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L E D E V O I R , L E M A R D I 6 O C T O B R E 2 0 0 9 A 9

IDÉES
Le projet de TGV est-il enfin mûr?
ÉRIC CHAMPAGNE
Professeur adjoint en administration publique à l’École
d’études politiques de l’Université d’Ottawa
e Parti libéral du Canada se-

L
rait prêt à insérer dans sa
prochaine plateforme électo-
rale la réalisation du TGV re-
liant d’abord Montréal à To-
ronto et éventuellement
Québec à Windsor. Même
s’il est légitime de douter des
promesses électorales, il y a
des raisons objectives de se
réjouir de cette annonce. Ce
projet de TGV incarne les
choix de société que nous devrons tôt ou tard
adopter pour nous adapter à des changements in-
évitables et fondamentaux qui modifieront notre
manière de vivre.
J’estime qu’il y a au moins quatre change-
ments inévitables qui vont nous obliger à modi-
fier les systèmes de transports actuels: l’accrois-
sement des prix du pétrole; les changements dé-
mographiques; les transformations de l’écono-
mie; les changements climatiques.
L’accroissement des prix du pétrole que nous
avons connu en 2008 n’est que le prélude à une
tendance lourde d’accroissement des prix. La de-
mande pour le pétrole continuera à croître, pous-
sée par les nouveaux pays demandeurs comme
la Chine et l’Inde, alors que les réserves mon-
diales de pétrole s’épuisent et sont par nature
«non renouvelables».
Certains diront que la prospection permet en-
core de trouver de nouveaux gisements. Mais
ces réserves seront de plus en plus difficiles à ex-
traire puisqu’il s’agit souvent de gisements situés
en zones éloignées, en eaux profondes ou de
sables bitumineux dont les coûts économiques et
environnementaux sont démesurés. Ainsi, on
peut s’attendre à ce que, une fois la crise écono-
mique actuelle résorbée, le prix moyen du pétro-
le brut revienne à son sommet de 2008 et le dé-
passe sans doute dans les prochaines années.
Cela obligera les gens à considérer des modes ARCHIVES AFP
alternatifs à l’automobile pour se déplacer d’un
point à l’autre. Il vaut mieux prendre acte et se
mettre maintenant à la recherche de solutions de pour permettre les déplacements. à l’évolution de l’économie mondiale. Pour ceux bains et interurbains.
rechange aux modes de transports actuels. Plus Autre enjeu démographique, le vieillissement qui douteraient de cette théorie, il faut également Bref, peu importe la couleur du ou des partis
on retarde, plus on prendra du recul sur les de la population créera également des pressions retenir que les investissements placés dans la politiques qui tâcheront de porter politiquement
autres, dont sur nos voisins américains qui au- énormes pour d’autres modes de transports. Dès réalisation d’un TGV auront des retombées éco- ce dossier jusqu’à terme, on ne peut que se ré-
ront vraisemblablement recours au TGV dans un lors qu’un seuil critique de personnes ne pourra nomiques directes par l’achat de biens et de ser- jouir que ce projet soit de retour dans l’actualité.
avenir rapproché. plus se déplacer en automobile, il faudra adapter vices favorisant des entreprises comme Bombar- Maintenant que les libéraux ont fait le premier
radicalement nos choix de système de transport dier ainsi que les firmes d’ingénierie, d’urbanis- pas, il ne serait pas surprenant que le Par ti
Démographie urbain en fonction d’une demande accrue pour me et les sous-traitants qui profiteront directe- conservateur s’y intéresse également dans un
L’autre changement structurel réside dans les des moyens de transports collectifs. ment de ces investissements. Le projet de TGV avenir rapproché. Le gouvernement actuel a
tendances démographiques. L’accroissement na- n’est pas seulement une dépense, c’est aussi une d’ailleurs contribué, avec l’Ontario et le Québec,
turel ne constitue plus le principal facteur de Économie du savoir décision stratégique qui aura assurément des re- à une étude visant à dépoussiérer les études déjà
croissance démographique au Canada; c’est plu- Troisièmement, nos économies s’appuient de tombées économiques directes. réalisées sur la question.
tôt l’immigration internationale qui continuera à plus en plus sur le savoir et les nouvelles techno- Stephen Harper pourrait se servir des conclu-
accroître la taille des principales agglomérations. logies. Pour maintenir et améliorer son niveau de Émissions de carbone sions du rapport pour se réapproprier le leader-
En matière d’immigration, les chiffres indiquent développement, le Canada devra s’appuyer de Dernier changement significatif: les enjeux ship de ce projet et ainsi contrer un argument po-
que la vaste majorité des nouveaux arrivants au manière prépondérante sur une économie du sa- des changements climatiques et du réchauffe- litique cher au chef de l’opposition en prépara-
Canada choisit de s’établir dans les grands voir. Pour ce faire, le «libre échange» des cer- ment de la planète qui vont aussi nous obliger tôt tion de la prochaine campagne électorale. Cela
centres. veaux entre les agglomérations urbaines est fon- ou tard à adapter nos habitudes urbaines. Nous serait étonnant de la part du premier ministre,
C’est sans compter l’attraction que représen- damental. Les agglomérations concentrent au- devons assumer nos responsabilités et pour- mais pas impossible si l’on considère sa logique
tent ces pôles économiques auprès des résidents jourd’hui l’essentiel des savoirs, des connais- suivre des initiatives qui nous permettront de décisionnelle depuis qu’il est au pouvoir. Quant
canadiens. La population de la grande région de sances et des idées. «faire notre part» pour diminuer nos émissions au NPD qui incarne le parti le plus progressiste
Montréal devrait, d’ici 20 ans, dépasser les L’intensité des échanges entre les pôles de de carbone et contrer les effets du réchauffe- sur la scène fédérale, il serait surprenant qu’il
quatre millions d’habitants alors que celle de la création stimule l’innovation sociale, économique ment. À commencer par notre système de trans- s’oppose à un tel projet. Enfin, compte tenu des
grande région de Toronto devrait dépasser les et technologique. Dans ce contexte, l’intégration port. La construction d’un TGV s’apparenterait à retombées positives pour le Québec, le Bloc qué-
huit millions. Ces bassins de population repré- continentale et la fluidité des personnes et des un engagement concret dans cette direction. Et bécois serait malvenu de s’y opposer. La question
senteront des pôles démographiques majeurs et échanges entre les agglomérations est suscep- l’impact symbolique d’un tel engagement serait est donc lancée. Est-ce que le fruit est réellement
il n’y a aucun doute que ces régions devront se tible de contribuer substantiellement à la compé- susceptible de se répercuter sur d’autres ré- mûr cette fois-ci pour que ce projet, qui fait rêver
tourner vers de nouveaux modes de transports titivité du Québec, de l’Ontario et du Canada face formes touchant les systèmes de transports ur- tant de gens, aboutisse enfin?

