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Histoire et définition de la dysthymie

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Psychiatr Sci Hum Neurosci (2008) 6: 163–172

© Springer 2008
DOI 10.1007/s11836-008-0067-x

HISTOIRE / HISTORY

Les racines de la dysthymie


T. Haustgen

Centre médico-psychologique, 77, rue Victor-Hugo, F-93100 Montreuil, France

Résumé : Le terme de dysthymie a été utilisé par les replace the expression ‘‘neurotic depression’’. The
psychiatres allemands dès le XIXe siècle, dans son sens concept represents the coming together and conclusions
étymologique de perturbation de l’humeur (Flemming, of three schools of thought: 1) the description of ‘‘soft’’
1844 ; Kahlbaum, 1863), en regard de celles de l’intellect et depressive disorders, with mild symptomatology, morbid
de la volonté. C’est à la fin des années 1970 que, proposé par consciousness (moral hypochondria, J. Falret, 1866;
les psychiatres américains pour remplacer « dépression melancholia without delusion, Séglas, 1894), fatigue
névrotique », il a revêtu sa signification actuelle. Ce concept (primitive, post-pain or periodic asthenia), physical
est la résultante et l’aboutissement de trois courants de symptoms and sleep disorders (Longuet, 1937); 2) the
pensée : 1) description de troubles dépressifs de l’humeur à elaboration of the clinical description of neuroses, with
intensité symptomatique modérée, dans lesquels la douleur criteria relating to duration and development: neuras-
morale s’efface devant la conscience morbide (hypocondrie thenia (Beard, 1869) and its depressive forms, psychas-
morale de J. Falret, 1866 ; mélancolie sans délire de Séglas, thenia (Janet, 1903) and neurotic depression (Buzzard,
1894), la fatigue (asthénie primitive, post-douloureuse ou 1930), the term which prevailed between 1950 and 1980;
périodique), les signes somatiques et les troubles du 3) the development of the idea of personality disorders,
sommeil (Longuet, 1937) ; 2) élaboration de la clinique des which is found in several theoretical concepts: constitutions
névroses, privilégiant les critères de durée et d’évolution au (emotional, Dupré, 1909 ; depressive, Kraepelin, 1913), from
long cours : neurasthénie (Beard, 1869) et ses formes which derives Montassut’s ‘‘constitutional depression’’
dépressives, psychasthénie (Janet, 1903), dépression névro- (1938); temperament or character (Kretschmer’s cycloid,
tique (Buzzard, 1930) qui les remplace et va dominer les 1921); psychopathic personality (Schneider’s depressive
classifications entre 1950 et 1980 ; 3) mise en forme de la psychopaths, 1923). Since 1980, dysthymic disorder has
notion de personnalité pathologique, qui traverse une série been included among clinical categories on axis I of
de courants théoriques : constitutions (émotive de Dupré, DSM-III and since 1992 in the ICD-10. It involves accurate
1909 ; dépressive de Kraepelin, 1913), d’où la dépression criteria of duration (2 years) and intensity. It is no longer
constitutionnelle de Montassut (1938), tempérament ou considered a neurosis or personality disorder (axis II).
caractère (cycloı̈de de Kretschmer, 1921), personnalité Nevertheless, some authors still describe a depressive
psychopathique (psychopathes dépressifs de Schneider, temperament (Akiskal, 1990).
1923). Le trouble dysthymique, inclus depuis 1980 parmi
les catégories diagnostiques de l’axe I du DSM-III et, depuis Keywords: Depression – Fatigue – Neurosis – Personality
1992, dans la CIM-10, comporte des critères précis
d’intensité et de durée (au moins deux ans). Il n’est plus Introduction
considéré comme une névrose, ni comme un trouble de la
personnalité (axe II). Certains auteurs continuent néan- Dans le vaste ensemble des troubles de l’humeur réunis par
moins à décrire un tempérament dépressif (Akiskal, 1990). les classifications internationales actuelles, c’est sans doute
le concept de dysthymie, venant remplacer l’ancienne
Mots clés : Dépression – Fatigue – Névrose – Personnalité
dépression névrotique, qui a le moins pénétré la psychiatrie
française. D’importantes descriptions de pathologies « thy-
The clinical roots of dysthymia miques » modérées ont pourtant été tracées dès le XIXe siècle
par les aliénistes français, avant même l’émergence des
Abstract: The word dysthymia has been used by German névroses dans la nosographie psychiatrique. Un grand
psychiatrists since the early 19th century in its etymo- nombre de travaux ont alors cherché à préciser les
logical meaning of mood disorder (Flemming, 1844; caractéristiques des perturbations durables et atténuées de
Kahlbaum, 1863), as regards cognition and volition. At l’humeur dépressive, en les différenciant de la vieille
the end of the 1970s, the term took on its current mélancolie des auteurs classiques, dont le champ clinique
meaning when American psychiatrists suggested it might se restreignait parallèlement. On peut schématiquement
164

