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SICAP Liberté III Immeuble C 6 - B.P. : 3007 Dakar Yoff – Fax :
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SICAP Liberté III Immeuble C 6 - B.P. : 3007 Dakar Yoff – Fax : +221 33 824 13 63 – Tel : + 221 33 864 13 58 / +221 77 631 18 86 – Email : cosydep@gmail.com

En Collaboration avec

Le Réseau Africain de Campagne pour l’Education Pour Tous

Le Réseau Africain de Campagne pour l’Education Pour Tous RAPPORT FINAL DE L’ETUDE SUR LE SUJET

RAPPORT FINAL DE L’ETUDE SUR LE SUJET

ANALYSE CRITIQUE DES DONNEES QUANTITATIVES ET QUALITATIVES RELATIVES AUX TAUX DE SCOLARISATION, D’ABANDON ET D’ACHEVEMENT AU SENEGAL

-----------------------

RELATIVES AUX TAUX DE SCOLARISATION, D’ABANDON ET D’ACHEVEMENT AU SENEGAL ----------------------- Par Cheikh FAYE

Par Cheikh FAYE

JUIN 2009

AUX TAUX DE SCOLARISATION, D’ABANDON ET D’ACHEVEMENT AU SENEGAL ----------------------- Par Cheikh FAYE JUIN 2009

AVANT - PROPOS

Le COSYDEP se félicite de l’aboutissement de l’étude intitulée « Analyse critique des données quantitatives et qualitatives relatives aux taux de scolarisation, d’abandon, d’achèvement au Sénégal ». La présente étude, lancée à l’initiative de la société civile, n’aurait pourtant pas pu se réaliser sans la collaboration et la coopération d’un ensemble d’acteurs que nous tenons à remercier d’emblée pour leur disponibilité : le Ministre de l’Education chargé du préscolaire, de l’élémentaire, du moyen secondaire et des langues nationales, pour son ouverture et sa bienveillance; les autorités académiques qui auront facilité les différentes étapes du processus (DPRE, DRH, IA, IDE, etc.) ; les partenaires de l’enquête (ONG, parents, syndicats, enseignants, élèves, communautés, services déconcentrés, etc.) ; le Groupe de Travail National (GTN) pour le militantisme dont ont fait preuve ses membres ; les enquêteurs pour leur créativité et leurs capacités d’adaptation ; le superviseur pour son pragmatisme et ses capacités de management ; le consultant pour sa souplesse et son ouverture d’esprit ; ANCEFA pour nous avoir permis de réaliser ce jalon important

Aussi, le GTN composé d’officiels des Ministères concernés, d’institutions nationales et internationales, d’ONG, de syndicats, de parents d’élèves, de parlementaire, de journalistes a été mis en place.

Le GTN a supervisé le processus de sélection du consultant et inscrit les enquêtes terrain dans une démarche

participative et inclusive. L’accent a été mis sur le recueil d’éléments d’appréciation du point de vue de la

« demande éducative», de façon à mieux cerner les attentes et préoccupation des parents et celles des acteurs du monde du travail. Cette étude est aussi une occasion pour nourrir et engager un dialogue sur les questions de fond entre les différentes parties prenantes. Le suivi des performances du système éducatif constitue une préoccupation de tous les acteurs en particulier ceux de la société civile.

A travers cette étude, le COSYDEP apporte sa modeste contribution, que nous souhaitons objective, au

renforcement de notre système éducatif. Ce rapport permettra, sans doute, d’outiller les organisations membres d’un document d’analyse objective et de plaidoyer mais aussi de permettre aux décideurs d’avoir une lecture plurielle de la situation.

Nous en attendons une bonne exploitation de la part de tous les acteurs pour des décisions éclairées, des argumentaires raisonnés.

Pour le COSYDEP

Le Coordonnateur National

Cheikh

MBOW

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SOMMAIRE

ACRONYMES

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INTRODUCTION

5

PREMIERE PARTIE:ANALYSE DES PERFORMANCES DE SCOLARISATION . 9

1.1. Système statistique du secteur de l’éducation

10

1.2. Performances de scolarisation du Sénégal

13

1.2.1. Admissions au Cours d’Initiation

14

1.2.2. Effectifs scolarisés

15

1.2.3. Taux Brut de Scolarisation (TBS)

19

1.2.4. Taux

Net de Scolarisation (TNS)

22

1.2.5. Taux d’abandon

24

1.2.6. Taux d’achèvement

28

1.3.

Financement de l’éducation

32

1.3.1. Etat des lieux des ressources

32

1.3.2. Corrélation entre performances et ressources dans l’Elémentaire

35

1.4.

Revue des politiques et stratégies du secteur

36

1.4.1. Stratégies nationales

36

1.4.2. Stratégies préconisées localement par les acteurs enquêtés

43

DEUXIEME PARTIE:SITUATION DES INTRANTS DE L’EDUCATION

46

2.1. Infrastructures et équipements

47

2.2. Manuels scolaires

55

2.3. Bibliothèques scolaires

57

2.4. Informatique à l’école

59

2.5. Internet à l’école

60

2.6. Situation des enseignants

62

2.7. Quantum horaire

64

CONCLUSION

66

1. Rappel des principaux éléments de diagnostic

67

2. Recommandations

72

ANNEXES

78

Ressources documentaires

79

Structures enquêtées et personnes rencontrées

80

Liste des tableaux

81

Liste des graphiques

82

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ACRONYMES

ANCEFA

Africa Network Campaign on Education For All (Réseau Africain de la Campagne pour l’Education Pour Tous)

:

ANSD

: Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie

BAC

: Baccalauréat

BCI

: Budget Consolidé d’Investissement

CDSMT

: Cadre de Dépenses Sectorielles à Moyen Terme

CE

: Cours Elémentaire

CFA

: Communauté Financière Africaine

CI

: Cours d’Initiation

CL

: Collectivité Locale

CM

: Cours Moyen

COSYDEP

: Comité des ONG et Syndicats pour la Défense de l’Education Publique

CP

: Cours Préparatoire

DPRE

: Direction de la Planification et de la Réforme de l’Education

EPT

: Education Pour Tous

EQPT

: Education de Qualité Pour Tous

EGEF

: Etats Généraux de l’Education et de la Formation

IA

: Inspection d’Académie

IDEN

: Inspection Départementale de l’Education Nationale

ME

: Ministère chargé de l’Education

MEF

: Ministère de l’Economie et des Finances

OCB

: Organisation Communautaire de Base

OIT

: Organisation Internationale du Travail

OMD

: Objectifs du Millénaire pour le Développement

ONG

: Organisation Non Gouvernementale

PDEF

: Programme Décennal de l’Education et de la Formation

PIB

: Produit Intérieur Brut

RGPH

: Recensement Général de la Population et de l’Habitat

SIDA

: Syndrome d’Immuno-Déficience Acquis

TBS

: Taux Brut de Scolarisation

TNS

: Taux Net de Scolarisation

UNESCO

: Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture

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INTRODUCTION

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Enjeux de l’étude

Commanditée par le Comité des Ong et Syndicats pour la Défense de l’Education Publique (COSYDEP), sur financement du Réseau Africain de la Campagne pour l’Education Pour Tous (ANCEFA), l’étude, objet du présent rapport porte sur l’« Analyse critique des données quantitatives et qualitatives relatives aux taux de scolarisation, d’abandon et d’achèvement au Sénégal ». Initiative de la société civile, elle s’inscrit dans le cadre du suivi des efforts du pays en direction de l’objectif d’une éducation de base de qualité pour tous à l’horizon 2015. La société civile est, en effet, partie prenante au mouvement EPT depuis les Etats Généraux de l’Education et de la Formation jusqu’au Forum mondial de Dakar (2000), en passant notamment par le Sommet de Jomtien, en Thaïlande, (1990), la Rencontre d’Aman, en Jordanie (1996), et la Session des Nations Unies sur les OMD.

Si c’est à Jomtien, en 1990, que la Communauté internationale a initié le mouvement de l’éducation de base pour tous, le Sénégal, pour sa part, dès 1981, avait déjà tenté de lancer une dynamique analogue, avec les Etats Généraux de l’Education et de la Formation, dont les conclusions envisageaient la scolarisation universelle dans un horizon de dix ans. Il n’est pas inutile de rappeler ce point d’histoire, car les EGEF avaient non seulement pensé le mouvement EPT dix ans plus tôt, mais encore l’avaient inscrit dans un cadre de réformes qui devait concilier qualité et quantité. Le concept de l’école nouvelle qui, entre autres, conférait de nouvelles vocations aux langues nationales, était le principal lieu d’ancrage des efforts en faveur de la qualité.

Alors que les EGEF préconisaient la synchronisation des approches quantitative et qualitative dans la poursuite de l’éducation pour tous, dans le cadre du mouvement EPT (issu de Jomtien), le constat a été fait en 1996, à Aman, que dans beaucoup de pays, la quantité était hélas privilégiée au détriment de la qualité. Fallait-il arriver à la scolarisation universelle au prix des déconstructions les plus dommageables en matière de qualité ? Au vu des expériences accumulées dans ce sens, à mi parcours du terme initial (2000), la Communauté internationale avait jugé nécessaire de recentrer les stratégies de l’EPT ; et c’est ainsi qu’on est passé de l’éducation pour tous à l’éducation de qualité pour tous.

A six ans de 2015, la nouvelle échéance de l’EPT, quel chemin le Sénégal a-t-il parcouru en direction de cet objectif, du point de vue de l’accès brut comme de celui de la qualité ? Quels niveaux d’effort, portés par quels types d’outils et de stratégies, le pays met-il à la disposition de ces enjeux ? La société civile sénégalaise s’efforce d’apporter sa contribution dans cet état des lieux, pour mieux prendre sa part dans le nécessaire plaidoyer en vue du franchissement des étapes à venir.

Méthodologie et concepts clés

La méthodologie de l’étude est articulée sur deux contenus clés : une recherche documentaire centrée sur les statistiques courantes, recueillies dans le cadre de l’appareil statistique de l’Etat en général, du Ministère chargé de l’éducation en particulier, ainsi qu’auprès de toutes autres structures pertinentes, d’une part, une enquête participative couvrant un échantillon de six régions, d’autre part.

Les données quantitatives sont principalement issues du travail documentaire, vu que seul l’appareil statistique de l’Etat permet de disposer de séries de données longues susceptibles de porter une analyse approfondie, sur la durée, des performances du système éducatif. La problématique du dispositif de production des statistiques du secteur est examinée dans la première partie de ce rapport. Nonobstant certaines limites encore persistantes, les bases de données du Ministère restent la source principale de statistiques pour la communauté des acteurs du secteur. A défaut d’avoir pu entreprendre une enquête statistique lourde d’envergure nationale, qui aurait été très onéreuse, l’étude s’est donc appuyée sur les données officielles ainsi produites.

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L’enquête participative, qui a permis de sécuriser de l’information qualitative sur le système,

a été menée au niveau d’un échantillon de six régions : Dakar, Diourbel, Kaolack, Kolda, Louga et

Matam. Ces régions ont été retenues, à titre principal, à partir d’un critère d’intérêt pédagogique, et de manière subsidiaire sur la base d’un critère géographique. Au titre du critère principal, sont représentées à la fois les régions les plus performantes (Dakar) et les régions les moins performantes (Diourbel) en matière de scolarisation. Le critère complémentaire a permis d’inclure dans l’échantillon des régions représentatives de la dispersion spatiale de la carte scolaire sénégalaise : le Nord (Matam-Louga), l’Ouest (Dakar), le Centre (Diourbel-Kaolack) et le Sud-Est (Kolda).

l’éducation ont été

interrogées, notamment les acteurs ci-dessous:

Dans les différentes régions,

les

parties

prenantes

au

secteur

de

Inspecteurs d’Académie

IDEN

Chefs d’établissement

Enseignants tenant classe

Représentants des syndicats d’enseignants

Représentants des parents d’élèves

Elus locaux

Représentants des ONG/Education

Représentants des OCB/Education

Elèves

Enfants déscolarisés

Enfants non scolarisés

L’enquête s’est étalée sur six jours ‘‘ouvrés’’ et a mobilisé douze enquêteurs, à raison de deux par région. Ils ont travaillé sous la coordination d’un superviseur national, en utilisant des questionnaires articulés par catégories d’acteurs. Le dépouillement a notamment permis de disposer d’informations sur les perceptions locales du système éducatif et l’appréciation des stratégies de développement.

Les concepts de base de l’étude que sont le taux de scolarisation, d’abandon et d’achèvement sont entendus ici au sens des conventions statistiques internationales, notamment celles de l’UNESCO. En matière de mesure de l’accès à la scolarisation, le taux brut de scolarisation est l’indicateur de référence et est obtenu à partir du rapport entre les effectifs scolaires du cycle considéré et les effectifs scolarisables, c’est-à-dire ayant l’âge d’être dans le cycle. Par affinement de cette indication, on peut calculer un taux net de scolarisation en rapportant aux effectifs scolarisables les effectifs scolarisés qui ont l’âge d’être dans le cycle.