Des certitudes dans la confusion pédagogique


DIANE MIRON, CAMILLE quité pour s’en convaincre. Il suffit de lire le so- ceux qui expérimenteront d’autres modèles. d’une voiture —, elle est censée nous guider vers
MARCHAND, MIMOSE CONSTANT, ciologue Guy Rocher sur nos collèges clas- ■ Personne ne peut savoir ce que sera la citoyen- la destination: des enfants autonomes, instruits,
LOUISE DUFRESNE, VIRGINIE siques: «Quand on tient compte du nombre neté de demain qualifiés, prêts à jouer leur rôle de citoyens éclai-
LAMB ET RENÉ LEMAY d’élèves qui entraient en éléments latins et du L’école d’aujourd’hui a, notamment, pour mis- rés. Toutes les autres manières imaginables de
Membres du Réseau pour l’avancement de l’éducation nombre d’élèves qui finissaient le cours classique, sion de socialiser nos enfants en vue d’un village motiver les élèves y sont préférables si elles fonc-
au Québec (RAEQ) on peut dire que le décrochage était à peu près global, résolument séculier et de plus en plus in- tionnent: on fréquente l’école pour apprendre,
dans les 70 à 75 %. C’était terrible, mais on n’en tégré. Nous avons cru bien faire en déconfes- pas pour être évalué.
éagissant à la plate-forme «pédago- parlait pas comme aujourd’hui.» sionnalisant nos commissions scolaires et en in- ■ Le redoublement n’est pas un enjeu de condi-

