Registre : 782 Type de document : Monographie Auteur : MASCLET Oli ier Titre : La gauche et les cités!

En"uête sur un rende#$ ous man"u é! %u&lication : %aris : La 'ispute (%rati"ues %oliti"ues) 'escription : Collection dirigée par *rédéri"ue Matonti! %ré+ace d,Oli ier Sh-art# 'omaine : Sociologie %oliti"ue . Ethnographie Localisation : *ond personnel! %oint de rencontre entre une anthropologie des cultures populaires ur&aines et les di erses sociologies ethnographi"ues! /l s0agit de la prati"ue d0une ethnographie ur&aine en prise directe sur l0 é olution économi"ue et sociale contemporaine! Masclet met en é idence à tra ers d0un r écit ethnographi"ue les iolences matérielles et sym&oli"ues su&ies au "uotidien par les classes sociales les plus domin ées! Ethnographie ur&aine et histoire sociale de l0immigration! La recherche repose sur une d écennie d0en"u ête dans le "uartier du Luth à 1enne illiers et analyse +inement l0histoire des relations entre la municipalit é2 les ha&itants et les militants du "uartier! 3istoire ur&aine et histoire de l0immigration +ournissent con4ointement les cl és pour comprendre le piège où sont pris les ha&itants des "uartiers étudi és! Loin de s0en+ermer dans la description des prati"ues et dans la restitution des destins indi iduels2 l0ethnographe les mettent en relation a ec la répartition de la pau reté et de la d élin"uance2 a ec les rythmes des trans+ormations macro$économi"ues (désindustrialisation2 trans+ormation du marché du tra ail2 d é eloppement de l0économie illégale)2 a ec les di++érentes chronologies politi"ues pertinentes en+in! L0ethnographie ainsi prati"uée ise2 au$delà des indi idus rencontrés et des interactions o&ser ées2 et sans rien renier de leur humanité singulière2 les conditions sociales de possi&ilit é des comportements et des destins indi iduels! Masclet est sociologue2 comme &eaucoup d0ethnographes +ran çais "ui tra aillent sur sa propre soci ét é! Le courant d0ethnographie sociologi"ue au"uel il appartient est issu de la rencontre2 autour de 5ourdieu2 entre une sociologie de la domination culturelle dans un cadre national2 largement +ond ée sur une sociologie de l0 école2 et une anthropologie structuraliste attenti e au6 conditions histori"ues de la domination coloniale et de l0acculturation! Ce courant prône depuis longtemps la com&inaison des méthodes ethnographi"ue et statisti"ue et insiste sur la dimension histori"ue des +aits sociau6 789 /l s0est d0a&ord spécialis é dans l0 étude des classes populaires2 a ant de s0intéresser plus largement au6 rapports de pou oir et au6 rapports de classe! Ainsi2 Masclet ne se contente pas d0o&ser er les ha&itants du Luth mais restitue leurs relations a ec la municipalit é2 les tra ailleurs sociau62 les partis politi"ues! /l n0impute à personne la responsa&ilité de la situation o&ser ée mais s0attache à d écrire sans 4uger2 à mettre en é idence la comple6ité des con+igurations et des rapports de domination2 à restituer les uni ers indigènes dans les"uels prennent sens telle attitude ou telle d écision! Ta&le des matières: %ré+ace /ntroduction Chapitre /! Les nou eau6 e6clus de la ille (:;<=$:;72) /! L,e6tension du marché de l,insalu&re //! >n relogement au compte$gouttes des +amilles algériennes ///! 'es +amilles dirigées ers les ?cités de transit? /@! Mo&iliser l,opinion pour ?réduire le pourcentage d,immigrés à 1enne illiers Chapitre //! Le grand ensem&le du Luth! >ne gestion s égrégati e du peuplement! /! Les oies du relogement! //! La concentration des +amilles immigrées: logi"ue du marché ou ségrégation ///! >ne discrimination accrue à l,entrée des logements municipau6! /@! La ?&unAerisation? des immeu&les municipau6! Chapitre ///! 'u "uartier à la cité: déclassement et 6énopho&ie! /! 'éclassement social et ressentiment! //! Les plaintes contre le tra+ic de drogue: un symptôme de l,a++ai&lissement des *ran çais! ///! Le ote %C: un em&lème statutaire perdu! /@! Le ote *B: un acte "ui ne a pas de soi! @! >ne tentation +rontiste contenue! @/! Les conditions d,une suspension des hostilités! Chapitre /@! ?*aire?2 ?&ouger?2 ?sortir?! L,encadrement des adolescents! /! La promotion des animateurs ?issus des "uartiers?! //! L,attraction e6ercée par les animateurs! ///! L,inégalité des cercles d,amis choisis! /@! 'es acances un peu ratées! @! La rigolade @/! Loisirs ?classe? et 4eu6 &idons! @//! Les conditions de l,é"uili&re des tensions! Chapitre @/! L,usure des militants de cité! /! L,engagement d,un ?déclassé ers le haut? resté attaché au "uartier! //! La dé+ense d,un ?nous? ///! Les animateurs ou l,armature du clu&! /@! Les raisons d,une démission

espace politi"ue ///! La oie communautaire! 5i&liographie! *rance 7%oliti"ue $%oliti"ue Locale9.un capital sym&oli"ue domesti"ue @! A##edine: un élu marginalisé Epilogue Conclusion! Les héritiers illégitimes de la gauche! /! Les ?&anlieues rouges? et le nou eau prolétariat des &anlieues! //! La clôture de l. *rance 7Champ %oliti"ue Locale – %ro&lème9 Masclet 7*rance $Classes populaires – %ro&lème2 Etat de la 7Masclet reconstruit9 un ensem&le des tra4ectoires politi"ues "ui donne en r éalit é à oir2 d0une manière e6emplaire2 celles de nom&reu6 en+ants d0immigrés « anonymes » "ui se retournent au4ourd0hui contre une gauche en la"uelle ils ont cru! Le contraste est en e++et saisissant entre2 d0une part2 la non$repr ésentation des « &eurs » sur les di erses scènes politi"ues +rançaises (aucun mairie2 aucun pr ésident de conseil général2 aucun député2 sans é o"uer les sénateurs8) et2 d0autre part2 leur tr ès +orte présence en tant "ue militants dans di erses associations locales2 sporti es et culturelles! Ces hommes2 ces +emmes issus pour l0essentiel de l0immigration alg érienne et marocaine sont2 dans les illes où ils ont grandi2 de +ormida&les relais aupr ès des classes populaires! Or2 ce "ui +rappe2 si l0on écoute ces &én é oles2 c0est leur ressentiment à l0égard des élus de gauche2 leur sentiment d0isolement2 de ne pas compter2 d0être oués à la &ase sans possi&ilité de « monter » ou d0être reconnus! Après le court épisode des marches pour l0égalité2 la distance s0est éta&lie entre eu6 et les responsa&les politi"ues! Comment comprendre cette situation D %our"uoi le %arti communiste et le %arti socialiste ont$ils ainsi « raté le coche » a ec ces en+ants d0immigrés D La gauche de gou ernement n0a pas tenu ses promesses à l0 égard de leurs parents et d0eu6$mêmes! /l +aut se demander pour"uoi2 au ni eau local cette +ois2 ils n0ont pas plus été reconnus dans les illes gérées par le %S ou le %C* mais2 au contraire2 ont été ren oyés au6 marges2 marges de la représentation politi"ue comme marges de la ille! Ecartons tout de suite les réponses en termes de « distance culturelle »2 de « di++érence religieuse » ou de « résistance à l0assimilation » de ces en+ants d0immigrés : e6plications commodes2 dont on nous a&reu e depuis une ingtaine d0années2 de leur marginalisation sociale et politi"ue! Toutes les études r écentes sur les naturalisations2 les mariages « mi6tes »2 les prati"ues religieuses con ergent en e++et pour con+irmer la réalité du processus d0intégration! Les causes de cette +racture sont en réalité di erses et enche êtrées! Elles ren oient au6 trans+ormations du march é du tra ail2 de l0ha&itat populaire et de la ie politi"ue locale "ui sont au cEur de l0a++ai&lissement des municipalités de gauche et des processus de discrimination "ue su&issent les en+ants d0immigrés! Les « &anlieues rouges » ne sont pas "u0un mythe politi"ue! Elles +urent d0a&ord une réalité histori"ue2 celle d0un conte6te local et politi"ue mar"u é par des liens +orts entre élus et ha&itants! Fu0en reste t0il au4ourd0hui D *ai&lesse de la mo&ilisation électorale2 coupure entre une « élite » politi"ue +ermée sur elle$même et des associations de cité "ui représentent pour les en+ants d0immigrés le dernier lieu o ù s0in estir dans l0espace pu&lic2 constitution de « "uartier d0immigrés » +ortement stigmatisés "ue les ha&itants cherchent à +uir à tout pri62 sentiments 6 énopho&es "ui s0énoncent ou ertement2 etc! En"uête dans un +ie+ communiste de la région parisienne2 1enne illiers2 municipalit é ac"uise au %C* depuis les années trente! 5ien plus "ue la monographie d0une ille de &anlieue2 ce li re e6plore les raisons de ce rende#$ ous man"u é entre les illes de .immigrés! /@! La crainte du ?communitarisme? @! Les "uartiers contra la mairie @/! %as"ua et Tapie: les ressources des outsiders! Chapitre /C! ?'es Ara&es à la mairie? /! La menace d.un ote ?&eur? //! 'es élus sans prétention ///! 'es promotions inattendues /@! La alorisation d.@! >n président en "uête de respecta&ilité @/! Le déclin du clu&! @//! Le découragement des ?promus scolaires? Chapitre @//! La ?recon"uête? du "uartier par la municipalité! /! >ne clientèle à capter! //! //! Récon+orter les ?couches moyennes? ///! Réduire la isi&ilité des +ils d. *rance 7%ou oir Local $ Militantisme9 *rance 7%oliti"ue Locale – Municipalité9 . *rance 73istoire Sociale $ CCe si ècle $ /mmigration9.

