Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

PRÉFACE
Depuis sa domestication, au néolithique, le cheval a toujours accompagné l’homme dans sa vie
quotidienne. Le département de la Haute-Saône, situé en Franche-Comté, région qui a donné
son nom à l’une des races de chevaux lourds bien connues, est imprégné par l’histoire de cette
complicité. Utilisé pour le débardage de bois ou encore l’attelage, le cheval comtois a toujours
été un fidèle compagnon haut-saônois.
L’exposition des Archives départementales « Compagnons de labeur » nous permet de redécouvrir
cette histoire qui lie le cheval à l’homme et de rappeler le rôle qu’il a joué dans l’économie et
dans le développement de notre territoire, jusqu’au lendemain de la seconde guerre mondiale.
Le cheval considéré comme « la plus belle conquête de l’homme », est devenu aujourd’hui un
compagnon de loisirs, qui conserve un lien affectif privilégié avec l’homme. La nouvelle
agriculture, soucieuse de développement harmonieux, lui ouvre de nouveaux espaces de
travail ; ici et là, il reprend du service dans les villes, où son estime contribue à renouer le lien
social.
Il symbolise notre volonté de vivre mieux, ensemble et en harmonie avec la nature, dans un
environnement privilégié.
A travers cette exposition, le Département de la Haute-Saône, attaché à son terroir, désire rendre
hommage à cet animal qui a marqué les progrès de la société.
Je souhaite qu’un public nombreux visite cette exposition et prenne plaisir à la lecture du catalogue
qui l’accompagne.

Yves Krattinger
Sénateur de la Haute-Saône - Président du Conseil général
1

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

2

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Sommaire
Préface

.....................................................................................................................................................................................................................................................

p. 1

Regards d’historiens ...........................................................................................................................................................................................................

p. 5

Mosaïque d'images ...............................................................................................................................................................................................................

p. 119

Exposition ..........................................................................................................................................................................................................................................

p. 173

Dossier pédagogique ..........................................................................................................................................................................................................

p. 199

3

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

4

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

REGARDS D’HISTORIENS
Regards d’historiens
• Le cheval et l'agriculture en Haute-Saône, du XVIIIe au XXe siècle
Jean-Louis CLADE
• Le cheval et la mine : une longue complicité
Denis MORIN

....................................................................

...............................................................................................................................

p. 7

p. 31

........................................................................................................

p. 47

• Les chevaux aux salines de Salins, du Moyen-âge au XVIIIe siècle ..................................................................
Paul DELSALLE et Laurence DELOBETTE

p. 59

• Le halage des bateaux sur la Saône
Louis BONNAMOUR

p. 77

• Une drôle de machine à laver : le patouillet à cheval
Hélène MORIN-HAMON

......................................................................................................................................................

Regards d’aujourd’hui
• Des hommes et des chevaux au travail aujourd’hui
Bernard BOUILHOL, Jean-Louis CANNELLE et Bernadette LIZET

...........................................................................................................

Bibliographie .....................................................................................................................................................................................................................................

p. 93

p. 115

5

Sommaire

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

6

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

LE CHEVAL ET L’AGRICULTURE EN HAUTE-SAÔNE (XVIII -XX
E

E SIÈCLES)

Jean-Louis CLADE
Le cheval n’est qu’un acteur parmi d’autres dans l’agriculture. Son usage dépend en effet de multiples facteurs : de
l’environnement d’abord, géographique et géologique, qui dicte la nature des activités agricoles, le tout inscrit dans
un ensemble territorial défini par la politique, puis de la répartition des terres entre les exploitants et, enfin du statut social
de ces derniers.

La chronologie aussi a son importance puisqu’elle exprime l’histoire des hommes et de leur adaptation au milieu. Le cheval n’a
pas toujours été le collaborateur privilégié du paysan ; longtemps ce fut un noble animal de guerre ; il assura les « charrois »
et tracta les trains d’artillerie. Pour travailler la terre, au rythme lent des saisons, les bovins convenaient mieux. Mais au cours
des siècles, avec l’augmentation de la population, l’agriculture se modernisa. L’homme créa la machine et la machine eut
besoin du cheval, plus rapide que le bœuf, jusqu’à ce que la machine se débarrassât du cheval.

La Haute-Saône connut cette évolution, à son rythme, avec ses spécificités. La place du cheval comme animal de trait ne s’y
dessine que lentement.

<

Regards d’historiens

>

7

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Formation administrative et géographie du territoire technologique
Le département de la Haute-Saône naît le 12 janvier 1790...
Comme le souligne J. GIRARDOT : « On se borne à équarrir
l’ancien bailliage et à le renfermer dans ses limites naturelles »1. La
nouvelle entité abandonne au département du Doubs cinquante-six
villages du bailliage de Vesoul et la totalité du bailliage de Baumeles-Dames à l’exception de Sénargent et de la Seigneurie
d’Héricourt. Elle laisse encore trois villages au département de la
Haute-Marne et neuf autres à celui des Vosges. En compensation,
elle obtient une vingtaine de villages champenois, lorrains ou
barrois et conserve le district de Gray que revendiquait le Doubs.
Vu sa position centrale, Vesoul devient le chef-lieu du
département2.
Mais la formation de la nouvelle entité administrative n’est pas
encore définitive. Le 4 février 1791, les villages de Passavant, la
Rochère et les Côtes rejoignent la Haute-Saône qui compte alors
642 communes. Lorsque le 11 octobre 1793, la Convention annexe
la principauté de Montbéliard, elle la rattache au district de Lure.
Voilà la Haute-Saône considérablement agrandie, et elle le demeure
quand est créé un septième district, celui de Montbéliard
précisément. Pour peu de temps dans cette période agitée. Le
11 messidor an V, le district de Montbéliard passe dans le nouveau
département du Mont-Terrible, avant d’être intégré au Doubs, à
l’exception du canton de Clairegoutte qui reste en Haute-Saône.
Quant au village de Couthenans, après bien des pérégrinations, il
réintègre le département le 26 mars 18293.

8

Quatre grands ensembles géographiques divisent le territoire hautsaônois qui, globalement, se présente comme une succession de
plans inclinés, orientés nord-est/sud-ouest, des Vosges au confluent
de la Saône et de l’Ognon4.

Au nord-est
Au nord-est du département d’abord, se dressent les lourdes
croupes vosgiennes ; le Ballon de Servance (1216 m) est le point
culminant du département. De tous côtés, aux versants et jusque
bas dans les vallées, s’accrochent les forêts de hêtres et de sapins.
Sur ces roches cristallines où prédominent selon les secteurs les
granits, les porphyres ou les grès, partout le sol est pauvre,
imperméable. A l’est, au pied des ballons, entre Faucogney et
Servance, s’étend la région dite des Mille étangs. Et quand cessent
les bois, sur les landes incultes, s’étalent genêts, bruyères et
fougères jusque sur les berges.
Le climat est rude. Il gèle de quatre-vingt-dix à cent jours par an.
Avec l’exploitation forestière, les activités humaines ne devraient
être que pastorales s’il n’y avait les nombreux torrents. Avec une
moyenne de précipitations qui atteint annuellement les 1 250
millimètres, les eaux ne manquent jamais et entraînent les roues à
aubes d’une foule d’industries, des scieries bien sûr, mais aussi des
usines métallurgiques et surtout textiles.

1 - GIRARDOT (Jean), Le Département de la Haute-Saône pendant la Révolution, tome I, éd. SALSA,Vesoul, 1973, p. 169-187.
2 - CLADE (Jean-Louis), La Haute-Saône autrefois, images de la vie quotidienne, éd. Cabédita, 2e éd., 2002.
3 - Ibid., p. 19-21.
4 - Ibid., Il s’agit d’un résumé à partir du texte initial.

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Au sud des Vosges

Les grandes vallées

Adossée aux ballons, débordant le vieux massif primaire, s’étale
ensuite de Champagney à Luxeuil, en passant par Mélisey et Lure,
une frange de coteaux, de plateaux tourmentés de grès bigarrés et
de granit. A la fin de l’ère quaternaire, des dépôts morainiques
furent abandonnés là par les glaciers. Le relief est accidenté et les
surfaces labourables sont faibles.
Puis, la Saône et ses affluents ont déblayé au pied de ces coteaux et
de ces plateaux, une succession de bassins pour former la
dépression marginale où dominent les calcaires coquilliers, les
marnes irisées et les argiles du lias. Elle comprend deux zones
constituées de prairies humides, voire marécageuses, propices à
l’élevage : l’une à l’ouest qui englobe en partie les cantons de
Combeaufontaine, de Vitrey et de Jussey, l’autre, autour de Vesoul,
au nord, drainée par le Durgeon.

Les alluvions modernes et les limons fertiles des vallées de la Saône
et de l’Ognon assurent la prospérité du département. Le climat se
fait plus clément. Les gelées et les précipitations sont moins
nombreuses, mais les étés plus chauds engendrent des sécheresses
parfois catastrophiques.
Globalement, les sols haut-saônois sont peu fertiles. Ils sont en
partie décalcifiés et nombre de ceux-ci sont pauvres en acide
phosphorique ; leur teneur en potasse est moyenne. Se posent des
problèmes d’amendements et de fumures5. Or, en ce début du XIXe
siècle, encore marqué par la Révolution politique, le monde paysan
est-il prêt à engager une révolution agricole, est-il prêt à se
moderniser, sachant que la modernisation passe par le rejet de la
routine, l’acquisition d’outillage et l’usage quasi exclusif du
cheval ?

Au sud-est
Enfin, des plateaux constituent la moitié sud du département. Leur
altitude moyenne oscille entre deux cents et trois cents mètres. Ils
sont formés de calcaire du jurassique moyen.
Sur ces plateaux les phénomènes karstiques abondent. Les eaux
superficielles sont rares. Le climat est là encore assez rigoureux. La
couche de terre arable, rougeâtre, est par endroit si peu épaisse que
la rocaille pointe parfois sous l’herbe maigre. Bois ou landes
habillent les croupes.

Dessin Jean
Garneret.
Folklore comtois, Barbizier, 1957

5 - GUFFROY (Lucien), Ingénieur en Chef des Services agricoles, et ses collaborateurs, Ingénieurs du Service, HERBLOT (Jacques) et PESSEAUD (Gaston), L’expérimentation
agricole en Haute-Saône en 1950-1951, Ministère de l’agriculture, Direction des Services agricoles de la Haute-Saône,Vesoul, imprimerie Marcel Bon, 1951.

<

Regards d’historiens

>

9

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Population et activités agricoles
En 1851, la Haute-Saône compte 347 469 habitants, soit une
densité de 64,6 habitants au km2. Or, à la veille de la Première
Guerre mondiale, le département n’affiche plus que 257 606
habitants, soit une perte de 89 863 unités. Sa densité passe à 47,9,
soit une chute de 16,7 %, alors que la densité moyenne en France
progresse de près de 9 %. Choléra de 1854, guerre de 1870, crises
économiques, vieillissement de la population, exode… se
conjuguent pour expliquer ce dépeuplement que le premier conflit
mondial ne fera qu’accentuer. Cette situation affectera le
département jusqu’au milieu du XXe siècle6.
Et c’est essentiellement la population des campagnes qui est
touchée. De 1851 à 1911, le nombre des ruraux diminue en effet
de 32,7 % tandis que croît la population urbaine sans compenser
toutefois la perte globale d’habitants. Outre les causes déjà
énoncées, le monde paysan subit une succession de crises graves :
une surproduction en 1850-1851 qui entraîne une mévente des
produits agricoles, deux fenaisons désastreuses en 1852 et 1853, et
trois récoltes déficitaires en 1854, 1855 et 1856. Pour solder les
dettes ou payer les fermages, le paysan doit vendre son bétail alors
que son cheptel est déjà réduit7.
Cependant, en dépit de cette fuite des paysans, la Haute-Saône
demeure un département essentiellement rural au début du XXe
siècle. En 1851 il y avait 50 097 chefs d’exploitation ; en 1911, il

10

n’en reste que 25 531. Le nombre des fermiers, des métayers et des
journaliers a également chuté. On assiste alors à une augmentation
du nombre des propriétaires et à une augmentation des moyennes
propriétés (10 à 40 hectares). En outre, si 86 % des exploitants sont
propriétaires, 32,5 % d’entre eux sont aussi des fermiers ; le
fermage est un complément nécessaire de la propriété en HauteSaône8.
Cette concentration des terres en faveur de la moyenne propriété
est remarquable et se poursuit lentement jusque dans les années
1950, puis s’accélère jusqu’à nos jours. Le nombre d’exploitations
de moins de 5 hectares passe ainsi de 18 003 en 1892 à 3 231 en
1950. Celles comprises entre 5 et 10 hectares suivent le même
mouvement avec une moindre ampleur : de 9 833 en 1892 à 3 821
en 1950. Un équilibre s’établit, avec une légère augmentation, pour
les exploitations de 10 à 20 hectares : toujours pour la même
période, de 4 857 à 5 204. En revanche, les 20 à 50 hectares
triplent : de 1 550 à 4 722. Quant aux plus de 50 hectares, elles
doublent pratiquement : de 258 à 4229.
Bien entendu, il faut tenir compte des nuances locales. Si
indiscutablement, dès 1908, un changement s’est opéré en faveur
de la moyenne propriété, il ne concerne pas tous les secteurs.Ainsi,
dans les Vosges saônoises et leur bordure méridionale, la propriété
oscillera encore longtemps entre 5 et 10 hectares10.

6 - CAREL (Henri), La Haute-Saône de 1850 à 1914, thèse de doctorat, 1970.
7 - Ibid.
8 - Ibid.
9 - GUFFROY (Lucien), Ingénieur en Chef des Services agricoles, et ses collaborateurs, Ingénieurs du Service, HERBLOT (Jacques) et PESSEAUD (Gaston), L’expérimentation
agricole en Haute-Saône en 1950-1951, op. cit.
10 - CAREL (Henri), La Haute-Saône de 1850 à 1914, op. cit.

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

chacun aient, dans chaque « pye ou « pie » (sole), des portions
égales de terre de même nature12. En 1885, il faut compter, en
moyenne, 16 parcelles par cote foncière d’une contenance de 25
ares par parcelle. La Haute-Saône est un des départements où le
fractionnement parcellaire, qui exagère encore les divisions de la
propriété, est le plus élevé13.
Que cultive-t-on en Haute-Saône ? Au milieu du XIXe siècle, des
céréales avant tout, comme dans la plus grande partie de la France.
Elles occupent les 2/3 des terres labourables qui, elles-mêmes,
couvrent près de la moitié du territoire. Leur répartition
géographique varie selon la plus ou moins grande richesse des sols :
le blé l’emporte partout mais particulièrement dans les
arrondissements de Vesoul et de Gray tandis que l’arrondissement
de Lure privilégie le seigle et le méteil ainsi que la pomme de
terre14.
En 1913, même s’il garde sa position prééminente, le blé voit son
aire réduite de 23 %, mais l’augmentation des rendements
compense la diminution des surfaces. L’avoine, en revanche, gagne
du terrain ; peut-être pour nourrir les chevaux, plus nombreux.
Quant au vignoble, il subit de plein fouet les conséquences
désastreuses du phylloxera.

Attelage de bovins à Faucogney.
(ADD, cliché Antoni)

Par ailleurs, le territoire est très morcelé et chaque propriété très
parcellée, ce qui gêne les assolements, empêche le développement
des prairies naturelles et s’oppose au drainage. Cette parcellisation
excessive provient des partages successoraux11. La famille
s’arrange, par souci de ne léser aucun des cohéritiers, pour que

Mais le fait marquant de cette deuxième moitié du XIXe siècle, c’est
la diminution des terres labourables. Elle s’affirme à partir de 1892
et s’accélère après 1914. En 1862, les labours couvraient 48,7 %
du département ; ils ne représentent plus que 25 % en 192915.

11 - Archives départementales de la Haute-Saône, Service éducatif, L’Agriculture en Haute-Saône au XIXe siècle, association des Amis des Archives,Vesoul, 1979, doc. 74 M 1, session
ordinaire de 1853, discours du préfet.
12 - ADD, Annuaire et statistiques de la Haute-Saône, 1803, p. 210.
13 - CAREL (Henri), La Haute-Saône de 1850 à 1914, op. cit.
14 - Ibid.
15 - Ibid.

<

Regards d’historiens

>

11

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Le cheval et les travaux agricoles

Chevaux de retour de l’abreuvoir à Suaucourt .
(collection privée)

Les prairies artificielles progressent lentement. De 3,7% en 1862,
elles passent à 28 % en 1892. De toute façon, jusqu’en 1914, toute
évolution est lente : longtemps encore, pour compenser le manque
de prairies, on utilise les terrains en jachère, le droit de vaine
pâture, les friches et les communaux. En 1870, rares sont les
cultivateurs qui recourent aux racines fourragères pour nourrir
leur bétail. Les bovins dominent l’élevage. A partir de 1868, la race
fémeline qui s’imposait jusque là est progressivement remplacée
par la race montbéliarde qui profite de l’extension des herbages.

12

Après avoir présenté le milieu naturel, indiqué la nature des
productions et présenté l’évolution de la population rurale, il
importe de se poser la question : quel animal de trait le paysan
utilise-t-il pour son travail ? On serait tenté de répondre : le
cheval. En effet, dès 1803, son importance est indéniable dans le
département : « Les chevaux sont… très nombreux dans une partie des
villages riches en prairies : la principale fortune de plusieurs de ces villages
consiste même dans le commerce de ces animaux, qui sont en général d’une
belle race, forts et propres au trait et à la selle… »16. Les chevaux sont
nombreux, certes, mais leur répartition sur le territoire hautsaônois est inégale et, si on en fait commerce, les utilise-t-on
obligatoirement comme animaux de trait ?
En 1803, le département compte 21 509 chevaux, soit moins d’un
cheval pour deux propriétaires exploitants17. C’est peu et c’est
certainement moins si l’on exclut tous les propriétaires qui
cultivent moins de 5 hectares et, qui plus est, sur des terrains de
qualité globalement médiocre. Un cheval coûte en effet très cher
tant à l’achat que pour sa nourriture, environ trois ou quatre fois
plus que le bœuf. Il est de santé plus fragile et sa mort peut ruiner
le petit propriétaire18. Avec moins de 5 hectares, il était donc
impossible de s’offrir le luxe d’un cheval, mais, dans le même
temps, un gros propriétaire pouvait entretenir un attelage de quatre
ou six chevaux19.

16 - ADD, Annuaire et statistiques de la Haute-Saône, 1803, p. 6.
17 - Ibid. , p. 31, 45, 62.
18 - DUBY (G.) et WALLON (A.), Histoire de la France rurale, depuis 1914, édition du Seuil, 1977, tome 1, p. 456, chapitre rédigé par Guy Fourquin.
19 - Annuaire publié pour 1832 et 1833 par la Société centrale d’Agriculture du département de la Haute-Saône, juillet 1832, extrait de « Les secrets du laboureur Benoît » dans
le Calendrier du bon cultivateur de Mathieu Dombasle.

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

en 1803 auxquels il faut ajouter 46 091 vaches21. Donc, même les «
villages riches en prairies » n’ont pas forcément recours au cheval.
Pourtant, très tôt, on a besoin de lui pour tirer la herse dans les
labours : il faut de la vitesse pour briser efficacement les mottes.

Attelage de bœufs à Baudoncourt. (collection privée)

Cette situation n’est pas propre à la Haute-Saône. Même dans les
riches terroirs du Bassin parisien, le paysan préfère le bœuf au
cheval.Tirer la charrue n’impose pas forcément la rapidité, la force
tranquille suffit, tout comme pour les défrichements, au Moyen
Age. Il est vrai que le nouveau joug, placé non plus sur les cornes
mais sur le front, permet de tirer bien meilleur parti de la force
d’animaux qui, par ailleurs, sont mieux sélectionnés et mieux
nourris qu’autrefois20. Et les bœufs ne manquent pas : 43 455 têtes

La vache n’est pas à négliger, car le bœuf comme bête de trait est
également un luxe : il ne donne pas de lait ! La vache en revanche
a tous les avantages. Elle fournit lait, viande et… force de travail.
On l’attelle seule et parfois avec un cheval : « …dans les cantons
arides et privés de prairies, on voit au contraire souvent de mauvais chevaux,
attelés avec de petites vaches, remplacer les bœufs pour la culture des terres
»22. Henri Carel est plus catégorique encore qui affirme que, en
Haute-Saône, en 1851, le bœuf est peu utilisé comme animal de
trait et qu’il est fréquemment remplacé par la vache de race
fémeline23. Ce que confirme l’annuaire de 1832 : « J’avais un petit
chariot auquel on attelait deux vaches, et qu’on chargeait d’un
mille environ de fourrage, qu’on amenait quelquefois d’un quart de
lieue, le lendemain on en attelait deux autres. Cela ne les fatiguait
pas du tout »24.
En 1803, le département, dont la superficie est de 456 964 ha, ne
possède que 171 557 ha de terre « en culture », soit seulement les
2/5 du territoire. « De ce nombre de 171 557 ha, on en cultive par
des chevaux ou des bœufs 134 000 ha et 37 457 ha par le seul
secours des bras ; savoir, 22 349 ha de terres labourables, 12 635 ha
de vignes et 2 473 ha de jardins »25.

20 - Ibid.
21 - ADD, Annuaire et statistiques de la Haute-Saône, 1803, p.31, 45, 62.
22 - Ibid., p. 6.
23 - CAREL (Henri), La Haute-Saône de 1850 à 1914, op.cit.
24 - Annuaire publié pour 1832 et 1833 par la Société centrale d’Agriculture du département de la Haute-Saône, juillet 1832, op. cit.
25 - ADD, Annuaire et statistiques de la Haute-Saône, 1803, p. 206.

<

Regards d’historiens

>

13

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Vaches se désaltérant à Apremont.

Train de bœufs tirant une grume sur un chariot :
la force tranquille suffit.

ADD, cliché Antoni

ADD, cliché Antoni

Chevaux et bœufs se côtoient donc, ces derniers l’emportant
certainement puisque, pour travailler la terre, on a encore recours
au « seul secours des bras » sur une partie non négligeable des
terres cultivées.
L’annuaire de 181526 dresse aussi un constat sur les conditions
d’élevage et de l’utilisation du cheval à cette époque. Ce n’est guère
brillant : « Leur hébergement est déplorable », souvent dans «
des lieux étroits, obscurs, humides et sales » ; ils n’ont pas de
litière ; ils s’abreuvent dans des mares polluées par les volailles ou
au lavoir... Au gré des saisons, donc des besoins, tantôt les paysans
les soumettent à « des travaux forcés et à de longues fatigues »,

14

tantôt ils les laissent « s’énerver dans un long repos ». Les paysans
les attellent trop jeunes, dès l’âge de 24 ou 30 mois. A cela s’ajoute
le mauvais choix des haras et leur éloignement de certaines
communes : le paysan préfère laisser libre la saillie au pâturage bien
que cette pratique contribue à « l’abâtardissement de l’espèce »27.
Pour les nourrir ou les engraisser, dès le retour de la belle saison,
les paysans les mettent au vert ; quelques-uns leur donnent un
mélange de pain de seigle avec de la paille hachée ; d’autres les
nourrissent de trèfle et de luzerne, mais ils prennent la précaution
« d’alterner et de mélanger ces aliments aqueux qui, donnés seuls
sans interruption, occasionneraient des dysenteries et des
tranchées… »28.

26 - ADD, Annuaire statistique et historique du département de la Haute-Saône, 1815, p.
27 - Ibid., p. 143-146.
28 - Ibid., p. 149.

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Des années difficiles pouvaient mettre en péril un cheptel déjà peu
abondant, bovins et chevaux confondus. Ainsi en 1852 et 1853, les
fenaisons furent désastreuses ce qui vida en partie les étables. Les
paysans durent vendre leur bétail, d’abord leurs chevaux et ils les
vendirent à bon prix parce que se préparait la guerre de Crimée29.
Des épizooties décimèrent alors le peu de bovins qui restaient. Le
manque d’animaux de trait se faisant durement sentir, l’armée mit
alors à la disposition des paysans des chevaux d’artillerie pour les
travaux des champs30.
A une situation socio-économique défavorable, s’ajoute le poids de
la routine qui pèse lourd dans le monde paysan et notamment en
Haute-Saône. Pourtant, peu à peu, des changements s’opèrent
même s’ils ne touchent qu’une minorité, celle des gros
propriétaires exploitants. A la fin du XIXe siècle, la création des
syndicats agricoles ouvre la porte aux achats d’engrais et de
semences31. De 1892 à 1913, les prairies artificielles gagnent du
terrain, au moins sur une partie de la « pie » laissée en jachère, ce
qui déjà limite le vain pâturage32.
La mécanisation a progressé. Il fallait remplacer l’absence de bras
conséquence de l’exode rural, surtout celui des journaliers et des
petits propriétaires qui louaient leur service, une fois terminés
leurs propres travaux. Pour la fenaison, on passe de 5 faucheuses en
1862 à 715 en 1892.

Attelage de bœufs à Jussey tirant un chariot de fumier. ADHS

<

29 - MARLIN (Roger), L’opinion franc-comtoise pendant la guerre de Crimée, 1957, p. 51.
La guerre de Crimée n’a sans doute pas été sans influer sur le marché des
céréales et des chevaux. La demande en chevaux de l’armée a dû inciter certains
cultivateurs à vendre leurs bêtes à haut prix, ce qui diminuera d’autant un
troupeau déjà insuffisant.
30 - CAREL (Henri), La Haute-Saône de 1850 à 1914, op. cit.
31 - CLADE, La Haute-Saône autrefois, op. cit., p. 61-62
32 - ADD, Annuaire et statistiques de la Haute-Saône, 1803. Cette possibilité était
déjà évoquée. Bien qu’elle ne soit plus mentionnée, on pense qu’elle fut mise en
pratique car elle existait encore dans les années 1950.

Regards d’historiens

>

15

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Des bœufs qui tractent une faucheuse mécanique à
Montagney :
on peut douter de l’efficacité de la machine.
ADD, cliché Antoni

Dans le même temps, on passe de 7 faneuses et râteaux à cheval à
158 ; pour la moisson, de 4 moissonneuses mécaniques à 338, mais
la faucheuse destinée à la fenaison pouvait être bricolée pour
moissonner. Pour le labour, de 0 charrue perfectionnée (le brabant
?) à 333. La progression la plus spectaculaire est celle de la houe à
cheval : de 50 à 219133. Mais, globalement considérée, la
mécanisation reste encore une exception.

16

En outre, pour que ce matériel soit performant, il faut qu’il soit tiré
par des chevaux. Certes, on voit sur certaines cartes postales du
début du XXe siècle, des bœufs attelés, par exemple à une faucheuse
mécanique. Mais il est alors permis de douter de l’efficacité de
l’engin. Il faut de la vitesse pour que la barre de coupe tranche
efficacement l’herbe et seul le cheval autorise la vitesse nécessaire.
D’ailleurs, sur la plupart des cartes postales, domine la présence
des chevaux. Et pourtant, en 1892, ils ne sont encore que 21 463,
à peine moins qu’en 1803. En fait, si leur nombre est resté
pratiquement stable, le nombre de propriétaires exploitants a, en
revanche, chuté de 50 %. La majorité d’entre eux possède alors de
30 à 40 hectares, sans compter les terres louées, et les exploitations
de 20 à 50 ha ont triplé. Par conséquent, même si le bœuf est
toujours présent comme animal de trait, le cheval tendrait à
s’imposer dans les exploitations. Demeurent les 160 942 bovins,
vaches et bœufs, dont on ignore quelle proportion peut être encore
utilisée pour la traction.
Après la saignée humaine de la Première Guerre mondiale, la
mécanisation s’intensifie. Elle devient indispensable. Il importe en
effet de compenser, une fois encore, le manque de bras. Le cheval
renforce alors sa position.

33 - CAREL (Henri), La Haute-Saône de 1850 à 1914, op. cit., statistique citée par…

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Quel cheval ?
La race et son amélioration
Quel était l’aspect physique de ces chevaux ? Autrement dit,
appartenaient-ils à une « race » particulière ? A la race comtoise
par exemple. En fait, cela nous importe peu, d’autant plus que,
comme l’écrit Dominique Jacques-Jouvenot34, la naissance de la
race comtoise ne date que du début du XXe siècle et relève avant
tout d’une « construction sociale », d’un choix et d’une définition
établis par les éleveurs eux-mêmes.
En 1888, Sanson, dans son Traité de zootechnie (t.3), donne une
description du cheval tel qu’on le rencontrait à cette époque dans
notre région : « La production chevaline n’étant nullement à sa place en
Franche-Comté, nous ne nous étendrons guère sur la description
zootechnique des chevaux descendant de ceux qu’y introduisirent les
Burgondes. Une grosse tête à l’extrémité d’une encolure maigre, des formes
anguleuses du corps avec une croupe très oblique et des membres faibles
terminés par de grands pieds, tel est le portrait non chargé de ces chevaux,
des deux côtés de la chaîne du Jura, en France et en Suisse »35.

Durant cette période, les intendants qui se succèdent en FrancheComté consacrent toute leur énergie à développer l’élevage du
cheval37. Il passe par la sélection des haras, c’est-à-dire «
l’ensemble des étalons d’une province qui sont sélectionnés pour
assurer la reproduction et répartis chez les gardes-étalons »38.
Ceux-ci sont à 80 % des laboureurs, tous gens aisés. Les étalons
sont de deux types : il peut s’agir d’un étalon approuvé, c’est-àdire d’un animal appartenant à un paysan, mais jugé apte à remplir
cette fonction par l’inspecteur du haras, ou il peut s’agir d’un
étalon royal remis au garde-étalon par l’intendant. Les éleveurs
doivent faire saillir leurs juments par les étalons, moyennant
rétribution aux gardes-étalons, dans le respect des règlements alors
en vigueur.

Description peu flatteuse, mais ne déplaise à Sanson, aux XVIIe et
XVIIIe siècles, les chevaux de la province étaient estimés pour leurs
qualités de rusticité et d’endurance. S’ils ont une grosse tête et des
formes peu plaisantes, ils sont réputés travailleurs. Si leurs
membres sont grêles, ils sont secs et nerveux. Ce sont des chevaux
actifs et sobres36.

Dessin Jean
Garneret.
Folklore comtois, Barbizier, 1957

34 - JACQUES-JOUVENOT (Dominique), Bai,Alezan et frison clair, Hommes, Femmes et chevaux comtois, collection patrimoine ethnologique, éd. Cêtre, 1994, p. 28-29.
35 - FRISSON (Maurice), L’Elevage du cheval de trait en Haute-Saône, ancienne imprimerie Cival, 1931.
36 - Ibid.
37 - WADEL (Patrick), Le Garde-étalon comtois et son cheval: une révolution culturelle (1678-1790), dans le cadre du Festival d’Histoire de Montbrison, 24 septembre-2 octobre 1994,
De Pégase à Jappeloup, cheval et société, p. 401- 413.
38 - MOREAU (Céline), Le cheval dans les campagnes comtoises au XVIIIe siècle, dans Mémoire de la Société d’Emulation du Doubs, nouvelle série, n° 42, 2000, p. 173.

<

Regards d’historiens

>

17

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Ainsi, en 1684, trente chevaux danois sont dispersés dans les
communautés par le pouvoir royal. C’est un échec que constate
Jérôme de Pontchartrain, Secrétaire d’Etat à la Marine et à la
Maison du roi « ... ils trouvent ces chevaux peu propres pour leurs juments
ayant mieux avoir des chevaux espais de grosse encolure et des jambes
chargées de poils à quoy je suis persuadé qu’ils se sont trompés, et que la
Franche-Comté pourrait produire des chevaux plus fins et plus
déchargés. »39 En 1725, on apprend que les communautés ont vendu
la plupart des étalons.
En 1737, l’intendant renforce la réglementation afin d’assurer le
monopole de la monte aux seuls étalons approuvés ou aux étalons
royaux. Il interdit les « coureurs »40, mais ceux-ci continuent à
exercer leur lucratif commerce, parcourant les villages avec leur
étalon « auquel il pendoit une cloche au col, et un ruban attaché à
la queue, il en faisoit marché avec le propriétaire de jument pour 12
ou 15 sols chaque sault… »41.
D’autres réformes suivirent toujours dans le souci de mettre fin
aux abus. Le pouvoir royal tenta, sans plus de succès, d’introduire
encore une fois des chevaux « étrangers », allemands et danois,
toujours aussi mal accueillis : « …au lieu d’aller les chercher, on doit
les fuir comme la peste »42 dit-on alors. Il faut attendre l’intendant Lacoré

18

qui, vers 1780, admet les qualités du cheval de trait comtois et décide d’en
régénérer l’espèce. Il déclare dans un mémoire : « L’espèce des chevaux en
Franche-Comté n’est point fine ny propre en général pour la monture, mais
en revanche les chevaux de trait y sont aussy beaux que bons et leur
destination ordinaire en tems de guerre est pour le service de l’artillerie »43.
Mais c’est surtout au cours du XIXe siècle que le gouvernement se
préoccupe de l’élevage des chevaux. Un décret du 14 juillet 1806
réorganise les haras dans le but « d’améliorer la race des chevaux, de
procurer aux cultivateurs des élèves utiles à leur exploitation, et d’un prix
avantageux à la vente »44. Des étalons sont placés, sur indication des
préfets, chez les propriétaires « les plus distingués par leur zèle et leurs
connaissances dans l’art d’élever et de soigner les chevaux »45. Les
particuliers, qui ont des étalons destinés à la monte, peuvent les
présenter aux inspecteurs généraux pour les faire approuver. Un
dépôt de 50 à 60 étalons est constitué à Besançon.
L’Annuaire de 1815 parle d’amélioration de la race grâce « à un
bon choix d’étalons » et de l’intérêt que porte le département à la
multiplication des chevaux. Le document affine aussi la
présentation : « En général,l’espèce est petite et forte.Elle présente deux
variétés distinctes qu’on occupe à des travaux différents. L’une, originaire des
cantons de l’Est de la Haute-Marne, est employée spécialement aux travaux
pénibles de l’agriculture.Elle domine dans les cantons de Jussey,deVauvillers

39 - WADEL (Patrick), Le Garde-étalon comtois et son cheval..., op. cit.
40 - ADD, CIC 1196, ordonnance de l’intendant de Vanolles du 15 mars 1737, art XVI : « Les Particuliers appelés Coureurs, courans les campagne, foires et marchés dans le
tems de la monte avec des chevaux entiers pour les faire servir d’étalons, seront saisis et conduits dans les prisons plus prochaines du lieu de la capture, leurs chevaux acquis
et confisqués, et eux condamnés chacun en trois cens livres d’amende, sauf à faire en outre le procès extraordinairement ausdits coureurs, comme vagabons et gens sans
aveus, et comme réfractaires aux règlemens des haras, ainsi qu’il appartiendra ».
41 - Un mémoire rédigé en 1765…, cité par Patrick Wadel, Le Garde-étalon comtois et son cheval…, op. cit.
42 - WADEL (Patrick), Le Garde-étalon comtois et son cheval…, op. cit.
43 - ADD, CIC 1215, Mémoire sur les haras de Franche-Comté.
44 - ADD, Statistique abrégé du département de la Haute-Saône, 1819, p. 138-139
45 - Ibid.

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

et autres circonvoisins. L’autre est originaire de la Suisse. Celle-ci, plus
vigoureuse, donne de bons chevaux de roulage, d’artillerie et de cavalerie
légère. On la trouve dans les cantons d’Héricourt, de Villersexel et dans leur
voisinage »46.
Les chevaux de trait sont dits « de type comtois », améliorés par
l’introduction de juments et d’étalons percherons et boulonnais.
Ces croisements très nombreux, parfois livrés au hasard, ne sont
pas toujours très heureux puisqu’ils produisent parfois « des
manières de monstres, des bêtes décousues, sans type, sans moyen,
sans valeur »47.
Pour remédier à cette situation, le dépôt de Besançon place sept
étalons en Haute-Saône : deux à Jussey, un à Vesoul, deux à Lure et,
en 1824, deux à Gray48 ; ils sont placés sur l’indication du préfet.
De 1838 à 1851, les autorités départementales poursuivent
l’introduction de juments percheronnes, puis d’étalons percherons
placés chez des fermiers. La seconde expérience surtout est jugée
concluante : « Les produits obtenus cette année sont nombreux et
présentent de plus en plus les caractères de la race percheronne »49.

En 1851, on assiste à un total changement d’orientation. Le
gouvernement décide la production d’un cheval de guerre. Ce
choix est dicté avant tout par des nécessités économiques :
l’élevage de trait n’a plus de débouché, il ne se vend plus ou mal.
Les chemins de fer se développent, le roulage est en pleine crise. La
remonte de l’armée offre donc de nouvelles perspectives. Il faut
adapter la race aux besoins et produire par conséquent des chevaux
de luxe ou des chevaux de guerre. Le salut est donc dans l’élevage
du cheval de demi-sang.
Un dépôt de remonte est créé à Faverney. Les premiers achats de
demi-sang ont lieu dès 1852 et, en 1864, la substitution des demisang aux percherons est complètement réalisée. L’élevage du cheval
de trait est désormais abandonné à son sort. Or, les éleveurs
résistent, privilégiant le cheval de trait dont la vente est toujours
assurée à condition que l’animal soit bien conformé50.
En 1899, il faut se rendre à l’évidence : l’élevage des demi-sang est
un échec. On en revient à l’élevage du cheval de trait. Abandonnée
depuis 35 ans, sa politique de sélection doit être reprise. Jusqu’en
1902, les choix se portent, comme par le passé, sur le percheron et
le boulonnais, puis, en 1907, sur l’ardennais belge. Celui-ci trouve,
en Franche-Comté, un climat et un terrain conforme à son
tempérament plus rustique et plus sobre que le percheron... car les
éleveurs comtois ne sont pas gros nourrisseurs.

Dessin Jean
Garneret.
Folklore comtois, Barbizier, 1957

46 - ADD, Annuaire 1815, op. cit., p. 145-146.
47 - GOYOT, La Franche-Comté chevaline, 1848-1854, cité par Henri Carel,op. cit., p. 151.
48 - ADD, Annuaire historique et statistique du département de la Haute-Saône, 1825.
49 - FRISSON (Maurice), L’Elevage du cheval de trait en Haute-Saône, op. cit.
50 - Ibid.

<

Regards d’historiens

>

19

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Les étalons nationaux sont alors répartis en 5 stations : trois dans
l’arrondissement de Gray, à Arc-les-Gray, Champlitte et Pesmes,
une à Faverney dans l’arrondissement de Vesoul, et une dans
l’arrondissement de Lure, à Vauvillers, la dernière créée (1927). En
193052, ces reproducteurs sont au nombre de 14, tous de race
ardennaise et d’un modèle conforme aux besoins du pays.
Malgré les efforts des pouvoirs publics, quel que soit le régime
politique, le nombre des chevaux augmente peu ou pas. De la fin du
XVIIe siècle à la fin du XVIIIe siècle, pour la Franche-Comté, le
nombre de têtes s’établit aux alentours de 50 000. En Haute-Saône,
de 1803 à 1892, on dénombre en moyenne 20 000 chevaux…
Reproduction mal assurée ? C’est possible, mais il ne faut pas
oublier que le nombre d’exploitants a chuté de moitié et que les
chevaux font l’objet d’un commerce lucratif : on les vend le plus
tôt possible. Et cette activité complique cette étude car on ignore
le nombre de chevaux mis au travail et le nombre de chevaux élevés
pour être vendus, quand ce ne sont pas les mêmes.

