Participation citoyenne et conseils régionaux
Participation citoyenne et conseils régionaux
M
algré un manque persistant de dialogue entre étude de la participation
politique et étude de l’action publique (Bherer, 2011), la question des effets
des dispositifs participatifs sur l’action publique est devenue incontourna-
ble pour les recherches s’intéressant aux processus de démocratie participative.
Si l’analyse sociologique des dispositifs participatifs a longtemps considéré ces
effets comme difficilement identifiables et prévisibles, soulignant notamment
leur aspect incrémental 1, leur étude est progressivement devenue l’objet d’un
engouement académique certain. Des travaux récents proposent ainsi de com-
prendre comment des dispositifs participatifs institutionnels, tentant d’associer le
plus grand nombre d’individus à la meilleure délibération possible (Cohen, Fung,
2004), parviennent à influencer l’action publique. Reprenant l’idée d’effets latents
et multidimensionnels, non réductibles à l’influence sur la seule « décision » 2,
ces travaux s’inscrivent une démarche clairement inspirée des policy sciences.
Optant pour une démarche d’identification et de résolution des problèmes de l’ac-
tion publique (Bobrow et al., 1977 ; Wildawsky, 1979), Archon Fung (2007) propose,
par exemple, d’identifier les « failles » (failures) des politiques publiques afin de
montrer comment certaines expériences participatives et délibératives menées
à travers le monde sont en mesure de les corriger 3.
Si elle ouvre des pistes normatives stimulantes, la question des effets de la démo-
cratie participative sur l’action publique n’en demeure pas moins éminemment
instable. Les tentatives de modélisation ne masquent pas une faiblesse persis-
tante de ces études, à savoir leur conceptualisation sommaire et approximative
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[1] Pour ne pas stigmatiser leur manque d’impact direct, nombre d’auteurs soulignent que les
expériences participatives modifient les configurations des acteurs de l’action publique. Ainsi, les
décideurs, tout autant que les participants, feraient l’apprentissage d’une nouvelle manière d’or-
ganiser le processus décisionnel, élargissant le cercle des acteurs légitimes (Blanc, 1999), sédi-
mentant de nouveaux ethos professionnels (Rui, 2004). L’affirmation d’une action à long terme dont
les effets doivent être mesurés finement apparait de façon particulièrement saillante dans le cas
de l’étude de la Commission Nationale du Débat Public : les débats publics permettraient ainsi
de modifier les positions des maîtres d’ouvrage, de fournir des ressources de mobilisation pour
des acteurs associatifs dispersés ou d’engager une réflexion sur les modalités d’intégration du
« citoyen » dans une procédure de débat ou d’ouvrir des espaces de discussion (Revel et al., 2007).
[2] Ces études renoncent définitivement aux grilles d’analyse trop focalisées sur cet aspect déci-
sionnel (Arnstein, 1971).
[3] Nous renvoyons également aux propos de Ioannis Papadopoulos (1998) défendant l’idée que
les politiques publiques constituent le terreau privilégié de la mise en œuvre d’une participation
délibérative, permettant de combler les lacunes de la démocratie directe dans des systèmes com-
plexes.
[4] Les sept phases se décomposent comme suit : les intérêts (1) et les préférences (2) des citoyens
s’expriment à travers le vote pour un parti ou un programme lors d’élections ponctuelles (3). Une
fois les mandats attribués (4), les représentants s’engagent à produire des politiques publiques
respectant les préférences (5), dont l’exécution est confiée à des administrations neutres (6). Le
résultat final de ces politiques, les outputs (7), sont censés répondre aux intérêts de départ (1).
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des dispositifs participatifs sur l’action publique nous semble être, en réalité,
une démarche sans fin. La multiplication des grilles d’évaluation permettra tou-
jours de comprendre une partie de ces effets, alors que d’autres effets potentiels
demeureront invérifiables, mais n’en resteront pas moins cruciaux dans la mise
en œuvre des dispositifs participatifs.