9 Ces militants de cité détiennent un capital scolaire2 plus ou moins important2 "ui les distingue de la ma4orité des mem&res de leur groupe ainsi "ue di ers capitau6 « prépoliti"ues » ou morau6 hérités de leurs +amilles2 à tra ers le militantisme ou rier ou la rigueur religieuse des pères2 "ui les prédisposent à parler au nom de « sans oi6 »! Leur pro+il n0est pas sans rappeler celui des militants communistes des ann ées trente2 "ui se di++érenciaient des autres ou riers par une scolarit é un peu plus longue et trou aient dans l0accès à la pro+ession politi"ue une issue au6 contradictions de leur historie sociale personnelle! 'ès lors2 il s0agit moins de mettre en é idence la « spéci+icité » de ces 4eunes "ue de comprendre les raisons pour les"uelles les élus de gauche ne les perçoi ent pas comme leurs possi&les successeurs! %our"uoi ne peu ent$ils pas trou er dans les organisations politi"ues de gauche et en particulier dans le %C*2 comme leurs prédécesseurs italiens2 une occasion de com&attre le mépris su&i par toutes les secondes générations et un moyen de construire leur l égitimité D Comment e6pli"uer "ue les en+ants d0immigrés algériens et marocains ne puissent pas acc éder à la représentation politi"ue locale2 à l0in erse des en+ants d0immigrés italiens de enus pour certains maires de communes en Lorraine D Les cités 3LM déshéritées économi"uement ne le sont$elles pas d0a&ord politi"uement D 7782 : :.9 Les « militants de cité » peu ent être comparés au6 militants ou riers issus de l0immigration des générations précédentes! La con+rontation dès l0en+ance à la 6énopho&ie e6pli"ue pour partie "ue les en+ants d0immigrés soient ainsi pr épos és au renou ellement des dé ouements! La stigmatisation des origines +ut le moteur principal2 après la Seconde 1uerre mondiale de la mo&ilisation des +ils d0/taliens! Au4ourd0hui2 Hn0est$elle pas au principe de la capacité d0action des +ils d0immigrés alg ériens et marocains D Même si le militantisme des +ils d0immigrés maghré&ins s0est dé eloppé dans les "uartiers et non dans les usines2 il s0est inscrit dans les +ormes traditionnelles du militantisme caractéristi"ue des illes ou rières 7782 : :."uestion9 Maclet 7Méthode – En"uête2 O&4et9 gauche et les en+ants d0immigrés! Trop peu d0ou rages s0intéressent à la ie politi"ue des municipalités "ui +ormaient la « &anlieue rouge »! Les « "uartiers » sont &eaucoup étudiés par les sociologues2 mais ceu6$ci ont donn é la priorit é à l0ins écurit é2 contri&uant de ce +ait2 sou ent in olontairement2 au mar"uage des &anlieues comme « #ones de non droit » et de déréliction sociale! La réalité des « cités » est ramenée au6 logi"ues de l0anomie! 'ans cette perspecti e les &anlieues r é èlent la crise d0un système d0intégration sociale +ondé sur le tra ail et les institutions de la R épu&li"ue! Ces analyses sociologi"ues "ui opposent inclus et e6clus in alident a priori toute +orme de mo&ilisation des classes populaires et occultent les signi+ications politi"ues des prati"ues de solidarité o&ser a&les dans les "uartiers populaires! Sociologues2 e6perts2 4ournalistes2 politi"ues2 perçoi ent et décri ent ces "uartiers en termes d0ordre social et de « dé+aut d0intégration »! ne contri&uent$ils pas ainsi à rendre in isi&le la di ersité des tra4ectoires de leurs ha&itants et2 surtout2 leur capacité d0action! 7782 : :G$:79 '0autres en"uêtes +ont apparaître les codes sociau6 et culturels propres au6 « 4eunes des cités » là où l0on ne oit ha&ituellement "ue du ide2 du danger2 un goût « naturel » pour la iolence! Mais ce "ue ces recherches ne montrent pas2 ce sont les causes sociales de la « culture des rues »2 les processus conduisant au repli dans les cités2 les murs in isi&les "ui n0ont cessé de se dresser entre ces « 4eunes » et le reste de la population2 isolant tou4ours un peu plus les responsa&les d0associations "ui s0in estissent2 discutent2 militent2 agissent! Et de ceu6$l à on ignore à peu pr ès tout! S0il est sou ent "uestion des « associations issues de l0immigration »2 on ne sait pas grand$chose de celles et ceu6 "ui les animent2 du tra ail "u0ils r éalisent2 de leur parcours scolaire et pro+essionnel2 des raisons pour les"uelles ils s0in estissent dans les associations2 de ce "u0ils pensent des représentants o++iciels des "uartiers2 en l0occurrence les élus8 Tout se passe comme si ces associations e6istaient en dehors de tout conte6te social2 politi"ue2 économi"ue et comme si leurs porte$parole étaient dépour us d0identité sociale! 7782 : :79 Le pari de cette en"uête est de donner à oir une autre ision de ces "uartiers et de leurs populations et2 plus +ondamentalement2 de réintroduire la "uestion des rapports au politi"ue dans ces illes de l0ancienne « &anlieue rouge »! L0en"uête retrace les raisons et les +ormes de l0engagement associati+ des +ils d0immigrés alg ériens et marocains et les itinéraires de ceu6 "ui tentent2 dans les ann ées "uatre$ ingt$di62 de mo&iliser et de représenter politi"uement la population des "uartiers! Comment comprendre "ue les en+ants d0immigrés soient prati"uement les seuls2 au sein de leur classe d0âge et de leur classe sociale2 à s0intéresser encore à la politi"ue2 à aloriser l0engagement associati+2 à tenter d0améliorer le sort collecti+ des cit és D 7782 : :.9 %our comprendre ce di orce entre les en+ants d0immigrés et les élus de gauche2 un détour par l0histoire est nécessaire! Les historiens ont &ien restitu é les conditions de structuration des « &anlieues rouges »! En particulier2 ils ont montré les e++ets positi+s de l0action politi"ue locale du %C* ou du « municipalisme » : autant sinon plus "ue *rance 7Classes %opulaires – Militantisme9 .