Attelage de chevaux remorquant une péniche
à Port-sur-Saône. ADHS

A partir de 1911, se poursuit alors un croisement continu avec
l’ardennais qui, de génération en génération, donnera un cheval
d’un format moyen correspondant aux possibilités de la région, de
meilleure qualité que celui obtenu avec les juments importées.
L’étalon ardennais a donc considérablement amélioré le cheptel de
trait et, avec une meilleure alimentation, il a élevé, petit à petit, la
taille avec l’usage de la poulinière du pays51.

20

Elevage et commerce du cheval
Il est difficile de déterminer à partir de quelle époque la FrancheComté s’est lancée dans le commerce des chevaux. Une certitude :
au XVIIIe siècle, l’élevage du cheval occupe une place importante
parmi les activités agricoles53. Il s’agit de vendre de bons chevaux
de trait tant pour l’agriculture que pour le roulage et les besoins de

51 - Ibid.
52 - Ibid.
53 - MOREAU (Cécile), Le commerce du cheval en Franche-Comté au dernier siècle de l’Ancien Régime, dans Mémoires de la Société d’Emulation du Doubs, nouvelle série, n° 44, 2002, p. 111.

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

l’armée, et non pas pour la consommation. Depuis le VIIe siècle, les
papes Grégoire III et Zacharie 1er ont en effet condamné
l’hippophagie. Ce n’est qu’en 1866 qu’une première boucherie
chevaline ouvre ses portes à Paris.
Eleveurs et maquignons fréquentent alors les nombreuses foires aux
chevaux où s’effectuent les tractations et les ventes : Vesoul,
Faverney, Jussey, Luxeuil, Mélisey, Lure, Marnay… Les marchands
viennent de toutes les régions de France : de l’Auvergne, du
Lyonnais, de la Brie, de la Champagne, de la Bourgogne, du Berry, de
la Lorraine, de l’Alsace, mais aussi des cantons suisses, Neuchâtel et
fribourg… Ce sont ainsi 5 000 chevaux qui quittent chaque année la
province54.
Mais la Haute-Saône n’est pas qu’exportatrice de chevaux, elle en
importe aussi : « La Suisse lui en fournit le 6e ; le département du Doubs
le tiers et le Haut-Rhin, la moitié. Les importations, année commune, s’élèvent
à 1 500 individus,presque tous chevaux hongres de 7 à 8 ans.On peut ajouter
à cette quantité environ 150 poulains »55.Après avoir utilisé ces chevaux
pendant quelque temps, les paysans les mettent à l’engrais, ainsi que
les poulains, avant de les vendre dans les foires.
Les guerres révolutionnaires et napoléoniennes ont décimé le cheptel
et désorganisé ce commerce. Bien des chevaux ont été
réquisitionnés. L’Annuaire de la Haute-saône de 181956, dresse un
bilan négatif de cette période : « Le département tirait autrefois de la
Suisse et des départements du Haut-Rhin et du Doubs, de jeunes chevaux
hongres, des poulains et des bœufs que l’on engraissait pour les vendre ensuite
dans les foires.Les années malheureuses qui viennent de s’écouler ont suspendu
cette branche importante de commerce qui reprendra,il faut l’espérer,toute son
activité les beaux jours de paix ». La perte est sensible sans être
catastrophique : on passe de 21 509 chevaux en 1803 à 18 848 en
1815, soit 2 661 têtes de moins…

Des chevaux pour l’Armée. ADHS, collection privée

54 - Ibid.
55 - ADD, Annuaire de 1815, op. cit., p. 179.
56 - ADD, Statistique abrégé du département de la Haute-Saône, 1819, p. 32-33

<

Regards d’historiens

>

21

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Tous les secteurs agricoles haut-saônois n’étaient pas aptes à
nourrir les chevaux. Seuls les riches herbages des cantons de Vitrey,
Jussey, Vauvillers, Amance, Combeaufontaine, Port-sur-Saône et
Vesoul pouvaient accueillir les animaux avec profit, et, dans une
moindre mesure, les cantons de Scey-sur-Saône, Rioz et
Montbozon ainsi que des noyaux dans les cantons de
l’arrondissement de Gray57.
En 1851, quand les pouvoirs publics incitèrent les éleveurs à
s’orienter résolument vers l’élevage des demi-sang anglonormands destinés à l’artillerie et au train de l’armée, beaucoup
d’éleveurs se montrèrent sensibles aux encouragements officiels et
s’engagèrent dans la voie indiquée par le Service des Haras et des
Remontes. Les chevaux de trait risquant de mal se vendre, ils
pensaient avoir trouvé un débouché de remplacement.
L’expérience fut désastreuse. Les éleveurs ne tardèrent pas à
revenir à l’élevage du cheval de trait, une tendance qui se dessina
dès 1868. Ce type d’élevage réussissait mieux et laissait un bénéfice
plus grand. Certains éleveurs achetaient des poulains de sept à huit
mois et, après élevage, les revendaient à l’âge de quatre ans. « Ces
chevaux de gros trait faisaient l’objet d’une exportation assez active dans le
Midi. Les foires à chevaux de Port-sur-Saône, Combeaufontaine, Jussey,
Luxeuil, Gray,Villersexel étaient d’autant plus fréquentées que le cheval
tendait peu à peu à se substituer aux bovins comme train de culture »58.

Chevaux à l’abreuvoir à Confracourt. ADHS

22

57 - FRISSON (Maurice), L’Elevage du cheval de trait en Haute-Saône, op. cit.
58 - CAREL (Henri), La Haute-Saône de 1850 à 1914, op. cit.

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Une mécanisation nécessaire
Jusqu’au milieu du XXe siècle, l’agriculture reste dans l’ensemble
routinière. Les techniques agricoles n’évoluent que très lentement.
La grande majorité des paysans reste fidèle à l’assolement triennal,
à la jachère et à leur complément, la vaine pâture. Certes, les
prairies naturelles progressent : en 1892 : 63 886 ha ; en 1922 : 109
876 ha ; en 1929 : 127 500 ha. Les fils de fer barbelés surgissent
transformant en parcs et en pâtures des terres autrefois consacrées
à une médiocre culture des céréales59. Les terrains de parcours se
restreignent.
Pourtant, en 1960, la Chambre d’Agriculture dénonce encore
l’usage de la vaine pâture : « Il ne suffit pas de vulgariser les meilleures
techniques agricoles... Il importe que certaines pratiques traditionnelles
puissent être modifiées. La vaine pâture est un écueil à toute amélioration...
Il faut que les municipalités suppriment la vaine pâture »60. La loi de
1889 interdit cette pratique, mais laisse au conseil municipal le soin
de la maintenir, de la réglementer ou de la supprimer.
Se maintiennent donc, chez les petits exploitants, des pratiques
archaïques : peu ou pas d’achat au dehors, pas de sélection, pas
d’engrais autre que le fumier dont la valeur fertilisante est
diminuée par le lessivage des pluies. Longtemps, le paysan préfère
la sage lenteur des bovins alors que le pas du cheval, plus rapide,
impose de marcher bien plus vite. Longtemps, la notion du temps
et de la rentabilité sont étrangers au monde paysan. Pour la plupart
des cultivateurs, la préoccupation majeure est de garantir la

Le cheval s’impose pour répondre aux exigences de la
mécanisation. Photo Sygma, Machinisme agricole

subsistance de la famille et d’agrandir la terre qu’ils cultivent en
acquérant le lopin convoité. Aussi, les économies réalisées sontelles affectées à ces objectifs et non à l’amélioration des techniques.
Dans une étude réalisée en 1923, on peut lire : « Les cultivateurs
veulent faire de tout, chacun continue ses travaux sans rien changer ainsi
qu’il l’a vu pratiquer dans sa jeunesse.Tous les vieux procédés subsistent. Les
plateaux franc-comtois aujourd’hui nous donnent presque l’idée exacte de ce
que pouvaient être la technique et l’économie agricole il y a plusieurs
siècles »60.

59 - FRISSON (Maurice), L’Elevage du cheval de trait en Haute-Saône, op. cit.
60 - CAREL (Henri), La Haute-Saône de 1850 à 1914, cité par…, op. cit.

<

Regards d’historiens

>

23

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Dans les années 1940-1945, chariot de foin tiré par des bœufs.
Photo André Blanc

Pourtant, et c’est incontestable, entre les deux guerres mondiales,
l’agriculture haut-saônoise se modernise. Il ne peut en être
autrement. « La guerre a sonné le glas d’une agriculture consommatrice
de travail humain.Le recours aux moyens modernes de production,et d’abord
aux machines, ne peut être repoussé »62. La main d’œuvre manque du

24

fait de l’exode rural et de la guerre. La concentration des terres,
engagée dès le milieu du XIXe siècle, se poursuit avec une
modification des pratiques culturales.
La superficie labourée a diminué de plus de moitié en une
cinquantaine d’années (1900 : 244 294 ha ; 1950 : 100 000 ha) au
profit des surfaces en herbe qui ont plus que doublé (1892 : 66 847
ha ; 1950 : 148 221) comme ont doublé les landes et terres incultes
(892 : 26 492 ha ; 1950 : 54 66863). Le nombre des bovins a lui
aussi évolué passant de 160 942 têtes en 1892 à 112 000 en 195064,
et ce sont avant tout des vaches pour une production laitière avec
fabrication de fromage (emmental) ; l’embouche a perdu de son
importance, le bœuf aussi.
Les surfaces en herbe imposent un nouveau matériel. Les
faucheuses mécaniques sont de plus en plus nombreuses. Les
faneuses et les râteaux mécaniques se répandent. Même si les
surfaces emblavées sont moindres, la productivité est supérieure et
les paysans achètent des javeleuses, puis des moissonneuses-lieuses.
Pour tracter ce matériel, il est évident que le cheval affirme de plus
en plus sa prééminence. En 1929 on recense 29 241 têtes, un
maximum qui ne sera plus jamais atteint alors que le nombre
d’agriculteurs a encore diminué65.
La Seconde Guerre mondiale marquera une régression du cheptel
chevalin, de l’ordre de 20 %66. En 1943, on recense 20 026
chevaux67.

62 - DUBY (G.) et WALLON (A.), Histoire de la France rurale, depuis 1914, op. cit., p. 59.
63 - GUFFROY (Lucien), Ingénieur en Chef des Services agricoles, et ses collaborateurs, Ingénieurs du Service, HERBLOT (Jacques) et PESSEAUD (Gaston), L’expérimentation
agricole en Haute-Saône en 1950-1951, Ministère de l’agriculture, Direction des Services agricoles de la Haute-Saône,Vesoul, imprimerie Marcel Bon, 1951.
64 - Ibid.
65 - Ibid.
66 - Guyard Valérie, La Diffusion des progrès agricoles dans le département de la Haute-Saône entre 1868 et 1910, mémoire de maîtrise sous la direction de Mme Brosselain, année 19971998.
67 - ADHS, Plan d’exploitation de la production animale, statique de 1942

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Le tracteur
La guerre terminée, le travail reprend, avec les chevaux. Personne
alors ne se doute de la « Révolution » qui se prépare, qui va
bousculer un cadre de vie qui semblait immuable. Cette révolution,
c’est le tracteur.
La mécanisation apparaît jusque là comme l’ultime progrès. « Le
problème de la motorisation de l’agriculture n’est pas à l’ordre du jour »68.
Le cheval est devenu et demeure le seul mode de traction.
Rares sont ceux qui croient alors en l’efficacité des tracteurs. Il est
vrai que, avant-guerre, des engins motorisés, qui tenaient plus du
tank que du tracteur, avaient tenté une timide apparition, mais peu
commodes, peu fiables, ils avaient bien vite achevé leur éphémère
carrière à la ferraille. L’agriculture en Haute-Saône, tout comme
l’agriculture française, en restait donc à la traction animale,
considérée alors comme la seule rentable. En 1923, Henri et Joseph
Hitier notaient qu’ « avec le prix élevé de l’essence, l’hectare travaillé au
tracteur revenait sensiblement plus cher que travaillé par les attelages »69.
Ils ne niaient pas le rôle pratique du tracteur, mais ils en faisaient un
simple « instrument de recours »70. En 1936, R. Dumont, ajoutait
à propos de la motorisation totale : « Elle ne doit pas être poussée trop
loin… il ne faut jamais envisager le remplacement de tous les chevaux par
la traction inanimée »71.
Pourtant, dès les années 1950-1955, le tracteur s’impose72. Le plan
Marshall d’aide au relèvement économique de l’Europe

Dans les années 1950, chariot de foin attelé au cheval.
Photo Saint-Hillier

occidentale, ruinée par la guerre, favorise l’évolution. Sa
vulgarisation et sa généralisation bouleversent radicalement la
civilisation rurale traditionnelle, rompant brutalement avec des
millénaires de traction animale.Au départ, le tracteur ne fait que se
substituer au cheval. On reste fidèle aux anciennes pratiques
culturales. On se contente de bricoler les chariots et les
mécaniques d’avant-guerre, on remplace les limonières par des
timons. Le tracteur tire le brabant, la faucheuse mécanique, la
faneuse, le râteau, la moissonneuse-lieuse…

68 - DUBY (G.) et WALLON (A.), Histoire de la France rurale, depuis 1914, op. cit., p. 61.
69 - HITIER (H. et J.), Les problèmes actuels de l’agriculture, Payot, 1923, p. 89-90.
70 - Ibid.
71 - DUMONT (R.), Misère ou prospérité paysanne, Fustier, 1936, p. 148.
72 - CLADE (Jean-Louis), La Vie des paysans franc-comtois dans les années 1950, éd. Cabédita, 2000 (nouvelle édition).

<

Regards d’historiens

>

25

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Mais rapidement les possesseurs de tracteur acquièrent le matériel
propre à l’engin : charrue et faucheuse portées notamment. Dans
un second temps, une nouvelle phase de mécanisation, adaptée au
tracteur, se développe et l’on voit apparaître râteau-fane, presse à
fourrage, moissonneuse-batteuse tractée73… La statistique agricole
de 1969, pour la Haute-Saône, suffit à donner la mesure de
l’évolution sachant qu’avant la guerre, la plupart de ces machineslà n’existaient pas : 1600 tracteurs à essence, 7 000 tracteurs diesel,
1 200 faucheuses portées, 1 000 moissonneuses-lieuses, 200
moissonneuses-batteuses tractées, 900 moissonneuses automotrices, 3 200 presses-ramasseuses74… En une dizaine d’années,
les paysans passent de la moissonneuse-lieuse tractée par des
chevaux à la moissonneuse-batteuse auto-tractée, de la simple
fourche à la presse à fourrage75. Une mutation sans précédent !
Et les chevaux ? Leur nombre lui aussi permet de mesurer
l’évolution : en 1968, ne restent que 1 200 juments poulinières, 2
000 chevaux de trait et 200 mulets76. Certains paysans conservèrent
encore un cheval pendant quelques années pour les menus travaux
ou des travaux particuliers comme, par exemple, la plantation, le
buttage et l’arrachage des pommes de terre, ou l’entretien d’une
vigne, le temps qu’une machine spécifique ne s’impose ou que
disparaissent les dernières vignes77.

76 - ADHS, Statistique agricole, 1969, op. cit. Nous n’avons par relevé le nombre de
mules et de mulets dans les statistiques du XIXe siècle, leur nombre étant
dérisoire (14 en 1803). La mécanisation, dans la première moitié du XXe siècle,
qui imposait un animal de trait plus rapide, a-t-elle favorisé l’emploi des mulets
d’un entretien plus facile et moins coûteux que le cheval ?
77 - CLADE, La vie des paysans…, op. cit.

Un tracteur « Renault » et sa faucheuse portée.
Photo J. Poulain

26

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Rencontre entre deux générations : l’ancien et le cheval,
l’enfant et le tracteur.
Photo L . Bouchard

Mais la motorisation ne se contente pas seulement de transformer
le matériel. Elle engendre des mutations plus profondes. D’abord
l’abandon des anciennes pratiques culturales : c’en est fini de
l’assolement triennal, du moins de ce qu’il en restait, et le paysan
songe à regrouper les terres de son exploitation afin d’utiliser au
mieux son nouveau matériel, de le rentabiliser aussi. La
mécanisation et la motorisation ne pouvaient s’accommoder de la
multitude de parcelles, souvent exiguës, dispersées sur tout le

territoire communal. On parla alors de remembrement en dépit de
la réticence ou de la résistance des anciens78.
La ferme, outil de travail, elle aussi se transforme. Pour abriter le
nouveau matériel, il faut de la place. Or, la motorisation amplifie
l’exode rural qui libère des fermes. « De 1945 à 1970, le nombre
des fermes comtoises a diminué de 50% ; depuis 1970, deux ou
trois exploitations ont disparu tous les jours79 ». Ces bâtiments
délaissés sont loués ou achetés par les paysans qui restent. Puis,
bientôt, on construit des hangars hors du village, plus fonctionnels.
Le tracteur a en effet accéléré l’exode rural, chassant ceux qui ne
pouvaient pas l’acquérir, parce qu’ils étaient incapables de s’adapter
ou parce qu’ils manquaient de moyens financiers ; l’engin coûtait
cher. Comment le rentabiliser quand on n’exploitait qu’une
trentaine d’hectares, en moyenne ?
La thésaurisation ne suffit plus à répondre aux besoins financiers
créés par la mécanisation et la motorisation. Le paysan est contraint
d’agrandir son exploitation pour amortir un matériel coûteux qui,
par ailleurs, s’use vite. Conséquence de l’exode, la terre abonde :
il faut louer ou acheter. En 1980, n’importe quel agriculteur en
Haute-Saône dispose au moins de 80 hectares, en moyenne.
L’époque où la patiente épargne permettait d’acheter le lopin tant
convoité est bien révolue. La banque prend alors dans la vie rurale
une importance capitale. Elle encaisse la «paie de lait» et le montant
des ventes des céréales, mais accorde en revanche les prêts dont
l’agriculteur a besoin. Il y perd incontestablement son
indépendance, mais a-t-il le choix ?

78 - Ibid.
79 - BOICHARD (Jean) (sous la direction de Roland FIETIER), Histoire de la Franche-Comté, éd. Privat, 1980, p. 465.

<

Regards d’historiens

>

27

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Jusqu’au milieu du XXe siècle, le père transmettait au fils ses façons
culturales dont il avait lui-même hérité de ses pères. A partir des
années 1950, les jeunes ruraux fréquentent de plus en plus les
écoles d’agriculture qui les initient à d’autres procédés où la
machine tient une place prépondérante. L’école leur inculque les
notions de rendement, d’amortissement, de gestion. Depuis le
remembrement, certains agriculteurs tournent même résolument
le dos à l’ancestrale polyculture pour s’orienter vers une
monoculture céréalière. Deux générations s’opposèrent alors, et le
temps et la nécessité ne pouvaient que servir la seconde.

Un « Farmall » à essence équipée… d’un autoradio :
une installation artisanale qui préfigure l’avenir.

Enfin, au tracteur s’ajoute l’automobile qui rapproche citadins et
ruraux. La télévision apporte une détente tout en ouvrant d’autres
perspectives sur le monde. Le confort entre à la ferme. Le paysan
accède à la société de consommation ; le mot « loisir » entre dans
son vocabulaire avec le cheval… comme animal de compagnie !

Cliché Ch. Perrey

28

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Conclusion

Sources manuscrites

Il apparaît que définir précisément la place du cheval dans
l’agriculture haut-saônoise au cours des deux siècles considérés est
impossible. Les documents ne sont pas assez précis. Cependant,
sans grand risque d’erreur, en considérant les cadres dans lesquels
s’inscrivent les activités agricoles, on peut affirmer que le cheval est
peu présent comme animal de trait avant la Première Guerre
mondiale, mais que son usage progresse lentement. Les données
globales corroborent cette affirmation. D’ailleurs cette situation
n’est pas propre à la seule Haute-Saône, d’autres régions de France
connaissent la même évolution à des rythmes différents. L’élevage,
pour le commerce, constitue un phénomène intéressant, mais qui
n’a là encore rien d’original. De nombreux secteurs en France
pratiquaient l’élevage du cheval.
Demeure un fait incontestable, le cheval s’impose entre les deux
guerres parce qu’il convient mieux au matériel agricole nouveau
qui envahit les campagnes. Seul le tracteur le contraindra à se
retirer, tournant une page fondamentale de l’histoire de
l’agriculture : la fin de la traction animale.

<

ADD, CIC 1196, ordonnance de l’intendant de Vanolles du 15 mars
1737, art XVI.
ADD, CIC 1215, Mémoire sur les haras de Franche-Comté.

Sources imprimées
ADD (Archives départementales du Doubs)
Annuaire et statistique de la Haute-Saône, 1803
Annuaire statistique et historique du département de la HauteSaône, 1815.
Statistique abrégé du département de la Haute-Saône, 1819
Annuaire historique et statistique de département de la HauteSaône, 1825.
Annuaire publié pour 1832 et 1833 par la Société centrale
d’Agriculture du département de la Haute-Saône, juillet 1832.
ADHS (Archives départementales de la Haute-Saône)
Plan d’exploitation de la production animale, statique de 1942.
Statistique agricole, 1969, résultats de 1968.

Regards d’historiens

>

29

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

30

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

LE CHEVAL ET LA MINE : UNE LONGUE COMPLICITÉ
Par Denis Morin, UMR CNRS 5608
Autrefois, certains chevaux travaillaient dans les champs, alors que d’autres tiraient les wagonnets au fond des mines ou encore
étaient employés à l’enrichissement du minerai.

<

Regards d’historiens

>

31

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Au jour et au fond, le travail à la mine.
Des centaines de chevaux ont travaillé dans les mines, comme les
hommes, pour tracter des trains de berlines de minerai dans les
galeries. Dès le XVIe siècle, le cheval est présent en surface. C’est
lui qui emmène le minerai jusqu’aux forges. Au milieu du XVIIIe
siècle, il descend pour la première fois dans la mine. Avant lui,
c’étaient les hommes (appelés les herscheurs) qui poussaient les
wagons ou chiens de mines sur les voies de roulages en bois.

La Rouge Myne de Sainct Nicolas
Folio du manuscrit d’Heinrich Gross (1530).
Mineurs poussant des chariots ou chiens de mine.

32

<

Cette substitution intervient au moment où les galeries
s’élargissent grâce à l’introduction de la poudre. Les voies de
circulation sont moins étroites et plus longues. L’accroissement des
concessions, la recherche d’un rendement sans cesse plus
important expliquent en partie le recours quasi généralisé à cette
nouvelle forme d’énergie.
Le cheval de mine a fait l’objet de témoignages qui illustrent la
pénibilité des tâches au fond mais sont aussi associés aux multiples
innovations dont les exploitations se dotent notamment à la fin de
l’époque médiévale et au début de la Renaissance.
Les œuvres d’art en rapport avec la mine sont rares, elles
proviennent essentiellement de la province minière germanique où
se trouvent les Monts métallifères. Parmi cette iconographie, le
cheval occupe une place relativement discrète. Son utilisation est
cependant attestée pour l’extraction et en particulier le pompage
de l’eau accumulée ou exhaure. La première préoccupation des
mineurs de la Renaissance était en effet de foncer des puits et des
galeries au-delà d’une certaine profondeur pour poursuivre
l’exploitation des filons et ainsi accroître leur production. Pour
évacuer en permanence les eaux d’infiltration et empêcher
l’inondation des travaux, les ingénieurs mirent au point des
machines complexes mues par l’énergie hydraulique mais aussi par
la force animale.

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Parmi les premières représentations du cheval dans les mines, le
graduel de Kutna Hora (Bibliothèque Nationale de Vienne, 1490)
peint par Maître Mathis montre en trois registres superposés un
écorché du monde de la mine et des scènes multiples de travaux liés
à la préparation et au traitement du minerai à la surface.

Manège à chevaux (puits
d’extraction à engrenages).
Sur cette gravure illustrant une
carte de répartition des mines
et carrières, un baritel ou
Wargue fonctionne au moyen
d’un manège à chevaux. Le
retour d’angle se fait ici comme
sur les miniatures de KutnaHora par un engrenage à
lanterne. ANF

Graduel de Kutna-Hora (1490)
Vue générale de l’œuvre.
Österreichische National Bibliothek, Wien)

<

Regards d’historiens

>

33

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Un système d’exhaure au jour est actionné par un manège de
chevaux couvert par une construction de bois. Information majeure
pour l’histoire des techniques minières, cette illustration est l’une
des toutes premières images d’un chevalement qui atteste de
l’utilisation de l’énergie animale dans la mine.
Cette tour qui abrite le manège et les molettes est au cœur du
système technique de l’exploitation. C’est l’endroit stratégique où
l’eau de la mine est remontée en permanence. C’est aussi
l’emplacement où s’effectuaient les manœuvres d’extraction des
hommes et du matériel.

Manège ou Wargue. Tableau de Paul Sandby (1786), National Museum of Wales.
Il s’agit d’un treuil manœuvré par un ou plusieurs chevaux à partir d’un
manège. Le câble s’enroule sur un tambour. Le retour d’angle s’effectue
par des poulies.

34

<

Graduel de Kutna-Hora (1490)
Vue générale de l’œuvre.
Österreichische National Bibliothek, Wien)
Détail du manège d’exhaure.
Ce manège associé à une tour en bois constitue la première
représentation connue de l’énergie animale dans la mine. Il s’agit
également de l’ancêtre du chevalement de mine.

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

La peinture sur bois de Saint Anne, la vierge et l’enfant de l’église de
Roznava (Slovaquie) réalisée en 1513 dépeint un paysage minier à
l’arrière plan d’une scène religieuse. Au sommet d’une montagne,
le peintre a représenté plusieurs scènes minières : quatre chevaux
actionnent un tambour à corde relié à un puits par l’intermédiaire
d’une poulie. C’est en fait l’ancêtre du baritel ou wargue qui
équipera nombre de mines en Europe jusqu’au milieu du
XIXe siècle.
Ces machines à molette équipent encore de nombreux puits
jusqu’au début du XXe siècle. C’est un système destiné à
l’extraction du minerai ou de l’eau d’exhaure. Un manège de
chevaux sert de moteur à un tambour autour duquel une corde de
chanvre s’enroule dans un sens tout en se déroulant dans l’autre.
Les deux extrémités du câble passent par des molettes de bois à
partir desquelles elles plongent dans le puits à la verticale. Ce
mécanisme assure en permanence le va et vient du fond jusqu’à la
surface des tonneaux de minerais appelés aussi bennes ou cuffats.
Un attelage traîne une carriole chargée de minerai qui descend de
la montagne, rejoignant la fonderie. En revanche, le transport
souterrain s’effectue manuellement comme le montre à droite de
la peinture la représentation d’un chien de mine poussé par un
mineur sur une voie de roulage en bois. Le paysage minier est en
position secondaire mais apparaît ici beaucoup plus réaliste qu’à
Kutna Hora.

Sainte Anne. Vierge à l’enfant. (1513) Museum de Roznava.
Ce tableau montre à l’arrière-plan un paysage minier avec à son
sommet un puits aménagé avec un manège à chevaux ou wargue. Dans
la montagne on aperçoit un mineur poussant un chien de mine et
plusieurs charrois descendant de la montagne lourdement chargés.
À gauche se trouve la fonderie.

<

Regards d’historiens

>

35

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Au XVIe siècle, les pièces de monnaie sont en or ou en argent. Ces
métaux précieux, indispensables au développement économique et
au commerce sont rares. Il est donc très intéressant pour le Duc
Antoine de Lorraine de posséder des mines. L’une d’elles, située
dans les Vosges à la Croix aux Mines, lui appartient. Vers 1530,
Heinrich Gross, peintre alsacien décrit cette exploitation. Les
images qui se succèdent comme une série de plans fixes constituent
un recueil de dessins à la plume à l’encre noire et rehaussés à
l’aquarelle, petit livre qu’Heinrich Gross réalisa pour le Duc de
Lorraine.
Ce manuscrit est conservé à l’Ecole des Beaux Arts de Paris
(Inventaire E.B.A. n°M 11). Il comporte 25 feuillets, dessinés recto
verso. À l’exception du premier dessin, dont la moitié droite
manque, les dessins sont continus d’un feuillet à l’autre.
Dans cette véritable bande dessinée, les chevaux sont pratiquement
tous voués aux transports des matériaux hors de la mine. Certains
sont employés au transport du minerai, tandis que d’autres
effectuent l’acheminement des matériaux qui seront utilisés pour la
fonderie.
Des barres de fer sont ainsi amenées sur un gros chariot tiré par
trois chevaux, pesées et déposées dans la maison des mineurs, au
village.
Elles serviront au forgeron qui fabrique et répare les outils des
mineurs. Les acheteurs font ensuite charger leur minerai : soit dans
des chariots, soit dans des sacs portés par paire à dos de cheval
jusqu’aux forges où l’on traite le minerai pour en extraire le métal.

36

La Rouge Myne de Sainct Nicolas
Folio du manuscrit d’Heinrich Gross (1530).
« L'amenaige et livraige du fer en la maison ». Les barres
de fer transportées sur un chariot sont livrées à la forge.

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle
Planche tirée du « De Re
Metallica » de G. Agricola
(1556).
Cette planche montre le
fonctionnement
d’une
machinerie d’exhaure. La
partie supérieure au jour
actionne
une
noria
installée dans la mine à
partir
d’un
système
d’engrenages.

La Rouge Myne de Sainct Nicolas
Folio du manuscrit d’Heinrich Gross (1530).
A gauche : « les chareurs de myne ». Lourdement chargés de minerais,
les chariots empruntent les sentiers de montagne pour se rendre à la
fonderie.
A droite :« L'amenaige du charbon pour la forge et le livraige d'icelluy ».
Le charbon de bois, combustible indispensable pour les opérations de
fusion et de coupellation, sont transportés par des chariots tirés par des
chevaux.

Le charbon de bois quant à lui est transporté au village pour être
livré aux fondeurs dans des chariots en osier tressé. Il est déchargé
à l’aide de grands paniers plats ou rasses qui servent de mesure et
sont comptés à l’entrée de la maison.

<

Dans l’ouvrage magistral d’Agricola sur les techniques minières et
métallurgiques, De Re Metallica, l’auteur suggère plutôt qu’il ne
représente, le rôle des animaux comme énergie dans les
machineries de mines. Le cheval est néanmoins présent pour
illustrer les différentes énergies utilisées dans l’extraction. Une
planche montre le fonctionnement d’un manège d’exhaure et les
systèmes d’engrenages qui l’accompagnent.

Regards d’historiens

>

37

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Les salines ne font pas exception dans l’utilisation du cheval pour
remonter les eaux chargées de sel ou muire. A Montbéliard,
Heinrich Schickhardt, architecte ingénieur de Frédéric de
Würtemberg, étudie les systèmes d’élévation des eaux douces et
salées du puits à muire de Salins. La machinerie qu’il dessine avec
un soin tout particulier, composée d’une noria et d’une roue à
auget, est actionnée par deux chevaux.
Dans les mines de sel de Wieliczka, en Pologne, les chevaux sont
utilisés dans la mine en 1780 pour l’extraction (exhaure
essentiellement) et le traînage du sel au fond à l’aide de bennes à
patins.

Machinerie d’exhaure actionnée par des chevaux.
Dessin de l’ingénieur H. Schickhardt. Élévation des eaux douces et
salées du puits à muire de Salins (1593).
Hauptstaatsarchiv Stuttgart : N 220, T 59

38

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Manèges et chevaux au travail dans la mine de sel de Wieliczka (1780).

Mine Wallonne. La houillère. Tableau de Léonard Defrance(XVIIIe s.).

Bergakademic Freiberg Bibliothek.
Sur cette gravure les chevaux sont très nombreux dans la mine. Ils
descendent par un système de descenderie. Certains sont employés
au transport du sel par traînage tandis que d’autres actionnent une
machinerie d’extraction au moyen d’un manège.

Musée de l’art Wallon , Liège.
Le cheval à l’arrière-plan participe à la remontée des câbles.

Le chariot de mine préfigure l’avènement du chemin de fer dans les
mines de houille.
A la fin du XVIIIe s. et au début du XIXe siècle, le cheval se
généralise dans les mines.

Dans les mines de lignite de Corcelles-sur-Saulnot en Haute-Saône
un manège à un cheval est mentionné en 1848 pour l’exhaure.Avec
l’aide d’un manège à cheval, l’épuisement s’effectuait au moyen de
bennes. A cette époque, on enlevait environ 40 à 50 hectolitres par
24 heures. En hiver le débit augmentait, il était de 160 à 180
hectolitres par 24 heures (PV de visite de l’Ingénieur des Mines en
date du 15 octobre 1848 – ADHS 295 S5).

Certaines houillères anglaises possèdent jusqu’à 300 chevaux. Dans
de nombreux cas, les exploitations ont recours à de petits poneys
ou pit poneys ne dépassant pas 0,90 m au garrot. Leurs écuries sont
construites à proximité des puits, là où l’aérage est constant.

<

Regards d’historiens

>

39

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Les mineurs remontaient au jour la houille extraite dans des bennes
de trois hectolitres au moyen d’un manège à deux chevaux. Dans un
procès-verbal de visite, l’ingénieur des Mines signale la présence de
trois conducteurs de chevaux (PV de visite de l’Ingénieur des Mines
en date du 15 avril 1837 – ADHS 295 S5).
« Deux hommes suffisent pour la conduite d’un manège, l’un pour
commander les chevaux et l’autre pour actionner la manivelle qui fait obéir
les freins du tambour lorsque les seaux sont montés » (AN F14 4244,
Pajot des Charmes, 1784).

En terrain plat et sur voie, un cheval pouvait remorquer jusqu’à
huit berlines chargées de 800 kilogrammes, il avançait à une vitesse
de 4 kilomètres à l’heure.
En 10 heures de travail, il pouvait ainsi parcourir près de 40
kilomètres et transportait 128 tonnes de minerais par kilomètre et
par jour (Chalon 1902). Dans les houillères du Nord, un cheval
effectuait en principe six à sept heures de travail quotidien et
pouvait tracter jusqu’à 30 tonnes kilométriques utiles par demi
journée.
Pour accéder dans la mine, les chevaux empruntaient les galeries de
travers-bancs, situées à flanc de versant. C’est le cas dans les mines
de fer de Lorraine où les couches de fer étaient quasi horizontales.
En début de poste, le conducteur du cheval, le Bauer, allait
chercher l’animal à l’écurie située sur le carreau de la mine et
s’enfonçait avec lui dans la longue galerie de roulage qui permettait
d’accéder aux chantiers d’exploitation. Parfois une galerie était
réservée au seul usage des chevaux et portait alors le nom de
Pferdstollen.

Train de berlines au
fond de la mine tracté
par un cheval.

40

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Dans les exploitations profondes, les chevaux étaient descendus
dans les puits au moyen d’un système de sangles ou de sacs
spécialement disposés pour cet usage. Protégé par de la simple
paille, le cheval aveuglé par un bandeau était enfermé verticalement
dans un harnais, les quatre membres entravés, c’est ainsi qu’il était
amené sur son lieu de travail au fond de la mine.

Descente d’un cheval sanglé dans la mine. Carte postale, Le Creusot

<

Cette opération délicate, stressante pour l’animal nécessitait de
nombreuses précautions. Progressivement, les chevaux seront
descendus dans des cages d’extraction qui fonctionneront comme
de véritables ascenseurs.
Le travail et la vie des animaux au fond étaient rythmés par les
prises de poste, la traction des trains de berlines chargées de
minerais, de stériles ou de matériel de boisage, les arrêts pour les
repas et le retour à l’écurie. Un cheval était affecté en général au
même conducteur et au même quartier de mine. Le cheval comme
le mineur possédait son équipement propre : collier, barrette de
protection du front, œillères et des fourreaux dans lesquels
passaient les chaînes de traction pour protéger ses flancs. Le
harnachement subissait beaucoup de dégâts et il fallait en général
un bourrelier pour trente chevaux dans les mines du Nord. La bride
était dépouillée de la muserolle et parfois de la sous-gorge, par
contre on lui rajoutait un couvre-nuque. On ajoutait souvent sur
l’attelle un anneau pour accrocher une lampe de mine, et une
cloche ou des grelots pour annoncer l’approche des convois. A
l’atelier de la fosse, le forgeron était chargé de surveiller encolures,
flancs, boulets, ferrage des sabots et de renseigner le porion sur
l’état de santé des animaux. Après le vétérinaire, c’est avec le
conducteur que le cheval a le plus de contact. Celui-ci est un
mineur chargé de former le convoi de wagons que le cheval va tirer
dans la galerie.

Regards d’historiens

>

41

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Les écuries au fond de la mine étaient très rudimentaires jusqu’à la
fin du XIXe siècle : une anfractuosité aménagée dans la roche et
meublée d’un râtelier et d’une caisse en bois.
Plus tard, on va s’efforcer de réduire l’humidité en cimentant les
murs de l’écurie. Les écuries souterraines étaient souvent
aménagées dans une portion de galeries inutilisée. Le sol était pavé
ou bétonné, légèrement incliné pour assurer l’écoulement des eaux.
Les réserves de foins étaient placées dans des niches maçonnées
également. L’aérage devait être suffisant pour que la température
soit modérée et constante. En théorie, dès lors que les précautions
nécessaires étaient prises pour ne pas les surmener et pour les faire
reposer dans de bonnes conditions, les chevaux pouvaient supporter
un séjour ininterrompu de plusieurs mois au fond de la mine. Audelà leur vue risquait de s’affaiblir. Malgré ces efforts, les rats étaient
nombreux et l’humidité y était si importante que le fourrage devait
être descendu et renouvelé tous les jours.
Les chevaux pouvaient passer dix ou quinze ans au fond, la mortalité
restait de l’ordre de 30 %. Leur peau était constamment couverte
d’écorchures et d’ecchymoses. Dans certaines mines, ils étaient
remontés régulièrement à la surface.
Les accidents de mine étaient souvent fatals aux animaux. Les
éboulements ne leur laissaient aucune chance de survie, pas plus que
les coups de grisou ou les inondations. Les hommes étaient sauvés
les premiers. L’extrême dureté du travail faisait rechercher des
chevaux dont l’ossature et la masse musculaire permettaient de
fournir des efforts importants sans fatigue excessive ni usure
prématurée. Les sabots devaient être bien formés pour résister aux
chocs contre les rails ou les rochers et aux stations dans la boue. Il
fallait changer leurs fers fréquemment, toutes les une à deux
semaines. La taille du cheval variait en fonction du travail demandé
et du gabarit des galeries. Des mules ou des poneys étaient parfois
42

<

Ecurie
rudimentaire
aménagée le
long d’une voie
de roulage dans
une houillère.
(XIXe s.)

employés, comme les Shetland ou les Pottoks. Ces animaux se
déplaçaient sans difficulté dans les galeries, leur travail était très
répétitif.
Les Houillères de Ronchamp possédaient une vaste écurie qu’elles
entretenaient avec soin. Les premiers chevaux utilisés au fond
apparaissent à partir de 1857. Ils servent à tracter les chariots
jusqu’au puits dans la galerie d’allongement (ADHS 19 J 71). Au
puits d’Eboulet en 1888 dans les fonçages, où la pente est de 0,35 m
par mètre, l’extraction s’opère au moyen de chevaux qui remontent
les wagons en descendant le plan incliné (ADHS 19 J 71).

