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A propos de ce livre

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Lausanne

Lausanne

LE LIVRE

D E

LIMITATION

D E

JESUS-CHRIST>

TRADUIT DU LATIÏf

de THOMAS a KEMPIS.

Approprié à toutes les Communions Chrétiennes. Tp^ fit v.\jl

NOUVELLE EDITION, revue & retouchée.

Tp^ fit v.\jl NOUVELLE EDITION, revue & retouchée. A LAUSANN Chez Henri Em. Vincent , Imp.

A LAUSANN

Chez Henri Em. Vincent , Imp. Lîb:

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fit v.\jl NOUVELLE EDITION, revue & retouchée. A LAUSANN Chez Henri Em. Vincent , Imp. Lîb:

AVIS

AU LECTEUR,

Où Von donne une idée générale de cet Ouvrage.

Il est surperflu de recommander ici un Livre connu depuis si long-tenu Èar la pureté de sa doctrine. Cette dition n'est faite que pour le rendre plus commun à toutes sortes de Chré tiens. Ils y verront les vertus & les vices , les biens & les maux , le monde, le Ciel & l'Enfer, les choses de l'ame, de Dieu & de Jésus-Christ , tous le» objets spirituels , les combats du Chré tien , sa route, les états où il doit passer, ses épreuves , et enfin tous les saints mouvemens d'un c ur touché de la grace. La vraie science de Jésus - Christ n'est pas la connoissance historique de sa vie, mais la pratique de ses vertus et la divine expérience de l' u vre interne de son Esprit. Et c'est ce qu'a admirablement saisi l'Auteur de A %

expérience de l' u vre interne de son Esprit. Et c'est ce qu'a admirablement saisi l'Auteur

IV

A T I S

ce Livre , qui négligeant , dédaignant tout ce qui peut nourrir une vaine curiosité , s'est uniquement attaché , si pn ose s'exprimer ainsi , à la

moelle & à la quintessence de la grace,

à tout ce qui peut remplir le

son ondtion & le pénétrer de l'amour

de Dieu. Et voilà" , si nous sommes

Chrétiens ,

le -tout et la pratique réelle de la vie

&. de l'exemple de J. Christ, habitant en nous. Il est donc ici moins ques tion de l'explication de son histoire, que de l'exercice de ses vertus. Jésus- Christ enseignant sur la montagne les divins préceptes de la vie chrétienne & l'esprit du vrai Christianisme, nous doit faire penser qu'il est ici plus question d'une imitation d'esprit , de c ur & d' uvres , que de la descrip tion , ou d'une suite détaillée de ses faits et de sa vie extérieure. Le style de ce livre admirable / montre assez qu'il «jst fait pour les simples, bien plus que pour les savans qui s'égarent dans la vanité de leurs pensées , eu que pour ces oreilles faussement dé licates qui veulent une vaine & sym- métrique élégance là où on n'en a que

c ur de

oreilles faussement dé licates qui veulent une vaine & sym- métrique élégance là où on n'en

r

faire , qui énerveroit la sublimité et la douce et touchante éloquence du c ur, qui fait le caractère propre de ce Livre.

.

que celle de rendre Pame moins char nelle & plus céleste en la dégageant de tout ce qui la courbe vers la terre ; il n'y a point d'autre ordre que les mouvemens d'un c ur plus touché de Dieu , qu'assujetti aux règles pesantes et incommodes de l'étude. On peut néanmoins remarquer dans le premier livre une espèce de premier Appel de Dieu , qui par des instruc tions proportionnées à la capacité des commençans , veut tirer les hommes de leurs tombeaux , comme autant de Lazares , & les dégager de tous les embarras du monde qui les lient & les empêchent d'écouter & de suivre sa vqïx. Il y appelle les uns à renoncer à leurs voluptés , les autres à leurs études & sciences stériles; d'autres à leurs vaines conversations , leurs vani tés, ambition, mollesse , emportemens, sécurité et négligence spirituelle et à tous leurs autres vices , sans parler, de la. perte d'un tems précieux , tout cela

au Lecteur.

Il n'y

a point ici d'autre subtilité

A 3

parler, de la. perte d'un tems précieux , tout cela au Lecteur. Il n'y a point

Avis

par une voix également douce , forte & digne de la Sagesse & Chanté infinie du Fils de Dieu. Le fecond livre peut servir- à dispo ser plus particulièrement ceux qui , dégagés du grossier & du sensible sont appellés comme St. Pierre au sortir de la cour de Caïphe , à un recueillement

intérieur , à une retraite en eux mêmes

& dans le fond de leur c ur , qui est

le lieu qu'il faut préparer à Dieu & où il faut chercher le trésor avec pureté, silence, paix, simplicité, & amour, sans s'étonuer si l'on commence ici à être mis à l'épreuve par des afflictions, des délaissemens et des croix tant

extérieures qu'intérieures, auxquelles on doit s'attendre. Tout cela est mar qué presque dans le même ordre dans ee second Livre. Le troifieme Livre montre une ame qui , après ces dispositions , commence à entendre les inspirations que Dieu lui donne, lorsque comme une autre Samaritaine elle est sortie du sensible, et de la vile figure du monde, pour cher cher la source de sa vie qui est Dieu , qui l'honore toujours plus de ses divi nes inspirations , pourvu qu'elle y ré

*i

source de sa vie qui est Dieu , qui l'honore toujours plus de ses divi nes

au Lecteur. vu ponde avec fidélité , & qui fait croître par-là en elle toutes sortes de vertus , qu'elle accompagne des épreuves qui y sont assorties. Ces vertus sont l'a mour de Dieu , l'humilité , la réfigna- tion parfaite, la patience , la priere continuelle , la pauvreté d'esprit , la parfaite tranquilité , la paix spirituelle, l'abandon total à Dieu , le renonce ment entier à toutes choses ; la mort au monde , & à soi ; la vie surnaturelle de la grace et la pleine extinction de tous mouvemens de murmure , de tous raisonnemens humains , et de tous de- sirs venant d'ailleurs que du Ciel. Enfin le quatrieme & dernier Livre, montre les mouvemens et les disposi- sitions les plus vives d'une ame qui aspire à recevoir l'Esprit de Jésus- Christ , ce qui fait le véritable Chré tien devant Dieu. On y fait une re cherche exacte des péchés et des dé fauts qui peuvent encore se trouver dans le fond du c ur , y empêcher la venue et la résidence de cet hôte divin ; on y indique le moyen d'en être purifié ; on y invite de la maniere la plus affectueuse et la plus tendre à «'attacher à Jésus-Christ par les lien»

; on y invite de la maniere la plus affectueuse et la plus tendre à «'attacher

tiii

d'une foi simple & divine , seule capa ble ici bas d'opérer notre union avec lui. Je me fais un devoir d'avertir que dans ce quatrieme Livre, j'ai plutôt paraphrasé l'Auteur, que je n'en ai donné une Interprétation littérale. Ce qu'il dit du Sacrement de l'Eucharis tie n'étant pas reçu dans toutes les communions extérieures du Christia nisme , j'ai cru devoir généraliser ses expressions & appliquer à l'union spi rituelle & intérieure de Jésus - Christ avec l'ame, ce qu'il applique dans un sens plus particulier au Sacrement. Par là ce Livre devient accessible à toutes les Communions , qui y trouveront également la manne cachée. Cette considération, de pouvoir être utile à tous , a fait aussi substituer dans les autres Livres , mais très - rarement , quelques mots généraux pour quelques autres plus particuliers , mais toujours sans rien perdre de la substance de la vérité ; il est même à remarquer que la plupart de ces mots substitués se trouvent dans une ancienne traduction d'un Gothique - Français , qu'on pré

Avis

de ces mots substitués se trouvent dans une ancienne traduction d'un Gothique - Français , qu'on

AU

L I C T E D I.

IX

tend (a) avoir été faite sur un Original latin plus authentique que ceux sur les quels on a publié les Editions &. les traductions qui ont paru jusqu'ici. Si après cela je ne laissois pas de dé plaire a quelques - uns, ce ne pourra être qu'à ceux qui sont jaloux de ce que tous les esprits sont invités (b) à louer le Seigneur, & à prendre occa sion de toutes choses à célébrer ses perfections adorables. Il me suffit d'a voir tâché de plaire à Dieu & de contri buer à l'édification de quantité d'ames pieuses, à qui cela n'a été ni désagréa ble ni inutile. Je n'en dirai pas davantage après l'avis particulier qu'on a mis à la tête du quatrieme Livre , & la Pré face suivante sur tout le Traité , laquelle est en grande partie tirée d'une An cienne Edition, & qui est trop belle & trop excellente pour être omise ici. Puisse le Lecteur profiter de cet ouvra ge pour le Salut de son Ame ! (a) Vovez la nouvelle Edition de notre Auteur publiée à Paris en 1É92 . fous le Titre de Confo. lation intérieure, ou le Livre de l'Imitation de Je/us- Chriji , de Thomas Kcmpis félon fon Ori ginal ; & la dilFertation qui eft à la tête. Ci) PfaL 150.

P.P.

A 5

Je/us- Chriji , de Thomas Kcmpis félon fon Ori ginal ; & la dilFertation qui eft
 

(

x

)

P

II

É

F

A

G

E.

SOMMAIRE

DELA

PREFACE.

ht. z. j. Fruits à espérer de cet Ouvrage Je lu »art des personnes de bonne volonté,

' 4-7. ii?3*8 non de ceui qui se contentent toit du simp'e eitérieur de la Religion Chré tienne ,.soit d'm?« science & d'une persuasion; stérile; gens dont Ji? nombre est grand au jourd'hui. JQ. 8-10. Que la Religion Chrc'fienne étant une vertu de Dieu puissante & effective , il faut foui être Chrétien mourir effectivement au péché & revivre à la sainteté & à la justice , . même dès cette vie. 12-19. Que les subter fuges tirés de l'imputation de la justice & des mérites de J, Cfirist , ne signifient rien pour ceux qui ne meurent point au péché , & qui

' ne se revêtent point de l'Esprit de Jésus-Christ pour s'appliquer à son Imitation. 16-19. Que Fon ne sauroit ni croire ni être en J. Christ sans F Imitation de sa sainte vie & de ses divi nes vertus. EL 19-25. Qu'il ne faut se laisser détourner de l'Imitai ion de J. Christ ni par la paresse de la nature , ni par la considération des difficultés de la voie, ni par les prétextes de; notre foibj«sse& de notre impuissance , guis-

considération des difficultés de la voie, ni par les prétextes de; notre foibj«sse& de notre impuissance

PrEface. §'. T. xr ime Dieu a promis le secours & le don de

son Esprit tout puissant à ceux qui le deman deront ardemment & constamment, & qui feront leurs efforts pour imiter le Sauveur.

27. Sans quoi l'on demeure dans le péché

& dans la mort. IV. 28. 29. Quelles sont les marques infailli bles des vrais Chrétiens , qui seuls seront reconnus de Dieu & sauvés éternellement.

26.

S.

L-

Si ce Livre de PImttation de Jésus- Christ, a jusqu'ici été utile à ceux qui se sont appliqués à le lire avec

attention , j'estime qu'il ne le sera pas moins encore désormais ; car bien que

les m urs de

tiens soient extrêmement corrom

pues aujourd'hui , Dieu néanmoins

la bonté ne se lasse jamais , veut bien encore tirer de l'abîme où le grand nombre se précipite ceux qui touchés de leur misere , rentrant en eux-mêmes s'amendent & implorent son secours & sa grace. Ce doit donc être pour nous, un motif d'encouragement , qui mal gré la grandeur du mal doit nous in citer à agir comme on fait dans le» maladies périlleuses, où l'on applique promptement les meilleurs remède*.

dont

ceux qui se disent Chré

A 6

le» maladies périlleuses, où l'on applique promptement les meilleurs remède*. dont ceux qui se disent Chré

J1I

P R E 1 A C E.

§. I.

Plus nous voyons croître l'impiété, plus nous devons chercher les moyens d'y

remédier autant qu'il est possible , & de sauver quelques ames de tant de milliers qui sont endurcies & qui ont du dégoût

& de l'horreur pour tout ce qui tient

à la piété. Il est vrai, hélas! & l 'expé

rience ne le prouve que trop tous les jours, qu'il n'y a jamais eu de siecle où les Chrétiens aient été plus corrom pus & plus contempteurs de la piété qu'ils le sont aujourd'hui : cela n'empê che cependant pas que nous ne devions espérer que Dieu en tirera toujours quelques-uns à lui. Quelques grands

<me soient les ravages de la peste , tous n'en sont pas foudroyés. Il faut espérer qu'entre le nombre infini des faux-Chrétiens d'aprésent, il en sera quelques uns que Dieu touchera de sa

grace pour les retirer de la corruption du siècle , & les ramener à sa crainte & à son amour. Dans cette foule d'im pies, Dieu ;a toujours quelques c urs qui, sans consentir & sans avoir part

à l'impiété & à la licence , se conser

vent par la vertu de son bon Esprit clans de meilleures dispositions. C'est

& à la licence , se conser vent par la vertu de son bon Esprit clans

P R E F H C é.

$. I.

XIII

ce qui m'affermit dans l'espérance que ce Livre ne sera pas entièrement inutile. 2. Ce petit ouvrage n'est pas l'effet de l'industrie des sages du siècle , on n'y trouve ni le vain éclat ni les fri voles délicatesses que les Ecrivains du monde répandent dans leurs écrits. Il n'y est question ni de subtilités , ni de profondes recherches. Il n'est rempli ni de questions épineuses, ni de xaisonnemens rafinés. Son style n'est ni recherché ni élégant, comme il le faut à présent pour aller de pair avec les livres que Ton propose au monde plus par ostentation &. par un motif de vaine gloire, que par un désir d'a vancer le salut des ames. Ce livre est «impie ; il est sans art , sans ornement ;

& néanmoins il est si rempli d'ins tructions salutaires , que je puis assurer avec confiance que qui le lira avec Un c ur sincere , ne regardant qu'à Dieu & au salut de son aine j < çomme il faut faire en toutes choses ) en tirera indubitablement, des avantages qui ne

peuvent s'exprimer.

concerne, je puis assurer que Dieu s'ert

est souvent servi efficacement pour me

.Pour ce qtù me

s'exprimer. concerne, je puis assurer que Dieu s'ert est souvent servi efficacement pour me .Pour ce

Xtr

Préface. §. I.

réveiller de mon assoupissement & de mon sommeil léthargique , & pour faire naître dans mon c ur quelque desir de lui obéir :j'espère qu'il pourra faire la même grace à ceux qui le liront avec une intention pure & simple de le connoitre , de le craindre, de l'aimer & de marcher saintement en sa pré sence.

3. En effet on peut dire que les livres

pleins de l'onction de la grace sont pour ceux qui aspirent à devenir Chré

tiens une espèce d'échellon pour s'éle ver vers le ciel ; ils allument pour ainsi dire en eux le feu de l'Esprit divin r

prêt à

s'éteindre; ils soutiennent l'homme dans

sa foiblesse , affermissent ses pieds èhancellans & contribuent ainsi à ses progrès dans le chemin qui conduit à

ils le raniment , quand il est

4. Cette réflexion ne porte cepen»

dant que sur ceux qui désirent sincè rement d'être vrais Chrétiens, car pour fes autres qui se bornent à l'extérieur de la piété & qui en ont renié la force ; dont tout le Christianisme consiste dan* l'observation des cérémonies de la Re- Figion , il est si difficile d'arriver à leur

consiste dan* l'observation des cérémonies de la Re- Figion , il est si difficile d'arriver à

f r s r a c v.

§. I.

rr

c ur endurci & plastroné , que tout ce qu'on peut leur présenter de plus divin , ne fait que couler & n'entre point ; occupés des objets périssables d'ici bas , toutes leurs vues & tous- leurs desirs se recourbent vers la ter re, qui est leur centre, & le lieu où ils ont leur trésor. D'autres , qui se croient moins matériels, ont l'esprit si attaché aux lettres & à l'érudition du

siecle, qu'ils ne sauraient estimer que tes livres qui peuvent les rendre sa- vans , éloquens , & subtils , & leur atti rer l'admiration & la louange des hom mes. S'il paroit quelque livre propre

à les corriger de leurs égaremens , &

à les rendre meilleurs par de sainte»

instructions , qui leur mettent devant les yeux une maniere de vie spirituelle, divine , & qui corresponde à la pro fession de Chrétiens, ils le méprisent le plus souvent & en font l'objet de leurs dérisions sacrileges. Ce fout , dit quelqu'un , des Spiritualités ridicules. C'est de ces gens-là dont S. Paul (a) dit: Ils font profejjion decutinoître Dieu, mais ils le renient par leurs uvres. 5. Le nombre en est grand aujour?

(a) Tit. L v. 1$,

profejjion decutinoître Dieu, mais ils le renient par leurs uvres. 5. Le nombre en est grand

xvi

Preface. §. I.

d'hui ; nous vivons dans des tems où l'on s'occupe de questions frivoles, de vaines disputes, où on s'amuse à se battre avec les impies & les liber tins , où on perd de vue ce qui-fait l'essence du Christianisme. On com pose de beaux traités, les presses gé

missent sous le poids des livres ; mais

je le demande , qui pense seulement

à devenir vrai Chrétien ; ensorte que

désormais le Christianisme ne sera plus

qu'un Système, une suite de proposi

le c ur ne prend rien.

Mais que dis-je , Dieu veuille qu'il ne

degénère pas en licence charnelle & en fausse liberté, car à voir les pro

grès de l'impiété qui porte ses ravages par tout , que n'a-t-on pas à craindre pour l'avenir ? 6. Cela ne peut manquer d'arriver

à ceux qui avant recu la doctrine de

Jésus-Christ, ne se sont point appli qués d'abord au (a) renoncement à eux- ynhnes , sans lequel il est absolument impossible que nous soyons jamais de vrais Chrétiens & des disciples de Jé sus-Christ. Car comme la lumiere ne peut s'associer avec les ténèbre* , de

tions sèches , où

(a) Matth. 16, v. 24.

sus-Christ. Car comme la lumiere ne peut s'associer avec les ténèbre* , de tions sèches ,

P R E I A C é.

§. I.

XYII

même l'Esprit de Christ , qui qualifie le Chrétien , ne peut s'unir au péché & aux desirs de la chair ; de sorte que celui qui ne renonce pas à soi-même & aux desirs de la chair, ne sauroit se flatter d'avoir la vraie connoissance de la vérité ; la liberté dont il jouit , bien loin d'être la liberté Chrétienne est une pure licence , qui lui faisant secouer tout joug légitime l'entraîne dans toutes sortes d'excès & de désor dres. Ce n'est pas qu'ils ne retiennent toujours quelque apparence de piété:

car si vous en exceptez quelques Epi curiens & Athées de profession , l'on n'en vient jamais jusques-là que d'a bandonner ouvertement & publique ment toute profession deReligion. Mais cette belle apparence & ces grimaces seront vaines & de nulle valeur devant celui qui ne se contente point de nos actions extérieures , mais qui demande le c ur. î 7. Cependant on croit calmer sa conscience par ces menues pratiques externes , & étouffer ainsi le sentiment de la colere de Dieu qu'on sait être due à ses péchés. On en vient même à bout, mais hélas! que ce tems est

de la colere de Dieu qu'on sait être due à ses péchés. On en vient même

xviii

Préface. §. î.

court ! & encore qui peut y réussir si ce n'est des hommes stupides & abso

lument ignorans des grands principes

du Christianisme? Car pour ceux qui savent en quoi consiste le pur service de Dieu, il n'est pas possible que le

trouble ne les saisisse, s'il leur arrive

d'examiner avec un peu d'attention leur vie & leur conduite ; car alors il n'y a ni paroles, ni cérémonies , pour belle apparence qu'elles aient, non pas même celles qui sont commandées de Dieu pour l'édification de l'Eglise , qui puissent calmer une conscience trou blée du sentiment de ses péchés , & lui donner assurance devant le Juge ment de Dieu, qui (a) nous jugera non

selon nos paroles ou selon nos cérémo nies , mais felon nos oeuvres. Nous lisons que Jésus-Christ ( b ) dira à ceux qui

auront

jettes dehors les Diables , pro*

phêtifé

ff fait beaucoup de vertus en

Jbn Nom : Retirez - vous de moi , vous tous qui faites le métier d'iniquité. Que ne dira-t-il donc pas à ceux qui ne s'étant exercés que dans quelques cé rémonies extérieures , & non pas dans

(a ) Rom. 2. v. 6. (b) Matth. 7. v. 3j.

exercés que dans quelques cé rémonies extérieures , & non pas dans (a ) Rom. 2.

P R é T A C é.

g. II.

XTX

la vraie piété qui est d'une utilité uni verselle, n'auront eu soin pour le reste, que de suivre les mouvemens de leur ehair & les impressions du monde ?

§. II.

8. Non , la Religion Chrétienne ne consiste pas dans un vain étalage de paroles. Elle ne consiste pas dans quelques cérémonies fise de se ranger ; ou dans des paroles qu'il faille prononcer, en des opinions qu'il faille avoir dans la tête pour en discourir comme l'on fait dans les scien ces humaines. Elle est , cette sainte Re ligion j elle est une vertu de Dieu puis sante & efficace , par laquelle le St. Esprit rétablit & met de nouveau dans l'homme l'image de Dieu , & le rétablit dans la dignité & dans la premiere per fection d'où il est déchu par son pé ché , afin qu'après ce rétablissement il jouisse de l'immortalité bienheureuse. Il ne faut pas douter que ce ne soit le but sur lequel les Chrétiens doivent jetter & arrêter uniquement les yeux de leurs entendemens , & auquel ils- doivent appliquer tous leurs sens &. tous leurs efforts de toutes leurs. puis»

leurs entendemens , & auquel ils- doivent appliquer tous leurs sens &. tous leurs efforts de

ïx Préface. §. II. sances et de leurs affections pour y atteindre. Autrement nous travaillerons

en vain à des bagatelles ; & tout ce que

nous ferons , ne servira qu'à nous éloi

gner de plus en plus du but qui nous

est proposé par' Dieu

9. Je sai qu'on me repliquera que

lui-même.

ce que je dis

ne se peut obtenir

dans cette vie , durant laquelle nous

sommes sujets à beaucoup d'infir- mités, et si corrompus, si fragiles par notre nature , qu'il est impossible d'y arriver. Aussi ne dis-je pas que pendant que nous sommes dans ce corps mortel , nous puissions atteindre jusqu'-au dégi'é d'un parfait et absolu rétablissement dans notre premiere in tégrité. Cela est réservé pour le siècle futur , où tout sera rétabli dans la der

niere . perfection. Mon intention est .seulement d'assurer , que ce qui doit être perfectionné dans le siecle ave nir , doit tellement se commencer en celui-ci , que nous continuions sans cesse à nous en approcher de plus en plus , et à noua avancer continuelle ment dans la voie de Jésus-Christ. 10. Et en effet, l'Ecriture nous en seigne clairement , que nul n'aura part

ment dans la voie de Jésus-Christ. 10. Et en effet, l'Ecriture nous en seigne clairement ,

P. R I f A C I.

§. II.

