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« BIENS COMMUNS SCIENTIFIQUES » ET RECHERCHE EN SCIENCES

DE LA VIE : STRUCTURE, FONCTION ET VALEUR DE L'ACCÈS À LA


DIVERSITÉ GÉNÉTIQUE

Robert Cook-Deegan et Tom Dedeurwaerdere

ERES | Revue internationale des sciences sociales

2006/2 - n° 188
pages 317 à 338

ISSN 0304-3037

Article disponible en ligne à l'adresse:


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Cook-Deegan Robert et Dedeurwaerdere Tom, « « Biens communs scientifiques » et recherche en sciences de la vie :

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structure, fonction et valeur de l'accès à la diversité génétique »,
Revue internationale des sciences sociales , 2006/2 n° 188, p. 317-338. DOI : 10.3917/riss.188.0317
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« Biens communs scientifiques » et recherche en sciences de la vie :


structure, fonction et valeur de l’accès à la diversité génétique
par Robert COOK-DEEGAN et Tom DEDEURWAERDERE

| érès | Revue internationale des sciences sociales

2006/2 - N° 188
ISSN 3034-3037 | ISBN 2-7492-0917-3 | pages 317 à 338
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Pour citer cet article :


— Cook-Deegan R. et Dedeurwaerdere T., « Biens communs scientifiques » et recherche en sciences de la vie :
structure, fonction et valeur de l’accès à la diversité génétique, Revue internationale des sciences sociales 2006/2,
N° 188, p. 317-338.

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« Biens communs scientifiques »


et recherche en sciences de la vie :
structure, fonction et valeur de l’accès
à la diversité génétique

Robert Cook-Deegan et Tom Dedeurwaerdere

Introduction le domaine public. Pourquoi ? Pour mettre en


échec les efforts de nombreuses autres entreprises
Quelles sont les institutions qui ont crié haut et fort et universités désireuses de breveter des SNP.
devant la Cour suprême des États-Unis d’Amérique Le but de la présente étude est de dégager les
pour pouvoir être autorisées à utiliser des inven- raisons de l’importance de la mise en commun des
tions brevetées sans avoir à obtenir une licence ou données scientifiques. Certaines de ces raisons
à verser des droits ? Les universités ? Non, elles sont évidentes, mais d’autres le sont moins et peu-
s’opposent à l’exemption pour la recherche, et les vent même aller contre l’intuition première. Pour
responsables des technologies dans les universités comprendre ces dynamiques complexes de l’inno-
ont écrit une lettre pour s’opposer à la proposition vation, on peut procéder à des études empiriques,
tendant à inscrire une exemp- et c’est ce que font excellem-
tion générale pour la Robert Cook-Deegan est directeur de ment certains travaux dans ce
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recherche dans le droit améri- domaine. Ici, toutefois, nous

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l’Institute for Genome Science and
cain. L’industrie pharmaceu- Policy Centre for Genome Ethics, Law adopterons une approche his-
tique défend ardemment les & Policy (Université Duke) depuis torique, en nous concentrant
brevets, qui sont son artère juillet 2002. Il est l’auteur de The Gene sur la génomique et les res-
Wars: Science, Politics, and the Human
nourricière, mais dans l’af- Genome (New York : Norton, 1994 ; en sources microbiologiques
faire Merck c. Integra elles livre de poche, 1996 ; traductions comme domaine d’étude,
ont plaidé en faveur d’une coréenne 1995, japonaise 1996). mais en faisant à l’occasion
large exception en matière de Email : bob.cd@duke.edu des incursions dans des
Tom Dedeurwaerdere est directeur de
violation des brevets. recherche au Centre de philosophie du domaines connexes de la
Au tout début de l’his- droit et professeur à la Faculté de philo- recherche biomédicale (tels
toire du projet sur le génome, sophie, l’une et l’autre à l’Université que la bio-informatique ou la
qui a décidé de séquencer catholique de Louvain. On trouvera une biologie moléculaire ou cel-
liste de ses publications sur le site : lulaire) lorsqu’ils offrent de
les gènes et de mettre im- www.cpdr.ucl.ac.be/perso/dedeurwaer-
médiatement les informa- dere meilleurs exemples pour
tions sur les séquences dans Email : illustrer un argument. Nous
le domaine public ? Les pou- dedeurwaerdere@cpdr.ucl.ac.be prendrons également des
voirs publics ? Non, ils exemples tirés du domaine
avaient choisi d’appuyer le plus vaste des ressources bio-
séquençage des gènes dans quelques cas spéciaux logiques en général en raison des nombreuses ana-
seulement, et à petite échelle. C’est une grosse logies entre la génomique et les études en sciences
société, Merck, qui a décidé de financer cette de la vie portant sur les microbes et les formes de
activité et permettre le libre accès à ses résultats. vie plus évoluées.
Un consortium de sociétés s’est associé avec L’expression « biens communs scienti-
quelques institutions universitaires pour créer une fiques » (science commons) ne laisse pas d’être
collection de polymorphismes nucléotidiques quelque peu imprécise. Le mot « commons » a
simples (SNP). Elles ont déposé des brevets avec été largement utilisé par les juristes pour désigner
le ferme propos de les abandonner pour renforcer des biens en libre accès (Lessig, 1999 ;

RISS 188/Juin 2006


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318 Robert Cook-Deegan, Tom Dedeurwaerdere

Benkler, 1998). « Science Commons » est aussi Dans la pratique, on peut organiser la liberté
une organisation spécifique née du mouvement d’accès par différents moyens institutionnels. En
« Creative Commons ». « Science Commons » particulier, la structure du « bien commun scien-
est passée de la théorie à l’action en 2005, quand tifique » en génomique et en microbiologie dif-
elle s’est dotée d’un bureau et d’un administra- fère sur des points importants des « science
teur (John Wilbanks) pour s’acquitter de sa mis- commons » établis par les adeptes des logiciels
sion, qui est « de faire en sorte qu’il soit plus « à source ouverte » ou dans le cadre du projet
facile aux scientifiques, aux universités et à l’in- Creative Commons. C’est pourquoi il importe de
dustrie d’utiliser la littérature, les données et préciser ce que l’on entend par accès ouvert.
autres biens intellectuels scientifiques et de par- Si l’on adapte les catégories classiques de la
tager leurs connaissances avec autrui. « Science nouvelle économie institutionnelle (voir, par
Commons » s’emploie dans le cadre de la légis- exemple, Schlager et Ostrom, 1993) aux sciences
lation en vigueur sur le droit d’auteur et les bre- de la vie, on peut distinguer trois catégories
vets à promouvoir des mécanismes juridiques et importantes d’accès et de droits d’usage. Premiè-
techniques qui lèvent les obstacles au partage des rement, l’accès peut simplement désigner le droit
données 1 ». Si nous approuvons la mission de d’accéder à une ressource sans être autorisé à la
cette organisation, elle n’approuve peut-être pas transformer ou à pousser plus avant les
notre analyse ; nous n’avons aucun lien direct recherches sur elle. Ce peut être le cas lorsqu’une
avec elle et ne parlons pas en son nom. ressource est utilisée, par exemple, à des fins
Sur la question de savoir ce qui constitue un didactiques. Deuxièmement, l’accès à la res-
« bien commun scientifique », il y a quelque flou source peut comprendre le droit de la transformer
entourant ses frontières avec le « domaine et d’élaborer de nouveaux axes de recherche.
public ». Tout une terminologie se range sous la Troisièmement, dans certains cas, il est permis
bannière de la science ouverte ou de la recherche d’en développer et d’en commercialiser des
publique. L’expression « accès ouvert », par applications ultérieures. À partir de ces catégo-
exemple, peut désigner le libre accès pour ries, on peut distinguer les droits suivants, qui
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consulter des informations mais pas nécessaire- définissent les composantes du « science com-

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ment la liberté de les utiliser de toutes les façons mons » en sciences de la vie :
sans restriction. Pour certains, « science ouverte » – accès : le droit d’accéder à une ressource/infor-
signifie que personne ne peut en barrer l’accès. mation ;
L’accès à l’information – disons, par le biais de – utilisation directe : le droit de modifier une res-
licences copyleft (ou « virales ») permettant l’uti- source/information ;
lisation libre, la redistribution et la modification – utilisation ultérieure : le droit de modifier une
des œuvres – peut être subordonné à l’acceptation ressource/information et d’obtenir la pro-
de ne pas imposer de restriction aux utilisateurs priété des applications ultérieures ;
ultérieurs. L’information peut aussi être simple- – gestion : le droit de décider du mode de gestion
ment mise dans le domaine public, par exemple d’une ressource/information (par exemple
en la déposant dans une base de données publique une base de données) ;
d’accès libre pour n’importe quelle utilisation – propriété : le droit d’empêcher autrui d’utiliser
ultérieure, que celle-ci soit « propriétaire » (c'est- une ressource (droit d’exclusion) et de
à-dire protégée) par un droit exclusif ou vendre la ressource et tous les droits y affé-
« ouverte ». Nous nous intéresserons essentielle- rents (droit d’aliénation).
ment à ce dernier cas, qui suppose que l’informa- De ce point de vue institutionnel, il est clair
tion est à la disposition de tous, gratuitement ou à que la structure du « bien commun scientifique »
un coût minime. Parfois, l’utilisation fait l’objet diffère grandement selon que l’on examine le cas
de restrictions, mais celles-ci doivent aussi s’ac- de la GenBank 2, de MOSAICC3 ou du GBIF4 (voir
compagner de la gratuité ou de coûts minimes. tableau 1). Par exemple, comme nous le verrons
Nous ne partons pas non plus de l’idée qu’une ci-après, pour la GenBank, « accès ouvert » ne
fois que l’information est dans un fonds commun, signifie pas que l’utilisateur de l’information a
elle y est irréversiblement fixée. Elle peut, dans ipso facto le droit de s’en servir à des fins com-
certains cas, être utilisée puis en être retirée en merciales ou de développer des applications ulté-
étant assujettie à des restrictions, mais elle ne fait rieures. Si les séquences publiées dans la
alors plus partie du « science commons ». GenBank font l’objet de brevets, il faut obtenir
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Le Ministre délégué à l’Enseignement supérieur et à la recherche (à droite) visite le laboratoire de test haut débit
spécialisé dans la « chirurgie de l’ADN » à Romainville, France, avril 2006. AFP/Jacques Demarthon.

une licence pour les utiliser à des fins de d’action collective, les organisations qui ont joué
recherche ou de développement de produits 5. un rôle majeur dans la constitution du « bien
Pour le GBIF, la propriété sur la ressource et tous commun scientifique », les normes en vigueur
les droits y afférents appartiennent au fournisseur dans les communautés qui ont été le moteur de
de données local ; les conditions d’accès varient cette évolution et les caractéristiques qui ont
donc en fonction de la politique des organismes permis d’agir collectivement dans les exemples
de financement, principalement publics. L’accès réussis de « science commons ». Pour répondre à
au réseau de collections de cultures MOSAICC est ces questions, nous examinerons d’abord le cas
ouvert à tous ; cependant, lorsqu’ils se procurent de la génétique humaine, en raison de l’impor-
une ressource les utilisateurs doivent signer un tance historique de ce cas et aussi du rôle essen-
accord de transfert de matériel censé garantir la tiel de la génétique en général dans la
traçabilité des ressources et un partage équitable transformation actuelle de la recherche en
des avantages avec ceux qui les ont fournies. sciences de la vie. Ensuite, nous élargirons le
Ces institutions différentes ont trouvé des débat à d’autres domaines des sciences de la vie
solutions diverses quant à la signification de tels que la génétique des plantes et les outils poly-
l’idée de bien commun scientifique pour l’apport valents de recherche biotechnologique, pour
et l’utilisation de savoirs. Donc, si l’on veut éva- montrer que dans ces domaines aussi il y a un
luer des exemples historiques dans leur contexte besoin croissant de s’intéresser systématiquement
propre, il faut dans chaque cas préciser quelles à l’accès aux données et au partage des informa-
sont les structures institutionnelles et le type tions et ressources microbiologiques. Les don-
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320 Robert Cook-Deegan, Tom Dedeurwaerdere

Tableau 1. Comparaison entre la structure des « biens communs scientifiques » en sciences de la vie et celle du
projet « Science Commons ».

