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L'Antiquité Classique

CONSIDÉRATIONS SUR LA NOTION DE TO TI HN EINAI


Author(s): Lambros Couloubaritsis
Source: L'Antiquité Classique, T. 50, Fasc. 1/2 (1981), pp. 148-157
Published by: L'Antiquité Classique
Stable URL: https://www.jstor.org/stable/41651873
Accessed: 21-02-2019 22:27 UTC

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CONSIDÉRATIONS SUR LA NOTION
DE TO TI HN EINAI

Innombrables sont les études qui ont tenté de percer les secrets que
recèle la notion énigmatique de tò tí r¡v ehai chez Aristote l. Pourtant
aucune ne paraît avoir donné jusqu'ici une solution définitive aux
différentes apories qu'elle suscite. On peut même se demander si une
telle solution, faisant l'unanimité des interprètes ď Aristote, sera jamais
trouvée. Aussi le seul souci de cette étude est-il d'attirer l'attention des
exégètes sur un point qui pourrait contribuer à mieux clarifier cet
éternel débat : à savoir la différence entre l'usage logique et ontologique
de cette notion chez Aristote.
Pour bien comprendre cette perspective particulière, il est utile de
rappeler qu'un des points faisant l'unanimité des exégètes modernes est
l'idée que la formule en question exprime surtout une donnée propre à
la pensée aristotélicienne, alors que l'expression apparentée de ri iaxiv
est commune au Lycée et à l'Académie. De plus, l'usage que le Stagirite
lui-même fait de cette dernière expression manifeste un caractère plus
étendu, puisqu'elle concerne également la notion de genre 2, ce qui n'est
pas le cas de l'expression tò tí rjv ehai. À la question, par exemple, ce
qu'est (tí egtl) telle chose déterminée qui est un homme, on peut
répondre aussi bien par «homme» que par «animal» 3. Par contre,
l'expression tò tí r¡v eivai, prise même dans son sens interrogatif, ne

1 On trouvera les références de la plupart de ces études chez P. Aubenque, Le


problème de l'être chez Aristote , Paris, 19662 (1962), pp. 460-472 et J. Owens, The
Doctrine of Being in the Aristotelian Metaphysics , Toronto, 19783 (1951), pp. 180-188.
Il faut aussi ajouter l'importante étude de R. Boehm, Das Grundlegende und das
Wesentliche. Zu Aristoteles 'Abhandlung «über das Sein und das Seiende» (Metaphysik
Z)< La Haye, 1965 (tr. fr. La Métaphysique d'Aristote. Le Fondamental et /' Essential ,
par E. Martineau, Paris, 1976), négligée par ces auteurs.
2 Cf. Top ., I, 5, 1 02a3 1 ss. Voir sur cette question S. Mansion, Le jugement
d'existence chez Aristote , Louvain- Paris, 1946, pp. 43-61 ; J. Owens, op. cit., p. 180.
3 Ibid., I, 9.

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paraît pas avoir pareille extension ; e


et requiert une réponse plus «ajustée
wig, «s'il paraît souhaitable d'obtenir
nécessaire de serrer davantage la question, et c'est à ce besoin que
répond la formulation zi rjv sívat, dont l'expression qui nous occupe
n'est autre que la substantivation au moyen de l'article» 4. Sur ce point
il ne semble pas y avoir difficulté réelle. Dès lors, s'il existe un
problème concernant l'interprétation de cette notion, il réside
principalement sur le plan du dédoublement du verbe «être». C'est ce
dédoublement qui paraît bien renfermer la clé de la solution de
l'énigme de cette curieuse formulation d'Aristote.
Or, il est important de remarquer que l'imparfait rjv n'implique pas
nécessairement, en grec, un sens temporel. Certains commentateurs
anciens l'avaient aperçu 5, et des exégètes modernes n'ont pas manqué
de reprendre ce point de vue pour interpréter zò zi r¡v eivai 6. Mais on
peut se demander si, en interprétant cet imparfait uniquement au sens
intemporel, ces exégètes ne limitent pas la portée réelle de la formule
aristotélicienne. Car, s'il est exact de dire que la question zi rjv elvat,
appliquée par exemple à l'homme, pourrait être rendue comme
dédoublée en français par «qu'est-ce que c'est qu'un homme» 7, il n'en
demeure pas moins qu'il faudrait expliquer pourquoi Aristote a préféré
l'expression zò zi rjv eivai à celle de zò zi èazt eivai. Et cette aporie
s'impose d'autant plus que, comme on le sait, Antisthène paraît avoir
proposé une formule qui maintient l'ambiguïté 8. Aussi pensons-nous
que, si le Stagirite a porté son choix sur l'imparfait r¡v , c'est bien pour
conserver un double caractère : «ce qu'est être» et «ce qu'était être»
pour une chose. En effet, il faut bien se rendre compte que, dans le
cadre de la philosophie aristotélicienne, poser la question zi rjv sívat, par
exemple à propos de l'homme ou à propos du bien, n'implique pas une

