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Cinquième conférence annuelle sur la recherche en Population, Santé de la reproduction et Développement économique 19-21 Janvier 2011 Marseille, France

Impact des politiques de population sur les politiques sectorielles et les évolutions démographiques au Burkina Faso, au Mali et au Niger 1

par

: Jean-Pierre GUENGANT, Directeur de Recherche émérite IRD

1 Cette communication s’appuie sur les contributions à l’analyse de la situation au Burkina Faso, au Mali et au Niger, réalisées en 2010 à l’occasion de l’étude coordonnée par l’auteur intitulée « Comment bénéficier du dividende démographique? La démographie au centre des trajectoires de développement dans les pays de l’UEMOA » financée par l’AFD. Les lecteurs pourront se reporter à chacune de ces contributions pour plus de détails, et pour certaines références bibliographiques.

Jean-Pierre GUENGANT Impact des politiques de population sur les politiques sectorielles et les évolutions démographiques au Burkina Faso, au Mali et au Niger. POPPOV Research Network 5ieme Conférence sur la recherche en Population, Santé de la reproduction et Développement économique 19-21 Janvier 2011 Marseille.

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Introduction

Le Burkina Faso, le Mali et le Niger, sont trois pays sahéliens où la fécondité reste d’au moins 6 enfants par femme et dont les taux de croissance démographiques sont de plus de 3% par an. Ils font ainsi partie de la dizaine de pays du monde où la transition de la fécondité est à peine amorcée.

Pourtant, au cours des 20 dernières années, ces pays ont adopté et mis en œuvre des politiques de population visant à améliorer le niveau de vie de leurs citoyens, à intégrer la variable démographique dans leurs plans de développement, à maitriser leur croissance démographique et à augmenter la prévalence de la contraception.

Avec l’adoption, lors de la Conférence internationale du Caire en 1994, d’une nouvelle approche globale centrée sur les droits reproductifs, ces pays ont également adopté des politiques, plans, et programmes en matière de santé, de santé de la reproduction et de sécurisation des produits de santé de la reproduction. Puis, avec l’adoption en 2000 des objectifs du millénaire pour le développement mettant l’accent sur la réduction de la pauvreté, ces pays ont adopté des Documents de Stratégie de Réduction de la Pauvreté ou DSRP.

C’est pour tenir compte de ces évolutions que le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont révisé leurs premières politiques de population dans les années 2000. Il convent maintenant, une vingtaine d’années après l’adoption de premières politiques de population, de s’interroger sur l’impact qu’ont eu ces politiques, d’une part sur les politiques sectorielles et sur les Documents de Stratégie de Réduction de la Pauvreté, d’autre part sur les évolutions démographiques de ces trois pays. En dautres termes ces politiques, les premières et les politiques révisées, ont-elles atteint leur objectif de prise en compte, d’intégration, de la variable démographique dans les plans de développement de ces pays ? Ensuite, jusqu’à quel point ces politiques ont-elles contribué à la maitrise de la croissance démographique et à l’augmentation de la prévalence de la contraception dans ces pays.

Pour répondre à ces deux questions, nous analyserons d’abord le contenu et la cohérence des politiques, plans, programmes adoptés par les trois pays en population, en santé et en santé de la reproduction. Puis, nous essaierons, d’évaluer jusqu’à quel point la variable population a été prise en compte dans les autres politiques, plans et programmes (en particulier dans les DSRP). Enfin, à partir de quelques indicateurs, nous tenterons d’évaluer pour chaque pays l’impact des politiques de population et des plans, programmes en santé et en santé de la reproduction sur la dynamique démographique et sur la pratique de la contraception.

Cette communication se terminera par des remarques concernant les obstacles qui jusqu’ici n’ont pas permis aux politiques de population d’atteindre leurs objectifs et sur quelques recommandations.

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1.

Les politiques, plans, programmes en population et en santé : contenus et cohérence.

Jusque dans les années 1980, les Gouvernements du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont considéré l’évolution de leur population et les niveaux de leur fécondité comme satisfaisants et ne nécessitant pas d’intervention particulière 2 . Seul le Niger a exprimé dans les années 1980 son souhait de réduire la croissance jugée trop rapide de sa population et ses niveaux de fécondité jugés trop élevés. Pourtant, la croissance rapide de la population de ces pays est bien documentée depuis le milieu des années 1970 par les projections des Nations unies, puis par les différentes projections démographiques faites au niveau national après la publication des résultats de leurs premiers recensements.

1.1. Les politiques de population

Le Burkina Faso et Mali finissent par adopter en 1991 des politiques de population, suivis par le Niger en 1992. Les domaines couverts par ces politiques sont cependant assez nombreux et ces politiques comprennent rarement (sauf pour le Burkina Faso) des objectifs quantitatifs.

Au Burkina Faso les objectifs de la politique de population de 1991 révèlent des préoccupations sur la santé, les migrations (notamment l’émigration non maitrisée) et la répartition spatiale de la population. Les objectifs quantitatifs retenus comprenaient l’accroissement à l’horizon 2005 de la prévalence de la contraception moderne de 4,4% à 60%, la réduction de 134% à 70% du taux de mortalité infantile, et une baisse de la fécondité de 10% tous les cinq ans à partir de 2005.

Au Mali, la politique de population de 1991 avait comme l’objectif général l’amélioration du niveau et des conditions de vie des populations. Elle affichait 10 objectifs non quantifiés : maitrise de la croissance démographique, réduction de la morbidité et de la mortalité, redistribution spatiale de la population, intégration de la migration internationale à la stratégie de développement, intégration de la femme au développement, amélioration des conditions de vie des enfants et des jeunes, promotion des ressources humaines, couverture des besoins alimentaires, protection et préservation des ressources naturelles, et amélioration des connaissances sociodémographiques.

Au Niger, la politique de population de 1992 affirmait que « la politique de population fait partie intégrante de la politique de développement économique et social » du pays, et que « son but essentiel est la maitrise de la croissance démographique et des flux migratoires, mais aussi d’assurer l’adéquation entre la croissance démographique et le développement économique ». Les quatre objectifs globaux retenus portaient sur l’amélioration 1) de l’état sanitaire et nutritionnel de la population ; 2) du cadre de vie des populations, 3) de la «rentabilité» du système éducatif et 4) de la situation des populations vulnérables (femmes, jeunes, personnes défavorisées). Un cinquième objectif concernait la collecte et les recherches en matière de population. Ces objectifs généraux étaient déclinés en objectifs spécifiques, puis faisaient l’objet de stratégies globales et spécifiques. Mais aucun objectif quantitatif n’était retenu. Parmi les objectifs spécifiques du premier objectif global :

« Améliorer l’état sanitaire et nutritionnel de la population et réduire les indices de morbidité et de mortalité », figure l’objectif d’ « augmenter le taux de prévalence contraceptive, aussi bien en zone urbaine que rurale ».

Ces premières politiques dont la mise en œuvre devait se faire à travers des plans d’action et d’investissements prioritaires en matière de population (PAIP).ont eu des résultats très limités.

Au Burkina Faso la mise en œuvre de la première politique de population a été entravée par le manque d’opérationnalité à ses débuts du Conseil National de Population (CONAPO) responsable en principe de la coordination des activités en matière de population. Au Mali, l’évaluation de la politique de population qui a été faite a relevé la délimitation trop large du domaine population (ce qui revenait à lui faire prendre en charge l’ensemble des problèmes essentiels de développement), la « non quantification » de certains objectifs, la « non intégration » de la politique de population aux politiques

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et stratégies de développement, et le désintérêt des partenaires pour le financement de la structure de coordination. Au Niger, ces sont les contraintes financières et la grande instabilité politique des années 1990, (les coups d’Etat de 1996 et de 1999 ont entrainé l’arrêt de l’aide internationale pendant un certain temps) qui ont fortement perturbé la mise en œuvre de la politique de population et des programmes qui lui étaient associés.

Conscients de la faiblesse des résultats obtenus les autorités des pays concernés ont adopté de nouvelles politiques de population : le Burkina Faso en 2000, le Mali en 2003 et le Niger en 2007.

Au Burkina Faso, la nouvelle politique de population adoptée fin 2000 3 met l’accent sur quatre problèmes prioritaires : la forte croissance démographique, la mortalité élevée, les migrations internes et internationales non maîtrisées, et la marginalisation des femmes. Ces problèmes sont ensuite déclinés en six objectifs généraux. Le premier de ces objectifs qui est de « contribuer à l’amélioration de la santé de la population, en particulier de la santé de la reproduction » est le seul à comporter des objectifs quantitatifs. Ceux-ci concernent l’augmentation de la prévalence contraceptive et la réduction des taux de mortalité maternelle et infantile. Curieusement, cette nouvelle politique ne tient pas compte des projections démographiques publiées en 1996 par l’INSD, mais s’appuie simplement sur le taux de croissance annuel moyen de la population de 2,34% trouvé entre les recensements de

1985 et 1996. Les résultats du recensement général de 2006 ont remis en cause ces estimations, en

révélant un taux de croissance moyen de la population entre les recensements de 1996 et 2006,

beaucoup plus élevé de 3,1% par an. En conséquence, un processus de révision a été entrepris en

2009 et un projet de nouvelle politique de population a été élaboré. Mais celui-ci n’a pas encore été

adopté

Au Mali, la nouvelle politique de population adoptée en 2003 4 , repend l’objectif global d’amélioration du niveau et de la qualité de vie des populations. Elle retient 10 objectifs dont sept ont un contenu démographique. Ils concernent, dans l’ordre où ils sont cités : l’éducation, la santé, la fécondité, le genre, la distribution spatiale de la population, la migration internationale, l’équilibre population- environnement. Mais, des objectifs chiffrés à l’horizon 2025 sont retenus dans trois domaines seulement : éducation, santé, et fécondité. C’est ainsi que l’objectif 3 qui est de « Contribuer à la maitrise progressive de la fécondité » a comme objectifs intermédiaires : l’augmentation du taux de prévalence contraceptive moderne de 8,2% en 2001 à 30 % en 2025, et la promotion de l’âge au premier mariage de la jeune fille à 18 ans.

