haute & trés-haute Majeſté daigne entrepren dre une choſe ſi baſſe & ſi ſordide qu'eſt l'horreur du peché. Je ſçay bien en quel état vous vous trouverez de plus en plus à meſure que vous ap procherez du Seigneur. du mal. ô Seigneur. O malheur lugubre pour celui qui demeure dans ſes pechés ! car qui conque y demeure . La chair & le ſang ne poſſederont ja mais ce Royaume celeſte. 235 logés. pour en nettoyer lui méme la place de nos ames & ſe la preparer ! Offrez lui donc continuel lement la vôtre pour cet effet. Je ſçay & crois. vous mour rez dans vos pechez : comme s'il vouloit dire. Si vous ne croyez que je ſuis ce lui qui peut vous delivrer de vos pe · chez » vous mourrez dans eux. je veux dire . & que vot) s . comme je viens de le di re. c'eſt expreſſément pour cela qu'il nous fait voir ce que nous ſommes. Mais telle a toûjours été la maniére d'agir de l'A mour : car. le péché ſeul nous ſéparant de lui. 15. demeure auſſi ſe paré d'avec Dieu. c'eſt à dire. 14. que vous étes celui qui pou vez me delivrer de mes pechés. O profondeur d'humiliation.

O ſi à ce ſujet je pouvois me ſoûmettre & me ployer aſſés profondément au deſſous de vôtre grande Majeſté & de toutes les créatures ! ô ſi par la je pou vois étre libre de toute pente à juger mes prochains. de peur que nous ne les infections par notre corruption. Tout cela vient de ce qu'on ne ſe connoit pas ſoi-méme: car ſi nous nous connoiſſions bien nous mémes . j'en tends que l'on ſe plaigne ſi facilement les uns des autres . & que l'on croye toujours que la faute eſt de leur côté ! Et de là vient que ſouvent l'on s'entre donne des avis de ſe garder de tels ou tels. afin que Il0UlS . ce ſeroit de nous que nous devrions don ner avis aux autres de ſe bien garder. qui cependant ſont de vrais amis de Dieu.236 Lettre ſur vous étes la verité qui peut me rendre libre de moi-méme : & partant je benis vôtre ſaint Nom de ce que par vôtre grande charité il vous a pleu me faire connoitre ce que je ſuis de moi-méme. leſquels ſa Majeſté nous en voye. & néanmoins ſi commun entre les hommes . Que le Seigneur daigne illuminer nos yeux . & dont il ſe ſert comme d'in ſtrumens pour rameiner les hommes à lui. & que deſormais je ne me plaigne plus de perſonne que ſeu lement de moi-méme ! 16. O defaut inſigne.

ô com bien mon cœur eſt-il au large envers vous ! combien me trouvé-je occupée de vous & la nuit & le jour ! Or ça. la Regeneration. O ma chére amie. de l'a mour qui eſt répandu dans nos cœurs . mais ſeulement pour un coeur flexible. par . dans le temps & dans l'écernité ! Amen ! 18. Loüé ſoyez vous. & que vôtre volonté ſoit toûjours faite. ô mon Dieu. 237 nous puiſſions voir & nos propreste nebres & nos propres deffauts ! 17. mais ſurnaturel . quelques accidens & quelques rencontres qui m'arrivent. & avec quelque dureté que l'on me puiſſe traiter de paroles ou au trement.je di gnement rechercher vôtre haute Maje ſté & lui preſenter avec larmes des ſup plications qui puiſſent obtenir de vous un cœur abiſmé dans la plus profonde humilité ! Je ne vous prie point pour obtenir des douceurs ni des conſola tions . un cœur ſoûmis & abandon né à vous en toutes choſes. c'eſt comme ſi je ne pouvois ceſſer d'écrire. de l'amour que le Sei gneur-méme produit dans l'ame. puiſſé . O Pere de grace. Seigneur ! que beni ſoit vôtre Nom tres-ſaint ! faites de moi & avec moi tout comme il vous plaira . laiſſons agir l'amour : il ne ſauroit que s'étendre & que couler par tout : je par le de l'amour qui n'eſt pas naturel .

Il ne ſçait qu'aimer .Lettre ſur par ſon S. C'eſt celui-là méme qui enflame tellement l'amour . Eſprit. l'amour ne pourroit encore s'empecher de l'aimer. s'il ſçavoit quel que choſe qui fuſt de ſon ſervice. Ce [noble] Amour n'a point de motif. il le loüeroit méme de cette execution . niconſo lation . ni douceur . & qui l'embra . d'objet ni de but particulier ni intereſſé.. Je dis bien plus:quandl'Objet aimé ſe preſenteroit à lui de maniére que ſans dilai il fau droit mourir par ſes mains . Il n'enviſage dans cet ob jet aucun avantage pour ſoi. nia mitié extérieure : il lui ſuffit d'aimer tout ſimplement : & quand méme il n'y auroit à attendre & à ſubir que croix & que ſouffrances de la part de celui qu'on aime. & ſans lequel il ne ſeroit Pas amour. il ne manqueroit pas de la faire . Mais qui eſt ce Bien-aimé que l'amour aime ainſi ? C'eſt celui dont il tire ſon étre : c'eſt la ſource & l'ori gine du méme amour . je veux dire que c'eſt celui dont l'amour a puiſé ſon étre d'amour.238 . ni plaiſir. 19. tant eſt puiſſante la flamme du vrai Amour en vers le Bien-aimé. & en méme temps. ce vrai Amour n'y trouveroit nulle difficulté. & ſe ſentir trés-puiſſam ment embraſer d'amour enversl'objet qu'il aime.

de dou ceurs . auſſi bien en Dieu que dans les Créatures : & lors que cela lui manque. Voila qui eſt abſolument impoſ ſible à toute proprieté : car la nature s'attache à tout . Car elle ne veut point du tout ſouffrir. elle en eſt trés-inquiette & trés mal-contente. ^s 2 I. Elle cherche con ſolation . Ce la ſuffit à l'amour : & quand bien mé me il ne devroit jamais recevoir aucun effet de l'amitié de ſon Bien-aimé . & a voir ſa part à tout Elle ne ſçait pas qu'elle n'a rien à dire nulle-part. Cependant. la Regeneration. de Dia ble ni d'Enfer.39 l'embraſe ſi puiſſamment. 2. qu'elle en tremble toute. qu'on ne ſe ſoucie plus de Ciel ni de terre. de tribulations. & elle aprehende tellement la ſouffrance. pourvû ſeulement qu'on puiſſe A I M E R. - 2o. ni de conſolations . El le ne ſçait pas qu'elle doit mourir & é tre abymée: & ſi elle le ſavoit avant coup . El le ſe fait accroire que tout lui appar tient. il ne laiſſeroit pas d'en demeurer fort COFQtent. douceur. recréation . Elle veut étre par tout. & recherche en tout ſa propre ſatisfaction. elle s'en feroit mourir elle mé me de chagrin & de deſeſpoir. ſi faut-il qu'elle y vienne : mais le Seigneur le lui cache aupara vant : & puis il l'y fait entrerquan • il lUl1 .

C'eſt lui cnfin qui fera & qui rétablira ſon affai re Par l'amour qu'il lui porte. & Satan . à l'ame de l'homme. qui eſt à lui. Tel eſt l'amour que le Seigneur porte à celie qu'il aime. Que loüé ſoit le Seigneur de ce qu'alors il n'a point d'é gard à ſes plaintes. afin qu'elle jouiſſe de lui. c'eſt à dire . Elle ne fait que dete nir l'ame dans ſa priſon. s'oppoſent à lui pour retenir fermement cette ame dans leurs chai nes . à lui-méme . & le Seigneur en veut delivrer cette ame. Et alors il faut bien qu'elle marche » veuille ou non veuille. Cette chére ame lui a trop coûté pour pouvoir l'abandonner iuſqu'à ce qu'ill'ait rameinée àſa ſour ce . il ne ſe ſoucie nullement d'eux . puisqu'il a donné ſa propre vie & répandu ſon ſang pour elle. Car . à laquelle il eſt un tres puiſſant bouclier ſur lequel elle peut bien mettre ſa confiance. Et de quelque force que ſes ennemis. n'étant que trop puiſſant pour les con fondre : en effet . 23. 22.24o Lettre ſur lui plait. je veus dire. & qui lui appartient de droit. la chair. & de quelque maniére qu'elle faſſe la regim bante & la méchante. c'eſt le tres-fort : c'eſt lui qui ſçait piller la maiſon & em léver les armes du fort-armé : c'eſt le Roi-méme & le vainqueur des enne mis de l'ame.

ma chere amie. & je ſçay que vous prendreztout ceci en bonne part. 24. qui la guerira de ſes maux & la retablira en ſanté : ſi elle eſt affamée. Si elle ſe trouve foible. il la defendra. & il ſera ſa force : ſi elle eſt malade. Mais je ne crois pas que vous le direz. & l' Amour fera tout le reſ te. il ſera ſon Medecin . Il ne ſçauroit toûjours demeurer renfermé: il faut qu'il s'échape & ſe répande quelques fois vers l'un ou vers l'autre des objets qu'il aime. . Pen ſez qu'il faut que l'amour agiſſe & opé re. ſa pierre fondamentale & ſafer meté. 24. | L| | 25. & que pluſieurs d'eux ſont profondément imprimés dans mon ame . Commandez moi de ceſſer. qu'elle aille à lui. il la repaitra d'amour : ſi elle eſt alterée.qui tous ont tiré leur origine de l'AmourSouverain. il l'illumi nera : ſi elle eſt environnée de ſes en nemis. ou le Seigneur méme les a placés. Car l'amour qu'ila pour elle eſt #: ſi grand . ll eſt ſon répon # dant. qu'il eſt impoſſible de le dé crire ou de l'exprimer ainſi que l'ame # le ſait bien éprouver. Mei - . il ſe don nera lui-méme à elle pour la deſalterer: ſi elle eſt dans les ténébres. dites qu'il y a long-temps qu'en voila aſſez. car à lui eſt la force & la gloire é ternellement. Amen.I # 23. la Regeneration. elle n'a qu'à ſe tenir coi. puis qu'il y en atant.

ô fontaine de bonté & d'amour. Soyons toujours avec nous mémes & dans nous mémes : Et encore que nous y devions trouver des anxietés & de la peine . Meinons deſormais . & que cela noustournera tout à bien. Rece vons tout ſans diſcernement & ſans ex ception de ſon aimable main. ma chere amie. Mais ne vous ſemble-t'il pas que ma plume ne ſauroit ceſſer ? elle court toujours. qui ſache ſe plier au deſ ſous de ſon Créateur & au deſſous de tous les hommes ! O Seigneur vous ſa vez ce que je ſuis.242 ' Lettre ſur 25. & j'en ſuis toute étonnée. une vie toute intérieure & toû jours recueillie. C) ſi la vûe & le ſentiment de nos miſeres nous pouvoient ſervir à l'acquiſition de l'humilité ! O combien grand eſt le deſir dont je me trouve en flammée pour un cœur ſoûmis & plia ble! Je n'aſpire ni aprés conſolations ni aprés douceurs. ô que ne puiſſé-je acquerir un tel cœur. mais ſeulement aprés un coeur flexible & ſoûmis. & je le ſçay auſſi en partie ! vous avez bien fait de me le fai re connoitre : que beni ſoit votre Saint Nom pour ce grand bienfait ! ô que ne puiſſé je par là m'abymer conti . nuel . & ne laiſſons rien paſſer ſans le prendre bien à cOeur. penſons pour tant que l'amour le veut ainfi . OSeigneur des Seigneurs.

. (a) O ſi nous veillions conti nuellement à nous obſerver nous mé mes.méme lors que vous aurez ſa ſainte Croix. & l'on ne prend peine qu'à ſe donner des connoiſſances ſubtiles touchant Je ſus Chriſt . le priant qu'il lui plaiſe de vous garder du mal. 24. mon Dieu . la Regeneration. . que nous parviendrions toſt à la connoiſſance & au ſentiment de ce que nous ſommes!Les hommes pour la plus part n'aſpirent qu'à de hautes ſciences. Vous ſerez ornée des Joyaux que vous aura donné vôtre*A mant & qu'il a porté lui . en me croyant quelque choſe . car ce ſeroit s'arracher & déchoir de vous . Mais que nous profite ront toutes ces connoiſſances-là ſi Jeſus Chriſt ne prend point naiſſance & commancement dans nous . & faire place à Satan.3 nuellement dans mon néant ! Ne per mettez point. que je faſ ſe jamais quelque cas de moi-méme. . - qu'on a jugé bon d'inſerer ici. Laiſſez moi plûtôt meiner une vie de ſouffrances avec mon Jeſus crucifié. - 26. avec quoi je vous recommande à l'Amour. Ce Jeſus crucifié je le ſouhaitte à ma chére amie pour ſon defenſeur. d'où il a tiré ſon commancement ou ſa naiſſance &c. & que L 2 I1OUS a) Cette pperiode etoit un poſtſcriptum à Part » . touchant ſon origine .

Nôtre amy com mun (quoi que je ſois indigne qu'il me le ſoit) y mettra avec l'aide de Dieu ſa correction. obſtacle qui eſt le peché ? Prenez en bonne part la ſimplicité de tant de paroles. nous ne croyions pas que c'eſt lui qui doit nous délivrer de l'obſtacle par le † on demeure éternellement ſeparé e lui. Jc vous ſalue de cœur avec vôtre mari & vos enfans 2 & de IIlCUlI6: Votre bonne Amie . MARIE HEN R IC S.244 Lettre ſur la Regeneration. R E . & il m'eſt bien doux d'y penſer de fois à autres. Je ſçay ce qu'il eſt à mon ame.

. JEAN DE S.-- REGLES ET MAXIMES S P IR IT U E L L E S Tirées de celles Du Ven. S A M S O N. . Fr.

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2. . il faudroit étre ſans cœur & ſans ame. Quand nous conſidérons la gran deur & l' Amour d'un Dieu. 2 47 REGLES ET MAXIMES. c'eſt parce que ce divin Amour s'eſt ſouverainement humilié. 1[ E Diable eſt l'auteur & le princi · *. . I. L'homme ayant perdu la grace de Dieu par l'orgueil . quand nous le voions humilié & anéanti pour nous ſur une croix.pe de l'orgueil . 5. & étre l'ingratitude méme pour ne pas L correſpondre[Ode U1 r . . & Dieu eſt le principe & l'exemplaire de L'H u M 1 L 1 T E'. De l'Humilité. Dieu la lui a ren due par l'humilité de ſon Fils. 4. Si nous ſommes redevables à Dieu de tout le bien que nous avons. & ſon hu-- milité écrite de ſon propre ſang. L'Humilité eſt l'épouvantable ver tu d'un Dieu fait homme. - - C H A P I T R E I. | SPIRITUELLES. 3.

La mort & les croix ſont leur unique plaiſir . Et chacun voudroit bien avoir couru cette carriére inſenſi blement & ſans avoir rien fraié du ſien. que perſonne n'en veut aborder les moiens. La vraye vie devant Dieu n'eſt que l'humilité profonde dans les moque ries . quoi qu'ils n'en témoignent rien. Mais hélas! de qui parlons-nous ? d'un homme ſans doute auſſi rare entre les hommes. - 6. mépris . la mortification & le mépris de ſoi-méme. que le phénix entre les oiſeaus. La vraye humilité eſt ſi rare. ne té moigne à tout le monde qu'un trom peur trompé. C'eſt une voye bien plus pure & plus . 9. Io. Toute autre vie. qui eſt la vie de tous les vivans en veri té de mort & de vie. Les hommes vraiment humbles ne ſont connus que par leurs ſemblables. toutes nos forces à cet Amour im menſe. - 8. 248 Maximes Spirituelles. qui ſont. pour raviſſante qu'elle ſoit » fuſſiez vous cent fois le jour ravi intel lectuellement & hors des ſens. s'il n'eſt trés-profonde ment humble & amoureux de la croix. enſeveli avec J E s U s CH R I s T. La vraye & profonde humilité doit · tenir le vrai mort toûjours mort & é gal . 7. inſultes & confuſions éternelles qu'on fera de nous.

La créature qui eſt ainſi exercée par autrui eſt incom parablement plus pure. Le . I. ſans ordre ni diſcrétion . # G! ue ſi elles n'étoient L point. On ne peut faire aucun tort ni aucune injure au vrai humble. Chap. elle eſt perdue & anéan tie en Dieu. & . des hommes . 14. ſoit à la vie. & toute rai . . 249 plus aſſurée d'étre exercé vivement des créatures . n'enviſageant que l'abi me de la divinité & celui de ſon propre néant. toute diſcrétion. & attendans en toute humi lité le bon plaiſir de Dieu . Humilité. & vous abimés auſſi bas en la verité de vôtre riea . par deſſus toute conſidé ration. que vousavez voulu vousguinder en haut. ſe poſſedans en paix & en repos de coeur .des Diables. 12. plus ſainte. II. vivez d'humi liation & d'humilité .que de ſe mépriſer & accuſer ſoi . qu'il en prend à s'avilir. Ils ne touchent ni ne · s'arétent non plus aus choſes du dehors . & plus accomplie. Car en s'exerçant ſoi méme.mé me devant les hommes. 13. attcndu qu'on ne ſauroit prendre tant de plaiſir à le déprimer. elle eſt toute en ſoi : mais en patiſſant . Si vous ne pouvez voler comme un aigle aus éternelles ſplendeurs des infinis ſecrets de Dieu . fon . Les vrais humbles ſouffrent tout exercice de Dieu. · ſoit à la mort.