Propriété et gestion Accès et utlisation Utilisation ultérieure


directe

Science Commons L’auteur Accès ouvert, Autorisée si l’accès


les conditions ouvert est préservé
d’une utilisation directe
étant spécifiées dans
la licence

GenBank (base Domaine public Accès ouvert, Licence requise si


internationale ou brevet utilisation directe le matériel est breveté
de données sur autorisée (dans le cas
les séquences de la recherche
de nucléotides) universitaire, la pratique
établie est celle
de la renonciation
raisonnée
aux poursuites
judiciaires)

GBIF (portail mondial Base de données Accès ouvert, Applications ultérieures


d’accès aux bases originelle dans les pays utilisation directe spécifiées dans la base
de données de matériel d’accueil autorisée de données originelle
biologique non humain)

MOSAICC (code Les collections Accès ouvert et Autorisée, moyennant


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international de cultures utilisation directe un partage approprié
de conduite adopté par moyennant des frais des bénéfices avec
un réseau international de traitement modiques le fournisseur originel
de collections du matériel
de cultures) (s’il est connu)

nées sur lesquelles nous nous appuyons viennent génétique moléculaire et de la génomique, de la
essentiellement de documents publics et de protéomique et de l’élaboration d’outils de
recensions d’études de cas dans cette discipline. recherche pour le criblage et le génie génétique.
Cependant, des échanges de vues informels avec Dans la pratique, cela a amené à constituer des
des membres d’organismes de coordination réseaux et des établissements de recherche en bio-
comme la World Federation for Culture Collec- logie hybride, consacrés à la collecte d’organismes
tions (WFCC) et le Conseil international pour la entiers mais aussi à des parties essentielles d’orga-
science (CIUS), ainsi que des contacts avec des nismes telles que les plasmides (l’ADN circulaire,
spécialistes du génome et des chercheurs en bio- utilisé en biotechnologie), des lignées cellulaires,
informatique des universités de nos pays ont éga- voire des organismes entiers (dans le cas de
lement joué un grand rôle en nous aidant à mettre microbes). Parmi les exemples les plus connus, on
de l’ordre dans les données. citera les banques de semences internationales ex
Avant d’aller plus loin, deux points théo- situ des 15 Future Harvest Centers 6, mais on peut
riques doivent être précisés. D’abord, il y a des constater la même évolution avec la constitution
doubles emplois considérables entre les différentes de biobanques de tissus humains (par exemple
composantes du « science commons » en sciences pour la recherche sur le cancer) ou avec les vec-
de la vie. En particulier, la recherche sur les pro- teurs utilisés dans le domaine très médiatisé de la
priétés d’organismes entiers, depuis les microbes thérapie génique. Nous ferons des va-et-vient entre
jusqu’aux animaux, empiète sur les domaines de la ces différents domaines.
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« Biens communs scientifiques » et recherche en sciences de la vie 321

Deuxièmement, il y a beaucoup de chevau- La génomique :


chements entre la recherche universitaire dans le tempête dans un bocal
domaine de la santé et l’ensemble « commun » de
connaissances de biologie moléculaire. Les tra- autour de la science publique
vaux universitaires sont importants dans de nom- et de la science privée
breuses disciplines, et pas seulement en sciences
de la vie. Dans toutes les filières de l’activité scien- Ces dernières années, la génomique a été le
tifique et technique, les universités, les établisse- champ d’une lutte sévère, et parfois même féroce,
ments de recherche sans but lucratif et les pour définir ce qui doit être et ce qui ne doit pas
laboratoires publics (désignés ici collectivement être dans le domaine public, et à quelles condi-
comme institutions de recherche universitaires) tions. Nombre des combats ont eu pour objet la
jouent un rôle essentiel. Nombre de gens ont été préservation du « bien commun scientifique ».
formés à l’université – pas seulement les person- C’est devenu un enjeu politique explicite pour les
nels de R-D mais également les chefs d’entreprise pouvoirs publics, pour les organismes sans but
et les professionnels des technologies de l’infor- lucratif et pour les institutions universitaires –
mation – et ont ainsi bénéficié des échanges ainsi que pour les entreprises privées depuis 1992
d’idées scientifiques en milieu universitaire. L’uni- ou 1993, lorsqu’on a pris conscience de la pro-
versité est également le lieu où les normes de la messe commerciale que représentait la géno-
science, dans son acception mertonienne, ont un mique et que le rythme des financements privés
poids réel et où les normes d’ouverture, de com- pour soutenir la génomique dans les entreprises
munalisme, de critique mutuelle et de juste recon- dont la vocation est de gagner de l’argent a com-
naissance des mérites sont censées être respectées. mencé de s’accélérer.
Il arrive toutefois que la science universitaire se Le lancement du Projet du génome humain a
fasse dans le secret ou que les résultats n’en soient été marqué par un conflit entre les scientifiques
accessibles qu’à grands frais ou avec des restric- qui pensaient que c’était une mauvaise utilisation
tions d’utilisation draconiennes. Cette science ne des ressources et ceux qui y voyaient un moyen
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fait pas partie du « science commons ». La utile et efficace de dépenser les fonds publics

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« grande science » se prolonge dans l’industrie, y affectés à la recherche. Le projet ayant été élargi
compris – voire particulièrement – dans les à des cartographies, outils et organismes hors du
sciences de la vie, mais personne ne pense que les champ humain, la plupart des scientifiques ont
normes d’ouverture doivent prévaloir dans la R-D fini par le soutenir. Alors que ces controverses
industrielle, même si cela arrive dans certaines cir- s’apaisaient, un conflit encore plus médiatique
constances, auquel cas les résultats découlant de la éclata sur la question du séquençage complet du
R-D industrielle peuvent faire partie du fonds génome, opposant une société privée (Celera) au
« commun » scientifique. On en trouvera plusieurs projet du secteur public concernant le génome.
exemples dans les études de cas qui suivent. Dans un conflit comme dans l’autre, le champ de
Il n’y a donc pas identité entre « bien bataille était le « science commons ».
commun scientifique » et recherche universitaire. L’histoire est souvent présentée comme une
Il n’en reste pas moins vrai que, au moins en course entre J. Craig Venter qui, en 1998,
sciences de la vie, le « science commons » repose annonça son intention de séquencer le génome
essentiellement sur la recherche universitaire, et pour la jeune entreprise Celera, et le projet public
que celle-ci, dans la plupart des cas, l’enrichit sur le génome humain, dont les porte-parole les
probablement (même si, pour autant que nous le plus en vue étaient Francis Collins (États-Unis
sachions, personne ne l’a jamais vérifié). Une des d’Amérique) et Sir John Sulston (Royaume-Uni).
raisons de l’intérêt suscité par le monde universi- Collins dirigeait le National Human Genome
taire est que les politiques mises en place ces Research Institute du NIH (National Institute of
trente dernières années ont amené les esprits à Health) et Sulston le Sanger Centre, affilié à
s’interroger sur l’étendue future des « biens com- l’Université de Cambridge et essentiellement
muns scientifiques » ; en particulier, la question financé par le Wellcome Trust et le Medical
se pose de savoir dans quelle mesure les pouvoirs Research Council britannique. Un consortium de
publics, les bailleurs de fonds sans but lucratif et laboratoires financé par des institutions publiques
les institutions de recherche universitaires les et des organisations à but non lucratif d’Amé-
soutiendront. rique du Nord, d’Europe et du Japon a lancé le
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322 Robert Cook-Deegan, Tom Dedeurwaerdere

Figure 1. Financement de la recherche en génomique en 2000 (en millions de dollars des États-Unis).

2 500 –
2 061
2 000 –
1 653
1 500 –
1 000 – 900
500 –
0–
Pouvoirs publics Sociétés Secteur
et organismes de génomique pharmaceutique et
à but non lucratif biotechnologique

Source : Figure établie par les auteurs, références indiquées dans les notes du texte.

