Vous êtes sur la page 1sur 14

L’intégralité du rapport de Soumeylou Boubèye Maïga en réponse aux accusations du

Végal

Dans un rapport de 22 pages intitulé : Observations de Soumeylou Boubèye Maïga sur


le Rapport Provisoire du Bureau du Vérificateur Général (BVG) relatif à la vérification
de conformité et de performance de l’acquisition d’un aéronef et fournitures aux
Forces Armées Maliennes de matériels d’habillement, de couchage, de campement et
d’alimentation (HCCA), ainsi que de véhicules et de pièces de rechange, l’ancien
ministre de la Défense et des Anciens combattants est sans équivoque : les
accusations de surfacturations du Végal ne sont fondées sur aucune preuve. Nous
vous proposons ici le rapport en question.
Observations de Monsieur Soumeylou Boubèye MAÏGA Ancien Ministre de la Défense
et des Anciens Combattants sur le rapport provisoire du Bureau du Vérificateur
Général (BVG) relatif à la vérification de conformité et de performance de l’acquisition
d’un aéronef et fournitures aux Forces Armées Maliennes de matériels d’habillement,
de couchage, de campement et d’alimentation (HCCA), ainsi que de véhicules et de
pièces de rechange
Le rapport provisoire du BVG relatif à l’objet susmentionné, relève un certain nombre de
points de non-conformité de son point de vue portant essentiellement sur :
· L’utilisation et le contenu de l’Article 8 du code des Marchés Publics au Mali ;
· Le choix de l’intermédiaire dans les acquisitions en vue ;
· Les modalités de Financement du Marché.
Les observations formulées ici portent sur chacun des points de non-conformité indiqués
dans le rapport y compris les détails qui y sont liés.
Toutefois, compte tenu du secret qui doit entourer les affaires militaires, je m’en tiendrai à la
réserve qui s’impose sur tout ce qui en relève.
CONTEXTE
Il paraît nécessaire de rappeler le contexte dans lequel la convention entre le MDAC et
GUO-Star a été élaborée et exécuté.
A l’entrée en fonction de notre Gouvernement en septembre 2013, la situation des Famas se
résumait comme suit :
· Un profond traumatisme et une crise de confiance, y compris dans la relation avec le
reste de la nation, consécutifs à la défaite et à l’humiliation subies dans les régions
du Nord ainsi qu’aux évènements liés au putsch du 22 mars 2012.
· Un engagement dans les opérations militaires pour consolider la reconquête des
régions du Nord, y combattre les forces terroristes et séparatistes, protéger les
populations, sécuriser le redéploiement de l’administration et s’intégrer dans des
opérations conjointes avec nos partenaires régionaux et internationaux.
· La taille et les exigences du théâtre d’opération ont été démultipliées à partir de
janvier 2013, passant d’une ligne d’environ 300 km Kona-Diabali où les FAMAS
avaient essentiellement une mission statique de « garde-frontières » à un théâtre
couvrant l’ensemble des 3 régions du Nord, toutes les villes comprises entre Kona et
Tessalit d’une part et celles comprises entre Diabali et Kidal d’autre part ainsi que le
secteur de Nara (cf. le décret créant l’opération Maliba)
· Le niveau de l’équipement de nos forces était notoirement insuffisant et inadéquat (le
ratio en armement individuel tournait autour de 45% dans le Nord, c’est à dire en
zone opérationnelle, et de 20% dans le reste du pays).
· Les conditions de vie et de travail des militaires étaient globalement infrahumaines en
matière d’habillement (les dernières dotations en tenue remontaient à deux voire trois
ans pour certains), de couchage et d’alimentation.
De plus, les déserteurs qui ont rejoint les rangs adverses continuent de porter leurs
uniformes des FAMAS dans les actions contre celles-ci ou dans les actions et
violences perpétrées contre les populations.
· Certains de nos partenaires ne sont pas favorables à un équipement renforcé de nos
Forces Armées.
· Des ressources financières insuffisantes en dépit des efforts consentis par l’Etat
depuis début 2012.
Faire la guerre, reconstruire les capacités opérationnelles et œuvrer à la réhabilitation
et au réarmement moral des FAMAS, telles étaient les tâches qu’il fallait mener
simultanément et dans l’urgence afin de garantir l’intégrité du territoire, la
souveraineté de l’Etat, la sécurité des populations et la stabilité des nouvelles
Institutions issues des élections de 2013.
Tous ces éléments nous ont conduit à :
· Trouver les voies et moyens pour relever le niveau d’équipement des FAMAS par le
biais des dispositions réglementaires existant, notamment l’article 8 du Code des
Marchés Publics garantissant les exigences de secret, de diligence et des modalités
convenables en cette période de crise ;
· Faire face aux besoins croissants des opérations dans l’environnement spécifique qui
est le nôtre en en surmontant les contraintes financières par des accords de
paiements pluri annuels adossés aux ressources prévisibles de l'Etat.
Ces options ont été confortées par le mandat donné le 5 novembre 2013 par le Président
de la République , Chef Suprême des Armées, à un intermédiaire qui était disposé à
mobiliser le financement nécessaire à l’acquisition de nos besoins et procéder au
règlement des fournisseurs à la livraison , tout en acceptant, sur la base d’une
convention, d’être payé sur une durée de deux ans avec un différé d’un an.
Pour ce qui concerne l'aéronef, c'est une expertise qui a conclu à la vétusté et au peu de
fiabilité de l'ancien appareil présidentiel, contribuant ainsi à renforcer la décision et le
choix du Gouvernement à acquérir un nouvel appareil.
I. De la légalité de la Vérification :
1.1 La vérification d’informations relevant du Secret Défense.
La Loi n° 2012-009 du 08 février 2012 instituant le Vérificateur Général lui oppose le
« secret-défense » dans le cadre de ses missions quand il dit à son article 15 que «
Dans l'accomplissement de leur mission, à l'exclusion du secret de défense, aucun
secret professionnel ne peut être opposé aux vérificateurs… ».
Or, il a accepté la mission de vérification de l’acquisition d’un aéronef et fournitures aux
forces armées Maliennes de matériel d’habillement, de couchage, de campement et
d’alimentation (HCCA), ainsi que de véhicules et de pièces de rechange.
Des opérations que la législation nationale considère comme relevant du secret-défense.
