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Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

 

PRÉFACE

Depuis sa domestication, au néolithique, le cheval a toujours accompagné l’homme dans sa vie quotidienne. Le département de la Haute-Saône, situé en Franche-Comté, région qui a donné son nom à l’une des races de chevaux lourds bien connues, est imprégné par l’histoire de cette complicité. Utilisé pour le débardage de bois ou encore l’attelage, le cheval comtois a toujours été un fidèle compagnon haut-saônois.

L’exposition des Archives départementales « Compagnons de labeur » nous permet de redécouvrir cette histoire qui lie le cheval à l’homme et de rappeler le rôle qu’il a joué dans l’économie et dans le développement de notre territoire, jusqu’au lendemain de la seconde guerre mondiale.

Le cheval considéré comme « la plus belle conquête de l’homme », est devenu aujourd’hui un compagnon de loisirs, qui conserve un lien affectif privilégié avec l’homme. La nouvelle agriculture, soucieuse de développement harmonieux, lui ouvre de nouveaux espaces de travail ; ici et là, il reprend du service dans les villes, où son estime contribue à renouer le lien social.

Il symbolise notre volonté de vivre mieux, ensemble et en harmonie avec la nature, dans un environnement privilégié.

A travers cette exposition, le Département de la Haute-Saône, attaché à son terroir, désire rendre hommage à cet animal qui a marqué les progrès de la société.

Je souhaite qu’un public nombreux visite cette exposition et prenne plaisir à la lecture du catalogue qui l’accompagne.

Yves Krattinger Sénateur de la Haute-Saône - Président du Conseil général

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

 

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

 

Sommaire

Préface

p. 1

Regards

d’historiens

p. 5

Mosaïque

d'images

p. 119

Exposition

p. 173

Dossier

pédagogique

p. 199

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

 
         
     

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

     

REGARDS D’HISTORIENS

   
 

Regards d’historiens

       
 

Le cheval et l'agriculture en Haute-Saône, du XVIII e au XX e siècle Jean-Louis CLADE

p. 7

 
 

Le cheval et la mine : une longue complicité Denis MORIN

 

p. 31

 
 

Une drôle de machine à laver : le patouillet à cheval Hélène MORIN-HAMON

 

p. 47

 
 

Les chevaux aux salines de Salins, du Moyen-âge au XVIII e siècle Paul DELSALLE et Laurence DELOBETTE

p. 59

 
 

Le halage des bateaux sur la Saône Louis BONNAMOUR

 

p. 77

 
 

Regards d’aujourd’hui

       
 

Des hommes et des chevaux au travail aujourd’hui Bernard BOUILHOL, Jean-Louis CANNELLE et Bernadette LIZET

 

p. 93

 
 

Bibliographie

   

p. 115

 
           

5

           
         

6

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

       
       
           
 

siècle

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV -XX

e

e

LE CHEVAL ET LAGRICULTURE EN HAUTE-SAÔNE (XVIIIE-XXE SIÈCLES)

 
 

Jean-Louis CLADE

             
 

Le cheval n’est qu’un acteur parmi d’autres dans l’agriculture. Son usage dépend en effet de multiples facteurs : de l’environnement d’abord, géographique et géologique, qui dicte la nature des activités agricoles, le tout inscrit dans un ensemble territorial défini par la politique, puis de la répartition des terres entre les exploitants et, enfin du statut social de ces derniers.

 
 

La chronologie aussi a son importance puisqu’elle exprime l’histoire des hommes et de leur adaptation au milieu. Le cheval n’a pas toujours été le collaborateur privilégié du paysan ; longtemps ce fut un noble animal de guerre ; il assura les « charrois » et tracta les trains d’artillerie. Pour travailler la terre, au rythme lent des saisons, les bovins convenaient mieux. Mais au cours des siècles, avec l’augmentation de la population, l’agriculture se modernisa. L’homme créa la machine et la machine eut besoin du cheval, plus rapide que le bœuf, jusqu’à ce que la machine se débarrassât du cheval.

 
 

La Haute-Saône connut cette évolution, à son rythme, avec ses spécificités. La place du cheval comme animal de trait ne s’y dessine que lentement.

 
               

7

           
         
 

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

       
 

Formation administrative et géographie du territoire technologique

 
 

Le département de la Haute-Saône naît le 12 janvier 1790 Comme le souligne J. GIRARDOT : « On se borne à équarrir l’ancien bailliage et à le renfermer dans ses limites naturelles » 1 . La

Quatre grands ensembles géographiques divisent le territoire haut- saônois qui, globalement, se présente comme une succession de plans inclinés, orientés nord-est/sud-ouest, desVosges au confluent de la Saône et de l’Ognon 4 .

 

nouvelle entité abandonne au département du Doubs cinquante-six villages du bailliage de Vesoul et la totalité du bailliage de Baume-

Au nord-est

   
 

les-Dames à l’exception de Sénargent et de la Seigneurie d’Héricourt. Elle laisse encore trois villages au département de la Haute-Marne et neuf autres à celui des Vosges. En compensation, elle obtient une vingtaine de villages champenois, lorrains ou barrois et conserve le district de Gray que revendiquait le Doubs. Vu sa position centrale, Vesoul devient le chef-lieu du département 2 . Mais la formation de la nouvelle entité administrative n’est pas encore définitive. Le 4 février 1791, les villages de Passavant, la Rochère et les Côtes rejoignent la Haute-Saône qui compte alors 642 communes. Lorsque le 11 octobre 1793, la Convention annexe la principauté de Montbéliard, elle la rattache au district de Lure. Voilà la Haute-Saône considérablement agrandie, et elle le demeure quand est créé un septième district, celui de Montbéliard précisément. Pour peu de temps dans cette période agitée. Le 11 messidor an V, le district de Montbéliard passe dans le nouveau département du Mont-Terrible, avant d’être intégré au Doubs, à

Au nord-est du département d’abord, se dressent les lourdes croupes vosgiennes ; le Ballon de Servance (1216 m) est le point culminant du département. De tous côtés, aux versants et jusque bas dans les vallées, s’accrochent les forêts de hêtres et de sapins. Sur ces roches cristallines où prédominent selon les secteurs les granits, les porphyres ou les grès, partout le sol est pauvre, imperméable. A l’est, au pied des ballons, entre Faucogney et Servance, s’étend la région dite des Mille étangs. Et quand cessent les bois, sur les landes incultes, s’étalent genêts, bruyères et fougères jusque sur les berges. Le climat est rude. Il gèle de quatre-vingt-dix à cent jours par an. Avec l’exploitation forestière, les activités humaines ne devraient être que pastorales s’il n’y avait les nombreux torrents. Avec une moyenne de précipitations qui atteint annuellement les 1 250 millimètres, les eaux ne manquent jamais et entraînent les roues à aubes d’une foule d’industries, des scieries bien sûr, mais aussi des usines métallurgiques et surtout textiles.

1

l’exception du canton de Clairegoutte qui reste en Haute-Saône. Quant au village de Couthenans, après bien des pérégrinations, il réintègre le département le 26 mars 1829 3 .

 

2

- GIRARDOT (Jean), Le Département de la Haute-Saône pendant la Révolution, tome I, éd. SALSA,Vesoul, 1973, p. 169-187. - CLADE (Jean-Louis), La Haute-Saône autrefois, images de la vie quotidienne, éd. Cabédita, 2e éd., 2002.

 

3

- Ibid., p. 19-21.

 

8

4

- Ibid., Il s’agit d’un résumé à partir du texte initial.

 
       
           
       

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

 

Au sud des Vosges

   

Les grandes vallées

   
 

Adossée aux ballons, débordant le vieux massif primaire, s’étale ensuite de Champagney à Luxeuil, en passant par Mélisey et Lure, une frange de coteaux, de plateaux tourmentés de grès bigarrés et de granit. A la fin de l’ère quaternaire, des dépôts morainiques furent abandonnés là par les glaciers. Le relief est accidenté et les

Les alluvions modernes et les limons fertiles des vallées de la Saône et de l’Ognon assurent la prospérité du département. Le climat se fait plus clément. Les gelées et les précipitations sont moins nombreuses, mais les étés plus chauds engendrent des sécheresses parfois catastrophiques.

 

surfaces labourables sont faibles. Puis, la Saône et ses affluents ont déblayé au pied de ces coteaux et de ces plateaux, une succession de bassins pour former la dépression marginale où dominent les calcaires coquilliers, les marnes irisées et les argiles du lias. Elle comprend deux zones constituées de prairies humides, voire marécageuses, propices à l’élevage : l’une à l’ouest qui englobe en partie les cantons de Combeaufontaine, de Vitrey et de Jussey, l’autre, autour de Vesoul, au nord, drainée par le Durgeon.

Globalement, les sols haut-saônois sont peu fertiles. Ils sont en partie décalcifiés et nombre de ceux-ci sont pauvres en acide phosphorique ; leur teneur en potasse est moyenne. Se posent des problèmes d’amendements et de fumures 5 . Or, en ce début du XIX e siècle, encore marqué par la Révolution politique, le monde paysan est-il prêt à engager une révolution agricole, est-il prêt à se moderniser, sachant que la modernisation passe par le rejet de la routine, l’acquisition d’outillage et l’usage quasi exclusif du cheval ?