distinguer trois courants de pensée qui vont concourir à reprendre, en 1844, le terme grec de dysthymia pour désigner
l’élaboration du concept moderne de dysthymie dans les les perturbations de l’humeur, en les opposant aux troubles
années 1970 par la psychiatrie américaine, déjà à l’origine un intellectuels (anoesia) [9].
siècle plus tôt de celui de neurasthénie : Une vingtaine d’années plus tard, K.L. Kahlbaum
– une approche sémiologique descriptive, cherchant (1828-1899) réutilise le vocable pour désigner l’une de ses
à isoler des formes de troubles de l’humeur à intensité vecordias, entités morbides ne touchant qu’une faculté
symptomatique atténuée ; mentale (en l’occurrence l’humeur, l’affectivité), d’évolution
– une approche psychopathologique et évolutive, stable, avec fixité du tableau clinique et absence d’affai-
s’appuyant sur le concept de névrose, impliquant la blissement secondaire – comme dans le stade mélancolique
durabilité des manifestations décrites ; de la vesania typica ou psychose unitaire (1863). La
– une approche fondée sur la personnalité, prolon- renaissance de la dysthymie est ainsi associée à l’avènement
geant en quelque sorte la théorie humorale hippocratique d’une approche plurielle et évolutive des maladies mentales
à travers les notions de constitution, de tempérament et dans la psychiatrie allemande [24]. Hecker introduit à son
de caractère. tour, en 1877, le terme de cyclothymie, repris par Kahlbaum
Nous allons les passer tour à tour en revue, après [23]. Dysthymie et cyclothymie englobent alors l’ensemble
avoir essayé de préciser l’évolution du terme de des troubles de l’humeur n’évoluant pas vers la détériora-
dysthymie depuis l’Antiquité grecque jusqu’à sa résur- tion. Mais, alors que Kraepelin popularise le second terme, le
gence inattendue dans la psychiatrie du XIXe siècle. premier va connaı̂tre une nouvelle éclipse de près d’un
siècle. Jusqu’aux années 1980, les dictionnaires de médecine
Les vicissitudes lexicales de la dysthymie le définissent dans un sens très large : « ensemble des
perturbations de l’humeur » pour Garnier et Delamare ;
Platon divisait l’âme humaine, sans la séparer du corps, « dérèglement de l’humeur. Terme peu employé en raison
en thumos ou âme affective, dans laquelle siégeait le de son imprécision » pour le Dictionnaire de médecine
courage, l’élan, et en noûs (noèsis) ou âme intellectuelle, (Flammarion). Il sert alors surtout de suffixe (cyclothymie,
connaissante, contemplative, le siège de la réminiscence mais aussi hypothymie, hyperthymie, schizothymie).
[37]. Le second vocable va donner paranoı¨a, terme grec
équivalent à folie, qui sera repris par la psychiatrie
germanique au début du XIXe siècle (Heinroth, 1818). Le
premier va donner dysthymia. En 1834, Leuret séparait, en
France, délire de l’intelligence et délire des passions [31].
De son côté, Esquirol subdivisait, en 1838, ses monomanies
en intellectuelles et affectives (ou raisonnantes).
C’est semble-t-il Hippocrate qui utilise pour la
première fois dysthymia dans un sens médical, avec
l’acception d’abattement ou de prostration : « Lorsque
retrait (phobos) ou abattement (dysthymia) durent
longtemps, cela a à voir avec la bile noire (melancholia) »
(Aphorisme VI, 23). La relation de cause à effet entre les
deux états ne sera explicitée que par Galien, à l’époque
des passions stoı̈ciennes. Dysthymia sera alors traduit en
latin par tristesse (et phobos par crainte), ce qui
« marque un gauchissement de la définition hippocra-
tique vers un psychologisme et conduit à un dualisme
évident », selon Pigeaud [36]. Devenue passion patholo-
gique, la dysthymie va mettre dix-huit siècles à retourner
vers son sens hippocratique originel de ralentissement,
d’inhibition ou de prostration. À l’âge classique, la
médecine des passions, basée sur la séparation de l’esprit
et du corps, connaı̂t un grand essor, entre le traité de
Descartes (1649) et la thèse d’Esquirol (1805).
Alors que le vocable de mélancolie passait pour trop
vague et peu scientifique, ce dernier avait en vain proposé de
le remplacer par le néologisme de lypémanie [23]. Dans la
même optique d’une classification guidée par la psychologie
des facultés mentales, l’aliéniste germanique C.F. Flemming
(1799-1880) allait avoir plus de succès lorsqu’il proposa de
165