non seulement l0immigration reprend au 7Trans+ormation lendemain de la guerre2 mais elle s0ampli+ie : en l0espace de "uel"ues années2 tous politi"ue du logement9 les aspects du déracinement se reproduisent et s0étendent à 1enne illiers! Ainsi2 &ien a ant la montée des tensions entre *rançais et immigrés dans les grands ensem&les 3LM et la progression des impayés2 "ui 4usti+ient au4ourd0hui la mise en Eu re d0une politi"ue de la @ille2 la réno ation ur&aine conduit les élus communistes à réclamer la dispersion des immigrés dans l0ensem&le des communes de la r égion .72) Economi"ue – 1enne illiers est e6emplaire des municipalités communistes de la &anlieue parisienne "ui2 Trans+ormation de la des années cin"uante au6 années soi6ante$di62 ont accompli une sorte de m étamorphose composition social de la ur&aine! Les élus communistes poursui ent le tra ail « à la &ase » entrepris pendant les population du années trente grâce au"uel le %C* a réussi son implantation en &anlieue! "uartier9 7%our "uoi un Or2 l0entreprise de réno ation ur&aine conduite par les élus &ute sur les logi"ues tel regroupement D9 – économi"ues et sociales de l0industrie .<=$:.l0encadrement politi"ue et syndical des ou riers dans les ateliers et les usines2 c0est la capacité des municipalités communistes à mettre en +orme localement les attentes des catégories populaires "ui e6pli"ue les liens pri ilégi és "ui se sont tiss és entre ces municipalités et les ha&itants depuis les années trente 4us"u0au6 ann ées soi6ante$di6! Elles ont mis en place un maillage institutionnel inédit "ui a amélioré l0e6istence des +amilles ou rières : secours2 ser ices de santé2 colonies de acances et prise en charge de l0en+ance2 o++re nou elle de loisirs (&i&liothè"ues2 conser atoires de musi"ue2 acti ités sporti es8) et de +ormation pro+essionnel! La&oratoires de nou elles protections "ue l0Etat prendra progressi ement à sa charge2 ces municipalités +urent des lieu6 de promotion sociale et culturelle des classes populaires! Elles ont contri&u é à la dignit é de la classe ou rière "ui s0est ainsi consolidée localement à tra ers ce tra ail politi"ue de alorisation du groupe! Ce tra ail +ut aussi au principe de l0autorité politi"ue des militants communistes2 longtemps tenus pour illégitimes dans le champ politi"ue du seul +ait de leurs origines populaires! La construction des "uartiers 3LM et plus largement la réno ation ur&aine des illes ou rières des années cin"uante et soi6ante se sont inscrites dans le prolongement de cette action municipale! Elles ont permis au %C* de consolider sont implantation locale : les ou riers "uali+iés et les employés2 &ase sociale et électorale du %arti communiste2 +urent les premiers &éné+iciaires des nou eau6 logements 3LM 7782 : 2=$2:9 Mais ce "ue l0histoire des « &anlieues rouges » laisse de côté2 c0est la place +aite au6 immigrés dans ces iles réno és! Tantôt leurs recherches cél è&rent une +orme d0âge d0or du municipalisme communiste et s0arrêtent au moment précis de l0arri ée massi e des Algériens et des Marocains dans les illes ou ri ères! Tant ôt elles occultent l0en ers du décor des « &anlieues rouges »2 c0est$à$dire le sort réser é au6 populations immigrées2 relégués dans les &idon illes puis dans les cit és de transit! L0en"uête menée à 1enne illiers restitue ce "u0on pourrait appeler une co ïncidence malheureuse entre la réno ation ur&aine et la reprise de l0immigration! Au moment même où les municipalités communistes disposent d0un nou el instrument pour maîtriser le peuplement et o++rir des logements « modernes » au6 +amilles ou rières2 elles se trou ent con+rontées à l0a++lu6 de nou eau6 propri étaires immigrés! Elles ont ainsi placées +ace à un choi6 impossi&le : accepter le relogement de tous au nom de l0égalité ou le re+user au ris"ue de trahir les aleurs "u0elles d é+endent! 7782 : 2:9 Masclet 7Méthode – En"uête9 Cette en"uête de terrain s0est déroulée tout au long des ann ées "uatre$ ingt$di6 dans di++érents lieu6 ("uartier2 clu& de 4eunes2 o++ice pu&lic 3LM2 +amilles +ran çaises et immigrées8) et a com&iné plusieurs méthodes (o&ser ation ethnographi"ue2 entretiens longs et répétés2 analyse statisti"ue de la composition des immeu&les2 recueil et analyse de documents di ers –archi es municipales2 4ournau62 tracts politi"ues!!!) Son originalit é est de croiser di++érents points de ue : ceu6 de 4eunes2 des militants de cité2 des parents +rançais2 algériens et marocains2 des élus2 seul démarche permettant de rompre a ec les stéréotypes sur les "uartiers! En donnant à comprendre les prises de position des uns et des autres2 l0en"uête li re en "uel"ue sorte « la con+iguration des rapports con+lictuels » dans les"uels2 au4ourd0hui2 sont « pris » les *rançais et les immigrés2 les adultes et les 4eunes2 les élus de gauche et les militants de cit é! Ce "ui se 4oue dans les cités ne peut être saisie indépendamment des logi"ues structurelles! Ainsi2 40ai cherch é à e6pli"uer l0historie locale du logement : elle donne plus de pro+ondeur à l0en"uête ethnographi"ue en ré élant les processus économi"ues et politi"ues de la ségr égation spatiale des +amilles immigrées! 'e même2 pour analyser les interactions de la ie "uotidienne2 il +allait +aire le lien a ec l0é olution de la ie politi"ue locale2 mais aussi a ec les trans+ormations des conditions d0e6istence des classes populaires2 "ue ce soit dans le domaine du tra ail2 de l0école ou de l0ha&itat! 'e même2 pour analyser les interactions de la ie "uotidienne2 il +allait +aire le lien a ec l0 é olution de la ie politi"ue locale2 mais aussi a ec les trans+ormations des conditions d0e6istence des classes populaires2 "ue ce soit dans le domaine du tra ail2 de l0 école ou de l0ha&itat! 7Rapport %rocessus Chapitre /! Les nou eau6 e6clus de la ille (:.

JG2 la proportion d0immigrés install és à 1enne illiers passe d0un peu plus de 8K à en iron <K! /magin ée pendant ce « creu6 »2 la ille moderne "ue les élus pro4ettent de construire est &rutalement rappelée à l0ordre de son passé! Bon seulement l0immigration reprend2 mais a ec une rapidité et une densité inégalée 4us"u0alors! 'es ann ées :.G22 "ui estime à une cin"uantaine le nom&re de propriétaires "ui2 tenant entre leurs mains un érita&le marché du logement insalu&re participent de près ou de loin à l0installation dans la ille des tra ailleurs maghré&ins! Les Algériens et les Marocains dé4à sta&ilisés dans les "uartiers industriels et2 en particulier2 les propriétaires de ca+é et de garnis2 4ouent ainsi un rôle central dans la « réception » à 1enne illiers des nou eau6 enus! *ace à l0a++lu6 de tra ailleurs2 il n0est pas un espace "ui ne puisse ser ir à « rendre ser ice » à un +rère2 un cousin2 un compatriote! Ca es2 greniers2 4ardins2 dans un premier temps2 les h ôtels et les ca+ és puisent dans leurs propres réser es l0espace nécessaire! Mais au milieu des ann ées cin"uante2 la demande est telle "ue l0o++re –celle "ui2 progressi ement2 s0est construite dans l0histoire de l0immigration maghré&ine à 1enne illiers$ ne peut pas entièrement la satis+aire! Les terrains non construits ne man"uant pas dans cette aste commune longtemps agricole et maraîchère2 c0est la "uasi$totalité du territoire "ue « mitent » alors &idon illes2 a&ris de +ortune et autres ha&itants précaires! Les propriétaires algériens et marocains ne sont cependant pas les seuls int éress és à la gestion du logement pour immigrés : certains terrains sont utilisés par des propriétaires +rançais au6 mêmes +ins "ue celles conduisant les propri étaires nord$a+ricains à entasser dans "uel"ues mètres carrés les OS et les manEu res immigrés8 7782 : I29 //! >n relogement au compte$gouttes des +amilles alg ériennes! Mus"u0au milieu des années soi6ante2 les immigrés install és à 1enne illiers sont principalement des hommes « céli&ataires »! En :.I: et :.J<2 la part des immigrés dans la population est +ai&le2 plus +ai&le "ue dans les années ingt et trente durant les"uelles les industriels +ont appel à l0immigration nord$a+ricaine! Entre :.7<! 'u point de ue de la municipalité2 cette concentration des immigrés n0est pas accepta&le tant elle entra e la réalisation des tra au6 et2 plus g én éralement2 l0am&ition contenue dans le plan d0aménagement communal : +aire d0une cité prolétaire une ille à part entière! L0accroissement du nom&re d0immigrés prolonge l0e6istence du parc ancien et insalu&re de logements mais il se traduit aussi par la multiplication des &ara"ues et &ara"uements "ui +i6ent une nou elle population massi ement em&auch ée comme OS et manEu res! 7782 : I:9 Au dé&ut des années cin"uante2 les « Bord$A+ricains » représentent dé4à plus de 8=K des étrangers recensés dans la commune! L0ancienneté des premiers réseau6 d0immigration et la solidarité e6pli"uent pour partie leur regroupement! La logi"ue de l0émigration conduit à atténuer l0isolement2 à se retrou er entre soi2 à i re dans l0entourage resserré des parents et des proches! A 1enne illiers2 les émigr és maghré&ins sont ainsi massi ement originaires des régions "ui2 trente ans plus t ôt2 on +ourni « les &ras » des usines "ui s0y trou ent : des en irons d0Agadir2 dans le sud marocain2 et du sud de la 1rande La&ylie! Mais d0autres +acteurs2 comme le calcul2 l0intérêt où l0e6ploitation de la misère et du déracinement2 inter iennent! En +ait2 d ès le dé&ut de l0immigration nord$a+ricaine2 il s0est trou é à 1enne illiers des « promoteurs » de logements pour immigrés : cette clientèle capti e car démunie d0autres possi&ilités représente une opportunité de &én é+ices su&stantiels! Le nom&re de ces promoteurs ne +ait donc "u0augmenter après guerre2 comme le constate une en"uête des ser ices municipau62 réalisée en :.7'estinataires de la politi"ue de logement9 7%our "uelles catégories sociales .<J$<<2 plus de 7=== nou eau6 étrangers2 principalement maghré&ins2 s0installent sur le sol de la commune! En :.<J2 un "uart de la population genne illoise est étrang ère et plus du tiers en :.J7$J8 au6 ann ées :. %our "uelle clientèle électorale D9 parisienne! Leur présence2 perçue comme pro isoire et détermin ée par le seul tra ail2 y compris par les immigrés eu6$mêmes2 ne pou ait être "u0occultés2 ou&li ée dans les programmes de réno ation2 et "u0amener ces élus à ne pas oir en eu6 des mem&res à part entière de la classe ou rière à la"uelle ils se consacrent! 'ès les ann ées cin"uante2 les responsa&les de 1enne illiers et2 a ec eu62 ceu6 des communes %C* con+rontées au « pro&lème immigrés »2 se mo&ilisent sinon contre les immigrés2 du moins contre la menace "u0ils représentent2 menace de dé alorisation des lieu6 et2 au$ delà2 d0un tra ail proprement politi"ue isant à rehausser la aleur sociale et ur&aine de illes industrielles! 7782 : I=9 :! L0e6tension du marché de l0insalu&re Au moment où les élus de 1enne illiers préparent le nou eau plan d0aménagement communal2 en :.G22 une étude recense plus de G=== hommes seuls (algériens et marocains à parts égales)2 mais seulement I<= +amilles2 pour l0essentiel algériennes! Appropriés par les ou riers isol és2 les « espaces immigrés » sont en réalité peu accessi&les au6 +amilles "ui re+usent la promiscuit é ou la pro6imit é des hommes seuls! Le « choi6 » des +amilles de s0installer là où d0autres +amilles i ent .