Au Niger, la « Déclaration du Gouvernement en matière de Politique de Population » (DGPP) 5 adoptée en Conseil des Ministres en février 2007, remplace la politique de 1992. Il s’agit d’un document de sept pages complété par un plan d’actions de mise en œuvre et d’un document des stratégies d’interventions couvrant la période 2007-2015. L’objectif global assigné à la DGPP est de « contribuer à la réduction de la pauvreté grâce à l’acquisition d’une mentalité et de comportements reproductifs aptes à induire au sein des populations une augmentation significative de l’utilisation de la contraception et une réduction des mariages précoces ». La DGPP précise que c’est l’adoption de ces nouveaux comportements qui permettra d’enclencher un ralentissement progressif de la croissance démographique du pays. Les objectifs à atteindre concernent l’augmentation du taux de prévalence contraceptive moderne, la diminution de la proportion de mariages précoces, l’allaitement maternel, la fécondité et le taux de croissance de la population. Ces résultats attendus s’appuient sur les projections nationales de population de type « aide à la décision » élaborées en 2005 par le Bureau Central du Recensement 6 . Ces projections ont estimé les niveaux futurs de fécondité à partir de leurs déterminants proches, en particulier à partir d’objectifs d’augmentation de la prévalence contraceptive. De fait, la politique de population de 2007 du Niger se concentre exclusivement sur les questions liées

3 Ministère de l’Economie et des Finances (2000) : Politique nationale de Population Révision n°1. Ouagadougou.

4 Ministère délégué auprès du Premier Ministre chargé du Plan (2003) : La Politique Nationale de Population Révision 1, Bamako.

5 Ministère de la Population et de l’Action Sociale, 2007 : Déclaration du Gouvernement en matière de Politique de Population, Niamey

6 Projections de la population du Niger de 2005 à 2050 : Un appel à l’action. Ministère de l’Economie et des Finances,

Secrétariat Général, Bureau Central du Recensement, République du Niger, Travaux démographiques, Vol 1-n°1, Niamey, avril

2005.

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aux comportements reproductifs, contrairement à la politique de 1992 et aux politiques des autres pays de la sous-région dont les approches sont davantage « développementalistes ».,

1.2. Les politiques, plans, programme en santé, santé de la reproduction et sécurisation de produits

La Conférence internationale du Caire de 1994 sur la population et le développement a marqué un chargement radical dans l’approche des problèmes de population au niveau international. C’est ainsi que les problèmes « purement » démographiques ont perdu leur prééminence antérieure au profit d’une nouvelle approche globale centrée sur les droits reproductifs. Les anciennes politiques de population ont été jusqu’à un certain point reléguées à l’arrière plan au profit de politiques, plans programmes en santé et santé de la reproduction intégrés aux politiques de santé, et ne prenant pas toujours en compte les politiques de population adoptées auparavant.

C’est dans ce contexte qu’il faut examiner les politiques, plans et programmes en santé et en santé de la reproduction adoptés par les Gouvernements du Burkina Faso, du Mali et du Niger

Concernant la santé, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont tous des plans ou programmes de développement sanitaire de 5 ou 10 ans. Il s agit pour le Burkina Faso du Plan National de Développement Sanitaire 2001-2010 (PNDS) qui a fait l’objet d’une mise à jour en 2006 intitulée Plan National de Développement Sanitaire, tranche 2006-2010. Il s’agit pour le Mali du Plan Décennal de Développement Sanitaire et Social (PDDSS), 1998-2007, prolongé en 2008-2009, qui est mis en œuvre à travers le Programme de Développement Sanitaire et Social ou PRODESS, le programme en cours étant le PRODESS II, 2005-2009, prolongé en 2011. Il s’agit concernant le Niger du Plan de Développement Sanitaire (PDS) 2005-2009, sachant qu’un nouveau plan, couvrant la période 2011

2015 est en voie de finalisation.

En matière de santé de la reproduction, tous les pays ont également des plans ou plans stratégiques, Pour le Burkina Faso il s’agit du Plan Stratégique de Sécurisation des Produits Contraceptifs 2006-

2015 qui a été remplacé en 2009 par un Plan Stratégique de Sécurisation des Produits en Santé de la

Reproduction (PSSPSR), couvrant la période 2009-2015 et intégrant le plan antérieur pour les produits contraceptifs. Pour le Mali, on dispose d’un Plan Stratégique en Santé de la Reproduction 2004-08, et d’un Plan d’Action pour assurer la Contraception Sécurisée au Mali 2002-11. Mais le Mali devrait se doter prochainement d’un Plan Stratégique de Sécurisation des Produits en Santé de la Reproduction, avec quatre composantes : soins obstétricaux et néonataux, planification familiale, IST/VIH-SIDA et produits sanguins. Enfin, concernant le Niger on dispose d’un Programme National de Santé de la Reproduction 2005-2009, et d’un Plan Stratégique de Sécurisation des Produits en Santé de la Reproduction (PNSSPSR) couvrant la période 2007-2010.

Notons également que les trois pays ont adopté ces dernières années des lois sur la Sante de la Reproduction : le Burkina Faso en 2005, le Mali en 2002, et le Niger en 2006 qui reconnaissent le droit à la santé de la reproduction comme un droit universel fondamental et consacre généralement le droit des individus et des couples de décider librement, avec discernement, du nombre de leurs enfants et de l’espacement de leurs naissances, et leurs droits de disposer des informations nécessaires pour ce faire. Mais, la loi du Niger restreint ces droits aux couples mariés et à l’espacement des naissances puisqu’elle indique que « les couples légalement mariés peuvent décider librement et avec discernement de l’espacement des naissances et de disposer des informations nécessaires pour ce faire ».

Enfin, les trois pays ont adopté comme les autres pays de la sous-région une Feuille de Route pour accélérer la Réduction de la Mortalité Maternelle et Néo-natale, couvrant la période 2006-2015 (Burkina Faso, Niger) ou 2007-2015 (Mali) avec des objectifs conformes aux OMD.

1.3. Quelle cohérence entre les politiques de population, et les politiques, plans programmes en santé, santé de la reproduction et sécurisation des produits

Malgré le changement d’approche intervenu après la conférence du Caire en 1994, les politiques en matière de santé et de santé de la reproduction s’intéressent comme les politiques de population à l’évolution de la mortalité, de la fécondité et de leurs déterminants. Aussi, il est logique de s’attendre à une certaine cohérence entre d’une part les politiques de population et d’autre part les politiques de

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santé et en santé de la reproduction, du moins en ce qui concerne leurs objectifs. Qu’en est-il exactement pour le Burkina Faso, le Mali et le Niger. ? Les tableaux 1a, 1b et 1c ci-dessous comparent les objectifs des diverses politiques, plans et programmes adoptés dans ces pays.

Concernant le Burkina Faso (tableau 1a) on notera tout d’abord qu’il n’est pas toujours facile de savoir comment les objectifs retenus ont été fixés, sauf lorsque les OMD sont repris. Ainsi les objectifs concernant la réduction de la mortalité infantile ou néonatale, ainsi que les objectifs de réduction de la mortalité maternelle ne sont pas très différents d’un document à lautre. Mais il n’en va pas de même pour les objectifs de prévalence contraceptive.

Burkina Faso :

Tableau 1a : Objectifs démographiques selon les politiques,

plans et programmes

 

Mortalité infantile pour 1000 enfants nés vivants et mortalité néonatale

 

Mortalité

Prévalence contraceptive

Indicateurs/Objectifs Politiques, plans, programmes

/

maternelle pour

 

100.000

(méthodes modernes)

naissances

Politique Nationale de Population 2000

 

Réduire de 60% d’ici

Réduire de 60% d’ici

Accroître la prévalence contraceptive moderne de 6% en 1998 à 19% en 2015.

2015

la mortalité

2015

la mortalité

 

infantile (EDS 1998-99 :105,3‰)

maternelle (EDS

1998-99 : 484/100

 

000

naissances)

 

Plan National de Développement Sanitaire 2006-2010 (tranche 2006- 2010 de mars 2007

Réduire de 40% d’ici

Réduire de 40% d’ici

Accroître la prévalence contraceptive moderne de 22,5% en 2005 à 27% en 2010 (l’objectif dans le PNDS 2001-10 était d’augmenter de 2001 à 2010, la prévalence de 6 à17%

2010

la mortalité

2010

la mortalité

infantile

maternelle

Plan Stratégique de Sécurisation des Produits Contraceptifs

Contribution de l’augmentation de la prévalence contraceptive à la diminution de la mortalité infantile

Contribution de l’augmentation de la prévalence contraceptive à la diminution de la mortalité maternelle

Accroître la prévalence contraceptive moderne de 6 % en 1998 à 19 % en 2015 (reprend PNP 2000).

