On n’a pas oublié les pages qu’ici même, il y a quelques mois, M.

Eugène-Melchior de Vogué
consacrait la !ie et la mémoire de Mariette " dans ce deuil public de la science, dont notre
collaborateur s’était #ait l’éloquent interprète, nous a!ons eu du moins cette consolation que l’$u!re
entreprise par un illustre %ran&ais se continu't par des mains #ran&aises. En même temps que
s’installait au (aire l’)cole #ran&aise d’égyptologie, la direction du musée de *oulaq et de toutes les
#ouilles #aire en )gypte était con#iée M. +aston Maspero, pro#esseur au (ollège de %rance, o, il
occupe a!ec tant d’autorité la chaire qui a été créée pour (hampollion.(’était un redoutable
héritage que celui de Mariette. Mariette a!ait des dons de nature éminens et rares " il a!ait une
originalité de caractère et d’esprit dont étaient #rappés tous ceu- qui l’approchaient. .on début a!ait
été une de ces inspirations brillantes, un de ces coups d’éclat qui saisissent l’imagination. /l ne s’en
était pas tenu l " depuis ce moment, d’importantes décou!ertes et de nombreu- tra!au- a!aient
entretenu et renou!elé sa réputation. 0our tout dire en un mot, il possédait ce que ne réussissent pas
tou1ours conquérir même les plus méritans, ce 1e ne sais quoi, plus #acile sentir qu’ dé#inir,
qu’on appelle le prestige. 2près sa mort, on ne se sou!iendrait plus que de ses mérites " on les #erait
ser!ir, un 1our ou l’autre, critiquer et déprécier son successeur. (elui-l, quel qu’il #3t, aurait des
qualités autres que celles de Mariette " ce serait asse4 pour que tous ceu- qu’irritent la #ortune et le
talent du prochain s’accordassent dénigrer le nou!eau !enu, pour qu’ils le proclamassent in#érieur,
par cela seul qu’il serait di##érent.(ette comparaison, o, la mal!eillance aurait si beau 1eu, M.
Maspero ne s’en est point e##rayé " il a eu con#iance dans son étoile ou plut5t dans la #erme !olonté
dont il a dé1 donné plus d’une preu!e et dans ce dé!o3ment la science qui lui a !alu l’honneur
d’être, 1eune encore, entouré dé1 de tout un cortège d’élè!es. /l s’est #ié cette terre d’)gypte,
cette terre 6 saturée d’histoire, 7 qui n’a pas encore dit, qui ne dira pas de sit5t son dernier mot.
8’é!énement a 1usti#ié et récompensé sa hardiesse. 9ous ceu- qui le connaissaient lui auraient
!olontiers #ait crédit de quelques mois ou même d’un ou deu- ans. /l a!ait été 1usqu’alors un sa!ant
de cabinet " 1amais il n’a!ait remué une motte de terre " il n’a!ait point !u l’)gypte. :e lui #allait-il
pas le temps de se mettre au courant de #onctions si nou!elles, de se #amiliariser a!ec un milieu o,
s’agiteraient autour de lui bien des intrigues et o, les plus a!isés même sont e-posés plus d’un
#au- pas ; 0ou!ait-on espérer que, du 1our au lendemain, il #3t en état de sui!re, même de loin, les
e-emples du plus !aillant et du plus heureu- des #ouilleurs ; 8e mot, nous le sa!ons, n’est pas dans
le <ictionnaire de l’2cadémie, mais n’est-on pas #ondé le risquer, pour désigner une nou!elle
#orme de l’in!ention et de la recherche, dans le siècle des *otta et des 8ayard, des 8epsius et des
Mariette, des (esnola et des .chliemann ;(e crédit qu’on lui o##rait, M. Maspero n’en a point usé.