 

Au sud-est

           
 

Enfin, des plateaux constituent la moitié sud du département. Leur altitude moyenne oscille entre deux cents et trois cents mètres. Ils sont formés de calcaire du jurassique moyen. Sur ces plateaux les phénomènes karstiques abondent. Les eaux superficielles sont rares. Le climat est là encore assez rigoureux. La couche de terre arable, rougeâtre, est par endroit si peu épaisse que

   

De ss in Jean Garneret.

 
 

la rocaille pointe parfois sous l’herbe maigre. Bois ou landes habillent les croupes.

   

Folklore comtois, Barbizier, 1957

 
 

5 - GUFFROY (Lucien), Ingénieur en Chef des Services agricoles, et ses collaborateurs, Ingénieurs du Service, HERBLOT (Jacques) et PESSEAUD (Gaston), L’expérimentation agricole en Haute-Saône en 1950-1951, Ministère de l’agriculture, Direction des Services agricoles de la Haute-Saône,Vesoul, imprimerie Marcel Bon, 1951.

9

       
               
 

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

             
 

Population et activités agricoles

               
 

En 1851, la Haute-Saône compte 347 469 habitants, soit une densité de 64,6 habitants au km 2 . Or, à la veille de la Première Guerre mondiale, le département n’affiche plus que 257 606 habitants, soit une perte de 89 863 unités. Sa densité passe à 47,9, soit une chute de 16,7 %, alors que la densité moyenne en France progresse de près de 9 %. Choléra de 1854, guerre de 1870, crises économiques, vieillissement de la population, exode… se conjuguent pour expliquer ce dépeuplement que le premier conflit mondial ne fera qu’accentuer. Cette situation affectera le département jusqu’au milieu du XX e siècle 6 .

Et c’est essentiellement la population des campagnes qui est touchée. De 1851 à 1911, le nombre des ruraux diminue en effet de 32,7 % tandis que croît la population urbaine sans compenser

n’en reste que 25 531. Le nombre des fermiers, des métayers et des journaliers a également chuté. On assiste alors à une augmentation du nombre des propriétaires et à une augmentation des moyennes propriétés (10 à 40 hectares). En outre, si 86 % des exploitants sont propriétaires, 32,5 % d’entre eux sont aussi des fermiers ; le fermage est un complément nécessaire de la propriété en Haute- Saône 8 .

Cette concentration des terres en faveur de la moyenne propriété est remarquable et se poursuit lentement jusque dans les années 1950, puis s’accélère jusqu’à nos jours. Le nombre d’exploitations de moins de 5 hectares passe ainsi de 18 003 en 1892 à 3 231 en 1950. Celles comprises entre 5 et 10 hectares suivent le même mouvement avec une moindre ampleur : de 9 833 en 1892 à 3 821 en 1950. Un équilibre s’établit, avec une légère augmentation, pour les exploitations de 10 à 20 hectares : toujours pour la même

 

toutefois la perte globale d’habitants. Outre les causes déjà énoncées, le monde paysan subit une succession de crises graves :

période, de

4 857

à

5

204. En

revanche, les 20 à 50 hectares

 

une surproduction en 1850-1851 qui entraîne une mévente des produits agricoles, deux fenaisons désastreuses en 1852 et 1853, et

triplent : de 1 550 à 4 722. Quant aux plus de 50 hectares, elles doublent pratiquement : de 258 à 422 9 .

Bien entendu, il faut tenir compte des nuances locales. Si

 

trois récoltes déficitaires en 1854, 1855 et 1856. Pour solder les dettes ou payer les fermages, le paysan doit vendre son bétail alors que son cheptel est déjà réduit 7 . Cependant, en dépit de cette fuite des paysans, la Haute-Saône demeure un département essentiellement rural au début du XX e siècle. En 1851 il y avait 50 097 chefs d’exploitation ; en 1911, il

indiscutablement, dès 1908, un changement s’est opéré en faveur de la moyenne propriété, il ne concerne pas tous les secteurs.Ainsi, dans les Vosges saônoises et leur bordure méridionale, la propriété oscillera encore longtemps entre 5 et 10 hectares 10 .

6

- CAREL (Henri), La Haute-Saône de 1850 à 1914, thèse de doctorat, 1970.

7

- Ibid.

8

- Ibid.

9

- GUFFROY (Lucien), Ingénieur en Chef des Services agricoles, et ses collaborateurs, Ingénieurs du Service, HERBLOT (Jacques) et PESSEAUD (Gaston), L’expérimentation

10

agricole en Haute-Saône en 1950-1951, op. cit. 10 - CAREL (Henri), La Haute-Saône de 1850 à 1914, op. cit.

             
         
     

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

 
     

chacun aient, dans chaque « pye ou « pie » (sole), des portions égales de terre de même nature 12 . En 1885, il faut compter, en moyenne, 16 parcelles par cote foncière d’une contenance de 25 ares par parcelle. La Haute-Saône est un des départements où le fractionnement parcellaire, qui exagère encore les divisions de la propriété, est le plus élevé 13 . Que cultive-t-on en Haute-Saône ? Au milieu du XIX e siècle, des céréales avant tout, comme dans la plus grande partie de la France. Elles occupent les 2/3 des terres labourables qui, elles-mêmes, couvrent près de la moitié du territoire. Leur répartition géographique varie selon la plus ou moins grande richesse des sols :

 
 

Attelage de bovins à Fa u cogney.

 

le blé l’emporte partout mais particulièrement dans les arrondissements de Vesoul et de Gray tandis que l’arrondissement de Lure privilégie le seigle et le méteil ainsi que la pomme de

 
 

(ADD, cliché Antoni)

 

terre 14 . En 1913, même s’il garde sa position prééminente, le blé voit son aire réduite de 23 %, mais l’augmentation des rendements compense la diminution des surfaces. L’avoine, en revanche, gagne du terrain ; peut-être pour nourrir les chevaux, plus nombreux. Quant au vignoble, il subit de plein fouet les conséquences désastreuses du phylloxera.

 
 

Par ailleurs, le territoire est très morcelé et chaque propriété très parcellée, ce qui gêne les assolements, empêche le développement des prairies naturelles et s’oppose au drainage. Cette parcellisation excessive provient des partages successoraux 11 . La famille s’arrange, par souci de ne léser aucun des cohéritiers, pour que

Mais le fait marquant de cette deuxième moitié du XIX e siècle, c’est la diminution des terres labourables. Elle s’affirme à partir de 1892 et s’accélère après 1914. En 1862, les labours couvraient 48,7 % du département ; ils ne représentent plus que 25 % en 1929 15 .

 

11

- Archives départementales de la Haute-Saône, Service éducatif, L’Agriculture en Haute-Saône au XIX e siècle, association des Amis des Archives,Vesoul, 1979, doc. 74 M 1, session

14

 

12

ordinaire de 1853, discours du préfet. - ADD, Annuaire et statistiques de la Haute-Saône, 1803, p. 210.

 

13

- CAREL (Henri), La Haute-Saône de 1850 à 1914, op. cit.

 
 

- Ibid.

 

15

- Ibid.

11

         
         
 

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

       
     

Le cheval et les travaux agricoles

 
 

Chevau x de reto u r de l’abre u voir à Su a u co u rt .

 

Après avoir présenté le milieu naturel, indiqué la nature des productions et présenté l’évolution de la population rurale, il importe de se poser la question : quel animal de trait le paysan utilise-t-il pour son travail ? On serait tenté de répondre : le cheval. En effet, dès 1803, son importance est indéniable dans le département : « Les chevaux sont… très nombreux dans une partie des villages riches en prairies : la principale fortune de plusieurs de ces villages consiste même dans le commerce de ces animaux, qui sont en général d’une belle race, forts et propres au trait et à la selle… » 16 . Les chevaux sont nombreux, certes, mais leur répartition sur le territoire haut- saônois est inégale et, si on en fait commerce, les utilise-t-on obligatoirement comme animaux de trait ?

 

(collection privée)

 
 

Les prairies artificielles progressent lentement. De 3,7% en 1862, elles passent à 28 % en 1892. De toute façon, jusqu’en 1914, toute évolution est lente : longtemps encore, pour compenser le manque de prairies, on utilise les terrains en jachère, le droit de vaine pâture, les friches et les communaux. En 1870, rares sont les cultivateurs qui recourent aux racines fourragères pour nourrir leur bétail. Les bovins dominent l’élevage.A partir de 1868, la race fémeline qui s’imposait jusque là est progressivement remplacée par la race montbéliarde qui profite de l’extension des herbages.

En 1803, le département compte 21 509 chevaux, soit moins d’un cheval pour deux propriétaires exploitants 17 . C’est peu et c’est certainement moins si l’on exclut tous les propriétaires qui cultivent moins de 5 hectares et, qui plus est, sur des terrains de qualité globalement médiocre. Un cheval coûte en effet très cher tant à l’achat que pour sa nourriture, environ trois ou quatre fois plus que le bœuf. Il est de santé plus fragile et sa mort peut ruiner le petit propriétaire 18 . Avec moins de 5 hectares, il était donc impossible de s’offrir le luxe d’un cheval, mais, dans le même temps, un gros propriétaire pouvait entretenir un attelage de quatre ou six chevaux 19 .

16

 

17

- ADD, Annuaire et statistiques de la Haute-Saône, 1803, p. 6. - Ibid. , p. 31, 45, 62.

18

- DUBY (G.) et WALLON (A.), Histoire de la France rurale, depuis 1914, édition du Seuil, 1977, tome 1, p. 456, chapitre rédigé par Guy Fourquin.