4 J. Brunschwig, In Top. (coll. Budé), p. 119. Celui-ci remarque d'ailleurs, très


justement, que la question de la substantivation de cette formule a été bien mise en
lumière par Aubenque (cf. Le problème de l'être chez Aristote , pp. 461-464).
5 Alexandre, In Top ., pp. 42, 1-8 ; 314, 23 ; Aspasius, In Eth. Nie ., p. 48, 33. Du
reste, la formule ďANTiSTHÉNE, citée par Diogene Laërce (VI, 3 = fgt XIV, 2
Winckelmann), à laquelle fait allusion Alexandre (op. cit., p. 42, 20), est bien connue :
TCpõjZÓÇ T£ (bpÍGCLTO XóyOV £¿7 TùJV ' XóyOÇ £GTÍV Ó TO TL ì )v T¡ koTl 8r¡X(xJV.
6 Cf. J. Owens, op. cit., p. 183.
7 J. Brunschwig, op. cit., p. 119.
8 Voir n. 5 ci-dessus. Cf. P. Aubenque, op. cit., p. 466, n. 3.

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même approche : dans la mesure où l'homm


selon le mode de la temporalité peut lui con
pour la notion de bien 9. Tout porte à croir
cherche à marquer cette ambiguïté ; elle pe
77V, de s'accorder tant sur la formulation
temporalité que sur celle qui l'exclut. Bie
même dans le cas où la temporalité est imp
de rendre compte d'une approche aussi b
C'est principalement à cette question, n
allons consacrer les lignes qui suivent. En
tenter de montrer que l'ambivalence de la
impliquée par l'usage de l'imparfait rjv, n'e
jeu de mots, mais trouve son fondement dans l'analyse même
d'Aristote, en particulier dans l'ambivalence qu'il maintient entre
analyse logique et analyse ontologique.
Lorsque Aristote aborde la question des prédicables, dans les
Topiques I, il fait une étonnante observation : dans la mesure, dit-il, où
le propre (rò ïSiov) peut tantôt signifier rò tí rjv sívat et tantôt non, on
peut le diviser en deux parties correspondantes, et appeler «définition»
le propre qui exprime tò tí rjv eivai ; quant au propre qui concerne
plutôt l'attribut essentiel, on lui réservera «ce nom même de 'propre'
que l'on donne indifféremment aux deux» 10 . On constate donc que
l'expression tò tí rjv eivai concerne le propre de quelque chose, plus
exactement le propre qui appartient essentiellement à l'essence de la
chose par opposition au propre qui lui appartient certes essentiellement
mais sans être lié à son essence - et que l'on peut qualifier d'attribut
essentiel 11 . Cette différence entre propre de l'essence de la chose et
propre de la chose montre que, sur le plan logique, on peut traduire,
avec Brunschwig, par «essentiel de l'essence» 12. Cela signifie que,
contrairement à la formule tò tí egti qui concerne ce qu'est une chose,

9 Voir dans le même sens Métaph ., A, 8, 1074a33 ss.


10 Top., 1, 4, 1 0 1 bl 9-23.
En effet, le sens du «propre» dans les Top. peut être rapproché à ce que dit
Aristote de IVattribut essentiel» (au/iß sßiqxog xa0' aúró) dans Métaph ., A , 7.
l4£ Brunschwig justilie comme suit cette traduction : «j ai cru, a partir de la
traduction habituelle de tl Ioti par essence , pouvoir créer une opposition à peu près
équivalente, et comportant un redoublement parallèle à celui de la formule grecque, en
opposant à Y essence (rò tí egtl) Y essentiel de l'essence irò z¿ r¡v eivai)» (In Top., p. 120).