Ainsi, une limite objective se trouve être posée aux missions du Vérificateur, les transactions
effectuées sous le statut du secret-défense étant exclues de son champs d’investigations, en
ce qu'il ne peut pas et ne doit pas avoir accès aux informations y ayant trait.
A cet égard, pour mieux clarifier l’interprétation de l’application de l’article 8 du CMP, le
Vérificateur Général aurait dû, avant d'entamer ses investigations, consulter la Cour
Suprême ou tout autre organisme pour interprétation et clarification aux fins de savoir s'il
pouvait mener la mission sur des opérations que la législation nationale considère comme
exclues.
En effet, l’article 8 du Décret n °08-485/P-RM du 11 août 2008 portant procédures de
passation, d'exécution et de règlement des marchés publics et des délégations de service du
Code des Marchés Publics dispose « le présent décret ne s’applique pas aux marchés de
travaux, de fournitures et de services, lorsqu’ils concernent les besoins de défense et de
sécurité nationales exigeant le secret et pour lesquels la protection des intérêts essentiels de
l’Etat est incompatible avec des mesures de publicité».
Cette disposition est une reprise de l'article 9 de la Directive n° 04/2005/CM/UEMOA du 09
décembre 2005 portant procédures de passation, d’exécution et de règlement des marches
publics et des délégations de service public dans l’Union Economique et Monétaire Ouest
Africaine qui dit que :
« La présente Directive ne s’applique pas aux marchés de travaux, de fournitures et
de services, lorsqu’ils concernent des besoins de défense et de sécurité nationales
exigeant le secret ou pour lesquels la protection des intérêts essentiels de l’Etat est
incompatible avec des mesures de publicité».
Comme le Décret n °08-485/P-RM du 11 août 2008 portant procédures de passation,
d'exécution et de règlement des marchés publics et des délégations de service, la Directive
ne définit pas le secret-défense. Toute chose qui n'est pas leur vocation.
Ainsi, pour ce faire, il est fait et doit être fait recours à la définition donnée par la législation
nationale, s'il en existe.
La définition du Secret-Défense au Mali ressort de l’article 36 de la Loi n°01-079 du 20
aout 2001 portant du Code Pénal qui dispose que :
«Seront réputés secrets de la défense nationale pour l’application du présent Code :
1. Les renseignements d'ordre militaire, diplomatique, économique ou industriel qui,
par leur nature, ne doivent être connus que des personnes qualifiées pour les détenir,
et doivent, dans l'intérêt de la défense nationale, être tenus secrets à l'égard de toute
autre personne ;
1. Les objets, matériels, écrits, dessins, plans, cartes, photographies ou autres
reproductions, et tous autres documents quelconques qui, par leur nature, ne
doivent être connus que des personnes qualifiées pour les manier ou les
détenir, et doivent être tenus secrets à l'égard de toute autre personne, pouvant
conduire à la découverte de renseignements appartenant à l'une des catégories
visées à l'alinéa précédent ;
1. Les informations militaires de toute nature, non rendues publiques par le
gouvernement et non comprises dans les énumérations ci-dessus, dont, la
publication, la diffusion, la divulgation ou la reproduction aura été interdite par une loi
ou par un décret pris en Conseil des ministres ;
2. Les renseignements relatifs soit aux mesures prises pour découvrir et arrêter les
auteurs et les complices de crimes ou de délits contre la sûreté de l'Etat».
A la lumière de ces deux textes (article 8 du Décret n °08-485/P-RM du 11 août 2008 portant
Code des Marchés Publics et de l’article 36 de la Loi n°01-079 du 20 aout 2001 portant Code
Pénal), et au regard de la situation militaire et sécuritaire de notre pays qu’aucun citoyen
n’ignore, les acquisitions faites par le MDAC, sous l’article 8 relèvent du secret-défense et
sont hors du champ de compétence du Vérificateur Général.
1.2 De l’interprétation de l’article 8 du CMP par le Vérificateur Général
L’article 8 du CMP dispose : « Le présent décret ne s'applique pas aux marchés de
travaux, de fournitures et de services, lorsqu'ils concernent des besoins de défense et
de sécurité nationales exigeant le secret ou pour lesquels la protection des intérêts
essentiels de l'Etat est incompatible avec des mesures de publicité. »
Une lecture même rapide des textes en vigueur aurait permis au Vérificateur Général de
comprendre que l’article 8 est relatif aux exclusions du champ d’application du Code des
Marchés publics et non l’inverse comme indiqué dans le rapport au point 23. Je cite « Le
vide juridique ne peut aucunement constituer une source législative ou réglementaire. Tout
recours aux dispositions de l’article 8, en l’absence de dispositions spécifiques est illégal…le
recours à l’article 8 du CMP ne déroge pas à l’application des autres dispositions régissant
les Finances Publiques ».
Il faut noter ici que le vérificateur omet subtilement de dire « tout recours à l’article 8 ne
déroge pas à l’application des autres dispositions régissant le Code des Marchés Publics.»
A la place, le Vérificateur Général s’est livré à une démarche spécieuse. Par exemple, je cite
paragraphe 22 « a l’analyse, l’équipe de vérification retient que les termes de l’article 8,
constituent une disposition qui indique des marchés qui, bien que remplissant les conditions
juridiques de définition d’un marché public, sont exclus du champ d’application du CMP ;
exclusions légalement justifiées par la spécificité des domaines et des situations concernées.
L’exigence de secret qui justifie cette exclusion concerne uniquement la protection du secret
ainsi que des informations ou des intérêts relatifs à la défense nationale, la sécurité publique
ou la sûreté de l’Etat… »
A partir de là, le Vérificateur se lance dans l’interprétation de l’article 8 sans se référer à un
seul texte national ou international pour corroborer ses dires.
La démarche du Vérificateur Général, laisse pour le moins perplexe quand il écrit et je cite :
« en l’absence de textes législatifs et/réglementaire complétant les exclusions de l’article 8
du CMP par des dispositions spécifiques qui citent et traitent des contrats de marchés de la
défense et sécurité nationales exigeant le secret, l’équipe de vérification EST EN DROIT de
construire et fonder ses travaux sur la base des dispositions du CMP »
Cette interprétation à laquelle a procédé le Vérificateur Général ne peut pas prospérer pour
la raison que le Vérificateur n’a pas qualité pour faire quelque interprétation que ce soit.