19

- Annuaire publié pour 1832 et 1833 par la Société centrale d’Agriculture du département de la Haute-Saône, juillet 1832, extrait de « Les secrets du laboureur Benoît » dans

12

le Calendrier du bon cultivateur de Mathieu Dombasle.

       
         
     

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

 
     

en 1803 auxquels il faut ajouter 46 091 vaches 21 . Donc, même les « villages riches en prairies » n’ont pas forcément recours au cheval. Pourtant, très tôt, on a besoin de lui pour tirer la herse dans les labours : il faut de la vitesse pour briser efficacement les mottes.

 
 

Attelage de bœ u f s à Bau doncou rt. (collection privée)

 

La vache n’est pas à négliger, car le bœuf comme bête de trait est également un luxe : il ne donne pas de lait ! La vache en revanche a tous les avantages. Elle fournit lait, viande et… force de travail. On l’attelle seule et parfois avec un cheval : « …dans les cantons arides et privés de prairies,on voit au contraire souvent de mauvais chevaux, attelés avec de petites vaches, remplacer les bœufs pour la culture des terres » 22 . Henri Carel est plus catégorique encore qui affirme que, en Haute-Saône, en 1851, le bœuf est peu utilisé comme animal de trait et qu’il est fréquemment remplacé par la vache de race

 
 

Cette situation n’est pas propre à la Haute-Saône. Même dans les riches terroirs du Bassin parisien, le paysan préfère le bœuf au cheval.Tirer la charrue n’impose pas forcément la rapidité, la force tranquille suffit, tout comme pour les défrichements, au Moyen Age. Il est vrai que le nouveau joug, placé non plus sur les cornes mais sur le front, permet de tirer bien meilleur parti de la force d’animaux qui, par ailleurs, sont mieux sélectionnés et mieux nourris qu’autrefois 20 . Et les bœufs ne manquent pas : 43 455 têtes

fémeline 23 . Ce que confirme l’annuaire de 1832 : « J’avais un petit chariot auquel on attelait deux vaches, et qu’on chargeait d’un mille environ de fourrage, qu’on amenait quelquefois d’un quart de lieue, le lendemain on en attelait deux autres. Cela ne les fatiguait pas du tout » 24 .

En 1803, le département, dont la superficie est de 456 964 ha, ne possède que 171 557 ha de terre « en culture », soit seulement les 2/5 du territoire. « De ce nombre de 171 557 ha, on en cultive par des chevaux ou des bœufs 134 000 ha et 37 457 ha par le seul secours des bras ; savoir, 22 349 ha de terres labourables, 12 635 ha de vignes et 2 473 ha de jardins » 25 .

 

20

     

21

- Ibid. - ADD, Annuaire et statistiques de la Haute-Saône, 1803, p.31, 45, 62.

   

22

- Ibid., p. 6.

   

23

- CAREL (Henri), La Haute-Saône de 1850 à 1914, op.cit.

   

24

- Annuaire publié pour 1832 et 1833 par la Société centrale d’Agriculture du département de la Haute-Saône, juillet 1832, op. cit.

   

25

- ADD, Annuaire et statistiques de la Haute-Saône, 1803, p. 206.

 

13

         
           
 

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

       
 

Vaches se dés altérant à Apremont.

   

Train de bœu fs tirant u ne gru me su r un chariot :

 
 

ADD, cliché Antoni

   

la force tranquille su ffit.

 
       

ADD, cliché Antoni

     
 

Chevaux et bœufs se côtoient donc, ces derniers l’emportant certainement puisque, pour travailler la terre, on a encore recours au « seul secours des bras » sur une partie non négligeable des terres cultivées.

tantôt ils les laissent « s’énerver dans un long repos ». Les paysans les attellent trop jeunes, dès l’âge de 24 ou 30 mois.A cela s’ajoute le mauvais choix des haras et leur éloignement de certaines communes : le paysan préfère laisser libre la saillie au pâturage bien

 

L’annuaire de 1815 26 dresse aussi un constat sur les conditions

que cette pratique contribue à « l’abâtardissement de l’espèce » 27 . Pour les nourrir ou les engraisser, dès le retour de la belle saison,

 

d’élevage et de l’utilisation du cheval à cette époque. Ce n’est guère brillant : « Leur hébergement est déplorable », souvent dans « des lieux étroits, obscurs, humides et sales » ; ils n’ont pas de litière ; ils s’abreuvent dans des mares polluées par les volailles ou

les paysans les mettent au vert ; quelques-uns leur donnent un mélange de pain de seigle avec de la paille hachée ; d’autres les nourrissent de trèfle et de luzerne, mais ils prennent la précaution « d’alterner et de mélanger ces aliments aqueux qui, donnés seuls

 

au lavoir

Au gré des saisons, donc des besoins, tantôt les paysans

sans interruption, occasionneraient des dysenteries et des

 

les soumettent à « des travaux forcés et à de longues fatigues »,

tranchées… » 28 .

26

         

27

- ADD, Annuaire statistique et historique du département de la Haute-Saône, 1815, p. - Ibid., p. 143-146.

       

14

28

- Ibid., p. 149.

       
       
             
         

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

       

Des années difficiles pouvaient mettre en péril un cheptel déjà peu abondant, bovins et chevaux confondus. Ainsi en 1852 et 1853, les fenaisons furent désastreuses ce qui vida en partie les étables. Les paysans durent vendre leur bétail, d’abord leurs chevaux et ils les vendirent à bon prix parce que se préparait la guerre de Crimée 29 . Des épizooties décimèrent alors le peu de bovins qui restaient. Le manque d’animaux de trait se faisant durement sentir, l’armée mit alors à la disposition des paysans des chevaux d’artillerie pour les travaux des champs 30 .

       

A

une situation socio-économique défavorable, s’ajoute le poids de

       

la

routine qui pèse lourd dans le monde paysan et notamment en

       

Haute-Saône. Pourtant, peu à peu, des changements s’opèrent même s’ils ne touchent qu’une minorité, celle des gros propriétaires exploitants. A la fin du XIX e siècle, la création des syndicats agricoles ouvre la porte aux achats d’engrais et de semences 31 . De 1892 à 1913, les prairies artificielles gagnent du terrain, au moins sur une partie de la « pie » laissée en jachère, ce qui déjà limite le vain pâturage 32 . La mécanisation a progressé. Il fallait remplacer l’absence de bras conséquence de l’exode rural, surtout celui des journaliers et des petits propriétaires qui louaient leur service, une fois terminés leurs propres travaux. Pour la fenaison, on passe de 5 faucheuses en 1862 à 715 en 1892.

       

29

- MARLIN (Roger), L’opinion franc-comtoise pendant la guerre de Crimée, 1957, p. 51.

       

30

La guerre de Crimée n’a sans doute pas été sans influer sur le marché des céréales et des chevaux. La demande en chevaux de l’armée a dû inciter certains cultivateurs à vendre leurs bêtes à haut prix, ce qui diminuera d’autant un troupeau déjà insuffisant. - CAREL (Henri), La Haute-Saône de 1850 à 1914, op. cit.

       

31

- CLADE, La Haute-Saône autrefois, op. cit., p. 61-62

       

32

- ADD, Annuaire et statistiques de la Haute-Saône, 1803. Cette possibilité était

 

Attelage de bœ u f s à Juss ey tirant u n chariot de fu mier. ADHS

 

déjà évoquée. Bien qu’elle ne soit plus mentionnée, on pense qu’elle fut mise en pratique car elle existait encore dans les années 1950. 15

       
           
 

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

       
 

De s u f s q u i tractent u ne fau che us e mécaniqu e à Montagney :

En outre, pour que ce matériel soit performant, il faut qu’il soit tiré par des chevaux. Certes, on voit sur certaines cartes postales du début du XX e siècle, des bœufs attelés, par exemple à une faucheuse mécanique. Mais il est alors permis de douter de l’efficacité de l’engin. Il faut de la vitesse pour que la barre de coupe tranche efficacement l’herbe et seul le cheval autorise la vitesse nécessaire. D’ailleurs, sur la plupart des cartes postales, domine la présence des chevaux. Et pourtant, en 1892, ils ne sont encore que 21 463, à peine moins qu’en 1803. En fait, si leur nombre est resté pratiquement stable, le nombre de propriétaires exploitants a, en revanche, chuté de 50 %. La majorité d’entre eux possède alors de 30 à 40 hectares, sans compter les terres louées, et les exploitations de 20 à 50 ha ont triplé. Par conséquent, même si le bœuf est toujours présent comme animal de trait, le cheval tendrait à s’imposer dans les exploitations. Demeurent les 160 942 bovins,

 

on peu t dou ter de l’efficacité de la machine.

 

vaches et bœufs, dont on ignore quelle proportion peut être encore

 

ADD, cliché Antoni

   

utilisée pour la traction.

 

Dans le même temps, on passe de 7 faneuses et râteaux à cheval à 158 ; pour la moisson, de 4 moissonneuses mécaniques à 338, mais la faucheuse destinée à la fenaison pouvait être bricolée pour moissonner. Pour le labour, de 0 charrue perfectionnée (le brabant ?) à 333. La progression la plus spectaculaire est celle de la houe à cheval : de 50 à 2191 33 . Mais, globalement considérée, la mécanisation reste encore une exception.

