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Papeete, le vendredi 24 avril 2020

Lettre ouverte à l’attention de


Monsieur le Haut-commissaire de la République en Polynésie française
Monsieur le Président de la Polynésie française

Objet : Demande d’audience relative à la reprise de l’école après le 29 avril 2020.

Monsieur le Haut-commissaire,
Monsieur le Président,

À quelques jours de la date de la fin du confinement, prévue le 29 avril, en qualité de représentants des
parents d’élèves des enseignements publics, protestants et adventistes et au nom des principales organisations
syndicales des enseignants du public et du privé, nous souhaitons, par la présente, vous faire part de nos très
fortes inquiétudes, quant à la reprise programmée des classes et des conditions d’accueil des enfants, dans le
cadre de la réouverture des écoles et établissements scolaires de Tahiti et de Moorea.

Alors qu’un nouveau cas a été déclaré positif il y a seulement trois jours, nous apprenons par la presse
que des mesures de déconfinement vont être annoncées ce lundi, parmi lesquelles la réouverture progressive
des écoles. La période d’incubation normalement admise, qui retarde de deux semaines la durée de
confinement, ne serait-elle donc plus d’actualité ?

Serions-nous donc alarmistes, lorsque nous considérons que l’hypothèse d’une reprise des cours à cette
date est bien trop prématurée, voire dangereuse, en ce qu’elle pourrait entraîner une seconde vague de
contamination ?

L’hypothèse de rouvrir les écoles de Tahiti et de Moorea dans quelques jours serait d’autant plus
incompréhensible, que les premières structures à fermer, ont été les écoles, collèges et lycées, à compter du 17
mars dernier, avant même l’annonce du confinement général.

Vouloir déconfiner le milieu scolaire dans ces deux îles, alors que c’est bien là que se trouve le cœur de
l’épidémie, reviendrait, selon nous, à remettre le virus en circulation, si l’on considère que « les écoles sont
des lieux de transmission forts » et que « les enfants sont des vecteurs potentiels de transmission de la
maladie », comme l’affirment toutes les études médicales et scientifiques.

Aussi, face à une rentrée à haut risque sanitaire, des écoles et établissements de Tahiti et de Moorea, il
n’est pas envisageable d’imposer aux familles d’amener leur enfant à l’école, pour une reprise des classes aussi
tôt. Accepter que l’enfant reste à étudier chez lui, avec la possibilité d’assurer un enseignement à distance est
la seule solution aujourd’hui, pour rassurer les parents inquiets.

De même, qu’imposer une telle décision aux enseignants, sans pouvoir leur garantir des conditions de
reprise respectant un protocole sanitaire strict des activités scolaires, adapté aux spécificités de chaque niveau
d’enseignement, validé par les autorités de santé, et établies dans un cadre territorial commun à tous les
établissements, est tout simplement insensé ! L’heure n’est plus à l’improvisation !

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Pour ces raisons et compte tenu des enjeux sanitaires importants et des conséquences découlant de
décisions qui pourraient être prises, au mépris des premiers acteurs de l’éducation que nous sommes, nous
avons l’honneur de solliciter une audience en votre présence conjointe, Monsieur le Haut-commissaire et
Monsieur le Président du Pays.

Nous appelons de nos vœux qu’une concertation, placée sous vos deux autorités, soit le plus rapidement
engagée, afin d’établir, de manière transparente et consensuelle, les conditions de la reprise des classes, au
regard notamment du niveau de contamination des communes de Tahiti et de Moorea.

Dans la perspective de cette rencontre, nous souhaiterions obtenir de votre part, des garanties concernant
les modalités de reprise relatives à :