Le taux d’abandon, proportion des inscrits d’un niveau d’études donné dans une année d’études donnée qui quittent le système scolaire l’année suivante, se détermine en rapportant le nombre de ces sorties au nombre initial des inscrits. Enfin, le taux d’achèvement qui résume de manière synthétique l’efficacité du système recouvre la proportion d’enfants qui terminent la dernière

année du cycle. Il se détermine en rapportant les effectifs ayant terminé le cycle, nets des redoublants,

à l’effectif des enfants ayant théoriquement l’âge d’achever le cycle.

Environnement de l’éducation au Sénégal

La population sénégalaise est estimée à 12 853 259 habitants en 2008, soit une densité moyenne de 65,5 habitants au Km². Le pays connaît une croissance démographique encore importante, même si elle est en voie de stabilisation, avec un taux de 2,58%. La population scolarisable dans l’enseignement élémentaire est estimée à 1 891 820 enfants en 2008.

La structure administrative du pays a été modifiée en Février 2008, avec l’adoption par l’Assemblée nationale d’une loi faisant passer le nombre de régions de onze à quatorze (érection des anciens départements de Kafrine, Sédhiou et Kédougou, en nouvelles régions).

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Le décret du 10 septembre 2008 distingue des circonscriptions administratives (45 départements et 117 arrondissements) et des collectivités locales (14 régions, 150 communes et 349 communautés rurales). Toutefois, l’appareil statistique du secteur de l’éducation et de la formation ne s’est pas encore adapté à ce nouveau découpage, ce qui explique que les analyses faites dans ce rapport soient articulées sur l’ancienne configuration en 11 régions.

Le produit intérieur brut du Sénégal est constitué par les services pour 64,6%, l’industrie pour 19,4% et l’agriculture pour 16%. Cette dernière occupe pourtant 77% de la population active, mais est entravée de manière cyclique par les aléas climatiques dont elle est encore fortement tributaire. La dette publique représente 23% du PIB.

La pauvreté est en recul continu depuis 1994 (68%), mais à 57% de la population (estimation de 2005), elle reste élevée. Le pays dispose de peu de ressources naturelles et reçoit de plein fouet les chocs externes de l’économie internationale. Des pans entiers de son économie, comme l’énergie, traversent également une crise aigue. Le ralentissement de l’activité aggrave le chômage qui atteint 13% de la population active (17,1% en milieu urbain et 9,8% en zone rurale), selon la Banque Mondiale utilisant les données issues du RGPH/2002. Le taux de prévalence du SIDA est encore contenu en dessous de 1%, à 0,8%.

Le système éducatif formel du Sénégal est organisé en 5 niveaux :

Education préscolaire (3-6 ans)

Enseignement élémentaire (7-12 ans)

Enseignement moyen (13-16 ans)

Enseignement secondaire (17-19 ans)

Enseignement supérieur (titulaires du Bac ou équivalent)

L’administration locale du secteur de l’Education suit le découpage administratif en instituant des Inspections d’Académie (IA) et des Inspections Départementales de l’Education (IDE). L’IA recouvre, pour le secteur éducatif, le territoire de la région administrative. L’IDE est un démembrement de l’IA et recouvre le territoire administratif du département. Il y a tout de même des exceptions à la règle de l’équivalence territoriale entre IDE et Département, comme à Dakar où les départements de Pikine et Rufisque sont morcelés chacun en deux IDE. L’IA est dirigée par un Inspecteur d’Académie, tandis que l’IDE est dirigée par un Inspecteur départemental, tous nommés par l’Etat central au nom de qui ils coordonnent l’animation du système éducatif dans leur zone de compétence respective.

Depuis 1996, l’Etat a transféré aux collectivités locales neuf (09) domaines de compétence, parmi lesquels l’Education. Dans la pratique, les actions des collectivités locales dans le secteur éducatif se répartissent comme suit : la région intervient au niveau du secondaire, les communes, les communes d’arrondissement et les communautés rurales interviennent au niveau des enseignements moyen et élémentaire, ainsi qu’à celui de l’éducation préscolaire. Seule la région peut intervenir sous forme d’investissements lourds (aux côtés de l’Etat qui assume encore l’essentiel de l’effort national de mise en place d’infrastructures éducatives). Les autres types de collectivités locales apportent des appuis plus modestes qui concourent au fonctionnement, à l’amélioration de la qualité.

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PREMIERE PARTIE ANALYSE DES PERFORMANCES DE SCOLARISATION

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Cette première partie expose, en les analysant, les réalisations du Sénégal en matière de scolarisation élémentaire, autour des trois indicateurs ciblés par l’Etude : (i) Scolarisation ; (ii) Abandons scolaires ; (iii) Achèvement scolaire. Elle analyse également les principales stratégies de développement qui sont à la base de ces résultats. En amont de cet état des lieux, est examinée la problématique de l’appareil statistique qui permet de mettre à disposition les données sur le secteur.

1.1. Système statistique du secteur de l’éducation

Le système statistique est une composante stratégique des politiques de développement. Il a vocation à informer l’analyse des situations de référence (d’où l’on part ?), la projection des objectifs (où l’on veut aller dans une durée déterminée ?), la formulation des politiques et des stratégies (comment aller là où l’on veut aller ?) et leur évaluation (quel chemin a finalement été parcouru ?). Sans un minimum d’information statistique, l’on ne peut ni diagnostiquer, ni planifier/programmer, ni évaluer. Naturellement, dans le cas d’espèce, il ne s’agit pas de n’importe quelle information, mais bien d’une information normée et dont les sources et le traitement sont crédibilisés.

Dans le secteur de l’Education et de la Formation, cette dimension statistique est coordonnée par la Direction de la Planification et de la Réforme de l’Education (DPRE), aujourd’hui domiciliée au Ministère chargé de l’Education Préscolaire de l’Elémentaire et du Moyen Secondaire. Elle s’appuie sur un système informatique géré par la Cellule Informatique du Ministère de l’Education (CIME), et porté sur le terrain par un réseau de planificateurs basés dans les différentes Inspections d’Académie et départementales du pays. Les planificateurs intègrent directement dans le système les informations remontées à leur niveau par les chefs d’établissement scolaire de leur ressort. C’est à partir de cette base de données que la DPRE calcule les indicateurs de développement du secteur de l’éducation et de la formation, parmi lesquels les trois ratios retenus pour cette étude :

taux de scolarisation, taux d’abandon et taux d’achèvement.

Les modalités de calcul de ces taux par la DPRE, tels qu’ils sont exposés dans ses publications, sont parfaitement conformes aux méthodes internationales de détermination de ces indicateurs, à celles de l’UNESCO notamment. Le taux brut de scolarisation est obtenu en rapportant la population scolarisée à la population en âge de l’être. Le taux d’abandon est la proportion des élèves inscrits dans une classe donnée au cours d’une année scolaire qui quittent le système éducatif au cours de l’année scolaire suivante. Le taux d’achèvement est le rapport des nouvelles inscriptions (donc effectifs nets des redoublements) en dernière année de cycle sur la population en âge de fréquenter cette année d’étude.

L’appareil statistique s’est beaucoup bonifié, résultat de l’appui logistique et en renforcement de capacités que la communauté des acteurs n’a cessé de lui prodiguer ces dernières années, et qui a abouti à son information. Parallèlement à cette évolution technologique, le problème de la multiplicité des sources a été significativement réglé, avec l’ancrage de la DPRE comme structure de coordination et producteur unique des statistiques officielles du secteur, en collaboration bien entendu avec l’ensemble des sous-secteurs. Malgré ces avancées, des problèmes se posent encore au système statistique, relativement (i) à la couverture de certains sous-secteurs, (ii) aux données démographiques, (iii) aux taux nets, (iv) à la fiabilité de certaines remontées d’information et (v) aux analyses et mises en perspectives des performances.

Les données statistiques ne sont pas maîtrisées pour des sous-secteurs comme l’alphabétisation, la formation professionnelle et l’enseignement supérieur. L’éducation non formelle est par ailleurs beaucoup moins connue que l’éducation formelle. La DPRE s’est longtemps concentrée sur la collecte et le traitement de données dans l’éducation préscolaire, l’enseignement élémentaire et le moyen-secondaire, laissant l’appareil statistique traîner de graves déficits sur les autres compartiments du système éducatif. Si des efforts de rattrapage sont en cours depuis quelques années, les gaps restent toujours en attente d’être résorbés à cet égard.

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Les données démographiques ont longtemps été le tendon d’Achille des statistiques sectorielles de l’éducation. D’ajustements en ajustements, elles dépréciaient ou appréciaient le taux de scolarisation en particulier. Il faut toutefois reconnaître qu’aujourd’hui des efforts sont faits dans le sens d’une stabilisation de cette variable démographique. Entrent dans ce cadre les travaux techniques animés par l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie entre Novembre 2007 et Janvier 2008, et qui ont abouti aux projections officielles de la population scolarisable consignées dans le document intitulé « Estimations de la Population du Sénégal en âge de scolarisation de 2002 à 2009 », Ministère de l’Economie et des Finances, Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie, Avril 2008. L’équipe technique qui a élaboré ces projections autour de l’ANSD comprenait en plus de personnes ressources de divers horizons, des techniciens des secteurs concernés, avec notamment une représentation de la DPRE. Les projections elles-mêmes, faites sous logiciel SPECTRUM, l’ont été sur la base d’hypothèses scientifiques formulées par rapport à différents paramètres de structure et d’évolution de la population sénégalaise :

- Structure de la population, par sexe et par âge

- Structure de la population selon le milieu de résidence (urbaine ou rurale)

- Indice synthétique de fécondité

- Esperance de vie

- Structure de la mortalité (à travers l’emploi d’une table-type de mortalité, celle de Coale & Demeny Nord)

Les âges projetés s’étalent de 3 à 19 ans, ce qui constitue un bon balayage de toute la population scolarisable pré universitaire. La principale limite des projections réside dans leur manque d’affinement géographique. Elles s’arrêtent en effet au niveau de la région, rendant aujourd’hui plus ou moins aléatoire toute entreprise de détermination de taux de scolarisation et autres indicateurs de ce type à l’échelle des départements ou d’autres subdivisions territoriales de plus petite envergure.

Le problème des taux nets interpelle davantage le secteur éducatif. Aujourd’hui, les mesures internationales se focalisent sur ce type d’indicateur plutôt que sur les ratios bruts, en ce qu’il traduit mieux la portée des efforts de scolarisation. A la différence du taux brut qui rapporte tous les inscrits à la population scolarisable, le taux net de scolarisation compare les inscrits ayant l’âge légal à la population ayant l’âge légal. Le problème est que le système éducatif sénégalais ne calcule pas systématiquement ce taux net. Les données de base sont pourtant régulièrement disponibles, puisque les registres des écoles consignent l’âge de tous les enfants inscrits. La difficulté viendrait en fait des pratiques de manipulation de l’état civil de certains enfants. Beaucoup de scolaires entrent encore dans le système sur la base de documents de naissance qui leur donnent un âge en dessous de leur âge réel. Cette situation aboutirait, dans certaines localités du moins, si l’on essayait de les calculer, aux aberrations statistiques de taux nets de scolarisation supérieurs à 100%. Ces non sens seraient dus au fait que le dénominateur du ratio serait composé des enfants ayant strictement l’âge légal, tandis que le numérateur comporterait, en plus des scolaires ayant effectivement l’âge légal, des enfants dont l’âge civil, manipulé pour être conforme aux prescriptions légales en matière de scolarisation, est en réalité supérieur à l’âge légal.

Les enquêtes menées dans six régions par les équipes du COSYDEP, pour les besoins de l’étude, ont fait ressortir, mais à titre plutôt marginal, un quatrième problème, relatif cette fois à une manipulation des statistiques scolaires au niveau de certains établissements. En effet, il est apparu ça et là que les données remontées vers l’IDE par les chefs d’établissement n’étaient pas toujours ajustées des désistements enregistrés après le démarrage effectif de l’année scolaire. Pour diverses raisons, certaines inscriptions faites par les familles durant la période consacrée ne se traduisent pas finalement par une fréquentation scolaire effective, soit que les enfants concernés abandonnent en début d’année, soit qu’ils migrent vers d’autres établissements. Ces cas, qui devraient être sortis des listes définitives des écoles, ne le seraient pas toujours, pour permettre justement aux établissements d’avoir des effectifs conséquents synonymes de budgets de fonctionnement plus importants.

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Ces pratiques permettent également à certaines classes d’atteindre des tailles de double flux synonymes d’indemnités spéciales pour les enseignants qui les tiennent. Ces pratiques sont mentionnées ici parce que les acteurs à la base les ont relevées, leur éventuel impact sur les données globales apparaissant plutôt limité. D’ailleurs avec le dépérissement en vue du double flux, ces manipulations perdront une partie de leur fondement.