« Projet public sur le génome ». Sulston a fait et le « Projet public sur le génome » pour l’éla-
figure de champion pour ce groupement 7, insis- boration d’une séquence de référence complète,
tant avec éloquence sur la science ouverte, le par- deux sociétés – Human Genome Sciences, Inc.,
tage rapide des données et des matériels et et Incyte Genomics – s’employaient activement
lançant un appel vibrant à ne pas breveter des à séquencer des gènes humains. Bien d’autres
morceaux du génome humain sauf si l’on pouvait sociétés cartographiaient et séquençaient des
prévoir que cela favoriserait les investissements parties du génome humain et des milliers de
dans le développement de produits finis comme laboratoires versaient des informations concer-
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les protéines thérapeutiques. En 1996, le Well- nant la cartographique et le séquençage dans des

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come Trust parraina aux Bermudes une rencontre bases de données ou les communiquaient à des
entre les principaux centres de séquençage du publications scientifiques. Au moment des pre-
monde. Cette réunion aboutit à la définition d’un mières publications de séquences génomiques,
ensemble de « Règles des Bermudes » prescri- le rapport entre le financement privé et le finan-
vant de publier quotidiennement les séquences cement public était en gros de 2 dollars privés
d’ADN. La promesse de partager rapidement les pour 1 dollar versé par les pouvoirs publics ou
données allait de pair avec une exhortation à ne des organismes sans but lucratif (voir
pas breveter l’ADN sans une étude nettement plus Figure 1 8).
poussée de la fonction des gènes et sans en En 2001, la bulle du génome financier
démontrer l’utilité. La caractérisation de la fonc- éclata. À la fin de l’an 2000, la capitalisation de
tion génique n’étant pas l’affaire des centres de 74 sociétés de génomique cotées en bourse était
séquençage à l’ADN financés sur des fonds évaluée à quelque 94 milliards de dollars, les
publics, les Règles des Bermudes ont abouti dans 15 plus importantes représentant environ 50 mil-
les faits à imposer une politique de non-breveta- liards de dollars. À la fin de 2002, la valeur de ces
bilité aux centres de séquençage. 15 sociétés sur le marché était tombée à 10 mil-
De 1998 à février 2001, date à laquelle les liards de dollars, alors même que, selon leurs
revues Science et Nature publièrent des articles indications, leurs dépenses de R-D étaient pas-
rivaux contenant, respectivement, les résultats sées de 1 milliard à 1,7 milliard de dollars au
de Celera et du projet public sur le génome cours de ces deux années (Kaufman et coll.,
(Lander et coll., 2001 ; Venter et coll., 2001), il 2004).
y a eu deux projets concurrents de séquençage Si ces précisions sont données, ce n’est pas
du génome humain dans son intégralité. Plu- pour le plaisir de citer une liste monotone de
sieurs autres « projets de génome » étaient aussi chiffres, mais pour faire simplement observer
en cours parallèlement, dans le secteur public trois choses. Premièrement, si le secteur privé a
comme dans le secteur privé. Cinq ans avant que beaucoup investi en génomique, c’est dans l’es-
ne soit lancée la course, fort visible, entre Celera poir d’un profit financier. L’optique était tout à
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« Biens communs scientifiques » et recherche en sciences de la vie 323

fait différente de celle des pouvoirs publics et des veillance de la tension artérielle. Le deuxième
organismes sans but lucratif qui accordaient des facteur déterminant par rang d’importance a été
financements dont le but essentiel était de pro- le changement technologique, tel que l’introduc-
duire des biens publics – des connaissances et des tion de nouveaux médicaments et services, suivi
matériels largement diffusés en vue de faire pro- par la hausse des taxes sur le tabac en vue d’en
gresser le savoir et de lutter contre la maladie. réduire l’usage (Cutler et Kadiyala, 2001). Le
Deuxièmement, les investissements privés en R-D rendement estimé des capitaux investis dans le
ont représenté un complément très important du domaine du traitement médical était de 4 pour 1
financement public et de celui des organismes mais s’agissant de l’information du public, il a été
sans but lucratif. Ils sont venus postérieurement à de 30 pour 1.
la R-D publique et se sont appuyés sur les Les résultats obtenus par Cutler et Kadiyala
« science commons » sans nécessairement contri- ne peuvent être généralisés parce que le tabac est
buer à ceux-ci. Le bénéfice qu’ils ont apporté à la un facteur de risque sui generis, très important, et
société tient à ce qu’ils ont permis l’élaboration que les maladies cardiovasculaires se sont avé-
de biens et services qui, sinon, n’auraient pas été rées beaucoup plus réceptives à toutes sortes
produits. Mais, troisièmement – et c’est là un d’interventions que le cancer et d’autres maladies
point très pertinent pour les politiques – il serait chroniques. Le cancer, le diabète, l’arthrite et la
téméraire de conclure d’un heureux concours de maladie d’Alzheimer, notamment, semblent y
circonstances où la R-D privée enrichit le « bien être moins sensibles. En tant que prédicteur de
commun et scientifique » qu’elle contribuera tou- morbidité, le tabagisme n’a guère de rivaux parmi
jours à cet enrichissement en dehors de circons- les autres facteurs de risque. Mais la conclusion
tances exceptionnelles, d’ordinaire liées à des que l’information peut avoir une valeur écono-
particularités de la concurrence entre sociétés mique indépendante du fait qu’elle ne se traduit
dans un secteur industriel donné. pas en produits et services payants est néanmoins
importante. Même si l’information du public ne
Les applications contribue pas de façon aussi efficace à faire
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reculer les maladies chroniques autres que les


à la santé publique :

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maladies cardiovasculaires, il est probable que le
quand le marché échoue vecteur continuera de pointer dans la même
direction. On ne peut dire que l’information du
Pour montrer les raisons qui font qu’il est public sera toujours plus efficace que l’informa-
important d’avoir un patrimoine scientifique tion qui s’incarne dans de nouveaux médica-
« commun » en bonne santé, il faudra d’abord ments, vaccins, produits biologiques, appareils et
que nous quittions la génomique pour des consi- services médicaux dans le système de soins de
dérations générales sur la recherche médicale. santé. Mais s’il y a d’autres exemples de ce type
Selon Murphy et Topel (1999), les profits écono- – et la probabilité qu’il n’y en ait pas semble de
miques d’une augmentation de l’espérance de vie plus en plus ténue – alors le « bien commun » en
attribuable à la recherche médicale sont stupé- matière de sciences de la santé est essentiel parce
fiants, puisqu’ils ont été de l’ordre de 2 800 mil- qu’il est le seul qui puisse produire les bienfaits
liards de dollars par an entre 1970 et 1990 (dont résultant de l’information du public. Une science
1 500 milliards dus à la réduction des maladies protégée par des brevets ne peut produire de
cardiovasculaires). Souvent, les avantages sani- biens publics, à la fois par définition et pour des
taires de la découverte de nouvelles informations raisons instrumentales, à savoir que pour produire
sur la santé et la maladie ne viennent pas de médi- pareils avantages il faudrait qu’elle soit partagée
caments, de vaccins ou de services médicaux gratuitement. Dans l’expression « information du
mais de l’action des individus fondée sur ces public », les deux mots comptent. Nous avons
informations. Cutler et Kadiyala (2001) ont besoin des informations nouvelles que génère la
attribué les deux tiers des progrès sanitaires liés à science, mais pour tirer parti des nombreux avan-
la réduction des maladies cardiovasculaires aux tages sociaux qui découlent de ce savoir, nous
effets de « l’information du public » comme la avons aussi besoin qu’elles soient mises dans le
cessation ou la réduction de l’abus du tabac, la public.
modification des habitudes alimentaires, l’aug- La génomique offre plusieurs autres illustra-
mentation de l’exercice physique et la sur- tions de l’importance de l’information du public.
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324 Robert Cook-Deegan, Tom Dedeurwaerdere

Le rapport de 2002 de l’Organisation mondiale de laboratoires au moins (à Singapour, au Canada et


la santé intitulé Génomique et santé mondiale cite aux États-Unis) ont identifié et séquencé les
l’exemple de la fosmidomycine (OMS, 2002, souches du coronavirus à l’origine de la maladie.
p. 49). Ce médicament est actuellement testé pour Les informations sur ces séquences ont été large-
le traitement du paludisme en Afrique (Missinou ment diffusées et, en quelques mois seulement,
et coll., 2002). C’est une utilisation qui a vu le on pouvait se procurer une « puce » permettant de
jour lorsque le séquençage du génome du parasite détecter le virus à des fins de recherche et, éven-
du paludisme a mis en lumière un cheminement tuellement, d’utilisation clinique. Pour que des
métabolique dont on ignorait jusqu’alors l’exis- progrès se réalisent à une telle vitesse, il a fallu
tence. On savait que la fosmidomycine était un des normes de science ouverte strictes, avec des
composé qui avait un rôle inhibiteur et elle avait avantages sociaux évidents 10.
été mise au point pour traiter les affections des
voies urinaires. Quand il s’est avéré que ce médi- Apports publics
cament pouvait être utilisé comme antipaludéen,
on l’a sorti du placard pour faire des essais cli-
à la science privée
niques. Il y a là un traitement qui ne sera peut-être
jamais source de profit commercial, mais les Même si la contribution de la recherche médicale
avantages sociaux pourraient être énormes si le à l’information du public pourrait être moins
médicament est efficace étant donné qu’il y a des importante à l’avenir que par le passé, le rôle et
millions de malades du paludisme. À défaut de la l’importance du « bien commun scientifique »
fosmidomycine, peut-être d’autres découvertes diminuerait-il pour autant ? Dans la présente sec-
permettront-elles de prévenir ou de traiter le palu- tion, on n’insistera pas sur les bienfaits sociaux
disme, si l’on dispose des séquences génomiques non advenus faute d’un solide fonds commun de
complètes de l’hôte, du pathogène et du mous- données scientifiques. On s’intéressera plutôt aux
tique vecteur 9. Il est essentiel de diffuser dans le gains d’efficacité obtenus par la R-D privée parce
monde entier les informations sur ces organismes qu’elle est en mesure de mettre à profit ce fonds
commun.
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pour multiplier les bénéfices de la recherche. Si le

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marché mondial des médicaments contre le palu- Plusieurs orientations de recherche confir-
disme n’est guère porteur, c’est surtout parce ment l’idée qu’un pool public d’informations et
qu’on a affaire à une maladie qui touche des de matériel profite certainement à toutes les par-
populations pauvres. Les motivations commer- ties intéressées. C’est sans doute davantage le cas
ciales habituelles du système de propriété intel- en matière de recherche médicale que dans
lectuelle perdent leur pouvoir d’incitation lorsque d’autres domaines en raison du mutualisme pro-
aucune perspective de gain ne pousse à faire fond et bien connu entre R-D publique et R-D
passer des produits par le coûteux processus de privée en médecine.
découvertes et d’essais. Mais des réseaux d’orga- La preuve la plus directe en est donnée par
nisations sans but lucratif telles que la Malaria l’enquête Carnegie-Mellon auprès des respon-
Vaccine Initiative, le Fonds mondial de lutte sables de la R-D industrielle. Dans leur étude de
contre le sida, la tuberculose et le paludisme, le 2002, Cohen et d’autres auteurs concluent que
Programme d’action pour les médicaments essen- « la recherche publique a un impact substantiel
tiels de l’OMS et d’autres sources de capitaux sur la R-D industrielle dans quelques branches, en
« publics » pourraient être en mesure de décou- particulier l’industrie pharmaceutique », et que
vrir et de mettre au point des traitements nou- « les principales voies d’accès à la recherche
veaux même sans perspective de profit publique semble être les canaux publics et per-
commercial. Nombre des scientifiques les plus sonnels (publications, conférences, échanges
motivés pour étudier ces maladies travaillent informels) et non pas, par exemple, les licences
dans des pays pauvres en ressources, mais ils sont ou les initiatives de coopération. Enfin, on s’aper-
équipés d’ordinateurs et ont accès aux bases de çoit que les grosses sociétés ont plus tendance à
données publiques. Ils peuvent utiliser les infor- utiliser la recherche publique que les petites, avec
mations qui se trouvent dans les fonds communs cette exception que les jeunes entreprises font
scientifiques. elle aussi un appel particulier à la recherche
Une autre étude de cas porte sur le syndrome publique, surtout dans l’industrie pharmaceu-
respiratoire aigu grave (SARS). En un mois, trois tique » (Cohen et coll., 2002).
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« Biens communs scientifiques » et recherche en sciences de la vie 325

