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causes

communes
bimestriel des socialistes
ville de genève

Le fric
ou la vie
décembre 2010 21
2 éditorial convoiter 3

Argent, Sois riche,


trop cher  ! ou crève en essayant
la rédaction :
Olivia Bessat, Virginie Keller,
Félicien Mazzola, Sylvain Thévoz
de le devenir*
illustration aloys
Olivia Bessat

«  Argent trop cher, la vie n’a pas de prix  » L’impôt à n’importe quel prix? chômage municipal, le fonds de soutien
chantait le groupe rock français Téléphone aux intermittent-e-s ou l’attribution des
Les partis majoritaires en Suisse préten-
en 1982. Le rappeur 50cent, vingt ans plus marchés publics selon des critères sociaux L’argent n’a peut-être pas abris-bus que les pages de magazines. Un teur de sécurité, que l’on accumule dans
dent que l’impôt n’a pas d’odeur tant qu’il autre coup d’œil, cette fois-ci à la télévision, un compte en banque comme ma grand-
tard, avec son «  deviens riche ou meurs en
permet de maintenir de la richesse. Leur
et environnementaux, cette initiative d’odeur, mais au-delà de la nous permet de voir des émissions dans mère accumulait les boîtes de farine pen-
essayant  » marque l’enterrement de l’uto- ( p.19 ) apporte des solutions concrètes au
politique affaiblit l’impôt en le diminuant simple monnaie, l’argent est lesquelles un adolescent reçoit un gros 4x4 dant la guerre de peur de manquer...
pie libertaire. Les figures caricaturales des manque de places d’apprentissage. de marque allemande pour ses seize ans.
succès planétaires, éruptions des modèles
et en stimulant l’installation d’entreprises aussi un marqueur social. Il
socialement irresponsables.  La majorité de On peut toujours ricaner en se disant que Le fric fait la force
dominants, dessinent un consumérisme
droite du Canton favorise l’arrivée d’entre-
Mener le bal serait certainement bien mal- tout cela est futile et sans conséquence,
Le sociologue Max Weber écrivait que
érigé en nouvelle religion. La volonté pa-
prises spéculatives comme les hedge funds Nous ne connaissons pas encore les mé- honnête de dire que “c’est la que ce n’est que du cinéma et que dans la
“le pouvoir est toute chance de faire
tronale de prolonger l’ouverture des ma- vraie vie, ce n’est pas comme ça. On négli-
gasins jusqu’au flux tendu 24h sur 24 est
qui créent des richesses virtuelles sans lodies qui feront un tabac durant les pro- faute à l’époque”, et qu’on n’a gerait pourtant l’impact que ces images
triompher, au sein d’une relation sociale,
créer d’emplois. C’est de l’impôt à court chaines années, mais nous continuerons à sa propre volonté, même contre des ré-
la concrétisation d’un système dans lequel jamais autant couru après ont sur nous et les rapports que nous en-
sistances ; peu importe sur quoi repose
terme, de l’impôt temporaire qui se délo- travailler et à nous mobiliser pour une ville tretenons avec nos prochains. L’industrie
l’être consommateur remplace l’être hu-
calisera au moindre frémissement finan- de Genève sans fausses notes où l’éthique, l’argent que maintenant. cette chance.” Si l’argent amène le pou-
des media produit ce qu’on a sous les yeux,
main. voir, ou du moins y contribue largement,
cier. Ces impôts là ne permettent pas de la solidarité et le partage seront notre ligne elle fabrique aussi du rêve, un au-delà du
Prenons l’exemple de la bien-nommée peut-il être considéré comme un moyen
construire une économie locale solide et à directrice. Les Socialistes et leurs parte- réel, et par là éveille cette convoitise dont
Dealer, trader, même consommation ruée vers l’or. Au XIXe siècle, combien de faire triompher sa propre volonté, et
long terme.  Pour développer une politique naires ont deux mois pour réunir 4000 parlait Lecter en construisant ou en re-
d’hommes arpentaient tout ce que la donc contient-il par essence les déviances
«  Il n’y a qu’un pas entre le concession- publique forte et de qualité, les Socialistes signatures pour augmenter le nombre de layant des pratiques, qui à leur tour géné-
Californie et le Klondike comptaient de que sont la corruption, la menace et la
naire et le car jacking  » chante le rappeur misent sur des impôts éthiques liés à une places d’apprentissage, alors signons et reront la création de besoins nouveaux qui
rivières à la recherche d’une pépite ? Au- violence  ? Le trop-plein d’argent ou son
Booba. Et, en effet, il n’y a pas grand chose faisons signer cette initiative  ! ne feront qu’encourager et précipiter ce
économie réelle et à des entreprises qui jourd’hui, rien n’a changé. Pour illustrer absence font et défont les groupements
passage à l’acte qu’est l’achat. “Si tu n’ob-
qui distingue le dealer du bas de la rue du assument leur rôle social. cela, le titre de l’album de 50 Cent, rappeur sociaux, nourrissent les tensions entre
tiens pas ce que tu veux avec de l’argent,
trader à la Bourse. L’étendue de ce capita- californien, et son film éponyme “Get rich ceux-ci, distendent les liens entre les indi-
tu peux l’obtenir avec beaucoup d’argent  !”
lisme agressif diffère, mais sinon, le prin- Une initiative qui crée de l’emploi or die tryin*”. Le véritable problème ne ré- vidus en les amenant à rompre le contrat
Cette réplique tirée de Chat noir, chat
side pas dans la nécessité, réelle ou perçue, social qui les lie. Une chose est sûre, le lien
cipe reste le même. Acheter, vendre, se pour les jeunes blanc, film d’Emir Kusturica, illustre l’im-
de s’enrichir. Ce qui est problématique, social ne perdurera pas grâce aux cartes de
faire un maximum de blé, sans se soucier ni moralisme des gros revenus. Et là, ce n’est
Les socialistes en ville de Genève ont lan- c’est que la folie des grandeurs actuelle est fidélité des magasins. Il est plus que temps
de son prochain, ni de sa communauté, ni plus du cinéma.
cé une initiative pour assurer à l’emploi telle qu’on ne désire plus avoir de l’argent, de stopper la disparition de nos valeurs
des conditions de production ou des coûts mais BEAUCOUP d’argent. Les moyens de
l’avenir qu’il mérite avec Onex, Vernier et affectives, culturelles et sociales. Et tout
pour le système social. Le trader et le dea- s’enrichir ont également évolué : les cher- Mon argent, mon assurance-vie  ? l’argent du monde n’y pourra rien.
Carouge. Elle a pour objectifs de soutenir
ler, l’un comme l’autre sont des parasites cheurs d’or du XIXe avaient pour outil des Soyons justes   : on ne peut pas affirmer
les entreprises qui créent de l’emploi et de
installés dans des niches qui répondent à tamis. Certain-e-s de nos contemporain-e- que c’est parce que l’on passe devant une * “Get rich or die tryin’ ”, titre d’un
favoriser l’engagement de jeunes appren-
des demandes qu’ils créent eux-mêmes. s donnent dans les gros calibres. publicité pour une voiture de luxe tous les album et d’un film du rappeur 50 Cent.
ti-e-s. Comme la Fondetec ( p.8 ) le fonds
jours que nous allons forcément vouloir
Hannibal Lecter avait raison la posséder. Ce n’est pas l’objet ni l’achat
en soi qui pose réellement problème, mais
Dans le Silence des agneaux, la jeune ins-
plutôt les raisons qui le motivent, qu’elles
pectrice Clarice Starling se met sur les
soient conscientes ou inconscientes. Dans
traces du tueur en série Buffalo Bill avec
un contexte où les tensions sociales se
l’aide du Dr Hannibal Lecter. Celui-ci lui
causes
développent et s’exacèrbent, l’idée que
permet de comprendre que le tueur agit
seule l’accumulation des richesses soit le
Coordination rédactionnelle : par convoitise, et que l’on convoite ce
communes Félicien Mazzola, Olivia Bessat, Sylvain Thévoz, Virginie Keller.
Ont collaboré à ce numéro : Olivier Amrein, Isabelle Brunier, Roger Deneys, Jean-Louis
qu’on a sous les yeux.  Essayons d’appli-
quer ce raisonnement pour comprendre
véritable garant d’une vie où le champ des
possibles est infini est dangereuse. Cela re-
Bimestriel édité par le Parti socialiste de la Ville de Genève viendrait à dire qu’il n’existe qu’une forme
Fazio, Anne-Marie Hirt, Sami Kanaan, Aloys Lolo, Olivier Lozeron, Alessandro Pelizzari, pourquoi on veut toujours plus d’argent,
15, rue des Voisins de pauvreté, et qu’elle serait financière. Ce
Sandrine Salerno. plutôt que de se contenter du nécessaire.
1205 Genève serait nier l’existence d’un précariat social,
Jetons un coup d’œil aux publicités pour
www.ps-geneve.ch
Graphisme, maquette et mise en page : atelier supercocotte, www.supercocotte.ch culturel et affectif, où l’individualisme a
des montres de luxe, des banques et de la
felicien.mazzola @ ps-geneve.ch Impression : Imprimerie Nationale, Genève. Tirage : 3000 exemplaires sur papier recyclé. pris la place de la solidarité et de l’entraide.
haute joaillerie qui ornent aussi bien les
L’argent ne doit pas devenir l’unique vec-
4 se syndiquer
5

L’ économie, l’emploi
et la responsabilité d’un durcissement considérable de la poli-
tique en matière de chômage.
Pour cela, il faut transformer le «  droit  »
au chômage en un véritable droit à retrou-
ver un emploi durable librement consenti,
vers une réglementation plus stricte de
l’attribution des marchés publics, plus de
moyens pour les contrôles, l’interdiction
Quel bilan faites-vous de la nouvelle loi sur notamment en promouvant, dans le cadre de licenciements des délégués syndicaux
le chômage de François Longchamp, bien- de l’assurance-chômage, la possibilité de et l’introduction d’un salaire minimum lé-

sociale, un lien essentiel  !