XXT

à la résurrection glorieuse , en laquelle se trouvera le comble de notre perfec tion et de notre béatitude , s'il ne s'est ici étudié à (a) mourir au pécbé , & à vivre d'une vie nouvelle, (qui est la premiere résurrection , ) par la con duite de VEfprit de Jéfus-Chrifl , dont tous les vrais Chrétiens font revêtus % s'il n'a (b) mortifié dans ce fiecle les oeu vres de la chair , dépouiUéle vieil homme avec toutes fes aHions, & revêtu l'hom me nouveau qui ejiJelon fimage de celui qui l'a créé : s'il ne s'est enfin (c) purifié ici de toute fouillure de chair eji d'ef- prit. C'est pourquoi S. Paul ayant dit , que (d) lorfque Jéfus-Chrifi paraîtra, nous paroîtrons auffi avec lui en gloire , nous exhorte immédiatement après à faire mourir nos membres qui font fur la terre : pour nous faire compren dre que si nous voulons parvenir à la perfection de la gloire , nous devons premierement arriver à celle de la mortification dans ce monde. Le même Apôtre enseigne que (e) nos corps mortels feront vivifiés par VEfprit de

(a)

(é)

(d)

Rom. 6. v. 4. Chap. 8. V.14.

Eph. 4. v. 22. 24. Coloss. j. v. 4. f-

(c) 2. Cor. 7. v. (e) Rpm. 8. v.

(a) (é) (d) Rom. 6. v. 4. Chap. 8. V.14. Eph. 4. v. 22. 24. Coloss.

t.

iie

xxii

Préface. §. II.

nous , et y

aura fait mourir toutes nos mauvaises affections. Et S. Jean témoigne (/) que quiconque a cette efpérance en Jéfus-

Chrifife purifie csmme Jêfus-Chrifi ejl pur. Nous ne nous arrêtons pas à allé guer ici nombre de passages de l'E

Chrifl qui aura habité en

criture qui nous assurent de cette vé

rité ; car il faudroit pour ainsi dire

copier nos Saints livres. Ces seules pa

roles qu'elle nous inculque souvent ,

que ( a ) les injuftes n'hériteront point

le Royaume de Dieu , & que (b) Dieu

rendra à chacun felon fes uvres, de

vraient nous suffire , nous faire trem bler, & nous pousser à une vraie et sérieuse pénitence et conversion. ii. Mais hélas ! il nous est si péni

ble et si dur d'en venir là ! notre chair

y oppose tant d'obstacles , elle use de

tant d'artifices pour éluder, que" nous

faisons tout ce que nous pouvons pour

nous en dispenser et pour rejetter ce fâcheux fardeau ! Oue faisons-nous ce- :

pendant avec toutes nos défaites , si

(/)

(a)

i.

I. Cor.

Jean 3. v. 3.

6.v. 9.

Apoc. 22. v. 14. (Jb) Jean J4. r. 11.

Ps. 62 v. 12. Jer. 17. v. jo.Matth. 16 v.27. Rom. 2. v. 6. 2. Cor. 3. v. 8. Apoc. 22. v. 12.

v. 14. (Jb) Jean J4. r. 11. Ps. 62 v. 12. Jer. 17. v. jo.Matth. 16

P B é F A C S. $.11. XXIII

non de renverser l'ouvrage de notre salut, si non de résister à la grace de Dieu , qui veut nous sauver , mais par les moyens qu'il a ordonnés , & par la voie qu'il nous commande de sui vre , et non par celle qu'il plaît à notre chair de s'imaginer £t de choisir ? La foi , la foi en Jéfus- Cbrijl , criera en- core quelqu'un , ejl le feul moyen & la feule voie qu'il lui a plu d'ordonner ". C'est très-bien. Mais la foi fans les oeu vres ejl une foi morte, et même une foi de Démon dit ( a ) S." Jaques. Dieu nous a commandé de croire en son Fils, et nous a promis de nous don ner la vie éternelle si nous y croyons :

Mais qui sont ces Çroyans? (b) dit l'Apôtre, qui ne marchent point , ou ne

fe conduifent point felon la

felon f Efprit ; ceux qui font leur grande

affaire de se conformer à la volonté de Jésus-Christ , dans lequel ils sont in- corporés par une vive union qui les rend des membres vivans de son corps; ceux (c) dont la converfion ejl celefte; ceux qui aiment Dieu , et qui renon cent à l'amour d'eux - mêmes et du

chair, mais

(a) Jaq. 2. v

(c)

19. 26.

Phil. 3. v. 20.

(fc) Rom. 8- V. I*

cent à l'amour d'eux - mêmes et du chair, mais (a) Jaq. 2. v (c) 19.

«XIV

PRSFÀCt $.11.

monde ; ceux qui détestant leur vie passée , et qui craignant d'y retomber, veillent et sont attentifs à toutes leurs pensées , à tous leurs desseins , à tou tes leurs paroles , et à toutes leurs actions; ceux qui sentant avec déplaisir leur foiblesse , demandent sans cesse à Dieu l'Esprit de force et de fermeté s et qui s'appercevant de leur lâcheté et; de leur tiédeur , implorent avec ardeur l'Esprit de courage et de zèle : ceux' qui ne murmurent point dans l'adver sité , mais qui font leurs efforts pour supporter tout avec patience; ceux qui repassent dans leurs esprits les bienfaits qu'ils ont reçus de Dieu,, et lui en rendent graces j ceux qui pren nent à tâche de sécourir leurs prochains et de subvenir à leurs nécessités spi rituelles & corporelles ; en un mot , (à) ceux qui crucifient la chair nvec tou* tes fes affcitions & fes defirs. Voilà les Croyans; & par conséquent l'on peut assurer positivement , que tous ceux qui n'ont point ces fruits de l'Esprit, & qui ne font pas valoir le don de leur foi en la maniere que je viens de dire après l'Ecriture, ne sont pas du

(a) Gai. j. v. a*.

le don de leur foi en la maniere que je viens de dire après l'Ecriture, ne

nombre

Preface §.7T. xxr nombre des vrais croyans & des fidè les, quelque apparence d'honêteté & de piété qu'ils puissent avoir d'ail leurs : car quant à ceux dans lesquels les uvres de la chair sont visibles , ils sont encore bien moins du nombre des vrais croyans.

12. Maiô quelque Chrétien charnel me dira encore : Oue pour lui , il est

revêtu de la justice de Jésus-Christ;

que l'obéissance parfaite que Jésus-

Christ a rendue à Dieu son Pero en satisfaisant à la Loi , lui est im-

putée comme s'il l'avoit lui - même rendue en propre personne ; en un

mot , qu'il est tenu pour juste par le moyen de sa foi , si bien que tou-

n

tes ses imperfections ne lui sont point mises en compte. Ecoute , mon ami ,

si tu veux te tromper toi-même, tu

le peux aisément; Satan & le monde

te

feront la main & t'applaudiront de

c ur; mais ce sera pour ton

malheur éternel. Jésus-Christ ne nous impute point nos péchés si nous croyons véritablement en lui : mais celui qui

croit en moi («) dit Jésus-Christ même ,

uvres que je fais : ce qui n'est

tout leur

fera les

lui : mais celui qui croit en moi («) dit Jésus-Christ même , uvres que je

xxri P.iiiACs, §. II. pas difficile s'il est vrai ce que dit St. Paul, (b) que Jéfus-Cbrifi , par lequel on peut tout, habite dans le c ur par la vraie foi. C'est alors que toutes nos fautes passées ne nous empêcheront point de participer à la vertu & à l'éficace de sa mort. Mais t'imaginer que Jésus- Christ te tienne pour juste par impu tation , pendant que tu t'adonnes à l'injustice , & que tu n'as d'autres soins que de suivre tes propres désirs qui

sont opposés à ses commandemens , c'est l'outrager , c'est lui insulter 3 c'est le faire ministre du péché. Car , dis- moi sérieusement , je te prie , où est la personne de bon sens qui voulut soutenir que Jésus - Christ tint pour humble celui qui demeureroit enflé d'orgueil ? pour libéral & pour chari table , celui qui se défiant de la pro vidence de Dieu, seroit plein d'avarice

& d'inhumanité? pour amateur de Dieu,

celui qui seroit rempli de soi-même & du monde? pour adorateur de Dieu, celui qui ne tiendroit compte de lui ? pour une personne sainte & qui met tout son plaisir en Dieu , celui dont les soins journaliers ne seroient que

(*) Ephef. 3. 17.

fhil. 4. ij.

& qui met tout son plaisir en Dieu , celui dont les soins journaliers ne seroient

Préface. $.11. xxvh de se mettre à son aise & de contes- ter ses propres desirs? pour recon-

noissant celui qui seroit ingrat ; ou pour parler grossièrement, qu'il tint pour chaste celui qui se vautreroit dans l'impureté ? & pour sobres & tempé- rans, ceux qui se plongent dans la gour mandise &dans l'ivrognerie PPourrois- tu croire ces. choses sérieusement ? N'aurois-tu pas honte, je ne dis pas de les publier, mais même de t'en occu

per dans le secret

13. Et comment se pourroît-il faire que quelqu'un fut juste , & destitué de justice tout ensemble? fut bon sans bonté, & vertueux sans vertil? S. Jean dit clairement que (a) celui qui fait la

juflice eji jujle comme JêfwCbriJl ejl

jujle , & que celui qui fait le péché,

efi

du Diable. Il dit même que (b) c'eft pat là que font connus & manifeflés les en- fans de Dieu & les 'enfans du Diable, savoir parce que les uns pratiquent la

jujlice ce que les autres

de ton c ur ?

le péché-

Et en vérité, je ne ne sais à quelles mar

ques l'on pourroit mieux reconnoitre les enfans de Dieu , ou les vrais Chré tiens , si ce n'est à ce qu'ils s'appH-

Qa) Jean 3. v. 7. 8.

(6) Ib'd. v. i(.

Dieu , ou les vrais Chré tiens , si ce n'est à ce qu'ils s'appH- Qa)

xxrîn Préface. $.11. quent jour & nuit à faire ce qui est agréable à leur Pere céleste, lequel

étant juste , toute leur étude , & tout leur soin , est de faire des choses jus

tes , par la

trent qu'étant nés de lui , ils sont ses enfans , selon cette parole de S. Jean :

pratique desquelles ils mon

(c) Si vous /avez que Bien eji jujlé, fa chez que quiconque fait la jujiice eji né de lui. Comment encore se pourroit-il faire que l'on fut Chrétien sans mener yne vie sainte , vu que les vrais Chré tiens ont l'Esprit de Jésus-Christ ?(</) Car quiconque n'a point Vtfprit de Je- fus-Cbrifi, riefl point à Jéfus-Cbri/l , dit St. Paul : or cet Esprit étant Saint, porte essentiellement à la Sainteté celui en qui il réside ; étant tout puissant & souverainement efficace, il doit produire dans le c ur de celui où il habite les fruits qui lui sont propres, savoir (e) l'Amour, la charité', la joie , la paix , la patience , tindulgence , la bonté, la fidé lité , la douceur , '& la tempérance ; il doit changer l'homme entier, non-seu lement , à l'extérieur, mais singuliere ment au dedans , pour en faire une

(c)

(e)

Jean 2. v. 29. 1. Jean 3.V. 5.

(d) Rom. $, v. Jt '.

mais singuliere ment au dedans , pour en faire une (c) (e) Jean 2. v. 29.

.;>

P R é r A C é. §. II. XXJX

nouvelle créature , tel qu'il doit être effectivement , s'il est vrai qu'il soit en Jésus-Christ , selon la déclaration ex presse de St. Paul , Si quelqu'un ejl en

devenu, nouvelle

créature. 2. Cor. 5. v. 17.

14. Mais Satan & la nature cherchent

bientôt à nous endormir , à nous flater dans nos péchés , à nous faire trans gresser les commandemens de Dieu ; & tout cela sous prétexte que Jésus- Christ ne nous impute point nos pé chés. Oui il nous les impute si nous y persévérons : car il n'est pas mort pour nous y laisser, mais pour nous en re tirer réellement & en effet selon cette

Jéfus - Chrjft , il eft

parole de Saint Jean , (/>) Il eft apparu afin qu'il ôtàt nos péchés. Ce qui ne se

lieu- là d'une

simple remission des péchés passés ;

mais de la tache & de la souillure du pé

que J. Christ ôte des c urs de

ceux qui croient véritablement en lui :

ce qui ne peut se faire qu'il n'y mette & n'y établisse par le même moyen l'amour de la justice & de la sainteté.

15. Je n'ai pas dessein de m'étendré

davantage sur cette matiere ^ qui d«-

ché ,

doit pas entendre en ce

(J>) Gai. 5. 22 : sj.

B 3

de m'étendré davantage sur cette matiere ^ qui d«- ché , doit pas entendre en ce

xxx Préface. §.11.

mande plutôt un livre qu'une préface. Je n'en aurois pas même parlé si am

cela

pourroit être d'usage à certaines gens qui se mettent si peu en peine des bonnes uvres , que sous prétexte que l'on ne peut proprement rien mériter devant Dieu par elles , ils abandon nent la pratique de la piété, & éloi gnent de leurs c urs tous les soins de vivre chrétiennement , & de faire leur falut ( selon la parole (a) de St. Paul , )

avec crainte £5? tremblement ; ainsi que leur vie ne le témoigne que trop. J'ai cru aussi disposer par là le Lefteur à

c ur ce petit Traité

qui ne contient que des choses très- utiles pour régler notre vie : &, il étoit nécessaire de montrer que nous ne sommes pas Chrétiens si nous ne le sommes de tout notre c ur. Et com me le sujet de ce livre est limitation de la Fie de Jêfw- Chrijî , il étoit , ce me semble , à propos d'exhorter les Chrétiens à faire leurs efforts pour la suivre , sans se fiater & se repaître d'une vaine foi d'opinion, qui pourroit les détourner de cette voie , & les tenir

plement , si je n'avois cru que

recevoir de bon

Ça) Phil. 2. v. 13.

les détourner de cette voie , & les tenir plement , si je n'avois cru que

PrEface. §. II. xxxt en arriere. Car puisque la Vie de Jésus- Christ , ne nous a pas été proposée pour en faire une espèce de légende, ou pour l'admirer & en faire des ei clamations et de beaux discours , mais pour être imitée ; il est clair que c'est à ce but unique que nous devons ten dre en nous approchant de la per fection du Sauveur le plus près qu'il nous sera possible. Et puisque Jésus- Christ même nous y convie, non seu lement par ses paroles , mais même par ses exemples & ses actions , qui sont comme des tableaux vivans de la vie que nous devons mener dans ce monde en attendant sa venue glorieu se; nous ne pouvons nous en dispen ser sans renoncer à notre salut, et sans déclarer que nous n'en voulons point. Car s'il est vrai que nous désirons d'ê tre heureux et de jouir de la vie im mortelle et glorieuse qui nous est pro mise en Jésus-Christ , nous ne saurions le mieux prouver qu'en nous mettant dans le chemin par lequel nous pou vons & devons y arriver ; et ce che min est , que nous croyons en Jésus- Christ et que nous marchions comme il a marché , selon cette parole de St. 13 4

che min est , que nous croyons en Jésus- Christ et que nous marchions comme il

tXXtl P R E T A C E. § IL

Jean , (a) Celui qui dit qu'il demeure en

marcher comme il a marché

lui-même , c'est-à-dire , vivre comme il

a vécu.

kti , doit

16. Il est vrai qu'il y a toujours une infinité de personnes qui se vantent de croire en Jésus-Christ et d'être Chré

tiens. Mais voici le moyen de les con- noître. C'est de voir, si tous leurs soins

et toute leur étude est , d'imiter Jéfm-

Chrijl de le fuivre. Voilà la marque et le caractere essentiel de cette pro fession excellente. Voilà la livrée par laquelle nous montrons et faisons con~ noitre que nous sommes veritablement ce que nous faisons dire à notre bou che que nous sommes. Il est absolu ment impossible que ceux qui sont unis à Jésus Christ comme ses mem

bres , ne soient touchés du desir de lui ressembler et de l'imiter. Car c'est en ceci que paroit cette union admi rable , que les membres travaillent^ à avoir une même volonté que leur chef, et soient conduits par le même Esprit que lui. Où cela n'est pas, il y a un temoignage incontestable et visible que

le membre n'est qu'une piece pourrie ,

.qui ne tient au corps que par l'exté-

(ja.) Jean 2, v. 6.

visible que le membre n'est qu'une piece pourrie , .qui ne tient au corps que par

Préface. §. II. xxxm

rieur et par l'apparence, et non par une communication réelle du sentiment et de la vie du chef. J'en prends la raison humaine pour juge ; elle est assez clairvoyante pour comprendre la force de cette vérité et la nécessité de cette conséquence. C'est aussi pour cela que St. Paul dit , (a) qu'il doit y avoir en nous le même fentimcnt qu'il y a eu en Jéfus-Cbrift , pour nous faire comprendre, que si nous sommes les membres de Jésus-Christ, nous devons lui être conformes par l'uniformité des mêmes affections et d'une même vo lonté. Il enseigne ailleurs la même vé rité , lorsqu'il dit , que (Z?) nous fommes entés en Jésus- Christ , ou faits une même plante avec lui par la reffemblance de fa mort , aussi bien que par celie de fa rcfurreâion : nous faisant entendre par cette similitude, que si nous lui som mes unis comme la greiie l'est à l'ar bre j nous devons tellement" vivre de sa vie , qu'il n'y uit point de dissemblance entre la notre et la sienne ; que nous devons mourir comme il est mort, et ressusciter comme il est ressuscité; mourir au poché et ressusciter dans

. (a)

Phil. j.

(b) Rv>m. 6. v B 5

r.

et ressusciter comme il est ressuscité; mourir au poché et ressusciter dans . (a) Phil. j.

xxxit PrEface, g. II. une vie nouvelle ; car c'est de cette mort et de cette résurrection qu'il parle. 17. Je dis tout ceci , afin que nous , qui nous vantons d'être membres de Jésus-Christ, sachions que c'est en vain et faussement que nous nous prévalons de cet avantage , si nous ne tâchons par des efforts et enets réels de lui ressembler par toute notre vie. Et en quoi lui ressembler? Ce n'est pas par des uvres merveilleuses en ressusci tant les morts ; en donnant la vue aux aveugles; en guérissant miraculeuse ment les malades; en jeûnant quarante jours , et en faisant d'autres miracles que lui et ses Apôtres ont faits pour confirmer sa doctrine parmi les hom mes , afin qu'elle fut recue comme di vine et céleste ; ce qui n'est plus né cessaire aujourd'hui , puisqu'il suffit que ces choses l'aient été une fois pour tou tes ; mais nous devons lui ressembler en nous soumettant à son Esprit, en nous laissant régir et conduire par cet Esprit, en embrassant et imitant ses vertus , comme sa foi, sa chaiité , son obéis sance, sa patience, sa constance, sa mortification, son humilité, sa bonté, sa douceur, son indulgence, sa sim

obéis sance, sa patience, sa constance, sa mortification, son humilité, sa bonté, sa douceur, son indulgence,

Préface. $.11. xxxr

plicité , sa justice , sa vérité , sa pureté, sa persévérance , sa vigilance et son zèle à prier et à rendre graces à Dieu ; son mépris pour le monde , son appli cation continuelle à considérer et à exécuter la volonté de son Pere , et toutes les autres vertus qu'il a eues , et qu'il a pratiquées, non afin que nous le sachions seulement, mai& pour nous y engager par son exemple ; non pour nous les imputer sans que nous en soyons revêtus & que nous les possé dions, mais (n) afin que nous foffrons comme il a fait lui-même , ainsi qu'il le dit, & St. ' Pierre après lui, (b) afin que nous fuivions fes traces.

18. Et en effet , comment pourrions-

nous savoir que nous sommes en lui et que nous avons part à ses graces, si nous n'avons part à cette grace in signe, -d'observer ses commandemens de tout notre c ur? Par quel autre moyen pourrions-nous & reconnoitre & (c) nous affurer nous-mêmes que nous de meurons en JéJ'us-Cbrift, & que Jéfus- Chrift demeure en nous , finon en obfer- vant fes commandemens , selon la doc-

(a)

(c)

St Jean ij. v. iç. i. Jean ). v. 24.

(6) I. Pïer. a. v. il.

B 6

en obfer- vant fes commandemens , selon la doc- (a) (c) St Jean ij. v. iç.

xxxvi

Préface. §. II.

trine de St. Jean , qui nous dit au

même lieu , que nom le connoiffons en

core par l'tjprit qu'il nous a donné :

parce que cet Esprit nous donne le

courage & la force de le suivre , & de

nous conformer à sa divine volonté ? C'est aussi là le témoignage le plus sûr

de

l'union que l'on a avec lui. Car comme

les

enfans du monde rendent témoignage

qu'ils sont un avec le monde quand ils «uivent ses desirs et ses affections , ses

penchans à l'estime de soi-même, à une vie aisée & sensuelle; de même les vrais Chrétiens n'ont pas des preuves moins puissantes & moins convainquan

tes que celles-là, pour montrer qu'ils sont unis à Jesus- Christ par son Es prit , car ils suivent pas à pas leur Sauveur , & ils se servent de sa vie comme d'une règle très- parfaite pour

y compasser & pour conduire par elle

toute la leur.

§-

III.

19. Après cela que faut-il faire sinon prendre courage & ne point se livrer

a la paresse qui étant nuisible dans

toutes les entreprises , l'est surtout dans

courage & ne point se livrer a la paresse qui étant nuisible dans toutes les entreprises

Préface. §.111. xxxyii

une affaire aussi importante que celle-

ci , laquelle nous ne pouvons négliger

sans nous priver sciemment de notre salut & de la béatitude éternelle? (a) Cette vie est étroite & dure , je le con fesse avec tous les Chrétiens , selon la parole de Jésus-Christ lui-même ; car puisque nous devons renoncer à nous-

mêmes pour suivre Jésus-Christ, & que ce renoncement est très-fàcheux à une chair qui ne demande que ses aises & ses contentemens , il ne faut pas dou ter qu'il ne soit pour nous d'un poids très-grand. Mais quoi? Il n'y a point

d'autre chemin , c'est le seul qui mène

à la vie, quoiqu'après beaucoup de

travaux & de difficultés. L'autre voie est belle , elle est large , elle est semée

de plaisirs ; mais , elle conduit à la mort. Or ne vaut - il pas mieux aller par le travail au repos , par les afflicfions aux joies , & par la mort à la vie , que d'al ler au contraire par le repos au tra vail , par les joies aux afflidtions ; & par la vie, à la mort , vu que le der nier sera éternel

20. Et qu'y a-t-il qui,doive nous re

tenir & nous empêcher encore de sui-

(a) Matth. 7. v. 13.

nier sera éternel 20. Et qu'y a-t-il qui,doive nous re tenir & nous empêcher encore de

xxxviii Préface.

§. HT.

vre cette voie étroite? Est-ce le mon de avec tous ses biens & ses plaisirs ? Il passe plus vite qu'un trait dont on ne voit plus la trace dès qu'il est passé. Est-ce la crainte que ce malheureux monde ne nous déshonore, ne nous décrie comme des gens singuliers d'une piété ou d'une morale outrée , comme des esprits mélancoliques , & même fanatiques? Jésus-Christ nous apprend que ces traitemens-là doivent faire ici le sujet de notre joie , comme ils feront un jour celui de notre béatitude. Est- ce enfin la dureté & la difficulté de la voie même ? Considérons qu'il n'y a rien de si difficile ni de si dur, qui ne devienne facile & qui ne s'adoucisse lorsqu'on en continue la pratique. Est- ce l'infirmité & la foiblesse de notre na ture? Pensons à celui qui nous a pro mis de nous soutenir & de nous for tifier. Si sa bonté lui donne la volonté de nous secourir & de nous rendre forts , sa Toute-puissance lui en rend l'exécution facile, pourvu que nous l'en prions sans cesse : («) Demandez, dit- il , & il vous fera donné: cherchez vous trouverez, frappez à la porte, elle vous fera ouverte< . la) Matth. 7. t. 7.