En outre, cette interprétation n’a, comme ci-dessus indiqué, aucun fondement juridique. Elle
ne repose en tout cas pas sur le CMP et le Code pénal, seuls cadres d’interprétation.
Enfin, les dispositions interprétées sont plus que claires dans leur libellées et ne nécessitent
aucune interprétation car disant que ce code « ne s'applique pas aux marchés de travaux,
de fournitures et de services, lorsqu'ils concernent des besoins de défense et de
sécurité nationales exigeant le secret ou pour lesquels la protection des intérêts
essentiels de l'Etat est incompatible avec des mesures de publicité. »
On y lit que lorsque les marchés 1) concernent des besoins de défense et de sécurité
nationales 2) exigeant le secret ou pour lesquels la protection des intérêts essentiels de l'Etat
est incompatible avec des mesures de publicité ils ne sont pas assujettis aux dispositions du
Code des Marchés Publics.
Il est constant et incontestable que les acquisitions en question ont été faites pour des
besoins de défense et de sécurité nationale et exigeaient le secret et pour lesquelles il ne
pouvait être question de publicité.
En ayant conclu en l'absence de textes législatifs et réglementaires complétant les
exclusions de l'article 8 du CMP qui citent et traitent des contrats de marchés de la défense
et de sécurité nationale exigeant le secret, l'équipe de vérification n'était pas en droit comme
elle l'a dit de construire et fonder ses travaux sur la base des dispositions du CMP dès lors
que les marchés en question, en raison du secret qui les entoure, sont exclus par le même
CMP de son champ d'application.
On ne peut pas appliquer un texte à une situation ou un fait que le texte lui-même
exclu de son champ.
Dans ces conditions, je me demande comment le Vérificateur Général, qui est
supposé vérifier que la Loi est appliquée en toute impartialité, puisse porter des
accusations sans se référer lui-même à des dispositions existantes et en s’appuyant
sur des hypothèses qui n’existent dans aucun texte de Loi ou décret ?
Du reste, le Vérificateur Général aurait dû, au regard des champs d’exclusions fixés par le
CMP, compléter sa démarche de référence légale en se reportant aux textes définissant ledit
champ d’exclusion, à savoir l'article 36 de la Loi n°01-079 du 20 aout 2001 qui traite du
secret défense et de ce qu'il couvre.
Il est constant que les dispositions de cet article couvrent les contrats concernés en ce
qu'elles font cas de «objets, matériels .... appartenant à l'ordre militaire....».
En conséquence, au regard de l'article 8 du CMP et surtout de l'Article 36 du Code pénal,
l’équipe de vérification, quand bien même elle n'était pas fondée à connaitre des marchés en
question en raison de leur caractère de secret défense, N'ETAIT PAS EN DROIT de
construire et fonder ses travaux sur la base des dispositions du seul Code des Marchés
Publics.
Cela ayant manqué, les conclusions issues de tels travaux, fondés sur une analyse partielle
et parcellaire, sont condamnées à ne pas être objectives et à ne pas respecter les termes et
champs qu’ils sont supposés recouvrir.
Ainsi, le Vérificateur Général a décidé librement et sans base légale de procéder à un
jugement sur la base d’hypothèses théoriques sans fondement juridique, alors qu’il doit
effectuer ses vérifications en toute impartialité et en toute objectivité, et rien que sur la base
des textes législatifs et réglementaires.
Aussi, le vérificateur procède par tri au choix des articles du code des marchés publics à
appliquer sans fondement juridique. Sinon, comment comprendre et expliquer l’exclusion de
l’article 8 et, au même moment, une préférence pour d’autres articles du même code.
Cela dénote que le vérificateur n’a pas mis en œuvre toutes les diligences aux fins de
l’interprétation de l’article 8 du CMP. Par exemple, consulter la Cour Suprême.
Cependant, la démarche du Vérificateur démontre à suffisance qu'il considère, sans pour
autant l'affirmer, que les marchés en question sont exclus du champ d'application du Code
des marchés Publics.
Si tel n'était pas le cas, au regard du montant des marchés qui dépassent de loin les seuils
de passation des marchés fixés à l'article 9 du CMP, il aurait fait des constats sur non
respect des procédures de passation prévues aux articles 42 et suivants et 49 du CMP
(appels d'offre et entente directe) dont les modalités et conditions sont pourtant bien définies
par le CMP.
Or, seuls les marchés prévus à l'article 8, exclus du champ d'application du CMP,
n'obéissent pas aux procédures en question.
Ainsi, en considérant que les marchés en question ne sont pas assujetties aux procédures
évoquées, notamment celles de l'entente directe, le Vérificateur admet implicitement qu'ils ne
se situent pas par conséquent dans le champ d'application du CMP.
1.3 De la partialité et du non respect des normes juridiques nationales
Tantôt le Vérificateur Général exclut l’application de l’article 8 du CMP aux deux
acquisitions objet de son rapport, au motif de l’absence de textes, définissant la
notion de « secret défense » (alors que son champ est bien défini par l’article 36
du CP), tantôt il rejette la Loi parce qu’elle serait à ses yeux trop explicite sur la
définition du « secret-défense »
Le Vérificateur Général a procédé sur la base de démonstration d’hypothèses non fondées
tout en triant les textes en la matière, les uns après les autres, notamment en rejetant toute
définition du secret défense comme dans la deuxième partie du paragraphe 22, « Les
domaines couverts par le secret de la défense nationale prévus à l’article 36 de la Loi n°01-
079 du 20 aout 2001 portant code pénal sont IMMENSES, d’où le risque de procéder à une
application EXTENSIBLE de l’article 8 du CMP… »,
La loi ne reconnait pas au Vérificateur Général le pouvoir d'interpréter ou commenter la loi
quelque puisse être le risque que son application pourra éventuellement occasionner.
Il doit l'appliquer telle qu’elle a été formulée.
A cet égard, il convient de rappeler que l’Article 6 de la Loi n°2012-009 du 08 février 2012
énonce « Le Vérificateur Général est tenu dans l'exercice de ses fonctions au respect des
normes juridiques nationales et internationales garantissant l'objectivité et l'impartialité des
contrôles et vérifications sous peine d'engager sa responsabilité. »
Cette interprétation de la Loi par le Vérificateur pour servir la mise en accusation traduit une
profonde altération de l’objectivité et de l’impartialité dans le déroulé de la mission de
Contrôle et de Vérification.