tôt trois ans après son entrée en vigueur  ? vraies formations qualifiantes et requali- gal.
fiantes complètes et officiellement recon-
Le bilan est loin d’être brillant. Sur les nues. Il faut aussi redonner son vrai sens à Avec 400 000 salarié-e-s en Suisse qui ga-
quelque 5000 chômeurs arrivés en fin de la mission des Offices régionaux de «  pla- gnent moins que 3800 francs par mois,
droit en 2009, 700 seulement ont bénéfi- cement  » soit le conseil pour l’emploi et la l’initiative pour le salaire minimum est-elle
propos recuillis par cié des mesures telles que l’allocation de formation, et leur enlever la «  mission  » de une priorité pour Unia  ?
Virginie Keller retour en emploi et des emplois de soli- contrôle et de sanction. De l’autre, nous
darité. 500 chômeurs se trouvent actuel- avons besoin d’une véritable offensive Elle correspond à une nécessité, car nous
lement en emploi-formation, contre en- de création d’emplois qui correspondent avons aujourd’hui en Suisse un triple pro-
viron 2000 anciens emplois temporaires aux profils des chômeurs de longue du- blème salarial. J’ai déjà parlé du problème
cantonaux. Et parmi les bénéficiaires des rée, notamment dans les services publics de la pression sur les salaires due à la
emplois de solidarité, sept personnes uni- de proximité (garde d’enfants et de per- concurrence accrue sur le marché du tra-
quement ont retrouvé un emploi en 2009. sonnes âgées), mais aussi dans le cadre vail et le manque de protection efficace des
S’ajoute à cela que la politique cantonale d’une politique industrielle qui rompt avec conditions sociales. Il y a, deuxièmement,
de chômage est une véritable antichambre la prédominance d’un secteur financier lo- un problème de bas salaires. Le nombre
de la pauvreté. Deux tiers des bénéficiaires cal hypertrophié. d’emplois précaires augmente, et avec ça
Même les plus ardents défen- de travailler et cela à presque n’importe Virginie Keller  : On entend partout que
des emplois de solidarité touchent pour le nombre d’employé-e-s, essentiellement
quel prix. la Suisse a été épargnée par la crise, voire
seurs du libéralisme sauvage que l’économie reprend et que le chômage un emploi à plein temps 3000 francs par Les formations populistes rendent les des femmes, qui n’arrivent plus à joindre
l’ont avoué lors de l’explosion Des générations de syndicalistes ont œu- mois, alors que le placement en emploi for- frontalier-e-s responsables du chômage à les deux bouts en fin de mois. Troisième-
diminue. Quelles évolutions constatez-
vré pour l’amélioration des conditions mation dans les services publics ou insti- Genève, que leur répondez-vous  ? ment, l’initiative pose la question de la jus-
de la dernière crise financière vous sur le terrain syndical  ?
de travail des salarié-e-s  : congés payés, tutions subventionnées vise en première tice salariale dans un pays où les inégalités
et économique  : les bénéfices retraites, droits sociaux, baisse du temps Alessandro Pelizzari : Si l’on s’en tient
ligne à substituer de vrais emplois par de Du point de vue de l’emploi, il est difficile sont parmi les plus importantes des pays
la main d’œuvre à bon marché. Il semble de vérifier des effets de substitution de la industrialisés.
financiers n’ont plus rien à de travail, sécurité et santé, amélioration aux statistiques officielles, il est vrai que
que M. Longchamp ait surtout visé à aug- main d’œuvre. Ce que l’on peut par contre
des salaires. Chaque étape a changé des l’augmentation du chômage a été moins
voir avec l’économie réelle millions de vies, permis l’espoir d’une so- menter la pression sur les chômeurs pour aisément constater, c’est qu’à Genève, Les luttes syndicales n’ont cessé d’amélio-
brutale que dans d’autres pays européens.
donc avec l’emploi. ciété plus juste et respectueuse de ceux qu’ils prennent n’importe quel emploi le chômage a particulièrement frappé le rer les conditions de travail des salarié-e-s.
Or, au-delà des biais que l’on connaît – le
et celles qui travaillent et produisent des – quelle qu’en soit la qualité ou la durabi- personnel frontalier. En 2009, plus d’un Aujourd’hui, on a le sentiment de lutter
nombre de personnes sans emploi est sys-
Les syndicats et les partis de gauche dé- richesses. Les crises économiques, puis lité – alors que les dispositifs d’aide ont été quart du chômage genevois est exporté uniquement pour défendre des acquis.
tématiquement sous-estimé en Suisse –
noncent depuis plusieurs dizaines d’an- financières, ont fragilisé ces acquis car à restreints ou sont en voie de disparition en France, avec les conditions d’indemni- Est-ce décourageant d’être syndicaliste
les statistiques cachent une autre réalité.
nées une économie virtuelle, basée sur la chaque fois que les bénéfices boursiers (notamment le RMCAS, revenu minimum sation de la France. Un coup d’œil sur les aujourd’hui   ? Osez-vous rêver encore de
En effet, la crise a été le levier pour pré-
spéculation et les cotations en bourse. Une (ceux-là mêmes qui ne sont pas imposés) cantonal d’aide sociale). Faute d’une réelle licenciements collectifs démontre une nouveaux progrès sociaux  ?
cariser davantage les conditions de travail.
économie qui voit ses bénéfices flamber ont baissé, ce sont les salarié-e-s qui en ont volonté de rechercher des alternatives au même tendance. Alors que les frontaliers
Tant dans les branches qui ont été épar-
lorsque des milliers de personnes sont li- payé le prix fort. Chômage, revenus mini- chômage structurel, les mesures d’inser- français représentent environ 20% des Les luttes défensives sont importantes. Il
gnées par la récession comme le bâtiment,
cenciées, lorsque les entreprises sont délo- mum, assistance sociale, misère et exclu- tion deviennent dans de nombreux cas emplois disponibles à Genève, ils repré- s’agit en effet non seulement de sauver les
que dans les secteurs plus fortement frap-
calisées, lorsque les salaires baissent, que sion, peuvent être la récompense d’une vie une forme de « purgatoire » du travail, sentent 30 à 45% des victimes des licen- acquis du passé, mais aussi de les étendre
pés comme l’industrie d’exportation, on
le travail sur appel se développe, que le de travail. de plus en plus réservées aux personnes ciements collectifs. Les effets de la libre aux nouvelles catégories de travailleur-
constate une augmentation de contrats
marché mondial et sans frontières permet dites « proches de l’emploi » au détriment circulation des personnes sur le marché euse-s particulièrement vulnérables. Mais
à durée déterminée, d’emplois tempo-
aux entreprises de péjorer les conditions de celles qui auront été évaluées comme du travail local sont à chercher ailleurs  : ces luttes politiques défensives ne peu-
raires ou de la sous-traitance. D’un côté,
de travail et de fragiliser les travailleurs et «  inemployables ». dans la discrimination salariale que su- vent être couronnées de succès que si le
le spectre des licenciements a fait que de
les travailleuses. bissent notamment les frontaliers eux- mouvement syndical arrive à rattraper le
nombreux-euses salarié-e-s ont été ame-
A contrario, quelles sont les approches mêmes, dont le salaire médian se situe retard accumulé ces dernières décennies
né-e-s à accepter des conditions revues
Les formations de gauche se trouvent face préconisées par les syndicats  ? aujourd’hui 16,3% au-dessous de celui des en termes d’enracinement sur les lieux de
à la baisse. Des exemples comme EP, une
à une contradiction paralysante. Com- Suisses. Cette tendance a été récemment travail, d’organisation des nouvelles caté-
entreprise d’électricité genevoise, où les
ment défendre les conditions de vie des Le résultat genevois de la votation contre confirmée par une étude mandatée par M. gories de travailleurs (nouveaux immigrés,
employé-e-s ont réussi après plusieurs se-
salarié-e-s sans fermer les frontières, sans la quatrième révision de la Loi sur l’assu- Longchamp, qui a mis en lumière une im- jeunes précaires, etc.) et d’une réinvention
maines de lutte à maintenir leurs emplois
se replier sur la préférence nationale et rance-chômage (LACI) cet automne nous portante pression sur les salaires dans des d’un syndicalisme offensif de lutte et de
et conditions de travail, ont été malheureu-
résister aux mouvements populistes et xé- conforte dans l’idée qu’une majorité de la branches comme le gros œuvre ou l’hô- combat.
sement rares. De l’autre, les employeur-
nophobes. Nous rêvions de mouvements population partage la volonté des syndi- tellerie-restauration. La réponse à cela ne
euse-s ont fait recours au chômage partiel
de luttes internationales pour contrer la cats d’un changement de cap radical dans peut évidemment pas se situer dans un re-
non pas pour conserver les emplois, mais
mondialisation capitaliste et nous nous re- la politique du chômage. Ce changement pli xénophobe, mais dans le renforcement
pour restructurer leurs effectifs. S’ajoute
trouvons dans une posture défensive qui doit s’opérer sur deux axes. D’un côté, nous des mesures de contrôle du marché du
le fait que nous sommes confrontés au-
consiste à tenter de préserver nos acquis. avons besoin d’une prise en charge des de- travail et de sanction des employeurs qui
Alessandro Pelizzari, Secrétaire régional du syn- jourd’hui à un socle de chômeur-euse-s
La lutte de la population française contre mandeur-euse-s d’emploi qui en finisse profitent de la concurrence accrue. C’est
dicat Unia, est intervenu au parti socialiste de la de longue durée qui risquent d’être dura-
l’allongement de l’âge de la retraite est une avec le système actuel de culpabilisation, pourquoi, au-delà de l’offensive syndicale
ville de Genève, sur la situation de l’emploi à Ge- blement exclus du marché du travail, et ce
démonstration forte. Aujourd’hui, les sala- de contrôle, d’obligation, de pénalisation pour organiser les travailleurs frontaliers,
nève et les prochains combats à mener. particulièrement à Genève. Ces personnes
rié-e-s doivent se battre pour avoir le droit et de sanction des victimes d’un système nous nous battons aujourd’hui pour une
au chômage ont été, durant la crise, la cible
économique qui les jette au chômage. meilleure protection des salarié-e-s, à tra-
6 entreprendre 7

