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– LA THESE DE MAX WEBER

A- L’ESSOR DU CAPITALISME ET L’ETHIQUE PROTESTANTE DU CAPITALISME.

1- LE CONTEXTE

constat : Comme l’écrit M Lallement, M Weber vit dans l’Allemagne de Guillaume II ,


celle des années 1890 aux années 1920 . Or « l’Allemagne du tournant du siècle vit en
raccourci les mutations que connaissent alors toutes les sociétés de l’occident moderne:
• industrialisation, essor de l’Etat et laïcisation des mentalités.
• C’est un ordre social nouveau, en rupture avec toutes les sociétés
traditionnelles, que Weber cherche à interpréter ».

Conclusion : Ce contexte dans lequel se trouve alors l’Allemagne n’est pas sans points
communs avec celui que connaissent aujourd’hui de nombreux PVD.

2 - LA CRITIQUE DU MATERIALISME HISTORIQUE DE MARX .

a - PRESENTATION DE L’ANALYSE MARXISTE (rappel du


cours de première)

La philosophie de l’histoire de Marx (cf. première) consiste à dire que :


• les infrastructures matérielles , c’est à dire les forces productives (outils,
contexte technique et travail humain) et rapports de production
(manière dont s’organise cette production de biens) constitués en
modes de production (nature de la production en fonction du statut de la
propriété et du travail)
• déterminent en dernière instance les superstructures de la société,
parmi lesquelles, la religion, les institutions et les représentations
politiques, les idéologies.

Conclusion : La théorie marxiste se caractérise donc par un déterminisme


technologique moniste (ou unicausal) c’est à dire que Marx explique le passage d’un
mode de production à l’autre et l’évolution des superstructures (des représentations du
monde qui en résultent) par l’évolution des forces productives.

b - PRESENTATION DE LA CRITIQUE DE WEBER

Présentation de la critique wéberienne: Cette conception n’est pas vérifiée selon


Weber qui, constate que: « s’il est vrai que certains facteurs structurels ont favorisé le
progrès du capitalisme occidental moderne:
- accumulation de capitaux (cf. Marx) ,
- conditions démographiques (cf. Durkheim : cf chapitre travail),
- découverte de continents nouveaux (cf chapitre innovations et progrès
technique), etc.
Encore fallait-il que les hommes soient motivés à utiliser rationnellement ces divers
éléments en vue de la production de type capitaliste. Il fallait que les hommes soient
animés par un esprit, une vision du monde et par des valeurs favorables à des conduites
économiques rationnelles et pratiques » (G.Rocher)

Exemple vérifiant la critique wébérienne : On constate d’ailleurs à partir de


l’exemple américain que :
- l’Etat des USA qui a développé le premier un esprit capitaliste n’est pas un des
Etats du sud esclavagiste ayant pourtant réalisé précocement une accumulation
du capital,
- mais au contraire le Massachusetts qui avait été fondé par les colons pour des
raisons religieuses.
Conclusion : Weber est donc conduit :
- à inverser la relation de causalité énoncée par Marx : c’est la superstructure, en
particulier la vision religieuse du monde et l’esprit qui en découle qui va
déterminer l’infrastructure (l’accumulation du capital);
- encore faut-il préciser que Weber rejette le monisme de la théorie marxiste et
considère que les idées religieuses ne déterminent pas à elles seules l’apparition
du capitalisme (les conditions matérielles, démographiques, etc. jouent aussi un
rôle non négligeable), ne le déterminent pas consciemment (c’est à dire que
lorsque les pasteurs ont développé l’éthique protestante du protestantisme, ils
n’avaient pas pour objectif affirmé de favoriser l’apparition d’une société
capitaliste).