2006-2015

Plan d’Accélération de Réduction de la Mortalité Maternelle et Néonatale au Burkina Faso (Feuille de Route), 2006-15

Réduire d’ici 2015 taux de mortalité néonatale à 22‰, contre 43‰ en 1998. (réductions de 2/3 par rapport au niveau de

Réduire d’ici 2015 la mortalité maternelle à 121/100 000 naissances contre

Augmenter d’ici 2015 le taux de prévalence contraceptive de 20% à 30%

484

en 1998.

 

1990)

(réductions de 2/3 par rapport à 1990)

Sources : Les diverses politiques et plans mentionnés

Ainsi la politique de population de 2000 retient une prévalence contraceptive de 19% pour 2015, ce qui correspond à un objectif peu ambitieux d’augmentation de la prévalence de +0,76 point de pourcentage par an (ceci après l’objectif irréaliste de la politique de population de 1991 d’une prévalence de 60% en 2005, ce qui correspondait à une augmentation de +4 points point de pourcentage par an).

Le Plan National de Développement Sanitaire PNDS 2001-10 se fixait un objectif de 17% en 2010, mais la tranche du PNDS 2006-10 retient un objectif de 27% en 2010 (en s’appuyant sur les statistiques de services et non sur les résultats d’enquêtes comme il est d’usage). C’est ainsi que le PNDS 2006-2010 donne pour l’année 2005 une prévalence de 22,5% qui est quasiment le double de la prévalence de 13% donnée pour les méthodes modernes par l’enquête DHS de 2003.

Le Plan Stratégique de Sécurisation des Produits Contraceptifs (PSSPC), reprend lui l’objectif de la politique de population de 2000 de 19% en 2015. La feuille de route 2006-2015 retient un objectif de

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30% en 2015 (en s’appuyant comme le PNDS 2006-10 sur les statistiques de services). On peut citer enfin le Schéma National d’Aménagement du Territoire qui suggère une prévalence de 40 à 45% en

2015.

Certes, ces différents objectifs concernent des périodes et des données de base différentes. Mais elles correspondent aussi à des augmentations annuelles de la prévalence très variables : +0,76 point de pourcentage par an dans la politique de population, +1 point par an dans le Plan National de Développement Sanitaire 2006-2010, +1,3 point par an dans le Plan Stratégique de Sécurisation des Produits Contraceptifs (PSSPC), +1,78 point par an dans la Feuille de route 2006-2015, +2 points par dans le Schéma National d’Aménagement du Territoire.

Cette cacophonie dans les objectifs à atteindre et les efforts à consentir ne facilite évidement pas la mobilisation sur les questions de population et sur la satisfaction des besoins non satisfaits en planification familiale au Burkina Faso. On notera à ce propos que le Plan Stratégique de Sécurisation des Produits en Santé de la Reproduction (PSSPSR) 2009 à 2015 qui vient d’être adopté ne contient pas d’éléments permettant de savoir à quelle augmentation de la prévalence contraceptive et à combien d‘utilisatrices correspond la progression annuelle assez rapide (12% par an) des coûts d’achat des produits en planification familiale. Par ailleurs même si le gouvernement burkinabè entend accroitre sa contribution au budget de ce plan, son financement n’est pas totalement assuré.

Des remarques similaires peuvent être faites concernant le Mali (tableau 1b)

Mali

Tableau 1b : Objectifs démographiques selon les politiques, plans et programmes

 

Mortalité infantile pour 1000 enfants nés vivants

 

Mortalité

Prévalence

Indicateurs/Objectifs Politiques, plans, programmes

/

maternelle pour

contraceptive

   

100.000

(méthodes

naissances

modernes)

Politique Nationale de Population 2003

 

Réduire de 113‰ en 2001

Réduire de 582 en

Augmenter de 8,2%

à

50‰ en 2025

2001

à 291 en

en 2001 à 30 % en

   

2025

2025

PRODESS II, 2005-09, prolongé 2011

 

Réduire de 96‰ en 2006

Réduire de 464 en

Augmenter de 6,2%

à

56‰ en 2011

2006

à 344 en

en 2006 à 10% en

   

2011

2011

Plan Stratégique en Santé de la Reproduction 2004-08

Pas d’objectifs quantitatifs

Objectifs de

Augmenter de 8% en 2004 à 15% en 2008

service

Plan d’Action pour assurer la Contraception Sécurisée au Mali 2002-11

 

--

 

--

Pas d’objectifs

   

quantifiés

Feuille de Route pour l’Accélération de la Réduction de la Mortalité Maternelle et Néonatale,

2007-15

   

--

Réduire de 582 en 2007 à 146 en

Augmenter de 6,4% en 2007 à 20% en

 

2015

2015

Sources : Les diverses politiques et plans mentionnés

La aussi la fixation des objectifs ne semble pas toujours suivre une logique déterminée, sauf lorsque les OMD sont repris. Concernant la prévalence contraceptive, il y a autant d’objectifs d’augmentation de la prévalence que de documents : 30% en 2025 pour la Politique Nationale de Population 2003, 10% en 2011 pour le PRODESS II 2005-09/11, 15% en 2008 pour le Plan Stratégique en Santé de la Reproduction 2004-08, 20% en 2015 pour la feuille de route. Non seulement les horizons retenus sont différents, mais surtout ces objectifs correspondent à des augmentations annuelles de la prévalence allant de 0,8 point de pourcentage par an pour le PRODESS II à 1,8 point par an pour Plan Stratégique en Santé de la Reproduction (alors que dans les deux cas les périodes quasi identiques.

On peut s’étonner aussi que le Plan d’Action pour assurer la Contraception Sécurisée au Mali 2002-11 ne contient aucune indication sur le nombre d‘utilisatrices concernées par ce plan et sur la prévalence contraceptive correspondante.

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Le cas du Niger est un peu différent (tableau 1c).

Niger :

Tableau 1c : Objectifs démographiques selon les politiques, plans et programmes

 

Mortalité infantile pour 1000 enfants nés vivants et mortalité néonatale

 

Mortalité

Prévalence contraceptive (méthodes modernes)

Indicateurs/Objectifs Politiques, plans, programmes

/

maternelle

pour 100.000

naissances

 

Plan d’actions de la Politique de Population 2007-2015

Pas d’objectif

pas d’objectif

Accroître la prévalence contraceptive moderne de 5% en 2006

à

18% en 2015 .

quantifié

quantifié

 

Plan de Développement Sanitaire 2005-2009

Réduire de 25% d’ici 2009

Réduire de 700 (entre 1997 et

Accroître la prévalence contraceptive moderne de 5% en 2005

2006, selon EDS

2006)

à

15% en 2009

à

350 en 2009

 

Programme National de Santé de la Reproduction

2005-2009

 

Réduire de 25% d’ici 2009

Réduire de 700

Accroître la prévalence contraceptive moderne de 4% en 2005

(entre 1997 et 2006, selon EDS

   

2006)

à

15% en 2009

à

350 en 2009

 

Plan Stratégique de Sécurisation des Produits PNSSPSR 2007-2010

 

pas d’objectif

pas d’objectif

Réduire chaque année de 5% les besoins non satisfaits.

quantifié

quantifié

Feuille de Route pour accélérer la réduction de la Mortalité Maternelle et Néonatale au Niger 2006-15

Réduire d’ici 2015 taux de mortalité néonatale de 50% conformément aux OMD

Réduire d’ici 2015 la mortalité maternelle de 75% conformé- ment aux OMD

pas d’objectif

quantifié

Sources : Les diverses politiques et plans mentionnés

Comme pour les deux autres pays les objectifs concernant la réduction de la mortalité infantile ou néonatale, ainsi que les objectifs de réduction de la mortalité sont alignés sur les OMD. Concernant la planification familiale, le Plan de Développement Sanitaire 2005-2009 et Programme National de Santé de la Reproduction (PNSR) 2005-2009 retiennent le même objectif de prévalence ambitieux de 15% en 2009, qui correspond à une augmentation annuelle de la prévalence de 2 points de pourcentage par an. Cet objectif est plus élevé que celui de la Politique de Population et du Plan d’actions de la Politique de Population 2007-2015 : 18% en 2015 qui correspond à une augmentation annuelle de la prévalence de près de 1,5 point de pourcentage par an. Aussi le Plan Stratégique de Sécurisation des Produits PNSSPSR 2007-2010 prévoit de réduire de 5% par an les besoins non satisfaits en planification familiale.

On notera que le budget prévisionnel du PNSR pour l’ensemble de la période 2005-2009 était estimé à 17 milliards de FCFA, hors appui au PNSR, dont 72% pour la maternité sans risque et 19% (ce qui est peu) pour la planification familiale.

2. La prise en compte de variable population

L’un des objectifs des politiques de population était d’arriver à mieux intégrer la variable population dans les plans de développement des pays. Cet objectif a été réaffirmé dans quasiment tous plans et programmes-pays mis en œuvre par, et avec le soutien de l’UNFPA depuis les années 1970/1980. Cependant, avec l’adoption des objectifs du millénaire pour le développement qui ne mentionnent pas les problèmes démographiques et la fécondité, et qui à lorigine (et ce jusqu’en 2005) ne s’intéressaient qu’à la réduction de la mortalité maternelle, les pays de la sous région ont tous adopté des stratégies visant à la fois à accélérer leur croissance économique et à réduire la pauvreté.