& il vous fera donné: cherchez vous trouverez, frappez à la porte, elle vous fera ouverte<

P R E F A C é.

§. III. XXXIX

Cela veut dire que nous devons faire nos efforts; car Dieu. n'aide point les'

paresseux. S'il donne son Esprit , c'est

à ceux qui sentant leur foiblesse , &

qui s'y déplaisant , le desirent avec ar deur, & le lui demandent avec ins tance & longue persévérance. Mais il ne donne rien à ceux qui ne lui de mandent rien , ou qui cessent de lui demander. C'est lui qui opère tout en nous ; mais non pas pendant que nous nous tenons les bras croisés , pour ainsi dire; & encore moins, lorsque nous lui résistons. 2 1 . Jésus-Christ dit, que (a) le Royau me de Dieu foujfre violence , çff que les violens le ravijjent. Or qui sont oes violens ? Ceux qui étant embrasés d'un zèle & d'un desir ardent de se confor mer à leur Chef, se font une sainte violence , & se contraignent eux-mê mes ; afin que leur nature & leur chair étant tenues de court & en bride, ne mettent point d'obstacle à l'Esprit de Dieu qui veut opérer en, eux. Ce sont

ceux qui se tenant tiédes, lâches , soit

à prier Dieu continuellement , soit à

lui rendre graces en tout ce qu'il lui

(a) Matth. u. v. rs.

lâches , soit à prier Dieu continuellement , soit à lui rendre graces en tout ce

»' P n r a c !, §. III. plait de nous envoyer , soit à s'appli quer a quelques uvres de piété qui concernent Dieu ou le prochain , s'ex citent & s'encouragent eux-mêmes à ces devoirs , prennent garde de se li vrer à la nonchalance de la chair & de se laiëser gagner par elle. Ce sont ceux qui veillent avec soin sur toutes leurs pensées & sur tous, leurs desirs ; qui les repriment; qui retiennent leurs mouvemens , qui empêchent leur éga rement , & (a ) qui ohjïrvent leur c ur

fur toutes chofes , puisqu'il eft la fource

bien que celle de la

mort. Ce sont en un mot , ceux qui par l'Esprit de Jésus-Christ , (b) crucifient tous les jours la chair avec tous Jcs de- fir^ & toutes fes cotivoitifes. Et en vé rité nous sommes si ennemis de Dieu par la dépravation de notre nature ; nous avons tant de penchant à nous chercher nous-mêmes ; nos affections

& nos passions sont si violentes , si

impétueuses , & si fortes par une ha bitude invétérée; notre chair nous at tire au mal si opiniâtrement & avec des attraits si puissans , que si nous

n'usons d'une grande violence pour (a) Ptov. 4. v. 2$. {b/G-à.1 5. v. 24.

de la vie , aussi

, que si nous n'usons d'une grande violence pour (a) Ptov. 4. v. 2$. {b/G-à.1 5.

I

P R T. F A C E. §. III. XII

nous surmonter & pour nous vaincre, il ne faut pas penser que le Royaume de Dieu puisse jamais venir en nous, ni que nous y puissions entrer.

22. Cependant il y a aujourd'hui

une infinité de personnes qui sans se faire violence , sans se peiner, ou plu tôt, ne se travaillant point du tout,

ne laissent pas de se vanter d'être dans le Royaume de Dieu. Mais c'est se tromper bien lourdement. Car puisque

(a) le Royaume de Dieu ejt jujiice , paix

& joie dans le St. Esprit , selon la pa role de l'Apôtre, comment peut-il se

avec eux , .qui laissent régner

en eux l'injustice, & qui ne sont point

le S. Esprit , ni le S. Esprit en

trouver

dans

eux , comme ils le font assez voir par une vie qui n'est pas meilleure que la vie des infidèles

condamnent la doctrine.

23. Je sais qu'ils ont là -dessus

quantité de défaites, disant ; " Oue

», nous ne pouvons rien ; que nous se-

» rons toujours chair aussi long-tems

» que nous demeurons en cette vie ;

» que nous ne. pouvons pas faire

» de grands progrès à cau^e de la (a) Rom. 14. v. 15.

nous demeurons en cette vie ; » que nous ne. pouvons pas faire » de grands

xlii

Préface. §. III.

grande fragilité de notre nature :

mais que Jésus -Christ suppléera à

tous nos défauts , & qu'il ne nous

imputera point nos péchés. Mais ne voient-ils pas qu'en parlant de la sorte , ou plutôt en flattant ainsi leur chair , ils se retranchent de leur pro

pre aveu du nombre des Chrétiens? 24. Car s'ils ne peuvent obéir à Dieu, ni faire ce qu'il nous commande, ils n'ont pas l'Esprit de Jésus-Christ, & (a) s'ils n'ont pas VEfprit de Jéfus- Cbrift , ils ne font pas Chrétiens. St. Panl dit bien , (b) que la chair ne veut

ne peut obéir à la Loi de Dieu ; mais il ajoute aussi, que lesenfans de Dieu, les vrais Chrétiens , ne sont pas dans la chair , mais dans l'Esprit ; fous n'ê tes point, dit-il , dans la chair, mais dans VEfprit : s'il eft vrai que VEfprit de Dieu habite en vous ; D'où il s'uit très- évidemment que ceux qui ne peuvent obéir à Dieu ,font en la chair : Or ceux qui font en la chair , ( ce sont ses paro les ) , ne peuvent plaire à Dieu. Voilà la réponse à cette vaine défaite. Oue ces lâches & ces timides se disent donc

plutôt à eux mêmes , si nous sommes

(a) Rom. 8- V. 9.

La même . v. 7 & t.

lâches & ces timides se disent donc plutôt à eux mêmes , si nous sommes (a)

Préface. §. Ilf. XLirt toujours chair, nous ne serons jamais Chrétiens , vu qu'être chair & Chré

tiens , sont des choses incompatibles , c'est-à-dire dans le sens qu'on en suive les desirs et les mouvemens. Car au

nie pas que la chair ne

soit toujours en nous tant que nous sommes dans ce corps mortel , qu'elle

ne nous incite au mal , et ne fasse la guerre à l'esprit ; mais elle n'est plus dans le Chrétien pour y vaincre; elle n'y est plus pour se faire obéir & pour

y donner le branle à la conduite de la

vie par ses mouvemens déréglés ; car

il est constant que quiconque les suit",

ne doit pas être mis au nombre des Chrétiens. C'est pourquoi St. Paul an- nonce (a) la m&rt éternelle à ceux qui vivent felon la chair après avoir dit , que la condamnation demeure fur eux. 25. Ouant à cette fragilité & cette foiblesse, qu'ils allèguent à tout pro pos pour se roidir contre ceux qui les poussent à leur devoir, je confesse avec eux qu'elle est grande , & qu'elle est telle qué les meilleurs en sont quelque fois comme accablés & abbailus par l'action de Satan & de leur chair ; ce

reste , je ne

(a) Rom. 8. ij. & v. i.

accablés & abbailus par l'action de Satan & de leur chair ; ce reste , je

XLIV

P R E T A C é.

§. III.

q,ui les fait gémir & soupirer. Mais la force de Dieu , lorsqu'ils s'y abandon nent , est beaucoup plus grande; &

avec

me fortifie , dit (a) S. Paul. Mais si sans l'implorer & s'y rendre , on prétend faire de notre infirmité un rempart pour la défense de notre corruption , pour nous y entretenir & nous y flater,

elle , je puis tout en Christ qui

& pour nous donner licence à suivre

nos volontés, c'est le propre de gens qui ne cherchent que prétextes & ocr

casions de mal faire, & d'abjurer toute

sainteté & toute justice ; ce qui ne peut

convenir aux vrais Chrétiens , dont tout le soin n'est que de se conserver dans la pratique des bonnes uvres ,

parce qu'ijs savent qu'il n'est pas séant à ceux qui font profession d'être pu rifiés par le sang de Jésus-Christ , de retourner aux souillures de la chair,

26. Dire au reste , que Jésus- Christ

suppléera à tous nos défauts & qu'il ne nous imputera point les péchés auxquels nous nous abandonnons si librement

& si volontairement après sa connois-.

sance ; c'est faire de Jésus-Christ d'a-

syle des vices , & de sa grace la nour-

(a) Phil. 4. v. 13.

.

sance ; c'est faire de Jésus-Christ d'a- syle des vices , & de sa grace la

P n

ï i c i.

§. III.

xvf

riture de l'iniquité ; ce qui est la der niere impiété. Il nous présente sa gra ce ; mais à condition que nous me nions une vie pure , sainte , & digne de lui ; & c'est pour cet effet qu'il nous promet son Esprit , si nous le lui de mandons avec foi. Prétendre autre chose , c'est lui faire injure ; & si nous nous conduisons autrement, nous nous privons du bénéfice de la rédemption , nous nous en rendons entièrement in dignes. Car ce sont ceux (a) qui mar chent dans la lumiere que le sang de Jésus- Christ purifie de tout péché , dit S. Jean. Il n'y a rien à attendre pour ceux qui demeurent dans les ténebres

& la désobéissance , que la condamna

tion & la colère de Dieu. Evang. S* Jean 3. v. 19. 36. 27. Or je prie au nom de Dieu ceux qui sont dans ce malheureux état, de

considérer sérieusement toutes choses,

& de penser, tout de bon à ces paro

les du Sauveur : (b) Tout homme qui me dit , Seigneur , Seigneur , n'entrera pas au Royaume des deux , mais celui-

là seulement qui fait la volonté de mon

(à)

(b) Matth. 7. v. ai.

1. Epjft, S. Jean 1. v. 7.

des deux , mais celui- là seulement qui fait la volonté de mon (à) (b) Matth.

XLT1 P R E T A C E §. III. Pere qui est aux deux. Ce ne sont pas Les discours , ni les cérémonie's qui font le Chrétien , l'enfant de Dieu, le fidèle, le membre de Christ , l'élu de Dieu , quelque soit l'air fastueux ayec lequel on s'arroge ces beaux titres , comme si on en possédoit la réalité. Les mar ques caractéristiques du Christianisme sont les uvres & lès fruits : L 'amour, Ça) la charité d'un c ur pur, d'une bonne conscience , & d'une foi non feinte.

§ IV.

28. Et ce sera aussi ma conclusion , que la seule marque infaillible des fideles c'est 1'Amour "& la Charité , sans laquelle on a beau parler de Jésus- Christ & de l'Evangile , user des Sa- cremens , avoir toutes les plus belles cérémonies; tout cela n'est rien sans la Charité ; & plût à Dieu que les Chrétiens d'aujourd'hui les uns & les autres ( car , hélas ! ils sont tous divi sés entreux) , l'eussent bien pratiquée toute leur vie jusqu'à present ! On ne yerroit pas maintenant régner au. mi lieu d'eux les haines, les animosités , fes meurtres , les cruautés , les factionsj

(a) Tim. 1. r. j.

au. mi lieu d'eux les haines, les animosités , fes meurtres , les cruautés , les

,

Préface. §. IT. xlvu

les partialités , les trahisons , les dé loyautés , les desirs de vengeance, & une infinité d'autres maux. Le sang n'auroit pas été répandu , comme il l'a été si abondamment, & le sera encore, si Dieu ne met un frein par sa grande puissance aux c urs des hommes , acharnés les uns contre les autres au point qu'ils le sont , & animés à exé cuter tout ce qu.î leur inspirent la fu reur Jk- la violence de leurs passions ; & si de leur côté ils ne courbent leurs têtes criminelles sous le joug du Sei gneur, reconnoissant humblement leurs fautes , & recourant au remede de la conversion pour appaiser la colere de Dieu si justement allumée contre nous. En un mot , nul remede si les hommes ne se changent , & s'ils ne deviennent doux & charitables, de durs & de cruels qu'ils étoient.

29. Et afin que personne ne se trom

pe plus par des titres magnifiques, je vais présenter en précis ceux à qui seuls ils conviennent. Les Chrétiens, sont (a) ceux qui crucifient la chair avec ses affections et ses convoitises.

(a) Gai. 5. v- 14.

Les Chrétiens, sont (a) ceux qui crucifient la chair avec ses affections et ses convoitises. (a)

xlviii

Préface. §. III.

Les Enfans de Dieu sont ceux (b)

qui sont conduits par l'Esprit de Dieu , & non par l'Esprit du Diable , ou de leurs propres desirs. Les Fidèles, sont ceux qui ne s'ap-

pujent pas seulement sur la miséri

corde de Dieu par Jésus-Christ ; mais

qui aussi s'exercent en toutes sortes de

bonnes uvres & qui selon la parole

de St. Pierre, (r) ajoutent à la foi la

vertu , à la vertu la science , à la science, la tempérance , à la tempérance la pa tience , à la patience la piété, à la piété

l'amour fraternel, à l'amour fraternel

la charité. Les Membres de Jésus-Christ sont ceux qui ne négligent rien de ce qui

peut les rendre conformes en cette vie

à leur Chef, autant qu'il est possible ,

sachant , qu'il ne se peut faire que le

Chef soit d'une volonté & les membres

d'une autre. Les Elus de Dieu sont ceux qui s'é

tudient (d) à être Saints & irrépré*

hensibles devant lui en charité. Voilà, voilà les marques par les quelles on les peut & les doit discer-

l

(b)

(d)

Rom. 8- v. 14. Ephcf. r. s. 4.

(c) z. Pierre t. 5. 6.

ner

par les quelles on les peut & les doit discer- l (b) (d) Rom. 8- v.

Préface. §. IV. xlix ner d'avec les infideles & les profa nes , d'avec les en fans & les membres du Diable , & en un mot , d'avec tou tes sortes de faux Chrétiens. Sur quoi écoutons le beau mot de S. Augustin :

Le méchant peut avoir le Baptême ; il peut avoir la prophétie ; il peut recevoir le Sacrement du Corps &f du Sang du Seigneur; il peut être appellè Chrétien avoir en sa bouche le nom de Christ, il peut avoir lus autres vertus; mais l'Amour, la Charité efi tellement pro pre aux vrais Chrétiens , que le méchant ne les peut avoir. Que chacun donc , dit- il ailleurs , s'interroge soi-même touchant ce qu'il aime , & il trouvera d'où il efi Citoyen. S'il aime le monde & ce qui ejl au monde , comme la chair , les ri- cheffes , les honneurs ; il efi citoyen de Babylone , & n'a rien de commun avec la jufiiee ; s'il aime Dieu, il est citoyen de Jérusalem, il est bon, il est juste ; £«f Pon ne doit pas douter que Dieu ne lui donne dans le grand jour la couronne de justice. Amen.

C

bon, il est juste ; £«f Pon ne doit pas douter que Dieu ne lui donne
f L'IMITATION : j D E JESUS-CHRIST, LIVRE PREMIER.} Contenant des avis utiles &. salutaires

f

L'IMITATION

:

j

D

E

JESUS-CHRIST,

LIVRE PREMIER.}

Contenant des avis utiles &. salutaires pour entrer dans la vie spirituelle.

CHAPITRE PREMIER.

Qu'il faut imiter Jésus- Christ et mépri- fer toutes les vanités du 'monde.

CeIiù qui me suit, ne marche point dans les ténèbres , dit le Seigneur (a). Il nous exhorte par ces paroles à sui-

(a) Jean ch. 8. v. iz.

C %

marche point dans les ténèbres , dit le Seigneur (a). Il nous exhorte par ces paroles

D e l' Imitation vre toujours son exemple , si nous vou lons être vraiement éclairés & guéris de tout aveuglement de c ur. Par conséquent , notre grande affaire doit être l'étude assidue de la vie de Jésus-Christ. 2 . La doctrine de Jésus - Christ est au-dessus de tout ce que les Saints enseignent. Si l'on avoit son Esprit, on y trouveroit (a) la manne cachée & céleste. Mais il arrive tous les jours, qu'une infinité de personnes écoutent les pa roles de l'Evangile sans que leur c ur soit touché du desir de les pratiquer. C'est parce qu'ils n'ont point l'Esprit de Jésus- Christ. Quiconque souhaite d'avoir une vraie & pleine intelligence de sa Doétrine & sur-tout de la goû ter par le c ur, doit s'efforcer de vivre comme lui-même a vécu. A quoi sert d'avoir de grandes pen sées sur la Trinité , de disputer sur ce mystère , d'en parler avec profondeur , si manquant d'humilité , yous avez le souverain malheur de déplaire à cette Trinité Sainte ? Certainement ce ne sont point les sublimes discours qui (û) Apoc. 3. ?. 17.

de déplaire à cette Trinité Sainte ? Certainement ce ne sont point les sublimes discours qui

i de J. Christ. Liv. I. Ch. i. f 3

font l'homme saint & juste. C'est la vie Chrétienne & vertueuse qui nous rend les amis de Dieu. J'aime bien mieux sentir mon c ur touché d'une vraie componction que de savoir comment il faut la définir. Ouand vous auriez toute la Sainte Ecriture dans votre mémoire, & que vous sauriez toutes les belles senten ces deff"Philosophes , dites - moi , je vous prie , à quoi vous servirait tout cela si vous étiez destitués de l'Amour de Dieu & de sa grace. \ (b) Vanité des vanités ; tout est Fa- ftité , hormis aimer Dieu & lui obéir. Voici en quoi consiste la Souveraine

sagesse ; c'est à s'avancer

vers le

Royaume du Ciel par le mépris de toutes les choses oui sont sur la TERRé. 4. C'est donc une chose vaine , que

de chercher les richesses périssables,

& d'y mettre sa confiance.

C'est vanité que de rechercher les honneurs fugitifs du monde , & de vou loir s'élever & être distingué. C'est vanité que de courir après les plaisirs des sens, & de désirer des

(Jbj Ecc). 1. r. 1.

C 3

distingué. C'est vanité que de courir après les plaisirs des sens, & de désirer des (Jbj

54

De l'Imit. atiow

contentemens inséparables d'une pu nition rigoureuse. C'est vanité que de souhaiter une longue vie , sans se mettre en peine de bien vivre. C'est vanité que d'appliquer ses soins aux choses présentes , & de n'avoir point de prévoyance pour celle de la vie à venir. Enfin c'est vanité que de mettre ses affedtions à ce qui ne fait que passer, & ne se point avaneer vers les objets permanens & le séjour de l'éternelle

joie. O Homme ! Pense souvent à cette

parole du Sage ; (a) L' il ne sera ja mais rassasié par tout ce qu'il peut voir ,

& Poreillt ne sera point assouvie en

écoutant. Bannis donc de ton c ur l'a mour des choses visibles, & le met tout entier aux invisibles. Car ceux qui ont de l'attachement aux plaisirs des sens , souillent leur conscience & per

dent la grace de Dieu.

(a) Eccl. i. v. 8.

de l'attachement aux plaisirs des sens , souillent leur conscience & per dent la grace de

de J. Christ. Livr. I. Chap. z. 55

CHAPITRE II.

Les humbles fentimens qu'il faut avoir de foi-même.

1 . X Out homme désire naturellement de savoir ; mais que sert la science sans la crainte de Dieu ? En vérité , un Paysan humble & qui obéit à Dieu , vaut mieux qu'un Phi losophe superbe, qui au lieu de se connoitre & de se régler lui-même , dissipe son tems à considérer le cours du Ciel & des Astres. Celui qui se connoit à fond n'a que du mépris pour soi-même , & ne peut souffrir qu'on le joue. Ouand j'aurois toute la science , sans la pure charité, de quelle utilité me seroit-elle devant un Dieu qui me ju gera, non selon ma science , mais selon mon amour pour lui, & selon mes uvres. 2. Reprime en toi le desir de savoir beaucoup de choses ; car un esprit trop curieux est le jouet de la dissipation & de l'erreur. Ceux qui ont beaucoup de science ont aussi beaucoup d'ambition. Ils veu- C 4

de la dissipation & de l'erreur. Ceux qui ont beaucoup de science ont aussi beaucoup d'ambition.

$6

D'e l' Imttatîon

lent être renommés & paroître sages, ïl est cependant une infinité de, choses dont la connoissance est à pure perte, ou de peu de profit pour L salut de l'ame. C'est être bien insensé que de s'ap pliquer à d'autres choses qu'à celles qui contribuent au salut éternel. Beaucoup de discours ne nourrissent pas l'ame. Il n'y a que la bonne vie qui mette l'esprit en repos ; il n'y a que la pureté de la conscience qui fasse que l'on se présente avec confiance devant Dieu. 3. Plus tu sais de choses , & mieux tu les sais; plus ta condamnation sera rigoureuse , si tu n'as pas vécu plus saintement. Si tu excelles dans la connoissance de quelque art ou de quelque science, ne t'en enleve point; tremble plutôt de ce que tu as plus de connoissance que de pratique. Lorsqu'il te viendra dans la pensée, que tu sais beaucoup de choses , & que tu les entends bien , pense qu'il y en a infiniment davantage à l'égard desquelles tu n'est qu'un ignorant. Ne televe point dans l'opinion

y en a infiniment davantage à l'égard desquelles tu n'est qu'un ignorant. Ne televe point dans

de J. Christ. Livr. I. Ch. 2. 57

<3e ta sagesse ; avoue plutôt ton igno rance. Pourquoi voudrois-tu te pré

tant

qui te dévancent & qui ont plus d'in telligence que toi dans la loi de Dieu-? Veux-tu apprendre une science qui te sera fort utile? Apprends à aimer d'ê

tre inconnu, & d'être estimé moins que rien.

4. L'instruction la plus hante et la

utile , est de se connoître & se

mépriser. C'est une grande sagesse & un avan cement signalé dans la perfection , que de n'avoir aucune bonne opinion de soi-même & de croire que les autres sont bien meilleurs que nous. Ouand tu verras quelqu'un commet tre un péché ou un crime énorme , ne pense pas que tu sois meilleur que lui ; parce que tu ne sais pas combien de tems tu demeureras sans faire de çhûte. Nous sommes tous fragiles ; mais ne crois pas que persqnne soit

plus, fragile que toi. ,

férer à d'autres , vu qu'il en est

plus

C 5

; mais ne crois pas que persqnne soit plus, fragile que toi. , férer à d'autres

38

De l' Imitation

CHAPITRE III.

// faut être attentif quand Dieu parle à notre c ur & Je vaincre fui-méme.