3 - LA SOCIETE CAPITALISTE : UNE SOCIETE SPECIFIQUE

a - LE CAPITALISME NE PEUT ETRE REDUIT A LA SEULE RECHERCHE


DU GAIN :

Remarque :
- Selon Weber le désir d’acquisition a existé et existe déjà en dehors des
structures capitalistes. En ce sens l’esprit du capitalisme n’est ni nouveau, ni
récent : il a déjà existé à différentes périodes de l’histoire, en Chine, en Egypte,
etc.
- Mais c’est dans le monde occidental qu’il s’est réalisé sous sa forme la plus
avancée et la plus étendue.

Questions : Comment expliquer cela ? Comment expliquer par exemple que le


capitalisme ne se soit pas développé dans la société italienne du 15° siècle qui avait
pourtant inventé toutes les techniques bancaires qui vont être au fondement de
l’accumulation du capital ? Comment expliquer que l’esprit capitaliste se développe
dans les forêts pennsylvaniennes dans lesquelles pourtant par manque de circulation
monétaire les affaires risquaient de dégénérer en troc.

b - LE CAPITALISME RESULTE DE LA COMBINAISON DE LA


RECHERCHE DU PROFIT ET DE LA DISCIPLINE RATIONNELLE .

Explications : selon Aron :


- s’il existe bien des phénomènes capitalistes dans les civilisations extérieures à
l’Occident,
- les traits spécifiques du capitalisme occidental, la combinaison de la recherche
du profit, et de la discipline rationnelle du travail, ne sont apparus qu’une seule
fois dans le cours de l’histoire.
- M Weber s’est donc demandé dans quelle mesure une attitude particulière à
l’égard du travail, elle-même déterminée par les croyances religieuses aurait été
le fait différentiel, présent en Occident et absent ailleurs, capable de rendre
compte du cours singulier pris par l’histoire de l’Occident.

4 - L’ETHIQUE PROTESTANTE DU CAPITALISME .

a - LE CONCEPT DE PREDESTINATION

Constat : Comme l’indique G Rocher l’éthique protestante résulte principalement de la


notion de prédestination développée par Calvin et adaptée par les pasteurs calvinistes.

Définition du concept de prédestination : cette notion repose sur l’idée :


- qu’il existe un dieu absolu, tout puissant et mystérieux qui a prédestiné chacun
de nous à la damnation ou au salut sans que par nos oeuvres (c’est à dire par
nos bonnes actions sur terre qui, pour le catholicisme, déterminent si l’on sera
sauvé ou damné), nous puissions modifier un décret pris à l’avance.
- Ainsi le calviniste ne peut savoir a priori s’il sera sauvé ou damné, or c’est là une
conclusion qui est intolérable pour les individus qui ne peuvent vivre dans une
telle incertitude.
- Il semble donc normal que les pasteurs qui sont confrontés quotidiennement aux
fidèles aient adapté la notion calviniste pour la rendre plus acceptable.

Conclusion : G Rocher en conclut que « c’est ainsi que , par un paradoxe qui n’est
qu’apparent, , la doctrine de Calvin, toute axée sur la gloire de Dieu et sur la
grâce, allait engager le croyant dans l’activité temporelle et économique plus
que toute autre religion.

b - LES CONSEQUENCES DU CONCEPT DE PREDESTINATION

Explications : les pasteurs vont adapter la pensée de Calvin en expliquant aux fidèles
que :
- rien ne pouvait leur garantir qu’ils appartiendraient au peuple des élus,
- par contre il semblait évident que s’ils adoptaient tout au long de leur vie un
comportement qui plaît à Dieu, ils auraient plus de chances d’être élus que ceux
qui ont mené une vie dissolue.