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zò tí r¡v eivai s'interroge surtout sur Y êtr


sens de cette interrogation, il nous sem
encore les remarques précédentes, issues
important des Seconds Analytiques.
Lors de sa tentative d'établir un syllog
Aristote remarque, en vue notamment
s'agit de prendre, d'une part, zò zi r¡v e
éléments propres à l'essence de la chose (
et, d'autre part, ces éléments comme étant les seuls contenus dans
l'essence ( zaSl Se èv zto zi sazi ¡nova) et comme étant aussi, dans leur
ensemble, propre à la chose. Car, dit-il, c'est en cela que consiste l'être
(zò eivai) de la chose 13 . Ce passage nous paraît significatif : non
seulement il atteste le rapport retenu dans les Topiques entre le propre
et l'essence, mais il assigne en même temps la portée de ce rapport.
L'expression zò zi r¡v eivai semble exprimer l'ensemble et les seuls
éléments propres à l'essence ; et ce sont précisément ces éléments qui
expriment Y être de la chose, c'est-à-dire le fait pour la chose d'être et
d'exister. Le caractère logique de la formule zò zi r¡v eivai - seul retenu
dans les Topiques - révèle ici son attachement aux conditions
ontologiques de la pensée du Stagirite. Mais ce caractère manifestement
logico-ontologique de la notion de zò zi r¡v eivai doit être compris en
fonction de l'usage qu'en fait en l'occurrence Aristote, et qui accentue
surtout la connotation logique du logico-ontologique. Le statut de cette
notion dans les Topiques et les Analytiques est comparable à celui de
l'attribut essentiel et du propre dans la démonstration : tout comme
celle-ci montre et prouve pour un sujet 1 'existence d'un attribut
essentiel, de même, nous semble-t-il, la formule en question affirme
X existence des éléments propres à l'essence du sujet. Et cela nous paraît
d'autant plus évident que, s'il est vrai que chez Aristote la formule zò zi
eazi peut parfois exprimer la signification d'une chose sans référence à
son existence (entraînant une définition nominale ), au contraire zò zi r¡v
eivai exprime toujours quelque chose qui existe (impliquant par là
même une définition réelle). À ce titre, la notion de zò zi rjv eivai révèle
toujours plus que la signification d'une chose, c'est-à-dire ce à partir de
quoi on affirme son existence et son être (zò eivai) 14 . Cette précision

13 Anal, post II, 6, 92a6-9.


14 Sur l'importance de ce rapport chez Aristote, voir S. Mansion, op. cit.

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nous permet de circonscrire plus claireme


logique de la notion en question. Dans ce co
que se poser la question concernant «ce q
c'est-à-dire «qu'est-ce être?» appelle com
l'essence» ou «l'essentialité de l'essence» ; c
de faire prévaloir une attribution intrinsè
«dans l'essence» (¿v tò tí egti). Bref, l'appr
to tí rjv eivai permet de mettre en évidence
chose, ce qu'elle est en elle-même ixa9' aÙTÓ
tí egtl). Cependant, rien dans cette approc
Eivai ne permet de déceler plus positivemen
les faits, sur le plan du réel. En vérité, la
franchement ontologique de cette notion n
de la Métaphysique , lors de l'étude ex profess
Or, il est important de souligner qu'à
entame son étude du tò tí rjv Eivai par un
même de «logique», qui confirme au demeu
dans les Topiques. «Dans la mesure où, dit-
départ de notre étude, les différentes man
qu'il nous a semblé que l'une d'entre elles est
qu'il faut maintenant étudier. Et pour c
abordons cette question d'une façon logique
tò tí rjv Eivai est chaque chose qui est dite
XíjETai xaO' aÚTÓ ) ; car ton être ne s'identifi
puisque ce n'est pas conformément à ce qu
musicien ; de sorte que c'est conformément
tu es dit être en toi-même» 17 . Pour bien
passage, il faut se rappeler l'importance ch
de l'être et de l'opposition entre ce qui appa
et à l'attribut essentiel - qui correspond
entre «propre de l'essence» et «propre de la
que ce glissement terminologique entre «p