Eureux celui que la vérité en seigne par elle-même , & non point sous l'obscurité des figures , & par des sons qui passent ; mais telle qu'elle est essentiellement ! Nous sommes souvent trompés par nos opinions & par nos sentimens , qui ne nous donnent que des lumières foibles et imparfaites. A quoi bon tant de contestations sur des choses cachées et obscures ', ,dont l'ignorance ne nous sera pas imputée au jour du jugement de Dieu? C'est un étrange aveuglement de négliger ce qui est utile et néces saire , pour nous appliquer à des cho ses inutiles et curieuses , et même nuisi bles et dommageables. C'est avoir des jeux , et ne point voir. 2. Qu'avons-nouS besoin de ces fa tras Philosophiques , tels que les gen res où les espèces ? Celui à qui la parole éternelle parle , n'a plus que faire de tant d'opinions.

les gen res où les espèces ? Celui à qui la parole éternelle parle , n'a

de J. Christ. Livr. T. Ch. 59

Cette unique Parole est la source

qui est solide , et tout nous

renvoie à elle par un langage muet. C'est elle aussi (a) qui eji le fouverain principe qui nous parle. Sans elle on ne comprend rien , on ne peut juger de rien sainement. Celui à qui cette Parole unique est tout , qui ramène tout à cette unité ,

& qui voit tout en elle , aura le c ur

ferme & inébranlable , et demeurera tranquille en son Dieu.

O mon Dieu ! vérité éternelle , fai

moi la grace que je sois une même chose avec toi par ton amour éter nel ! Je m'ennuie souvent de tant de lectures &de tant de discours. Tout ce que je cherche & que je desire ne se trouve qu'en toi. Oue tous les docteurs se taisent j que toutes les creatures se tiennent dans le silence devant toi ! Toi seul , mon Dieu! toi seul, daigne parler à mon ame. 3. Plus un homme est recueilli en lui-même & dans une innocente sim plicité du c ur, plus ses eonnoissan- ces s'élèvent & s'étendent avec faci-

de tout ce

(c)

Jean. 8- v *$.

.

du c ur, plus ses eonnoissan- ces s'élèvent & s'étendent avec faci- de tout ce (c)

êo

De

l' I m

i t

a t t o sr

lité , parce qu'il est éclairé d'enhaut. Une ame pure , simple & constante, ne se dissipe pas au dehors par une multitude d'occupations ; ' parce que tout ce qu'elle fait ne tend qu'à un seul but , qui est la gloire de Dieu ; elle n'a point d'égard à ses intérêts et tâche d'être toujours libre de toute propre recherche. Y a-t-il rien qui te trouble & qui t'embarrasse davan tage que les desirs immortifiés de ton c ur ? Celui qui craint Dieu, ne fait rien au dehors que premierement il ne l'ait réglé & disposé en dedans de lui- même ; ne fait rien par le penchant des inclinations vicieuses ; il range tout sous la Loi de l'esprit & de la droite raison. Qu'y a-t-il de plus pénible que de se vaincre soi-même ? Quel ouvrage plus important? Nous devrions sans cesse travailler à surmonter nos appe tits & à faire de nouveaux progrès dans 'la vertu. 4. Pendant que nous sommes dans cette vie nous n'avons point de per fection sans mélange , & nos lumiere» sont toujours bien obscures.

dans cette vie nous n'avons point de per fection sans mélange , & nos lumiere» sont

de J. Christ. Livr.l. Ch. 3. 1 L'humble connoissance de notre néant nous conduira plus sûrement à Dieu, que la recherche d'une science

profonde. Ce n'est pas que la science ou la simple connoissance des choses, soit condamnable puisqu'elle est bonne en soi et dans l'ordre de Dieu. Mais on doit toujours préférer une bonne conscience .& une vie vertueuse.

Il y en a beaucoup qui se trompent

malheureusement & qui ne font pres que point ou peu de bons fruits , parce qu'ils ont plus de passion pour savoir beaucoup, que de ferveur pour bien vivre.

O ! si l'on prenoit autant de soin à

extirper les vices du c ur & à

blir les vertus qu'à agiter de vaines questions , l'on ne verroit pas tant dè maux et de scandales parmi le peuple, ni tant de désordres entre ceux qui font profession d'une vie plus spiri tuelle ! Certainement au jour du jugement il ne nous sera pas demandé ce que nous aurons lu , mais ce que nous au rons fait ; il ne sera pas question de savoir si nous avons dit de. belles cho

y éta

nous aurons lu , mais ce que nous au rons fait ; il ne sera pas

6s De V Imitation

nous en avons fait de

bonnes & de saintes. Où sont à présent ces grands Doc teurs & ces Savans que tu as connus pendant leur yvie , & que leur science rendoit si célèbres ? Leurs emplois & leurs biens sont passés à d'autres , qui peut-être ne pensent pas à eux. Lors qu'ils vivoient , on les estimoit , on les louoit , maintenant on n'en parle plus. 6. O ! que la gloire de ce monde passe vite ! O s'ils avoient été aussi saints, qu'ils ét oient savans, leur science auroit fait leur bonheur loin de leur nuire ! Combien n'est pas grand le nombre dé ceux qui se perdent par une science vaine , qui leur fait négli ger le service de Dieu ? Comme ils aiment mieux une vaine réputation que l'humilité , ils se perdent dans la vanité de leurs pensées. C'est être vraiement grand & loua ble que d'avoir un grand amour pour Dieu & pour son prochain. C'est être grand que d'être petit à ses propres yeux & 'de ne faire aucun

ses , mais si

cas de la gloire & des honneurs mon dains.

petit à ses propres yeux & 'de ne faire aucun ses , mais si cas de

dé J. Christ. Liv. I. Ch. 4. 63 C'est être prudent que de (a) regar der toutes les chofes de ce monde comme des ordures afin de gagner J. Chrift. Et celui-là est vraiement savant , qui sait faire la volonté de Dieu & renon cer à la sienne propre.

CHAPITRE IV.

Il ne faut point juger légèrement , ni avec précipitation.

I. Il ne faut pas croire tout ce qu'on nous veut persuader, ni tout ce que notre c ur nous suggère ; mais exami ner toutes choses prudemment & avec patience selon Dieu. Hélas notre foiblesse est si grande que lorsqu'il s'agit de notre prochain, nous sommes plus portés à en croire et en dire le mal que le bien. Cependant ceux qui sont avancés dans la perfection ne croient pas aisé» ment tous les rapports qu'on leur fait 5 parce qu'ils savent que l'homme est naturellement enclin au mal , et sujet à pécher en paroles. C'est une grande sagesse de n'être (à) Phil. j. v. 8.

enclin au mal , et sujet à pécher en paroles. C'est une grande sagesse de n'être

<?4 T^e l' Imiiation

point précipité dans ses actions , ni attaché à i>on propre sens avec opi niâtreté. C'en est une aussi , de ne pas ajou

ter foi à tout ce qu'on nous dit , &. de

n'aller point rapporter aux autres ce que nous avons ouï ou crû.

Prend conseil d'une personne sage & de bonne conscience, & cherche de

recevoir plutôt l'avis & l'instruction de celui qui est meilleur que toi , que de suivre ta propre pensée. La bonne vie rend l'homme divinement sage , & lui donne de l'expérience en beaucoup de choses. Plus on est humble de c ur

& soumis à Dieu , plus on croit en

sagesse & on jouit d'une profonde

paix.

CHAPITRE V.

Il faut lire l'Ecriture Sainte avec VEf- prit qui l'a dictée.

i. Il faut chercher dans l'Ecriture Sainte non l'éloquence humaine, mais celle de la vérité. On doit la lire avec le même Esprit qui la dictée ; et nous y devons plutôt chercher notre édifi

celle de la vérité. On doit la lire avec le même Esprit qui la dictée ;

de J. Christ. Liv. L Ch.

5.

65

cation , que la vaine subtilité du dis cours. Nous ne devons pas moins trouver de plaisir dans la lecture des livres de piété, quoique tout y soit simple, que dans ceux qui sont les plus pro fonds & les plus sublimes. 1 Ne t'arrête point à considérer si

celui qui écrit passe

s'il ne l'est pas ; que le seul amour de la vérité te porte à lire ce que tu lis.

Ne demande point qui a dit cela ; prend garde seulement à ce qu'on te dit. a. Les hommes pajfent , mais la vérité du Seigneur demeure à jamais. (*) Dieu nous la propose en beaucoup de ma nieres , sans regarder à la qualité de ceux dont il se sert pour nous parler. Souvent nous retirons peu de pro fit de la lecture de l'Ecriture Sainte , parce que nous y cherchons à satisfaire notre curiosité. Nous voulons rechercher curieuse ment des choses sur lesquelles il ne faudroit que passer. Si tu veux lire avec profit l'Ecriture, lis-la avec humilité, avec simplicité,

pour savant , ou

(*) Ff. 38. v. 7.

.

Si tu veux lire avec profit l'Ecriture, lis-la avec humilité, avec simplicité, pour savant , ou

66

De l' Imitation

& avec une intention sincère de suivre ses instructions. Ne désire jamais de passer pour savant. Demande toujours d'être ins truit. Ecoute en silence les paroles des Saints , et ne te rebute point des Pa raboles et des manieres de parler figu rées des Anciens; car ils" ne s'en sont point servis sans sujet.

CHAPITRE VI.

Les affalions déréglées caufent un trou ble , quije calme en leur réfifiant.

, Du moment que l'homme étend son desir au delà des bornes que Dieu lui a prescrites , il est rempli de trou ble et d'inquiétude. L'orgueilleux et l'avare n'ont jamais de paix; mais le pauvre et l'humble d'esprit sont dans l'élément d'une tran- quilité admirable. Celui qui n'est pas encore entière ment mort à soi même se laisse tenter et vaincre même dans les choses les plus petites & les plus basses. Celui dont l'ame foible et lâche,,

tenter et vaincre même dans les choses les plus petites & les plus basses. Celui dont

i>E J. Christ. Livr. I. Ch. 6.

67

penche encore vers les choses sensi bles, trouve beaucoup de difficultés

lorsqu'il est question de s'en détacher, aussi ne s'en détache-t-il qu'avec beau-

boup de

tant soit peu , il se met en colere. 2. Que s'il a satisfait sa convoitise ,

à l'instant même les remords de sa conscience viennent le tourmenter ; parce qu'il a suivi sa passion qui ne lui a pas apporté la paix qu'il cher- choit. " C'est doncj non en contentant se6 passions , mais en les mortifiant, que se trouve la vraie paix du c ur. Il n'y en a point pour le c ur de l'hom me charnel , ou occupé des choses terrestres : mais seulement pour l'hom me fervent , intérieur et spirituel.

tristesse ; & si on lui résiste

CHAPITRE VII.

On ne doit point mettre fa confiance dans les créatures , il ne faut tirer vanité de rien & revêtir fhumilité.

1. v^Elui qui attend son bien de» hommes ou des autres créatures , de meure vuide du vrai bien.

revêtir fhumilité. 1. v^Elui qui attend son bien de» hommes ou des autres créatures , de

$8 De l' Imitation Que l'amour que tu dois avoir pour imiter Jésus-Christ ne te donne point de honte de servir les autres , et d e- tre vû pauvre et abject en ce monde. Ne t'appuye point sur toi - même , mais confie toi en Dieu seul. Fais ce que tu peux , & Dieu secon dera ta bonne volonté. Ne te fonde point sur ton adresse, ni sur l'habileté de personne ; mais sur la grace de Dieu , qui aide les hum bles^ qui abaisse les présomptueux. 2. Si tu as des richesses , ne t'en glorifie point; non plus que de tes amis s'ils sont puissans. Ne te glorifie qu'en Dieu qui fait , qui donne tout , & qui désire de se donner lui-même encore par dessus. Ne tire point vanité de la taille et de la beauté de ton corps , qu'une légere maladie peut ruiner & rendre difforme. Fuis toute vaine complaisance en toi-même qui seroit fondée sur ta capa cité ou tes talens, de peur de déplaire à Dieu de qui tu tiens tous tes dons naturels. 3. Ne te crois jamais meilleur que les autres, de peur que Dieu ne te

à Dieu de qui tu tiens tous tes dons naturels. 3. Ne te crois jamais meilleur

de J. Christ. Lh. I. Ch. 8. 69

regarde comme le pire de tous ; car il voit tout ce qui est dans l'homme. Si tu crois avoir fait de bonnes u vres ne t'en éleve point ; parce que lesjugemens de Dieu sont bien diffé- rens de ceux des hommes; et que ce que les hommes trouvent bon, lui est souvent très désagréable. S il y a quel-' que bien en toi , crois qu'il y en a. davantage dans les autres, afin que tu demeures toujours dans l'humilité. Tu ne perdras rien à te mettre au- dessous de tous ; mais il est tres- dan gereux pour toi de te préférer à un seul. La paix demeure toujours avec les humbles ; l'envie et la colere ré gnent dans les c urs des superbes.

CHAPITRE VIII.

Choifir un ami fage , fe famillarifer peu avec le monde.

découvre pas ton c ur a tou tes sortes de personnes , ne te commu nique qu'avec un homme sage., et qui craigne Dieu. Ne te trouve que rarement avec les jeunes gens et les personnes du monde.

qu'avec un homme sage., et qui craigne Dieu. Ne te trouve que rarement avec les jeunes

J-0

Ne flatte point les riches, et ne dé sire point de paroitre devant les Grands.

compagnie des humbles , -

des simples , de ceux qui vivent reli*

gieusement , et dont les m urs

réglées, pour t'entretenir avec eux sur

des sujets d'édification.

Ne sois point familier avec les per- .

sonnes du sexe ; qu'il te suffise de les recommander à Dieu , & sur-tout celles qui sont vertueuses. Tu ne dois chercher que la familia rité de Dieu & de ses Anges , & nul lement à être connu des hommes. z. Il faut avoir de la charité pour tout le monde , mais il n'est pas à propos d'être familier avec tous. Il arrive souvent qu'une personne est en bonne réputation pendant qu'elle se cache ; mais dès qu'elle se produit telle qu'elle est elle déplait. Nous nous imaginons quelquefois que nous nous rendons agréables aux autres en les fréquentant ; et c'est alors au contraire que leur donnant occasion de considérer nos défauts , nous leur

D lî

l' I M

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Aime la

sont

devenons odieux.

leur donnant occasion de considérer nos défauts , nous leur D lî l' I M I

de J. Christ. Liv. I. Ch. 9.

71

CHAPITRE IX.

De île la foumijfion & de hbéijfance.

1. Il est avantageux d'être sous la puissance d'autrui , et non pas dans l'indépendance. Il e.st bien plus sur d'obéir que de commander. Mais il y a beaucoup de gens qui obéissent plutôt par nécessité que par

vertu ; et ce n'est qu'avec peine et avec murmure qu'ils subissent le joug. Cependant on ne trouvera jamais la liberté de l'esprit que dans une sou mission sincère et par le motif de l'a mour de Dieu. Ou'on aille où l'on voudra , on ne trouvera point de repos que dans une humble soumission. Beaucoup de gens se sont trompés en imaginant que

le changement de lieu les mettroit en

repos. 2. Il est vrai que chacun se plaît a agir selon son propre sens , et qu'on

a beaucoup d'inclination pour ceux

qui sont dans les mêmes sentimens que nous. Mais si l'Esprit de Dieu nous cou-.

beaucoup d'inclination pour ceux qui sont dans les mêmes sentimens que nous. Mais si l'Esprit de

jz De l' Imitation1

duit , nous renoncerons souvent à no tre propre esprit pour le bien de la paix. Où est l'homme assez sage pour avoir parfaitement raison en toutes choses ?

ne te fie donc pas pre jugement ; mais

bon c ur celui des autres.

Si ton avis est le meilleur et que tu

y renonces pour l'amour de Dieu , afin

de ne pas troubler les autres en rejet-

tant le leur , tu en tireras plus de profit.

trop à ton pro- écoute aussi de

j. J'ai souvent ouï dire qu'il y avoit plus de sûreté à écouter et à recevoir conseil , qu'à en donner. Il peut arriver que deux personnes

et

donnant des

l'autre soit bon ; mais c'est orgueil et

opiniâtreté que de ne pas vouloir se rendre à l'avis d'autrui , lorsque l'oc casion ou la raison le demandent.

avis diff'érens , l'un

CHAPITRE X.

Il faut éviter les entretiens frivoles , & parler dis chofes faintes.

i. EYite,

autant qu'il se peut , la foule

Il faut éviter les entretiens frivoles , & parler dis chofes faintes. i. EYite, autant qu'il

de J. Chkist. Liv. I. Ch. ta. 73

foule & les compagnies du siècle. Ces conversations où l'on ne s'entretient que de nouvelles, sont nuisibles, même à ceux qui ne les disent qu'avec sim plicité ; car la vanité nous corrompt bien vite , & nous met aisément sous son joug. Je voudrais m être tû en beaucoup de rencontres , et n'avoir pas été si souvent en compagnie.

. Mais pourquoi prenons-nous tant de

plaisir à parler & discourir ensemble., puisque très-rarement les conversations finissent sans qu'on ait blessé la cons cience? C'est que dans nos entretiens nous cherchons de la satisfaction , et des consolations humaines. Notre c ur est chargé d'inquiétudes et de soucis , et nous voulons le dé charger et le soulager en parlant de ce que nous aimons et désirons , aussi bien que de ce qui nous fait de la peine. 2. Mais hélas! nous n'y gagnons rie» le plus souvent. Cette sorte de conso lation extérieure est un grand obstacle aux consolations intérieures et divines. Veillons donc et prions , de peur que notre tems ne se passe kiutilement.

D

aux consolations intérieures et divines. Veillons donc et prions , de peur que notre tems ne

74

De l' Imitation

S'il faut parler^ parlons de choses qui puissent edifier. La mauvaise habi tude , et notre négligence à nous avan cer dans le bien , contribuent beau coup à la mauvaise garde que nous faisons de notre langue. Il est vrai cependant que les entre tiens sur les choses spirituelles , ne nous avancent pas peu dans la piété , sur-tout lorsqu'ils se passent entre des personnes qui n'ont qu'un même c ur et un même esprit en Dieu.

CHAPITRE XI.

il faut

battre fes inclinations vicieufes.

Four acquérir la paix

com

f. .ni ocs pourrions jouir d'une grande

paix si nous voulions ne nous pas occu per des paroles et des actions des au tres , et de tout ce qui ne nous regarde

pas. Comment seroit-il possible que celui qui veut se mêler des affaires d'autrui demeurât long-tems en paix ? Comment y demeureroit celui qui cherche toujours hors de lui dequoi s'occuper , et qui rentre très-rarement en lui-même ?

y demeureroit celui qui cherche toujours hors de lui dequoi s'occuper , et qui rentre très-rarement

de J. Christ. Liv. L Ch. ir. 75

Heureux les simples , parce que leur paix sera multipliée.

2. Voulez-vous savoir pourquoi il y a

eu des Saints si parfaits & si adonnés à la contemplation des choses divines. C'est qu'ils ont eu soin de faire mourir en eux tous les desirs de la terre , pour s'unir à Dieu par une application in

térieure

de tout leur c ur, & se pos

séder eux-mêmes en liberté. Nous nous occupons trop des objets de nos passions, et nous avons trop d'empressement pour les choses péris sables. Il nous arrive rarement de vaincre tout-à-fait un de nos vices. Nous ne sommes point enflammés du desir de

faire chaque jour des nouveaux pro grès , et nous demeurons tièdes et né- gligens. 3. Si nous étions absolument morts à nous-mêmes , et libres de tout atta chement nous pourrions goûter les biens célestes et les délices de la contem plation Divine. Ce qui nous en éloigne

le plus , c'est que nos

passions sont

encore vives et notre cupidité forte, & que nous ne faisons point d'efforts pour entrer dans la voie parfaite dont D 2

vives et notre cupidité forte, & que nous ne faisons point d'efforts pour entrer dans la

76.

tes Saints nous ont laissé le modèle. S'il nous survient quelque léger su jet d'affliction , nous en sommes abba- tus , et nous ne pensons qua chercher des consolations humaines.

4. Si nous avions assez de courage

pour demeurer fermes dans le combat ,

il est hors de doute que nous éprou

De

l' -I m

i t'a t t o n

verions le secours d'enhaut ; car Dieu est toujours prêt à secourir ceux qui combattent et espèrent en sai grace,

& c'est lui - même qui nous dispense

les occasions du combat pour nous

faire remporter la victoire et pour cou ronner le vainqueur. Oue si nous ne faisons consister nos progrès que dans des choses extérieu res, notre piété sera de peu de durée. Mettons la coignêe à la racine de l'ar bre , afin que notre intérieur étant pu rifié des passions , nous trouvions la vraie paix & le repos de l'ame.

5. Nous serions bientôt parfaits si

chaque année nous déracinions seule

; aù lieu que

souvent nous trouvons que nous avons été bien meilleurs & plus purs quand nous commencions à nous convertir que nous ne le sommes plusieurs an

ment un vice de notre c ur

& plus purs quand nous commencions à nous convertir que nous ne le sommes plusieurs an

de J. Christ. Liv. 1. Cb. 10. 77 itées après avoir fait profession de vivre saintement. Notre ferveur, nos progrès devroient croître chaque jour; mais c'est beau coup si l'on retient une partie de sa premiere ferveur. Si nous nous faisions violence au commencement, nous pourrions faire dans la suite toutes choses avec facilité et avec joie. On a de la peine à se défaire de ses habitudes ; mais on en a encore beau coup plus à agir contre sa propre vo lonté. Si tu ne veux pas te vaincre dans les petites choses , comment surmonteras- tu les grandes ? Résiste dès les commencemens à tes inclinations , de peur que devenant in

sensiblement plus fortes, tu ne trouves de plus grandes difficultés à les quitter.

O ! si tu savois quelle paix tu acquer-

iois , et quelle joie tu donnerais aux autres en t'avancant dans la vertu ! je m'assure que tu y travaillerais avoc plus de soin.

D 3

tu donnerais aux autres en t'avancant dans la vertu ! je m'assure que tu y travaillerais

?8

De l' Imitation

CHAPITRE XII.

Il efi avantageux d'être affligé.

i . v^'est un bien d'avoir des afflictions & des traverses, parce qu'elles font rentrer l'homme en lui-même, et lui apprennent qu'il n'est qu'un pauvre banni , qui ne doit point mettre son espérance aux objets de la terre. Il nous est bon qu'on nous contre dise quelquefois , & que l'on ait mau vaise opinion de nous ; lors même que nous agissons bien & avec une bonne intention ; car tout cela sert à nous humilier & à nous défendre de la vaine gloire. Lorsque les hommes nous méprisent & qu'ils n'ont pas bonne opinion de nous , c'est alors que nous cherchons avec plus d'empressement le témoin du c ur , qui est Dieu même. 2. Nous devrions nous affermir tel lement en Dieu , qu'il ne fut pas besoin de chercher de consolations dans les hommes. Lorsqu'une ame de bonne volonté est affligée ou tentée , ou obsédée de

chercher de consolations dans les hommes. Lorsqu'une ame de bonne volonté est affligée ou tentée ,

de J. Christ. Liv. I. Ch. iz. ?§ mauvaises pensées,elle comprend mieux que jamais combien Dieu lui est néces saire , & que sans lui elle ne peut faire aucun bien. Cela l'oblige à s'attrister salutaire- ment , à gémir , & à prier pour être dé livrée de ses misères. La vie lui devient ennuieuse , & la mort désirable ; afin qu'étant mise en liberté elle puisse être avec J. Christ. Elle voit bien alors qu'il est impos sible d'avoir une entière assurance et de jouir d'une pleine paix , pendant que l'on est dans ce monde.

CHAPITRE XIII.

Il efl bon d'être tenté, mais il faut réfijïer aux tentations & demeurer fermes*

i. J. ant que nous vivons sur cette-

terre , nous ne pouvons être sans afflic tions & sans tentations. C'est ce qui

a fait dire à Job (a) que la vie des hom mes fur la terre rieft qu'un train àfi

guerre

de tentation.

