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REVUE ÉCHANGES

(ISSN 2310-3329)

APPEL Á CONTRIBUTION
(Numéro spécial Coronavirus : août 2020)
CORONAVIRUS EN AFRIQUE : AGIR EN TEMPS DE CRISE, PENSER UN
AUTRE MONDE

Argumentaire

1. Contexte et justification

La crise sanitaire actuelle induite par le Coronavirus Covid-19, remet au goût du jour
la réflexion sur le profil de la rationalité scientifique conquérante ainsi que la mise en
question de l’anthropocentrisme nihiliste de notre civilisation. Elle bouleverse les
réquisits fonctionnels et les certitudes constitutives de l’humanisme moderne en nous
révélant, non seulement la finitude de la condition humaine, mais aussi l’évidence que
nous vivons dans un monde global aux risques globaux. Nous vivons dans une société du
risque (Ulrich Beck, 2008) à rebours de l’optimisme suscité par le développement
technoscientifique et le maniement objectivant de la nature, à la vérité, axiologiquement
neutre. Du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) au Coronavirus dont l’ampleur n’est
plus à démontrer aujourd’hui, en passant par la grippe de forme H1N1, la mondialisation du
risque sanitaire est une réalité avec laquelle les pays du monde doivent conjuguer. Le
Covid19 (Coronavirus desease 2019 : maladie de coronavirus de 2019) s’illustre
particulièrement non seulement par son ampleur, mais aussi par la rapidité de son expansion
(« sa mondialisation 1 ») et sa défiance de l’intelligence humaine, de la science et ses
applications technologiques, des systèmes sanitaires des pays du Nord et ceux des pays du
Sud à résilience presque inexistante.
Cette crise fragilise plus que jamais nos sociétés contemporaines déjà aux prises avec
de multiples défis : les dérives d’une économie mondiale dérégulée, la montée des
identitarismes et des extrémismes violents, le délitement du lien social, les crises écologiques,
etc. Elle met à rude épreuve les théories providentialistes de l’histoire, chantres du progrès et
accoucheuses d’idéologies triomphalistes. Leur vulnérabilité apparaît au grand jour. Cela
révèle à quel point l’irréversibilité et l’imprévisibilité sont comme les deux faces de la
même monnaie, les deux dimensions des progrès de l’esprit.
Cette pandémie met à rude épreuve les certitudes scientifiques, techniques,
idéologiques du monde actuel et questionne les présupposés qui ont fait longtemps les
prémisses de la construction du monde et du vivre-ensemble. Les idéologies sciences-
développement, capitalisme-bien-être, mondialisation-bonheur, etc. sont ainsi interrogées. La
démocratie considérée comme « le pire des systèmes à l’exclusion de tous les autres », selon