L’article 36 de la Loi n°01-079 du 20 aout 2001 portant code pénal qu'il a lui même cité est
pourtant très clair, très précis et très exhaustif.
De ces dispositions, ressort nettement ce qui est réputé secret de la défense nationale,
cadre dans lequel on peut ainsi citer :
1) tout renseignement d'ordre militaire, qui, par sa nature, ne doit être connu que des
personnes qualifiées pour le détenir, et doit, dans l'intérêt de la défense nationale, être tenu
secret à l'égard de toute autre personne,
2) les informations militaires de toute nature et
3) tous les objets, matériels appartenant à l'ordre militaire qui, par leur nature, ne
doivent être connus que des personnes qualifiées pour les manier ou les détenir, et
doivent être tenus secrets à l'égard de toute autre personne, pouvant conduire à la
découverte de renseignements.
Ainsi, contrairement à ce qui est affirmé dans le rapport, les domaines couverts par le secret
de la défense nationale ne sont aucunement IMMENSES car nommément, exhaustivement
mais limitativement cités.
Ainsi, il n'existe aucun risque d'application EXTENSIBLE de l’article 8 du CMP en raison
surtout des limites posées par l’énumération faite par l’article 36 du Code pénal.
Pour preuve qu’une application extensible ne peut pas être faite, nul ne songera à mettre
sous le couvert du secret-défense les marchés de l’éducation nationale, de la santé, des
finances ou de l’agriculture et bien d’autres qui ne ressortent pas de l’article 36 du Code
pénal.
I. Le Vérificateur Général fait état d'un montant important de surfacturation sans
preuve
Le rapport indique des surfacturations de FCFA 29 311 069 068 sur la fourniture de matériel
HCCA, de véhicule et pièces de rechange uniquement en procédant par une simple
soustraction entre des factures proformas des fabricants et les factures définitives du
fournisseur détenteur du marché.
Il importe en premier lieu de souligner qu’au Mali, il n’existe pas une mercuriale des prix pour
ce qui est des matériels et équipements militaires. Autrement dit, aucun texte législatif ou
règlementaire n’impose des prix, plancher et plafond, à pratiquer en matière de fourniture
des matériels et équipements militaires.
Dès lors, en l’absence d’un tel référentiel, on ne saurait conclure à une surfacturation, d’une
part, et, de l’autre, les fournisseurs sont libres de pratiquer les prix qu’ils veulent ou qu’ils
peuvent.
Les factures proformas auxquelles le Vérificateur fait allusion sont partie intégrante du
protocole d’accord, ce qui démontre qu’il n’y a aucune intention de dissimuler des
informations quant-à-la détermination des prix des fabricants et ceux du fournisseur.
Il convient de préciser que le Protocole d’Accord a été signé avec le fournisseur et
non avec les fabricants.
En conséquence, il n’est pas logique de procéder à une comparaison entre les
factures des Fabricants et celles du Fournisseur.
Les prix usine et les prix livraison ne sont les mêmes nulle part et sur aucun produit,
même si c’est le fabricant qui livre.
A ce propos, il y avait lieu pour l’équipe de vérification de prendre en compte toute
l’information disponible et de constater que les paiements en question ne sont pas effectués
à vue, notamment parce que :
· Si le fabricant est réglé au comptant, le fournisseur quant à lui assume toutes
les charges liées à la mobilisation immédiate des ressources nécessaires au
paiement du fabricant.
· Le protocole prévoyait un paiement étalé sur trois ans. A charge pour le
fournisseur de s’endetter à ses frais sur la durée de règlement.
· Le règlement du fournisseur devant être effectués sur TROIS (3) ANS dont UN
(1) AN DE DIFFERE, il lui fallait intégrer à son prix de vente les frais financiers,
les frais d’assurance et autres charges qu’il avait à supporter du fait des
conditions de règlement conclues avec lui.
Le Vérificateur Général n’indique aucunement dans ses travaux, le RAPPROCHEMENT
entre les factures, les bordereaux de prix unitaires, le montant inscrit au protocole ou
les bons de commandes.
De plus, le Vérificateur Général n’émet pas de preuves relatives à une circularisation
des fournisseurs pour justifier qu’il s’agit réellement de surfacturation.
Il n’est également fait aucune référence à un entretien avec le fournisseur pour expliquer ces
écarts.
Un écart peut, il est vrai, être constaté, mais il devait obligatoirement être l’objet
d’investigations sérieuses par le Vérificateur Général, avant de conclure à une éventuelle
surfacturation.
Cette façon d’accuser à tort démontre une défaillance notoire du respect par le Vérificateur
Général de son obligation de moyens dans la mise en œuvre de ses investigations.
L’annexe 9 du rapport de vérification indique la liste des personnes rencontrées par la
mission. Il est surprenant de constater qu’il n’y a aucune mention faite d’une rencontre avec
le fournisseur des équipements militaires, de l’aéronef et de tous les intermédiaires dans les
deux acquisitions objet du rapport provisoire
L’équipe de vérification a t-elle la connaissance et l’expertise suffisante pour mener
une mission de conformité dans le cadre de l’acquisition de l’aéronef et des
équipements militaires ?
L’article 23 de la Loi n°2012-009 du 08 février 2012 instituant le Vérificateur Général énonce
le recours à des Experts dans le cadre de ses missions, or, la composition de l’équipe de
vérification n’indique pas la présence d’experts en passation de marché publics, en finances
publiques, en commerce international ainsi que dans le domaine de l’aéronautique.
Or, dans le cadre du financement de l’opération d’acquisition des biens objet de la
vérification, le Mali a fait recours à un concours financier pour effectuer le paiement. Il
apparait, dans les travaux du Vérificateur que les frais de mise en place d’une telle opération
n’ont pas été évalués et analysés par le Vérificateur Général dans son rapport.
En conséquence, il est constaté que l’équipe de vérification ne dispose pas des
connaissances et de l’expertise nécessaire pour mener une telle mission. En effet, certains
documents importants n’ont pu être exploités par le Vérificateur au motif qu’ils sont libellés
en Anglais. Les acquisitions faisant l’objet de la vérification sont de dimension nationale et
internationale avec une multitude d’intervenants.
