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Dossier de tourisme

Adoptant le tourisme comme un secteur prioritaire de ses choix économiques


dès la fin des années soixante, le Maroc était considéré à l'époque comme une
destination méditerranéenne pionnière, devançant tous les autres pays de la rive
sud de la Méditerranée y compris la Tunisie.

Il a cependant peu bénéficié de ce placement précoce sur le marché touristique


mondial puisque aujourd'hui (2001) avec 2,6 millions d'arrivées de touristes
internationaux et 13,5 millions de nuitées hôtelières (dont un peu plus de 2
millions pour les nationaux), il se situe en troisième position après la Tunisie
(4,8 millions) et l'Egypte (4,5 millions).

La situation change cependant sensiblement au cours des dernières années. La


courbe des arrivées s'est redressée depuis 1997 et une politique volontariste de
relance du secteur a été inaugurée par les autorités de tutelle et le secteur privé.

Aujourd'hui et malgré quelques difficultés dues aux effets des évènements du 11


septembre 2002, la place du secteur touristique dans l'économie du pays est
primordiale. En effet, bien que la part revenant au Maroc au sein des
destinations (concurrentes) de la Méditerranée soit encore très faible, le tourisme
n'en constitue pas moins un important élément de l'économie nationale. Avec
une recette de 21,6 Milliards de Dh en 2000, il serre de près les transferts des
émigrés à l'étranger (22,4 Milliards) et contribue ainsi largement à l'équilibre de
la balance des paiements. Il représente 7 % du PIB, génère 608 000 emplois
directs et indirects, soit 5,8 % de la population active occupée et fournit 16,5
milliards de recettes en devises. Il est surtout doté d'une forte capacité à façonner
l'espace et la société. En effet, les flux croissants qui se diffusent inégalement

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dans le pays, la mobilisation de crédits énormes qui vont s'investir au niveau
local et régional et l'intervention autrefois directe et de plus en plus indirecte —
de l'Etat pour impulser des aménagements régionaux marquent le pays et les
hommes de manière variable selon les régions. Le tourisme est devenu l'un des
éléments principaux de l'organisation de l'espace et un facteur déterminant de
modification des équilibres et des économies locales.

L'intérêt de traiter des nouvelles tendances du tourisme au Maroc dans le cadre


de ce dossier est triple. De façon général, et quelle que soit la destination, le
tourisme est un phénomène qui frappe par son évolution rapide et continue et il
est primordial de suivre ses évolutions ; Au Maroc ce tourisme est entrain de
vivre de sérieuses mutations, suite à la reprise qui a été enregistrée depuis 1997
(après une stagnation plus qu'inquiétante depuis le début des années 90) et avec
l'apparition de nouvelles formes et de nouveaux acteurs ; ce qui ne manque pas
de se répercuter sur l'espace et la société ; Enfin, le Maroc étant le pays invité au
festival, il nous paraît judicieux d'utiliser l'entrée touristique pour faire connaître
ce pays à un large public.

Mais les nouvelles tendances du tourisme marocain ne peuvent être analysées si


elles ne sont pas resituées dans l'évolution globale de ce tourisme. Il est donc
nécessaire que l'exposé parte d'une présentation du modèle touristique marocain
dans son ensemble pour mieux souligner dans un deuxième temps ce qui fait
l'originalité de ces nouvelles formes.

L'héritage de la période coloniale : Un produit


culturel surtout

L'entrée officielle du Maroc sur le marché touristique mondial est


habituellement fixée à la deuxième moitié de la décennie 60, lorsque le Maroc à

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travers le Plan de développement a inscrit le tourisme parmi les priorités. Mais
l'apparition d'une demande touristique au Maroc remonte bien avant.

Déjà sous la colonisation française, cette demande existait. Le tourisme était


alors pour l'essentiel un tourisme itinérant et basé sur des circuits privés qui
étaient soit préparés par des agences de voyages locales, soit le fait des agences
de la métropole, soit le plus souvent réalisés individuellement par des
voyageurs. Les voyages pénétraient loin dans le Sud vers le Tafilalet, le long des
oasis du Dra avec en plus visites aux anciennes capitales Fès, Méknès et
Marrakech et la montagne n'était pas absente dans les affiches publicitaires. A
cela il faut ajouter les croisières qui, à partir des villes côtières, effectuaient
parfois des incursions dans l'intérieur. Le tourisme de séjour se limitait à une
clientèle aisée et peu nombreuse, constituée par des hommes d'affaires et des
croisiéristes aux séjours très courts à Casablanca, Mohammedia, Marrakech et
Tanger.