15 On trouvera une justification de cette traduction


étude L'avènement de la science physique. Essai
«Ousia», Bruxelles, 1980, p. 11.
16 Métaph ., Z, 4, 1029bl3.
17 Ibid., 1 029b 1 1-16. Nous suivons ici la leçon
D. 117.
18 Voir n. 10 ci-dessus.

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essentiel» (aujjißeßr]x0g xad' aúró)


Métaph. - n'est pas fortuit, mais cor
différentes de l'analyse d'Aristote, c'e
logico- ontologique et, ďautre part, à
Dans ce sens, bien qu'elle confirme l'
«logique» de Métaph., Z, 4, est néanm
semble pas être seulement d'ordre
positivement la notion d'étance. C'e
deux perspectives constituent deux m
d'Aristote - l'analyse des Topiques
ment, du moins méthodologiquem
Topiques , en effet, Aristote indique
écueils lors de la recherche de la défin
il met surtout en relief le sens et la
explique pourquoi on trouve, dans
«logique» qui, par certains biais, re
dans les Topiques tout en accentuant néanmoins son caractère
ontologique. Plus concrètement, une fois la primauté de l'étance - et
donc aussi du zò zi rjv sívat - , introduite, Aristote s'applique à établir
dans le livre Z, 6, ïidentité de chaque être avec zò zi rjv eivai 19. Mais en
dépit du fait qu'il considère encore cette approche comme préliminaire
(npò epyov) à l'examen proprement dit de l'étance, la perspective
ontologique est déjà sinon mise en chemin, du moins préparée. Ce qui
lui permet de dire que chaque chose ne paraît pas autre chose que sa
propre étance et que, par surcroît, on qualifie zò zi r¡v eivai comme étant
l'étance de chaque chose 20 . Si l'on compare cette assertion avec celle de
départ - qui affirme que zò zi r¡v eivai est chaque chose qui est dite en
elle-même 21 - , on constate une certaine progression de l'argumenta-
tion «logique» d'Aristote vers son approfondissement ontologique : zò
zi rjv eivai ne concerne pas seulement ce qui est «en soi» dans chaque
chose, ce qui est propre à son essence ( ev zò) zi eaziv ), mais également
son étance même (rj èauzoù oùaia). Laissons de côté les justifications qu'il
donne pour établir l'identité de chaque être avec son zò zi rjv eivai 22 , et

19 Métaph ., Z, 6, 103 lai 5-1 6 ; 28 ss. Sur la notion d identité, voir Top., I, 7.
20 Ibid., 103 lai 6-1 8.
21 Ibid., 4, 1 029bl 3- 1 4.
22 Dans la mesure où nous aurons l'occasion de nous y arrêter plus longuement
dans notre étude sur la Métaphysique, qui fera suite à notre étude citée ci-dessus, n. 1 5.

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constatons les résultats: Io «chaque chose