motrice » et d’« arrêt psychique » ; un ensemble de


Troubles dépressifs de l’humeur atténués
signes somatiques, réalisant un « état cénesthésique
De l’hypocondrie morale à la mélancolie avec conscience pénible » ; un état de « douleur morale », de « dépres-
sion douloureuse », secondaire aux deux symptômes
C’est J. Falret fils (1824-1902) qui, dans son entreprise de précédents :
démembrement de la monomanie affective d’Esquirol, en « Le malade se plaint d’une courbature générale,
1866, décrit avec le plus de finesse, sous le nom d’une faiblesse des jambes, d’une fatigue pour le moindre
d’hypochondrie morale, un type caractérisé d’état effort ; il accuse des douleurs vagues, de la céphalalgie,
dépressif non psychotique (au sens actuel), avec pré- un vide dans la tête, des bourdonnements d’oreille, des
dominance du ralentissement sur la douleur morale, battements dans les tempes. Il a des palpitations, une
baisse d’énergie, perte d’espoir, signes somatiques sorte d’anxiété précordiale, des troubles vasomoteurs.
(anxiété précordiale, palpitations, céphalées), conscience Les fonctions digestives sont troublées ; on note la perte
morbide (il rebaptisera, en 1890, l’entité mélancolie avec de l’appétit, la constipation. Chez les femmes, les règles
conscience), évolution intermittente, par accès sont irrégulières ou suspendues. Le sommeil est troublé ;
(l’affection forme le pendant de l’exaltation maniaque, il y a de l’insomnie ou de la somnolence. La nutrition
future hypomanie) : générale est atteinte, ainsi qu’en témoigne l’amaigris-
« Ils sont au moral ce que les hypocondriaques sont sement [...]. Les premiers troubles intellectuels se
au physique. Ayant parfaitement conscience de leur état, traduisent par l’apathie, l’irrésolution, la lenteur des
ils s’en affligent et s’en alarment, en exagèrent même tous mouvements, de la démarche, de la parole, qui est basse,
les symptômes. [...] Se croyant atteints d’une maladie traı̂nante, monotone, par la négligence des occupations
incurable, ils regrettent leur intelligence évanouie, leurs habituelles, de la toilette [...]. Il existe d’autres phéno-
sentiments éteints, leur énergie disparue [...]. La volonté mènes identiques dans le domaine purement intellectuel.
est aussi impuissante chez eux que la sensibilité est C’est par exemple la difficulté de fixer l’attention, de
émoussée. Ils veulent et ils ne veulent pas. Ils se sentent grouper les idées, de suivre un raisonnement, la lenteur
poussés à agir, mais ils n’ont la force de se décider à rien. dans les perceptions, souvent indécises [...]. La douleur
Ils sont, en un mot, sans initiative et sans énergie [...]. Ils morale se manifeste dans l’attitude, la physionomie, la
sont incapables de lire et de s’occuper intellectuelle- mimique, toujours très expressive et traduisant toute la
ment ; le moindre travail les fatigue » [19]. gamme des passions tristes, depuis l’abattement, l’ennui,
La plupart des critères de recherche actuels de la jusqu’à l’angoisse, la terreur ou la stupeur. Une fois
dysthymie se retrouvent dans la description tracée par apparue, elle tend à envahir tout le champ de la
Falret il y a 140 ans (Tableau 1). conscience. » [39] (pp. 285-90).
Son élève, Séglas (1856-1939), reprend et systématise
une génération plus tard (1894) l’entité, dans la dixième Fatigue et ralentissement de´pressif
de ses leçons cliniques de la Salpêtrière [39]. Pour lui, la dans la psychiatrie française du début du XX
e
siècle
mélancolie simple, sans délire ou avec conscience,
associe trois ordres de symptômes : un état de « dépres- Cette même année 1894, le psychologue G. Dumas, passant
sion générale » (ralentissement), faite d’« aboulie en revue les troubles intellectuels de la mélancolie, pense

Tableau 1. de Falret au DSM-IV

Jules Falret : hypochondrie morale (1866) DSM-IV : dysthymie, critères de recherche (1994)

« Ils ont honte ou même horreur de leur propre personne » – Faible estime de soi ou sentiments d’inadéquation
« Disposition générale à tout voir en noir [...]. Sentiment – Pessimisme ou perte d’espoir
moral d’angoisse et de désespoir »
« (Ils sont) devenus insensibles et indifférents à tout [...]. – Manque d’intérêt ou de plaisir
Tout leur paraı̂t décoloré et sans attrait »
« Sans initiative et sans énergie, ils restent le plus souvent – Retrait social
dans l’immobilité »
« Le moindre travail les fatigue [...]. Ils sont incapables de – Fatigue chronique ou lassitude
lire et de s’occuper »
« Ils ont la peur de faire du mal [...]. Ils se désolent de ne – Sentiments de faute ou rumination du passé
plus apercevoir les choses à travers le même prisme qu’autrefois »
« (Ils ont) des impulsions instinctives à faire ou à dire du mal » – Irritabilité ou colère excessive
« Ils sont sans initiative et sans énergie » – Diminution de l’activité, de l’efficience ou de
la productivité
« Ils présentent du vague et de la confusion dans les idées – Diminution de l’aptitude à penser, de la concentration,
et une certaine lenteur dans les conceptions [...]. Ils n’ont la de la mémoire ou difficultés à prendre des décisions
force de se décider à rien »
166

