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GERMINAL

Films à la Fiche GERMINAL Un regard sans concession sur la vie VG2161 ouvrière et
Films
à la Fiche
GERMINAL
Un regard sans concession sur la vie
VG2161
ouvrière et la condition humaine

Présentation

Fidèlement adapté du roman d’Émile Zola, Germinal s’est doté de moyens importants pour reconstituer avec réalisme le travail de la mine, la misère du XIX e siècle et les difficultés de la lutte ouvrière.

Réalisation

Né en 1934, Claude Berri débute comme acteur.Après un premier court, Le poulet (1963), il réalise en 1968 Le vieil homme et l’enfant qui le fait connaître et inaugure une série de films autobiographiques. En 1983, il réalise Tchao Pantin qui remporte cinq césars et qui inaugure ses adaptations littérai- res (Jean de Florette, Uranus…), avant de revenir à un cinéma plus intime (La débandade). Claude Berri est également un producteur important qui a financé de nombreux succès po- pulaires (La reine Margot, Astérix et Obélix : Mission Cléopatre).

Synopsis

Sous le Second Empire, le chômeur Etienne Lantier est embau- ché à la mine de Montsou et s’installe chez le mineur Maheu. Ce- lui-ci vit misérablement avec son père Bonnemort, sa compagne Maheude et leurs sept enfants. Gagné aux thèses socialistes et face aux conditions de travail, Lantier ne tarde pas à emmener les mineurs dans une longue et pénible grève.

Thèmes

Croyances religieuses ; idéologies – Enfance ; adolescence ; famille – Vie en société ; conditions socio-économiques Adaptation littéraire.

Éducation par le cinéma Pistes de réflexion quant au contenu La condition ouvrière au XIX

Éducation par le cinéma

Éducation par le cinéma Pistes de réflexion quant au contenu La condition ouvrière au XIX e

Pistes de réflexion quant au contenu

La condition ouvrière au XIX e siècle Pour son roman, Émile Zola compila une importante documen- tation qui confère à l’œuvre une valeur documentaire. Le film en profite et renforce son authenticité grâce aux importants moyens dégagés pour la reconstitution. Les costumes, les corons, la mine… sont autant d’éléments qui plantent un décor sans doute très proche des conditions réelles. Hormis ce contexte matériel, le quotidien des ouvriers trouve également ses sources dans le roman et dans l’histoire.

Ainsi, Germinal dresse un portrait éclairant de la vie d’un mineur, de ses conditions de subsistance et des caractéristiques socioéco- nomiques de sa classe sociale. Le récit met tout particulièrement en évidence la dépendance de l’ouvrier envers l’entreprise. Le logement et le chauffage sont fournis contre loyer par l’employeur qui est également le décideur unilatéral des conditions salariales. La nature du rapport social entre le bourgeois (celui qui possède les moyens de production) et le prolétaire (celui qui vend sa force de travail contre un salaire) apparaît donc toute nue comme étant un rapport de violence qui prend appui sur les besoins de survie :

l’arme absolue du patronat est la faim. Celle-ci est au cœur des préoccupations de la Maheude (représentative de la condition féminine) qui doit subvenir aux besoins de sa famille et qui ne dispose pour cela que des maigres salaires de ceux qui peuvent travailler (y compris les enfants), à une époque où seule la charité des nantis faisait office d’une pâle sécurité sociale.

Les luttes idéologiques de classes Le récit met en évidence des conflits sociaux entre la bourgeoi- sie et le prolétariat où le rôle de l’Etat semble se limiter à celui de pourvoyeur de gendarmes.Au sujet de cette lutte de classes, le film oppose trois visions idéologiques représentées par trois personnages.

Le machineur Souvarine incarne l’anarchisme radical qui prône la destruction par le feu d’un monde corrompu, sur les cendres du- quel reconstruire une société égalitaire serait possible. Ici, l’action violente et individuelle est le moyen prôné.

Éducation par le cinéma L’aubergiste Rasseneur est un marxiste convaincu et un adhérant à la

Éducation par le cinéma

Éducation par le cinéma L’aubergiste Rasseneur est un marxiste convaincu et un adhérant à la Première

L’aubergiste Rasseneur est un marxiste convaincu et un adhérant à la Première internationale formée à Londres par Karl Marx en 1864. Il milite pour la coordination des luttes comme seule condi- tion de succès à une révolution internationale.