avec zò tí f¡v eivai , et cette identité n'a
2° «connaître ce qu'est chaque chose consi
eivai» 24 ; 3o «non seulement letance et zò z
seule chose, mais encore leur définition est la même»25. Ces
affirmations successives indiquent que la notion de zò zi rjv eivai
concerne à la fois l'existence et la connaissance ďune chose, dans la
mesure où l'existence d'un étant individuel est présupposée à la
connaissance. Les éléments donc que nous avons relevé ci-dessus à
propos des Sec. Anal, trouvent en l'occurrence leur justification ;
d'autant plus que selon l'analyse de Métaph ., Z, 4-6, zò zi r'v eivai
s'applique également aux catégories secondaires, mais bien entendu
dans un sens dérivé 26 . Dès lors, il apparaît que zò zi rjv eivai exprime la
connaissance de l'essence en tant que lie est condition d'existence d'un
étant individuel. Cette expression signifie donc bien «ce qu'est être» ou
plutôt «ce que c'est être» pour tel étant déterminé 27 . L'expression «être»
(tò eivai), par l'ambiguïté qu'elle recèle (dans la mesure où elle peut
exprimer aussi bien l'existence que la «copule»), traduit adéquatement
le double caractère d'essence et d'existence. Dans ces conditions, on
peut dire que l'analyse du zò zi rjv eivai dans Métaph ., Z, 4-6, conduit la
perspective «logique» à son accomplissement, et la fonde sur des assises
plus positivement ontologiques.
Mais l'analyse réellement ontologique du zò zi rjv eivai , qui permet de
rencontrer le caractère également temporel de l'imparfait r¡v n'apparaît
en vérité qu'au chapitre 7 du livre Z, où Aristote développe une analyse
du devenir. L'existence de cette analyse semble troubler les interprè-
tes 28 . Nous pensons que cet embarras peut cependant s'expliquer par
l'absence jusqu'ici d'une étude qui envisage la métaphysique à partir de
la physique. Nous croyons avoir montré, dans notre étude sur la

23 Métaph ., Z, 6, 1031bl9-20 ; cf. b31-32.


24 Ibid., 1 03 1 b20-2 1 .
25 Ibid., 1031b32-1032al .
26 Ibid., 4, 1030a21 ss.
27 La traduction anglaise donnée par Owens {What -IS -Being) nous semble ici
applicable.
zo Cette partie du livre Z est le plus souvent consideree comme une sorte de traite
indépendant ou comme une digression. Même Aubenque, qui pourtant considère que
c'est à tort qu'on Ta prise pour une digression {op. cit., p. 457), ne l'utilise pas. C'est
également le cas de Boehm, qui la néglige complètement.

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TO TI HN EINAI 155

Physique ďAristote 29 , que le rappo


perspective «métaphysique» se fait p
physique. Cest précisément l'illustr
trouve dans Méta ph., Z, et la notion
important dans cette entreprise. L'ét
entre approche «logique» et appr
médiation des données établies dan
expressément affirmée par le Stagirite
Car cette identification, issue de la n
scientifique de l'étant naturel et en
primauté du tò tí r¡v eivai sur la n
même temps et définitivement, l'in
l'étance 33 . Il n'est pas, bien sûr, que
On retiendra néanmoins que la médiation de la problématique du
devenir, par laquelle s'accomplit en quelque sorte l'ontologisation de la
perspective «logique», ne peut qu'influer sur le sens de la formule de tò
tí rjv eivai. Cette formule ne peut pas avoir exactement le même sens
quand elle est appliquée exclusivement sur le plan «logique» et
lorsqu'elle est pensée en fonction de la chose même en devenir. Le
problème nous semble comparable à l'usage que fait Aristote de la
notion ďúnoxeífzevov , qui présente un caractère absolument principiei
sur le plan logique 34 , mais se soumet à ïelSoç une fois envisagé par la
médiation de la problématique du devenir 35 . Le passage qui accentue le
caractère ontologique du tò tí r¡v eivai est le chapitre 1 7 du livre Z de la
Métaph ., où précisément s'achève l'étude proprement dite de l'étance.
L'élément nouveau et fondamental que l'on y trouve est l'extension du
tò tí r¡v eivai aux causes finale et efficiente. En effet, alors qu'Aristote

29 Voir n. 15 ci-dessus.
30 Cest-à-dire 'o%'co-ontologique .
31 Métaph ., Z, 7, 1032b 1-2, etc. Notons ici que la présence de la «physique» dans le
livre Z est clairement perceptible dès le chapitre 5, par l'usage que fait Aristote de
l'exemple du «camus». Sur cette question du «camus» dans la physique, voir S.
Mansion, Tò atßöv et la définition physique , dans Naturphilosophie bei Aristoteles und
Theophrast, éd. I. Düring, Heidelberg, 1969, pp. 124-132.
32 Cf. Phys., I-II. Cette question fondamentale, relevée par Boehm, nous semble
avoir trouvé sa «démonstration» dans notre étude sur la Physique , déjà citée ci-dessus.
33 Cf. notre étude citée ci-dessus n. 15, en particulier les chapitres III et IV.
34 Ibid ., chap. II.
35 Ibid ., chap. III.