Voilà qui confirme certainement ce que l’on ments de gène pour passer à des ADNc entiers
dit des jeunes sociétés spécialisées dans la géno- (copies ADN de l’ARN messager qui encode des
mique, notamment de sociétés à fort potentiel de protéines). Le séquençage eut lieu à l’Université
croissance comme Celera, qui, dans leur histoire Washington de Saint-Louis, qui abrite l’une des
récente ont été très tributaires de la recherche uni- plus vastes installations publiques de séquençage
versitaire et continuent de collaborer avec ce sec- du génome, et les données devaient rapidement
teur (lequel représente parfois aussi un marché être mises dans le domaine public.
pour elles). Et on voit bien le rôle des grandes Merck finança le travail par le biais d’une
sociétés, qui préfèrent s’approvisionner en res- filiale à but non lucratif et n’avait pas d’accès pri-
sources dans le patrimoine scientifique vilégié aux données. On avait donc une grosse
« commun » plutôt que d’avoir à rassembler des société qui finançait le transfert dans le patri-
fragments épars de technologies et de données moine scientifique commun de données qui y
protégées par des droits. L’histoire de la géno- seraient gratuitement mises à la disposition de
mique en offre de nombreux exemples, dont deux tous. Quelles étaient ses motivations ? Quatre rai-
sont particulièrement célèbres. sons viennent à l’esprit : (1) elle barrait la voie à
Alors que le projet sur le génome prenait Incyte, Human Genome Sciences et autres jeunes
forme, l’importance des cartes d’organismes entreprises en créant un concurrent dans le sec-
humains et de divers « organismes modèles » est teur public pour empêcher d’autres sociétés de
apparue évidente. Restait à savoir sur quels types s’approprier l’exclusivité des droits sur les gènes,
de cartes il convenait de concentrer les finance- limitant ainsi le nombre de gènes sous licence,
ments et les efforts. L’un des points de désaccord (2) elle s’attirait la bienveillance des scienti-
concernait une « carte génétique » à établir à fiques, collaborateurs essentiels des activités de
partir de la technologie de l’ADN complémentaire recherche pharmaceutiques de Merck, (3) elle
– qui consiste à faire des copies en ADN de l’ARN faisait une excellente opération de relations
messager transcrit en protéines à l’intérieur des publiques, (4) elle tirait parti d’un financement à
cellules. La question qui se posait à tous entre but non lucratif. Si Merck avait payé les
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1987 et 1991 était de savoir si le projet sur le recherches dans le cadre des activités de R-D de la

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génome porterait également sur le séquençage de société, celle-ci aurait pu déduire fiscalement les
l’ADN complémentaire ; dans ce cas, les efforts de dépenses, mais il lui aurait aussi fallu justifier sa
séquençage commenceraient avec des fragments participation à un effort scientifique destiné au
d’ADN dont on savait qu’ils codaient des pro- domaine public auprès de ses actionnaires. Par le
téines, et qui fourniraient donc certainement les biais d’une filiale à but non lucratif, Merck a
codes de la plupart des éléments constitutifs financé des recherches relevant de la « grande
importants des cellules, tout en identifiant des science », a rehaussé son image et s’est donné
cibles pour la mise au point de médicaments. pour l’avenir plus de liberté d’agir, sans avoir à
C’est la décision du NIH de ne pas financer le montrer de retour sur investissement.
séquençage de l’ADN complémentaire qui a L’histoire du consortium SNP a commencé
permis à Incyte et Human Genome Sciences de cinq ans plus tard mais s’est déroulé en gros selon
s’engouffrer sur ce terrain avec des financements le même scénario. À la fin des années 1990, il est
privés car, en l’absence d’un effort public de apparu, que dans les séquences d’ADN, une seule
taille, les fruits mûrs du génome s’offraient à qui paire de base était souvent à l’origine de nom-
voulait bien les ramasser, les séquencer et les breuses différences entre individus. Ces diffé-
envoyer à un office de brevets avec des revendi- rences ont été appelées polymorphismes
cations. nucléotidiques simples (SNP). Elles pouvaient
Quand Incyte et Human Genome Sciences servir de marqueurs d’ADN pour déceler des héré-
se sont engagés sur cette voie, ceux qui voyaient dités, chercher des associations avec des maladies
dans les gènes des ressources de plus en plus ou des traits et étudier les différences entre les
importantes pour leurs efforts de R-D – en parti- populations ; les SNP étaient donc des outils de
culier les grands laboratoires pharmaceutiques – recherche précieux. De nombreuses sociétés de
se sont inquiétés. Merck a décidé d’agir génomique, notamment Celera, ont commencé à
(Williamson, 1999 11) et de financer des indiquer qu’elles découvraient des SNP et dépo-
recherches de séquençage à verser dans le saient des demandes de brevets. Étant donné l’in-
domaine public en commençant par des frag- certitude des réglementations concernant les
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326 Robert Cook-Deegan, Tom Dedeurwaerdere

types de brevets que les offices de brevets accor- capitalisme a fait œuvre magique en créant des
deraient, il a semblé possible que ces sociétés ressources du domaine public aux frais du secteur
parviennent à obtenir des brevets, ce qui signifiait privé pour empêcher que des entités privées ne
que quiconque voudrait utiliser un SNP particulier perçoivent indûment une rente sur des outils de
aurait besoin d’une licence. D’où la perspective recherche. Peut-on généraliser ce scénario ? Peut-
d’avoir à demander à un nombre inconnu (mais on se rassurer et considérer que les excès du sys-
probablement important) de titulaires de brevets tème des brevets seront compensés par des
qu’ils veulent bien accorder des licences sur des capitalistes éclairés qui protègent leurs intérêts à
centaines, voire des milliers, de séquences de SNP. long terme et leur liberté d’agir à l’avenir ? Les
C’était précisément ce type de situation cauche- affaires du Merck Gene Index (Index des gènes
mardesque que Michael Heller et Rebecca Eisen- de Merck) et du consortium SNP montrent qu’il
berg avaient vu se dessiner dans leur article faut parfois répondre par l’affirmative. L’ennui
classique de 1998 sur « l’anti-commun » (anti- c’est que la réponse peut parfois aussi être néga-
commons), ce terme qualifiant une situation où il tive. La meilleure assurance est sans doute la
existait en amont un trop grand nombre de droits diversité institutionnelle et une vigilance inlas-
exclusifs qui devaient être rassemblés, ce qui fai- sable.
sait obstacle à l’élaboration de produits finaux
tels que médicaments, vaccins, produits biolo- Le « bien commun scientifique »
giques ou instruments (Heller et Eisenberg,
1998). en microbiologie
Cette menace a poussé certaines sociétés et
institutions scientifiques à constituer une alliance Lors de la présentation que nous avons faite de la
pour s’opposer aux droits de propriété indus- structure et de la fonction du « bien commun scien-
trielle sur les SNP 12. Le consortium SNP a été créé tifique », nous avons surtout examiné le cas de la
en 1999 en vue de découvrir des SNP, de déposer génétique humaine en raison de l’importance his-
des demandes de brevets et de procéder à la car- torique de cette discipline et aussi du rôle fonda-
mental de la génétique en général dans la
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tographie et à la caractérisation des SNP, mais

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finalement les brevets ont été abandonnés. Les transformation actuelle de la recherche en sciences
frais et la paperasserie qu’entraîna cette danse de la vie. Nous allons maintenant élargir le débat
compliquée – dépôts de demandes de brevets, au partage de l’information dans d’autres
puis abandon de ceux-ci – visaient à s’assurer que domaines en microbiologie non humaine et en par-
les SNP restent dans le domaine public et ne soient ticulier dans d’importants domaines tels que la
pas prisonniers de droits conférés par des brevets. génétique des plantes et les outils polyvalents de
Il a paru nécessaire, à titre de stratégie de défense, recherche biotechnologique, pour montrer que là
de faire en sorte que les membres du consortium aussi il y a un besoin croissant de s’intéresser sys-
aient le statut d’inventeurs si des différends en tématiquement à l’accès aux données et au partage
matière d’antériorité éclataient autour de décou- des informations et ressources microbiologiques.
vertes connexes (en jargon de droit des brevets, Sur le plan historique, c’est la mise en
on parle de procédure de revendication de priorité commun de données microbiologiques non
d’invention pour désigner la procédure adminis- humaines par la création d’installations de
trative servant à déterminer qui est réellement le conservation ex situ publiques et à but non
premier inventeur). Dans le cas présent, des lucratif, qui a été le principal moteur de l’accès
sociétés privées de taille diverse ont fait front ouvert en sciences de la vie. Au cours des dix der-
commun pour empêcher que ne soient brevetés nières années, ces installations pré-génomiques
des outils de recherche. Elles attachaient une ex situ sont progressivement devenues des infra-
valeur suffisamment élevée à leur liberté de fonc- structures multiservices appelées « centres de res-
tionnement et se faisaient une idée suffisamment sources biologiques » (CRB), qui assurent la
claire de la menace que représentait le système collecte, l’organisation, l’entretien et les
des brevets pour supporter le coût d’une procé- échanges de ressources biologiques et de données
dure lourde et onéreuse destinée à élargir le et informations concernant ces ressources (pour
domaine public. une étude sur ce concept, voir OCDE, 2001). À
Une des interprétations de cette histoire, l’heure actuelle, le « science commons » en géné-
c’est que « le marché » a réglé le problème. Le tique recoupe en grande partie le fonds commun
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« Biens communs scientifiques » et recherche en sciences de la vie 327

d’informations microbiologiques tel qu’il est ouvert (dans le milieu naturel ou dans des instal-
organisé par les CRB. En particulier, la recherche lations ex situ) ont contribué de façon décisive à
en sciences de la vie est tributaire de la contribu- de nouveaux acquis en sciences de la vie. L’utili-
tion de la microbiologie à l’édification de l’infra- sation d’enzymes naturelles (pour catalyser les
structure générale de la R-D en biotechnologie et réactions chimiques), comme dans l’exemple de
de la compréhension, de la préservation et de l’enzyme extraite de Thermus aquaticus est très
l’utilisation durable de la diversité biologique. répandue dans l’industrie, laquelle reste tributaire
Notre histoire du « science commons » en de la fourniture de souches purifiées à partir de
microbiologie commence au Parc national de Yel- spécimens naturels de bactéries conservés dans
lowstone (Ten Kate et Laird, 2000, p. 237). Pen- les collections de cultures. De surcroît, en
dant l’été 1966, Thomas Brock, de l’Université recherche médicale, on estime que 25 % de tous
d’Indiana, et l’un de ses étudiants, Hudson les nouveaux médicaments sont directement ou
Freeze, ont recueilli des échantillons de bactéries indirectement dérivés de plantes ou d’organismes
dans le déversoir d’une des sources chaudes de naturels 13. Dans l’agriculture et l’industrie ali-
Yellowstone où la température était d’environ mentaire, il n’est pas rare que des variétés sau-
69°. La découverte de ces bactéries a marqué une vages de plantes ou des spécimens d’animaux
étape de la science, car elle prouvait que la vie parcourent le monde et soient échangés entre des
pouvait exister à des températures bien supé- organismes de recherche et de conservation avant
rieures à celles que l’on avait crues possibles de donner lieu à de nouvelles applications qui
jusque-là. Mais, à l’époque, on ne savait pas que sont ensuite commercialisées par des sociétés pri-
cette découverte aurait des conséquences bien vées. Par exemple, le développement de la pisci-
plus importantes. La souche isolée à partir de cet culture a beaucoup bénéficié de l’obtention de
échantillon a été déposée à l’American Type Cul- nouvelles variétés de tilapia, un poisson d’eau
ture Collection (ATCC) de Washington, la plus douce tropical que l’on trouve dans plusieurs
riche collection de cultures du monde puisqu’elle pays d’Afrique (Geer et Harvey, 2004, p. 135-
rassemble plus de 70 000 souches de matériels 141). Plusieurs variétés de tilapia ont été obte-
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microbiologiques du monde entier. Cet orga- nues au World Fish Centre de Malaisie (qui