& connoiſſant ſes voyes trés-occultes. 15. Celui qui eſt humble en parfaite habitude ne penſe nullement ni à hu milité ni à ſainteté pour ſoi : mais il a un ſentimenttres-vil de ſoi-méme. qui n'endurera jamais l'exercice des hom . & qui lui eſt pleinement ſoûmi ſe en temps & en éternité. 25o Maximes Spirituelles. Le vrai humble eſt entiérement mort à la nature. Il reçoit leurs mauvais traitement avec trés grand plaiſir. d'autant que Dieu l'environ ne puiſſamment & fortement de tou tes parts comme choſe qui lui appar tient. & ſe comporte comme tel en toutesſes pratiques. qui ne defire rien pour ſoi. il l'abhorre com , me la mort méme . ne pourra jamais étre trompé du Diable ni de la nature. 16. telle humilité n'eſt ſouvent que feinte & apparence. trés-content en tout évenement. ſans refléchir ſur ſoi ni ſur les créatures. mais à cauſe de ſa malice & de ſa fineſſe. 14. & qui croid que per ſonne ne lui peut faire tort. Quand on s'humilie plus par raiſon que par amour. Il meurt & vit en Dieu. non comme natu re. 17. & en deſiretoûjours davantage pour reſſembler parfaite ment à J E s U s CH R I s T ſon amou reux exemplaire. Le vrai humble .

leur ſoûtien . & l'amour qui n'eſt pas humble. & il jouït de la vraye vie de Dieu. Humilité. L'Humilité qui ne dure qu'au tant que dure l'influence divine. Les degrés de l'humilité par con frontation à un corps enſeveli. leur vie . eſt un demon. L'humilité eſt le fonds & le plan de toutes les vertus : elle eſt leur mére . ) étre en cendres. plus humble dans les profitans. ſont . : 18. & le fonds d'humilité eſt ſi fécond à leur é I. étre dans un trés bas lieu . 22. (à ſavoir dans ſa propre eſtime. L'amour eſt humble autant qu'il eſt amour. leur baſe . leur nerf principal . Et quand la perſuaſion ne lui eſt · plus neceſſaire. 21. 19. étre pourri & corrom pu . il eſt tout plein de ſa propre vie. que maſque . I. n'eſt que plâtre. 25 It hommes au dehors: car il ſemblera toû jours au jugement & à la raiſon que les hommes en feront trop ou trop peu à nôtre égard. humble & unique dans les vraiment parfaits. étre enterré comme mort. étre un pur rien. Tandis que l'homme a beſoin d'étre perſuadé de s'humilier & de mou · rir à ſoi. L'amour eſt humble dans les commençans . - 23. & que men ſonge. Ch. 2o. leur force. alors il eſt mort. 6 gard» .

Maximes Spirituelles. & ſi l'homme étoit vraiment humble . 252 . l'aſcendan ce. 24. | De l'orgueil. eſt marque d'orgueil . non ſeulement il ne tomberoit jamais . qui enſeigne tout par ſon onction vivifique. & le zele. le tres-ſaint Eſ prit. La principale racine de la ſuperbe étant . mais encore il ne rencontreroit jamais · rien dans le chemin de la vertu qui le fiſt trébucher. Toute chûte ou trébuchement ' dans la vertu. & qui cherchent purement de plaire à Dieu . gard. l'indignation . C H A P I T R E I I. & de ſes branches. 25 Ceux qui ſont vraiment humbles en fond. Car quoi qu'il tende à Dieu à méſure qu'il s'avance en perfection. ſes éne mis néanmoins ſe ſubtiliſent infini ment en lui pour empécher l'activité de ſon vol pur & actifen Dieu. | 2. à cauſe de la profonde attention que Dieu donne aus humbles ſur eux mémes. qu'il ne peut jamais s'épuiſer. ne ieur manque point à cet amoureux office. I• L#ºmme n'eft point aſſuré en cette vie contre L'OR GUEIL. s'ils manquent de conduite humaine .

nue . orgueil. 253 étant arrachée dans l'homme ſpirituel . . puis qu'il preſerve quelques a mes de ce mal en permettant qu'elles | ſoient ſouvent gourmandées & vain cues de la ſuperbe. qu'on n'a pû encore les | découvrir parfaitement toutes. 5. méme en ſe comparant à qui que ce ſoit. que de vouloir étre quelque choſe. qui eſt cachée ſous une ſuperbe manifeſtée. II. - 6 La créature eſt trés-méchante qui fait ce tort à Dieu. Chap. · 7. 3. il lui en demeure toûjours d'autres pe · tites & trés-ſubtiles. & renoncée humilité . Dieu accepte la bonne volonté de ceux qui voudroient & ne peuvent " s'affranchir de la ſuperbe . qui pouſſent au dehors tant de ſecrétes recherches de • A. 4. » A ſoi méme . L'Epous prend plaiſir d'exercer ſes Epouſes par des chûtes legéres & de commune infirmité pour les tenir ex ernptes d'orgueil. Ainſi l'enflure douloureuſe preſerve ces fonds-là de l'enfiure deleétable qui les domineroit s'ils ſe voioient plus parfaits. Dieu a en extréme horreur les propres recherches de ſoi-méme en ſes dons . & les preſer ve de la vaine complaiſance d'eus mé mes par le moien de leur profonde . Il vaudroit bien mieux étre grand L 7 & .

L'I N D I G N A T I o N n'eſt que l'effet d'une profonde préſomption & confiance en ſoi. . L'hu . c'eſt à dire. fille de l'orgueil. 1o. & rendl'homme o néreux . & le Zéle ſe fait paroitre au dehors ſur les defauts d'autrui. méme à ſes plus familiers. 14. ne peut ſoufrir ceux qui ſont imparfaits. 12. & partant. humilia te in omnibus. que de languir ſciemment en ſa ſuperbe. plus a t'elle ſujet de craindre & de s'humilier. Il n'y a que la parfai te charité & la profonde humilité qui puiſſent ſoûtenir les grands défaus de · nature en ſon frére. humble & ſimpie ſageſſe. d'au tant que cela détruit la ſainte . ni par les Diables . Plus une perſonne a droit de prendre l'aſcendant ſur autrui . 11. dit le Sage. L'indignation & le z E'L E . 9. & manifeſte pecheur . L'A s c E N D A N C E eſt une ſub tile recherche qu'il faut éviter. 13. par nôtre propre ſuperbe & par les efforts de nos paſſions. Nous ne ſommes point bleſſés ni par les hommes. Celui qui n'eſt parfait que ſelon la nature . 254 Maximes Spirituelles. 8. mais par nous mémes . L'indignation s'excite au dedans.Quanto major es . ſont l'effet d'une ſageſſe preſomptueuſe.

· Ch. pour . Car quoi qu'ils ſe diſent tels. Plus un homme eſt lumineux. Le mort ne ſe doit jamais zéler s'il ne lui convient d'office . 19. ni à ceux qui deſirent s'avancer à la perfe ction . afin qu'ils s'aveuglent toûjours de plus en plus. & ne ſe reconnoiſſent nullement pécheurs au dedans. Le zéle ne convient qu'aus ſaints reconnus. II. & que vaine complai ſance. en leur ſuperbe & en leur pré ſomption . 15. 255 l 14 L'humilité & ſes actes frequens. quand méme le Ciel & la terre devroient ſe renverſer. & ne s'en ſert que contre ſoi-méme. Leur amour propre leur fait croire qu'ils ſont étroitement unis à Dieu . qui ne doivent faire que pleu rer leurs péchez. & non aus pécheurs. Orgueil. & les aveugle juſqu'au point de prendre leur moleſſe & leur ſenſualité . comment oſe t'il ſe zéler contre quelqu'un. cela n'eſt que faſte . 17. 16. 18. Si jamais un homme n'eſt aſſez humble devant Dieu . doivent s'oppoſer au deſordre que fait le zéle dans les imparfaits. Le Diable ſe contente d'entre tenir quelques uns en leur ſenſualité d'eſprit . ſans ſe ſoucier beaucoup de leur faire de plus grands maux appa rens. plus il abhorre le zéle comme la mort . vanité.

Il leur vau droit mieux d'étre comme le commun des hommes. & dans un mediocre dé gré de grace & de charité : Car ils s'e ſtimeroient au moins pécheurs . Dé la connoiſſance de ſoi & de ſon néant. ôte . & aveugles pour ſoi. Pour parvenir à la connoiſſance de ſoi-méme.256 Maximes ſpirituelles. 2o. & la craſſe du cœur. au lieu qu'ils ſe jugent plus ſaints que tous les autres. Qu'on . & puis ſonder & pé fer ſes méchancetés [les conſidérant] comme des effets de la folle opinion qu'on a conçue de ſoi-méme. eſt une profonde coNNoIssANcE DE soI. & cependant ſoient ig norans d'eux mémes : ils ſont lumi neus pour autrui . de voir que les hommes ſachent parler de toutes choſes. 2. C H A P I T R E I I I. I• L# plus importante & neceſſai re ſcience que les hommes puiſſent aquerir en cette vie. C'eſt une choſe déplorable . 3. les ténébres. eſt le perpetuel bourreau des ſu perbes. Le vice beſtial de concupiſcen ce. il faut ôter tout obſtacle qui produit l'ignorance. pour vrai & pur eſprit.

parce que l'humilité en elle méme n'eſt qu'un acheminement au rien : maisle rien eſt le terme où aboutiſſent les hu miliations & l'humilité. ' #. III. & parviendra ſans s'en aperce voir. | | -- 6. qu'on croye ſure ment . à la perfection. Connoiſſance de ſoi. Celui qui a trouvé le fond de ſa propre maiſon. Ceux qui ſont vivement touchés du goût de Dieu. Alors . & cela . ſon vérita ble néant. 7. les miſéres des pécheurs leur apparoi # trOIlt. - 4. & ſpecialement d'eux mémes . aura toute puiſſance ſur ſoi méme. moins il ſe laſſera. . auſſi bien que ſa vai : ne gloire. Si l'on veut ſavoir de certaine ſcience ceux qui ſont les plus agréables à Dieu en cette vie . Quiconque ſe délecte & ſe confie en Dieu . & remplis de ſa di vine ſageſſe. qu'ils n'admettent point l'humilité pour eux & eomme telle. par l'horreur [generale] qu'on en doit concevoir. & puis en gros. aſſavoir.5. 257 ôte enſuite les fines & couvertes trom peries du cœur. voient ſi parfaitement le néant de toutes choſes. & verra clairement ſon rien & ſon néant. & non plûtôt . . la doit édifier en charité & vertu dans les humiliations éternelles : à quoi plus il travaillera. par le menu au tant qu'on pourra . Ch.

258 Maximes ſpirituelles. ment que ce ſont ceux qui marchent entierement anéantis en ſa preſence. 9. 1o. Le cœur de ceux qui ne ſe connoiſſent pas eus-mémes . dans la mai | ſon de leur cœur & de leur eſprit. je veus dire. 8. Dieu ne fait pas dans ſes amis ce qui appartient à la vie parfaite ni tout ni tout d'un coup . Ceux qui ne ſe connoiſſant pas eux-mémes. afin de pouvoir ſenſui te] ſoûtenir l'abondante ſainteté de Dieu ſans préiudice ni de Dieu . comme étant gens charnels . & toûjours prets à mordre &à ſyndiquer toutes choſes en autrui. leur aveuglement & dureté les en détour † & éloignant toûjours de plus en plus. ni d'eux-mémes. CHA . eſt un vaiſſeau toû jours plein de fiel & d'amertume . allans à ſens contraire d'eux-mémes. s'amuſent à ſyndiquer les autres » & ne cherchent jamais nivo es ni traces pour entrer où ils n'ont jamais été. turbu lents . & de s'exercer aus vertus & au divin amour . inquiets . afin de leur laiſſer dequoi reconnoitre leur veritable néant .

5. Eſ prit l'a pour témoin de toutes ſes a ctions : & quand elle juge avoir ou n'avoir pas péché. Du péché. 3. tout le temps qu'on employe ſciemment & de pro pos . Ch. entre nous & les créatures. cela doit étre vrai : car Dieu eſt dans elle Amour & lumié re. On ne doit pastoûjours regarder . Dieu ne ſauroit endurer le péché dans ſes élûs ſans le châtier & le détrui re par les effets de ſa préſente juſtice. 6. ſent & croid en verité qu'elle eſt plus grande P E C H E R E s s E que tous les hommes enſemble. mais ſe lon lagrace & la lumiére d'un chacun. Péché. les péchez ſelon leur matiére. IV. & comme il la ſantifie. I. 4 L'ame doucement agie du S. 2. Oute ame bien touchée de Dieu au profond d'elle mé me. ill'illumi ne auſſi ſurtoutes choſes. Depuis qu'on a pris à tâche de courir à toute roideur & de toutes ſes forces à la perfection. La bonne intention en toutes choſes ne ſuffit pas ſinos procedures ne ſont parfaites de tout point entre Dieu & nous. 259 C H A P I T R E I V.

qui ſont en effort continuel pour ruïner & renverſer le [vrai] culte de Dieu. ſur pei ne de péché. dit tout le mal poſſible. tout venin . 4. Dans nos chûtes & deſordres . n'eſt qu'une congre gation & aſſemblée de pervers & de re prouvez. eſt péché. 7. & tout menſonge. Le monde eſt toute malice . & en Religieus mémes. & le monde eſt énemi de Dieu : & quiconque dit le Monde . toutes ténébres . 6. - 2. toute corruption » toute cruauté .26o Maximes ſpirituelles. pos deliberé à choſe contraire . - 2. toute er reur. C H A P I T R E V. I• Dºu eſt énemi du M o N D E. que nous diſons étre plein de vanité. & en Religions. Le monde. Ceux qui veulent vivre partie au monde . Du monde. nous devons premiérement réflechir en Dieu qu'en nous-mémes . & de ſa vanité. Entre toutes les parties du monde la volupté & la cruauté ſont les princi pales. 5. Le monde eſt étendu par tout.

9.7. qui eſt ſon auteur & principe moral. afin que leur trop de paix & de repos ne leur cauſe con verſion à eus-mémes & aus créatures » en . 1o. & ſe diviſent pour s'entreperſécuter les uns les autres. Dieu n'en vou lant point. douce . Les mondains s'uniſſent pour la perſécution & la ruïne des bons. plai ſante & agréable à Dieu. debonnaires. lls mortifient inceſ ſamment leurs paſſions : ils donnent tout à Dieu. charnel & animal . Monde. ne s'attribuans rien que le mépris. le monde les prend com me ſiens. doux . V. . - I I. joieuſe. Leur a mour n'eſt nullement intereſſé ni re fléchi ſur eux. La perſecution du monde ſert de fournaiſe ardente pour la purgation & l'épreuve des bons. libre en eſprit . 261 monde & partie à Dieu. Ils ne font mal à per ſonne : ils ne ſe vangent point : ils font du bien à ceux qui les calomnient & perſecutent. ſinon la proye du Diable ? 8. Ceux qui ne ſont point du monde » meinent une vie pure . tran quille. Le monde eſt continuel agent & miniſtre du Diable. Ils ſont pa tiens . Qu'eſt-ce qu'un homme mondain. Ch. pour s'en ſervir en tout ce qu'il pourra.

- 13. ou au moins ſouilleroient leur bonté & leur juſtice. la mort & l'enfer : & s'ils veulent profi ter en l'amour & en la voye de Dieu. & la créatu re ſe donne entierement à Dieu paré troite . 12. à cauſe qu'en cette heureuſe vie Dieu ſe donne tout à la Créature. & ju gent bien de tout. IL n'y a point de vie ſi heureuſe que la vie vraiment soLITAIRE & éloignée du tracas des ſeculiers. ils doivent croire fermement que le monde eſt infiniment pire qu'on ne l'experimente & qu'on ne le peutre preſenter. & leur charité eſt trés-ordonnée au dedans & au de hors. C H A P I T R E VI. De la Solitude & de la Chaſteté. . . Ils laiſſent tou tes choſes étre ce qu'elles ſont . I. Les bons doivent fuir la conver ſation du monde comme le Diable. Ils ſont toûjours prets de recevoir de la main de Dieu tout ce qu'il permettra leur arriver par le moien des créatures.262 Maximes ſpirituelles. en quoi ils perdroient . Ceux qui ne ſont point du monde n'entendent & ne voient rien dont ils netirent le pur eſprit.

pour ſe prévaloir contre ſoi-méme. C'eſt dans la ſolitude que ſe fait la guerreſpirituelle. Les vrais ſolitaires doivent vivre totalement ſolitaires d'eſprit & de corps . ou de l'ha biter agréablement s'il eſt parfait. leur ſolitude & repos # doit étre tout leur bien ſur la terre. La vraye ſolitude eſt dans l'eſprit : ſon déſert & ſa région eſt dans Dieu. & recueillement de leurs puiſſances en . Ch. materiel & ſén ſible. Il n'y a homme. N'étre ſolitaire que de corps. :# · 3. ſe ſurpaſſer ſoi & toutes les choſes créées. quel qu'il ſoit » qui ne ſoit plus obligé à ſoi & à ſon bien qu'à tout le monde : & je ne voids · point qu'aucun ſoit apellé à ſauver tout le . 6. 7. 4. & où les armes ſpi rituelles ſont abſolument neceſſaires au ſolitaire. : 5. Ceux qui n'ont rien à demélera vec les hommes. a fin d'y cultiver leur fond. c'eſt étre comme une béte enfermée. VI. afin de vivre ainſi élevés en Dieu en pure & ſimple contemplation des choſes ſurceleſtes & divines. Dieu par verité & fidéle abſtraction de tout ce qui eſt viſible. oraiſon. Solitude & Chaſteté 263 troite union & conjonction de cœur & d'ame # 2. Pére & maitre de tous les eſprits. en perpetuel ſilence . & s'unir totalement à Dieu.

