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Du régime de dhimma à un seul État démocratique en Israël/Palestine

par le Dr Sami Aldeeb, président de l’Association pour un seul État démocratique en


Palestine/Israël.
Traduit de l’anglais par Fausto Giudice

www.sami-aldeeb.com
saldeeb@bluewin.ch

La communauté internationale voit la solution des deux États comme la seule possible au conflit entre
Palestiniens et Israéliens. L’argument principal des Israéliens est que leur État doit être constitué par une
claire majorité juive. Ce fut de fait la raison de l’expulsion des non-Juifs après la création de l’État d’Israël.
Avec une majorité de Musulmans, les Juifs seraient de nouveau sous le régime de la dhimma, qui est en
vigueur depuis le septième siècle dans les pays musulmans. Ce régime implique un statut discriminatoire
pour les non-Musulmans.
Il faut remarquer ici que le régime islamique de la dhimma est aujourd’hui pratiqué par les Juifs à l’encontre
des non-Juifs en Israël même. Par ailleurs, le pays dans lequel Israël a été créé n’a jamais, à aucun moment,
appartenu aux seuls Juifs. De plus personne ne peut trouver des arguments pour convaincre que le Russe
Sharon, le Polonais Peres ou le Marocain David Levi ont le droit de venir en Palestine, mais pas les réfugiés
palestiniens qui vivent à quelques kilomètres de leurs terres et villages. Certains diront qu’Israël a intégré de
nombreux Juifs des pays arabes, contrairement aux pays arabes qui ont maintenu les réfugiés palestiniens
dans des camps misérables au lieu de les intégrer. Le problème avec cet argument, c’est que les Palestiniens
n’ont jamais accepté d’être échangés avec des Juifs et qu’ils n’ont jamais dénié le droit pour les Juifs
originaires des pays arabes de retourner dans leur pays d’origine. Nous pouvons aussi remarquer que dans les
territoires occupés par Israël, il y a actuellement 27 camps de réfugiés et qu’Israël n’a rien fait pour les
intégrer.

Les arguments suivants peuvent être présentés en faveur de la solution d’un seul État.

Le premier est d’ordre sentimental: les Juifs comme les Palestiniens considèrent tous Israël/Palestine comme
leur patrie. Diviser le pays signifie priver les Juifs et les Palestiniens d’une partie de leur pays chéri. Tous
deux se sentiront frustrés. En maintenant le pays uni, chacun pourrait vivre et voyager où bon lui semble,
sans frontières. Il aura le sentiment que tout le pays est son pays. Aujourd’hui, les Palestiniens semblent
accepter la solution des deux États mais ils considèrent une telle solution comme provisoire, et d’une certaine
manière, ils n’ont jamais accepté de renoncer au droit au retour pour les réfugiés palestiniens.

Le second argument est celui de l’interdépendance économique: les Israéliens ont toujours eu recours aux
travailleurs palestiniens depuis 1967. Quand ils ont essayé de punir les Palestiniens en leur refusant le droit
de travailler en Israël, ils ont été obligés d’aller chercher des travailleurs en Asie et en Europe de l’Est.
Même aujourd’hui, Sharon utilise des travailleurs palestiniens pour construire son mur. D’autre part, les
Palestiniens ont peu de possibilités économiques dans les zones surpeuplées de Cisjordanie et de Gaza,
surtout après la destruction de l’infrastructure économique par Israël, la confiscation d’une grande partie de
leurs terres et l’arrachage de milliers de leurs arbres fruitiers. La misère a toujours été un terreau fertile pour
l’extrémisme. Vous ne pouvez pas dormir en paix lorsque votre voisin hurle de faim, surtout si vous êtes en
train de dormir dans sa maison et sur sa terre.

Le troisième argument est le mélange de populations. À l’intérieur d’Israël même, 20% des habitants sont
des Arabes. D’autre part, il y a les colonies juives en Cisjordanie et à Gaza. Il y a aussi à l’intérieur d’Israël
un grand nombre de nouveaux immigrants non-juifs venus de l’ex-Union soviétique. Tôt ou tard, les Juifs
deviendront une minorité en Israël/Palestine. Et s’il faut donner à chaque minorité dans la région le droit
d’établir son propre État et d’y être majoritaire, alors il faut le donner aussi aux Arabes et aux Druzes à
l’intérieur d’Israël ainsi qu’aux Samaritains et aux Chrétiens. Cela signifierait finalement que l’on aurait non
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pas deux mais cinq ou six États dans un petit pays. À moins que ces États ne pratiquent la purification
ethnique ou religieuse à l’intérieur de leurs frontières, ils auront à faire à des minorités discriminées. C’est le
résultat inévitable de tout État religieux. C’est clairement démontré par le projet de Constitution
palestinienne qui affirme que l’Islam est la religion officielle de l’État. Cela signifie que les non-Musulmans
seront considérés comme des citoyens de deuxième classe.