Après la saignée humaine de la Première Guerre mondiale, la mécanisation s’intensifie. Elle devient indispensable. Il importe en effet de compenser, une fois encore, le manque de bras. Le cheval renforce alors sa position.

16

33 - CAREL (Henri), La Haute-Saône de 1850 à 1914, op. cit., statistique citée par…

       
       
           
       

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

 
 

Quel cheval ?

             
 

La race et son amélioration

             
 

Quel était l’aspect physique de ces chevaux ? Autrement dit,

Durant cette période, les intendants qui se succèdent en Franche- Comté consacrent toute leur énergie à développer l’élevage du

 
 

appartenaient-ils à une « race » particulière ? A la race comtoise par exemple. En fait, cela nous importe peu, d’autant plus que, comme l’écrit Dominique Jacques-Jouvenot 34 , la naissance de la

cheval 37 . Il passe par la sélection des haras, c’est-à-dire « l’ensemble des étalons d’une province qui sont sélectionnés pour assurer la reproduction et répartis chez les gardes-étalons » 38 .

 
 

race

comtoise ne date que du début du XX e siècle et relève avant

Ceux-ci sont à 80 % des laboureurs, tous gens aisés. Les étalons

 
 

tout d’une « construction sociale », d’un choix et d’une définition établis par les éleveurs eux-mêmes. En 1888, Sanson, dans son Traité de zootechnie (t.3), donne une description du cheval tel qu’on le rencontrait à cette époque dans

sont de deux types : il peut s’agir d’un étalon approuvé, c’est-à- dire d’un animal appartenant à un paysan, mais jugé apte à remplir cette fonction par l’inspecteur du haras, ou il peut s’agir d’un étalon royal remis au garde-étalon par l’intendant. Les éleveurs

 
 

notre

région : « La production chevaline n’étant nullement à sa place en

doivent faire saillir leurs juments par les étalons, moyennant

 
 

Franche-Comté, nous ne nous étendrons guère sur la description zootechnique des chevaux descendant de ceux qu’y introduisirent les Burgondes. Une grosse tête à l’extrémité d’une encolure maigre, des formes anguleuses du corps avec une croupe très oblique et des membres faibles terminés par de grands pieds, tel est le portrait non chargé de ces chevaux,

rétribution aux gardes-étalons, dans le respect des règlements alors en vigueur.

 
 

des deux côtés de la chaîne du Jura, en France et en Suisse » 35 .

           
 

Description peu flatteuse, mais ne déplaise à Sanson, aux XVII e et

         
 

XVIII

e siècles, les chevaux de la province étaient estimés pour leurs

         
 

qualités de rusticité et d’endurance. S’ils ont une grosse tête et des formes peu plaisantes, ils sont réputés travailleurs. Si leurs membres sont grêles, ils sont secs et nerveux. Ce sont des chevaux

   

De ss in Jean Garneret.

 
 

actifs

et sobres 36 .

       

Folklore comtois, Barbizier, 1957

 

34

- JACQUES-JOUVENOT (Dominique), Bai,Alezan et frison clair, Hommes, Femmes et chevaux comtois, collection patrimoine ethnologique, éd. Cêtre, 1994, p. 28-29.

 

35

- FRISSON (Maurice), L’Elevage du cheval de trait en Haute-Saône, ancienne imprimerie Cival, 1931.

 

36

- Ibid.

 

37

- WADEL (Patrick), Le Garde-étalon comtois et son cheval: une révolution culturelle (1678-1790), dans le cadre du Festival d’Histoire de Montbrison, 24 septembre-2 octobre 1994, De Pégase à Jappeloup, cheval et société, p. 401- 413.

 

38

- MOREAU (Céline), Le cheval dans les campagnes comtoises au XVIII e siècle, dans Mémoire de la Société d’Emulation du Doubs, nouvelle série, n° 42, 2000, p. 173.

17

         
         
 

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

       
 

Ainsi, en 1684, trente chevaux danois sont dispersés dans les communautés par le pouvoir royal. C’est un échec que constate

Jérôme de Pontchartrain, Secrétaire d’Etat à la Marine et à la

trouvent ces chevaux peu propres pour leurs juments

ayant mieux avoir des chevaux espais de grosse encolure et des jambes

Maison du roi «

ils

En 1737, l’intendant renforce la réglementation afin d’assurer le

qui, vers 1780, admet les qualités du cheval de trait comtois et décide d’en régénérer l’espèce. Il déclare dans un mémoire : « L’espèce des chevaux en

 

Franche-Comté n’est point fine ny propre en général pour la monture, mais

 

en revanche les chevaux de trait y sont aussy beaux que bons et leur

 

chargées de poils à quoy je suis persuadé qu’ils se sont trompés, et que la Franche-Comté pourrait produire des chevaux plus fins et plus déchargés. » 39 En 1725, on apprend que les communautés ont vendu la plupart des étalons.

destination ordinaire en tems de guerre est pour le service de l’artillerie » 43 . Mais c’est surtout au cours du XIX e siècle que le gouvernement se préoccupe de l’élevage des chevaux. Un décret du 14 juillet 1806 réorganise les haras dans le but « d’améliorer la race des chevaux, de procurer aux cultivateurs des élèves utiles à leur exploitation, et d’un prix

 

monopole de la monte aux seuls étalons approuvés ou aux étalons royaux. Il interdit les « coureurs » 40 , mais ceux-ci continuent à exercer leur lucratif commerce, parcourant les villages avec leur étalon « auquel il pendoit une cloche au col, et un ruban attaché à la queue, il en faisoit marché avec le propriétaire de jument pour 12 ou 15 sols chaque sault… » 41 . D’autres réformes suivirent toujours dans le souci de mettre fin aux abus. Le pouvoir royal tenta, sans plus de succès, d’introduire encore une fois des chevaux « étrangers », allemands et danois, toujours aussi mal accueillis : « …au lieu d’aller les chercher, on doit les fuir comme la peste » 42 dit-on alors. Il faut attendre l’intendant Lacoré

avantageux à la vente » 44 . Des étalons sont placés, sur indication des préfets, chez les propriétaires « les plus distingués par leur zèle et leurs connaissances dans l’art d’élever et de soigner les chevaux » 45 . Les particuliers, qui ont des étalons destinés à la monte, peuvent les présenter aux inspecteurs généraux pour les faire approuver. Un dépôt de 50 à 60 étalons est constitué à Besançon. L’Annuaire de 1815 parle d’amélioration de la race grâce « à un bon choix d’étalons » et de l’intérêt que porte le département à la multiplication des chevaux. Le document affine aussi la présentation : « En général,l’espèce est petite et forte.Elle présente deux variétés distinctes qu’on occupe à des travaux différents.L’une,originaire des cantons de l’Est de la Haute-Marne, est employée spécialement aux travaux pénibles de l’agriculture.Elle domine dans les cantons de Jussey,deVauvillers

 

39

40

, - ADD, CIC 1196, ordonnance de l’intendant de Vanolles du 15 mars 1737, art XVI : « Les Particuliers appelés Coureurs, courans les campagne, foires et marchés dans le

- WADEL (Patrick), Le Garde-étalon comtois et son cheval

op. cit.

 

41

tems de la monte avec des chevaux entiers pour les faire servir d’étalons, seront saisis et conduits dans les prisons plus prochaines du lieu de la capture, leurs chevaux acquis et confisqués, et eux condamnés chacun en trois cens livres d’amende, sauf à faire en outre le procès extraordinairement ausdits coureurs, comme vagabons et gens sans aveus, et comme réfractaires aux règlemens des haras, ainsi qu’il appartiendra ». - Un mémoire rédigé en 1765…, cité par Patrick Wadel, Le Garde-étalon comtois et son cheval…, op. cit.

 

42

- WADEL (Patrick), Le Garde-étalon comtois et son cheval…, op. cit.

 

43

- ADD, CIC 1215, Mémoire sur les haras de Franche-Comté.

 

44

- ADD, Statistique abrégé du département de la Haute-Saône, 1819, p. 138-139

18

45

- Ibid.

         
             
       

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

 
 

et autres circonvoisins. L’autre est originaire de la Suisse. Celle-ci, plus vigoureuse, donne de bons chevaux de roulage, d’artillerie et de cavalerie légère. On la trouve dans les cantons d’Héricourt, deVillersexel et dans leur

En 1851, on assiste à un total changement d’orientation. Le gouvernement décide la production d’un cheval de guerre. Ce choix est dicté avant tout par des nécessités économiques :

 
 

voisinage » 46 . Les chevaux de trait sont dits « de type comtois », améliorés par l’introduction de juments et d’étalons percherons et boulonnais. Ces croisements très nombreux, parfois livrés au hasard, ne sont pas toujours très heureux puisqu’ils produisent parfois « des manières de monstres, des bêtes décousues, sans type, sans moyen, sans valeur » 47 . Pour remédier à cette situation, le dépôt de Besançon place sept étalons en Haute-Saône : deux à Jussey, un àVesoul, deux à Lure et, en 1824, deux à Gray 48 ; ils sont placés sur l’indication du préfet. De 1838 à 1851, les autorités départementales poursuivent l’introduction de juments percheronnes, puis d’étalons percherons

l’élevage de trait n’a plus de débouché, il ne se vend plus ou mal. Les chemins de fer se développent, le roulage est en pleine crise. La remonte de l’armée offre donc de nouvelles perspectives. Il faut adapter la race aux besoins et produire par conséquent des chevaux de luxe ou des chevaux de guerre. Le salut est donc dans l’élevage du cheval de demi-sang. Un dépôt de remonte est créé à Faverney. Les premiers achats de demi-sang ont lieu dès 1852 et, en 1864, la substitution des demi- sang aux percherons est complètement réalisée. L’élevage du cheval de trait est désormais abandonné à son sort. Or, les éleveurs résistent, privilégiant le cheval de trait dont la vente est toujours assurée à condition que l’animal soit bien conformé 50 .