Introduit à la même époque, le tourisme balnéaire était très limité dans l'espace
et concernait quelques petites stations limitrophes des plaines occupées par les
colons (Moulay Bouselham et Oualidia) ou à proximité des grandes capitales
(les plages au sud de Rabat ou au Nord de Mohammedia et qui gardent encore
des noms héritées de l'époque : sable d'or, val d'or, Manesmann etc.). Ces
stations très simples dans leurs aménagements (cabanons en bois) répondaient à
un besoin interne et non à celui du tourisme international.

Cette situation va durer jusqu'à la fin des années 60 et pour cause : Malgré la
disponibilité des littoraux, le Maroc avait un potentiel touristique diversifié et
avait à vendre surtout du culturel.

La diversité du produit est elle même facilitée par une diversité du potentiel. Le

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Maroc en tant que pays touristique devait sa renommée à l'époque tout d'abord à
ses centres historiques et culturels dispersés aux quatre coins du pays et à la
variété et à la beauté de ses paysages et sites.

Encore aujourd'hui, l'intérieur du pays offre d'importantes potentialités naturelles


et humaines. La nature en elle-même -en particulier les montagnes et le grand
Sud- est un potentiel varié pouvant faire l'objet d'une exploration touristique. Le
plus souvent, cette nature se combine à des aménagements humains pour créer
des types de paysages. C'est le cas des paysages typiques des collines préri-
faines et des piémonts montagneux. La ville marocaine offre aussi, en plus d'une
ambiance dépaysante, une richesse incontestable quant aux monuments
historiques.

Ainsi lorsqu'il est arrivé sur le marché touristique international, le Maroc


bénéficiait d'une diversité des richesses touristique telle qu'on pouvait supposer
que le produit touristique marocain allait être diversifié dans ses formes et diffus
dans ses implantations.

Les mutations de la demande

La clientèle classique du Maroc était une clientèle mobile et qui recherchait


avant tout un produit culturel.

Lorsqu'on examine les statistiques touristiques officielles on est frappé par la


croissance relativement rapide de la fin des années soixante et du début des
années soixante dix et on a pu parler pour des pays comme le Maroc de boom
touristique. De 150 000 entrées en 1961, le pays est passé à 1 226 000 entrées en
1973. Cette même année 1973. Les seuls mois de juillet, août et septembre
enregistrent l'arrivée de 500 000 touristes, soit plus que toutes les entrées des

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deux années 1962-1963. Mais lorsque l'on prolonge la courbe des entrées sur
une trentaine d'années l'irrégularité de ce flux ressort plus que sa croissance
fulgurante.

Aujourd'hui, avec 2.400.000 touristes étrangers et plus de 10 millions de nuitées,


le Maroc a repris son rythme de croissance d'autrefois.

Dans cette ascension, les vacanciers européens ont toujours constitué plus de 50
% des touristes se rendant au Maroc. Six pays (France, Espagne, Angleterre,
R.F.A, Scandinavie, Benelux) fournissent l'essentiel des arrivées. Tournant
autour de 60 % durant les années soixante, la part de la clientèle européenne a
grimpé à 70% à la fin des années soixante dix pour atteindre 80% depuis 1979.

Le monopole d'une seule zone d'émission est encore plus net quand on considère
les nationalités à part.
Les touristes français représentent plus du quart de la clientèle, en dépassant
même 30% à deux reprises. Leur part dans le total des nuitées atteint 40%. Cette
nationalité a toujours été la principale cliente du Maroc et ce, pour des raisons
bien connues (liens historiques et traditionnels, facilités de communication,
proximité) auxquels il faudrait ajouter le poids du Club Méditerranée qui est
présent avec 7 Villages de Vacances.

