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Philosophie 340-101-MQ
Philosophie et Rationalité - Cours 2
Professeur : Jean-Philippe Morin

Les types de jugement - première partie


Les jugements de fait et les jugements de préférence

Plan de séance
1. Présentation des notes de cours
2. Les Jugements
3. Les Jugements de Fait
4. Les Jugements de Préférence

Le plan de séance vous donnera le contenu du cours. J'ai divisé le cours sur
les jugements en deux parties. La première partie portera sur les jugements
de fait et de préférence (cours 2), la deuxième partie sera à propos des
jugements de valeur (au prochain cours, cours 3).

***

1. Présentation des notes de cours en général

Chers étudiantes et étudiants,

Bienvenue à votre premier cours de philosophie au cégep - version à


distance durant la pandémie de l'automne 2020!

Lors d'une session normale, le premier cours de philosophie comporte 30


séances de 1h45 en classe. Celles-ci comportent d'abord des cours
magistraux, durant lesquels j'explique la matière à l'avant de la classe, en
écrivant au tableau, et durant lesquels les étudiants doivent prendre des notes
à la main. Les cours comportent aussi des ateliers en équipe, des films, des
évaluations diverses (textes argumentatifs, examens).

Cette session se déroulera à distance, ce ne sera donc pas possible de


fonctionner comme d'habitude. Je veux tout de même vous transmettre la
totalité de la matière habituelle d'une session de philosophie, en version
électronique.
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Pour chacun des cours théoriques, je vous fournirai deux éléments :

1) Des notes de cours détaillées. J'écrirai sous forme de texte la totalité de


ce que j'explique dans un cours habituel : ce sera l'équivalent du script d'un
cours, comme si quelqu'un m'avait enregistré et avait retranscrit tout ce que
j'avais dit. J'écrirai comme si je parlais à la classe, pour essayer de vous
donner une reproduction fidèle d'un cours de philo normal.

Je poserai beaucoup de questions, afin de vous faire réfléchir. Pour bien


réussir en philosophie, il est utile de faire un petit effort de réflexion par
vous-même à chaque fois que je poserai une question, plutôt que de
simplement attendre ma réponse. La pratique de la philosophie passe par le
questionnement et la réflexion.

Vous aurez à lire attentivement ces notes de cours, et je vous recommande


de prendre en note, à la main dans un cahier à côté de votre ordinateur, les
éléments centraux pour pouvoir mieux les mémoriser. Cela sera utile pour
vos évaluations ensuite.

Ces notes de cours vont parfois inclure des extraits de textes philosophiques
à lire, des questions de révision et des exercices. Les réponses aux exercices
seront inclues à la fin des notes de cours.

2) Des capsules audio en format mp3, où je donnerai une version abrégée


du cours, qui se concentrera sur l'essentiel. L'expérience de la session
dernière m'a montré que ces capsules audios sont très utiles pour les
étudiants plus « auditifs ». Vous pourrez les réécouter plusieurs fois, prendre
des pauses, reculer, etc. Je vous recommande également de prendre des
notes à la main en écoutant les capsules.

Pour bien réussir, il ne faut pas se contenter seulement des capsules audios :
les notes de cours seront plus importantes, car elles seront plus détaillées.

***
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2. Les jugements
Le premier cours théorique de la session sera consacré à une notion un peu
technique, mais qui sera indispensable pour tout le reste de la session : les
types de jugements. Je considère cette matière très importante, au point où
je l'enseigne également en philo 2 et philo 3. Si je n'avais qu'un seul cours à
donner de toute la session, ce serait celui-ci. Il m'arrive même de parler de
cela à des gens qui ne connaissent pas bien la philosophie, en dehors de mes
cours.

Je crois que beaucoup de malentendus, ou carrément de conflits pourraient


être évités si les gens en général avaient une meilleure compréhension des
types de jugements.

Le plus important à retenir dans ce cours sera la différence entre les trois
types de jugements. En plus de les reconnaître et être capable de donner
des exemples, il faudra être capable de les distinguer, de ne pas les
mélanger ou les confondre.