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

L’utilisation du cheval se généralise progressivement. Chaque puits
possède ainsi une écurie au fond avec quatre ou cinq chevaux.
L’objectif était de supprimer à terme les ouvriers rouleurs.
En 1907, les galeries sont aménagées afin de permettre la circulation
d’un cheval, cette modification épargnera l’emploi de six ouvriers
rouleurs (ADHS 19 J 55). La mine de Ronchamp compte ainsi
14 chevaux et 3 ânes (ADHS 19 J 82) en 1941.
Après la Seconde Guerre Mondiale, la mécanisation sonne le glas des
chevaux de mine, et en 1970, les locomotives Diesel remplaceront
inexorablement les chevaux. Cependant dans les houillères où
l’électrification et l’utilisation de moteurs à explosion restent un
problème délicat en raison des risques d’explosion, les chevaux
continuent à être utilisés pour certaines manoeuvres.Ainsi en 1962,
dans les houillères de Lorraine quelques chevaux desservent encore
des galeries difficiles d’accès et certains chantiers d’exploitation.
Au fond comme au jour, l’énergie animale montre ses limites : « les
machines mues par des chevaux sont rarement assez puissantes ; elles en
exigent un grand nombre ;leur travail est presque toujours forcé ;il en périt
considérablement, ce qui à la longue devient frayeux » (AN F14 4244,
Pajot des Charmes, 1784).

Réglement concernant le mode de distribution de la ration
des chevaux
La ration sera distribuée de la manière suivante :
A 2 heures du matin :
- 1/3 de la ration d’avoine ;
- 1 seau d’eau à boire ;
- 1/3 de la ration de foin ;
- 1/2 seau d’eau à boire.
De 10 heures à midi :
- 1/3 de la ration d’avoine ;
- 1 seau d’eau à boire et une poignée de son.
Vers 3 heures :
- 1/2 seau d’eau à boire ;
- 1/3 de la ration d’avoine ;
- 1 seau d’eau à boire ;
- 1/3 de la ration de foin.
A 9 heures le soir :
- 1 seau d’eau à boire avec 2 poignées de son ;
- 1/3 de la ration de foin.
Nota
1) La ration est toujours distribuée individuellement à chaque
cheval
2) Les chevaux doivent toujours avoir bu une demi-heure
avant le travail
3) Chaque botte de foin sera déliée, secouée et nettoyée
avant d’être mise au râtelier
4) Après plusieurs jours de repos, le cheval ne recevra
qu’une demi-ration au repas qui précédera la reprise du
travail
Anzin le 5 mars 1900
Le vétérinaire de la Cie A. Fiévet

Règlement extrait de l’ouvrage de Joseph Mascart
« Mineur de fond de père en fils » aux éditions Nord Avril.

<

Regards d’historiens

>

43

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Horse whim ou baritel (1914) dans les mines d’étain de Cornouailles.

Baritel à chevaux
- Environs de Saint-Etienne.
D’après M. Ch. Combes 1847, plan.

44

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Couffats sur roues tractés par un cheval au sortir de la mine. Mines du
Laurion (Grèce) XIXe siècle.
Archives de la Compagnie Française des Mines du Laurion
Cheval et ânes transportant le charbon. British School. Carreau d’une
mine de houille en Grande-Bretagne 1820.
Walker Art Gallery, Liverpool (Cat. N°32)

Elle sera progressivement remplacée par l’énergie vapeur. Sur le
carreau de la mine, les machines à vapeur assurent le
fonctionnement des chevalements métalliques : des systèmes de
poulie et de tambour, autrefois mues par un manège à cheval,
assurent la descente comme la remonte des cages ou le
fonctionnement des pompes d’exhaure et dans certains cas encore
la bonne marche des ventilateurs destinés à l’aérage des chantiers
profonds.

<

À l’origine du chemin de fer, la voie de roulage verra encore
longtemps circuler des trains de berlines tirés par des chevaux en
particulier partout où le diesel ne peut aller avant leur
remplacement définitif par des locotracteurs.
Au fond des fosses, et jusque dans les galeries étroites qui relient les
chantiers, le cheval restera pendant longtemps le seul compagnon
du mineur, un soupçon d’humanité dans le ressac des berlines et le
bruit sourd des chantiers d’abattage.

Regards d’historiens

>

45

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Bibliographie
Agricola 1556 : AGRICOLA (G.). — De Re Metallica. Libri XII Bâle. Traduction anglaise de Hoover, New-York, Dover, 638 p. Traduction
française d’Albert France-Lanord,Thionville, Klopp, 1987, 508 p.
Barnatt 2002 : BARNATT (J.). — Exploration and Conservation at How Grove, Dirtlow Rake, Castleton, Derbyshire, Mining History, The Bulletin of the
Peak District Mines Historical Society,Vol. 15, number 2,Winter 2002, p. 1-40
Blanc 1843 : BLANC (J.-F.). — Nouveau manuel complet pour l’exploitation des mines. Manuels-Roret. Traité de la recherche et de l’exploitation des
substances minérales utiles telles que le fer, le plomb, le cuivre, l’étain, le mercure, l’argent, l’or, le zinc, le sel, les diamants, etc. suivi de la préparation
mécanique des minerais. Paris, librairie Encyclopédique, De Roret, 2 vol..
Belhoste J.-F. et alii 1994 : BELHOSTE (J.-F.), CLAERR-ROUSSEL (Ch.), LASSUS (F.), PHILIPPE (M.), VION-DELPHIN (F.). —
La métallurgie Comtoise, XVe - XIXe siècles. Etude du Val de Saône.Les Cahiers du Patrimoine, 413 p.
Chalon 1902 : CHALON (P.-F.) — Aide-Mémoire du mineur et du prospecteur. Paris. Ed. Béranger. 412 p.
Dumont 1999 : DUMONT (G.). — Sur les traces d’Antoine Delfosse, mineur de 1768 à 1823. Enquête sur les premiers temps de l’industrie minière dans
le Nord de la France. Ed. du Centre Historique Minier de Lewarde. Collection « Mémoires de Gaillette », n°5.166 p.
Kientz-Lanher 1987 : KIENTZ-LANHER (P.). — Histoire du cheval de mine illustrée par l’exemple lorrain. Ecole vétérinaire d’Alfort, 1987,
24 cm, 75 pl. ill.
Parietti 2002 : PARIETTI (J.-J.). — Les dossiers de la houillère de Ronchamp, 5, le Puits du Magny. 74 p. Ed. Ass. des Amis du Musée de la Mine.
Simonin 1867 : SIMONIN (L.). — La vie souterraine.
Wilsdorf 1987 : WILSDORF (H.). — Kulturgeschichte des Bergbaus, Essen. 409 p.
Haton et de Berc 1941 : DE LA GOUPILLIÈRE ET BERC (J.). — Cours d’exploitation des mines, Paris, Dunod éd., 1941.

46

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

UNE DRÔLE DE MACHINE À LAVER : LE PATOUILLET À CHEVAL
Hélène MORIN-HAMON, UMR CNRS 5608 UTAH Toulouse le Mirail
Dans l’industrie minérale, le cheval était souvent attelé à des tâches de concassage ou de pétrissage comme dans l’industrie de
la brique et de la tuile. La préparation des argiles s’effectuait à partir de manèges.

Tuilerie-Briqueterie. Moulin à
argile (ou clay-mill).
Manège à chevaux actionnant
deux meules utilisées pour
broyer et pétrir l’argile avant
utilisation (d’après Dobson 1899).

<

Regards d’historiens

>

47

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Au cours des XVIe, XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, l’utilisation
privilégiée du minerai de fer d’altération dans la métallurgie a
généré l’installation et le développement de nombreux ateliers
lavage, en Franche-Comté et dans les régions limitrophes.
Les minerais de fer pisolithiques ou minerais en grains, qui
produisaient des fers de bonne qualité, abondaient sur le territoire
du département de Haute-Saône. Ils étaient particulièrement
recherchés par les maîtres de forges, qui les associaient dans les
hauts fourneaux à d’autres minerai comme le minerai oolithique ou
minerai en roche.
Au XIXe siècle, les minerais de fer de ce département étaient
réputés. Ils produisaient un fer doux donnant des fils de fer d’une
grande finesse.

Minerai pisolithique dit « en grains » dégagé de sa
gangue argileuse. « Mine claire » qui pouvait être
placée dans le haut fourneau.
Photograhie H. Morin-Hamon

Les minerais de fer pisolithiques constituaient un important
gisement qui s’étendait du Nord-Nord-Est au Sud Sud-Ouest du
département de la Haute-Saône. Ce gisement était évalué à
l’époque à 29 000 hectares de superficie. Ces minerais disséminés
en grandes quantités à la surface du sol, étaient d’accès facile, leur
exploitation se faisait le plus souvent par excavations à ciel ouvert
ou minières. Ce sont des argiles riches en hydroxyde de fer ou
limonite qui existent sous forme de petites billes arrondies de 1
mm à 15 mm de diamètre, ou pisolithes, noyées dans une argile
limoneuse.

Agrégats de pisolithes. Les pisolithes brillantes et
noires sont piégées dans une matrice composée de
limons et de calcaire de couleur ocre-jaune.
Photograhie H. Morin-Hamon

48

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Dans certains remplissages, ces grains pouvaient s’agglutiner en
agglomérats plus ou moins cimentés constituant la greluche. Les
plateaux calcaires des collines pré-jurassiennes, percées de
nombreux gouffres et grottes comblés en partie par des remplissages
pisolithiques ont été dans leur ensemble abondamment explorés et
parfois vidés de leurs contenus dès le XVIe siècle. Ces travaux
d’extraction étaient le plus souvent effectués en hiver par des
paysans mineurs.
Les minerais en grains, riches en fer, présentent cependant
l’inconvénient de se trouver dans des gîtes dispersés, peu fiables,
souvent vite épuisés et sous des formes de concentrations très
aléatoires. Par ailleurs, les pisolithes se présentaient très rarement à
l’état pur, le plus souvent, elles sont piégées dans une gangue d’argile
et mélangées à des argiles ou des limons dont il fallait les séparer.
Pour des raisons économiques, ce travail s’effectuait en général sur
le lieu même de l’extraction ou à très faible distance. Lorsque c’était
possible les exploitants implantaient leurs ateliers lavage dans des
endroits où abondaient les cours d’eau et les sources. Le cas échéant,
les ouvriers laveurs aménageaient des réservoirs artificiels pour y
recueillir les eaux pluviales et de ruissellement.
Les procès-verbaux de visites, rédigés par les ingénieurs des Mines,
complétés par les travaux des encyclopédistes et les carnets de
voyages des élèves ingénieurs ont transmis des renseignements
précieux sur les outils et le fonctionnement des machines utilisées au
lavage et à la préparation des minerais.
Parmi ces machines, le patouillet à roue hydraulique, machine
caractéristique des ateliers de traitement des minerais pisolithiques,
servait à briser et laver le minerai. Désigné au XVIIe et XVIIIe siècle,
sous le nom de moulin, patouillard ou patouïllai, il tire peut-être ses
origines en Franche-Comté au XVe siècle et aurait été mis en point
par un maître de forge du Pays de Montbéliard au début du XVIIe
siècle

<

Le patouillet va modifier les conditions de travail et les quantités de
minerais traités, sans pour autant faire disparaître les lavoirs à bras.
Cet appareil est décrit dans les traités de métallurgie de Bouchu et
Courtivron en 1761, et surtout dans l’Encyclopédie de Diderot et
d’Alembert.
Le patouillet se composait de deux parties, le patouillet
proprement dit qui servait au lavage et la machine destinée à le
mettre en mouvement. L’appareil utilisait la force hydraulique,
animale ou à partir du milieu du XIXe siècle la vapeur.

Patouillet à roue hydraulique ou « moulin à laver les mines ». L’ouvrier
évacue le minerai à la sortie du patouillet à l’aide d’un râble et le fait
tomber dans un lavoir où un autre ouvrier achèvera son lavage avant
de l’apporter sur un tas de « mine claire ». Cliché H. Morin-Hamon

Regards d’historiens

>

49

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Le patouillet traditionnel se composait d’une huche ou auge demi
cylindrique portant dans son axe un arbre muni de barres de fer
recourbées, et d’une vis d’Archimède ou de chaînettes à godets ou
noria servant à élever l’eau nécessaire au lavage. Il pouvait aussi se
composer de deux huches suivant la force motrice dont on
disposait. Le minerai brut était versé soit à la pelle, soit au moyen
d’une trémie dans la huche où il était désagrégé par les agitateurs
en fer fixés à un arbre. Dans les ateliers de lavage, le moteur était
appelé à jouer deux rôles bien distincts : quelquefois il ne faisait
qu’élever l’eau claire ou clarifiée dans l’appareil à laver tandis que
le débourbage du minerai était réalisé à bras d’homme ; parfois, il
ne servait que pour le lavage, l’eau arrivant naturellement ; enfin
souvent il remplissait les deux fonctions à la fois.
Les dossiers des archives départementales de Haute-Saône attestent
qu’entre 1824 et 1897, un peu plus d’une centaine d’ateliers
d’enrichissement du minerai de fer ont fonctionné avec l’aide de
chevaux. La majorité des lavoirs de cette catégorie étaient mis en
mouvement par un seul cheval, mais certains utilisaient deux voire
quatre chevaux.
Une quarantaine de communes ont ainsi accueilli sur leur territoire
un ou plusieurs patouillets à cheval en particulier dans le sud-ouest
de département :Aroz,Arsans,Attricourt,Autrey-lès-Gray,Auvetet-la-Chapelotte, Bouhans-lès-Feurg, Broye-Aubigney-Montseugny,
Broye-lès-Loups-Verfontaine, La Chapelle-Saint-Quillain, Choye,
Citey, Cresancey, Cugney, Dampierre-sur-Salon, Echevanne-etBattrans, Ecuelle, Fahy-lès-Autrey, Frasne-le-Château,
Grandecourt, Grandvelle-et-le-Perrenot, Lieffrans, Mont-leVernois, Nantilly, La Neuvelle-lès-la-Charité, Onay, Oyrières,
Pesmes, Le Pont-de-Planches, Poyans, Raze, Renaucourt, La
Résite-Saint-Martin, Rigny, Rosey, Sainte-Reine, Valay, Vars, Vauxle-Moncelot,Velesme-Echevanne et Vy-le-Ferroux.
50

<

Cugney (Haute-saône)
Plan d’un lavoir dont le patouillet en d est mis en mouvement par un
manège à deux chevaux en c.
En m figure le canal d’amenée de l’eau sur la huche du patouillet.
Les boues issues du lavage sont évacuées en f. ADHS 300 S 14 (1827).
Cliché H. Morin-Hamon

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

ôn

Sem
ou s
e

e

e l'Est
Canal d

Sa

e
anc
Am

LUXEUIL-LES-BAINS
no n
Og

Breu
chin

2 (0)
LURE

? (4)
23 (1)

Renaucourt

6 (0)

Grandecourt

ne

3 (0)

Ecuelle

4 (?)

ô
Sa

Dampierresur-Salon

Salon

Oyrières

2 (0)

Attricourt

Autrey-lès-Gray

Poyans

VESOUL

Rosey

Le Pont-de-Planches
Lieffrans

Grandvelle-le-Perrenot

Auvet-et-la-Chapelotte

MONTBELIARD

Vaux-le-Moncelot

Rigny

Bouhans-et-Feurg

Broye-les-Loups
et Verfontaine

Sainte-Reine

Aroz
Raze

La Neuvelle lès-la-Charité

Vars
Fahy-lès-Autrey

Mont-le-Vernois

Vy-le-Ferroux

La Chapelle-Saint-Quillain
Citey

Nantilly

Frasne-le-Château

Battrans Velesmes-Echevanne

Cresancey

Onay

Arsans

Choye
Cugney

Valay
Broye-AubigneyMontseugny

La Résie-Saint-Martin

20 km

Pesmes
non
Og

Carte de répartition des patouillets à cheval en Haute-Saône entre
1824 et 1897 à partir des données recueillies lors du dépouillement des
archives départementales et nationales. Synthèse : Hélène Morin-Hamon ©

Plus de 10
1 à 10

23 (1) Lavoirs actifs (inactifs)

Carte de répartition des ateliers de lavage : lavoirs (ou patouillets) à
cheval en France au début du XIXe siècle. Cartographie établie d’après les données
de Blanc (J. F. ) publiées en 1843. Synthèse : Hélène Morin-Hamon ©

Une étude effectuée à la fin de la première moitié du XIXe siècle,
à la demande du Ministre du Commerce et des Travaux Publics et
menée, sous l’autorité des Préfets, par les Ingénieurs de Mines,
montre que seulement 7 départements possédaient des lavoirs
à cheval.
Le département de Haute-Saône arrivait en tête puisque
23 patouillets mus par un ou plusieurs chevaux avaient été
répertoriés. Pour la même période, le département comptait 248
ateliers de lavage actifs et 114 inactifs.

<

Regards d’historiens

>

51

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Le lavoir à cheval était mis en mouvement par l’énergie animale.
Ainsi, en 1829, il était projeté d’installer un manège à quatre
chevaux à la Grande Résie (Haute-Saône) pour mettre en activité
un patouillet à une huche. L’eau nécessaire au lavage du minerai
devait être acheminée par un canal et montée dans l’auge de
brassage à l’aide d’une vis d’Archimède.

La Grande Résie (Haute-Saône) ; Plan d’un patouillet à quatre chevaux.
En B le patouillet à une huche et son bassin de réception à l’avant, en V
une vis d’Archimède a été installée. ADHS 300 S 30 (1829).
Cliché H. Morin-Hamon

52

<

A Auvet (Haute-Saône) le lavoir était alimenté par les eaux d’un
puits au moyen de deux pompes mues par le manège à cheval qui
servait à activer le patouillet.
Lorsque l’eau était insuffisante pour faire actionner une roue
hydraulique et subvenir dans un même temps aux besoins en eau
nécessaire au lavage d’autres énergies étaient recherchées. Les
lavoirs à chevaux seront installés pour faire face aux vicissitudes des
débits, en concentrant l’eau uniquement pour le lavage. Ils
remplaceront dans certains cas l’énergie hydraulique, la rotation
des agitateurs s’effectuant mécaniquement à l’aide d’un manège à
chevaux.
Le manège qui actionne l’arbre du patouillet est mis en mouvement
par un ou plusieurs chevaux. A son extrémité, les barres de fer en
forme de U ou de cuillères brassent la matière extraite ; au contact
de l’eau le minerai en grains se désolidarise de sa gangue de boue
et tombe au fond de la huche par gravitation. Le canal d’amenée
d’eau issue du réservoir est verrouillé et l’eau chargée des
particules de terre en suspension est évacuée. Une fois la bonde
ouverte, les nodules et les plaquettes de minerai sont récupérés
dans un bassin de réception placé en aval de la huche du patouillet.
Un complément de lavage par brassage à l’aide de râbles en fer,
sorte de raclettes à longs manches, était parfois nécessaire. Si la
présence de grains quartzeux persistait, le patouilleur pouvait
effectuer un tamisage manuel à l’aide d’un chaudron percé ou de
panier ou rasse dont le tressage était plus ou moins serré.

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Des moulins à minerais actionnés par des chevaux
Dans le Nord de l’Angleterre, les chevaux étaient utilisés sur les
carreaux des mines de plomb pour mettre en mouvement des
meules en pierre de grès destinées au broyage du minerai.

Windy Mine (Grande-Bretagne 1912) Horse Drawn Cruschers :
concasseur à cheval. La meule de broyage en pierre de grès est fixée
sur un arbre relié à un axe central. Le cheval faisait mouvoir la meule qui
tournait autour de son axe. Ce système permettait de broyer les
minéraux extraits de la mine avant leur passage dans les laveries (mines
de plomb).

Les systèmes d’engrenages qui mettent en mouvement l’arbre du
patouillet à cheval peuvent varier. A Vars (Haute-Saône), l’arbre
horizontal est muni à son extrémité d’une lanterne couchée dont
les fuseaux (barreaux en bois) viennent s’ajuster sur les alluchons
d’une roue placée horizontalement (rouet).

<

Vars (Haute-Saône) Patouillet à deux
chevaux et à une huche. Cette coupe
montre l’élévation du bâtiment et
l’emplacement du manège avec les
barreaux du patouillet. ADHS 300 S 37 (1838).
Cliché H. Morin-Hamon

Ce rouet est maintenu par un pilier vertical qui sert d’axe autour
duquel vont tourner les chevaux. Deux chevaux attelés en vis-à-vis
circulent dans le même sens autour de l’axe central sur un plancher
indépendant. Il est difficile d’évaluer les rotations effectuées par
l’arbre pendant un tour de manège effectué par les chevaux, aucun
document ne transmet le nombre de dents et de fuseaux.

Regards d’historiens

>

53

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

A Choye (Haute-Saône), l’arbre du patouillet porte à l’extrémité
opposée aux agitateurs un rouet vertical dont les alluchons
viennent s’engrener sur les dents d’une seconde roue horizontale
fixée à un pilier central sur lequel un seul cheval est harnaché dans
la partie supérieure. Ce dispositif permet au cheval de circuler en
décrivant un cercle complet sur la partie du trottoir, tel qu’on peut
l’observer dans un manège traditionnel
Il est possible d’apercevoir un système d’adduction de l’eau assez
complexe, une dérivation de cours d’eau qui alimente le réservoir
dit nourricier de la huche du patouillet à cheval, avec entre les
deux, des canaux pour permettre à l’eau de pénétrer dans l’auge de
lavage. Une seconde dérivation en haut à gauche du réservoir en
régule l’alimentation. Les systèmes de régulation du débit d’eau
sont visibles, il s’agit d’empellements en bois. A sa sortie, le
minerai lavé est réceptionné dans un bassin placé à l’avant de la
huche. Une réserve d’eau est disponible pour compléter le lavage
du minerai à droite des empoises (systèmes qui supportent
l’extrémité de l’arbre sur lequel sont fixés les tiges en fer) du
patouillet
Comme à Vars le manège bénéficie d’une couverture en bois et en
torchis qui le protègent. Les autres parties du bâtiment abritent, le
mécanisme du patouillet, les écuries et le logis du laveur à l’étage,
seule la huche du patouillet est à l’extérieur.
A Vars (Haute-Saône), un second atelier possédait deux huches, il
était mu par un manège à deux chevaux et son mécanisme était doté
d’un système d’engrenages métalliques coniques.

54

<

Choye (Haute-Saône) Patouillet à cheval à une huche. Plan montrant
l’ensemble des infrastructures. (AN F14 4541 (1823). Cliché H. Morin-Hamon

Vars (Haute-Saône) Plan d’un patouillet à cheval et à double huche.
ADHS 300 S 37 (1838).
Cliché H. Morin-Hamon

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Certains patouillets alimentés par des cours d’eau au débit
irrégulier étaient mus alternativement par une roue hydraulique et
par un manège à chevaux.
A Champtonnay (Haute-Saône) comme dans d’autres ateliers de
lavage de la région de Gray, des patouillets mixtes étaient installés.
Ils pouvaient fonctionner de plusieurs manières. Pendant les
périodes de hautes eaux, un réservoir d’eau placé en tête de la roue
hydraulique permettait de recueillir l’eau nécessaire au
fonctionnement de la roue du patouillet pendant le repos du cheval.
Il s’agit ici de la seule note trouvée sur les conditions de travail du
cheval sur le lavoir.

Dans son ouvrage sur les moulins à farine Jean Orsatelli signale que
les chevaux travaillaient une heure et se reposaient deux heures et
qu’on leur bandait les yeux pour atténuer les conséquences dues au
tournoiement continu et régulier.
En période d’étiage, un système permettait de débrayer la roue
hydraulique en permanence, ainsi les chevaux assuraient
complètement la mise en mouvement de l’arbre du patouillet, l’eau
étant réservée uniquement au brassage et au lavage du minerai.

A Broye-lès-Loups (Haute-Saône), les deux moteurs pouvaient
également être mis simultanément en communication l’un avec
l’autre. L’arbre du patouillet à roue hydraulique et celui du lavoir à
cheval étaient unis par un manchon mobile. Ce système permettait
aux moteurs de s’aider réciproquement.

Champtonnay (Haute-Saône) Plan d’un patouillet mixte qui était mis en
mouvement par quatre chevaux et à une roue hydraulique.
AN F14 4559 (1838). Cliché H. Morin-Hamon

<

Regards d’historiens

>

55

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Sur les ateliers de préparation mécanique, le cheval sera parfois
remplacé par la vapeur des installations fixes ou mobiles comme le
patouillet locomobile une invention due à un maître de forge de
Haute-Saône. Ainsi à La Chapelle-Saint-Quillain (Haute-Saône)
dans un courrier daté du 15 octobre 1856, adressé au Préfet de la
Haute-Saône, les exploitants d’un lavoir à cheval soulignaient que la
rareté des chevaux et le travail trop fatigant du manège rendaient
l’exploitation de leur lavoir presque impossible. Ils demandaient
l’autorisation d’y substituer la force de la vapeur. Une machine à
vapeur de la force de 3 ou 4 chevaux remplaça le manège à cheval
qui fut supprimé.
Cependant, les chevaux restèrent encore bien présents, avec les
véhicules hippomobiles qui continuèrent localement à assurer le
transport du minerai vers les ateliers de lavage et vers les hauts
fourneaux. La répartition des patouillets à vapeur montre que cette
énergie ne sera pas généralisée dans son utilisation et qu’elle arrive
souvent bien tard pour devenir compétitive.
Au milieu du XIXe siècle, si la Haute-Saône était parmi les plus
important producteur de fontes malgré les différentes crises
politiques de cette époque, l’annonce du traité de libre-échange
avec la Grande-Bretagne accéléra la baisse des prix et freina les
investissements. Malgré les efforts pour adapter leurs installations
les propriétaires exploitants n’arriveront que très difficilement à
faire face à la compétitivité. Le déclin rapide de la métallurgie
comtoise ne permettra pas à ce type d’innovations de se généraliser.

56

<

La Chapelle-Saint-Quillain (Haute-Saône) Patouillet à deux huches dont
l’arbre muni d’agitateurs était mis en mouvement par deux chevaux et
ou une roue hydraulique (AN F14 4554 XIXe siècle).
Cliché H. Morin-Hamon

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Bibliographie
Agricola 1556 : AGRICOLA (G.). — De Re Metallica. Libri XII Bâle. Traduction anglaise de Hoover, New-York, Dover, 638 p. Traduction
française d’Albert France-Lanord,Thionville, Klopp, 1987, 508 p.
Barnatt 2002 : BARNATT (J.). — Exploration and Conservation at How Grove, Dirtlow Rake, Castleton, Derbyshire, Mining History,The
Bulletin of the Peak District Mines Historical Society,Vol. 15, number 2,Winter 2002, p. 1-40
Belhoste J.F. et alii 1994 : BELHOSTE (J.F.), CLAERR-ROUSSEL (Ch.), LASSUS (F.), PHILIPPE (M.), VION-DELPHIN (F.). — La
métallurgie Comtoise, Xve - XIXe siècles. Etude du Val de Saône.Les Cahiers du Patrimoine, 413 p.
Blanc 1843 : BLANC (J.F.). — Nouveau manuel complet pour l’exploitation des mines. Manuels-Roret. Traité de la recherche et de l’exploitation des
substances minérales utiles telles que le fer, le plomb, le cuivre, l’étain, le mercure, l’argent, l’or, le zinc, le sel, les diamants, etc. suivi de la préparation
mécanique des minerais. Paris, librairie Encyclopédique, De Roret, 2 vol..
Burt 1982 : BURT (R.). — A short history of British Ore Preparation Techniques in the Eighteenth and Nineteenth Centuries. Der Archaeologische
Pers, Lelielaan, Netherlands, 76 p.
Courtivron et Bouchu 1762 : COURTIVRON (Gaspard De, Marquis de) et BOUCHU (E.). — Art des forges et fourneaux à fer, dans Descriptions,
des, arts et métiers faites ou approuvées par MM. de l’Académie des Sciences, Paris, Saillant et Nyon, 2 vol ; 141 p.
Diderot et d’Alembert 1777 : DIDEROT (D.). et D’ALEMBERT (J.). — Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers,
par une société de gens de lettres, Paris, 1751-1780.
Dobson 1899 : DOBSON (E.) — A rudimentary treatise on the manufacture of bricks and tiles, countaining an outline of the principles of brickmaking.
London, Crosby Lockwood and son. 276 p.
Morin-Hamon 2002 : MORIN-HAMON (H.). — Le patouillet à roue hydraulique de Bussurel (Haute-Saône) Etude archéologique et
historique. Bulletin de la Société d’Histoire et d’Archéologie de l’Arrondissement de Lure, SHAARL, n° 21, 2002, p. 40-56.
Morin-Hamon 2001 : MORIN-HAMON (H.). — Ces merveilleux inventeurs et leurs drôles de machines :Adéodat Dufournel et le patouillet
locomobile. Bulletin de la Société d’Histoire et d’Archéologie de l’Arrondissement de Lure, SHAARL, n° 20, 2001, p. 32-37.
Morin-Hamon 2000 : MORIN-HAMON (H.). — La forge de Montagney. Franche-Comté. La préparation des minerais de fer d’altération à
Montagney. Le patouillet, machine hydraulique à débourber. Minaria Helvetica, bulletin de la Société Suisse d’Histoire des Mines, 20b 2000,
p. 38 – 50.

<

Regards d’historiens

>

57

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Morin-Hamon 1998 : MORIN-HAMON (H.). — Minéralurgie des minerais de fer d’altération. Les ateliers de préparation mécanique
(lavage) des minerais dans l’Est de la France (XVIe-XIXe s.) : l’exemple de la Franche-Comté. Actes du Colloque « Archéologie et Histoire
industrielles : les outils de la recherche ». Colloque du Centre de Recherches sur les Sciences, les Arts et les Techniques (CRESAT), Ungersheim, 1-23 mai 1998. (Pub. Internet).
Morin-Hamon 1997 : MORIN - HAMON (H.). — La préparation des minerais de fer d’altération. Le complexe de lavage des minerais
d’altération ou minerai pisolithique. Les ateliers de La Montbleuse (Haute-Saône). Minaria Helvetica,bulletin de la Société Suisse d’Histoire
des Mines, 17a 1997, p. 26-48.
Morin-Hamon 1996b : MORIN - HAMON (H.). — La préparation des minerais de fer d’altération. Le patouillet, une machine hydraulique
à débourber. Pierres et Terres n°36 - juin 1996, p. 85-97.
Orsatelli 1987 : ORSATELLI (J.). — Les moulins : les moulins à vent/les moulins à eau. Marseille. Ed. Jeanne Laffitte
Pelet 1978 : PELET (P. L.). — Fer, Charbon, Acier dans le Pays de Vaud, La lente victoire du Haut fourneau. Volume II. Bibliothèque Historique
vaudoise. Coll. dirigée par Colin Martin n°59 Lausanne 354 p.
Willies 1998 : WILLIES (L.). — Washing floors at Winster Pitts, Derbyshire, Mining History,The Bulletin of the Peak District Mines Historical
Society,Vol. 13, number 6,Winter 1998, p. 49-57
Willies 1991 : WILLIES (L.). — Lead Ore Preparation and Smelting, Day and Tylecote 1991 : DAY (J.) and TYLECOTE (R.F.). — The
Industrial Revolution in Metals, Institute of Metals, 318 p.
Willies 1975 :WILLIES (L.). — The Washing of Lead Ore in Derbyshire during the Nineteen Centuries, The Bulletin of the Peak District Mines
Historical Society,Vol. 10 :3, p. 146-159.

58

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

LES CHEVAUX AUX SALINES DE SALINS DU MOYEN AGE AU XVIII

E

SIÈCLE

Paul DELSALLE, Laurence DELOBETTE - Université de Franche-Comté
Les chevaux jouent un grand rôle dans l'histoire industrielle de Salins. Ils servent dans toute la région pour débarder et
transporter le bois indispensable pour chauffer l'eau salée. En second lieu, on les rencontre sans cesse à l'intérieur de la
saline, dans la ville et à travers la province comtoise, car ils sont chargés de tirer les chariots de sel. Enfin, quelques chevaux
sont utilisés comme force motrice pour le machinisme de la saline. Les sources d’eau très fortement salée de Salins sont
exploitées depuis la Préhistoire. A la fin du Moyen Age, les salines sont devenues « un complexe industriel parmi les plus
imposants d’Europe »1, produisant environ 7000 tonnes de sel par an (en 1467), soit 20 tonnes par jour !

Trois entreprises se partagent l’exploitation du sel. La première est la Grande Saunerie ou saunerie du Bourg-Dessus. Depuis
le XIIIe siècle, elle appartient à la famille de Chalon. Par héritage et confiscation, elle passe en 1493 aux Habsbourg, devenus
comtes de Bourgogne, et ce jusqu’en 1678, date du rattachement définitif de la Franche-Comté à la France. Cette entreprise
constitue une source de profit considérable : plus de la moitié des recettes domaniales en 1590. La deuxième entreprise,
appelée la chauderette de Rosières, n’est qu’une annexe de la Grande Saunerie. Enfin, la troisième est dénommée la
Saunerie du Bourg-Dessous ou puits à muire ; elle appartient collectivement à un groupe de rentiers (ecclésiastiques,
nobles, bourgeois) mais, techniquement, elle est aussi une dépendance de la Grande Saunerie 2.

1 - L’expression est de Jean-François Bergier. Nous avons volontairement limité les notes ; pour les références des travaux anciens ou récents sur les salines, cf. Paul DELSALLE, « Images et réalités du
paysage industriel aux XVIe et XVIIe siècles », Les paysages à l’époque moderne, Actes du colloque de l’Association des historiens modernistes des Universités, Paris, Presses de la Sorbonne, 2006,
(à paraître) ; cf. Paul DELSALLE et Laurence DELOBETTE, « Les «charges » et les « offices » des ouvrières spécialisées des salines de Salins, XVe-XVIIIe siècles », Mémoires de la Société pour l’histoire
du droit et des institutions des anciens pays bourguignons, comtois et romans (à paraître).
2 - Archivo General de Simancas : Estado 528 (1), 1253 (18), 2167 (33) ; Secretarias provinciales 2558 (74-128), 2562 (13), 2567 (5) ; Archives départementales du Jura (désormais ADJ) : série A,
fonds des salines de Salins.

<

Regards d’historiens

>

59

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

L’exploitation des sources d’eau salée a donné naissance à une vraie
ville, close de fortifications puissantes et peuplée de 6000 à 7000
habitants en 1614. Les établissements ecclésiastiques y sont très
nombreux : quatre églises paroissiales, trois collégiales, plusieurs
hôpitaux et de nombreux couvents. La saline est une usine dans la
ville, avec ses propres murailles, sévèrement gardées. On y trouve
des ateliers, appelés « bernes », contenant les chaudières pour
l’évaporation de l’eau salée, mais aussi des forges et de grands

entrepôts pour le bois et le sel. Sur les sommets voisins, des
forteresses surveillent et protègent la saline.
La main-d’œuvre y est plus nombreuse qu’on ne l’a dit : au moins
800 personnes au début du XVIIe siècle.Toutefois, un autre texte de
la même époque donne un relevé détaillé de la main-d’œuvre
employée dans chaque atelier et aboutit au nombre de 1040
personnes.3

Les chevaux transportent le bois
La saline de Salins est xylophage.4 On y consomme 10 à 12 millions
de « chevasses » ou fagots en 1529.5 Un contrat est signé pour la
fourniture de quatre-vingts millions de fagots en 1624, ou plus
exactement « de 79 465 850 chevasses et fascines ».6 Les essences
les plus appréciées sont le hêtre et le charme, puis, dans une
moindre mesure, le chêne, le tremble et le sapin.7 On estime la
consommation à 35 000 stères au XVIIe siècle (cinq fois plus qu’une
verrerie au XVIIIe siècle), ce qui suppose en permanence
l’exploitation forestière de 6 000 hectares, dans un système à très

60

courte révolution, donc en taillis.8 Pour cela, tous les bois situés à
trois lieues à la ronde sont réservés à Salins. Il s’agit de la lieue
comtoise, longue de 5,86 km soit un paysage transformé par les
bûcherons à 18 km à la ronde. Des dizaines de communautés
rurales sont mobilisées pour le transport du bois.9 Plusieurs forêts,
comme celles de Levier, de Joux, des Moidons et de la Faye de
Montrond, sont entièrement gérées pour le seul usage des salines.
En réalité, les bois peuvent venir de quatre, cinq et même parfois
de six lieues.10

3 - Bibliothèque d’étude et de conservation, Besançon (désormais BEC, B) : collection Chifflet, Ms 44, f° 67, 68, 114, 115.
4 - Lucien TURC, « L’approvisionnement en bois de la saunerie de Salins », Procès-Verbaux et Mémoires de l’Académie des Sciences,Arts et Belles-Lettres de Besançon, 1947-1956, pp. 150-171.
5 - Archives départementales du Doubs (désormais ADD) : B 2108 ; cf. Patricia GUYARD, « Exploitation et réglementation des forêts autour de la grande saunerie de Salins. Contribution à l’histoire
forestière comtoise (1470-1570) », dans Paul DELSALLE et Laurence DELOBETTE, La Franche-Comté à la charnière du Moyen Age et de la Renaissance, Besançon, Presses Universitaires Franc-Comtoises,
2004, pp. 267-312 ; voir aussi André BOUVARD, « Les économies de bois de chauffage dans les salines européennes à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe siècle », Bulletin de la Société d’Emulation
de Montbéliard, n° 111, 1989, pp. 255-307.
6 - ADD : B 2112 ; pour le vocabulaire, cf. Paul DELSALLE, Lexique pour l’étude de la Franche-Comté à l’époque des Habsbourg (1493-1678), Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 2004, pp. 73
et 120.
7 - Heinrich Schickhardt évoque l’utilisation du hêtre ; cf. André BOUVARD, « Heinrich Schickhardt, technicien des salines. Les techniques de fabrication du sel vers 1600. Les salines de Salins et de
Saulnot à la fin du XVIe siècle », Bulletin de la Société d’Emulation de Montbéliard, n° 106, 1983, pp. 55-115.
8 - ADD : B 1812 ; 35000 stères selon Les hommes et la forêt en Franche-Comté, Paris, Bonneton, 1990, p. 92.
9 - Archives générales du Royaume de Belgique, Bruxelles : Conseil des finances, n° 429.
10 - ADJ : A 18 : « pour le faict de contraindre les charretiers tant dudit Salins que a quatre lieues alentour dudit lieu de charroier bois en ladite saulnerie quatre jours la sepmaine si plus ne peuvent »
(Salins, 1577) ; ADD : B 239 à B 444 ; « quatre à cinq lieues à la ronde » (en 1601) d’après André HAMMERER, Sur les chemins du sel.Activité commerciale des sauneries de Salins du XIVe au XVIIe siècle,
Besançon, Cêtre, 1984, p. 190.