R
gique» de la Fédération autonome de ■ Personne ne peut prévoir l’effet du Web sur troduisant un cours portant sur l’éthique et la cul- tions de travail
l’enseignement (FAE), dévoilée la se- l’école ture religieuse. Nous avons jugé utile d’incorpo- En 1995, par ticipant à la Commission des
maine dernière, Marie-André Choui- Gutenberg a changé le monde, donc l’école. La rer l’éducation à la citoyenneté à nos cours d’his- États généraux sur l’éducation, l’ex-CEQ (Cen-
nard décriait samedi dans Le Devoir machine à vapeur aussi. La seule certitude, c’est toire, au grand dam de certains historiens. Tous trale de l’enseignement du Québec) disait du re-
«la confusion la plus totale. […] Le que l’école de demain ne sera pas celle d’hier. La ces essais, et d’autres, ne sont que d’humbles doublement: «Cette pratique ne produit pas
grand public s’y perd, bien des enseignants aussi ne question n’est pas de savoir si nos programmes tentatives pour nous adapter à une société chan- toutes les conséquences positives escomptées. Au
doivent plus savoir sur quel pied danser». Pour- devraient porter sur des connaissances ou des geante. Certes, des tentatives perfectibles, au contraire, le redoublement est habituellement
tant, une fois la poussière des controverses re- compétences — à supposer qu’un tel choix soit lendemain de débats calmes et francs... mais pas vécu par l’élève comme une punition, une preuve
tombée, il est possible de déceler quelques certi- même sensé. Le choix que nous avons à faire se des tentatives à remplacer, brusquement, par des qu’il ne peut réussir à l’école; il a donc souvent
tudes fermes. situe entre l’humilité et son contraire. Ayons l’hu- marchands de certitudes simples. des ef fets négatifs sur l’estime de soi. De plus,
■ Personne n’a encore inventé la meilleure ma- milité de reconnaître que les changements que ■ L’évaluation prend beaucoup trop de place à comme le démontrent de nombreuses études, cette
nière de scolariser nos enfants nous vivons se déroulent à une vitesse telle que l’école pratique n’offre généralement pas d’avantages du-
Il y a une centaine de générations déjà, Aristo- nous sommes incapables d’adapter nos institu- Il est révélateur que 82 % des «orientations» de rables sur le rendement scolaire. [...] Nous pen-
te écrivait: «À l’heure actuelle [...], on est en désac- tions (toutes jeunes) à ces changements. la FAE portent sur trois volets laborieux du mé- sons donc qu’il faut proposer une organisation
cord sur les matières à enseigner: tous les hommes ■ Personne ne peut prévoir le marché de l’em- tier d’enseignant: l’évaluation, le bulletin et le re- plus souple de l’enseignement primaire.»
n’ont pas les mêmes opinions sur les choses que la ploi de demain doublement. À l’ère du Web 2.0, d’un marché du Aujourd’hui, à la veille de la prochaine période
jeunesse doit apprendre [...].» Tout laisse croire L’école d’aujourd’hui a pour mission, notam- travail changeant à la vitesse des innovations de négociations de la convention collective, la po-
que le désaccord persistera pour une autre cen- ment, de qualifier nos enfants pour des métiers technologiques et d’un métissage socio-culturel sition syndicale a changé, si l’on en croit ce que
taine de générations. Au Québec comme ailleurs, qu’ils pratiqueront demain. Sauf que, dans l’état inédit dans l’histoire de l’humanité, il est triste de la Fédération autonome de l’enseignement de-
aujourd’hui comme jadis, les parents devraient actuel des changements technologiques, elle est constater que la «pédagogie» se résume à des en- mande. Il est vrai que, au cours de cette généra-
se méfier des marchands de solutions simples. incapable de leur dire à quoi ressembleront ces jeux de notes, des moyennes de groupe, de déci- tion, les classes dites régulières ont évolué dans
■ Personne n’a encore cherché à faire réussir métiers. Nous continuons d’agir comme si la sions de passage. un sens inquiétant. Dans le contexte de l’exode
tous ses enfants meilleure manière de préparer nos enfants au Elle passe à côté des débats de fond sur ce des classes moyennes vers les collèges privés,
Aucune civilisation, avant la nôtre, ne s’était monde de demain, était de les regrouper par âge, qu’il convient d’inculquer à nos enfants, pourquoi nos enfants les plus faibles se retrouvent souvent
mise en tête de faire réussir TOUS ses enfants, à des heures fixes, dans un lieu qui imite le mo- le faire, comment intéresser ceux d’entre eux qui parmi une proportion trop élevée de pairs démo-
quelle que soit leur origine sociale, ou leur degré dèle industriel de nos grands-parents. C’est pos- n’aiment pas l’école, etc. L’évaluation ne vient pas tivés, turbulents, etc. Encourager plus de ségré-
de préparation à l’entrée à l’école, ou leurs condi- siblement la manière la plus pratique... mais pou- «après»; elle n’est pas une phase terminale, plus gation ne fera qu’empirer le sort de nos enfants
tions de vie, etc. Nul besoin de remonter à l’Anti- vons-nous en être certains? Il faudra valoriser ou moins laborieuse — tel le tableau de bord les plus vulnérables.

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