créateurs de richesse
Propos recueillis par
Félicien Mazzola

Une question Entrepreneur et socialiste: c’est possible? des variétés oubliées particulièrement Une question parfois chez certains camarades. Les so- Entre mon idéal d’un partage «équitable»
Comment concilier valeurs sociales, déve- bien adaptées à notre région. Encourager cialistes connaissent souvent aussi mal la des fruits du travail de toutes et tous; idéal
réalité de l’entreprise privée. Pas toujours que je suis toujours prêt à revendiquer,
d’honnêteté loppement durable et rentabilité écono- la diversité, c’est donner durablement une de volonté facile non plus quand on est élu et surtout et la réalité d’un sens de l’intérêt collectif
mique  ?  chance à l’agriculture de proximité.
militant, car la politique de milice et la vie trop souvent peu marqué à mon sens, il y a
et d’éducation Pour moi, c’est une question d’honnêteté Roger Deneys est député associative prennent un temps phénomè- toutes les questions liées aux salaires. Tout
et d’éducation, elle se pose de la même fa- nal, souvent d’ailleurs sans rapporter le le monde est toujours d’accord quand les
çon pour un salarié ou un haut cadre dans
au Grand Conseil genevois, moindre centime, donc aussi au détriment salaires pourraient être à la hausse, mais
Jean-Louis Fazio travaille le l’administration publique. Pour moi, il n’y il a fondé et dirige ImagineR de la disponibilité pour l’entreprise et les on se retrouve avec un «  démerde-toi, c’est
bois et dirige la PME qui porte a pas de différence. Pour ce qui est de la Software.
clients. Ce qui pose problème quand on n’a toi le patron  », lorsque la conjoncture de-
question du développement durable dans pas de «  salaire  » régulier qui tombe à la fin mande des réajustements à la baisse ou si
son nom. du mois. une personne ne donne pas satisfaction.
une menuiserie, elle ne se pose pas direc-
tement. Félicien Mazzola  : Pouvez-vous nous dé-  
Félicien Mazzola  : Pouvez-vous nous dé- crire votre activité en quelques mots  ? Pas toujours agréable non plus quand des Dans une société où l’exigence de rentabi-
Tous nos bois sont certifiés SFC, on n’uti-
crire votre activité en quelques mots  ? clients ou des marchés vous échappent lité économique est permanente et où la
lise que des colles et des peintures à l’eau.
Maintenant tout le monde s’y est mis.; ce Roger Deneys : Depuis 1994, ImagineR pour des questions de prix, surtout quant richesse humaine et la diversité ne sont de
Jean-Louis Fazio : Mon entreprise tra- n’est plus une originalité  ! Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer Software offre une palette  complète de on a affaire à des personnes qu’on pense loin pas toujours «  valorisables  », se posent
vaille dans la menuiserie et l’agencement : être «  de gauche  ». Pas non plus évident aussi les questions de formations et de
Quant à la rentabilité économique, comme dans un projet entrepreneurial  ? prestations informatiques pour particu-
cuisines, armoires, pose de fenêtres, fabri- de gérer des collaborateurs-trices, surtout performances, de différences parfois im-
le disait notre éminent camarade Emilio liers, entreprises et associations. De la
cation de portes, volets, encadrements, ré- dans une « petite boîte  », car il faut sans portantes entre les potentiels d’un colla-
Luisoni, le système est ainsi fait (taxes, as- Je trouve la petite histoire assez drôle. formation bureautique  au développe-
novation d’appartements, remplacements cesse passer du coq à l’âne, sans avoir les borateur et sa réalité « économique ». Sans
surances, impôts, emprunts) que lorsque Après avoir travaillé chez Unia comme se- ment d’applications de bases de données
de serrures et de vitrages. moyens d’engager des personnes pour compter que mes exigences personnelles
l’on est à son compte, que les affaires crétaire syndical, je me suis demandé quel sur mesure (centres de formation, de loi-
J’emploie deux collaborateurs fixes et un gérer des tâches spécialisées, comme les peuvent encore compliquer les choses…
tournent, on vit bien, mais on ne s’enrichit genre d’activité pourrait m’apporter ce sirs, associations, ludothèques,  etc.), en
employé temporaire. salaires ou les assurances sociales. Se pose Je me suis par exemple rendu compte que
jamais. La seule manière de s’enrichir, ce dont j’avais envie et besoin. L’idée de de- passant par la vente de matériel (PC, ser-
serait de tricher! venir indépendant, sans réellement savoir veurs, imprimantes, accessoires, etc.) et donc vite la question de la taille de l’entre- recruter un bon informaticien, même cy-
Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer comment faire, m’a très vite traversé l’es- surtout les dépannages et la maintenance prise, soit pour grandir et donc adopter cliste, n’est pas suffisant pour moi :   il me
dans un projet entrepreneurial  ? une structure plus «hiérarchique/capita- faudrait aussi une perle en orthographe  !
Fazio et Cie, menuiserie-agencement, prit, avant de partir aussi vite. d’ordinateurs.
rue des Vollandes 26, Genève Peu de temps après, Guillaume m’a pré- Dès le départ, nous avons cherché à conci- liste», soit pour chercher la simplicité et  
A l’adolescence, j’ai dû arrêter mes études senté son idée et je suis parti tout de suite lier nos convictions, notamment écolo- tendre vers l’indépendance individuelle. La réflexion, aussi nourrie par l’expérience
suite à l’opération d’une tumeur au cer- avec lui. Nous avons commencé ensemble giques, avec notre travail, en recourant par   fort enrichissante du Conseil de fondation
veau, et entrer dans la vie active. Deux pos- le 1er avril 2009 avec 8 paniers par semaine exemple au vélo pour aller chez les clients Les questions écologiques sont relative- de la Fondetec, sur les freins systémiques
sibilités s’offraient à moi, être à l’AI et res- Rêver et croire que nous concevions chez des amis maraî- situés en ville, et à Mobility Carsharing ment simples à mettre en œuvre dans une à l’esprit d’entreprise en Suisse et à Ge-
ter dans une situation précaire toute ma chers à la ferme de Budé au Grand-Sacon- pour transporter du matériel ou se rendre petite structure, notamment en recrutant nève, a été pour moi très constructive.
vie, ou me lancer dans une activité indé- à ce que l’on fait nex. Aujourd’hui, nous sommes heureux à l’extérieur de la ville. Cette démarche a des collaboratrices-teurs qui se reconnais-  
pendante, puisqu’à cause de mes antécé- d’avoir obtenu la confiance des acteurs du d’ailleurs été reconnue en 2000 par le Prix sent dans certains choix. Certain-e-s se L’accès aux capitaux est souvent lié à une
dents de santés, aucun employeur ne pou- monde de la terre dans notre région, et cantonal de l’environnement, soit l’ancêtre souviendront peut-être d’une annonce que situation de fortune personnelle. La lo-
vait m’engager. D’ailleurs, quand j’ai acheté Olivier Amrein est cofonda- nous produisons près de 700 paniers par du prix du développement durable ! nous avions publiée et qui précisait  : «  à gique mondiale de rentabilité excessive,
ma camionnette à 8000 francs, même la teur, avec Guillaume Lambert, semaine. compétences égales, préférence sera don- inadéquate dans une perspective de déve-
BCGe a refusé de me faire un crédit  ! née à un cycliste  ». Et les choix de fournis- loppement durable, les rentes iniques de la
d’Espace-terroir. Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer
seurs ou matériaux plus écologiques sont propriété privée sous forme de loyers abu-
Entrepreneur et socialiste: c’est possible? dans un projet entrepreneurial  ?
Comment concilier valeurs sociales, déve- aussi assez simples à mettre en œuvre sifs, voire de congés précoces, constituent
Félicien Mazzola  : Pouvez-vous nous dé- loppement durable et rentabilité écono- Une envie de changement après 5 années puisque ce sont souvent des choix faits le fond du système économique dans le-
crire votre activité en quelques mots  ? mique  ? passées dans une petite entreprise in- par «  cohérence  ». C’est une simple ques- quel nous devons nous mouvoir mais qu’il
formatique comme salarié. Pourquoi tra- tion de volonté. Ceci explique d’ailleurs que faut sans hésiter faire disparaître pour
Espace-terroir :  Nous organisons la li- C’est déjà plus simple en étant associé vailler pour un patron dont on ne partage je sois perpétuellement affligé par les dis- construire un système économique plus
vraison à domicile ou au travail de fruits avec une personne qui partage les mêmes pas les idées et les valeurs ? Pourquoi ne cours misérabilistes du type : «  c’est trop juste, plus social, plus écologique… et donc
et légumes issus de l’agriculture de proxi- valeurs, du moins dans les grandes lignes. pas essayer de concilier les compétences cher, ça va tuer les entreprises  » des ha- plus sobre.
mité. Pour le reste, je ne sais pas vraiment, les professionnelles et la volonté de faire bituelles pleureuses patronales de la FER  
  choses se font naturellement. En ce qui «  autrement  », en accord avec ses propres (Fédération des Entreprises Romandes) Pas toujours évident, donc, mais en même
Nous souhaitons proposer une alternative me concerne, je suis beaucoup plus atta- valeurs  ? C’étaient mes principales mo- et du CCIG ( Chambre du Commerce, d’In- temps, difficile de s’imaginer fonctionner
en nous positionnant entre les magasins ché à la durabilité qu’à la rentabilité. Je tivations pour vouloir « essayer  », sans dustrie et des services de Genève) lorsqu’il autrement.
d’alimentation et les initiatives contrac- reste un rêveur qui pense que si l’on croit d’ailleurs avoir véritablement bien préparé s’agit de progresser sur ces sujets.  
tuelles, encore trop peu nombreuses et véritablement à ce que l’on fait, qu’on y le «  saut  » en question. Mais on s’en rend   www.imaginer.ch
pas toujours adaptées aux besoins de cha- apporte tout le soin nécessaire et surtout mieux compte avec le temps. Les questions sociales et de rentabilité
cun. Nous proposons toute l’année des de la cohérence avec notre philosophie, ça   sont plus délicates, c’est sans doute là que
fruits et légumes de qualité issus de l’agri- ne peut que bien se passer. L’association Entrepreneur et socialiste: c’est possible  ? je me suis rendu compte que j’étais deve-
culture de proximité, et travaillons avec et la collaboration avec Guillaume, comme Comment concilier valeurs sociales, déve- nu patron, plus que dans les questions de
tous les producteurs de la région, petits et dans n’importe quel groupe de travail, me loppement durable et rentabilité écono- gestion et d’organisation du travail, car les
grands. C’est la garantie de pouvoir offrir convainquent que la complémentarité est mique  ? petits patrons progressistes travaillent fa-
un choix de produits que nous souhaitons fondamentale. Je pense que l’essentiel est   cilement dans la cogestion, sans hiérarchie
de plus en plus large. Parallèlement, nous de ne jamais perdre de vue que tout cela Entrepreneur et socialiste, oui, c’est pos- affirmée, avec leurs collaborateurs.
offrons aux producteurs un nouveau dé- est avant tout un travail d’équipe. sible. Pas toujours facile dans le parti où le  
bouché tout en les incitant à faire revivre www.espace-terroir.ch stéréotype du patron - profiteur  – existe
8 innover impost(er)
9