Le Vérificateur Général n’a pas tenu compte de l’impact des limites rencontrées par la
mission dans la formulation de ses constatations.
Le Vérificateur Général n’a mis aucun de ses constats au conditionnel malgré le fait d’avoir
travaillé sur des documents scannés et de son incapacité à comprendre le contenu de
certains documents rédigés en Anglais.
III. COMMENTAIRES AUX CONSTATS DANS LE RAPPORT :
3.1 Le MDAC et le MEF font une interprétation erronée et une application inappropriée
de la disposition réglementaire relative à l’exclusion de certaines commandes
publiques du champ d’application du CMP.
Le rapport provisoire lui-même fait cas des indications de l’article 9 de la directive n°
04/2005/CM/UEMOA du 09 Décembre 2005 portant procédures de passation, d’exécution et
de règlement des marchés de délégation de service public dans l’Union Economique.
Il souligne aussi les exclusions légalement justifiées par la spécificité du domaine et
des situations concernées, lesquelles exclusions sont prévues par l’article 8 du code des
Marches Publics et portent sur le fait que la procédure classique des marchés publics ne
s’applique pas aux marchés des fournitures, travaux et de services lorsqu’ils concernent des
besoins de défense et de sécurité Nationale exigeant le secret ou pour lesquels la protection
des intérêts essentiels de l’Etat est incompatible avec les mesures de publicité.
Le champ d’application de cette mesure utilisée d’ailleurs depuis 2012 et s’appliquant
essentiellement aux marchés financés dans le cadre des opérations de stabilisation des
régions du Nord est totalement approprié pour garantir d’une part les exigences de secret
devant couvrir les besoins en la matière mais aussi de façon plus pressante les
impératifs liés aux contraintes de livraison et des caractéristiques pour doter une
armée en guerre comme celle du Mali.
En l’absence de spécifications d’ordre légal ou réglementaire se rapportant aux
marchés exclus par l’article 8, il apparait infondé que le Vérificateur veuille faire
appliquer des dispositions non prévues de façon légale pour cette catégorie de
marchés.
Par ailleurs, le Vérificateur Général se contente d’interpréter l’avis de la Direction Générale
des Marchés Publics (DGMP), structure habilitée à donner son avis sur l’application des
dispositions du CMP en ces termes « la mission a constaté que saisie par le Ministère de
l’Economie et des Finances pour donner un avis juridique sur l’application justifiée de l’article
8 du CMP dans le cadre de la passation des deux marchés ci-dessus cités, la DGMP s’est
prononcée dans un style aussi nuancé qu’imprécis et sans aucune référence juridique pour
une possible utilisation de l’article 8 du CMP. ».
En fait, le Vérificateur Général remet subtilement en cause l’avis favorable de la DGMP à
l’exécution desdits marchés suivant l’article 8 du CMP sans fournir l’avis de la DGMP à ce
propos.
De cette manière, le Vérificateur Général interprète ledit avis mais sans y faire aucune
référence. Ce qui démontre une fois de plus que le jugement du Vérificateur Général est
partial, non objectif et inscrit uniquement dans la posture de jugement de valeur adossé à
des informations biaisées.
3.2 Le MDAC a effectué les deux acquisitions en l’absence de toute expression de
besoins préalablement et formellement définie.
Ce constat qui est fondé sur les dispositions du Code des Marchés Publics est inopérant
d'autant plus que les marchés concernés sont exclus du champ d'application du Code des
Marchés publics.
Toujours est-il que les acquisitions s’inscrivent dans le cadre de la mise en œuvre d’une
politique de renforcement des capacités des forces armées maliennes. Le Vérificateur
Général s’inscrit quant à lui dans un cadre courant voire banal d’exécution de dépense et ne
tient pas compte du caractère stratégique et politique de la dépense. Aussi, les équipements
font partie des besoins réels de l’armée exprimés à travers toute la chaine de
commandement et s’inscrivent dans les projections effectuées à l’occasion de différents
travaux au sein du Département.
Il est important de rappeler que c’est à partir du début 2012 que des ressources sur les
charges communes ont été allouées pour faire face aux besoins opérationnels de l’armée.
La mise en œuvre de l’exécution des dépenses afférentes à ces ressources a fait l’objet de
modélisation.
Ces réflexions et interactions ont abouti à l’adoption d’un modèle consensuel entre structures
de la chaine du circuit et dont la matérialité se présente sous forme de contrat militaire
faisant l'objet de visa et d’approbations de toutes les autorités intervenant dans le circuit.
Cette appellation spécifique aux contrats de l’armée a le double mérite de consacrer le
caractère particulier de ce modèle de contrat et aussi de le couvrir du sceau de la
confidentialité et de l’urgence relativement au domaine ou il s’applique.
Les dispositions de la Loi n°04-051 du 23 novembre 2004 imposent au Ministre en charge
des Forces Armées une obligation de moyens à l’égard de nos forces, à fortiori en situation
de guerre.
Prétendre que le MDAC ignore les besoins de l’Armée, en particulier après deux ans
d’opérations, est une affirmation totalement gratuite et reflète l’ignorance du Vérificateur
quant au fonctionnement du Département.
Pendant tout mon mandat, j’ai été dépositaire et informé au quotidien des besoins des
FAMAS non seulement sur le théâtre d’opération Maliba mais aussi au niveau de toutes les
entités à travers le pays.
Par exemple, pour chaque GTIA formé, il faut une centaine de véhicule. Il faut savoir que
nous avions à former et équiper huit (8) GTIA et que ces entités concernent seulement 35 à
40% de nos effectifs.
3.3 Le MDAC ne s’est pas assuré de l’existence de crédits budgétaires avant le
lancement des deux acquisitions.
Ce constat qui est fondé sur les dispositions du Code des Marchés Publics est inopérant
d'autant plus que les marchés concernés sont exclus du champ d'application du Code des
Marchés publics.