Enfin de l’avis des responsables de l’appareil statistique eux-mêmes, des avancées restent à faire dans le sens de l’analyse et la mise en perspective des performances. Pendant longtemps, les productions régulièrement se sont limitées aux données brutes et aux indicateurs secs. Les rapports d’analyse étaient plutôt le fait de projets et programmes, dont ils épousaient par conséquent les orientations et les limites. La production par la DPRE, depuis quelques années, du Rapport annuel sur la Situation de l’éducation constitue un pas vers le développement de la dimension analytique, même si ce document reste encore à un niveau d’analyse très sommaire. Si le Rapport économique et financier du PDEF est un autre cadre d’analyse plus approfondi, l’on peut se poser la question de savoir quel sort lui sera réservé à la fin du programme auquel il est attaché ?

Au total, à ces problématiques près, il peut être considéré que l’appareil statistique national produit des données qui reflètent assez bien la situation réelle de l’éducation en général, de l’éducation de base en particulier. En ce qui concerne la question spécifique des statistiques financières, une clarification sémantique permet de mettre d’accord les parties prenantes au débat sur le niveau d’effort budgétaire de l’Etat. Lorsque ce dernier communique régulièrement sur le thème de 40% environ du budget national mis à la disposition du secteur de l’éducation et de la formation, cela n’est vrai que lorsqu’il est tenu compte des ressources de fonctionnement dont on sait qu’elles sont principalement absorbées par les charges de personnels. Le budget d’investissement de l’Education représente en revanche 9% du budget d’investissement de l’Etat. En termes d’exécution, ce ratio se détériore d’ailleurs à 8,23% (chiffres de 2007).

Si les éléments structurants d’un système de production statistique sont là, une question annexe reste pendante : le partage insuffisant des productions avec la communauté des acteurs, du moins avec certains segments de celle-ci. La diffusion des productions trouve un terreau favorable dans les techniques de communication actuelles, l’Internet notamment. L’essentiel des supports sont en effet proposés sur le site web du Ministère en charge du secteur. Les responsables de l’appareil statistique indiquent également mettre les principaux supports à la disposition des partenaires techniques, financiers et sociaux. Mais du côté des syndicats d’enseignants et des parents d’élèves, l’on déplore encore un faible accès à ces documents. Pour améliorer cette interface, il ne serait pas inutile pour le Ministère, d’instituer une rencontre annuelle d’échanges sur les résultats du secteur, autour de l’Etat, des PTF, des partenaires sociaux et de la société civile en général. Seul ce dialogue direct et ouvert est de nature à vider les débats récurrents entre les parties sur la signification, la pertinence et la complétude des statistiques du secteur.

Les acteurs à la base devront être parties prenantes à ce dialogue. Ils demandent davantage de feedback sur les données qu’ils contribuent à produire. Les enquêtes de terrain font ressortir qu’ils manifestent une certaine insatisfaction par rapport à l’appareil statistique. Dans la communauté des acteurs interrogés, 56% le jugent défavorablement, contre 44% qui en ont une opinion favorable. Lorsque l’on s’intéresse de près aux membres de la société, l’on s’aperçoit qu’ils sont plus tranchés dans leur jugement que la moyenne des acteurs à la base. Ce sont pas moins de 76% des représentants des ONG, des OCB et des syndicats qui prononcent une opinion défavorable sur le système statistique, contre 24% seulement ayant un avis favorable sur le sujet.

Tableau 1 : Opinions des acteurs à la base sur le système de collecte de données

Item

Types d’acteurs

Opinions

Favorables

Défavorables

Perception du système de collecte de données

Acteurs à la base en général

46%

54%

Membres de la société civile en particulier

24%

76%

Source: Enquêtes qualitatives COSYDEP, 2009.

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Les avis négatifs émis à la base sont en règle générale fondés sur les errements mentionnés aux paragraphes précédents (gonflements des effectifs dans certains établissements). Les acteurs interrogés s’y arrêtent, malgré le fait qu’à l’échelle nationale, ils ne sont pas assez significatifs pour entamer notablement la sincérité de l’appareil. Cette situation fait ressortir avec davantage de netteté l’urgence de processus de partage mieux ancrés sur le système statistique et ses productions.

1.2. Performances de scolarisation du Sénégal

L’analyse des perceptions du système éducatif telles qu’elles ressortent des enquêtes conduites sur le terrain, auprès d’acteurs représentant tout le spectre de la communauté éducative, montre qu’à la base la vision du système éducatif est globalement très négative. En effet, 75% des enquêtés expriment une opinion négative sur l’école en général, pour diverses raisons allant de l’accès à la gestion en passant par la qualité. Dans cette perception générale, les représentants de la société civile se montrent légèrement plus nuancés, avec 71% d’opinions défavorables. On note également que les acteurs sont plus indulgents avec « leur » école. A la question de savoir comment ils perçoivent le système éducatif local, ils sont beaucoup moins nombreux à prononcer un jugement défavorable. Seuls les représentants de la société civile jugent l’école locale (77%) plus sévèrement que le système éducatif dans son ensemble (71%). Faut-il voir dans cette démarcation de la société civile la conséquence de son positionnement ? Les autres acteurs sont plutôt des gestionnaires ou des animateurs directs de l’école du milieu et en jugeant celle-ci, d’une certaine manière, ils se jugent aussi. Ce statut pourrait expliquer qu’ils aient tendance à évaluer plus favorablement « leur » école que l’école en général. Quant aux membres de la société civile, ils peuvent faire valoir un certain dégagement et construire une opinion indépendante de partie prenante plus distante.

Tableau 2 : Perceptions du Système éducatif par les acteurs locaux

Items

Opinions

Favorables

Défavorables

1.

Perception du Système éducatif national

25%

75%

2.

Perception du Système éducatif local

44%

56%

Source: Enquêtes qualitatives COSYDEP, 2009.

 

Tableau 3 : Perceptions du Système éducatif par les membres locaux de la société

Items

Opinions

Favorables

Défavorables

1.

Perception du Système éducatif national

29%

71%

2.

Perception du Système éducatif local

33%

77%

Source: Enquêtes qualitatives COSYDEP, 2009.

ECHOS DU TERRAIN : DESTIN DE FILLES o A.S. (Matam) est la meilleure de sa

ECHOS DU TERRAIN : DESTIN DE FILLES

o

A.S. (Matam) est la meilleure de sa classe (CM2) et rêve de devenir médecin de renommée…Elle est consciente de son retard (jugement supplétif) et de la menace constante d’un mariage précoce A.S. ne cesse de penser à devoir quitter l’école comme ce fut le cas pour ses sœurs. De famille polygame, elle est la seule fille de la famille a encore fréquenter l’école ; elle trouve difficilement du temps pour correctement étudier à la maison à cause des travaux domestiques (soutien à sa propre mère, le tour de rôle de la grande famille) malgré tout, elle se bat pour rester à l’école…

o

Peut-être, a-t-elle peur de subir le même sort que F. G. (Kolda)…Sortie de l’école en CM1, elle dit avoir été handicapée par l’éloignement de l’école et

puis un mariage précoce : aujourd’hui, à 14 ans, elle est déjà mère d’un enfant

o

Mais est-elle mieux lotie que F.M. …, une enfant non scolarisée, éduquée par sa grand-mère, laquelle a manifestement les moyens pour l’envoyer à l’école mais reste, depuis toujours, hostile à l’école. Lasse, F.M. recourt à son père qui lui répond qu’il n’y peut rien, l’ayant confié à sa grand-mère ;

Plusieurs autres histoires de « confiage » ont été rapportées par les enquêteurs; ce qui tendrait à faire de ce phénomène répandu un des facteurs qui bloquent l’évolution scolaire normale des enfants, donc une entrave au droit à l’éducation.

un des facteurs qui bloquent l’évolution scolaire normale des enfants, donc une entrave au droit à

1.2.1. Admissions au Cours d’Initiation

Les admissions au Cours d’Initiation, qui est la première année du cycle élémentaire, donnent une indication de premier rang sur l’effort qui est fait par un pays pour enrôler dans le système éducatif les enfants en âge d’y accéder. En 2008, les nouvelles inscriptions au CI se présentent au Sénégal comme indiqué dans le tableau ci-dessous :

Tableau 4: Nouveaux inscrits au CI en 2008

Circonscriptions

Garçons

Filles

Garçons & Filles

Dakar

32561

32238

64799

Diourbel

10941

13288

24229

Fatick

13141

13337

26478

Kaolack

16589

18914

35503

Kolda

19803

18444

38247

Louga

10022

9956

19978

Matam

6229

8401

14630

St Louis

11033

12742

23775

Tamba

12590

12156

24746

Thiès

23254

23129

46383

Ziguinchor

9679

8716

18395

Sénégal

165842

171321

337163

Source : ME/DPRE/Annuaire statistique 2008

Les effectifs ci-dessus correspondent à un taux d’admission brut (rapport en les inscriptions au CI et les enfants âgés de 7 ans) de 102,6% en 2008 1 . Ce dépassement de la population âgée de 7 par les nouvelles admissions est dû au double phénomène de précocité et de retard d’enrôlement.

L’analyse genre fait ressortir que les filles sont maintenant nettement plus performantes que les garçons, en matière d’admission (111,5%, contre 95,9%). Les campagnes d’inscription ciblant ce segment de la population scolarisable ont manifestement eu leur effet. Elles s’inscrivent dans le cadre des stratégies nationales de promotion de la scolarisation des filles.

La distribution régionale du taux d’admission montre que toutes les régions affichent un taux brut d’accès en première année de cycle élémentaire supérieur à 100% ou proche de ce seuil, à l’exception de deux : Diourbel où le ratio est encore très bas à 61%, et Louga où il est de 88%. Diourbel est donc la région qui présente encore la situation la plus préoccupante en matière d’admission au cycle. Ce profil s’explique principalement par un environnement local fortement connoté par les valeurs religieuses et qui demande en conséquence un modèle éducatif alternatif plus en phase avec cette réalité.

Tableau 5 : Disparités régionales du taux d’admission au CI en 2008

Circonscriptions

Garçons

Filles

Garçons & Filles

Dakar

107,8%

133,1%

119,1%

Diourbel

52,0%

70,4%

60,7%

Fatick

119,8%

121,6%

120,7%

Kaolack

81,6%

100,5%

90,7%

Kolda

134,4%

139,7%

136,9%

Louga

83,0%

95,0%

88,6%

Matam

70,5%

126,2%

94,4%

St Louis

87,4%

121,6%

102,9%

Tamba

111,8%

125,1%

118,0%

Thiès

98,7%

114,3%

105,9%

Ziguinchor

101,4%

91,7%

96,6%

Sénégal

94,9%

111,5%

102,6%

Sources : - Données scolaires tirées de ME/DPRE, Annuaire statistique, 2008 - Données démographiques tirées de MEF/ANSD, Estimations de la population du Sénégal en âge de scolarisation de 2002 à 2009, Avril 2008.

1 Dans l’édition 2008 du Rapport National sur la Situation de l’Education, la Direction de la Planification et de la Réforme de l’Education évalue le Taux d’Admission Brut du Sénégal à 113,6% pour l’année 2008.

14

COSYDEP 2009 – Observatoire de l’Education au Sénégal en collaboration avec ANCEFA

Le résultat des enquêtes de terrain confirme la situation de Diourbel telle que la font ressortir les statistiques nationales présentées dans le tableau ci-dessus. En effet, parmi les facteurs les plus cités en défaveur de la scolarisation, c’est bien le modèle d’école qui arrive en premier lieu, avec 52% des mentions. Cette notion de modèle renvoie dans l’argumentaire des acteurs au contenu socioculturel que le système est réputé promouvoir au niveau des enfants. Plus de la moitié des acteurs et bénéficiaires de l’éducation enquêtés au niveau de la région estiment donc que ce contenu est le principal élément qui détourne de la scolarisation. Suivent, les limites intrinsèques du système en termes d’efficacité économique et sociale (37%) et la pauvreté des ménages (12%).

Tableau 6: Facteurs cités par les acteurs comme étant défavorables à la scolarisation dans la région de Diourbel

Facteurs

Occurrence

Modèle d'école

51,92%

Limites de l'offre

36,54%

Pauvreté

11,54%

Source : Enquêtes qualitatives COSYDEP, 2009.