<ès le printemps, le bruit d’intéressantes décou!ertes arri!ait 1usqu’ nous, et, tout récemment, le
== 1uillet, l’2cadémie des inscriptions entendait le successeur de Mariette e-poser les principau-
résultats de sa première campagne de #ouilles. 8a nécropole de Memphis et celle de 9hèbes ont li!ré
de nou!eau- secrets la curiosité des égyptologues " des monumens ont été retrou!és dont les uns
complètent les listes royales et éclairent certaines obscurités de l’histoire politique, tandis que les
autres a1outent beaucoup au peu que nous sa!ions de l’histoire religieuse de l’)gypte. 8es
pyramides mêmes, muettes 1usqu’ présent et que Mariette croyait condamnées un éternel silence,
les pyramides ont parlé. (es te-tes de huit cents lignes que l’on !ient d’y recueillir, dans les tombes
de rois de la Ve et de la V/e dynastie, M. Maspero et ses élè!es nous les traduiront bient5t. Voici ce
que le ma>tre annonce et proclame dès au1ourd’hui, sans craindre d’être démenti par la publication
et le déchi##rement des inscriptions ? ces documens prou!eront que, dès le temps de l’2ncien
empire, l’)gypte a!ait dé1 créé, qu’elle adorait dé1 tous les dieu- en l’honneur desquels se sont
éle!és plus tard les somptueu- édi#ices des 2ménophis, des .eti et des @amsès. Auelque haut que
l’on remonte dans ce passé dont les pro#ondeurs, comme celles d’un gou##re béant, donnent le
!ertige l’imagination, tou1ours on trou!e l’)gypte dé1 #ormée, adulte dé1 et pour!ue de tous ses
organes, ma>tresse des pensées qu’elle dé!eloppera et pénétrée des croyances dont elle !i!ra durant
tant de siècles. /l semble que, dans cet étrange pays, la ci!ilisation n’ait pas eu de commencement.
0our mieu- dire, les monumens les plus anciens que nous puissions atteindre, en remontant le cours
des 'ges, sont bien loin encore de nous conduire 1usqu’au- origines mêmes de cette langue et de
cette écriture, de cette religion et de l’art qui en traduit les conceptions " ils nous laissent, ils nous
abandonnent bien en de& du temps o, cette aBeule des nations, aidée par les bien#aits du #leu!e qui
!enait 1our #i-e #ertiliser ses campagnes, s’est essayée sortir de la barbarie et a créé la première
société policée qu’aient éclairée les rayons du soleil de l’Orient.(e sont des tombes et des
sarcophages, ce sont des inscriptions et des papyrus #unéraires qu’a retrou!és, cet hi!er, M.
Maspero. 8’an prochain, tout en continuant l’e-ploration de ces nécropoles dont il n’épuisera point
les trésors, il se propose de #aire, 9hèbes, pour les temples de Medinet-2bou et de 8ouqsor, ce que
Mariette a #ait, au même endroit, pour ceu- de CarnaD et de <eir-el-bahri, ce qu’il a #ait ailleurs
pour ceu- d’2bydos et de <endérah. /l les dégagera des masures qui les obstruent et des amas de
décombres et de sables qui nous cachent encore tant de curieuses dispositions, tant de
représentations intéressantes et de te-tes précieu-. (es tra!au-, que #acilitera, nous l’espérons,
l’ordre remis par la %rance et l’2ngleterre dans les #inances de l’)gypte, peu!ent beaucoup changer
et beaucoup a1outer au- idées que nous nous #aisons au1ourd’hui de l’architecture #unéraire et de
l’architecture religieuse de l’)gypte. 8es résultats au-quels on arri!e en étudiant la tombe et le
temple conser!ent donc encore, certains égards, un caractère pro!isoire, et il eu sera ainsi, surtout
pour le temple, 1usqu’au moment o, tous les grands édi#ices religieu- auront été complètement
déblayés et o, le plan, o, tous les détails en auront été rele!és a!ec plus de soin et d’e-actitude
qu’ils ne l’ont été 1usqu’ présent./l est au contraire un su1et que l’on peut traiter dès maintenant
sans a!oir beaucoup craindre ou plut5t beaucoup espérer des ré!élations qui pourraient être dues
des décou!ertes ultérieures ? c’est la restitution de l’architecture ci!ile de l’ancienne )gypte.
8’architecture #unéraire et l’architecture religieuse sont représentées, dans la !allée du :il, par des
monumens nombreu- et remarquablement conser!és " on ou!re tous les 1ours de nou!elles tombes,
et il y a encore beaucoup #aire pour que nous connaissions ce qui reste des temples égyptiens aussi
bien que l’on conna>t les ruines de l’2cropole d’2thènes ou celles du #orum romain " mais du
palais, de la maison, le temps n’a épargné que de bien #aibles débris, et ce que les historiens nous
apprennent au su1et de ces édi#ices se réduit bien peu de chose. (e qui nous aide le mieu-
combler 1usqu’ un certain point cette lacune, ce sont les peintures et les bas-relie#s des tombeau-.