Étienne Lantier, le personnage principal, semble davantage adhérer aux vues de Rasseneur bien qu’il motive son combat par la légalité des actions (il n’est donc pas révolutionnaire). Sous cet aspect, Lantier préfigure le socialisme réformiste qui veut atteindre la jus- tice sociale par l’acquisition de droits obtenus par la négociation.

Pistes de réflexion quant à la narration

Le récit utilise une focalisation « zéro » pour se déployer, ce qui signifie que le narrateur (et donc le spectateur) est omniscient. Ce procédé lui permet de passer en revue toutes les facettes de son intrigue. Dans Germinal, il permet de souligner les contrastes entre la vie de la bourgeoisie et du prolétariat : leurs conditions d’existence se révèlent mutuellement et cela alimente le senti- ment d’injustice qui anime la narration. Par les généralités qu’il permet d’exprimer, Germinal est également un récit épique : les personnages sont dépassés par les enjeux de leurs luttes dont ils deviennent des exemples, voire des symboles.

Face au film

La condition humaine Germinal et l’œuvre de Zola au sens large ne se cantonnent pas à un portrait du marasme social de leur temps. Bien au contraire, les personnages semblent aussi animés par des pulsions (sexuel- les, violentes, jouissives,…) qui s’entremêlent avec leur condition sociale, tant chez le bourgeois que chez l’ouvrier. L’humain de Zola nous apparaît à la fois aliéné à la société et à sa nature. Cette ca- ractéristique du naturalisme (voir page 5) souligne les limites de la maîtrise de l’homme sur lui-même et peut soutenir un débat sur la part de social et d’instinctif dans ce qui détermine le comporte- ment humain.

Contextes Ligne du temps historique Ligne du temps artistique Naissance d’Émile Zola - 1840 Création
Contextes
Ligne du temps historique
Ligne du temps artistique
Naissance d’Émile Zola - 1840
Création à Londres de l’Association interna-
tionale des travailleurs (Première interna-
tionale) dont les statuts sont rédigés par
Karl Marx - 1864
1871
- La Fortune des Rougon, premier
épisode de la saga des Rougon-Macquart,
œuvre de plusieurs volumes d’Émile Zola
inscrite dans le courant du naturalisme.
1884
- Publication du premier épisode de
Germinal par Émile Zola.
Importante grève de mineurs à Anzin qui
inspira Émile Zola - 1884
Mort de Hippolyte Taine - 1893
Mort d’Émile Zola - 1902
1903
- La grève de Ferdinand Zecca,
première adaptation au cinéma de Germinal.
1962
- Germinal d’Yves Allegret.
Second mandat présidentiel pour le socialiste
français François Mitterrand - 1988
1994
- Germinal de Claude Berri.

Contexte politique

Dès sa publication, le roman d’Émile Zola a suscité l’enthousiasme des milieux socialistes. Publié en feuilleton dans de nombreux journaux de gauche, il n’a cessé depuis d’être un récit emblé- matique des luttes sociales. Si avec les décennies, les conditions du travail ont changé dans les pays industrialisés, Germinal reste un prétexte pour dénoncer les inégalités encore existantes et raviver l’adhésion aux discours des partis de gauche qui peinent à maintenir leur ancrage auprès des travailleurs dans un contexte socioéconomique fort marqué par le libéralisme. Illustrant cet en- gouement social-démocrate autour de l’œuvre de Zola, François Mitterrand et les dirigeants du PS français assistèrent en grandes pompes à la première du film de Claude Berri à Lille.

Par res
Par
res

Contextes

Par res Contextes ailleurs, l’émotion que suscite le film quant aux conditions ouvriè- est révélatrice des

ailleurs, l’émotion que suscite le film quant aux conditions ouvriè- est révélatrice des valeurs sociales qui distinguent notre époque

du XIX e .Tout particulièrement, l’évocation du travail des enfants et de leurs conditions de vie ne sont pas sans amplifier le contenu dra- matique du film et soulignent par contraste les droits obtenus depuis.