 
 

placés chez des fermiers. La seconde expérience surtout est jugée concluante : « Les produits obtenus cette année sont nombreux et présentent de plus en plus les caractères de la race percheronne » 49 .

En 1899, il faut se rendre à l’évidence : l’élevage des demi-sang est un échec. On en revient à l’élevage du cheval de trait. Abandonnée depuis 35 ans, sa politique de sélection doit être reprise. Jusqu’en 1902, les choix se portent, comme par le passé, sur le percheron et

 
       

le boulonnais, puis, en 1907, sur l’ardennais belge. Celui-ci trouve, en Franche-Comté, un climat et un terrain conforme à son

 
       

tempérament plus rustique et plus sobre que le percheron éleveurs comtois ne sont pas gros nourrisseurs.

car les

 
   

De ss in Jean Garneret.

           
 

Folklore comtois, Barbizier, 1957

           

46

             

47

- ADD, Annuaire 1815, op. cit., p. 145-146. - GOYOT, La Franche-Comté chevaline, 1848-1854, cité par Henri Carel,op. cit., p. 151.

           

48

- ADD, Annuaire historique et statistique du département de la Haute-Saône, 1825.

           

49

- FRISSON (Maurice), L’Elevage du cheval de trait en Haute-Saône, op. cit.

           

50

- Ibid.

         

19

           
           
 

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

       
     

Les

étalons nationaux sont alors répartis en 5 stations : trois dans

     

l’arrondissement de Gray, à Arc-les-Gray, Champlitte et Pesmes,

     

une

à Faverney dans l’arrondissement de Vesoul, et une dans

     

l’arrondissement de Lure, àVauvillers, la dernière créée (1927). En 1930 52 , ces reproducteurs sont au nombre de 14, tous de race ardennaise et d’un modèle conforme aux besoins du pays.

     

Malgré les efforts des pouvoirs publics, quel que soit le régime

     

politique, le nombre des chevaux augmente peu ou pas. De la fin du

     

XVII

e siècle à la fin du XVIII e siècle, pour la Franche-Comté, le

 

Attelage de cheva ux remorq u ant u ne péniche à Port-su r-Saône. ADHS

 

nombre de têtes s’établit aux alentours de 50 000. En Haute-Saône, de 1803 à 1892, on dénombre en moyenne 20 000 chevaux… Reproduction mal assurée ? C’est possible, mais il ne faut pas oublier que le nombre d’exploitants a chuté de moitié et que les chevaux font l’objet d’un commerce lucratif : on les vend le plus tôt possible. Et cette activité complique cette étude car on ignore le nombre de chevaux mis au travail et le nombre de chevaux élevés pour être vendus, quand ce ne sont pas les mêmes.

 

Elevage et commerce du cheval

 
 

A partir de 1911, se poursuit alors un croisement continu avec l’ardennais qui, de génération en génération, donnera un cheval d’un format moyen correspondant aux possibilités de la région, de meilleure qualité que celui obtenu avec les juments importées.

Il est difficile de déterminer à partir de quelle époque la Franche- Comté s’est lancée dans le commerce des chevaux. Une certitude :

au XVIII e siècle, l’élevage du cheval occupe une place importante

 

L’étalon ardennais a donc considérablement amélioré le cheptel de trait et, avec une meilleure alimentation, il a élevé, petit à petit, la taille avec l’usage de la poulinière du pays 51 .

parmi les activités agricoles 53 . Il s’agit de vendre de bons chevaux de trait tant pour l’agriculture que pour le roulage et les besoins de

51

- Ibid.

           

52

- Ibid.

           

53

- MOREAU (Cécile), Le commerce du cheval en Franche-Comté au dernier siècle de l’Ancien Régime, dans Mémoires de la Société d’Emulation du Doubs, nouvelle série, n° 44, 2002, p. 1-

20

11.

           
       
             
         

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

 
       

l’armée, et non pas pour la consommation. Depuis le VII e siècle, les papes Grégoire III et Zacharie 1 er ont en effet condamné l’hippophagie. Ce n’est qu’en 1866 qu’une première boucherie chevaline ouvre ses portes à Paris. Eleveurs et maquignons fréquentent alors les nombreuses foires aux chevaux où s’effectuent les tractations et les ventes : Vesoul, Faverney, Jussey, Luxeuil, Mélisey, Lure, Marnay… Les marchands viennent de toutes les régions de France : de l’Auvergne, du Lyonnais, de la Brie, de la Champagne, de la Bourgogne, du Berry, de la Lorraine, de l’Alsace, mais aussi des cantons suisses, Neuchâtel et fribourg… Ce sont ainsi 5 000 chevaux qui quittent chaque année la province 54 . Mais la Haute-Saône n’est pas qu’exportatrice de chevaux, elle en

 
       

importe aussi : « La Suisse lui en fournit le 6 e ; le département du Doubs le tiers et le Haut-Rhin,la moitié.Les importations,année commune,s’élèvent

 
       

à

1 500 individus,presque tous chevaux hongres de 7 à 8 ans.On peut ajouter

 
       

à

cette quantité environ 150 poulains » 55 .Après avoir utilisé ces chevaux

 
 

De s chevaux po ur l’Armée. ADHS, collection privée

   

pendant quelque temps, les paysans les mettent à l’engrais, ainsi que les poulains, avant de les vendre dans les foires. Les guerres révolutionnaires et napoléoniennes ont décimé le cheptel et désorganisé ce commerce. Bien des chevaux ont été réquisitionnés. L’Annuaire de la Haute-saône de 1819 56 , dresse un bilan négatif de cette période : « Le département tirait autrefois de la Suisse et des départements du Haut-Rhin et du Doubs, de jeunes chevaux hongres, des poulains et des bœufs que l’on engraissait pour les vendre ensuite dans les foires.Les années malheureuses qui viennent de s’écouler ont suspendu cette branche importante de commerce qui reprendra,il faut l’espérer,toute son activité les beaux jours de paix ». La perte est sensible sans être catastrophique : on passe de 21 509 chevaux en 1803 à 18 848 en 1815, soit 2 661 têtes de moins…

 

54

- Ibid.

           

55

- ADD, Annuaire de 1815, op. cit., p. 179.

           

56

- ADD, Statistique abrégé du département de la Haute-Saône, 1819, p. 32-33

         

21

         
           
 

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

       
       

Tous les secteurs agricoles haut-saônois n’étaient pas aptes à nourrir les chevaux. Seuls les riches herbages des cantons deVitrey, Jussey, Vauvillers, Amance, Combeaufontaine, Port-sur-Saône et Vesoul pouvaient accueillir les animaux avec profit, et, dans une moindre mesure, les cantons de Scey-sur-Saône, Rioz et Montbozon ainsi que des noyaux dans les cantons de l’arrondissement de Gray 57 .

 

Chevau x à l’abreu voir à Confracou rt. ADHS

   

En 1851, quand les pouvoirs publics incitèrent les éleveurs à s’orienter résolument vers l’élevage des demi-sang anglo- normands destinés à l’artillerie et au train de l’armée, beaucoup d’éleveurs se montrèrent sensibles aux encouragements officiels et s’engagèrent dans la voie indiquée par le Service des Haras et des Remontes. Les chevaux de trait risquant de mal se vendre, ils pensaient avoir trouvé un débouché de remplacement. L’expérience fut désastreuse. Les éleveurs ne tardèrent pas à revenir à l’élevage du cheval de trait, une tendance qui se dessina dès 1868. Ce type d’élevage réussissait mieux et laissait un bénéfice plus grand. Certains éleveurs achetaient des poulains de sept à huit mois et, après élevage, les revendaient à l’âge de quatre ans. « Ces chevaux de gros trait faisaient l’objet d’une exportation assez active dans le Midi. Les foires à chevaux de Port-sur-Saône, Combeaufontaine, Jussey, Luxeuil, Gray,Villersexel étaient d’autant plus fréquentées que le cheval tendait peu à peu à se substituer aux bovins comme train de culture » 58 .

22

57 - FRISSON (Maurice), L’Elevage du cheval de trait en Haute-Saône, op. cit. 58 - CAREL (Henri), La Haute-Saône de 1850 à 1914, op. cit.

       
       
           
       

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

 
 

Une mécanisation nécessaire

             
 

Jusqu’au milieu du XX e siècle, l’agriculture reste dans l’ensemble routinière. Les techniques agricoles n’évoluent que très lentement.