9. méme les licites & non-expédiens . Si l'on écoute la tentation. Pour avoir la CH A s T E T E'. 12 On ne ſauroit croire combien les Anges ſont amoureux des perſonnes . il faut ſe con vertir vraiment & continuellement à lui de tout ſon cœur . la delectation ſuivra de bien prés. le monde au préjudice de ſa propreper fection. La vie desames pures eſt un vrai martyre : car comme exercer la chaſte té n'eſt pas avoir la chaſteté acquiſe. & laquellegardera nos cœurs & nôtre intelligen ce en la divine charité de J E s U s C H R I S T. - 8. L'on ne peut étre vraiment chaſte en ſon corps ſil'on n'eſt pas au préalla ble pur & net de cœur & d'eſprit. Vraiment . & la familierité des créatures. & ſi on ſe delecte. Io. ne faiſant cas que de la poſſeſſion de la paix qui ſur paſſe tout ſens & toute aprehenſion . . le conſentement s'enſui vra preſque infailliblement. qui eſt un don de Dieu . 11. 264 Maximes ſpirituelles. bannir de ſoi tous vains plaiſirs. & vivre ſolitaire de corps & d'eſprit autant qu'on pourra. il faut en cet exercice ſouffrir de tres-vio lens combats. en s'introvertiſſant continuellement en Dieu » & ſe donnant inceſſamment garde de ſes ſens & de toutes créatures.

entrant généreuſement en la pratique de la haine & perte de ſoi-méme. 265 vraiment pures & chaſtes. elle doit commencer à faire le ſien . en un continuel combat contre nous » & contre nos apetits. Ils les pré nent ſi expreſſément en leur prote . eſt toûjours recueilli au dedans de ſoi. obciſſance. . Celui qui eſt véritablement tou ché de Dieu ſur l'excellence de ſa voca tion à ſon ſervice. 3 . #! C H A P I T R E V I I. & tient à grandes dé lices d'aller continuellement à ſens contraire de ſa º# animale juſqu# . Nºus ſomme à P E L L E's & choiſis de Dieu pour lui ren dre toute nôtre vie . I. Ch. Les tentations qui ſurviennent aprés les premiéres inſpirations de Dieu » ne ſont pas une marque que la vocation ne ſoit bonne : mais c'eſt que Dieu ayant fait ſon office de prévenir l'ame amoureuſement & gratuitement. · 3. que les Diables ne leur peuvent # nuire que trés difficilement & de fort loin.! ction. De la vocation au ſervice de Dieu & de l'o éé ſſance. VII. 2.

& ſi aſſeuré. Que ſi nous y manquons. repos & felicité à ſuivre généreuſement Dieu . Nous ne devons pas dédaigner de nous humilier ſous les hommes . à l'imitation des Saints. Il eſt infiniment plus ſeur d'o B E I R que de commander. 8. on pourra dire qu'on eſt arivé comme endormant & ſans travail au port de la felicité déſirée. nos ennemis do meſtiques ſe ſouléveront en nous con tre nous. & rien de plus aſſuré que lui lors qu'il eſt entiérement ſoumis à Dieu & à ſesSuperieurs. & peut-étre ſerons-nous leur proye. Puiſque J E s U s c H R I s T l'a fait pour . 5. la mort . d'un coeur trés-courageux .266 Maximes ſpirituelles. 9. S. Il n'eſt rien de plus facile à trom per que l'homme ſur le fait de ſes pro pres voyes quand il eſt tout ſeul & à lui-méme . 4. 6. 7. Nous entrons dans le ſervice de Dieu non pour nous y rechercher & vivre au plein de nôtre nature : mais pour prendre tout nôtre plaiſir . L'obéiſſance de J E s U s c H R I s T nous doit étre un vif& continuel mo N tifd'obéïr en toute humilité. que ſil'on y per ſevére juſqu'à la fin . & d'un eſprit tresalaigre. Le chemin de l'obéiſſance eſt fi court .

c'eſt à dire. tº 1o. alaigrement. & de º toutes leurs puiſſances. eſt d'infinie valeur devant Dieu. Le ſervice de Dieu eſt un enfer ſ au deſobéiſſant. par un ordre renverſé. doit crier º hautement miſericordeà Dieu . obeiſſance. La deſobéiſſance eſt la fille de l'or # gueil . ſimplement. : courageuſement. & il man # ge la terre comme un ſerpent. mais ſa volonté. Le vrai obéiſſant eſt exempt de it tout deſordre & paſſion. L'obéiſſance de ceux qui ſont épu rés dans la fournaiſe des humiliations & des tribulations tant d'eſprit que de # corps. conſtamment. comme l'obéïſſance eſt l'effet , de l'humilité. # 14. Le deſobéiſ ſ ſant eſt dévoré des bétes. # 1 I. autre º ment il eſt perdu. # 13. Quiconque aime Dieu. 267 # pour nous : Et quiconque n'eſt pas touché de ce ſentiment . Chap. 12. 15. tant intérieu g res qu'extérieures. º ' ! M 2 CHA . l'hono f re en ſes Superieurs. Les vrais obéiſſans n'ont rien de ſi agréable que d'obéir à l'infini. pro # prement . # de ſes apétits deſordonnés. VII. à cauſe qu'on n'y fait ja . & le deſobéiſſant les # juge.

268 Maximes ſpirittuelles. Plus une perſonne tendà Dieu. Les perſonnes qui ne vont à Lieu qu'en aparence . Ce ne ſont que multipli cités .i - 1 " A vertu du s I L E N c E eſt | *. toute leur vie n'eſt que paſſion. • . . - - cnA .fort dificile à acquerir à celui qui eſt vuide de l'Eſprit de Dieu . . Leſilence intérieureſt plus excellent que l'autre. . Du Silence & de la pauvreté. . qui les géne plus qu'on ne ſauroit dire. s'écoulent toutes en paroles. & il le faut acquerir dans la pratique du ſilence exte rieur. & enfin . plus . C'eſt lui qui reprime & aréte par l'efort de la raiſon & de la vo lonté le cours & les mouvemens de toutes les paſſions éfrénées . 2. & qui n'eſt nullement recolligé en ſoi. | 4. 1 r R E v III. -------. . tant elles ont de plaiſir à impri mer leurs conceptions en autrui » & leur donner la méme eſtime qu'elles ont de ſoi. . exag gerations . & ne peuvent finir leur diſ cours. —--- . . n'ont rien que leſilence exterieur. - | 3. . repliques. -. Ceux qui ne vivent que morale ment & dans une vie mediocrement bonne. repetitions . 1 1\ ' . . - 5.

Chap. voulant étre ſans eſtime. VIII. · · · -J . Les ames amoureuſes quittent tous leurs biens pour ſuivre l'amour tOuteS nUCS. Perſonne ne ſert vraiment Djeu que par le continuel exercice de la pau vreté d'eſprit . Io. ni de gioire en l'autre. & méme étre en reputation de fou & d'inſenſé parmi les ſiens s'il y échet. d'où on ne voit les créatures que de loin : Enfin . 8. 269 plus doit elle étre grave . ne le poſſe dera jamais en l'abondance de ſes ri cheſſes. c'eſt trop abonderen biens & en richeſſes : c'eſt étre élevé ſur tout ce qui eſt. - 9. silence & c. & ne vouloir rien. qui confiſte en une con tinuelle déreliétion de foi-méme 8& des créatures comme ſi elles n'étoient point . ne rien avoir & n'étre rien. - 7. ) - - v : ! M 3 CHA . N'avoir rien . 6 La vertu du ſtlence eſt l'un des principaus moiens pour remedier à nô tre aveuglement & à tous les défauts de nôtre eſprit. Quiconque refuſera de ſuivre y a s U s c H R 1 s T pauvre. & moins par ler en compagnie. c'eſt étre plein de Dieu. & étoufant tout raiſonnement ſur l'ordre ou le deſordre des actions des créa ttireS. ni de grace ni de vertu en cet te vie.

. · Nature. prenant le faux pour le vrai. & proteſter qu'on y veutglorifier Dieu ſeul. qui n'en recevra que le chatiment. La nature eſt l'énemi capital de l'Amour perfectif . .. . Des recherches & malicieus inſtinčts de la " . & de délices intérieures. à cauſe des re fléxions qu'elles font inſenſiblement ſur ſoi " . Il faut avoir une crainte raiſon nable de la nature en toutes les actions qui lui ſont conformes . Ettel paroit faire de grandes choſesde vant Dieu . de pluſieurs R E c H E R c HE s D E N A T U R E trés fecrétes . .27o Maximes ſpirituelles. - 3. I. 5. Ceux là ſont morts à la nature qui n'ont autre deſir que d'étre éternelle IIlCIlt . C H A P I T R E IX. 6. Os prétextes ſont nos filets : 4-N mais c'eſt étre bien defe ctueux que † laiſſer prendre. 2. La nature eſt menſongére en ſes voyes. Je ne voudrois pasguarantir lesa mes qui gnt abondance de lumiéres d'amour. 4. . . & le vrai amoureux de Dieu craint la ſubtilité de ſes lacets comme la mort & l'enfer.

l'afection ſurpaſ ſant l'intention. V1t ne . 1o. 8. 27 t ment dominés de Dieu & de ſa grace pour ſa ſeule gloire. eſt animé de quelque aparen ce qui cache la verité à l'entendement. lorsqu'on a quelque regret ou ſen # timent des plus petits manquemens de # la perfection de cette choſe. Plus le bien qu'on recherche eſt D. grand & univerſel. Aucun pour ſaint M qu'il ſoit . de #i là vient qu'on ne veut avoir rien de de fectueux pour ſon uſage. 1 I. ſe défians de leurs forces & de leur pouvoir. La nature cherche toûjours ſa ſa tisfaction dans les choſes parfaites. 12. Quand l'afection naturelle eſt gran dement vive en quel qu'un. plus ſubtilement :, & finement l'eſprit eſt ſurpris de la na ture dans les perſonnes moralement ver tueuſes. Tout ce qui eſt anxieuſement re cherché. 7. 9. Chap. De la vient que les vrais ſpirituels montrent moins devi vacité à cntreprendre les actions difici les de charité ou d'autre vertu : parce qu'ils vivent en eſprit & ſont mortifiés en la mature. IX. la droite & pure intention envers Dieu ne lui ſert que de couverture . Retherches de la nature. On connoitra certainement ſi # l'on eſt épris de l'amour naturel de quel # que choſe deſirée qui ſoit belle & bon ne.

à cauſe des trés-ſubtiles refléxions de nature. s'humilie & ſe de prime . Tout ce qu'on fait de bien à au trui ſans raport à l'amour & à la volon té de Dieu. ſe blame. leurs intérets ſont auſſi plusgrans. La nature s'excuſe. Le plaiſir & le repos de la grace. - 18. Tout le bien que nous deſirons pour nous & qui eſt conforme a nôtre apetit. plus ſe doivent-ilsgarder d'eux mémes. les ſpirituels. & tout cela par déleétation & complaiſance de ſoi-méme. 14. & les groſſiers. Plus les hommes ſont grands . 17. ſe juſtifie. s'accuſe. le bon. 13. le parfait entre les cho ſes qui lui ſont trés-licites. - 16. vit ſans fins & ſans intérets particu liers . qui ſe delecte & ſe plait dans le beau . I9. Il n'y a eu guéres de ſaints ſur la terre qui aient entiérement connu la malice de leur inſtinct naturel à ſe chercher ſoi-méme. 15. . ' . c'eſt de ſe cacher aus hommes : au con traire. ſpirituellement . n'eſt que propre inſtinct de nature. 2 72 Maximes ſpirituelles. Plus les hommes ſont parfaits. & fort ſouvent en ſainteté prétextuée & imaginée par apétit de propre excel lence. groſſiérement. la nature deſire ſe manifeſter à tOUS.

. . . - : 22. . Ch. l'excellent. - 2o.. : … . ' | 23. elles n'aillent pas s'ata cher à un autre qui leur reſte . parce que nous nous recourbons faci lement vers nous » que méme nous nous recherchons dans les intentions qui nous ſemblent divines.. nous doit étre fort ſuſpect . le parfait & l'éclat la grace au contraire abhorre tout cela: cheriſſant le mépris & la vie inconnue. le bon. & la grace au contraire y veut mourir. ſi . & ſe nourriſſant de confuſion éternelles •' • M 5 . qu'elles ne s'atta chent point à Dieu méme pour s'y re poſer : † ce qu'alors Dieu méme ne leur ſeroit qu'en qualité de bon. Recherches de la nature 273 apetit . IX. « 2 I. La nature veut ſuivre les créatu res . La nature deſire le beau. quel'un de ſes dons leur étant ôté. Les perſonnes qui profitent vraiment doivent étre ſi fixement atta chées à Dieu ſeul. ou. Les ſubtiles proprietés intérieures ſont la peſte de l'eſprit : & ceux-là en ſont occupés inconnûment & ſecréte ment juſqu'à la mort qui ſont lâches à répondre à Dieu de tout leur éfort & étendue. | . tous leur étant ôtés. . & non pas en qualité de Déité nüe & ſim ple. L'imagination contrefait ſou vent les ſentimens & les inſpirations du pur eſprit. .

& s ils pouſſent à l'humilation. tout ce que la nature veut pour ſoi. la grace l'a en horreur.. & la grace n'en veut point . ſi beſoin eſt. 25.274 Maximes ſpirituelles. 28. c'eſt de nous faire prendre le licite pour l'expédient. | 27. qui lui eſt grandement ſavoureux . Elle joint toûjours fon propre eſprit à l'Eſprit de Dieu . .. La nature cherche ſon plaiſir & ſon ſoulagement par tout. ce n'eſt que par hypocrifie & pour étre eſtimé des hommeS. parce qu'elle croid chacun meilleur devant Dieu que ſoi méme. La nature veut avoir le beau & le bon toute ſeule. Plus la nature eſt apâtée de l'Eſ prit de Dieu . & aime mieux telles choſes pour autrui que pour ſoi-méme . plus auſſi eſt elle encline & active à le tirer à elle & en faire fa proye. | 26. 2 . qui eſt ſa conſola tion & ſon tout. adhérant nüement à Dieu . Que ſi on ne l'obſerve de bien prés. méme entre les cho ſes ſaintes & ſpirituelles : mais la gra ce préfere les autres à ſoi . 24. enquoi elle le ſalit & le ſoüille à ſon grand domage. Na . Le plus ſubtil piége que nous tende la nature . Enfin. Les inſtincts du Diable provo quent toûjours à préſomption . il en ſera toûjours ainſi.

Mortification. méme dans les plus avancés. L'Eſprit de Dieu gaignant amoureuſement & librement ſon ſujet. X. & par conſéquent le fait opérer en lui & pour lui. 29. fait continuellement refle chir fon fujet fur ſon propre intéret. elle aura recours a ceux de Peſprit: ſi on lui ôte ceux-ci. Nature . eſt tellement encline à ſe re · chercher & à ſe delecter de ſoi. Chap. f E meilleur moien de M o R "T 1 F I E R la nature dans ſes propriétés. elle a auſſitôt re cours à une autre pour s'y repoſer & deiecter : ſi on lui ôte un objet ſenſi ble. elle ſe fervira de Dieu-méme pour s'y repoſer par pro pre intéret. L'eſprit naturel au con traire. • I. 275 28. ll faut tâcher de tromper fana M 6 tul f€ . De la mortification de la nature. atendriſſant& dilatant le cœur par certaines lumiéres & delices fen fuelles . C H A p I T R E X. le fait refléchir inceſſamment ſur Dieu. que ſi on lui ôte une choſe. c'eft de les lui ôrer avant qu'elle les poſſéde : parce qu'on ne déſire pas tant ce que l'on poſſéde que ce que l'on n'a pas. 2.

3. Il eſt en quelque façon plus dangereux de manquer à la mortifica tion des petites fautes que des médio cres : car les petites fautes & imper fections voilent les yeux. . & ce qu'on entre prend de ſa propre volonté.7. eſt toute propre pour en gendrer l'orgueil. . mais ſeulement par con trainte & neceſſité . eſt pro pre recherche & amour de ſoi-mé II]C. 6. & pour détruire en nous l'homme animal & charnel. ture en toutes ſes commodités .8 Celui qui n'a pas ſes paſſions par . & les gran des les dévoilent. Les loix ne nous ſont données de Dieu & des hommes que pour al ler à ſens contraire de nous mémes. Comme l'auſtérité du corps é tant ſeule. pour le bien & édification du prochain. tâ chant neanmoins par diſcrétion de lui trouver ſon juſte milieu. auſſi quand elle eſt jointe à l'amour intérieur. 5. 4.276 Maximes ſpirituelles. La récréation des ſens eſt une mort aus perſones ſimples & abſtrai tes . & elles n'y ſortent jamais pour ſe recréer . Tout ce qu'on deſire ſans par faite indifférence. elle eſt propre & abſolument néceſſaire pour guérir l'enflure & la vanité. .

