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L’objet littéraire et l’objet littérature

Ce sont les considérations qui précèdent qui nous ont amené à poser la discipline en objet. Il est
donc impératif d’écarter le malentendu qui consiste à se situer uniquement au niveau du texte
littéraire, et incorporer la dimension disciplinaire. Bien entendu, il ne s’agit pas d’exclure le niveau
du texte littéraire, car l'objet et le mode de fonctionnement de l'objet d'une discipline jouent un rôle
essentiel dans le rapport que les disciplines peuvent établir entre elles ; notre objectif est
d’incorporer une deuxième dimension, la dimension épistémique des études littéraires tout comme
le rapport entre discipline littéraire et SHS. Ce postulat implique que la discipline littéraire produit
des formes de savoir, et qu’elle se doit de réfléchir à la façon dont elle le fait, et aux effets de ces
savoirs ; rajoutons que ces modes de savoir sont sociaux. En ce sens, l’usage de la notion
d’épistémologie peut paraître problématique, car en France en tout cas l’épistémologie est détachée
des conditions de production, sociales et historiques.
Dans ce contexte, ma proposition consiste à transformer la situation actuelle de la littérature et des
études littéraires en objet d'étude, en incorporant la réflexion sur le statut de notre discipline à nos
objets traditionnels, et à nos pratiques, ce qui conforme un mouvement épistémique distinct de
celui réalisé par la sociologie, discipline qui prend la littérature pour objet d'étude. L'hypothèse de
base étant que plus que dans un moment d'effritement de notre discipline, ou de perte de repères,
nous sommes dans un processus de redéfinition de l'objet et de sa constitution disciplinaire. Nous
sommes face à un nouvel objet, mais aussi dans un moment qui contient la potentialité d'une
refondation de la discipline. Précisons que le « nous » que j'emploie désigne un ensemble social,
mais aussi le corps spécialisé dans la réflexion et la transmission des SHS, et implique que nous
avons la possibilité de transformer la situation en objet de réflexion épistémique. Car, comme le
signale Stéphane Bonnery, identifier et interroger les marges de manœuvre dont nous disposons
dans nos pratiques en tant que chercheurs et enseignants, ainsi que dans la gestion institutionnelle
des savoirs, permet de dépasser les contradictions dans lesquelles nous plonge la superposition de
fonctions du métier. La dimension épistémologique est souvent occultée par les enjeux
institutionnels, et une certaine dépendance vis-à-vis de l'état (relevant du fait que la recherche et
l'enseignement sont publics dans une large mesure dans leur financement et organisation en
France). (Bonnery 2007: 200).
Aujourd’hui, quelques années après ces bouleversements et les réactions qu’ils ont suscité, nous

1
pouvons nous demander si notre présent a saisi cette potentialité, ou si notre discipline s’est
réfugiée dans les tendances décrites, et essayer de mesurer le degré d’innovation qu’elles ont
apporté. Car, en effet, à première vue il semble peu sûr qu’on ait assisté à un renouvellement des
études de lettres, étant donné les risques que cela comportait au niveau institutionnel.
Une autre précision nécessaire est que la dimension épistémologique n’implique pas la mise en
place, ou la création d’une sous-discipline ; en ce sens, elle se distingue de la théorie littéraire ;
nous revenons un peu plus loin sur cette question. En attendant, revenons à l’idée que
l’épistémologie est dimension qu’on incorpore à nos travaux, qui, certes, remet en cause les bases
de la discipline, mais n’implique pas la nécessité de changer d’objets ; néanmoins, elle implique
aussi que la réflexion se retourne aussi sur les propres conditions de production. Comme le disait
l'anthropologue Jean Bazin, la capacité à la refondation est le trait spécifique des sciences
humaines et sociales: “On déplore souvent que les sciences sociales ne soient pas cumulatives ;
mieux vaudrait se féliciter de leur capacité à la réitération, de leur vocation au recommencement,
voire à la refondation. Elles sont trop intimement politiques pour que leur dogmatisme ne soit pas
redoutable”. Bazin 2000. Je rajouterais qu’ on peut faire de la théorie littéraire sans incorporer cette
dimension – sans que les conditions de production du propre savoir et du discours fassent partie
de l’analyse.