7I2 elles sont un peu moins de <K! Les élus +erment l0entrée des 3LM au6 ménages immigrés2 appli"uant dès le dé&ut des années soi6ante un "uota à leur relogement! La municipalité n0a pas entrepris la construction des grands ensem&les pour y loger en priorité les catégories sociales placées au plus &as dans la hi érarchie du tra ail! La ille moderne a été pro4etée pour drainer ers elles les ménages2 "ui disposent des ressources économi"ues et culturelles nécessaires pour se l0approprier2 l0ha&iter comme elle doit l0être2 catégories sociales "ui sont au centre de l0attention des élus et des dirigeants du %arti communiste! Comme le montre la structure des emplois des che+s de m énage "ui y logent en :. pri és du droit de ote et appartenant à une catégorie particulièrement stigmatisée2 ils représentent de surcroît le ris"ue de tirer « ers le &as » l0ensem&le de la commune et de ses ha&itants ! 'ans ces conditions2 on n0est guère surpris "ue les +amilles immigrés sont peu nom&reuses à &éné+icier des nou eau6 logements dans les grands ensem&les municipau6 : en :.G22 GK des +amilles installés dans les 2J== logements alors disponi&les sont étrangères2 principalement algériennes .*rance 7Etat – %oliti"ue de logement9 dé4à a&outit ainsi à un partage des #ones d0implantation des immigrés alg ériens : à 1enne illiers2 on trou e principalement les « céli&ataires »2 à Banterre2 les +amilles se regroupent8 7782 : IG9 8tensions engendrée par l0inscriptions des immigrés dans les ser ices sanitaires et sociau6 municipau6 –+leurons du communisme municipal! Les conditions d0e6ercice de la solidarité à l0égard des étrangers sont à la +ois dépendantes des contraintes &udgétaires et du pro4et politi"ue isé par les élus communistes! Surrepr ésent és dans les emplois dé alués économi"uement2 leurs nou eau6 utilisateurs sont perçus comme une « charge » par les responsa&les locau6 .G22 les ou riers "uali+iés2 contremaîtres et employ és y sont surreprésentés par rapport au poids de leur catégorie d0appartenance dans la population totale de ménages de la ille2 à l0in erse des OS2 des manEu res et des personnels de ser ice! Si les ménages dont le che+ est OS ou manEu re ne sont pas a&sents des grands ensem&les2 ils occupent plus sou ent les immeu&les dont la "ualit é est in+érieure : ceu6 dits à « normes réduites » où les loyers sont moins éle és et "ui ont été construits pour o++rir une solution au6 ou riers sans "uali+ication depuis longtemps installés dans la commune! Ainsi les grands ensem&les o&4ecti ent$ils les di++ érences internes au6 classes populaires! Solidi+iant les normes des +ractions supérieures des classes populaires2 ils portent l0empreinte de la classe ou rière « respecta&le »! Conçue2 entre autres choses2 comme instrument politi"ue permettant de +idéliser l0électorat populaire2 l0ou erture des nou eau6 logements et des nou eau6 é"uipements culturels et sanitaires procure à la municipalité une légitimité électorale inédite! Ses scores électorau6 augmentent +ortement dans la deu6ième moitié des années cin"uante : élue dès le premier tour2 la liste communiste rassem&le ensuite sou ent plus de 7=K des oi6! En permettant à des milliers de ménages ou riers "uali+iés et employés d0accéder à un logement neu+2 dot é du con+ort moderne2 la municipalité a augmenté sa clientèle électorale! Et ce d0autant "ue la ille moderne rencontre alors les aspirations à la mo&ilité sociale des cat égories "ui en +orment le noyau central! Les ou riers +ran çais &én é+icient de la nou elle croissance économi"ue2 "uittent les chaînes et les emplois mépris és d0OS et manEu res2 pro+itent du dé eloppement industriel pour améliorer leurs conditions! La municipalité récolte les &éné+ices de leurs espoirs2 l0accession au logement neu+ dans les années soi6ante sym&olisant d0une manière isi&le leur promotion collecti e! 7782 : I89 Les "uel"ues +amilles d0immigrés relogées par l0o++ice pu&lic municipale présentent de nom&reuses garanties "ui les démar"uent des « cas sociau6 »8 Les +amilles algériennes et marocaines "ui accèdent au6 logements municipau6 dans les années soi6ante ont également su mettre en +orme leur malheur! Car les conditions d0e6istence les plus di++iciles ne sont rien tant "u0elles ne sont pas per çues! Les dossiers 3LM de ces +amilles sont ainsi remplis de certi+icats médicau6 et de lettres de soutien d0assistantes sociales et d0employeurs "ui attestent de la r éalit é écue2 des ris"ues "uotidiens liés à l0occupation d0un « taudis » ou de la aleur pro+essionnelle du demandeur de logement! Ces « papiers » con+irment la &onne olonté de la +amille à se con+ormer au6 normes : représentant des gages de son « sérieu6 »2 de sa « mo&ilisation » ou de sa « olonté de s0en sortir »2 leur pou oir sym&oli"ue est ren+orcé! C0est l0e6périence2 ac"uise dans l0immigration2 des règles de la soci ét é +ran çaise "ui e6pli"ue "ue ces +amilles ont pu accumuler les « papiers » indispensa&les! Les +amilles relogées dans les années soi6ante comptent en e++et parmi celles constitu és tr ès t ôt à 1enne illiers (dès le milieu des années cin"uante) et dont le père tra aille en *rance sou ent depuis la +in de la Seconde 1uerre mondiale8 7782 : I.9 /@! 'es +amilles dirig ées ers les « cit é s de transit » ! L0administration municipale ne traite donc "u0une petite partie des demandes de . en :.

logement des +amilles immigrées : celles 4uges rece a&les! L0essentiel est directement orienté ers les ser ices de la pré+ecture "ui ont en charge le relogement des +amilles dans les cités de transit! Ces cités matérialisent la réponse apportée par l0Etat au6 ménages démunis et étrangères "ui ne trou ent pas place sur le marché du logement 3LM : l0Etat tente ainsi de pallier les +ailles d0une politi"ue pu&li"ue "ui2 prétendant loger le peuple2 ignore les conditions d0e6istence et de salaire des OS et des manEu res! Mais il s0agit aussi de pallier le man"ue des logements accessi&les au6 immigr és dans un conte6te où les municipalités dé+endent le statut social de leurs nou eau6 "uartiers! Solution proposée pour le relogement des +amilles appartenant au6 +ractions d émunies du groupe ou rier2 perçues comme incapa&les de s0adapter au logement neu+ des grands ensem&les2 les cités de transit se sont ainsi massi ement impos ées au6 +amilles immigrées 789 La distance culturelle des +amilles maghré&ines 4usti+ie leur apprentissage des normes de la ie "uotidienne et des &onnes mani ères de i re en 3LM2 c0est$ à$ dire en prati"ue leur mise à l0écart! Sans être nécessairement « les centres d0en+ermement » "ue certains sociologues dénoncent alors2 ces cités constituent des solutions précaires et à moindre coût au logement de +amilles dont on souhaite "u0elles ne s0éta&lissent pas en *rance : il s0agit de « logements pro isoires » destinés à des « tra ailleurs pro isoires »8 7782 : J:9 Construites sur des terrains agues2 séparées l0une de l0autre par plusieurs Ailom ètres2 éloignées des é"uipements ur&ains et des lieu6 de tra ail2 non desser ies par les transports en commun2 sans magasin ni école2 ne &én é+iciant pas da antage des ser ices socioéducati+s censées +aire accéder leurs occupants au6 règles et au6 normes de la ie moderne2 ces cités ressem&lent à des lieu6 d0isolement8 7782 : JJ9 @! Mo&iliser l0opinion pour « r é duire le pourcentage d0immigr és à 1enne illiers » L0installation impré ue des immigrés compromet « les calculs » de la municipalité "ui espérait tirer la ille ers le haut! En dépit de la réno ation ur&aine2 1enne illiers demeure une cité prolétaire! %lus gra e encore au6 yeu6 du maire2 les nou elles constructions ont pour e++et2 indirect2 d0augmenter le nom&re d0immigr és! Les ieu6 immeu&les désertés par les occupants des nou eau6 "uartiers sont disponi&les pour les immigrés! Or2 ils sont plus di++iciles à éliminer "ue les &idon illes! 'e plus2 l0Etat accroît sa pression sur les organismes pu&lics et pri és de logement 3LM a+in "u0ils assurent plus +ortement le relogement des +amilles des &idon illes et des cit és de transit : les grands ensem&les sont désormais suscepti&les d0accueillir un nom&res plus important de +amilles immigrées! %our toutes ces raisons2 le d é&ut des ann ées soi6ante$ di6 est le moment d0une mo&ilisation politi"ue plus isi&le des élus %C* contre « les ghettos »8 7782 : <:9 Bou eau dispositi+ étati"ue contre l0ha&itat insalu&re et apparaît pour partie comme une tentati e pour optimiser l0action de la municipalité contre les « marchands de sommeil »! Chapitre //! Le grand ensem&le du Luth! >ne gestion s égr égati e du peuplement 'ernier grand ensem&le construit à 1enne illiers2 le Luth regroupe un peu plus de I2== logements répartis entre une "uin#aine de tours et de &arres! /l est le plus peupl é : près du "uart des JJ=== ha&itants de la commune y réside durant l0en"u ête! Son peuplement échappe cependant largement à la municipalité2 situation "ui contri&ue à le distinguer des autres "uartiers de la ille! %armi les logements du Luth2 certains sont des logements en accession à la propriété et d0autres sont g érés par la municipalit é et par des organismes locati+s pri és! Le grand ensem&le du Luth est ainsi spatialement et socialement di isé! >ne première di ision oppose l0est et l0ouest! Le Luth est est pour moitié composé de copropriétaires! Le Luth ouest regroupe e6clusi ement des locataires "ui2 pour une grande partie d0entre eu62 sont immigrés! >ne seconde di ision tra erse le Luth ouest! Les +amilles immigrées ha&itent principalement les deu6 immeu&les Molière (2.2 et 2J8 logements) et l0immeu&le Mean$@ilar (I=.7<$7G sont celles du « retournement » de la composition sociale des &âtiments de ce "uartier : accroissement du nom&re des &âtiments de ce "uartier : accroissement du nom&re des +amilles immigrées d0une part et é asion des m énages +rançais des couches moyennes d0autre part! Mus"u0alors2 le Luth attirait une client èle nom&reuse2 "ui se pressait à la porte des nou eau6 logements8 7782 : <89 . logements)2 gérés par des sociétés anonymes d03LM! Au contraire2 peu de +amilles immigrées résident dans les deu6 immeu&les de la municipalité2 Lenine et 'iderot (:8= et 7:< logements)2 également situés dans la partie ouest du Luth! 'e sorte "ue cette partie du "uartier rend immédiatement isi&le une séparation spatiale des *ran çais et des immigr és et les phénomènes de discrimination et de ségrégation des populations! 7782 : <G9 :! Les oies du relogement! Les années :.