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8

Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que les premiers DSRP (Documents de Stratégie de Réduction de la Pauvreté) n’aient guère pris en considération les problèmes démographiques. Il en a été de même pour les diverses politiques sectorielles adoptées, notamment en santé et en éducation. Qu’en est-il aujourd’hui ?

2.1. Les Stratégies de Réduction de la Pauvreté

Concernant le Burkina Faso, le Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté (CSLP) 2004-2006 affiche quelques objectifs quantitatifs (voir tableau 2a). Il indique que « le Gouvernement vise un taux moyen de croissance du PIB réel de 7% par an … et une croissance du PIB par habitant d’au moins 4% par an » 7 . Le taux de croissance démographique de 2,34%, issu du RGPH 1996 est simplement mentionné mais n’intervient pas de manière explicite dans les projections, même si le besoin d’assurer une croissance économique nettement supérieure à la croissance démographique est mentionné. La croissance démographique est simplement citée comme contrainte au niveau de l’exacerbation de la pression sur les ressources naturelles.

Burkina Faso :

Tableau 2a : Objectifs, Cadre Stratégique pour la Croissance et

la Réduction de la Pauvreté, 2004-2006

Indicateurs/Objectifs

Valeur de référence (année ou période)

Objectif (année ou période)

Croissance PIB annuel

4,6% par an en 2002 7,3% attendu en 2003

6,0% en 2004, 6,7% en 2005, 6,8% 2006

Croissance PIB/tête

3,2% en 2002

4,0% par an à partir de 2004

Croissance démographique

2,4% par an (taux moyen entre recensements de 1985 & 1996)

Pas mentionnée (implicitement 2,4% par an)

Taux de mortalité, moins de 5 ans

219‰ en 1999

--

Mortalité maternelle (pour 100.000 naissances vivantes)

930 en 1999

--

Insuffisance pondérale des enfants de moins de 5 ans

30% en 1993

--

Taux brut de scolarisation 1 er cycle

47,5% en 2003

56% en 2006

Source : Ministère de l’Economie et du Développement : Cadre Stratégique de Lutte Contre la Pauvreté, 2004-2006

Une évaluation de la prise en compte des questions de population dans le CSLP a été faite en 2009

en vue de sa révision

l’attention qu’elles méritaient dans l’élaboration du CSLP. Cette carence est imputée au manque de données fiables, à l’insuffisance de personnel qualifié pour l’analyse des données, et au manque de recherche sur les relations entre population et développement. Le rapport d’évaluation note également que dans le CSLP 2004, les questions de population ne figurent pas dans les actions prioritaires, et qu’elles ne sont pas budgétées de façon explicite, avec un risque réel donc de leur disparition pendant la mise en œuvre du CSLP.

8

. Cette évaluation note que les variables démographiques n’ont pas reçu

La révision du CSLP 2004 entamée en 2009 a conduit à l’élaboration d’une nouvelle stratégie dénommée « Stratégie de Croissance Accélérée et de Développement Durable » (SCADD) couvrant la période 2010 2015. Cette nouvelle stratégie qui est en voie de finalisation a pour ambition de hisser le Burkina Faso au niveau des pays émergents et vise un taux de croissance d’au moins 10% par an d’ici 2012. Les huit objectifs spécifiques retenus concernent la croissance économique, la lutte contre la pauvreté et la faim, l’éducation primaire pour tous, l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, la réduction de la mortalité des enfants, l’amélioration de la santé maternelle, la lutte contre le VIH/SIDA, et l’environnement. Malheureusement les données retenues pour la prévalence de la

7 Ministère de l’Economie et du Développement (2004) : Cadre Stratégique de Lutte Contre la Pauvreté, Ouagadougou, (voir en particulier page 72

8 BADJECK Alain (2009) : Evaluation de la prise en compte des questions de population dans le CSLP du Burkina Faso, UNFPA, Document de travail

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9

contraception en 2008 de 27,9% sont les statistiques dites « de services » du Ministère de la Santé, et l’objectif visé en 2015 de 40% de prévalence contraceptive parait irréaliste.On notera que le document actuel de la SCADD ne fait pas mention des projections nationales de population publiées par l’INSD fin 2009 9 . Les problèmes de population sont cependant mentionnés au niveau de l’axe « renforcement de la gouvernance » où il est fait référence à la politique nationale de population en cours de révision, et de l’axe « prise en compte des priorités transversales » où il est précisé que « La question de la population sera abordée en termes de maitrise de la croissance démographique (et) de renforcement des capacités des acteurs pour la prise en compte de la donnée démographique dans les politiques, plans et programmes de développement, de recherche, et de suivi évaluation ». L’approche adoptée reste donc large puisque le document actuel précise que « Les grandes thématiques qui s’inscrivent dans la logique de la population et le développement sont : migration-urbanisation, éducation et formation, environnement, eau potable, emploi, santé, genre, SIDA et d’autres thématiques faisant l’objet d’engagements internationaux ». Cependant, le document examiné étant provisoire, il est encore susceptible d’être modifié.

Concernant le Mali, le Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté (CSLP I) 2002-2006, ne parle pas de la population adoptée en 1991, et n’évoque à aucun moment la planification familiale. L’évaluation du CSLP1 faite par la Direction Nationale de la Population souligne que les questions de population-développement et genre et les aspects relatifs à la dynamique de la population n’ont pas

été approfondis. Elle souligne aussi que plusieurs problèmes identifiés dans la politique de population de 2003 n’ont pas été pris en compte, en particulier, le niveau élevé de fécondité, les migrations

internationales, et les liens population-environnement

10

.

Le Cadre Stratégique pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté (CSCRP), qui a suivi couvre la période 2006-2011. Il affiche divers objectifs (voir tableau 2b) dont celui d’une croissance réelle du PIB de 7% par an, et prévoit une croissance du revenu national par tête de 4% par an en moyenne entre 2007 et 2011, contre 2,6% entre 2002 et 2005. Le CSCRP 2006-2011 indique que « La prise en compte des variables démographiques dans l’élaboration des plans et programmes de développement doit être envisagée dans un contexte plus large d’appréciation croissante de la signification des relations mutuelles entre le social, l’économique et la démographie ». Se référant à la Politique de Population de 2003 il préconise un plaidoyer auprès des décideurs pour une meilleure prise de conscience des interrelations entre population et développement, une mobilisation sociale autour des objectifs de la Politique de Population, le renforcement des capacités pour une meilleure visibilité des interrelations entre population et développement. L’élaboration d’une nouvelle stratégie qui devrait débuter fin 2010, pourrait être l’occasion d’améliorer la prise en compte des questions de population, tenant compte en particulier de l’accélération de la croissance démographique révélée par les résultats du recensement d’avril 2009 (3,6% en moyenne entre 1998 et 2009).

9 Institut National de la Statistique et de la Démographie, Recensement général de la population et de l’habitation 2006 :

Projections démographiques, http://www.insd.bf/ , Ouagadougou 2009

10 Ministère du Plan et de l’Aménagement du Territoire (2006) : Evaluation de l’intégration des variables démographiques dans les plans et programmes au niveau sectoriel : CSLP 1, Bamako. Quelques programmes sectoriels comme celui de l’éducation ont également été analysés.

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10

Mali :

Tableau 2b : Objectifs, Cadre Stratégique pour la Croissance et

la Réduction de la Pauvreté, 2007-2011

Indicateurs/Objectifs

Valeur de référence (année ou période)

Objectif (année ou période)

Croissance PIB annuel

5,2% par an (2002 -2005)

7,0% par an (2007-2011)

Croissance PIB/tête

2,6% par an (2002 et 2005)

4,0% par an (2007-2011)

Croissance démographique

Pas mentionnée (implicitement 2,6% par an)

Pas mentionnée (implicitement 2,6% par an)

Taux de mortalité, moins de 5 ans

229‰ en 2001

211‰ en 2009

Mortalité maternelle (pour 100 000 naissances vivantes)

582

en 2001

574

en 2009

Insuffisance pondérale des enfants de moins de 5 ans

38% en 2001

28% en 2009

Taux brut de scolarisation 1 er cycle

75,0 % en 2006

87,2% en 2011

Source : République du Mali (2006) : Cadre Stratégique pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté : 2007-2011,

Au Niger, le premier Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté (CSLP) qui a couvert la période 2002-2006 s’était fixé come objectif un taux de croissance économique de 4% par an, à peine supérieur à la croissance démographique du pays. La stratégie qui a suivi, rebaptisée « Stratégie de Développement accéléré et de Réduction de la Pauvreté » (SDRP) couvre la période 2008-2012. Elle retient un scénario volontariste, ou « Niger émergent », avec un taux de croissance économique de 7% par an et une baisse du taux de croissance démographique de 3,3% à 3,1% par an, assurant une croissance du PIB par habitant de 3,9% sur la période (voir tableau 2c).