Conséquences : Ceci va développer chez les fidèles ce que M Weber dénomme


l’ascétisme moral. Il comporte trois obligations essentielles auxquelles l’individu doit
se conformer :
- le travail plaît à Dieu, la paresse est un vice, l’individu doit donc consacrer sa vie
au labeur.
- les fruits du travail doivent être utilisés pour la plus grande gloire de Dieu. Le
travail va enrichir le fidèle , mais il ne travaille pas pour lui , il travaille pour la
plus grande gloire de Dieu, l’édification du royaume céleste. Les richesses que
l’individu accumule donc ne lui appartiennent pas, elles sont la propriété de
Dieu, le fidèle ne peut donc en jouir. Il doit donc mener une vie austère qui
s’oppose à celle du noble catholique. Mais en même temps, il ne doit pas
thésauriser ses richesses car si la prodigalité est un vice, l’avarice en est un
autre. Le fidèle doit donc mettre en oeuvre ses richesses et développer de
nouvelles activités.
- une valorisation de l’étude : contrairement au catholicisme qui a toujours été
très sévère à l’encontre du savoir et de la science, le protestantisme considère
que l’individu doit au minimum savoir lire et écrire (pour lire la bible, ce qui était
interdit aux catholiques) et si possible posséder des connaissances scientifiques qui lui
permettront d’apprécier la grandeur de Dieu, et d’être plus efficace dans leur travail.

5 - LES CONSEQUENCES ECONOMIQUES DE L’ETHIQUE PROTESTANTE .

a - L’ASCETISME PROTESTANT ROMPT AVEC LES DOGMES


CATHOLIQUES

Conséquences : L’ascétisme protestant s’opposa ainsi aux comportements dominants


dans les pays catholiques à l’époque en rejetant les dogmes qui les dominaient :
- il s’opposa à la jouissance spontanée des richesses et freina la consommation
d’objets de luxe qui caractérisait le mode de vie noble, en France par exemple .
- il débarrassa des inhibitions de l’éthique traditionnelle le désir d’acquérir qui
était condamné par le dogme catholique , ce qui conduisit d’ailleurs à une
dévalorisation du travail qui était abandonné aux classes les plus viles : un
honnête homme ne travaille pas.
-
b - ET PERMET AINSI L’APPARITION D’UN ESPRIT
CAPITALISTE .

Remarque : Comme l’indique M. Weber, l’ascétisme protestant eut des répercussions :


- qui n’étaient pas du tout envisagées par les pasteurs qui l’ont développé
- et qui n’auraient sûrement pas été souhaitées puisqu’il favorisa l’apparition d’un
esprit capitaliste.

Définition du concept d’esprit capitaliste : comme l’écrit Weber : « si pareil frein


de la consommation s’unit à pareille poursuite débridée du gain, le résultat pratique va
de soi: le capital se forme par l’épargne forcée ascétique. Il est clair que les obstacles
qui s’opposaient à la consommation des biens acquis favorisaient leur emploi productif
en tant que capital à investir » . Cette logique est encore renforcée par le fait que « sur
le terrain de la production de biens privés l’ascétisme combattait à la fois la
malhonnêteté et l’avidité purement instinctive ».

Conclusion : On retrouve bien ici la logique (dominante chez Smith, Ricardo et Say) qui
condamne la consommation comme improductive pour valoriser l’épargne,
l’accumulation du capital qui est à l’origine de la croissance économique . L’esprit
capitaliste ne conduit pas à un pillage des richesses naturelles d’un pays (cf. certains
PVD aujourd’hui), mais au contraire au développement rationnel d’un projet de long
terme (cf. la notion de développement durable).

B - UNE REALITE CONTEMPORAINE : LE DESENCHANTEMENT DU MONDE.

1 - LE CONTEXTE.

Remarque : Comme Durkheim, Weber va s’intéresser à la sociologie du droit , mais


pour des motifs différents :
- Durkheim veut étudier la division du travail social qui ne peut
s’appréhender directement . Il va donc se demander si le droit n’est pas
représentatif d’une certaine forme de solidarité. Il va constater que dans les
sociétés à solidarité mécanique le droit répressif est dominant, alors qu’au
contraire, dans les sociétés à solidarité organique, c’est le droit restitutif qui
domine (cf. chapitre solidarités et changement social).
- Weber quant à lui va considérer que le droit est une des formes de la
rationalité. Comme l’indique G Rocher : « le droit est le mode le plus rationnel
d’institutionnalisation du pouvoir sous la forme de la domination : c’est en lui que
la domination trouve sa légitimation la plus rationnelle ».

