Vous êtes sur la page 1sur 2

Une demande de viande croissante

La consommation de viande devrait augmenter de 40 millions de tonnes (+14 %) au cours des dix prochaines années. Telles sont les prévisions du Gira dans ses dernières études sur les tendances stratégiques à long terme du marché mondial.

Déplacement d’un troupeau de moutons, Nouvelle Zélande © Romain Sainte Beuve (N10)

de moutons, Nouvelle Zélande © Romain Sainte Beuve (N10) L a demande de viande sera davantage

L a demande de viande sera davantage tirée par la croissance économique et par l’élé- vation du revenu disponible que par la croissance démographique. Après la crise financière de 2008 et 2009, on constate

une nouvelle croissance économique globale. Mais, en occident, la reprise est faible, et on se demande si cette croissance sera durable ou si certaines parties du monde (comme les Etats-Unis et certains pays européens) ne devront pas faire face à une récession en deux temps. Les prévisions à moyen et long terme montrent que l’Inde, la Chine, le Moyen Orient, l’Afrique du Nord, la Russie et l’Amérique Latine continueront à avoir les plus fortes croissances du produit intérieur brut (PIB).

Forte croissance du poulet

Pour la période 2010-2020, les volailles (principale- ment le poulet) contribueront pour environ 60 % (24 Mt) à l’augmentation de la consommation de viande, suivies par le porc, tandis que la consomma- tion de bœuf et de mouton sera limitée par l’offre. Cette position dominante de la viande de volaille tient au fait qu’elle est la source de protéines animales la moins chère, qu’elle est facile à cuisiner et ne fait pas l’objet d’interdits religieux. Incontestablement, sa croissance se fera en partie aux dépens de la viande rouge. La consommation de viande de volaille croîtra deux fois plus vite que celle de porc, la détrônant comme première viande consommée dans le monde en 2020. Il s’agit d’une tendance générale prévue dans tous les pays au cours de la prochaine décen- nie. Les augmentations les plus fortes seront consta- tées en Chine (+5 Mt), au Moyen Orient et en Afrique du Nord (+3 Mt), aux Etats-Unis (+3 Mt), en Amérique du Sud et en Russie. La Chine est le pays-clé dans les projections à long terme de l’équilibre entre offre et demande de viande. Ce vaste marché de déjà 1,3 milliards d’individus en comptera 77 millions de plus dans dix ans. C’est aussi l’une des économies les plus performantes en cette période de déclin, avec une prévision de crois- sance du PIB de 8 à 10 % par an jusqu’en 2020. Abordable et commode, la viande de volaille gardera sa place dans la cuisine quotidienne chinoise. La

confiance du consommateur revient rapidement après les récentes épidémies de H5N1 et du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère). Cependant, à long terme, la Chine devrait rester largement autosuf- fisante en viande. Cette autosuffisance se maintien- dra grâce à des prix élevés (motivants) payés au pro- ducteur, et la mise en œuvre, favorisée par la vulgari- sation, de technologies déjà éprouvées dans d’autres régions du monde, associée à un contrôle renforcé des importations. Les plus fortes croissances de la production seront constatées aux Etats-Unis et au Brésil. Ces deux pays seront aussi ceux qui auront le plus gros excé- dent pour l’exportation. Ils disposent de ressources abondantes en céréales. La relative faiblesse du dol- lar américain aidera les exportations des Etats-Unis. Ces dernières années le taux de croissance des

Etats-Unis. Ces dernières années le taux de croissance des STÉPHANIE ALVES ABBAL (PG98) Gira Group Consultante

STÉPHANIE ALVES ABBAL (PG98)

Gira Group

Consultante senior

STÉPHANIE ALVES ABBAL (PG98) Gira Group Consultante senior exportations brésiliennes a fléchi avec la réévaluation

exportations brésiliennes a fléchi avec la réévaluation du réal. En matière de commerce international, la viande de volaille dépassera également les autres viandes, avec une augmentation attendue de 2,6 Mt des volumes échangés à l’horizon 2020, soit le dou- ble de celle des autres espèces.