1
Signalée à la fin du mois de décembre 2019 en Chine, elle a atteint tous les continents au début du mois de
mars, soit à peine trois mois)
la formule de Winston Churchill (11/11/1947), et la puissance économique sont questionnées
dans leur pertinence et dans leur lien quand on se rend compte, d’une part, que c’est la Chine,
considérée par le monde occidental et démocratique comme une « dictature », qui a pu
rapidement réagir en prenant des décisions qui ont permis d’endiguer très vite la maladie et
elle vient au secours de l’Occident ; que le Cuba, présenté par le monde occidental comme un
État non démocratique et pauvre, vient en aide à l’Italie (une démocratie et la quatrième
puissance économique de l’Europe), à la France (pays démocratique, pays présenté comme
berceau des droits de l’homme et troisième puissance économique de l’Europe) dans ses
territoires d’outre-mer ; que la Russie de Poutine, perçue comme une dictature, vole au
secours des États-Unis (première puissance militaro-économico-démocratique du monde).
D’autre part, en conférant les pleins pouvoirs dans certains États (France, Sénégal, Togo,
etc.) à l’exécutif de prendre des décisions par ordonnance, quoi que temporairement, n’est-ce
pas reconnaître que devant certaines urgences, le lourd et complexe processus démocratique
n’est pas efficace ? Ce qui peut bien amener des spécialistes de la gouvernance à se demander
si la démocratie peut être opérante dans des pays comme ceux de l’Afrique où le quotidien
n’est fait que d’urgences. Pire, l’on peut légitimement se demander si l’humanisme dont se
proclame le monde actuel, héritage des luttes depuis le 17e siècle, est encore au cœur des
relations et des échanges lorsque l’on voit comment les puissances mondiales s’invectivent à
propos de cette pandémie et se font des coups bas. La « guerre » récente des masques de
protection en est illustratrice. Dans sa parution du 6 avril 2020, le très sérieux journal suisse
Le Temps raconte que l’accusation du détournement sans vergogne des masques de protection
concerne tous les pays développés. « En Ukraine, ce type d’accusations vise les Américains,
mais également les Russes et les Français. Sur Facebook, le député Andriï Motovylovets
raconte: “Nos consuls qui se rendent dans des usines chinoises y rencontrent leurs confrères
d’autres pays (Russie, États-Unis, France) qui veulent récupérer nos commandes. Nous avons
payé nos commandes préalablement par virement et avons des contrats signés. Eux, ils ont
davantage d’argent, et des espèces. Nous nous battons pour chaque cargaison.” Radio
Canada, de son côté, a évoqué une cargaison de masques chinois arrivée moins fournie que
prévu au Québec, à cause de l’appétit américain ». (https://www.letemps.ch/monde/masques-
methodes-pirates-americains).
Cette pandémie a fait découvrir au monde la puissance des réseaux sociaux où
circulent librement toute sorte d’informations. La grande majorité des personnes de par le
monde sont totalement perdue dans ce flot incessant d’informations et de désinformations qui
laissent croire que de puissants intérêts s’y cachent et s’y combattent. Les grands débats
(combats) par réseaux sociaux et toute sorte de média interposés des scientifiques et des
soignants cachent quelques fois mal des intérêts des grands groupes pharmaceutiques,
industriels et même des idéologies étatiques. Quand des spécialistes se querellent sur
l’efficacité on non de la chloroquine et ses dérivées comme si les méthodes et protocoles
scientifiques n’existaient plus, on peut avoir du mal à croire que c’est juste un débat
scientifique. Lorsque l’on dit que le port des masques était inutile pour la grande masse et
trois semaines après, on revient sur cela, on peut douter que ce soit juste le résultat d’une
avancée scientifique. Ne peut on pas dire comme l’artiste ivoirien Tiken Dja Fakoly « On a
tout compris ! » là où on ne comprend plus rien.
En Afrique, la riposte contre la pandémie du Coronavirus n’a pas tardé à se mettre en
place. Les gouvernants ont pris et mis en œuvre un ensemble de mesures sanitaires,
économiques et sociales. Les parlements de certains pays ont donné plein pouvoir aux
gouvernements autorisés à agir par ordonnances (Sénégal, Togo, etc.). Le corps médical et la
communauté scientifique des différents pays sont au front. Il y a eu un soudain regain
d’intérêt des gouvernants africains pour leurs communautés scientifiques nationales au nom
de la responsabilité de protéger (CISSE). Mais, une vérité mérite d’être dite : seule la
prévention sauvera l'Afrique face au Coronavirus. « Si l'on ne réussit pas à prévenir le mal, il
est plus grave et ne peut être guéri sans beaucoup de difficultés, de frais et de dangers », dit
John Locke (1997). Mieux, Hippocrate, médecin grec antique et père de la médecine, disait :
« Quand quelqu'un désire la santé, il faut d'abord lui demander s'il est prêt à supprimer les
causes de sa maladie ». On peut donc se poser à juste titre la question de savoir si les mesures
prises dans différents pays en Afrique sont efficaces pour contrer définitivement cette
pandémie et bien d’autres qui pourront surgir. Car il n’est plus possible d’imiter simplement
d’autres pays dont les réalités socioculturelles et sanitaires ne sont pas celles de l’Afrique.
Le regain de l'interrogation savante sur cette crise est à la mesure des enjeux et défis du
moment. Il est consécutif au sentiment de catastrophe, à cette « heuristique de la peur » (Hans
Jonas, 2000), qui nous invite à la méditation et au recueillement face à l’impuissance humaine
devant un phénomène qui semble fatal. Il nous invite à repenser la condition humaine dans sa
posture anthropocentrique, dans ses dérives égologiques, preuves de l’impasse ontologique,
malgré les garanties de la « macrotechnique » aux issues désormais incertaines. Il est un appel
à la modestie concernant notre maîtrise de la nature. On peut y voir la perspective d’une
réinvention du lien symbolique avec la nature, par sa reconquête éthique, sociale et
religieuse. Il en appelle à une réévaluation des risques : il est le « Temps de la responsabilité »
(Lenoir, 1991) et d’un nouvel agir humain face à ce qui apparaît comme une nouvelle
« éclipse de la raison » (Horkheimer, 1974), qui plus est, incite à l’urgence d’un
renouvellement de la réflexion éthique à propos d’un nouvel humanisme.
Une réflexion approfondie s’avère donc indispensable, au-delà de l’urgence sanitaire,
en vue de questionner, à partir de cette pandémie, les bases idéologiques de la construction du
monde et des pays du continent africain dont les particularismes ne doivent pas être négligés.
D’où le choix du thème Coronavirus en Afrique : l’agir humain en temps de crise. Il sera
question d’interroger le sens de l'agir dans un contexte de remise en cause des certitudes et
d’ébranlement même de l’éthique fondatrice des sociétés dont nous sommes héritiers. Il s’agit
d’explorer diverses dimensions dont le but est d’aboutir à un ensemble de propositions
conduisant au renouvellement des idéologies et de l’action pouvant aider au plan opérationnel
dans la riposte contre la pandémie du Coronavirus, mais surtout qui conduisent à de
nouveaux repères plus solides sur lesquels le monde en général et les pays africains en
particulier pourront se construire pour mieux se préparer pour d’autres éventualités . En
temps de crise, suivant les mots d’Albert Einstein, c’est l'imagination qui sauve car elle
« stimule le progrès, suscite l’évolution ».

