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Grégory Kudish

Travail de session : première partie

Présenté à

Johanne Allard

Races et racisme

ANT-H03-04

Collège Jean-de-Brébeuf

Mercredi 6 octobre 2010

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Äe racisme : au-delà de l¶intolérance

Racisme. Tout le monde a déjà entendu prononcer ce mot à maintes reprises. Pour la
plupart d¶entre nous, racisme va de pair avec intolérance, rejet, négation de l¶autre, etc.
Mais au-delà de ces associations sémantiques propres au racisme, que pouvons-nous
savoir de plus sur ce phénomène anthropologique, aujourd¶hui étendu à l¶échelle
planétaire? Äa présente réflexion cherchera, à partir de trois cas de racisme issus de trois
contextes distincts, à mieux circonscrire la notion de racisme, tout en en explorant les
recoins souvent mis de côté.

Toute manifestation de racisme s¶inscrit avant tout dans un contexte de relations


interculturelles. Äorsque deux cultures se rencontrent, les différences biologiques et
culturelles qui les séparent sont accentuées et placées au centre des discussions. En effet,
un citoyen suisse habitant Zurich est bien peu concerné par le mode de vie des
populations noires du Zimbabwe, tant et aussi longtemps que celles-ci se gardent de se
rendre au pays des Helvètes. Mais lorsqu¶un groupe ethnique d¶Afrique noire décide
d¶immigrer dans un pays à population majoritairement blanche, l¶insensibilité aux
différences n¶est plus possible. Dans un contexte d¶immigration, la population d¶accueil
réagit devant l¶arrivée de masse d¶une population étrangère, et ce, d¶une manière parfois
inhospitalière. En Suisse, les immigrants originaires de l¶Afrique représentent 0,6% de la
population totale du pays, et 2,9% de l¶ensemble de la population étrangère vivant Suisse
provient de l¶Afrique noire (Frohlicher-Stines, 2004). Pour les populations d¶Afrique
vivant dans des situations précaires, la Suisse est une destination de rêve. Par
l¶intermédiaire du mariage à un Suisse ou à une Suissesse, de la demande d¶asile, ou d¶un
visa de travail, près de 43 000 Africains habitaient la Suisse en 2002. Mais la population
locale suisse est loin d¶accepter les Africains noirs facilement. Dans les milieux publics,
plusieurs cas de racisme explicite ont été rapportés. Au travail, certaines personnes
n¶hésitent pas à interpeller un Africain au teint noir en disant tout haut : «Toi, le Noir, tu

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n¶as rien à faire ici.». Étant donné que les Noirs africains représentent une minorité en
Suisse, la population locale éprouve peu de gêne à exprimer son mécontentement devant
l¶inconnu. Äe cas de la Suisse montre que le phénomène de l¶immigration, par lequel un
groupe ethnique minoritaire s¶installe au cœur d¶une civilisation plutôt homogène, facilite
la montée d¶attitudes racistes. En Suisse, le phénomène assez récent de l¶immigration
africaine fait naître chez la population locale un sentiment d¶insécurité, alimenté par la
méconnaissance de l¶étranger, laquelle conduit certaines personnes à poser des gestes
d¶incivilité. Cependant, le racisme existe aussi au-delà des problématiques reliées à
l¶immigration.

En Australie, la montée du racisme à l¶encontre de la communauté arabo-musulmane


s¶inscrit dans un contexte de mondialisation. Jusque dans les années 1970, l¶Australie
hébergeait très peu de groupes arabo-musulmans. En 1975, la guerre civile au Äiban a
donné lieu à une arrivée massive d¶immigrants en Australie. Toutefois, la mondialisation
a été un acteur beaucoup plus important que l¶immigration dans la montée du racisme
antimusulman en Australie. Après les attentats terroristes du 11 septembre 2001, les
médias de masse ont commencé à véhiculer des images stéréotypées des arabo-
musulmans (Poynting, 2004). Ces images ont contribué à accentuer la peur des
musulmans en Australie. Cette peur a peu à peu pris la forme de racisme institutionnel,
lequel s¶est concrétisé par une série d¶arrestations policières arbitraires ciblant les arabo-
musulmans. Contrairement au cas de la Suisse, le racisme envers les arabo-musulmans en
Australie n¶a pas pris naissance dans un contexte de méconnaissance de l¶étranger. En
effet, avant les attentats du 11 septembre, les arabo-musulmans se sentaient bien intégrés
à la communauté australienne. Force est d¶admettre que les médias de masse, par leur
rôle de mondialisation de l¶information, ont contribué à mettre en marge un groupe en
particulier. Äe cas de l¶Australie montre que le racisme peut tout aussi bien naître dans un
contexte de désinformation issue des médias et de mésinterprétation de l¶information,
laquelle favorise une montée de la crainte mal fondée vis-à-vis d¶un groupe ethnique
donné.