Ainsi chacun doit veiller & prier ,

(a) Job 7. v. u

I> 4

la terre rieft qu'un train àfi guerre de tentation. Ainsi chacun doit veiller & prier ,

|o De l' Imitation de peur que le diable , qui ne som meille jamais , (b) qui tourne fans cejje à l'entour des hommes , cherchant qui il pourra dévorer, ne trouve oc casion de nous surprendre & de nous tromper. Il n'est personne tant parfait & saint qu'il soit, qui n'ait quelquefois des ten tations, et nous ne pouvons en être tout- à- fait exempts. 2. Quoique rudes, elles sont même souvent fort utiles, parce que c'est par elles que l'homme est humilié , purifié et instruit. Tout les Saints ont passé par beau coup d'afflictions & de tentations , & .c'est par ce chemin qu'ils se sont avancés. Mais ceux qui n'ont pu les soutenir , eont déchus de la grace. Nul état, tant saint qu'il soit, nul lieu tant retiré qu'il puisse être , n'est sans tentations et sans adversités. 3. Il n'est point d'homme qui soit entierement exempt de tentations pen dant qu'il vit ; parce que, né dans la cupidité , il en porte en lui-même le principe & la source. Dès qu'une ten tation est passée,il en survient une autre. {b) 1. Pier. 5. v. g.

le principe & la source. Dès qu'une ten tation est passée,il en survient une autre. {b)

de J. Christ. Liv. I. Ch. 13. 81

' Il y aura toujours ici bas matiere de

souffrance , parce que nous sommes déchus de l'état de felicité. Beaucoup de personnes voulant évi ter les tentations ,y tombent plus dan gereusement. La seule fuite ire nous fait pas vaincre; mais c'est par la patience & par la vraie humilité que nous deve nons plus forts que tous nos ennemis.

4. Celui qui ne veut éviter le mal que

par l'extérieur, & qui n'en arrache pas

la racine intérieure, ne sauroit faire beaucoup de progrès ; ses tentations re viendront, & il s'en trouvera plus mal qu'auparavant. On les surmonte mieux peu-à-peu , par la patience , & en se possédant soi-même , dans l'attente du secours de Dieu , que par nos propres empressemens & en nous tourmentant & traitant durement. Demande souvent conseil lorsque tu

es tenté ; & ne traite point avec rigueur celui qui l'est ; console le plutôt comme tu voudrois que l'on te consolât si tu étois tenté toi-même.

5. Le principe des dangereuses ten

tations est l'inconstance de notre c ur,

& notre peu de confiance en Dieu ; car D 5

des dangereuses ten tations est l'inconstance de notre c ur, & notre peu de confiance en

$s De Imitation comme un vaisseau sans gouvernail est jetté ça & là par les flots de la mer , ainsi l'homme qui se relâche & qui abandonne ses bonnes résolutions , se trouve tenté en diverses manieres. Le feu éprouve l'or, & la tenta tion l'homme juste. Souvent nous ne connoissons pas no* forces ; c'est la tentation qui nous dé couvre ce que nous sommes. Il faut veiller sur tout quand la ten tation commence ; parce que l'ennemi est vaincu plus facilement, lorsqu'on le repousse & qu'on lui ferme la porte, aussitôt qu'on l'entend frapper. C'est pourquoi un Païen même a dit; Rêfifle au mal dès qu'il commence ; car Jitu le laijje invêtérer,les remèdes feraient à tard. D'abord il ne se présente à l'esprit qu'une simple pensée , mais qui devient bientôt une forte imagination ; ensuite on y prend un plaisir sensuel , qui enfin est suivi du consentement & du mou vement déréglé. Voilà comment l'ennemi entre tout -entier, quoique peu-à-peu, lorsqu'on ne

& du mou vement déréglé. Voilà comment l'ennemi entre tout -entier, quoique peu-à-peu, lorsqu'on ne

de J. Christ. Litr. I. Ch. 13. 8j :lui résiste pas dès le commencement ; & plus on est lâche à résister, plus aussi on devient foible, & l'ennemi fort. 6. Il y en a qui sont plus tentés au commencement de leur conversion , d'autres vers la fin, d'autres le sont toute- leur vie, d'autrçs ne le sont que fort pem' v Tout cela est dispensé selon la sa gesse & la justice admirable de Dieu r qui connoît les forces & la vertu des hommes , & qui dispose de tout pour de salitt de ses élus.

: 7. Nous ne devons donc pas perdre

,1'espérance lorsque nous sommes tentés,, .mais -plutôt redoubler l'ardeur de nos- prieres vers Dieu ^ afin 'qu'il lui plaise de

«ous secourir dans nospeines, & qu'ainsi

selon la parole

de Saint Paul (a) il don

ne une telle iffue à la tentation , que nous

fuirions la fupporter

l' Ilumilions^noùs-donc .salutairement

.'

'.

sous la main de Dieu dans toutes nos. tentations & nos afflictions , car il sau

c ur,.

&

vera Cêtlx -qui ^èbiit- humbles de

lès élevera dan* la gloire.

'8. Ciest par- les tentatatiom & les-

afflictions que l'on éprouve- combie»

D 6

élevera dan* la gloire. '8. Ciest par- les tentatatiom & les- afflictions que l'on éprouve- combie»

84

De

i' I m

t t a t i U

l'on

est avancé dans la piété : c'est

.par elles qu'on devient digne de la

couronne promise, & que la vertu pa-

roit avec plus

C'est peu que d'avoir de la dévotion & de la ferveur quand on est sans affliction ; mais lorsqu'au milieu des

adversités on demeure ferme , c'est La

;

.marque d'un grand progrès.

.

Il en est qui dans les grandes tenta tions sont préservés de chûtes, &iqui sont très-souvent vaincus dans les plus

médiocres & les plus ordinaire*, afin, qu'ainsi humiliés, ils ne présument rien d'eux-mêmes dans les grandes choses!, n sentant & éprouvant leur foiblesse «lans les plus petites. ; mat

-

1

1

1

1

C H A P I T R E

lu.

XIV:

Il faut éviter tes Jugemens téméraires fur autrui, fe juger foi-mfane & fe

foumettre à Dieu.

,

<.<.: ,

ï. Jette les yeux, sj^rj toi-même

garde toi dejuger des actions d'autrui. En jugeant les autres on se: travaille «n vain ; on se trompe & l'on péehe,;

au lieu qu'en s'exarainajat &

ju

les autres on se: travaille «n vain ; on se trompe & l'on péehe,; au lieu

de J. Christ. Liv. I. Ch. 14. 8$

geant soi-même , on fait une uvre ,très-utile & qui profite toujours.

Nous jugeons ordinairement

des cho

ses selon notre inclination ; & notre

amour propre nous empêche dejuger équitablement. Si Dieu ctoit toujours le pur motif de notre intention , & le but de nos desirs, nous ne serions pas si facile ment troublés quand on nous résiste.

. 2. Mais souvent il est en nous un

principe secret ; il y a quelque attache

inconnue qui nous fait agir, ou des mo tifs extérieurs qui nous déterminent. _La plupart des hommes sont eux- mêmes les objets de leur recherche & de leur propre complaisance dans ce qu'ils font , quoiqu'ils ne s'en ap per çoivent Ils paroissent être en paix pendant que tout va comme ils veulent , & selon

leur sens ; mais dès qu'une chose ar rive; autrement qu'ils ne désirent, le» voilà tout émus & pleins de chagrin.

. Que de dissensions pour des senti-

jnens &/,desvoppinions diverses entre des .personnes que la familiarité a ren du amies , qu'une même ville a rendu concitoyens , & qu'une même, religioa

a rendu frères.

a ren du amies , qu'une même ville a rendu concitoyens , & qu'une même, religioa

86

3. On a bien de la peine a quitter ses vieilles habitudes & à se laisser con duire contre sa propre lumiere; Cependant si tu te fies plus à ta rai son &. à ton sens qu'à la vertu de Jésus- Christ qui demande un esprit soumis & qui soumet tout à eller tu ne seras jamais éclairé de Dieu. Si elle agit en toi ,- ce ne sera que peu & bien lentement , parce que Dieu veut de nous une soumission entiere , & que les flammes de notre amour pour lui, s'élevent au-dessus de toutes les hauteurs de notre raison.

De

l' I m

i t a t

i o n

CHAPITRE XV.

Zes bonnes uvres doivent être faites par amour pour la gloire de Dieu.

faut jamais faire le mal ni

par complaisance pour autrui , ni par amour de qui que ce soit ; néanmoins on peut différer une bonne uvré où la changer en une meilleure *selo^ le besoin & l'utilité du prochain ; par et moyen on ne détruit' pas cette bonne

1. Il ne

uvre , mais on

mieux.-- v.i .

change le bien en.

-

-

. m

; par et moyen on ne détruit' pas cette bonne 1. Il ne uvre , mais

J. Christ. Liv. 1. Cbap. i j". tj

Les uvres extérieures ne servent de rien sans le vrai amour de Dieu & du prochain ; mais tout ce qui se fait parce

divin motif est avantageux, quelque pe tit & méprisable qu'il soit en apparence, parce que Dieu considère plus le motif & la volonté que l'aélion même.

2. C'est faire beaucoup que d'aimer

de

beaucoup. C'est faire beaucoup que de faire bien ce que l'en fait , & on le fait bien quand on cherche plutôt l'utilité commune que sa propre satisfaction. Souvent on prend pour charité ce qui n'est que cupidité pure. Le penchant de nature , la volonté propre , l'espérance d'être à son aise , se mêlent aisément dans tout ce qùe nous faisons.

3. Celui dont la charité est vraie &

parfaite ne se cherche jamais dans quoi que ce soit ; son désir unique est que tout se fasse pour la gloire de Dieu. Il ne porte jamais envie à personne , parce qu'il ne cherche point de joie dans la jouissance d'un bien particulier; ainsi , il ne cherche pas son bonheur en soi-même, mais en Dieu, au-dessus de tous les biens créés. Il n'attribue nul bien à la créature * mais il rapporte tout à Dieu , qui est la

de tous les biens créés. Il n'attribue nul bien à la créature * mais il rapporte

13

B i h' Imitatio*

source de tous les biens , & la fin suprê me, où les Saints trouvent une demeure éternelle & un repos assuré. O! qui au- roit dans son c ur une étincelle de ce pur amour! il verroit sans doute que tout ce qui est dans le monde n'est que vanité. *

CHAPITRE XVI. Ilfaut fupporter les défauts du prochain , puifque nous 'avons bcfoin qu'on fup- porte les nôtres.

i. N"ous devons supporter avec pa tience , ce que nous ne pouvons chan ger ni en nous-mêmes , ni dans les autres ,jusqu'à-ce qu'il plaise à Dieu d'y apporter le remède nécessaire. Considère que peut-être il vaut mieux que les choses demeurent dans l'état où elles sont, afin que tu sois éprouvé , & que tu t'affermisses dans la patience , sans laquelle toutes nos bonnes uvres sont bien peu de chose. Tu" dois cependant prier Dieu qu'il lui plaise de t'assister par sa grace , afin que ces obstacles ne te fassent point succomber , mais que tu les souffres pai siblement.

par sa grace , afin que ces obstacles ne te fassent point succomber , mais que

dé J. Christ. Liv. 1. Cbap. 16. 89

2. Si après avoir averti le prochain

une ou deux fois , il ne veut pas se ren dre , n'entre point en contestation avec

lui ; mais remet tout à Dieu , désirant que sa volonté se fasse, & que son hon neur s'avance dans tous ses serviteurs; car il sait , lorsqu'il le veut , faire tourner le mal en bien. Tâche d'être patient , de supporter les .défauts des autres , & tou tes leurs foiblesses ; car tu as toi-même beaucoup de défauts que les autres doi vent aussi supporter. Si tu ne peux te rendre toi-même tel que tu voudrois , comment prétens-tu rendre les autres parfaits ? Nous vou drions qu'ils* le fussent, & nous ne vou lons pas corriger nos propres défauts.

3. Nous voulons que l'on corrige les

autres en rigueur ; mais nous ne voulons

pas que l'on nous corrige. Leur licence nous déplaît, & cepen dant nous ne voulons pas qu'on refuse rien à notre volonté. . Nous consentons qu'on reprime les autres ; mais nous ne voulons pas qu'on mette le frein à nos passions. Nous n'avons donc presquejamais la même indulgence pour notre prochain que pour nous-mêmes, Si tous étoiant

Nous n'avons donc presquejamais la même indulgence pour notre prochain que pour nous-mêmes, Si tous étoiant

ço De l' Imitation parfaits , quelle occasion aurions-nous de souffrir des autres pour l'amour de Dieu ? 4. Mais il a plû à Dieu de laisser des imperfections dans tous, afin que nous apprissions à porter les fardeaux les uns des autres (a). Car personne n'est sans défauts ; cha cun a son fardeau ; nul ne suffit à soi- même. Nous devons nous supporter mutuel lement, nous consoler les uns les autres,; nous aider, nous instruire nous exhorter. Rien ne montre mieux la vertu de l'homme , que l'adversité. Car ce ne sont pas de fâcheuses rencontres qui ren dent l'homme foible ; elles ne font que montrer ce qu'il est.

CHAPITRE XVII.

Un bon Chrétien doit l'être par fa vie par fes meeurs.

1. Il faut que tu apprennes à rompre

ta volonté en beaucoup

de choses , si tjn

veux conserver la paix avec les autres. Ce «'est pas peu , que de vivre en ce

monde sans reproche , & de persévérer

(a) Gai. 6 1 t. a.

avec les autres. Ce «'est pas peu , que de vivre en ce monde sans reproche

de J. Christ. Ziv. I. Ch. 17. 91 jusqu'à la fin dans la fidélité que l'on doit à Dieu. Heureux celui qui après y avoir bien vécu a terminé sa course saintement ! Si tu veuxy demeurer ferme & avan cer dans la piété , regarde-toi comme un exilé , qui est dans une terre étran gere , où il ne fait que passer. Situ désire sincerement de mener une vie vraiment chrétienne, que l'amour de Jésus-Christ te dispose à souffrir d'é> tre tenu du monde pour un insensé. 2. L'habit , l'arrangement modeste des cheveux sont peu de chose , mais refor mer ses m urs , mortifier ses passions, voilà le vrai esprit de la religion & du christianisme. Celui qui ne cherche pas Dieu ni le salut de son ame uniquement & pure ment , ne trouvera qu'afflictions & an goisses ; & celui qui ne veut pas être le plus petit de tous & soumis à tous , ne jouira pas long-tems de la paix. 3. Tu ès venu pour servir & non pas pour dominer , tu ès appellé à la souf france & au travail , & non pas aux vains plaisirs & aux conversations vaines. C'est ici queies hommes sont éprou vés comme l'or l'est dans la fournaises

& aux conversations vaines. C'est ici queies hommes sont éprou vés comme l'or l'est dans la

jj 'De l'Imitatioït Ne te trompe pas ; personne n'est chrétien s'il ne s'humilie de tout son c ur pour l'amour de Dieu.

CHAPITRE XVIII.

Il faut fuivre fexemple des Saints & le zèle des premiers Chrétiens & fuir les tiédes de ce fiècle.

ï. Considère les vivans exemples des Saints , qui ont été des modeles ache vés de perfection , & tu verras que tout ce que nous faisons n'est que peu de chose, & presque rien en comparaison de ce qu'ils ont fait. Ces vrais amis de Jésus-Christ , pour ïe servir , se sont exposés à la faim &

à la soif, au froid & à la

nudité , au

travail & aux fatigues ; ils se sont dé voués aux veilles & aux jeûnes , à la priere & aux méditations saintes , à la persécution & à une infinité d'oprobres.

2. Oui pourroit comprendre ^ gran deur k. le nombre des peines qu'ont enduré les Apôtres , les Martyrs, & tous les autres Saints , qui ont voulu suivre les traces de Jésus-Christ. Ils ont haï leur vie dans ce monde,

& tous les autres Saints , qui ont voulu suivre les traces de Jésus-Christ. Ils ont

-DE J. Christ. Liv. I. Ch. \%. 93 pour la retrouver dans le, Ciel. Quelle tempérance ! quel renoncement n'ont pas paru en tant de Saints personna ges , qui ont passé leur vie dans les déserts & dans la solitude! quelle lon gues & dures tentations n'ont - ils pas supporté ! Combien de fois n'ont-ils pas été attaqués de l'ennemi '{ Quels soupira profonds, quelles prieres à Dieu fré quentes & ferventes! Quelle abstinence exade & rigoureuse ! De quels zèle n'étoient-ils pas enflammés pour faire tous les jours de nouveaux progrès dans les choses spirituelles ! avec quel courage & quelle fermeté ne se sont-ils pas fait la guerre pour dompter leurs inclinations vicieuses! Quelle pureté, quel désintéressement en la présence de Dieu! Ilstravailloientlejour, & employaient la nuit à la priere , quoique même pen dant le travail du jour leurs c urs aient été dans une élévation continuelle vers Dieu. 3. Ils ne perdoient point de tems. Chaque heure leur sembloit trop courte pour penser à Dieu. La contemplation des choses divi-

ne perdoient point de tems. Chaque heure leur sembloit trop courte pour penser à Dieu. La

94

De

l' I m

i t a t i o w

nes leur étoit si chère & si douce qu'ils oublioient les besoins du corps. Ils renoncoient à toutes les richesses, aux dignités, aux honneurs, aux parents. Ils ne désiraient rien de tout ce qu'il y a dans le monde ; à peine pouvoient- " ils se résoudre à prendre les choses les plus nécessaires à la vie; & quelques besoins qu'ils en eussent , ils gémis- soient de se voir assujettis à cette né cessité. Ainsi ils étoient pauvres à l'égard des

choses de la terre , mais riches en grace

& en vertu. Nécessiteux au dehofs ,

& pleins de grace & de consolation

divine au dedans.

/

4. Ils étoient mais amis familiers de Dieu. A leur propre jugement ils n'étoient rien , à celui du monde ils étoient méprisables ; mais ils étoient précieux aux jeux de Dieu , qui les aimoit comme ses' chers enfans. Ils demeuroient avec constance dans la vraie humilité , ils obéissoient à leurs supérieurs avec simplicité, & ils marchoient dans l'amour & dans la pa tience. Ainsi ils avançoient tous les jours dans la vie de l'esprit , & tous les jours ils receyoient de nouvelles graces.

ils avançoient tous les jours dans la vie de l'esprit , & tous les jours ils

de J. Christ. Dvr.h Ch. ig. , çg Ils ont été laissés pour exemple à ceux qui veulent vivre chrétiennement , & leur petit nombre doit avoir plus de force sur nous pour nous donner du courage , que le grand nombre des lâ ches & des tiédes d'aujourd'hui, pour nous porter au relâchement. 5. O que les Chrétiens des premiers siecles ont eu de zèle & de piété ! quelle ardeur dans leurs prieres ! quel effort de bien vivre ! quelle exactitude dans leurs saints réglemens! avec com bler} de respect et d'obéissance se sont- ils soumis à la discipline de leur maître! Ce qui nous reste de leur vie nous assuré qu'ils étoient vraiment saints & avancés dans la perfection. Ils ont combattu le monde avec tant d'ardeur & de force , qu'ils sont parve nus à le fouler enfin à leurs pieds. Aujourd'hui celui-là passe pour un chrétien du premier ordre qui ne viole pas grossièrement & au dehors les commandemerts de Dieu, et qui pousse sa patience jusqu'à se soumettre au joug extérieur de la religion que sa naissance l'a engagé de professer. 6. Lâches èt négligens que nous som mes ! pourquoi nous éloignons : nous ainsi de ce premier zèle des Saints ?

6. Lâches èt négligens que nous som mes ! pourquoi nous éloignons : nous ainsi de

96

D e. l'. Imitation

O que notre lâcheté et notre tiédeur' est grande de ne pouvoir souffrir sans en nui qu'on nous parle seulement de vivre comme eux, et qu'au moindre combat , la vie pour ainsi dire , nous devienne 'ennuyeuse et insupportable ! Toi qui consideres les exemples des Saints , ne t'endors pas quand il s'agit de t'avaneer dans l'exercice des vertus qu'ils ont pratiquées. Je prie Dieu qu'il t'en fasse la grace.

CHAPITRE XIX.

On doit renouvelle? chaque jour fes bonnes réfolutipns , &' exciter fon zèle par de faims exercices. j

i . La vie d'un chrétien doit être toute sainte ; il doit être dans le fond ce qu'il paroit à l'extérieur. Il doit mèmej' avoir plus de sainteté dans son intérieur, qu'on en remarque au dehors ; parce que c'est au c ur que Dieu regarde :

c'est pourquoi en quelque lieu, en quel-, que état que nous soyons , nous devons le révérer , le craindre, et. marcher en sainteté devant lui comme font les' Anges-

II

nous soyons , nous devons le révérer , le craindre, et. marcher en sainteté devant lui

de J. Christ. Livr. I. Ch. i%. Il faut renouveller chaque jour notre sainte résolution et exciter notre zèle, comme si nous ne commencions que dès aujourd'hui à nous convertir. Disons sans cesse , mon Dieu , viens à mon aide, aie égard à mes bonnes inten tions, & me confirme dans la sainte obéissance que je te dois. Mon Dieu! fais-moi la grace que ce soit aujourd'hui que je commence sérieusement ; jusqu'à présent ce que j'ai fait est moins que .

2. Nous avancerons dans la piété à proportion de la vigueur & de la fermeté de nos résolutions ; ainsi , celui qui veut s'avancer doit avoir beaucoup de soin

& de diligence. Que si malgré nos bon

nes résolutions nous ne laissons pas de

tomber souvent , que doit-on attendre de ceux qui n'en font point du tout, ou

s'ils en font , qui manquent de fermeté

& de courage pour les accomplir.

Hélas ! nous sommes si inconstans que nous oublions bientôt tous nos bons des seins ; cependant pour peu qu'on vienne à s*en relâcher , on en souffre toujours du dommage. Mais les bonnes résolutions des justes sont plutôt fondées sur la grace de Dieu,

que sur leur propre sagesse.

dommage. Mais les bonnes résolutions des justes sont plutôt fondées sur la grace de Dieu, que

98

De l' Imitation

Ouoi qu'ils entreprennent , toute leur confiance est en lui ; car l'homme pro pose , mais Dieu dispose ; & (a) la voie de l'homme ne dépend pas de l homme , selon la parole d'un Prophête.

3. Celui qui omet quelquefois un bon

exercice par un principe de charité, ou pour le bien du prochain , peut le re prendre ensuite sans y avoir rien perdu; mais si c'est par dégoût , par négligence & pour un sujet de néant qu'on l'ait

quitté , cela est très-blâmable , & l'on s'en trouvera mal. , Ouand nous ferons tous les efforts possibles, nos chûtes ne seront encore que trop fréquentes. Cela ne doit pas nous empêcher de former de bonnes résolutions , sur-tout pour nous prémunir contre nos endroits les plus foibles. Examinons & réglons l'intérieur de notre arae & l'extérieur de notre vie j car c'est de l'usage de ces deux moyens que dépendent nos progrès. 4. Si tu ne peux pas être continuelle ment recueilli , ne manque pas de te re cueillir quelquefois, sur-tout au matin

& le soir.