2. Les différents axes de recherche

Les différentes propositions de contribution peuvent s’inscrire dans l'un des axes ci-
dessous sans s'y réduire, le but étant de susciter la réflexion pouvant aboutir à de nouvelles
idées et à des propositions d’actions en vue d’un présent mieux maîtrisé et d’un avenir
beaucoup plus sûr.
1. Les enjeux médicaux, pharmaceutiques et scientifiques de la crise ;
2. Les enjeux et défis juridiques et politiques de la crise ;
3. La mondialisation et les risques sanitaires
4. Le coronavirus et les nouveaux horizons de la démocratie ;
5. Appréciation et impacts des réponses économiques, financiers et organisationnels à la
crise sur la société ;
6. Crise sanitaire et relations bilatérales ou multilatérales ;
7. Les réactions africaines à la crise : mimétisme ou créativité ? ;
8. Crise sanitaire et nouvelles perspectives géopolitiques pour l’Afrique ;
9. Aspects anthropologiques et philosophiques de la crise ;
10. La crise sanitaire et les défis liés aux droits de l’homme ;
11. Médecines traditionnelles (ethnomédecine) et riposte contre le Coronavirus en
Afrique ;
12. Les enjeux éthiques et bioéthiques des soins cliniques et des essais thérapeutiques ;
13. Citoyenneté, civisme et solidarités en période de crise sanitaire ;
14. Intégration régionale et santé publique communautaire ;
15. Coopération internationale et santé publique globale.
16. Etc.

3. Directives pour la soumission des articles et la publication

1. Date de lancement : 12 avril 2020


2. Les contributions doivent respecter la ligne éditoriale de la revue Échanges.
3. Les contributions complètes doivent parvenir à la revue au plus tard le 15 juin 2020,
délai de rigueur.
4. La revue ne reçoit que l’article dans toute sa totalité
5. Le retour des instructions est prévu pour la fin du mois de juillet 2020.
6. La publication du numéro spécial est prévue pour la fin du mois d’août 2020.
7. Les conditions financière sont les mêmes que celles de la revue. C’est après la réception
de l’article que l’on vous demandera d’envoyer les frais d’instruction avec indication de
l’adresse et le moyen d’envoi. Donc ne pas envoyer les frais d’instruction avant qu’ils ne
vous soient demandés.
8. Une seule et unique adresse pour l’envoi des contributions et pour toute correspondance :
revueechanges@gmail.com
9. Cet appel est disponible sur le site du laboratoire LAMPES : www.lampes-ul.net
ATTENTION
 Lire attentivement cet appel et la ligne éditoriale de la revue car cet appel est soumis
aux mêmes exigences éditoriales que tous les articles de la revue.
 Toute contribution qui n’a pas de lien DIRECT avec le thème sera rejetée.