Nonobstant cet état de fait, nous renvoyons le Vérificateur Général à l’article 4 de la directive
05-97 CM UEMOA relative aux Lois des finances mise en vigueur le 01 janvier 1998 qui
stipule en son aliéna 5 « Seules les Lois des finances dites rectificatives peuvent, en cours
d’année, modifier les dispositions de la Loi des finances de l’année. »
De plus, le Vérificateur ne fait pas mention du mécanisme réglementaire dévolu au Ministre
des Finances d’autoriser des payements pluriannuels dans la prise en charge de certaines
catégories de dépenses. Pour le cas de l’acquisition de l’avion, un collectif budgétaire a déjà
consacré la prise en charge de la dite dépense. Et en ce qui concerne le second contrat, il
est explicitement indiqué dans les clauses que les payements y afférents seront effectués en
2015 et 2016. De ce fait, nous ne voyons pas le bien fondé du Vérificateur General à arguer
qu’il y a là des dépenses extra budgétaires .Cf. La Lettre confidentielle du Ministre des
Finances (date).
A ce niveau, il y’a lieu de préciser que la garantie de 100 milliards constituée par le Ministre
des Finances répondait à l’exigence d’adosser les dépenses publiques sur des ressources
publiques prévisibles et prévues pour la circonstance.
Le Vérificateur General constatera aisément que sur les 100 milliards de garantie du
gouvernement auprès de la Banque Atlantique la prise en charge du protocole du Ministère
de la Défense est de 69 Milliards.
Par ailleurs, il convient de signaler que la Banque ne pouvant financer du matériel létal, il a
été convenu de loger sous la rubrique « frais d’approche » le financement de l’armement et
des munitions prévus pour les 52 véhicules tactiques de liaison, les 12 véhicules de
commandement, 11 des 14 blindés bastion APC, etc.…., soit près de 80 véhicules ( le bon
de commande relatif à ce point est disponible).
3.4 Le MDAC a irrégulièrement passé, exécuté et réglé les deux contrats
d’acquisitions et de fourniture.
Ce constat qui se fonde sur les dispositions du Code des Marchés Publics est inopérant
d'autant plus que les marchés concernés sont exclus du champ d'application du Code des
Marchés publics.
3.5 Le MDAC a retenu des candidats n’ayant pas les capacités requises pour assurer
l’acquisition de l’aéronef et la fourniture de matériel HCCA, de véhicules et pièces
de rechange.
La spécificité du domaine n’ayant pas fait l’objet de constatation dans le rapport fait occulter
le principe de repertoring de fournisseurs catalogués, répondant aux exigences de
caractéristiques et surtout aux contraintes de payement et de livraison. Cette situation est
consécutive au fait que sur le marché international les conditions exigibles pour le payement
et la livraison sont difficiles à respecter à cause des contraintes d’exécution Budgétaire et de
l’environnement spécifique. La dite situation a conforté le MDAC à lister des fournisseurs
historiques qui parviennent à assurer de façon régulière les exigences contractuelles qu’ils
ont avec l’Etat.
Le Rapport semble ignorer que toutes les armées du monde ont des fournisseurs historiques
pour chaque catégorie d’équipements, de matériels ou de fournitures.
Il est incompréhensible que, par exemple, le Vérificateur ne se fonde sur aucune
expérience hors du Mali d’un Pays qui procéderait par appel d’offres à l’acquisition
même d’effets d’habillement de son armée. A fortiori quand celle-ci se trouve en guerre
contre des adversaires dont certains portent les uniformes qui lui été ont été volés.
Du reste, au jour d’aujourd’hui toutes les commandes inscrites dans la convention ont été
livrées à l’exception des Bastions planifiés pour décembre. Ce qui reflète pour le moins la
capacité des fournisseurs.
Le Vérificateur Général fait une lecture erronée de la disposition du protocole relative à la
mobilisation des ressources. Cette disposition étant inscrite dans le protocole d’accord en
son article 20, en conséquence, ne saurait être une condition préalable à la signature dudit
protocole.
Je dois enfin rappeler que le MDAC a choisi l’intermédiaire en application d’un Mandat
donné à ce dernier le 5 novembre 2013 par le Président de la République, Chef
Suprême des Armées.
3.6 Le MDAC a signé des contrats d’acquisitions dépassant sa compétence en matière
d’approbation.
Le protocole ayant été exécuté sur le sceau du Secret-défense, donc en application des
dispositions combinées de l'article 36 du Code pénal et 8 du Code des Marchés Publics, les
dispositions évoquées ne sont pas applicables.
Le point 60 du rapport doit être revu et corrigé par le Vérificateur Général, car il est en
contradiction avec le corps du rapport dans son intégralité. Cf. Références du vérificateur
aux différentes lettres du Ministère de l’Economie et des Finances.
Aussi, le Vérificateur Général qualifie d’irrégularité l’inscription dans le budget rectificatif de
2014 des dépenses non prévues sans se référer aux dispositions de la Loi des finances,
notamment l’article 4 de la directive 05-97 CM UEMOA relative aux Lois des finances.
3.7 Le MDAC n’a pas fait respecter les procédures d’enregistrement des contrats dans
le cadre de l’acquisition de l’aéronef et de la fourniture de matériel HCCA, de
véhicules et de pièces de rechange aux forces armées maliennes.
Les contrats ayant été exécutés sous l’empire de l’article 8 du CMP, les dispositions relatives
à l’enregistrement ne sont pas justifiées.
Je dois rappeler ici, comme évoqué précédemment, que le modèle de contrat conclu a été
convenu sur instruction entre le MEF et le MDAC en 2012 au début des hostilités au Nord.
3.8 Le MDAC a signé les deux contrats d’acquisition renfermant des insuffisances.
Observation sans objet.
Les contrats ayant été signés sous un régime dérogatoire, les mentions évoquées par le
Vérificateur Général restent dans le cadre de l’entente des parties et de l’appréciation des
services compétents de l’Etat qui agissent au nom et pour le compte de l’Etat.
3.9 Le MDAC a signé un protocole d’accord renfermant des clauses contraires aux
dispositions relatives aux Lois de finances et à la comptabilité publique.
Le Vérificateur Général fait référence à des lettres qui sont antérieures aux contrats cités en
objet. Le Vérificateur Général doit clarifier le lien entre une lettre du Ministère de l’Economie
et des Finances en date du 04 février 2013 et les contrats signés sous un régime dérogatoire
en novembre 2013.
3.10 Le MDAC n’a pas pris les mesures idoines pour l’immatriculation de l’avion
comme propriété de la République du Mali.
Au vu des limites et des difficultés rencontrées par le Vérificateur Général à comprendre les
documents relatifs à l’aéronef, ce constat est sans objet. Cf. page 3 de son rapport.