Les ménages immigrés constituent désormais une clientèle capti e pour les soci ét és 3LM pri ées : comme M! 3ammouche en +ait l0e6périence2 l0accès au6 autres secteurs du marché du logement est en e++et "uasiment interdit! La municipalit é leur +erme ses attri&utions2 mais les logements rele ant du secteur pri é autres "ue 3LM ne leur sont pas plus ou erts : candidats indésira&les à un logement2 ils le sont aussi du point de ue des agences immo&ilières! 7782 : G<9 //! La concentration des +amilles immigr ées : logi"ue du march é ou s é gr é gation D L0assignation des ménages immigrés à certains secteurs du Luth n0o&éit donc pas à une hypothéti"ue loi du marché ou à une « main in isi&le » "ui orienterait les catégories dé+a orisées de la population ers les secteurs dégradés d0ha&itation! Les « mains » sont multiples! Le souci gestionnaire des soci étés anonymes2 l0imp érati+ de renta&ilité peu ent aussi les conduire à gérer leur patrimoine d0une mani ère déli&érément ségrégati e! A+in de comprendre leur politi"ue de peuplement2 il aurait +allu interroger leurs responsa&les! Mais aucun d0eu6 n0a donné suite à mes demandes réit érées de les rencontrer : les accusations dont ils +ont l0o&4et de la part des élus locau62 mais aussi de l0ensem&le des agents désormais impli"uées dans la politi"ue de la ille2 e6pli"uent pro&a&lement leur silence8 *aute d0a oir pu les entendre2 on peut +aire l0hypoth èse sui ante : les organismes opèrent des choi6 d0autant plus ségrégati+s2 décidant déli&érément d0a++ecter au6 ménages stigmatisés certains immeu&les2 "ue ceu6$ci ont dé+initi ement perdu leur clientèle originelle (c0est$ à$dire +ran çaise et issue des catégories ou rières "uali+iées et des couches moyennes)8 7782 : GG9 Cette politi"ue ségrégati e des attri&utions de logement o&éit donc d0a&ord à des moti+s d0ordre économi"ue! Les +amilles immigrées et2 parmi elles2 les plus isi&les (« les Ara&es » et « les Boirs ») comptent au nom&re des clients capti+s des soci étés anonymes dont l0impérati+ est de « +aire le plein » de locataires dans des &âtiments délaissés! Cette logi"ue s0e6erce alors a ec une intensité redou&l ée dans le cas des &âtiments dé+initi ement a&andonnés par la clientèle pour la"uelle ils a aient ét é conçus8 8les ménages immigrés ou riers ont remplacé ceu6 "ui disposaient des ressources économi"ues su++isantes pour accéder à la propriété du logement ou seulement "uitter « la #one » $ la partie populaire du Luth de plus en plus paupérisée8 7782 : G79 ///! >ne discrimination accrue à l0entr ée des logements municipau6! Si les impérati+s de renta&ilisation d0un parc de logements dé aloris é imposent au6 organismes pri és de loger des +amilles immigrées "ui ne peu ent pas acc éder à d0autres secteurs à la +ois plus alorisés et plus chers de l0ha&itat2 la municipalit é doit2 elle2 +aire +ace à des contraintes d0ordre administrati+ et politi"ue "ui la conduisent à une discrimination accrue des ménages immigrés et2 à présent2 d0origine immigrée 7782 : 7=9 @! La « &unAerisation » des immeu&les municipau6 L0é entualité "ue certains ménages +rançais "uittent ces immeu&les au cas o ù leur « aspect ara&e » s0accentuerait ne constituent "u0un aspect de la pression "ui s0e6erce sur les responsa&les de l0O++ice! Elle se mani+este aussi et peut$ être surtout sur le terrain électoral! Les &âtiments Lénine et 'iderot sont de ceu6 "ui à 1enne illiers +ournissent au *ront national le plus de su++rages (a ec les immeu&les en accession à la copropriété)! Ces électeurs ne sont pas seulement perdus pour la municipalité2 ils sont aussi les porte$parole de « la cause sécuritaire » "ui s0est peu à peu imposée à l0ensem&le des locataires! Contraints de i re à pro6imit é de & âtiments peuplés de +amilles immigrées2 se sentant menacées par des 4eunes "ui « traînent » près de che# eu62 les locataires +rançais des &âtiments municipau6 +ont en permanence état de leur peur et de leur ressentiment! Le maintien des ménages +ran çais dot és de re enus moyens et le tri des locataires ont en e++et pour autre cons é"uence d0accroître le sentiment de ulnéra&ilité2 oire les dispositions répressi es des *ran çais capti+s! Le rassem&lement de retraités2 de +emmes seules2 de m énages ou riers pau res2 de *rançais au6 re enus moyens "ui n0ont pas pu sui re la tra4ectoire collecti e de sortie des 3LM a&outit à coaliser en une même e6pression de re4et des Ara&es les ressentiments engendrés par le ieillissement2 la précarisation de la condition salariale2 le dénouement +amiliale2 l0élé ation des normes de consommation en mati ère d0ha&itat2 la solitude! A la manière d0un « e++et per ers »2 ce durcissement des opinions résulte d0une politi"ue de sélection des ménages "ui tente de préser er la aleur sociale du "uartier! /l o&lige alors la municipalité à trans+ormer ces immeu&les en de érita&les « &unAers » pour protéger leurs occupants des « ris"ues » de l0en ironnement! .