Le comportement touristique de la clientèle française pendant les années 70 était


assez spécifique quand on le compare au style touristique qui domine chez la
clientèle allemande ou scandinave, par exemple :
C'était surtout un tourisme itinérant et individuel. La proximité du Maroc et la
possibilité d'utiliser la voiture pour effectuer le voyage via-l'Espagne a joué un
rôle primordial dans ce sens. De ce fait, la clientèle française, va marquer le
tourisme marocain jusqu'à la fin des années 1970 par son style itinérant et

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individuel. Ceci se traduit par la prédominance du tourisme mobile et à
composante culturelle. Les zones qui attirent le plus les touristes français sont
par ordre décroissant: Marrakech Errachidia-Ouarzazate et Fès-Méknès à côté
d'Agadir, attirent le plus les touristes français. C'est dire que le client français est
partagé entre le tourisme itinérant dans l'intérieur et les séjours balnéaires avec
une préférence au premier. La situation va changer lorsque la clientèle française
comme les autres nationalités qui commencent à fréquenter le Maroc change ses
comportements touristiques.

De nouveaux acteurs

Autrefois, l'acteur principal et unique pour le développement du tourisme au


Maroc était l'Etat.

Dès 1978, l'Etat en tant qu'investisseur avait commencé son retrait, retrait
devenu réel aujourd'hui puisque la plupart des hôtels étatiques sont devenus
privés et que les encouragements et aides consenties aux investisseurs ont été
limités. Il est même question de privatiser l'Office Marocain du Tourisme dont
la mission est la promotion du Maroc à l'étranger. Finalement l'Etat n'est présent
dans le domaine du tourisme qu'à travers le Ministère qui oriente et planifie.

Il a été de ce fait relayé par d'autres intervenants que l'on peut regrouper sous le
terme d'acteurs locaux. Il ne s'agit pas ici des organisations professionnelles
comme les hôteliers ou les agences de voyages ou de la promotion comme les
syndicat d'initiative et de tourisme, mais bel et bien d'agent locaux qui prennent
des initiatives pour promouvoir le tourisme.

L'Etat a initié quelques unes de ces organisation comme par exemple les GRIT
(Groupement Régional d'Intérêt Touristiques) qui sont des associations

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regroupant tous ceux qui au niveau régional sont impliqués de près ou de loin
dans le développement touristique local et régional. Certains de ces GRIT sont
très actifs comme celui d'Agadir ou de Marrakech.
Mais les initiatives les plus intéressantes semblent être celles qui n'ont pas été
initiées d'en haut. Prenons ici l'exemple du développement du tourisme dit
caravanier dans la région de Zagora.

La région a fait l'objet d'une demande presque spontanée de la part du tourisme


international avide de nouveaux espaces et de nouvelles rencontres. En réponse
à cette demande et en l'absence de l'Etat, de jeunes, souvent diplômés chômeurs
de l'université au ancien guide clandestins ou les deux à la fois, se sont convertis
en promoteurs du tourisme au niveau local.

Achetant, louant ou utilisant une parcelle héritée dans la palmeraie, ils


aménagent des bivouacs en installant des tentes de nomades. L'invasion de la
palmeraie par le sable est valorisée dans la mesure où ce bivouac tout en étant
installé dans la palmeraie l'est aussi au pied d'une dune. L'investissement fait
appel à différentes sources de financement (économie, solidarité familiale,
émigration internationale, appui d'amis notamment étranger, crédit auprès d'une
banque). Cet investissement est destiné à l'achat des tentes et à leur
ameublement, l'achat ou la location d'un troupeau de chameaux, l'achat ou la
location de véhicules tout terrain et le paiement du personnel. Ce dernier est
composé d'un cuisinier, de chameliers et de différents aides. Des randonnées à
dos de chameaux, à pied ou en véhicules tout terrain ou combinant ces différents
moyens de déplacement sont organisés dans toute la région et dure entre une
journée et une semaine. La promotion de cette activité s'appuie sur différents
canaux : agence de voyages domiciliées à Ouarzazate ou à Marrakech, bouche à
oreille, internet. Les relations avec l'étranger sont très étroites (amis et anciens
faisant la publicité et cherchant des financements, sites web particuliers sur

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internet). Nous avons là une connexion directe de zones périphériques avec le
système monde sans passage par la capitale régionale ou nationale ce qui donne
une forme originale des effets de la globalisation.