On y !oit sou!ent #igurés, soit en élé!ation, soit en plan, des magasins et des greniers, des maisons
et des !illas de l’époque pharaonique.Auelques représentations de plus, trou!ées dans de nou!elles
tombes, n’augmenteraient pas beaucoup, ce semble, les ressources dont nous disposons pour tenter
cette restauration. 8es conclusions au-quelles nous arri!erons nous seront d’ailleurs suggérées
sou!ent moins par la !ue de ces images par#ois con#uses et tou1ours très réduites et très abrégées
que par l’étude des conditions persistantes du climat et par celle de rapports et d’analogies dont
l’historien doit tenir grand compte en pareille matière.8a tombe et le temple donnent une grande
idée du go3t et de la richesse des monarques égyptiens, ainsi que de la !ariété et de la puissance des
moyens mécaniques dont ils disposaient " on est donc porté tout d’abord penser que les palais, par
leurs dimensions et par le lu-e de leur décoration, de!aient être en rapport a!ec la magni#icence des
sépultures que ces sou!erains se préparaient et a!ec celles des édi#ices qu’ils érigeaient en
l’honneur des dieu- desquels ils croyaient tenir leur prospérité et leur gloire. (’est au sein de
splendides et pompeuses demeures, #aites des plus belles matières dont dispos't l’)gypte, que
l’imagination se représente les princes qui ont construit les pyramides et creusé les syringes
thébaines, qui ont b'ti 8ouqsor et CarnaD..ous cette impression, les premiers !oyageurs qui ont
!isité la !allée du :il et décrit ses monumens ont été portés !oir partout des palais, prétendre en
reconna>tre les débris dans toutes les ruines imposantes qui n’étaient pas des pyramides ou des
hypogées. 0our les auteurs de la grande <escription de l’)gypte, CarnaD et 8ouqsor, Médinet-2bou
et +ournah sont des palais " des dénominations comme celle de palais de Ménephtah, appliquées au
temple de .eti, +ournah, se sont transmises de proche en proche et se rencontrent encore dans les
li!res tout récens, comme l’Eistoire de l’architecture, de %ergusson.<epuis les tra!au- et le !oyage
de (hampollion, une étude plus attenti!e des ruines et surtout la lecture des inscriptions
hiéroglyphiques ont dissipé cette erreur " on est d’accord au1ourd’hui sur la destination primiti!e des
grands édi#ices thébains de l’une et de l’autre ri!e " on n’en conteste plus le caractère religieu-. 9out
en admettant cette !érité, certains archéologues n’ont pas encore réussi s’a##ranchir tout #ait de
l’idée qui a si longtemps été dominante " ils en gardent quelque chose et soutiennent une opinion
moyenne, d’après laquelle l’habitation royale aurait été une dépendance du temple " ils la cherchent,
CarnaD comme 8ouqsor, dans les pièces, asse4 mal conser!ées, qui se trou!ent en arrière du
sanctuaire. (’est l, dans ces chambres dont plusieurs étaient soutenues par des colonnes et
richement décorées, que le roi aurait eu sa demeure et 6 sa !ie se serait passée dans les cours et les
salles hypostyles. 70armi tous les documens qui ont été recueillis dans ces parties de l’édi#ice, il
n’en est pas un qui con#irme cette hypothèse " ni dans le reste de la littérature égyptienne, ni même
che4 les historiens grecs, on ne saurait trou!er un te-te qui prou!e ou qui même tende #aire croire
que les rois aient 1amais !écu dans le temple ou dans ses dépendances, qu’ils aient habité l’intérieur
de l’enceinte sacrée.Voici d’ailleurs qui est peut-être plus concluant encore que le silence même des
te-tes. @appele4-!ous ce qu’était le temple égyptien a!ant que le temps en e3t émietté les enceintes,
troué les murs et dé#oncé les pla#onds. 2rri!e4, par un e##ort d’esprit, !ous le représenter dans son
état ancien, et !ous comprendre4 que les rois n’ont 1amais d3 songer choisir, comme leur
résidence #a!orite, ces lieu- #ermés et sombres. 2ussi bien que leurs su1ets, les princes égyptiens
de!aient être, pour la plupart d’humeur sereine et gaie " qu’il s’agisse des grands du royaume ou des
humbles et des petits, pas d’e-pression qui se répète plus sou!ent dans les te-tes égyptiens que
celle-ci ? #aire un 1our de bonheur. 8e palais de!ait être une maison d’agrément, un lieu de repos " or
était-il rien qui p3t être mieu- approprié ces #ins que des édi#ices légers et spacieu-, situés hors de
la !ille, au milieu de 1ardins amples et tou##us, sur le bord du :il ou de l’un des mille canau- qui en