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Ces transports de bois nécessitent des animaux tractants et des
portefaix. Un document daté de 1570 prétend que « le nombre des
coppans, chargeans et enlevans lesdictz bois est si grant qu’il exede
a plus de trois a quatre mil personnes».11
Quelle quantité de bois transporte un cheval ? Au début du XVIe
siècle, un homme appelé Philippe Loyte fournit une estimation
pour les différents types de convois, chariots ou chars. Le
chargement est calculé en nombre de « chevasses » : il s’agit d’une
sorte de fagot comprenant un pieu central entouré de menu bois,
le tout mesurant quatre pieds de longueur. Nous ignorons

l’étymologie de ce mot chevasse, qui est peut-être en rapport avec
le cheval :
- un chariot tiré par quatre chevaux : « un cent de chevasses »
- un chariot tiré par trois chevaux : quatre-vingts chevasses,
- un chariot tiré par deux chevaux : cinquante chevasses,
- et un chariot tiré par un seul cheval : quarante chevasses.12
On notera au passage que le rapport entre le nombre de chevaux et
celui des chevasses n’est pas parfaitement proportionnel, pour une
raison qui nous échappe.

Les chevaux transportent le sel
Tout le réseau routier comtois est sous le contrôle des salines, qui
s’occupent des « chemins », c’est-à-dire des routes, mais aussi des
ponts, afin de servir le plus efficacement possible la clientèle en
Franche-Comté et ailleurs : Bourgogne, Bresse, cantons suisses.
L’exploitation de la saline contribue à remodeler le réseau routier,
comme l’a montré Lucien Febvre.13 Au XVe siècle, les convois de
chars et de chariots vont jusqu’à Dijon, Saint-Jean-de-Losne,

Saulieu, Avallon, Montbard, Châtillon, Noyers, Charolles, etc. Il en
est de même de l’autre côté de la chaîne jurassienne, vers Genève,
Lausanne, Fribourg et Berne.14
Exceptionnellement, le sel est livré en terre encore plus lointaine.
Vers 1460, la saline expédie sa production jusqu’en Lombardie. Un
convoi passe par Pontarlier, Neuchâtel, Lucerne, Surcey (?) et
Harol ou Héroul (probablement Airolo, en bas du Saint-Gothard).15

11 - ADD : 2 B 2247, f° 27 ; « ilz se y retreuvent et assemblent par quatre vingt cent et quelques fois plus ».
12 - ADD : 1 B 189, f° 29 v° ; en 1507 ; cité d’après Patricia GUYARD, « Exploitation et réglementation des forêts … », dans : Paul DELSALLE et Laurence DELOBETTE, La Franche-Comté à la charnière
…, op. cit., p. 299, note 42 ; cf. aussi Fernand LOEW, Les Verrières. La vie rurale d’une communauté du Haut-Jura au Moyen Age, Neuchâtel, A la Baconnière, 1954, pp. 54, 85, 266, 270.
13 - Dans son introduction à l’ouvrage de Vital CHOMEL et Jean EBERSOLT, Cinq siècles de circulation internationale vus de Jougne. Un péage jurassien du XIIIe au XVIIIe siècle, Paris, 1951.
14 - HAMMERER, op. cit., pp. 64-65.
15 - ADD : B 2056 (comptes concernant les sels exportés en Lombardie, 1458-1462) ; André HAMMERER (op. cit., pp. 27 et 70.) pense que le sel était convoyé par bateau sur le lac des Quatre-Cantons,
avant de reprendre la voie terrestre ; mais l’expression qu’il cite («dérobé sur le lac») peut s’entendre d’une autre façon : « dérobé à la hauteur du lac ».

<

Regards d’historiens

>

61

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Or, au passage du col du Saint-Gothard (alt. 2108 m) le sel est
fondu par la pluie ! Imagine-t-on un chargement aussi précieux mal
protégé ? On utilisait sans doute des bâches en cuir et peut-être se
sont-elles envolées. Quoi qu’il en soit, cet itinéraire jusqu’à Milan
représente 485 km en passant par Lucerne ; la distance serait plus
courte par Interlaken mais cette variante comporte le
franchissement du col de Sustenpass (alt. 2200 m).16 Au milieu du
XVIe siècle, le sel part aussi parfois pour l’Italie puisque Charles
Quint en fait expédier dans le Val d’Aoste, en 1554.17 Autrement
dit, les chevaux comtois et leurs attelages parcourent de très
longues distances.
Dans toute la Franche-Comté, les routes et les chemins pavés sont
inspectés « pour plus grande facilité et commodité de l’abondance
des charriotz qui conduysent journellement (…) pour le service et
usaige desdites saulneries ».18
Tous ces chariots ne sont pas tirés par des bœufs, sauf exception,
mais par des chevaux. L’utilisation d’équidés est bien attestée dès le
XVe siècle : un marchand du Grandvaux et un autre du Four de
Plasne traversent la montagne avec « bestes et mulets » chargés de
sel, pendant l’hiver 1465-1466. En 1550, trois hommes conduisent
« six chevaux chargez et prêts à partir, sur lesquels avoit quatre
charges de sel », soit environ 400 kg.19 On utilise le plus souvent des

62

chariots portant six à huit « charges » de sel, soit environ 600 à 800
kg, mais parfois jusqu’à vingt « charges » de sel, soit environ deux
tonnes.
L’ampleur des attelages varie entre un cheval et une dizaine de
chevaux, rarement davantage. Un cheval suffit pour une charrette.
Un char nécessite entre deux et sept chevaux, le plus souvent.
Parfois, les attelages comprennent huit chevaux. Ainsi, en 1501, on
signale un convoi de «s ix chariotz chascun chariot furny et attelé
de sept à huit chevaulx » et un autre convoi de six chariots « attelez
chascun de huit chevaulx ». Vers 1485-1487, le convoi dirigé par
Bénédict Papet, qui expédie du sel dans les pays suisses et
germaniques, est saisi alors qu’il comprend seize chevaux attelés à
trois chariots.20
Le nombre de chevaux tirant un chariot peut être, notons-le, un
critère de qualité. En effet, en février 1519, les habitants du village
de Montfort, près de Quingey, demandent l’autorisation de faire
entrer dans la saunerie leurs voitures chargées d’un cent de bois
même, précisent-ils, si les véhicules ne sont tirés que par trois
chevaux. Normalement, il faut quatre chevaux pour un tel
chargement car, venant par des mauvais chemins, « trois chevaulx
ne peullent amener bon bois ». Les gens de Montfort obtiennent
toutefois gain de cause.21

16 - Les cartes des cols alpins, publiées par Georges LIVET dans son Histoire des routes et des transports en Europe, des chemins de Saint-Jacques à l’âge d’or des diligences, Strasbourg, Presses Universitaires de
Strasbourg, 2003, pp. 172-177, sont malheureusement trop petites pour être lisibles.
17 - ADD : B 211.
18 - Archives générales du royaume de Belgique, Bruxelles : Conseil privé, n° 173-25 ; Paul DELSALLE, La Franche-Comté au temps des Archiducs Albert et Isabelle, 1598-1633, documents choisis et présentés,
Besançon, Presses Universitaires Franc-Comtoises, 2002, p. 268. Les «pavemens» sont souvent mentionnés, notamment pour Salins. Cf. ADD : 2 B 637 (copie de documents datés de 1493 et de
1501).
19 - HAMMERER, op. cit., pp. 67-68 ; autre exemple d’un petit chargement sur un seul cheval : « un cheval chargé de deux bénastes », soit environ 48 kg.
20 - ADD : B 188 ; B 284 (en 1501) ; B 283 (en 1485-1487). Pour d’autres exemples de confiscations de chevaux et de harnais, cf. ADD : B 279 (en 1406) ; B 283 (en 1479, marchands de Sancey) ;
HAMMERER, op. cit., p. 239, note 32.
21 - HAMMERER, op. cit., p. 239, note 32.

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Les charretiers sont d’ailleurs payés en fonction du nombre de
chevaux qui tirent leurs chariots. Par exemple, à Besançon, en
1531, les salaires des charretiers sont les suivants : 9 gros par jour
pour quatre chevaux, 8 gros pour trois chevaux, et 6 gros pour
deux chevaux. La différence se justifie par les frais d’alimentation
en avoine et fourrage. 22
Quelle est la disposition des chevaux dans les attelages ? On
l’ignore mais à titre comparatif, lorsque Heinrich Groff représente
les attelages utilisés à Sainte-Marie, pour les mines du duc de
Lorraine, en 1529-1530, les chevaux sont placés l’un derrière
l’autre, qu’il y en ait deux ou trois.23 Cette disposition est sûrement
suivie aussi pour les attelages de Salins, étant donné qu’ils
empruntent des chemins à ornières, pour lesquels des brèches ont
été pratiquées, et qui ne permettent pas le passage de deux chevaux
de front.
Il en subsiste de bons témoignages dans le massif jurassien,
notamment à Chalamont, aux Planches-près-d’Arbois ou encore
près de Pontarlier.24 En revanche, pour les travaux agraires, les
enluminures réalisées en 1540 pour le Livre d’Heures de Marguerite
d’Achey nous montrent des attelages où les deux chevaux sont
toujours côte à côte, qu’il s’agisse d’un grand chariot, d’une herse
ou d’une charrue.25
La Rouge Myne de Sainct Nicolas
Folio du manuscrit d’Heinrich Gross (1530).
« Les chareurs de myne ».
22 - Archives municipales de Besançon (désormais AMB) : BB 14, f° 118.
24 - Nous remercions Yves JEANNIN qui nous a fourni une abondante documentation à ce sujet ; cf. ses articles : «Voies à ornières du Jura», Archéologie médiévale, tome II, 1972, pp. 133-184 ; « Routes
et chemins médiévaux dans le Jura », Actes du 99e Congrès national des sociétés savantes, (Besançon, 1974), section d’archéologie, pp. 55-69. Nous avons nous-mêmes observé les traces archéologiques,
notamment à Chalamont, aux Planches et à Beure.
25 - BEC, B : Ms 127, f° 4 (charrue), f° 9 (chariots de moisson), f° 10 (herse).

<

Regards d’historiens

>

63

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Des accidents surviennent parfois. En 1498, un char contenant
vingt charges de sel, soit environ deux tonnes, est tiré par sept
chevaux pour aller depuis Salins jusqu’au grenier à sel de Noyers,
au nord d’Avallon. Il passe par Belmont, au sud de la forêt de
Chaux, mais le pont étant rompu, il est contraint de faire un détour
par Ounans. Là, le pont sur la Loue est en très mauvais état, même
pourri ; le convoi provoque son effondrement et «char et chevalx
cheurent dedans l’eaul». La perte est considérable : deux tonnes de
sel dissoutes et disparues dans la Loue.26
Pour traverser les rivières, lorsque les ponts sont détruits, une
« nef » ou gros bateau à fond plat, un bac en somme, supporte les
attelages, ce qui n’est pas sans risque de renversement.Vers 1562,
un attelage complet, « chariotz et chevaux (…) furent perduz et
noyez en ladite rivière » du Doubs, près du portail de Roche, à
Abbans-Dessus.27
Toute la région de Salins, et plus largement la Franche-Comté, est
donc sillonnée par les convois, les charrois incessants. Bien
entendu, il s’agit des chariots de sel qui quittent la ville mais il y a
aussi les chariots de bois qui convergent vers la saline. Henri Dubois
a calculé que 11 000 chars de bois sont entrés à Salins en 1459,
tandis que 4 500 chars de sel en sont sortis durant la même année,
ce qui ferait un trafic quotidien d’une cinquantaine de voitures, en

64

moyenne.28 Le site très encaissé de Salins, dans les gorges de la
Furieuse, ne facilite pas les croisements des chars ou des charrettes.
Les embouteillages sont permanents et il y a parfois huit jours
d’attente pour entrer ou pour sortir de la ville.29 Nous en avons un
témoignage dramatique en 1624.
Nicolas Goulon, dit Gondard, de Villers-Farlay, se trouve dans
Salins, le 24 mai 1624, « ayant conduict du bois pour notre service30 en
la cuitte des muires en la grande saulnerie de Salins ainsy qu’il s’en
retournoit et descendoit a val du bourg dessoubz dudit Salins [c’est-à-dire
qu’il descend vers le bas de la ville] il voulut faire boire ses chevaux en une
fontaine estant en ladite rue mais comme tout le large d’icelle estoit occupé
par quelques chariotz et chevaux appertenants a certains particuliers du
village d’Ounans qui lui empeschoient le passage et accès vers ladite
fontaine il requit lesdits d’Ounans de lui faire place pour tirer outre et
approcher de ladite fonteine et que lui ayant esté refusé tout a plat
l’ocasionna de chasser a val [de descendre vers le bas de] la rue l’un des
chariotz qui luy donnoient empeschement de quoy Claude Pastoureau dudit
Ounans se print de paroles audit suppliant et apportant aux paroles les
effects le joignit de si prez qu’ilz se colleterent par ensemble sans touttesfois
se faire aucun mal apparent sauf que ledit de Pastoureau levant de terre
quelques pierres en menaça ledit suppliant [Nicolas Goulon] et adjousta ces
motz » : « Il faut que je t’assomme ! »

26 - L’accident est relaté par HAMMERER, op. cit., pp. 66-67, et p. 234 ; l’auteur ne fournit pas la référence.
27 - HAMMERER, op. cit., p. 130 et plan p. 136
28 - Henri DUBOIS, « L’activité de la saunerie de Salins au XV siècle d’après le compte de 1459 », Le Moyen Age, tome LXX, 1964, pp. 419-471. Nous remercions Pierre Gresser qui nous a communiqué
cet article fondamental.
29 - En réalité on connaît très mal la ville de Salins à cette époque, notamment les conditions de vie, l’habitat, la voirie, etc. ; sur le point évoqué ici, cf. HAMMERER, op. cit., p. 98.
30 - Il s’agit d’une lettre de rémission ; le souverain, qui pardonne pour cet homicide, Philippe III, est aussi le principal propriétaire des salines de Salins.

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

« Apres quoi il continua son chemin en la compaignie de Dominicque
Laurent et Sebastien du Gros tous dudit Villefarlay jusques au dessus du
Mont de Simon proche dudit Salins ou ilz rencontrerent ledit Claude
Pastoreau Anathoille Misillet grangier en la grange de l’abbaye dudit
Ounans et Claude Germain de Molamboz qui tous trois conduisoient aussi
leurs chariotz et tous ensemble sans querelle ni difficultez passerent jusques
au villaige de Mouchard ou arrivez qu’ilz furent ledit suppliant et ceulx
dudit Villefarlay laissantz aller leurs chevaux et chariotz avecq les
susnommez entrerent au logis ou ilz beurent seulement un canneau de vin
puis se mirent a suivre leursdits chariotz qu’ils attacquerent presque a
l’entré du bois dudit Mouchard ou estant arrivé ledit suppliant s’adressa
audit Pastoreau qui estoit assis et couché a demy sur son chariot et l’ayant
frappé quelques coups d’un manche de corgee luy dit :
« Dors tu es encore ivre !
« Me veux-tu assommer
« selon que tu jactois
« ce jourd’huy dans Salins
« lorsque tu as levé
« des pierres contre moy. »
sur ce estant ledit Pastoreau jecté hors de son chariot se saisit aussytost de sa
congnee a intention de offenser ledit suppliant et sans doute l’eust il faict
ne fut que ledit Dominicque Laurent n’empeschat luy ostant des mains
ladite congnee ». Une pierre est ensuite jetée sur Pastoureau tandis

que Musillet reçoit un coup de « tourtot », c’est-à-dire de gros
bâton, ce dont il meurt.31 Ainsi finit tragiquement une histoire
d’embouteillage de chariots dans Salins.
L’hiver est très enneigé dans le Jura à cette époque, par exemple en
1467 : « en temps d’hiver quant les montaignes étant entre Bourgogne et
Savoye sont closes de neige. »32 Dans ces circonstances, les chemins
sont inaccessibles aux chars et chariots ; on utilise alors des
traîneaux. Pour franchir le col de Jougne en janvier 1591, cinq
marchands clandestins chargent ainsi plusieurs tonnes de sel sur des
luges tirées par des chevaux et des juments. Lorsqu’ils sont arrêtés
à Jougne, le commis constate la présence de « dix petites luhes de
bois » qui servent alors à acheminer vingt-trois charges de sel, deux
bénates et onze salignons, soit environ 240 kg de sel par luge.33
Sur ces convois de chevaux empruntant les chemins sauniers, bien
des questions restent sans réponses. Nous ne savons pas si les
attelages qui transportent le sel reviennent à vide. Nous ignorons
également si les mêmes chevaux assurent tout le voyage ou s’il
existe des relais.

31 - Archives départementales du Nord : B 1811, f° 76. La place nous manque ici pour évoquer d’autres histoires de charretiers de Salins, tirées de la même source archivistique en cours de dépouillement
systématique. Nous remercions notre ami archiviste Michel Vangheluwe.
32 - HAMMERER, op. cit., p. 68.
33 - Ce trafic clandestin est organisé par Jehan Baul, des Boujoux (seigneurie de Mouthe) qui approvisionne Morges et le pays de Vaud ; cf. HAMMERER, op. cit., pp. 68 et 165 ; sur les luges, cf. aussi
Fernand LOEW, Les Verrières, op. cit., p. 65.

<

Regards d’historiens

>

65

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Des chevaux, des ânes et des mulets
Une multitude de chevaux est nécessaire. Aux bœufs sont en effet
préférés les puissants chevaux comtois capables de débarder en
forêt montagneuse et de tracter une tonne. En 1629,
l’administration de la saline décide de « se resouldre a faire achapt
d’une quantité de chevaulx pour atteler cens charriotz et de quelques deux
cens muletz pour servir ordinairement a la conduite dudit bois ».34 Il y a
donc des chevaux qui appartiennent à la saline.Tous les autres sont
ceux des paysans ou des entrepreneurs qui assurent les transports.
Au début du XVIIe siècle, un texte affirme l’ampleur de l’utilisation
chevaline : « environ 3000 chevaux et bien huict vingt [=160]
mulets que ne sont employer a aultre usaige que au charroy des
bois ». Cependant, un autre document de la même période avance
un chiffre plus précis et deux fois plus important : « 6833 chevaux,
mulets et ânes ».35 Sans doute y a-t-il là encore les animaux utilisés
pour le transport du sel.
Sur les chevaux eux-mêmes nous savons peu de choses.36 Dans la
saline, les vols de sel ne sont pas rares, y compris de la part du
personnel, et les accusés justifient souvent leur délit par la nécessité
de soigner leurs bêtes malades. Ainsi, en 1738, Jeanne-Huguette
Jacquin, voiturière aux salines, reconnaît qu’elle a volé du sel pour

66

son cheval. En 1759, un autre voiturier, nommé Lazard Courtois,
projette le vol d’un pain de gros sel « pour en faire de la muire pour
une beste malade »; son cheval étant atteint de la gale, on lui a
conseillé de le frictionner avec l’eau de sel et du salpêtre. En 1785,
Denise Poulet ramasse « de la poussière de sel » pour la donner « à
son cheval et à son poulain malades ».37
Le cheval est un animal de grande valeur. Quelques exemples
choisis à Salins en 1622 permettent d’en juger, sachant à titre
comparatif qu’une parcelle de douze ouvrées de vigne vaut 800
francs à Besançon en 1612 :
- trois chevaux d’environ vingt ans : 30 francs ;
- un cheval poil gris, de cinq ans : 30 francs ;
- un cheval fort maigre, poil gris, trois ans : 6 francs ;
- un cheval, poil rouge, quatre ans : 60 francs.38 Il s’agit-là de
chevaux de trait, le prix des chevaux de selle est évidemment
encore plus considérable : une jument peut valoir plus de 200
francs au début du XVIIe siècle.39

34 - ADD : 2 B 624 ; le mulet est un « hybride mâle de l’âne et de la jument (grand mulet) ou du cheval et de l’ânesse (petit mulet : bardot), toujours infécond. », Alain REY, dir. Dictionnaire culturel en
langue française, Paris, Le Robert, 2005, tome III, p. 807.
35 - BEC, B : collection Chifflet, Ms 44, f° 68 -115. Des historiens ont mis en évidence l’absence des ânes en Franche-Comté à la fin du XVIII siècle ; il y a là une différence avec la période antérieure
puisque les ânes sont bien présents aux XVIe et XVIIe siècles, à Besançon, à Salins et ailleurs.
36 - Bernard PREVOT et Brigitte RIBEMONT, Le cheval en France au Moyen Age. Sa place dans le monde médiéval, sa médecine : l’exemple d’un traité vétérinaire du XIVe siècle, Orléans-Caen, Paradigme, 1994.
37 - ADJ : A 243 (en 1738), A 245 (en 1759), A 280 (en 1785) ; exemples cités par Valérie MICHEL, La justice des salines de Salins au XVIIIe siècle, Université de Franche-Comté, mémoire de maîtrise, 1996,
pp. 138-139.
38 - ADD : 2 B 638 ; inventaire des biens de l’hoirie de fut Louys Borne ; 18 août 1622.
39 - Archives départementales de la Haute-Saône : 62 J 1 ; prix des chevaux de l’écurie du Palais Granvelle à Besançon, en 1608 ; un autre cheval, âgé de cinq ans vaut 150 f.

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

La perte de chevaux, lorsqu’elle se produit accidentellement,
entraîne donc un grave préjudice. Les épizooties sont
particulièrement redoutées. L’une d’elles se déroule en 1540, tout
particulièrement dans la région de Salins, ce qui provoque une
« énorme mortalité de chevaux ». Or, 1540 est aussi l’année d’une
très grande sécheresse, l’une des pires du millénaire : y aurait-il un
lien de cause à effet ? Quoi qu’il en soit, il ne paraît pas
inconcevable que cette épizootie chevaline de 1540 soit à l’origine
du fameux édit de Charles Quint, publié en 1544, pour favoriser le
développement des chevaux en Franche-Comté.
Aux chevaux et aux mulets s’ajoutent les ânes, sollicités pour
transporter le bois. Au milieu du XVIIe siècle, si l’on en croit le
témoignage de Joseph Méglinger, les ânes sont souvent mis
à contribution autour de Salins : « nous étant mis en route, nous eûmes
mille maux de passer à travers les troupes d’ânes qui, à chaque pas,
obstruaient le chemin. Plusieurs fois même, il fallut nous blottir dans
quelque enfoncement hors de la route, pour laisser défiler ces singuliers
escadrons, dont quelques-uns ne comptaient pas moins, je m’en suis assuré,
de quatre-vingts oreilles et des plus longues. Les porteurs de ces oreilles,
condamnés à voiturer tout le bois nécessaire aux salines, s’en vengent en
encombrant avec leurs charrettes toutes les voies qui y conduisent.Vainement
essaieriez-vous de parlementer. Ils n’entendent rien aux concessions, et se

moqueraient de périr en entraînant dans leur ruine le voyageur assez osé
pour leur disputer le chemin. » 40 Des convois, composés parfois d’une
quarantaine d’ânes, encombrent donc les routes qui mènent à
Salins.
Comme pour le bois, le transport du sel s’effectue aussi à dos
d’âne, notamment lorsque les chemins ne sont pas suffisamment
carrossables pour les attelages de chars ou de chariots. Nous en
connaissons de nombreux exemples à Lons-le-Saunier, Orgelet,
Arinthod, Saint-Amour, Château-Chalon, Voiteur, Beaufort,
Andelot, Pontarlier, et pour une soixantaine d’autres communautés
envoyant leurs âniers à l’entrepôt du sel à Ivory.41 Les ânes assurent
en effet des liaisons quotidiennes entre la saline de Salins et les
entrepôts de Villers-Farlay et d’Yvory.42 Toutefois, l’utilisation des
ânes n’est pas recommandée, voire absolument proscrite comme à
Besançon en 1542 en raison des dégâts commis par ces bêtes dans
les bois.43

40 - Le frère Joseph Méglinger, moine de l’abbaye de Wettingen (Argovie, Suisse) se rend au chapitre général de Cîteaux, qui se tient en septembre ; cf. son récit publié par l’abbé Saunois : « Une excursion
en Franche-Comté en 1667 », Annales franc-comtoise, 1865, pp. 321-337. Il s’agit d’une traduction ; le texte latin a été publié dans MIGNE, Patrologie latine, t. CLXXXV, col. 1565 sqq.
41 - Il serait utile d’effectuer une recherche plus développée sur les ânes et les mulets en Comté car ils ont joué un rôle plus important qu’on ne le pense ; cf. Paul DELSALLE, Quelques aspects de la vie
rurale en Franche-Comté au temps de Charles Quint, Extraits des cours donnés à l’Université Ouverte, de Besançon, 2000-2001, p. 14 ; cf. aussi HAMMERER, op. cit., pp. 68, 101-103.
42 - HAMMERER, op. cit., pp. 67-68 et 101-103.
43 - AMB : BB 23, folio 67 v°.

<

Regards d’historiens

>

67

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Du foin, de l’avoine et du fumier !
L’alimentation des chevaux pose un problème constant. On estime
qu’il y a en permanence dans la ville de Salins, entre soixante et
cent attelages vers 1502-1515, et environ 200 vers 1631-1632, rien
que pour le transport du sel, de jour comme de nuit.44 Il faut
ajouter tous les transports de bois, soit ces 3000 chevaux dans les
environs, sans parler des attelages des artisans et des commerçants.
Or, un cheval consomme 40 à 50 kg d’herbe, ou 25 kg d’avoine ou
d’orge, sans oublier 50 litres d’eau, par jour. Ce sont-là des
estimations actuelles. Celles de l’époque sont plus difficiles à
cerner précisément.
A Courlaoux, près de Lons-le-Saunier, les chevaux mangent de
l’avoine, en 1625-1635, ou « tant orge qu’avoine » en 1652. Nous
connaissons leur consommation entre le dimanche 29 août et le
vendredi 10 septembre 1632. On leur donne deux repas par jour,
le premier le matin (déjeuner) et le second le soir (souper). Les
archives nous permettent de déduire le relevé suivant des quantités
distribuées :
Dimanche 29 août, souper, 35 chevaux : 7 rez d’aveyne
Lundi 30 août, déjeuner et souper, 35 chevaux : 14 rez
Mardi 31 août, déjeuner et souper, 35 chevaux : 14 rez
Mercredi 1er septembre, déjeuner, 35 chevaux : 7 rez
Mercredi 1er septembre, souper, 15 chevaux : 3 rez
Jeudi 2 septembre, déjeuner : 12 chevaux : 3 rez
Jeudi 2 septembre, souper, 12 chevaux : 3 rez
Vendredi 3 septembre, déjeuner et souper, 12 chevaux : 6 rez

68

Samedi 4 septembre, déjeuner et souper, 12 chevaux : 6 rez
Dimanche 5 septembre, déjeuner, 12 chevaux : 3 rez
Dimanche 5 septembre, souper : 7 rez
et deux autres chevaux : 4 picotins
Lundi 6 septembre : déjeuner et souper : 14 rez
Mardi 7 septembre, déjeuner : 7 rez et huit chevaux en plus :
16 picotins
Mardi 7 septembre, souper, 32 chevaux et 3 autres chevaux : 7
rez
Mercredi 8 septembre, déjeuner et souper : 14 rez
Jeudi 9 septembre, déjeuner et souper : 14 rez
Vendredi 10 septembre, déjeuner : 7 rez.
Total : 11 quartaux 5 rez 4 picotins à 4 gros le rez = 45 francs
8 gros. 45
Si nous totalisons nous-même, nous obtenons 136 rez et 20
picotins, équivalant aux 11 quartaux 5 rez 4 picotins. Cela nous
permet de déduire les équivalences de ces mesures de capacité pour
l’avoine destinée à ces chevaux :
1 quartal (ou quartaux) = 12 rez ; et 1 rez = 16 picotins.
Ce picotin est le nom de la ration utilisée dans la région et ailleurs.
Sa valeur n’est pas connue précisément (entre un demi-litre et cinq
litres) mais nous sommes probablement aux alentours de deux
litres en Franche-Comté, hypothèse de départ.

44 - HAMMERER, op. cit., p. 239.
45 - Bibliothèque de l’Arsenal, Paris : Ms 7236 et Ms 7238.

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

A Besançon, au début du XVIe siècle, un cheval mange « trois
picotins par jour, respondant le picotin à douze en l’emyse » 46;
comme l’émine vaudrait dans cette ville environ 24 litres, on peut
donc confirmer que le picotin vaut environ 2 litres.
Pour nourrir les 1 500 chevaux de l’armée qui traverse la province
en 1573, les intendants prévoient la ration quotidienne de chaque
cheval pour une étape aux abords de Marnay : 18 livres de foin et
trois picotins d’avoine à la mesure de Dole.47 En 1603, à Dole, la
ration quotidienne d’un cheval comprend « 25 livres de foin et 4
picotins d’avoine ».48 A Présilly, en 1612, on distribue « 18 rez
d’avesne a raison de chacun [cheval] trois picotins d’avesne par jour
pour chacque cheval ».49 Enfin, en 1668, à Gray, chaque cheval (de
l’armée) reçoit quotidiennement « 20 livres de foin, 10 livres de
paille, 3 picotins d’avoine ».50
Si nous résumons ces différentes données, nous obtenons la ration
habituelle et quotidienne d’un cheval, qui varie du simple au double
: dix-huit à trente livres de foin et/ou de paille (soit entre neuf et
quinze kg) et deux ou trois (parfois quatre) picotins (soit entre
quatre et huit litres) d’avoine.51

Tout cela donne une idée des entrepôts d’avoine, de foin, de paille
ou d’herbe nécessaires, en ville et dans le voisinage. L’avoine (qui
coûte cher) est, on le comprend, l’une des cultures principales dans
la région.
Il conviendrait aussi d’évoquer les écuries.52 Elles sont mentionnées
dans les procès-verbaux de visite des édifices, par exemple en
1622-1623.53 Un plan de la grande saline, confectionné en 1718,
montre trois bâtiments à cet usage ; on y voit parfaitement les
compartiments individuels pour les chevaux, mais il ne s’agit-là que
des chevaux permanents pour les officiers de la saline.54 Selon
André Hammerer, le logement des chevaux «devait constituer un
gros problème (…). A Salins, le moindre hangar vide, la moindre
cour disponible, trouvaient locataires ; les archives de la Saunerie en
font foi.» 55
On peut imaginer sans peine une autre conséquence du grand
nombre de chevaux, c’est la quantité considérable de fumier
disponible à Salins pour enrichir les terres voisines, notamment des
vignobles, mais à vrai dire tout cela reste à étudier.

46 - Nous proposons donc le picotin aux alentours de 2 litres, le rez à 32 litres et le quartal à 384 litres. Nous complétons ainsi notre Lexique pour l’étude de la Franche-Comté à l’époque des Habsbourg, op. cit.,
p. 216 (au mot picotin) et pp. 240-241 (pour ras et rez).
47 - ADD : B 1955 ; 23 mai 1573 ; cf. Lucien FEBVRE, Philippe II et la Franche-Comté. Etude d’histoire politique, religieuse et sociale, Paris, Champion, 1912, p. 745, note 4.
48 - Archives municipales de Dole : BB 22, f° 128.
49 - Bibliothèque de l’Arsenal, Paris : Ms 7231.
50 - Service historique de l’armée de terre,Vincennes : A 1. 222-338 ; cité par Maurice GRESSET dans : Mémoires et documents pour servir à l’histoire de la Franche-Comté, tome 15, p. 9.
51 - Sur l’avoine, cf. aussi Fernand LOEW, Les Verrières, op. cit., p. 318.
52 - Nous ne développons pas cet aspect ici, faute de place. Plus généralement, toute l’histoire de l’agriculture comtoise aux XVe-XVIIIe siècles reste à écrire.
53 - ADD : B 2082 : « grandes écuries » ; cf. aussi B 2084 (en 1652 : « étable ») ; ADJ : C 350 (en 1736-1749).
54 - ADJ : 11 Qp 350 ; plan reproduit dans Un millénaire d’exploitation …, op. cit., planche 27, après la p. 91.
55 - HAMMERER, op. cit., p. 239, note 32 ; l’auteur ne donne cependant aucune référence précise.

<

Regards d’historiens

>

69

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Les chevaux et le machinisme des salines
Après les chevaux transportant le bois et ceux distribuant le sel, il
nous reste à évoquer quelques équidés utilisés pour un usage bien
particulier.
Les sources d’eau salée de Salins sont captées par des puits, creusés
au Moyen Age56, afin d’obtenir une plus forte salinité. Une immense
galerie, véritable cathédrale souterraine, permet la communication
entre toutes les installations. Un changement se produit, sur le plan
technique, au XVe siècle ou peut-être même dès la seconde moitié
du XIIIe siècle selon des recherches très récentes.57 Avant 1470,
nous disait-on encore il y a peu de temps, on utilisait un système de
perche à balancier munie d’un seau, appelé « gréau » ; après 1470,
c’est la noria à godets qui apparaît, mue par un manège à chevaux.58
Cependant, un compte daté de l’année 1459 comporte la mention
d’une rémunération pour le préposé dont les chevaux font monter
la muire dans les bernes, ce qui correspond donc à la noria.59 Des
mentions encore plus anciennes auraient été retrouvées
récemment.

70

Quoi qu’il en soit, ces machines permettent de remonter l’eau
salée (appelée muire) en surface, à l’aide de chaînes sans fin de
barils ou de tonnelets, dénommées aussi « signole » ou encore
« paternoster » puisque ce système rappelle celui d’un chapelet. Ce
système de la noria est fréquemment mis en œuvre à l’époque,
actionné par des chevaux, deux si l’on en croit les illustrations
disponibles, et deux autres pour effectuer le relais, avec un cheval
qui se repose pendant que l’autre travaille car les norias ne
s’arrêtent pas. De plus, au début du XVe siècle à la grande saline,
un mulet fait tourner le rouage des eaux douces du puits à gré.60

6 - Ces puits ont malheureusement été comblés en 1846 !
57 - Nous remercions Christiane Roussel qui nous a communiqué cette information ; ses recherches récentes font ainsi reculer de plus d’un siècle l’apparition de la noria à chevaux. Cf. Christiane
ROUSSEL et Jean-François BELHOSTE, avec la participation de Michel PHILIPPE, Une manufacture princière au XVe siècle, la grande saline de Salins-les-Bains, Jura. Site et territoire (à paraître).
58 - Cf. le recueil d’articles de Max PRINET paru sous le titre : L’industrie du sel en Franche-comté avant la conquête française, Besançon, Dodivers, 1900 ; cf. aussi La métallurgie comtoise, XVe-XIXe siècles. Etude
du val de Saône, par Jean-François BELHOSTE, Christiane CLAERR-ROUSSEL et al., Cahiers du Patrimoine, n° 33, Besançon, ASPRODIC, 1994, pp. 38-42.
59 - ADD : B 249 ; HAMMERER, op. cit., p. 233, note 11.
60 - ADD : B 198 (marché de la traite des eaux, 1422-1423 ; renseignement communiqué par Christiane Roussel ; une autre noria à chevaux fonctionnait au XIVe siècle à la saline voisine de Grozon (vers
1351-1369 (même source). Sur la noria, cf. « Un objet : la noria », dans : Bruno JACOMY, Une histoire des techniques, Paris, Seuil, 1990, pp. 115-129.

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Ce mécanisme est en effet alors suffisamment impressionnant pour
attirer les artistes soucieux d’en proposer une image.
La représentation la plus ancienne est probablement celle qui figure
sur une tapisserie datée du début XVIe siècle, illustrant la vie de saint
Anatoile et conservée au Musée du Louvre.
On peut en voir une reproduction photographique dans l’entrée de
l’actuel musée des salines à Salins. On y voit nettement deux
robustes chevaux, avec œillères, actionnant le mécanisme. Cette
tapisserie a été tissée à Bruges dans l’atelier de Jean Le Sauvage
entre 1501 et 1505.61 Cette fourchette chronologique est
importante.

Des machines permettent de remonter l’eau salée (appelée muire) en surface, à l’aide de chaînes sans fin munie de barils ou de tonnelets, dénommées
aussi « signole » ou encore « paternoster » puisque ce système rappelle celui d’un chapelet.
La représentation la plus ancienne est probablement celle qui figure sur cette tapisserie datée du début XVIe siècle, illustrant la vie de saint Anatoile et
conservée au Musée du Louvre.

61 - Cf. l’étude de Bernard PROST, «La tapisserie de Saint-Anatoile», Mémoires de la Société d’Emulation du Jura, 1892, pp. 421-435 ; idem dans Gazette des Beaux-Arts, 1892, II, pp. 496-506 ; cf. aussi FrancheComté, Monts-Jura, mai 1920, n°11, p. 161.

<

Regards d’historiens

>

71

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

En effet, lorsque Philippe de Vigneulles visite les salines de Salins en
1512 il ne parle pas de chevaux mais d’un mulet : « il nous mena voir
à l’autre bout de la grande salle voûtée et nous y montra une grande cuve de
bois presque entièrement enterrée ; cette cuve pouvait contenir vingt à vingtquatre queues d’eau (de 8 à 9500 litres selon l’éditeur du texte) provenant
des sources salées. Au dessus, au niveau du sol, il y a un mulet borgne qui
tourne autour d’un grand pieu, comme cela se fait dans les moulins à huile,
lequel pieu fait tourner une roue qui en actionne une autre, sur cette dernière
une chaîne sans fin de deux mille seilles (petits barils) fixées par deux grandes
cordes, comme si c’était patenôtre (chapelet).» 62
Chevaux vers 1501-1505, mulet borgne en 1512. Nous avons vu
plus haut que les mulets sont bien présents autour de la saline, pour
les transports. Ces témoignages divergents ne remettent pas en
cause l’essentiel : la noria ou signole est un objet de fierté dans la
saline, que l’on montre aux visiteurs étrangers.
A la fin du XVIe siècle (1592), Louis Gollut publie un ouvrage
monumental sur la Franche-Comté, dans lequel il donne une
description très complète des salines. Cependant il ne s’étend pas
sur les manèges ; il évoque simplement le cheval qui fait tourner le
mécanisme de la grande saunerie et un autre manège hippomobile
qui fonctionne au puits à muire, la saline voisine.63 L’année suivante
(1593), Heinrich Schickhardt, ingénieur de la principauté de
Montbéliard, dessine de façon particulièrement esthétique mais
aussi pédagogique le système de l’élévation des eaux douces et salées
du puits à muire de Salins ; on y voit, là encore, deux chevaux.64
Dessin de Louis Gollut

72

62 - Chronique d’un bourgeois de Metz,Philippe deVigneulles,1471-1522, publiée par H. Michelant, Stuttgart, Bibliothek des litterarischen Vereins, 1852, t. XXIV, pp. 206-211. La partie comtoise de son voyage,
a été publiée à de nombreuses reprises ; cf. « Le voyage de Philippe de Vigneulles, bourgeois de Metz, en Franche-Comté, 16 avril 1512 », publié par Jules Gauthier, Annuaire du Doubs, 1898, pp. 4044 ; « Relation d’un voyage de Metz à Saint-Claude », publiée par Paul Dorveaux, Bulletin de la société syndicale des pharmaciens de la Côte-d’Or, 1913, pp. 5-14.
63 - Mémoires historiques de la République séquanoise et des princes de la Franche-Comté de Bourgogne, Dole, Antoine Dominique, 1592, pp. 151, 154-155, et p. 170 pour le cheval du puits à muire
64 - Hauptstaatsarchiv Stuttgart : N 220, T 59 ; le dessin est reproduit par André BOUVARD, « Un ingénieur à Montbéliard, Henrich Schickhardt, dessins et réalisations techniques (1593-1608) »,
Société d’Emulation de Montbéliard, Bulletin et Mémoires, n°123, pp. 7-98.