Si les préventions contre le modèle d’école jouent en défaveur de la scolarisation en général, elles sont encore plus dissuasives dans le cas spécifique des admissions. En effet, ce qui est en jeu à ce niveau, pour les parents, c’est la décision d’enrôler ou non l’enfant dans le système éducatif. Cette décision est naturellement fortement influencée par le fait de se sentir en phase ou non avec les valeurs que l’on croit véhiculées par l’école.

les valeurs que l’on croit véhiculées par l’école. 1.2.2. Effectifs scolarisés ECHOS DU TERRAIN : Y

1.2.2. Effectifs scolarisés

ECHOS DU TERRAIN : Y A-T-IL ANTINOMIE ENTRE ECOLE, ARGENT ET RELIGION o B. G.,

ECHOS DU TERRAIN :

Y A-T-IL ANTINOMIE ENTRE ECOLE, ARGENT ET RELIGION

o

B. G., 6ans, ne rêve qu’à son premier jour à l’école ‘‘bien habillée avec son sac à dos’’. Ses parents veulent bien mais disent qu’ils n’ont pas d’argent pour payer ; aux alentours, il n’existe que des écoles privées ; il faudrait aller jusqu’à Mbacké… Aujourd’hui, elle se retrouve chez son oncle et a été acceptée dans une classe expérimentale d’introduction des langues nationales dans le programme scolaire. Confinés dans un abri provisoire, les enfants se sentent mal à l’aise ; ils sont restreints à l’apprentissage des langues nationales, ce qui est mal perçu par les parents. Au début, il y avait 70 élèves mais en cours d’années ils se sont retrouvés à 25.

o

Nous interrogeons un parent qui répond, définitif : « tout ce qui ne ramène pas de l’argent !!!! Je m’en vais faire ma prière ».

o

Un autre cas nous a frappé : enfant d’émigré, Elh T. S. apprend le coran (qu’il a presque entièrement maîtrisé), mais la nuit il part apprendre le français, de sa propre initiative.

Les effectifs scolarisés dans l’enseignement élémentaire se sont établis à 1 618 303 élèves en 2008. Sur les cinq dernières années, ils ont enregistré une croissance consolidée de 17%, ce qui correspond à une variation annuelle de 4,3%. Cette moyenne cache toutefois un profil général de taux de croissance erratique et de tendance nettement baissière. De 7,4% en 2004, la variation des inscriptions se dégrade régulièrement pour ne plus être que de 3% en 2006. Puis elle remonte à près de 6% l’année suivante pour s’effondrer à nouveau à moins de 3% en 2008.

Tableau 7 : Evolution récente des effectifs

Effectifs

2004

2005

2006

2007

2008

1.

Sénégal

1382749

1444163

1487846

1572178

1618303

2.

Variation

7,4%

4,4%

3%

5,7%

2,9%

3.

Urbain

39%

47%

46%

45%

46%

4.

Rural

61%

53%

54%

55%

54%

Source : DPRE/ME, Annuaires statistiques de l’éducation, 2004, 2005, 2006, 2007, 2008.

L’accès à l’enseignement élémentaire reste une priorité des politiques publiques d’éducation au Sénégal, en particulier dans le cadre du Programme Décennal de l’Education et de la Formation. Mais les importants résultats atteints dans ce sens avec la première phase de ce programme, et l’acuité des problèmes de qualité qui se sont faits jour au fur et à mesure des progrès dans l’accès, avaient conduit l’Etat à mieux insister sur la dimension qualitative dans la seconde phase du PDEF (2005-2007). Le profil du taux de croissance des effectifs pourrait donc trouver son explication dans ce contexte de mutations stratégiques qui, sans cesser de considérer l’accès comme domaine prioritaire, a multiplié significativement les investissements en faveur de la qualité. Il s’ajoute à cela des problèmes de mise en œuvre liés aux temps consommés par les procédures de marchés publics de travaux et la faiblesse des capacités des collectivités locales bénéficiaires d’un Budget d’Investissement Consolidé (BCI) décentralisé.

Graphique 1 : Courbe de l’évolution récente du taux de croissance des effectifs de l’élémentaire
Graphique 1 : Courbe de l’évolution récente du taux de croissance des effectifs de l’élémentaire
7,4%
5,7%
4,4%
2,9%
3,0%
ECHOS DU TERRAIN : JE PREFERE L’ATELIER M. N. n’a jamais mis les pieds dans

ECHOS DU TERRAIN:

JE PREFERE L’ATELIER

M. N. n’a jamais mis les pieds dans une école. Il ne connait pas son âge exact et dit avoir 9 ou 10 ans ; sa situation ne le dérange pas. Il affirme s’y plaire car ainsi il évitera d’être bastonné comme il l’entend dire de ses camarades revenant de l’école. Et surtout, il insiste sur le fait que, lui, rentre toujours avec de l’argent.

Devenu tôlier, il arrive à gérer ses menus besoins et quelquefois ceux des autres enfants ; ce qui fait de lui, affirme-t-il, le « patron du groupe ».

ce qui fait de lui, affirme-t-il, le « patron du groupe ». Tableau 8: Répartition des

Tableau 8: Répartition des effectifs élémentaires bruts par région, statut et genre en 2008

Régions

Effectifs

Statut

Genre

Public

Privé

Garçons

Filles

1.

Dakar

356

435

64,3%

35,7%

49,6%

50,4%

2.

Diourbel

103

416

75;3%

24,7%

46%

54%

3.

Fatick

127

489

95,8%

4,2%

50,2%

49,8%

4.

Kaolack

153

172

94,5%

5,5%

48,5%

51,5%

5.

Kolda

173

163

97,5%

2,5%

53,4%

46,6%

6.

Louga

89

040

90,7%

9,3%

50,7%

49,3%

7.

Matam

57

500

91,3%

2,7%

45,7%

56,3%

8.

Saint Louis

113

865

97%

3,0%

47%

53%

9.

Tamba

104

688

95,3%

4,7%

52,4%

47,6%

10.

Thiès

231

721

92%

8%

50%

50%

11.

Ziguinchor

107

814

93,4%

6,6%

52,3%

47,7%

12.

Sénégal

1618303

86,7%

13,3%

49,8%

50,2%

Source : ME/DPRE, Annuaire statistique 2008

La distribution des effectifs par zone géographique est favorable au milie u rural, qui abrite 54% des inscriptions brutes en 2 008, contre 46% pour les zones urbaines. C et écart de stocks scolaires de 8 points est moitié moi ns élevé que l’écart général entre la population u rbaine (42%) et la population rurale (58%). Le niveau de disparité atteint par les inscriptions à l’école signifie que, pour les enfants scolarisables, le fait de résider en zone urbaine confère une sorte de p rivilège statistique d’accès par rapport à la résidence e n zone rurale. Analysée dans le temps, cette disp arité tend même à s’approfondir, puisque la part du m ilieu urbain dans les effectifs scolaires est pass ée de 39% à 46% entre 2004 et 2008, soit un gain glo bal de 7 points sur l’ensemble de la période. In versement, la part des zones rurales se détériore de 7 p oints en tombant de 61% à 54% du total des ins criptions.

Graphique 2: Courbes d’évol ution des parts urbaine et rurale dans les effectifs élé mentaires
Graphique 2: Courbes d’évol ution des parts urbaine et rurale dans les effectifs élé mentaires
61%
53%
54%
55%
54%
47%
46%
46%
45%
39%
Urbain
Rural

est très largement

favorable au secteur public, dans un rapport de 87%, contre 13% pour le secteur pri vé. Cette situation s’explique par le fait que le sous- secteur constitue le cœur même des interven tions de l’Etat en

de représentation

du privé dans les effectifs très impo rtant, comparativement à la moyenne nationale. A Dakar, le privé

matière d’éducation. Deux régions, Dakar et Diourbel, affichent toutefois un ratio

La distribution des effectif s de l’élémentaire selon le statut des écoles

enrôle 36% des effectifs en 2008 pa rce que c’est dans la capitale que se concentre l a demande la plus solvable du pays. La raison est tou t autre dans la région de Diourbel, où la prog ression de l’école

part importante à

publique laïque se heurte à des d emandes d’éducation alternatives faisant une l’enseignement religieux.

Graphique 3 : Distribution de l’offre élémentaire selon le statut en 2008

Public Privé 13,3 % 86,7%
Public
Privé
13,3
%
86,7%

La distribution des effectifs national et dans certaines régions :

significativement de la parité. C’est le cas notamment de Matam (10,6 points de pl us pour les filles),

parité au niveau

Dakar, Fatick et Louga, notamment. D’autres r égions s’éloignent

selon le genre est presque ou parfaitement à

de Diourbel (8 points de plus pour Kolda (6,8 points de plus pour les

Ziguinchor (4,6 points de plus pour les garçons).

les filles), de Saint Louis (6 points de plus p our les filles), de garçons), de Tamba (4,8 points de plus pour les garçons) et de

La surreprésentation des femmes da ns la population générale est de l’ordre de 1%

pas les écarts importants en faveur doute invoquer, en partie, par l

s stratégies longtemps mises en œuvre po ur promouvoir la

scolarisation de filles qui est traditi onnellement un problème majeur d’éducation d ans cette partie de l’Afrique. Les avantages enregistré s par les garçons dans certaines régions, semb lent pour leur part

manière générale

plus conformes au profil tradition nel de scolarisation dans le pays. Mais d’une

toutes ces distorsions doivent quel que chose aux contextes socioéconomiques de s environnements locaux qui les portent.

et n’explique donc On pourrait sans

des effectifs féminins dans certaines régions.

Graphique 4 : Distributio n Filles/Garçons dans l’élémentaire en 2008 Fi lles Garçons 50,2% 49,8%
Graphique 4 : Distributio n Filles/Garçons dans l’élémentaire en 2008
Fi
lles
Garçons
50,2%
49,8%

du point de vue de l’âge légal, fait ressortir u n écart important

entre les effectifs nets et les effec tifs bruts. De par la loi, l’âge pour l’enrôlem ent dans le cycle élémentaire est compris en 7 et 12 ans. En 2008, 87% des inscriptions totales ap partiennent à cette

tranche d’âge, ce qui veut dire qu e 13% des effectifs ont moins de 7 ans ou pl us de 12 ans. Les

l’âge légal sont

proportionnellement plus importa ntes à Dakar où elles montent jusqu’à 15% . Le phénomène

s’explique en partie (composante p récoce) par le développement de l’éducation pr éscolaire qui peut

induire chez les parents le désir de

partie du phénomène (composante r etard) s’explique par des carences en matière d ’état civil et le fait

que de nombreux enfants commenc ent par fréquenter l’école religieuse traditionne lle et non formelle avant de faire leur entrée dans le sys tème éducatif formel.

Tableau 9: Insc riptions dans l’âge légal versus inscriptions brutes

faire entrer l’enfant plus tôt dans le cycle él émentaire. L’autre

comparaisons interrégionales mo ntrent que les inscriptions en dehors de

L’analyse des inscriptions,

Régions

Inscri ptions

Inscriptions nettes (ayant l’âge légal)

Inscriptions n ettes sur Inscriptions totales

tot ales

Dakar

356435

298287

84%

Diourbel

103416

91781

89%

Fatick

127489

112195

88%

Kaolack

153172

134730

88%

Kolda

173163

155963

90%

Louga

89040

75664

85%

Matam

57500

49073

85%

St Louis

113865

99179

87%

Tamba

104688

93946

90%

Thiès

231721

203497

88%

Ziguinchor

107814

99178

92%

Sénégal

1618303

1413493

87%

Source : ME/DPRE, Situation de l’Education, 2008.

Graphique 5: Distribution des effectifs élémentaires par rapport à l’âge légal en 2008

Âge légal Hors Âe légal 13% 87%
Âge légal
Hors Âe légal
13%
87%

1.2.3. T aux Brut de Scolarisation (TBS)

dans le cadre du

mouvement « Eduction Pour Tous ( EFT) », à réaliser la scolarisation primaire univ erselle à l’horizon 2015. Pour ce faire, il faudra un en rôlement dans le cycle élémentaire de 100% d e la population en

âge d’y être admise.

A l’instar des autres nation s en développement, le Sénégal s’est engagé

réseau scolaire éditées par la Direction de la Pl anification et de la

Réforme de l’Education (DPRE) po ur l’année 2008, d’une part, des « Estimations d e la population du

de la Statistique et

de la Démographie (ANSD) en Av ril 2008, d’autre part, le taux brut de scolaris ation élémentaire,

rapport entre les inscriptions brute s et la population en âge d’être inscrite dans

85,5% en 2008 2 . 14,5 points sépa rent par conséquent le Sénégal de l’objectif

universelle, dont l’échéance est fixé e à 2015. Il faut au minimum un rythme d’aug mentation du TBS de 2,1 points chaque année d’ici 2 015 pour espérer atteindre cet objectif. Or entr e 2004 et 2008, le TBS s’est accru en moyenne de 1,8 point chaque année. La scolarisation universell e requiert donc un renforcement des performances act uelles de l’ordre d’un tiers de point environ (2, 1-1,8 = 0,3) sur la croissance annuelle du TBS.

le cycle, s’élève de la scolarisation

Sénégal en âge de scolarisation de 2002 à 2009 » éditées par l’Agence Nationale

Sur la base des données du

Pour atteindre la scolarisat ion universelle, les politiques d’accès devron t continuer à être hardies et conscientes des résistante s que charrient traditionnellement les derniers b astions restés hors du système éducatif. Ces résist ances sont d’autant plus véhémentes qu’e lles sont d’ordre socioculturel et empêchent que to ute la solution consiste simplement à implan ter des structures scolaires dans les zones concernées.

ter des structures scolaires dans les zones concernées. ECHOS DU TERR AIN : DROIT A L’EDUCATION,
ter des structures scolaires dans les zones concernées. ECHOS DU TERR AIN : DROIT A L’EDUCATION,

ECHOS DU TERR AIN: DROIT A L’EDUCATION, Education Pour Tous!!!!!