'

Regle le matin la maniere dont tu

(a) Jcr. 10. v. 2j.

te re cueillir quelquefois, sur-tout au matin & le soir. ' Regle le matin la maniere

de

J. Chkist. Liv. I. Ch. 19. 99

passeras la journée; le soir examine comment tu l'as passée , quel tu as été dans tes paroles , dans tes adions & dans

tes pensées, parce que sans doute ,hélas! tu y auras fait beaucoup de fautes. Revets-toi comme un bon soldat de toutes les armes spirituelles , afin de combattre contre les malices des es prits diaboliques. Mets un frein à ta sensualité dans le manger & dans le boire , & par ce moyen tu reprimeras mieux toutes les autres inclinations de la chair. Ne de meure jamais sans rien faire.

fais

quelque ouvrage dont il revienne du bien aux autres ; cependant on doit user des exercices corporels avec dis

crétion , & tous ne doivent pas en user d'une même maniere.

Lis ou écris , prie ou médite , ou

5. Ne fais point ostentation de ce que

tu as fait de bon en ton particulier; les choses de cette nature doivent demeu rer secrettes , & c'est le plus sûr pour toi.

Donne-toi de garde d'être paresseux pour les fonctions publiques & com

munes, & ardent pour les particulieres; mais lorque tu auras rempli entièrement

& avec fidélité les devoirs de ta charge

& ce qui t'a été commis : si tu as du E 2

rempli entièrement & avec fidélité les devoirs de ta charge & ce qui t'a été commis

tco De

l'Imitation

tems de reste, employe-le à rentrei* en toi-même , & suis les mouvemens de ta piété. Tous ne peuvent pas s'exercer sain tement d'une même maniere ; les uns ont de l'attrait pour une chose , & les autres pour une autre. Le tems où l'on se trouve nous déter mine souvent à des exercices qui lui conviennent ; les uns sont propres à des jours solemnels, & d'autres aux jours

ordinaires. Les uns conviennent dans la tentation , d'autres lorsqu'on est pai sible & tranquile ; les uns dans l'afflic

tion , les autres dans la joie.

6. Quand les grandes fêtes arrivent*

nous devons redoubler nos saints exer cices; prier Dieu avec plus de ferveur ; implorer son secours, & penser aux moyens d'entrer un jour dans l'éter nelle fête des Bienheureux. Il importe alors de confirmer nos bons desseins en nous mettant dans les meilleures dispositions qu'il sera pos sible, par une exacte observation de la loi de Dieu comme si nous touchions, au moment de la récompense que sa grace a promise à nos travaux.

7. Que s'il tarde à nous appeller à

cet heureux & éternel moment, ne

que sa grace a promise à nos travaux. 7. Que s'il tarde à nous appeller à

de J. Christ. Liv. I. Ch. 20. roi nt>us en prenons qu'à nous-mêmes , & croyons que nous n'avons pas encore -tout ce qu'il faut pour être dignes d'une si grande gloire , qui ne sera ré

vélée en nous que lorsque le tems qu'il

a déterminé sera venu. Disposons nous

par une sainte vie à une mort heureu se ; (a) Bienheureux , est-il dit dans St. Luc , fera h fer vit ettr que fon Seigneur trouvera veillant lorfqiïil viendra. Je vous dis en vérttê qu'il rétablira fur tous , fes biens.

CHAPITRE XX.

De l'amour de Dieu , de la foliîude & du ftlence.

1 Prenez un tems propre à penser

à vous-même, & considérez souvent les

graces que Dieu vous fait. Ne vous occupez pas à des choses qui ne font

que contenter la curiosité. Lisez des livres qui puissent toucher

& humilier votre c ur , & jamais ceux

qui ne font qu'occuper froidement l'es prit. Vous trouvez assez de tems pour de saintes méditations, si vous vous abs- teuez des conversations frivoles , des,

ifi) Luc 12. v. 43, 44.

E 3

tems pour de saintes méditations, si vous vous abs- teuez des conversations frivoles , des, ifi)

702 De

l' Imitation

visites & des courses inutiles, d'une vaine

& dangereuse attention aux nouvelles

& aux bruits qui courent dans le monde. Les plus grands Saints ont évité au

tant qu'ils ont pû les compagnies du

siecle, ayant mieux aimé demeurer seuls

h en particulier, pour y servir Dieu. 2. Cette parole d'un ancien est très-

remarquable : Toutes les fois que j'ai

éte' en compagnie , j'enfuis fortipire que

je n'étois avant d'y aller. Il avoit raison ; l'expérience ne nous le fait que trop sentir, sur-tout lorsque

nous avons donné beaucoup de tems à la conversation. Il est plus aisé de demeurer dans le silence que de ne parler que modére

ment. Il est plus aisé de demeurer seul que

de se tenir sur ses gardes lorsqu'on se

communique. Que celui-là donc qui désire de s'a vancer dans la vie spirituelle & inté rieure se sépare de la foule , comme faisoit Jésus-Christ. Nul ne peut paroître dans le monde avec sûreté, s'il n'a de l'amour pour la

retraite. Nul ne peut bien parler , s'il n'a de l'amour pour le silence.

n'a de l'amour pour la retraite. Nul ne peut bien parler , s'il n'a de l'amour

se J. Christ. Livr. I. Ch. 20. 1 03

Nul ne peut être placé au premier rang, s'il ne se tient volontiers dans le plus bas. Nul ne peut bien commander s'il n'a appris à bien obéir. 3. Nul ne peut avoir de joie solide, s'il n'aie témoignage d'une bonne cons cience ; & encore l'assurance des Saints n'a-t-elle pas laissé d'être mêlée de crainte devant Dieu ^ car quoiqu'ils aient été pleins de vertu & de graee , ils n'en ont pas moins été dans l'humi lité & dans une frayeur qui les rendoit toujours circonspects. La sécurité des méchans est le fruit de la présomption & de l'orgueil , & elle ne manquera pas de les tromper à la fin. Ne vous promettez jamais dans cette vie une assurance exempte d'une juste crainte , quand il vous sembleroit même- que vous êtes un parfait chrétien , & que vous menez une vie retirée du siecle. 4. Souvent ceux que les hommes crqyoient les plus gens de bien , sont tombés dans les plus grandes fautes , parce qu'ils présumoient trop de leurs forces. Et de là vient qu'il est bon aux hom mes d'être exercés par les tentations, & même d'en être souvent attaqués , E 4

qu'il est bon aux hom mes d'être exercés par les tentations, & même d'en être souvent

io4 I>e l' Imitation de peur que trop pleins de la bonne opinion de leurs forces ils ne vivent

dans la sécurité , ou ne s'élèvent par

©rgueil , ou ne cherchent

dans les choses extérieures.

leurs plaisirs

O qu'on Ewiroit la conscience en re

pos , si l'on ne cherchoit jamais la joie

dans les choses qui ne font que passer, & si l'on ne s'en occupoit jamais.

O qu'on jouiroit d'une grande paix ,

si l'on retranchoit tous les soins inuti

les &. vains, pour ne penser qu'aux choses salutaires & divines , & ne por ter ses espérances que vers Dieu seul ! 5. Nul n'est capable des consolations, spirituelles , si premierement son c ur n'a été affligé & brisé par des tristes ses divines. Sijvous voulez mettre votre ame dans ce saint état , rentrez dans le cabinet de votre c ur , & chassez en le tumulte du monde, selon le conseil du Pro phête , (a) Penfez contefiez avec vous dans votre c ur fur vos lits , & tenez- vous dans le Jilence. "Vous trouverez dans la retraite la grace de Dieu que vous aviez souvent perdue dans le monde.

Il est vrai que la retraite est péni-,

(a) Pf. 4. y- s-

la grace de Dieu que vous aviez souvent perdue dans le monde. Il est vrai que

be J. Christ. Liv. /. Ch. 20. iof

blc ; mais c'est quand elle est négligée & mal observée ; car elle devient douce à ceux qui en font un exercice assidu. Si dès le commencement de votre conversion vous pouvez vous résoudre d'y tenir & de la garder soigneusement, elle vous sera comme une compagnie bien chère, et vous y trouverez des plai sirs qui feront votre consolation. 6. L'ame chrétienne est instruite d'en- haut dans le silence , la retraite et le repos. C'est là que Dieu lui apprend mystères cachés de ses divines éeri- tures. C'est là qu'elle verse des torrens de larmes dans lesquelles elle se lave et se sanctifie , pour devenir d'autant plus familiere avec son Créateur , qu'elle se sera séparée du tumulte du siecle. Car plus un homme s'éloigne de ses amis et des personnes de sa con.noia- sance , et plus aussi Dieu et ses Anges s'approchent de lui. Il vaut mieux se cacher et avoir soin de son salut, que de faire des miracles, en s'oubliant soi-même. Il est louable à une personne vraie- ment mortifiée de sortir peu , de fuir les yeux des hommes , et d'éviter de les voir.

E 5

à une personne vraie- ment mortifiée de sortir peu , de fuir les yeux des hommes

io6 De l' Imitation, 7. Pourquoi tant souhaiter de voir des choses qu'il ne vous est pas per mis de posséder ? (a; Le monde pajje & fa convoitife. Votre légèreté vous porte à aller faire une promenade & une visite chez des mondains. Ou'avez-vous gagné lors

que cette heure est passée , sinon d'en revenir avec une conscience évaporée

& même grevée & un c ur tout dis

sipé ? Souvent l'on sort joyeux de chez soi,

& l'on n'y rentre qu'avec tristesse.

Souvent une soirée pleine de gaiété produit le lendemain une matinée affli geante ; car la joie charnelle s'introduit

Àateusement , mais à la fin elle tue. Oue prétendez- vous voir ailleurs que tous ne puissiez voir ici où vous êtes? Le Ciel , la terre, les élémens dont tous les corps sont composés ,y sont de vant vos jeux comme ailleurs. Pouvez - vous voir ailleurs quelque chose de permanent sous le,soleil ? Vous vous imaginez peut-être que vos desirs «eront satisfaits : mais vou* fous trompez , et quand même vous verriez toutes les choses qui sont au.

(a) 1. Jean %. v. 17.

satisfaits : mais vou* fous trompez , et quand même vous verriez toutes les choses qui

*~ m J. Christ. Livr. l.Ch x\ *-

monde , leur vue ne vous profiterait de rien. Levez plutôt vos yeux vers le Dieu du Ciel , & lui demandez pardon de vos péchés & de votre lâcheté. Laissez les choses vaines aux hom mes vains; mais vous, ne songez qu'à accomplir ce que Dieu demande de vous. Entrez dans votre cabinet , fer mez sur vous la porte , criez & appel

iez Jésus votre bién aimé. Demeurez avec lui dans la retraite ; car vous ne trouverez nulle part une aussi grande paix. Si vous n'étiez pas sorti & que vous n'eussiez point prêté l'oreille aux con teurs de nouvelles, vous auriez con servé une paix durable ; car à se dis siper, il est impossible que le c ur puisse jamais demeurer dans la paix,

rf

:

CHAPITRE XXL i

Il faut s'affliger de fes péchés & craiik dre de déplaire à Dieu.

1. Si tu désires d'avancer dans 1^ piété , demeure dans une crainte per petuelle de déplaire à Dieu , & ne te tUmne point trop de liberté , mais, tisns

, demeure dans une crainte per petuelle de déplaire à Dieu , & ne te tUmne

108

D E l' 1 si I TA T i o w"

tous tes sens sous une sainte discipline sans te laisser aller à la joie des choses vaines. Fai-toiune continuelle habitude de la componction du c ur & tu verras

'"

Le c ur contrit est une source de biens; mais la distraction les fait perdre.

C'estune chose étonnante, que l'hom me , qui sait fort bien qu'il est ici bas tn exil , & que son ame est sans cesse exposée à de mortels dangers , puisse même une seule fois s'abandonner en tièrement à la joie.

insensibles aux

croître ta piété.

2. Nous sommes

grands maux & aux plajes dé nos ames; parce que notre c ur est léger , & que nous sommes lâches à considérer nos-

défauts. Nous rions sotement & mal-à-pro pos lorsque nous devrions fondre en larmes.

ni de joie

bien fondée si ce n'est sur la crainte

âe Dieu et sur la bonne conscience.1 ' Heureux celui qui peut franchir tous les obstacles qui sont la source de ses fiistractions , et se recueillir pour' exci ter dans son c ur une compondion

''.i

^ Heureux celui qui éloigne de soi totr

Il n'y a point de liberté

-Salutaire !

c ur une compondion ''.i ^ Heureux celui qui éloigne de soi totr Il n'y a

»e J. Christ. Lit). I. Ch. ai. 109 ûe qui est capable de souiller ou de charger -sa conscience! Combats avec' courage. Une mauvaise habitude s'efface par une meilleure.

Si les hommes t'importunent et que les quittes , ils te quitteront aussi , et

te laisseront en repos avoir soin de ton ame. 3. Ne te mêle pas des affaires d'autrui, et ne t'embarrasse point dans celles des grands ; mais jette toujours l' il sur toi même , et prends encore plus de soin de te corriger et de t'instruire que d'instruire tes meilleurs amis. Si tu n'est pas dans la faveur ou l'es time des hommes , ne t'en chagrine point , ne t'afflige qtte de ce que tu ne vis pas si bien ni si sagement qu'un ser viteur de Dieu et un vrai chrétien doit vivre. Il est souvent meilleur et plus sûr à un, homme de passer sa vie sans beau coup de consolations , que d'en avoir surtout de celles qui viennent de la na ture, mais si nous n'en sentons point qui viennent des choses divines , ou que nous n'en recevions que fort rarement , c'est notre faute , parce que nous ne

tu

portons pas notre

tion ; et que. nous ne quittons pas par

c ur à ta componc

notre faute , parce que nous ne tu portons pas notre tion ; et que. nous

no De l" ImitatioS» faitement les choses vaines et exté rieures. 4. Reconnois-toi indigne des conso lations divines , & digne de beaucoup d'afflictions & de troubles. Ouand un homme sent une véritable componction , tout le monde lui de vient amer & insupportable. Un vrai chrétien trouve toujours assez de matiere pour affliger son amc & pour pleurer devant Dieu. Il en trouve en considérant le pro

chain ; parce que nul n'est ici sans mi sère, & plus il se considere lui-même, plus il est dans l'affliction ; & la ma tiere de sa juste douleur & de la com ponction de son c ur sont ses péchés

et ses vices.

Ce sont des ordures où nous nous plongeons si avant , que nous avons peine à élever notre esprit aux choses spirituelles & célestes. 5. Je m'assure que tu prendrons plus de soin que tu ne fais de te convertir si tu pensois à la mort plus souvent qu'à te flatter d'une longue vie ; et je crois que si tu t'appliquois sérieuse ment à la considération des peines qu'on souffre dans l'autre , tu ne ferois

jamais tant de difficulté à porter ea ce

.--

considération des peines qu'on souffre dans l'autre , tu ne ferois jamais tant de difficulté à

»e J. Christ. Liv. I. Ch. zz.

1 1 1 .

monde les croix "que Dieu t'impose ; & que tu ne craindrois pas ainsi les ad versités qu'il te veut faire éprouver.

Mais parce que nous n'avons pas ces choses à c ur, & que nous nous laissons encore entraîner aux douceurs

& aux attraits de la chair , nous de

meurons lâches & froids. 6. Souvent ce malheureux corps ne se plaint, que parce que l'esprit est distitué des vrais biens. Prosterne toi donc avec humilité de vant le Seigneur pour obtenir de lut la grace de la componction ; dis-lui dans les termes du Prophête, (a) Donne- moi , mon Dieu ! à manger du pain de larmes , & donne moi à boire une pleine

mefurts de pleur f.

CHAPITRE XXII.

On doit conji'iêrer les miferes humainet avec un c ur touché.

i

E N quelqu'endroit que tu sois y

de

quelque côté que tu te tournes, tu

es

misérable si tu ne te convertis à

Dieu. Pourquoi te troubles-tu lorsque les

te) PC go. t. 6.

tu te tournes, tu es misérable si tu ne te convertis à Dieu. Pourquoi te troubles-tu

112

choses ne t'arrivent pas comme tu vou- drois ? Y a-t-il quelqu'un à qui tout tourne à souhait ? ce n'est ni toi , ni moi, ni aucun des hommes qui sont sur la terre. Il n'y a personne dans le monde , fut-il roi ou prince , qui n'ait des tra verses & des afflictions. Oui de tous les hommes crois-tu le plus heureux ? c'est sans doute celui qui pour l'amour de Dieu souffre quelque chose. 2. Les ames foibles qui ne voient que Fécorce , disent souvent avec admira tion , que cet homme est heureux 'vqu'il est riche! qu'il est grand ! qu'il est puis sant* qu'il est élevé au-dessus de* au tres ! Mais pour toi considère les biens spi rituels & célestes ; & tu verras que tous ces avantages temporels ne sont qu'in- çonstance, ce que des fardaux accablant ou plutôt ne sont rien ; on ne les pos sède qu'avec beaucoup d'inquiétudes & de craintes. Ce n'est pas l'abondance qui fait le bonheur de l'homme; la médiocrité lui suffit; & après tout, ce n'est qu'une vraie misère que de vivre ici bas; aussi plus un homme devient spirituel , plus il trouve d'amertume dans la vie pré

D E

l' I M

I T A T I O N*

bas; aussi plus un homme devient spirituel , plus il trouve d'amertume dans la vie pré

dis J. Christ. Liv. I. Ch. a*. 113

sente ; parce qu'il sent & connoît les défauts & les imperfections de la nature corrompue. ^ Manger , boire , veiller, dormir , se reposer travailler , & toutes les autres nécessités auxquelles la foiblesse de notre nature nous soumet , sont une vé ritable misère & un poids affligeant pour celui qui aime les choses spirituel les , & qui voudroit de tout son c ur devenir libre, & se voir affranchi de tout péché. 3. L'homme intérieur souffre beau coup des nécessités du corps; & le* Saints ont souhaité d'en être délivrés. Le Roi Prophête disoit; (a) Seigneur délivre-moi des nécejfités où je me trouve. Malheureux ceux qui ne connoissent pas leurs misères! plus malheureux en core ceux qui ont de l'amour pour elles & pour cette vie corruptible ! R en est d'assez insensés qui man quant de tout , réduit à gagner leur vie par un travail pénible , ou à tirer une foible subsistance de la charité d'autrui, sont tellement attachés à cette miséra ble vie , que s'il étoit en leur pouvoir de ne la point perdre , ils consentiraient à

( a) Pf. 8ç. v. 17.

miséra ble vie , que s'il étoit en leur pouvoir de ne la point perdre ,

ii4

De

l' I m

i t a t

i ©

n'entrer jamais dans le royaume des Cieux.

4. O! c'est être fou & infidèle à sa

vocation, que de demeurer si attaché aux choses de la terre ! ces malheureux sentiront un jour avec une effroyable

terreur , combien étoit vil & méprisable ce qu'ils ont tant aimé.

, les amis de Jésus-

Christ ne s'attachent pas aux objets des sens, ils ne s'arrêtent pas à ce siècle ; toute leur espérance , toute leur incli

nation est portée vers les biens éternels; tous leurs désirs n'ont de rapport qu'aux choses d'en-haut , qui sont stables , qui sont invisibles ; de peur que l'amour des choses visibles ne les recourbe vers la bassesse des créatures. Courage , mon frère , ne perds point l'espérance de t' avancer dans la vie de l'esprit, puisque tu en as encore letems.

Les Saints de Dieu

5. Paresseux ! pourquoi renvoie-tu

d'un jour à l'autre l'exécution de tes

bons desseins ? Leve

ce moment , & dis enfin , ( a ) Voici main tenant le tems d'agir ; voici le tems de combattre ; voici le tems de la conver

toi , commence dès

Lorsque tu te vois dans la souflran,- («) a Cor. C. r. a.

de combattre ; voici le tems de la conver toi , commence dès Lorsque tu te

»e J. Chbist. Liv. I. Ch. 2z. 115 ce , sache qu'il est tems de te rendre agréable à Dieu, Ju dois (a) pajjer par le feu & par l'eau avant d'entrer dam It lieu du rufraichijfement. Si tu ne te fais violence , tu ne vain cras jamais. Nous ne pouvons être sans péché, sans peine, & sans douleurs, tant que nous sommes dans ce corpî mortel & fragile. Nous voudrions bien être délivrés de toutes nos misères; mais la perte que nous avons faite de notre innocence , entraîne nécessaire ment 4a privation de notre félicité. Présentement il n'y a pour nous que la patience & l'attente de la miséricor de de Dieu , jusqu'à-ce que toutes nos iniquités soient passées , & que ce qu'il a de mortel en nous soit absorbé par vie. 6. Que la fragilité de l'homme est grande , & qu'il a de penchant pour le vice ! Aujourd'hui tu confesses tes péchés devant Dieu , & dès demain tu recom menceras à les commettre. Maintenant tu prens la résolution d'é viter & de fuir un péché ; & tu y tombe» un instant après , comme »L tu n'aYoi» point pris de résolution. (<0 Pf. «. Y. iz,

; & tu y tombe» un instant après , comme »L tu n'aYoi» point pris de

i\6 Di l' Imitation O que nous avons sujet de nous humi lier , étant si fragiles & si inconstans ! Notre négligence nous fait perdre en peu de tems ce que la grace de Dieu nous a fait acquérir avec tant de peines. 7. Hélas! que deviendrons-nous à la fin de notre vie si nous sommes si tiè- des au commencement ? Malheur à nous , si nous voulons déja nous reposer comme si nous portions déja une main assurée sur la couronne de vie, quoiqu'il ne paroisse en nous nulle marque de vraie sainteté. O que nous aurions besoin qu'on re commença à nous instruire , & à nous informer peu-à-peu comme des novi ces, si au moins il y avoit lieu d'espérer de nous quelque amendement & quel que progrès notable dans les choses spirituelles !

CHAPITRE XXIII. De la méditation de la mort ; on doit s'y préparer chaque jour-

1 . Il te reste peu de tèms à vivre ; pense à ce que tu deviendras après la mort. Un homme paroît aujourd'hui ; il dis- paroit demain , & lors qu'on ne le voit plus, on en perd le souvenir.

Un homme paroît aujourd'hui ; il dis- paroit demain , & lors qu'on ne le voit

de J. Christ. Liv. I. Ch. 23. 1 17

O stupidité & endurcissement du .

c ur de l'homme ! il ne pense qu'au présent , & il ne prévoit point le ter rible avenir. Dirige toutes tes actions & toutes tes pensées , comme si tu devois mourir

aujourd'hui.

Si ta conscience n'avoit rien à te re

procher , tu ne craindrois pas beaucoup

la mort. Il vaudrait mieux éviter le péché que de fuir la mort.

Si tu n'es pas aujourd'hui bien pré

paré comment le tseras-tu demain ?