         
 

La grande majorité des paysans reste fidèle à l’assolement triennal,

         

à

la jachère et à leur complément, la vaine pâture. Certes, les

         
 

prairies naturelles progressent : en 1892 : 63 886 ha ; en 1922 : 109 876 ha ; en 1929 : 127 500 ha. Les fils de fer barbelés surgissent transformant en parcs et en pâtures des terres autrefois consacrées

         

à

une médiocre culture des céréales 59 . Les terrains de parcours se restreignent. Pourtant, en 1960, la Chambre d’Agriculture dénonce encore

         
 

l’usage de la vaine pâture : « Il ne suffit pas de vulgariser les meilleures

         
 

techniques agricoles

Il importe que certaines pratiques traditionnelles

         
 

puissent être modifiées. La vaine pâture est un écueil à toute amélioration

Le cheval s ’impos e pou r répondre a u x exigences de la

   
 

Il faut que les municipalités suppriment la vaine pâture » 60 . La loi de

mécanisation. Photo Sygma, Machinisme agricole

   
 

1889 interdit cette pratique, mais laisse au conseil municipal le soin de la maintenir, de la réglementer ou de la supprimer. Se maintiennent donc, chez les petits exploitants, des pratiques archaïques : peu ou pas d’achat au dehors, pas de sélection, pas d’engrais autre que le fumier dont la valeur fertilisante est diminuée par le lessivage des pluies. Longtemps, le paysan préfère la sage lenteur des bovins alors que le pas du cheval, plus rapide, impose de marcher bien plus vite. Longtemps, la notion du temps et de la rentabilité sont étrangers au monde paysan. Pour la plupart des cultivateurs, la préoccupation majeure est de garantir la

subsistance de la famille et d’agrandir la terre qu’ils cultivent en acquérant le lopin convoité. Aussi, les économies réalisées sont- elles affectées à ces objectifs et non à l’amélioration des techniques. Dans une étude réalisée en 1923, on peut lire : « Les cultivateurs veulent faire de tout, chacun continue ses travaux sans rien changer ainsi qu’il l’a vu pratiquer dans sa jeunesse.Tous les vieux procédés subsistent. Les plateaux franc-comtois aujourd’hui nous donnent presque l’idée exacte de ce que pouvaient être la technique et l’économie agricole il y a plusieurs siècles » 60 .

 
 

59 - FRISSON (Maurice), L’Elevage du cheval de trait en Haute-Saône, op. cit. 60 - CAREL (Henri), La Haute-Saône de 1850 à 1914, cité par…, op. cit.

         

23

         
           
 

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

       
 

Dan s les année s 1940-1945, chariot de foin tiré par des u fs .

fait de l’exode rural et de la guerre. La concentration des terres, engagée dès le milieu du XIX e siècle, se poursuit avec une modification des pratiques culturales. La superficie labourée a diminué de plus de moitié en une cinquantaine d’années (1900 : 244 294 ha ; 1950 : 100 000 ha) au profit des surfaces en herbe qui ont plus que doublé (1892 : 66 847 ha ; 1950 : 148 221) comme ont doublé les landes et terres incultes (892 : 26 492 ha ; 1950 : 54 668 63 ). Le nombre des bovins a lui aussi évolué passant de 160 942 têtes en 1892 à 112 000 en 1950 64 , et ce sont avant tout des vaches pour une production laitière avec fabrication de fromage (emmental) ; l’embouche a perdu de son importance, le bœuf aussi. Les surfaces en herbe imposent un nouveau matériel. Les faucheuses mécaniques sont de plus en plus nombreuses. Les

La Seconde Guerre mondiale marquera une régression du cheptel

 

Photo André Blanc

   

faneuses et les râteaux mécaniques se répandent. Même si les

 

Pourtant, et c’est incontestable, entre les deux guerres mondiales, l’agriculture haut-saônoise se modernise. Il ne peut en être autrement. « La guerre a sonné le glas d’une agriculture consommatrice de travail humain.Le recours aux moyens modernes de production,et d’abord aux machines, ne peut être repoussé » 62 . La main d’œuvre manque du

surfaces emblavées sont moindres, la productivité est supérieure et les paysans achètent des javeleuses, puis des moissonneuses-lieuses. Pour tracter ce matériel, il est évident que le cheval affirme de plus en plus sa prééminence. En 1929 on recense 29 241 têtes, un maximum qui ne sera plus jamais atteint alors que le nombre d’agriculteurs a encore diminué 65 .

chevalin, de l’ordre de 20 % 66 . En 1943, on recense 20 026 chevaux 67 .

62

 

63

- DUBY (G.) et WALLON (A.), Histoire de la France rurale, depuis 1914, op. cit., p. 59. - GUFFROY (Lucien), Ingénieur en Chef des Services agricoles, et ses collaborateurs, Ingénieurs du Service, HERBLOT (Jacques) et PESSEAUD (Gaston), L’expérimentation

64

agricole en Haute-Saône en 1950-1951, Ministère de l’agriculture, Direction des Services agricoles de la Haute-Saône,Vesoul, imprimerie Marcel Bon, 1951. - Ibid.

65

- Ibid.

66

- Guyard Valérie, La Diffusion des progrès agricoles dans le département de la Haute-Saône entre 1868 et 1910, mémoire de maîtrise sous la direction de M me Brosselain, année 1997-

 

1998.

           

24

67

- ADHS, Plan d’exploitation de la production animale, statique de 1942

       
       
         
     

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

 
 

Le tracteur

           
 

La guerre terminée, le travail reprend, avec les chevaux. Personne alors ne se doute de la « Révolution » qui se prépare, qui va bousculer un cadre de vie qui semblait immuable. Cette révolution, c’est le tracteur. La mécanisation apparaît jusque là comme l’ultime progrès. « Le problème de la motorisation de l’agriculture n’est pas à l’ordre du jour » 68 . Le cheval est devenu et demeure le seul mode de traction. Rares sont ceux qui croient alors en l’efficacité des tracteurs. Il est vrai que, avant-guerre, des engins motorisés, qui tenaient plus du tank que du tracteur, avaient tenté une timide apparition, mais peu commodes, peu fiables, ils avaient bien vite achevé leur éphémère

Dan s le s années 1950, chariot de foin attelé au cheval.

   
 

carrière à la ferraille. L’agriculture en Haute-Saône, tout comme

Photo Saint-Hillier

       
 

l’agriculture française, en restait donc à la traction animale, considérée alors comme la seule rentable. En 1923, Henri et Joseph Hitier notaient qu’ « avec le prix élevé de l’essence,l’hectare travaillé au tracteur revenait sensiblement plus cher que travaillé par les attelages » 69 . Ils ne niaient pas le rôle pratique du tracteur, mais ils en faisaient un simple « instrument de recours » 70 . En 1936, R. Dumont, ajoutait à propos de la motorisation totale : « Elle ne doit pas être poussée trop loin… il ne faut jamais envisager le remplacement de tous les chevaux par la traction inanimée » 71 .

Pourtant, dès les années 1950-1955, le tracteur s’impose 72 . Le plan Marshall d’aide au relèvement économique de l’Europe

occidentale, ruinée par la guerre, favorise l’évolution. Sa vulgarisation et sa généralisation bouleversent radicalement la civilisation rurale traditionnelle, rompant brutalement avec des millénaires de traction animale.Au départ, le tracteur ne fait que se substituer au cheval. On reste fidèle aux anciennes pratiques culturales. On se contente de bricoler les chariots et les mécaniques d’avant-guerre, on remplace les limonières par des timons. Le tracteur tire le brabant, la faucheuse mécanique, la faneuse, le râteau, la moissonneuse-lieuse…

 

68

       

69

- DUBY (G.) et WALLON (A.), Histoire de la France rurale, depuis 1914, op. cit., p. 61. - HITIER (H. et J.), Les problèmes actuels de l’agriculture, Payot, 1923, p. 89-90.

     

70

- Ibid.

     

71

- DUMONT (R.), Misère ou prospérité paysanne, Fustier, 1936, p. 148.

     

72

- CLADE (Jean-Louis), LaVie des paysans franc-comtois dans les années 1950, éd. Cabédita, 2000 (nouvelle édition).

   

25

         
             
 

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

         
         

Mais rapidement les possesseurs de tracteur acquièrent le matériel propre à l’engin : charrue et faucheuse portées notamment. Dans un second temps, une nouvelle phase de mécanisation, adaptée au tracteur, se développe et l’on voit apparaître râteau-fane, presse à fourrage, moissonneuse-batteuse tractée 73 … La statistique agricole de 1969, pour la Haute-Saône, suffit à donner la mesure de l’évolution sachant qu’avant la guerre, la plupart de ces machines- là n’existaient pas : 1600 tracteurs à essence, 7 000 tracteurs diesel, 1 200 faucheuses portées, 1 000 moissonneuses-lieuses, 200 moissonneuses-batteuses tractées, 900 moissonneuses auto- motrices, 3 200 presses-ramasseuses 74 … En une dizaine d’années, les paysans passent de la moissonneuse-lieuse tractée par des chevaux à la moissonneuse-batteuse auto-tractée, de la simple fourche à la presse à fourrage 75 . Une mutation sans précédent !

       

Et les chevaux ? Leur nombre lui aussi permet de mesurer l’évolution : en 1968, ne restent que 1 200 juments poulinières, 2 000 chevaux de trait et 200 mulets 76 . Certains paysans conservèrent encore un cheval pendant quelques années pour les menus travaux ou des travaux particuliers comme, par exemple, la plantation, le buttage et l’arrachage des pommes de terre, ou l’entretien d’une vigne, le temps qu’une machine spécifique ne s’impose ou que disparaissent les dernières vignes 77 .

       

76

 
 

Un tracteur « Renault » et s a fau che us e portée.