Croissance également pour le porc

En 2010, le porc est la viande la plus consommée dans le monde et le Gira prévoit un accroissement global de 10 % (soit 11 Mt) d’ici 2020. Cet accroisse-

Le Gira est un cabinet de conseil européen spécialisé dans les études de marché du
Le Gira est un
cabinet de conseil
européen spécialisé
dans les études de
marché du secteur
alimentaire et le
conseil en manage-
ment stratégique.
www.girafood.com

DES ANIMAUX E

agro Mag juillet-août-septembre 2010

48

ment suivra l’augmentation de la population et s’ex- pliquera par la préférence pour cette viande

ment suivra l’augmentation de la population et s’ex- pliquera par la préférence pour cette viande et son avantage en termes de prix sur le bœuf. Environ 47 % du porc est consommé en Chine où il est de loin la viande préférée. La production familiale conti- nuera à être très importante mais perdra du terrain devant de plus grandes unités de production, fer- mières et industrielles, qui bénéficieront d’économies d’échelle. Les investissements des sociétés sont maintenant justifiés par le fait que le prix à la produc- tion a atteint le niveau européen et que le porc est rentable même quand le travail et l’alimentation doi- vent être achetés (ce qui n’était pas le cas il y a cinq ans). Les Etats-Unis et le Canada fourniront l’essentiel de la croissance du commerce international, mais l’Union européenne restera un acteur important. Le Brésil continuera à souffrir d’un accès limité au mar- ché pour des raisons sanitaires. La production moderne de porc deviendra de plus en plus sophisti- quée, si bien que peu d’autres pays pourront se his- ser au niveau de qualité requis pour l’export. Du fait des normes sanitaires et alimentaires, les exporta- tions chinoises resteront limitées à quelques produits transformés.

Croissance limitée pour le bœuf

La consommation globale de bœuf continuera à croî- tre, mais lentement, handicapée par un déficit de l’of- fre (et son corollaire, des prix élevés) qui contrecarre le goût des consommateurs pour le bœuf. Les plus forts accroissements de consommation en volume concerneront la Chine, le Moyen Orient, l’Afrique du Nord et les Etats-Unis (500 à 600 000 tonnes cha- cun), tandis que la prévision est stable pour l’Union européenne. Des diminutions marginales de consommation par personne sont attendues dans les pays développés, et une légère augmentation dans les pays en développement. La sécheresse et une faible rentabilité ont limité l’offre ces dernières années, et cela risque de se reproduire. La Chine, le Moyen Orient et l’Afrique du Nord offri- ront, en volume, les meilleures opportunités d’expor- tation de viande de bœuf. La croissance des impor- tations du Japon est prometteuse, même si la pro-

gression en volume est relativement faible. Mais c’est un marché attractif et d’un bon rapport du fait de la chute de la production intérieure. Les prévisions montrent une augmentation des prix, avec un gros fournisseur low cost des marchés d’exportation, le Brésil.

low cost des marchés d’exportation, le Brésil. Hausse des prix La demande globale de viande s’accroîtra
low cost des marchés d’exportation, le Brésil. Hausse des prix La demande globale de viande s’accroîtra

Hausse des prix

La demande globale de viande s’accroîtra au cours des dix prochaines années, mais c’est l’équilibre entre l’offre et la demande qui déterminera le prix de la viande. A long terme, le Gira prévoit une hausse des prix du fait d’une augmentation des coûts de production non compensée par des gains de pro- ductivité. Celle-ci sera plus importante pour le bœuf et le mouton, à cause des contraintes d’approvision- nement liées aux pâturages. Le prix du porc conti- nuera à croître (reflétant aussi l’élévation des coûts), mais avec une volatilité cyclique typique. Le volume de production de la volaille est indéniablement flexi- ble. Aussi, si les intégrateurs font bien leurs prévisions à court terme, ils pourront accroître avec précision leur production pour s’ajuster à la demande à long terme… et avoir une bonne rentabilité, ce qui n’a pas été le cas ces cinquante dernières années.

Montée à l’alpage, Château d’Oex, Suisse © Thibaut Thellier (M06)

Mt : million de tonnes

STEPHANIE ALVES ABBAL

T DES HOMMES

agro Mag juillet-août-septembre 2010

49