Ces raisons militent, parmi beaucoup d’autres, en faveur de la solution d’un seul État. Pour éviter qu’une
majorité de Musulmans retourne au régime islamique de la dhimma et discrimine les non-Musulmans, il est
important que l’État rejette la discrimination fondée sur la religion. Une solution dans laquelle diverses
communautés coexistent avec leurs propres lois et juridictions comme au Liban ou en Jordanie n’est pas non
plus acceptable car l’existence d’une majorité et d’une minorité entraîne nécessairement des discriminations.
Une telle solution dégénèrerait en frictions et conflits internes. Par ailleurs, l’État doit rejeter la
discrimination à l’encontre des femmes. La discrimination sexuelle dans le système légal islamique et juif
fait partie des normes religieuses. Le maintien de lois et de tribunaux religieux perpétuerait de telles
discriminations.

Bien que l’idée de la solution d’un seul État ait été présentée par divers groupes, l’Association pour un seul
État démocratique en Palestine / Israël, récemment créée en Suisse, est probablement le premier groupe à
formuler un cadre légal clair pour affronter le problème religieux de la relation minorité-majorité. Les
principes suivants sont considérés comme essentiels par l’association pour régir la création d’un seul État en
Palestine / Israël.:

1) Les réfugiés palestiniens ont droit au retour et aux compensations conformément aux résolutions des
Nations Unies. Une solution équitable doit être adoptée pour les personnes vivant sur les terres et dans
les maisons des réfugiés palestiniens et pour celles vivant dans les colonies créées après 1967. Tous les
prisonniers politiques et prisonniers de guerre doivent être libérés. Des commissions de réconciliation
doivent être créées afin de soigner et indemniser les victimes des deux côtés. Un fonds national doit
être créé à cette fin. Les citoyens du nouvel État ont le droit de choisir librement le lieu de leur
résidence à l’intérieur de ses frontières, et celui de s’installer sur leur propre propriété. Une loi
respectant le principe de non-discrimination doit réglementer la citoyenneté et l’immigration.
2) L'État doit avoir un parlement et un gouvernement unifiés et démocratiquement élus. Les partis
politiques doivent respecter le principe de non-discrimination dans leurs programmes et à l’égard des
membres. L'État doit avoir une armée unifiée et une force de police unifiée. Les citoyens décident
d’une constitution démocratique unifiée respectant le principe de non-discrimination, du nom du pays,
de son hymne et de son drapeau.
3) Les systèmes judiciaire et légal doivent être unifiés et basés sur le principe de la séparation de la
religion et de l'État. Ceci implique l’abolition de tous les tribunaux religieux et de toutes les lois
religieuses (en particulier dans le domaine du droit de la famille), la création de tribunaux civils,
l’adoption d’un droit de la famille respectant le principe de non-discrimination, la création d’un registre
civil et l’instauration du mariage civil obligatoire avec la possibilité d’une cérémonie religieuse après
celui-ci.
4) L'État doit respecter le droit à la vie et à l’intégrité physique. La peine de mort et la torture doivent être
abolies. Aucune violation de l’intégrité physique ne peut être permise, à moins qu’une raison médicale
effective ne l’exige et que la personne concernée, ou son représentant légal, ne donne son
consentement. L'État doit aussi respecter le droit à la liberté de religion, y compris le droit de changer
de religion.
5) L'État doit établir un système éducatif intégrant tous ses citoyens. Ceci implique la création d’écoles
primaires, secondaires et supérieures publiques et unifiées et de programmes respectant le principe de
non-discrimination, avec la possibilité de créer des écoles privées à condition qu’elles respectent le
principe de non-discrimination. L’arabe et l’hébreu sont les langues nationales officielles. Les principes
pour la solution pacifique des conflits doivent être promus.
6) L'État doit créer un système social et économique basé sur l’égalité des droits, intégrant tous ses
citoyens et respectant le principe de non-discrimination.

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7) L'État doit prendre des mesures d'intégration dans le but de contribuer à la réconciliation entre les
différentes communautés. Ces mesures incluent la création de cimetières publics unifiés, où chacun
peut être enterré, avec la possibilité de cérémonies religieuses privées, et l’ouverture des cimetières
religieux actuels à toute personne, quelle que soit sa religion, conformément au principe de non-
discrimination.

Officiellement créée le 15 avril 2003 par des juifs, des chrétiens, des musulmans et d’autres, l’Association
pour un seul État démocratique en Palestine/Israël a actuellement 186 membres vivant en Palestine/Israël ou
à l’extérieur. Chaque jour, de nouvelles adhésions ont lieu. Toute personne qui accepte sans réserve les
statuts peut devenir membre.

Sami Aldeeb, dr en droit


Président
Association pour un seul état démocratique en Palestine/Israël
http://www.one-democratic-state.org
site privé: www.sami-aldeeb.com
saldeeb@bluewin.ch