2 Dans l’édition 2008 du Rapport National sur la Situation de l’Education, la Direction de la Planifi cation et de la

Réforme de l’Education évalue le TBS du

Sénégal à 90,1%.

Tableau 10: Taux brut de scolarisation : niveaux national et régional en 2008

Circonscriptions

Garçons

Filles

Garçons & Filles

Dakar

114,42%

128,88%

121%

Diourbel

40,98%

54,24%

47,22%

Fatick

101,28%

105,57%

103,38%

Kaolack

62,11%

71,61%

66,66%

Kolda

106,39%

96,41%

101,49%

Louga

58,46%

68,59%

63,05%

Matam

53,78%

76,65%

64,18%

St-Louis

74,70%

92,09%

83,01%

Tamba

82,42%

85,07%

83,66%

Thiès

86,29%

101,59%

93,32%

Ziguinchor

101,76%

90,61%

96,12%

SENEGAL

80,99%

90,60%

85,54%

Sources : - Données scolaires tirées de ME/DPRE, Annuaire statistique, 2008 - Données démographiques tirées de MEF/ANSD, Estimations de la population du Sénégal en âge de scolarisation de 2002 à 2009, Avril 2008.

La segmentation régionale du TBS montre que six des onze régions statistiques du pays ont des performances d’accès inférieures, parfois très nettement, à la moyenne nationale. Les régions les moins performantes sont Diourbel avec 47,2% de taux de scolarisation brut, Louga avec 63,1%, Matam 64,2% et Kaolack avec 66,7%. Le cas de Diourbel, déjà évoqué aux niveaux de l’analyse des effectifs et des taux d’admission au cours d’initiation, est typique de problèmes d’accès que viennent compliquer des résistances socioculturelles fortes. Ailleurs, c’est une masse critique d’investissements qui est nécessaire pour mettre la région à niveau. Cette situation est illustrée dans une certaine mesure par les deux régions de Fatick et Kaolack, dont 36 points séparent les taux de scolarisation respectifs, à l’avantage de Fatick. Les deux circonscriptions sont pourtant très proches sur les plans physique, économique et socioculturel, et constituaient une seule région jusqu’en 1984. La région de Fatick a pu faire la différence parce qu’elle a bénéficié d’investissements massifs en matière d’infrastructures scolaires ces dernières années, aux côtés d’autres régions comme Dakar, Kolda et Ziguinchor, où les performances sont également très élevées.

Au total, comme l’illustre le graphique ci-dessous, le taux brut de scolarisation reste caractérisé par des disparités encore importantes, qui sont autant d’iniquité à l’intérieur du système éducatif sénégalais. Pour prendre les extrêmes, la résidence à Dakar confère des opportunités d’accès à l’école plus de deux fois plus élevées que le fait de résider dans la région de Diourbel.

Graphique 6 : Distribution régionale du taux brut de scolarisation en 2008

121,3% 103,4% 101,5% 96,1% 85,5% 66,7% 47,2% 83,0% 83,7% 93,3% 63,1% 64,2%
121,3%
103,4%
101,5%
96,1% 85,5%
66,7%
47,2%
83,0% 83,7% 93,3%
63,1% 64,2%

La distribution du TBS selon le genre est aujourd’hui favorable aux filles de 4,2 points. La scolarisation des filles est celle qui porte à titre principal les progrès du TBS sur la période 2004- 2008. Ce groupe passe d’un taux de 78% en début de période à une performance de 92,4%, soit un gain consolidé de 14,4 points et une progression moyenne de 3,6 points par an. Les garçons, en revanche, ont progressé au total de 6,6 points et de 1,6 point en moyenne annuelle. Le Sénégal est donc parvenu à renverser la tendance traditionnellement défavorable à la petite fille en matière d’accès au système éducatif formel. En 2004, le TBS des garçons (81,4%) était encore supérieur de 3,4 points à celui des filles (78%).

Tableau 11 : Evolution récente du TBS

TBS

2004

2005

2006

2007

2008

Global

78,3%

80,4%

81,3%

84,4%

85,5%

Sources : - Données scolaires tirées de ME/DPRE, Annuaire statistique, 2008 - Données démographiques tirées de MEF/ANSD, Estimations de la population du Sénégal en âge de scolarisation de 2002 à 2009, Avril 2008.

Graphique 7 : Courbe de l’évolution récente du TBS

85,5% 84,4% 81,3% 80,4% 78,3%
85,5%
84,4%
81,3%
80,4%
78,3%

Le taux brut de scolarisation est un indicateur d’accès fortement déterminé par la disponibilité d’intrants structurants comme les infrastructures et équipements et le personnel enseignant. Les stratégies de développement de l’accès mises en œuvre par le Sénégal sont le reflet des contraintes du moment. La sévérité des politiques d’ajustement structurel entre le milieu des années 80 et la première moitié des années 90 rendait pratiquement impossible la construction massive d’infrastructures d’accueil et un recrutement conséquent d’enseignants dans le système éducatif. On a même assisté à une décrue du TBS sur la fin de cette période de restriction budgétaire. C’est dans ce contexte qu’ont été initiées deux stratégies qui ont eu par la suite un vaste retentissement : les classes à double flux et les volontaires de l’éducation. Sans être des solutions optimales, elles ont cependant permis de contenir la dégradation de la scolarisation, voire de lui conserver un certain rythme de croissance.

Les classes à double flux consistent en une organisation pédagogique permettant à un enseignant de tenir deux cohortes d’élèves de la même année d’études. Elles permettent donc de maximiser l’utilisation des stocks d’infrastructures et de personnel disponibles. Les volontaires de l’éducation sont des enseignants mobilisés dans des conditions de rémunération et de carrière moins onéreuses que pour leurs collègues fonctionnaires ou assimilés. Ce dispositif de recrutement, que le rapport de forces interne créé par les partenaires sociaux a contribué à améliorer par la suite (relèvement des rémunérations, renforcement de la formation, institution de plans de carrière), aura permis de rendre disponibles des enseignants en nombre important, pour accompagner le développement de la scolarisation élémentaire. Naturellement, en tant que solutions palliatives, les classes à double flux et le volontariat n’ont pas manqué d’induire des effets pervers, notamment sur la qualité (voir ailleurs dans ce rapport).

C’est avec la substitution progressive de programmes de développement économique et social aux politiques d’ajustement structurel, dans la suite de la dévaluation du Franc CFA, que le Sénégal s’est remis à investir de façon significative dans les infrastructures scolaires. Cela s’est d’abord fait à travers des projets spécifiques portés par la coopération bilatérale (France, Japon, Allemagne, entre autres partenaires) et multilatérale (Banque Mondiale, Banque Africaine de Développement, Banque Islamique de Développement, etc.). Puis, à partir de 2000, le lancement du Programme Décennal de l’Education et de la Formation, a permis de booster ces interventions et d’autres, en leur donnant un cadre unifié de programmation, de mise en œuvre et d’évaluation. Même si le programme est articulé sur trois composantes (Accès, Qualité et Gestion), le PDEF a massivement investi dans les infrastructures sur ses deux phases déjà échues, en particulier lors de la première (2001-2004). C’est cette dynamique au long cours qui a contribué à hisser le taux brut de scolarisation au niveau où il se situe aujourd’hui.

La politique de recrutement de volontaires s’étant poursuivie avec les aménagements rappelés ci-dessus, le système est relativement à l’aise sur le plan de la disponibilité des personnels. Il y aurait même des surplus dans certaines localités du pays, à la faveur du quota sécuritaire qui permet au ministère de mobiliser un volant important de volontaires sur une base entièrement discrétionnaire. En revanche, sur les salles de classe, les déficits sont persistants. L’on a noté dans ce domaine de réels problèmes d’exécution au niveau du PDEF. A titre d’illustration, aucune nouvelle classe n’a été réceptionnée en 2008. Seraient en cause, à cet égard, les tensions de trésorerie de l’Etat qui n’a pas pu régler à temps les décomptes des entreprises adjudicataires, les lenteurs du nouveau code des marchés publics et les faibles capacités des collectivités locales bénéficiaires du BCI décentralisé.

1.2.4. Taux Net de Scolarisation (TNS)

Sur la base des statistiques scolaires spécifiques par âge contenus dans l’annuaire statistique 2008 du Ministère de l’Education, et des projections de l’ANSD citées plus haut, le calcul du taux net de scolarisation, rapport entre les effectifs scolaires dans l’âge légal et la population dans l’âge légal, donne les valeurs répertoriées dans le tableau ci-dessous.

Tableau 12 : Taux net de scolarisation élémentaire par région

Régions

Taux Net de Scolarisation

Dakar

101,5%

Diourbel

41,9%

Fatick

91,0%

Kaolack

58,6%

Kolda

91,4%

Louga

53,6%

Matam

54,8%

St Louis

72,3%

Tamba

75,1%

Thiès

82,0%

Ziguinchor

88,4%

Sénégal

74,7%

Sources : - Données scolaires tirées de ME/DPRE, Annuaire statistique, 2008 - Données démographiques tirées de MEF/ANSD, Estimations de la population du Sénégal en âge de scolarisation de 2002 à 2009, Avril 2008.

Les performances nettes sont environ 11 points en dessous des réalisations brutes en matière de couverture scolaire. Comme pour le TBS, la région de Diourbel est la région la moins performante sur l’indicateur de taux de scolarisation net. Les deuxième et troisième régions les moins performantes, en l’occurrence Matam et Louga, faisaient également partie du groupe affichant les plus faibles réalisations brutes.

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COSYDEP 2009 – Observatoire de l’Education au Sénégal en collaboration avec ANCEFA

Les enquêtes qualitatives menées sur le terrain, auprès des acteurs locaux de l’éducation de la région de Matam, font ressortir les limites intrinsèques de l’offre éducative (manques d’intrants didactiques, faiblesse de la qualification des enseignants, manque de toilettes et déficit en cantines scolaires) comme étant le premier frein à la scolarisation dans la région. Ce facteur concentre 33% des citations, suivi de la pauvreté (27%) et du mode de vie (24%). Ce sont essentiellement des traditions comme le mariage précoce qui sont visées dans le mode de vie. Le modèle d’école recueille le moins de citations (16%) et renvoie aux enseignements religieux réputés non disponibles ou pas suffisamment dans le système formel.

Tableau 13 : Facteurs cités par les acteurs comme étant défavorables à la scolarisation dans la région de Matam

Facteurs

Occurrence

Limites de l'offre

32,86%

Pauvreté

27,14%

Mode de vie

24,29%

Modèle d'école

15,71%

Total

100,00%

Source : Enquêtes qualitatives COSYDEP, 2009.

Tableau 14 : Facteurs cités par les acteurs comme étant défavorables à la scolarisation dans la région de Louga

Facteurs

Occurrence

Pauvreté et analphabétisme

38,71%

Limites de l'offre

27,42%

Mode de vie

20,97%

Modèle d'école

12,90%

Total

100,00%

Source : Enquêtes qualitatives COSYDEP, 2009.

Au niveau de Louga, aussi, avec 39% des mentions, la pauvreté est citée en tout premier lieu comme facteur défavorable à la scolarisation dans la région, couplée toutefois à l’analphabétisme. Les limites de l’offre (ici entendues comme : manque de matériel didactique, abris provisoires, compétence insuffisante et grèves endémiques des enseignants) arrivent en seconde position avec 27% des citations, suivies de près par le mode de vie (21%) qui renvoie ici à la transhumance, à l’émigration e au mariage précoce. Le modèle d’école est mis en cause par les acteurs en tout dernier lieu, avec 13% des mentions.

Sur la base du retour d’information en provenance du terrain, les contreperformances du système éducatif, vues localement, mettent en cause trois groupes de facteurs, dans des proportions plus ou moins différentes d’une région à l’autre. A Diourbel, la région qui connaît encore le plus de problèmes de scolarisation, l’inadéquation du modèle de l’école formelle est donnée comme la principale cause de cette situation, et de très loin, puisque ce facteur cristallise plus de la moitié des citations 52%. Dans les régions de Louga et de Matam, en revanche, le modèle d’école est relégué au dernier rang des facteurs explicatifs de la sous-scolarisation, avec une occurrence qui se situe entre 13% et 16% des citations. Dans les deux régions, ce sont les limites de l’offre éducative et la pauvreté des ménages qui arrivent en tête des facteurs cités par les acteurs.