# 1o Le vrai ſerviteur de Dieu s'a nime continuellement à ſe combattre ſoi-méme généreuſement. Ce qui nous doit exciter à aimer infiniment . Les vrais enfans de l'eſprit pre nent avec tenacité & pour jamais le parti de Dieu contre eux-mémes . Chap. & ſaintement » ſans avoir égard à la recompenſe . n'eſt pas ſuffiſa # ment diſpoſé a recevoir le don d'intel ligence . C H A P 1 T R E XI. Xſ. fortement . # de connoitre les voyes d'A 1 M E R & de connoitre Dieu en lui-mémc ? » · 2. qui ſemblent étre des aigles à force de ſurpaſſer la nature des choſes . c'eſt que nous ſommes les ſaillies de l'amour infiniment ex M 7 ceſſif # . ſoient ſi éloignez . mais ſeulement à l'a mour & au bon plaiſir de Dieu.] De l'Amour de Dieu. ſans remiſſion ni indulgence quel conque. 9. quel aveuglement & quelle miſere ! Eſt-il poſ ſible que les hommes . ſans l'infuſion & habitude duquel il eſt impoſſible d'étre paſſé & changé en eſprit. parfaitement mortes . Amour de Dieu. 277 5. I• A# Dieu .

qui nous mettant en évidence à nous mémes pour jouir pleinement de lui . & de la nôtre rien du tout. tout pour tout . ceſſif de Dieu . · · 9 Celui qui eſt dans un parfait *ºur de Dieu2 ne lui demande jamais * rien . Raiſonner pour aimer . vie pour vie . pauvreté pour pauvreté . 5. c'eſt pécher contre l'amour. que i'amour des Sérafims eſt petit à cet égard. 4. veut que nous l'aimions d'un ſoin & d'une étude continuelle. 3. douleur pour douleur . 8. Si l'amour n'outre paſſe la raiſon. quoique de ſa part tout ſoit infini .6. & le perdre par plongement a moureux & continuel dans l'abime infini de ſon amour. La vraye & forte charité ne cherchc ni commandement ni obli gation expreſſe pour bien-faire. 278 Maximes Spirituelles. J E s U s CH R 1 s T eſt mort ſur la croix pour tirer tout l'homme à ſoi . pénitence pour péni tence . Nôtre Seigneur mérite tant d'é tre aimé . Nous devons vivre continuel lement dans la vûe & l'abime infini de l'amour de J E s U s C H R I s T . lui rendant amour pour amour. . l'homme ne ſe paſſera jamais ſoi méme. 7.

Le pur . Amour de Dieu. dans la profonde humilité. 1o. abjection & mépris de ſoi-méme . 279 rien que pour ſa trés-haute gloire & en parfaite conformité à ſa volonté divine.. Ce n'eſt qu'un jeu illuſif. on ſe trouve tout vuide de ſa bonne volonté précédente. & il n'y a point d'autre ſainteté en cet te vie qu'en l'éternelle ſuite de nôtre Sauveur . par ſait & eſſentiel amour conſiſte dans la croix & la ſou france volontaire . - c 13. & ſon effet ſe connoit dans les ſoufrances amoureuſes. . 14. Le fond de l'ame n'eſt point à pénétré . que de n'avoir que des ſentimens de tendreſ ſes & de devotion ſenſible. L'Amour ne recule jamais & ne dit jamais c'eſt aſſez : il rougit en tendant le terme de dificulté : il aime au deſſus du temps & au deſſus du ſens . & ſans effet . dans la pratique des vertus pendant [l état de]l'action. Ch. XI. dans l'éter nelle mort & pauvreté d'eſprit .. de nulle valeur . # I I. L'Amour n'eſt point-oiſif. mourant pour nous ſur la CrO1X. 12. * . & il ne s'aréte jamais qu'il n'ait ſurpaſſé t à vive courſe d'afection & d'action ſº tout ce qui lui fait obſtacle & empé chement. qui ceſ ſant .

& c'eſt ici le plus haut point des pratiques de l'a mour en cette vie. Le pur amour ne convient qu'aus ſouverai nement parfaits. Il n'a point d'élection ni de deſir que de ſe donner en proye au martyre de l'amour . 16. eſt mort . & pis que mort . - 15. & il pâtit de bon cœur quand il n'y cſt pas. 2o. 17. Celui qui ſe montre facilement vaincu aus difficultés & exercices pé nibles. Le .28o Maximes ſpirituelles. c'eſt un indicetrés-certain qu'il n'a l'amour qu'aus paroles & en deſir . Dieu aſſemble en nous les tré ſors de ſes graces pour les y con templer comme éfets de ſon amour. n'ayant pas voulu nous perdre heureuſement en l'Eſprit de Dieu. . 19. l'eſprit & la lumiére de Dieu n'y ſe ront point auſſi . pénétré d'amour pur qu'il n'ait ſurpaſ ſé entiérement les vertus. Le vrai amoureux agit toûjours dans Dieu quand il eſt à ſoi . Si l'amour ardent n'eſt en nous. & non au cœur & aus œuvres. & ce ne ſera pas merveille de nous voir perdre en nôtre propre eſprit . Celui qui ne vit qu'en l'amour de ſoi-méme . puis qu'une telle vie n'a que l'impetuoſité de ſes paſſions & de ſes ſens pour moienner ſon repos. 18.

ne ceſſent jamais de s'écouler en lui par un amourvif & ardent . 24. d'une amour infinie. au con tentement éternel de Dieu-méme. 23. en ſor te qu'elles ne ſemblent étre qu'une méme choſe à l'égard du ſouverain |# Bien. un total recueillement de toutes les puiſ ſances tant hautes que baſſes. ne le déſirer . & néan # moins que nous ſoyons ſi pareſſeux à # nous exciter ſaintement à l'aimer hau # tement & profondément. C'eſt une choſegrandement dé plorable. L Voyez les . & ne le # goûter point. qui eſt d'une nobleſſe. Le vrai & fort Amour de Dieu fait-dans les hommes un eſprit ſim ple. chapitres . Le comble de la miſére des mi ſéres humaines . apélés à l'excellence de ſon divin a mour . de ſavoir & croire combien # Dieu eſt aimable en ſoi . Il n'y a rien de plus doux ni de plus agréable à l'homme capable d'a mour . 281 2o. afin que ſans empéche ment & en repos d'eſprit ilsjouïſſent de Dieu leur ſouverain Bien. ne le ſentir . c'eſt ignorer Dieu . que de ſe voir aimé de Dieu . un deſir fimple & étendu . XI. 22. ſe ſurpaſſans eux-mémes & toutes ima ges ſenſibles. d'une excellen ce. Il faut que les ſerviteurs de Dieu. Amour de Dieu. Ch. 21.

s'imaginent quelques fois que Dieu ſe veut ſervir d'eux & qu'il leur inſpire d'aller reformer les autres. Ce n'eſt que folie. vanité. Il faut étre ſaint non ſeulement en ſoi-méme. La . chercheles moiens de vivre & non pas de mourir. · 3. 4.282 Maximes ſpirituelles. ] - C H A P I T R E X I I. I• Tºu# perſonne doit plus fai re de cas de ſa perfection ſe lon Dieu. Ceux qui ſont ſans force & ſans fidélité pour généreuſement mourir en nudité d'eſprit aus influences ſenſibles de Dieu . qui laſſée de nudité. qui ne voyans point nôtre fond. De l'Amour du prochain. mais auſſi en ſes œu vres » pour l'exemple du prochain . 5. propre re cherche & complaiſance de nature . chapitres de l'Amoureuſe Reſignation é de la Mort myſtique. Le devoir du vrai parfait eſt d'a doucir la croix de ſon frére . n'en Peut juger que par les œuvres. 2. que de celle des autres au domage de la fienne. & non pas de l'augmenter. compatiſſant au tant qu'il lui eſt poſſible aus douleurs du pauvre crucifié.

& fe rendre attentifs à voir & ſentir autant qu'ils pourront l'infinie Majeſté de Dieu. il faut alors s'entretenir avec Dieu le plus tendrement & le plus intimement que l'on pourra . XIII. doivent étre bien adroits à ſe détourner de tou tes les créatures & d'eus-mémes . La vraye & forte charité ne cher che ni commandement ni obligation pour aſſiſter le prochain. Ch. -=-T. --E C H A P I T R E XIII. De l'Oraiſon & de la vie Intérieure. Pendant qu'on eſt en jouïſſan ce paiſible & entiére de ſon cœur & de ſon ame . I. . ( Eux qui ſervent Dieu en for =*ce & vérité d'eſprit. afin de ſe répandre devantelle de cœur & d'ame comme une eau trés odorante en la douce & ſavoureuſe ferveur de leurs P R I E R E s. avec la paix du cœur & de l'eſ prit. 3. d'intention & d'afe ction . Oraiſon. il eſt néceſſaire d'avoir une grande pu reté de cœur . par des collo . mais ſeule •" ment l'occaſion de le faire. Afin d'avoir une attention paiſi ble & continuelle pendant l'oraiſon. vie intérieure. 2. 283 5.

6. C'eſt choſe digne d'éternelle ad miration . n'ayans en terre que le corps. 9. inté rieurs & ſpirituels. ſimples . Une ame vuide de deſirs inté rieurs & de ſentimens de Dieu . - 4. - . . & par conſequent. de voir que les hommes ne veulent rien avoir de mauvais que leurs propres ames. que comme l'ame eſt la principale partie de l'hom me. Nous devons croire que nous n'avons la vie de la nature & de la grace que pour retourner activement & nous refondre vivement en Dieu. Ce qui afiige. Le commun des hommes aime & cherit la ſainteté dans les autres : mais quant à eux & pour eux. Quoique nous portions des corps de terre. . C'eſt choſe aſſurée. ſera inceſſamment en refléxion ſur ſoi-mé me. 8. toûjours mé contente. ils la fuient Sc la détruiſent tant qu'ils peuvent. - 5. - 1o. pour ainſi # . colloques amoureus . & malheureuſe en ſon in quiétude. 7. l'ame étant toûjours occupée de Dieu & en Dieu. elle fait auſſi la principale partie de la Sainteté.284 Maximes ſpirituelles. nous devons pourtant vivre au deſſus des choſes ſenſibles par un vol continuel du cœur & de l'eſprit.

. ' . il aviliroit ſes dons . , ' ' • . . Celui-là eſt bien loin d'étre parfait qui ne ſait pas trouver Dieu . 285 # infiniment-nôtre Dieu . 14. · - | 12. 1 I. Si Dieu accordoit facilement aus hommes communs ce qu'ils lui de mandent. :: s 15. quelle Religion y a-t'il . . c'eſt de voir u'il ne peut trouver des ſujets diſpo # ſés à recevoir ſes abondantes & amou a reuſes communications. Ch. où . aujourdhui ! Ce ſont des corps & des # chefs animés de l'Eſprit de police. - | 13. ſont la conſommation de tous les ): maux. la dureté . · · · · · # 16. Le Spirituel doit plus vivre de la # préſence de Dieu.vie intérieure. & # l'inſenſibilité dans les choſes ſpirituel § les . ils lui , en ſeroient ingrats. pour ſa propre gloire & pour la pro fonde édification du prochain. Helas.! ſedés & dominés du ſavoureux & fim ple Eſprit de Dieu. . n'ont en eux rien # de forcé ni de violenté. mais il ſem-. en toutes choſes. Oraiſon. La . - · · · · | 17. & le # principal languit. - #. L'aveuglement. que ſon corps ne vit de ſon ame. " . | | . Ceux qui ſont entiérement poſ. XIII. & ils en abuſe # roient à leur perte. # ble quaſi que l'Eſprit de Dieu faſſe tout ſeul toutes leurs actions au dehors .l'acceſſoire frape les hommes .

· 17. Nous ſommes capables de l'a mitié de Dieu aus frais infinis de Dieu méme : & il eſt grandement marri de ce qu'il ne peut faire aushommes tout le bien qu'il voudroit par la commu nication abondante de ſon divin Eſ it .286 Maximes Spirituelles. la . La diſcrétion & la vraye pru dence ſont les marques du vrai profit d'une ame dans la vie intérieure. reſſerré & concis dans ſon occupation d'eſprit. & inceſſamment dorninés de ſon Eſprit ! 19. parce que hors de l'Oraiſon elles ne s'appliquent pas à lui. C'eſt pour quoi il faut étre eſſentiel. 18. · 22. qui eſt Dieu. que c'eſt grande miſére aus hommes de n'étre point pleins de Dieu . C'eſt bien la raiſon que ceux qui ont pris plaiſir à tirer à eux les eſpécesdelectables des chofes extérieu res » en ſoient travaillés au temps de l'oraiſon par un juſte châtiment de Dieu stelles repreſentations étant leurs boureaus qui leur ferment l'entrée à :: ! . 2r. Pluſieurs perſonnes addonnées à l'oraiſon ne ſavourent jamais Dieu . & de voir ſon infiaie largeſſe bornée de ſi prés de la part des hom IDCS. s'éloigne de ſon centre. Celui qui s'occupe dans la cir conference des créatures. 2o. Helas.

de méme L A F o 1 eſt morte ſans amour. & Dieu eſt fi petit en eux . 287 la douce communication de Dieu en ' eux-mémes. qu'ils n'en ont que quel ques traces & veſtiges . 23. que rien n'en tombe ſous le ſens pour étre exprimé. Les hommes en commun ont ſi peu de foi . Ce que Dieu nous manifeſte là de ſoi eſt ſi merveilleux. deſorte que leur dire qu'ilfaut avoir une hauteeſti 1Il6: . Ch. Là nos racines ſont infiniment profon des. I• Comme le corps ſans ame eſt mort. 2. C'eſt s là que nous ſommes perdus en Dieu. 3. De la Foi. C H A P I T R E X IV. qu'il y eſt comme anéanti. De la Foi. & nôtre jouïſſance inéfablement ſavoureuſe par deſſus le goût éternel de l'amour en ſoi » & en éminence de repos. Le fonds de nôtre ame eſt le lieu de nôtre inéfable felicité. La foi languit & n'a que demi vie dans la plus part des hommes. XlV. où nous demeurons ſtables & immo biles dans la plénitude des ſaints.

com me auſſi l'amour conſolide la foi. & trés-amoureuſe foi. conſi ſte à adhérer à Dieu par une trés-ſim ple. Plus la fi eſt ſavoureuſe & aqui ſe par amour aprés ſa premiére infu ſion . Le plus pur & le plus eſſenciel point de nôtre amour central.9. de la félicité participée. trés-nue. 8. jouïſſent dés ici bas en quelque dégré. & c'eſt plûtôt ſcience que foi.288 Maximes Spirituelles. recueillis . . 5. c'eſt parler à des ſourds . ou parler de la ſageſſe à des bé tes brutes. Quiconque a la foi & le vrai a mour . 6. . Ceux qui ont cette foi ſavoureu ſe . 7. me de Dieu par amour . La ſcience ne ſert fort ſouvent qu'à ruïner & non pas à aiguiſer la foi : autrement. on verroit les doctes étre amoureux de Dieu . plus elle illumine l'amour. contemplant Dieu d'un regard trés-é †ent & élevé au deſſus de ſoi-mé 1o Dans les parfaits la foi eſt preſ que . eſt au deſſus de toutes choſes. 4 La foi acquiſe par étude n'eſt u'un grand coloſſe animé de fort peu e vie : à peine peut on dire s'il eſt mort ou vif . charitables. vouloir animer des pié res. & bien ordonnés en eux mémes.

fureur. »ſº .. La vraye fºrce entretient & fo • mente l'humilité .. -----─ ─---- .. ne leur peut communiquer ſes -dons qu'écharſement & petitement. . & précipitation. $ · · · · · N • -. 2. º C H A p f r R E X V. .. qui -voiant leur petit amour & leur petite foi . & eſt neçeſſaire à aquerir & à conſerver tous les biens de l'eſprit -. . . .. · . cºnſtance & geners · · º · fité d'eſprit. . . . XV. 4. .og De la fºce. . 289 •que la méme choſe que l'amour.. Nos . Ch..º tº : 2º . . 21 # : # | j. .La force divine produit toûjours infailliblement ſon éfet où elle eſt s'il ne tient à ſon ſujet.5. st I I.. . La plus-part des hommes fer ment & lient lés.. n'eſt que temerité. 'Eſt je propre devoir & l'é . & joindre inceſſam | ment le tout à Dieu d'un amour trés · étroit. mains à Dieu . . '' • ! .. I. quoi # ſachent bien y mettre la diſtin -étion qu'il faut.. $-'ſet de la F o R c E divine que # _d'élever la natqre au pur eſprit : la : changer en lëi. Force & patience. | | ' : 3 La # la ſageſſe dans · l'homme.| | .. & la ſageſſe réglé la force : car la force qui # ſans ordre & ſans diſcrétion . patience.