comme Séglas que la douleur morale est secondaire au dépression masquée, double dépression et trouble BP-V de
ralentissement : Klerman ! Il n’y a pas de douleur morale véritable,
« Ce ralentissement peut nous faire comprendre dans seulement une tonalité affective triste sous forme d’« aspects
une certaine mesure l’invasion lente du moi par l’état dégradés » : ennui, pessimisme, sentiment d’inutilité.
affectif, l’impossibilité où se trouve le malade de En 1946, l’ouvrage de Delay, qui popularise la
s’occuper d’autre chose que de lui-même et de sa locution de trouble thymique, rattache les formes
douleur. La paresse de l’esprit favorisant la stagnation mineures de Longuet au spectre maniaco-dépressif, sur
des idées tristes, le malade est incapable de s’intéresser à la base d’une commune « hyperthymie douloureuse,
la vie qui l’entoure et à ses affaires quotidiennes » [15]. perturbation du tonus instinctivo-affectif de base », à
Toujours en 1894, F. Boissier met en évidence les analogies partir de leur réactivité thérapeutique à l’électrochoc.
entre mélancolie et neurasthénie de Beard, première étape du Pour Delay, comme pour l’école du Maudsley Hospital, la
virage vers les troubles de l’humeur de la « névrose distinction entre dépressions endogène et psychogène
américaine » : « Comme en somme l’opinion qui prévaut serait illusoire : « Dans l’évolution de la mélancolie
est que la neurasthénie est aussi un état général symptoma- constitutionnelle, il est fréquent qu’à côté des accès
tique, expression d’autres maladies, on peut y voir un premier apparus spontanément sous l’influence des seuls facteurs
degré de la psychose, une mélancolie atténuée. » [7]. endogènes, il y en ait d’autres apparemment déclenchés
En 1911, le psychiatre Tastevin fait de la fatigue le par un traumatisme affectif. » [14] (pp. 18-9).
symptôme cardinal de certains états dépressifs, qu’il Dans la 22e de ses Études psychiatriques, qu’il
dénomme pour cette raison « asthénie » ou « dysthénie consacre, en 1954, à la mélancolie, Ey mentionne, à côté
primitive périodique » [41] : « L’affaiblissement musculaire des formes classiques, la « dépression légère » parmi les
général, le ralentissement psychique général constituent les « formes mineures » de l’affection :
seuls symptômes essentiels. Certains malaises physiques et « Sans doute, il n’est pas question de réduire purement
une certaine anxiété qui va jusqu’à pousser le malade au et simplement les névroses à la dépression mélancolique,
suicide ne sont que des symptômes secondaires », note la
même année son élève Couchoud [12].
Pour Benon, aliéniste nantais, la mélancolie vraie doit
être soigneusement distinguée de cette asthénie pério-
dique, dans laquelle la perturbation thymique est
secondaire : « La première est une maladie ou un
syndrome dysthymique, la seconde est une maladie ou
un syndrome dysthénique », écrit-il en 1922 [6]. C’est, la
même année que l’athymhormie de Dide et Guiraud, la
réapparition du terme dysthymie, mais au sens large
d’Hippocrate et de Kahlbaum. La mélancolie vraie débute
par une émotion douloureuse motivée primitive, pour se
compléter secondairement d’une asthénie progressive,
proportionnée à la douleur morale. À l’inverse, l’asthénie
périodique débute brusquement par un état de fatigue
primitif, fondamental, persistant à peu près au même
degré durant tout l’accès. C’était l’équivalent de la
dichotomie entre dépression psychogène avec douleur
morale et dépression endogène avec ralentissement,
systématisée par Lange en Allemagne vers la même
époque [29], tandis que l’équipe du Maudsley Hospital
de Londres (Mapother, 1926 ; Lewis, 1934) adoptait à
l’inverse un modèle unitaire des états dépressifs.
En 1937, le Français Longuet décrit les « formes
monosymptomatiques de la mélancolie intermittente »,
suivies en ambulatoire, dominées par la fatigue et les
troubles du sommeil : « Des phénomènes pathologiques
comme l’insomnie, les algies, l’asthénie, l’impuissance
peuvent survenir par accès intermittents et ne
s’accompagner d’aucun autre symptôme. Ils alternent
fréquemment avec des accès mélancoliques typiques et on
retrouve chez beaucoup de malades une hérédité
cyclothymique » [32]. Triple anticipation prémonitoire :
167

