Calais, le 15 octobre 2016

Madame la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté,

La Cabane Juridique/ Legal Shelter, seule permanence d’accès aux droits au sein du bidonville
de Calais, Le réveil voyageur et Calais Migrant Solidarity sont trois associations dédiées, entre autre, à
l’accompagnement des victimes de violences policières et civiles. Nous avons déjà maintes fois saisi
le Défenseur des droits au cours de ces dernières années au sujet de la situation des exilés.
Alors que le gouvernement s’applique à présenter le démantèlement du bidonville comme une
opération humanitaire, nous souhaitons attirer votre attention sur le Centre de rétention administrative
de Coquelles (62).
En effet, nous avons été alertés par la livraison de vingt lits supplémentaires, ce qui porte le nombre de
places du CRA à 99 personnes alors que celui-ci n’est habilité que pour un maximum de 79 personnes.
Par ailleurs, le syndicat UNSA-Police a récemment rendu public un objectif de « 80 privations de
liberté par jour » dans l’agglomération de Calais. Information corroborée par les vagues d’arrestations
sur réquisition aux abords du camp. Cela nous laisse craindre une situation de surpopulation qui
engendrerait un non-respect de l’intimité des retenus, ainsi qu’une dégradation générale des conditions
de rétention et de graves manquements aux droits.
A cet égard, nous voulons aussi souligner les témoignages récurrents mettant en doute la neutralité des
interprètes, mis au service des exilés lors des auditions. De nombreuses personnes se présentent
chaque semaine à la permanence de La Cabane juridique pour se faire expliquer les documents qui
leur ont été remis à leur sortie. L’immense majorité d’entre elles a reçu des informations erronées de la
part des interprètes, voire des pressions à signer contre la promesse d’être libéré plus rapidement. Par
conséquent, nombre d’exilés se voient signifier une OQTF sans en comprendre les implications ni en
connaître les délais de contestation très courts.

De plus, nous avons été témoins à de nombreuses reprises d'irrégularités, voire de refus, des visites
aux personnes retenues. En effet, il est fréquent que les fonctionnaires de police n'ouvrent pas le
portail aux visiteurs, ou encore que la visite ait lieu dans la salle d'attente en présence de policiers. Il
arrive aussi que les policiers ne respectent pas les trente minutes de visite réglementaires et écourtent
l’entrevue des retenus avec leurs proches.
Enfin, à l’approche de l’expulsion, nous vous faisons part de notre vive inquiétude quant au placement
direct de personnes exilées dans des CRA très éloignés de Calais, tel qu’à Lesquin (Lille) ou MesnilAmelot, afin de les dissuader de revenir sur le littoral. Mettant ainsi en péril le contact avec leurs
proches et plaçant des personnes déjà déracinées en situation de grand isolement, loin de leur
communauté et du tissu associatif susceptibles de les soutenir et de les informer. Nous constatons une
amplification dramatique de ces pratiques dans le contexte actuel.
En vous remerciant par avance de l’attention que vous voudrez bien porter à notre requête, dont le
caractère est particulièrement urgent compte tenu du calendrier annoncé par les autorités, nous vous
prions, Madame la Contrôleure général, d’agréer l’expression de nos salutations respectueuses.

La Cabane juridique/ Legal Shelter, Le réveil voyageur et Calais Migrant Solidarity