D'abord, qu'est-ce que j'entends par jugement? Dans le langage courant, on


parfois dire « je me sens jugé », ce qui voudrait dire qu'on sent que
quelqu'un nous critique, désapprouve quelque chose en nous, nous voit d'une
manière négative. Dans le cours, le terme « jugement » ne sera pas utilisé de
manière négative, ce sera un terme neutre.

Voici notre définition :


[Les passages en caractères gras et soulignés, comme la définition qui suit,
sont de la matière à retenir pour un examen.]

DÉFINITION
Jugement : Affirmer quelque chose à propos de quelque chose.
Chaque fois que nous pensons ou disons « Ceci est X », par exemple « La
table est en bois », nous faisons un jugement. Une grande partie de nos
pensées et de nos paroles sont donc des jugements. Nous affirmons que les
choses sont de telle ou telle manière : faire un jugement, c'est une manière
de décrire le monde.

Caractéristique essentielle :
Un jugement peut être vrai ou faux.
Si je dis « ma table de cuisine est en bois » ou « il faut être végane », ces
jugements peuvent être vrais ou faux. Pour savoir si c'est vrai, nous aurons
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besoin d'un critère de vérité - quelque chose qui nous permet de vérifier la
vérité d'un jugement.

Nous pouvons faire une distinction entre trois types de jugements. Nous
verrons les deux premiers dans ce cours, le troisième dans le prochain.

***

3. Premier type de jugement : Les jugements de fait


Le premier type de jugement est simple : il s'agit d'une description de la
réalité qui nous entoure. Observez autour de vous. Quels jugements de fait
pouvez-vous faire? De mon côté, je peux affirmer : « je suis assis dans ma
cuisine », « ma table est en bois », « il fait soleil dehors », « il y a une odeur
de café dans la cuisine », etc.

DÉFINITION
Jugement de fait : Affirmation qui porte sur l'existence ou l'inexistence
d'une chose ou d'un fait.

Le jugement de fait est OBJECTIF. Le terme « Objectif » sera très


important en philosophie, tout au long de la session. Il s'oppose à « Subjectif
». Par objectif, nous voulons dire que notre affirmation porte sur le monde à
l'extérieur de moi, hors de mon esprit. C'est une affirmation indépendante de
moi, qui ne dépend pas de moi. C'est une simple description ou un constat à
propos du monde, et il n’entre pas là-dedans quoi que ce soit de personnel. Il
n’a pas de lien avec mes préférences, mes goûts, mes préjugés. C'est ce
qu'on veut dire quand on dit : « C'est un fait » : c'est comme cela, qu’on
aime cela ou non. Ma table est en bois : c’est un fait.

Comment savoir si un jugement de fait est vrai?


Le critère de vérité est l'observation.
Nous n'avons qu'à observer la réalité extérieure, pour constater qu'elle est
effectivement comme on la décrit. Si je dis, « il fait soleil à Montréal
aujourd'hui », il suffit de regarder par la fenêtre de mon appartement pour le
voir, et je saurai que c’est vrai.

Puisqu'il ne se base pas sur nous, mais sur le monde lui-même, si un


jugement de fait est vrai, il sera vrai pour tout le monde. Peu importe
notre opinion personnelle, ce sera un fait. Nous pouvons prendre un exemple
classique : il existe une organisation appelée la « Flat Earth Society », qui
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formule le jugement de fait suivant : « La terre est plate ». Leur jugement est
clairement faux, mais pourquoi savons-nous qu'il est faux? Parce que nous
avons accès à de nombreuses observations qui montrent que la terre est
plutôt une sphère. Faites-en une liste!

- Nous pouvons faire le tour de la terre en bateau ou en avion.


- Les astronautes ont pris des photos de la terre en orbite ou depuis la lune.
- Lorsqu'on atteint une certaine hauteur, il est possible de voir la courbure de
la planète.
- Etc.

Pourquoi des gens s'acharnent à croire en quelque chose de faux, malgré des
observations qui prouvent le contraire? C'est une question difficile, dont
nous parlerons plus tard dans le cours sur l'irrationalité. Mais pour l'instant,
gardons simplement à l'esprit : un jugement de fait décrit la réalité, et soit il
la décrit d'une manière correcte (conforme à la réalité), ou bien il décrit mal
la réalité et est dans l'erreur.