portaient l’onde 1usqu’au- limites du désert ; <es balcons, des galeries hautes, des terrasses
cou!ertes, l’$il se promenait sans obstacle sur les plantations !oisines, sur le cours du #leu!e et sur
les campagnes qu’il arrosait, sur les montagnes qui bornaient l’hori4on. 8es chambres a!aient de
larges #enêtres " des !olets mobiles, que l’on distingue dans certaines peintures, permettaient
d’ou!rir l’appartement l’air et la lumière, ou d’y #aire la nuit pendant les heures chaudes de
l’après-midi. (ette ombre qui, dans les pays d’ardent soleil, est le plus délicieu- de tous les biens,
on la trou!ait encore, l’e-térieur, sous les sycomores et les platanes, autour des bassins o,
s’épanouissaient les brillantes corolles du lotus " on la trou!ait, embaumée d’odeurs printanières,
sous les berceau- de #euillage et les treilles chargées de #ruits, ou dans ces Diosques a1ourés qui se
dressaient, de place en place, sur la ri!e des étangs. 8, derrière l’abri de haies épaisses et de murs
discrets, le roi pou!ait appeler lui son harem, 1ouir des ébats de ses 1eunes en#ans et de la beauté
de ses #emmes. 8, ses campagnes #inies, un 9houtmès ou un @amsès s’abandonnait
paresseusement la douceur de !i!re, sans !ouloir se sou!enir des #atigues de la !eille ni penser
au- soucis du lendemain " comme on dirait au1ourd’hui en )gypte, il #aisait son Die#.0our cette
architecture dans laquelle tout, ensemble et détails, était combiné en !ue des 1ouissances de l’heure
présente, on n’a!ait pas besoin de la pierre " c’était pour la tombe, c’était pour les temples des
dieu-, pour ce qui de!ait durer éternellement, qu’il #allait compter sur l’épaisseur et la solidité du
calcaire, du grès et du granit. 8e palais n’était qu’une tente dressée pour le plaisir " il ne réclamait
pas d’autres matériau- que le bois et la brique. (’était a##aire ensuite au peintre et au sculpteur d’en
cou!rir toutes les parois de couleurs !i!es et de riantes images " c’était eu- de #aire resplendir
partout, sur les enduits des murs, sur les planches d’acacia, sur les minces colonnettes de cèdre ou
de palmier, l’éclat des tons 1oyeu- qui garnissaient leur palette et les re#lets brillans de l’or. 8e lu-e
de la décoration était ici le même que dans la tombe et le temple " la di##érence était dans le
caractère de l’architecture et, par suite, dans ses chances de durée. Eu- aussi, dans leur genre, ces
édi#ices étaient tout #ait dignes de la puissance et de la richesse des sou!erains qui les ont b'tis
pour les habiter " mais on comprend qu’a!ec un pareil mode de construction ils aient disparu de
bonne heure, sans laisser de traces sur le sol de l’)gypte.<epuis les siècles les plus lointains dont
nous ayons gardé mémoire, l’Orient a bien peu changé, malgré l’apparente di!ersité des races, des
empires et des religions qui s’y sont succédé sur la scène " or on sait quel nombreu- domestique y
suppose la !ie royale et seigneuriale telle qu’elle y a été entendue et pratiquée de tout temps. 8e
DonaD du moindre bey, du moindre pacha ren#erme toute une armée de ser!iteurs, dont chacun rend
bien peu de ser!ices. (’est par milliers que se comptent les domestiques qui peuplent le sérail du
sultan (onstantinople ou celui du padischah 9éhéran. (e qu’il y a l d’eunuques et de
pale#reniers, de balayeurs et de cuisiniers, d’atechd1is, de ca#ed1is et de tchibouDd1is, personne n’en
sait le chi##re e-act. Fne telle e-istence, une telle e-tension de la domesticité suppose d’amples
communs o, cette multitude puisse se loger tant bien que mal, a!ec #emmes et en#ans. 2#in de
pour!oir l’entretien de tout ce personnel, il #aut aussi des pro!isions considérables et des réser!es
tou1ours prêtes " il #aut des magasins o, !iennent s’entasser les dons plus ou moins !olontaires des
su1ets, les tributs per&us en nature et les récoltes que produisent les immenses propriétés du
sou!erain. <ans ces !astes enclos dont les hypogées de 9ell-el-2marna nous ont conser!é les plans,
il y a place pour toutes ces dépendances " on les y !oit, réparties autour d’une succession de cours,
s’étendre et se prolonger au loin, en arrière et des deu- c5tés des b'timens principau-, de ceu-
qu’habitaient le sou!erain et sa #amille. .i, dans le cours d’un long règne, cette #amille s’augmentait
G@amsès // eut cent soi-ante-di- en#ans, dont cinquante-neu# #ilsH, s’il #allait agrandir le palais pour