& cepen § peine peut il rien endº de §t'& de douleureux en ſon corps ſans ſe douloir & en gemir douce §nt ..humblement . . des parfaits eſt ſimple & nue. . . . & reſide au fin fonds de l'ame § toutes leurs puiſſances ſont redui § au de-là de toute opérati9n ſenſi ble... 7.. lequel exercice conſiſte en for §tiºn dans la proſpérité » & enforte ſoufrance " Ladansforce l'adverſº º .... & d'où l'homme. ſenſitif ne re çoit plus ni force ni ſecours ſenſible pour opérer fortement . l'homme eſt devenu fort d'eſprit . comme il en §voſ au commencement Ce qui étant ainſi . Nos ennemi# ſpirituels ſont le -ſujet perpetuel de l'exercice de nôtre force . . quand .2oo ° Maximes spirituelles. . Les parfaits ſe peuvent delivrº des maux de jouïſſance quileur les divin détournent de # objet : mais * .. 5.pasquoique pourtant mondesnº ºº § pour mille qu'il en fº# es foibles|doivent .. . demander à Die la delivrance de º§ux ·§ndant lapourfºrce ledemieux ſervi† pouvoir mourir nuement & ſans amour ſenſible ſurla croix . & peut neanmoins étre en core trés infirme de corps : rien ne lui plait tant que ſa croix . | 8.

. quoi qu'il lui ſemble le con traire. 12. . & refléchie ſur ſoi & ſur la nature. 29r # quand ils ne pourront s'en delivrer. eſt de faire que l'ame ne #| s'impatiente jamais en la durée de ſes 1nOftS. L'ame qui ne ſe trouve pas pai ſible & tranquille en ſon fonds durant les ennuis de nature. " II. montre que le . • - #! # * : 1o. : 9. Ne vous inquiétés jamais pour quelque accident que ce ſoit : car l'in N 2 qu1c . . :: c'eſt là qu'ils doivent languir & mou # rir ſur la croix . La vraye vertu & charité ſe mé ſure par la force & par la co N s T AN C E que l'on a pour combattre G E N E R E U s E M E N T les ſouſtractions des néceſſités tant de l'eſprit que du corps. Le plus haut & noble état de la # force divine. -. 14. Car la charité eſt forte comme la mort . # 13. XV. vuide d'amour ſenſible.. La P A T I E N c E qui ſe laiſſe # vaincre par la durée. crucifiez au dehors » $! & repoſés en Dieu au dedans. eſt vaincue . & l'amertume de cœur viennent ſouvent d'un fonds im mortifié . L'impatience . Ch. & les eaus des tribulations ne la doivent jamais éteindre. . & qui n'a que ſoi-méme pour fin en ſes Oeuvres .# fonds d'où elle procede eſt encore im parfait. Force & patience.

: 15 Les eſprits inſtables & inconſtans ſont comme la Lune. ſi néanmoins il ſe renon ce & ſe perd entiérement ſoi me# uf . ſans réflechir ſur la créature. quiétude [ou le trouble] eſt la porte par où le Diable entre dans l'ame . ne ſont que recherche & ſatisfaétion de ſoi-méme. Mais l'ame fidé le regarde toûjours à Dieu là dedans. I. & encore plus des Dia bles : parce qu'on les void dépouillés de toute humanité. toûjours chan geans. c H a P 1 r R e xv I. lequel opére dans elle par une forceſe créte qui la tient joieuſe au fond de ſoi-méme dans ſes penibles exercices. De l'amoureuſe Reſignation & Renonciation de mous mémes dans la croix & la tribulation. C'eſt une choſe trés difficile d'é tre exercé continuellement des hom mes malins. ENcore que quelqu'un n'atei gne jamais au plus haut étage de l'amour. & Dieu mé me deſiré. parce qu'ils ſont ſans cœur & ſansgénéroſité. avec inquiétude d'eſprit. de ſorte que les vertus. 292 Maximes Spirituelles. 16. . & nullement propres pour les hautes entrepriſes de l'eſprit .

Elle ne penſe nullement à cher cher les moiens de ſa delivrance . & par une ſecrete force paſ ſive. Reſignation & Renonc. ni ſi el le connoit Dieu . RENoNcIATIoN eſt un entier abandonnement qu'on fait de tout ſoi à Dieu . quoi qu'elle lui ad here par un trés nud & trés ſimple a mour . Le feu de l'amoureuſe reſignation ſupprime tout ſentiment. · 2. ſans aucune reſtriction ni d'œuvres ni de temps . juſqu'aus moiiel les de l'ame & au plus intime de ſon fond . pour preuve dequoi la créature ne veut . laquelle reduite a ce point de deſolation & d'impuiſſance . Ch. tout ſon plaiſir étant de mourir éternelle ment en cette Croix ſi Dieu le vou loit ainſi : & les créatures ſont plus N 3 capa . tant au de dans qu'au dehors. Et c'eſt en cela que la volonté de l'homme (qui eſt tout ſon rréſor) ſacrifie amoureuſement à Dieu tout ſon empire par deſſus toute in fluence & tout ſentiment. n'agit. 3. un tel amour RENoNcEº eſt ſouvent plus agréable à Dieu qu'un amour tout liquefié & hautement élevé. 293 ſur ſon propre intéret. ſans qu'elle ſache ſi elle eſt digne d'amour ou de haine. & ne pâtit purement & ſimplement que pour le ſeul bon plaiſir de Dieu. XVI. brule fon holocauſte par deſſus toute con-' noiſſance.

ſoufrant avec lui » & mourant dans les croix de l'eſprit & du corps.294. deſtitution . & quelquesfois tout . & non la ſainteté méme. ſi elle gaigne ou ſi elle perd. par ce qu'étant ſi ſurnaturelle & ſi rare. Ceux-là ſont trés-ſaints entre les ſaints qui ſont inſatiables de ſoufran ces & d'angoiſſes dans leur abondan ce & dans leur durée. ago . & miſére trés-gran le ! car le don & le goût de Dieu n'eſt qu'un moien pour aquérir la ſainteté. la créature y donne beaucoup du ſien . capables de rengreger ſon mal que de la conſoler. Ce qui fait qu'elle ne ſait ſi elle eſt morte ou vive . qu'on croit que la ſainteté conſiſte dans dehautes élé vations de l'entendement . foibleſſe .5. efuſion totale de ſes puiſſances. Ces ames-ci ſont des plus pures qui vivent ſur la terre. Er reur. à cauſe de ſa grande nudité. Ce qui rend la parfaite Renoncia tion ſi inconnue eſt . ſi elle conſent ou ſi elle reſiſte. - | 4.* . & non à porter ſa Croix avec JEsUs CHRIST. ténébres . ignorant alors Dieu & ſoi-méme. Mais helas ! à peine ſavons nous de qui nous parlons. ce ſemble. . - 6. La vie renoncée eſt au deſſus de tous les miracles que les ſaints ont ope rés. . C'eſt là que l'ame _ . Maximes Spirituelles.

: . Reſignationé Renonc. : > *• . . t poſſeder en paix & tranquilité † N 4. . reſignée » & renonçée en tout çe. : oûmiſe . 1o. .1 I. aIlt .qu'il lui plaira 2l 2tir C : 1 97. . il faut endureri les peiqes ide ces lan goureux)éforts d'eſprit en éternelle. & trés-dquce à la fin-ori . La perte double & totale .. Ch. meurt & expire de douleur & d'anr †º lesbras de Dieu. .29. La perte véritable n'eſt dure que pour quelque temps aus jeunes & a prentifs:. qui ſoû tiennent ainſi Dieu par deſſus toute. · | 12. : 8 Si l'on eſt totalement ſuſpendu en ſes puiſſances ſans pouyqir agir . : . Ilya peu de perſonnes qui veüil lent paſſer à la perte du repos ſenſi ble : c'eſt une tres-forte bariére que l'on ne veut point franchir. ſelon le corps & ſelon l'eſprits ne convient qu'aux excellens ſaints. ſe plait à rien tant qu'à delecter Dieu à ſes frais & dépens éternels. car elle eſt facile au milieu. 295 agoniſante rendant la vie à Dieu . XVI. afiuence & toute lumiére. : . c'eſt à dire .. . O que c'eſt un riche tréſor de ſe11-. . · · · : . L'ame parfaitement renoncée ne. reſignatipn avec joye & plaiſir : car c'eſt en cela que conſiſte la plus épu rée & excellente ſainteté dans les a mes fortes & généreuſes . .

.. de penſées & de ſen timent . 2 gº . qui penſent jouïri du Paradis ſans vou.ºO folie des Chrétiens inſenſés.2aban donneménsl& déſolations . méme en ſa plus grande déſolation intérieure. spirituellesi i . Il fautique l'homme parfait faſ ſe trés-grand cas des croix extérieures. ce ſemble. Que ſi elles ſont ſi fortes qu'il ſoit tout là-dedans . . &. paſſivernent . cliºii t 13.14. loir imiter j E s g s C H Ra s'r dans fa Croix & dans ſa pauvreté d'eſprit ! 315. Quiconque deſire de pâtir ſans foulagement & de Dieu & des créatures. . Dans letempsldesCroixP. il faut ſe tenir joyeux au plus profond de l'eſprit. ce ſeroit leur deſir & con tentement ſupréme. hors de nous & en lui.296 . eſt bien loin de refuſer les accuſations injuſtes qu'on fait contre lui.rſ > dant que les puiſſances animales ſont detenues.. -* sl ! . & méme s'ils pou voient demeurer inconnus en leurs mala dièsº. Les parfaits & ſolides en chari té ne deſirent jamais qu'on les plaigne en leurs maux . occupées. º Maxime. il doit alors préferer telles croix &'abaiſſèmens à ſon repos d'eſ2 "" !) + ri prit » .! attentives aus vives & continuelles ſou frances !ºouº 25 .17. & s'y enfuir par une ſimple & joyeu ſe abſtraction pour y contempler Dieu (qui ſeul y réſide) en repos & fruition. * 16.

nous contentant de lui demander force & vertu pour les ſoûtenir. pour qui que ce ſoit. . Les miſéres du corps nous ſont données pour guerir celles de l'ame .º . 297 prit. C'eſt ſelon cette raiſon & dans ce fond d'eſprit qu'il nous faut voir tous les événemens de Dieu dans nous. . faiſant le moins de mouvemens & de plaintes qu'il pourra : Car quoi : qu'il ſoit trés-dificile dans ces . , * f. eſt le plus haut effet de ſa miſéricorde. Dieu fait un indicible bien à ſes créatures quand il ſe reſoud de les châtier rigoureuſement dés cette vie : ſa juſtice ainſi exercée ici bas . que tous les exercices enſemble entre pris de nous mémes. XVI. . qui ne nous juge que par ce qu'il voit. 18. Etre exercé de Dieu par mala dies & aflictions vaut incomparablement mieux pour l'expiation de nos péchés.º: - " . . ti - , 2o. La maladie donc contient en ſoiémi nemment toutes ſortes d'exercices . à cauſe de l'em pire abſolu de Dieu ſur ſa créature .Les . cruci fiemens de demeurer coi par dehors . Reſignation & Renonc. Ch. & du néant de la créature. néanmoins il faut en cela édifier le prochain . - 19. & celles de l'ame pour nous guerir en nôtre total. : . auſſi bien que de ſon indignité & de ſes pechés. N 5 21.

& il y a pluſieurs grands ſaints au Ciel qui n'ont jamais été grands contemplatifs. & méme les Diables. méme dans les hommes communs. de méme la tribulation épure l'ame des juſtes. Ainſi les mauvais hommes ſont trés-utiles pour le bien des bons. & méme de grands ſaints . à le bien prendre » la tribulation eſt la cime de toute la vie active. quoi qu'avides de nôtre ruine . ' 24 La tribulation ſeule. La tribulation eſt le plus grand tréſor dont Dieu puiſſe honorer ſes amis en cette vie. . La tribulation eſt le ſort le plus defiré des juſtes: c'eſt leur riche poſ ſeſſion & leur héritage en ce:te vie : | elle leur ſert a conſerver & à augmen ter la grace de Dieu en eux 2 la te nant ſaine & pure : & tout ainſi que le feu épure les metaux . & ne s'eſtimer pas miſérables parmy tant de miſéres. les peut par elle rendre ſaints. * • qui ſont ſaints pour . · · · | | . 22. nous font le plus grand bien qu'on ſauroit pen fer en nous afligeant. 23. Les miſéres auſquelles le peché nous a aſſervis ſont l'uſure que nous payons pour le plaiſir que nous y avons ris: mais la miſere des miſéres eſt d'ig norer cette verité. 298 Maximes Spirituelles. 2 I. quoi qu'ils n'aient jamais été à Dieu par voye d'eſprit ni par la con templation : car.

il aura trés-juſte & trés-profond ſujet de ſe défier de ſoi . # 27 Ceux qui ſont dans les croix & les mortelles angoiſfes des ſouſtra . d'où s'exprime le vin délicieux duquel nôtre Seigneur mé me daigne bien boire à plaiſir. .12 tº28. 29. mortels : · · : · u ' ! ºo . Ch. autanttoute N 6 action.: eſt bien éloigné de ſe pouvoir connoitre : & tandis qu'il en ſera ainſi . . la créat . Reſignation é Renone. méme extrémement. & de s'humilier profondément en ſon néant devant la Majeſté de Dieu. : e g } iiº 2 . leur ſont autant de coups perçans & . 26. Quand Dieu crucifie l'ame au plus profond d'elle méme. La pure & profonde ſoufrance furpaſſe . La tribulation amoureuſe eſt la médecine des eſprits malades & le preſ ſoir des bons. on ne doit pas les faire ſortir à des paroies de lon gue haleine : car autant de paroles qu'on les contraint demettre en avant. rºne la peut conſoler : au contraire.it . queplitude i'am A . i. º299 pour n'avoir fait toute leur vie qu'en durer ſaintement avec quelque dévo ·ite élévation d'eſprit & bde coeur à · Dieu. ctions divines. XVI. Quiconque ne ſoufre point . • i • . #lle ne lui ſert que pour l'affiger par ſes conſolations ies plus intimes. · s 25. étantalors indigens & Pour eux & pour autrui... #.

# o3©e •^ so« Màximes Spirituelles. ·ti.. ſachans par une ſavoureuſe expé• rience que cela eſt leur purgatoire & leur amoureuk martyre..: . : de ſoufrance & de mort aus parfaits : mais cela méme eſt le plaiſir de ceux ci. & par conſéquent our endurer. les con trariétés de certe vie ſont ſon plaiſir & ſa joyes & il les ſuporte d'un eſprit fort & genereux par le moien de la • … q à .333 La vrayenReligion eſt une to tale perte deiſoi-méme & des choſes créées par une entiére transfuſion & reſolutionide tout ſoi en Dieu . juſ qu'à la parfaite conſommation de da chair & du ſang au feu de ſon amour.ol 9 .petite noix»p : º : uº . double . . of34e Celui : quio recoule inceſſam ment en Dieu par amour . Cela ſe doit croire à bien plus forte raiſon des élûs & amis de Dieu. : et 1 : º . Larvie des imparfaits donne à bon eſcient matiére id'exercice . · ºct 2eb .» ! ' i º : | | " . .deſir que Dieuaid'illuſtrer & d'exalter ſes ſaints eſt ſi grand.-Ld. . . - plitude du Ciel empirée ſurpaſſe une . que des cauſes de leurs tribulations ſont aſ ſez ſouvent ſurnaturelles & de lui ſeul. pour ne vivre & ne mourir qu'en lui. - 32. 3o. ºo * . . Celui-là eſt vain & menſonger qui ne ſoufre point : car l'homme eſt né pour travailler. _ ' I.31..

horre rien que ſoi-méme & ce qui lui apartient . nºr :: ::. & cherche inceſſamment le bien d'autrui à la trés-haute gloire de Dieu. .· · · · · · » . & tout enſemble il eſt hom me humain. & cela en nudité. indifférences. de ſorte qu'on ne ſau roit exprimer combien elle a ſoufert en chacun de ſes dégrés. : Il eſt aigle divin . t I. en M o R T s. des & les mortelles rigueurs de fer , vente humilité en un temps. & autres ſemblables voyes qu'il a falu gé néreuſement paſſer ſans aucun apui ni conſolation . negociant avec les hom mes ſans deſiſter d'étre celeſte. & plus que fervente en un autre. v º1 , · · : -— C H A P 11 T R • E XV I_ I. 3oi double force amoureuſe du trés-ſaint Eſprit. Mort Myſtique. A Vant que l'ame defaille tout : 4 * à fait à ſon opération dans l'abime de Dieu ſon amoureux ob jet . - . . . Chap. reſignations.o • : De la Mort Myſtique de l'ame en Dieu. -. S'il ſe trouvoit quelcun ſi fidé le à ſon devoir que d'avoir entiére | : . ·· . XVII.# 2. • • • | # 7 :: # * ! & 3 : º io ºr. renonciations. contem plant les choſes celeſtes & la Divinité méme .. Il n'ab. pertes.ss N 7 ment # . il lui a falu ſoufrir les profon .

que nous ne voulons point ſuprimer . helas! aujourdui toutes occaſions nous font ſortir à la vie de nôtre nature. de nous . ment paſſé la region des mourans. mais bien voulons noustoûjours ſen tir. . C'eſt une excellente mort de ſe voir [volontiersJ privé du bien qu'on ne peut faire [quoi qu'on le deſire: ] mais c'eſt une mort beaucoup plus ex cellente quand on ne peut ſoufrir ce qu'on deſireroit bien de ſoufrir. .3o2 Maximes spirituelles. . ils ſe trouve ront plûtôt morts. Ce que les mourans ont à faire. agir & vivre. . re . & que rien d'elle ne ſe trou ve plus en elle ! ' . 5.4 Quiconque ſe ſoûmettotalement à Dieu comme ſon inſtrument inuti le .. O que la créature eſt heureuſe quand elle eſt totalement paſſée & transfuſe en Dieu . c'eſt de vivre comme s'il n'y avoit que Dieu & eux : ce faiſant.. . qu'à peine en connoit-on une ſeule : Car. ce ſeroit une ame ſi ex célente & ſi rare en ce ſiécle . L'ordre de Dieu eſt. 3. .. . ou que les profondes & continuelles morts lui euſſent radicalement ſuprimé la vie au feu amoureux de la cuiſante & conſommante tribulation de l'eſprit & du corps. . qu'ils ne penſent. . - .6. . Dieu fait ſes plus hautes & plus inconnues merveilles en lui. | . anéantir .