a. L’objet littéraire et l’objet littérature

Dès lors on peut distinguer deux niveaux du problème, souvent confondus: le devenir de la
littérature (en tant que pratique artistique) et celui des études littéraires (discipline spécialisée) –
qui sont, certes, liés, mais dont le mode d'articulation peut faire l'objet d'une réinvention. C'est en
fonction de cette nécessité de discriminer une pratique artistique d'une pratique savante qu'on peut
établir une distinction entre le statut des productions littéraires et celui des études littéraires: l'objet
littérature et l'objet littéraire. Le premier désigne les textes eux mêmes, en tant qu'artefacts
artistiques; le deuxième renvoie aux productions disciplinaires – dans des termes plus précis: à ce
que les études littéraires désignent comme étant leur objet. L'objet littérature donne lieu à une
réception esthétique, bien qu'il suscite aussi, par ce biais, des formes de savoir; l'objet littéraire
constitue essentiellement une forme de savoir sur un autre objet, un autre corps. Or, ne pas
confondre leur statut ne signifie pas qu'on ne reconnaisse pas les liens qui les unissent, les

2
impliquent l'un l'autre, et imbriquent leurs problématiques. La question qui se pose pour nous tous
aujourd'hui, dans le contexte présent, est de savoir si la formalisation institutionnelle des études
littéraires peut absorber les transformations contemporaines, et sous quelle forme. Liée à cette
question se trouve une problématique plus vaste, qui a fait l'objet d'un débat récent dans les
sciences sociales (Fabiani 2000, Collins 2000): de quelle zone du champ intellectuel vient
l'innovation? De ceux qui capturent l'attention, privilégiés par la structure, qui marginalise ceux
qui n'arrivent pas à se situer au centre? Et donc de “intérieur de la citadelle”? Ou alors des
périphéries? De ceux de “second rang”?

Je voudrais défendre ici l'hypothèse que c'est le positionnement qui consise à regarder la discipline
à la fois de l'intérieur et de l'extérieur, la mettant en rapport avec d'autres auxquelles elle est liée,
qui permet de poser une épistémologie de la littérature. Le terme répond moins à la volonté de
mettre en évidence le fait que la tendance actuelle considère les productions littéraires comme des
modes de génération de savoirs, qu'à souligner le fait que la discipline littéraire est productrice de
formes de savoir1.

Par exemple, en ce qui concerne la crise de légitimité des études littéraires, on peut, bien entendu,
considérer (comme le fait Schaeffer) que sa dimension épistémologique vient du fait que l'objet de
la discipline se délite comme vision globale des faits littéraires, tout comme leur place dans la
culture contemporaine ; mais on peut compléter cette perspective en étudiant la difficulté que
semble éprouver la communauté intellectuelle à interroger la logique de la discipline et son mode
de fonctionnement. Cependant, il semble évident que la question de l'objet reste un des enjeux de
la discipline (de toute discipline); dans les études littéraires cependant, l'absence d'interrogation
sur l'objet, une forme de “naturalisation” de celui-ci, et, par conséquent, sa perte d'identité liée aux
transformations de l'écrit, et aux usages proposés par les sciences sociales déterminent
qu'aujourd'hui il doive se trouver au centre de nos questionnements. On pourrait rajouter aussi, que
les transformations récentes, accompagnées d'un mouvement de résistance à modifier les modes
de transmission et de recherche en littérature, ont produit la persistante impression d'une perte
d'autonomie des objets et d'une dissolution de leur pouvoir d'intervention sur le réel.

1 L'idée que la littérature constitue un mode de savoir spécifique s'est imposée dans les dernières années, grâce à
une série de travaux et de rencontres, parmi lesquels: Annales, colloque, séminaire Pascal Engel, etc.