Contexte artistique

Le naturalisme

Ce courant de la création artistique essentiellement littéraire,

dont Émile Zola est le chef de file, trouve sa raison d’être dans l’avènement de la démarche scientifique qui imprègne l’esprit du

XIX e siècle. Le naturalisme puise dans les travaux du philosophe

et historien Hippolyte Taine qui prône la recherche des causes et

des lois, sociales, physiologiques ou psychologiques, qui condition-

nent le comportement humain. Cherchant à valoriser ces thèses dans une œuvre qui s’approcherait de l’expérience scientifique, Zola confère à ses personnages de la saga des Rougon-Macquart (dont Germinal est un épisode et Étienne Lantier un des per- sonnages) des tares héréditaires (Étienne est intrinsèquement violent) qui se confrontent à des contextes sociaux (comme la mine). Son souci empirique se concrétise par un important travail documentaire, souvent de terrain, qui apparente sa démarche à celle d’un historien. Biologie et sociologie sont donc les deux grands mécanismes qui conditionnent des personnages replacés dans un contexte décortiqué à l’extrême.

Le naturalisme trouva son prolongement au cinéma à travers l’œuvre de réalisateurs comme Erich von Stroheim (Les rapaces, 1925), Luis Bunuel (Un chien Andalou, 1929), voire David Lynch (Lost Highway, 1997) qui cherchent à exprimer, souvent par le surréalisme, les pulsions qui animent l’individu en doublant la réalité d’un univers plus obscur et impérieux, comme si deux trames s’entremêlaient : le conscient et l’inconscient. Germinal de Claude Berri, quant à lui, bien qu’héritant des intentions de Zola, s’inscrit plutôt dans le cinéma réaliste qui s’attache à montrer les personnages dans leur milieu au moyen de la description (et donc de la reconstitution).

Éducation au cinéma La littérature à l’écran Dès le muet, fortes de leurs profits, les

Éducation au cinéma

Éducation au cinéma La littérature à l’écran Dès le muet, fortes de leurs profits, les grandes

La littérature à l’écran

Dès le muet, fortes de leurs profits, les grandes firmes françaises de production Gaumont et Pathé se lancent dans l’adaptation des romans du XIX e siècle. C’est ainsi que Les Misérables, en 1912, et Germinal, en 1913, ont été portés à l’écran par Albert Capellani. Comme Hugo, Zola met à l’honneur l’épopée et le romanesque, ce qui convient très bien aux besoins narratifs du cinéma.

L’arrivée du parlant confirmera le rôle du roman comme source de récit. Les écrivains eux-mêmes découvrent avec le cinéma un prolongement à leurs œuvres à l’image d’un Marcel Pagnol qui mettra la Provence en valeur dans des films comme Marius (1931) ou La femme du boulanger (1938), d’un Sacha Guitry qui porte à l’écran ses comédies boulevardières (Mon père avait raison, 1936 ; Assassins et voleurs, 1957), ou d’un Cocteau qui tente d’y exprimer sa poésie (La belle et la bête, 1946 ; Le testament d’Orphée, 1960).

Les plus grands réalisateurs français s’essaieront à l’adaptation, en transposant parfois l’action à une autre époque selon leur propre fantaisie (La Bête humaine de Zola, revu par Renoir en 1938 ou Le Diable au corps de Radiguet par Autant-Lara en 1947). Il arrive aussi que le film remporte une notoriété supérieure à l’œuvre ori- ginale, voire un meilleur accueil critique. Ce fut le cas notamment des adaptations de Georges Bernanos (1888-1948) par Bresson avec Le Journal d’un curé de campagne (1951) et par Pialat avec Sous le soleil de Satan en 1987.

Cependant, l’exercice a déjà suscité certaines froideurs.Truffaut, alors critique de cinéma, s’attaquait à l’infidélité aux œuvres littéraires que les scénaristes portaient à l’écran.Visant entre autres Le Rouge et le Noir (1954), adapté de Stendhal par Claude Autant-Lara, il s’attendait à ce que les adaptations respectent plus l’esprit que la lettre (voir page 5 au sujet de la transposition du roman et du naturalisme).