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1.2.5. Taux d’abandon

L’Objectif du Sénégal, établi dans le cadre des projections du Programme Décennal de l’Education et de la Formation, est de ramener le taux d’abandon à 5% au plus en 2015, selon le rythme de progression indiqué dans le tableau ci-dessus

Tableau 15 : Objectifs de taux d’abandon dans l’enseignement élémentaire

Années

2007

2008

2009

2010

2011

2012

2013

2014

2015

Taux d’Abandon

9,91

8,9%

7,9%

6,9%

6,3%

5,8%

5,4%

5,1%

5,0%

Source : ME/DPRE, SimulPdef, 2008.

Les performances réelles sont en-deçà de ces objectifs. La situation constatée situe le taux d’abandon à 11% sur l’ensemble du cycle élémentaire en 2007, soit près de 2 points de plus que ce qui était attendu. Il faut par conséquent une amélioration significative du rythme de diminution de ce ratio pour espérer l’abaisser de moitié d’ici 2015.

L’analyse des abandons par niveau fait ressortir une évolution plus erratique mais toujours avec un profil haussier. A près de 15% en première année de cycle, ils tombent à moins de 5% en seconde année, puis remontent à près de 10% en troisième année, avant de s’effondrer encore à moins de 1% en quatrième année. Un dernier mouvement les propulse successivement à 15% et 22% sur les deux dernières années du cycle.

Le niveau d’abandon élevé constaté en première année est dû au fait que c’est une année d’adaptation et d’acclimatation, processus que de nombreux enfants et leurs familles ne parviennent pas toujours à surmonter. La congruence entre l’école formelle et les aspirations et les potentialités de la demande d’éducation mérite d’être interrogée dans ce phénomène. Les fortes valeurs des dernières années du cycle font penser que dès ce niveau débute la sélection (sur des critères de compétence plus structurés) des enfants qui devront accéder au palier supérieur de l’enseignement moyen.

Tableau 16 : Taux de redoublement et d’abandon par classe en 2007

Indicateurs

CI

CP

CE1

CE2

CM1

CM2

Cycle

Taux d'abandon

14,7%

4,6%

9,9%

0,98%

15,2%

22,3%

10,9%

Source : ME/DPRE/Annuaire statistique 2008.

L’analyse genre ne fait pas ressortir des distorsions significatives entre garçons et filles en 2007 sur les abandons, à une ou deux exceptions près. Dans la région de Diourbel, en effet, le taux d’abandon des garçons est supérieur de 3,5 points à celui des filles.

D’une région à l’autre, les disparités sont réelles. La courbe spatiale des abandons est d’un profil très tourmenté. Les valeurs maximales se rencontrent à Kolda (14,9%), Tamba (14,6%), et Diourbel (12,4%), tandis que les minima sont enregistrés à Matam (2,3%) et Dakar (6%). L’amplitude monte donc jusqu’à 12,6 points de pourcentage.

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Tableau 17 : Distribution régionale du taux d’abandon en 2007

Circonscriptions

 

Abandons

Garçons

Filles

Total

Dakar

6,3%

5,7%

6,0%

Diourbel

16,0%

12,5%

14,2%

Fatick

11,3%

11,0%

11,2%

Kaolack

12,5%

13,1%

12,8%

Kolda

14,0%

15,9%

14,9%

Louga

12,4%

15,0%

13,7%

Matam

0,8%

3,5%

2,3%

Saint-Louis

12,2%

12,8%

12,5%

Tamba

13,9%

15,3%

14,6%

Thiès

10,3%

9,3%

9,8%

Ziguinchor

6,6%

7,2%

6,9%

SENEGAL

10,9%

10,9%

10,9%

Source : ME/DPRE/Annuaires statistiques 2007 et 2008

Graphique 8 : Distribution régionale du taux d’abandon en 2008

14,9% 14,6% 12,8% 13,7% 12,5% 14,2% 11,2% 10,9% 9,8% 6,9% 6,0% 2,3%
14,9%
14,6%
12,8%
13,7%
12,5%
14,2% 11,2%
10,9%
9,8%
6,9%
6,0%
2,3%

Les enquêtes qualitatives menées auprès des acteurs de l’éducation dans la région de Kolda font ressortir qu’ils incriminent en premier lieu la pauvreté comme facteur d’explication des abandons scolaires dans la région (50% des mentions). Le manque de ressources des parents les pousse à sortir les enfants du système éducatif : incapacité à financer les dépenses scolaires, mobilisation de l’enfant en appui dans certaines activités domestiques ou champêtres, notamment. Avec 33% des citations, l’éloignement de l’école par rapport au domicile de l’enfant est mentionné en second lieu comme étant un facteur d’abandon scolaire. L’inadéquation du calendrier scolaire est citée en troisième et dernier lieu, avec 17% des mentions : l’année scolaire est perçue comme empiétant, au démarrage et ou à la clôture, sur la saison des pluies (relativement précoce dans cette partie du pays) et la période d’activité agricole.

Tableau 18 : Facteurs cités par les acteurs comme favorisant les abandons dans la région de Kolda

Facteurs

Occurrence

Pauvreté

50,00%

Distance école-domicile

33,33%

Calendrier scolaire inadéquat

16,67%

Total

100,00%

Source : Enquêtes qualitatives COSYDEP, 2009.

Dans la région de Diourbel aussi, c’est la pauvreté qui apparaît et de très loin comme le principal déterminant des abandons scolaires, avec 71% des citations. Les mariages et les grossesses précoces viennent en seconde position avec une occurrence de 17%, suivies respectivement de l’inadéquation du modèle d’école (7%) et de la distance école-domicile (5%). On retiendra que dans la région de Diourbel, si le modèle d’école non adapté constitue le principal facteur de gêne à l’enrôlement des enfants, c’est en revanche la pauvreté qui fait principalement sortir les enfants de l’école, selon les acteurs.

Tableau 19 : Facteurs cités par les acteurs comme favorisant les abandons dans la région de Diourbel

Facteurs

Occurrence

Pauvreté

71,43%

Mariages/grossesses précoces

16,67%

Modèle d'école inadéquat

7,14%

Distace école-domicile

4,76%

Total

100,00%

Source : Enquêtes qualitatives COSYDEP, 2009.

En guise de synthèse sur les abandons, l’analyse de l’information issue des enquêtes de terrain et la revue des publications du secteur permettent de dessiner le profil tendanciel du phénomène. Tout d’abord, malgré les bons résultats obtenus par l’approche genre à travers le projet SCOFI, il persiste encore dans certaines parties du pays un surcroît d’abandons chez les filles par rapport aux garçons. Cette situation est d’autant plus remarquable que leur taux global d’accès au système est maintenant nettement supérieur à celui des garçons. L’abandon des filles s’enracine dans les contextes culturels locaux. Elles sont davantage sollicitées dans les tâches domestiques, aux côtés de leur maman, que les garçons, et sont ainsi plus susceptibles de sortir du système éducatif avant terme. Elles sont également, dans certaines localités, soumises aux phénomènes des mariages précoces et des grossesses non désirées, qui sont autant d’événements qui les font souvent abandonner l’école. Pour revenir à l’abandon en général, il est également fortement corrélé à l’extrême pauvreté. Cela se comprend dans la mesure où l’éducation est une fonction d’investissement, c’est-à-dire une sorte de placement dans le futur. Lorsque les besoins économiques et sociaux de base ne sont même pas satisfaits, l’on peut difficilement penser au futur. Les stratégies quotidiennes de survie finissent par hypothéquer le projet éducatif.

Où rencontre-t-on l’exclusion ? Le phénomène se rencontre massivement dans les banlieues semi rurales des grands centres urbains et en milieu rural. Les banlieues sont un terreau propice aux abandons parce que la pauvreté y est très sévère. Elle s’y exprime à travers des revenus faibles voire inexistants et prend la forme de déficits aigus en matière d’alimentation, de logements et d’accès à la santé, entre autres services sociaux de base. Depuis que le Sénégal mesure l’incidence de pauvreté, il est toujours apparu que celle-ci est un phénomène tendanciellement fortement implanté en milieu rural. L’agriculture, toujours dépendante d’une pluviométrie erratique, est en perte de vitesse, laissant des populations entières désœuvrées et donc sans revenus pendant la plus grande partie de l’année. Dans ces conditions de pauvreté endémique, les enfants restent difficilement à l’école.

L’éducation engageant un minimum de charges financières (frais d’inscription, fournitures scolaires, habillement, restauration lorsque l’enfant ne peut pas se replier à la maison pour les pauses- déjeuner, etc.), les parents ne parviennent pas toujours à y faire face. De surcroît, les familles peuvent être amenées à retirer les enfants de l’école pour les enrôler dans les remédiations économiques qui leur permettent de survivre. En zone rurale, en plus de la pauvreté, l’étirement de la carte de scolaire est un facteur additionnel d’abandon. Parce que l’école n’est pas implantée dans leur localité, beaucoup d’enfants sont réduits à parcourir quotidiennement des distances plus ou moins longues pour les besoins de leur scolarité. Cette contrainte peut être fortement démotivante pour les parents et les enfants, surtout en l’absence d’une cantine scolaire permettant à ces derniers de se restaurer correctement dans la journée.

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Par le fait des mêmes servitudes de carte scolaire, les abandons sont encore plus massifs en fin de cycle élémentaire, lorsque l’écrasante majorité des enfants doit aller plus loin du domicile familial pour trouver une place de collège.

Une dernière raison significative de l’abandon scolaire est à rechercher dans les perceptions locales du modèle scolaire. Les enquêtes ont notamment fait ressortir que dans certaines localités à forte identité religieuse, les contenus d’éducation ne sont pas en phase avec la demande d’éducation des familles. Ce biais est de nature à favoriser la sortie précoce des enfants du système éducatif.

ECHOS DU TERRAIN: « Ce qui m’a frappé »

ECHOS DU TERRAIN: « Ce qui m’a frappé »

o

« Au marché, on est tombé sur S. B. qui a quitté l’école dès la classe de CI. Il ne voulait pas de l’école ; on le frappait chaque matin pour l’y amener ; il était qualifié de nul par un maître qui le bastonnait chaque jour. Aujourd’hui, S.B. est tailleur dans un atelier artisanal »

o

« Une autre situation remarquable sur le terrain est celui de ces 71 hameaux dans la communauté rurale de Keur Momar Sarr, chacune voulant avoir son école »

o

« Dans l’une des « écoles » de la zone, nous avons discuté avec deux filles peules qui ont des maris éleveurs qui viennent les prendre à n’importe quel moment ; elles s’intéressent à l’école mais ont évidemment beaucoup de mal à suivre… »

mais ont évidemment beaucoup de mal à suivre… » Que faire pour lutter contre l’abandon scolaire

Que faire pour lutter contre l’abandon scolaire ? La problématique de la lutte contre ce phénomène se ramène à essayer d’agir sur les facteurs identifiés comme le déclenchant directement ou le favorisant :

Lutter contre la pauvreté des ménages, surtout dans les banlieues et les zones rurales, pour donner aux familles d’autres alternatives que de mobiliser les enfants dans leurs stratégies de survie économique ; cela passe par des programmes de développement local créateurs d’emplois et de revenus. Lutter contre les mariages précoces et les grossesses non désirées pour soustraire les petites filles à ces risques qui sont des hypothèques majeures sur leurs études ; cette stratégie passe par une communication positive sur la nécessaire adaptation de certaines des coutumes locales aux exigences de la modernité. Améliorer les efforts de gratuité et d’accessibilité de l’école ; cette stratégie passe par un renforcement de la disponibilité d’intrants clés comme le matériel didactique, les cantines et la santé scolaires Rapprocher les infrastructures d’offre de la demande d’éducation ; cette stratégie passe par la poursuite des efforts de densification du réseau scolaire, de sorte que les enfants aient moins de distance à parcourir pour trouver une école. Rapprocher également les contenus d’enseignement des préoccupations et des valeurs essentielles du milieu ; cette stratégie passe par la définition de curricula en phase avec les fondements culturels que les parents souhaitent voir l’école inculquer à leurs enfants.

1.2.6. Taux d’achèvement

La nouvelle lettre de politique sectorielle de l’éducation (actualisée en 2009) fait de l’achèvement du cycle élémentaire une dimension clé de la politique de scolarisation universelle. C’est ainsi qu’un objectif intermédiaire de 85% de taux d’achèvement a été fixé pour l’année 2010. Cette prévision ne sera certainement pas atteinte, vu les performances actuelles sur l’indicateur.