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Enfin,Anatoile Chastel, un Salinois d’origine comme le suggère son
prénom, est bien placé pour observer le mécanisme, au début du
XVIIe siècle. Graveur à l’atelier monétaire de Dole en 1609-1610,
il laisse des dessins précis, des relevés techniques, qui ont souvent
été reproduits.65
L’un des dessins, celui où l’on voit des chevaux, présente un intérêt
majeur que les historiens des techniques se plaisent à souligner,
étant donné que l’ensemble du mécanisme est dessiné : « selon toute
vraisemblance, ce sont en effet les voûtes du Puits à Gré qui sont présentées
au registre inférieur. La vue panoramique, dont l’angle est pris depuis
l’escalier du Puits à Gré, montre à droite le couloir du canal Cicon
communiquant avec le Puits d’Amont et, à gauche, le fond du puits à Gré.
Elle souligne une unité architecturale dont on ne sait si elle résulte d’une
fantaisie du dessinateur ou si elle correspond à l’architecture de la première
étape de construction, toutes les consolidations étant, en ce cas, postérieures
aux années 1610 ou 1620. Quoiqu’il en soit, le document est d’un grand
intérêt pour l’histoire des techniques. Les eaux salées des sources étaient
rassemblées dans une grande cuve, à droite. De là, elles étaient élevées au
rez-de-chaussée par le travail d’un cheval dont le manège est visible au
centre. La rotation de l’axe vertical était transmise par des engrenages -trois
roues dentées en bois- entraînant le « paternoster » ou « signole » -chapelet
de barrils qui venaient se remplir dans la cuve pour se déverser dans le bassin
placé sur le sol du rez-de-chaussée, d’où les eaux étaient dirigées vers les
poêles. Une autre noria, avec un dispositif comparable sinon analogue, est
visible à gauche. Sur une moindre hauteur, elle élevait les eaux des sources
non salées, évacuées par le canal Cicon vers la rivière.» 66
Dessin d’Anatoile Chastel

65 - BEC, B : collection Chifflet, Ms 44 ; Les salines de Salins au XIIIe siècle, cartulaire et livre des rentiers, op. cit., planche IV (peu lisible) ; bonne reproduction dans : Olivier SIMONIN, « La matière en
suspension : le sel. Entre sel et terre : la Grande Saunerie de Salins-les-Bains, archéologie et histoire «, Eclats d’histoire. 10 ans d’archéologie en Franche-Comté, 25 000 ans d’héritages, Besançon, Cêtre,
1995, pp. 87-90. Sur Anatoile Chastel, cf. Solange BRAULT-LERCH, Les orfèvres de Franche-Comté du Moyen Age au XIXe siècle, Genève, Droz, 1976, pp. 443-444.
66 - Claude-Isabelle BRELOT, La saline comtale de Salins (Jura), Besançon, CRDP, 1985, p. 22.

<

Regards d’historiens

>

73

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Ce mécanisme du manège à chevaux, relativement simple, permet
une économie de main-d’œuvre considérable ayant, ailleurs qu’à
Salins, été estimée à six cents hommes.67 Toutefois, dès le XVe
siècle68, des travaux sont envisagés pour transformer le mécanisme
des roues à chevaux. Un rapport détaillé est établi en 1629 par Jean
Boyvin, conseiller au parlement, pour examiner les « nouveaulx
rouages proposez » par les administrateurs de la saline. Il s’agit
d’utiliser une chute d’eau pour actionner les roues tout en
conservant le manège à cheval : « a l’experience moyennant quoy on se
pourra passer des rouages a chevaulx lesquels neanlmoings demeureront en
leur entier sans aulcung changement pour s’en pouvoir servir aux occasions
arrivant quand lesdits rouages a eaues ne fussent en estat de torner ».69 Il
semblerait que l’entrée en guerre ait retardé les travaux envisagés.
Deux événements contribuent à tout modifier tout au milieu du
XVIIIe siècle. On procède enfin (vers 1750) au remplacement du
manège à chevaux par la force hydraulique. Ce changement, qui a
souvent été présenté comme une modernisation, n’en est pas une.
D’abord parce que l’énergie hydraulique se révèle inefficace en
période d’étiage, étant donné que le torrent (la Furieuse) qui longe
l’usine a un débit très irrégulier. Ensuite, parce que les concepteurs

74

maintiennent le manège à chevaux, comme cela était prévu dès
1629, « pour servir en cas de dérangement et réparation à la machine
hydraulique ou disette d’eau », dit-on en 1756.70 Enfin, parce que les
chevaux restent utilisés dans la nouvelle saline, à Chaux, où l’énergie
hydraulique n’existe pas, pour mouvoir les pompes qui envoient les
eaux salées dans les bernes.71
La création de la nouvelle saline de Chaux est le second événement.
L’approvisionnement en bois, le coût du transport et donc le prix
de revient du combustible, posent de plus en plus de problèmes. La
décision est prise en 1760 de transférer les installations de la saline
royale en bordure de l’immense massif de la forêt de Chaux,
réserve inépuisable de combustible. Pour cela, on construit une
canalisation double, de deux fois 21 km de long, d’abord en bois
puis en fonte, pour conduire la saumure jusqu’à la nouvelle saline
de Chaux, construite à partir de 1775 par Claude-Nicolas Ledoux
entre les villages d’Arc et de Senans. Les chevaux ne sont pas
oubliés dans la création architecturale, du moins pour la maison du
directeur de la saline.72 Bien entendu, on les utilise toujours pour
tirer les chariots chargés de bois et pour mener les attelages de sel
à travers toute la province.

67 - Alessandro STELLA, « L’esclavage en Andalousie à l’époque moderne », Annales E.S.C., janvier-février 1992, n° 1, pp. 35-64, note 17 : « Le puisage des eaux était un des problèmes majeurs à la fin
du Moyen Age et au début des temps modernes : la solution à l’emploi massif de la force humaine résidait soit dans la mécanisation du pompage avec un manège mu par des chevaux, soit, plus
astucieusement, par le creusement d’une galerie de drainage au fond du puits ; mais ces innovations demandant de forts investissements, faisaient hésiter sur leur application : à Falkenstein, c’est
seulement en 1553 que fonctionne un manège à chevaux, alors qu’auparavant cette opération demandait le travail de 600 hommes ! Cf. aussi Philippe BRAUNSTEIN, «L’innovation dans les mines et
la métallurgie européenne (XIVe-XVe s.) », Association française des historiens économistes, bulletin, n° 15, p. 7.»
68 - Un technicien voulait élever les eaux salées « sans l’aide des chevaux » ; on peut donc penser qu’il s’agissait déjà d’un système hydraulique, mais son idée, sans doute trop complexe à mettre en œuvre,
n’a pas eu de suite ; information aimablement communiquée par Christiane Roussel.
70 - Bibliothèque municipale de Dole : Ms 331 II, dit manuscrit Dorval, cité par Un millénaire d’exploitation …, op. cit., p. 77 et planche n° 17 ; La saline comtale de Salins, op. cit., p. 23.
71 - Michel GALLET, Claude-Nicolas Ledoux, 1736-1806, Paris, Picard, 1980, p. 106 ; cf. aussi Mark K. DEMING, La saline royale d’Arc-et-Senans de Claude-Nicolas Ledoux Un attelage est représenté sur la
gravure du projet initial ; cf. M. K. DEMING,

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Ainsi, pendant un millénaire, les chevaux ont tenu un rôle
fondamental dans l’histoire des salines, surtout à Salins mais aussi
un peu à Arc-et-Senans, pour approvisionner en sel toute la
Franche-Comté et des provinces plus ou moins éloignées. On se
permettra donc d’affirmer, cum grano salis, que le cheval est le
meilleur ami du Comtois.

Paul Delsalle
Maître de conférences en Histoire Moderne

Université de Franche-Comté
30 rue Mégevand
25030 Besançon cedex
Tél. 06 85 33 91 81

Laurence Delobette
Maître de conférences en Histoire Médiévale

<

Regards d’historiens

>

75

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

76

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

LE HALAGE DES BATEAUX SUR LA SAÔNE
Louis BONNAMOUR
Pour évoquer le halage des bateaux sur la Saône, il est indispensable de connaître le régime de la rivière ainsi que les types de
bateaux et de navigation en usage, afin de replacer ce mode de traction dans un contexte qui loin d’être resté figé, a évolué
au cours des siècles. Observons par ailleurs que la documentation disponible, notamment pour les périodes anciennes, n’est
pas toujours suffisante et que nombre de questions demeurent en suspens.

Rappelons tout d’abord qu’aux périodes médiévale et moderne, contrairement à l’antiquité où une part importante du transport
fluvial partait de la Méditerranée pour remonter en direction du nord, l’essentiel du commerce sur la Saône s’effectuait en
sens inverse, du nord vers le sud. Ordinairement la descente des bateaux plus ou moins lourdement chargés en fonction du
niveau de la rivière, s’effectuait « à gré d’eau », parfois en s’aidant de rames ou d’une voile, mais toujours en profitant de
l’impulsion du courant à l’occasion d’une petite crue qualifiée par les mariniers, de « batarde ». Loin de constituer une activité
régulière, la navigation était essentiellement saisonnière, soumise aux aléas du temps et de la rivière.

<

Regards d’historiens

>

77

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

L’étude du halage nous conduit à distinguer deux périodes
distinctes. La première est celle qui a précédé les grands
aménagements du XIXe siècle et l’expansion de la navigation à
vapeur. Quant à la seconde on peut schématiquement la faire
débuter après 1880 avec la mise au gabarit Freycinet de l’ensemble
de la Saône navigable entre Corre et Lyon. L’apparition sur la
Saône, de nouveaux types de bateaux et notamment de péniches,
relancera, un temps, l’usage des chevaux.
Nous ne sommes pas en mesure de dire aujourd’hui à partir de
quelle date le cheval fut utilisé pour la traction des bateaux. Rien ne
permet de l’affirmer en ce qui concerne la période antique où les
rares monuments figurés illustrant la navigation fluviale nous
montrent des bateaux tirés par des hommes et non par des chevaux
(Bonnard 1913). Un tel constat ne saurait d’ailleurs guère
surprendre dans une société dont l’économie reposait en grande
partie sur l’esclavage et sur l’exploitation de l’homme. Pour la fin
de l’antiquité nous disposons d’un témoignage écrit, celui du poète
Sidoine Apollinaire évoquant au Ve siècle, sur les bords de la Saône
à Lyon, le « chœur des haleurs courbés » (Armand-Calliat 1960).
Nous nous trouvons dans l’incapacité cependant de dire s’il s’agit là
d’une pratique propre à la traversée de la ville de Lyon comme ce
sera le cas aux XVIIIe et XIXe siècles avec les « modères »

78

<

(Rivet 1962) ou si au contraire, Sidoine Apollinaire évoque une
réalité concernant l’ensemble de la navigation de la Saône ; cette
seconde hypothèse n’aurait rien d’impossible et apparaît même
assez plausible. En effet, si nous regardons ce qui se passe sur le
Rhône, nous observons jusqu’au XVe siècle (Rossiaud 1978),
l’emploi de la traction humaine pour la remonte de grands convois
de bateaux halés par des équipes pouvant compter plusieurs
centaines d’individus. C’est seulement à partir de cette époque du
fait de la raréfaction de la main d’œuvre à cause des guerres et des
épidémies mais aussi de l’emploi du collier de poitrail, que le cheval
remplacera l’homme dans ce type d’activité. Rien ne nous permet
d’affirmer qu’il en fut de même que la Saône mais rien ne nous
autorise non plus à penser que la situation ait été
fondamentalement différente compte tenu de l’étroitesse des
relations existantes, tant en ce qui concerne les activités
commerciales que les bateaux, entre le Rhône et la Saône. Sur le
canal du Centre, le halage humain « à la bricole » a, ne l’oublions
pas, joué un rôle considérable jusqu’à la fin du XIXe siècle. Sur la
Saône où les conditions de halage sont considérablement plus
contraignantes que sur un canal, on peut penser que tout comme
sur le Rhône, c’est seulement à partir de la fin de la période
médiévale que le rôle du cheval est devenu prépondérant dans la
remonte des bateaux.

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Première période : de la fin de l’époque médiévale à 1880.
Nous disposons pour cette période de deux sources d’information.
Des documents iconographiques tout d’abord, qui avec une plus ou
moins grande fidélité nous restituent l’aspect des bords de la
rivière, essentiellement dans les villes, à partir de la fin du XVIe
siècle et des documents écrits pour la plupart datés des XVIIIe et
XIXe siècles. Le rapprochement de ces deux sources nous permet
de mieux comprendre les difficultés que pouvait rencontrer le
« tirage » des bateaux tout au long de la rivière.

dans le lit de la rivière, ce qui contraignait les équipages à des
manœuvres longues et parfois dangereuses. Thomas Dumorey
s’attarde sur le cas de Tournus : « au bas de cette ville, il y a une
ancienne tour de fortification qui fait saillie de tout son diamètre dans la
rivière. Elle gêne le chemin du tirage au point qu’il faut dételer les chevaux
et aller rôder jusque dans l’intérieur de la ville ». Une telle manœuvre
qui imposait d’amarrer le bateau, dételer les chevaux, contourner
l’obstacle, « porter la maille », rattacher la maille, puis reprendre
la route, était à l’époque monnaie courante.

La rivière
Entre le XVe siècle et 1835, date de création du « Service Spécial
de la Saône », le lit n’a subi que de rares et ponctuels
aménagements susceptibles de modifier son profil et par la même
les conditions de navigation. Sur le cours supérieur, les barrages
d’usines existaient depuis l’époque médiévale et rendaient quasi
impossible toute navigation montante. Les seuls travaux notables
pour cette période sont la construction, pour des raisons militaires,
du barrage d’Auxonne en 1673, barrage équipé d’une « porte
marinière » particulièrement dangereuse (Antoine 1764), celle de
l’écluse du barrage de Gray en 1787 et le creusement du « canal
d’Epervans » sous le premier Empire. En 1779,Thomas Dumorey
ingénieur des Etats de Bourgogne, recensait sur le cours de la Saône
entre Gray et Lyon quarante hauts-fonds présentant une hauteur
d’eau à l’étiage qui ne dépassait par deux pieds. Parmi les
principaux obstacles à la navigation, il évoque les arbres tombés
dans la rivière, les bateaux coulés, les moulins à nefs, les ponts, les
empiétements des villes et des particuliers sur le chemin de tirage
des bateaux avec notamment des ouvrages militaires s’avançant

<

Diligence d’eau et chevaux de halage à l’aval du bastion Saint Jean-deMaisel. Un marinier, en barque, « porte la maille » fin du XVIIIe siècle.
Chalon, peinture anonyme

Regards d’historiens

>

79

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Au sud de Chalon, au niveau du bastion Saint Jean de Maisel,
plusieurs tableaux, lavis et gravures de la fin du XVIIIe siècle et du
début du siècle suivant, illustrent la complexité de la manœuvre
pour les diligences d’eau. Les chevaux ne pouvant passer au pied du
bastion, étaient contraints de traverser la rivière à gué, haler les
bateaux jusqu’à l’embouchure de la Genise, depuis la rive gauche.
De là on devait porter la maille sur la rive opposée à l’aide d’une
barque afin de tirer la diligence jusqu’à son terminus au Port
Villliers à proximité de l’Hôtel des Messageries Royales implanté
sur la rive droite de la rivière.

Si nous examinons les vues cavalières et plans des villes fortifiées
des bords de Saône aux XVIe et XVIIe siècles1, nous observons une
multiplicité d’obstacles de ce type, obstacles qui rendaient la
navigation de montée lente et dangereuse. L’absence à peu près
totale jusqu’au XVIIIe siècle de ponceaux de halage sur les biefs et
ruisseaux se jetant dans la Saône, constituait un autre obstacle. Les
chevaux étaient de ce fait contraints de franchir ces passages en
marchant dans l’eau ou même à la nage ce qui, en « eaux rondes »,
période particulièrement prisée pour la navigation, entraînait de
fréquentes noyades. En dernier recours pour tenter de sauver ses
chevaux, le maître d’équipage utilisait une dague ou « coutelasse »
à large lame, accrochée au collier du cheval de tête placé côté
rivière et destinée à trancher la maille.
Un passage particulier, Chauvort à l’aval de Verdun d’après un «
mémoire » daté de 1835 :
« La traversée de Chauvort est le point de la Saône où la navigation
éprouve le plus de difficultés ; à raison de la situation des maisons du
village, lorsque les eaux sont basses, les chevaux suivent le pied des
terrasses, mais aussitôt qu’elles se trouvent un peu au-dessus de l’étiage,
le tirage ne peut avoir lieu dans cette position, il faut de toute nécessité
que les chevaux soient dételés en aval du village,qu’ils le traversent pour
revenir ensuite sur le bord de la Saône reprendre leurs cordages et
remonter les bateaux, ce qui exige une perte de temps considérable, et
l’emploi de cordages d’une énorme longueur.

Lavis signé Y. Constantin montrant une diligence d’eau partie du Port
Villiers à Chalon (on distingue sur le quai, à l’extrême droite, l’hôtel des
Messageries avec son portail surmonté d’un fronton triangulaire).
L’attelage de 4 chevaux tire ici le bateau depuis la rive gauche, ce qui le
contraindra à traverser la rivière quelques centaines de mètres plus loin
pour retrouver le chemin de halage situé sur la rive droite.

80

<

1 - Notamment :
- le « Plan scénographique de la Ville de Lyon » vers 1560 ;
- les vues de Mâcon,Tournus, Chalon, par R. Rancurel vers 1575 ;
- les gravures de Nicolas Tassin parues dans le volume « Plans et profils des
principales villes de la province de Bourgogne » publié à Paris vers 1634.

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Ce point difficile passé, on rencontre bientôt un nouvel obstacle, c’est le
passage de la d’Heune sur laquelle il n’existe pas de pont ; cette rivière
est extrêmement encaissée, en été on la passe à gué, mais aussitôt qu’il
y a un peu d’eau,les chevaux risquent à se noyer,et il n’est pas d’année,
qu’il n’arrive plusieurs accidens de cette nature ; en somme, les bateaux
mettent quelque fois une journée entière à faire la demi-lieue de
Chauvort à Verdun, ce qui devrait exiger, tout au plus, une heure, si on
eut exécuté les travaux nécessaires pour établir un hâlage commode. »
Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle l’aménagement de la rivière même
dans les passages jugés les plus dangereux comme la porte
marinière d’Auxonne (Antoine 1774), n’était guère à l’ordre du
jour. Antoine envisage bien des travaux de dragage au niveau du
« retour d’Epervans » mais la dépense lui paraît inutile pour la
simple raison que « le commerce n’a qu’à choisir les temps de crues qui
arrivent assez fréquemment sur la Saône ».
En 1779, son collègue, Thomas-Dumorey, pense à la construction
d’épis pour améliorer un passage en aval de Gray. Il renonce à son
projet sous le prétexte que « les négociants pensent eux-mêmes que ces
travaux seraient inutiles parce que les grands chargements ne se font pas dans
la période des basses eaux ».

Enfin, autre difficulté rencontrée par le halage, la nécessité pour les
chevaux de changer de rive pour pouvoir assurer le tirage des
bateaux2. On pouvait alors avoir recours à un « bac passe cheval »
ou à un bateau spécialement utilisé pour le transport des chevaux
de halage, baptisé « coursier ». Ce pouvait être le cas au niveau de
certaines îles lorsque le tirant d’eau dans le bras contigu au chemin
de halage était insuffisant. On était alors contraint de faire traverser
les chevaux pour leur permettre de tirer les bateaux depuis l’île sur
l’autre bras de rivière. Arrivé à la pointe amont de l’île, il fallait à
nouveau faire traverser les chevaux pour leur faire reprendre le
chemin de halage normal. Une telle manœuvre, longue et délicate,
parfois même dangereuse, devait être régulièrement pratiquée au
passage des Iles Percées en amont de Verdun-sur-le-Doubs3.
Sur la Grande Saône, la largeur de la rivière et la présence
d’obstacles tels que de vastes plages couvertes de végétation
aquatique, écartait considérablement le « chemin des bateaux » du
chemin de halage. Les mariniers étaient parfois contraints de faire
usage de « mailles » dont la longueur pouvait atteindre 200 à 300
m, d’un poids imposant et qui nécessitaient l’usage de puissants
attelages de chevaux pour éviter que la maille insuffisamment
tendue ne vienne traîner dans l’eau et immobiliser le convoi.

2 - Sur une carte du cours de la Saône datée de 1834, on peut lire : « Le halage actuel de la Saône se fait : de Gray à Mantoche sur la rive droite, de Mantoche à Apremont sur
la rive gauche, d’Apremont à Pontoeiller (sic), sur la rive droite, de Pontoeiller à Poncet sur la rive gauche, de Poncet à Glanon sur la rive droite, de Glanon à Verdun sur la
rive gauche, de Verdun à Châlons sur la rive droite ».
3 - Archives du Service Spécial de la Saône versées aux Archives Départementales de Saône-et-Loire. Non classées.

<

Regards d’historiens

>

81

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Les bateaux
Plusieurs témoignages concordants nous décrivent les bateaux de
Saône de la fin du XVIIIe siècle. Antoine écrit à leur sujet : « Les
bateaux dont on se sert sur la Saône sont en chêne ou en sapin. Les chênes
ont depuis 40 jusqu’à 60 pieds de longueur. Les grands chênes portent 140
à 150 milliers pesant, les médiocres 100 milliers et les petits 60 milliers.
Chaque bateau peut faire au plus 6 à 7 voyages par an d’Auxonne à Lyon…
on remonte pour l’ordinaire, de Lyon à Auxonne 10 ou 12 bateaux à la fois
et il faut 15 jours avec 3 bateliers 4 chevaux et le conducteur… pour
l’ordinaire on marchande à des entrepreneurs de montée qui fournissent tout
et qui ne font guère que ce métier. On leur paie de Lyon à Auxonne par
chaque bateau vide 60 à 80 livres. La montée d’un bateau chargé, coûte à
peu près le double parce qu’on en remonte moitié moins à la fois.Ces bateaux
pour remonter, sont attachés les uns à la suite des autres ».

« grand Colomb » maître d’équipage chalonnais, voiturier par
eau, qu’une peinture nous montre fièrement campé devant un
attelage de quatre chevaux harnachés et décorés de pompons de
couleur, sur fond de Saône.
L’activité de ces hommes, étroitement liée à celle des bateliers,
était saisonnière et nous reste très mal connue. Le Grand Colomb
était propriétaire d’une auberge tenue par son épouse, d’autres
pouvaient être paysans et propriétaires d’un attelage qu’il
rentabilisaient ainsi en dehors de la période des grands travaux
agricoles. L’attrait d’une vie moins sédentaire, plus aventureuse, au
hasard des auberges et des chemins de halage mais aussi le goût du
risque ou l’appât du gain, ont pu susciter plus d’une vocation.

Evoquant la batellerie grayloise de cette période, Godard écrit :
« La Saône portait alors des bateaux de 150 milliers (de livres, soit environ
75 tonnes), à mi-charge pendant les mois d’été. Il fallait huit jours pour
descendre de Gray à Lyon et le double pour la remonter avec le tirage des
chevaux » (Godard 1913). Le même auteur nous donne le nom et
les caractéristiques des bateaux alors en usage : penelles,
savoyardes, siselandes, bâches, tous bateaux à fond plat et à flancs
évasés dont les dimensions comme la capacité de charge,
demeuraient modestes.
Si les témoignages s’accordent à décrire une navigation de decise à
pleine ou moyenne charge, ils évoquent tous une remonte à l’aide
de chevaux grâce au recours à des personnages qu’Antoine qualifie
d’entrepreneurs de montée. Ces derniers semblent se confondre
avec les « maîtres d’équipage » personnifiés vers 1820-1830 par le
82

<

Un « maître d’équipage », « voiturier sur la rivière de Saône » posant en
tenue de cérémonie devant son attelage de 4 chevaux sur fonds de
rivière. Le « grand Colomb » (1802-1857) peint par Laurent vers 1830 est
probablement l’un des derniers représentants de la profession
(Musée de Chalon).
Observer les pompons chasse-mouches en laine rouge qui ornent le
bridon des chevaux.

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Une gravure datée des environs de 1830 représentant l’île Barbe au
nord de Lyon, montrant au premier plan, un bateau halé chargé
d’une douzaine de chevaux disposés tête-bêche, illustre, à n’en pas
douter, le retour d’équipages de montée prêts pour de nouveaux
voyages.
Le nombre de chevaux représentés, le retour des chevaux par
bateau, tout indique ici que nous ne nous trouvons pas en présence
d’un maître d’équipage occasionnel mais bien d’un entrepreneur de
montée de quelque importance, disposant de plusieurs attelages.

L’Ile Barbe aux abords de Lyon. Détail d’une lithographie extraite de
l’Album Lyonnais vers 1830.
« Coursier » halé par un unique cheval à la descente, ramenant à Lyon
pour de nouvelles « montées », 12 chevaux disposés tête-bêche dans le
bateau.

<

Sur la Saône il est en effet évident qu’en comparaison du Rhône où
les grands équipages pouvaient comporter plusieurs dizaines de
chevaux, le nombre de bêtes utilisées par les entrepreneurs de
montée apparaît modeste variant ordinairement entre deux et
quatre selon les sources et les circonstances. Le halage des coches
et diligences d’eau semble avoir mobilisé des équipages un peu plus
conséquents comportant de quatre à huit chevaux.

L’Ile Barbe avec deux « courbes » de chevaux halant une montée de
trois bateaux dont le chargement est protégé à l’aide de bâches ou
« tendues ». Les dimensions des bateaux apparaissent réduites par
rapport à celles des bateaux en usage à la fin du XIXe siècle.

Regards d’historiens

>

83

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Seul l’ingénieur en chef Laval, à la date déjà tardive de 1844,
évoque sur la Saône des équipages de 18 à 24 chevaux, ce qui paraît
pour le moins surprenant. On peut penser qu’il ne s’agit là que
d’un usage ponctuel non pas en relation avec la montée de convois
de bateaux mais bien plutôt destiné à apporter une aide aux
paquebots à vapeur « engravés » ou éprouvant quelques difficultés
au franchissement de certains hauts-fonds particulièrement
prononcés au nord de Lyon. Dans un rapport émanant du Service
Spécial de la Saône, daté de 1878, on peut lire en effet : « le halage
par chevaux est devenu l’exception ; toutefois les remorqueurs à vapeur
emploient des chevaux pour franchir quelques ponts et remonter les rapides
entre l’entrée de Lyon et Saint Bernard ».
Dès 1860, un « Tableau des renseignements techniques dressé par
l’ingénieur ordinaire à Chalon » précisait : « Le halage au moyen de
chevaux ne se pratique guère qu’en amont de Gray. En aval, il existe
cependant mais n’est pas très usité. A la descente le transport s’opère au
moyen de rames mues par des hommes, quelquefois on emploie la voile ».

84

Dans un courrier daté de 1862 écrit par le même ingénieur
ordinaire, on peut lire : « A la remonte, le transport s’effectue
principalement par les bateaux à vapeur remorqueurs ou porteurs. Le halage
au moyen d’hommes a presque complètement disparu, celui au moyen de
chevaux tombe chaque jour en désuétude. Aujourd’hui sur les 135 000
tonnes qui ont remonté la Saône en 1861 depuis Chalon jusqu’à
l’embouchure des canaux de Bourgogne et du Rhône au Rhin il y a environ
1 300 ou 1 500 tonnes halées par des chevaux », à la descente, le
tonnage dans la même partie de Saône est de 362 000 tonnes4.
Dès les débuts de la seconde moitié du XIXe siècle, on aurait pu
penser que la navigation à vapeur s’était définitivement imposée et
avait fait disparaître le halage animal. Nous verrons que ce dernier
connut néanmoins un étonnant sursaut de plus d’un demi siècle
avant que la motorisation systématique des bateaux n’entraîne sa
chute définitive.

4 - (Archives de S. et L. Non classées)

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Un cas particulier, coches et diligences d’eau
Sur la Saône, la première mention d’un service régulier de coches
et diligences apparaît dans l’Almanach astronomique et historique
de la Ville de Lyon en 1742 avec voyage de Lyon à Chalon par eau
: « Il y a, précise la notice, dans la diligence d’eau, deux chambres très
propres et très commodes, l’une pour Messieurs de Paris et l’autre pour les
voyageurs ». En hiver, dans les « petites journées » le montée de
Lyon à Chalon nécessitait deux jours avec « dînée » à Riottier,
« couchée » à Mâcon, dînée à Tournus et « couchée » à chalon.
Dans les « grandes journées » on voyageait 24 heures d’affilée avec
dînée à Riottier, « soupé à Mâcon et dînée à Chalon » (Valentin
Smith 1852). Chargée de 8 à 10 milliers de marchandises et de 20
à 24 voyageurs, la diligence était tirée par 6 à 8 chevaux alors que
le coche chargé de 60 à 80 milliers et de 15 à 20 passagers avançait
au pas, halé par 8 chevaux (Bucher 1979).
Entre Lyon et Chalon, 9 relais situés à Neuville, Riottier,
Montmerle, Port Jean-Gras, Mâcon, Jean de Saône, Tournus et La
Colonne, relais espacés d’une distance variant de 10 à 20 km,
permettaient de changer les chevaux de diligences qui avançaient au
trot alors que ceux des coches, marchant au pas, effectuaient
l’ensemble du parcours sans être relayés.

<

En 1785, 116 chevaux permettaient d’assurer un service journalier
entre Lyon et Chalon grâce à 3 diligences alors qu’un coche assurait
le service sur le même itinéraire, un second coche assurait un
service entre Chalon et Auxonne. En 1786, le nombre de chevaux
fut porté à 140 (Vignier 1980).
Dans un récit publié en 1840, le Dr. P.-C. Ordinaire évoque non
sans humour un voyage sur une diligence de Saône :
« La Diligence démarrait enfin, mais les chevaux ne pouvant agir
immédiatement, à cause de la difficulté de soulever la corde ou maille
au-dessus des barques amarrées au port, les mariniers étaient dans la
nécessité de faire mouvoir deux longues rames de sapin qui ajoutaient à
peine une accélération au mouvement si problématique de la Saône. On
perdait ainsi une demi-heure à faire un demi-quart de lieue.Voici les
chevaux attelés et lancés au trot, tirant une corde attachée à l’extrémité
d’un grand mât ; aussitôt la diligence se penchait au point d’abaisser
les fenêtres jusqu’au niveau de la rivière. Les cris et les contorsions des
voyageurs et plus particulièrement des voyageuses, témoignaient alors de
l’agréable sensation que leur faisait éprouver cette inclinaison
inattendue que renouvelait chaque secousse des chevaux. Quelquefois
l’eau pénétrait dans l’intérieur ; c’est alors qu’il fallait voir les plus
timorés recommander leur âme à Dieu et leur corps à St. Nicolas ; les
plus hardis se jeter du côté opposé pour rétablir l’équilibre et les
patrons, habitués à ce charmant exercice, rire la gorge déployée de ces
frayeurs qu’ils traitaient de puériles ».

Regards d’historiens

>

85

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Les accidents de navigation
Au XVIIIe siècle, ils sont connus à travers des procès verbaux
dressés par des notaires en présence de témoins pour décharger la
responsabilité du maître d’équipage ou « voiturier sur la rivière de
Saône » imputé dans l’accident. Malheureusement pour nous et
pour la compréhension des évènements, beaucoup d’éléments
manquent à la relation du notaire car jugés hors de propos par les
parties concernées : nombre de chevaux de l’équipage, nombre
d’hommes accompagnant la montée, constitution exacte du
convoi… Deux des accidents relevés ici concernent des montées de
bateaux vides dispersées par des vents de « traverse » (vent
d’ouest) ou du sud. Dans la série d’accidents survenus au passage
du Care en 1839, nous notons la noyade de quatre chevaux
appartenant à un même propriétaire donc probablement à un
même équipage.
Accident survenu au passage du bief de l’Epine à Boyer (71), le
13 novembre 1759 :
« L’an mil sept cent cinquante neuf et le mardi treize novembre sur
environ les huit heures du matin à Tournus et dans le logis de sieur
Claude Pillard aubergiste au dit lieu, par devant le notaire royal
résidant au dit Tournus, soussigné, s’est présenté sieur Claude Legrand,
marchand, demeurant à Lyon, lequel a dit que conduisant le jour d’hier,
sur la rivière de Saône une montée de plusieurs bateaux, il fut obligé sur
les dix heures du matin de s’arrêter au bief de Lespine au dessus du dit
Tournus, avec la dite montée par rapport aux vents, dans lequel endroit
il est resté jusqu’à ce jour, et sur environ les cinq à six heures du soir du
dit jour d’hier, une grande traverse s’étant élevée et partagée la dite

86

montée en deux et a emmené deux penelles, une bache, un savoyardot et
un barcot jusqu’au port de Fleurville, lesquels ont été arrêtés par le
nommé Janet, marchand au dit lieu avant le jour de ce jourd’hui ; une
des dites penelles appartenant au sieur Benoit Blandin, marchand à
Lyon étant coulée à fond en chemin et l’autre des dites penelles qui
appartient au dit sieur Legrand ayant aussi été conduite avec la grande
perte et éviter des frais,le dit sieur Legrand ayant aussi été conduite avec
la ci-dessus au dit Fleurville. En conséquence de quoi et pour obvier à
plus grande perte et éviter des frais, le dit sieur Legrand déclare qu’il a
envoyé chercher le surplus de la dite montée au bief de Lespine pour les
faire conduire au port du dit Tournus, et qu’il va partir dans l’instant
pour emmener les dits bateaux de Fleurville, ce qui est la cause qu’il ne
peut se rendre à Chalon avant la crue ; dont et de tout ce que dessus il
a requis et demandé acte à moi notaire soussigné que je lui ai octroyé
pour valoir et servir ce que de raison. Fait et passé en présence du dit
sieur Claude Pillard et de sieur Jean-Baptiste Burée maître serrurier
audit Tournus témoins requis et soussignés avec ledit sieur Legrand »5.
Accident survenu à Neuville-sur-Saône, le 13 avril 17696 :
« Etienne Voisin voiturier sur la rivière de Saône résidant à Trévoux en
Dombe, lequel nous a dit que le treize du présent mois il partit de Lyon
à dix heures du matin à la conduite de dix neuf batteaux de différentes
grandeurs appartenant à différents particuliers qui l’avaient chargé
pour les remonter soit en Bourgogne soit en Maconnais, qu’il arriva à
Neuville le même jour sur les six heures du soir et que ne pouvant aller
plus loin, il attacha les dits batteaux avec toutes les précautions
ordinaires vis à vis le hameau des Fours à Chaux dépendant du dit
Neuville pour y coucher et en partir le lendemain pour se rendre à sa
destination, que pour garder les dits batteaux et qu’il n’arriva rien de

5 - Archives de S. et L., 3E, 3408
6 - Etude de Me Colas, notaire royal à Neuville-sur-Saône. Procès-verbal pour Etienne Voisin, de Trévoux, du 15 avril 1769.

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

fâcheux il y coucha avec Pierre Betes journalier résidant au dit Trévoux
qu’il avait pris pour lui aider à conduire les dits batteaux, qu’à la
tombée de la nuit s’éleva un orage des plus violents causé par du vent
du Midy qui augmenta considérablement sur environ une heure après
minuit et dura jusqu’au jour, que pendant ces ouragans et malgré toutes
les précautions qu’il put prendre et les peines possibles, les cordes quoy
que fort grosses et toutes neuves qui attachaient à la suite des grands
batteaux, trois batteaux appellés Beches et un autre appellé fourquette
avec un bachu et un cinquième aussi appellé fourquette sans bachu, se
rompirent et voguèrent pendant quelque temps sur l’eau et au gré du
vent que l’obscurité de la nuit et la force de l’orage lui empêcha ainsi
qu’au dit Bete d’aller leur donner du secours et qu’enfin ils se perdirent
sans savoir en quel endroit l’orage les avait porté, que lorsque le jour
paru et que l’orage fut un peu calmé il chercha avec tous les soins
possibles s’il ne découvrirait point les dits batteaux, qu’il envoya même
le dit Bete le long de la rivière avec ordre de s’informer de tous ceux
qu’il trouverait s’ils n’en savaient point quelques nouvelles, que ledit
Betes alla jusqu’au bas de Lyon à l’endroit où la Saône se jette dans le
Rhône7 ».

Accident survenu à Trévoux (01) à la fin du mois de novembre
18398 :
« Plusieurs sinistres fort graves ont eu lieu depuis quelques jours sur la
Saône et nous paraissent devoir solliciter l’attention de
l’administration. En voici la note :
- Bateau charbon brisé dont 1/3 perdu ;
- Id.
sel perdu entièrement ;
- Id.
charbon brisé et à fond ;
Les deux premiers conduits par les Gondoles,le troisième par M.Colomb.
- 4 chevaux noyés à M. Genet.
Ces quatres sinistres sont arrivés au passage du Care, audessus de
Trévoux. Le barrage et la digue, qui ont été faits dans cet endroit
encaissent et ressèrent tellement, dit-on, la rivière qu’ils rendent la
navigation fort dangereuse.
Le bateau de sel, destiné à une maison de Chalon-S. S., était assuré et
valait 33,000 fr. y compris 27,000 fr. de droits non remboursables par
le fisc. La compagnie des Gondoles et le destinataire n’éprouveront
aucune perte ».

7 - Archives du Rhône, 3E, 20633.
8 - « Le Patriote de Saône et Loire » dimanche 1er décembre 1839.

<

Regards d’historiens

>

87

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Deuxième période : de la fin du XIXe siècle à la seconde guerre mondiale
Alors que dans les années 1860, le halage à l’aide de chevaux était
considéré par les ingénieurs de la navigation comme étant en voie
de disparition, trente ans plus tard, il va retrouver une vigueur
nouvelle du fait de changements profonds survenus tant à la rivière
à la suite d’importants travaux d’aménagement, qu’aux bateaux et
aux modes de navigation issus de cette nouvelle conjoncture.
La rivière
Les importants travaux réalisés sur le cours de la Saône depuis la
création du « Service Spécial de la Saône » en 1835, notamment
ceux effectués dans le cadre de la loi du 24 mars 1874 pour le «
Rétablissement sur le territoire français des voies navigables
interceptées par les nouvelles frontières », complété par la loi
Freycinet du 5 août 1879, ont eu des conséquences considérables
sur les conditions de navigation.
A partir des années 1880-82, on peut considérer que la navigation
de la Saône s’étend de Lyon jusqu’à Corre, point de départ de la
branche sud du canal de l’Est en direction de la Moselle et de la
Meuse, sur une distance de 407 km. Sauf circonstances
exceptionnelles, la navigation peut désormais être considérée
comme pérenne avec un tirant d’eau moyen de 1,80 m. Bien que

88

<

les dimensions des écluses aient été fort variables, les plus petites,
en amont de Gray, admettaient des bateaux de gabarit Freycinet,
d’une longueur de 38 m pour 5 m de large avec un chargement
maximum proche de 300 tonnes. Entre Corre et Chalon, le canal
de l’Est, celui de la Marne à la Saône mis en service en 1907, ceux
du Rhône au Rhin, de Bourgogne et du Centre ouvrent des
communications avec la quasi totalité du réseau navigable français et
notamment avec l’ensemble des canaux de l’Est et du Nord de la
France. Désormais, à l’exception de quelques mariniers cantonnés
dans des transports locaux, la navigation sur la Saône va s’étendre à
des bateliers originaires non seulement du réseau navigable français
mais également à celui des pays limitrophes : Belgique, Pays-Bas,
Allemagne… Ceux-ci, à la descente pouvaient emprunter la Saône
pour assurer la jonction entre deux canaux soit en ayant recours aux
services d’une société de remorquage soit en utilisant leur propre
attelage lorsqu’ils en possédaient un, ce qui n’était pas toujours le
cas pour les « pénichiens » habitués à naviguer en canal et qui
fréquemment louaient les services d’un « long jour » équipé d’un
attelage de chevaux (Le Sueur 2004) ou encore s’adressaient à une
société de halage équipée de tracteurs.

