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Centre pour la liberté de la presse et de la culture

Beyrouth, le 17 mars 2010

Communiqué de presse

Les Femmes en Syrie… entre condamnation et détention

Maya Ahmad
Damas – Skeyes

Tal Al Moulouhi ne savait pas que quelques mots publiés sur son blog en
ligne seraient à l’origine de sa détention à la prison de la Sûreté de l’Etat à
Alep, et que les livres et les synthèses qu’elle lisait pour se préparer à
présenter ses examens officiels dans 2 mois se transformeraient en papiers
d’investigation qu’elle devrait signer sans même lire.
Tal Al Moulouhi est une jeune fille syrienne née en 1991, elle a été
convoquée par le service de la Sûreté de l’Etat à Alep, le 27/12/2009, et n’a
plus été revue depuis.
Une vague d’arrestations arbitraires perpétrée par les différents services de
sécurité syrienne, a frappé les activistes et les écrivaines syriennes, dont
certaines étaient des détenues d’opinion ayant passé de longues années dans
les geôles syriennes. Ces arrestations n’ont pas exclu des mères ayant
abandonné leurs enfants qui attendent le retour de leur maman détenue.
La femme syrienne est désormais partenaire de l’homme, étant également
cibles de détention, d’arrestation et de répression, vu que les lois martiales et
l’état d’urgence en vigueur en Syrie depuis le renversement du « parti
Baas », le 8 mars 1963, ont réprimé tous les mouvements civils, dont les
mouvements politiques et sociaux et même les mouvements culturels et
économiques. L’autorité militaire qui est au pouvoir a opprimé toute forme
d’expression et toute idée contraire au régime syrien. Nombre de femmes
syriennes sont désormais maintenues à l’instar des hommes opposants, dans
les prisons et geôles syriennes. Des femmes qui, en révélant les formes de
torture et d’harcèlement qu’elles ont subies, peuvent susciter un scandale.
L’activiste et l’écrivaine syrienne Hassiba Abdelrahman était parmi les
centaines de femmes détenues dans les années 80, qui ont été cible de toute
forme d’oppression à l’instar des hommes syriens opposants sans aucune
distinction sexuelle. D’autres femmes activistes ont été également détenues
Fondation Samir Kassir, Immeuble Aref Saghieh (Rez-de-chaussée), 63, rue Sioufi, Achrafié, Beyrouth, Liban
Tel /Fax:00961 1 397334, cell: 00961 3 372717, Courriel: info@skeyesmedia.org
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et torturées telles que Nahed Badawiyat, Lina El Murr, Samira Khalil et


autres.
Le 7/2/2010, les autorités syriennes ont procédé à l’arrestation de la dentiste
Tuhama Maarouf à Alep sur la base du jugement rendu contre elle en 1995.
Maarouf, mère de 2 enfants, a été arrêtée pour la première fois le 30 janvier
1992 pour son appartenance au « parti du travail communiste » et a été mise
en liberté en mars 1993, avant d’être condamnée à 6 ans de prison à compter
du 5 janvier 1995.
Selon des sources informées de militants syriens, l’activiste Raghda Al
Hassan est détenue auprès de la branche de Sûreté politique dans la ville de
Tartous. Elle a été arrêtée par les forces de sécurité sur les frontières libano-
syriennes le 10/2/2010, après l’avoir perquisitionnée et saisi ses papiers
justificatifs et ses biens. Son domicile à Tartous a été également
perquisitionné. Ont été saisis, ses papiers personnels, son ordinateur portable
et la version papier de son roman « Les nouveaux prophètes » qui décrit son
expérience de détention pendant 2 ans et demi (1992-1995) pour son
appartenance au « parti du travail communiste ».
Al Hassan est mariée à un palestinien et est mère de 4 enfants dont le
benjamin est de 3 ans.
Une avocate et une activiste syrienne de Tartous confirme que l’arrestation
de Raghda Al Hassan est à l’origine de son intention de publier l’ouvrage
susmentionné, tout en soulignant, sous couvert d’anonymat, que la ligne
téléphonique de Raghda était sous surveillance et les forces de sécurité
suivaient et épiaient tous ses mouvements. Sur ce, les force de sécurité l’ont
arrêté sur les frontières libano-syriennes, avant de perquisitionner son
domicile et saisir son ordinateur portable et le brouillon de son ouvrage ». le
19/7/2009, une patrouille de la sécurité politique a perquisitionné le domicile
d’un citoyen kurde dans le quartier Achrafieh à Alep en procédant à
l’arrestation de l’activiste Manale Ibrahim Ibrahim qui est membre de
l’organisation féministe « Ittihad Star » liée au « Parti d’Union
Démocratique ».
Le soir du 2 mars 2010, une patrouille de la branche de sécurité militaire à
Alep a procédé à l’arrestation de l’activiste et du poète Abdelhafiz
Abdelrahman et de l’activiste Nadira Abdo, tous deux membres du conseil
de l’organisation pour les droits de l’Homme en Syrie, après avoir

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perquisitionné le domicile d’Abdelhafiz Abdelrahman dans le quartier