mais il faut envisager comme une éventualité assez Essor et chute de la dépression névrotique
fréquente les cas où la dépression mélancolique rythme
l’évolution de certaines névroses et fournit à l’aspect Freud emploie peu le vocable de dépression dans ses
multidimensionnel de la personnalité névrotique l’occasion écrits. Il évoque toutefois l’« inhibition qui caractérise
ou la condition de sa cristallisation. » [18]. Déjà tout le les états dépressifs (Depressionszustände) et le plus grave
mécanisme de la double dépression ! d’entre eux, la mélancolie », en 1926, dans Inhibition,
Ainsi, dès le tournant des XIXe et XXe siècles, les symptôme et angoisse [4]. Son élève K. Abraham note,
aliénistes français étaient-ils conscients de l’existence de dès 1911, dans Préliminaires à l’investigation et au
formes frustes de mélancolie et de dépression, à traitement de la folie maniaco-dépressive et des états
expression symptomatique atténuée, rebaptisées bien voisins, que les affects dépressifs peuvent se rencontrer
plus tard dépression masquée, syndrome de fatigue dans différentes configurations psychopathologiques. Il
chronique ou syndrome polyalgique idiopathique diffus remarque que la dépression est aussi répandue que
[13]. En 2000, Parker fait d’ailleurs de l’asthénie l’une des l’anxiété dans les névroses, l’état dépressif survenant lors
quatre expressions dimensionnelles des dépressions non du renoncement à un but sexuel.
mélancoliques [35]. En 1929, Gillespie différencie dépressions « auto-
nomes » et dépressions « réactionnelles » [21]. L’année
suivante (1930), Buzzard introduit la dichotomie dépres-
Névroses et dépression névrotique sion psychotique/dépression névrotique [10]. Cette
dernière désigne des états dépressifs psychogènes ou
Neurasthénie et psychasthénie
réactionnels frappant surtout des sujets anxieux.
Postérieure de quelques années à la dysthymie de La classification tripartite des états dépressifs
Kahlbaum et à l’hypocondrie morale de Falret, c’est (endogène-névrotique-réactionnel) se développe après
bien sûr la neurasthénie de l’Américain Beard (1869), 1945. Le Mappian décrit, en 1949, la dépression névro-
reprise par Charcot dans ses leçons cliniques, qui va tique de la manière suivante :
conditionner tous les travaux ultérieurs sur les névroses « Nous trouvons en dehors de l’état dépressif une
dépressives [5]. Rappelons qu’elle associe asthénie névrose plus ou moins caractérisée cliniquement ou se
neuromusculaire, algies (céphalées, rachialgies), insom- décelant à certaines modalités du comportement. Dans
nie et dyspepsie. En 1895, Freud l’englobera dans les cette forme, il n’y a pas d’accès francs, ou bien la
« névroses actuelles », à côté de la névrose d’angoisse dépression s’installe avec quelques éléments réactionnels,
[20]. Au même moment, Boissier décrit une neurasthénie comme un achoppement sur une difficulté quelconque.
dépressive [7] et Sollier une neurasthénie circulaire : L’inhibition est peu marquée, la symptomatologie diffé-
« Pendant l’état de dépression, [le malade] est triste sans renciée, avec obsessions, anxiété ou phobies et sentiments
motif, a des envies de pleurer et perd toute volonté, toute dépressifs complexes. » [30]
initiative » [40]. Tandis que Séglas note : « Les troubles Cette classification s’impose pendant les 30 années
physiques initiaux (de la mélancolie sans délire) offrent qui suivent, à travers le manuel de H. Ey (1960), la
de nombreuses analogies avec ceux de l’état neuras- nosologie de l’Inserm (1968) et la CIM-9 (1975). Le DSM-II
thénique » [39]. américain (1968), toujours influencé par le courant
En 1875, Legrand du Saulle avait déjà de son côté signalé psychanalytique, introduit une rubrique « névrose
la présence de troubles dépressifs de l’humeur, d’idées et de dépressive » pour remplacer celle de « réaction dépres-
tentatives de suicide, durant la seconde période de la folie sive » du DSM-I.
du doute avec délire du toucher, ancêtre de la névrose On peut considérer que c’est l’article de Klerman qui
obsessionnelle et de la psychasthénie [22]. sonne, en 1979, le glas de la dépression névrotique, « le
Précisément, Janet décrit, dans son ouvrage synthé- diagnostic psychiatrique le plus communément porté,
tique de 1909, les « périodes de dépression des psychas- (aux) significations multiples, souvent utilisées de
théniques » : manière interchangeable dans la pratique clinique »
« Ces périodes méritent d’être appelées des périodes [26]. En partant de l’étude de 90 patients déprimés,
de dépression, parce qu’elles sont caractérisées par le l’auteur met en lumière le faible taux de concordance des
développement de tous les phénomènes d’insuffisance différentes acceptions du concept dans la littérature : peu
qui ont été signalés chez ces mêmes malades. [...] Le de retentissement sur l’adaptation sociale, absence de
trouble s’annonce presque toujours par une modification symptômes psychotiques, absence de symptômes
du sommeil. [...] Ce sont les symptômes physiques qui d’endogénéité, rôle déclencheur des événements de vie
semblent apparaı̂tre les premiers [...]. Les malades ont de stressants, notion d’un trouble de la personnalité
l’aboulie, de l’indécision, de la lenteur, de l’inachèvement préexistant, présence de conflits inconscients. Dans les
des actes ; ils deviennent incapables d’apprendre et ne se années 1980, certains essaieront pourtant d’établir la
rendent plus bien compte de ce qu’ils lisent et de ce qu’ils validité du concept de dépression névrotique [42,43],
entendent. » [25] (pp. 284-7). mais sans influencer les classifications internationales.
168