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nisme fut appelé Thermus aquaticus (Taq) et ses appartient au réseau du Collaborative Group for
découvreurs publièrent leurs travaux sur son ADN International Agricultural Research (CGIAR)) et
en 1969. sont désormais utilisées en pisciculture dans les
Dix ans plus tard, Kary Mullis, alors cher- pays développés comme dans les pays en déve-
cheur à la Cetus Corporation de Californie, obtint loppement. Les droits de propriété sur ces
un échantillon de cette souche auprès de l’ATCC, variétés appartiennent encore au World Fish
qui, en vertu d’une politique d’accès ouvert, distri- Centre, qui n’impose aucune restriction d’accès
buait les échantillons contre paiement de simples pour des travaux de recherche à des fins non com-
frais de traitement (à l’époque, 35 dollars des merciales.
États-Unis). Mullis utilisa l’enzyme dans sa réac- Ces exemples illustrent comment la liberté
tion en chaîne par polymérase, qui lui valut le prix d’accès aux matériels microbiologiques du
Nobel de chimie. L’enzyme Taq a beaucoup sim- domaine public est fondamentale à la fois pour
plifié cette méthode, qui permet d’obtenir des mil- comprendre les processus élémentaires de la vie
lions de copies de segments d’ADN sans utiliser et pour la R-D biotechnologique. Cependant, étant
d’organismes vivants et qui est désormais très uti- donné l’influence croissante à l’échelle mondiale
lisée en biologie moléculaire. Cette technique a été des droits de propriété intellectuelle sur les pro-
encore affinée et largement employée dans des duits des recherches en sciences de la vie, les col-
applications comme la prise d’empreintes digitales lecteurs courent désormais le risque d’être
génomiques, le diagnostic de maladies infectieuses accusés de piratage biologique (Verma, 2002 ;
et l’étude des mutations génétiques. Après une Sheldon et Balick, 1995). En particulier dans les
longue controverse sur les droits conférés par les cas où les ressources biologiques viennent d’éco-
brevets, la plupart des droits sur la technique PCR systèmes fragiles ou lorsque des savoirs tradi-
ont finalement été acquis par la société suisse tionnels sont en jeu, les populations locales
Hoffmann-La Roche en 1991. peuvent légitimement prétendre à un dédomma-
On pourrait citer de nombreux cas où les res- gement équitable pour leur contribution à la pro-
sources microbiologiques détenues en accès duction et à la conservation de ressources et
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328 Robert Cook-Deegan, Tom Dedeurwaerdere

d’informations. C’est pourquoi un groupe de ces brevets sont autant d’incitations à soutenir des
scientifiques spécialisés en prospection biolo- « produits » commercialisés par des sociétés, des
gique s’est réuni en 1988 à Belem dans le cadre équipes de service et de développement étant char-
d’une rencontre internationale de la société d’eth- gées d’en améliorer la qualité. Il reste à voir com-
nobotanique en vue d’adopter un ensemble de ment la situation va évoluer, mais les idées de
règles pour organiser la prospection biologique, « génomique ouverte » sont actuellement au banc
exigeant l’obtention du consentement éclairé des d’essai dans le monde réel, parallèlement à des
communautés avant de pouvoir accéder aux res- modèles reconnaissant davantage les droits de pro-
sources biologiques et informations connexes et priété.
les utiliser. La « Déclaration de Belem » adoptée Les bases de données elles-mêmes pour-
lors de cette conférence a également été cosignée raient devenir un sujet de préoccupations. Au
par les chefs de communautés autochtones invités cours des premières années, le projet sur le
à la conférence (Posey et Dutfield, 1997, p. 146- génome humain a donné lieu à de nombreuses
149). Cette déclaration a eu une influence très décisions concernant la destination de bases de
grande sur les codes de conduite adoptés ulté- données essentielles. Les variations et maladies
rieurement, tels que le code de conduite MOSAICC génétiques humaines ont été amoureusement
et les Lignes directrices de Bonn de la Conven- cataloguées par l’équipe réunie autour de Victor
tion sur la diversité biologique. McKusick à l’Université Johns Hopkins pour
Une autre étape importante a été franchie en produire la base de données en ligne du patri-
microbiologie avec l’extension de ces réseaux moine mendélien chez l’homme (Online Mende-
mondiaux de conservation et d’innovation en lian Inheritance in Man – OMIM). De nombreuses
matière de diversité microbiologique sous la autres bases de données ont été compilées pour
forme de bases d’information planétaires acces- conserver des données sur les cartes génétiques
sibles sur l’Internet. Selon des modalités sem- humaines de divers types, et il en va de même
blables à celles du projet sur le génome humain, pour d’autres organismes. Les données sur les
le dialogue entre les protagonistes a permis de séquences d’ADN de la GenBank ont été rassem-
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créer un portail Web appelé Système mondial blées dans un premier temps par trois équipes aux

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d’information sur la biodiversité (GBIF 14). Ce sys- États-Unis, en Europe et au Japon, qui ont par-
tème est physiquement installé au secrétariat de tagé leurs données. La création et la coordination
Stockholm mais on peut y accéder librement sur de ces bases de données, y compris des bases de
l’Internet et consulter ainsi un millier de bases de données de séquences, n’a pas été une tâche
données nationales qui elles-mêmes ouvrent facile (Smith, 1990), mais la bataille n’a porté
l’accès à des informations actualisées sur le que de manière limitée sur leur potentiel com-
monde de la microbiologie. mercial. Les bases de données GenBank contien-
nent de nombreuses erreurs (Pennissi, 1999,
Gilks et coll., 2005), et la création d’incitations
« Bien commun scientifique » financières suffisantes pour encourager leur
et efficacité économique : conservation et leur maintenance attentives est
le coût de l’accès aux données une des raisons avancées en faveur du maintien
de droits de propriété sur les bases de données.
Avant de clore le débat, il n’est pas inutile de se Mais c’est là une décision qui ne devrait pas être
livrer à un pastiche historique. Si l’histoire et la prise à la légère.
géographie avaient été différentes, et si les sociétés Une expérience se déroule dans les condi-
spécialisées dans les bases de données s’étaient tions du monde réel depuis une dizaine d’années
intéressées à la génomique un tout petit peu plus et l’on peut s’appuyer sur elle pour prendre ce
tôt, l’histoire aurait pu être très différente. En effet, genre de décisions, la protection des bases de
les premiers algorithmes permettant d’interpréter données étant forte en Europe et n’étant assurée
les séquences d’ADN – tels que les algorithmes que par le droit d’auteur aux États-Unis. On peut
BLAST et Smith-Waterman – ont été mis au point se demander jusqu’à quel point les choses
par des chercheurs soucieux de science ouverte. auraient été différentes si le projet de génome
Ces dernières années, des brevets ont commencé à avait été lancé en Europe juste dix ans plus tard,
être accordés pour des méthodes de bio-informa- lorsque la Communauté européenne a jugé bon
tique destinées à la génomique. Dans certains cas, de créer un nouveau droit exclusif sur les bases de
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« Biens communs scientifiques » et recherche en sciences de la vie 329

Figure 2. La science dans le Quadrant de Pasteur (case supérieure droite).

Souci d’utilisation
Non Oui

Recherche Recherche fondamentale


Oui fondamentale pure d’inspiration appliquée
Quête (Bohr) (Pasteur)
de compréhension
fondamentale
Recherche pure appliquée
Non
(Edison)

Source : Stokes 1997, p. 73.

données pour inciter les entreprises à créer et atteindre des objectifs d’intérêt public comme la
entretenir des données précieuses. L’impact de santé, la sécurité alimentaire et la conservation de
cette nouvelle forme de propriété intellectuelle – la diversité biologique. Cependant, nous avons vu
la protection de bases de données – a bénéficié aussi que la réussite était plus souvent au rendez-
d’une attention toute spéciale dans le monde vous dans certains cas que dans d’autres. Les
scientifique. Les scientifiques se sont inquiétés de normes des communautés favorables au « science
ce que les droits pouvaient faire obstacle à la commons » ne se traduisent pas automatiquement
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recherche. Le texte qui a fait date sur la question

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par la mise à disposition de savoirs dans l’intérêt
est le rapport Bits of power, du National Research public. Cela dépend aussi d’une conception
Council américain, lui-même à l’origine de toute appropriée des institutions d’action collective
une série de nouveaux travaux sur la question indispensables pour assurer une large diffusion et
(National Research Council, 1997). La réflexion une utilisation de la base de connaissances qui
de pointe s’est concentrée pour l’essentiel sur la aille au-delà de la poursuite d’intérêts indivi-
météorologie, l’imagerie à distance et d’autres duels.
ensembles de données lourds et complexes. La Quand Robert Merton écrivit son ouvrage
situation risque d’être préoccupante, non seule- sur la sociologie de la science, il cherchait surtout
ment pour les scientifiques mais pour l’ensemble à expliquer comment un ensemble de normes et
du système d’innovation. Les droits de propriété de pratiques sociales produirait un savoir, et ce
exclusifs sont cause de friction et d’inefficacité. Il qui faisait que la science était différente, par
est possible que laisser l’accès libre à des don- exemple, des études littéraires ou des professions
nées produites aux frais d’organismes publics ou traditionnelles (Merton, 1973). John Ziman et
sans but lucratif soit un stimulant plus efficace et d’autres se sont demandé pour quelles raisons les
plus puissant pour la machine économique que de méthodes scientifiques aboutissent à « un savoir
permettre que chaque petite avancée soit l’occa- fiable » (Ziman, 1978). Ce qui nous intéresse ici
sion de la recherche d’une rente. c’est une question en relation avec celui-ci mais
en même temps distincte, à savoir comment ce
Brève économie politique savoir fiable peut être exploité au bénéfice de la
du « bien commun scientifique » société. La réponse se trouve dans une science
en sciences de la vie qui est utile, une science qui cadre parfaitement
avec la conception du « Quadrant de Pasteur »
Où en sommes-nous maintenant ? Comme nous (Stokes, 1997) selon laquelle elle aide à la com-
venons de le montrer, il est clair que le « bien préhension du fonctionnement du monde en
commun scientifique » est important pour même temps qu’elle promet de rendre meilleure
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330 Robert Cook-Deegan, Tom Dedeurwaerdere

Tableau 2. Problèmes d’incitation en relation avec le Quadrant de Pasteur : fourniture et utilisation de


connaissances en sciences fondamentales susceptibles d’applications directes.