réinventer l’économie Du blé


Félicien Mazzola

les sept valeurs de L’Economie


Sociale et Solidaire (ESS).
FONDETEC
et des sous !
Isabelle Brunier
Historienne
La présente charte trouve ses racines 4. Autonomie : autonomes mais pas indi- Créée en 1997, la Fondation communale
Conseillère municipale
dans les valeurs et pratiques d’acteurs et vidualistes pour le développement des emplois et du
d’actrices de terrain ancrés dans la ré- Les acteurs et actrices de l’ESS valorisent tissu économique en Ville de Genève est un
gion genevoise et réunie à l’initiative de la les compétences et renforcent les moyens outil essentiel de stimulation d’une écono-
chambre de l’économie sociale et solidaire d’agir des personnes (salariés, bénévoles, mie de proximité durable et innovante.
- APRES- crée en 2003. membres, usagers, investisseurs) au sein
Objectifs
de leur organisation. Ils recherchent une
1. Bien-être social : être plutôt qu’avoir La FONDETEC a pour objectifs de promou-
plus grande autonomie de fonctionne-
Les acteurs et actrices de l’ESS visent à voir de nouvelles entreprises créatrices
ment de celle-ci, ainsi que de l’ESS à l’égard
construire une économie qui affirme la d’emplois, de soutenir et développer les
du secteur public et des autres acteurs du
primauté de la personne sur le capital. Ils entreprises existantes et de stimuler l’in-
secteur privé.
reconnaissent l’importance de dimensions novation en Ville de Genève.
immatérielles (esthétiques, émotionnelles, 5. Solidarité : 1 + 1 > 2 Prestations
spirituelles, etc.) nécessaires au fonction- Les acteurs et actrices de l’ESS privilégient Pour cela, elle développe ses activités via
nement de la société et à l’épanouissement la recherche de l’intérêt collectif sur le seul un système de prêt (microcrédit) et de cau-
de ses membres. profit individuel. Ils valorisent la création tionnement, mais apporte aussi une exper-
de lien social d’interdépendance au plan lo- tise en terme de gestion (aide à la restruc-
Votre chroniqueuse a choisi Registre du conseil 119, f° 196, 2.10.1620 Registre du conseil 119, f° 238 v°, 4.12.1620
2. Citoyenneté et démocratie participa- - Moyens d’augmenter les revenus du pu- - Le Conseil des Deux-Cents refuse de dou-
tive : chacun a une voix qui compte
cal, régional et international. turation), lorsque c’est nécessaire. de livrer à vos réflexions du blic : bler la gabelle de la chair :
Les acteurs et actrices de l’ESS participent 6. Diversité matériau brut, celui sur lequel Messeigneurs estant assemblez pour la plus grand voix a porté qu’avant de
de manière libre, égalitaire et responsable Les acteurs et actrices de l’ESS s’enga- Promotion d’une économie trouver moyens et expédients pour sor- mettre des nouveaux imposts sur le
novatrice et durable travaille l’historien. En l’oc-
à la construction d’une société assurant le gent à comprendre, respecter et valoriser tir le public des debtes ont esté faites les peuple on recherche tous autres moyens
développement des personnes et l’intérêt les différences entre les personnes et les Rôle essentiel pour la diversité du tissu currence, il s’agit d’extraits proposites suyvantes pour estre ci après pour trouver argent promptement...
économique genevois, la FONDETEC per-
collectif. Ils appliquent la démocratie par- peuples, à prohiber toute forme de discri-
met d’apporter un financement lorsque les
des Registres des conseils examinées.
ticipative en favorisant le partage de l’in- mination et à rechercher les complémen- 1° Premièrement de doubler la gabelle du
formation, des responsabilités, de la prise tarités pour apprendre ensemble. banques font défaut, par exemple dans le (l’équivalent des mémoriaux sel et de charger la gabelle de la chair. Finalement, c’est la gabelle du sel qui est
cas du microcrédit (moins de 200000CHF).
de décision et la reconnaissance du rôle de du Conseil d’Etat et du Grand 2° Que les habitants (c’est-à-dire ceux qui doublée et un emprunt de 16.000 écus est
7. Cohérence : dire ce qu’on fait et faire ce Elle permet également la promotion d’une
chacun. ne sont ni citoyens ni bourgeois) payent contracté sur la promesse de cette nou-
qu’on dit économie durable, à travers une série de Conseil actuels) et des finances
l’impost du vin qu’ils vendront en détail. velle rentrée fiscale.
3. Ecologie : produire pour vivre et non Les acteurs et actrices de l’ESS s’efforcent critères d’intervention qui vont de la via- en rapport avec les deniers 3° De restablir l’un pour cent sur les mar-
vivre pour produire d’appliquer de façon cohérente l’ensemble bilité économique de l’entreprise à l’égalité
Les acteurs et actrices de l’ESS reconnais- des valeurs ci-dessus à tous les niveaux de homme-femme, en passant par le respect publics et les moyens divers de chandises. Quelques années plus tard, on revient
4° De doubler la gabelle de l’entrée du vin avec l’idée d’un monopole étatique sur le
sent l’interdépendance des processus so- leur fonctionnement. La cohérence entre des meilleures conventions collectives de renflouer les caisses. La sa- blanc, et mettre 3 florins par char sur le pain et la viande  !
cio-économiques et écologiques. Ils s’enga- les valeurs prônées et le vécu est essen- travail pour l’entreprise mais également
veur de la langue de l’époque rouge.
gent à privilégier un système économique tiel à la crédibilité et au développement de ses sous-traitants. 5° De vendre les maisons qui appartien- Registre du conseil 126, f° 185 v°,
qui respecte les processus et équilibres l’ESS. est, dans la mesure du pos-
nent à la Seigneurie, comme aussi les fiefs. 28.11.1627
écologiques dans un souci d’équité intra et sible, conservée  ! 6° De mettre un impost sur les chevaux de Ont esté proposez divers moyens et ex-
inter- générationnel. www.apres-ge.ch,
louage. pédients pour trouver argent et sortir le
Où l’on voit que le blé, denrée de base de 7° De mettre un impost sur l’entrée du public des debtes, entre autres a esté pro-

à lire l’alimentation, était vendu à un prix diffé-


rencié selon la fortune de la clientèle  !
foing. posé que la Seigneurie pourroit faire un
grand et notable profit en prenant à soy
Registre du conseil 119, f° 237, 1.12.1620 - toute la boulangerie et boucherie en telle
« Capitalisme, désir et servi- Les notions d’aliénation, d’exploitation Finances O1, 24.5.1586 - On paie au tré- Proposites pour trouver argent : sorte que nul ne puisse vendre dans la ville
et de domination gardent toute leur per- Spectable Pierre Blandin propose d’impo- du pain et de la chair, sinon le commis es-
tude  », dernier essai de l’éco- tinence pour décrypter la réalité d’au-
sorier 13 florins de plomb destiné à fa-
ser sur ceux qui prestent de l’argent à in- tabli par la Seigneurie laquelle gagnera ce
briquer  : «  1250 marques rondes pour
nomiste Frédéric Lordon. jourd’hui. distribuer aux povres affin d’avoir le bled terest. que gagnent les bouchers et boulangers, et
à 18 florins la couppe (unité de capacité Spectable David Humbert propose que les le peuple sera soulagé en tant que ces den-
Ce livre est à lire de toute urgence comme équivalant à 77 litres) et 500 de carrées amendes de 25 florins soyent versées au rée luy seront baillées à prix raisonnable.
Frédéric Lordon analyse, dans ce livre
outil de prise de conscience et de possible pour les riches pour en avoir à 22 florins public, et non pas aux juges.
bref et percutant publié à La fabrique,
résistance, à l’heure où les entreprises uti- la couppe.  » Jean Noël propose que chacun paye un Mais en réalité, rien ne se réalisera sauf
le changement qui s’est opéré depuis la
lisent les affects et nous bombardent de pour cent de tout son bien. les augmentations ponctuelles d’impôts  !!!
coercition brute du salarié décrite par les
messages libidinaux, faisant appel au désir Cela fait, la compagnie, après avoir rendu
auteurs marxiens, jusqu’au «  capitalisme
et à la sexualité. grâces à Dieu, s’est retirée.
des affects  » qui voudrait des employé-e-s
contents dont les désirs se conformeraient
Frédéric Lordon, «  Capitalisme, désir et
au capitalisme qui les emploie.
servitude. Marx et Spinoza  »,
éd. La fabrique, 2010
Lordon montre que l’enrôlement du tra-
vailleur-euse n’en est que plus puissant.
10 rencontrer écouter 11

Sandrine Salerno, cachaient ces codes. Ce n’est que bien plus


tard que j’ai compris le contenu politique
de ces différentes affirmations.

la passion du bien
Mes parents avaient une stratégie com-
mune aux immigrant-e-s : tout faire pour
s’adapter, tout supporter sans rien dire.

Tu es devenue Suissessse à l’adolescence.


Le jour de ta naturalisation a-t-il été un

commun
moment spécial pour toi ?