Niger :

Tableau 2c : Objectifs, Cadre Stratégique pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté, 2008-2012

Indicateurs/Objectifs

Valeur de référence (année ou période)

Objectif (année ou période)

Croissance PIB annuel

3,9% (2002 2006)

7% (2008-2012)

Croissance PIB/tête

0,4% (2002-2005)

3.9% (2008-2012)

Croissance démographique

3,3% (ISF : 7,1 en 2006)

3,1% entre 2008-2012 (ISF : 6 en 2012 et 5 en 2015)

Taux de mortalité, moins de 5 ans

 

----

 

--

Mortalité maternelle (pour 100.000 naissances vivantes)

648

en 2006

200

en 2012,

 

175

en 2015.

Insuffisance pondérale des enfants de moins de 5 ans

44% en 2006

24% en2012, 18% en 2015.

Taux brut de scolarisation 1 er cycle

54% en 2006

94% en 2012, 105% en 2015.

Source : Niger : Stratégie de Développement accéléré et de Réduction de la Pauvreté, 2008 - 2012

Le taux de croissance démographique du pays estimé à 3,3% est perçu comme une contrainte majeure risquant « d’annihiler tous les efforts du gouvernement pour réduire la pauvreté ». Aussi la SDRP s’appuie entièrement et reprend à son compte le diagnostic des « Projections de la population du Niger de 2005 à 2050 : Un appel à l’action » publiées en 2005 par le Bureau Central du Recensement et déjà citées. C’est ainsi que la maîtrise de la croissance démographique est l’un des sept axes stratégiques, et les stratégies et actions à mener sur cet axe sont ceux de la DGPP (politique de population) de 2007. La SDRP reprend ainsi les objectifs quantifiés de la DGPP, à savoir la diminution de la fécondité de 7 enfants par femme en 2005 à 5 enfants par femme en 2015, et l’augmentation de la prévalence contraceptive à 18% en 2015. L’égalité des sexes et l’autonomisation

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des femmes ressortent également comme une préoccupation importante sous l’axe stratégique de la réduction des inégalités.

La SDRP 2008-2012 du Niger, constitue ainsi un exemple qu’on pourrait qualifier de presque « parfait ». Elle exprime en effet une volonté politique clairement exprimée de maitriser la forte croissance démographique du pays, en s’appuyant sur des projections démographiques nationales récentes, et reprend à son compte la déclaration de 2007 claire et volontariste du Gouvernement en matière de Politique de Population.

2.2. La place de la variable population dans les politiques sectorielles

La prise en compte des aspects démographiques dans les autres politiques sectorielles est cependant très variable dans les trois pays étudiés d’une politique à l’autre.

Tout d’abord, on peut dire d’une manière générale que la dernière politique de population, n’est pas toujours mentionnée dans les diverses politiques, plans, programmes et stratégies adoptées par le pays. Ceci est vrai, comme on vient de le voir pour les Stratégies de Lutte contre la Pauvreté comme pour les politiques, plans et programmes en matière de santé et de santé de la reproduction qui pourtant couvrent des champs qui sont également couverts par les politiques de population.

Ensuite, les politiques, plans et programmes sectoriels fixent souvent leurs objectifs en termes de pourcentage, ou de taux de couverture sans tenir compte de l’augmentation des effectifs concernés. Ceci est particulièrement regrettable pour les plans à 10 ou 15 ans d’échéance. En effet si on prend une population donnée (à vacciner, d’âge scolaire, entrant sur le marché du travail) qui s’accroit de 3% par an, cette population est supérieure de 35% à son niveau initial à 10 ans d’échéance, et de 55% supérieure à 15 ans d’échéance. Avec un taux d’accroissement de 3,5% par an, cette population est supérieure de 41% à son niveau initial à 10 ans d’échéance et de 68% supérieure à 15 ans d’échéance.

Mais, même lorsque la variable démographique est prise en compte, c’est le plus souvent en utilisant le taux d’accroissement annuel moyen de la population totale trouvé pour la dernière période intercensitaire. Or cette méthode est grossière, car non seulement la croissance réelle de la population varie dans le temps, mais aussi les populations concernées (par exemple les enfants à vacciner, les enfants à scolariser etc…) ont des évolutions et des taux d’accroissement qui sont différents du taux d’accroissement de la population totale.

En fait, les projections de population par sexe et par âge (les projections nationales et celles des Nations Unies) ont été peu ou pas été utilisées, ce qui a conduit les différents Ministères à procéder à leurs propres estimations ou projections. Les projections démographiques constituent pourtant un l’outil privilégié de mesure des taux de couverture, d’estimation des besoins et de fixation des objectifs à atteindre. Il importe donc que dans chaque, pays, les Stratégies de Lutte contre la Pauvreté, les politiques de population et les politiques, plans et programmes sectoriels s’appuient sur des projections démographiques nationales reconnues et acceptées par tous les secteurs (éducation, santé, agriculture, sécurité alimentaire, aménagement du territoire, etc.). Ces projections qui doivent être des projections de type « aide à la décision » devraient constituer une base unique de référence pour les estimations, projections, et pour la fixation des objectifs dans tous les secteurs. On notera que ces projections doivent être révisées chaque fois que de nouvelles données sont disponibles et au moins une fois tous les cinq ans.

Le Niger, on l‘a dit, a réalisé des projections de ce type en 2005, de même que le Burkina

2009

Faso en

Au Niger, les résultats de ces projections démographiques ont été repris dans la politique de population de 2007 et on servi à la fixer ses objectifs. Aussi les résultats de ces projections démographiques ont permis aux auteurs de la SDRP 2008-2012 de se livrer à une analyse des «effets potentiels de la croissance démographique ». Le document de la SDRP contient en effet une évaluation des effets de la poursuite des tendances démographiques dans les domaines suivants :

agriculture et sécurité alimentaire, environnement physique, éducation, santé, emploi, aménagement urbain et accès à l’eau potable. Le document constate que si les tendances démographiques se

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poursuivent (en l’absence donc d’actions dans le domaine de la population) l’effectif total des enfants de 7 à 12 ans passerait de 2,3 millions en 2005 à 2,9 millions en 2015, ce qui nécessiterait la création d’au moins 15 000 classes, Aussi, au niveau de la sécurité alimentaire, le document constate que les besoins céréaliers augmenteraient d’environ 3 millions de tonnes en 2005 à 4,2 millions de tonnes en 2015. Cependant, tout n’est pas parfait, puisque comme on l’a vu le Plan de Développement Sanitaire (PNDS) 2005-2009, a retenu un objectif d’augmentation de la prévalence contraceptive moderne différent de celui de la politique de population. C’est cet objectif ambitieux qui est repris dans le Programme National de Santé de la Reproduction 2005-2009, mais curieusement il n’est pas mentionné dans le Plan Stratégique de Sécurisation des Produits en Santé de la Reproduction (PNSSPSR) 2007-2010.

Au Burkina Faso, les résultats des projections démographiques nationales ont été repris dans le projet de nouvelle politique de population de 2007 et on servi à fixer ses objectifs. Mais comme on l’a vu, ces projections ne sont mentionnées dans la version actuelle de la « Stratégie de Croissance Accélérée et de Développement Durable » (SCADD) 2010 2015, en cours de finalisation. Les révisions des diverses politiques sectorielles qui devraient intervenir prochainement doivent être l’occasion d’intégrer les résultats de ces projections et donc de la variable démographique, dans les nouveaux plans et programmes qui seront mis en œuvre au cours des années 2010.

Au Mali, une démarche similaire à celle suivie au Niger, puis au Burkina Faso, devrait être engagée le plus rapidement possible à partir des résultats (provisoires ou définitifs ?) du recensement de 2009, et dès que les résultats de l’enquête MICS réalisée en 2010 seront connus.

3. Quels résultats sur la dynamique démographique et l’utilisation de la contraception ?

Nous venons d’examiner comment la variable population a été intégrée (ou plutôt mal intégrée) dans les politiques, plans, programmes et stratégies au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Comment peut- on maintenant évaluer l’impact des politiques de population et des politiques, plans programmes en santé et en santé de la reproduction sur les évolutions démographiques ? En d’autres termes quels sont les quelques indicateurs les plus pertinents pour évaluer cet l’impact sur la dynamique démographique, en particulier sur l’évolution de la mortalité, de la fécondité, et sur l’évolution des déterminants proches de la fécondité, en particulier l’utilisation de la contraception.

Nous avons finalement retenu 6 indicateurs qu’on peut regrouper en trois groupes : 1) dynamique démographique, 2) utilisation de la contraception, 3) besoins en planification familiale et normes sociales.

3.1. Dynamique démographique

Reconstituer l’évolution de la dynamique démographique du Burkina Fao, du Mali et du Niger n’est pas facile. En effet pour ce faire on doit s’appuyer sur des résultats de recensements et d’enquêtes réalisés à des dates et à des intervalles variables. Cependant, à loccasion de la révision biannuelle de ses projections de population, la Division de la Population des Nations unies procède à une reconstitution de la dynamique démographique de 1950 à 2010 de tous les pays du monde à partir de toutes les données dont elle dispose pour chaque pays 11 . Malheureusement, les estimations récentes pour le Burkina Fao, le Mali et le Niger différent des estimations nationales, les méthodes employées et les données utilisées n’étant pas toujours les mêmes. Nous avons donc utilisé les données de la Division de la Population des Nations unies au moins jusque dans les années 1990, puis les données nationales publiées.