     

- ADHS, Statistique agricole, 1969, op. cit. Nous n’avons par relevé le nombre de mules et de mulets dans les statistiques du XIX e siècle, leur nombre étant dérisoire (14 en 1803). La mécanisation, dans la première moitié du XX e siècle, qui imposait un animal de trait plus rapide, a-t-elle favorisé l’emploi des mulets

 

Photo J. Poulain

     

d’un entretien plus facile et moins coûteux que le cheval ?

26

     

77

- CLADE, La vie des paysans…, op. cit.

       
         
     

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

 
 

Rencontre entre deu x génération s : l’ancien et le cheval, l’enfant et le tracte u r.

territoire communal. On parla alors de remembrement en dépit de la réticence ou de la résistance des anciens 78 . La ferme, outil de travail, elle aussi se transforme. Pour abriter le nouveau matériel, il faut de la place. Or, la motorisation amplifie l’exode rural qui libère des fermes. « De 1945 à 1970, le nombre des fermes comtoises a diminué de 50% ; depuis 1970, deux ou trois exploitations ont disparu tous les jours 79 ». Ces bâtiments délaissés sont loués ou achetés par les paysans qui restent. Puis, bientôt, on construit des hangars hors du village, plus fonctionnels. Le tracteur a en effet accéléré l’exode rural, chassant ceux qui ne pouvaient pas l’acquérir, parce qu’ils étaient incapables de s’adapter ou parce qu’ils manquaient de moyens financiers ; l’engin coûtait cher. Comment le rentabiliser quand on n’exploitait qu’une trentaine d’hectares, en moyenne ? La thésaurisation ne suffit plus à répondre aux besoins financiers

 
 

Photo L . Bouchard

 

créés par la mécanisation et la motorisation. Le paysan est contraint d’agrandir son exploitation pour amortir un matériel coûteux qui, par ailleurs, s’use vite. Conséquence de l’exode, la terre abonde :

 
 

Mais la motorisation ne se contente pas seulement de transformer le matériel. Elle engendre des mutations plus profondes. D’abord l’abandon des anciennes pratiques culturales : c’en est fini de l’assolement triennal, du moins de ce qu’il en restait, et le paysan songe à regrouper les terres de son exploitation afin d’utiliser au mieux son nouveau matériel, de le rentabiliser aussi. La mécanisation et la motorisation ne pouvaient s’accommoder de la multitude de parcelles, souvent exiguës, dispersées sur tout le

il faut louer ou acheter. En 1980, n’importe quel agriculteur en Haute-Saône dispose au moins de 80 hectares, en moyenne. L’époque où la patiente épargne permettait d’acheter le lopin tant convoité est bien révolue. La banque prend alors dans la vie rurale une importance capitale. Elle encaisse la «paie de lait» et le montant des ventes des céréales, mais accorde en revanche les prêts dont l’agriculteur a besoin. Il y perd incontestablement son indépendance, mais a-t-il le choix ?

 

78

       

79

- Ibid. - BOICHARD (Jean) (sous la direction de Roland FIETIER), Histoire de la Franche-Comté, éd. Privat, 1980, p. 465.

   

27

         
         
 

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

       
     

Jusqu’au milieu du XX e siècle, le père transmettait au fils ses façons culturales dont il avait lui-même hérité de ses pères. A partir des années 1950, les jeunes ruraux fréquentent de plus en plus les écoles d’agriculture qui les initient à d’autres procédés où la machine tient une place prépondérante. L’école leur inculque les notions de rendement, d’amortissement, de gestion. Depuis le remembrement, certains agriculteurs tournent même résolument le dos à l’ancestrale polyculture pour s’orienter vers une monoculture céréalière. Deux générations s’opposèrent alors, et le temps et la nécessité ne pouvaient que servir la seconde.

 

Un « Farmall » à ess ence équ ipée… d’un a u toradio :

Enfin, au tracteur s’ajoute l’automobile qui rapproche citadins et ruraux. La télévision apporte une détente tout en ouvrant d’autres perspectives sur le monde. Le confort entre à la ferme. Le paysan accède à la société de consommation ; le mot « loisir » entre dans son vocabulaire avec le cheval… comme animal de compagnie !

u

ne in s tallation arti sanale qu i préfigure l’avenir.

       
 

Cliché Ch. Perrey

         

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Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

 
 

Conclusion

   

Sources manuscrites

     
 

Il apparaît que définir précisément la place du cheval dans l’agriculture haut-saônoise au cours des deux siècles considérés est

Demeure un fait incontestable, le cheval s’impose entre les deux

ADD, CIC 1196, ordonnance de l’intendant deVanolles du 15 mars 1737, art XVI. ADD, CIC 1215, Mémoire sur les haras de Franche-Comté.

 
 

impossible. Les documents ne sont pas assez précis. Cependant, sans grand risque d’erreur, en considérant les cadres dans lesquels s’inscrivent les activités agricoles, on peut affirmer que le cheval est

Sources imprimées

     
 

peu présent comme animal de trait avant la Première Guerre mondiale, mais que son usage progresse lentement. Les données globales corroborent cette affirmation. D’ailleurs cette situation n’est pas propre à la seule Haute-Saône, d’autres régions de France connaissent la même évolution à des rythmes différents. L’élevage, pour le commerce, constitue un phénomène intéressant, mais qui n’a là encore rien d’original. De nombreux secteurs en France pratiquaient l’élevage du cheval.

guerres parce qu’il convient mieux au matériel agricole nouveau qui envahit les campagnes. Seul le tracteur le contraindra à se retirer, tournant une page fondamentale de l’histoire de l’agriculture : la fin de la traction animale.

ADD (Archives départementales du Doubs) Annuaire et statistique de la Haute-Saône, 1803 Annuaire statistique et historique du département de la Haute- Saône, 1815. Statistique abrégé du département de la Haute-Saône, 1819 Annuaire historique et statistique de département de la Haute- Saône, 1825. Annuaire publié pour 1832 et 1833 par la Société centrale d’Agriculture du département de la Haute-Saône, juillet 1832. ADHS (Archives départementales de la Haute-Saône) Plan d’exploitation de la production animale, statique de 1942. Statistique agricole, 1969, résultats de 1968.

 
               

29

         
         

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siècle

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Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV -XX

e

e

LE CHEVAL ET LA MINE : UNE LONGUE COMPLICITÉ

 
 

Par Denis Morin, UMR CNRS 5608

             
 

Autrefois, certains chevaux travaillaient dans les champs, alors que d’autres tiraient les wagonnets au fond des mines ou encore

 
 

étaient employés à l’enrichissement du minerai.

           
               

31

           
           
 

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

       
 

Au jour et au fond, le travail à la mine.

           
 

Des centaines de chevaux ont travaillé dans les mines, comme les hommes, pour tracter des trains de berlines de minerai dans les galeries. Dès le XVI e siècle, le cheval est présent en surface. C’est lui qui emmène le minerai jusqu’aux forges. Au milieu du XVIII e siècle, il descend pour la première fois dans la mine. Avant lui, c’étaient les hommes (appelés les herscheurs) qui poussaient les wagons ou chiens de mines sur les voies de roulages en bois.

Cette substitution intervient au moment où les galeries s’élargissent grâce à l’introduction de la poudre. Les voies de circulation sont moins étroites et plus longues. L’accroissement des concessions, la recherche d’un rendement sans cesse plus important expliquent en partie le recours quasi généralisé à cette nouvelle forme d’énergie. Le cheval de mine a fait l’objet de témoignages qui illustrent la

32

La Rou ge Myne de S ainct Nicola s Folio du manuscrit d’Heinrich Gross (1530). Mine urs po uss ant des chariots o u chiens de mine.

pénibilité des tâches au fond mais sont aussi associés aux multiples innovations dont les exploitations se dotent notamment à la fin de l’époque médiévale et au début de la Renaissance. Les œuvres d’art en rapport avec la mine sont rares, elles proviennent essentiellement de la province minière germanique où se trouvent les Monts métallifères. Parmi cette iconographie, le cheval occupe une place relativement discrète. Son utilisation est cependant attestée pour l’extraction et en particulier le pompage de l’eau accumulée ou exhaure. La première préoccupation des mineurs de la Renaissance était en effet de foncer des puits et des galeries au-delà d’une certaine profondeur pour poursuivre l’exploitation des filons et ainsi accroître leur production. Pour évacuer en permanence les eaux d’infiltration et empêcher l’inondation des travaux, les ingénieurs mirent au point des machines complexes mues par l’énergie hydraulique mais aussi par la force animale.

       
         
     

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

     

Parmi les premières représentations du cheval dans les mines, le graduel de Kutna Hora (Bibliothèque Nationale de Vienne, 1490) peint par Maître Mathis montre en trois registres superposés un écorché du monde de la mine et des scènes multiples de travaux liés à la préparation et au traitement du minerai à la surface.

         

Manège à cheva u x (p u it s d’extraction à engrenage s ). Su r cette grav u re ill us trant u ne carte de répartition des mines et carrière s , u n baritel o u Warg ue fonctionne au moyen d’ u n manège à cheva u x. Le reto ur d’angle s e fait ici comme su r les miniatu res de Ku tna- Hora par u n engrenage à lanterne. ANF

 
     

Grad u el de Ku tna-Hora (1490) Vu e générale de l’œu vre. Österreichische National Bibliothek, Wien)

   
           

33

       
           
 

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

       
 

Un système d’exhaure au jour est actionné par un manège de chevaux couvert par une construction de bois. Information majeure pour l’histoire des techniques minières, cette illustration est l’une des toutes premières images d’un chevalement qui atteste de l’utilisation de l’énergie animale dans la mine. Cette tour qui abrite le manège et les molettes est au cœur du système technique de l’exploitation. C’est l’endroit stratégique où l’eau de la mine est remontée en permanence. C’est aussi l’emplacement où s’effectuaient les manœuvres d’extraction des hommes et du matériel.