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Les bateaux traditionnels
Il sont peu à peu remplacés par des types nouveaux, toujours en
bois pour la plupart, mais présentant des dimensions et une
capacité de charge plus conséquents. Un nouveau type de batellerie
apparaît qui fait de plus en plus appel à la vapeur puis au moteur
diesel tout en laissant une part non négligeable au halage. Sur les
canaux de gabarit Freycinet, le bateau halé, péniche ou flûte de
Bourgogne souvent qualifiée par les compagnies de navigation de «
bateau de canal », nécessitera un éclusage unique là où deux
éclusages auraient été indispensables si le même bateau avait été
remorqué. Le halage apparaît donc ici plus intéressant que le
remorquage à vapeur du fait du gain de temps qu’il occasionne. En
1891, la Société Anonyme des Porteurs de la Marne sollicitait du
Ministère des Travaux Publics l’autorisation « d’établir un service
régulier par bateaux isolés, halés par des chevaux marchant au pas
avec relais, entre Paris et Lyon » (relais prévus à Montereau, Sens,
Laroche,Tonnerre, Montbard, Dijon, Saint Jean-de-Losne, Chalon,
Mâcon)9. Une telle démarche, même si elle semble être restée sans
suite, est significative du regain d’intérêt pour le halage qui se
manifeste à la fin du XIXe siècle.
A la veille de la première guerre mondiale, en 1911, fut crée à Lyon
la « Société lyonnaise de remorquage et de navigation » qui se
présentait en rivale de la Compagnie Générale de Navigation
HPLM, en lançant sur le Rhône une flotte de puissants

remorqueurs. Sur la Saône où ses activités apparaissent moins
sensibles, la nouvelle venue est toutefois présente comme
l’attestent des photographies où nous apercevons des flûtes halées
portant le nom de la société.
Dans la notice qu’elle a consacré à son historique et à sa flotte en
1914, la Compagnie Générale de Navigation HPLM précise : « Ces
bateaux en chêne, avec fonçure en sapin, presque tous construits dans les
chantiers de la Compagnie, sont actuellement d’un type uniforme, dont les
dimensions principales : 38 m 50 de longueur, 5 mètres de largeur, sont
imposées par les dimensions mêmes des écluses des canaux sur lesquels ils sont
appelés à circuler. Dans la plupart, il y a un logement pour le conducteur et
sa famille et une écurie pour deux chevaux. Ceux affectés aux services
accélérés marchant jour et nuit ont double équipage et quatre chevaux ». Il
n’est pas sans intérêt de constater qu’une société aussi résolument
tournée vers le progrès que la Compagnie HPLM ait su conserver
jusqu’en 1914, une importante flotte de bateaux de bois halés et
notamment parmi ces derniers, ceux affectés aux services
accélérés. L’article 6 du Règlement de police pour la navigation de
la Saône entre Gray et Lyon daté de 1857, précisait pour les bateaux
accélérés de 4e classe « Bateaux halés par des chevaux, sans relais ou avec
des relais facultatifs marchant ainsi sans régularité ni continuité : vitesse
moyenne par heure, deux kilomètres ». On peut penser qu’aux débuts
du XXe siècle la suppression de nombreux obstacles et les
aménagements apportés, avaient permis d’accroître sensiblement
cette vitesse moyenne.

9 - Archives de Saône-et-Loire. Non classées

<

Regards d’historiens

>

89

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Au cours de cette seconde période, les conditions de halage sur la
Saône sont profondément modifiées. Ce changement se traduit en
premier lieu dans le vocabulaire. La maille traditionnelle, ce long et
lourd cordage qui permettait de remonter des trains de bateaux
vides, disparaît au profit de la « maillette », d’un diamètre plus
faible et d’une longueur moindre, utilisée pour haler un seul bateau
parfois un bateau vide à la remonte mais le plus souvent aussi, et
ceci apparaît comme un phénomène nouveau, un bateau plein,
presque toujours une péniche, à la decise.

d’unités identifiées sur 140 km de rivière et seulement 10
bateaux en cours de navigation ;
- la Saône entre Chalon, point d’arrivée du canal du Centre et
Corre, au débouché du canal de l’Est, avec sur les 260 km du
parcours, trois autres canaux rejoignant la Saône, canal de la
Marne à la Saône, du Rhône au Rhin et canal de Bourgogne.
Les péniches apparaissent ici en grand nombre, 75 pour la
seule traversée de Chalon et en nombre plus élevé encore à
Saint Jean de Losne et Gray notamment.

Pour cette période, nous disposons d’une abondante
documentation photographique, principalement constituée
d’environ 3 000 cartes postales éditées entre 1900 et 1910 et qui
couvre l’ensemble du cours de la Saône navigable. A deux
exceptions près, les scènes de halage révélées par les
photographies, concernent des péniches, les bateaux de canal,
cadoles et flûtes, étant ordinairement acheminés en convois
remorqués. Seule une cadole équipée d’un grand mât de halage,
photographiée à Gray à la fin du XIXe siècle et deux flûtes halées
appartenant à la Société Lyonnaise de Navigation et de Remorquage
photographiées quelques décennies plus tard à Corre à leur sortie
du canal de l’Est, échappent à la règle mais encore convient-il
d’observer que dans l’un et l’autre cas, nous nous trouvons sur la
Saône Supérieure beaucoup plus propice au halage animal car
proche des conditions de navigation en canal.

Entre Chalon et Lyon, sur les 30 péniches identifiées par la
documentation photographique, 20 sont à l’arrêt, 2 péniches
chargées descendent la Saône apparemment à gré d’eau, grand mât
couché, et 3 grâce au halage. A la remonte, 3 péniches vides sont
tirées en convoi par un remorqueur à vapeur, 2 seulement vides
également, remontent halées dont une équipée d’une voile gonflée
par un vent du sud. Il est évident que la descente de la Saône audelà de Chalon n’était susceptible d’intéresser qu’un petit nombre
de « pénichiens ». Elle supposait de leur part une bonne
connaissance de la rivière et de ses dangers ou la nécessité de payer
les services d’un pilote et était pratiquement réservée aux
pénichiens propriétaires d’un attelage de chevaux. Aucun
document ne nous montre en effet de péniche chargée descendant
la Saône sur ce parcours, grâce au concours d’un remorqueur.
A partir de Chalon, en amont de la jonction avec le canal du
Centre, jonction qui, à l’époque s’effectuait à proximité de l’actuel
pont Jean Richard, le nombre des péniches devient plus important.
Ce nombre ira en s’accroissant en remontant la Saône de même que
celui des scènes de halages particulièrement abondantes sur le
cours supérieur de la Saône aux environs de Gray.

Sur l’ensemble du cours de la Saône, les scènes de halage que nous
montrent les photographies sont en effet loin d’être uniformément
réparties. Deux secteurs apparaissent d’emblée très différents :
- la Grande Saône entre Lyon et Chalon sur laquelle les
péniches n’apparaissent que sporadiquement : une trentaine
90

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Cette particularité déjà observée par les ingénieurs de la navigation
du cours de la seconde moitié du XIXe siècle, se trouvera confirmée
à la fin du siècle et aux débuts du siècle suivant après l’ouverture du
canal de l’Est et avec le développement du transport fluvial par
péniches halées. Entre Corre et Gray en effet, le lit de la Saône
relativement étroit et jalonné par un grand nombre de dérivations
éclusées, ne pose guère de problèmes aux pénichiens habitués à la
navigation en canal, si ce n’est l’obligation de disposer d’un attelage
de chevaux, ânes et mulets se révèlant souvent impuissants à lutter
contre le courant et les coups de vent. A cet égard, une anecdote
est significative. Lorsqu’en 1886 le voyageur anglais Philip Gilbert
Hamerton voulut entreprendre une descente de la Saône de Corre
à Chalon grâce à un petit bateau Berrichon de 27,50 m par 2,60 m,
halé par un âne, il dut rapidement renoncer à son projet, l’âne
s’avérait en effet totalement incapable de lutter contre les coups de
vents qui venaient régulièrement plaquer le bateau contre la berge
(Hamerton 1887, p. 57-58).
Entre Chalon et Corre, la documentation photographique nous
montre 21 ou 23 (?) péniches chargées descendant la rivière grâce
au halage, 2 descendant à gré d’eau et à la voile. A la remonte si 12
péniches vides voyagent grâce au halage ainsi que 2 péniches
chargées, 2 autres péniches chargées seulement, utilisent les
services d’un remorqueur. La descente de bateaux chargés grâce au
halage, phénomène déjà observé à une moindre échelle entre
Chalon et Lyon, apparaît donc ici comme à la fois une constante et
comme un phénomène nouveau, très peu de bateaux descendant à
gré d’eau ou à la voile. On peut considérer cette donnée nouvelle
comme vraisemblablement liée à une volonté de gain de temps et
donc à un souci accru de rentabilité économique.

<

Conclusion
Ce bref tour d’horizon du halage des bateaux sur la Saône, met
l’accent sur les lacunes de notre documentation à commencer par
la date exacte d’apparition du phénomène. Nous avons vu
également qu’aux époques anciennes, la rivière présentait une
grande diversité, ce qui a donné lieu, de la part des bateliers, à des
appellations différentes : « haute », « petite », et « grande » Saône,
appellations se traduisant elles-mêmes par des modes de navigations
différents, adaptés au cadre physique. Quant au halage proprement
dit, pour les périodes où textes et iconographie nous permettent de
mieux le cerner, nous observons qu’il ne présente pas de réelle
unité mais que deux périodes distinctes se dégagent. Dans un
premier temps le halage n’est guère utilisé que pour la remonte de
convois de bateaux vides, dans une seconde phase, liée à des
changements profonds de conjoncture, nous observons au contraire
qu’il accompagne prioritairement la descente de bateaux de canal
type péniche, à pleine charge.

Regards d’historiens

>

91

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Bibliographie
ANTOINE –1774 : Navigation de Bourgogne ou Mémoires et projets pour augmenter et établir la navigation sur les rivières du Duché de Bourgogne, Dijon,
293 p., 2 pl..
ARMAND-CALLIAT L. – 1960 : La batellerie de la Saône dans un passé proche et lointain - Revue des Arts et Traditions Populaires,VIII, pp. 22-46.
BONNARD L. – 1913 : La navigation intérieure de la Gaule à l’époque gallo-romaine, Paris, éd. Picard, 267 p.
BUCHER G.-R. – 1979 : Le commerce du port de Chalon au XVIIIe siècle. Annales de Bourgogne LI, pp. 158-185.
DUMOREY Th. – 1779 : Mémoire au sujet de la navigation sur la rivière de Saône, Manuscrit de 63 p. déposé aux Archives Départementales de
la Côte d’Or, cote C 4461. Archives Nationales H.I.159. Archives du Rhône 91.1.2.4.
GODARD Ch.-A. – 1913 : Le port de Gray depuis 1789. Bulletin de la Société Grayloise d’Emulation, pp. 23-55.
HAMERTON Ph.-G. – 1887 : The Saône.A summer voyage. Londres. 368 p.
H.P.L.M. – 1914 : Notice sur la Compagnie Générale de Navigaiton Havre-Paris/Lyon-Marseille/Lyon-Paris, 15 p. 40 pl.
LAVAL J.-R. – 1845 : Notice sur les travaux de perfectionnement de la navigation de la Saône entre l’embouchure du canal du Rhône au Rhin et Lyon.
Annales des Ponts et Chaussées, Mémoires et Documents, p. 1-47.
LE SUEUR B. – 2004 : Mariniers. Histoire et mémoire de la batellerie artisanale 1. Editions du Chasse Marée.
Mémoire… – 1833 : Mémoire à l’appui de la commande d’un pont suspendu sur la Saône qu’une compagnie formée àVerdun se propose de construire entre
cette ville et Bragny, brochure 15 p. Chalon.
ORDINAIRE Dr. P.-C. – 1840 : Les anciennes diligences et les nouveaux bateaux à vapeur sur la Saône. Autres temps, autres mœurs. Le Patriote de
S. et L. n° 974.
RIVET F. – 1962 : La navigation à vapeur sur la Saône et le Rhône (1783-1863), Presses Universitaires de France, 619 p.
ROSSIAUD J. – 1978 : Les haleurs du Rhône au XVe siècle. Actes du VIIe congrès des médiévistes. Rennes
ROSSIAUD J. – 1976. Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest 85, pp. 283-304.
VALENTIN-SMITH J.-E. – 1852 : Monographie de la Saône, Lyon, imprimerie L. Boitel, 168 p.
VIGNIER FR. – 1980 : Diligences et coches de Saône de Lyon à Auxonne à la fin de l’Ancien Régime. Actes du 50e congrès de l’Association
Bourguignonne des Sociétés Savantes, Mâcon 1979, t. II,Val de Saône, pp. 159-168.
92

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

DES HOMMES ET DES CHEVAUX AU TRAVAIL AUJOURD’HUI
Bernard BOUILHOL*, Jean-Louis CANNELLE** et Bernadette LIZET***
À la fin du XIXe siècle et dans le premier tiers du XXe, la traction chevaline atteint son apogée en Europe occidentale. De l’âne
de la petite paysannerie au cheval industriel, dans la ville, à la campagne et sur les routes qui les relient, le moteur animal
fonctionne à plein régime. On peut croire les forces animales et mécaniques complémentaires. Mais la machine a finalement
raison de l’animal, aussi perfectionné soit-il. La civilisation du cheval de trait a vécu.
Au début du troisième millénaire, des équipes de travail composées d’hommes et de chevaux continuent pourtant d’exister. Elles
sont en petit nombre, mais on les remarque parce qu’elles sont de retour au-delà la grande rupture qu’on croyait définitive.
Le développement technologique et industriel avait anéanti la traction animale, et sa disparition a été saluée comme un
progrès. Le retour au travail du cheval – des ânes et des mulets aussi, voire des attelages de b?ufs – va de paire avec la
perte de confiance dans le modèle économique industriel. Il symbolise la vague verte et l’utopie planétaire d’un
développement qui pourrait devenir « durable », au prix d’un changement de perspective : la quête de rentabilité de l’activité
s’accompagnerait d’une prise en compte des effets sur les grands mécanismes biologiques, dans le souci d’une équité
sociale, d’une génération à l’autre et à l’échelle planétaire. Ce difficile programme est souvent proclamé, plus rarement
pratiqué. La traction animale constitue l’une des figures de ce développement durable, à la croisée des réseaux du « bio » et
plus généralement l’agriculture environnementale, de la réinsertion professionnelle et sociale et des nouvelles politiques
urbaines avec leurs services d’espaces verts reconvertis à l’écologie.
Nous proposons un tour d’horizon de ces pratiques, où le travail s’accomplit dans une relation à deux, homme et cheval. Une
relation qui ne va plus de soi, et qu’il a fallu réinventer.

* Directeur du syndicat des éleveurs du Cheval breton.
** Paysan, responsable de la commission Cheval de la Confédération paysanne nationale, vice-président de l’association nationale des éleveurs du Cheval comtois, président de
l’association Hippotèse, président fondateur du syndicat national des Cochers et utilisateurs d’animaux attelés et bâtés.
*** Ethnologue, directrice de recherche au Centre national de la recherche scientifique (UMR 51-45, Éco-Anthropologie et Ethnobiologie, Muséum national d’histoire naturelle).
Nous remercions Astrib Laborie, Bernard Lavault et Olivier Pichaud pour leur relecture attentive et leurs remarques.

<

Regards d’historiens

>

93

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Du cheval agricole aux Traits divers
Les statistiques agricoles répertorient 3 222 000 équidés en 1913,
année du maximum historique1. Après une remontée dans l’entredeux guerres, c’est la régression, qui s’accélère dans les années
1960. Avec l’intensification de l’activité et la motorisation, la
cavalerie de travail afflue aux abattoirs de Vaugirard. Les deux
facteurs décisifs sont l’arrivée des petits tracteurs américains du
Plan Marshall (les « Farmall ») et la mesure de détaxation du
carburant agricole2. Quelques îlots résistent : les charretiers
continuent de marcher dans les sillons du maraîchage breton et
méridional, où des façons culturales méticuleuses apportent de la
valeur ajoutée. La polyculture de montagne n’a pas non plus remisé
son matériel hippomobile : elle conjugue les (modestes) bénéfices
de l’agriculture, de l’élevage et la forêt. Mais l’évolution est
implacable. L’année 1968 marque le passage sous la barre du
million. Pour le service des Haras, des courses et de l’équitation,
l’institution en charge des destinées chevalines depuis Louis XIV et
Colbert, c’est l’assise populaire et la masse agricole qui se
dérobent3.
Sursaut dans les années 1980, par la conjonction de divers
mouvements. L’agriculture néorurale s’est réapproprié la traction
animale. Ses militants en affichent le caractère d’innovation
expérimentale. Ils s’organisent en associations4 pour fédérer les

94

énergies et capitaliser les expériences, notamment dans le
débardage du bois. Certains s’emploient à forcer la grande
frontière entre les mondes du « trait » et du « sang », les deux
grandes catégories chevalines qui hiérarchisent statuts, valeurs et
moyens matériels des hommes et des chevaux depuis la création de
l’administration centrale des Haras au XVIIe siècle. La compétition
sportive d’attelage qui gagne en audience et en puissance s’ouvre
alors au « trait ». Les « néos » ont inventé la traction animale à des
fins productives, métissée par le sport. Côté éleveurs et associations
de race5, une autre réactivation s’opère.
Le cheval de trait de l’ancien temps est mort : va-t-on enfin
affirmer, valoriser, professionnaliser « la chevaline », construire
l’image du cheval agricole comme bête à viande et réaliser le
dessein des hygiénistes de la fin du XIXe siècle6 ? Sous l’impulsion
des nouveaux éleveurs du Massif Central qui considèrent le cheval
comme « un bœuf sans cornes », l’association nationale du
« Breton » entraîne la communauté du cheval de trait dans un
« processus économique de produit carné ». Le modèle est
productiviste ; aux antipodes du mouvement néorural, on parle et
on pratique « ateliers de production », « allotements », flux
européen de la viande de cheval.

1 - Michel Baumet, 1985, tableau 10.
2 - Informations données par François Coatalem, lors d’un entretien réalisé le 25 janvier 2002.
3 - « Les chevaux lourds, jusque vers 1968, représentaient encore près de 90% de l’ensemble des chevaux. Ce pourcentage est tombé à 58% en 1975, contre 42% de chevaux de
sang » (Rossier et Coléou 1977 : 13).
4 - Hippotèse (Association hippomobile de technologie et d’expérimentation du Sud-Est) est née en 1986, PROMMATA (Promouvoir le machinisme moderne agricole à traction
animale) en 1991. La première se donnait pour rôle de « promouvoir le développement de la traction animale moderne appropriée aux activités agricoles et rurales en montagne
et dans les régions difficiles dans la perspective de la revitalisation du tissu économique et social de ces régions et de création d’emplois » (extrait des statuts). La seconde se
pensait « salutaire, tant pour l’environnement que pour les petits paysans », sous l’impulsion de Jean Nolle, inventeur de matériel hippomobile destiné aux pays en voie de
développement. Les deux associations existent toujours.Voir Bourdon, dans Lizet et al. (1999).
5 - Neuf races : Ardennais, Auxois, Boulonnais, Breton, Cob normand, Comtois, Mulassier poitevin,Trait du Nord, Percheron.
6 - Voir Éric Pierre (2000).

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

À la croisée de ces deux tendances (traction moderne et production
pour la viande) et dans une relation toujours très tendue avec les
groupes qui les portent, les Haras nationaux conçoivent une
politique de « relance », de recherche d’un développement
diversifié7. Mais le cheval est rebaptisé « lourd » et ce qui pèse dans
la balance, c’est la finalité bouchère. Les subventions se concentrent
sur un système permettant de produire d’énormes modèles,
d’ouvrir ou de contrôler des berceaux dits secondaires (les « zones
de multiplication ») dans les montagnes françaises, Massif Central
et Pyrénées, de créer une filière technique intégrant la production
de poulains, la mise en marché et la consommation. Quant aux
« néos », ils reçoivent des encouragements sous la forme d’appui à
la réflexion (groupes de travail, colloques avec démonstrations
techniques, publications), à l’expérimentation et à la formation
(stages et ateliers). La traction animale entre dans l’enseignement
agricole en Savoie dès le début des années 1980 : épaulé par le
Comité d’études et de propositions de l’association Peuple et
culture8, le lycée agricole de la Motte Servolex monte des
formations sur l’auto-construction de matériel et la confection de
harnachement. En Franche Comté, le Centre de formation
professionnelle pour adultes (CFPPA) de Montmorot signe une
convention avec Hippotèse en 1986. La première « UCAR »
d’attelage (Unité capitalisable d’adaptation régionale), intégrée au
BPREA (Brevet professionnel de responsable d’exploitation

agricole9) voit le jour. La même année, le lycée agricole vosgien de
Mirecourt instaure son cursus « exploitant travaux forestiers »
(EPF), avec spécialisation en traction animale. L’établissement de
Noiretable Noirétable (Loire) suivra quelques années plus tard.
On n’observe pas d’impulsion comparable dans les métiers de la
boucherie. L’embellie hippophagique est de courte durée : après
avoir établi des accords qui protègent une production nationale
nécessairement coûteuse face à la filière mondiale,
« l’interprofession »10 les dénonce. Décidément à l’écart, le cheval
ne rejoint pas le bestiaire ordinaire de la boucherie : la viande
chevaline n’a jamais bénéficié des accords de la politique agricole
commune. Les cours et la consommation stagnent ou régressent. La
communauté des éleveurs se referme sur le système des concours
de race, pratiqué comme un hobby, tendu vers un idéal de
« monument de viande » désaccordé du fragile marché
hippophagique. Les Haras nationaux subissent l’épreuve de la sortie
des Trente glorieuses, décennies de l’argent facile liées à la
reconstruction d’après-guerre. Menacés de réforme, ils
communiquent sur le thème des ressources culturelles du monde
rural, du lien ville-campagne. Le trait d’union, le héros médiatique,
sera le cheval de trait « utilisé », c’est à dire attelé. Le service
public du cheval reprend et valorise pour son compte l’expérience
néorurale pionnière du trait de sport de la décennie précédente.

7 - La réflexion est confiée au CÉRÉOPA (Centre de recherche sur l’économie et l’organisation des productions animales). Sa cellule Études et recherches pédagogiques sur le
cheval, partenaire contractuelle des Haras nationaux, développe des recherches appliquées pour dynamiser les filières du cheval (courses, sport, loisir, boucherie). Après une
étude sur « L’utilisation de la traction chevaline en France » (Rossier et Jego, 1985), le CÉRÉOPA suscite la création d’un « groupe traction animale » et organise une série
de rencontres, en salle et sur le terrain d’un bout à l’autre de la France.
8 - Un « réseau d’associations d’éducation populaire » qui « mène depuis 60 ans un même combat : la lutte contre les inégalités culturelles et pour le droit au savoir toute la
vie » (www.peuple-et-culture.org).
9 - Équivalent du bac professionnel : qualifications nécessaires pour une installation agricole aujourd’hui.
10 - Association regroupant les producteurs, les transformateurs, les distributeurs et les consommateurs.

<

Regards d’historiens

>

95

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Du concours d’Utilisation rustique désormais imposé aux
éleveurs11 au trophée des salons (du Cheval, de l’Agriculture) et à
la « Route », spectaculaire compétition annuelle d’attelage, le
monde du cheval de trait est absorbé par le système du sport. Le
processus est d’autant plus irrésistible que la greffe du « lourd » a
bien pris sur les épreuves fédérales d’attelage organisées par le
ministère de la Jeunesse et des sports12.
Le paysage associatif s’enrichit en 1991 d’une nouvelle structure,
Traits de génie, qui se donne pour mission de faire le lien entre les
réseaux diversifiés des amateurs du « lourd » (chevaux de trait ?
De travail ? D’utilisation ? D’attelage ?) et attire rapidement de
nombreux adhérents13. Le programme d’action d’Hippotèse,
l’association néorurale, se radicalise dans le sens d’une défense des
métiers de la traction animale à ancrage agricole. Il faut investir les
Routes, dont le succès médiatique galvanise le milieu du cheval de
trait. Après la grande épopée de 1991, dédiée au poisson et aux
petites mareyeuses boulonnaises sur le parcours Boulogne-sur-Mer
et Paris, déplacée en Bourgogne l’année suivante (Route du vin et
des écluses portée par Traits de génie, de Dijon à Lyon, avec une
épreuve de débardage), l’association de promotion du trait comtois
(APTC)14 et Hippotèse conçoit sa Route des vins et du comté, un
événement manifeste qui fait la part belle aux démonstrations de la

96

compétence professionnelle dans sa diversité. Le salon de
l’Agriculture de 1999 accueille l’assemblée constitutive du
Syndicat national des cochers. Reconnu « professionnel » (SNCP)
en 2002, il se donne l’ambitieuse visée de fédérer les énergies, il
mise sur l’échange et l’interconnaissance, entend capitaliser
l’expérience et le savoir-faire pour organiser la défense du métier
et obtenir sa reconnaissance15.
En 2006, la réforme des Haras nationaux est accomplie. L’État s’est
désengagé des affaires chevalines, son monopole du contrôle de la
reproduction et de la sélection, assorti d’aides diverses dont le
monde du Trait était l’un des principaux bénéficiaires, a été jugé
trop coûteux. Les éleveurs serrent les rangs, l’association Francetrait, regroupant les neuf associations nationales de races16, voit le
jour en 2004. Lors de l’assemblée générale de mai 2006, une
politique est adoptée pour concevoir un « développement
commun » : sélectionner les animaux qui correspondent à un
marché. Un dossier prioritaire est identifié : faire en sorte que la
jument de trait apporte à l’éleveur un revenu équivalent à celui qui
vient d’une vache allaitante. Pour atteindre ces objectifs, les « races
fortes » (de leurs effectifs17) s’engagent à « tirer » les autres, pour
« faire filière ».

11 - Conçues spécifiquement pour les éleveurs des berceaux, ces épreuves conditionnent l’attribution des primes.
12 - En France, c’est l’AFA (association française d’attelage, créée en 1974) qui est à l’origine des compétitions, conçues au départ sur le modèle anglais, belge et hollandais. La
première manifestation sur le territoire français a été le championnat d’Europe (haras du Pin 1978, AFA et Haras nationaux), suivi la même année du premier championnat
de France (AFA et Fédération française des sports équestres). Depuis 1987, la Fédération française des sports équestres est seule gestionnaire des compétitions d’attelage.
13 - Près de 400 dès la première année (200 de plus aujourd’hui).
14 - Association créée en 1996 par un petit groupe issu du syndicat d’élevage du cheval comtois, pour préparer la première route régionale. Représentant la branche « attelage »
du syndicat d’élevage, elle a pris en charge l’organisation des concours d’utilisation, et la mise au point des équipes de race comtoise pour toutes les routes.
15 - Le Syndicat national des cochers et des utilisateurs professionnels d’animaux attelés et bâtés compte une centaine de membres aujourd’hui. Un certificat de spécialisation
« cocher », accessible aux niveaux bac professionnel et brevet d’études professionnelles, est venu compléter la gamme des qualifications existantes (spécialisations fromagères,
conduite d’engins...).
16 - En 2003, les divers syndicats de race sont rebaptisés « associations nationales de races», leurs statuts sont modifiés pour intégrer des représentants d’éleveurs hors berceaux.
Des crédits substantiels leur sont attribués pour une phase de transition. Après 2008, elles devront avoir trouvé les partenariats pour subvenir à leurs besoins.

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

L’opération d’identification obligatoire de tous les équidés, au-delà
du cercle des races, a été conduite à son terme18. Ce phénomène
épisodique autant qu’artificiel dope tous les effectifs, dont les
chiffres des naissances, mais l’avenir est incertain. Dans l’atonie
persistante du débouché à la viande et face à l’étrangeté de la
situation de vide occasionnée par la fin du vis-à-vis historique avec
les représentants de l’État pour l’achat d’étalons nationaux, moteur
de tout le système des berceaux de race, l’intérêt des éleveurs reste
fixé sur les modèles imposants. Ils sont lucratifs, mais pour les seuls
concours, objet d’une passion exclusive qui peut pousser à faire des
choix dangereux19. Fait nouveau et peu rassurant, la fièvre des
concours a gagné les nouveaux éleveurs de montagne. Le fossé se
creuse entre les poulains et les pouliches faits au moule des critères
des jurys et la seconde classe ramassée par le commerce de la
viande. Les concours ne jouent pas leur rôle de laboratoires où
devraient s’opérer la sélection et l’encouragement à produire le
modèle qui se vend. Ils sont devenus une finalité en soi.

L’effet d’entraînement économique d’une implication dans le
système du sport n’a pas opéré. L’estimation des ventes de jeunes
chevaux de trait pour le loisir et pour le sport n’est pas à la hauteur
des espérances20. Elle s’avère très insuffisante pour offrir une
véritable alternative au marché du poulain de boucherie, qui
présente l’intérêt d’enlever les jeunes de l’année, assurant la
régularité du commerce et la reproduction de l’ensemble du
système (juments mises chaque année à la saillie). Sur le plan
culturel, le problème d’identité reste à vif dans la confrontation
inégale entre les mondes du cheval de trait d’ancrage agricole et
celui du « lourd » attelé, sous influence directe du modèle sportif
émanant de la culture équestre urbaine élitiste. Dans ce monde du
cheval de trait plutôt désenchanté, le mouvement de la traction
animale apporte relief et couleur. Pour modeste qu’elle soit
numériquement (une centaine de personnes et trois cents à quatre
cents chevaux), l’expérimentation conduite par les charretiers
d’aujourd’hui prend une valeur symbolique au regard de la société
globale. La dimension sensible et émotionnelle de la relation de
l’homme au cheval dans un partenariat de travail et dans une
activité professionnelle en quête de reconnaissance ne compte pas
pour rien dans le tableau.

18 - La généralisation de l’identification a été revendiquée par la Fédération nationale du cheval, l’organisation syndicale créée en 1949 dans le sein de la Fédération nationale des
syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA). L’objectif était d’avoir une vision claire des naissances, de la mortalité, de l’abattage, des importations et des exportations.
Jusqu’alors, les procédés d’identification apparentaient le cheval à l’animal de compagnie bien plus qu’à l’animal de rente.
19 - Dans une exploitation bretonne en difficulté par exemple, réserver l’herbe aux poulinières au détriment des vaches laitières.
20 - 5 à 600 chevaux « partiraient pour le loisir dans les neuf races » (c’est une estimation).

<

Regards d’historiens

>

97

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Travailler avec des chevaux
Repérer et caractériser ces activités n’est pas chose aisée. Un trait
commun de l’entreprise attelée est son caractère pionnier,
individualiste et par là même éphémère. Le travail avec les chevaux
s’apparente souvent à une sorte de far- west où l’on s’engage avec
passion pour exploiter une « niche » économique fragile, en sousestimant les risques d’un métier autour duquel tout doit être
réinventé. Quel cheval pour quel service ? Quel niveau de
dressage ? Quel matériel (harnais, outils agricoles, véhicules...) ?
Quelle organisation dans le travail, quelle communication face à un
environnement qui a perdu l’habitude de l’animal et qui impose un
rythme, une technicité, des contraintes très différentes de celles
auxquelles les engins motorisés nous ont accoutumés ? Comment
concilier le travail et le bien-être animal ? Quel revenu, quelle
sécurité prétendre tirer d’une activité mal balisée, faiblement
reconnue si ce n’est pas du tout ?
En forêt
En France, l’économie forestière est depuis longtemps intégrée
dans une filière mondialisée et la modernisation poussée du
matériel a très tôt réduit les possibilités d’y gagner sa vie
décemment avec un cheval21. Le débardage animal y a pourtant
conservé une place, sous deux formes très différentes. La tradition
montagnarde des paysans éleveurs et utilisateurs de chevaux s’est

98

perpétuée, tandis que le mouvement néorural faisait du débardage
à cheval son « installation » canonique, à l’instar de l’exploitation
chevrière.
En Franche-Comté et en Savoie, la culture du cheval de travail
agricole a continué de se transmettre d’une génération à l’autre par
le bois, envers et contre tout. Dans un berceau de la race comtoise
fort de ses effectifs et de son dynamisme, la plupart des
propriétaires de poulinières22 font encore valoir des petites fermes
en polyculture et élevage. Ils dressent leurs poulains durant l’hiver
en « tirant des perches » et ils vendent ce savoir-faire à des
marchands de bois, en apportant de la valeur ajoutée aux jeunes
chevaux. La « tire au bois » n’est qu’une facette de leur activité,
tandis que les nouveaux débardeurs sont des spécialistes. Ou
s’affirment comme tels : le travail au bois ne constitue pas
l’essentiel de leur chiffre d’affaire, mais il les qualifie comme
professionnels. Ils ont attaqué la forteresse de la filière industrielle
du bois, exigeant d’eux des tâches délicates. Les fagots doivent être
minutieusement confectionnés pour être repris à la pince et au
tracteur et les jeunes arbres doivent être absolument respectés dans
les parcours en forêt. Pour exécuter ces gestes précis, l’Ardennais
belge a été préféré aux races françaises. Les débardeurs allaient en
stage professionnel en Belgique et revenaient avec leur cheval.
Excellemment dressé dans une communauté professionnelle de
débardeurs encore relativement structurée, il est aussi beaucoup
moins cher. Car le débardage à traction animale s’appuie en
Belgique sur un bricolage social généralisé23, le professionnel

21 - Voir Les attelages du Morvan (Bernard Lavault), 1993. Cette étude financée par le parc naturel région du Morvan (et plus largement la Fédération nationale des parcs naturels
régionaux) défendait l’idée d’une forêt à « jardiner » avec le cheval, en rupture avec la gestion industrielle. Un concept qui a fait son chemin dans les espaces forestiers
périurbains et dans les espaces protégés, mais pas dans les forêts ordinaires.
22 - 120 à 130 poulinières travaillent occasionnellement sur l’exploitation, en forêt notamment. À peu près autant de poulains sont dressés tous les ans.
23 - La division Nature et forêt (équivalent de l’ONF en Belgique) est censée imposer en principe l’utilisation du cheval dans les premières, deuxièmes et troisièmes coupes
d’éclaircie, mais aucun contrôle n’est pratiqué. Il serait par contre intéressant, dans l’actuelle démarche de certification des bois en Europe, d’intégrer la composante «
traction animale ».

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

déclaré bénéficiant de l’aide discrète, et donc très bon marché,
d’agriculteurs retraités et de leurs chevaux. Les « néos » se sont
par ailleurs heurtés à l’organisation industrielle de la chaîne
forestière, qui exigeait la globalité du service, impliquant des
équipements lourds et onéreux : abattage, bûcheronnage et
débardage. D’où l’instabilité des petites entreprises sans capitaux,
résistant deux ans en moyenne à des conditions de vie trop difficiles
et insuffisamment rémunérées. Mais un noyau dur d’installations de
la grande époque (les années 1980-1990), une quinzaine, a tout de
même traversé toutes les épreuves. Ces fondateurs ont œuvré pour
sortir d’une impasse de la représentation syndicale. Après l’échec
de la construction d’une association professionnelle spécifique24, un
collège « débardeurs en traction animale » a été ouvert en 2005
dans le Syndicat des cochers.
Cette année-là, la Fédération européenne de la traction animale
utilitaire (FECTU)25 et l’APTC (l’association du cheval comtois)
organisaient en Franche-Comté un concours et un colloque,
accueillant des praticiens français, belges, luxembourgeois et
anglais. Ces rencontres ont permis de comprendre les spécificités
nationales et les tendances de l’activité. Quinze mille chevaux
tirent du bois en Suède, sur un modèle économique et technique un
peu comparable aux « paysans-éleveurs » du berceau comtois, mais
à une toute autre échelle, parce que les agriculteurs exploitent leur
propre forêt. L’Allemagne abandonne sa traction animale
forestière, la Belgique est sur le déclin.

En France, une trentaine de petites entreprises possédant un
numéro de siret26 (impliquant déclaration d’impôts, comptes
certifiés et salariés) vivent à des degrés divers du débardage avec
leurs chevaux. La plupart jouent sur la diversité des activités et des
employeurs. Elles effectuent des travaux pour les marchands de
bois mais aussi pour des collectivités territoriales qui ont la charge
d’assurer la gestion forestière et le nettoyage des berges de rivières
des zones « sensibles » (forêts domaniales, réserves naturelles,
parcs naturels régionaux, Conservatoire du littoral...), tâches pour
lesquelles elles sont de plus en plus sollicitées aujourd’hui. Un
débardage qui s’accomplit à cheval plutôt qu’avec les matériels
géants de l’industrie forestière, cela fait image. On communique
beaucoup sur le cheval au travail en forêt, les Villes et les écoles ne
sont pas en reste ; (les débardeurs sont souvent requis pour
expliquer leur travail dans les cours de récréation). Et beaucoup
d’entre eux, dit-on, cherchent dans la pédagogie, la démonstration
et la communication des voies de sortie d’une activité fatigante,
hasardeuse et peu lucrative.
Une évolution différente se dessine dans la forêt bretonne. Un
partenariat déjà éprouvé27 entre un débardeur et un technicien de
l’Office national des forêts vient de déboucher sur une
expérimentation encourageante. Un rouleau de pierre de
maraîcher du pays léonard a repris du service pour écraser les
ronces dans les jeunes peuplements de feuillus. Ainsi traitées, elles
rejettent vigoureusement, mais beaucoup moins armées.

24 - L’ANDTA (Association nationale des débardeurs en traction animale), créée dans les années 1990.
25 - Association mise en place en 2003, à l’initiative d’un petit nombre de Français et de Luxembourgeois habités par la même passion et la même philosophie de l’attelage de
travail.
26 - Pour les promoteurs d’une traction animale professionnelle, le numéro de SIRET constitue un indicateur infaillible, distinguant les gens de métier et les amateurs dont les
activités (mariage, Père Noël, etc.) s’apparentent à un loisir.
27 - Voir « Débardage-bûcheronnage dans les bois littoraux de Landevennec (Finistère) », dans Lizet et al. (1999).