Aussi, plutôt que de focaliser l’attention sur les éventuels effets des dispositifs
participatifs sur les politiques publiques, cet article propose de se pencher sur
les usages de ces mêmes dispositifs par les acteurs de l’action publique. Notre
hypothèse est la suivante : s’intéresser aux stratégies de ces acteurs permet
de réduire et de consolider le champ d’étude des « effets » de la démocratie
participative, et d’éviter ainsi les catalogues d’effets potentiels, souhaitables et
observés. Les politiques publiques sont ici définies, dans le prolongement de la
sociologie de l’action publique (Lascoumes, Le Galès, 2007), comme le résultat
des négociations, d’affrontements et de coopérations entre une multiplicité d’ac-
teurs, publics et privés, réunis autour d’un même problème public (policy issue).
L’étude des configurations d’acteurs se présente alors comme une entrée empi-
rique privilégiée pour comprendre la genèse et les changements de différentes
politiques publiques.
Des travaux récents ont proposé d’étudier l’adoption des dispositifs participatifs
à partir de cette sociologie de l’action publique, comme dans le cas de l’engoue-
ment « participatif » des institutions européennes. La construction d’une « norme
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[5] Cet article s’appuie sur notre travail de thèse, consacrée à l’institutionnalisation de la démo-
cratie participative dans les régions Bourgogne, Nord-Pas-de-Calais, Île-de-France et Rhône-
Alpes entre 1986 et 2010 (Gourgues, 2010a).
Des dispositifs participatifs aux politiques de la participation. L’exemple des conseils régionaux français 33
[6] Nous reprenons ici la définition canonique du problème public livrée par Jean-Gustave Padio-
leau, qui le définit comme « la perception d’un écart entre ce qui est, ce qui pourrait être et ce qui
devrait être » (Padioleau, 1982, p. 25).
[7] Pierre Muller (2004) désigne par la notion de secteur la concordance de trois éléments : des
groupes d’acteurs pluriels intéressés par la régulation du secteur considéré, une division du travail
administratif et une dimension cognitive permettant de définir le problème et les solutions en fonc-
tion des rapports de force entre acteurs.
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Cette entrée par les sous-systèmes est animée par un enjeu théorique principal :
repenser l’intervention et la place des acteurs publics – principaux pourvoyeurs
de dispositifs participatifs – dans la production toujours plus complexe et instable
de l’action publique. Renate Mayntz (1993) affirme, par exemple, que le danger
d’une fragmentation trop forte entre sous-systèmes auto-poïétiques nécessite
une recomposition de l’action de l’État, plus ouvert à des logiques partenariales
regroupées sous le vocable de « gouvernance ». Pourtant, l’État n’est pas le seul
acteur public impliqué dans la régulation des sous-systèmes : les changements
d’échelle de l’action publique, particulièrement visibles depuis la fin des années
1980 en Europe (Muller, 1992 ; Faure, Négrier, 2007), ont débouché sur l’affir-
mation progressive des collectivités locales en tant qu’acteurs incontournables
des politiques publiques 9. Or l’échelle « locale » est également particulièrement
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[10] La faible légitimité institutionnelle des régions les pousse à exploiter les marges de manœuvre
offertes par l’action publique comme autant de leviers de « légitimation par l’action » (Kukawka,
Tournon, 2001).
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Depuis 1997, les régions françaises n’ont eu de cesse d’établir des règles de
négociation stables avec la SNCF, principal opérateur et acteur dominant du
sous-système. Dans cette optique, les conseils régionaux se dotent de ressour-
ces nécessaires au rééquilibrage du rapport de force en étoffant notamment
leurs capacités d’expertise en matière de transport (Barone, 2008). C’est dans
ce contexte qu’apparaissent les comités de ligne TER. Ces comités, ouverts
périodiquement (une à deux fois par an) sur des lignes de chemin de fer (une
gare de départ, une gare d’arrivée ou une zone de déplacement), regroupent les
responsables politiques locaux, les syndicats, les opérateurs (SNCF, RFF), les
associations d’usagers et plus sporadiquement des usagers. Dans ces comités,
les acteurs régionaux (élus et fonctionnaires) et les opérateurs publicisent et met-
tent en débat les plans de développement des lignes adoptés au terme d’un jeu de
négociation permanent entre le conseil régional, la SNCF et RFF. Les comités de
ligne ne sont aucunement une obligation : chaque conseil régional a choisi de les
adopter. Pourtant, entre 1997 et 2008, la totalité des conseils régionaux français
adoptent une déclinaison de ces comités. Dans chacune des régions étudiées,
les comités de ligne sont essentiellement l’occasion pour le conseil régional de
sensibiliser les acteurs locaux (associatifs, syndicaux, politiques) à la « cause »
du transport ferroviaire régional. Selon l’état des rapports de force entre région
et opérateur, ce processus est plus ou moins visible.