3
Sans minimiser l’impact des facteurs externes, ni les apports des théoriciens contemporains, nous
nous proposons ici de prendre en compte la dynamique qui s’instaure entre ces facteurs et les
mouvements amorcés par les opérations réalisées au niveau des objets eux-mêmes. Il ne s’agit pas
forcément de prêcher pour une autonomie des facteurs épistémologiques, mais (peut-être) de
proposer une plus importante prise en compte de ceux-ci, à une époque où ils semblent avoir perdu
leur transcendance ou, en tout cas, leur pouvoir d’intervention sur la gestion institutionnelle. Dans
cette étape historique (celle que nous vivons actuellement) où les bouleversements radicaux que
subissent nos institutions trouvent leur origine à l’extérieur du champ lui-même (ce qui contribue
certainement à une perception négative de la situation)2, il ne semble pas dérisoire d’insister sur
le fait qu’en opérant au niveau des objets, on peut aussi transformer la topographie des
connaissances et du milieu académique. De plus, une perspective plus vaste de l’histoire des objets
de nos disciplines peut permettre de mieux appréhender ces changements, et de conserver une
certaine autonomie des objets scientifiques ; elle peut aussi favoriser une meilleure appropriation
des modifications apportées par ces facteurs extérieurs, notamment en les transformant en objet
d’étude (lorsque les propositions ne vont pas à l’encontre de la spécificité et des fondements
mêmes de leurs disciplines).

b. La dimension épistémique

L'épistémologie est une branche, ou sous-branche, de la philosophie, qui étudie les problèmes et
questions qui relèvent de la connaissance. La plupart des dictionnaires philosophiques considèrent
deux aspects dans leurs définitions: le concept même d'épistémologie, et la façon dont la
connaissance est établie3. Ainsi, la Stanford Enciclopedia of Philosophy avance la définition
suivante: “Defined narrowly, epistemology is the study of knowledge and justified belief. As the
study of knowledge, epistemology is concerned with the following questions: What are the
necessary and sufficient conditions of knowledge? What are its sources? What is its structure, and

2 Par manque d’espace, il est impossible d’insister ici sur le fait qu’il n’en a peut-être jamais été autrement, que les
facteurs externes ont toujours joué un rôle essentiel ; cependant, il reste vrai que les facteurs épistémologiques ont
connu des périodes de plus forte autonomie.
3 Cruz, Joseph: « Epistemology », Nature Encyclopedia of Cognitive Science ; Klein, Peter: « Epistemology »,
Routledge Encyclopedia of Philosophy; Goldman, Alvin: « Social Epistemology », Stanford Encyclopedia of
Philosophy, 7/08/2009; Hempel, Carl: Eléments d'épistémologie, Paris, Armand Colin/U2, 1972 ; Steup, Matthias: «
Epistemology », Stanford Encyclopedia of Philosophy, 7/08/2009.

4
what are its limits? As the study of justified belief, epistemology aims to answer questions such
as: How we are to understand the concept of justification? What makes justified beliefs justified?
Is justification internal or external to one's own mind? Understood more broadly, epistemology is
about issues having to do with the creation and dissemination of knowledge in particular areas of
inquiry.” (Stanford Encyclopedia of Philosophy, “Epistemology”, Matthias Steup)
La définition étroite désigne donc une étude de la connaissance et de la conviction justifiée; en tant
qu'étude de la connaissance, l'épistémologie s'intéresse donc aux questions relevant du mode de
production de la connaissance, ses limites, ses sources et les modalités de sa justification. Dans un
sens plus large, l'épistémologie traite des questions liées à la création et à la dissémination de la
connaissance dans des domaines particuliers de la recherche; c'est aussi l'analyse systématique de
ces questions, une définition intéressante pour les littéraires. On peut s'arrêter à ce stade de la
définition, car les questions auxquelles les philosophes renvoient nous concernent (presque toutes:
connaissance, preuve, etc.) mais à partir d'une organisation et d'une systématisation spécifiques.