<

Regards d’historiens

>

99

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Les chevreuils s’en délectent, prenant ainsi le relais dans une chaîne
technique qui pour être douce, n’en est pas moins efficace et
rentable. La traction chevaline est également pratiquée pour se
débarrasser des plastiques de protection des jeunes plants.
Inesthétiques et indestructibles, ces bâches posaient problème.
L’ONF et le Conseil général du Finistère sous-traitent désormais
avec le cocher-débardeur qui les soulève avec une bineuse (un peu
transformée). L’équipe a l’esprit fertile : une troisième pratique a
été mise au point en forêt, avec l’aide d’un cocher qui opère dans
les vignes catalanes. Une désoucheuse à ceps permet de neutraliser
le laurier palme (Prunus lauro-cerasus), arbuste exotique envahissant,
issu des haies pavillonnaires.
Dans le bois de Vincennes, la première fonction de « l’atelier
chevaux de trait » – des chevaux fonctionnaires – est de véhiculer
auprès du public une certaine idée du rapport que la Ville de Paris
entretient avec le patrimoine vert de la capitale. Les tâches
matérielles viennent en second : entretien et propreté (vidange des
poubelles et transport de leur contenu, vidange des grilles installées
sur le parcours des petites rivières), projet de hersage des pistes
cavalières... Pour les entreprises de débardage qui vivent de leurs
« prestations de services », le bricolage est encore plus inventif, car
la demande et les partenariats sont instables. Il s’enrichit d’autres
variantes : promener des mariés, des Pères Noël, des touristes en
roulottes pour la randonnée ou en calèches sur des hauts lieux de la
fréquentation (activité hautement instable, le partenariat avec les
Syndicats d’Initiative s’avérant peu fiable), mais aussi produire des
poulains croisés avec des races de sport, mis au travail et trouvant
acheteur auprès de meneurs de l’attelage de loisirs, ou encore
dresser à façon pour d’autres débardeurs, ou des charretiers qui

100

<

exercent leurs talents dans les vignes. Dans la vigne, comme dans le
maraîchage ou dans l’horticulture urbaine des services Services
d’Espaces d’espaces verts, s’opère une certaine remise en cause de
la « culture diesel », une activité intensive et polluante, jusqu’alors
bien établie dans les pratiques et dans les esprits (voir l’encadré «
Chevaux des villes »).
Le retour du cheval à la décavaillonneuse
« Décavaillonner : labourer les cavaillons (à l’aide d’une
décavaillonneuse) » explique le Petit Robert dans sa version 1998.
Le renvoi à « cavaillon » dévoile l’intéressante étymologie du mot.
Tiré du provençal cavalhon, évolution du latin caballio (cheval), le
« cavaillon » fait son apparition en 1922 et désigne « la bande de
terre entre les pieds de vigne, que la charrue ne peut labourer ». Il
y a charrue et charrue, la décavaillonneuse en est bien une, mais
c’est un outil étroitement spécialisé, comme l’impose le traitement
des pieds de ceps. À l’époque où la décavaillonneuse faisait son
apparition dans la langue selon le Petit Robert, le commerce
organisait la livraison de chevaux pas tout à fait comme les autres
pour répondre aux grandes exigences des viticulteurs méridionaux.
Les maquignons leur offraient des sujets bretons ou comtois triés
sur le volet : des ouvriers, « fins, intelligents », des « chevaux de
jardin », « avec beaucoup de chef », des « jolis postiers avec
beaucoup de gueule ». Mais dans les années 1960, la viticulture est
devenue, tout comme le maraîchage, l’une des productions les plus
intensives qu’il soit. Dans le processus d’artificialisation croissante
des pratiques, elle a très tôt évacué le cheval et multiplié par là
même les traitements chimiques.

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

La décavaillonneuse est aujourd’hui de retour, tractée par des petits
chevaux auxois, comtois, bretons aussi, de race indifférente en fait,
et même parfois croisés avec des ânes (pour obtenir mules et
mulets). Ce qui compte aujourd’hui dans ces prestations viticoles,
c’est le savoir-faire partagé de l’homme et du cheval. L’image
publicitaire de ce couple au travail compte aussi. Et elle divise. Un
clivage se dessine entre les stratégies de Traits de génie (opération
baptisée « Équivinage » coordonnée avec le syndicat de la race
auxoise28), et du Syndicat des cochers, qui accompagne le
redémarrage d’équipes de « décavaillonneurs » dans un réseau de
vignes bourguignonnes et méridionales. « Équivinage » joue à fond
la carte de la communication, la mouvance néorurale investit la
dimension de l’efficacité technique du cheval « comme outil de
travail », dans la prestation accomplie et dans ses effets (une
recherche pédologique financée par la célèbre maison Romanée
Conti a démontré l’augmentation de l’activité microbienne dans les
sols remués au cheval, plutôt que désherbés au glyphosate29). Sur le
terrain, les scènes de travail au cheval dans les vignes jouent tout de
même parfois sur les deux tableaux, calcul technique de la
rentabilité de l’action, et valorisation de son image,
particulièrement sensible. Il en est ainsi de ce viticulteur
bourguignon qui nettoie les cavaillons avec un cheval, dont il a fait
son emblème sur l’étiquette de ses bouteilles. Ses voisins, tous
motorisés, l’appellent « la jument verte ». On précise : « Couleur
tracteur » (John Deer).

Six spécialistes offrent aujourd’hui leurs services aux vignerons de
Bourgogne. Certains ont monté des micros entreprises employant
un, deux ou trois salariés. Même chose en Provence Alpes Côte
d’Azur et en Roussillon. Les vignobles « qui vendent leur vin »,
ceux dont les revenus n’ont cessé de monter ces dernières
décennies, peuvent s’offrir ces prestations et proposer des prix à
faire pâlir d’envie les débardeurs (de 50 euros de l’heure à 75 pour
certains très bons coteaux).
Maraîchage breton en perdition, niches nouvelles en « bio »,
dans l’insertion...
Profondément ébranlée par la réorganisation européenne des
productions, la zone légumière du Finistère, toujours citée comme
un bastion de la traction animale, a bel et bien lâché ses chevaux.
Face à la concurrence européenne, le quatuor végétal vedette des
petites parcelles (artichaut, chou-fleur, carotte de sable et pomme
de terre primeur) ne fait plus recette. L’instabilité s’est installée,
avec la quête permanente de nouveautés pour accrocher le
marché : choux brocoli et romanesco, petit violet... La nécessité
d’élargir et de renouveler la gamme des produits est allée de pair
avec une concentration des exploitations. Dans les années 1980, des
forgerons de village ont trafiqué les premiers tracteurs enjambeurs
importés des zones de vignoble, qui ont peu à peu éliminé les belles
poulinières de concours, entretenues jusqu’alors avec passion.

28 - L’impulsion pour le retour du cheval de trait dans les vignes a été donnée en Auxois, par un éleveur enseignant au lycée viticole de Beaune. Il a senti le vent favorable et fait
le lien avec des viticulteurs prestigieux (domaine de la Romanée Conti) en quête d’image promotionnelle et qualitative, et il a obtenu les soutiens scientifiques à l’INRA de
Dijon.
29 - Analyse effectuée par Claude et Lydia Bourguignon (Laboratoire d’analyse microbiologique du sol, Marey-sur-Tille, Côte d’Or). Claude Bourguignon a été chercheur à
l’Institut national de la recherche agronomique avant de monter un centre de recherche privé.

<

Regards d’historiens

>

101

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Aujourd’hui les tracteurs à vitesse rampante évoluent sans
conducteur au milieu des parcelles, menant huit rangs de chaque
côté ; les choux-fleurs sont récupérés sur des tapis convoyeurs. Sur
les deux cent cinquante Traits bretons travaillant en 1980 dans le
Léon et le Trégor, une petite dizaine subsiste. Tout porte à croire
que le système breton légumier à traction chevaline va s’éteindre,
une perspective qui ne mobilise d’ailleurs pas le syndicat des
éleveurs de la race.
Mais de nouvelles pratiques se font jour, portées par les vagues
« bio » et « écologique » en pleine diversification. Elles sont
diffuses, individuelles et par là même difficiles à cerner. En 2006, la
Fondation de France a accordé une bourse « défi jeune» à un
Breton désireux de consolider une installation en viticulture
biologique jusqu’au-boutiste au pays du Gaillac (Tarn), reposant sur
la traction animale pour « nous épargner le bruit et le tassement du
sol » et visant la diffusion en cave et en restauration30. Au siège de
l’association des éleveurs bretons, on a entendu parler d’autres
initiatives : un nouveau genre de maraîchage paysan de plein champ
en Loire Atlantique par exemple, basé sur la formule des ventes
directes de paniers de légumes de saison à des abonnés31. On signale
aussi une installation néo-pépiniériste de plantes d’ornement et de
haie. Sur le stand des Bretons au salon de l’Agriculture en mars
2006, un visiteur est venu parler « mulets ». Installé en maraîchage

102

dans le département de Loire-Atlantique avec des ânes, il veut
passer au « cran supérieur », et pencherait pour un croisement avec
une jument bretonne. Idée très exotique pour les éleveurs bretons,
parfaitement inexpérimentés en matière de production mulassière,
et assez peu intéressés (« les gens préféreraient encore laisser les
juments vides que faire ces machins... »). Pourquoi un mulet
plutôt qu’un cheval ? « Un cheval c’est trop large, ça passe à peine
dans l’inter rang ». Le maraîcher est dirigé vers les boxes où sont
présentées de célèbres mules, dressées comme des chevaux de
sang, excellant dans le spectacle comme dans le travail. D’origine
bretonne, elles sont nées dans les Pyrénées32. Elles donneront une
idée du modèle obtenu.
« Dans le Midi, beaucoup de gens partent sur l’âne et le mulet en
maraîchage, en bio, souvent » : la recherche de terrain est à faire
dans cette nébuleuse de petites installations démarrées sans
capitaux, avec des animaux modestes, qui présentent l’intérêt
certain d’une grande longévité et d’une intelligence au travail
lorsque le dressage est correctement fait. Une longue carrière de
l’animal de travail ne fait évidemment pas l’affaire du naisseur ! Le
raisonnement sur le choix de l’animal est encore différent pour
Yprema, l’entreprise finistérienne de recyclage de mâchefers
destinés aux « fonds de route ».

30 - Pour sa première expérience d’exploitation de 5 hahectares, le lauréat ne s’est pas équipé de chevaux ; un vieil agriculteur gaillacois lui prête deux Percherons. Dossier
Déclics 2006. Les bourses déclic jeunes de la Fondation de France.)
Cette bourse de fondation de France « aide les jeunes de 18 à 30 ans à réaliser leur vocation dans les domaines les plus divers (art, artisanat, culture, sciences, techniques, action
sociale, humanitaires, environnement...) »..
31 - Une filière courte particulièrement prisée des citadins, sans doute apparentée aux AMAP (Association pour le maintien de l’agriculture paysanne), un mouvement mondial
basé sur le principe d’une petite agriculture soutenue par le consommateur, en vente directe. Les AMAP sont apparues dans les années 1950 au Japon, en Suisse et en
Allemagne, puis en 1985 aux USA (depuis la Suisse) . En 2004, 500 à 1000 structures existaient au Japon, 1700 aux USA, 90 en GB, 60 au Canada et 50 en France.
32 - Bien loin de la culture du berceau de race bretonne, une production pyrénéenne de mules « bretonnes » a bien existé. Aux achats de reproducteurs de Landerneau, les
étalonniers des vallées pyrénéennes choisissaient des mâles de robe sombre, noire parfois, pour produire des mères de mulets se fondant dans la nuit des activités de
contrebande.

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

En 2002, le directeur (finistérien) de l’antenne de Lagny-surMarne, à trente kilomètres à l’est de Paris, choisit de tester une
« option écologique et pas anti-économique de transport fluvial ».
Trois chevaux de trait (bretons bien sûr, mais achetés dans un
élevage angevin) effectueront le halage sur un parcours de
800 mètres entre l’usine d’incinération et la plate-forme de
recyclage des « déchets des déchets ». Yprema embauche un
batelier et un cocher pour cette tâche précise, investit dans l’achat
d’une péniche neuve de vingt mètres construite en Vendée, baptisée
Rosily, et de trois postiers bretons. L’opération est technique : « il
Il faut normalement cinq ou six camions qui roulent trois ou quatre
kilomètres chacun pour un seul voyage de la péniche », mais elle est
aussi médiatique et publicitaire, sous la bannière écologique (la
maîtrise du flux des déchets industriels, l’énergie douce)33. Voilà
sans doute le seul exemple d’investissement important dans la
traction chevaline par une entreprise industrielle34.
L’activité est aléatoire, diverse et instable. Des fenêtres s’ouvrent,
il faut saisir des opportunités. Les principales caractéristiques du
métier de cocher sont la polyvalence des savoir-faire et la fluidité
des pratiques, des modes d’insertion institutionnels et des statuts
professionnels (responsabilité d’une petite entreprise, salarié de
ville ou d’institutions de réinsertion...).

<

L’itinéraire des hommes est transversal, celui des outils – certains
outils – l’est également. On l’a déjà constaté pour la désoucheuse
catalane qui commence une nouvelle carrière dans la forêt
bretonne. En 2004 et 2005, lors de stages de formation à Vincennes
pour les agents de la Ville de Paris utilisant des chevaux, une
décavaillonneuse jurassienne a été testée sur une piste cavalière du
bois de Vincennes. Le sable est constamment chassé sur les bords
des allées, il faut le ramener vers l’intérieur. L’expérimentation a
donné complète satisfaction technique. Mais le médecin chef de la
médecine du travail de la Ville de Paris, invité lors du deuxième
stage, s’est interposé. Effort trop important pour charger l’outil
sur la remorque, posture corporelle incorrecte dans le travail : il a
demandé des modifications.
La réintroduction de la traction animale en ville s’effectue sous la
contrainte d’une grande exigence de sécurité et de confort dans le
travail pour les hommes. Elle se double d’une pression nouvelle :
le souci du bien-être de l’animal.

Regards d’historiens

>

103

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Un parcours d’obstacles
Réinventer la traction animale ne va pas sans problèmes. Le
matériel ancien est devenu rare, et il ne correspond pas forcément
aux besoins actuels. Un brocanteur traque la charrue Garnier,
particulièrement appréciée par les spécialistes... qui apprennent à
leurs dépens qu’un point de détail fait toute la différence dans le
quotidien du travail : entre l’outil qui porte le numéro de série 251
et qui a une tenue moyenne dans la terre, et le numéro 1580
commercialisé une dizaine d’années plus tard qui réalise une
véritable chirurgie, c’est toute l’histoire du perfectionnement
empirique par ajustements successifs. La mise au point de nouveaux
matériels bute sur des coûts d’autant plus élevés que le marché est
étroit. Les machines commercialisées sont des prototypes qui n’ont
pas bénéficié d’expérimentation scientifique. Sauf exception, les
tests dynamométriques de traction n’ont pas été réalisés. Les
fabricants sont souvent des passionnés, la réalisation d’un appareil
est une reconnaissance sociale. Ainsi réinvente-t-on très souvent la
roue, et quelquefois un peu moins ronde que celle qui existait déjà.
Autre problème : le dressage. « On vend beaucoup de chevaux à des
gens qui ne sont pas animaliers, ils arrivent chez toi pour acheter un
cheval de sept cents kilos, avec un chien qui pèse deux kilos et
demi, et c’est lui qui commande ». Cette petite phrase dit beaucoup
de choses. Elle évoque la distance creusée entre le monde rural et
le monde urbain, et elle exprime une certaine défiance des éleveurs
envers les citadins qui se sont approprié un cheval de trait porté par
la mode, entraîné dans la sphère du sport et des animaux de
compagnie. Elle évoque aussi la différence culturelle sidérale entre
le rapport « animalier » dans le travail ordinaire, voilà quelques
dizaines d’années, dans une très grande proximité et sur le schéma
104

<

d’une hiérarchie simple et claire, l’homme dominant la bête, et la
relation ambiguë avec le cheval de trait réinventé, y compris chez
nombre de ceux qui se lancent dans une installation professionnelle
avec lui. Le cheval occupe une position singulière et instable, entre
les animaux de rente « technicisés », mis à distance dans une visée
productive et les animaux de compagnie intégrés dans la famille,
dans une extrême proximité, et même parfois dans un état
fusionnel.
Pourtant il n’est pas si difficile de dresser un cheval de trait, car les
tâches à accomplir sont répétitives et les neuf races ont en commun
d’offrir à l’amateur des tempéraments plutôt tranquilles, surtout
par comparaison avec les races de selle et de sport. Cette diversité
de modèles, de gabarits, de caractères et de robes est une richesse
où puiser selon ses besoins. D’autant qu’à la grande famille des neuf
races de chevaux de trait français s’ajoutent les ressources asines et
mulassières, qui ont trouvé ces dernières un public passionné, dans
le réseau du loisir et aussi du travail. Si l’éducation d’un poulain de
trait s’accomplit vite et facilement en général, elle reste à faire la
plupart du temps lorsque la transaction se conclut entre l’éleveur
et l’utilisateur. Après nombre de débats et d’expériences, une
position se dessine : il vaut mieux vendre un cheval dressé « clé en
mains » un peu plus cher, et intégrer une formation à l’acheteur
dans ce prix de vente.
Pour répondre au fragile marché de la traction animale, la
communauté des cochers – des charretiers et des laboureurs, plus
ou moins meneurs – s’organise et se structure. Elle cherche à créer
des liens, de la compétence et de la cohérence là où la fin d’une
civilisation du cheval de travail avait constitué des mondes enclins à
se refermer sur eux-mêmes et sur le passé pour se préserver. Les

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

cercles d’éleveurs des berceaux de race ont ainsi maintenu leur
activité contre les vents et les marées de l’industrialisation, on leur
doit la conservation du capital des races et d’une jumenterie qui n’a
pas son équivalent en Europe. Mais l’histoire des éleveurs de
chevaux de trait n’est pas linéaire, et l’intensification agricole a
revêtu pour eux deux aspects très différents : la motorisation a
transformé leur activité en hobby, puis est intervenue la tentative
de professionnalisation bouchère. Ce dernier épisode a marqué.
Des efforts ont été accomplis ces dernières années pour modifier
les critères des jugements en concours – les jury accordent
notamment une attention accrue à la qualité des déplacements et
des aplombs – mais l’idéal du modèle monumental des années 80
résiste. La masse du cheval prime encore, pour une rentabilité très
incertaine des sujets à naître. En dehors des poulains d’exception
qui permettent la reproduction du système, la vente pour la viande
rapporte en effet « trois fois moins cher » que pour l’attelage ou la
traction. Or la viande reste le débouché principal. Il est vrai que la
notion de rentabilité doit être élargie. La vente des poulains pour
l’Italie, principale destination pour l’engraissement, permet le
maintien sur le territoire de milliers d’élevages et d’éleveurs de
chevaux de trait. En montagne, les troupeaux valorisent et
entretiennent des secteurs souvent inexploités par les autres

<

espèces. Dans les berceaux de race, beaucoup de ces chevaux de
trait sont encore (ou de nouveau) attelés (les juments surtout,
parfois les poulains). Les éleveurs en tirent parfois un revenu
complémentaire et la plupart d’entre eux font vivre les fêtes de
villages, festivals de moisson et des vieux métiers dont le succès
reste vif depuis les années 1980.
Si l’on prend quelque recul pour considérer la situation sur les
terrains de concours et dans la filière toute entière, un point de
blocage apparaît tout de même. Un gabarit polyvalent cherche la
reconnaissance : c’est le « ragot » des anciens marchands, petite
bête d’ampleur modeste, rustique et fertile, apte à porter des
poulains beaucoup plus développés qu’elle en masses musculaires,
qui vaut à la fois pour le marché de la viande et de l’attelage, en
travail et en loisir. Sur les terrains de concours de modèles et
allures, ces sujets-là sont toujours dépréciés. Et ils ne peuvent
même pas accéder aux épreuves où s’évaluent les races françaises
les plus imposantes, Trait du Nord, Auxois, Ardennais, qui se
mettent du coup hors jeu du nouveau marché. Comment concilier
l’identité de la race et des éleveurs, et la souplesse à l’égard de la
clientèle extérieure ?

Regards d’historiens

>

105

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Conclusion
En 1985, Emmanuel Rossier et Y. Jego avaient mené une enquête
sur l’utilisation de la traction chevaline en France dans les
exploitations agricoles et auprès d’artisans spécialisés, bourreliers,
maréchaux-ferrants, fabricants d’outils. Les auteurs avaient pris du
champ pour analyser la situation dans le pays, considérant
l’ensemble des sources d’énergie (travail manuel, travail des
animaux et tracteur) à travers le monde. Revenant à la France et sur
la base de leurs propres résultats, ils constataient une certaine
persistance dans l’agriculture et en forêt, voire un « retour » chez
de jeunes exploitants, qu’ils expliquaient par « la flambée brutale et
encore récente (1973) des prix des produits pétroliers et donc des
prix des produits énergétiques utilisés en agriculture ». Cette brève
étude n’apportait pas de précision sociologique sur ces jeunes
agriculteurs, qu’on peut supposer néo-ruraux pour une partie
d’entre eux, ce qui dénoterait déjà une emprise de la ville et des
citadins sur les manières d’utiliser l’énergie du cheval de trait. Elle
n’a cessé de se renforcer depuis, par l’attelage de sport et de loisir,
dont le succès ne se dément pas. Doit-on considérer l’entrée en
scène des femmes dans ce monde masculin – tous les berceaux de
race ont recruté de jeunes animatrices, et certaines entreprises
d’attelage (comme les Calèches de Versailles) ont fait le choix
massif de cochères – comme le signe d’une intégration dans la
culture équestre urbaine et sportive dominante ? La féminisation
des sports équestres est un phénomène général avéré (Digard,
1995,Tourre-Mallen, 2002). Sous l’emprise d’une « sportisation »
accélérée, le milieu du cheval de trait ne ferait pas exception à la
règle générale.

106

<

Si l’on affine la comparaison des contextes d’aujourd’hui et des
années 1980 observés E. Rossier et Y. Jego, la différence se creuse,
même si des filiations se dessinent. Le pétrole était alors devenu
rare et cher, une tension qu’on retrouve et qui n’est pas prête de se
desserrer. Faits nouveaux, le travail est difficile d’accès et il n’est
plus assuré, le lien social est fragile dans une société hautement
concurrentielle qui marginalise les moins armés, et la planète terre
s’avère bien fatiguée. Cette inquiétude écologique et sociale pousse
à la réhabilitation de la traction animale. De la forêt aux services
d’espaces verts des villes, de l’agriculture aux aires protégées, la
traction chevaline a reconquis un certain droit de cité et une
certaine visibilité sociale. Les nouveaux cochers sont des
convaincus, dotés de fortes personnalités, soutenus par des idéaux,
animés par le désir de former et de transmettre. Mais l’activité
reste précaire sur tous les plans : la rentabilité économique est
toujours en question, l’image et la communication ont tendance à
primer sur le travail concret, on attend toujours la mise au point
d’un matériel moderne, fiable et efficace, et l’identité
professionnelle doit être consolidée. Les réussites sont liées à la
conjonction de volontés politiques ou stratégiques et de la présence
d’acteurs compétents et réactifs : ingrédients nécessaires au bon
fonctionnement d’une petite entreprise du secteur marchand.
Après la grande rupture de la mécanisation, l’utilisation du cheval
de trait comme source d’énergie est longtemps restée le fait de
passionnés bricolant l’activité, seuls ou en réseaux associatifs. Les
demandes émanant des villes et des communes (services d’espaces

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

verts), des conseils régionaux et généraux, de l’Office national des
forêts, du Conservatoire du littoral ont imposé une
professionnalisation de la pratique. Encore anecdotique, la
réappropriation de l’énergie animale par le monde de l’entreprise
industrielle constitue un enjeu important. Autre enjeu, la capacité
des éleveurs à se relier souplement aux nouveaux mondes du cheval
de trait, de travail ou de sport, sans perdre leur identité et leur
spécificité. Pour les berceaux de race, la situation est stressante,

<

mais on peut voir les choses sous un autre angle : c’est aussi une
richesse d’avoir à se confronter à des pratiques différentes, d’avoir
à renouer avec une demande marchande extérieure, d’être amené
à considérer le modèle du cheval à produire en relation avec la
principale utilisation qui en sera faite en dehors du cercle des
éleveurs (production bouchère dans des conditions extensives,
compatible avec l’attelage et le travail).

Regards d’historiens

>

107

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Bibliographie
Baumet Michel, 1985.- Le cheval en France. Situation, évolution, localisation, production, bibliographie analytique et commentée, C2 d’études agraires,
Université de Bordeaux 1, Institut de géographie.
Digard Jean-Pierre, 1995.- « Cheval, mon amour », Terrain, 25 p. 49-60.
Les attelages du Morvan (Bernard Lavault), 1993.- Le cheval qui cache la forêt, Fédération nationale des parcs naturels régionaux et parc naturel
régional du Morvan.
Lizet Bernadette, Boujot Corinne, Bourdon Anne et Portet François, 1999.- Chevaux de trait,le retour ? Atteleurs,compétition et tradition, ministère
de la Culture, (mission du Patrimoine ethnologique), APSONAT/CNRS, rapport de fin de programme, programme « Tradition,
relances et revitalisations » (en ligne sur le site hippotese.free.fr).
Pierre Éric, 2000.- « La viande de cheval au secours des classes laborieuses », Communications, Bienfaisante nature, F. Dubost et B. Lizet (éds),
74 p. 177-200.
Rossier Emmannuel et Coléou Julien, 1977.- Économie et développement du cheval en France, André Leson, Paris.
Rossier Emmanuel et Jego Y, 1985.- Note sur l’utilisation de la traction chevaline en france. Premiers résultats d’enquête, CÉRÉOPA, Paris.
Tourré-Malen Catherine, 2002.- « Les femmes à cheval : une révolution culturelle », dans Patrice Franchet-d’Espèrey éd., Apprendre le cheval
autrement. Diversification des pédagogies et des pratiques d’enseignement, Belin, Paris, p. 122-139.

108

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Vincennes,Yerres…). Plus rare, expérimental : ils ramènent le sable
au milieu des allées cavalières dans le bois de Vincennes.

Chevaux des villes
Il faut bien distinguer « cheval dans la ville » du « cheval des
villes ». Le premier travaille avec un cocher privé qui offre ses
prestations aux services techniques. Le second est un employé
municipal entre les mains d’autres employés humains, il appartient
à la ville et à la commune au même titre que les engins motorisés et
tout le matériel nécessaire à l’entretien de l’espace public. Les
chevaux municipaux et les employés qui les conduisent sont moins
nombreux que leurs collègues prestataires de services. Les uns et les
autres accomplissent des tâches variées, sur des lieux divers. Ils
emmènent la « calèche », un terme générique désignant des
véhicules hétéroclites, mais dont la fonction commune est de faire
plaisir aux touristes. L’activité domine la scène des pratiques, et
donne sens au choix du terme de « cocher » (celui qui transporte
des passagers payants dans sa voiture), pour désigner le métier
d’utilisateur de la traction animale. La calèche anime les centre
villes patrimoniaux et touristiques (Carcassonne, Quimper,
Tours...), mais aussi les grands jardins et les parcs de châteaux
(Besançon, Caen, Mulhouse, Nice, Rennes, Saint-Germain-surLivet, Versailles...). Il existe une variante hivernale : les traîneaux
d’Avoriaz, de Barcelonnette, des Deux-Alpes, de Megève… Les
chevaux tirent ce qui fait office de tombereau (voitures modernes à
roues dotées de pneus le plus souvent) pour débarrasser les lieux
publics des déchets et poubelles (Cabourg, Lyon, Rennes, SaintPierre-sur-Dives, Trouville, Vincennes, ...), conduisent la tonne à
eau pour arroser avec régularité et précision les arbres (Vincennes)
et les fleurs des bacs suspendus sans réserve et vite assoiffés, une
mode tyrannique dont il faut payer le prix (Saint-Bonnet en
Champsaur) débardent le bois des parcs périurbains (Lyon,

<

Entre cent cinquante et deux cents chevaux, et peut-être deux cent
cinquante cochers travaillent dans l’espace urbain, régulièrement
ou épisodiquement, tranquillement ou plus durement. La traction
animale est en réapprentissage, les contraintes particulières de
l’environnement urbain (le bruit, l’agitation, la dangerosité liée à
l’omniprésence des automobiles et des conducteurs stressés,
pressés) n’ont pas encore nivelé les façons de faire : elles sont
diverses sur tous les plans : races et types de chevaux,
harnachement, véhicules, activité... L’écurie se compose d’un seul
cheval (Saint-Pierre-sur-Dive), ou d’une vraie cavalerie (trente-six
pour les Calèches du château de Versailles en 1999, une centaine à
Avoriaz et Mégève).
Ceux qui accèdent à la ville – les grandes villes en particulier – sont
de véritables professionnels, car les difficultés, les risques et les
contraintes sont plus élevés qu’ailleurs. La visibilité de l’action est
aussi très grande et la prise de responsabilité est collective : à travers
son propre savoir-faire, c’est un peu la grande famille du cheval de
trait qui agit. L’action urbaine mobilise une énergie militante et
pédagogique. Agir pour soi, mais au nom de tous les convaincus ;
travailler à convaincre, transmettre et former. Les médias sont les
partenaires obligés, souvent empressés, de cet effort de
communication. Les villes (grandes ou petites) sont de plus en plus
nombreuses à afficher une politique verte et durable, à prendre des
engagements contractuels en ce sens (agenda 21 par exemple) et le
travail avec des chevaux figure parmi les actions entreprises.

Regards d’historiens

>

109

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

De la communauté de l’Arche aux Jardins de Cocagne
Réseau national de réinsertion sociale par la culture du légume bio,
les Jardins de Cocagne ont recours à l’énergie animale sur trois de
leur quatre-vingt sites : à Peyrins (Drôme), à Laragne (Alpes de
Haute-Provence) et à Saint Just-Saint Rambert.
Le responsable de la traction animale de la ferme de Peyrins
possède une grande expérience. Il a passé vingt-cinq ans dans la
communauté de l’Arche, l’organisation non violente fondée par
Lanza del Vasto, où il est entré en 1975. Il a d’abord dirigé le
secteur agricole de la Borie Noble, dans les contreforts du Larzac
(un groupe de 7 à 8 personnes, et le même nombre de chevaux)
avant de créer une nouvelle structure dans la Sarthe, La Grande
Chouanière, qui héberge en 1992 les deuxièmes rencontres de la
traction animale animées par le CÉRÉOPA. Changement de cap en
2000.
Un article paru dans Hippobulle, la feuille d’information de
l’association Hippotèse, l’informe sur l’intérêt que le vignoble
Chapoutier (Tain l’Hermitage, côte du Rhône) porte à la traction
animale. Il y travaille jusqu’en 2003, avec ses propres juments
percheronnes, qui l’ont suivi depuis la Sarthe. À la ferme drômoise
de Cocagne, il en utilise deux (la troisième est en pension dans une
ferme pédagogique) « au service du maraîchage social en bio »,
pour la préparation du sol et surtout l’entretien de culture, en
complément du tracteur.

110

<

Depuis le début de l’année 2005, il s’est équipé d’un camion pour
véhiculer son attelée et son matériel sur les divers sites
d’intervention. Son activité principale, le maraîchage, est basée sur
la Ferme de Cocagne ; mais il participe aussi à des chantiers
« environnement » extérieurs pour effectuer du débardage, du
défrichement de berges et, au début de juillet 2006, un halage de
barque de pêcheur à fond plat chargée de jussie (une plante
amphibie d’aquarium originaire d’Amérique du Sud qui devient
très envahissante dans les rivières françaises). Il effectue également
des prestations pour des petits vignerons de Tain et d’autres
communes voisines. Le lycée agricole du Valentin (Bourg-lesValence) l’a sollicité cette année pour animer deux semaines de
formation pour une douzaine de personnes (UCAR « Traction
animale »), qui concluaient leur initiation par un projet
d’installation en ferme maraîchère avec des chevaux.
Quant aux journées de formation organisées depuis 2003 pour les
encadrants des jardins, elles n’obtiennent qu’un succès mitigé.
Ce « paysan utilisateur », comme il tient à se définir, découpe ainsi
son activité : 30 % de maraîchage, 25 % de vigne, 20 % de
débardage, 10% en formation, et le reste en maintenance et
réunions. Il préside le CIVAM (Centre d’initiatives pour valoriser
l’agriculture et le monde rural) « traction animale » de DrômeArdèche.

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Parcours d’un cocher, histoire d’une entreprise
L.M. s’initie à l’attelage avec de chevaux de sang au début des
années 1980, pour diversifier l’activité d’un centre équestre qu’il
dirige en région parisienne. En 1990 : coup de foudre pour le cheval
de trait, plus précisément Boulonnais. Il monte un élevage dans
l’Oise et développe une activité de prestations diverses en
attelage.En 1992, il entre chez Disney pour participer au dressage
des Percherons destinés à tracter les tramways. Il crée alors une
petite entreprise dont les objectifs sont le dressage de chevaux et la
location d’attelages. En 1993 l’entreprise tente une expérience de
promenade hippomobile au château de Chantilly. Cette activité ne
durera qu’une saison, l’Institut de France leur interdit l’accès au
parc, et la petitesse imposée des véhicules en limite la rentabilité.
Nouvelle expérience avec le « Para-club » d’Épernay : « Le
Parattelage » (traction d’un parachute ascensionnel à l’aide d’un
attelage à deux chevaux). Premiers essais sur l’hippodrome de
Chantilly, première prestation lors du championnat de France de
Polo organisé sur le même hippodrome en 1993, puis sur
l’hippodrome de Vincennes pour l’arrivée de la Route du Poisson,
à Conty lors de concours internationaux d’attelage…
En 1995, acquisition d Ésope, un étalon Boulonnais de robe noire
(exception française à cette époque). L.M. représente la race
boulonnaise dans les divers concours promotionnels organisés par le
Syndicat hippique boulonnais. Ésope et ses coéquipiers
remporteront à plusieurs reprises le grand prix de Paris du cheval
de trait au salon du Cheval de Paris, ainsi que le trophée national et
international organisé au salon de l’Agriculture. L’équipage
participe aussi à de nombreuses « Route du Poisson ».

<

En 1996, le Parc départemental de La Courneuve le sollicite pour
organiser des promenades à l’aide d’un attelage appartenant au
Conseil Général de Seine-Saint-Denis. Ce client lui est fidèle depuis
dix ans. Depuis longtemps passionné par les «grands attelages »,
L.M. maîtrise bien l’équipage à quatre, et il se lance dans la
préparation d’un attelage de sept chevaux qu’il présente au festival
international du cheval de trait de Saumur en 1996 (troisième place
au classement général). En janvier 2001, un équipage de six chevaux
tire le podium de remise des prix au Prix d’Amérique à Vincennes.
Les années suivantes, L.M. passe à huit chevaux. Deux ou quatre
Boulonnais noirs assurent les mêmes prestations pour le Prix de
l’Arc de Triomphe à Longchamp, le Prix du Jockey-Club et le Prix
de Diane à Chantilly, et sur d’autres hippodromes. L’attelage à sept
participe aussi à la «bataille de fleurs» du carnaval de Nice en février
2002.
L’élevage prenant de l’ampleur, un domaine herbagé de 40 ha est
acquis en Seine Maritime. La société « écuries du Petit Hautier »
développe les activités de la micro structure initiale. L’office de
tourisme de Forges-les-Eaux, à quelques Km de là, propose un
partenariat pour l’organisation de visites touristiques pour groupes.
La ville de Beauvais a conçu un projet d’envergure autour du cheval
de trait, qui accomplira différents travaux sur les communes
environnantes. Les « écuries du Petit Hautier » devraient mettre en
place des navettes expérimentales en centre ville. Enfin, les
Boulonnais noirs font du cinéma, avec les « écuries Hardy »
(tournages de films et de télé-films).

Regards d’historiens

>

111

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Prestation d’entretien dans le vignoble méridional
Olivier Pichaud est « cocher-laboureur ». Ses activités principales
sont les travaux viticoles en traction animale (labours d’automne et
de printemps, décavaillonnage, binages et hersages, et aussi
pulvérisations et poudrage chez certains clients). S’y ajoutent, en
été et en hiver, des tâches d’enseignement, de dressage et aussi des
contrats d’attelage (avec une école de Cirque, une association
spécialisée, pour promener des handicapés tétraplégiques et des
colonies de vacances). Installation professionnelle en juillet 2005.
Voici ce qu’il dit de ses prestations d’entretien des vignes avec des
chevaux de trait :
Il s’agit de domaines produisant des vins à forte valeur ajoutée
(avec ou sans mention A.O.C., Bio…). Mon secteur s’étend
sur une ligne de 150 km, de l’A.O.C Pic-St-Loup (Hérault)
aux Côtes du Rhône méridionales : Rasteau et Châteauneufdu-Pape (Vaucluse). Mes clients font appel à mon savoir-faire
et mes équipements pour atteindre leurs objectifs
d’amélioration de la qualité à un coût acceptable.
Points forts :
1- Offre d’une solution technique quasi unique adaptée à des
zones accidentées (terrasses, banquettes…) où le travail
motorisé est impossible ou dangereux, le travail manuel
trop coûteux et le travail chimique néfaste aux sols.
2- Tassement des sols quasi nul. Gain : taux d’activité
biologique des sols supérieur de 40 % par rapport aux sols
travaillés avec des engins lourds motorisés.

Olivier Pichaud et Joyeux au binage sous le rang le
domaine de l’Oratoire Saint Martin, Cairanne
(Vaucluse), propriété de François et Frédéric Alary.
Le travail se fait à la voix.
Photos : François Alary (08/04/2006)

Vieille vigne

Vieille plantier

112

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Prestations viticoles dans le Jura
V. D. exerce une double activité : ramasseur laitier et prestataire de
service en viticulture. Il crée son entreprise en juin 2006, et
travaille actuellement chez une dizaine de vignerons. Deux d’entre
eux sont en production biologique, un troisième en « qualité ». Les
autres sont de petits propriétaires de vigne non professionnels
(nombreux dans le Jura), qui réalisaient auparavant eux-mêmes le
désherbage mécanique au moyen de motoculteurs, ce qui est dur
physiquement et présente le désavantage de favoriser certaines
mauvaises herbes. Les demandes affluent, et il forme un deuxième
cheval.
Il intervient dans les vignes au printemps et en automne. Au
printemps, la décavaillonnage permet de reprendre de la terre sous
les pieds de vigne et de la déplacer vers l'intérieur du rang
(opération qui enlève l'herbe sous les ceps et recouvre l'herbe de
l'inter-rang) ; puis c’est le binage des inter-rangs, réalisé avec une
charrue adaptée, qui empêche la repousse de l'herbe. Le nombre
de binages dépend des conditions météorologiques, plus ou moins
favorables à la pousse de l'herbe. Un seul binage a par exemple
suffit au printemps 2006 sur certaines parcelles séchantes. À
l'automne vient le buttage des vignes : il faut remonter la terre de
l'inter-rang sur les pieds de vigne pour les protéger durant l'hiver.

<

Vincent Dubois à la décavaillonneuse
en mai 2004 avec Kénya dans le
domaine de la Pinte, à Arbois (Jura).
Cette exploitation vinicole en « bio »
testait alors le travail du cheval, notamment pour régler le problème de la
gestion de l'herbe (interdiction des
désherbants, recherche d’une alternative au désherbage mécanique au
tracteur chenillard qui tasse le sol et
laisse les pieds de vigne enherbés).