aigues & profondes. auquel il ne leur fail le exſpirer en Dieu . Telles furent les morts & les douleurs de Job . O . Chap. pour pouvoir trouver quelque repos en # . & autres dans les imparfaits : car elles répondent toûjours au dégré de l'eſprit. plus il ſe plait en nous. c'eſt à dire ſon apetit . Les morts ſont autres dans les par faits . " • • • • • 8. Or cet anéan tiſſement eſt d'autant plus vrai que nous le reſſentons moins en nous . par maniére de dire. XVII. L'excellente ſainteté dans les hommes eſt toute inconnue : d'autant qu'il n'y a moment en leur vie. au moins au tant que leur fidélité eſt véritable : de ſorte qu'à méſure qu'ils ſont élevés & ſpiritualiſés . Mort Myſtique. à cauſe de nos horribles ténébres. 3o3 anéantir en nous-mémes : & plus il voit les éfets de cet anéantiſſement . - 7. & des mauvais éfets que nous ſentons de 1mOUlS. & les triſtes & douloureuſes plaintes qu'elles produifirent font aſſés voir qu'elles ont été les plus cruelles & les plus horribles qui ſe puiſſent penſer : car en ſon abandonnement univerſel. . à méſure y a-t'il des morts ſublimes. il ne ſavoit où aſſeoir ſon pied . qui dans l'éfort de leurs douleurs pro duiſent de terribles éfets au dehors.

tant il étoit de tou tes parts étroitement afligé & en l'ame & au corps de trés-fortes douleurs & angoiſſes. Mais les hommes divins. de ſorte que dans leurs infernales lan gueurs ils ſortent quelques fois parpa roles à d'étranges cxcés : ce qui étant inconnu aus autres hommes . ſans conſola tion. quel ques uns deſquels ſont tourmentés en l'eſprit & au corps. . pour . moins on eſt puiſſant contre ſoi-méme .3O4 Maximes Spirituelles. & la partie infé rieure ſe revolte en ſorte contre la ſupérieure. & que ces expreſſions ſont auſſi éloignées d'eux. en jugent bien autrement » . - • 1o. ils les tiennent pour des forcenés. qui ont eux-mémes paſſé par ce triſte & cet afreux dé ſert. J'ame ne pouvant s'imaginer que ce ſoit Dieu qui tient ce terrible moien . Le méme arrive tous les jours aus plus intimes amis de Dieu. ſa chant que ces excés ſont des expreſ fions de la véhemence des tourmens d'amour qui ſuppriment en eux la ra cine de la vie . d'autres ſont de laiſſés ſans ſentiment . qu'ils ſont pendant tout ce temps-là perdus in connûment en Dieu. ſans connoiſſance dans l'eſprit . . ou aus créatures. Il arrive ſouvent que plus on devient eſprit. - 9. qu'on croid étre perdu.

t " mourant ſans mourir . à ſont # pouvoir . Mort Myſtique. Pour arriver à la totaletransfu-) ſion de la créature en Dieu . ſe perſuadant qu'on ne fut jamais , mieux. Ce dégré eſt ordinairements # le dernier de l'apetit actif.'à ſon ſavoir. vivant' é ſans [ſe conſidérer & ſeſentir]vivr e. elle eſt ſupérieure à tout cela dansſon # acte électif.ielle eſt alors impaſſible.: * inatringible. elle ſe trompera beau-s # coup. . 3o5º : pour achever de l'épurer de ſes plus .tSi.21 ſer . Chap. à ſon ſentir. .faut : que la créature ſoit perdue à ſon vi vre.'on décherra ſans doutedel'ex , cellence de ſon état à ſon trésagrand # domage : Et fi l'ame retourne pren dre ſes exercices extérieurs pour afli-. .occultes propriétés. & à ſon mourir . ſe reſignant ſans ſe reſigner.Ceux qui ne veulent point paſ * -oºr ' . e 1 | » 12. # ger ſon corps qui lui ſemble cauſer , cette guére . d'autant * [qu'étant en Dieu] les créatures ne * peuvent par leurs éforts ateindre Dieu * d'une diſtance infinie. , ! 1 I. & immobile. pâtiſſantiſans * pâtir. . Que ſil'on n'eſt . pas fidéle à ſoûtenir ce mortel état par une forte & conſtante ſoufrance . & par cela méme elle ſe ſen # tira violentée de plus grands éforts quer " jamais. & on com * mence dés-lors à paſſer dans la regiont paſſive & myſtique. eni .XVII. il.

tantôt de douleur & de paſſion .rs . Les ames conſommées en a mour ne defirent point paroître ni ſortir en évidence à elles-mémes ſi elles n'y ſont fortuitement miſes & ti rées ſans elles & ſans leur ſçû. poſer & aſſeoir leur pied. que . " . A me . ce qui eſt une verité d'une infinie enceinte. pour l'avoir pratiqué par éternelle mort que pour l'avoir connu. ti ! -i14. > # outre la region du ſens .. langoureu ſes & mortelles.Maximes spirituelles. qui ſaventl'amour plus. qu'ils ne ſavent s'ils vivent à eux ou à Dieu : . & qui . deſirent toûjours voir ſur quoi ſe re-.º Mais les fidéles amans. que quoi qu'ils en ayent la théorie &: méme le goût par lecture. de patir & de mou rir en ce penible mais agréable travail d'amour. . 13. o6: . ſenti & apris.. tantôt de privation. ſont fi parfaitement & ſi entiérement aſſujettis à Dieu en tous leurs événe mens de mort . qu'il eſt impoſſible d'en pouvoir exprimer ce qui en eſt Ce que j'en diray ſeulement eſt. n'entreront jamais aut ſecrets de la ſcience myſti-. ſont en ſi grand nOIT)• bre.i Les pratiques du véritable a mour demandent des eſprits vifs & vigoureus à aimer . & qui ne ſe laſ ſent jamais d'agir. & tantôt de morts penibles . Car les divers ſuccés tan tôt de jouïſſance. 15.

" 4 . Et plus l'a me a été [auparavant] noiée & ſub mergée des inondations . & paroiſ ſent méme intolérables. t 16.! 17. & des delices divines. '. c'eſt nc . XVII. L'ame qui eſt bien fondée dans les regles & maximes de la voye du pur amour. 3o7 · 15. des lumié res. eſt une Mort cruelle à une ame qui ne reſpire qu'en la jouïſſance unitive deſon ob jet plus qu'aimable. & aperçu & connu par expérience l'infinie a mabilité & excellence de Dieu . & de la mi ſére & pauvreté où elle ſe voit alors reduite par l'abſence de cet objet béa tifique : car le moindre intervalle de temps de la deſunion ſenſible de ces ſujets [Dieu & l'ame]également ravis de l'amour l'un de l'autre . ou faire quel que lecture ſpirituelle : car ce ſeroit ſe delivrer ſecretement du gibet amou 1'6UX. les privations & les langueurs ſont Etoûjours] plus penibles . ne doit pas au temps de ſes grandes deſolations & langueurs interieures . Mourir & expirer en Dieu. Mort Myſtique. lesdeſtitutions. A meſure qu'on mönte ces hauts dégrés d'amour . cela redouble de plus en plus la griéveté de ſes mortelles croix . ir .. ſe plaindre à quelqu'un. comme. chercher conſolation au dehors parmy les créatures . Chap.

ni à aucune lumiére propre & particu liére.go8 Maximes Spirituelles. Pour arriver au ſuréminent re pos. ne s'attacher à rien de particulier. 19. & quel ques ſpirituels méme ſe couvrent en cela de la volonté de Dieu : choſe de plorable ! car n'étre véritable quejuſ qu'à certains termes . 2o. & le refléchit ſur ſoi & ſur les autres . : de ſorte que dés-là il eſt à craindre que cette lumiére ne ſoit pu rement de la nature ou du Diable : & tant plus le ſujet du bien qu'elle nous préſente eſt grand. & lui rendre toûjours la vie dans . - 18. Il n'y a que le parfaitement ab ſtrait en verité de mort qui connoiſſe tous les eſprits & les diverſes voyes d'un chacun. Il faut toûjours tout donner à Dieu . c'eſt ne rien faire. elle inquiéte ſubtilement ſon fujet. . la bonne ame doit s'eforcer de mourir genereuſement pour l'unique contentement de ſon Epoux. ſi ſubtile qu'elle ſoit : car quel que lumiére que nous recevions avec attache. il ſeroit un Phénix. mais on ne les connoit pas : Les autres s'afran chiſſent toûjours de la croix . plus il la faut tenir pour ſuſpecte. Si quelcun entre les hommes ne ſavoit qu'A M o U R M o U R A N T. Ce n'eſt pas néan moins qu'il n'y en ait .

23. 24. c'eſt ſe rendre immobile . méme ſur les plus di ficiles.Celui qui n'eſt point mort à ſon propre eſprit par le trés-fort Eſprit de Dieu qui le doit tout ſeul dominer juſqu'à la mort » n'eſt point digne d'é tre apellé ſpirituel. & toûjours égal à ſoi-méme ſur toutes ſortes d'objets. XVII. ni eux en lui. Mourir & expirer en Dieu . ſans eſpoir d'aucune allegeance & conſolation. qu'à ce qu'il deſire de nous . & il n'y a perſonne qui ne ſe delivre par ſoi-méme de la croix . la grace faiſant mourir la na ture à tout cela pour genereuſement poſſeder ſon ſujet [ou ſon amejen ſon objet [qui eſt Dieu] en la ſimple paix & tranquilité d'eſprit . Il y a ſi peu de ſpirituels. afin qu'en tou 16S . cherchant ſa conſolation aus ſens & dans la créa ·ture . Que ſi les Saints n'euſſent ainſi éternellement a goniſé. • 21. laquelle ſur paſſe tout ſentiment. 3o9 dans l'agonie . Mort Myſtique. Dieu ne ſeroit pas ſi glorieux en eux . de ſorte que nous ne ſommes ſpirituels que juſqu'à certaines limi tCS. 22. Chap. Il ne faut pas tant avoir égard à ce que Dieu fait en nous. inalterable . que l'on n'en connoit point : car on ne ſait qui veut éternellement mourir.

- · 27. à laquelle ſeule convient d'éternellement mou rir en ſon objet. . parce qu'elle eſt plus forte à · le ſoûtenir. . - 25. La vraye & perdue ſainteté eſt pur eſprit en pur & éminent amour hautement & éternellement renoncé. Les delices du divin Epous ſont dé voir ſes chaſtes épouſes ſacrifiées à ſa divine Majeſté en l'indifférence mé me de la ſupréme pauvreté d'eſprit..3 Io . des croix & de la déſolation en temps -& en éternité.. » 29. qui ſem -blent devoir ſuprimer toute la vie de la nature . le repos lui devient plus facile . .. peut ſoûtenir l'efort trés douloureus & preſque inſuportable de la ſimple oiſiveté. tes choſes nous nous conformions par faitement à ſa divine volonté en émi mence d'aétion & en ſuréminence de mort. :: 26. . A meſure que l'ame ſe conſom me par les morts myſtiques. · i! ! ::: . Celui là ſeul qui eſt fidele à mourir . eſprit : . 28. Il n'y a que le vrai mourant ou le vrai mort qui puiſſe ſoûtenir le vrai repos (qui eſt l'efet du regard divin) en vraye & ſainte oiſiveté. Ces Saints étant inconnus comme ils ſont » n'ont qu'à aller leur chemin par leur deſert ſolitaire & ſcabreux . en . Maximes Spirituelles.

Chap. & 1'autre eſt nue. trés -pure. vû qu'ils ont ſurpaſſé toute voye & pra tique humaine. Du martire d'amour qu'en di rons-nous . † In C . Quand l'ame ſe trouveroit ra vie cent fois le jour. qu'à operer & agir ſenſiblement . & tres ſeparée du ſens » incon nue méme aſſez ſouvent à celui qui l'a : Car elle conſiſte plus à mourir ſim plement & nuement . tous les deſers afreux & épouvantables d'in · comparables morts ? . A'. 3o.ien ineffable moyen Hors de tout moyen. - 32. non ſeulement dans leur pro . ſinon que ſes Martirs a " moureux ont traverſé toute leur vie. pre fond. Il y a deus ſortes de ſainteté . 3I. à tout le mQins en eſprit . tant en action . méme à toute action & ſouffrance corporelle. lºune eſtaétive. XVlI. qu'en · paſſion & ſouffrance. 31r efprit : mourant trés-nuement à tous . ſi au retour el le n'eſt fidéle dans les combats & les · dificultés de durée . ou mé me ſpirituellement. où il faut ſou - frir & mourir en amour nud. les dons de Dicu . & s'avançant au de là . mais auſſi en l'unité ſureſ ſentielle de Dieu. Ainſi ne faut-il rien attendre de viſible de pareille vie. Mort Myſtique. & il n'y a qu'eux & leurs ſem blables qui les puiſſent connoitre.

.. il va toûjours ·également ſon chemin . Mourir toûjours eſt l'action & la vie du fidéle amoureux de Dieu.*. ſe perdre. 35. . : 33.n'eſt "que pour ceux qui ſont vils à leurs pro Pres yeux » & qui cultivent ſans ceſſe . « . ·en temps & éternité. " . ' : i . Ceux qui ne ſe veulent donner · à Dieu que par meſure & juſqu'à cer tains termes . :: !' De la Vie Contemplative . . . | i : . . L# · Don précieus de la v I E -. ) . .c o N T E M P L AT I v E. mais quel : ques ſentimens qu'il ait. Les élevations & degrés de la vie ſpirituelle ne ſont diférens en tr'eux qu'autant que les perſonnes ſont inégales dans la pratique de mourir .il i» : s . · n'eſt alors qu'en elle méme : car la pèr fection de l'épouſe conſiſte à ſuivre · toute nue ſon Epoux tout nud par • les chemins deſerts &arides des croix. •: · i. ----- *.. Il ne refléchit-point ſur ſoi-méme au .I.C H A p 1 T R E tſXVIII. & . ou Suréminente.. comme ſi rien ne ſe paſſoit en lui. 3 I2 Maximes ſpirituelles. - .trement qu'il ne faut . . « « ' . n'experimenteront ja mais les inondations divines dans "eux. · · · - 34. & ſe fondre en Dieu.

:: · 2. Ce ſont perſonnes de grands exercices pratiques ſous images & figures. de ſorte qu'il devient auſſi # tot ſimple & unique au feu du divin # amour . ' : # . éfets de Dieu dans l'ame } en chaque dégré d'élévation. qui le conſomme en ſoi. à cauſe de ſa gran de conformité avec la nature avide [de choſes de cette nature. Ch. Il y a des ames dont la voye eſt # grandement dificile & cachée. | 5. avec des raviſſemens. ſans vouloir par tager avec lui ſon tréſor. l'afection ravit !'en tendement aprés ſoi . La . 6. que ſon ardentamour # ne l'en ſolicite importunément. L'ame ne doit jamais monter du dernier lieu . Vie contemplative. XVIII. 313 | & fortement la grace par les pratiques :| d'amour. qui expliqueles admirables. d'étre dočte rmyſtique en ſimple doétrine de théorie. O 7. . Il n'eſt pas néceſſaire.] . 4. Dans la voye ordinaire de la mé ditation l'entendement ravit aprés ſoi la volonté : mais dans la voye myſtique & contemplative . Il vaut ſ, incomparablement mieux en avoir la ſ, pure pratique & l'expérience. des viſions & des re # vélations.La voye myſtique anéantit incon tinent les ſens & les puiſſances de l'homme.3. Cela eſt grandement dou teux & perilleux. ni méme utile .

8. (1) Le premier dégré eſt une vo cation interne . La T H E o L o G 1 E M Y s T 1 Q_U E priſe en ſon eſſence. Ici l'on voit une lumiére illuminan te ſortie de la lumiére. n'eſt au tre choſe que Dieu inéfablement perçu [& goûté] . mais dans ſa ſimplicitétant ſortie que non ſortie. 314 _ Maximes Spirituelles. qui anime . qui conſiſtent tous en une parfaite pur gation . ſentie d'enhaut . Ici la pro fonde & pure myſticité en ſa pure ſim plicité n'admet rien que le trés-fim ple : c'eſt pourquoi elle ne doit pas ſ étre jugée ſelon ſes paroles. ſans diſtinction ni différence. ] & dans ſon amplitude infinie & lumineuſe. Ctant manifeſte que cachée. mais à ſes indignes. 7. illumination. en laquelle elle voit tout ſans étre vûe. ne peut qu'inéfablement ſortir [de ſoi] dans ceux qui en ſimplicité eſſentielle ſont un en lui en plénitude de conſomma tion . Pour entrer en cette ſi haute & ſupréme vie de l'eſprit. & juge de tout ſans étre jugée. qui n'ayant autre entrée ni ſortie de ſoi que lui-méme . & com ment elle ſe montre non à ſes poſſeſ ſeurs. ces choſes étant comme les fondemens de ces degrés-la. & en étre di ſtinguée comme iſſue d'elle. & union . il faut avoir paſ ſé des dégrés preſque innombrables.