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identifie en général cette notion à la cause


maintenant de l'identifier également, selon
à la cause efficiente 38 . Or, cette seconde
sairement la problématique du devenir, ce
cause finale. «Tandis que la cause efficient
s'il s'agit de génération et de corruption
quand il s'agit de l'être aussi» 39 . On devr
dans le cas de la problématique de l'étant q
finale et efficiente peuvent néanmoins
finalement une certaine unité et une pers
causes, en dépit du caractère temporel du
que cette unité ne soit pas expressément
Métaph., Z, 17 en question, elle semble cep
lorsque le Stagirite pose la question : «pour
telle chose? Par exemple, ces matériaux
Parce que, dit-il, il leur appartient ce qui ét
maison (ort únápxst ö r¡v oixía sívat)»41. L
entre la «matière» et les trois autres causes
l'on conçoit ces dernières dans leur rapp
d'être» (Xóyoç) impliquée par l'expression
Cette notion de Xôyoç prend une place cen
l'analyse de l'étance et renforce en même temps son caractère
ontologique 43 . Or, s'il en est ainsi, on doit reconnaître que l'imparfait
7?v peut renfermer en lui quelque connotation temporelle qui
expliquerait «ce qu'était être» pour la matière - une fois impliquée dans
le processus de formation de ce dont il est question. C'est toute la
question de l'origine et de la fin d'un processus selon Aristote qui entre

36 Par exemple, Métaph., A, 3, 983a27-29 ; A , 2, 101 3b22-23 (qui reprend, comme


on le sait, la théorie de la causalité de la Physique).
37 Ibid., Z, 17, 1041a29.
38 Ibid., 1041a30.
39 Ibid., 1041a30-32, trad. J. Tricot.
40 Cf. P hys . , II, 7, 198a22 ss.
41 Métaph., Z, 17, 1 04 1 b4-6 (trad. J. Tricot modifiée).
42 Nous espérons revenir sur cette importante question dans une étude plus
spécialement consacrée à la Métaphysique. On trouvera néanmoins, dans notre étude
consacrée à la Physique, certaines ébauches de cette question (en particulier dans les
chapitres III et IV).
43 Cf. Métaph., Z, 17, 1041bll ss.

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TO TI HN EINAI 157

ici en ligne de compte, donc aussi le


donc pas étonnant que cette question
de la notion d'étance dans les livres H
Mais ce qui importe surtout ici, c'est
ďAristote pour récupérer en quelqu
logique», qui permet de comprendre
Métaph ., Z, révèle une sorte de ré
«logique» vers un caractère de plus
semble-t-il, ce réaménagement qui exp
quoi il utilise l'imparfait rjv plutôt q
En vertu de cette hypothèse, on com
trouver une traduction adéquate en fr
s'agit pas seulement de tenir compte
l'existence, de l'essence et de la conna
ri ), mais aussi d'y discerner entre
logique, voire même d'y faire la part
n'appartient pas au devenir. L'intérêt
réside peut-être dans son ambivalenc
de pouvoir s'adapter chaque fois à
comprend, par là même, que la subti
grecque ne pourraient d'aucune façon
serait-il sans doute suffisant de la tra
mation, par «ce qu'est être» lorsqu
ontologique, et par «ce qu'était-et-est
traire d'une perspective logico -onto
comment on peut discerner ces deux
problème.

Rue des Échevins 16, Lambros Couloubaritsis.


B-1050 Bruxelles.

44 Qui assume précisément l'accord entre l'origine et la fin. Voir notre étude sur la
Physique , chapitre V.

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