7782 : 77$789 Chapitre ///! 'u "uartier à la cit é : d é classement et 6 énopho&ie Les locataires +rançais "ui ont emménagé a ant la +in des ann ées soi6ante$di6 racontent com&ien la &arrière à l0entrée du "uartier était éle ée au moment où ils s0y sont installés : « on se pressait pour ha&iter au Luth »2 « il y a ait une liste d0attente »2 « c0était plus sélectionné »2 « on ne logeait pas n0importe "ui »2 etc! Le Luth2 à leurs yeu62 n0est plus au4ourd0hui le "uartier protégé "u0il était tant "u0y ha&itaient les ménages comme eu6! /l y a eu un a ant et un après le relogement des immigrés! 'isposant des ressources sociales nécessaires pour « &ien » ha&iter2 c0est$à$ dire pour occuper les lieu6 comme ils demandaient à l0être2 ces premiers locataires du Luth étaient à même de se con+ormer au6 usages en igueur en mati ère d0entretien2 de propreté2 de gardiennage des en+ants8 'ans les ann ées "uatre$ ingt2 l0ordre s0est in ersé : consé"uence du relogement plus +ré"uent des ménages déracin és2 OS et manEu res2 comptant de nom&reu6 en+ants2 un érita&le engrenage de la d égradation s0est enclenché2 "ui contri&ue puissamment à la radicalisation des attitudes à l0 égard des immigrés8 7782 : 7.9 La recomposition de la population du Luth s0est aussi traduite par le d éclin des aleurs de gauche dans les représentations politi"ues des ha&itants! Elles ne sont plus portées ni incarnées par les militants "ui2 pour &eaucoup2 ont déménag é! Re+lu6 des idées de gauche d0autant plus puissant "u0il se produit au même moment dans les uni ers de tra ail : l0accession à la propriété du logement modi+ie en pro+ondeur les dispositions à la lutte des ou riers "uali+iés "ui a aient longtemps constitu é les +orces i es des com&ats syndicau6 789 Consécuti ement au départ du "uartier des plus militants2 ce sont les scènes "ui associent les ou riers et les couches moyennes "ui ont pue à peu disparu! Les amicales de locataires et les associations de parents d0 él è es ont été les premières à décliner! Le déménagement des locataires "ui2 occupant des positions intermédiaires dans l0espace social (compta&les2 techniciens)2 étaient en mesure d0e6aminer les comptes des organismes logeurs leur a porté un coup +atal! Ces associations2 "uelles "u0elles soient2 remplissaient une +onction importante dans le règlement des rapports de oisinage2 en particulier +ace au6 4eunes "ui semaient le .9 /! ' é classement social et ressentiment 7%rise en compte des9 coûts économi"ues et sociau6 entraîn és dans les +amilles ou rières +rançaises par l0accession au6 logements neu+s des grands ensem&les! Acc éder à ces logements a été pour nom&re d0entre elles l0occasion d0une sorte de r é ision de leurs prati"ues2 d0un apprentissage de nou elles normes d0ha&itation et d0éducation2 dans l0espoir2 sinon de "uitter la classe ou ri ère2 du moins de se con+ormer au style de ie des catégories sociales "ui donnaient le ton dans ces nou eau6 "uartiers8 7782 : 8=9 La construction des lotissements pa illonnaires matérialisant les nou elles normes de logement (la propriété du pa illon)2 s0est ainsi soldée par le déplacement de la coupure interne au6 classes populaires! Elle passait aupara ant entre les grands ensem&les in+érieurs de logement2 c0est$à$dire entre les +ractions "uali+i ées du groupe ou rier et des employés et les OS et les manEu res! %assant d ésormais entre les « ou riers pa illonnaires » et les « ou riers de cité »2 elle structure les rapports sociau6 internes au "uartier : la 6énopho&ie e6prime la distance "ue le "uartier n0assure plus entre les *rançais et les immigrés2 « le haut » et « le &as » des classes populaires! //! Les plaintes contre le tra+ic de drogue : un sympt ô me de l0a++ai&lissement des +ran ç ais! Cette e6périence de la dépossession est également très liée à la mani ère dont une partie des +ils d0immigrés2 surtout les plus démunis et les plus e6clus dans les autres espaces sociau62 se sont a++irmés dans la cité! En témoignent les nom&reuses plaintes relati es au tra+ic de drogue dont l0o&4et est autant ce tra+ic lui$même "ue la prise de pou oir de l0espace par les « 4eunes immigrés »! 'ire "ue les ha&itants +rançais ne parlent "ue des pro&lèmes de la drogue serait e6cessi+2 mais les +aits "u0ils recensent et commentent son de enus la matière première de leurs échanges8 7782 : 8<9 ///! Le ote %C* : un em&l è me statutaire perdu Les ha&itants "ui se sentent à la +ois relégués socialement2 d époss éd és territorialement et menacés dans leur a enir sont disposés à compenser leur déclassement en alorisant le +ait "u0ils sont *rançais! L0a++irmation de l0appartenance nationale est le moyen par le"uel ces ha&itants tentent de rappeler leur plus haute aleur statutaire8 7782 : 8.

29 /@! Le ote *B : un acte "ui ne a pas de soi 8E6plication de la progression des scores +rontistes par la pro6imit é des immigr és et le sentiment d0insécurité! Le *ront national –"ui a o&tenu en iron 2=K des oi6 lors des élections municipales de :.<)8 7782 : .:$.trou&le! Ce sont donc autant de moyens de contenir le sentiment d0ins écurit é "ui ont peut à peu disparu 7782 : 88$8. et de :.8.< – o&ser e$t$on pour autant un glissement des électeurs traditionnellement ac"uis au %C* ers l0e6trême droite8 D >ne opposition d0e6trême droite est désormais structurée et enracin ée à 1enne illiers2 le *B s0étant imposé comme le principal parti d0opposition à la mairie 789 Les élections municipales sont tout particulièrement « touchées » par l0a&stention : I<K des inscrits se sont a&stenus en :.J9 Cependant2 le passage au ote d0e6trême droite ne a 4amais tout à +ait de soi2 y compris pour les électeurs traditionnellement opposés à la mairie2 comme le montre &ien l0e6emple de M! 1eorges2 "ui a longtemps oté pour l0>'R puis le R%R et "ui ote désormais pour le *ront national au6 municipales (de :.2 <<K en :.<! La d ésa++ection croissante des &ureau6 de ote est une menace pour la municipalit é "ui2 ant érieurement2 &éné+iciait de l0a&stention! 'ans cette ille ac"uise au %C*2 l0a&stention était sou ent le +ait des électeurs de droite! La participation étant en partie su&ordonn ée au sentiment de peser par son ote2 les scores des partis de droite ariaient +ortement selon le type de scrutins! /ls s0éle aient lors des présidentielles et des l égislati es –o ù traditionnellement les inscrits sont plus nom&reu6 à oter –et étaient +ai&les lors des municipales –où l0a&stention se situe en moyenne à un ni eau sup érieur de := points par rapport au6 scrutins nationau6! Certes2 les reports de oi6 sont di++icilement imputa&les à telle ou telle composante de l0électorat! Mais des tendances asse# nettes2 "ui sem&lent con+irmer le glissement des électeurs de droite ers le *ront national2 se dégagent de l0analyse des r ésultats électorau6 dans chacun des &ureau6 de ote du Luth! En e++et2 ces r ésultats montrent "ue2 d0une part2 l0a&stention a le plus progressé dans les &ureau6 o ù le %C* disposait d0une écrasante ma4orité des oi6 et "ue2 d0autre part2 la progression du *ront national a pour corollaire la &aisse des scores des partis de droite! 7782 : .8.2 J<K en :..8I2 <.8.K en :..772 G2K en :..9 Ces associations2 tenues par des ha&itants des classes moyennes et du haut du groupe ou rier proches de la municipalité2 4ouaient également un rôle important dans la légitimation des élus! Leur essou++lement a contri&u é à creuser la distance a ec eu6! 'urcissant le cli age classes moyennesNclasses populaires2 ou riers pa illonnairesNou riers des cités2 le départ des couches moyennes et des ou riers "uali+i és alimente en e++et le sentiment de relégation des ha&itants "ui ne peu ent plus se reconna ître spontan ément dans des responsa&les politi"ues appartenant au4ourd0hui massi ement au6 couches moyennes8 7782 : .8I2 J:K en :.7:2 78K en :.=9 Consé"uence de ce re+lu6 des idées de gauche2 une thémati"ue proche de celle du *B s0est ainsi largement di++usée2 gagnant peu à peu un caractère d0é idence aupr ès des ha&itants2 "u0ils otent ou non pour ce parti : « les gens otent *B parce "u0ils n0en peu ent plus » de la délin"uance2 de se sentir dépossédés de leur espace ou encore d0être désa antagés par rapport au6 +amilles immigrées! /ncontesta&lement2 c0est d0a&ord comme le parti de l0ordre "ue les ha&itants du Luth perçoi ent le *ront national 789 Le &esoin est grand d0un rappel permanent des règles et règlements dont seul le sui i scrupuleu6 permettrait de i re ensem&le2 c ôt é à c ôt é 789 /l importe a ant tout "ue « l0ordre » réapparaisse et "u0une plus grande 4ustice soit +aite au6 *rançais! Se représentant eu6$mêmes comme appartenant au6 +amilles "ui ne posent pas de pro&lèmes2 ils disent n0a oir « droit à rien »2 sau+ celui de su&ir l0insécurité2 les dégradations et la présence des « petits immigrés » dans les écoles2 "ui en &aissent le ni eau et o&ligent à aller dans le pri é! Au contraire2 glo&alement perçus comme ne tra aillant pas et i ant au6 crochets de la soci été2 les immigr és coûtent cher à la collecti ité nationale! En témoignent le montant des charges sociales payées par les patrons et le ni eau d0imposition "ui paralysent la consommation et +reinent l0em&auche8 O782 : .< –n0est$il pas de enu la deu6i ème +orce politi"ue dans ce "ui +ut l0un des &astions communistes de la région parisienne D Si les scores de la ma4orité %C* au6 municipales sont en &aisse constante $78K en :..<9 7Reconstruction des tra4ectoires indi iduelles2 résidentielles2 pro+essionnelles pour e6pli"uer le rapport au ote2 au gou ernement9 Chapitre /@! Les parents immigr és +ace au6 « 4eunes sans a enir » .I9 8Le *ront Bational recueille les +ruits d0un tra ail politi"ue "ui racialise les pro&lèmes sociau6 et &éné+icie de l0honora&ilité des agents "ui le +ont! Tout se passe alors comme si l0émergence du *ront national sur la scène politi"ue a ait o++ert au6 électeurs traditionnellement opposées à la ma4orité %C* le moyen de mani+ester leur point de ue a ec plus de +orce! 7782 : .