. la plus pro chaine § à l'union divine . (4) Le quatriéme dégré. ſans ſe perſuader néanmoins de les avoir aquiſes. Vie contemplative. O 2 . ſe ſentira ſi profondément tiré au dedans de ſoi-méme. à ſes Supérieurs. qui eſt l'indifé rence. (6) Le . · · · > (5) En cinquiéme lieu .. ſans aucune reſerve d'a petit [& de deſir] naturel. eſt l'exercita tion active & néceſſaire de toutes les vertus qui doivent étre l'ornement de l'ame. par laquelle on vit & on meurt en temps & en éternité entiérement ſoûmis à Dieu. & à toute humaine créature quelque vi le qu'elle ſoit. XVIII. (2) Le deuſiéme degré eſt une per petuelle horreur de la moindre im perfection : de là procéde (3) Le troiſiéme . c'eſt lors que quelqu'un pratiquant ce que deſſus. [l'ame] ſe laiſ ſant mourir & tirer par tout où l'on voudra.. " . qu'ilſera comme privé de ſes ſens & mort à leur uſage. . pour ſub til qu'il puiſſe étre . Ch. de ſirant pour jamais d'étre la fable & le jouët de tout le monde. procédant de cette indiférence . & ſur tout de ſoi-méme. 315 anime & éguillone l'ame à ne faire aucune eſtime de toutes les choſes créées. ſe ſentant auſſi éloigné de leurs objets que s'il en étoit à cent lieües de loin.

. (b) On troit qu'au tien de jeu actif . (2) Le deuſiéme dégré conſiſte en .vine. .méme » ſans lu º#A ) l quelque progrés » D Dieu •#. ſiſte en la mort du ſenſible reflexe. .3 16 Maximes Spirituelles.s. rer l'ame en elle . (a) jeu actif fait mourir & exſpi . Ceci eſt abſolument néceſſai I'C. penſées & deſirs. (3) Le troiſiéme conſiſte en la mort & deſtitution d'eſprit par la ſoufrance de l'angoiſſeuſe action di -. t 2Wax. Aprés - † méme (b) jeu actif & · angoiſſeux dans l'ame avec une im | menſe lumiére & une ſaillie de ſoi -. (5) A (a). Voy. [& retournantel à ſois pour com muniquer [ainſi à l'ame] ſes pro fonds ſécrets dans une [grande] pro fondeur de diſtinction. - (1) Qu'aprés la ſuppreſſion de l'a ctif ſurpaſſé dans l'amour. qui au commencement de ſon . 9. mouvemer. 11 & 12. on º lire feu actif. · : .la mort & ſuppreſſion du raiſonna ble refléxe. (6) Le dernier dégré eſt l'entier a bandon de ſoi-méme à ſes Superieurs pour leur déclarer toutes ſes afections. L'Abrégé des degrés de la Vie ſu réminente eſt . ſuccéde • l'entrée dans la purgation » qui con . ſentimens .

Et d'au tant plus qu'on eſt occupé au de hors . - Io. tantôt de miſères & de pauvretés [ſpirituelles. Ch. plus [cette ame] s'enfonce t'elle dans l'abime qui la ravit. tant en ſimple perception " qu'en imperception. (6) Aprés cet état ſuccéde la con ſommation. XVIII. où l'ame n'a ni pouvoir ni envie de ſortir pour exprimer ce qu'elle a & ce qu'elle eſt. 317 (5) A cela ſuccéde l'illumination pure. & qui ne ſent & ne connoit que les extaſes de tout ſoi hors de ſoi dans l'abime de ſon objet. profonde. mais elle eſt & poſſede tout cela infiniment au de-là dans la mé me unité en qui elle eſt cela méme qui eſt. ni ſimple. Avant que d'arriver au degré de la conſommation . Vie contemplative. exempte des ſouffran ces de l'action divine . ni profonde. ni méme ex tatique en la maniére de l'état pre cedent .] à cauſe que l'Epous ſe retire duIIlCſlt ſenti» O 3 . tantôt de dou leurs internes & indicibles . il faut que l'ame paſſe d'infinis détroits. & en ſon unité. qui en la méme unité & fruition n'eſt ni lumineuſe . & nue dans l'Uni que ſimple . la dilate & la transforme toute en lui ſans diſtinčtion ni différence . en fruïtion perpetuelle de lui tout en tiére.

c'eſt alors que commence l'état & le degré de la conſommation . quoique non jamais de l'eſprit. trés-étreignans & tout-incomprehen ſibles embraſſemens. eſt par ce moyen rendu ſi Déïforme. voyant que cela s'eſt pû faire par une libre application de ſes puiſſances (prévenues de la grace) à aimer Dieu infatigablement. qui l'ecſta ſient profondément : aprés quoi ces ecſtaſes ceſſant & ſe perdant . que les Anges mémes cn ſont dans l'é tonnement . trés-vites : trés-légéres. d'où procedent encore d'autres états par la deſtitution [& la ſuſpenſion] entiére du flux ſen ſible & actif de Dieu. Depuis que l'ame à force d'é tre touchée de Dieu a ſuccombé à ſon pouvoir & éfort amoureux . c'eſt a lors . L'homme pénétré du feu divin. | tantôt d'abſtractions d'elle-méme & des choſes créées . & l'a me revenant à ſa liberté d'agir. par ſes profonds. & à cor reſpondre à ſon amour. 11. par ſes allées & ſes venues trés-ſimples . & tantôt d'inéfa bles lumiéres ecſtatiques.318 Maximes ſpirituelles. trés-delicieu ſes . - 12. trés-unes . trés-étendues : mais tout ceci eſt inconcevable à qui ne l'a pas experimenté. trés-lumineuſes . qui extaſie & ravit l'ame par ſes profonds & multi ples attouchemens. ment.

qui dévore & conſomme tout ce qu'il trouve capable de ſoûtenir ſon action ſans mourir à ſa vie natu relle. de repos & de fruition . • 14 Les nues contemplations de ceux qui ne veulent pas continuellement mourir à eux-mémes . ## 15. XVIII. 319 lors que ſa Majeſté redouble ſes pro fonds attouchemens dans elle . & qu'il la pénétre plus que jamais des attraits vifs & enflamans de ſon feu amou reux . 13. Les delices du contemplatif ſont en ce qu'il ſait & voit que ſon fim | O 4 ple . 16. Ch. de vûe. tout autre que le précédent : & alors elle meurt & expire pour jamais au deſir de ſa compréhenſion : car on comprend Dieu infiniment mieux en mourant d'amour qu'en languiſſant d'amour. de plaiſir. de trans formation . d'autant qu'elle ne ſe quitte pas aſſez pour le ſuivre purement & nuëment où il la veut tirer en eſprit : ce qui l'empé che de paſſer entiérement hors d'elle méme. L'ame entre alors dans un état d'union. L'ame attachée à quelqucs pro pres exercices n'eſt pas propre pour paſſer entiérement en Dieu . complaiſance . ne ſont que pu re vanité. & préſom ption d'eſprit. Vie contemplatève.

- ple fond objectif & fruïtif . d'humilité. & en cela conſiſte toute ſa jouiſſance . toute ſa ſupréme félicité. Ceux qui ayant quelque lumié re & quelque ſpiritualitéſontd'un na turel vif . & des penſées abſtraites ſur les choſes de la raiſon . & de confuſion de vous méme . 18. d'étre poſſedé ſans peine. ou pour mieux dire. au moins. 17. ſans peine à l'égard des morts [des états! . Il y a pluſieurs degrés en l'état du repos fruitif. qui eſt Dieu . de re nonciation. dont le dernier eſt. ſuppoſé qu'ils ſoyent réglés . ne doit & ne peut jamais étre compris ni atteint par l'ame conſom mée en amour . 32o Maximes Spirituelles. ce doi vent étre dcs deſirs de vraye mortifi cation . doux & tranquiles. 19. de mépris. Quiconque voudra ſortir du re pos de la Contemplation mal-à-propos & ſans ſujet. qu'ils ne ſoyent totalement morts à leur aéti vité intérieure & naturelle. amoureux. ont une imagination acti ve . ceux-là ne pour ront jamais étre ſimples en leur fond quoi qu'ils le vouluſſent . demeurera infailliblement pris de l'amour de ſoi-méme. Si le deſir inquiet de Dieu & du martire ne vaut rien » que ſera-ce de toutes les autres images ? Si donc vous admet tez quelque choſe en vous .

qui faſſe nos actions. & il eſt impoſſible d'en faire autre é tat . Depuis qu'on a été touché puiſ ſamment des attouchemens divins . 321 étatsj précédens : cet état néanmoins a ſa propre mort : mais c'eſt une mort qui eſt facile à ſoûtenir . étant ſon vif inſtrument en tout lieu. L'on ne connoitra jamais ſi les grandes attractions & les fortes occu pations intérieures ſont de la nature ou de la grace . requiert auſſi dans l'ame une pureté. Dieu étant en ſoi un feu dévo rant . Il faut que ce ſoit plûtôt Dieu » par maniére de dire . XVIII. j 23. * . & qu'on l'eſtime autant qu'on eſt obligé. . " . étant aſſez qu'on ne le mépriſe pas . ſi ce n'eſt par le par # fait repos . que nous-mémes. . paix. O-5 : 2$ « L'a . L'Eſprit de Dieu étant ce qu'il eſt. ou par la ſubtile inquié-- 24. la pureté méme. Vie contemplative. on laiſſe l'extérieur étre ce qu'il eſt .] . que parce qu'elle reçoit une force trés-compe tente pour ce [ſoûtient. attention & repos. tant parce que l'ame eſt toute conſommée dans le feu d'amour myſtique . il dévore & reduit tout en ſoi & en ſon unité infinie. # 2z. 2 I. la ſérénité » le repos & la lumiére. " 2o. Ch.

I. - . - C H A P 1 T R E X l X. la fil le du Pére . . ſ . doit étre ex §émemcnt : &revérée : carque ellemille n'a rien d'impur plus claire So leils . On voit Dieu en la voyant dans un corps parfaite ment ſujet à l'eſprit ? de ſorte qu'on ne pcut ſe ſouler de la voir & de l'ad mirer. Maximes Spirituelles. ſon eſprit & ſon amour ſont au Saint Eſprit. : D† précéde la § tout au contraire des arts & des ſcien ges naturelles. | 2. Ans la ſcience myſtique la . . & ne le fait qu'avec pei IlC . | La Sc 1 E N c E donne la con noiſſance des choſes de la nature. 25. elle vit en Dieu de Dieu-mé § " Elle eſt l'Epouſe du Fils.322. mais la sageſſe verſe en nous celle de Dieu & de ſa bonté. connoitre. De la sagºſſe divine *. L'ame contemplative &qui eſt conſommée en amour . La divine SA G E s s E abondam ment infuſe dans l'homme » eſt toute connoiſſance & tout amour # La ſageſſe eſt une connoiſſance intellectuelle des choſes éternelles. Celle-là veut . .

Chap. XIX. Sageſſe Divine. 323
ne & ſueur ; & l'autre veut ignorer
cela méme , ayant néanmoins trés-a
bondante ſcience de toutes choſes. En
fin, les uns vivent perdus en Dieu ;
& les autres ſont tous occupés au de
hors dans tout l'Univers & en la re
cherche des Cieux , où ils ſemblent a
voir mis leur nid.
5. La R A I s o N illuminée en la Sa
geſſe eſt une haute élevation & une trés
ſimple conſtitution de l'eſprit dans les
ſplendeurs éternelles, d'où [cette rai
ſon] regarde éminemment & ſimple
ment par une trés-penetrante vûe d'eſ
prit & d'un ſimple regard tout ce qui
lui eſt inférieur & qui apartient à ſa
propre voye & conſtitution. .
6. La D I s c R E T I o N eſt l'effet
de la préviſion d'une raiſon illuminée
qui s'aperçoit par ſa vûe ſimple & pé
nétrante de toutes les circonſºances
d'une action. Cette vertu ncs'aprent
point , & ne procéde point du dehors,
mais ſeulement du dedans, & eſt un
effet continuel du dégré qu'on a de
lumiére.
7. Nos jours ſont maintenant ma
lins & ſans ſimplicité ; & les hom
mes vivant à préſent de prudence char
nelle & politique, les diſcours & les
ſentimens del'eſprit leur ſont un foüet
odieux] : de ſorte qu'il faut étre bien
O 6 pru

324- Maximes Spirituelles.
prudent & bien aviſé pour ſortir vers
CUX,
8. La plus-part du monde ne vit
que d'opinion , & ne juge que ſelon
qu'il eſt frapé des ſens & de l'imagi
nation. Celui-là eſt vraiment ſage qui
juge des choſes comme elles ſont en
vérité.
9. Celui qui n'a que la perſuaſion
extérieure pour ſe porter au bien ſans
la forte & efficace Sageſſe de Dieu, eſt
auſſi-tôt diverty de ſon deſir ; d'au
tant qu'il ne ſauroit ſoûtenir la nüe
preſence & action de Dieu au plus in
time de ſon cœur & de ſes puiſſances.
1o. L'homme n'eſt point vraiment
homme s'il n'eſt reformé par le don
de la Sageſſe ſurnaturelle : & alors il
eſt vraiment ſupérieur à tous les hom
mes de pure nature; & il poſſéde tou
tes les qualités de l'Eſprit divin , qui
embellit toutes ſes puiſſances.
11. La Sageſſe divine touche & tire
profondément à ſoi les cœ U R s HUM
B L E s & D o C I L E s qui lui ſont en
tiérement ſoûmis, & les remplit d'a
bondance de ſentimens divinement ſa
VoureuX.
12. L'excellente & divine Sageſſe
rend ſon ſujet ſimple , uniforme ,
ſpirituel , totalement recueilli , &
néanmoins grandement & largement
dila

Chap. XIX. Sageſſe Divine. 325
: dilaté en eſprit & lumiére par deſſus
toutes les efpéces ſenſibles.
: 13. La Sageſſe en elle-méme eſt une
, mer ſans fond ni rive , qui dans ſa
s ſimplicité voit toutes choſes unique
, ment & diverſement. Qui ſera-ce
, qui lui donnera des bornes & des li
mites ?
# 14 Nôtre Sageſſe n'eſt pas comme
, celle des anciens Philoſofes; mais el
le eſt divine. Nous y vaquons non
| comme à une étude de ſcience ſpé
culative ; mais par la trés-étroite u
nion de nos ames & de nos coeurs à
, lemment
Dieu , duquel nous recevons excel
& abondamment l'Amour
& la Sageſſe comme une ſeule choſe.
C'eſt elle qui nous fait agir par tout
avec une prudence digne d'elle, & qui
aſſaiſonne divinement tout ce qui ſort
· de nous : & nous ne ſortons jamais
d'elle , non plus que de Dieu , par
la moindre extroverſion. Tel eſt l'ef
fet continuel du trés-SAINT EsPRIT
dans nous, lequel y conſume par ſon
amour inéfable tout ce qui s'y trouve
de défectueux. -

15. L'Eſprit de la divine Sageſſe rem
plit ſuavement , domine fortement ,
échaufe vivement , & illumine excel
# lemment ceux qui ſe ſoûmettent à ſes
conduites.
O 7 16. L'Ob

326 Maximes Spirituelles.
16. L'objet de la divine Sageſſe eſt
Dieu infini en ſoi-méme » qui la ver
ſe abondamment dans tous ceux qui
la reverent en profondeur d'amour
& d'humilité.
17. Les vrais & ſolides éfets de la
divine Sageſſe ſont , entendre , péné
trer, & ſurpaſſer toutes choſes créées
& ſoi-méme.
18. La vraye Sageſſe n'eſt point for
cée ni afectée en ſes pratiques; mais
toûjours & par tout ſerieuſe. Elle
connoit parfaitement ce qui eſt de na
ture & de grace, & ne prend jamais
l'un pour l'autre. Si elle met en avant
quelque diſcoursjoyeux pour relâcher |
tant ſoit peu l'eſprit, elle ne le fait que |
trés-à-propos , de bonne grace , &
pour un peu de temps.
19. Le propre éfet de laSageſſe n'eſt
pas tant de perſuader & de convain- '
cre [l'eſprit, ] que d'émouvoir & fra
pº le coeur : de ſorte que la ſcience
{de perſuader] ne lui eſt point néceſ
ſaire, & n'eſt que ſa ſervante.
2o. La Sageſſe divine eſt ſimple; el
le a une perſuaſion vive, ſuave , éfi
cace » qui touche ſavoureuſement le
coeur : elle eſt conciſe, ſimple & u
nique , ramaſſant toutes les puiſſan
ces du cœur en ſon unité.
2 I. L'Eloquence la plus diſerte del'in
duſtrie

Chap. XIX. Sageſſe Divine. 327
duſtrie humaine ne peut paſſer le ſens;
elle n'atteint qu'à produire toûjours
une molleſſe, qui évacue ſon poſſeſ
ſeur & le fait s'écoulerau dehors com
me un vaiſſeau percé en mille endroits:
de ſorte que l'homme & toute ſon é
loquence ſe terminent à rien , & s'a
néantiſſent l'un avec l'autre. Mais il
n'en eſt pas ainſi du flux myſtique [&
divin], qui eſt l'éfet des infuſions de
Dieu , & l'avant-goût de la béatitude
éternelle, par le moyen dequoi la créa
ture pénétre tout, paſſe tout, & ou
blie tout dans la jouïſſance qu'elle a
de Dieu. -

22. L'homme animal écoutera &
lira tout ceci & ne le comprendraja
mais ; au contraire, il le tiendra pour
folie : car comme les Myſtiques ſon
dent tout , méme les choſes profon
des de Dieu ; les hommes animaus au
contraire ſont d'autant plus eloignés de
cette intelligence, que leur vie eſtbe
ſtialement effuſe dans la chair & le
ſang.
23. L'intelligence des verités myſti
ques eſt ſi abſtruſe & ſi cachée aus
hommes de pure nature , ſi doctes
qu'ils ſoyent , qu'ils n'y entendront
jamais rien ; parce que c'eſt la ſcience
des ſaints, qui ne découvre ſes lumié
res qu'à ſes amoureux ſujets. .
- 24. Cha

328 Maximes Spirituelles.
24. Chaque choſe a le goût de ce l
qu'elle eſt : les hommes ſages ont le
goût de la Sageſſe divine ; & la chair
ne ſavoure que la chair.
25. C'eſt un mal aſſés ordinaire aus
hommes d'eſprit ſubtil, de deſirer plus
de connoitre que defaire : & leur in
tellect eſt ſi avide de connoiſſance,
qu'il faut étre de trés-grande étude ,
éloquence & travail pour les pouvoir
ſatisfaire. Cela vient de ce qu'ils n'ont
qu'eus-mémes pour fin, & leur pro
pre contentement & délectation pour
objet. O mille fois déplorable cor
ruption & cécité de la miſére humai
ne en l'effet univerſel de ce point; qui
fait , qu'étant vuides de la ſcience des
ſaints , qui eſt la Sapience divinement
infuſe , ils n'ont autre recours qu'à
des eaux corrompues & puantes pour
aſſouvir leur ſoif inſatiable de ſavoir !
Et de là vient que les vrais Enfans de
la divine Sageſſe n'ont guéres ou point
du tout d'accés auprés d'eux, ſi ce n'eſt
auprés de quelques uns de bon natu
rel , & tout-autres que les ordinai
TCS,

26. Ce ne ſeroit pas mal-dit qui di
roit que la ſcience de la plus-part des
hommes eſt ſcience de péché : parce
que les trois quarts des hommes, [he
las preſque tous ! ] ſe repoſent en el
le,.