J’avais en effet 15 ans quand je suis de-


venue Suissesse. J’étais une jeune ado-
lescente révoltée, c’était l’âge de l’insou-
Propos recueillis ciance. Je ne comprenais pas vraiment
par la rédaction l’enjeu, mais je sentais que le moment était
Photos Félicien Mazzola grave. Nos parents insistaient sur la pro-
tection et la liberté de choix que le passe-
port à croix blanche nous amènerait. Moi,
j’étais au collège en latine, et je trouvais
cette discussion étrange. Je ne ressen-
tais pas de discrimination ni de danger. Je
voyais que mes parents n’avaient pas envie
de renoncer à leur nationalité d’origine, ni
de renier leur famille et leur culture. Pour-
tant, en même temps, ils faisaient tout
pour qu’on se naturalise. Profond para-
Sandrine Salerno est la Maire rester à la maison. C’est dans cet environ- Au milieu de tous ces mélanges, ces in- doxe de l’immigré ! J’y ai souvent repensé
nement social que j’ai vu le jour. fluences diverses, comment t’es-tu com- quand j’ai travaillé au Centre de Contact
socialiste de Genève. Elle s’en- posée une identité propre ? Suisses-Immigrés (CCSI).
gage fortement aux côtés de la Ces tensions ont-elles poussé ta famille à C’était comme un puzzle à reconstruire, entrer dans le monde du travail (l’Etat sait qu’avec un nom à consonance étran-
émigrer en Italie ? Tout d’abord, et très fortement, je me sen-
population dans les domaines des mots à mettre sur des émotions et des payait une partie de notre salaire lors d’un gère, on avait moins de chance d’être élu-e.
tais franco-italienne. C’est l’attachement traces du passé. Mais à dix-sept ans, j’ai engagement). Je trouve alors un poste au Pourtant, contre toute attente, je l’ai été.
du logement et de la création Oui, en partie. C’est en 1975 que ma famille à mes grands-parents italiens et français dû subir le décès de mon père. Toutes les CETIM (Centre Europe Tiers Monde), aux Ma vie de conseillère municipale commen-
d’emplois locaux. L’égalité, la quitte la Suisse pour la Sicile. J’ai alors qui dominait (la famille encore, donc). Au pièces avaient été mélangées, et il a fallu Nations Unies, travaille sur la question des çait alors et j’ai adoré ça. Je suis devenue
quatre ans. Comme nous y allions réguliè- football, j’étais une supportrice incondi- patiemment les retrouver et les identifier. droits sociaux, économiques et culturels. cheffe du groupe et commissaire aux fi-
diversité et l’intégration se rement en vacances, je n’y ai rien trouvé tionnelle de l’équipe italienne. Et puis, en Cela a pris du temps. Je perfectionne ma connaissance de l’es- nances avec l’incontournable rapport sur
concrétisent dans son dépar- d’anormal. Je retrouvais mes grands-pa- 1981, alors que j’avais dix ans, Mitterrand a pagnol. Je suis ensuite engagée au CCSI le budget. A vingt-sept ans, j’ouvrais réel-
rents, il y avait de la joie. Ce n’est que plus été élu, et je me suis sentie tellement fière
tement. Pour elle, Genève est A quel moment la passion du politique t’a- (Centre de Contact Suisses Immigrés) lement les yeux sur la complexité de cette
tard que j’ai saisi les véritables raisons de et tellement française. Comme nous habi- t-elle emportée  ? comme coordinatrice. Là, j’acquiers une ville pour ses propres habitant-e-s, mais
à la fois la capitale des droits ce départ. J’y ai débuté ma scolarité en ita- tions au Lignon, tous nos copains étaient solide connaissance des réseaux sociaux et aussi sur les extraordinaires moyens d’ac-
humains et une ville où la qua- lien, nous y avons passé quelques années, de diverses origines, espagnole, italienne. Mon intérêt pour la chose publique s’est sanitaires, une expertise sur les questions tions dont disposait le politique pour amé-
mais il n’y avait pas de travail. La famille La cité était multiculturelle, j’ai grandi avec construit, d’abord au collège Voltaire. Il y de la migration, du traitement des enfants liorer leurs situations. Il fallait mettre tout
lité de vie et le respect de ses est alors partie en France, à Nice, la ville de ça dans le sang. Devenir Suissesse, c’était avait là-bas un mouvement de lutte an- et des familles de clandestins. J’assure cela en mouvement.
habitant-e-s sont au centre ma grand-mère. La famille, toujours, orien- une chance de plus, et cela représentait ti-apartheid, nous manifestions devant le lien avec les milieux des réfugié-e-s, le
tait les choix. qui j’étais, mais je ne voulais pas que cela
des préoccupations politiques. les banques. A l’université, j’ai étudié les lobbying pour les subventions auprès des Etre élue est une chose, mais les véritables
écrase le reste, le fasse disparaître. sciences politiques. Nous étions une su- député-e-s et du Conseil municipal et je difficultés commencent lors de la prise de
Mais finalement, après cet exil au Sud, per équipe, engagée au sein de la CUAE réalise le journal Carrefour qui était publié fonction, non ?
Causes Communes : Sandrine, peux-
vous revenez en Suisse ? Comment se passaient les rapports entre (Conférence universitaire des associations dans Le Courrier. Tous ces engagements
tu nous parler un peu de ton enfance  ? Suisses et étrangers à l’école  ? Les enfants d’étudiant-e-s) et nous avons bataillé entre s’enchaînent d’une manière assez natu- En effet. Il n’y a pas de préparation à l’exé-
Oui. La situation socio-politique avait sont cruels. autre contre l’instauration des taxes uni- relle, selon une logique interne, celle de la cutif. On lutte pour être élu et puis après
Sandrine Salerno : Je suis née à Genève changé. A la fin des années septante, la re- versitaires. Christian Lopez et Sami Ka- passion et du refus des injustices. on travaille dur pour réaliser ce pour quoi
en 1971 d’un père italien, tailleur, et d’une prise économique favorise l’immigration. Au cycle, entre gamins, c’étaient entre les naan étaient de tous les combats, ils nous on a été élu. Pour mettre cela en exergue,
mère française, secrétaire de direction La Suisse a de nouveau besoin de main- «  benetts  » (style Benetton) et les autres représentaient à l’Union Nationale des Ce travail favorise t-il ton engagement po- la législature qui s’achève a été placée sous
dans une banque. Mon frère et ma sœur d’œuvre. Mes parents trouvent alors du qu’il y avait des conflits, pas sur des ques- étudiant-e-s suisses (UNES). Cette expé- litique chez les Socialistes ? des rapports de force continus. Dès le dé-
sont nés peu après, en 1974. Suite au pre- travail sans difficulté et obtiennent un per- tions d’origine ou d’identité. Les codes ves- rience politique m’a appris le plaisir du tra- part, la répartition des départements a
mier choc pétrolier, l’époque était mar- mis B. Ils entament ensuite les démarches timentaires étaient importants, ils jouaient vail collectif, du partage et des rencontres Oui, car je rencontre de nombreuses et été l’objet d’un conflit et d’alliances. Les
quée par la crise économique. Cette crise pour la naturalisation. Il faut savoir qu’à un rôle de reconnaissance. Les marques de intenses. nombreux militant-e-s de diverses forma- socialistes ont été minorisés tout au long
durcissait les débats sur la migration. Le l’époque, pour devenir Suisse, il fallait re- nos boguets (vélomoteurs) nous démar- tions. Je choisis alors le Parti socialiste car de la législature. Les projets de mon dépar-
climat était xénophobe, et les initiatives noncer à sa nationalité d’origine et effec- quaient. Il fallait choisir le camp du Ciao Tu te projetais déjà comme politicienne ? je sens très vite que je peux m’y exprimer tement ont été régulièrement bloqués. Je
de l’extrême droite (notamment lancée tuer donc un véritable deuil d’une partie ou du Maxi Puch, mais l’ethnicité des uns librement, que j’y suis pleinement bien- n’avais jamais connu une telle violence au
par Schwarzenbach) stigmatisaient les de son identité. En fait, il fallait renoncer et des autres, c’est les adultes qui en fai- Non, car si j’obtiens ma licence en 1995, venue. Je m’y investis alors fortement et Conseil municipal. Il faut s’armer de pa-
travailleurs immigrés. Pour endiguer le à une culture pour devenir une bonne pe- saient des problèmes. Nous, on customi- rien ne va de soi. C’est le début d’une forte accepte la proposition d’apparaître sur tience, d’énergie, et continuer de lutter.
chômage, la Suisse choisissait de faire par- tite Suissesse, un bon petit Suisse. C’était sait nos boguets avec des drapeaux, mais période de chômage en Suisse, et je m’y une liste multiculturelle pour l’élection Heureusement, j’ai été soutenue par Ma-
tir les étrangers, et invitait les femmes à violent. nous vivions dans une innocence de ce que inscris, car c’est un passage obligé pour au Conseil municipal. A l’époque, on pen- nuel Tornare.
12 partager accueillir 13

Lutter contre
Tu as aussi une vie familiale épanouie. C’est une très vaste question. Tout d’abord, tenus par la majorité actuelle du Conseil
Comment fais-tu pour mener de front en- il fallait traiter l’enjeu du logement social, administratif, ce qui pose la question de
gagement professionnel et vie privée  ? qui était à préserver et à développer dans sa capacité à saisir les enjeux pour Genève
une ville qui subissait et subit toujours la aujourd’hui et du manque de vision de cer-
En 2003, lorsque j’ai rencontré mon spéculation de plein fouet. Nous l’avons tains de ses membres.