monter la maison de chacun des princes royau-, rien de plus #acile que d’empiéter sur les
campagnes !oisines et de dé!elopper ainsi b'timens et 1ardins de plaisance.Auelque spacieuse que
soit la grande enceinte de CarnaD, la royauté égyptienne, telle qu’on se la représente d’après les
te-tes et d’après toutes les analogies, ne s’y #ut pas trou!ée l’aise " tou1ours elle se serait sentie
l’étroit derrière ces hautes barrières, dans cet espace clos par une ligne in#le-ible, au milieu de ces
montagnes de pierre. 8e palais oriental !eut un cadre plus souple et plus large. )tudie4-le, des ri!es
du +ange celles du *osphore, tel que l’ont #ait les nécessités du climat, la !ie de harem et
l’e-trême di!ision du tra!ail " que !ous é!oquie4 les sou!enirs de .u4e et de 0ersépolis, de
*abylone et de :ini!e, ou que !ous !isitie4 soit les résidences royales d’2gra et de <elhi, dans
l’/nde, soit même, sans aller si loin, le Vieu--.érail, (onstantinople, partout, sous la di!ersité des
ornemens qui !arient sui!ant les siècles et les lieu-, !ous sere4 #rappé d’un même aspect, d’un
même caractère général ? le palais est multiple, comple-e et, si l’on peut ainsi parler, di##us. /l ne se
compose point, comme les palais modernes de l’Occident, d’un édi#ice unique qui #orme un
ensemble homogène et se laisse embrasser tout entier par un seul regard " il ne ressemble point au-
9uileries ni Versailles. (’est une collection de b'timens d’importance très inégale et qui ont été
construits par des princes di##érens " c’est une suite de pa!illons que séparent de beau- 1ardins ou
des cours plantées d’arbres " pour mieu- dire, c’est tout un quartier, c’est toute une !ille part, une
cité royale, qu’une muraille éle!ée en!eloppe de tous c5tés. 2 l’intérieur, dans la partie la plus
!oisine de l’entrée, s’ou!rent les riches salles o, le ma>tre daigne s’asseoir par#ois pendant quelques
heures sur son tr5ne ou sur son di!an pour donner audience et pour rece!oir les hommages de ses
su1ets ou ceu- des ambassadeurs étrangers " autour de ces pièces, ou!ertes un certain nombre de
pri!ilégiés, #ourmille tout un peuple d’o##iciers, de soldats et de ser!iteurs. (’est ce qui, dans de
bien autres proportions que che4 le simple particulier, correspond au sélamliD de la maison
orientale. 0lus loin, derrière des portes 1alousement gardées, s’étend et se prolonge le harem " c’est
l que le roi passe tout le temps que ne lui prennent pas la guerre ou les conseils. 9ous ces b'timens
laissent entre eu- asse4 d’air et d’espace pour que le roi puisse, s’il en a la #antaisie, rester des mois
et des années sans en sortir " il #ait man$u!rer ses troupes dans les !astes cours " il se promène
pied, che!al on en !oiture dans les allées de ses parcs " ses thermes et ses étangs lui o##rent les
plaisirs du bain chaud et #roid " par#ois il possède, dans l’enceinte même, des terrains de chasse./l y
a tou1ours eu, dans ces #acilités et ces séductions, une tentation périlleuse pour le sou!erain oriental.
(ombien elle serait longue, la liste des dynasties qui, douées, leur début, d’une singulière et
puissante énergie, se sont, dans le cours de quelques générations, a##aiblies et comme endormies
dans les délices du palais I Elles s’y sont si bien éner!ées qu’un 1our est !enu o, il a su##i du choc le
plus léger pour 1eter bas du tr5ne le dernier re1eton d’une ligne de conquérans. Vous !ous rappele4
l’histoire tragique de .ardanapale et tout ce qu’elle a #ait écrire de prose et de !ers che4 les anciens
et les modernes. 8a critique contemporaine n’en laisse pour ainsi dire rien subsister " noms, dates,
#aits, elle a tout mis en doute, et cependant, quand il nous serait bien démontré qu’il #aut renoncer
tous les détails consacrés par la tradition, cette histoire n’en resterait pas moins !raie, !raie de cette
!érité supérieure et générale qui #ait le pri- et l’autorité de la légende. (’est par un .ardanapale que
#inissent presque toutes les races royales de l’Orient, car .ardanapale n’est pas autre chose que
l’habitant trop sédentaire du palais et la !ictime de ses alanguissantes douceurs..i nous connaissions
mieu-, par le menu, l’histoire intérieure de l’)gypte, nous y trou!erions certainement plus d’un
e-emple de ce phénomène ? selon toute apparence, c’est ainsi que durent déchoir et s’éteindre les
@amessides.

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