Les données sur l’évolution de l’espérance de vie à la naissance indiquent clairement une augmentation continue de celle-ci depuis 1960, avec une accélération possible dans les années 1990 (figures 1). On notera néanmoins que cette accélération est en partie imputable aux espérances de vie à la naissance plus élevées retenues au niveau national comparativement aux estimations des Nations unies (notamment dans le cas du Mali, mais aussi pour le Burkina Faso et le Niger). Ceci dit il est clair dans les trois cas que l’épidémie du VIH/Sida n’a eu qu’un impact très limité sur l’évolution de

11 voir la révision 2008 publiées en 2009 http://www.un.org/esa/population/unpop.htm/

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la mortalité, la prévalence de la maladie parmi la population de 15 à 49 ans étant dans les trois pays relativement faible de l’ordre de 1% au Mali et au Niger et de 2% au Burkina Faso.

Figures 1 et 2. Evolution de la fécondité et de l'espérance de vie à la naissance, et des taux de natalité, mortalité, d'accroissement naturel et annuel; 1960-2010

Burkina Faso.

1a Burkina Faso. Evolution de la fécondité et de 2a Burkina Faso. Evolution des taux
1a Burkina Faso. Evolution de la fécondité et de
2a Burkina Faso. Evolution des taux de natalité, mortalité,
l'espérance de vie à la naissance , 1960-2010
d'accroissement naturel et annuel; 1960-2010
8
70
60
65
7
50
60
6
40
55
5
50
30
45
4
20
Indice synthétique de
40
Taux brut de natalité
fécondité
Taux brut de mortalité
3
Espérance de vie à la
10
35
Taux d'accroissement naturel
naissance (en années)
Taux d'accroissement annuel
2
30
0
1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010
1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010
Mali.
Mali 1b. Evolution de la fécondité et de
Mali 2b. Evolution des taux de natalité, mortalité,
l'espérance de vie à la naissance, 1960-2010
d'accroissement naturel et annuel, 1960-2010
8
80
60
75
7
50
70
6
Taux brut de natalité
65
40
Taux brut de mortalité
Indice synthétique de fécondité
60
Taux d'accroissement naturel
5
Taux d'accroissement annuel
Espérance de vie à la naissance (en années)
55
30
4
50
20
45
3
40
10
2
35
0
1
30
1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010
1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010
Niger
Niger 2c. Evolution des taux de natalité, mortalité,
Niger 1c. Evolution de la fécondité et de l'espérance de
d'accroissement naturel et annuel; 1960-2010
vie à la naissance, 1960-2010
9
70
60
65
8
50
60
7
Indice synthétique de fécondité
40
55
6
Fécondité: Estimations des Nations Unies
50
30
5
Espérance de vie à la naissance (en années)
45
20
Taux brut de natalité
4
Taux brut de mortalité
40
Taux d'accroissement naturel
10
3
Taux d'accroissement annuel
35
2
30
0
1960 1965 1970 1975 1980
1985 1990 1995 2000 2005 2010
1960 1965 1970
1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010
Nombre d'enfants par femme
Nombre d'enfants par femme
Nombre d'enfants par femme
Espérance de vie à la naissance
Espérance de vie à la naissance
Espérance de vie à la naissance
Taux pour 1000
Taux pour 1000
Taux pour 1000

Sources : Contributions à l’analyse de la situation au Burkina Faso, au Mali et au Niger : », « Comment bénéficier du dividende démographique? La démographie au centre des trajectoires de développement dans les pays de l’UEMOA », Etude coordonnée par ICI Initiatives Conseil International, Ouagadougou sur un financement de l'agence française de développement

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L’évolution de d l’indice synthétique de fécondité suggère d’abord selon les estimations nationales un maintien de la fécondité au Mali au dessus de 6,5 enfants par femme ces dernières années, 1960, et pour le Burkina Faso et le Niger des baisses modestes après les maximum de respectivement de 7 et 8 enfants par femme atteints dans les années 1980. Ces baisses sont effectivement très modestes puisqu’en 2010 la fécondité dans ces deux pays restait supérieure à 6 enfants par femme.

Ces évolutions, maintien depuis 1960 d’une fécondité élevée et d’une mortalité en baisse, ont logiquement conduit à une augmentation des taux d’accroissement naturels qui restent aujourd’hui supérieurs à 3% par an. En dépit des émigrations fortes qu’ont connu le Mali, le Burkina Faso, et dans une moindre mesure le Niger, les taux d’accoisement annuels de la population sont restés élevés et sont aujourd’hui également supérieurs à 3% par an.

On peut dire en conséquence que l’objectif affiché dans les politiques de population des trois pays de maitriser leur accoisement démographique n’a pas (encore) été atteint, et qu’au contraire on a assisté à une accélération de leur croissance démographique.

3.2. Utilisation de la contraception

L’utilisation de la contraception est mesurée périodiquement par des enquêtes spécifiques notamment les enquêtes « Démographique et de Santé » (DHS). On dispose pour le Burkina Faso, le Mali et le

Niger des résultats de plusieurs de ces enquêtes

des résultats de l’enquête MICS (Enquête par Grappes à Indicateurs Multiples) réalisée en 2006, et pour le Niger des résultats d’une Enquête sur la prévalence contraceptive réalisée en 2010. La comparaison des résultats des enquêtes DHS avec ceux d’autres enquêtes est délicate car les questionnaires utilisés et l’échantillonnage sont différents. Cependant, en labsence de données plus récentes pour le Burkina Faso et le Niger nous avons utilisé les résultats de ces enquêtes

, mais on dispose en outre pour le Burkina Faso

12

Les résultats des enquêtes menées au Burkina Faso, au Mali et au Niger au cours des quelques 20 dernières années indiquent des niveaux très faibles d’utilisation de la contraception, mais aussi une progression modeste de la prévalence contraceptive (figures 3 et 4). En effet, les niveaux connus les plus récents de prévalence de la contraception se situent en gros entre 10% et 20% pour toutes les méthodes et entre 5% et 15% pour les méthodes modernes. Par ailleurs la progression de l’utilisation de la contraception est restée au cours des quelques 20 dernières années modeste voire faible, de 0,6/0,7 point de pourcentage par an au Burkina et au Niger (si on accepte sans réserve les résultats des dernières enquêtes), et de 0,2/0,3 point de pourcentage par an au Mali. Pour le Burkina et le Niger, l’accélération récente de l’utilisation de la contraception doit être considérée avec précaution car dans les deux cas, l’enquête la plus récente n’est pas une enquête DHS, comme l’enquête précédentes. La progression récente de l’utilisation de la contraception dans ces deux pays doit donc être confirmée par de nouvelles enquêtes.

En comparaison, la prévalence de la contraception se situait dans les pays émergents au milieu des

années 2000 entre 60% et 85% 13 . Ces pays qui, pour la plupart avaient des prévalences de l’ordre de 10% à 20% dans les années 1960, ont donc réalisé leur « révolution contraceptive » en une quarantaine d’années, ce qui correspond à des augmentations moyennes de la prévalence d’environ

1,5 point de pourcentage par an

au Niger, et davantage au Mali. On notera aussi que dans ces pays les méthodes traditionnelles,

moins efficaces

de 2-3% des femmes (Chine, Thaïlande, Maurice…) à 10% des femmes (Egypte, Mexique, Maroc…). Il s’agit dans la moitié à deux tiers des cas de besoins en contraception pour ne plus avoir d’enfants. La demande totale en planification familiale dans les pays émergents : utilisation actuelle plus besoins non satisfaits, se situe donc en gros entre 70% et 85% des femmes en union, les autres femmes n’étant pas concernées (car désirant être enceinte, pensant être stériles, etc.).

sont aujourd’hui généralement peu utilisées, et les besoins non satisfaits concernent

deux à trois plus élevées que celles observées au Burkina Faso et

14

15

12 DHS Demographic and Health Surveys, voir http://www.measuredhs.com/countries/ Burkina Faso, Mali Niger.

14 Guengant J.-P. et Rafalimanana H. : « The Cairo Approach …. Embracing too much ? », UIESSP, Tours, 13-18 juillet , 2005.

15 L’efficacité de méthodes traditionnelles est moindre que celle des méthodes modernes et de ce fait elles sont à l’origine de nombreux échecs (c'est-à-dire de grossesses non désirées voir l’efficacité des diverses méthodes de contraception à :

http://www.futuresgroup.com/resources/software/ voir sous Spectrum, le module FamPlan

Jean-Pierre GUENGANT Impact des politiques de population sur les politiques sectorielles et les évolutions démographiques au Burkina Faso, au Mali et au Niger. POPPOV Research Network 5ieme Conférence sur la recherche en Population, Santé de la reproduction et Développement économique 19-21 Janvier 2011 Marseille.

15

Figures 3 et 4 Evolution et croissance de l’utilisation de la contraception

Burkina Faso.

.Burkina Faso 3a Evolution de l''utilisation de la contraception parmi les femmes en union 80
.Burkina Faso 3a Evolution de l''utilisation de la contraception
parmi les femmes en union
80
75
Méthodes modernes
70
65
Méthodes traditionnelles
60
55
Toutes méthodes
50
45
Toutes méthodes et besoins non satisfaits
40
35
30
25
20
15
10
5
0
1980
1985
1990
1995
2000
2005
2010
% de contraceptrices

Mali.