En proposant une approche épistémologique de la littérature nous considérons donc implicitement


la discipline littéraire comme un mode de production de savoirs. Nous reportons ainsi la
connaissance sur la discipline elle-même, bien que nous considérons les formes d'art comme
productrices de formes de savoir spécifiques. Nous considérons également que l'épistémologie de
la littérature est à la fois proche et éloignée de ce qu'on appelle “épistémologie sociale”; celle-ci
implique de considérer la connaissance telle qu'elle se positionne dans un contexte social et
historique particulier; comment parvenir à réaliser une “épistémologie sociale” reste une question
controversée. Pour certains il s'agit là d'une extension et d'une réorientation de l'épistémologie
traditionnelle, avec l'objectif de corriger son orientation individualiste; pour d'autres, une
épistémologie sociale doit se détacher complétement de l'épistémologie traditionnelle. Mais une
proximité entre l'épistémologie du littéraire et l'épistémologie sociale existe: les deux impliquent
qu'on considère les objets dans leur inscription à la fois communautaire, historique,
institutionnelle, traditionnelle.
La SEP définit ainsi la Social epistemology: When we conceive of epistemology as including
knowledge and justified belief as they are positioned within a particular social and historical
context, epistemology becomes social epistemology. How to pursue social epistemology is a
matter of controversy. According to some, it is an extension and reorientation of traditional

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epistemology with the aim of correcting its overly individualistic orientation. According to others,
social epistemology ought to amount to a radical departure from traditional epistemology, which
they see, like the advocates of radical naturalization, as a futile endeavor. Those who favor the
former approach retain the thought that knowledge and justified belief are essentially linked to
truth as the goal of our cognitive practices. They hold that there are objective norms of rationality
that social epistemologists should aspire to articulate. Those who prefer the more radical approach
would reject the existence of objective norms of rationality. Moreover, since many view scientific
facts as social constructions, they would deny that the goal of our intellectual and scientific
activities is to find facts. Such constructivism, if weak, asserts the epistemological claim that
scientific theories are laden with social, cultural, and historical presuppositions and biases; if
strong, it asserts the metaphysical claim that truth and reality are themselves socially
constructed.[68] SEP)
Bien que toujours intéressée par ce qu'on a pour habitude d'appeler “autoréflexivité”, le postulat
d'une épistémologie du littéraire en relève pas de la tentative de créer une sorte d'instance
supérieure des études littéraires; il ne relève pas non plus d'une tentative de créer une nouvelle
discipline; le terme “d'autoréflexivité” ne décrit pas non plus le mouvement parce qu'il ne s'agit
pas non plus d'un regard des études littéraires sur elles-mêmes. Il s'agit de donner un nom à des
pratiques qui existent déjà : nommer (au sens où Schaeffer dit que donner un nom c'est donner une
existence/reconnaître un phénomène est un geste qui participe à la fois de la description de quelque
chose qui préexistait et de sa constitution (création).
Mon propre rôle est ici celui de systématiser un phénomène perçu et de constituer ce phénomène
en même temps, en en faisant un objet d'étude. Une démarche spécifiquement épistémologique.
Cependant, en posant ces questions, il faut prendre en compte le fait que toute communauté
intellectuelle se considère comme autoréflexive (sauf exception: celles où l'autoréflexion est
considérée comme un geste extérieur, gratuit, et méprisé), et, dans une certaine mesure, toute
communauté intellectuelle est autoréflexive, car elles réfléchissent sur certains aspects de leurs
pratiques, mais se ferment à d'autres. En d'autres termes, toute communauté intellectuelle possède
un horizon d'autoréflexion, que la circulation entre plusieurs communautés intellectuelles permet
d'appréhender les spécificités, tout comme les limites.