Il faut toutefois préciser qu’après la décision du Gouvernement d’acquérir, sous l’empire de
l’article 8 du CMP, un aéronef de commandement, la tâche assignée au MDAC a été :
· D’accomplir uniquement les formalités administratives pour la commande car
lui seul peut utiliser l’article 8 du CMP.
Toutes les tâches se rapportant au choix de l’appareil, au choix du conseiller et à
toutes les autres étapes d’immatriculation, exploitation ont été réparties par l’Exécutif,
entre les différents ministres.
Il est d’ailleurs facile de vérifier que jusqu’au mois de Mai 2014, cette acquisition n’était pas
inscrite dans le budget du Ministère de la Défense qui n’a engagé aucun règlement ni reçu
aucune facture y afférents.
3.11 L’implication d’intermédiaires dans les deux acquisitions a grevé les coûts.
Cette affirmation est non fondée car le Vérificateur Général ne fournit aucune preuve que les
intermédiaires ont grevé les coûts et se contente d’une simple déduction sans tenir compte
du coût de mise en œuvre d’un tel processus d’acquisition.
Le Vérificateur Général n’a pas non plus prouvé que lesdites acquisitions aient pu être
obtenues par la définition d’un schéma avec les coûts estimatifs aux fins de comparaison
avec ce qui a été fait par le MDAC et dans les mêmes conditions de mobilisation des fonds
par le fournisseur.
Les différentiels de prix dont fait cas le rapport, résultent des modalités de payement qui
pour le cas du contrat de Guo star prévoient un délai de 3 ans, dont un an de différé.
Lesquels vont naturellement grever les coûts parce que tenant compte des frais financiers,
d’assurances et autres charges connexes liés au paiement différé.
Il est à noter qu'il a été fait recours à l'intermédiaire pour le motif qu'aucun fabricant
n'était prêt à consentir un crédit au delà de dix huit (18) mois.
3.12 Le MEF a irrégulièrement accordé une garantie au titulaire du marché dans le
cadre de la fourniture de matériel et équipements destinés aux forces armées.
Ce constat est en contradiction avec les propos du Vérificateur Général au point 60 de son
rapport.
3.13 Le titulaire du protocole d’accord à l’appui de la garantie autonome a effectué des
opérations frauduleuses.
Le Vérificateur Général qualifie les sorties de fonds dans le compte du fournisseur de
« frauduleuses » sans se référer aux fournisseurs, sans apporter la preuve de la destination
finale desdits fonds. Aussi, dans l’analyse du Vérificateur Général, il n’y a aucune place à
d’éventuelles marges commerciales de la part du fournisseur et ne tient pas compte du
principe de fongibilité des fonds.
3.14 Les titulaires des deux acquisitions n’ont pas respecté leurs obligations
contractuelles.
Contradiction de la part du Vérificateur Général.
Le Vérificateur ne peut fonder de constats sur des contrats qu’il a qualifiés d’illégaux.
3.15 Le MEF en accommodant le financement des deux acquisitions n’a pas respecté
des dispositions relatives à la Loi de finances.
Ce constat est contestable d'autant plus que le budget peut être modifié en cours d'exécution
pour prendre en charge les dépenses qui n'auront pas été prévues, tel que cela est prévu et
autorisé par l'article 4 de la Directive N° 05/97/ CM/UEMOA du 16 décembre 1997 relative
aux lois de finances :
« ... les lois de finances dites rectificatives peuvent, en cours d'année modifier les
dispositions de la loi de finances de l'année».
Ces dispositions ont été reprises par la Directive N° 06/2009/CM/UEMOA du 26 juin
2009 portant lois de finances au sein de l'UEMOA qui dit à son article 5 que :
«Les lois de finances rectificatives modifient, en cours d’année, les dispositions de la loi de
finances de l’année».
3.16 Le MEF en accommodant le financement des deux acquisitions n’a pas respecté
des dispositions relatives à la comptabilité publique.
Ce constat est contestable d'autant plus que le budget peut être modifié en cours d'exécution
pour prendre en charge les dépenses qui n'auront pas été prévues. Je renvoie à la Directive
N° 05/97/ CM/UEMOA du 16 décembre 1997 relative aux lois de finances, à la Directive N°
06/2009/CM/UEMOA du 26 juin 2009 portant lois de finances au sein de l'UEMOA et à la
Directive N° 07/2009/CM/UEMOA portant règlement général sur la comptabilité publique.
-----------------------------------------------
CONCLUSION
Je voudrai d’abord relever qu’il y a une question préjudicielle fondamentale : au
regard des dispositions du CMP, du Code Pénal et de la Loi organisant le BVG, le
Vérificateur Général ne pouvait mener cette mission.
Il n’a pas l’attribution d’interpréter des dispositions législatives, surtout quand celles-
ci sont « obscures » ou « imprécises ». Cette mission relève de la Chambre
Consultative de la Section Administrative de la Cour Suprême.
Cette violation de la Loi vicie et corrompt tout son rapport, lequel est fait par une
structure qui n’en a pas la compétence légale. Or en droit, lorsque la compétence est
violée, le fond ne peut être validé. C’est là une exception de taille.
Ceci étant dit, tout le Rapport est bâti en référence au Code des Marchés Publics alors
que précisément celui-ci exclut à son article 8 les marchés concernés car concernant
les besoins de défense et de sécurité nationales et exigeant le secret et pour lesquels
la protection des intérêts essentiels de l’Etat est incompatible avec des mesures de
publicité.
Il apparait paradoxal que le rapport s’estime incompétent pour juger de l’opportunité
de l’achat de l’avion de commandement mais pense avoir les compétences pour
apprécier l’adéquation et la pertinence des acquisitions pour l’armée sur les plans
quantitatifs et qualitatifs.
Dans l’appréciation de ce dossier, quelques points me semblent essentiels, en plus de ceux
précédemment évoqués:
I. Le contexte de notre démarche était (et reste) marquée par une situation de guerre,
avec une armée dont il fallait, dans l’urgence à la fois renforcer les capacités
opérationnelles pour les unités engagées sur le terrain, remettre à niveau pour
l’ensemble des composantes, réhabiliter et réarmer psychologiquement ;
· Il faut rappeler qu’à l’époque la taille du théâtre est passée de la ligne Kona-Diabali à
l’ensemble des 3 régions du Nord auxquelles il faut ajouter des secteurs des régions
de Koulikoro (Nara), Ségou (toutes les localités à partir de Diabaly) et de Mopti
(toutes les localités à partir de Konna).