Un peu plus tard (1909), la constitution émotive de


Dupré (1862-1921) peut être le terrain de troubles
dépressifs de l’humeur : mélancolie anxieuse, « repré-
sentant chez les malades, soit l’exaltation critique au
cours d’accès transitoires, soit l’organisation durable, au
cours d’états chroniques, des manifestations les plus
graves de l’émotivité » (c’est déjà la double dépression de
Keller) ; ou neurasthénie, dont Dupré décrit une forme
constitutionnelle, chronique, frappant les « sujets congé-
nitalement faibles, incapables de résistance et d’effort. »
[16] (pp. 251-2).
C’est toutefois Kraepelin (1856-1926) qui trace pour la
première fois, en 1913, le tableau clinique détaillé d’une
« constitution dépressive », considérée comme l’un des
« états fondamentaux » de sa folie maniaque-dépressive –
à côté des constitutions hyperthymique, irritable et
cyclothymique. Cette constitution persiste en dehors des
accès. Elle se retrouve pour Kraepelin chez 12 % des
patients frappés par l’affection. Débutant dans l’enfance,
elle « peut durer toute la vie, sans modifications
essentielles » [27].
On peut la définir comme « l’accentuation affective
constamment sombre de toutes les expériences vécues ».
L’humeur est accablée, découragée, désespérée. On note un
sentiment d’inutilité et un manque de confiance en soi, une
fuite devant les responsabilités, des difficultés à prendre la
moindre décision, un retrait social, une réduction des
activités physiques et intellectuelles. Des oscillations et des
rémissions peuvent se voir. Le sujet a une conscience claire
de son état. Divers « troubles nerveux » sont présents :
difficultés de sommeil, fatigue, somatisations anxieuses
(palpitations, dyspepsie, constriction thoracique, maux de
tête). Enfin, d’autres manifestations « névrotiques » sont
fréquemment associées : doutes, ruminations, préoccupa-
tions hypochondriaques.

De Kretschmer à Schneider : tempérament et personnalité


Troubles de la personnalité Au début des années 1920, cette constitution dépressive
va se retrouver dans deux approches très différentes des
Que des symptômes dépressifs puissent se greffer sur un relations entre normalité et pathologie au sein de la
mode d’être permanent, sur un socle de traits présents psychiatrie germanophone. Kretschmer (1888-1964)
dès l’enfance du sujet, est une notion qui a traversé décrit le « tempérament » ou « caractère » cycloı̈de,
l’ensemble des courants théoriques de la psychiatrie associant dans des proportions variables des signes
depuis le XIXe siècle. fondamentaux constants (sociabilité, bonté, amabilité),
des éléments hypomaniaques et des éléments dépressifs :
De Magnan à Kraepelin : dégénérescence et constitution tranquillité, calme, tristesse, austérité, douceur.
« Les circulaires déprimés purs et typiques ont
Ainsi, Magnan (1835-1916) fait-il, en 1890, le diagnostic quelque chose de doux dans leur manière d’être. Si le
différentiel entre les accès mélancoliques de la folie cours de leur vie psychique n’est pas trop entravé par
intermittente (devenue maniaco-dépressive avec Kraepelin l’inhibition morbide, l’on se sent en contact avec eux, on
en 1899), survenant chez des sujets prédisposés, et ceux qui peut leur dire des paroles de réconfort, alors même qu’ils
se déclenchent chez les dégénérés : ces derniers ont comme sont au désespoir, ils ont besoin de sympathie et parfois
caractéristique d’avoir présenté, dès leurs premières de s’épancher à un confident. Quand la guérison
années, d’autres manifestations propres à la dégénéres- approche, ils se montrent modestes, aimables et recon-
cence mentale [33]. naissants » [28] (p. 133).
169