Une image blafarde

La prise des images de Germinal (ce qu’on appelle la « photogra- phie ») est caractérisée par une lumière pâle qui refroidit l’am- biance et ternit les couleurs. Ce procédé illustre bien comment le cinéma rend les impressions qu’il cherche à transmettre sur le sujet qu’il traite. On peut ainsi relever qu’un des rares moments

Éducation au cinéma où la lumière semble plus vive est celui de la fête villageoise

Éducation au cinéma

Éducation au cinéma où la lumière semble plus vive est celui de la fête villageoise (La

où la lumière semble plus vive est celui de la fête villageoise (La ducasse, 8 e chapitre du DVD), joyeuse et bon enfant, où le soleil perce la grise couche nuageuse qui semble envelopper l’univers des mineurs de bout en bout du film. Caractéristique du travail du responsable de la photographie Yves Angelo (récompensé d’un césar pour son travail sur le film de Claude Berri), cette lumière confère une atmosphère déprimante au XIX e siècle qui corres- pond à l’image de tristesse sociale qui est souvent associée à cette époque. On la retrouve d’ailleurs dans une autre adaptation d’un célèbre roman du XIX e : Le colonel Chabert de Balzac, réalisé par le même Yves Angelo en 1994.

Le son au service de la reconstitution

Pour rendre compte de la dureté du travail de la mine, le réali- sateur a reconstitué des boyaux et tenté de s’approcher le plus possible de ce à quoi devait ressembler le travail. Outre le décor et ce que le récit révèle quant au labeur du mineur, la mise en scène s’accompagne d’une bande-son qui amplifie l’impression d’enfermement et d’étouffement claustrophobe qu’elle cherche à rendre. Laissant moins de place à la musique symphonique et épi- que qui caractérise les scènes d’extérieur (et qui porte les élans de la lutte ouvrière), l’environnement sonore est essentiellement composé du bruitage du travail (roulement des chariots, coups de pic…). Mais ceux-ci sont sourds et ne résonnent pas, ce qui laisse supposer que tout se déroule dans un espace confiné. Les bruits de ruissellement et de craquements renforcent l’impression d’inconfort et de menace permanente.

Informations complémentaires Fiche technique Film français / 1994 / Couleurs / 160’ Réalisation : Claude

Informations complémentaires

Informations complémentaires Fiche technique Film français / 1994 / Couleurs / 160’ Réalisation : Claude Berri.

Fiche technique

Film français / 1994 / Couleurs / 160’ Réalisation : Claude Berri. Production : Claude Berri. - Coproduction France - Belgique – Italie. Scénario : Claude Berri,Arlette Langmann, d’après le roman Ger- minal d’Émile Zola. Interprétation : Renaud Sechan, Gérard Depardieu, Miou-Miou, Judith Henry, Jean-Roger Milo, Laurent Terzieff, Jean Carmet, e.a. Photographie : Yves Angelo. Montage : Hervé de Luze. Musique : Jean-Louis Roques.

Récompenses

Césars de la meilleure photographie et des meilleurs costumes (1994).

Références

Livres Émile Zola, Germinal, HATIER SCOLAIRE, Classiques Et Cie, 2004. Ouvrage collectif,Autour de Germinal d’Émile Zola, Présence et actions culturelles, 1993. Internet Quelques pistes d’utilisation pédagogique du film sur Cinéhig :

www.cinehig.clionautes.org Les travaux du lycée collège Marcel Gambier autour du livre d’Émile Zola : www.bmlisieux.com/litterature/gambier/gambier.htm

Filmographie sélective

1963 : Le poulet ; 1968 : Le Vieil homme et l’enfant ; 1970 : Le Ci-

néma de papa ; 1975 : Le Mâle du siècle ; 1980 : Je vous aime ; 1981 :

Le Maître d’école ; 1983 :Tchao Pantin ; 1986 : Jean de Florette ;

1986 : Manon des sources ; 1990 : Uranus ; 1993 : Germinal ; 1997 :

Lucie Aubrac ; 1999 : La Débandade ; 2002 : Une femme de ménage ;

2004 : L’un reste, l’autre part.

Signalétique

Adolescents.

www.lamediatheque.be

La Médiathèque, mai 2007 Éditeur responsable : Jean-Marie Beauloye Place de l’Amitié, 6 - 1160 Bruxelles

La Médiathèque, mai 2007 Éditeur responsable : Jean-Marie Beauloye Place de l’Amitié, 6 - 1160 Bruxelles