7<2 en interdit l0accès "uatre ans plus tard en raison des &agarres incessantes et des menaces pro+érées contre les animateurs! La ille apparaît pourtant comme un alli é pour les 4eunes "ui réclament la réou erture du clu& au dé&ut des ann ées "uatre$ ingt : à la recherche de solutions au pro&lème des 4eunes2 elle est prête à +a oriser l0organisations des adolescents2 et ce d0autant "ue l0attention politi"ue nou elle portée au6 en+ants d0immigrés des cités2 à la suite des « rodéos » au6 Minguettes2 l0incite à le +aire! *ace à la montée des désordres dans la ille2 les élus de 1enne illiers reprennent au ni eau local l0ensem&le des initiati es gou ernementales pour « répondre à l0e6clusion » et à « l0insécurité »! A partir de :.8I! >n conseil communal de pré ention de la délin"uance est mis en place! Et si la municipalit é re endi"ue dans le même temps la présence d0îlotiers dans les cités2 elle insiste sur le rôle dissuasi+ "ui doit être le leur! Les élus pri ilégient en e++et la pré ention de la d élin"uance2 .822 à la suite du lancement des mesures anti$été chaud2 la municipalité organise l0opération « 5on4our l0été »2 "u0elle re&aptise ainsi a+in d0é iter la stigmatisation inhérente à la médiatisation des mesures gou ernementales destinées à occuper les 4eunes des cit és! >ne mission locale pour l0emploi et l0insertion des 4eunes ou re en :.La distance o&ser ée au ca+é entre les adultes ou riers et les 4eunes pr écaris és est un gou++re dans l0uni ers +amilial! La réduction et la précarisation des emploies peu ou pas "uali+iés2 la mise en "uestion de l0insertion pro+essionnelle des 4eunes à la sortie de l0école2 la dé alorisation sym&oli"ue des emplois ou riers sont en e++et les +acteurs accroissant les oppositions entre parents et en+ants! Les +amilles immigr ées sont particulièrement sous tension tant les désordres ren+orcent leur stigmatisation et tant l0a&sence d0a enir des +ils sans "uali+ication constitue pour elles une menace! Comment préser er les 4eunes désargentés des tentations de « l0argent +acile » D Comment inciter les en+ants à poursui re des études "uand tout autour de soi il est isi&le "ue la réussite scolaire n0é ite pas le chômage D Comment accepter le décalage sou ent important entre les espoirs placés dans l0immigration et la réalit é écue D Fuestions douloureuses au6"uelles les parents alg ériens et marocains r épondent di++éremment en +onction de la situation o&4ecti e de leurs +ils et +illes mais aussi de leur statut de père ou mère! 7782 : ::I9 Chapitre @! « *aire » 2 « &ouger » 2 « sortir » ! L0encadrement des adolescents! >n père algérien concluait notre entretien d0un « la *rance en+ante des monstres »2 manière de dire toute la distance "ui sépare les pères ou riers des +ils "ui ne le sont plus et la place des pus démunis d0entre eu62 oués au6 stages2 au ch ômage ou au tra+ic2 c0est$à$dire à un en deçà de la condition ou rière! Au re4et des p ères s0a4oute le mépris : le grand ensem&le a i e la stigmatisation des origines! %arce "u0il regroupe les +amilles immigrées et réduit la distance spatiale entre des groupes sociau6 et nationau6 au6 tra4ectoires hétérogènes2 mais désormais tous « capti+s » des 3LM2 il redou&le l0intensité du re4et des immigrés et des +ils d0immigrés maghré&ins en particulier "ui +ocalisent l0hostilité! Ainsi le mar"uage des « 4eunes Ara&es » e6pli"ue$ t$il "ue ce groupe constitue "uasi e6clusi ement le pu&lic du clu& de 4eunes de la cit é : s0ils sont ensem&le2 c0est d0a&ord du +ait de leur désignation comme « 4eunes à pro&lèmes »! Au dé&ut des années "uatre$ ingt$di62 près de trois cents en+ants et adolescents sont adhérents de ce clu&2 seule institution dans la cité charg ée de les encadrer! Les animateurs2 également originaires des +amilles immigrés alg ériennes et marocaines du "uartier2 se distinguent en général par leur « &onne » scolarité! Etudiants ou promis à le de enir2 ils +orment une petite élite scolaire "ui tente de structurer le rapport au temps des plus 4eunes et2 plus généralement2 de leur proposer une autre sym&oli"ue sociale "ue la iolence des rues! Leur +onction est d0accueillir au clu& les adolescents pour les inciter à « &ouger » à « sortir » et à participer au6 acti ités "u0ils leur proposent! /l s0agit ainsi de di++user au sein de la cité d0autres mod èles2 de alider « l0en ie de s0en sortir »2 « le goût du sport »2 une relati e discipline! Em&auché comme animateur2 40ai pu o&ser er et tester la di++iculté de la tâche : être animateur au clu&2 c0est par+ois su&ir la iolence réacti e des adolescents stigmatis és par l0 école2 de oir réduire les tensions a ec eu62 et sou ent2 être contraint « d0en ra&attre »! L0appartenance des animateurs et des usagers du clu& à un même « groupe ethni"ue » n0annule en rien le heurt des dispositions li ée à l0in égalité des chances scolaires : les di isions sont très nettes entre les 4eunes de la cit é et au sein m ême des +ratries2 et imposent au6 animateurs de composer en permanence a ec les adolescents! /! La promotion des animateurs « issus des "uartiers populaires » Le mille$clu& ne +ait pas e6ception à l0échec des structures d0encadrement des 4eunes constaté en général par les tra ailleurs sociau6 : la municipalité2 "ui l0installe en :.

<2 son audience s0est2 comme partout2 consid éra&lement rétrécie! Ce di orce politi"ue a ec les classes populaires n0est pas propre au %C* : la présidentielle a ré élé com&ien il concernait l0ensem&le de la gauche de gou ernement "ui n0a pas su leur procurer de raies raisons de croire en elle! Le tournant sécuritaire du %arti socialiste en :...approche de « gauche » du pro&lème dans l0espace de mesures destinées à resserrer le contrôle e6ercé sur les 4eunes des cités8 7782 : :J:9 Ainsi la municipalité espère$t$elle aider les adolescents à s0organiser en +a orisant parmi eu6 l0apparition d0intermédiaires entre les institutions municipales et les 4eunes du coin! *aisant appel au &éné olat des 4eunes2 il s0agit de les amener à de enir2 selon les mots du maire2 de « nou eau6 cadres » dans les cités2 dont la +onction est d0inciter les parents à inscrire leurs en+ants dans les acti ités propos ées par le ser ice de la 4eunesse et de mo&iliser les 4eunes 7782 : :J:$:J29 Rou ert au printemps :.7 a ren+orcé la con+usion : la priorité donnée à la « lutte contre l0insécurité »2 en apportant une caution au6 mots d0ordre de la droite et du *B2 n0a pas eu l0e++et escompté! Au cours des ann ées "uatre$ ingt$di62 les discours politi"ues se sont +ocalisés sur les « 4eunes des cités » et les phénomènes de délin"uance2 reléguant l0analyse des causes sociales et économi"ues des comportements de ces 4eunes et2 plus largement2 la "uestion des conditions d0e6istence et de tra ail des milieu6 populaires! Or2 ce "ue montrent les études sociologi"ues2 c0est &ien le creusement des inégalités au cours de ces ingt derni ères ann ées entre les classes sociales et entre les générations : les en+ants de cités cumulent le dou&le handicap d0appartenir au6 classes populaires et au6 classes d0âge ayant grandi dans un conte6te économi"ue particulièrement dé+a ora&le au6 ou riers et au6 employ és! Les « &anlieues rouges » et le nou eau prol étariat des &anlieues! %our le %C*2 la +acture est d0autant plus éle ée "ue ces classes +ormaient la ma4eure partie de son électorat! On peut se demander s0il ne paye pas au4ourd0hui2 au pri6 de sa "uasi$élimination du 4eu politi"ue2 sa distance à l0égard de celles et ceu6 "ui +orment la &ase sociale et électorale actuelle des « "uartiers » Tout se passe comme si le %C* et ses représentants locau6 a aient méconnu ce nou eau « prolétariat des &anlieues »2 dont une large partie est constituée des +ils et +illes issus de l0immigration algérienne et marocaine! A partir du cas em&lémati"ue de 1enne illiers2 nous a ons mis au 4our les raisons pour les"uelles les municipalités communistes ont ainsi « raté » leur rende#$ ous a ec les .822 le clu&2 au moins dans les premiers temps2 de ient ainsi l0un des lieu6 de prédilection où les 4eunes2 "uasi e6clusi ement les +ils des immigr és maghré&ins des &âtiments Molière2 se retrou ent! %armi eu62 certains 4ouent un r ôle plus acti+ dans l0organisation du clu& : âgés de :G à :8 ans2 ils se distinguent par leur parcours scolaire plus prometteur! Celui$ci les porte à s0identi+ier au6 4eunes lycéens et étudiants mais aussi à une certaine +orme de militantisme! %our eu62 s0opposer à l0image négati e des mem&res de leur groupe2 c0est mettre en sc ène un collecti+ respecta&le! 8socle de la première é"uipe d0animateurs "ui2 à &ien des égards2 sem&le mener une érita&le croisade contre « la galère »! 'e enir animateur sem&le être pour eu62 à la +ois2 un apprentissage social et une entreprise de di++usion dans la cit é de leurs prati"ues et de leurs aspirations8 7782 : :JI$:JJ9 En e6pli"uant "u0il s0agit d0a&ord de se prou er à eu6$mêmes "u0ils sont « capa&les »2 Taïe& e6plicite l0une des conditions nécessaires au +ait même de poursui re des études pour les 4eunes issus des classes populaires : ac"uérir un minimum de con+iance en soi pour oser se détacher du destin de leur classe d0appartenance tel "u0il s0o&4ecti e dans l0e6périence du oisinage immédiat! L0é"uipe des premiers animateurs 4oue alors pour chacun d0entre eu6 le rôle d0un érita&le encouragement : ils se moti ent mutuellement mais sans 4amais le +aire tout à +ait ou ertement! Même si leurs réussites sont di++érentes et inégales2 ils se di++ érencient des autres 4eunes de leur classe d0âge : à la +ois de la petite minorité "ui poursuit des études longues et « sort » du "uartier et de la ma4orité dont le destin scolaire est nettement plus incertain! Conclusion Les résultats du premier tour de la présidentielle d0a ril 2==2 con+irment le recul de l0e6trême droite à 1enne illiers o&ser é lors des derni ères élections municipales : comme dans d0autres illes populaires composées de grands ensem&les 3LM2 le *B ne progresse plus2 notamment en raison du départ des cités des électeurs anciennement ac"uis à ce parti! Ces résultats con+irment surtout la disparition des « &anlieues rouges » du paysage politi"ue! J=K des inscrits se sont a&stenus à 1enne illiers2 et si le parti communiste résiste ici un peu mieu6 "u0ailleurs2 a ec :<K des oi6 et huit points de moins "u0en :.