Mali 3b. Evolution de l''utilisation de la contraception parmi les femmes en union 80 75
Mali 3b. Evolution de l''utilisation de la contraception
parmi les femmes en union
80
75
Méthodes modernes
70
65
Méthodes traditionnelles
60
Toutes méthodes
55
50
Toutes méthodes et besoins non satisfaits
45
40
35
30
25
20
15
10
5
0
1980
1985
1990
1995
2000
2005
2010
% de contraceptrices

Niger

Niger 3c Evolution de l''utilisation de la contraception parmi les femmes en union 80 75
Niger 3c Evolution de l''utilisation de la contraception
parmi les femmes en union
80
75
Méthodes modernes
70
65
Méthodes traditionnelles
60
55
50
Toutes méthodes
45
40
Toutes méthodes et besoins non satisfaits
35
30
25
20
15
10
5
0
1980
1985
1990
1995
2000
2005
2010
% de contraceptrices

Point d'augmentation de pourcentage

.Burkina Faso 4a. Point annuel moyen d'augmentation

2,0

1,5

1,0

0,5

0,0

-0,5

-1,0

de la prévalence contraceptive par périodes

Progression méthodes modernesProgression méthodes traditionnelles Progression toutes méthodes

Progression méthodes traditionnelles Progression toutes méthodes
Progression méthodes traditionnelles Progression toutes méthodes
Progression méthodes traditionnelles Progression toutes méthodes
Progression méthodes traditionnelles Progression toutes méthodes

Progression méthodes traditionnelles

Progression toutes méthodes

Progression méthodes traditionnelles Progression toutes méthodes
Progression méthodes traditionnelles Progression toutes méthodes
Progression méthodes traditionnelles Progression toutes méthodes
Progression méthodes traditionnelles Progression toutes méthodes
Progression méthodes traditionnelles Progression toutes méthodes
Progression méthodes traditionnelles Progression toutes méthodes
Progression méthodes traditionnelles Progression toutes méthodes
Progression méthodes traditionnelles Progression toutes méthodes
Progression méthodes modernes Progression méthodes traditionnelles Progression toutes méthodes

1993-1999 1999-2003 2003-2006

1993-2006

Point d'augmentation de

pourcentage

Mali 4b. Point annuel moyen d'augmentation

2,0

1,5

1,0

0,5

0,0

-0,5

-1,0

de la prévalence contraceptive par périodes

Progression méthodes modernes

Progression méthodes traditionnelles

Progression toutes méthodes
Progression toutes méthodes

Progression toutes méthodes

Progression toutes méthodes
Progression toutes méthodes
Progression méthodes modernes Progression méthodes traditionnelles Progression toutes méthodes
Progression méthodes modernes Progression méthodes traditionnelles Progression toutes méthodes
Progression méthodes modernes Progression méthodes traditionnelles Progression toutes méthodes

1987-1996 1996-2001

2001-2006

1987-2006

Point d'augmentation de

pourcentage

Niger 4c. Point annuel moyen d'augmentation

2,50

2,00

1,50

1,00

0,50

0,00

-0,50

-1,00

de la prévalence contraceptive par périodes

Progression méthodes

Progression méthodes

modernes

Progression méthodes

Progression méthodes

traditionnelles

Progression méthodes modernes Progression méthodes traditionnelles
Progression méthodes modernes Progression méthodes traditionnelles
Progression méthodes modernes Progression méthodes traditionnelles
Progression méthodes modernes Progression méthodes traditionnelles
Progression méthodes modernes Progression méthodes traditionnelles
Progression méthodes modernes Progression méthodes traditionnelles
Progression méthodes modernes Progression méthodes traditionnelles
Progression toutes méthodes 1992-1998 1998-2006 2006-2010 1992-2010

Progression toutes méthodes

Progression toutes méthodes 1992-1998 1998-2006 2006-2010 1992-2010

1992-1998

1998-2006

1992-1998 1998-2006 2006-2010 1992-2010

2006-2010

1992-2010

1992-1998 1998-2006 2006-2010 1992-2010

Sources : Sources : MEASURES DHS Online Tools (http://www.statcompiler.com/) et Contributions à l’analyse de la situation au Burkina Faso, au Mali et au Niger : », « comment bénéficier du dividende démographique? La démographie au centre des trajectoires de développement dans les pays de l’UEMOA », Etude coordonnée par ICI Initiatives Conseil International, Ouagadougou sur un financement de l'agence française de développement

Les faibles niveaux d’utilisation de la contraception au Burkina Fao au Mali et au Niger, n empêchent pas ces pays, d’enregistrer des niveaux de besoins en planification familiale non satisfaits relativement importants. C’est ainsi qu’en 2006 au Burkina et au Mali, 31% des femmes en union souhaitant espacer leur prochaine naissance ou ne voulant plus avoir d’enfants n’utilisaient aucune

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méthode de contraception, ce qui correspond à des besoins non satisfaits. Au Niger, les besoins non satisfaits concernaient en 2006 16% des femmes en union.

En dépit de l’importance des besoins non satisfaits, il faut noter que la demande totale en planification familiale en 2006 dans les trois pays : Burkina Faso 47%, Mali 39% et Niger 27% restait faible comparée à celles de 70% et 85% observées aujourd’hui dans les pays émergents. Comment expliquer cette différence.

3.3. Besoins en planification familiale et normes sociales

On attribue souvent les bas niveaux d’utilisation de la contraception et la demande modeste en planification familiale en Afrique subsaharienne à la faiblesse des niveaux d’instruction, à la pauvreté et aux valeurs pro natalistes des populations. Les données disponibles à ce sujet confirment partiellement cette interprétation.

Selon les résultats des dernières enquêtes DHS réalisées au Burkina Faso, au Mali et au Niger, l’utilisation de la contraception chez les femmes les femmes les plus éduquées (ayant au moins un niveau d’éducation secondaire) est cinq fois plus élevée que chez celles qui n’ont pas été scolarisées au Burkina Faso et au Mali et trois fois plus élevée au Niger (figures 5). Cependant la différence la plus marquée entre catégories concerne surtout la demande totale et la couverture des besoins non satisfaits.

On observe ainsi que les besoins non satisfaits chez les femmes éduquées sont relativement moins importants que les besoins non satisfaits chez les femmes qui n’ont pas été scolarisées. Mais en outre la demande totale est beaucoup plus importante chez les femmes éduquées que chez les femmes non scolarisées. La demande totale en planification familiale (utilisation de la contraception, plus les besoins non satisfaits) est ainsi proche de 70% au Burkina Faso et au Mali, et proche de 60% au Niger, c’est à dire à des niveaux voisins des 70% à 85% observés dans les pays émergents. En revanche chez les femmes non scolarisées la demande totale en planification familiale est quasiment deux fois moindre puisqu’elle se situe entre 25% au Niger et environ 40% au Burkina Faso et au Mali.

Ainsi, les femmes non scolarisées utilisent peu la contraception, leur demande est largement insatisfaite et cette demande est faible On peut expliquer cette situation en faisant l’hypothèse d’un double déni pour ces femmes de leurs droits reproductifs: un déni d’expression qui reflète leur manque d’information ou la négation par le mari et par la famille de leurs droits de s’exprimer sur le sujet, d’où une demande très faible, et un déni d’accès révélé par la faiblesse de leur utilisation de la contraception. Mais la faiblesse de la demande en planification familiale, hormis chez les femmes ayant au moins un niveau d’éducation secondaire, mais qui sont très peu nombreuses, peut aussi s’expliquer par une demande effectivement faible du fait des normes sociales : tradition pro-nataliste, valorisation des maternités nombreuses, et par ce que certains qualifient de « pesanteurs socio culturelles ». A ce sujet, l’examen des nombres idéals moyens d’enfants par niveau d’éducation et par âge montre qu’effectivement ces nombres restent élevés, y compris chez les jeunes femmes les éduquées.

On notera tout d’abord que globalement les nombres idéals moyens d’enfants restent très élevés : 5,3 au Burkina Faso en 2003, 6,3 au Mali en 2006, et 8,8 au Niger en 2006. S’il existe bien des différences par niveaux d’instruction il reste que les femmes ayant au moins un niveau d’éducation secondaire donnaient toujours des nombres idéals moyens d’enfants élevés : 3,6 au Burkina Faso, 4,7 au Mali et 6 au Niger. Ceci restait vrai chez les jeunes femmes les plus éduquées de 20 à 24 ans :

3,5 au Burkina Faso, 4,0 au Mali et 5,4 au Niger (figures 6). En fait, lorsque on compare les nombres moyens d’enfants désirées entre les femmes qui terminent leur vie féconde (âgées de 40-44 ans et 45 à 49 ans) et celles qui la commencent (âgées de 15 à 19 ans et 20 à 24 ans), on constate que si ceux-ci ont diminué chez les femmes non scolarisées ils restent de l’ordre de 6 enfants. Chez les femmes les plus éduquées la diminution est moindre, de l’ordre de 0,5 enfants., mais ils restetn également élevés

Ces résultats indiquent qu’au cours des 25 à 30 dernières années, le concept de maitrise de la fécondité, c'est-à-dire de libre choix en matière de nombre d’enfants n’est pas encore pleinement légitime. Ceci est largement le résultat de l’accent quasi exclusif mis sur l’espacement des naissances dans les campagnes d’information et par le personnel de santé, personnel souvent bousculé par les

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urgences obstétricales, peu motivé et pas ou peu convaincu des avantages de la planification familiale pour la santé de la mère et de l’enfant, et le bien-être des familles. Cela signifie aussi que les seuls progrès de l’éducation, l’amélioration du niveau de vie, et les changements supposés de comportement chez les jeunes ne suffiront pas à eux seuls à amorcer une baisse rapide de la fécondité et de la croissance démographique.