Explications de l’intérêt de Weber pour le droit : Si Weber s’est intéressé au droit


c’est « qu’il avait, selon lui, des implications directes dans l’évolution de trois structures
de domination auxquelles Weber accordait une importance de tout premier ordre pour
l’avenir économique et politique de l’Allemagne »:
• la domination des junkers( grands propriétaires terriens ) qui correspond
à la domination traditionnelle qui selon Weber ne peut qu’aggraver le
retard économique de l’Allemagne.
• la domination de la classe ouvrière qui ne permettrait pas à l’Allemagne
de rattraper son retard.
• la domination de la bureaucratie étatique qui ne s’intéressait pas
suffisamment à la dimension économique.

Conclusion : Weber souhaite l’avènement de la domination juridico-rationnelle qui se


substituerait à la domination traditionnelle ce qui faciliterait l’accession de la
bourgeoisie à une position dominante permettant à l’Allemagne de rattraper le retard
qu’elle avait accumulé à la fin du 19ème.

2 - LES CARACTERISTIQUES DES SOCIETES MODERNES

a- LA RATIONALITE : PRINCIPE DES SOCIETES MODERNES

a1- LES QUATRE TYPES D’ACTION .


Weber distingue 4 types d’actions :
- l’action traditionnelle dans laquelle l’acteur ne fait que se conformer aux
normes et aux valeurs, aux coutumes qu’il a intériorisées depuis son plus jeune
âge, qu’il considère comme naturelles. L’action individuelle est donc déterminée
par des réflexes enracinés dans une longue pratique.
- L’action affective qui ne se définit « non pas par référence à un but ou à un
système de valeurs, mais par la réaction émotionnelle de l’acteur placé dans des
circonstances données ».
- L’action rationnelle par rapport à une valeur est celle de l’individu qui agit
par la conviction qu’un certain comportement est souhaitable en raison de sa
valeur intrinsèque, quels que soient les effets qui peuvent en découler. C’est le
comportement du croyant convaincu qui fait passer ses principes moraux avant
toute considération utilitaire, de l’officier qui se laisse tuer sur place plutôt que
de se rendre. L’individu ne vise pas un but, ce qui ne veut pas dire qu’il n’est pas
rationnel, au contraire puisqu’il assume les dangers qu’il encourt en se
conformant à l’idée qu’il se fait de l’honneur.
- L’action rationnelle par rapport à un but (à une finalité) est celle du chef
d’entreprise qui avant de réaliser un investissement coûteux va étudier le
marché, la rentabilité de cet investissement , et n’investira que si le projet atteint
le but qu’il lui a fixé : dégager un certain taux de profit. Cela ne veut surtout pas
dire que dans l’action rationnelle l’agent atteint toujours son objectif, et que le
but visé est rationnel pour l’observateur. Cela veut seulement dire que placé
dans le contexte dans lequel il se trouve , par les anticipations du comportement
des autres , en fonction des connaissances dont il disposait , l’agent à agi
rationnellement en adoptant ses moyens aux fins qu’il poursuit.

a2 - L’INTERET DU CONCEPT DE RATIONALITE .

La rationalité : une spécificité des sociétés occidentales : Comme l’indique C


Colliot-thelene : « les sociétés occidentales modernes se distinguent par un type spécial
de rationalisation du style de vie qui se manifeste dans tous les aspects des pratiques
sociales: la codification du droit, la régulation constitutionnelle de la domination
politique, le développement de l’économie capitaliste sont des procès parallèles qui
permettent une prévisibilité croissante de l’action des agents sociaux . Cette
prévisibilité est synonyme d’objectivité, c’est à dire qu’elle exclut l’intervention de
motivations arbitraires. »