Décavaillonneuse

Regards d’historiens

Photos : Association pour la promotion du cheval comtois.

>

113

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Chevaux et cocher industriels
Hélène, Anthony et Cadou « sont Ypréma ». Créée en 1984, cette entreprise multisites (plusieurs implantations en Île-de-France et une dans le Finistère, 84
employés) est liée au développement des villes nouvelles et aux fronts
d’urbanisation parisiens (Émerainville et Marne-la-Vallée, Saint-Quentin en
Yvelines et le port de Gennevilliers, chantier du TGV Atlantique de Massy). Elle est
spécialisée dans le recyclage des déchets. Dans un premier temps, c’étaient des
déchets « inertes », provenant de la démolition de bâtiments, de routes, d’ouvrages
du génie civil, récupérés et broyés pour constituer des matériaux de construction
de routes ; puis YPREMA a créé une activité complémentaire : les mâchefers,
résidus de la combustion des déchets ménagers non recyclables, brûlés dans les
usines d’incinération et transformés en granulats. La plus grande partie des
mâchefers provient d’Ivry-sur-Seine (une des grandes usines de traitement des
déchets parisiens) ; mais c’est dans les relations de voisinage avec l’usine de SaintThibault-des-Vignes (SIETREM) qu’YPREMA a peaufiné son concept d’écologie
industrielle.
L’entreprise raisonne et communique « développement durable » et flux d’une
matière indésirable à réhabiliter : « le déchet des uns est une ressource pour les
autres ». Pur produit de la société d’abondance et de consommation croulant sous
ses déchets, le mâchefer est devenu le matériau d’appel de l’entreprise, symbolique
de l’effort d’intégration écologique. Une tractation a présidé à la mise en place du
halage animal : consommatrice d’eau industrielle, l’usine d’incinération de SaintThibault prenait les « eaux d’égoûtture » qu’Yprema expédiait jusqu’alors par
camion vers un centre d’épuration. Deux flux de matière se croisent aujourd’hui,
en surface et en sous-sol, le long des 500 mètres du vieux chemin de halage
réhabilité. Les mâchefers accomplissent un transit spectaculaire avec chevaux,
cochers et mariniers tandis que les eaux d’égoûtture circulent dans les canalisations
enterrées.

Hélène et Anthony avec
Cadou, le 17 août 2006.
Deuxième halage sur le site
de la société d’Ypréma de
Lagny, en Seine-et-Marne.
Photos : Bernadette Lizet

Les deux cochers sont arrivés au halage industriel à partir d’une pratique équestre
sportive. Chevaux et cochers développent leur activité dans l’extrême souci de la
maîtrise du risque industriel, particulièrement sensible autour de leur activité très
médiatique, « note verte de la production industrielle ».
Les chevaux sont bretons, le président directeur général aussi.

114

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

BIBLIOGRAPHIE
11e Régiment de Chasseurs à cheval. Vesoul, 1904. S.l. : s.n., [1904]. 20 cm (oblong) ; non paginé. Recueil de photographies. DELTA63/5
ARBOGAST (Rose-Marie) ; MENIEL (Patrice) ;YVINEC (Jean-Hervé). Une histoire de l’élevage : les animaux et l’archéologie. Paris : Errance,
1987. 24 cm ; 104 p. IN8°3010
Archéologie du cheval du Paléolithique à l’époque moderne. L’Archéologie, n° 53, avril-mai 2001. 29 cm ; p. 3-26. Collection particulière
ARCHIVES DEPARTEMENTALES DU VAL-DE-MARNE. Cheval de Marne. [Créteil] : Conseil général du Val-de-Marne, 2005. 21 cm ; 38 p.
Catalogue d’exposition. DELTA325/2
BOURGELAT (Cl.) ; Eléments de l’art vétérinaire : traité de la conformation extérieure du cheval. Paris : Huzard, 1832. 21 cm ; 485 p. IN8°1494
BOUVARD (André). Heinrich Schickardt technicien des salines : les techniques de fabrication du sel vers 1600, les salines de Salins et de Saulnot à la fin
du XVIe siècle. Bulletin et mémoires de la Société d’émulation de Montbéliard, LXXIXe volume, fascicule n° 106, 1983. 24 cm ; p.55115. 20REV1983
BOUVARD (André). Un ingénieur à Montbéliard : Heinrich Schickardt, dessins et réalisations techniques (1593-1608). Bulletin et mémoires de la
Société d’émulation de Montbéliard, n° 123, 2000. 24 cm ; p.1-92. 20REV2000
Cheval et patrimoine. Vieilles maisons françaises, n° 210, décembre 2005. 29 cm ; p. 14-69. 224REV210
Le cheval dans ses architectures. Coll. Livraisons d’histoire de l’architecture, n° 6. Paris :Association Livraisons d’histoire de l’architecture, 2003.
23 cm ; 167 p. IN8°3616
DIGARD (Jean-Pierre). Une histoire du cheval : art, techniques, société. Arles : Actes Sud, 2004. 27 cm (oblong) ; 230 p. IN4°1888
BDURAND (François). Les routes de l’attelage en Franche- Comté. Attelages magazine, n° 39, août-septembre 2005. 30 cm ; p. 10-25. Collection
particulière
FRISSON (Maurice). L’élevage du cheval de trait en Haute-Saône.Vesoul : Ancienne imprimerie Cival, 1931. 25 cm ; 72 p. DELTA44/35
GARSAULT (Fr). Le nouveau parfait maréchal ou la connaissance générale et universelle du cheval. Paris : Bailly, 1771. 26 cm ; 634 p. RIN4°68

<

Regards d’historiens

>

115

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Historique du 11e Régiment de Chasseurs à cheval pendant la guerre 1914-1918. Nancy / Paris / Strasbourg : Impr. Berger-Levrault, s.d.. 23 cm ;
75 p. IN8°2794
LAFOSSE. Guide du maréchal : ouvrage contenant une connaissance exacte du cheval. Paris : Bouchard-Huzard, 1842. 24 cm ; 381 p. + pl. RIN8°450
LAGIER (Rosine). Il y a un siècle... Le cheval. Rennes : Ouest-France, 2003. 31 cm ; 141 p. IN4°1886
LE ROUX (Muriel). Histoire de la Poste : de l’administration à l’entreprise. Paris : Editions Rue d’Ulm / Presses de l’Ecole, 2002. 24 cm ; 184
p. IN8°3463
LEFEBVRE DES NOETTES (Ct). L’attelage, le cheval de selle à travers les âges : contribution à l’histoire de l’esclavage. Paris : Picard, 1931. 21 cm ;
VII-312-non paginé. Le volume 2 contient 457 figures. IN8°3614
LIZET (Bernadette). Champ de blé, champ de course : nouveaux usages du cheval de trait en Europe. Coll. Les Cahiers de Gradhiva, 29 / Bibliothèque
équestre. Paris : Editions Jean-Michel Place, 1996. 24 cm ; 321 p. IN8°3615
LIZET (Bernadette). Le cheval dans la vie quotidienne : techniques et représentations du cheval de travail dans l’Europe industrielle. Coll. Les Cahiers de
Gradhiva, 28 / Bibliothèque équestre. Paris : Editions Jean-Michel Place, 1996. 27 cm ; 218 p. IN4°1887
MOREAU (Céline). Le cheval dans les campagnes comtoises au XVIIIe siècle. . Mémoires de la Société d’émulation du Doubs, Nouvelle série, n° 42,
2000. 23 cm ; p. 173-199. 8REV44
MOREAU (Céline). Le commerce du cheval en Franche-Comté au dernier siècle de l’Ancien Régime. Mémoires de la Société d’émulation du Doubs,
Nouvelle série, n° 44, 2002. 23 cm ; p. 1-12. 8REV44
PREFECTURE DE LA HAUTE-SAONE ; Instructions de la Commission hippique aux cultivateurs et aux éleveurs de chevaux dans la Haute-Saône.
Vesoul : L. Suchaux, 1853. 23 cm ; 15 p. + pl. DELTA44/37
RAMEAU (Henri). Le 11e régiment de chasseurs à cheval à Vesoul (1887-1940). S.l. : s.n., s.d. (1990). 24,5 cm ; 75 p. DELTA259/22
RENET (Christian). La Nationale 19 en Haute-Saône, de la diligence au cheval-vapeur. S.l. : s.n., 1997. 30 cm ; 147 p. IN4°1608
REVERDY (Georges). L’histoire des routes de France du Moyen Age à la Révolution. Paris : Presses de l’Ecole nationale des Ponts et Chaussées,
1997. 37 cm ; 271 p. INF°184
ROBINET (Jean). Compagnons de labour. Paris : Flammarion, 1966. 21 cm ; 200 p. Roman. IN8°1514
ROLLIN (M.). Amélioration de la race chevaline. Vesoul : Cival, 1892. 24 cm ; 7 p. DELTA139/13
116

<

Regards d’historiens

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

SIMONIN (Olivier). Entre sel et terre : la grande saunerie de Salins-les-Bains, archéologie et histoire. Article tiré de l’ouvrage : Eclats d’histoire : 10
ans d’archéologie en Franche-Comté, 25000 ans d’héritages. Besançon : Cêtre, 1995. 27 cm ; p. 87-90. IN4°1795
Stud book français : registre des chevaux de pur-sang nés ou importés en France. Paris : Impr. Royale, 1837. 24 cm ; 235 p. IN4°549
VIGNERON (Paul). Le cheval dans l’Antiquité gréco-romaine : contribution à l’histoire des techniques. Annales de l’Est, n° 2, 1971. p. 209-213.
47REV2/1971
WADEL (Patrick). La question chevaline en Haute-Marne au XIXe siècle. Cahiers haut-marnais, 244-245, 1er et 2e trimestres 2003. 24 cm ; p. 1860. 38REV244-245
WADEL (Patrick). Le garde-étalon comtois et son cheval : une révolution culturelle (1678-1790). S.l. : s.n., 1995 (tiré à part). 24 cm ; p.401-413
Article tiré de l’ouvrage intitulé De Pégase à Jappeloup, cheval et société, regroupant les communications données à l’occasion du Festival
d’histoire de Montbrison, 24 septembre - 2 octobre 1994. DELTA289/13

<

Regards d’historiens

>

117

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

118

<

Regards d’historiens

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Mosaïque d'images
• Cheval mécanique
• Entre chien et bœuf
• Cheval de service
• Compagnon de labours
• La Saône à pas de cheval

119
Sommaire

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Cheval mécanique

120

Mosaïque d'images

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Entre chien et bœuf

<

Mosaïque d'images

>

121

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Cheval de service

122

<

Mosaïque d'images

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Compagnon de labours

<

Mosaïque d'images

>

123

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

La Saône à pas de cheval

124

<

Mosaïque d'images

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Cheval comtois au travail, deuxième moitié du XXe siècle.
Photo Marc Paygnard

<

Mosaïque d'images

>

125

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Cheval comtois au travail, deuxième moitié du XXe siècle.
Photo Marc Paygnard

126

<

Mosaïque d'images

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Le cheval s'impose pour répondre aux exigences de la mécanisation.
Photo Sygma, machinisme agricole

<

Mosaïque d'images

>

127

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Faucheuse mécanique tirée par un bœuf à Montagney.
A.D.D. Cliché Antoni

128

<

Mosaïque d'images

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Tracteur Farmall à essence
Cliché Ch. Perrey

<

Mosaïque d'images

>

129

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Un tracteur « Renault » et sa faucheuse portée.
Photo J. Poulain

130

<

Mosaïque d'images

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

La Jumenterie au sommet du Ballon d’Alsace, ancien relais de poste. Coll. particulière.

<

Mosaïque d'images

>

131

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Station des omnibus à Paris. Coll. particulière.

132

<

Mosaïque d'images

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Couffats sur roues tractés par un cheval au sortir de la mine. Mines du Laurion (Grèce) XIXe siècle.
Archives de la Compagnie française des mines du Laurion.

<

Mosaïque d'images

>

133

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Attelage de chien à Lille (Nord).
A.D.H.S.

134

<

Mosaïque d'images

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Trains de bœufs tirant une grume sur un chariot à Gray.
A.D.H.S.

<

Mosaïque d'images

>

135

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Laitière dans la Vallée de la Semois (Belgique).
Coll. particulière.

136

<

Mosaïque d'images

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Dans les années 1940-45, un chariot de foin tiré par des bœufs.
Photo André Blanc.

<

Mosaïque d'images

>

137

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Attelage de bovins à Faucogney.
A.D.D., cliché Antoni.

138

<

Mosaïque d'images

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Attelage de bœufs dans les Vosges saônoise.
Photo Marc Paygnard.

<

Mosaïque d'images

>

139

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Salins-lesBains - Attelage forestier.
Coll. particulière.

140

<

Mosaïque d'images

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Agriculteur posant avec son attelage
Coll. particulière.

<

Mosaïque d'images

>

141

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Jussey - Haute-Saône
Coll. particulière.

142

<

Mosaïque d'images

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Scey-sur-Saône - Service funèbre de 1ère classe : drap blanc ou noir, deux chevaux caparaçonnés, étoiles argent, panaches et
écussons, draperies avec étoiles et frange argent,cordons de poêle argent. A.D.H.S.

<

Mosaïque d'images

>

143

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Scey-sur-Saône - Service funèbre de 2ème class. A.D.H.S.

144

<

Mosaïque d'images

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Scey-sur-Saône - Service funèbre de 3ème class. A.D.H.S.

<

Mosaïque d'images

>

145

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Ramassage des ordures dans les rues de Paris. Coll. particulière.

146

<

Mosaïque d'images

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Épicerie Savary dans les rues de Aix-en-Othe (Aube). Coll. particulière.

<

Mosaïque d'images

>

147

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

La gypserie de Vernois-sur-Mance. A.D.H.S.

148

<

Mosaïque d'images

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

La livraison du lait à Livernon (Lot). Coll. particulière.

<

Mosaïque d'images

>

149

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Besançon, devant la criée municipale. Coll. particulière.

150

<

Mosaïque d'images

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Boulanger partant pour sa tournée. Coll. particulière.

<

Mosaïque d'images

>

151

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Scène de vendange, Coll. particulière.

152

<

Mosaïque d'images

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Les moissons, publicité des Établissements Albaret à Rantigny (Oise).
Coll. particulière.

<

Mosaïque d'images

>

153

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Scène champêtre. Coll. particulière.

154

<

Mosaïque d'images

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Autour du lavoir de Suaucourt : le cheval et l’automobile. Coll. particulière.

<

Mosaïque d'images

>

155

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Ferme du château de Seveux. Même les chevaux semblent avoir posé sur cette photographie. A.D.H.S.

156

<

Mosaïque d'images

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Café-restaurant Girardot à Cintrey. A.D.H.S.

<

Mosaïque d'images

>

157

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Photographie souvenir d'un grand-père avec son petit-fils mais aussi photographie "symbole" du temps qui les sépare avec le
cheval et le tracteur en arrière-plan. Coll. particulière.

158

<

Mosaïque d'images

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Vesoul - Le transmarchement. Coll. particulière.

<

Mosaïque d'images

>

159

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

La mise en meule. Coll. particulière.

160

<

Mosaïque d'images

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Attelage de halage. Coll. particulière.

<

Mosaïque d'images

>

161

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Cheval halant une péniche. Coll. particulière.

162

<

Mosaïque d'images

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Attelage de halage. Coll. particulière.

<

Mosaïque d'images

>

163

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Attelage de halage. Coll. particulière.

164

<

Mosaïque d'images

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Attelage de chevaux remorquant une péniche
à Port-sur-Saône. ADHS

<

Mosaïque d'images

>

165

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Lavis signé Y. Constantin montrant une diligence d’eau partie du Port Villiers à Chalon (on distingue sur le quai, à l’extrême droite, l’hôtel des Messageries
avec son portail surmonté d’un fronton triangulaire).

166

<

Mosaïque d'images

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Diligence d’eau et chevaux de halage à l’aval du bastion Saint Jean-de-Maisel. Un marinier, en barque, « porte la maille » fin du XVIIIe siècle.
Chalon, peinture anonyme

<

Mosaïque d'images

>

167

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Un « maître d’équipage », « voiturier sur la rivière de Saône » posant en tenue de cérémonie devant son attelage de 4 chevaux sur fonds de rivière. Le
« grand Colomb » (1802-1857) peint par Laurent vers 1830 est probablement l’un des derniers représentants de la profession
(Musée de Chalon).

168

<

Mosaïque d'images

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

L’Ile Barbe aux abords de Lyon. Détail d’une lithographie extraite de l’Album Lyonnais vers 1830.
« Coursier » halé par un unique cheval à la descente, ramenant à Lyon pour de nouvelles « montées », 12 chevaux disposés tête-bêche dans le bateau.

<

Mosaïque d'images

169

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

171

Quitter

Imprimer

Archives départementales
de la Haute-Saône
14 B, rue Miroudot-Saint-Ferjeux,
70000 Vesoul - Tél : 03 84 97 15 80

L'avenir se construit en Haute-Saône

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

EXPOSITION
• Le journal de l’exposition
• Panneaux de l’exposition

Les Archives départementales réalisent régulièrement des expositions sur
l’histoire et le patrimoine haut-saônois : ces expositions, itinérantes
peuvent être empruntées gratuitement.

Le service peut, également, à la demande des communes ou des
associations apporter son aide dans la conception d’expositions.

173

Sommaire

Quitter

Imprimer

EXTRAITS D’ARCHIVES

le journal de l’exposition
N° spécial

Conseil gé né ral de la HauteSaône
Archives départementales
14b rue Miroudot-Saint-Ferjeux
70 000 Vesoul
Tél. 03 84 97 15 80

<

Exposition

>

Quitter

Imprimer

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Aux origines d’une complicité
Le cheval fut d'abord un gibier. L'art pariétal (grottes de Lascaux, - 15 000) et le charnier de Solutré,
(-35 000/-10 000) témoignent que dès le paléolithique, le cheval était chassé et sa viande consommée.
Il ne fut domestiqué que vers le IIIe millénaire avant notre ère, 4 000
ans après le bœuf et le mouton. Le lieu de la première domestication
et l'origine de nos chevaux domestiques restent encore mal connus.
Cette première domestication, à fin alimentaire, précède de près de
1 000 ans la domestication secondaire, destinée à maîtriser et à
exploiter la force et la vitesse du cheval, que ce soit pour le portage,
la traction ou le déplacement de véhicules à roues.
Les premières représentations de cheval monté sont babyloniennes
et datent du IIe millénaire avant notre ère ; le char à roue est inventé
vers le milieu du IIIe millénaire et se répand rapidement, à l'est
jusqu'en Chine, à l'ouest jusqu'en Gaule, où il est attesté au
e
VIII siècle avant notre ère. Les œuvres d’art celtiques témoignent d’une intense utilisation du « petit »
cheval gaulois, haut d’environ 1,30 m, aux travaux comme à la guerre.Au cours de la conquête romaine, sont
introduits les chevaux de grande taille mais aussi les ânes et les mulets.

Tombe princière de Vix (Côte-d'Or) du premier Âge du
Fer (VIe siècle av. J.-C.): cratère de bronze, détail du
col : char attelé et aurige

Cependant l'Antiquité greco-romaine connaît une stagnation des techniques hippiques ; l'insuffisance de
l'attelage antique et l'état assez médiocre du réseau routier favorisent le portage et la monte, au détriment
de la traction.

Grotte de Lascaux (Dordogne) :
une représentation de cheval datant de 15 000 ans.

176

<

Exposition

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Une révolution technologique : le collier d’épaule
Le Moyen-Âge connaît une série d’innovations, qui font entrer l’Occident dans la civilisation du cheval.
L’équitation bénéficie de l’introduction au VIIIe siècle de l’étrier, inventé en Asie au début de l’ère chrétienne.
Son utilisation conduit à une nouvelle façon de combattre à cheval (la charge à la lance couchée, adoptée
partout au XIIe siècle) et accompagne la naissance de la chevalerie. Cette élite militaire, bientôt transformée
en classe, se réserve le monopole de l’équitation.
Cheval harnaché
(ou garni) : les
pièces constituant
le harnachement
ont peu varié
depuis la fin du
Moyen-Age.
L'attelage, Éditions
Proxima, 2001.

L’utilisation du cheval de trait dans l’agriculture profite de trois nouveautés : la substitution de la charrue à
l’araire, la diffusion, à compter du Xe siècle, du collier d’épaule (dont l’origine reste obscure), enfin
l’apparition des traits souples permettant l’attelage en ligne.
Dernière innovation : la ferrure à clous, qui se généralise, autorise un emploi plus intensif du cheval. Un
nouveau métier, celui de maréchal-ferrant, apparaît : il se charge également des soins vétérinaires.
A partir du XIIIe siècle, le cheval joue un rôle croissant en dépit de
sa cherté, et commence à s’imposer, dans la France du nord,
comme force de travail principale des paysans, même s’il reste
longtemps concurrencé par d’autres animaux : le bœuf pour le
labour ; l’âne et le mulet bâtés pour le transport dans les régions
du sud.
Dans l’industrie, le cheval est attesté dès le XVe siècle dans les
salines de Salins pour le convoyage du bois, dont les salines sont
Cheval tirant une herse - Broderie de Bayeux, dite Tapisserie grosses consommatrices, et au siècle suivant dans les mines. Le
de la reine Mathilde, fin du XI siècle.
cheval sert au transport en surface, et dès le XVIIIe siècle au fond
dans les galeries ; il est également utilisé comme force motrice pour les manèges qui tirent l’eau des mines
ou meuvent des patouillets destinés à laver le minerai : en 1850, la Haute-Saône comptait 23 patouillets mus
par un ou plusieurs chevaux.
e

177

<

Exposition

>

Quitter

Imprimer

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Le lavoir de Cugney (Haute-saône) en 1827.
Le patouillet (d) est mis en mouvement par un manège à deux
chevaux (c). En m, figure le canal d’amenée de l’eau sur la huche
du patouillet. Les boues issues du lavage sont évacuées en f.
A.D.H.S. Cliché H. Morin-Hamon.

Chevaux dans une mine
d’Autriche au XVIIIe siècle.
Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné
des sciences, des arts et des métiers
par une société de gens de lettres
(sous la direction de Diderot et
d’Alembert), 1751-1780.

Araire et charrue
L'araire est considéré à tort comme l'ancêtre de la charrue. Ces deux instruments aratoires ont en effet
coexisté au fil des siècles, chacun ayant ses propres spécificités.
Dans l'araire, tous les éléments sont symétriques par rapport à l'axe de l'age. Il permet d'effectuer un travail
en surface, rejetant sur les deux côtés la terre émiettée et déplacée par le soc.
Avec la charrue, un instrument
aux éléments dissymétriques, la
terre est travaillée en profondeur,
mais rejetée d'un seul côté.
L'araire permet donc un labour
superficiel, tandis que la charrue
est utilisée pour les labours
profonds.
Dans certaines régions aux sols
caillouteux, notamment dans
le nord de la Haute-Saône, l'araire
a été utilisé jusqu'au milieu du
XXe siècle.
Araire et charrues, La nouvelle
maison rustique, 1775.

178

<

Exposition

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Cheval ou vapeur ?
Longtemps entravé par le mauvais état
des routes et l’inconfort des voitures,
le transport hippomobile s’améliore
nettement dès la fin du Moyen-Age avec
l’invention du train avant-mobile et du
palonnier, et, aux XVIIe-XVIIIe siècles,
des suspensions à ressort et des bandages
appliquées à chaud.
Il profite surtout, à l’époque moderne,
de l’amélioration sensible du réseau
routier. La France se dote entre 1750 et
1820 d’un réseau de grandes routes, de
qualité exceptionnelle pour l’époque.
La vitesse des voitures augmente : au
début du XVIe siècle, il faut une dizaine Arrivée de l’empereur à Saint-Denis dans un palanquin offert par le roi de
de jours pour aller de Paris à Lyon ; cinq France. Au Moyen-Age, l'inconfort des routes fait préferer à l'attelage la monte
ou le palanquin. Grandes chroniques de France illustrées par Jean Fouquet, XV siècle, B.N.F.
jours suffisent en 1780 ! En FrancheComté, l’ingénieur en chef Querret (en poste de 1744 à 1765) organise un réseau routier solide et cohérent,
qui sera encore amélioré par ses successeurs jusqu’à la Révolution.
e

En 1464, Louis XI crée la Poste royale, d’abord réservée au courrier royal, puis ouverte au public en 1597.
Sous Louis XVI, en 1775, le contrôleur général des finances Turgot rachète les privilèges des transporteurs
existants et crée un véritable service public des postes et messageries, dont les diligences, dénommées
« turgotines », plus légères et plus rapides, jouissent du monopole du transport public des voyageurs et de
l’usage des relais dirigés par des maîtres de poste. En 1830, les postes et messageries comptent 15 000 relais
et 25 000 chevaux.
La réalisation, à partir de 1842, du réseau de chemin de fer français les met très vite en difficulté : le dernier
relais de poste ferme en 1873.
Le XIXe siècle voit le développement du transport hippomobile urbain.
En 1825, Stanislas Baudry crée, à Nantes, la première ligne d’omnibus.
Trente ans plus tard, est fondée à Paris la Compagnie générale
d’omnibus, dont la cavalerie compte plus de 17.000 chevaux encore en
1900. Les premières lignes de tramway sont mises en service en 1853 à
Paris, entre Versailles et la Concorde, puis en 1867, à Lille. En 1873, la
capitale dispose d'un réseau de vingt deux lignes de tramways.
Entre 1855 et 1914, le cheval de travail connaît un âge d’or : tous les
corps
de métier, tous les services publics ont besoin de lui. A partir de
Station des omnibus à Paris. Coll. particulière.
1895-1900 cependant, l’automobile, plus rapide et plus efficace,
l’emporte progressivement. A Paris, la dernière ligne d’omnibus hippomobile, survivante d’un autre âge,
sera fermée en 1913.
Si le cheval disparaît rapidement à Paris et dans les grandes villes comme force de transport, il se maintient
mieux dans les bourgs plus modestes, et connaît même, lors de la crise économique des années trente ou de
l’Occupation, en raison de la pénurie, un regain de faveur éphémère.
179

<

Exposition

>

Quitter

Imprimer

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Cheval mécanique

Le tracteur

Dès 1803 en Haute-Saône, « Les chevaux sont… très nombreux dans
une partie des villages riches en prairies : la principale fortune de
plusieurs de ces villages consiste même dans le commerce de ces animaux,
qui sont en général d'une belle race, forts et propres au trait et à la
selle… ». Un cheval coûte cependant très cher tant à l’achat que
pour sa nourriture, environ trois ou quatre fois plus que le
bœuf. Avec moins de 5 ha, il est impossible de s’offrir le luxe
d’un cheval.
D'ailleurs, à l'exception de la herse, qui exige de la rapidité pour
briser efficacement les mottes, la plupart des engins agricoles
peut aussi bien être tirés par des boeufs.
Pourtant, les progrès de la mécanisation favorisent l'emploi du
cheval, plus performant. En 1803, la Haute-Saône compte
21 509 chevaux (moins d'un cheval pour 2 exploitants) ; on en
dénombre 21 463 en 1892 (soit 1 cheval par exploitant puisque
50% des exploitations ont disparu).
Après la saignée humaine de la Première Guerre mondiale, la
mécanisation s’intensifie. Il importe en effet de compenser le
manque de bras. Le cheval renforce alors sa position. Il s’impose
entre les deux guerres parce qu’il convient mieux au matériel
agricole nouveau qui envahit les campagnes.
Le cheval s'impose pour répondre aux exigences de la mécanisation.
Photo Sygma, machinisme agricole

180

<

Exposition

>

Après la Seconde Guerre mondiale, le
travail reprend avec les chevaux. Personne alors ne se doute de la « Révolution » qui se prépare et qui va bousculer
un cadre de vie qui semblait immuable :
le tracteur. D'autant que la motorisation
ne se contente pas seulement de transformer le matériel. Elle engendre des
mutations plus profondes. D’abord
l’abandon des anciennes pratiques culturales, notamment l’assolement triennal.
Puis, le paysan songe à regrouper les
terres de son exploitation afin d’utiliser
au mieux son nouveau matériel. La
mécanisation et la motorisation ne pouvaient s’accommoder de la multitude de
parcelles, souvent exiguës, dispersées
sur tout le territoire communal : le projet
de remembrement s'esquisse en dépit
de la résistance de certains.
Alors qu’ils étaient pratiquement
inexistants en Haute-Saône avant 1940,
les tracteurs sont 8 600 en 1969.
A l’opposé, le nombre des chevaux a
considérablement décru : 20 800
étaient recensés encore en 1956 ; il n’y
en avait plus que 5 100 (dont 2.000
chevaux de trait) en 1969.

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Compagnon de loisir
A partir de 1950, la population de chevaux s’effondre dans tous les
pays industrialisés.
En 1970, l’effectif de la plupart des races françaises est au plus bas.
Il existait alors moins de 2 000 chevaux de race comtoise.
Signe de cette régression, le terme « cheval de trait » disparaît
officiellement en France en 1976, pour être remplacé par celui,
ambigu, de « cheval lourd ». Les chevaux lourds sont alors en
majorité élevés pour la viande.
Pourtant, le cheval reste performant face au tracteur dans les petites
exploitations à polyculture des régions accidentées : le cheval se
maintient ainsi dans certains travaux agricoles, à forte valeur
ajoutée, notamment la viticulture et le maraîchage. Dans les années quatre-vingt, des agriculteurs, adeptes
du « bio » s’essaient également, de façon dispersée, à la traction animale, en Bretagne ou dans le Midi.
D’autre part, le débardage en forêt, souvent associé à d’autres activités, fait vivre une trentaine de petites
entreprises en France.

Équipage de comtois prêt à partir lors de la Route du
Poisson 2005.

L’attelage n’est plus qu’un loisir, qui s’ouvre depuis peu à un public plus large. Créée en 1974, l’Association
française d’attelage lance les premières compétitions, sur le modèle anglais, à la fin des années soixante-dix,
avant que le nouveau sport soit reconnu et intégré par la Fédération française des sports équestres.
L’engouement pour l’attelage-loisir est soutenu par le succès populaire d’épreuves par équipes très
médiatiques : Route du poisson, entre Boulogne-sur-Mer et Paris (1991) et Route des vins et du comté
(1996). Le secteur sportif reste néanmoins trop faible pour assurer la rentabilité économique de l’élevage,
dont la boucherie reste le principal débouché.
Depuis quelques années, le cheval est réintroduit en ville, dans le cadre des politiques environnementales des
municipalités, qui mettent volontiers en scène le cheval. Les tâches confiés aux chevaux sont variées :
animation des centres touristiques (les « tours en calèche ») ou des espaces verts, nettoyage des rues,
convoyage des déchets, débardage des parcs, etc. Si le premier congrès des chevaux territoriaux a pu se tenir
en 2001, ces pratiques, quoique très fortes symboliquement, restent cependant marginales.
Les
relations
entre
l’homme et le cheval sont
entrées désormais dans une
période nouvelle. Le
cheval, dont le capital de
sympathie reste énorme,
est devenu, de compagnon
de travail, compagnon de
loisir.

Des concours de labour
avec chevaux sont
de nouveau organisés,
à l’initiative d’agriculteurs et
d’éleveurs attachés
à ce travail partagé
entre l’homme et le cheval.

181

<

Exposition

>

Quitter

Imprimer

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Une exposition conçue par les Archives départementales de la Haute-Saône
Textes : Georges Rech, Catherine Chapuis
Montage : Catherine Chapuis, Martial Guignard
Conception graphique : Bertrand Turina
Impression : Société La Romaine, Rioz
REMERCIEMENTS
Louis BONNAMOUR, Bernard BOUILHOL , Jean-Louis CANNELLE , Jean-Louis CLADE
Paul DELSALLE, Hélène HAMON-MORIN, Bernadette LIZET, Damien MICHEL,
Denis MORIN, Marc PAYGNARD
Archives départementales de la Saône-et-Loire
Musée des Beaux-Arts et d'Archéologie – Besançon
Musée Vivant Denon – Chalon-sur-Saône
Musées départementaux Albert et Félicie Demard – Champlitte
Musée Baron Martin – Gray
Musée Georges Garret – Vesoul

182

Cliché Marc Paygnard

<

Exposition

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

PANNEAUX D’EXPOSITION
COMPAGNONS DE LABEUR : HOMMES ET CHEVAL AU TRAVAIL
AUX ORIGINES D’UNE COMPLICITÉ
UNE INNOVATION TECHNOLOGIQUE : LE COLLIER D’ÉPAULE
ARAIRE ET CHARRUE
CHEVAL MÉCANIQUE
ENTRE CHIEN ET BŒUF
LE CHEVAL ET LA MINE : UNE LONGUE COMPLICITÉ
MACHINES À LAVER
SEL DE CHEVAL : LES CHEVAUX AUX SALINES DE SALINS
CHEVAL OU VAPEUR
CHEVAL DE SERVICE
COMPAGNON DE LABOURS
COMPAGNON DE LOISIR

183

<

Exposition

>

Quitter

Imprimer

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

184

<

Exposition

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

185

<

Exposition

>

Quitter

Imprimer

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

186

<

Exposition

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

187

<

Exposition

>

Quitter

Imprimer

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

188

<

Exposition

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

189

<

Exposition

>

Quitter

Imprimer

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

190

<

Exposition

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

191

<

Exposition

>

Quitter

Imprimer

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

192

<

Exposition

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

193

<

Exposition

>

Quitter

Imprimer

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

194

<

Exposition

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

195

<

Exposition

>

Quitter

Imprimer

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

196

<

Exposition

>

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

197

<

Exposition

Quitter

Imprimer

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

EXPOSITION
Une exposition conçue par les Archives départementales de la Haute-Saône
Textes : Georges Rech, Catherine Chapuis
Montage : Catherine Chapuis, Martial Guignard
Conception graphique de l’exposition: Bertrand Turina
Maquette et mise en page du catalogue: Bertrand Turina
Impression de l’exposition: Société La Romaine, Rioz
Remerciement
Louis BONNAMOUR
Bernard BOUILHOL
Jean-Louis CANNELLE
Jean-Louis CLADE
Paul DELSALLE
Hélène HAMON-MORIN
Bernadette LIZET
Damien MICHEL
Denis MORIN
Marc PAYGNARD
Archives départementales de la Saône-et-Loire
Bibliothèque municipale - Besançon
Musée des Beaux-Arts et d'Archéologie – Besançon
Musée Vivant Denon – Chalon-sur-Saône
Musées départementaux Albert et Félicie Demard – Champlitte
Musée Baron Martin – Gray
Musée Georges Garret – Vesoul
Cette exposition a reçu le soutien de
Direction régionale des affaires culturelles de Franche-Comté

198

<

Exposition

>

Quitter

Imprimer

Dossier pédagogique

Conseil général de la Haute-Saône
Archives départementales
14b rue Miroudot-Saint-Ferjeux
70 000 Vesoul
Tél. 03 84 97 15 80
archives@cg70.fr

< Sommaire >

Quitter

Imprimer

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Dossier pédagogique

A l’aide des panneaux de l’exposition et de la mosaïque d’images,
découvre les différentes utilisations du cheval par l’homme :
Panneau : AUX ORIGINES D’UNE COMPLICITE
Panneau : COMPAGNON DE LABEUR
1) Depuis quand l’homme utilise-t-il le cheval ?

2) Indique le lieu et la date du document
et entoure au crayon de papier
l’endroit où le cheval est représenté.

3) Pourquoi les techniques hippiques ne progressent-elles pas durant l’Antiquité ?

4) Quelle invention du Moyen-âge va permettre à l’homme d’utiliser à plein la force du cheval ?
Cherche cette invention dans le reste de l’exposition.

200

< Sommaire >

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Dossier pédagogique
Panneau : LE COLLIER D’EPAULE
5) Cite les principales innovations du Moyen-âge dans les domaines du travail et de la guerre.

6) Complète le dessin ci-dessous :

201

< Sommaire >

Quitter

Imprimer

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Dossier pédagogique
Panneau : ARAIRE ET CHARRUE
Complète le tableau ci-dessous à l’aide des informations du panneau :
ARAIRE

CHARRUE

Avantages

Inconvénients

Panneau : CHEVAL MECANIQUE
7) Que se passe t-il dans les campagnes entre 1851 et 1911 ?

8) Que cultive t-on à cette époque en Haute-Saône ?

9) Quel est l’animal qui concurrence le cheval dans les campagnes ? Pour quelle(s) raison(s) ?

202

< Sommaire >

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Dossier pédagogique
10) Combien comptait-on de chevaux en Haute-Saône à la fin du XIXe siècle ? En 1969 ?
Par quoi sera t-il progressivement remplacé dans les campagnes ?

Panneau : COMPAGNON DE LABOUR
Panneau : ET ENTRE CHIENS ET BŒUFS
11) Relève sur les cartes postales les différentes activités dans lesquelles le cheval était utilisé
au début du XXe siécle :

12) Qui sont les principaux concurrents du cheval ? Pour quelles activités ?

203

< Sommaire >

Quitter

Imprimer

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Dossier pédagogique
OBJETS
13) Ces objets sont présentés dans l’exposition; indique leur nom et leur fonction :

Panneau : MACHINES A LAVER
15) Qu’est-ce qu’un patouillet ?

16) Combien la Haute-Saône comptait-elle de patouillets
au XIXe siècle ?

17) Par quelle force le cheval sera t-il progressivement
remplacé dans cette activité ?

204

< Sommaire >

Quitter

Imprimer
Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Dossier pédagogique
Panneau : LE CHEVAL ET LA MINE : UNE LONGUE COMPLICITÉ
18) Présente les différentes fonctions du cheval dans les mines au XIXe siècle :

Panneau : CHEVAL OU VAPEUR
19) Qu’est-ce qui s’améliore considérablement au XVIIIe siècle ? Quelle est la conséquence de
cette amélioration ?

20) Qu’est-ce qu’une «Turgottine » ?

21) Pourquoi le service des diligences ferme-t-il au milieu du XIXe siècle ?

Panneau : SEL DE CHEVAL : LES CHEVAUX AUX SALINES DE SALINS
22) Indique les différents usages des chevaux dans les salines

23) Combien y avait-il de chevaux dans les salines de Salins au XVIIe siécle ? Quels
problèmes cela posait-il ?

205

< Sommaire >

Quitter

Imprimer

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XVe-XXe siècle

Dossier pédagogique
Panneau : CHEVAL DE SERVICE
24) Indique les multiples utilisations du cheval au XIXe siècle :

Panneau : LA SAONE A PAS DE CHEVAL
25) A quoi servaient les chevaux le long de la
Saône ? Quel est le nom de cette activité ?
Quand a t-elle disparu ? Pourquoi ?

Panneau : COMPAGON DE LOISIR
26) Que se passe-t-il à partir des années 1950 ?

27) A quelles occasions utilise-t-on le cheval aujourd’hui ?

206

< Sommaire

Quitter

Imprimer

Compagnons de labeur
homme et cheval au travail XV -XX siècle
e

e

Exposition réalisée par les Archives départementales de la Haute-Saône
Une production du Conseil général de la Haute-Saône

L'avenir se construit en Haute-Saône

Sign up to vote on this title
UsefulNot useful