Problèmes d’incitation

Fourniture de Qualité des données fournies au portail mondial de données


connaissances Qualité des ressources gérées dans les collections de cultures
Exploration de nouveaux axes de développement (dilemme exploration-exploitation)

Diffusion de Sous-utilisation : jungle des brevets, problème des « anti-communs »


connaissances Diffusion : retard dans la diffusion des résultats de la recherche du fait du dépôt de
demandes de brevets (dilemme diffusion-innovation)
Sous-investissement dans les applications ultérieures

la vie ici-bas par ses applications pratiques (voir d’autre part, la large diffusion des résultats de la
Figure 2). La production d’un savoir conforme à recherche. Un régime de propriété bien défini
cette conception ne dépend pas seulement des accroît l’incitation à innover (Schlager et Ostrom,
normes et croyances des communautés scienti- 1993 ; Demsetz, 1967), alors qu’une propriété
fiques mais aussi d’une action collective permet- diffuse peut aboutir au sous-investissement, voire
tant de traverser les frontières entre les différentes à l’épuisement de ressources précieuses 15. En
communautés et d’organiser la coopération entre particulier, les droits de propriété intellectuelle
acteurs publics et privés. tels que les brevets en matière d’information
Combiner sciences fondamentales et appli- génétique et d’outils de recherche biotechnolo-
cations utiles semble être la quadrature du cercle. gique sont devenus des moteurs essentiels de l’in-
Cependant, c’est précisément ce qui a caractérisé novation en sciences de la vie. En même temps,
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la révolution technologique en sciences de la vie, ils peuvent compromettre l’étendue et la rapidité

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où les progrès de la génomique ont enrichi notre de la diffusion des résultats de recherche, et donc
compréhension fondamentale de la vie tout en avoir à long terme un effet négatif sur l’innova-
contribuant directement à la recherche appliquée tion. On peut illustrer ce dilemme par une étude
à l’établissement des diagnostics et à l’élabora- de cas qui concerne l’histoire de la sélection
tion des médicaments. végétale en agriculture (Goeschl et Swanson,
Les dilemmes spécifiques que pose la pro- 2002). La propriété intellectuelle sur les nou-
duction de savoir telle qu’elle est envisagée dans velles variétés de semences obtenues par hybri-
le « Quadrant de Pasteur » ont été analysés de dation a été un moteur important de la recherche.
manière plus approfondie dans l’abondante litté- Cela a débouché sur de nouvelles cultures de riz,
rature consacrée à l’économie du savoir (voir de maïs et de blé à fort potentiel pour l’améliora-
Foray, 2004). Nous en avons illustré quelques- tion de la sécurité alimentaire dans les pays en
uns dans le Tableau 2. Deux d’entre eux sont en développement. Or, entre 1961 et 1999, période
rapport direct avec la contribution du « science sur laquelle on dispose de données, la diffusion
commons » à la production et à l’utilisation d’in- des innovations concernant les deux cultures les
formations. Le premier est le dilemme diffusion- plus protégées, le maïs et le sorgho, a été plus
innovation, lié aux problèmes que pose la faible que pour d’autres plantes cultivées. Pen-
diffusion des résultats de recherche et des nou- dant cette période, l’écart de productivité entre
velles applications. Le second est le dilemme pays en développement et pays développés dans
exploration-exploitation, qui fait ressortir le la culture du maïs et du sorgho a été supérieur de
besoin d’actions collectives pour explorer de moitié au chiffre constaté pour les autres cultures
nouveaux axes de recherche n’apportant pas de (jusqu’à 72 % pour le maïs et 62 % pour le
bénéfices directs aux innovateurs pris isolément. sorgho). Les données montrent en outre qu’un
Le dilemme diffusion-innovation a trait à la renforcement des régimes de propriété va contre
réalisation du meilleur équilibre possible entre, les intérêts des États qui sont les plus éloignés de
d’une part, la création d’incitations à l’innovation la frontière technologique que constitue l’innova-
chez les agents individuels et les organisations et, tion. C’est dans les pays les plus pauvres et les
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« Biens communs scientifiques » et recherche en sciences de la vie 331

moins avancés que la situation est la pire. Il en va du domaine public, des raisons impérieuses inci-
de même dans le domaine des médicaments qui tent à publier rapidement et à déposer les données
contribuent à la santé publique (par exemple les dans la GenBank. En effet, dans la plupart des
traitements contre le sida) ou des outils de revues, la publication de travaux de recherche sur
recherche fondamentale en biotechnologie. Dans une nouvelle séquence de gènes est subordonnée
ces cas-là, la difficulté est de trouver le juste à la publication d’une séquence dans la GenBank
équilibre entre investir dans la diffusion des (ou tout autre dépôt international en ligne
résultats de la recherche à destination du plus reconnu). La fourniture de séquences de gènes à
large éventail possible de parties prenantes et ce fonds commun international est donc assurée
investir dans l’innovation et la mise au point de grâce à son lien avec la publication des
nouveaux produits commercialisables. recherches et, par là même, avec la recherche fon-
Le dilemme exploration-exploitation a trait damentale collaborative en sciences de la vie 18.
à l’action collective requise pour créer et appli- Faire en sorte que les nouvelles séquences géné-
quer des savoirs d’intérêt général. Ces savoirs tiques d’organismes soient rapidement acces-
sont importants parce que la mise au point de sibles au public est une nécessité à la fois pour la
nouvelles applications dans le domaine des recherche fondamentale (afin que toute la
sciences de la vie dépend aussi du progrès de la recherche qui a trait à cette séquence génétique
base générale de connaissances et de l’explora- dispose d’un point de référence commun) et pour
tion de nouveaux axes de développement dont les la mise au point rapide de nouvelles applications
aboutissements sont encore incertains et contro- (comme dans le cas – évoqué plus haut – de l’éla-
versés, tels que la thérapie génique, la bioremé- boration d’un nouveau médicament contre le
diation ou les biocarburants. La difficulté est ici paludisme).
de trouver un équilibre entre l’exploitation des Dans le cas des collections de cultures, les
résultats de la recherche, qui profite directement spécimens de bactéries, de champignons, de
à l’organisme public ou privé qui investit dans microbes et de lignées cellulaires sont accessibles
celle-ci, et l’exploration de nouveaux axes de moyennant le paiement de frais de traitement. Le
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développement. Cette seconde option suppose Système mondial d’information sur la biodiver-

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l’organisation d’un apprentissage collaboratif et sité (GBIF) met librement à disposition l’informa-
d’une coopération qui visent plus loin que l’ob- tion sur ces ressources au moyen d’un portail
tention d’avantages immédiats par les partici- mondial de données via l’Internet (James, 2002).
pants pris individuellement 16. La situation en ce qui concerne les collections de
cultures est donc à bien des égards analogue à
La question de la fourniture celle de la GenBank. Certaines des incitations
des données : cas de dilemme sont également les mêmes. La collecte de souches
exploration-exploitation par les chercheurs est un élément important du
processus de découverte en microbiologie. Les
En ce qui concerne le dilemme exploration- chercheurs déposent leurs souches dans les col-
exploitation, nous pouvons comparer les perfor- lections nationales de cultures. Pour pouvoir
mances respectives de deux innovations publier un article sur une souche nouvellement
importantes en sciences de la vie : la GenBank découverte, il faut avoir déposé deux échan-
pour la génomique et le GBIF pour les collections tillons dans deux collections différentes de cul-
de cultures. Voilà deux exemples de « science tures. L’obligation de déposer les souches dans
commons » qui ont eu des retombées bénéfiques une collection de cultures lors de la demande de
à long terme pour l’ensemble de la communauté brevet constitue une autre source importante de
scientifique mais qui appliquent des règles insti- souches. Toutefois, on relève aussi des diffé-
tutionnelles différentes pour l’organisation de rences importantes entre la GenBank et le GBIF.
l’accès et de la propriété. Dans ce dernier, la gestion de l’information et de
Dans le cas de la GenBank, la propriété la qualité est beaucoup plus décentralisée. Le
intellectuelle sur les séquences de gènes qui sont GBIF offre seulement un portail et un format de
publiées dépend du fournisseur de données 17. données communs permettant l’accès aux cen-
Certaines séquences sont brevetées, mais la plu- taines de collections de cultures constituées au
part appartiennent au domaine public. Toutefois, niveau national. Chacune de ces collections gère
tant pour les séquences brevetées que pour celles sa propre base de données et est régie par des
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332 Robert Cook-Deegan, Tom Dedeurwaerdere

règles spécifiques en ce qui concerne les droits l’aquaculture (Greer et Harvey, 2004, p. 135-
de propriété intellectuelle et les conditions 141). Ces nouvelles variétés étaient censées
d’utilisation 19. devenir l’une des plus importantes espèces en
Des recherches plus poussées sont néces- aquaculture et pouvoir contribuer à améliorer la
saires pour mieux cerner la manière dont sont sécurité alimentaire dans les pays en dévelop-
conçues ces institutions fondées sur l’action col- pement. Après la mise au point des nouvelles
lective, ainsi que leur contribution à la fourniture variétés, le débat s’est ouvert sur les moyens de
de connaissances d’intérêt général. Toutefois, transférer les améliorations aux populations
comme ces deux exemples le montrent claire- locales. En 1999, un partenaire privé, GenoMar,
ment, la mise en commun des connaissances dans a été trouvé. GenoMar s’est vu accorder une
la recherche en sciences de la vie favorise la mise licence d’exploitation exclusive, lui permettant
en place de cadres institutionnels qui permettent de commercialiser une variété spécifique d’une
de résoudre le dilemme exploration-exploitation. nouvelle espèce appelée « super-tilapia » aux
Philippines, le World Fish Centre conservant les
La question de la sous-utilisation : droits de propriété sur toutes les autres variétés
cas de dilemme diffusion-innovation de nouvelles espèces. Ces variétés demeurent
librement accessibles pour exploitation directe
Le « bien commun scientifique » fournit égale- dans les pays en développement. Ainsi, dans ce
ment des solutions institutionnelles intéressantes cas, la diffusion est organisée par l’accès ouvert
au dilemme diffusion-innovation dans le domaine aux variétés originelles de nouvelles espèces,
des sciences de la vie. Comme nous l’avons sou- afin qu’elles puissent être utilisées en aquacul-
tenu tout au long de cet article, le « science com- ture dans les pays en développement, tandis que
mons » joue un rôle important en rendant l’investissement dans le développement
possible une large diffusion des résultats de la d’autres variétés commerciales spécifiques est
recherche, par l’intermédiaire des acteurs tant organisé dans le cadre de la licence exclusive
publics que privés. Ainsi, dans le cas des frag- accordée aux sociétés partenaires privées. On
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ments d’ADNc, c’est une société privée qui a retrouve un scénario analogue dans d’autres