Figures 5et 6. Besoins satisfaits et besoins non satisfaits en panification familiale par niveaux d’éducation, et nombre idéal moyen d’enfants par groupes d’âge et niveau d’éducation

Burkina Faso.

 

5a. Burkina Faso 2003: % d'utlisatrices et de besoins non

satisfaits selon le besoin et le niveau d " éducation

80

70

Besoins non satisfaits: espacer

Besoins non satisfaits: espacer

                       
                       
     
     
     
     

60

50

40

30

20

10

0

pas scolarisée

primaire

secondaire ou +

 

Mali.

 

5b. Mali 2006: % d'utlisatrices et de besoins non satisfaits selon

le besoin et le niveau d"éducation

 

80

70

     
     
     

60

50

40

30

20

10

0

pas scolarisée

primaire

secondaire ou +

 

Niger

 

5c. Niger 2006: % d'utlisatrices et de besoins non satisfaits selon

le besoin et le niveau d"éducation

 

80

70

Besoins non satisfaits: limiter

     
     
     

60

50

40

30

20

10

0

pas scolarisée

primaire

secondaire ou +

 

6a. Burkina 2003: nombre idéal moyen d'enfants par

 

groupes d'âge et niveau d'éducation

 
 

8

7

6

5

4

3

2

1

0

8 7 6 5 4 3 2 1 0
8 7 6 5 4 3 2 1 0

nombre idéal d 'enfants

 
 

15-19

20-24

25-29

30-34

35-39

40-44

45-49

 

6b. Mali 2006: nombre idéal moyen d'enfants

par groupes d' âge et niveau d' éducation

 
 

8

7

6

5

4

3

2

1

0

non scolarisée

non scolarisée

nombre idéal d 'enfants

 
 

15-19 20-24

25-29 30-34 35-39

40-44 45-49

 

6c. Niger 2006: nombre idéal moyen d'enfants par

 

groupes d'âge et niveau d'éducation

 
 

12

10

8

6

4

2

0

12 10 8 6 4 2 0

nombre idéal d 'enfants

 
 

15-19

20-24

25-29

30-34 35-39

40-44

45-49

Sources : MEASURES DHS Online Tools (http://www.statcompiler.com/)

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L’accélération de la baisse de la fécondité est portant possible compte tenu de la demande existante et de l’ampleur des besoins non satisfaits. Mais il apparait toujours nécessaire de convaincre le leadership des pays concernés de donner à la planification familiale la priorité qu’elle doit avoir, de lancer de véritables campagnes de promotion de la planification familiale inscrites dans la durée, et de continuer à promouvoir, plus vigoureusement, les droits des femmes, droits économiques, sociaux, mais aussi leurs droits reproductifs qui ne sont pas toujours respectés.

Conclusions

Au vu des résultats obtenus au cours des vingt dernières années, c'est-à-dire depuis l’adoption des premières politiques de population au Burkina Faso, au Mali et au Niger, on ne peut pas parler de succès.

Tout d’abord, les politiques de population et leurs objectifs ne sont pas systématiquement mentionnées dans les autres politiques, plans, programmes et stratégies, De plus la variable population n’est pas non plus toujours prise en compte, la plupart de ces autres politiques plans programmes se fixant des objectifs en pourcentage, sans nécessairement mentionner les effectifs concernés et leur augmentation rapide.

Au vu des indicateurs d’impact que nous avons retenus, on ne peut pas non plus parler de succès au cours des 20 dernières années. Certes, la mortalité et la fécondité ont diminué, mais à des rythmes trop lents pour réduire la croissance démographique qui, en fait, s’est accélérée. Par ailleurs, l’utilisation de la contraception reste faible et elle n’a guère progressé depuis les années 1990, Enfin, l’idée de libre choix et de maitrise de la fécondité n’a pas beaucoup progressé. En effet, les nombres moyens idéals d’enfants restent élevés, y compris chez les jeunes et chez les femmes les plus éduquées.

Ce manque de résultats peut s’expliquer par la faiblesse des moyens humains et financiers accordés à la mise en œuvre des politiques de population, ainsi que par le manque de données et d’expertise, ce qui a empêché la formulation d’un diagnostic objectif. Ce manque de résultats peut aussi s’expliquer par les deux changements majeurs de paradigme intervenus au niveau international faisant peu de cas de la prise en compte de la variable démographique : l’adoption au Caire d’’une approche globale privilégiant les droits reproductifs et la santé de la reproduction, et l’adoption des objectifs du millénaire pour le développement. Dans ce contexte, les pays d’Afrique subsaharienne, dont le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont privilégié la prise en charge des grossesses et des accouchements, les urgences obstétricales et néonatales, et la prévention du VIH/Sida et la prise en charge des malades au détriment de la prévention des grossesses à risques, de l’exercice des droits reproductifs et in fine au détriment de l’accès à des services de planification familiale de qualité et de la promotion de l’utilisation de la contraception.

Néanmoins, quelques signes récents de progrès sont perceptibles. Tout d’abord, le handicap que constitue une forte croissance démographique pour la satisfaction de la demande sociale et pour l’accélération de l’augmentation du PIB par tête commence à être reconnu dans certaines stratégies de réduction de la pauvreté (au Burkina Faso et au Niger notamment). Aussi, même si les données actuellement disponibles doivent être confirmées, il semblerait qu’il y ai eu ces toutes dernières années une augmentation importante de l’utilisation de la contraception au Burkina Faso et au Niger.

Ces avancées restent cependant fragiles. En effet, les gouvernements des pays concernés affichent aujourd’hui l’ambition de devenir des pays émergents avec de fortes croissances économiques. Cependant, les gouvernements ne se sont pas encore vraiment engagés en faveur de la planification familiale et ils ne semblent toujours pas considérer la planification familiale comme un moyen important leur permettant atteindre leurs objectifs de développement économique et social. Pourtant, c’est en partie en réduisant leur forte croissance démographique que les pays aujourd’hui émergents ont pu atteindre leurs objectifs de développement. Par ailleurs, par rapport à l’expérience de nombreux pays d’Amérique laine et des Caraïbes où ce sont des organisations de la société civile qui ont commencé à diffuser l’idée de planification familiale, les organisations de la société civile en Afrique subsaharienne, et au Burkina Faso, au Mali et au Niger, restent aujourd‘hui toujours insuffisamment impliquées dans la promotion de la planification familiale. Enfin, l’accent souvent exclusif mis pendant longtemps sur l’espacement des naissances, au détriment du libre choix, a

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contribué à maintenir des nombres idéals denfants très élevés, y compris parmi les jeunes et les segments les plus éduqués de la population.

Au total, contrairement à une idée reçue, la baisse de la fécondité ne se fera pas toute seule. L’augmentation des niveaux d’éducation, l’augmentation du niveau de vie des populations nécessiteront encore plusieurs décennies d’efforts, et elles ne suffiront pas à enclencher l’accélération de la transition démographique, qui constitue un levier important d’accélération de la croissance économique. De fait, les politiques, plans, programmes, stratégies en matière de développement, de santé, d‘éducation, et les politiques de population doivent être mises en œuvre simultanément comme cela s’est fait dans les pays émergents.

Le chantier de la prise en compte adéquate de la variable démographique dans les pays qui ont toujours une forte croissance démographique tels que le Burkina Faso, le Mali et le Niger n’est donc pas encore véritablement ouvert. Le chantier de l’accélération de la transition démographique (l’accélération de la baisse de la mortalité et de la fécondité) non plus.

L’ouverture de ces chantiers passe par quelques pistes que nous contenterons simplement d’évoquer Il conviendrait tout d’abord de réaliser et de diffuser largement des projections démographiques nationales de type aide à la décision, acceptées, reconnues et utilisées par tous les acteurs et tous les secteurs (santé, éducation, agriculture, sécurité alimentaire, aménagement du territoire, etc). Ensuite, il serait nécessaire d’adopter de nouvelles politiques de population qui devraient être recentrées sur le champ qui est le leur, à savoir comment influencer la dynamique de la population, c’est à dire comment accélérer la baisse de la mortalité et de la fécondité. Les questions de migrations internationales, d’urbanisation et de répartition spatiale sont en effet davantage du ressort des Ministères en charge de ces questions. Il faudrait aussi redonner à la planification familiale la place qui lui revient dans les programmes de santé et de santé de la reproduction en se fixant des objectifs programmatiques ambitieux mais réalistes, comme par exemple l’augmentation de la prévalence de contraception de +1,5 point de pourcentage par an, qui permettrait de résorber en 20 ans les besoins non satisfaits actuels qui sont de l ordre de 30% au Burkina Faso et au Mali. Pour atteindre les objectifs retenus, des campagnes de sensibilisation en continue sont nécessaires sur les droits reproductifs des femmes, et sur leurs droits de choisir en matière de procréation. Enfin un engagement simultané ferme et non ambiguë des gouvernements, des organisations de la société civile et des bailleurs et partenaires au développement est indispensable pour obtenir des résultats.

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