Nous pouvons donc dire qu'un jugement de fait vrai correspond à la


réalité. La correspondance avec le réel est le critère de vérité des
jugements de fait.

Les jugements de faits ne devraient pas normalement conduire à des


débats, puisqu'il suffit d'observer les faits pour savoir s'ils sont vrais. Je me
souviens par exemple d'une quasi-engueulade avec un de mes amis à propos
de la télésérie Twin Peaks. Il disait qu'il y avait 10 épisodes dans la saison 2,
alors que je disais qu'il y en avait 22. Est-ce que nous avons passé la soirée à
débattre de ce sujet avec des arguments? Bien sûr que non. Je n'ai fait que
sortir mon téléphone et j'ai regardé sur wikipedia : j'avais raison, il y a 22
épisodes. Et mon ami a admis qu'il s'était trompé : fin de la discussion.

Cependant, quand l'observation des faits est difficile, incomplète, incertaine,


un débat peut être possible à propos des jugements de fait. Dans le domaine
de l'histoire, les traces du passé peuvent être insuffisantes pour savoir
exactement ce qui s'est passé, et nos jugements de fait seront incertains. Un
météorologue se fie sur des tendances observables, mais la météo est trop
chaotique pour permettre une certitude. Un jugement peut donc ne pas être
100% certain, nous pouvons croire qu'un jugement de fait est probable,
peut-être vrai, probablement vrai, très probablement vrai, etc. Il y a
donc différents degrés de certitude : nous en reparlerons plus tard.
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Erreur très importante à éviter :


Si j'affirme « Les licornes existent », s'agit-il d'un jugement de fait?

Soyez très attentifs à la formulation de ma question. Spontanément, en


classe, plusieurs étudiant.es me répondent « non ». Ils se trompent. Il s'agit
bien d'un jugement de fait. Ce n'est pas parce qu'un jugement de fait est
faux qu'il ne s'agit pas d'un jugement de fait. Par définition, un jugement
de fait est simplement d'affirmer quelque chose à propos de la réalité. « Les
licornes existent » est fort probablement faux, mais c'est le monde extérieur
qui permettra de trancher si cela est vrai ou non. C'est un jugement de fait.

Pistes de réflexion avancées :


[Sous ce titre, je vous fournirai des questions pour les étudiants plus forts,
qui désirent aller plus loin. Je ne fournirai pas toujours de réponses à ces
questions : ce sera à vous d'y réfléchir par vous-même. Si vous voulez me
proposer votre réflexion à ce sujet par courriel, ça me fera plaisir d'en
discuter avec vous!]

- Que devrait-on faire précisément pour savoir s'il est vrai que les licornes
existent?
- Serait-ce possible d'avoir une certitude absolue qu'elles n'existent pas? Que
devrait-on faire pour en être 100% certain?

***

La philosophie n'est pas centrée sur les jugements de faits. C'est plutôt le
domaine des différentes sciences, sciences de la nature et science humaines.
Par exemple, la physique tente de décrire la composition de la matière, et
pour faire cela, a besoin de faire des observations à l'aide d'instruments
beaucoup plus précis que nos sens : des microscopes ou même des
accélérateurs de particules gigantesques. La psychologie, la sociologie aussi
essaient de décrire des objets de manière objective : l'esprit humain, la
société, en étudiant ces objets de la manière la plus objective possible, sans
préjugés.

La philosophie fera quelque chose de différent, et se concentrera sur un autre


type de jugement : elle ne procédera pas comme la science.
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4. Deuxième type de jugement : Les jugements de préférence


Le second type de jugement est le jugement de préférence, appelé parfois
aussi « jugement de goût ». Avant de le définir, je vais vous donner mon
exemple classique.

Une question personnelle : aimez-vous les tomates? Qui n'aime pas les
tomates? Quand je pose cette question en classe, trois ou quatre personnes
lèvent toujours la main. Alors je leur demande : pourquoi au juste?