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Cette position fait écho aux déséquilibres du jeu d’acteur qui caractérise la poli-
tique de transport en Bourgogne. En effet, le conseil régional ne dispose que
d’une administration parcellaire, ce qui déséquilibre les négociations avec la
SNCF. Les comités de ligne participent donc d’une logique plus vaste, compre-
nant notamment le recrutement de techniciens mieux formés.
[11] Entretien avec le vice-président du conseil régional de Bourgogne en charge des transports,
réalisé le 14 mars 2008 à Dijon.
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L’usage d’un dispositif participatif peut ensuite être conçu comme le moyen de
faire évoluer les règles de fonctionnement d’un sous-système, risquant alors
d’être rejeté par les acteurs dominants de ce dernier. Dans ce cas, les effets sur
l’action publique peuvent s’avérer quasi-nuls. La politique régionale d’emploi et
de formation en Rhône-Alpes nous fournit un exemple caractéristique de cette
situation. En 2004, la vice-présidente en charge des politiques d’emploi et de
formation instaure un dispositif partenarial nommé Contrat Territoriaux Emploi
Formation (CTEF). Ce dispositif s’inscrit dans un climat de négociations conflic-
tuelles entre les acteurs du sous-système, négociations encadrées jusqu’alors
[12] Si la FNAUT publie dans l’édition de janvier 2010 de sa revue un article intitulé « TER : pour-
quoi la FNAUT est favorable à une ouverture à la concurrence » (FNAUT Infos, n° 181, janvier-
février 2010, p. 4), rien n’indique que les autres acteurs des comités de ligne (notamment syndi-
caux) partageront ce positionnement.
Des dispositifs participatifs aux politiques de la participation. L’exemple des conseils régionaux français 39
par des dispositifs tels que les Plans Régionaux de Développement de la For-
mation Professionnelle (Bel, Méhaut, Mériaux, 2003). La région Rhône-Alpes se
dote donc de 27 CTEF, couvrant l’ensemble de son territoire. Ces instances ont
pour but de rassembler les acteurs impliqués dans la gestion des politiques de
l’emploi sur des territoires infrarégionaux, sous la forme d’une contractualisa-
tion entre partenaires, sous la houlette non hiérarchique et financière du conseil
régional. Sont donc réunis, sous forme de collèges, des « représentants des élus
locaux et régionaux », des « représentants des services de l’État (Service public
de l’emploi et Rectorats) », des « représentants et des partenaires sociaux » et
des « acteurs économiques et sociaux ». La coordination et le suivi de l’ensem-
ble du dispositif sont confiés à la Direction de l’Emploi de la Formation Continue
(DEFC) et en particulier au service opérationnel, composé de six chargés de
mission, responsables d’un portefeuille de territoires (plusieurs CTEF) et de thé-
matiques plus spécifiques.
des personnes, bon, ben, quand même, les personnes de l’ANPE, les
personnes de la Mission Locale et même les coordonnateurs emplois
formation, on est quand même relativement bien au fait des difficul-
tés d’accès à l’emploi des publics 13. »
Mais l’État n’est pas le seul acteur à accueillir prudemment les « citoyens ». La
DEFC fait également preuve de peu d’investissement vis-à-vis du collège. Acca-
parée par les négociations avec l’État, la responsable des CTEF admet ne pas
se soucier du sort des collèges « citoyens ». En effet, c’est l’administration en
charge de la démocratie participative qui alerte la DEFC de la disparation des
citoyens des CTEF :
Les acteurs centraux du sous-système ont donc rendu impossible la greffe d’une
instance participative (collège « citoyens ») à leur fonctionnement usuel. La
méfiance de certains et l’urgence stratégique d’autres épuisent à moyen terme
la volonté des citoyens participants. Les effets de cette participation semblent
nuls, à tel point que la démission des citoyens est à peine ressentie par le sous-
système dans son ensemble.