· Nous devions faire face aux besoins en armement individuel (dont le ratio général
tournait autour de 45%), en véhicules et engins à équiper en armements et munitions
(chaque GTIA doit disposer d’une centaine), en logistique, en protection d’hommes
(barbelés, gilets pare-balles, bacs à sable, casques, uniformes) produits alimentaires,
etc. Les huit (8) GTIA ne représentent que 35 à 40% de nos effectifs. Et nous avions
une connaissance précise de nos besoins.
· Bien que depuis début 2012, à la suite du déclenchement des hostilités dans le Nord,
l’Etat ait décidé d’allouer, sur les charges communes, des ressources destinées à
l’équipement de l’Armée, celles-ci étaient absolument insuffisante à couvrir les
besoins amplifiés d’une part par la perte de tout le matériel en service dans le Nord,
d’autre part par l’obsolescence d’une part importante de ce qui restait disponible dans
le sud.
· Dans un contexte de guerre, toutes les informations relatives à ces besoins et aux
modalités de leur réalisation relèvent du secret- défense sous le double éclairage de
l’article 8 du Code des Marchés Public et de l’article 36 du Code Pénal. Dès lors, il
est totalement inapproprié d’en faire le diagnostic à partir des autres dispositions du
CMP auxquelles ils dérogent intégralement.
· En ce qui concerne l’avion présidentiel, le Gouvernement a décidé d’en faire
l’acquisition sous l’empire de l’article 8 du CMP, pour s’assurer de meilleures
conditions de sécurité et d’affichage de notre souveraineté. Le MDAC était seul
habilité à passer cette commande, ce qu’il a fait. Toutefois, toutes les autres actions
se rapportant au choix de l’appareil, au choix du conseiller et à toutes les autres
étapes d’immatriculation, exploitation ont été réparties par l’Exécutif entre les
différents départements ministériels.
· Comme précédemment indiqué, c'est un rapport d'expert qui a conclu que l'ancien
appareil présidentiel était vétuste et peu fiable, contribuant ainsi à renforcer la
décision et le choix du Gouvernement à acquérir un nouvel appareil.
I. Les marchés ont été passés en application de l'article 8 du Code des marchés
Publics.
· L’esprit ayant commandé l’utilisation de cette disposition qui, du reste est
réglementaire, réside dans le fait que l’absence des textes subséquents à
l’application de l’article 8 du CMP ne saurait justifier une situation de passivité ou de
lenteur quelconque au regard des impératifs du moment face et de l’urgence.
· Dans la mise en œuvre de ces contrats, il y a eu une information et un accord du
Président de la République, Chef Suprême des Armées, à chaque étape.
· Le choix du conseiller du Gouvernement pour l’acquisition de l’avion, en la personne
de Monsieur Gaffa Joli, a également été établi sur la base de l’accord préalable du
Président de la République.
I. Le Président de la République, Chef Suprême des Armées, a donné mandat le 5
novembre 2013 à Monsieur Sidi Kagnassy, ainsi qu’à toutes les sociétés qu’il
représente, pour faciliter l’acquisition des besoins des forces armées. C’est sur cette
base qu’a été signée le 13 Novembre 2013 une convention entre le MDAC et la
Société Guo-Star, au terme de laquelle celle-ci acceptait de procéder au règlement
des fabricants après livraison et d’attendre deux (2) à trois (3) ans pour être payée
par le MDAC à partir des ressources programmées dans le budget national.
· La Convention avec Guo-Star a respecté le modèle adopté depuis 2012, sur
instruction du Président de la République de l’époque, entre les Départements de la
défense et des finances à la suite du déclenchement des hostilités au Nord. Et son
cheminement a suivi toutes les étapes prévues dans ce cadre.
· Pour contourner les difficultés liées à l’impossibilité légale pour la banque de financer
du matériel létal, il a été convenu de loger sous la rubrique « frais d’approche » le
cout des armements et munitions devant équiper la centaine de véhicules blindés et
dont la vente a été autorisée par les structures françaises compétentes..
I. Le Gouvernement ayant décidé d’acquérir l’avion présidentiel sur le même schéma
que les commandes spécifiques du MDAC (à la différence que celles-ci étaient
adossées aux ressources budgétaires programmées et selon des paiements
pluriannuels objet d’échange de lettres avec le Ministère de l’Economie et des
Finances), avait envisagé dans un premier temps de procéder au paiement par le
biais de la même banque accompagnant Guo-Star. D’où la garantie autonome de
100 milliards de FCFA émise alors que la convention du MDAC couvre un montant de
69 milliards.
· A l’évidence, l’on ne peut pas demander à Guo-Star, qui mobilise le financement, en
supporte tous les frais y afférents, pour payer les fabricants à la livraison, de
présenter les mêmes factures que ceux-ci alors que son propre règlement est étalé
sur trois (3) ans dont un (1) an de différé.
I. Au jour d’aujourd’hui, toutes les commandes ont été livrées conformément à la
programmation qui avait été établie.
Il reste 14 blindés bastion dont la livraison a été planifiée pour le mois de décembre.
· Ces acquisitions contribuent à renforcer les capacités opérationnelles de nos forces
et nos hommes bénéficient pour la première fois d’effets d’habillement et de
couchage, en cours dans toutes les armées modernes, qui leur rendent leur identité
et leur dignité.
· Certaines des critiques qui se sont exprimées ne peuvent pas nous opposer
l’exemple d’une seule armée, à fortiori en guerre, qui organise de la publicité sur ses
acquisitions. Et quand on sait que nombre de nos partenaires ne souhaitent pas en
réalité que nous ayons une armée forte, il est à craindre que la médiatisation
orchestrée autour de ces dossiers , sur lesquels l’Etat n’a occulté aucune information
dans le cadre de ses relations avec les institutions et sur lesquels il a d'ailleurs
assuré être prêt à suivre les différentes recommandations, ne vise au fond à inhiber
notre autonomie de décision et nous faire passer désormais sous des fourches
caudines à propos d’une question fondamentale de souveraineté.
Soumeylou Boubèye MAÏGA
Commandeur de l'Ordre National