Je fais cela pour me chercher des alliés avant de confier ma propre opinion
sur le sujet : je trouve les tomates absolument dégueulasses! Je les déteste,
simplement en voir une tranche me lève le cœur, si j'en repère dans un plat,
je serai incapable de le manger, elles me répugnent totalement.

Prenons mon jugement : « les tomates sont dégoûtantes ». Ce jugement


m'apparaît vrai. Mais est-ce que je parle vraiment des tomates, quand
j'affirme cela? D'autres personnes, bizarrement, affirment le contraire : que
les tomates sont appétissantes ou délicieuses. Je crois qu'il est clair que je ne
parle pas vraiment des tomates elles-mêmes, mais plutôt de la réaction
qu'elles suscitent en moi : elles m'apparaissent dégueulasses, mais c'est vrai
seulement pour moi (et quelques autres gens bizarres).

Autrement dit, il s'agit d'un jugement de préférence et non pas d'un


jugement de fait.

DÉFINITION
Jugement de préférence : Appréciation purement subjective (de type
J'aime/J'aime pas).

Le jugement de préférence est SUBJECTIF. (Il n'est pas objectif). Le


terme « subjectif » signifie qu'il est basé sur le SUJET, sur la personne
qui affirme quelque chose, plutôt que sur le monde extérieur à la
personne. Je parle de mes goûts, de mes préférences, de comment le monde
m'apparaît, en sachant qu'il apparaît différemment à quelqu'un d'autre.

Très jeune, nous comprenons que nos goûts ne sont pas toujours partagés par
les autres. Les tomates m'apparaissent réellement comme dégoûtantes, mais
je sais que ce n'est pas le cas pour tout le monde. Comment je pourrais
reformuler mon jugement « les tomates sont dégueulasses » d'une manière
plus exacte, et plus mature?
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Simplement en disant « je n'aime pas les tomates ».

Nous pouvons réduire les jugements de préférence à quelque chose de très


simple : j'aime ou je n'aime pas quelque chose. Contrairement aux
jugements de fait qui sont vrai ou faux pour tout le monde, les jugements de
préférences sont relatifs à la personne qui les affirment, et donc ils
peuvent être différents selon les personnes. Ils peuvent être vrais pour
moi, mais être faux pour les autres. Quelqu'un peut dire « j'aime les
tomates » et ce sera vrai pour lui, quelqu'un d'autre peut dire « je n'aime pas
les tomates » et ce sera vrai pour lui aussi. Des vérités contradictoires,
opposées, peuvent donc exister en même temps : cela dépend des gens.

Ce qui crée souvent des conflits, c'est que nous formulons à tort nos
jugements de préférence comme si c’étaient des jugements de fait. Si je
dis « le café c'est dégueulasse », quelqu'un pourra me répondre « ben non,
c'est délicieux! ». On dirait que j'affirme que la « dégueulasserie » est à
l'intérieur du café lui-même et peut être observée dedans, mais ce que je
veux dire est plutôt « je n'aime pas ça ». L'autre personne ne pourra que
répondre « ah bon, moi j'aime ça. » Il serait possible d'éviter bien des débats
inutiles si nous formulions nos jugements de préférence correctement.

***

Comment savoir si un jugement de préférence est vrai?


Le critère de vérité des jugements de préférence est notre sensibilité.
Nous constatons notre réaction dans notre esprit, spontanément. C'est
quelque chose d'évident et d'immédiat. Quand je vois une tomate, le cœur
me lève automatiquement. Par contre, si j'ai un rendez-vous avec une fille,
qu'elle m'invite chez elle et qu’elle me cuisine un plat avec des tomates, je
pourrais mentir et dire que j'aime cela (histoire vécue). Si je dis : « Oh oui
bien sûr, j'adore les tomates! Hmmm! », ce sera faux, mais il n'y a que moi
qui saurai que c'est faux - ce jugement ne décrira pas ce que je ressens
intérieurement. (Quoiqu’on pourrait sûrement observer ma grimace de
dégoût!)