A Zagora même plus de 50 promoteurs de ce type de service ont été recensés et


un travail détallé d'enquête et de relevé est en cours pour évaluer les retombées
de ce type de tourisme. Les initiatives menées par ces acteurs locaux renvoient
au réveil de la société civile au Maroc : les jeunes promoteurs du tourisme
caravanier se sont organisés en une association qui porte un nom significatif
ACTECOD. Présenter aux autorités locales et aux ONG un seul interlocuteur et
défendre les intérêts des organisateurs de tourisme caravanier sont les principaux
objectifs de l'association. Créée en 1999, l'association a déjà à son actif plusieurs
actions : collecte des ordures laissées à côtés des bivouacs, sensibilisation à la
propreté, confection et installation de panneaux, formation des guides et des
chameliers, obtention de fonds auprès d'ONG et de projets de développement
local.

A côté de cette association existe à Zagora d'autres associations comme


l'ADEDRA et l'Association des guides touristiques de Zagora. Ailleurs nous
avons relevé d'autres initiatives qui rappellent celles de Zagora.

Les grands enjeux du futur

Nous formulerons ces enjeux sous forme de questions, les réponses étant
prématurées aujourd'hui car tout dépendra de l'évolution des choses.

La concurrence balnéaire/culturel continuera-t-elle ?

Apparemment la compétition entre tourisme culturel et tourisme balnéaire est

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entrain d'évoluer en faveur du tourisme culturel. A partir de 1998 et pour la
première fois dans le tourisme marocain, la fréquentation de Marrakech par le
tourisme international dépasse celle d'Agadir. Si on y ajoute la fréquentation
d'Ouarzazate et d'Errachidia les deux destinations dépassent désormais 40% des
arrivées et 32% des nuitées. Avec les autres destinations de l'intérieur qui
attirent surtout par leurs attraits culturels le Maroc reçoit désormais plus de 54%
de ces touristes pour le produit culturel et plus de 44% des nuitées.

Est-ce que cela signifie que désormais la composante culturelle dans le produit
touristique est devenue la plus importante ?

Il est difficile de répondre à cette question dans la mesure ou nous relevons deux
tendances opposées. D'un côté il y a l'augmentation de flux de touristes qui
arrivent à la recherche du culturel. En plus des Espagnols et des Italiens, notons
ici l'arrivée récente des Portugais. Ces derniers viennent de plus en plus au
Maroc à la recherche de leur passé ! Ils visitent les anciennes possessions
portugaises où cette ancienne puissance avait laissé d'importants vestiges.

Le phénomène Marrakech qui annonce une pénétration des centres anciens des
villes marocaines par les résidents européens. La renommée internationale de la
médina de Marrakech a entraîné une forte demande sur les vielles demeures ou
Riyad que les résidents étrangers de différentes nationalités récupèrent au prix
fort pour les rénover et les transformer en riches résidences ou en maisons
d'hôtes. Plus de 500 opérations ont été recensées à la fin 2000. Même tendance à
Fès, Chefchaouen, Asilah, Essaouira.

Cependant les choses sont en train de changer et à grande vitesse comme le


montrent les ambitieux projets de stations côtières inscrits dans le contrat
programme. Ces projets constituent le point fort de la nouvelle stratégie déjà

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mise en application et basée sur un positionnement offensif sur le balnéaire. A
terme, les 130 000 lits des 6 nouvelles stations programmées (Plage Blanche,
Taghazout, El Haouzia, Essaouira, Khmiss Sahel et Saïdia) en s'ajoutant aux 90
000 lits existants porteront la part du littoral dans le total de la capacité
d'hébergement à 68 % accusant davantage la littoralisation de l'économie et de
l'espace tant décriée (tableau 3). En attendant, la répartition de la capacité
hôtelière actuelle accorde un peu plus de la moitié au littoral (55,5 %) avec une
destinations emblématique du tourisme balnéaire marocain, Agadir, qui
concentre à elle seule 24 % de cette capacité, suivie de loin par le Nord (13 %).
Le tourisme culturel localisé surtout à l'intérieur du pays est symbolisé par
Marrakech qui avec 19 % de la capacité serre de près Agadir et par le Sud
(Ouarzazate-Errachidia-Erfoud), nouvelles destinations qui s'affirment
progressivement (près de 8 % de la capacité). Enfin la zone côtière Casablanca –
Rabat combine les deux produits et s'adresse surtout au tourisme des nationaux
et aux voyages d'affaires ; elle a dépassé depuis déjà longtemps le Nord en perte
de vitesse et représente 14 % du potentiel

Publié le 15/03/2005 sur le site www.fmdt.ma

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