Ce tempérament, qui correspond à la syntonie de


Bleuler, est corrélé pour Kretschmer au biotype pyc-
nique. Il existe un continuum entre cyclothymie (carac-
tère normal), cycloı̈die (caractère pathologique) et
cyclophrénie (folie maniaque-dépressive).
Au contraire, pour le phénoménologiste Kourt
Schneider (1887-1967) – dont l’ouvrage de référence, de
1923, ne sera traduit en français qu’en 1955 –, il existe dix
types de « personnalités psychopathiques », sans rela-
tion de continuité avec les psychoses endogènes,
résultant de l’intrication de facteurs héréditaires et
environnementaux précoces. Les « psychopathes dépres-
sifs » (qui n’ont aucun rapport avec la future personna-
lité antisociale) sont, pour Schneider, des individus
sombres, insatisfaits qui affrontent l’existence de façon
durablement pessimiste, ont tendance à ruminer et à
développer des appréhensions hypocondriaques. Sous
leur masque de sens du devoir ou d’hyperactivité, ils sont
souvent difficiles à reconnaı̂tre. Schneider décrit diffé-
rents sous-types : mélancolique (sensible et compatis-
sant, mais hésitant, sans courage et facilement
démoralisé) ; morose (froid, égoı̈ste, ronchonneur, irri-
table) ; paranoı̈de (méfiant, replié). Enfin, il existerait
des relations étroites avec d’autres personnalités psy-
chopathiques : asthénique, hyperthymique, explosif [38].
Au même moment, le psychanalyste K. Abraham
(1877-1925) rapproche l’organisation du moi mélanco-
lique à celle de l’obsessionnel (caractère anal), avec
association fréquente de traits de dépendance (1924).
C’est l’origine du concept de névrose de caractère (ou
caractère névrotique).

Dépression constitutionnelle de Montassut Montassut décrit des complications qui peuvent se


rencontrer au cours de « phases d’aggravation ou de
Quinze ans après sa thèse sur la constitution paranoı̈aque cristallisation » : psychasthénie et obsessions, crises
(1924), le Français Montassut, médecin de l’hôpital anxieuses, comportements névrotiques.
Henri-Rousselle, opère la synthèse de la neurasthénie H. Claude (1869-1945), préfaçant Montassut, ne veut
de Beard et de la constitution dépressive de Kraepelin plus voir dans la neurasthénie qu’une constitution : c’est la
dans son étude, de 1938, sur la dépression constitution- fin de la fameuse névrose américaine [34]. Au prix d’un
nelle. L’entité associe des signes physiques objectifs certain contresens, la psychasthénie de Janet tend aussi
(cardiovasculaires, digestifs, neurovégétatifs) à des à devenir un type de constitution, que les Français
manifestations subjectives : sensation de fatigue phy- rapprochent également de la dépression : « La constitution
sique et intellectuelle (troubles de l’attention et de la psychasthénique n’est pour nous rien d’autre que
mémoire d’évocation), perturbations du rythme veille- la constitution anxieuse avec tendance dépressive », écri-
sommeil (réveil difficile, somnolence matinale, améliora- vent, en 1938, Claude et Levy-Valensi [11]. H. Ey, quant à lui,
tion vespérale, coucher tardif), impressionnabilité fera après 1945 de la psychasthénie un « fond mental » [22].
(flegme de surface, émotivité inapparente, sensibilité,
signes d’exaltation vagotonique, crises de colère), senti- Épilogue : l’histoire récente de la dysthymie
ment d’impuissance et d’insécurité (vulnérabilité, irré-
solution, retrait social, sentiment d’infériorité, fuite On a vu que le succès de la dépression névrotique allait
devant les responsabilités) : éclipser, pendant une génération, les notions de caractère et
« Cette volonté d’échec, la censure incessante du plaisir, de tempérament. Mais, autour de 1970, tandis que le courant
la soif de mortifications, cette constante politique de phénoménologique allemand est encore brillamment illustré
pénitence ont reçu de Freud une saisissante interprétation. par le typus melancholicus de H. Tellenbach, plusieurs
Nous estimons avec lui que l’insécurité découle encore du travaux anglo-américains décrivent des formes particulières
sentiment de culpabilité. » [34] (p. 86). de dépression non endogène évoluant au long cours et
170