en+ants de cité! La rupture remonte au6 années cin"uante2 lors"ue les +amilles algériennes et marocaines arri ent en nom&re2 au moment même où les mairies communistes s0engagent dans une entreprise politi"ue de réno ation ur&aine! Aspirant à construire de « raies illes » et à dé+endre la respecta&ilité du groupe ou rier2 elles écartent les +ranges nou elles du prolétariat "ui cumulent les handicaps : OS ou manEu res2 +amilles nom&reuses2 sans droit de ote2 isi&les à « l0Eil nu »8 Les mairies s0opposent au6 logi"ues de regroupement des immigrés dans leurs communes2 parce "u0elles ont « in esti » économi"uement et politi"uement dans le logement social et parce "ue la gestion concrète du logement des immigrés leur est de plus en plus déléguée! 'ans un premier temps2 des années cin"uante au6 ann ées "uatre$ ingt2 ce sont les pré+ectures "ui a++ectent au6 municipalités de gauche les immigr és et leurs +amilles "ui ne trou ent pas place dans les illes! 'ans un second temps2 a ec la politi"ue pu&li"ue de soutien à la construction pa illonnaire2 les "uartiers 3LM tendent à regrouper les +amilles les plus démunies de ressources et donc pri ées de mo&ilit é résidentielle! Les ménages ou riers "uali+iés et employés +ran çais2 "ui +ormaient la &ase sociale et électorale du %C*2 "uittent les "uartiers pour acc éder à la propri ét é2 tandis "ue les +amilles immigrées s0y installent massi ement! Les grands ensem&les 3LM sont dès lors oués à être ce "u0ils n0 étaient pas à l0origine2 « l0ha&itat des pau res »! Cette recomposition sociale +ragilise en pro+ondeur l0assise politi"ue des municipalités communistes et contri&ue à l0 érosion du ote %C*! Elle entraîne la dé+iance des élus à l0égard de « 4eunes immigrés » en les"uels ils ne peu ent reconnaître de +uturs électeurs et2 plus +ondamentalement2 les nou eau6 mem&res de la « classe ou rière »! %eu à peu2 le communisme municipal perd sur tous les ta&leau6 : son électorat2 "uittant les cités ou s0a&stenant2 lui échappe2 tandis "u0il est la ci&le du ressentiment des en+ants d0immigrés2 conduits à attri&uer au6 élus communistes le regroupement de leurs +amilles dans les cités et les &âtiments dégradés! /ls o&ser ent en e++et "ue les &âtiments municipau6 "ui concentrent les ha&itants +ran çais sont mieu6 entretenus et ils redoutent d0être ictimes de la ségrégation! On a&outit ainsi à un parado6e : les municipalités communistes sont accusées d0a oir créé des ghettos2 alors "u0elles ont tout +ait pour empêcher le rassem&lement des immigrées dans les mêmes lieu6! %roduit de toute l0histoire du logement social2 cette +racture doit aussi &eaucoup à la +ai&le attention "ue le %C* et ses représentants locau6 ont mani+est é à l0 égard de la situation réelle des en+ants de cité! /ls ont peu cherché à les atteindre l à o ù ils sont et tels "u0ils sont2 comme s0ils a aient renoncé à o++rir un dé&ouché politi"ue à ces « 4eunes » "ui ne sont pas tous « délin"uants » ni chômeurs2 mais appartient largement au nou eau salariat d0e6écution des %ME et des ser ices et connaissent des conditions de tra ail précaires! Ancrés initialement dans l0aristocratie ou ri ère2 les responsa&les communistes se sont ensuite tournés ers d0autres catégories sociale2 comme les pro+essions intermédiaires et les employés d0Etat2 dont les maires esp èrent au4ourd0hui le retour dans les communes2 entreprenant dans ce &ut la « recon"uête » des cités! /l en résulte un immense ide politi"ue : l0a&stention &at des records dans les &anlieues rouges2 désormais perçues par leurs ha&itants non plus comme celles "ui les dé+endent mais2 au mieu62 comme l0échelon in+érieur de l0Etat2 et2 dans tous les cas2 loin du contre$pou oir "u0elles incarnaient autre+ois! '0où aussi2 dans ces illes n0o++rant plus raiment de « sens » politi"ue au6 ha&itants des cités2 le +ractionnement de la gauche et la progression très nette des scores des listes com&inant dé+ense des « petits »2 des « e6ploités » et lutte contre les discriminations et le racisme! A 1enne illiers2 les listes d0e6trême gauche (LO2 LCR2 %T) ont ainsi totalis é près de 2:K des su++rages lors des municipales des 2==:! La cl ô ture de l0espace politi"ue! Cette coupure politi"ue entre les élus communistes et les ha&itants des "uartiers est en+in très liée au sort des militants des "uartiers est en+in très li ée au sort des militants de cité "ui2 par toute leur histoire sociale2 étaient plus particuli èrement dispos és à être des relais auprès des classes populaires! Or2 si les responsa&les communistes ont longtemps alorisé la com&ati ité et le dé ouement2 ils sem&lent à présent &eaucoup moins le +aire localement! Au cours de ces ingt derni ères ann ées2 le +oss é s0est ainsi creusé entre les élus et la « &ase » +ormée des en+ants d0immigrés plus ou moins e6clus de la représentation politi"ue! Mais cette situation n0est propre ni à 1enne illiers ni au %C*! C0est plus généralement la gauche "ui n0a pas u dans ces en+ants d0immigrés ses héritiers politi"ues2 en dépit de leur engagement dans les cit és et de leur adhésion prati"ue au6 aleurs d0égalité et de 4ustice sociale! La désillusion +ace à la +ermeture du champ politi"ue locale s0est cependant d0a&ord traduite par le retrait de la ie associati e des militants de cité! ' éçus par les partis politi"ues de gauche2 les militants sont plus nom&reu6 à a oir « déserté le terrain » "u0à être passés à droite! Connaissant sou ent intimement les +amilles et les 4eunes des .

cités2 la plupart d0entre eu6 ne peu ent "u0adhérer à cette conception de l0ordre! /ls portent sur les « 4eunes délin"uants » un regard am&i alent et sa ent "u0ils peu ent se « reprendre » si on leur en laisse la « chance »! /ls e6priment ainsi une +idélité à leur milieu d0origine! Même s0il dénoncent les politi"ues d0 « assistanat » des gou ernements de gauche dans les cités et l0hypocrisie du %S à leur égard2 ils restent ancrés dans les « aleurs de gauche » "ue sont pour eu6 l0éducation et la solidarité! Ceu6 "ui militent politi"uement sont encore moins nom&reu6 et le +ont d ésormais plus +ré"uemment en dehors des « grands » partis de la gauche traditionnelle! Certains ont re4oint des +ormations plus à gauche2 comme les @erts et la LCR2 ou "ui ont tent é de 4ouer la carte de la « nou eauté »2 comme le %R1! Ces militants cherchent à traduire2 dans un registre politi"ue2 une "uête multi+orme de 4ustice sociale et de dignit é! /ls sont ainsi les relais de la protestation di++use des en+ants des cit és "ui su&issent les situations d0e6clusion et de discrimination à l0emploi2 au logement8 /ls le sont aussi des ha&itants appartenant au6 +ractions précarisées des milieu6 populaires2 d0origine immigrée ou non2 "ui oient en ces porte$parole la possi&ilité d0e6ister politi"uement! En+in2 ils le sont des « ieu6 » immigrés2 c0est$à$dire de leurs parents2 et re endi"uent pour eu6 l0ou erture de lieu6 de culte ou des carrés musulmans! %our ces porte$parole de gauche2 "ui peu ent ne pas être croyants2 il s0agit moins de construire une « communauté musulmane » "ue d0o&tenir la reconnaissance pu&li"ue de « ieu6 » tra ailleurs ou&liés! .