Comme le précise JF Dortier le concept de rationalisation renvoie à trois


aspects essentiels:
- à l’idée de calcul et d’efficacité d’abord, par exemple l’introduction de la
comptabilité et de la gestion dans l’activité économique signifie que les critères
de choix sont fixés en fonction de méthodes rigoureuses qui s’émancipent du
jugement.
- à celle d’autonomisation et de spécialisation des fonctions sociales
ensuite : pour que l’économie ou la sphère culturelle puissent introduire des
procédures rigoureuses dans le mode de gestion, il faut qu’elles se soient
émancipées des contraintes religieuses pour suivre leur propre logique.
- à celle d’universalisation et de formalisation des rapports sociaux enfin
(cf. la bureaucratie ci après).

b - LES TROIS FORMES DE DOMINATION LEGITIME.

Weber distinguait quatre types d’action mais seulement trois types de rationalité, car
Weber pensait que les valeurs morales rationnellement justifiées ne pouvaient
constituer le fondement d’une domination politique stable. Elles ont certes une
influence, en particulier durant les périodes révolutionnaires mais, ce ne sont pas les
raisons pour lesquelles les simples citoyens respectent les lois et acceptent de se
soumettre à la domination exercée au nom du droit.
Les trois types de rationalité distingués par Weber sont :

b1- LA DOMINATION TRADITIONNELLE (LA DOMINATION DE


L’ETERNEL HIER SELON WEBER)

Définition : Elle repose sur la croyance en la sainteté des traditions valides de tout
temps et en la croyance dans la légitimité de ceux qui sont appelés à exercer l’autorité
par ces moyens.

Exemple : La figure type en est le monarque héréditaire à qui le peuple obéit en tant
qu’héritier respectant une tradition.

b2 - LA DOMINATION CHARISMATIQUE

Définition : ( en grec charisma signifie don , grâce) repose sur la soumission à la vertu
héroïque ou exemplaire d’une personne extraordinaire ou à des ordres révélés et émis
par celle ci.

Exemple : La figure typique politiquement est le dictateur d’exception (équivalent


politique de ce qu’est le prophète dans le domaine religieux) et le régime politique la
dictature personnelle plébiscitaire. Selon D Colas : « Jésus et Hitler, Gandhi et Staline
sont des chefs charismatiques. »

Caractéristiques essentielles de la domination charismatique :


- Le chef charismatique n’est pas obéi en fonction de ses qualités soi-disant
éminentes: la possession de ses qualités est une croyance
- la seule qualité du chef charismatique est la compétence à persuader ceux dont
il cherche à obtenir l’obéissance qu’il possède un ou des dons extraordinaires.
(..).
- La reconnaissance du chef charismatique doit être libre au sens où les adeptes,
affiliés, apôtres s’abandonnent au charme du héros non sous l’empire d’une
menace ou en vue d’une récompense mais parce qu’ils se sentent attirés par une
force irrépressible.
- Le groupe qui obéit au chef charismatique forme, selon Weber une communauté
émotionnelle: les images abondent des mouvements d’amour adressés à Hitler.

Conclusion : Aux yeux de Weber, la dimension affective du charisme corrompt les


régimes démocratiques car s’impose comme chef, en raison du caractère naturellement
émotionnel de l’abandon au chef à qui on a confiance, celui qui suscite l’enthousiasme
en promettant le plus, en excitant les passions ».

b3 - LA DOMINATION LEGALE EST DE CARACTERE RATIONNEL

Définition : elle a pour fondement la croyance en la validité de la légalité des


règlements établis rationnellement et en la légitimité des chefs désignés conformément
à la loi. Le chef légal ou les instances supérieures , y compris le président de la
république élu, sont tenus de respecter l’ordre impersonnel du doit. Les citoyens ne sont
d’ailleurs obligés de se soumettre que dans les conditions prévues par la loi.