le surendettement
conjoint actuel, Carlo Sommaruga, j’étais fait. Cela a été au cœur de ma législature,
déjà très investie. La politique est au coeur tout comme le relogement des artistes Quelles seront tes priorités pour l’avenir ?
de notre histoire d’amour. Il m’a choisie d’Artamis pour lesquels j’ai trouvé des so-
avec ce projet et il m’a soutenue. Quand lutions concrètes et rapides. La réforme Je vais continuer à travailler pour faire
ma fille Sophie est née en 2005, je n’ai pas de la gestion et des attributions des éta- avancer les projets sur lesquels mon
remis en question ce choix. Je faisais par- blissements publics était à réaliser, je l’ai équipe planche. Que ce soit le nouveau
tie d’une bonne équipe, la section socialiste effectuée. Sous mon impulsion, au sein statut des fonctionnaires de la Ville qui Propos recueillis
était forte. Cette dynamique m’a aidée à ne de mon département, nous avons beau- entrera en vigueur le premier janvier ou la par Sylvain Thévoz
pas douter et à continuer d’aller de l’avant. coup travaillé pour développer la création mise en place des conditions pour stimuler
d’emplois en Ville, réformer le fonds chô- la création d’entreprises au niveau local, ce
Pour la naissance de tes filles, tu as pris un mage, favoriser l’engagement d’apprenti- ne sont pas les chantiers qui manquent !
congé maternité, ce qui était un acte poli- e-s, réorganiser les ressources humaines. De plus, nous devons rester attentifs aux
tique fort. Tu as montré que l’on peut être Nous avons négocié le nouveau statut du difficultés économiques qui s’annoncent.
mère et occuper un poste à responsabili- personnel et développé des politiques Nous sommes bien conscients que la po-
tés pour autant qu’il y ait des moyens et transversales dans les domaines de l’éga- pulation souffre du coût de la vie élevé
des aménagements mis à disposition. Au- lité, de la diversité, de l’intégration et de et parfois abusif (logement, assurances), Le Centre Social Protestant Il y a donc tout un travail d’aiguillage, de Nous ouvrons aussi bien des dossiers qui
jourd’hui, comment tes filles perçoivent- l’Agenda 21. Tout cela avec des comptes de la dégradation des conditions de tra- réorientation qui est effectuée lors de la peuvent représenter quelques heures de
elles la vie publique de leur maman ? bien portant et une dette en diminution. vail. Nous voulons que notre Ville reste (CSP) dispose d’un service so- permanence  ? travail que des situations plus lourdes que
Aujourd’hui, je suis très fière du travail abordable et accueillante pour toutes et cial qui accueille, lors de per- nous suivons sur plusieurs années.
Je ne crois pas qu’Ilaria, qui n’a que deux réalisé, mais je sais aussi que les gens en tous. De plus, il faut l’avoir en tête, nous
manences, des personnes en AMH  : Le travail vise à comprendre la
ans, s’en rende compte. Sophie en a attendent plus, et qu’il y a encore beau- sommes en période électorale. En juin, situation et les problèmes attenant, et Quand et pourquoi les personnes viennent
presque cinq, elle me raconte ses journées coup à faire. nous aurons un nouveau Conseil munici- difficulté sociale. Ce service déterminer quel service ou organisme vous consulter  ?
d’écolière, imite mes tics, prend sans cesse pal. Nous allons travailler pour que les so- s’est toujours intéressé aux (tels que Pro infirmis, Pro Senectute, In-
le téléphone portable. Pour jouer, elle Quels sont les projets que tu n’as pas pu cialistes et leurs alliés soient majoritaires fo-Jeune, l’Hospice Général) serait le plus AMH  : En général, les gens prennent un
place des tas de papiers dans son sac et fait concrétiser ? en Ville et que nous ayons des élu-e-s ca- problématiques de surendet- approprié pour la traiter. On veille bien sûr peu de retard dans le règlement de leurs
la fille qui a des rendez-vous, est très occu- pables de travailler ensemble, de soutenir tement, tout en évitant de se à téléphoner et baliser le parcours. Un cer- factures, mais se disent qu’ils vont se
pée. C’est plus drôle que de jouer à la pou- Celui d’une maison de la famille, projet por- les projets et de faire des propositions col- tain nombre de dossiers sont traités par rattraper. Le mois d’après, d’autres fac-
pée ! Elle pense que Micheline Calmy-Rey té avec Manuel, sur la rive droite, qui aurait lectives. Si la population soutient les Socia-
spécialiser uniquement dans
nos services directement, comme le sont tures arrivent. Ils commencent à jongler,
est la cheffe de son papa et quand papa est regroupé les associations qui accompa- listes, nous pourrons alors, avec Sami Ka- ce domaine, puisque les ques- typiquement les problèmes financiers de en espérant que la situation s’améliorera
absent, il est à Berne pour travailler. Dans gnent la parentalité. J’ai également voulu naan, être deux pour mener de nouveaux tions d’argent dépassent sou- personnes surendettées. Mais nous ne bientôt. Un facteur extérieur vient parfois
sa perception, mon engagement se traduit créer un centre des droits humains, lieu combats. Je connais très bien Sami, nous voulons pas faire que cela. Pour aborder aggraver la situation. Une fois qu’elles au-
par «  beaucoup parler et porter des pa- de rencontre des ONG et de la population, allons véritablement œuvrer ensemble vent les considérations pure- les problèmes financiers, une certaine ront épuisé toutes leurs ressources per-
piers  », elle en a fait un jeu, ce qui est aussi qui aurait mis en valeur la Genève interna- pour une ville de Genève moderne, sociale, ment financières. Anne-Marie polyvalence est necessaire, afin de ne pas sonnelles, les personnes demanderont de
stimulant pour moi, me permet parfois de tionale. On le sait, mais on l’oublie parfois : et qui ne laissera personne sur le carreau. être déconnecté. l’aide. La réception d’un commandement
relativiser (sourires). Genève est une ville multiculturelle et plus Pour cela, nous avons besoin du soutien de
Hirt et Olivier Lozeron, tous
de payer de l’Office des poursuites, voire
de 40000 personnes travaillent dans les la population, nous allons maintenant aller deux assistants sociaux, nous Les personnes rencontrant ces problèmes un avis de saisie provoque souvent la de-
Tu as maintenant travaillé presque quatre organisations internationales. Si l’on sou- le chercher. éclairent sur les enjeux et les sont-elles orientées vers vous par le réseau mande de rendez-vous en urgence. Leur
ans comme Conseillère administrative, haite rester la capitale des droits humains, social  ? situation est souvent complexe, car instal-
quel bilan tires-tu de tes actions au- il faut s’en donner les moyens. Pourtant, pratiques de leur lutte contre lée depuis longtemps au moment où elles
jourd’hui ? ces projets novateurs n’ont pas été sou- le surendettement. AMH  : Oui. D’abord par l’entourage viennent nous voir. Les personnes atten-
proche, mais aussi d’autres services so- dent un bilan rapide, alors qu’il est néces-
Sylvain Thévoz : Quel est concrètement ciaux, les centres de quartier, les admi- saire d’effectuer une évaluation globale
votre rôle et comment le remplissez- nistrations (office des poursuites, service qui prend du temps. Il faut comprendre
vous  ? des prestations complémentaires, l’Admi- que les dettes ne seront pas réglées en un
nistration fiscale cantonale, le tribunal de entretien.
Anne- Marie Hirt : Nous assurons des première instance, etc). Nous bénéficions
permanences chaque lundi et mercredi: d’une reconnaissance sur la place publique OL  : Souvent, les gens viennent poussés
une permanence d’accueil de 13h30 à pour tout ce qui a trait au surendettement. par d’autres membres de la famille, des
16h30 et simultanément une permanence connaissances, l’employeur...
téléphonique de 14h à 16h30. Ainsi, les per- Avez-vous les moyens de faire face à toutes Les gens parent à ce qui leur semble le
sonnes peuvent s’adresser directement à ces demandes  ? plus urgent en laissant de côté le fonda-
un assistant social, pour demander un ren- mental. Nous constatons que les impôts
seignement ou exposer leur situation. Les Olivier Lozeron  : Notre équipe, consti- sont souvent les principaux impayés.
problématiques sont très souvent finan- tuée de 3.6 postes d’assistants sociaux, a Entre le premier acompte provisionnel
cières. En effet, les gens qui viennent nous géré plus de 800 dossiers en 2009. Vu la et la sommation, il peut s’écouler près de
trouver le font, en général, pour des pro- taille modeste de notre service, répondre à deux années. Les arriérés d’assurance ma-
blèmes financiers et plus particulièrement la forte demande est toujours un enjeu. De- ladie sont aussi courants. Les primes sont
de dettes (environ 50%). Nous sommes puis le début de cette année, notre équipe chères et certains usagers ne voient pas
également compétents en matière d’assu- est renforcée par un poste temporaire à toujours la nécessité de les payer en prio-
rances et de droits sociaux ; par exemple 50%, ce qui nous permet de faire face à la rité. Les prestations d’assurance maladie
pour la défense de dossiers auprès d’insti- forte augmentation des dossiers qui repré- peuvent être suspendues en raison des ar-
tutions officielles. sente près de 40% en dix ans. En outre, les riérés, ce qui limite l’accès aux soins. Par-
situations sont toujours plus complexes. fois, même le loyer n’est plus payé, ce qui
14 accompagner soutenir
15