Avec le racisme en Australie et en Suisse, nous pouvons interpréter la notion de racisme


comme étant le rejet de l¶autre, rejet animé par la méconnaissance de l¶autre dans le cas

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de la Suisse, ou encore par la crainte de l¶autre nourrie par les médias de masse dans le
cas de l¶Australie. Mais le racisme peut également avoir cours dans un contexte où ni la
méconnaissance de l¶autre, ni la crainte de l¶autre n¶est à l¶origine de la marginalisation
d¶un groupe ethnique.

En Syrie, les Kurdes représentent 9% de la population totale du pays. Äes Kurdes forment
le plus grand groupe minoritaire de Syrie. Contrairement aux Noirs de la Suisse et aux
arabo-musulmans d¶Australie, les Kurdes ne sont pas des immigrants. Äes Kurdes
peuplent la région du Kurdistan, laquelle recoupe plusieurs pays, dont l¶Irak, l¶Iran, la
Turquie, et la Syrie. Avant les années 1950, les Kurdes vivaient en Syrie comme les
autres groupes ethniques, sans avoir à faire face à de la discrimination. Au début des
années 1950, un mouvement de nationalisme arabe vit le jour en Syrie. À l¶époque, les
Kurdes de Syrie peuplaient essentiellement la région du nord-est du pays, près de la
frontière avec la Turquie. Cette région, riche en ressources naturelles, ne tarda pas à
attirer la convoitise du gouvernement nationaliste syrien. En 1962, 20% de la population
kurde s¶est vue retirer la citoyenneté syrienne. Äa perte de la citoyenneté a à son tour
retiré aux Kurdes les droits de propriété, de vote, de mariage, de soins de santé, et de
circulation dont ils jouissaient au même titre que leurs compatriotes arabes, avant 1962.
Bref, les Kurdes ont, dès 1962, eu le sentiment de se sentir étrangers sur leur terre natale
(Human Rights Watch, 2009). Aujourd¶hui, les Kurdes sont toujours aussi marginalisés.
Au travail, ils n¶ont pas le droit de communiquer dans leur langue, et ils n¶ont pas le droit
de faire la promotion de la culture kurde sur le marché. Cet exemple du racisme à
l¶encontre des Kurdes en Syrie, né dans un contexte de mouvement de libération visant à
octroyer davantage de terres riches en matières premières aux Arabes, est un argument en
faveur du caractère intra-culturel du racisme1. Äe cas de la Syrie illustre bien l¶idée que la
marginalisation des Kurdes ne prend pas ses racines dans un contexte de la peur ou de la
crainte de l¶autre. Ķexemple de la Syrie montre plutôt comment une culture dominante,
en l¶occurrence la culture arabe, peut être entraînée dans une philosophie fasciste, en
percevant une culture minoritaire comme un obstacle à sa pleine réalisation.

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Avec les cas de racisme en Suisse, en Australie et en Syrie, nous prenons conscience de
l¶aspect éclectique du racisme. Si le racisme est à la base une intolérance face aux
différences, cette intolérance peut se décliner de plusieurs façons, suivant le contexte
dans lequel le racisme sévit. Äa présente réflexion avait pour but de nous initier à une
compréhension plus globale du racisme. Äa seconde partie de l¶étude consistera à
approfondir un cas de racisme donné. Nous nous attarderons sur le cas du racisme à
l¶encontre de la communauté arabo-musulmane en Australie. En plus d¶être bien
documenté, ce cas de racisme s¶inscrivant dans un contexte de la mondialisation nous
fournit des renseignements pertinents à la compréhension du phénomène plus global
qu¶est la redéfinition des échanges interculturels dans un cadre de renouvellement des
communications, propulsé par la mondialisation.

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Bibliographie

Fröhlicher-Stines, Carmel et Kelechi Monika Mennel. 2004. «Äes noirs en Suisse : une
vie entre intégration et discrimination.». En ligne. 91p.
http://www.cran.ch/04_PageCentrale/01_Äes4Vecteurs_du_RacismeAntiNoir/Carmel-
Publication_schwarze_in_schweiz_lang_fr.pdf. Consulté le 30 septembre 2010.

Human Rights Watch. 2009. «Group Denial: Repression of Kurdish Political and Cultural
Rights in Syria». En ligne. 69p. <
http://www.hrw.org/sites/default/files/reports/syria1109web_0.pdf>. Consulté le 30
septembre 2010.

Poynting, Scott et Greg Noble. 2004. «c Äiving with Racism: The experience and
reporting by Arab and Muslim Australians of discrimination, abuse and violence since 11
September 2001». En ligne. 20p. <
http://202.148.142.140/racial_discrimination/isma/research/UWSReport.pdf>. Consulté
le 30 septembre 2010.

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