       

34

Manège ou Warg u e. Tableau de Pa ul S andby (1786), National Museum of Wales. Il s’agit d’u n tre u il manœuvré par u n o u pl us ie u rs chevaux à partir d’ u n manège. Le câble s ’enro u le su r u n tambour. Le reto u r d’angle s ’effectu e par des po u lie s .

Grad u el de Ku tna-Hora (1490) Vu e générale de l’œu vre. Österreichische National Bibliothek, Wien) Détail du manège d’exha u re. Ce manège a ss ocié à u ne to u r en boi s con s tit u e la première repré s entation conn u e de l’énergie animale dan s la mine. Il s ’agit également de l’ancêtre du chevalement de mine.

 
       
           
       

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

 
     

La peinture sur bois de Saint Anne, la vierge et l’enfant de l’église de Roznava (Slovaquie) réalisée en 1513 dépeint un paysage minier à l’arrière plan d’une scène religieuse. Au sommet d’une montagne, le peintre a représenté plusieurs scènes minières : quatre chevaux actionnent un tambour à corde relié à un puits par l’intermédiaire d’une poulie. C’est en fait l’ancêtre du baritel ou wargue qui équipera nombre de mines en Europe jusqu’au milieu du

 
     

XIX

e siècle.

       
     

Ces machines à molette équipent encore de nombreux puits jusqu’au début du XX e siècle. C’est un système destiné à l’extraction du minerai ou de l’eau d’exhaure. Un manège de chevaux sert de moteur à un tambour autour duquel une corde de

 
     

chanvre s’enroule dans un sens tout en se déroulant dans l’autre.

 
     

Les

deux extrémités du câble passent par des molettes de bois à

 
     

partir desquelles elles plongent dans le puits à la verticale. Ce mécanisme assure en permanence le va et vient du fond jusqu’à la surface des tonneaux de minerais appelés aussi bennes ou cuffats.

 
     

Un

attelage traîne une carriole chargée de minerai qui descend de

 
     

la montagne, rejoignant la fonderie. En revanche, le transport souterrain s’effectue manuellement comme le montre à droite de la peinture la représentation d’un chien de mine poussé par un mineur sur une voie de roulage en bois. Le paysage minier est en position secondaire mais apparaît ici beaucoup plus réaliste qu’à

 
     

Kutna Hora.

       

S

ainte Anne. Vierge à l’enfant. (1513) Museum de Roznava.

             

s

Ce tableau montre à l’arrière-plan un pay s age minier avec à s on ommet u n p uit s aménagé avec u n manège à chevau x ou warg u e. Dan s

         
 

la montagne on aperçoit u n mine ur pouss ant un chien de mine et pl us ie u rs charroi s de s cendant de la montagne lou rdement chargés . À gau che s e tro u ve la fonderie.

         
               

35

         
         
 

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

       
 

Au XVI e siècle, les pièces de monnaie sont en or ou en argent. Ces métaux précieux, indispensables au développement économique et au commerce sont rares. Il est donc très intéressant pour le Duc Antoine de Lorraine de posséder des mines. L’une d’elles, située dans les Vosges à la Croix aux Mines, lui appartient. Vers 1530, Heinrich Gross, peintre alsacien décrit cette exploitation. Les images qui se succèdent comme une série de plans fixes constituent un recueil de dessins à la plume à l’encre noire et rehaussés à l’aquarelle, petit livre qu’Heinrich Gross réalisa pour le Duc de Lorraine. Ce manuscrit est conservé à l’Ecole des Beaux Arts de Paris (Inventaire E.B.A. n°M 11). Il comporte 25 feuillets, dessinés recto verso. À l’exception du premier dessin, dont la moitié droite manque, les dessins sont continus d’un feuillet à l’autre. Dans cette véritable bande dessinée, les chevaux sont pratiquement tous voués aux transports des matériaux hors de la mine. Certains sont employés au transport du minerai, tandis que d’autres effectuent l’acheminement des matériaux qui seront utilisés pour la fonderie. Des barres de fer sont ainsi amenées sur un gros chariot tiré par trois chevaux, pesées et déposées dans la maison des mineurs, au village.

     
 

Elles serviront au forgeron qui fabrique et répare les outils des mineurs. Les acheteurs font ensuite charger leur minerai : soit dans des chariots, soit dans des sacs portés par paire à dos de cheval jusqu’aux forges où l’on traite le minerai pour en extraire le métal.

     
   

La Rou ge Myne de S ainct Nicola s Folio du manuscrit d’Heinrich Gross (1530). « L'amenaige et livraige du fer en la maison ». Les barre s de fer trans portées su r u n chariot s ont livrées à la forge.

     

36

             
         
           
       

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

 
           

Planche tirée du « De Re Metallica » de G. Agricola

 
           

(1556).

   
           

Cette planche montre le fonctionnement d’ u ne machinerie d’exha u re. La partie su périeu re au jou r actionne u ne noria in s tallée dan s la mine à partir d’ u n s y s tème d’engrenage s .

 
 

La Rou ge Myne de S ainct Nicola s

             
 

Folio du manuscrit d’Heinrich Gross (1530).

             

A

ga u che : « les chareurs de myne ». Lo urdement chargés de minerai s ,

         

le

s chariot s empruntent le s s entiers de montagne po u r s e rendre à la

         
 

fonderie.

             

A

droite :« L'amenaige du charbon pour la forge et le livraige d'icelluy ».

         
 

Le charbon de bois , combus tible indi s pen s able pou r les opérations de f us ion et de coupellation, s ont tran s portés par des chariots tirés par des chevaux.

Dans l’ouvrage magistral d’Agricola sur les techniques minières et

 
 

Le charbon de bois quant à lui est transporté au village pour être livré aux fondeurs dans des chariots en osier tressé. Il est déchargé à l’aide de grands paniers plats ou rasses qui servent de mesure et sont comptés à l’entrée de la maison.

métallurgiques, De Re Metallica, l’auteur suggère plutôt qu’il ne représente, le rôle des animaux comme énergie dans les machineries de mines. Le cheval est néanmoins présent pour illustrer les différentes énergies utilisées dans l’extraction. Une planche montre le fonctionnement d’un manège d’exhaure et les systèmes d’engrenages qui l’accompagnent.

 
               

37

         
           
 

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

       
 

Les salines ne font pas exception dans l’utilisation du cheval pour remonter les eaux chargées de sel ou muire. A Montbéliard, Heinrich Schickhardt, architecte ingénieur de Frédéric de Würtemberg, étudie les systèmes d’élévation des eaux douces et salées du puits à muire de Salins. La machinerie qu’il dessine avec un soin tout particulier, composée d’une noria et d’une roue à auget, est actionnée par deux chevaux. Dans les mines de sel de Wieliczka, en Pologne, les chevaux sont utilisés dans la mine en 1780 pour l’extraction (exhaure essentiellement) et le traînage du sel au fond à l’aide de bennes à patins.

     
 

Machinerie d’exha u re actionnée par de s chevau x. De ss in de l’ingénieu r H. Schickhardt. Élévation de s ea u x dou ce s et

     
 

s

alée s d u p u it s à muire de S alins (1593).

     

38

 

Hauptstaatsarchiv Stuttgart : N 220, T 59

     
         
           
       

Compagnons de labeur : homme et cheval au travail, XV e -XX e siècle

 
 

Manège s et cheva u x a u travail dan s la mine de s el de Wieliczka (1780).

Mine Wallonne. La ho u illère. Tablea u de Léonard Defrance(XVIII e s .).

   
 

Bergakademic Freiberg Bibliothek.

   

Musée de l’art Wallon , Liège.

   
 

Su r cette grav u re les chevau x s ont très nombreu x dans la mine. Il s de s cendent par u n s y s tème de de s cenderie. Certains s ont employé s

Le cheval à l’arrière-plan participe à la remontée des câbles .

   

a

u tran s port du s el par traînage tandi s q ue d’autre s actionnent une machinerie d’extraction au moyen d’ u n manège.

         
 

Le

chariot de mine préfigure l’avènement du chemin de fer dans les

Dans les mines de lignite de Corcelles-sur-Saulnot en Haute-Saône

 
 

mines de houille.

   

un manège à un cheval est mentionné en 1848 pour l’exhaure.Avec

 

A

la fin du XVIII e s. et au début du XIX e siècle, le cheval se

l’aide d’un manège à cheval, l’épuisement s’effectuait au moyen de

 
 

généralise dans les mines.

   

bennes. A cette époque, on enlevait environ 40 à 50 hectolitres par

 
 

Certaines houillères anglaises possèdent jusqu’à 300 chevaux. Dans

24 heures. En hiver le débit augmentait, il était de 160 à 180 hectolitres par 24 heures (PV de visite de l’Ingénieur des Mines en

 
 

de

nombreux cas, les exploitations ont recours à de petits poneys

date du 15 octobre 1848 – ADHS 295 S5).

 
 

pit poneys ne dépassant pas 0,90 m au garrot. Leurs écuries sont construites à proximité des puits, là où l’aérage est constant.

ou

         
               

39

         
           
 

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