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TRIBUNAL ADMINISTRATIF

DE LA POLYNÉSIE FRANÇAISE

N° 1800177 RÉPUBLIQUE FRANÇAISE


___________

M. Christophe B.
___________ AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

Mme Meyer
Rapporteure
___________ Le tribunal administratif
de la Polynésie française
M. Retterer
Rapporteur public
___________

Audience du 13 novembre 2018


Lecture du 27 novembre 2018
___________
60-04-01-03
C

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 mai 2018 et un mémoire enregistré le 7 novembre


2018, présentés par Me Mestre, M. Christophe B. demande au tribunal :

1°) de condamner la Polynésie française à lui verser une indemnité d’un montant total
de 8 949 900 F CFP (75 000 euros) ;

2°) de mettre à la charge de la Polynésie française une somme de 250 000 F CFP au titre
de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la Polynésie française a commis une faute en organisant une procédure de fin de
détachement pour faute afin de se soustraire aux obligations financières qui lui incombaient ;
- il sollicite les sommes de 1 789 980 F CFP (15 000 euros) au titre des troubles dans
ses conditions d’existence causés par l’interruption de sa rémunération, et de 7 159 920 F CFP
(60 000 euros) au titre de son préjudice moral résultant notamment de l’atteinte portée à sa
réputation, à son honneur et à sa probité professionnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 juin 2018, la Polynésie française conclut à


la réduction des prétentions indemnitaires de M. B. .

Elle soutient que :


- le refus de mandatement du traitement du mois de décembre 2015 par le trésorier du
centre hospitalier de la Polynésie française (CHPF) ne lui est pas imputable ; la suspension de
l’exécution de l’arrêté du 15 janvier 2016 a conduit à la régularisation des traitements de janvier
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à mars 2016 les 22 et 24 mars et le 14 avril 2016 ; l’indemnité ne saurait excéder le montant des
intérêts moratoires à raison du retard de versement ;
- la réparation du préjudice moral ne saurait excéder 250 000 F CFP.

Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le jugement n° 1600026 du 11 octobre 2016.

Vu :
- la loi organique n° 2004-192 du 27 février 2004 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :


- le rapport de Mme Meyer, rapporteure,
- les conclusions de M. Retterer, rapporteur public,
- et les observations de Me Mestre, représentant M. B. , et celles de M. Le Bon,
représentant la Polynésie française .

Considérant ce qui suit :

1. M. B. , directeur d’hôpital hors classe, a été détaché auprès du CHPF en qualité de


directeur de cet établissement pour une durée de deux ans à compter du 18 août 2014. Le
président de la Polynésie française a demandé le 29 juillet 2015 à la ministre chargée de la santé
de solliciter la fin par anticipation de son détachement à compter du 11 novembre 2015, et par un
arrêté du 3 août 2015, a mis fin à ses fonctions à compter du 10 août suivant. Par un arrêté du 1er
septembre 2015, la directrice du centre national de gestion a mis fin au détachement de M. B. à
compter du 11 novembre 2015 en précisant que conformément aux dispositions de l’article 54 de
la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986, l’intéressé devait être rémunéré par le CHPF jusqu’à ce qu’un
emploi vacant permette de le réintégrer dans les corps des directeurs d’hôpital, et au plus tard le
17 août 2016, date à laquelle son détachement devait prendre fin. Par un arrêté du 15 janvier
2016, le ministre chargé de la fonction publique de la Polynésie française a mis fin pour faute
aux fonctions de M. B. à compter du 10 novembre 2015 au soir. Par un jugement n° 1600026 du
11 octobre 2016 dont il n’a pas été fait appel, le tribunal a annulé cet arrêté pour détournement
de pouvoir, au motif que la faute reprochée à l’intéressé était un prétexte élaboré a posteriori afin
de soustraire le CHPF à l’application de la loi. M. B. , qui a retrouvé une affectation en
métropole à compter du 1er avril 2016, demande au tribunal de condamner la Polynésie française
à l’indemniser des préjudices qu’il impute à ce comportement illégal de l’administration.

Sur les conclusions à fin d’indemnisation :

En ce qui concerne la responsabilité :

2. L’organisation d’une procédure de fin de détachement pour faute ayant pour seul
objet de ne pas payer à M. B. la rémunération qui lui était due en vertu de l’article 54 de la loi
n° 86-33 du 9 janvier 1986 engage la responsabilité pour faute de la Polynésie française, ce qui
n’est d’ailleurs pas contesté.
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En ce qui concerne les préjudices :

3. S’il résulte de l’instruction que l’absence de paiement des traitements des mois de
novembre (à partir du 11) et décembre 2015 était initialement imputable au trésorier du CHPF
pour des motifs sans lien avec la procédure de fin de détachement pour faute alors en cours, il est
constant que l’arrêté du 15 janvier 2016, qui avait été pris à cet effet, a fait obstacle au paiement
de cette rémunération et de celle due au titre des mois de janvier et février 2016, jusqu’à ce
qu’une régularisation intervienne par versements successifs entre le 10 mars et le 14 avril 2016,
après que M. B. a obtenu la suspension de l’exécution de cet arrêté par une ordonnance du juge
des référés n° 1600027 du 19 février 2016. La privation de toute rémunération, imputable à la
faute de la Polynésie française sur une durée d’au moins 3 mois, a causé à M. B. , dont le
traitement était l’unique revenu d’un foyer de 4 personnes, et qui a dû solliciter l’aide de son
père pour faire face à ses charges courantes, des troubles dans les conditions d’existence dont il
sera fait une juste appréciation en fixant leur indemnisation à la somme de 500 000 F CFP.

4. Il résulte de l’instruction que la procédure de fin de détachement pour faute a porté


atteinte à l’honneur et à la probité de M. B. et l’a placé dans une situation défavorable pour
retrouver une affectation à son retour en métropole. Il sera fait une juste appréciation de son
préjudice moral en fixant son indemnisation à la somme de 500 000 F CFP.

5. Il résulte de ce qui précède que la Polynésie française doit être condamnée à verser
une indemnité de 1 000 000 F CFP à M. B. .

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la Polynésie


française une somme de 200 000 FCP au titre de l’article L. 761-1 du code de justice
administrative.

DECIDE:

Article 1er : La Polynésie française est condamnée à verser une indemnité de 1 000 000 F CFP à
M. Christophe B. .

Article 2 : La Polynésie française versera à M. Christophe B. une somme de 200 0000 F CFP au
titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. Christophe B. et à la Polynésie française.

Délibéré après l'audience du 13 novembre 2018, à laquelle siégeaient :

M. Tallec, président,
Mme Meyer, première conseillère,
Mme Zuccarello, première conseillère.
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Lu en audience publique le 27 novembre 2018.

La rapporteure, Le président,

A. Meyer J-Y. Tallec

La greffière,

D. Germain

La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Polynésie


française en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les
voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente
décision.

Pour expédition,
Un greffier,