En effet, le taux d’achèvement dans le cycle élémentaire au Sénégal se situe à 58,4% en 2008, selon les statistiques officielles du ministère chargé du secteur. A deux ans de l’échéance, il faudrait une progression de 13,3 points par an pour faire passer le taux d’achèvement de 58% à 85% d’une cohorte d’âge. Or l’indicateur ne s’est accru en moyenne annuelle que de 2,4 points sur la période

2004-2008.

Le taux d’achèvement s’est inscrit en hausse depuis 2004, année où il était de 52,3%. On note tout de même un net reflux en 2006 où le ratio tombe à 49,7% avant de se relancer les deux années suivantes. Cette contreperformance de 2006 sur l’achèvement est assez cohérente avec le piétinement du taux de scolarisation enregistré la même année (voir plus haut). La première phase du PDEF était alors achevée et la seconde démarrait timidement. L’évolution du taux d’achèvement s’est faite en érodant les disparités entre garçons et filles. Alors qu’aux deux premières années de la période sous revue, il y avait 7 points d’écart de performance à l’avantage des garçons, le retard des filles n’est plus que de 0,8 point en 2008. C’est une nouvelle manifestation des résultats atteints par les stratégies de promotion de la scolarisation des filles, de leur maintien dans le système en particulier.

L’achèvement constitue aujourd’hui le principal problème auquel le système éducatif sénégalais doit faire face. Cette situation est le reflet des déficits qualitatifs qui le caractérisent sur des intrants clés comme la formation des enseignants, le matériel didactique, le quantum horaire, etc. L’analyse des ces différentes dimensions de l’offre éducative est faite à d’autres endroits de ce rapport.

Tableau 20 : Evolution récente du taux d’achèvement

Achèvement

2004

2005

2006

2007

2008

Filles

45,3%

49,8%

48,1%

52,9%

58%

Garçons

52,3%

56,9%

51,3%

57,3%

58,8%

Global

48,8%

53,4%

49,7%

55,1%

58,4%

Source : ME/DPRE, Situation de l’Education, 2008

Graphique 9 : Courbe de l’évolution récente du taux d’achèvement de l’élémentaire 57,3% 52,9% 58,8%
Graphique 9 : Courbe de l’évolution récente du taux d’achèvement de l’élémentaire
57,3%
52,9%
58,8%
52,3%
56,9% 49,8%
48,1%
51,3%
48,8%
58,0%
58,4%
55,1%
53,4%
45,3%
49,7%
Filles Garçons Global
Filles
Garçons
Global
Filles Garçons Global

La courbe de distribution régionale du taux d’achèvement est moyennement heurtée, compte non tenu de deux régions : Dakar qui, à 98,6%, n’est plus séparé de l’achèvement universel que de 1,4 point, et Ziguinchor qui est à 12,7 points de l’universalité. Fatick et Thiès affichent le seuil de performances du second rang avec respectivement 65,7% et 64%. Les sept autres régions statistiques du pays se tiennent autour d’une ligne de flottaison dont le minimum est 30,8% (Diourbel) et le maximum 54,5% (Kolda). On remarquera que la région de Diourbel, la moins performante sur les inscriptions et la scolarisation, est aussi, conséquence logique, la moins performante sur l’indicateur holistique qu’est le taux d’achèvement.

Tableau 21: Distribution régionale du taux d’achèvement en 2008

Circonscriptions

Garçons

Filles

Total

Dakar

98,2%

99,0%

98,6%

Diourbel

29,6%

31,9%

30,8%

Fatick

63,9%

67,6%

65,7%

Kaolack

42,1%

41,3%

41,7%

Kolda

62,8%

46,0%

54,5%

Louga

43,7%

41,2%

42,5%

Matam

28,7%

35,0%

31,8%

Saint-Louis

52,1%

56,6%

54,3%

Tamba

53,6%

41,6%

47,7%

Thiès

61,5%

66,7%

64,0%

Ziguinchor

85,8%

89,0%

87,3%

SENEGAL

58,8%

58,0%

58,4%

Source : ME/DPRE, Situation de l’Education, 2008

Graphique 10: Distribution régionale du taux d’achèvement en 2008

98,6% 87,3% 65,7% 64,0% 58,4% 54,5% 54,3% 30,8% 41,7% 47,7% 42,5% 31,8%
98,6%
87,3%
65,7%
64,0%
58,4%
54,5%
54,3%
30,8%
41,7%
47,7%
42,5%
31,8%

Les enquêtes participatives permettent de construire l’opinion des acteurs à la base sur les contreperformances régionales en matière d’achèvement, notamment dans les circonscriptions les moins performantes en la matière : Diourbel, Matam, Kaolack et Louga.

S’agissant de Diourbel, région où le taux d’achèvement est le plus bas, les acteurs locaux de l’éducateur mettent largement en avant la pauvreté des ménages pour rendre compte de la faiblesse de l’achèvement scolaire dans la région. Avec une occurrence de près de 68%, ce facteur vient loin devant les limites intrinsèques de l’offre éducative formelle (19%). Dans l’offre éducative, les acteurs de la région mettent essentiellement en cause la qualité des enseignants et les déficits de l’environnement scolaire. L’inadéquation du modèle d’école, qui constitue le principal obstacle à l’accès dans la région, ne vient en revanche qu’en troisième position dans la nomenclature des facteurs qui gênent l’achèvement.

Tableau 22 : Facteurs cités par les acteurs comme entravant

l’achèvement scolaire dans la région de Diourbel

Facteurs

Occurrence

Pauvreté

67,74%

Limites de l'offre

19,35%

Modèle d'école

9,68%

Mariages précoces

3,23%

Total

100,00%

Source : Enquêtes qualitatives COSYDEP, 2009.

29

COSYDEP 2009 – Observatoire de l’Education au Sénégal en collaboration avec ANCEFA

Dans la région de Matam, deuxième circonscription académique où le taux d’achèvement est le plus faible, derrière Diourbel, les acteurs de terrain imputent cette situation, en tout premier lieu, aux limites intrinsèques de l’offre d’éducation formelle. Avec 65% des mentions, ce facteur concentre un certain nombre de griefs faits au système éducatif local : des enseignants en nombre et de qualification insuffisants et qui bougent beaucoup ; des déficits en matériel didactique ; des déficits en infrastructures qui se traduisent par des cycles incomplets, le recours aux abris provisoires et aux classes multigrades. Les situations familiales (mariages précoces et séparation des parents) sont citées en second lieu comme facteur explicatif du faible niveau d’achèvement dans la région, avec 22% des mentions, tandis que la transhumance et l’émigration sont rangées à la troisième et dernière place avec une occurrence de 12%.

Tableau 23 : Facteurs cités par les acteurs comme entravant l’achèvement scolaire dans la région de Matam

Facteurs

Occurrence

Limites de l'offre

65,31%

Mariages précoces & séparation des parents

22,45%

Transhumance & Emigration

12,24%

Total

100,00%

Source : Enquêtes qualitatives COSYDEP, 2009.

A Kaolack, troisième région la moins performante sur l’indicateur d’achèvement, les limites de l’offre éducative sont citées comme le facteur dominant dans l’entrave à l’achèvement scolaire. Sont visés dans ce facteur qui recueille 58% des citations, le faible engagement des acteurs, la mauvaise qualité des enseignants, l’engorgement des écoles et les situations d’échec qui en résultent. Avec une occurrence de 27%, la pauvreté pointe en seconde position, suivie des mariages précoces et des grossesses non désirées qui recueillent 15% des mentions faites par les acteurs.

Tableau 24 : Facteurs cités par les acteurs comme entravant l’achèvement scolaire dans la région de Kaolack

Facteurs

Occurrence

Limites de l'offre

58,06%

Pauvreté

27,42%

Mariages précoces et grossesses non désirées

14,52%

Total

100,00%

Source : Enquêtes qualitatives COSYDEP, 2009.

Dans la région de Louga, quatrième circonscription académique la moins performante en matière d’achèvement scolaire, les acteurs expliquent cette contreperformance en premier lieu par les limites de l’offre éducative qui concentrent 43% de leurs mentions. Dans ce facteur se rangent divers problèmes intrinsèques au système éducatif local : déficit en infrastructures se traduisant par des cycles incomplets et le recours aux abris provisoires ; qualification insuffisante et trop grande mobilité des enseignants ; grèves endémiques ; redoublements importants. Avec 30% environ des mentions faites par les acteurs, la pauvreté vient en second lieu et occupe une place importante dans l’argumentaire des acteurs pour expliquer les faibles réalisations de la région en matière d’achèvement scolaire. La transhumance et l’émigration recueillent 20% des citations, et constituent un déterminant important du non achèvement scolaire, par l’instabilité qu’elles contribuent à installer dans l’environnement externe de l’école. Enfin, avec moins de 4% des mentions chacun, deux derniers facteurs sont cités de manière marginale comme favorisant l’inachèvement scolaire : la scolarisation tardive et les grossesses non désirées.

Tableau 25 : Facteurs cités par les acteurs comme entravant l’achèvement scolaire dans la région de Louga

Facteurs

Occurrence

Limites de l'offre

42,59%

Pauvreté

29,63%

Transhumance & Emigration

20,37%

Scolarisation tardive

3,70%

Grossesses non désirées

3,70%

Source : Enquêtes qualitatives COSYDEP, 2009.

30

COSYDEP 2009 – Observatoire de l’Education au Sénégal en collaboration avec ANCEFA

Au total, sur les quatre régions du Sénégal où l’achèvement est le plus faible, la communauté des acteurs diagnostique cette situation en la faisant résulter d’un certain nombre de facteurs qu’ils jugent déterminants à cet égard. Parmi ces facteurs, deux ressortent avec netteté et constituent des leviers sur lesquels, il sera pertinent d’agir si l’on veut améliorer l’achèvement dans ces localités et vraisemblablement dans l’ensemble du pays. Il s’agit de l’offre éducative elle-même et de la pauvreté des ménages. Les insuffisances intrinsèques de l’offre sont relevées au triple niveau des infrastructures, des intrants didactiques et des enseignants. S’agissant de ces derniers, le niveau de compétence est souvent mentionné en rapport notamment avec la mobilisation de volontaires via le « quota sécuritaire ».

Par quota sécuritaire, il faut entendre les enseignants recrutés directement par les services centraux du ministère chargé du secteur et qui ne subissent donc pas au préalable le test de recrutement administré aux autres volontaires de l’éducation au niveau des IDEN. Certains acteurs font valoir que dans les rangs des enseignants issus de ce canal discrétionnaire, l’on trouve des sujets qui ne possèdent même pas le Diplôme de Fin d’Etudes Moyennes, pourtant institué comme pré requis. D’autres ont des problèmes de compétences de base parce qu’ils ont quitté le système de formation depuis longtemps. De surcroît, les enseignants du « quota sécuritaire » sont très mal déployés, avec une tendance à rester concentrés dans les grands centres urbains où il n’est pas rare de rencontrer des écoles ayant deux suppléants par classe, au même moment où des classes manquent d’enseignants dans certaines localités rurales. Institué à l’origine comme dispositif d’ajustement et de régulation permettant à la tutelle d’avoir les moyens de faire fonctionner au pied levé des classes laissées vacantes par des enseignants partis subitement, les acteurs locaux interrogés dans les six régions de l’échantillon et les partenaires centraux de la société civile, estiment que le quota sécuritaire s’installe aujourd’hui dans une dérive qui aggrave le problème de la qualité des enseignants et contribue à décrédibiliser le système éducatif.

La pauvreté, l’autre facteur prééminent que la communauté des acteurs cite pour expliquer les contreperformances en matière d’achèvement scolaire, est à la fois directement et indirectement corrélée (de façon négative naturellement) avec l’efficacité du système éducatif. La relation directe est que les ménages pauvres ne peuvent pas faire face aux coûts de plus en plus importants liés à l’éducation des enfants, y compris dans l’école publique. De manière indirecte, la pauvreté agit aussi sur le système dans la mesure où les parents mobilisent les enfants dans leurs stratégies de survie économique, ce qui les distraie progressivement de l’école, avant d’aboutir à la rupture de l’engagement scolaire.

avant d’aboutir à la rupture de l’engagement scolaire. ECHOS DU TERRAIN: QUE POUVONS-NOUS ATTENDRE DES GRANDS
ECHOS DU TERRAIN: QUE POUVONS-NOUS ATTENDRE DES GRANDS o « Pour moi, ce qui a

ECHOS DU TERRAIN:

QUE POUVONS-NOUS ATTENDRE DES GRANDS

o

« Pour moi, ce qui a été la bonne nouvelle, c’est notre rencontre avec le Président du Conseil Rural (PCR) de N.C., qui réside à Matam ; son engagement est exemplaire. Il réhabilite les écoles, en construit dans des villages où il y en a pas ; il procède à une dotation annuelle de 1 million à la Case des tout-petits. De lui-même, il assure la restauration des enseignants qui participent aux commissions d’examen, etc. », a rapporté un enquêteur.

o

Cet exemple de responsabilité est tout le contraire du cas de ce directeur d’école qui a enceintée une fille au village de N. S. ; condamné à 8 ans, il vient pourtant d’être gracié après juste un an.

