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L'influence des radios et des télévisions sur la vie

La radio, dans les zones rurales, la télévision, dans les centres urbains, sont de très
loin les principales sources d'information et de culture de la majorité des hommes et des
femmes à la surface du globe : les plus accessibles, même aux illettrés, les plus proches,
les plus baignées dans la vie quotidienne des citoyens et dans l'identité de chaque pays.
Pour le professeur polonais Karol Jakubowicz, qui analyse la situation de l'Europe
orientale, " la radiodiffusion est le moyen le plus universel et le plus efficace d'impliquer
chaque citoyen dans un cadre de références partagées ", déterminantes pour le
développement et le bon fonctionnement de la démocratie, comme pour la sauvegarde
des cultures nationales et régionales.
Vus de Suisse, de tels propos sonnent creux. Au-delà de " Loft Story " et du
montant de la redevance, les médias électroniques ne sont pas au cœur du débat politique
et social helvétique. Les conditions de la vie démocratique sont chez nous remplies au
point que nous n'y prenons plus garde : sources d'information multiples et crédibles, bienêtre économique partagé, vie associative intense, omniprésence d'une société civile
organisée, multiplicité des contre-pouvoirs, pratique de la démocratie directe, tradition de
respect des minorités, de pluralisme linguistique, culturel, religieux.
La plupart des pays se situent à l'opposé de ce tableau : insuffisance qualitative et
quantitative des sources d'information, riche minorité vivant dans des conditions sans
commune mesure avec celles d'une majorité souvent privée de l'essentiel, réseau familial
et appartenance religieuse seuls facteurs de vie associative et de société civile, absence de
contre-pouvoirs et de tradition démocratique, méfiance vis-à-vis des minorités, conflits
linguistiques, religieux, culturels exacerbés…
Dans leur grande majorité, les radio-télévisions sont aujourd'hui entre les mains
d'états qui en ont fait des instruments de propagande dépourvus de crédibilité, incapables
de fournir à l'auditeur-téléspectateur les éléments d'une appréciation objective de la
réalité proche et lointaine du monde dans lequel il vit. Qu'on se souvienne, il n'y a pas si
longtemps, de la télévision de Gaulle chez nos voisins français ou des manifestations de
défiance au journal télévisé organisées en Europe orientale… Ces situations se répètent
aujourd'hui un peu partout dans le monde.
Une information impartiale fournie à tous les citoyens, dans la culture et dans la
langue de ses destinataires, est pourtant une condition sine qua non de la transition vers la
démocratie ; très difficile à remplir, elle demeure incontournable.
Il faut se méfier comme la peste d'une mystique démocratique qui voit la vérité
sortir de l'urne dans n'importe quelle circonstance. Nulle sagesse innée, instinctive,
n'impose sa voix quand l'information fait défaut.
Comme le confie un combattant palestinien à la journaliste israelienne Amira
Hass, " l'homme démocratique n'est pas démocratique dans sa société seulement, mais
aussi dans ses rapports avec ceux qui sont différents, même si ce sont ses ennemis. "
Au déficit reconnu des radio-télévisions d'état en cette matière, deux solutions
sont le plus souvent mises en avant : les stations commerciales et l'internet.

Ni l'une. déterminante à maints égards. ne garantissent ni leur autonomie. souvent aussi avec le pouvoir politique. Elles sont une composante nécessaire du paysage audiovisuel. Mais leurs liens avec les puissances économiques. même les plus pauvres ou les plus reculées… . ne saurait être leur préoccupation principale. ni leur souci de répondre aux besoins et aux attentes de la société où elles opèrent. La représentation des minorités. pas plus que l'universalité d'accès à toutes les couches de la population. Les radio-télévisions commerciales apportent une pluralité des sources qui oblige l'information officielle à moins négliger les faits. leurs dépendance de plus en plus répandue vis-à-vis de grands groupes multinationaux. ni l'autre ne seront suffisantes.