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[13] Entretien avec la responsable de la direction régionale du travail, réalisé le 16 janvier 2008
à Lyon.
[14] Entretien avec la directrice de l’administration régionale en charge de l’emploi et de la forma-
tion, responsable des CTEF, réalisé le 22 novembre 2007 à Charbonnières-les-Bains.
Des dispositifs participatifs aux politiques de la participation. L’exemple des conseils régionaux français 41
[15] Au total, la région Bourgogne compte cinq agglomérations et quinze Pays. Dans chacun d’entre
eux, une réunion est organisée. Trois réunions publiques supplémentaires se tiennent également.
[16] Conseil régional de Bourgogne, Contrat de Projet État-Région 2007-2013, 2007, p. 72-81.
[17] CESR Bourgogne, Avis sur Contrat de Projet Etat-Région 2007-2013, séance plénière du 14 février
2007, p. 6.
[18] Entretien avec le vice-président du conseil régional de Bourgogne en charge de l’aménage-
ment du territoire, le 17 juillet 2008 à Lormes.
42 participations
[19] Conseil régional de Bourgogne, Rapport « Mise en place des nouvelles politiques territoriales »,
Délibération et rapport votés le 16 juin 2006, p. 9. Signalons toutefois qu’il est quasiment impossible
de déterminer en quoi ces priorités ont été concrètement dégagées des réunions.
[20] Le rapport, sous l’appellation de « vocation territoriale », stipule que « chaque territoire,
candidat à la contractualisation, réalise une note d’intention argumentée précisant la nature des
enjeux territoriaux proposés à la négociation par les acteurs du territoire », in Conseil régional de
Bourgogne, Rapport « Mise en place des nouvelles politiques territoriales », p. 10.
[21] Conseil régional de Bourgogne, Rapport « Mise en place des nouvelles politiques territoria-
les », p. 9.
Des dispositifs participatifs aux politiques de la participation. L’exemple des conseils régionaux français 43
Pour devenir un objet d’action, la participation doit être « transcodée » par les
acteurs régionaux. Le transcodage peut être décrit comme une activité permet-
tant d’insérer des enjeux émergeants dans l’action publique. Ces enjeux sont
portés par des réseaux d’acteurs concurrents 22 qui intègrent des points de vue
divergents et cherchent à élaborer des réponses sociales organisées. Plus sché-
matiquement, Pierre Lascoumes (1996) décrit quatre étapes du transcodage :
l’agrégation de positions diffuses (afin de reformuler un nouveau problème, à
partir des problèmes existants), le recyclage de pratiques établies (adaptation
d’instruments disponibles pour traiter un problème montant), la diffusion élar-
gie des constructions effectuées et le tracé d’un cadre d’évaluation des actions
entreprises. Appliqué à la démocratie participative, ce processus a deux consé-
quences. D’une part, il forme progressivement les contours d’un sous-système à
part entière, concentré autour du problème public de l’insuffisante participation
de la population. (1) Les conseils régionaux tentent ainsi de consolider leur capa-
cité d’intervention en matière de démocratie participative, en « transcodant »
ce problème. D’autre part, cette consolidation n’est pas sans effet sur les sous-
systèmes évoqués plus avant. (2) Elle permet notamment d’alimenter divers
processus de transcodage, cette fois-ci liés à d’autres problèmes publics. Ces
deux opérations font des politiques de la participation des politiques procédura-
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[22] P. Lascoumes insiste sur la dimension concurrentielle des opérations de transcodage : « L’or-
dinaire de l’action publique est en grande partie une lutte sourde et continue des réseaux en place
pour le repositionnement face aux enjeux sociaux. Les stratégies qui s’y développent visent à les
qualifier ou les disqualifier en tant que problème politiquement traitable, à les réduire en les insé-
rant dans les structures cognitives et organisationnelles à l’œuvre ou à en faire des occasions de
changement de ces structures, à solidifier à l’occasion de leur traitement social des alliances ou
à en produire d’autres, à se positionner afin d’être en situation de juger les actions des autres ou
d’être jugé par eux » (Lascoumes, 1996, p. 338).