ciers. On voit parfois des publicités pour dans un budget. Ainsi, compter les impôts
ces sociétés qui ne traitent qu’un dossier dans le minimum vital, ferait que l’office
administratif, sans prendre en compte la des poursuites délivrerait encore plus
situation psychosociale de la personne. Il d’actes de défauts de biens.
nous arrive d’être consulté par des per-
sonnes ayant eu une mauvaise expérience Et les personnes saisies n’auraient donc
avec ces organismes. plus assez d’argent pour rembourser des
banques  ?
OL   :   Leurs honoraires sont élevés et les
premières mensualités versées servent à AMH :  Exactement. La quotité saisissable
couvrir leurs frais. serait insuffisante et ne permettrait plus
le remboursement d’autres créanciers, par Ouvert à toutes et tous, le Centre Social
Quelles sont les statistiques du surendet- exemple, les organismes de crédit. Protestant est un service privé d’aide so-
tement  ? ciale destiné à des personnes en difficulté.
OL  : Le crédit bancaire est facile à obte- C’est un service indépendant qui offre un
AMH  : Il n’y a pas de statistiques offi- nir. Ensuite, la quasi totalité des prêts est soutien polyvalent avec des ressources va-
cielles ni d’Observatoire de l’endettement. remboursée, car les banques mettent une riées.
Nous appartenons à une association faî- énorme pression pour obtenir le paiement
tière, Dettes Conseil Suisse (DCS) (www. des mensualités dues. Quatre secteurs principaux  : Social, juri-
dettes.ch) qui récolte des données avec dique, réfugiés, consultation conjugale.
peu de moyens pour les analyser. Intrum Il y a-t-il un profil spécifique des personnes
Justicia (www.intrum.ch), qui est une mai- que vous rencontrez   ? Son budget annuel s’élève à 5 millions de
son de recouvrement internationale, pro- francs. Les subventions représentent 10
duit des statistiques sur les contentieux AMH  : Ce sont autant des hommes que à 12% de ce budget. Les 80% restant sont
qu’elle gère. des femmes, principalement dans la assurés par des dons, qu’ils soient moné-
tranche d’âge de 30 à 50 ans. Pour l’année taires (à hauteur de 30% du budget total),
peut entraîner une résiliation de bail voire Peut-on dire que vous aider vos bénéfi- OL   :   On fait un bilan psychosocial et donc OL : Une trentaine d’associations d’assai- 2009 nous avons tout de même 33 dos- mobiliers ou d’objets divers. Ces derniers
une évacuation du logement. Le crédit sera ciaires en quelque sorte à apprivoiser leur pas seulement comptable avant de s’at- nissement de dettes est membre de DCS. siers ouverts pour les moins de 30 ans. représentent 50% du budget total.
payé ou la poursuite afin d’éviter une sai- dette  ? taquer aux dettes. Il faut être dans une Chaque association récolte des données L’endettement touche de plus en plus les
sie, mais ils se trouvent ensuite dans des situation stabilisée. On regarde ainsi à et DCS a pour tâche de les réunir. Rien jeunes. Plus de cinquante collaborateurs y tra-
situations inextricables. Ajoutez à cela une AMH  :   En quelque sorte. Suivant les si- long terme ce que l’on peut faire pour que pour notre service les chiffres sont vaillent, ainsi quelques 200 bénévoles.
perte d’emploi ou une séparation, et tout tuations, nous pouvons conseiller aux usa- améliorer la situation de la personne. On impressionnants. En 2009 nous comp- Avez-vous des programmes pour travailler L’équipe est complétée par des personnes
bascule. gers de vivre avec leurs dettes, car pour demande donc aux gens de nous donner tabilisons 8 millions de francs de dettes en amont, avant que le surendettement ne au bénéfice de contrats d’emplois de soli-
certains il sera impossible d’assainir leur l’entier de leur situation afin d’en avoir une pour 174 nouvelles situations ! C’est dire survienne et qu’il ne soit trop tard  ? darité, des contreprestataires de l’Hospice
AMH   : Les personnes luttent pour s’en situation. Les dettes peuvent être «conge- vision claire. l’ampleur des montants. En chiffre moyen, Général, ainsi que des stagiaires.
sortir, mais sont souvent submergées et lées» à l’office des poursuites, par exemple cela représente 45 000.- de dettes par si- AMH : Oui. Nous faisons aussi de la pré-
perdent le sens des priorités. S’y ajoute la lorsqu’il y a des actes de défaut de biens. AMH  : Parfois, les personnes arrivent tuation. Mais il est difficile pour nous de vention. Avec le théâtre Caméléon, nous Des ateliers (Galiffe), un vestiaire social,
très forte pression de certains créanciers. Notre travail est alors de centrer la per- avec des sacs de factures, ouvertes ou non. saisir la dimension du surendettement à avons monté le spectacle «  A la poursuite des activités bel âge, l’organisation de
Un organisme bancaire qui veut que vous sonne sur la gestion du quotidien afin de Nous comptons environ trois mois pour un niveau global. du découvert  », qui tourne dans certaines transport pour des personnes à mobilité
remboursiez votre crédit ne s’adresse pas vivre avec son minium vital, sans le réduire. clarifier une situation, contacter les créan- écoles depuis 2004. Nous avons également réduite, Renfiles, boutiques, etc.
à vous comme l’administration fiscale. La ciers, voir où en sont les dettes, et com- Ce manque de statistiques et d’intérêt du mis en place un atelier budget pour sensi-
première étape de notre travail consiste à OL   :    Dans certaines situations, nous ment stabiliser le budget. Certaines per- pouvoir public pour en avoir, comment biliser les jeunes par rapport à l’argent. A
établir avec la personne un budget courant conseillons aux personnes de laisser aller sonnes ont de la peine à exposer la totalité l’interprétez-vous  ? priori, la gestion financière s’apprend au
afin de stabiliser sa situation. Les charges aux poursuites, et de vivre avec ce mini- de leur situation. Il peut y avoir un senti- sein de la famille, mais cette transmission
incompressibles comme le loyer et l’as- mum vital, ce qui parfois les soulage. Ils ment de honte. Une relation de confiance AMH  : C’est un mélange de plusieurs ne se fait pas toujours facilement. Par
surance-maladie doivent être payées et peuvent vivre alors avec 1200.- par mois, doit s’installer afin qu’elles ne se sentent choses. Il est déjà difficile de reconnaître ailleurs, les sollicitations extérieures pous-
à jour et aucunes nouvelles dettes faites. alors qu’avant ils jonglaient avec trois pas jugés. Pour un bilan de situation, nous qu’il y a des pauvres en Suisse, donc s’il sent d’avantage à la consommation et au
faut en plus y ajouter des problèmes de crédit. Pour atteindre le public jeune et les
Le Centre Social Protestant
En parallèle, nous listons les créanciers et fois rien. Ils étaient à bout, dans un état avons besoin de tous les éléments consti-
déterminons la capacité de rembourse- d’épuisement incroyable. Dans certaines tuant les revenus et les charges. Etablir surendettement… cela remet en cause tout sensibiliser à cette problématique, l’école
un système sociétal et financier. Avoir des reste un lieu privilégié. Il est primordial 14, rue du Village Suisse
ment suivant le budget. Cette période de situations, nous conseillons la faillite per- un budget, c’est entrer dans la vie privée
bilan est souvent à faire accepter par la sonnelle même si elle n’est pas la meilleure chiffres sur l’endettement et le surendet- de prévenir le surendettement, pour ne CP 171-1211 Genève 8
des gens. Révéler où va notre argent, c’est
personne qui est centrée sur ses dettes et des solutions. Elle permet à certains de signifier qui nous sommes. Nous pouvons tement au niveau fédéral, c’est déjà la re- pas avoir à le guérir quand il sera déjà bien
attend une action immédiate. respirer et de repartir sur des bases plus ainsi mettre le doigt sur des situations connaissance du problème et amorcer des tard. 022.807.07.00
claires. délicates. Il faut prendre du temps pour ébauches de lutte contre le phénomène.
OL  : Nous remarquons que les gens paient cela, car avant même de faire un travail de Nous sommes là dans des choix politiques. info@csp-ge.ch
plutôt les anciennes dettes que les fac- AMH :  La faillite n’est pas un moyen d’as- désendettement, car c’est toute la situa- Par exemple, la loi sur les poursuites ne
tures courantes. Ils jonglent, essaient de sainir ses dettes, mais un moyen de souf- tion de la personne qui doit être prise en reconnait pas dans le calcul du minimum www.csp.ch
régler leurs dettes et se serrent tellement fler. Elle est à proposer avec parcimonie, compte. vital l’obligation de payer des impôts,
la ceinture qu’ils n’ont plus assez d’argent car il faut que les gens soient aptes à as- alors que cette charge est incompressible
pour se nourrir jusqu’à la fin du mois. On surer leur gestion courante. S’ils n’arrivent On ne parle donc pas que d’argent  ? au même titre que le loyer ou l’assurance
travaille avec eux pour qu’ils revoient la pas à gérer toutes leurs charges et refont maladie. Or, dans notre pratique, nous
gestion de leur budget et que leur mini- une dette, la procédure ordinaire de saisie AMH  : Effectivement, non. Il existe des constatons souvent que cette part d’impôt
mum vital soit respecté. reprendra. sociétés d’assainissement à but lucratif qui correspond à peu près à la part saisissable
ne travaillent que sur des aspects finan-
16 lutter 17

Les baisses d’impôt qui profitent aux mise en œuvre impossible, en diminuant d’emplois dans le tissu économique de
riches les recettes fiscales (baisse des barèmes, proximité. La Ville fait évoluer sa poli-
suppression de l’impôt sur les successions, tique d’achats et soutient activement les

La super-richesse En 2004, la population genevoise s’est lais-


sée séduire par les sirènes populistes de
la droite et a aboli la plus grande partie de
l’impôt de succession, une décision qui bé-
suppression annoncée de la taxe profes-
sionnelle, etc.) et augmenter en parallèle
les besoins  ! Or, c’est très exactement la
tendance qui se manifeste à Genève. Ge-
efforts entrepris par l’économie sociale et
solidaire. Par ailleurs, la Ville recourt régu-
lièrement à des entreprises dites sociales
afin de donner une place aux personnes
néficie avant tout aux fortunes majeures nève est une mosaïque passionnante mais qui pour des raisons souvent indépen-

crée la pauvreté
et qui soustrait à l’économie réelle des res- beaucoup trop délicate pour supporter dantes de leur volonté ne peuvent offrir la
sources importantes. cette tendance à terme, qui met en danger même productivité que la moyenne. Dans
ses fondements. le même ordre d’idées, la Ville a développé
Enfin, dans une collectivité de taille rela- le fonds chômage, qui soutient des initia-
tivement modeste comme Genève, l’aug- Monaco-sur-Léman pour les riches tives économiquement viables tout en
mentation des disparités dans le cadre offrant une perspective d’insertion à des
Sami Kanaan d’une croissance économique débridée Une partie de la droite genevoise semble personnes au chômage.
Candidat au conseil induit aussi des coûts directs et indirects vouloir poursuivre un projet politique
administratif de la ville consistant à faire de Genève une sorte de Enfin, l’initiative pour la promotion des
très substantiels: saturation du marché du
de genève Monaco-sur-Léman, misant sur une éco- places d’apprentissage, que viennent de
logement, excès de trafic motorisé, distor-
sions importantes sur le marché de l’em- nomie de casino. C’est un projet politique lancer les Socialistes, constitue aussi une
ploi. Ces effets pervers contribuent aussi effectivement tout à fait compatible avec action dans ce sens, car elle mise sur le
à saboter lentement mais sûrement la co- les besoins des super-riches ... sauf qu’il partenariat avec les entreprises locales
hésion sociale. s’agit d’une négation complète des réalités afin de renforcer l’offre de formation pro-
genevoises et que ce projet est sociale- fessionnelle pour les jeunes.
Le chômage est une bombe sociale ment indécent et politiquement suicidaire!