Conclusion :
On peut résumer dans le tableau suivant les principales idées :

formes de légitimité du pouvoir régime politique type


domination
Traditionnelle respect du caractère sacré de pouvoir patriarcal
la tradition pouvoir seigneurial dans la
société féodale
pouvoir royal dans les
monarchies
Charismatique la personnalité exceptionnelle le prophète
du chef, du prophète le tribun
légale- l’autorité impersonnelle de la pouvoir fondé dans les
rationnelle loi organisations modernes sur la
compétence et la rationalité
du choix

3 - LE MODELE ORGANISATIONNEL DOMINANT DES SOCIETES MODERNES : LA


BUREAUCRATIE.

Définition : la bureaucratie est, selon Weber, l’exemple le plus typique de la


domination légale, en ce sens elle est bien caractéristique des sociétés occidentales.
Elle repose sur les principes suivants selon J Freund :
« Pour Max Weber, la] domination légale est de caractère rationnel : elle a pour fondement la croyance en
la validité de la légalité des règlements établis rationnellement et en la légitimité des chefs désignés
conformément à la loi [...]. Le chef légal ou les instances supérieures, y compris le Président de la
République élu, sont tenus de respecter l'ordre impersonnel du droit [...]. Les membres du groupement
[politique] n'obéissent qu'au droit : ils sont des citoyens. Cela veut dire qu'ils ne sont obligés de se
soumettre que dans les conditions prévues par la loi [...].
La bureaucratie est l'exemple le plus typique de la domination légale. Elle repose sur les principes
suivants :
• 1° L'existence de services définis et donc de compétences rigoureusement
déterminées par les lois ou règlements, de sorte que les fonctions sont nettement
divisées et distribuées ainsi que les pouvoirs de décision nécessaires à
l'accomplissement des tâches correspondantes ;
• 2° La protection des fonctionnaires dans l'exercice de leurs fonctions, en vertu d'un
statut (inamovibilité des juges par exemple) [...];
• 3° La hiérarchie des fonctions, ce qui veut dire que le système administratif est
fortement strucuré en services subalternes et en postes de direction, avec possibilité
de faire appel de l'instance inférieure à l'instance supérieure [...].
• 4° Le recrutement se fait sur concours, examens ou diplômes, ce qui exige des
candidats une formation spécialisée. En général, le fonctionnaire est nommé (rarement
élu) [...];
• 5° La rémunération régulière du fonctionnaire sous la forme d'un salaire fixe et d'une
retraite lorsqu'il quitte le service de l'État [...];
• 6° Le droit qu'a l'autorité de contrôler le travail de ses subordonnés, éventuellement
par l'institution d'une commission de discipline ;
• 7° La possibilité d'avancement des fonctionnaires sur la base de critères objectifs et
non suivant la discrétion de l'autorité ;
• 8° La séparation complète entre la fonction et l'homme qui l'occupe, car aucun
fonctionnaire ne saurait être propriétaire de sa charge ou des moyens de
l'administration.
On admet, en général, que démocratisation et bureaucratisation vont de pair. »
Source : J Freund, sociologie de M Weber, Puf, 1983.

Exemple : E Friedberg indique que pour Weber, un tel mode d’organisation, caractérise
bien sur les administrations publiques, mais aussi la plupart des organisations
industrielles et commerciales d’une certaine taille.

Explications du développement du modèle bureaucratique : Ce mode


d’organisation se développe et devient dominant pour deux raisons :
- il est supérieur aux organisations traditionnelles, parce que , grâce à la
formalisation et à la standardisation des activités, il permet un fonctionnement
régi par des règles plus objectives, donc plus régulier et plus prévisible . Il est
donc appelé à se développer justement en raison de sa plus grande efficacité.
- il est légitime : l’efficacité ne suffit pas à assurer la domination d’un modèle
organisationnel, encore faut-il que celui ci soit légitimé, or dans nos sociétés
modernes la bureaucratie correspond à la forme de domination légitime.