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financé les travaux qui ont permis de rendre les consortiums public-privé 21. L’exemple de l’Ins-
séquences d’ADNc accessibles au public. Cette titut international de recherche sur le riz est
initiative a contribué de manière importante à intéressant parce qu’il met en évidence les mul-
rendre un outil de recherche fondamentale large- tiples strates du « bien commun scientifique ».
ment accessible et à faciliter sa diffusion rapide. En l’occurrence, une variété résistante de riz a
Dans le cadre d’un autre consortium, mis sur pied été collectée auprès d’une communauté en
pour le programme européen de séquençage de la Afrique de l’Ouest (Mali) et apportée par un
levure, des partenaires publics et privés ont colla- chercheur indien à l’IRRI aux Philippines, où
boré à la première entreprise en réseau de séquen- une variété commerciale a été mise au point par
çage de l’ADN (Cassier et Foray, 1999). Il avait été hybridation (Gupta, 2004, p. 75-102). Pour
convenu que les fragments qui seraient séquencés finir, l’Université de Californie à Davis (UC
demeureraient propriété privée pendant l’élabora- Davis) a séquencé le génome de la nouvelle
tion du programme, mais qu’une fois la cartogra- variété et l’a fait breveter. Nonobstant ce droit
phie complète du génome établie, toutes les de propriété, le « science commons » a été pré-
séquences seraient accessibles au public. C’est ce servé grâce à divers accords collectifs. Tout
qui fut fait – une fois séquencés les 6 000 gènes d’abord, les chercheurs de UC Davis ont créé le
et plus du génome complet – dans un article Fonds de reconnaissance des ressources géné-
publié dans la revue Nature en 1997. tiques pour partager les bénéfices de l’exploita-
Une autre façon intéressante de résoudre le tion commerciale avec les cultivateurs du pays
dilemme diffusion-innovation est illustrée par fournisseur 22. Ensuite, l’IRRI a conservé les
les exemples du World Fish Centre et de l’Ins- droits pour des recherches ultérieures sur le riz
titut international de recherche sur le riz du à des fins non commerciales, et il a été convenu
réseau CGIAR. Au World Fish Centre 20, de nou- que si une nouvelle application en résultait ulté-
velles variétés de tilapia, poisson d’eau douce rieurement, aucune mesure ne serait prise pour
tropical originaire d’Afrique centrale et orien- empêcher la commercialisation de la nouvelle
tale, ont été développées pour les besoins de variété 23.
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« Biens communs scientifiques » et recherche en sciences de la vie 333

Tableau 3. Différentes modalités de participation des acteurs privés à l’organisation de « biens communs
scientifiques » (les références figurent dans les notes se rapportant aux études de cas évoquées dans le texte).

Exemples de « biens Modalité de participation du secteur privé


communs » en sciences
de la vie étudiés dans
cet article

Partage de l’information en GenBank/EMBL/DDBJ Centre d’échange d’information financé sur


génomique (génétique fonds publics, informations fournies par
humaine) des entités publiques, des entités à but
non lucratif ou des entités commerciales

Consortiul SNP Consortium de partenaires publics-privés

Séquençage de l’ANDc Société privée


financé par Merck

Partage de l’information Programme de séquençage Consortium de partenaires publics et privés


en génétique non humaine de la levure

Institut international Partenariat public-privé


de recherche sur le riz –
Université de Californie
à Davis, licence exclusive

World Fish Center – Partenariat public-privé


licence exclusive accordée
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à GenoMar

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Partage de l’information Système mondial Centre d’échange d’information financé
sur les organismes d’information sur fonds publics, informations fournies par
biologiques non humains sur la biodiversité (GBIF) des entités publiques, des entités à but non
lucratif ou des entités commerciales

Source : Tableau établi par les auteurs.

Conclusion commun scientifique, ou du moins les principes


heuristiques à appliquer pour qu’il demeure flo-
Un « science commons » peut offrir l’information rissant, ne sont pas dénués d’intérêt pratique dans
nécessaire pour que les bienfaits de la science le monde concret de la science et de ses applica-
profitent à la société, ce que les marchés de biens tions. Nous avons évoqué différents objectifs
et de services à but lucratif ne sont pas toujours sociaux qui peuvent gagner à l’existence d’un
en mesure de faire. Et même lorsque le profit est « science commons » vigoureux en matière de
un ressort commercial efficace, l’existence d’un génomique : faire avancer la science, améliorer la
« bien commun scientifique » peut dans certaines santé publique, améliorer la sécurité alimentaire,
circonstances accroître l’efficience – par contribuer à la compréhension et à la conserva-
exemple, lorsque une pléiade d’entreprises dispa- tion de la diversité biologique, et contribuer à la
rates peuvent puiser dans un gisement commun R-D industrielle et à la commercialisation.
de connaissances et de données, au lieu d’avoir à Le principal enseignement qui se dégage de
constituer chacune la même information (ce dou- notre exposé est celui-ci : il n’y a pas une solution
blonnage ayant un coût non négligeable). Les unique pour organiser un fonds scientifique
exemples que nous avons empruntés à la géno- commun en sciences de la vie afin de produire
mique donnent à penser que la théorie du bien des connaissances scientifiques exploitables. En
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334 Robert Cook-Deegan, Tom Dedeurwaerdere

particulier, comme nous avons tenté de le mon- duction du savoir illustrée par le Quadrant de
trer, la commercialisation de la R-D dans les Pasteur. Notre hypothèse est que l’existence d’un
sciences de la vie n’est pas en soi le problème. patrimoine commun scientifique contribue à
Dans certains cas, les initiatives du secteur privé résoudre certains des dilemmes que posent la
ont contribué de façon importante à l’édification fourniture et l’utilisation des connaissances dans
du domaine scientifique commun (cf. tableau 3). l’intérêt général. Tant notre exposé que notre bref
Comment inciter à investir dans la production de examen de l’économie politique de la production
connaissances d’intérêt général, d’une part, et des connaissances génomiques montrent que ce
dans la diffusion à grande échelle des résultats de processus n’a rien d’automatique. La diffusion du
recherche exploitables, d’autre part : tel est le savoir et l’exploration de nouvelles modalités
véritable enjeu, pour la recherche publique d’innovation sont tributaires de la création d’ins-
comme pour la recherche privée. titutions favorisant l’action collective. Comme
Ce sont à la fois les caractéristiques des res- nous l’avons vu dans notre évaluation, l’action
sources physiques (qu’il s’agisse des gènes mais collective a joué un rôle extrêmement concluant
aussi des microbes, des végétaux et des animaux) dans la recherche en sciences de la vie car elle a
et les normes et croyances des communautés de stimulé la fourniture et l’utilisation des connais-
chercheurs qui déterminent les choix institution- sances. Maintenir cette dynamique impliquera
nels appropriés pour organiser le « bien commun toutefois de continuer à expérimenter sur le plan
scientifique ». Renforcer les capacités d’élabora- institutionnel. Et, du fait de la diversité des insti-
tion de nouvelles normes dans ces différentes tutions, il sera nécessaire d’analyser les condi-
communautés – comme par exemple les règles tions de la réussite de telles expériences. Il faudra
des Bermudes dans le cas du génome humain, les donc étudier comment l’action collective des par-
règles relatives au consentement éclairé préalable ties prenantes impliquées a fonctionné dans ces
adoptées pour les collections de cultures, ou expériences, le processus d’auto-évaluation et
encore la responsabilité sociale de l’entreprise d’ajustement étant sûrement appelé à jouer un
dans le cas de Merck et du consortium SNP – est à rôle important à cet égard.
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l’évidence un pas important dans cette direction.

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Le deuxième enseignement nous ramène à la pro- Traduit de l’anglais

Notes

1. Pour plus de précisions, voir le National Center for Biotechnology International Code of Conduct
site Web des Science Commons Information américain (www.belspo.be/bccm/mosaicc).
www.sciencecommons.org (www.ncbi.nlm.nih.gov). Ce sont 4. Global Biodiversity Information
(consulté le 2 avril 2005). là trois sites miroirs qui échangent Facility (Système mondial
L’administrateur de Science et actualisent chaque nuit les d’information sur la biodiverté,
Commons est John Wilbanks et nouvelles informations sur les www.gbif.org (consulté le
son siège est au Massachusetts séquences et qui sont 26 janvier 2006). L’administrateur
Institute of Technology. respectivement situés au Japon, est Jim Edwards, et le siège est à
2. « GenBank » est le nom abrégé dans l’Union européenne et aux l’Université de Copenhague
qui désigne l’International États-Unis d’Amérique. Les (Danemark).
Nucleotide Sequence Database, à informations sur les séquences 5. Il est difficile de dire avec
laquelle on peut accéder par le d’ADN sont donc les mêmes sur les précision dans quelle mesure
biais de la base de données sur trois sites, mais chacun d’entre toutes les activités de recherche
l’ADN du Japon eux propose des services sont soumises à cette restriction à
(www.ddbj.nig.ac.jp/Welcome.htm spécifiques. Environ 15 % de l’utilisation du fonds scientifique
l), de la base de données sur les l’accès des utilisateurs se fait par commun. À noter que dans le cas
séquences de nucléotides du le site japonais, 15 % par le site de la recherche universitaire, la
Laboratoire européen de biologie européen et 70 % par le site pratique établie semble être une
moléculaire américain. tolérance raisonnable avant
(www.ebi.ac.uk/embl/index.html) 3. Micro-Organisms Sustainable l’engagement de poursuites en
et des portails GenBank du use and Access regulation justice. Cependant, l’absence de
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« Biens communs scientifiques » et recherche en sciences de la vie 335