Le jugement de préférence est intérieur à mon esprit, il n'est pas dans le


monde. Vous ne pouvez pas savoir si j'aime le café ou non, même si je bois
du café devant vous : je pourrais en boire pour être accepté socialement et
secrètement détester ça. Même si je dis que je déteste les tomates, vous ne
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pouvez pas savoir avec 100% de certitude si c'est vrai, parce que je pourrais
avoir inventé cet exemple de toute pièce, simplement comme méthode
pédagogique. Mais moi (ou chacun d'entre vous), nous savons si nous
aimons certaines choses ou non, ce n'est pas nécessaire d'y réfléchir : notre
réaction nous saute aux yeux.

Tout cela devrait vous sembler évident, et rien de nouveau. Les choses vont
se compliquer plus tard avec le troisième type de jugement.

Le point important à retenir pour le cours de philosophie : est-ce que ce


serait possible de me faire changer d'idée à propos des tomates en me
donnant des arguments? Pourrait-on débattre là-dessus jusqu'à ce que
j'aime les tomates?

Avez-vous envie d’essayer?

Certains étudiant.es me disent parfois qu'il serait possible de me convaincre


par des arguments que « je devrais manger des tomates parce que c'est bon
pour la santé ». Et effectivement, je pourrais me forcer et en manger quand
même, pour ma santé future. Mais est-ce que subitement elles deviendraient
délicieuses pour moi? Pas du tout.

« Les tomates sont bonnes pour la santé » est un jugement de fait. Pour
savoir si cela est vrai, il faut faire des études : les scientifiques (ici des
nutritionnistes, des biologistes, des médecins) peuvent tenter de vérifier cela
par observation, en faisant des expériences. Même si cela était vrai, je
continuerais de les trouver dégoûtantes.

« Il faut manger des tomates » est un jugement de valeur. Nous verrons dans
la section suivante ce que cela signifie. Mais même s'il faut en manger,
même si la santé est importante, je n'aimerai pas plus cela.

Et si je vous disais : écrivez-moi un texte de 700 mots et si je commence à


aimer les tomates après sa lecture, je vous donne 100% pour la session
entière automatiquement, est-ce que ce serait possible pour vous de le faire?
Malheureusement, non.

L'important ici : les arguments rationnels n'ont aucune emprise sur les
goûts. Il n'est pas possible de débattre des goûts ou de les modifier par
de simples arguments. Le débat est inutile dans ce cas. Pourtant, nous le
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faisons régulièrement, mais nous perdons notre temps. Si un ami déteste une
chanson que nous adorons, ce n'est pas avec des arguments que nous le
ferons changer d'avis.

Cela ne signifie pas que les goûts ne peuvent pas changer. Plus jeune, je me
souviens que je n'aimais pas du tout le café, je trouvais cela amer, carrément
imbuvable. Maintenant je bois 3-4 tasses chaque matin, je ne pourrais pas
m'en passer. Même chose avec le whisky : la première fois que j'en ai bu, je
l'ai presque recraché tellement ça m'a brûlé la bouche, mais aujourd'hui je
suis alcoolique (blague). Seulement, ce ne sont pas des arguments qui ont
changé mes goûts : c'est à force d'en boire que je me suis habitué. (Avec les
tomates, ça n'a jamais fonctionné, par contre!)

Je suis aussi convaincu que vous sentez quelque chose : on dirait qu'on parle
de choses sans importance, dans cette section du cours. On s'en fiche bien de
savoir si le prof aime les tomates ou non. Et de mon côté, je m'en fiche aussi
de savoir si vous aimez ça. « Chacun ses goûts », dirait ma mère. Justement,
cette indifférence à propos des jugements de préférence est une
caractéristique qui les différencie du troisième type de jugements, les
jugements de valeur. Nous verrons cela plus en détail ensuite.

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Dernière chose : La philosophie n'est pas centrée sur les jugements de


préférence. Au contraire, la philosophie tente de mettre de côté ce type de
jugement, et essaie de formuler des jugements qui sont objectifs, donc vrais
pour tout le monde. Cependant, ce ne sont pas des jugements de fait. Ce sont
le plus souvent des jugements de valeur.

À SUIVRE DANS LE COURS 3