1.3. Financement de l’éducation

1.3.1. Etat des lieux des ressources

Total des dépenses publiques dans le secteur de l’éducation

Les dépenses publiques dans le secteur éducatif se sont chiffrées à 294 milliards de francs CFA en 2008. Elles ont régulièrement progressé sur les quatre dernières années. Leur variation se consolide à 68% sur l’ensemble de la période, ce qui représente une croissance moyenne annuelle de 17%.

Tableau 26 : Dépenses publiques d’éducation (en milliards de FCFA)

Années

2004

2005

2006

2007

2008

Budget Etat pour l’Education

175,0

213,3

233,5

258,7

294,3

Variation

 

22%

9%

10%

14%

Source : ME/DPRE, Situation de l’Education, 2008.

Budget du secteur de l’éducation au cours des cinq dernières années

Les ressources totales du secteur éducatif sénégalais, quant à elles, se sont élevées à 424,6 milliards de francs CFA en 2008. Elles ont augmenté de 44% au total, sur la période 2004-2008, soit une croissance moyenne de 11%. Ce rythme de croissance dépassant celui de la variation du budget de l’Etat pour le secteur, l’on peut en conclure que les autres contributeurs, en particulier les ménages (voir plus bas) augmentent leur part davantage que ne le fait l’Etat de la sienne.

Tableau 27 : Budget global du Secteur Education (En milliards FCFA)

Années

2004

2005

2006

2007

2008

Total Budget Secteur Education

295,577

332,81

381,868

387,051

424,589

Variation

 

13%

15%

1%

10%

Source : ME/DPRE, Situation de l’Education, 2008 et Rapport Economique et Financier 2008

Dépenses par élève, par sous-secteur en valeur absolue et en % du PIB

En 2007, Les coûts unitaires par sous-secteur sont assez homogènes de l’éducation préscolaire (56 290 FCFA) à l’enseignement moyen (51 471), en passant par l’élémentaire (68 183 FCFA). Ils montent à 185 585 FCFA dans le cycle secondaire général, à 670 135 FCFA dans l’enseignement supérieur et à 1 035 565 FCFA dans l’enseignement technique (statistique de 2006).

Tableau 28 : Dépenses unitaires par secteur (En FCFA)

Sous-secteurs

2003

2004

 

2005

 

2006

 

2007

Education préscolaire

59

322

41

553

47 703

54 764

56

290

Elémentaire

41 593

57 268

59 557

61 938

68 183

Moyen

57

711

84

206

103

673

186

241

51

471

Secondaire Général

233

673

336

898

302

802

272

157

185

585

Secondaire Technique

767

972

880

979

955

150

1 035 565

 

Enseignement supérieur

948

508

949

060

959

472

969

998

670

135

Source : ME/DPRE, Situation de l’Education, 2008.

L’analyse des dynamiques respectives des coûts unitaires par sous-secteur montre une timide tendance haussière pour l’enseignement élémentaire et l’éducation préscolaire et un profil inflationniste nettement marqué pour l’enseignement technique. Ce sont là des sous-secteurs considérés comme stratégiques, en particulier s’agissant de l’élémentaire et de l’enseignement technique.

32

COSYDEP 2009 – Observatoire de l’Education au Sénégal en collaboration avec ANCEFA

Dans les trois autres secteurs, les dépenses unitaires s’inscrivent dans une logique baissière, toutefois dans une moindre mesure pour l’enseignement moyen. Ce dernier cycle constitue le prolongement naturel de l’enseignement élémentaire avec lequel il fait corps dans le cycle fondamental. A ce titre, il constitue de plus en plus un domaine d’investissement important. Les coûts y ont d’ailleurs augmenté jusqu’en 2006.

Graphique 10 : Courbe d’évolution récente des coûts unitaires par sous-secteur

Education préscolaire Elémentaire Moyen Secondaire Général
Education préscolaire
Elémentaire
Moyen
Secondaire Général
Education préscolaire Elémentaire Moyen Secondaire Général

Tableau 29 : Dépenses unitaires par sous-secteur en proportion du PIB/Habitant

Sous-secteurs

2003

2004

2005

2006

2007

Education préscolaire

15%

10%

11%

12%

12%

Enseignement Elémentaire

11%

14%

14%

14%

15%

Enseignement Moyen

15%

21%

25%

42%

11%

Enseignement Secondaire Général

61%

85%

72%

61%

41%

Enseignement Technique et Formation Professionnelle

200%

222%

227%

231%

 

Enseignement supérieur

247%

239%

228%

217%

147%

Source : ME/DPRE, Situation de l’Education 2008.

Dépenses par sous-secteur par rapport au budget de l’Etat et au PIB

La répartition du budget de l’Etat pour l’éducation place l’enseignement élémentaire en position nettement dominante, avec près de 43% des ressources en 2008. Les sous-secteurs supérieur et secondaire suivent, avec respectivement 21% et 15% des ressources. Comme on vient de le voir aux paragraphes précédents, ils doivent ce positionnement à des coûts unitaires très élevés en comparaison avec ceux des cycles inférieurs. En valeur absolue, l’enseignement technique (où les coûts unitaires sont les plus élevés, cependant) et l’éducation préscolaire sont les sous-secteurs pédagogiques qui accaparent le moins de ressources. La fonction de gestion capte près de 5% du budget Education de l’Etat, contre 10,5% il y a quatre ans.

Tableau 30 : Allocation par sous-secteur budget de l’Etat pour l’Education

Sous-secteurs

2004

2005

2006

2007

2008

Education préscolaire

1,0%

0,7%

0,7%

0,4%

0,4%

Enseignement Elémentaire

42,0%

45,0%

45,3%

44,6%

42,7%

Enseignement Moyen

9,6%

8,4%

9,4%

10,5%

7,7%

Enseignement Secondaire Général

7,5%

9,4%

12,7%

9,3%

14,7%

Enseignement Technique et Formation Professionnelle

3,3%

3,1%

3,2%

3,4%

7,1%

Enseignement supérieur

26,1%

23,8%

23,5%

26,3%

21,3%

Gestion du système éducatif

10,5%

9,5%

5,2%

5,3%

4,8%

Total

100%

100%

100%

100%

100%

Source : ME/DPRE, Situation de l’Education 2008.

Graphique 11: Courbe d’évolution récente de la répartition par sous-secteur du budget de l’Etat pour l’Education

Préscolaire Moyen Secondaire Technique Elémentaire Secondaire Général Supérieur
Préscolaire
Moyen
Secondaire Technique
Elémentaire
Secondaire Général
Supérieur
Préscolaire Moyen Secondaire Technique Elémentaire Secondaire Général Supérieur
Préscolaire Moyen Secondaire Technique Elémentaire Secondaire Général Supérieur

Au total, l’Etat du Sénégal consacre à l’éducation, en ressources publiques, l’équivalent de 5% du Produit Intérieur brut du Pays. Ce niveau d’effort s’approche des 6% où l’on situe communément cet indicateur pour réaliser l’universalité de l’éducation de base. Plus le niveau d’effort du pays se rapprochera de ce seuil, plus le problème de l’éducation pour tous se posera en termes non plus d’allocation brute mais d’efficacité de l’allocation des ressources.

Tableau 31 : Dépenses publiques d’Education en proportion du PIB

Années

2003

2004

2005

2006

2007

Dépenses publiques Eduction/PIB

3,4%

4,1%

4,6%

4,8%

5,08%

Source : ME/DPRE, Situation de l’Education 2008.

Total de l’Aide à l’Education et son % par rapport aux ressources de l’Education Selon le rapport économique et financier du Programme Décennal de l’Education et de la Formation (édition 2008), la contribution des partenaires financiers extérieurs du Sénégal au financement de l’éducation s’élève à 23,3 milliards de francs CFA. En proportion du total des ressources du secteur éducatif, cela représente 5,5%.

Tableau 32 : Flux d’aide au secteur Education (en milliards FCFA, pour les valeurs absolues)

Années

2004

2005

2006

2007

2008

Contribution des Partenaires Financiers extérieurs

15,438

22,575

29,082

16,505

23,283

En % des ressources du secteur Education

5,2%

6,8%

7,6%

4,3%

5,5%

Source : ME/DPRE, Situation de l’Education 2008 et Rapport Economique et Financier 2008

En termes relatifs (par rapport aux ressources totales du secteur) l’indicateur du flux d’aide a connu un double mouvement de hausse et de baisse sur la période 2004-2008. Parti de 5,2%, il culmine à 7,6% en 2006 avant de descendre à 5,5% en fin de période.

Graphique 12 : Courbe d’évolution récente du ratio Aide extérieur/Ressources totales de l’éducation

7,60% 6,80% 5,50% 5,20% 4,30%
7,60%
6,80%
5,50%
5,20%
4,30%
7,60% 6,80% 5,50% 5,20% 4,30%

Dépenses d’éducation des ménages

En valeur absolue, les dépenses d’éducation des ménages sénégalais sont estimées à 102,5 milliards de francs CFA. Cette estimation est faite à partir des résultats de l’Enquête Sénégalaise sur les Priorités (EPS, 2002). En termes relatifs, les ménages sont donc le deuxième plus important bailleur de l’éducation au Sénégal, derrière l’Etat et à concurrence de près du quart des ressources du secteur (24%). Mais leur niveau d’effort va bien au-delà de cette contribution directe, puisque de par les impôts qu’ils acquittent à travers leurs membres ils sont également partie prenante au budget de l’Etat.

Tableau 33 : Dépenses d’éducation des ménages (en milliards FCFA, pour les valeurs absolues)

Années

2004

2005

2006

2007

2008

Contribution des Ménages

57,137

66,123

76,516

88,546

102,47

En % des ressources du secteur Education

19,3%

19,9%

20,0%

22,9%

24,1%

Source : ME/DPRE, Rapport Economique et Financier 2008

1.3.2. Corrélation entre performances et ressources dans l’Elémentaire

Le financement public de l’éducation s’élève à 294,3 milliards de FCFA en 2008. Avec 42,7% de ces ressources, l’enseignement élémentaire a vu sa part s’élever 125,7 milliards. Cette répartition reflète l’accent qui est mis sur le sous-secteur, dans la perspective de l’éducation de qualité pour tous. Si les efforts financiers en faveur de ce compartiment du secteur éducatif sont importants, ne serait-ce qu’en termes relatifs, la question que l’on peut légitimement se poser est de savoir s’ils sont récompensés par des résultats conséquents.

Pour appréhender le degré de liaison entre l’effort financier sur l’éducation de base et ses performances, l’on peut mettre en relation statistique les évolutions respectives du budget et des indicateurs de scolarisation et d’achèvement. Entre 2003 et 2008, les ressources affectées à l’enseignement élémentaire ont augmenté de 84%, dans le même temps où les ressources totales du secteur ont plus que doublé (107%). En rythme annuel, la progression du budget de l’élémentaire est donnée dans le tableau ci-dessous :

Tableau 34: Rythme annuel de progression du budget de l’élémentaire

   

2003

2004

2005

2006

2007

2008

Budget Education

Valeur

142,3

175,1

213,3

233,5

257,1

294,3

Variation

23,0%

21,9%

9,5%

10,1%

14,5%

23,0%

Budget Elémentaire

Valeur

68,3

73,5

96,0

105,8

114,7

125,7

Variation

8%

30,6%

10,2%

8,4%

9,6%

8%

Source : MEEPEMS/DPRE, Rapport national sur la situation de l’éducation, 2008.

En ce qui concerne les performances, pour rappel, le taux brut de scolarisation est passé de 78,3% en 2004 à 85,5% en 2008. Quant au taux d’achèvement, il est passé de 48,8% à 58,8% dans la même période. Les variations annuelles de ces deux indicateurs de performances sont rappelées dans le tableau ci-dessous.

Tableau 35: Variations annuelles des deux indicateurs de performances

 

2003

2004

2005

2006

2007

2008

TBS

Valeur

78,30%

80,40%

81,30%

84,40%

85,50%

Variation du TBS

Variation

 

2,10%

0,90%

3,10%

1,10%

Taux d’Achèvement

Valeur

48,80%

53,40%

49,70%

55,10%

58,40%

Variation

Variation

4,60%

-3,70%

5,40%

3,30%

4,60%

Sources : - Données scolaires tirées de ME/DPRE, Annuaire statistique, 2008 - Données démographiques tirées de MEF/ANSD, Estimations de la population du Sénégal en âge de scolarisation de 2002 à 2009, Avril 2008. - Taux d’achèvement tirés de ME/DPRE, Situation de l’éducation, 2008

35

COSYDEP 2009 – Observatoire de l’Education au Sénégal en collaboration avec ANCEFA

Tableau 36 : Corrélation des variations de 3 agrégats : Ressources/TBS/T. d’Achèvement

 

2005

2006

2007