poursuites pour violation de brevet ont effectué, selon leurs diffusion de données explique
ne signifie pas que les chercheurs indications, plus de 2 milliards de certains détails : « L’Index des
universitaires ne modifient pas dollars de dépenses de R-D ; et si gènes de Merck est le fruit d’un
leurs plans de recherches l’on considère que de 3 à 5 % de vaste effort de collaboration,
lorsqu’ils travaillent sur des la R-D des grandes entreprises coordonné par Alan Williamson,
matériels brevetés ayant une utilité pharmaceutiques ont été consacrés vice-président de Research
plausible. Pour un débat à la génomique (en se fondant sur Strategy Worldwide, et par
approfondi sur la question et des les réponses à un questionnaire et Keith O. Elliston, directeur adjoint
résultats d’enquêtes récentes, voir sur des estimations non officielles chargé de la bio-informatique aux
Walsh, Cho et Cohen, 2005 ; de responsables de la R-D Laboratoires de recherche Merck.
Wescoin, 2006 et AAAS, 2006. pharmaceutique), les sociétés Le laboratoire de Greg Lennon au
6. Les 15 membres du Groupe ayant pignon sur rue ont consacré Lawrence Livermore National
consultatif pour la recherche entre 800 millions et 1 milliard de Laboratory (Livermore,
agricole internationale (CGIAR). dollars à la recherche en Californie) a fourni au laboratoire
génomique (World Survey of de Robert Waterston (le Genome
7. Pour le projet sur le génome Funding Genomics Research, Sequencing Center) à la
humain, Sulston avait choisi programme de Stanford-in- Washington University School of
comme modèle la biologie du ver. Washington). Medicine (Saint-Louis, Missouri)
Un groupe de biologistes qui http://www/stanford.edu/class/siw des séries de clones d’ADNc pour
étudiaient les nématodes avaient 198q/websites/genomics/entry.htm séquençage. Les données sur le
fait d’immenses progrès grâce à (consulté le 2 avril 2005). séquençage sont présentées
un modèle de travail « en étoile ».
9. Des séquences de l’agent régurièrement à la division
Deux laboratoires centraux – l’un
pathogène le plus virulent Expressed Sequence Tag (EST) de
à l’Université de Cambridge et
plasmodium falciparum et du la GenBank pour diffusion
l’autre à l’Université Washington
de Saint-Louis – avaient constitué vecteur le plus courant anopheles immédiate. (La GenBank, créée et
de vastes bases de données gambiae ont été publiées en 2002 : administrée par le National Center
centrales dans de grands centres Gardner, M.J. et coll. (2002) et for Biotechnology Information
de calcul et d’instrumentation Holt, R.A., et coll. (2002). (NCBI) est un dépôt central
d’informations accessibles au
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chargés de travaux coûteux de 10. Ce cas de partage des

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cartographie complète du génome informations sur les séquences est public sur les séquences de gènes ;
et de séquençage du génome du à mettre en relation avec ce qui elle est très connue et largement
ver. Ces centres diffusaient pourrait devenir une affaire utilisée par les chercheurs des
rapidement et largement les compliquée de propriété établissements publics,
données à la périphérie, c’est-à- intellectuelle. Trois au moins des universitaires et industriels. »)
dire vers un réseau de laboratoires institutions qui ont procédé au Communiqué de presse
plus petits situés dans le monde séquençage ont déposé des http://www.ncbi.nlm.nih.gov/Web/
entier. Dans son ouvrage The demandes de brevets, et les whats_News/announce/merck_feb
Common Thread écrit avec procédures en revendication 10_95.html (consulté le
Georgina Ferry, Sulston raconte d’antériorité risquent d’être 3 avril 2005).
l’histoire du génome de son propre complexes, étant donné qu’elles se 12. Voir le site Web du consortium
point de vue. Son modèle a été un situent dans des pays différents et SNP
projet public de génomique travaillent sur des souches (htpp://www.snp.cshl.org/about/
financé sur fonds publics et différentes qui pourraient devoir (consulté le 3 avril 2005)). Voir
générant des données scientifiques faire l’objet de licences croisées également Thorisson, G.A. et
précieuses (Sulston et Ferry, pour de nombreuses applications Stein, L.D., 2003, p. 124-127 et
2002). pratiques. L’affaire pourrait Holden, 2002, p. 26).
8. Un instantané des financements déboucher sur la création d’un 13. « La recherche sur les produits
de la recherche en génomique en pool de brevets ou sur une naturels n’est pas, loin s’en faut, la
l’an 2000 montrerait que quelque monstrueuse procédure en seule source de nouveaux
70 bailleurs de fonds sans but revendication d’antériorité en vue composés actifs ; elle vient plutôt
lucratif et gouvernementaux ont de trancher la question de savoir compléter la synthèse chimique de
fourni de 1,6 à 1,7 milliard de qui est l’inventeur. Les frais nouveaux médicaments.
dollars des États-Unis ; 74 sociétés judiciaires pourraient dépasser les Cependant, une étude réalisée en
cotées en bourse se consacrant coûts du séquençage proprement 1989 aux États-Unis fait apparaître
entièrement à la recherche sur le dit. qu’environ 25 % des composants
génome ou ayant fait de celle-ci 11. Un extrait du communiqué de actifs des médicaments sont
une de leurs fonctions essentielles presse publié lors de la première extraits ou dérivés de plantes. Une
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336 Robert Cook-Deegan, Tom Dedeurwaerdere

autre étude effectuée en 1993 par exemple, les premières phases accords contenant des clauses
montre que, selon les estimations, du projet sur le génome humain. Il explicites sur le partage des
57 % des ordonnances délivrées en a été de même pour le avantages et le transfert de
aux États-Unis prescrivaient au consortium du GBIF, où la création technologie. Or, la concurrence
moins un composé actif majeur du portail de données biologiques entre les collections de cultures a
actuellement ou précédemment a succédé à une phase engendré une « course vers le
dérivé de composés eux-mêmes d’apprentissage collaboratif bas », les collecteurs s’efforçant
dérivés de la biodiversité ou conçu associant bio-informaticiens et tous d’obtenir le plus grand
à l’image de ces composés » (cf. microbiologistes pour des nombre de souches avec un
Brahy, 2005 ; Principe, 1989 ; recherches exploratoires sur la minimun de contraintes.
Grifo et Doxnes, 1996 ; J. Nat nécessité et la faisabilité de 20. Précédemment appelé
Prod., 2003). normes communes de International Centre for Living
14. L’idée de créer le GBIF est née transmission des données. Aquatic Resource Management
lors des débats organisés dans le 17. Pour une introduction à la (ICLARM) (Greer et Harvey, 2004,
contexte du Forum Mégascience question, voir p. 18-19) et ayant son siège en
de l’OCDE, réunion http://www.ncbi.nlm.nih.gov/Genb Malaisie.
intergouvermentale où des ank/ (consulté le 6 avril 2006). 21. Par exemple, le consortium de
scientifiques peuvent échanger des 18. Un problème important collection de cultures CABI, basé
idées et parvenir à un consensus concernant l’action collective est au Royaume-Uni, a développé, à
sur la meilleure façon d’acquérir toutefois celui de la gestion de la partir d’un champignon, un agent
des connaissances nouvelles ou de qualité des informations publiées de contrôle biologique qui peut
tirer parti d’un progrès scientifique dans la GenBank. Étant donné la être utilisé pour détruire les
important (James, 2002, p. 5). Le pression à publier rapidement, les insectes sur les cultures. Après
débat qui a abouti à la constitution informations initialement avoir mis au point une version de
du GBIF a eu lieu au sein du soumises sont bien souvent ce produit à pulvériser, CABI s’est
Groupe de travail sur incomplètes et insuffisamment vu accorder des droits de propriété
l’informatique biologique entre vérifiées. L’examen et l’utilisation exclusifs. Il a accordé une licence
avril 1996 et septembre 1998. Il a de l’information par les collègues d’exploitation à un partenaire
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permis de prendre en compte les permettent de corriger en partie ce privé en Afrique du Sud pour

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préoccupations des spécialistes de défaut, mais la gestion de la commercialiser une variété sous le
la conservation et celles de la qualité ne fait pas l’objet d’une nom « Green Muscle ». Une
communauté des bio- collaboration systématique avant version moins élaborée du produit
informaticiens alors en voie de la soumission. Cependant, certains a été mise à disposition par CABI
constitution. À la suite des portails d’entrée à la base de pour utilisation libre dans le cadre
recommandations du Groupe de données appliquent des procédures d’une licence publique générale
travail, un comité directeur automatiques de détection des (Ten Kate et Laird, 2002, p. 217-
intérimaire a été créé en 1999 sous erreurs (par exemple, repérage de 227).
l’égide des ministres de l’OCDE, l’inclusion de séquences provenant 22. Toutefois, cette initiative n’a
dont les travaux ont finalement de vecteurs de clonage communs). pas été très convaincante. La
débouché sur la création du GBIF à Des affinements sont possibles nouvelle variété résistante de riz
l’automne 2001. pour les bases de données n’a généré aucune application
15. Comme il est dit ailleurs dans apparentées, telles que Gene et commerciale et le modèle du
ce numéro spécial RefSeq, qui contiennent des Fonds de reconnaissance des
(Dedeurwaerdere, L’économie séquences de gènes plus ressources génétiques n’a pas reçu
institutionnelle du partage de complètement caractérisées. Mais un large appui à UC Davis, qui ne
l’information biologique), des les annotations détaillées et la l’a pas repris dans les autres cas
droits de propriété bien définis ne fiabilité des données varient selon où des ressources venant de pays
sont pas nécessairement les séquences déposées à la en développement ont été
synonymes de propriété privée. GenBank. brevetées.
Dans le cas des ressources 19. Cette gestion décentralisée des 23. Ces exemples montrent que,
biologiques, l’innovation est collections de cultures a également comme le cas de la Free Software
souvent répartie entre plusieurs abouti à d’importants problèmes Foundation (FSF) et du « Creative
acteurs, et les formes de propriété de coopération pour la collecte des Commons », l’attribution de droits
commune peuvent être plus souches. En effet, la collecte est de propriété est une condition
efficaces (Cassier et Foray, 1999). un processus qui doit être mené en essentielle pour promouvoir le
16. Ce genre d’investissements collaboration avec les pays riches « bien commun scientifique ».
dans l’exploration a caractérisé, en biodiversité, ce qui suppose des C’est parce que l’IRRI a conservé
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« Biens communs scientifiques » et recherche en sciences de la vie 337

les droits de mener des recherches cas des logiciels libres, le FSF soit clairement spécifiée sur leur
ultérieures sur le riz qu’il a pu exige même des auteurs de logiciel afin que leur licence GNU
développer une politique en faveur nouveaux logiciels que la cession soit applicable (www.gnu.org,
de cette mise en commun. Dans le ou le transfert des droits d’auteur consulté le 6 avril 2006).

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