inscrites dans la personnalité [3,8] : dysphorie caractérolo-


gique (Klein et Davis, 1969) ; syndromes dépressifs chroni-
ques caractérologiques (Schildkraut et Klein, 1975) ; trouble
dépressif chronique (Spitzer, 1977) et surtout dépression
caractérologique de H.S. Akiskal.
En 1980, Akiskal et al. proposent le terme de
dysthymie subaffective [1]. Ils la distinguent des « trou-
bles du spectre caractérologique », à partir d’arguments
cliniques, électro-encéphalographiques et thérapeutiques
(sensibilité aux chimiothérapies antidépressives). Les
variations circadiennes de la symptomatologie apparais-
sent très proches de celles de la dépression constitu-
tionnelle de Montassut [34]. En 1990, Akiskal isole le
« tempérament dépressif subaffectif », associant intro-
version, morosité, pessimisme, sentiment d’inadéquation
et d’insuffisance [2].
Le trouble dysthymique est apparu dans le chapitre des
troubles affectifs de l’axe I du DSM-III en 1980. Il n’est donc
pas considéré comme une pathologie de la personnalité (axe
II), mais comme une affection mentale autonome, distincte
de la dépression majeure et du trouble de l’adaptation avec
humeur dépressive. Le diagnostic ne peut être porté
qu’après deux ans d’évolution (un an pour les enfants et
les adolescents), avec possibilité de périodes d’humeur
normale ne dépassant pas quelques semaines. Il existe une
forte comorbidité avec les troubles anxieux. Bien que
ses critères aient été modifiés, l’entité (devenue dysthymie
tout court) a été maintenue dans le DSM-III-R et le DSM-IV.
Il est à noter que trois des six critères recoupent ceux du
trouble anxiété généralisée (fatigabilité, difficultés de
concentration, perturbation du sommeil). Par ailleurs,
aucune « personnalité dépressive » ne figure sur l’axe II
du DSM. Les notions théoriques qui avaient présidé à
l’élaboration du concept de névrose sont bannies du manuel Références
américain, comme l’on sait. La réfutation de Klerman (dont
l’article figure dans la bibliographie du DSM-III) a été 1. Akiskal HS, Rosenthal TL, Haykal RF, et al. (1980) Cha-
entérinée. L’expression « névrose dépressive » figure toute- racterological depressions: clinical and sleep EEG
fois encore entre parenthèses dans les DSM-III et III-R. findings separating ‘‘subaffective dysthymias’’ from
‘‘character-spectrum’’ disorders. Arch Gen Psychiat 37:
La CIM-10 a également classé, en 1992, la dysthymie 777-83
parmi les troubles de l’humeur persistants (F 34-1), 2. Akiskal HS (1990) Towards a definition of dysthymia:
« dont la sévérité est insuffisante ou dont la durée des boundaries with personality and mood disorders. In:
différents épisodes est trop brève pour justifier un Burton SW, Akiskal HS, (eds) Dysthymic disorder,
diagnostic de trouble dépressif récurrent ». London: Gaskell, 1-12
3. Allilaire JF (1994) Les dysthymies : un modèle d’étude des
Contrairement à ce qu’a écrit dans un brillant essai le liens entre trait et état psychopathologique ? Encéphale
sociologue Alain Ehrenberg, la dysthymie n’a donc pas été XX: 563-9
« inventée » vers 1980 [17] (p. 25). De même, on ne peut, 4. Assoun PL (2004) La dépression, un concept psychanaly-
en dénonçant le « couple dysthymie-ISRS », l’accuser tique ? Être-dépressif et inconscient. Synapse 210: 11-6
implicitement d’être un concept forgé artificiellement 5. Beard G (1869) Neurasthenia or nervous exhaustion.
Boston Med Surg J
pour servir l’industrie pharmaceutique [17] (p. 214). Le 6. Benon R (1922) Mélancolie vraie et asthénie périodique.
terme a été employé dès l’Antiquité. Son champ de Encéphale: 646-51
signification clinique traverse depuis plus d’un siècle tous 7. Boissier F (1894) Essai sur la neurasthénie et la mélancolie
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tion, viennent lui conférer une incontestable légitimité. Médecine-Sciences, 198-208
171

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172

Annexe A. Chronologie comparée

Troubles de l’humeur atténués Névroses Troubles de la personnalité

Kahlbaum, 1863 : dysthymie


(1882 : cyclothymie)
Falret, 1866 : hypocondrie morale
Beard, 1869, 1880 : neurasthénie
(Charcot, 1882 ; Freud, 1895) Magnan, 1882 : mélancolie dégénérative
Séglas, 1894 : mélancolie sans Sollier, 1894 : neurasthénie circulaire
délire ou avec conscience
Boissier, 1894 : neurasthénie dépressive
Janet, 1898, 1903 : psychasthénie
Dupré, 1909, 1910 : constitutions (émotive,
cyclothymique)
Tastevin, 1911 : asthénie postdouloureuse
et dysthénies périodiques
Couchoud, 1911 : asthénie primitive
Kraepelin, 1913 : constitution dépressive
(états fondamentaux)
Kretschmer, 1921 : tempérament ou caractère
cycloı̈de
Benon, 1922 : asthénie périodique
(versus mélancolie)
Schneider, 1923 : psychopathes dépressifs
Lange, 1926 : dépression psychogène
Gillespie, 1929 : dépression réactionnelle
Buzzard, 1930 : dépression névrotique
Longuet, 1937 : formes monosymptoma-
tiques de la mélancolie intermittente
Montassut et Claude, 1938 : dépression
constitutionnelle
Delay, 1946 : trouble thymique,
hyperthymie douloureuse
Ey, 1954 : dépression légère
DSM-II, 1968 : névrose dépressive
Klein et Davis, 1969 : dysphorie
caractérologique
Akiskal, 1980 : dysthymie subaffective
DSM-III, 1980 : tr. dysthymique
Akiskal, 1990 : tempérament dépressif
subaffectif

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