Le jour de demain est incertain pour

toi ; d'où sais-tu que tu vivras encore alors ? z. A quoi sert de vivre long-tems, puisque nous nous amendons si peu f Hélas ! ce n'est pas la longue vie qui fait la conversion. Le plus souvent elle ne fait qu'augmenter le nombre de no* péchés & nous rendre plus inexcu sables. Plût à Dieu qu'il y eut un seul jour dans notre vie, où nous eussions vécu sans péché ! . Il y a beaucoup de gens assez vains pour compter les années depuis leur conversion , mais l'on voit peu de fruits de leur amendement.

de gens assez vains pour compter les années depuis leur conversion , mais l'on voit peu

n8 De l'Imitation Si la mort est à craindre , peut être la prolongation de la vie l'est encore da vantage. Heureux (a) celui qui a tou jours devant les jeux sa dernière heure , & qui est tousles jours disposé à mourir! Il ne se peut que tu n'aies vu mourir quelqu'un ; pense sans cesse qu'il te fau- dras franchir le même pas. 3. Au matin considère que peut-être tu ne vivras pas le soir , que si tu passe* ce terme , ne te flatte point du lende main. Sois donc toujours prêt , & vis de telle manière que si la mort te surprend, elle te trouve préparé. Beaucoup de gens meurent subite ment & sans préparation; (b). Le Fils de Vhomme viendra. , dit l'Evangile , à Vheure que Von n'y penfera pas. Ouand ta dernière heure sera venue, tu penseras bien autrement de ta vie passée , que tu ne fais maintenant ; & tu sentiras le déplorable malheur d'avoir été si négligent & si lâche. Heureux & sage celui qui tâche d'être tel toute sa vie , qu'il désire d'être au jour de la mort. Une vie passée dans le mépris du

(a)

(6)

Ecclef. 7. v. ?. LUC 12. v. 40.

désire d'être au jour de la mort. Une vie passée dans le mépris du (a) (6)

de J. Christ. Liv. I. Ch. 23. 119

monde , dans des désirs ardens de la vertu, dans l'amour de la correélion, dans les larmes de la pénitence, dans le renoncement à soi-même, dans le support de tous les maux pour l'amour de Jésus-Christ, donne une merveilleuse assurance de bien mourir. Tu peux , pendant la santé, employer saintement ta vie , mais le pourras-tu étant malade ? il en est peu qui s'amen dent par la maladie. Il est aussi rare que ceux qui aiment à courir & à voyager, puissent se sanc tifier. Ne t'appuye point sur tes amis ni sur tes proches , & ne diffère point l'affaire de ton salut pour l'amour d'eux ; les hommes t'oublieront plutôt que tu ne pense. Il vaut mieux travailler toi-même de bonne heure à ton salut , que de t'en rapporter à ce que d'autres peuvent te

dire.

Si tu n'as pas soin de toi-même , qui en auras donc soin ? Voici les momens précieux, (a) voici le jour du falut, voici le tems favorable. Hélas ! ô douleur ! faut-il que tu n'em-

»

(«) a. Cor. 6. t. z.

voici le jour du falut, voici le tems favorable. Hélas ! ô douleur ! faut-il que

i20 De l'Imitatiow

ploies pas mieux le tems qui t'est donné pour acquérir l'éternité ! Le moment viendra où tu souhaiteras d'avoir un jour, ou même une seule heure , pour te convertir, & je ne sais si tu l'obtiendras.

6. Ah ! mon cher frere , quels périls ,

quelles angoisses ne pourras-tu pas évi* ter , si tu demeures toujours dans une sage précaution à l'égard de la moxt. Fai tous tes efforts pour vivre de telle sorte qu'en ce jour terrible tu aies plus de sujet de te rejouir que de trem

bler. Apprends maintenant^ à mourir au monde , afin qu'alors tu commences à

vivre avec Jésus-Christ. Mortifie maintenant ta chair , afia qu'à la mort tu puisse te confier plei nement en la miséricorde de Dieu.

7. Fou et insensé que tu es? je vou-

drois bien savoir pourquoi tu t'imagi nes de vivre long-tems, toi qui n'a pas un seul jour d'assuré? Combien de gens cette folle ima gination n'a-t-elle pas trompé , qui ont été enlevés de ce monde plutôt qu'ils

ne pensoient.

N'as-tu pas souvent ouï dire : un tel

a été tué , un autre s'est noyé ; un autre en

qu'ils ne pensoient. N'as-tu pas souvent ouï dire : un tel a été tué , un

de Jv Christ Livr. I. Ch. 23. i2t en tombant s'est rompu le cou ; cet au tre est mort en mangeant ; cet autre

en jouant; le feu , le fer, la peste, les voleurs , n'enlèvent - ils pas beaucoup de monde ? & ceux qui échappent doi vent-ils attendre une autre fin que la mort. Ainsi finissent tous les hommes,

& leur vie passe comme une ombre.

3. Prétends-tu qu'on se souvienne de

toi, ou qu'on prie pour toi après ta

mort ?

Non , non, mon cher frere, fais main

tu peux ;

puisque tu ne sais quand tu mourras, ni ce qui t'arrivera après ta mort. Amasse des richesses immortelles pendant que tu en as le tems. Ne pense qu'à des choses vraiement salutaires ; ne t'applique qu'aux choses de Dieu. Fai-toi maintenant des amis en hono rant les Saints par l'imitation de leur vie, afin que , selon la parole de l'E vangile, ( g?) lorsque ta vie défaudra ,

tenant le plus de bien que

ils te reçoivent dans les tabernacles éter nels.

9. Regarde-toi sur cette terre com- '

me un passant & un étranger , qui n'a

rien à démêler avec le monde. Conserve ton c ur dans la vraie W) Luc 16. v. 9.

F

& un étranger , qui n'a rien à démêler avec le monde. Conserve ton c ur

-

i22 De

l' I m

i t a t

i « h

liberté , & qu'il soit toujours élevé à son Dieu ; parce que (<?) tu n'as point ici de cité permanente.

les jours à Dieu tes

prieres, tes gémissemens et tes larmes,

afin que ton ame dégagée des liens du corps , s'envole au sortir de cette vie dans le sein du Seigneur. Amen !

Adresse tous

CHAPITRE XXIV.

Du jugement de Dieu , & des peines- des mécbans.

i. v^Onsidere en chaque chose ta der

niere fin & comment tu paroîtras de vant ce Juge sévere , à qui rien n'est caché , qui ne se laisse point gagner par des présens , qui ne reçoit point de fausses excuses ; mais qui juge selon la justice. Pécheur malheureux & insensé, que répondras-tu à ce Dieu qui connoit tou tes tes iniquités? Oue feras-tu devant lui , toi qui trem bles quelquefois devant un homme en colère ? Comment ne songes-tu pas à te pré parer pour le jugement , poux ce jour

(a) Hebr. ij. 14,

devant un homme en colère ? Comment ne songes-tu pas à te pré parer pour le

de J. Christ. Liv. I. Chap. 24. 12$

terrible , où tu n'auras ni avocat , ni intercesseur, & où chacun sera lui-même accablé de son propre fardeau? C'est maintenant que ton travail te pourra être utile ; que tes larmes pour ront être acceptées de Dieu, & tes gé- missemens exaucés, & que les afflictions de ton ame peuvent te profiter & te purifier. 2. Celui-là est dans la grande & la salutaire école de la purification , qui souffre de bon c ur tout ce qui lui ar rive ; qui recevant des injures , est plus affligé de ce que les autres sont mé dians que de ce qu'il endure lui-même; qui prie volontiers pour ceux qui lui sont contraires , & qui leur pardonne de tout son c ur les maux qu'ils lui ont faits, qui ne differe pas à demander pardon à ceux qu'il croit avoir tant soit peu offensé', qui se laisse plutôt toucher de compassion pour ceux qui font mal, que de colère ; qui se fait violence à soi-même & s'efforce d'assujettir la chair à l'esprit. Il vaut bien mieux arracher & faire mourir ses vices en cette vie , que d'at tendre l'effroyable expiation du siècle

Certainement le trop grand amouç

ses vices en cette vie , que d'at tendre l'effroyable expiation du siècle Certainement le trop

124

De

l' Imitation

que nous avons pour la chair , nous aveugle & nous trouble étrangement. 3. Quelle sera la matière qui entre tiendra ce feu dévorant , sinon tes péchés ?

:

Plus tu accordes maintenant à tes sens , plus tu seras tourmenté , puis- qu'en multipliant tes iniquités , tu amas

ses la matière pour les flammes de

l'Enfer.

Chaque pécheur dans ce lieu detour- mens sera sévèrement puni dans les choses mêmes où il aura péché. - Les lâches y seront en proie à un feu dévorant ; les yvrognes & les gens de bonne chère y endureront une cruelle soif & une faim insupportable ; les voluptueux & les impudiques y seront plongés_dans le soufre & la poix bouil lante, & les envieux, outrés de dou leur , y feront tout retentir de leurs horribles hurlemens. Chaque vice y trouvera son salaire & son tourment particulier. :.- ->- Les c urs hautains seront honteux & confus pour jamais; & les avares seront dans une disette éternelle. Une heure de ces peines leur sera plus insupportable que ne leur auroient été cent années de rigouteuse pénitence

.

'

. ---

de ces peines leur sera plus insupportable que ne leur auroient été cent années de rigouteuse

de J. Christ. Lîd. I. Ch. 24. 125

dans ce inonde ; car il n'y a nul repos , nulle consolation pour les damnés , au lieu que dans ce monde on a des inter valles pour se reposer , & pour se con soler dans la compagnie de ses amis. Tiens donc ton ame dans une crainte

& dans une componction salutaires,

afin qu'au jour du jugement tu puisse paraître en assurance dan» la compa gnie des bienheureux. Car (a) les jujîes s'éleveront alors

avec une confiance merveilleuse contre ceux qui les auront affligés & opprimés en cette vie. Alors celui qui se sera maintenant soumis avec humilité aux jugemens des hommes injustes, deviendra leur juge. Alors l'humble & le pauvre seront pleins d'assurance ; mais le superbe sera saisi d'effroi. 5. Alors on verra que celui-là étoit véritablement sage dans ce monde , qui pour l'amour de Jésus- Christ , n'aura pas refusé d'être le jouet & la dérision des enfans du siècle. Alors les afflictions qu'on aura sou£- fertes avec patience seront agréables ;

& (b) toute iniquité aura la bouche

fermée. (ai Sap. j.

(*) Pf. 107. F 5

fertes avec patience seront agréables ; & (b) toute iniquité aura la bouche fermée. (ai Sap.

iatf De

i/Im-itati © n

Alors toute ame qui se sera consacrée à l'obéissance de Dieu, sera pleine de joie & l'impie sera en proie au déses poir. Alors le corps mortifié aura plus d'al légresse que s'il avoit été nourri dans les délices. Alors le vieux haillon du pauvre deviendra lumineux, et les habits magnifiques et éclatans des superbes se ront obscurcis. Alors une pauvre chaumiere sera plus prisée que des palais tout brillans d'or. Alors la grande patience sera plus utile que la grande puissance. Alors l'obéissance rendue en simpli cité aux commandemens du Seigneur sera plus estimée que tout le rafinement et toute la politique dessages du siecle. 6. Ce sera alors qu'une pure et bonne conscience donnera plus de joie qu'une grande science ; que le mépris des ri chesses aura plus de valeur et de prix que tous les trésors de la terre ; que l'on retirera plus de rafraîchissement de l'ar deur des prieres que des mets les plus délicats ; que le silence qu'on aura gar dé réjouira plus que les longs entre tiens, que les bonnes uvres que l'on aura faites seront plus utiles que les bellçs paroles que l'on aura dites ; qu'une

bonnes uvres que l'on aura faites seront plus utiles que les bellçs paroles que l'on aura

I»e J. Christ. Liv. I. Ch. 24. 137- rie austère et mortifiée, sera plus agréa ble que les plaisirs et les amusemens du siecle. Apprends donc à souffrir patiemment ici-bas de petits maux , pour en éviter alors de si cruels. Eprouve maintenant tes forces. Si tu ne peux supporter des maux aussi légers que sont ceux de ce monde , comment pourras-tu souffrir les peines éternelles? Si la moindre incommodité que tu souffre te jette dans l'impatience et dans le dépit , que sera-ce du feu de l'enfer ? Ne t'abuse point,tu ne peux avoir deux bonheurs ni deux félicités ; tu ne peux vivre ici dans les joies du monde , et régner avec Jésus-Christ dans le Ciel. 7. Ouand tu aurois vécu jusqu'à ce jour dans les délices et les plaisirs du monde , et qu'il te faudroit présente ment mourir, dis-moi , je te prie , à quoi te serviroit tout cela? Tu vois donc que toutes cbofes ne font que vanité excepté l'amour de Dieu & l'obéissance sans bornes à sa seule volonté ; car celui qui aime Dieu de tout son c ur, ne craint ni la mort, ni les supplices, ni le jugement , ni l'en

; car celui qui aime Dieu de tout son c ur, ne craint ni la mort,

ijsS De l' Imitation fer ; parce que le parfait amour fait approcher de Dieu avec confiance. IL ne faut pas s'étonner que celui qui prend encore plaisir à pécher re doute la mort & le jugement. Si l'amour de Dieu ne te peut encore retirer du péché , que la crainte des peines infernales te serve au moins de frein. Si tu n'es pas retenu par la crain te de déplaire à Dieu , tu es en dan ger de quitter bientôt les sentiers de la justice & de tomber dans les pièges du démon.

CHAPITRE XXV.

Ilfaut travailler avec ardeur à l'amen dement de fa vie.

i. Sers Dieu, & lui obéis avec vigi lance , et avec soin. Pense souvent que tu es chrétien et que tu as promis au baptême de renon cer au monde. Ne vis donc plus que pour Dieu, et deviens un homme vraiment spirituel. Travaille avec ardeur à cet ouvrage, tu recevras bientôt la récompense de ton travail ; il n'y aura plus pour toi,

Travaille avec ardeur à cet ouvrage, tu recevras bientôt la récompense de ton travail ; il

»e J. Christ, tiv. I. Cb. 25. 129 iri plainte ni douleur. Pour un peu de peine que tu souffres maintenant, tu auras un repos doux et solide , et une joie qui ne finira point. Si tu es zélé et fidele, à faire ce que Dieu t'a commandé , Dieu sera fidele , et couronnera magnifiquement tes tra vaux. Espere d'obtenir la couronne de gloi re , mais ne crois pas la tenir déja, de peur qu'une confiance téméraire ne te plonge dans la sécurité, la nonchalan ce ou la présomption. 2. Un jour un homme accablé de tris tesse , et flottant entre la crainte et l'es pérance , alla se prosterner devant Dieu , et repassoit souvent en lui-même ces paroles ; O fi j'étois affurc de pjrfé- vérer jufqu'à la fin ! il entendit inté rieurement cette divine réponse : Et fi tu le favais , que fer ois-tu ? Pu, fais dès- à-préfent tout ce que tu ferais alors , & tu feras en fureté. Se sentant au même moment consolé et fortifié par cette parole , il se remit entièrement à la volonté de Dieu , et les agitations de son ame cessèrent. Dès lors il n'eut plus la curiosité de savoir ce qu'il deviendroit , mais il s'ap pliqua entièrement à rechercher ce que F 5

plus la curiosité de savoir ce qu'il deviendroit , mais il s'ap pliqua entièrement à rechercher

130 De

Dieu vouloit de lui , et à connoître cette volonté bonne , agréable et parfaite , pour commencer et finir par elle des. oeuvres toutes saintes. 3- (a) Ajfure-toien l'Eternel & fais ce qui efi bon , dit David , tu habiteras fur la terre , & feras nourri de fes biens. Une chose empêche nombre de person nes de s'avancerdans la piété, c'est qu'ils frémissent à l'aspect des difficultés et du travail qu'il y a dans ce saint combat. Mais ceux qui font de courageux ef forts pour surmonter ce qui leur est le plus pénible et le plus contraire , font aussi les plus grands progrès dans la

l'Imitation

vertu. Plus un homme livre de combats à la nature , et remporte de victoires sur lui-même, et plus il fait de progrès dans la grace. Tous n'ont pas , il est vrai , les mê mes forces pour se vaincre et pour mourir à eux mêmes ; celui néanmoins qui a un grand zèle réussira mieux à dompter ses passions quoiqu'elles soient en grand nombre, que ne feroit un, autre d'un caractère plus doux et plus modéré; mais dont le zèle & la ferveur seroient moindres. (<0 PC 37. v. 7.

caractère plus doux et plus modéré; mais dont le zèle & la ferveur seroient moindres. (<0

de J. Christ. Livr.l. Cb. 25. 131

Il est deux excellens moyens de nous corriger ; l'un , de nous faire violence & nous soustraire aux penchans vicieux de la nature ; l'autre, de nous empres ser à la recherche du bien & des ver tus qui nous manquent le plus. Tu dois aussi tâcher sur-tout d'éviter et de vaincre en toi les défauts qui te déplaisent le plus dans les autres. 5. Fais ton profit de tout. Si tu vois des personnes qui vivent d'une maniere exemplaire , & qu'on loue en ta pré

sence , sois enflammé d'un

de les imiter ; & si tu vois de mauvais exemples prens en occasion de te tenir sur tes gardes, de peur que tu ne com mettes les mêmes péchés. Oue si tu les as déja commis , corrige- t'en avec plus de soin. Si tu prends garde à ce que font les autres , les autres prennent aussi garde à ce que tu fais. Quel plaisir de voir des ames reli gieuses pleines de ferveur & de piété , vivre comme des freres d'une maniere

sainte & bien réglée Mais qu'il est triste & fâcheux de voir des personnes tièdes & déréglées , qui ne font rien moins que ce qui est de leur vocation. F 6

saint desir

de voir des personnes tièdes & déréglées , qui ne font rien moins que ce qui

132

De l' Imitation

O qu'il est dangereux de négliger les

devoirs essentiels de son état , & de se

mêler de choses qu'on exige point de

nous ! 6. Souviens-toi des promesses & des engagemens que tu as pris devant Dieu ;

toujours devant les jeux Jésus-

Christ crucifié.

Peux-tu considérer sa vie sans être honteux & confus de ce que jusqu'à cette heure tu as eu si peu de soin d'y rendre la tienne conforme , quoique depuis long-tems tu fasses profession de marcher dans ses voies ? Le Chrétien qui de tout son c ur s'occupe à méditer la vie & la passion du Seigneur , y trouve toutes les cho ses qui lui sont utiles & nécessaires; & ce seroit en vain qu'il chercheroit quel que chose de meilleur que ce qui est en Jésus.

O ! que nous serions savans , & que

& aie

nous le serions bientôt , si Jésus crucifié entroit bien avant dans notre c ur \ 7. Le Chrétien zélé approuve et rem plit ce que Dieu lui prescrit. Le chrétien négligeant & le tiède sont accablés de

troubles & d'agitations qui se succè dent , & les pressent de telle manière , qu'ils ne savent de quel côté se tourner. D'une part ils sont privés des consola

pressent de telle manière , qu'ils ne savent de quel côté se tourner. D'une part ils

be J. Christ. Liv. I. Ch. 25. 1 53 tions intérieures : de l'autre ils ne peu vent en trouver qui viennent du dehors. Le Chrétien déréglé est sur le bord d'un grand précipice. Celui qui mène une vie lâche & molle sera toujours en peine ; parce qu'il y aura toujours quelque chose qui ne lui plaira pas. 8. Comment ont fait tant de saints

personnages, qui ont mené une vie très- mortifiée pendant qu'ils étoient renfer més dans la prison de ce corps mortel ? Ils fréquentoient peu le monde ; ils vivoient dans la retraite ; ils se nourris- soient pauvrement ; un habillement rude & grossier suffisoit pour couvrir leur corps; ils travailloient beaucoup de leurs mains; ils partaient peu; ils passoient les nuits à veiller , & se levoient de grand matin ; ils prioient sans cesse ; lisoient

& méditoient souvent la parole de Dieu ,

& se maintenoient exactement sous sa

sainte discipline. Considere les saints Patriarches , les Prophêtes, les Apôtres, & les vrais dis ciples de Jésus - Christ. Vois tu comme ils emploioient (a) les nuits à chanter les les louanges du Seigneur? Quelle honte pour toi , d'être négli geant en des uvres si saintes, lorsque

(a) PC 119. v. 63. Aft. 16, v. 25-

Quelle honte pour toi , d'être négli geant en des uvres si saintes, lorsque (a) PC

134 De l' Imitation tu vois une multitude de vrais chrétiens qui ont pris tant de plaisir en ce divin

9. O ! si nous n'avions d'autre affaire qu'à louer de c ur & de bouche le

Seigneur notre Dieu! O! si nous pou vions nous passer de manger , boire & dormir, pour ne rien faire que chanter ses louanges , & ne vaquer qu'à des choses spirituelles , nous serions incom parablement plus heureux que nous ne sommes ; puisque les moindres néces sités du corps nous détournent de ces saint* exercices! O ! si nous n'étions point assujettis

à ces nécessités , & que nous n'eussions

qu'à restaurer nos ames de la céleste nourriture, que nous ne goûtons que si rarement ! 10. Ouand un homme est parvenu jusqu'à ne chercher aucune consola tion dans la créature , il commence à goûter son Dieu , & quoiqu'il arrive , il est toujours content. Alors dans la prospérité il ne s'aban donne plus aux vaines joies , & il n'est plus susceptible de tristesse dans les traverses , qu'il regarde comme peu de chose ; mais il s'abandonne tout entier & avec confiance entre les mains du Seigneur, qui est son tout en toutes

chose ; mais il s'abandonne tout entier & avec confiance entre les mains du Seigneur, qui

de J. Christ. Liv. I. Ch. 25. 137 choses, pour qui rien ne meurt, rien

ne périt ; car toutes choses vivent par lui , & lui obéissent. 11. Souviens-toi toujours de ta fin,

& que le tems perdu ne revient plus.

Souviens- toi que tu ne seras

jamais

heureux sans beaucoup de peines & de

grands soins. Malheur à toi si tu deviens tiede , heureux ! si tu t'anime , & si tu prends courage ; tu trouveras une grande paix,

& le travail te deviendra facile , parce

que la grace de Dieu & l'amour de la vertu qu'il te donnera , adouciront le joug du Seigneur. L'ame fervente & courageuse est prête à tout ; quoiqu'il soit beaucoup plus aisé de soutenir le travail du corps , que de combattre une violente passion. Si l'on ne prend pas soin d'éviter les petits défauts , on tombera peu-à-peu dans les plus grands. On est toujours joyeux le soir quand on a employé utilement la journée. Veille donc sur toi ; anime toi ; en courage toi ; & quoiqu'il arrive aux au tres , ne te néglige point toi - même. Tu ne feras de progrès , qu'à propor

tion que tu te seras fait violence. Fin du premier Livre.

point toi - même. Tu ne feras de progrès , qu'à propor tion que tu te

136

De

l' I m

i f a t

i o s

-OOOOOOOOD-

L'IMITATION

D

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JESUS-CHRIST,

LIVRE SECOND.

CONTENANT

Des avertiffements pour avancer dans h vie intérieure & spirituelle.

CHAPITRE PREMIER.

Jl faut mépriser les choses du monde et préparer son c ur à recevoir J. Christ, afin qu'il daigne y venir et y faire sa demeure.

l_iE Royaume de Dieu ejl au dedans de vous (a) dit le Seigneur. Retourne à lui ; converti-toi ; fais divorce avec ce malheureux monde , & ton ame trou vera le repos, (a) Luc 17. t. 31.