44 participations
[23] Une dizaine de colloques ont été organisés dans les quatre régions étudiées entre 2004 et
2007. Parmi les rapports réalisés sur la démocratie participative, citons notamment ; Conseil
régional Rhône-Alpes, Démocratie participative, une démarche ambitieuse, brochure de présentation,
2e édition, 2008, 12 p. ; Conseil régional Île-de-France, Missions Publiques, Étude sur les pratiques
de démocratie participative en Île-de-France, décembre 2006, 177 p. Le conseil régional de Nord-
Pas-de-Calais conduit de son côté une démarche de réflexion, définition et proposition concernant
la démocratie participative depuis 2007. Cette « mission démocratie participative » est pilotée par
une élue, devenue vice-présidente en charge de la démocratie participative et du développement
durable en 2010.
[24] Citons, par exemple, le Fond Régional de la Vie Associative en Île-de-France : existant depuis
1994, ce fond est intégré en 2004 à l’action en matière de « démocratie régionale ».
Des dispositifs participatifs aux politiques de la participation. L’exemple des conseils régionaux français 45
tervention régionale sans pour autant la célébrer (pour un aperçu, voir Talpin,
Sintomer, 2011), participent indiscutablement d’un transcodage opéré par les
autorités régionales.
[31] Le conseil régional, appuyé sur l’avis, décide de privilégier le financement de recherches
liées aux « enjeux toxicologiques et éco-toxicologiques des nanoparticules », et décide également
de la « désignation d’un représentant de l’association Île-de-France Environnement au comité de
pilotage du réseau C’Nano [en charge du développement des nanotechnologies] » (Conseil régional
Île-de-France, Rapport n° CP 09-462, p. 7).
[32] En 2008, un débat public sur les nanotechnologies a été commandité par sept ministères et
confié à la CNDP. Plusieurs réunions publiques à travers la France ont été sabotées par les oppo-
sants aux nanotechnologies, comme à Grenoble le 1erdécembre 2009, à la suite de quoi le débat
public s’est poursuivi plus discrètement. Comme le signale Jean-Michel Fourniau (2011, p. 86), « le
débat public sur la régulation des nanotechnologies a été perçu comme un échec par la plupart
de ses participants ».
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Nous affirmons tout d’abord qu’une définition préalable de l’action publique per-
met d’envisager plus efficacement les effets de la démocratie participative. Si les
effets des dispositifs demeurent la plupart du temps inattendus (Barthe, 2002)
et peuvent s’avérer inexistants, définir les conditions de production et les enjeux
de l’action publique (fragmentation des sous-systèmes, place des acteurs poli-
tiques, problématisation du monde social) permet de livrer un premier schéma
d’analyse des effets potentiels de la participation sur l’action publique. Dans
notre cas, cette conceptualisation permet de comprendre que les dispositifs ne
peuvent pas être perçus comme des leviers garantissant à coup sûr l’affirmation
des conseils régionaux au sein des différents sous-systèmes. Toutefois, appré-
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Il nous semble ensuite tout à fait crucial de prolonger les réflexions sur les
conséquences potentielles ou observées de la constitution, encore incertaine,
d’une action publique en matière de démocratie participative. La production
de dispositifs participatifs n’est plus uniquement l’aboutissement d’un proces-
sus de « réponses » face à la multiplication de mouvements d’opposition et le
prolongement d’une idée déjà présente dans l’espace politique (la démocratie
participative), comme le propose l’hypothèse des « concessions procédurales »
(Blatrix, 2000). Si l’impact de ces crises sur la production de dispositifs parti-
cipatifs ne peut être contesté (comme l’atteste, dans notre cas, l’exemple des
nanotechnologies), l’immense majorité des dispositifs observés ont été adoptés
dans des situations relativement pacifiées. Les conseils régionaux ne sont direc-
tement interpellés par une controverse sociale qu’à de très rares exceptions, ce
qui ne les empêche jamais de se doter d’une ingénierie participative. Ainsi, il sem-
ble que d’autres dynamiques sous-tendant la constitution d’une action publique en
matière de démocratie participative restent à explorer : celles de la routinisation,
de la standardisation et de la professionnalisation de sa conception, de sa mise
Des dispositifs participatifs aux politiques de la participation. L’exemple des conseils régionaux français 49
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Mots clés
action publique, sous-systèmes, politiques procédurales, gouvernement