• la mise en place d’un dépistage généralisé de tous les personnels et de tous élèves, comme
préalable à toute reprise d’activité ;
• la désinfection des mobiliers des écoles et des établissements scolaires ;
• la fourniture des matériels de protection (gel hydroalcoolique, gants et masques chirurgicaux
ou FFP2), en quantité suffisante pour tous les personnels et tous les élèves ;
• la limitation des effectifs par groupes, dès le retour des élèves, afin de permettre la
distanciation sociale exigée par ailleurs, et ce pour l’ensemble des niveaux et des lieux fréquentés par
les élèves et personnels ;
• l'accompagnement psychologique des élèves, voire des équipes éducatives. Il est à craindre
que certaines familles auront vécu une situation très déstabilisante, voire dramatique. Dans ce cas, il
faudra prévoir une reprise des cours, en intégrant pédagogiquement cet épisode de rupture de la
fréquentation scolaire. Des psychologues devront être présents partout où ils seront demandés, des
infirmières, des médecins scolaires… pour rencontrer les équipes éducatives, les élèves et les parents
qui le souhaitent ;
• l'aménagement des espaces de vie collectifs, au regard de la distanciation sociale exigée ;
• la capacité, pour les personnels de direction, de s'approvisionner en matériels de protection,
destinés aux enfants et aux personnels ;
• aux mesures spécifiques de prise en charge des enfants à besoins particuliers, qui nécessitent
une attention de tous les moments ;
• l’organisation de l'enseignement maternel, ou spécialisé ;
• la reprise des cours des enfants en internats, qui n’ont pas encore été rapatriés dans leur
établissement et qui devront nécessairement être dépistés, voire placés en quatorzaine ;
• au respect des distanciations, dans le cadre des transports scolaires, de même qu’en termes de
protocoles de désinfection des mobiliers du bus ;
• l’organisation des services de cantine, pour l’accueil des enfants, notamment ceux relevant du
RSPF et bénéficiant du complément familial, dont la prise en charge est financée par le Pays. Le repas
du midi, pour une large majorité de ces enfants, constitue le seul repas équilibré de la journée.

Si le nombre de cas déclarés positifs semblent se stabiliser, la crise du Covid-19 est encore loin d’être
finie. Ne crions donc pas victoire ! Les élèves, leurs parents, les enseignants et l’ensemble des personnels des
établissements scolaires ne veulent pas être les cobayes, dans le traitement d’un virus dont on ne sait pas grand-
chose aujourd’hui, sinon qu’il est mortel !

Car, en l’absence de vaccin homologué par les autorités sanitaires, en l’absence de masques chirurgicaux
ou FFP2 pour tous les élèves et les personnels de l’éducation, en l’absence de tests de dépistage généralisés
(corrélés de mesures d’isolement strict des personnes déclarées positives), il n’est pas question de prendre le
risque de les exposer à une éventuelle contamination, dans l’hypothèse d’une réouverture des écoles le 29 avril.

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Cette précipitation nous semble injustifiée, sauf à donner du crédit à la thèse selon laquelle la reprise
des écoles permettra aux parents de retourner au travail, pour faire tourner l’économie !

Sauf que pour nous, la vie de nos enfants, la vie de nos parents et celle de nos proches n’a pas de prix !

Car, si les conditions en faveur du déconfinement n'étaient pas remplies, les risques encourus devront
conduire à différer, une fois de plus, l'ouverture des écoles et des établissements scolaires, à l’instar du
rétropédalage du Japon, qui vient de réinstaurer l’état d’urgence, après avoir décidé de réouvrir ses écoles
prématurément. Ne commettons pas la même erreur !

Tout le monde souhaiterait pouvoir reprendre le cours normal de sa vie, les enfants en premier, qui
aujourd’hui demandent à retourner à l’école, pour retrouver leurs camarades de classe. Nous souhaitons tous
sortir de cette situation, où l’ensemble des enfants sont bien les premiers à subir les conséquences de la crise,
où les inégalités scolaires se creusent de jours en jours.

Mais, tant qu’il n’y aura pas de remèdes contre ce virus, la vie ne sera plus jamais la même et nous
devrons nous adapter aux gestes barrières, à la distanciation sociale, de même qu’il faudra mettre en place des
protocoles sanitaires stricts, tels que le confinement, tels que les masques de protection, tels que le dépistage
massif des populations, tel que l’isolement des personnes déclarées positives. Sans la mise en application et de
manière conjointe, de l’ensemble de ces mesures, nous n’arriverons pas à bout de ce virus.

Dans l’attente de votre retour, nous nous tenons à la disposition de vos services. Nous vous prions
d’agréer, Monsieur le Haut-commissaire, Monsieur le Président de la Polynésie française, l’expression de nos
salutations respectueuses.

Tepuanui SNOW Diana YIENG KOW Thierry BARRÈRE Yolande


Président de la Secrétaire générale UNSA Secrétaire général SIT SEO YEN
Fédération des parents Fenua et STIP-AEP Fédération UNSA Secrétaire générale FSU
d’élèves du public Éducation-PF

Anthnoy TIHONI Maheanuu ROUTHIER Charles HIHI Edgar TAEATUA


Président de la Secrétaire général Président de la Président de la Fédération
Fédération des parents FO-Éducation Fédération des parents des syndicats de
d’élèves des adventistes d’élèves des protestants l’enseignement privé