Achrafieh à Alep, de façon provocatrice.
2 heures plus tard, Abdo a été relâchée pourvu qu’elle soit de retour le
lendemain à 10h du matin pour être victime de 4 jours de détention.
L’activiste syrienne Souheir Al Atassi a été convoquée et interrogée à
maintes reprises par la Direction de Sureté de l’Etat. Sa carte d’identité a été
également saisie pour plusieurs jours pour la forcer à fermer le forum de
discussion « Jamal Al Atassi » qu’elle a développé en ligne sur le site
« facebook ». Lorsqu’elle a refusé de se soumettre aux ordres des autorités,
elle a été menacée d’arrestation et de poursuite en justice.
Selon des sources de militants des droits de l’Homme à Damas, l’assistant
du directeur de la sûreté de l’Etat, le colonel Zouheir Al Hamad a lui-même
interrogé Souheir Al Atassi, ce qui fut surprenant pour certains activistes de
la société civile qui se sont demandés pourquoi un responsable sécuritaire de
poids tel que Al Hamad procède personnellement à l’interrogation d’Al
Atassi pour une question de développement d’un forum en ligne qui a été
auparavant bloqué en Syrie, et dont les membres ne dépassent pas les
quelques centaines ?
Selon d’autres milieux informés, Souheir Al Atassi a été victime de
convocation pour avoir contribué aux feuilles de discussion soumis au débat
sur le forum, notamment la feuille de discussion portant sur le Golan syrien
occupé et la question kurde rédigé par Bradost Azizi de nationalité kurde
résident en Kurdistan Iraq après avoir été expulsé de l’Université de Damas
à l’issue des événements du 12 et 13 mars 2004, connu selon les kurdes par
« intifada de Qamichlo ».
Le forum de discussion « Jamal Al Atassi pour le dialogue démocratique »
fermé par les autorités syriennes en 2005, est l’un des forums les plus
importants qui ont été crées et développés au début du 20 ème siècle qui a vu
surgir et se développer un mouvement civil de grande envergure critiquant
les pratiques quotidiennes en Syrie et qui a été connu par le « Printemps de
Damas ». Durant cette période, Souheir, la fille de l’intellectuel syrien
Jamal Al Atassi a présidé le forum de discussion.
Le forum porte le nom de l’intellectuel Jamal Al Atassi, l’un des fondateurs
du « parti baasiste arabe socialiste » avec Salah Al Bitar et Michel Aflaq.
Outre la question de l’Union arabe, Jamal Al Atassi a abordé les questions

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de la Nation telles que l’Algérie durant la colonisation et la question de la


Palestine et le blocus de l’Iraq.
Selon des sources médiatiques opposantes, l’avocate et l’activiste syrienne
Majdoulin Ali Hassan, membre du syndicat des avocats syriens dans la
province de Tartous, est menacée d’être expulsée du syndicat et défendue
d’exercer sa profession d’avocate, pour avoir refusé la demande des
renseignements généraux de s’accaparer de dossiers personnels confidentiels
du Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés où elle travaille
depuis 2007.
Ces mêmes sources médiatiques ont souligné que le service des
renseignements généraux « ont demandé à l’avocate Majdaloun Hassan de
voler et de photocopier des dossiers personnels des archives du commissariat
pour nombre d’iraquiens réfugiés en Syrie qui œuvrent à obtenir le droit de
refuge dans un pays occidental à travers les bureaux du Commissariat à
Damas ».
Hassan a nié, à travers le site « Kuluna Churaka’ » les informations publiées
à cet effet et a préféré ne pas s’attarder sur les détails.
Le docteur, l’écrivaine et l’activiste civile Fidaa Al Hourani a été nommée
présidente du « conseil national de la Déclaration de Damas ». Cependant,
son incarcération en tant que détenue politique dans la prison de Douma, le
18/4/2005, et sa condamnation à 2 ans et demi de prison, accusée « d’avoir
affaibli le sentiment national et diffusé de fausses informations » l’ont
empêché d’exercer ses fonctions en tant que médecin, écrivaine et activiste
au sein de la société. Fida Al Hourani est actuellement détenue dans les
geôles syriennes à l’instar de nombre de femmes qui attendent
impatiemment la fin de peines et de procès intentés pour des accusations et
des charges fausses et injustes.
Bien que les autorités syriennes sont fières de voir parvenir au pouvoir la
première vice présidente du Président Bachar Al Assad dans le monde arabe,
de voir les femmes syriennes occuper des postes de ministres, de députés et
d’ambassadrices au pouvoir et au sein du parti Baas, la 2 ème face de l’égalité
en Syrie demeure injuste, obscure et infâme, et l’arrestation de médecins,
d’écrivaines, d’intellectuelles et de journalistes se poursuit à cause de leurs
pensées ou de leurs points de vue contraires à la pensée du régime syrien.
C’est une comparaison triste ente la vice-présidente du président des affaires
culturelles Najah Attar et la bloggeuse Tal Al Moulouhi qui n’a que 19 ans,
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ou entre la conseillère politique à la Présidence Bouthayna Chaaban et les


nombreuses intellectuelles détenues dans les prisons syriennes. Quand est ce
que nous serons fiers de voir nos prisons sans détenus d’opinion ou de
détenues politiques ? Quand est ce que nous dépasserons le complexe de
l’image obscure de l’égalité ?

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