Relativisation : Néanmoins ce mode d’organisation n’est pas sans générer des effets
pervers.
4 - LE DESENCHANTEMENT DU MONDE.

a - LA RATIONALISATION DU MONDE VA A L’ENCONTRE DES CROYANCES


RELIGIEUSES

Remarque : Weber n’est pas un admirateur béat de la rationalisation du monde


moderne, il considère plutôt que celle ci à un caractère ambigu :
• En effet, la rationalisation des conduites sociales s’accompagne du
développement des sciences et d’une représentation scientifique du
monde.
• Or cette dernière, qui s’impose au détriment des mythes et des
croyances religieuses, ne peut toutefois assumer toutes les fonctions
symboliques des religions.
• Les religions donnent généralement un sens au monde et à l’action des
hommes. La magie suppose que des forces surnaturelles peuvent être
mobilisées par des moyens divers pour prévenir les malheurs, corriger
l’injustice ou assurer la réalisation des souhaits des individus. Les
formes plus élaborées de la religion comprennent des interprétations du
monde (théodicées) qui indiquent aux hommes des voies de salut.

b - CE QUI CONDUIT A UN DESENCHANTEMENT DU MONDE

Conséquences : Les sciences modernes, au contraire, ne proposent aucune réponse à


la question du sens du monde :
- Posséder une culture scientifique n’est certes pas le fait de tous, mais la plupart
des membres des sociétés modernes (y compris les croyants) présupposent que
les choses et les événements sont régis par des forces purement naturelles qui
peuvent être connues et maîtrisées par la science,
- mais cette maîtrise ne va pas jusqu’à la suppression du mal, de la souffrance et
de la mort, c’est à dire de tout ce qui, pour l’individu, constitue l’absurde
inhérent à la condition humaine.
- Ce lien entre la rationalité spécifique des sociétés modernes et le manque de
sens est ce que M Weber nomme le désenchantement du monde.
Remarque : Weber contrairement à ce que l’on pourrait penser :
- ne soutient pas que les pratiques et croyances religieuses sont condamnées à
disparaître.
- Il constate simplement que l’éthique religieuse, qui était autrefois un facteur
déterminant de la structuration des conduites sociales a perdu cette fonction
dans les sociétés modernes.
- Ces conduites sont aujourd’hui déterminées par les contraintes mécaniques
découlant du jeu des intérêts économiques et politiques si bien qu’il est illusoire
d’espérer corriger le fonctionnement de nos sociétés par des mouvements
religieux ou quasi-religieux. Nous vivons une époque « indifférente aux dieux et
aux prophètes » ( M Weber , le savant et le politique) .
Répercussions négatives : Mais il semble que la rationalisation du monde ait des
effets encore plus désastreux que le désenchantement du monde : Weber constate,
selon Nisbet, que la rationalisation a un caractère paradoxal:
- Au départ c’est une force de progrès qui affranchit l’individu des contraintes qui
pesaient sur lui dans la société traditionnelle.
- Mais quand la société traditionnelle s’est désintégrée, « la rationalisation finit par
être à la racine d’une tyrannie plus forte, plus pénétrante et plus durable que
toutes celles que l’homme n'a jamais connues. (...) La rationalisation menace
alors de devenir une force non plus féconde et libératrice mais une source de
mécanisation et d’embrigadement »
Conclusion : Ces effets pervers de la rationalisation ne conduisent néanmoins pas
Weber à :
• souhaiter un retour de la société traditionnelle, il considère que
l’évolution historique est irréversible (comme Durkheim)
• ce qu’il craint c’est que la rationalisation conduise à faire de l’homme
une créature apathique, la personnalité individuelle ne pouvant résister
au nivellement intellectuel et à l’uniformité culturelle.
• En cela, par son pessimisme foncier, il s’oppose à l’optimisme relatif de
Durkheim.
Remarque : M. Weber , constate :
• avec les économistes libéraux une profonde transformation des sociétés
ayant connu le décollage économique et la croissance.
Mais contrairement à Rostow il n’en retient pas que les éléments favorables puisqu’il
montre que la rationalisation du monde assure certes une plus grande efficacité
économique mais qu’elle génère en contrepartie un désenchantement.