Le fait qu’il y ait à Genève entre 25000 Alors que le Canton semble glisser dans L’augmentation du nombre de super-
et 30000 personnes qui souhaiteraient cette direction, la Ville de Genève et les riches à Genève, n’est pas une bonne
travailler mais qui n’y arrivent pas, toutes autres communes urbaines avec une forte nouvelle. La multiplication de la super-ri-
catégories confondues, et ceci face à des présence des forces de gauche assument chesse s’accompagne aujourd’hui d’une
statistiques sur la création d’emplois qui leurs responsabilités pour maintenir et croissance des inégalités. Ceux qui la favo-
L’explosion des super-riches à et les pauvres se creuse, inexorablement.  » soit justifiée ou non, a beau être un sen- font de l’agglomération genevoise une des renforcer un tissu économique local, qui risent prennent une lourde responsabilité.
En clair, la croissance des revenus a sur- timent très subjectif, elle constitue un plus enviées d’Europe (sic  !), représente soit à la fois sain et durable. A nous les Socialistes de contrer efficace-
Genève est l’une des informa- tout bénéficié aux hauts revenus. Ainsi la poison social important si elle s’accom- une bombe sociale dont les effets se font ment cette dérive et de proposer une ri-
tions les plus frappantes issue proportion entre les plus hauts salaires et pagne du sentiment qu’une autre frange déjà sentir, à commencer par le succès de Le rôle de la Ville pour une économie chesse raisonnable et partagée  !
les bas salaires est passée d’un taux de 3 de la population vit dans une opulence discours politiques basés sur la haine, la di- humaine
de l’étude récemment publiée vision et le rejet.
à un taux de 3.6 en 10 ans, avec une nette croissante, et ceci sur un petit territoire
en matière de revenus et de tendance à l’accélération. Genève est deve- comme le nôtre, où la richesse sous toutes Il est important de rappeler le rôle essen-
fortune en Suisse, reprise dans nu le canton de Suisse avec les plus fortes ses formes est très visible. L’une des missions principales des poli- tiel de la Ville et des communes en matière
disparités sociales. tiques publiques est évidemment de mi- économique, même s’il est subsidiaire. La
l’édition du 11 novembre de la nimiser les effets pervers des inégalités Ville de Genève a ainsi créé la Fondetec
Tribune de Genève. Sous cette Cette évolution peut être qualifiée de né- Les impôts spéculatifs sociales, mais il ne faut pas rendre leur pour soutenir la création et le maintien
faste. Sans tomber dans le cliché simpliste
catégorie, on classe les per-
«  anti-riches  », cette dislocation progres- Même l’argument des recettes fiscales
sonnes déclarant plus de 10 sive de l’échelle des revenus en général, accrues peut être largement remis en
millions de fortune... et celle des salaires en particulier, induit question. Non seulement la capacité à
aussi une dislocation de la cohésion so- soustraire, légalement ou non, des reve-
ciale. L’une des règles du jeu pour assurer nus au fisc croît exponentiellement avec le
Ainsi, la fortune globale déclarée à Genève une bonne cohésion sociale est d’assurer revenu mais, de plus, on peut se poser des Sami Kanaan, un Genevois de son temps.
a augmenté, notamment en raison de la une homogénéité des revenus et de répar- questions quant à l’apport de ces richesses
forte croissance du nombre des super- tir au mieux les richesses produites. L’aug- à la santé économique et sociale collec-
riches. Doit-on s’en réjouir? Une réaction mentation des disparités économiques tive. En particulier, on peut se demander
superficielle pourrait conduire à répondre va de pair avec des disparités sociales, et si ces richesses sont produites et ensuite Sami Kanaan, 46 ans, est candidat de devenir directeur adjoint et ensuite député et membre de la direction de son
positivement à cette question, car cette engendre notamment une précarisation utilisées d’une manière qui contribue réel- socialiste au Conseil administratif de la directeur du département de la cohésion parti durant plusieurs années. Engagé là
évolution représente des recettes fis- accrue. lement à l’intérêt collectif, en termes de ville de Genève. Homme de conviction sociale, de la jeunesse et des sports. où il vit, vivant là où il s’engage, Sami a
cales supplémentaires et une capacité de création d’emplois durables et de lien so- et d’engagement, il cherche toujours en toujours travaillé pour le bien commun.
consommation accrue, générant ainsi du Les classes moyennes fragilisées cial. Quelle proportion de ces richesses dé- premier lieu l’intérêt commun, le dialo- Homme de conviction. Il a lutté ac- Le choix du parti Socialiste Genevois l’a
chiffre d’affaires et donc de l’emploi. En coule de l’économie spéculative, basée sur gue et les solutions équilibrées. tivement pour les questions de mo- placé sur le devant de la scène  ; sa re-
réalité, cette lecture est trompeuse, car La précarisation ne touche pas seulement des bulles financières malsaines, comme bilité (présidence de l’ATE durant de tenue est devenue prestance et sa sen-
frappée d’angélisme. les personnes à revenus très modestes, celle qui a  explosé  en 2008? Ou quelle D’origine suisse allemande et libanaise, nombreuses années), a soutenu tout le sibilité un style, à l’image d’une Genève
souvent déjà complètement précarisées, autre proportion s’auto-alimente sous polyglotte et voyageur, il est un Genevois processus d’élaboration du CEVA (co- urbaine et cosmopolite résolument ou-
Plus de super-riches et plus de super- mais aussi la partie inférieure de la classe forme de revenus découlant de l’accumula- de son temps, profondément attaché à sa fondation du Comité unitaire ProCE- verte sur le monde et prête à saisir les
pauvres moyenne qui a de plus en plus l’impression tion de fortune et de l’augmentation du pa- ville et à ses quartiers, à ses habitantes VA). Luttant contre les préjugés et les défis qui demandent de la poigne mais
de «  ramer  », sans perspective autre que trimoine individuel, sans investissement et habitants, à sa culture et à sa diversité. cloisonnements, il s’est engagé dans de aussi de la modération, de la vision et
Ce que ces chiffres montrent surtout, c’est nombreuses associations, dont le Groupe surtout, des compétences.
de réussir, de justesse, à boucler les fins conséquent dans l’économie réelle?
une augmentation à la fois nette et conti- SIDA Genève (qu’il a présidé) et la Mai-
de mois et d’espérer éviter «  l’accident de Diplômé en physique et en sciences
nue des disparités de revenus en Suisse, et son de Quartier des Eaux-Vives.
vie  » qui les précipiterait dans la précarité politiques, il a d’abord travaillé dans le
plus particulièrement à Genève. Comme
(maladie grave, chômage, divorce, etc.). Or, cadre de la coopération universitaire eu-
l’écrit Christian Bernet dans la Tribune de Membre du parti socialiste genevois de-
l’absence de perspectives positives, qu’elle ropéenne, puis rejoint un bureau d’éva-
Genève: «  A Genève, l’écart entre les riches puis 1988, il a été conseiller municipal,
luation des politiques publiques, avant
Créons Des plaCes D’apprentissage pour nos enfants19
!
Actifs toxiques : Les propriétaires de chiens ramassent Oseille  : Substance liquide ou plastique sans couleur ni GeNève, ville formAtriCe
leurs crottes. Pas les banquiers. odeur, extrêmement volatile et toxique. Mortelle à hautes En 2009, 1’961 contrats d’apprentissage ont été signés à Genève. L’administration municipale a elle doublé le nombre de places
doses. offertes. Les entreprises, les syndicats et l’état de Genève travaillent à une formation professionnelle de qualité.
Amnistie fiscale : Dernière trouvaille des députés de
droite pour faire un cadeau aux plus riches. Poursuites  :  Période brutale de sevrage imposée au rede-
il mANque DeS PlACeS !
Néanmoins, de nombreux jeunes peinent à trouver un apprentissage et se retrouvent sans perspectives professionnelles et
vable par des créanciers en manque.
sociales. Le manque de places est particulièrement important pour les apprentissages destinés aux élèves en difficulté.
Banque  :  Espace privé où l’on siphonne pour des soirées
privées les bas-de-laine des péquins. Privatisation   :  Manœuvre visant à faire effectuer à un SouteNir leS eNtrePriSeS loCAleS formAtriCeS
prix réduit des prestations moindres et dévalorisées. Nous proposons, par cette initiative, d’apporter un soutien financier aux entreprises locales qui créent des places
Bonus :  Prime à l’arnaque. Plus c’est gros, plus ça passe. d’apprentissage. Ainsi, nous renforçons la formation de nos jeunes et offrons une aide directe à l’économie réelle, éprouvée par
Salaire   :  Contre-prestation dévaluable au don de sa per- la crise financière.
Capital  :  Plus-value accumulée que l’on se refile de généra- sonne.
tions en générations ou que l’on pique à son voisin. GArANtir De boNNeS CoNDitioNS De trAvAil
Le soutien financier sera accordé aux entreprises qui offrent, sur la base des accords entre partenaires sociaux et de standards
Stern  :  Tant va la cruche à l’eau….
définis par la Ville de Genève, de bonnes conditions de travail aux apprenti-e-s. Cette initiative s’inscrit dans l’optique d’un
Crédit  : Grave addiction encouragée à des fins commer-
développement durable de Genève.
ciales. Trader  :  Franc-tireur ou homme de main, hypercardiaque
en puissance.
Faillites  : 6000 cette année en Suisse, record absolu.
+ 15,6%. Compensé par un nombre égal de créations d’entre- Troc  : Mécanisme où l’importance de la relation est au
prises. Le capital s’entre-dévore. moins égale au bien échangé.

Fisc Fucking  :  Pratique à hauts risques dont les adeptes Turbocapitalisme  :  Est à l’économie de marché ce que la
du barebacking social sont friands. clystérophilie est au bain de pieds.

Notre bilan, nos projets


Golden parachute  : Equivalent de la golden shower. Le UBS   : Pompe à fric du parti libéral. Recapitalisée par les
risque est toujours pour ceux qui sont en-dessous. pommes à hauteur de 6 milliards.
www.ps-geneve.Ch

Hiler :   Promoteur des Hedge Fund à Monaco sur Léman. Usure  :  Racolage légal (à utiliser jusqu’à la corde).

Impôts  :  ( seule façon de redistribuer … ) Zoug-Schwytz-Appenzell   :   Trio recomposant le pacte


fédéral de la finance par un serment des röstis. Les Romands « Les soussigné-e-s, électrices et électeurs dans la Commune de Genève, en vertu des articles 68A et 68B de la Constitution de
Kerviel   :  Ospel, Stäubli, Kürer; à la roulette, chacun a sa peuvent se le carrer dans l’os. la République et Canton de Genève du 24 mai 1847, de l’article 36 lettres b et c de la loi sur l’administration des communes du
chance ! 13  avril  1984 et des articles 85 à 94 de la loi sur l’exercice des droits politiques du 15 octobre 1982, demandent aux autorités
municipales l’instauration de mécanismes financiers soutenant la création de places d’apprentissage dans les entreprises sises
Marché  :  Monopoly. Case prison et dés supprimés.
en Ville de Genève qui offrent, sur la base des accords entre partenaires sociaux et de standards définis par la Ville de Genève,
de bonnes conditions de travail aux apprenti-e-s. »
Monnaie  :  Qui s’en soucie ?
Nom Année de Canton Domicile
Prénom usuel Signature
(en majuscule) naissance d’origine (adresse complète)

Ab€c€daire 3

Peuvent signer l’initiative, les citoyennes et citoyens domiciliés en Ville de Genève, y compris les ressortissants étrangers domiciliés en Ville de Genève et établis en Suisse depuis plus de huit ans.

Celui qui appose une autre signature que la sienne ou plus d’une signature est passible d’une amende administrative pouvant s’élever à Fr. 100.–. Les signatures obtenues par un procédé réprimé par la loi
doivent être annulées (art. 87, al. 1, lettres b et 91 de la loi sur l’exercice des droits politiques, du 15 octobre 1982, art. 91).

causes Le retrait total et sans réserve de l’initiative peut être décidé à la majorité des électeurs suivants formant le comité d’initiative : Carasso Grégoire, rue Cavour 7, 1203 Genève. Frigenti Empana Jannick,
rue de la Prairie 5, 1202 Genève. Romano Maria Vittoria, rue Muzy 11, 1207 Genève. Deshusses Gérard, avenue Peschier 4, 1206 Genève. Kanaan Sami, rue du 31 Décembre 24, 1207 Genève. Thévoz Sylvain,
rue John-Rehfous 2, 1208 Genève. Studemann-Wathier Virginie, rue Rothschild 42, 1202 Genève.

communes
Le service des votations et élections certifie la validité de signatures.

Le contrôleur : Genève, le
Nicht frankieren
Ne pas affranchir
Non affrancare

Geschäftsantwortsendung Invio commerciale-risposta


Envoi commercial-réponse

Parti socialiste Ville de Genève


Rue des Voisins 15
1205 Genève