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Résumé de Lecture:

L’origine de la tragédie par Friedrich Nietzsche


Philippe Bouchard - 17 mai 2018
pour Dr. Jérôme Melançon

Dans l’origine de la tragédie, Nietzsche nous explique l’opposition de deux éléments présents
dans l’art. Ces deux modes de création, l’esprit apollinaire et l’esprit dionysien représentent
deux forces opposées que l’artiste doit balancer. Ces forces sont métaphysiques, et dépassent
donc l’individu, qui doit s’y soumettre ou tenter d’y accéder de par son art. C’est cette idée
principale qu’il tente de démontrer grâce à des exemples historiques de la civilisation grecque,
des citations de Schopenhauer et une prose romantique qui tente d'interpeller le lecteur.

Dans les premiers chapitres, il tente d’expliquer l’esprit apollinaire et dionysien, appelé ainsi en
référence aux dieux Apollon et Dionysos. Le premier réfère (péjorativement ?), aux apparences
(Images du rêve) qui seraient opposées à la volonté, aux émotions qui s’emparent et qui
détruisent l’individu. Ces deux états sont présents dans l’art, au-dessus de l’individu, et c’est
leur opposition qui permet à l’art d’exister. Sans l’esprit dionysien, nous n’avons pas la volonté,
mais seulement la contemplation, et sans l’esprit apollinaire, nous n’avons que chaos et
douleur.

Au chapitre 6, Nietzsche explique ensuite comment les représentations extramusicales comme


le texte, des images ou la mise en scène sont “des représentations symboliques, nées de la
musique,— et non pas quelque chose comme une imitation de réalités extérieures étrangères à
la musique”. C’est l’interprète Apollinaire, contemplant la musique, qui extirpe ces images, ces
rêves d’apparences, du matériel musical selon Nietzsche et Schopenhauer. Le chapitre 16
exprime aussi cette idée que la musique doit provenir de l’essence même de la volonté, et non
pas tenter d’imiter le réel, qui n’est qu’une copie de cette essence du monde. Si le metteur en
scène ou le poète se laisse toucher par cette même source, il en tirera une vision artistique, au
niveau des apparences, qui sera corollaire, complémentaire à la musique. Schopenhauer, cité
par Nietzsche, va même jusqu’à dire que lorsque la musique tente d’imiter le réel, on oublie
d’inclure cette “essence intime du monde”, cette énergie de la volonté, au coeur de l’esprit
dionysiaque nietzschéen; et nous sommes donc en présence d’une musique qui “est seulement
l’imitation incomplète de l’apparence”.

Enfin, Nietzsche insiste qu’un art qui s’appuie trop sur la perfection de la performance, qui
combattrait l’esprit dionysien par la Science ou un esprit trop socratique (c’est-à-dire un esprit
critique voulant imposer le vouloir de l’individu de par la logique plutôt que d’accepter
l’abnégation de celui-ci) empêcherait alors la tragédie d’exister. Puisque l’on bloque l’accès aux
esprits créateurs en se concentrant sur l’individu et sa performance, sa représentation de l’art,
on ne pourra connecter avec la volonté Dionysiaque pure, qui vient de pair avec la souffrance et
la destruction de l’individu pour se soumettre à cette volonté.

Dans son “Autocritique”, il trouve cet écrit trop jeune, trop romantique et convaincu. Il dit
premièrement qu’il devrait tenter de démontrer plutôt que de convaincre, mais qu’il manquait de
distance avec son sujet, étant lui-même artiste. Il termine son autocritique en disant que
l’abondance de citations et de pensées “schopenhaueriennes” et kantiennes (que je n’ai pas
rencontré dans mes lectures), qu’il utilisait plutôt que de démontrer ses idées personnelles,
camoufle un peu ses idées. S’il avait à réécrire ce livre, il serait tout aussi personnel, mais
s’appuierait sur un langage plus personnel pour démontrer ses idées et intuitions
métaphysiques. Cet ouvrage est en effet très convaincu et utilise Schopenhauer comme
référence. Le ton romantique va toutefois de pair avec le sujet abordé, nous convaincant
presque de par sa prose de cette métaphysique de l’art, dont il dépeint les conséquences sans
toutefois en démontrer l’existence. Les exemples artistiques sont issus de la période grecque,
bien entendu, et les exemples musicaux renvoient souvent à Wagner, à qui il a dédié sa
préface, ou à Beethoven.

Les derniers chapitres, portants sur la science et le désir de perfection dans la performance au
détriment de la volonté naturelle de l’existence, nous laissent entendre que Nietzsche serait
déçu par la commercialisation de la musique, en ce sens ou le spectacle, la performance, la
virtuosité et la précision scientifique d’un ordinateur l’emporte souvent sur le résultat brut d’une
expression musicale “sans but lucratif”. Historiquement, on pourrait trouver plusieurs parallèles
à faire entre les Grecs vers la fin de leur époque glorieuse et les Américains présentement (qui
domine la culture populaire), autant au niveau de l’hybris généralisée que de l’emprise de la
science (ou de la technologie) sur leur culture et leur pensée.