à lui ; converti-toi ; fais divorce avec ce malheureux monde , & ton ame trou

»e J. Christ. Liv. IL Ch. r. ij)r Apprends à mépriser les choses du dehors , & à t'appliquer à celles du dedans, & tu verras que le royaume

de Dieu qui est en toi s'y manifestera. Car (b) le royaume de Dieu efi la paix

& la joie du St. Efprit , qui n'est pas

donné aux impies. Jésus-Christ viendra lui-même & te fera goûter ses consolations , si tu lui prépares dans ton intérieur une de meure digne de lui. (c) Toute la gloire &f la beauté qu'il recherche efi dans l'interieur; & c'est là où il prend tout son plaisir. Il rend de fréquentes visites à l'hom me du dedans , il le gratifie de ses en tretiens pleins de suavité, & de ses douces consolations ; il le comble de sa divine paix; il entre avec lui, dans une familiarité ravissante. Prends donc courage, amc fidèle; prépare ton c ur à cet Epoux céleste, afin qu'il vienne en toi , & qu'il daigne y demeurer. Voici sa promesse , (d) Si quelqu'un m'aime , il gardera ma parole , nous viendrons à lui, & ferons tn lui notrt demeure.

Rom. 14. t. 17. (rf) Jean 14. t. 23.

(c) Pf. 4s. Y. 14-

parole , nous viendrons à lui, & ferons tn lui notrt demeure. Rom. 14. t. 17.

140 De l' Imitation 5. Jésus-Christ n'a-t-il pas été mé prisé des hommes dans ce monde ? n'a- t-il pas été abandonné de ses amis & de tous ceux de sa connoissance au milieu des opprobres & dans ses plus

grands besoins? Quoi ! Jésus- Christ a bien voulu souffrir & être méprisé , &

tu oses te plaindre de quelqu'un ?

Il a eu beaucoup d'ennemis & de calomniateurs ; & tu ne voudrois trou ver que des amis & dés bienfaiteurs ! Comment seroit couronnée ta pa tience , si elle n'étoit pas exercée ?

Comment serois-to ami & compa gnon de Jésus - Christ , si tu est enne

mi de la croix ? si tu veux régner avec

Jésus-Christ , souffre avec Jésus-Christ , & pour l'amour de Jésus-Christ.

6. Si tu étois une fois entré dans l'in

térieur de Jésus ; & qu'une étincelle du feu de son amour eut pénétré ton c ur , tu ne te mettrois plus en peine de ce qui pourroit t'être commode ou incommode. Les opprobres que tu re

cevrais, te donneroient alors

de la joie,

parce que l'amour de Jésus- Christ fait que l'homme se méprise soi-même. Celui qui aime Jésus - Christ , qui cherche la vérité , celui qui est vraie- ment intérieur , libre de toute affection

Celui qui aime Jésus - Christ , qui cherche la vérité , celui qui est vraie-

DE J. Christ. Liv. II. Ch. t. 141 déréglée, n'a rien qui l'empêche de s'u nir à Dieu , de s'élever en esprit au- dessus de soi-même & de jouir d'un parfait repos. - Celui qui estime les choses non selon ce qu'on en dit , ou ce qu'on en pense dans le monde , mais selon ce qu'elles

raient , est véritablement sage , & plus enseigné de Dieu que des hommes. Celui qui est renfermé dans son in terieur & qui considère peu ce qui n'est qu'extérieur , n'a pas besoin de cher-, cher les lieux, ni d'attendre le tems pour exercer son ame dans la piété. L'homme intérieur se recueille par faitement en lui-même , parce qu'il ne se répand jamais tout à fait audehors. Le travail extérieur ne le dissipe pas , ni les occupations de circonstance mais il s'accommode aux choses selon qu'elles se trouvent. Celui qui est bien réglé au dedans , ne prend pas garde à la conduite sur prenante ni aux actions mauvaises des hommes. ,.'

: On n'a: d'occupations ni de distrac

tions que; eelles qu'on s'attire , en se

laissant toucher par les objets , & en t'y attachant. - 8. Si tu étois bien disposé , & que

, en se laissant toucher par les objets , & en t'y attachant. - 8. Si

1.42 De

l' Imitation

ton c ur fut bien purifié , toutes cho ses tourneroient à ton bien & à ton avancement. Mais parce que tu n'es pas encore parfaitement mort à toi-mème,ni séparé de tous les objets terrestres, beaucoup de choses te déplaisent & te troublent. Rien ne captive & ne souille plus le c ur de l'homme que l'amour impur que l'on a pour les créatures. Si tu rejettes les joies & les contentemens qui peuvent venir du dehors, tu pour ras contempler les choses célestes , & ressentir souvent les transports d'une joie spirituelle & divine.

CHAPITRE IL

Dieu ne donne fes biens & fon fecours quaux humbles.

i. Ne te mets pas en peine de savoir

qui est pour toi , ou qui est contre toi.

Prend soin seulement que Dieu soit avec toi en tout ce que tu fais. Aie la conscience pure et bonne, Se Dieu saura bien te défendre ; car toute la malice des hommes ne peut nuire à celui qu'il plait à Dieu de protéger. Si tu sais souffrir & te taire tu verrai certainement le secours du Seigneur.

qu'il plait à Dieu de protéger. Si tu sais souffrir & te taire tu verrai certainement

de J. Christ. Liv. II. Ch. 2. 145 Abandonne -toi à lui, car il sait le tems & la maniere de te délivrer.

C'est Dieu qui aide au besoin ; c'est lui seul qui peut nous délivrer de la

l'opprobre ; mais il nous

est quelquefois utile que l'on connoisse nos imperfections , & qu'on nous re prenne ; afin d'entretenir l'humilité dans notre c ur. 2. Un homme vraiment humilié par la vue de ses propres défauts, appaise facilement les autres, & satisfait sans peine ceux qui se fâchent. Dieu protège l'humble et le délivre ; Dieu aime l'Humble et le console ; Dieu s'abaisse jusqu'à l'humble pour se com muniquer à lui ; Dieu donne une grande grace à l'humble ; il l'élève à la gloire après son abaissement. Dieu revêle ses secrets à l'humble , il l'invite , il le tire doucement à soi. L'humble est en paix au milieu de la confusion et des outrages , parce qu'il est fondé sur Dieu et non sur le monde. Ne pense pas avoir fait aucun profit dans l'école de la vertu , si tu ne t'esti mes le moindre et le plus imparfait de tous.

confusion & de

profit dans l'école de la vertu , si tu ne t'esti mes le moindre et le

144 De

l' Imitation

CHAPITRE III.

Si

tu aime la paix , tu Supporteras tout.

I.

Etablis- toi premièrement dans la

paix de Dieu, alors seulement tu pourras pacifier les autres. Un homme pacifique est plus utile qu'un homme savant. Celui qui se laisse emporter par ses passions tourne même le bien en mal , et croit aisément le mal ; mais l'hom me pacifique interprête et tourne tout en bien. Celui qui aime la paix , n'est point soupçonneux , mais un esprit inquiet et qui n'est jamais content, est tou jours agité de soupçons ; il ne peut de meurer en repos , ni y laisser les autres; il dit souvent ce qu'il devroit passer sous silence ; il omet souvent ce qu'il devroit faire. Il examine quel est le ' devoir des autres , et il néglige le sien. Pour toi , jette premierement la vue sur ta propre conduite, travaille à te corriger, et tu pourras avec plus de droit songer à corriger les autres. %. Tu ne manque pas de donner de

à te corriger, et tu pourras avec plus de droit songer à corriger les autres. %.

belles

de J. Christ. Liv. II. Ch. 3. 14$

belles couleurs à tes actions , ou dç les excuser, et -tu ne veux point rece voir les excuses des autres. Il seroit bien plus juste que tu t'ac cusasses toi-même , et que tu excusasses ton frere.

. Si tu veux que l'on te supporte, il

faut aussi que tu supportes le prochain. Vois donc combien tu es encore éloigné de la vraie chanté & de l'humilité, qui

fait que l'on ne peut avoir de colere & d'indignation que contre soi-même. , Ce n'est pas une grande vertu que de vivre en paix avec ceux qui sont bons & doux ; naturellement on se plait dans la compagnie de ces sorte* de personnes , & chacun vit en paix et en amitié avec ceux qui ont un même sentiment que lui ; mais c'est un effet de la grace de Dieu et la marque d'une ame forte et courageuse de pouvoir ivre en paix avec des gens rudes , méchans, intraitables , et d'une humeur opposée à la nôtre et qui nous contra rient sans cesse.

<- 3. H'v en a qui jouissent de la paix intérieure , & qui sont aussi en paix avec les autres hommes. Il y en a qui . n'ont point de paix ni avec eux-mêmes , ni avec les autre*

G

aussi en paix avec les autres hommes. Il y en a qui . n'ont point de

14-6

De

l' Imitation

qu'ils tourmentent sans cesse , et quî se tourmentent encore plus eux-mêmes. Il y en a enfin qui ayant la paix en eux-mêmes- , cherchent à la porter par tout. Cependant nous devons faire consis ter notre paix tout le tems que nous sommes dans cette misérable vie , plu tôt à souffrir humblement qu'à ne sen

tir aucune peine. Qt i sait le mieux souffrir , jouira de la plus grande paix. Celui qui a cette science , est vainqueur de soi-même , maître du monde , ami de JésUs-Christ,

et héritier' du ciel. ]

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C H A P I T R E

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L' il Jlmple

le emtr pur élèvent jufqu-à Dieu.

i. JUA .simplicité et la pureté sont deux ailes spirituelles qui élèvent l'hom me au, dessus de tous les objets de la

On doit avoir la simplicité dans les intentions, et la pureté dans les affec tions. La simplicité consiste à n'avoir que Dieu seul pour objet, et ta pureté l'embrasse et le goûte. Aucune bonne

La simplicité consiste à n'avoir que Dieu seul pour objet, et ta pureté l'embrasse et le

pe J. Christ. Uv. IL Ch. 41 i4f

adtion ne te sera difficile , si ton inté rieur est dégagé de toute affection dé réglée. Tu jouiras de la liberté intérieure si toutes tes intentions se rapportent à la volonté de Dieu , et à l'utilité du prochain.

c ur étoit droit

devant Dieu, toutes les créatures se- roient comme un miroir y dans lequel .tu pourrois contempler le Créateur et la conduite que tu dois tenir ; elles te serviroient de livre pour y puiser les

enseignemens les plus saints ; car il n'y

En vérité si ton

créature , si petite et si

abjeéle qui ne nous mette devant les yeux la bonté de Dieu. 1. Situ étois bon et pur au de dans tu verrois et comprendrais sans peine

toutes choses , car le c ur pur pénêtre jusques dans le Ciel et dans les enfers. L'on comprend & l'on juge des cho ses du dehors selon qu'on est disposé au dedans. S'il est quelque véritable joie dans

le monde , elle est sans doute pour le

c ur pur; et la vraie misère et le» vrais tounnens sont réservés à la mau vaise conscience. Comme le fer perd sa. rouille au

a point de

G z

misère et le» vrais tounnens sont réservés à la mau vaise conscience. Comme le fer perd

148 De l'Imitati»*

feu & y devient rouge et ardent , ainsi celui qui se convertit entièrement à Dieu , se tire de son engourdissement,

sa stupidité , et il est transformé en

un homme nouveau. 3. Lorsqu'on se relâche et qu'on se ralentit, les moindres peines coûtent; elles effraient, et l'on se tourne volon-

perd

' lontiers du côté des consolations exté rieures. Mais quand on commence à se vain cre tout de bon , et à marcher avec «ourage dans les voies de Dieu, on ne trouve plus de peine , où l'on trouvoit auparavant des difficultés insurmonta- ''biefs. '

CHAPITRE V.

Il faut rentrer en foi-même , & s'occu per entièrement de Dieu.

.

- t.

: 1. Nous ne -devons pas trop nous fier à notre propre jugement, parce que souvent la grace et l'intelligence nous manquent. Nous avons bien peu de lumiere , et le peu que nous en avons, nous le perdons bientôt par notre négligence. Nous sommes souvent si stupides , y

lumiere , et le peu que nous en avons, nous le perdons bientôt par notre négligence.

i»e J. Christ. Liv. IL Ch. 5. 14^ que nous ne sentons pas jusqu'où va l'aveuglement de notre c ur. Souvent nous agissons mal , et nous nous excusons plus mal encore. Nos passions nous font prendre feu et nous emportent, et nous nous ima ginons que c'est le zèle de Dieu. Nous reprenons avec rigueur les pe tites faute» dan* les autres , et nous

passons par dessus les nôtres qui sont beaucoup plus grandes. , Nous sentons vivement et nous pe sons avec exactitude ce que nous avons

à souffrir de la part des autre» ;

mais nous ne considérons pas ce qu'il* ont à souffrir de nous. En vérité si chacun vouloit bien examiner et peser ses actions , il verroit qu'il n'a pas sujet de juger si sévèrement le prochain.

2. L'homme intérieur préfère le soin de son arae à tous les autres soins ; et celui qui est eiact à se considérer Soi- même, n'est guère tenté de parler des autres. On ne vivra jamais de la vie spiri tuelle et intérieure, qu'en se tenant dans le silence sur ce qui regarde les autres , pour s'employer tout entier à réfléchir sur soi-même. Si tu foccupes entièrement de Dieu G 3

regarde les autres , pour s'employer tout entier à réfléchir sur soi-même. Si tu foccupes entièrement

>£o De l' Imitation

et de toi-même , tout ce qui arrive a» dehors te touchera peu. Où es-tu quand tu n'es pas présent à toi même ? Ou'as-tu profité , si ayant parcouru et scruté toutes choses tu as négligé ton propre c ur ? Veux-tu avoir la paix et la vraie union avec Bieu? il faut nécessairement que tu te détaches de tout ce qui est au monde , pour ne jeter les jeux que *ur toi. Si tu veux t'avancer dan* la voie de Dieu , dégage toi de tous soins tem porels ; mais tu reculeras beaucoup , pour peu que tu t'en charges encore. N'estime rien de grand, d'élevé, de beau , d'aimable , que Dieu , ou ce qui est de Dieu. Repute pour vain et inutile tout ce que la créature peut te donner de consolation. L'ame qui aime Dieu , compte pour rien tout ce qui est au-dessous de Dieu. Un Dieu seul éternel , infini , & qui remplit toutes choses , est la consola

tion de

l'ame , & la vraie joie du eceur.

éternel , infini , & qui remplit toutes choses , est la consola tion de l'ame

i -

De J. Cbtrist. Livr. II. Ch. 6. ï% i i

.

C HAPITRE VI.

La joie pure &folide efi dans la conf- cience.

homme de bien ne cherche

de gloire que dans le témoignage d'une

Un

bonne conscience. Aies donc une bonne conscience , & tu auras toujours de la joie. < lia bonne conscience rie trouve rien de rude & de pénible ; les choses les plus fâcheuses redoublent sa joie ; mais piauvaise conscience tremble tou jours, & n'a point de repos. Si ton coeur ne t'accuse de rien , tu jouiras d'un repos très- doux. Ne t« re-» jouis jamais que d'avoir fait du bien.' Le méchant n'a jamais de véritable joie , & ne ressent jamais de paix in-t térieure ; car (a) il n'y a point de paix pour les méchans , dit le Seigneur. Que s'ils disent , nous sommes dans la paix, les maux ne viendront point nous troubler. Et qui seroit assez hardi Î>our entreprendre de nous nuire ? ne

e crois pas , car la colère de Dieu se

lèvera soudain contr'eux tout ce qu'ils,

(a) $f. s 7.

G 4

nous nuire ? ne e crois pas , car la colère de Dieu se lèvera soudain

if2 Dé l' Imitation

ont fait, s'éranouira , & leurs dessein* périront. 2. Il n'est pas difficile à celui dans le c ur duquel (b) l'amour de .Dieu est répandu , de fie glorifier dans les afflic tions ; car se glorifier de la sorte c'est {'c ) fe glorifier dans la croix du Sei gneur. La gloire que les hommes reçoivent & se donnent tour-à-tour passe et s'é vanouit en un moment ; & comme elle est mondaine , la tristesse l'accompa gne toujours. La gloire des vrais chrétiens est dans leur conscience , et non pas dans la bouche des hommes. La joie des justes vient de Dieu ; elle est en Dieu ; ils ne se rejouissent

" *

Celui qui est vraiment touché 'du desir de la gloire éternelle, ne se soucie pas de la temporelle , & celui qui re

cherche cette derniere , ou qui ne la

demeure

méprise pas de tout son c ur ,

convaincu par-là d'aimer peu la gloire

céleste.

que de la vérité.

.

.

'.-

.

.1

1

Celui qui ne se soucie ni de blâme

ni de louange, est dans une grande tranqullitc d'esprit.' j'

(6) Rom.?. v. J.J.

(t) Gai. é. Y. 14.

de blâme ni de louange, est dans une grande tranqullitc d'esprit.' j' (6) Rom.?. v. J.J.

de J. Christ. Livr. II. Ch. 6. 153 3. L'homme dont la conscience est pure , est content en quelque état qu'il soit & demeure paisible quelque traite- tement qu'on lui fasse. Ouand on te loue , tu n'en es pa» plus saint ; & quand on te blâme , tu n'en es pas pire. Tu demeures tel que tu es ; & tu ne peux raisonnablement être estimé plus grand que tu n'es aujugement de Dieu. Si tu considères avec attention ce que tu es intérieurement , tu ne te soucieras guère de ce que les hommes pourront dire de toi (a). Les hommes ne voient que Vapparence ; mais Dieu connaît le fond du c ur. Ceux là ne considèrent que les actions extérieures ; celui - ci pese les plus secrettes intentions. La marque d'une ame vraiment hum ble, est de faire toujours bien , & de s'estimer peu. La marque d'une grande pureté & d'une vraie confiance en Dieu est, de ne point chercher de consolation dans les créatures. 4. Celui qui ne cherche point de té moignage des hommes, fait paroître qw?U s'est entièrement donné à Dieu. C») 1. Sara. 16. v. 7.

G 5

point de té moignage des hommes, fait paroître qw?U s'est entièrement donné à Dieu. C») 1.

154 De l* Imitation.-

(b) Ce ritfi pas celui quife recommande

foi-même , & qui se rend bon témoigna ge , qui eji approuvé ; mais c'efi celui que Dieu recommande & approuve , dit St. PauL Marcher avec I>ieu dan» l'intérieur de son ame , & n'être attaché à aucune de» choses du dehors , c'est le véritable état de l'homme intérieur.

CHAPITRE Vil.

Il faut aimer Jéfus-Chrijl lui Jiul & fur toutes chofes-

j. Heureux celui qui comprend bien ce que c'est que d'aimer Jesus , & de se mépriser soi-même à cause de lui L Cet ami ne veut point de partage, il

veut qu'on renonce à tout ce qui nous est cher pour lui , il veut être aimé unique ment & par dessus tout- L'amour de la créature est trompeur

k sujet au changement ^l'amour de Jésus

est fidèle & durable. Celui qui est atta ché aux créatures tombera avec elles, celui qui embrasseJésus demeurera avec lui toujours ferme & inébranlable. Àimes-le; fais t'en un ami , tu seras

(£>) a. Coi. 10. t. iJ,

avec lui toujours ferme & inébranlable. Àimes-le; fais t'en un ami , tu seras (£>) a.

m J. Christ. Liv. II. Ch. 8. i£$

sûr qu'à tes dernieres heures , quand tu seras abandonné du monde & de tous ses objets , il te tiendra compagnie , & ne permettra pas que tu périsses. Bon gré , malgré , il faudra qu'un jour tu sois séparé de toutes les choses du monde.

2. Tiens-toi attaché à Jésus en ta vie

& à la mort; laisses-toi conduire à ce

fidèle ami , qui seul peut te secourir quand tou« les autres tequitteront. Mais, je le répête , cet ami est tel , qu'il ne peut souffrir de rival. Il veut seul posséder tout ton cceur T

& y être assis comme un Roi sur son propre trône. Si tu pouvois te tenir vide de toutes les créatures , Jésua viendroit en toi se substituer à elles. Compte pour perdu tout ce que tu donne aux hommes , & aux créatures si Jésus-Chriat n'en est pas l'objet. Ne te confie point , ne t'appuye poi nt çur un roseau sujet aux secousses & à l'inconstance des vents ; car ( a ) toute cbair ejl comme l'herbe, & toutefa gloire tombe comme lafleur <kfherbe.

3. Si tu n'as égard qu'à l'apparence

& à l'extérieur des hommes , tu sera»

(û) Efaic 40. v. 6.

G ê

Si tu n'as égard qu'à l'apparence & à l'extérieur des hommes , tu sera» (û) Efaic

156 De l'Imitati.o n bientôt trompé ; car les consolations & les avantages que tu auras cru trouvev en eux , te deviendront très-funestes. Si dans toutes tes démarches tu cher ches Jésus, tu le trouveras par-tout. Si tu te cherches toi-même ,tu te trouveras aussi toi-même , mais à ta condamna tion & à ta perte. Car l'homme qui ne cherche pas son Sauveur en toutes choses, se fait plus de mal que tout le monde & que tous ses en nemis ne pourroient jamais lui en faire.

; , j

C H A P I T R E

VIII.

Aime tout pour Jéfus , &f Jéfus pour lui- même.

1 . Jjésus est-il présent ? tout va bien , & rien ne semble difficile, mais lorsqu'il est absent , tout est triste & tout est affli geant. Lorsque Jésus ne parle pas dans l'in térieur, toute consolation qui ne vient pas de lui est de peu d'importance mais lors qu'il prononce une seule pa role, on est divinement consolé. s.V^ "Voyez comment Marie Madelaine se- leve du lieu où elle pleuroit ; aussitôt que Marthe lui dit , (a) le Maître ejl ici y & il t'appelle. (a) itm 11. v. 28.

où elle pleuroit ; aussitôt que Marthe lui dit , (a) le Maître ejl ici y

i>e J. Christ. Liv. II. Cbap. 8. 157

Heureux le tems auquel Jésus appelle d'un état qui fait verser des pleurs, à la joie de l'esprit! Oue tu es sec & sans vie si Jésus n'est en toil :

, Oue tu es fou & vain si tu cherches

quelque autre chose que lui. Ne perds-tu pas davantage , en agis»- sant ainsi , que si tu perdois tout le monde ? 2. Si tu n'as point Jésus , quels avan tages te peut procurer tout l'univers? ' Etre séparé de Jésus c'est un enfer j être avec Jésus c'est un parad i. Si Jésus est avec toi , nul ennemi ne te pourra nuire. - .Celui qui a trouvé Jésus , a trouvé le seul vrai trésor, & le bien au-dessus de tout bien ; mais celui qui le perd , fait une perte indicible ; il perd plus que s'il perdoit tout le monde.

Celui qui vit sans Jésus est très-pau vre ; celui qui est uni à Jésus est le plus riche de tous. .3. La plus grande de toutes les scien

ces , est de savoir s'entretenir

Jésus ; & la souveraine prudence con siste à le savoir retenir en soi. , Sois humble & pacifique , tranquille & pieux -, & iL demeurera toujours avec*

avec

le savoir retenir en soi. , Sois humble & pacifique , tranquille & pieux -, &

158 De l' Imitation

toi. Dès que tu veux t'évaporer à qui cé qui est hors de toi , tu éloignes Jésus , & tu perdras bientôt sa grace , & si tu veux ainsi le chasser & le perdre , vers qui prendras-tu ton refuge , & quel autre ami trouveras-tu ? Sans ami tu ne saurais vivre heureux ;