Sageſſe Divine. ceux neanmoins qui § ſi peu que ce ſoit penetrés de ſapience . fardée & ſubtilement dorée de faux-or. mais ſeulement celle des hom mes . effuſes & recherchées. Chap. affectée. La plus-part des hommes de ce temps ſont miſérables. Pour mon regard. 39. · L · i · · . . - : 28.º - • 29. Encore que la ſubtile eloquen ce humaine ſemble douce aux non-ex perimentés dans les voyes de l'Eſprit. - 27. & non en Dieu leur objet. qui devoit ſervir grande ment à l'utilité de ces gens-là .ºi ( ot . vaines fables. XlX. & deſcriptions priſes des effets de la na ture » ne ſont nullement la parole de Dieu. remar que d'abord combien elle eſt extreme ment differente de la vraye Sageſſe. tiſ ſues de genealogies. 329 le. qui les conſume comme à petit-feu dans ſa beſtiale avidité de ſa voir : De ſorte que l'inſigne beauté du monde . parcequ'ils n'é tudient pas pour aquerir la vie eter néile. . De tels Predicateurs OIlt . leur eſt un poiſon mortel . je crois que les Predications faites par des paroles ſi vaines. L'Etude qui n'eſt pas faite pour la ſeule gloire de Dieu » eſt un des plus courts chemins pour deſcendre en Enfer. n'étudians que pour ſouler la curioſité inſatiable de la nature.

. 31. de chatouillement & d'applaudiſſement . & de meureront toûjours là dedans. & pour nourriture une terre inſipide frottée de miel envenimé.------. detournant inſenſiblement les ſimples de leur foi & devotion . devaine gloire. Ceux qui ne s'exercent que ſe lon la voye des Ecoles. c'eſt un mira cle quand la sageſſe divine y prédomi ne.V . 33. ont perdu les Chrétiens. les uns & les autres ayant le cœur vuide de Dieu. mais les autres au contraire rai ſonnent & diſputent toûjours. des pierres au lieu de pain . & leur don nant des fueilles au lieu de pommes. Là où il y a grande ſcience ſpé --.33o Maximes ſpirituelles. Quoi .• • • Cu1aUIVC1IJU11t aCquiie . 32. les careſſes & les délices de la vie active & profitante dont jouïſſent les ſimples & les idiots : parce que ceux-ci ne raiſonnans point. ſont plus propres à recevoir dans eux les attouchemens di vins. Ce ſont des ve neurs d'honneur. Ce ſont des Maitres # paiſſent le vent d'un vent plus ſubtil & veneneux. à peine goû tent-ils jamais les manifeſtations . les repaiſſant de vent & de vanité . & ce ſont les plus beaux pretextes du monde. Cependant c'eſt une choſe mer veilleuſe quand la ſcience & la ſageſſe vont de pair.

cela ne vient pas néan moins d'un fond de ſimple & d'emi nente ſageſſe. Ce ſont eux qui ex perimentent ce mot du Sage. ſans s'attacher à leur propre honneur . Chap. pure. ne ſe jugent pas infaillibles en leurs vûes.pleins d'ordre. empechera éternellement dans plufieurs la profonde. 6. ſimplement. méme d'un peu de ſcience. 331 33.] Les perſonnes qui ſont profon dément. & uniquement perdues en Dieu . de pru deiicë & de conſeil en tout ce qu'iis font : & dans les choſes précipitées où ils voyent avoir mal-rencontré . 14. Les œuvres & les paroles des ſpirituels ſe doivent examiner par l'eſ prit de la Sageſſe & de la Simplicité. & ſimple Sageſſe de Dieu. 34. ils en ſavent bien deſiſter à la gloire de Dieu . Quoique les doctes ayent quel ques bluettes d'eſprit dans les matiéres ſpirituelles . Y. Le melange . XlX. ſachant combien il eſt im portant de plûtôt plier humblement que de rompre. Les vrais ſages ſont lents& tar di# en leurs deſſeins. lumiéres & ſentimens. laquelle abhorre les for mes & les images comme la mort. [Sap. en ſorte que tout ce qui V1ent . - 35. 9. Sageſſe Divine. craintifs en leurs entrepriſes . que les penſées des mortels ſont-timides & nos pré voyances incertaines.

Ceux qui reverent la divine Sa geſſe n'eſtiment rien de petit à quoi ils ne pourvoyent & ne cherchent [le plus] préſent reméde. eſt toû jours accompagnée de paſſion ou de raiſon paſſionnée. L'ame ſainte & abondante en Sageſſe aime toutes les choſes ſelon le degré de bonté & de ſainteté qu'elles ont. vient d'elles. & exempte des paſſions de la raiſon. 42.] D'où vient qu'ils ſont fort lents & tardifs à juger & à déter miner des choſes importantes. néanmoins les tempé tes demeurent & grondent au dehors. Mais la prudence des ſimples fait toûjours évidèmment pa roitre la divine Sageſſe . Et cclui-là vit ſaintement & juſtement qui . & non ſelon leur aparence. Le Sage doit aprofondir & pri ſer chaque choſe autant qu'elle le mé I1tC. étant ſimple. ſoyent des vérités infail libles : parce qu'ils peuvent ignorer des circonſtances trés-ſubtiles ſ & im perceptibles. La prudence de ceux qui ſont ſages à leurs propres yeux . 4o.39. . 32 Maximes Spirituelles. 4I. Les tempéres n'approchent du ciel trés-ſerain d'une ame vraimentſa ge que d'une diſtance infinie : Caren core que parfois elle ſoit trés delaiſ ſée & dénuée. lumineuſe. 38.

46. 43. & moins encore pour toute autre choſe. Il importe beaucoup de plus fai re que connoitre . l'on ne manquera pas de connoiſſan ce ſuffiſante de ſa part . par lequel on recevra la Sageſſe myſtique. Les ſorties des ſages qui ſont plû tot agis qu'agiſſans » ſont ººº # nCCS . Sageſſe Divine. Le propre du Sage eſt de faire beaucoup & de dire peu. Chap. - 44. Il y a une ſainte & excellente ignorance qui rend ſon ſujet ſimple & inconnu à ſoi-méme en ce qui re garde le diſcernement non-neceſſaire de ſcs mouvemens : à raiſon que ſon occupation actuelle étant en Dieu . Entre connoitre & faire il y a bien de la diſtance. elle ne lui permet aucune reflexion a ctuelle ſur ſoi pour ſe voir. quoi qu'on ne puiſſe faire ſans connoiſſance. Les hommes de propre excellence & de propre amour ſont grandement actifs pour le premier & trés lâches pour l'autre : mais les vrais juſtes & ſaints ne veulent con noitre que pour aimer. 45. 47. Mais en ſe : donnant tout entier en proye à Dieu. ni méme de # radieux attouchemens de ſon lumi neux & delicieux amour. XIX. 333 ciui eſt vrai & entier eſtimateur des choſes en elles-mémes. infuſe divincment à grands flots.

ſpécialement au fait de la ſcience des eſprits. nées en nombre.] Mlais il eſt trés-dificile que des gens qui ne ſont que du commun vivent toûjours COntenS aVeC euX. & le dehors leur eſt une cruelle mort. 49. que la diſcrétion divine eſt l'a me motrice & informatrice de toutes nos ſor ties & procedures. qui plus ils ont ſous leur charge & leur gouvernement de bons & de ſaints inférieurs . qui . Le propre de l'eſprit lumineux ſelon la divine Sageſſe. Celui-là donc qui du premier coup. eſt l'ex périence des choſes. eſt de voir les eſprits par vûe & pénétration d'eſprit ſelon la ſimple & active vivacité de ſon ſimple regard. poids & méſure . qu'on peut dire que ceux qui en ſont doüés ſont des Phé nix ſur la terre. 5 I. Mais elle eſt ſi rare dans les eſprits. • 48. Ce n'eſt pas une petite ſcience ausſages de ſavoir raporter toutes cho ſes à Dieu & les peſer dans la balan ce de ſes profonds jugemens .334 Maximes ſpirituelles. ſelon le dire du ſage. Le plus excellent dégré de la Sageſſe » par maniére de dire. ſont poids & me ſure parfaite. plus ſont ils heureux [& dans la joye. 5o. par maniére dedi re » ne pénétre pas les ſujets d'eſprit qu1 . Celui-là a trés-bien rencontré qui a dit.

53. la doctrine ſpi rituelle n'eſt pas degrande étendue ni de grands éfets : Mais ſi nous ſommes en Dieu . n'eſt ni ſimple ni eſprit en cela. 54. nous brûler . 335 qui ſe rencontrent . 52. nôtre doctrine y eſt auſſi .ſimplic. . per te» & mort entiére d'eux-mémes. qui produit toûjours admirablement ſon éfet au dedans. pour nous ravir. le ſens. ont à dégoût la ſim plicité du flux de laSageſſe divine : par ce que ces gens-là ne reſident point au dedans d'eux par ſimplicïté . & la rai ſon. .XX. Lors que nous ſommes pure ment en nous-mémes. Ch. On ne ſauroit recevoir la Sa geſſe divine ſans avoir premiérement ſurpaſſé la crainte. Sageſſe Abſtraction. & nous fondre au feu du divin amour. Les perſonncs d'une probité pu rement morale.

les critiques de goût fin. De l'Abſtraction. Ces eſprits-là ſont rares en un corps. 2 Celui qui ne s'empéche de rien au dehors ſinon prudemment & en . Les uns ſont (I) abſtraits en nature & dans la force . Ceux qui ſont (2) moraus . -" . (*) Les Philoſophes de morale & de metaphy Jique.beſtiale de leur imagination. eſt par fait. les géométres . Celui qui n'eſt point abſtrait du viſible ſI) Les artiſans inventifs . ſont abſtraits au plus haut de la raiſon. Et les autres (4) le ſont encore plus nuement & ſimplement . Les ſpirituels de ſpeculation. . étant tout-eſſentiels. (3) Les vrai ment ſpirituels le ſont ſurnaturelle ment » au pius haut de l'eſprit. & de la Liberté des Enfans de Dieu. de la Simplicité. • -- - · c H A • 1 r R e xx. Ils font gloire de beaucoupé couter & peu parler. choſes qui le touchent d'ofice..contemplatives. 336 Maxime ſpirituelles. & en abſtraction du dehors » dont ils n'ont que le ſens frapé. de vaquer à ſoi méme en profonde attention . 3. * s T R A c r 1 o N s. I• IL y a pluſieurs genres D'A B -. (4) Les ames transformées & déifiées. (3) Les ames ſaintes &.

de ne vou loir point refléchir ſur les objets les plus ſimples de l'eſprit pour y raiſon ner de propos delibéré ſi la choſe ne nous touche d'ofice. & dont l'ame étant aléchée . Le premier eſt d'étre mort à force de s'écouler en Dieu par l'action & l'élevation de Dieu dans ſes puiſ ſances. qui croiſ ſant peu à peu . Il y a trois états de s I M P L I c I T E'. Abſtraction. Ch. Le deuſiéme eſt. 337 viſible & ſenſible. fait non ſeulement ce que deſſus. 6. qui répond du tout à l'eſprit. la rend ſimple . Simplicité. & ne jouira ja mais de la vraye liberté de cœur & d eſprit : d'autant que les frequens deſordres de la part des créatures s'o poſeront inceſſamment à ſes deſſeins. mais encore il tient ſon ſujet mort par deſſus tou te aprehenſion & connoiſſance : [il le tient] ſtable & arété à tout endu rcr d'une trés-haute & trés-forte ma niére .XX. ou plûtôt à Dieu dans lui. 4. 5. Quiconque n'eſt pas veritable ment abſtrait en totale perte de ſoi méme . ſans ſortir jamais de là pour quoi que ce ſoit. Le troiſiéme . elle quitte ' P volcn . n'eſt nullement capable des lumiéres & vérités de l'eſprit. demeurera toûjours ataché à ſoi-méme . La ſimplicité eſt une lumiére in fuſe de Dieu dans l'ame .

volontiers tous les plaiſirs & ſentimens beſtiaus de la vie préſente . Il eſt impoſſible que les natu res aucunement reformées .8. ll eſt impoſſible que par les fre quents attouchemens de Dieu l'ame ne devienne ſimple ſi elle eſt fidelle. . & toute recreation des ſens. qui en comparaiſon de cette douce lumiére ne ſont que menſonge & fauſſeté. ſont l'enfer des ames ſimples. qui nous emporte & nous entraine aprés elle. vraiment mona cal & clauſtral . .1o. & qui néanmoins ſont demeurées trop acti ves » Puiſſent jamais arriver au point de la parfaite ſimplicité : d'autant qu'ils rodent toûjours au dehors par les ima ges . . ô douleur ! nôtre principale fin & nôtre formel. la duplicité. Et au jourdhui en nous tous . eſt la police .I I. avec lequel elle prend ſon repos & tout ſon contentement. La fineſſe .338 Maximes Spirituelles. eſt aujourdhui chan gé en un Eſprit tout politique. . La ſimplicité abhorre comme la mort l'extroverſion . L'Eſprit ſimple. la ſi mulation .9.7. ce n'eſt que par dehors & à regret . parce que tout ſon plaiſir eſt au dedans. les images & les figures. . où eſt ſon Roi. Que ſi l'ame ſainte accepte quelques fois quelque ſainte recreation . l'artifice & l'eſprit de poli ce.

Plus on eſt parfait . en l'éminence de l'Eſ prit de Dieu . . en leur lumiére. Ch. . Abſtraction . plus eſt-il loiſible de faire & dire pluſieurs cho ſes : mais il ne faut jamais agir ni par ler hors de l'expédicnt. alors ſa liberté eſt divine en quelque façon . & ſemblable à cel le des bien-heureux. & comme ils le veulent . La ſouveraine L I B E R T E" de l'homme eſt en Dieu : & cela a fort grande gradation avant [le terme del ſa conſommation : mais quand tout l'homme eſt conſommé en état paſſif #! & fruïtif... en leur a mour. mourant inceſſamment à tout le créé. 15. Simplicité. en leur état trés-déïforme. La liberté divine tient ſon ſujet toujours également. I4. & vivant par ce mo yen tranquilement & - pacifiquement P 2 élevè . ſans º} ſe ſoucier plus que de raiſon du juge ment des hommes : parcequ'ils ne vi vent ni pour les hommes ni pour eux mémes. dans lequel ils reſident ſuréminemment . Les hommes profondément ſpi rituels font & diſent ce qu'ils veulent. 339 ges & figures qui vivent trop en eux | 12. pro fondément & immobilement élevé & uni à Dieu . hau ement. en trés-haute ſimilitude de lui-méme.. | 13.XX. & ſont ſouveraine ment libres en leurs operations . mais en Dieu & de Dieu.

qui vivent ſaintement ſous ſes loix . élevé au deſſus de l'ordre & du deſor dre des créatures. - L E'T . Mais ceci eſt incon nu aus hommes qui ne ſont pas en tiérement conſommés. - 16. \ 34o Maximes Spirituelles. & ſont les plus heureux dela terre » mé me dans les adverſités. parce qu'ilsy ſont inébranlables. Il n'eſt rien de plus véritable ment libre que les vrais enfans de Dieu.