Allons donc vers une définition. Considérer un objet – considérer les façon dont on considère un

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objet. Pour cette raison, un premier objectif à prendre en compte, c'est de définir les questions dont
peut s'occuper une épistémologie de la littérature – définir l'objet, et cela non pas en termes
thématiques. Parmi les tâches considérées comme relevant d'une épistémologie de la littéraire se
trouvent: étudier les méthodologies, analyser l'histoire des traditions critiques, les présupposés sur
lesquels reposent les discours critiques (y compris rhétoriques), les valeurs en jeu, les facteurs
divers qui constituent la communauté intellectuelle, son fonctionnement, les rapports entre les
acteurs, leur diversité: facteurs externes, facteurs internes, facteurs internalisés, facteurs
externalisés – dans leur rapport, et pas en tant qu'objets autonomes; s'interroger sur la fonction de
la discipline, ses fondements, ses objectifs, son insertion dans la communauté – scientifique – et
dans la société, ses liens à la politique, à l'histoire, aux modalités de production du savoir; se poser
la question de la spécificité du savoir produit par l'objet et par la réflexion sur l'objet; en pas perdre
de vue = le caractère changeant (en permanence) de ces interrogations, des objets, des insersions;
se poser la question du savoir et de la connaissance – dans quel sens? ((Schaeffer. (nociones de
justificación, evidencia, creencias, etc)). Des choix non excluants, qui donnent plutôt lieu à des
combinaisons.
L'objectif d'une épistémologie serait de considérer ces mouvements: de quelle façon, de quelles
façons se réalise la postulation des objets. D'une façon plus générale, il est impossible de
prédéterminer les objets, parce qu'il s'agit d'une perspective sur les objets traditionnels; d'un
questionnement sur la propre pratique et ses implications (culturelles et idéologiques).

Pour clore cette première approche de ce qu'est une épistémologie du littéraire, je souhaite
souligner certains aspects. Tout d'abord, l'intérêt de considérer les effets didactiques de cette
méthode; puis le fait qu'elle permet d'aborder la question de la démarcation entre disciplines
relevant des SHS, la démarcation des objets et leur postulat (définition) étant liés de telle façon
qu'il est impossible de les dissocier; repenser l'articulation de la discipline littéraire aux SHS,
comme une des voies qui permet de repenser la discipline.

Ainsi ce que nous avons choisi d'appeler épistémologie du littéraire implique la mise en avant
d'une dimension du travail, toujours implicite, qu'on peut incorporer à la réflexion. Cette
perspective/dimension ne remplace aucunement le travail que nous faisons, elle y incorpore
seulement une autre dimension. De plus, ce travail résulte d'un intérêt pour les pratiques présentes

7
– même si c'est un présent qui met en relief la dimension historique des pratiques, et leur projection
vers l'avenir. À partir de là on peut dire qu'il y a dans ce travail une dimension spéculative, au sens
où Ludmer utilise ce terme aussi, au sens épistémologique: il permet de meilleurs choix et
positionnements par rapport à la discipline. Par ailleurs, la mise en relation constitutive des
rapports entre pratiques littéraires, pratiques académiques, communautaire et intellectuelles
permet de saisir le fonctionnement actuel.
Qu'est-ce donc – que serait donc une épistémologie du littéraire? Sans doute une façon d'exercer
l'interprétation critique qui est en cours de définition = un nom, un axe de cours et de séminaires,
un projet, une bibliographie. Je suis ici Gilles Deleuze, dans « A quoi reconnaît-on le
structuralisme ? », article qui, pour certains critiques, marque la fin du Structuralisme: où il montre
que les œuvres, les questions, les pratiques ne présentent un intérêt qu’à condition d’être actuelles,
parce qu’elles sont en train de se faire, inachevées ; et que c’est, précisément, ce caractère inachevé
qui justifie les tentatives de définition4.
Mais le moment du nom-constitution a une caractéristique spécifique: l'absence d'un espace
institutionnel fixe, certain, où se développer. En d'autres mots: pas de postes, départements, ou
programmes de recherche qui correspondent à cette perspective, pas d'espaces de publication
spécifiques. Cependant on peut constater qu'il n'est pas forcément nécessaire de créer un territoire
disciplinaire spécifique pour qu'une tendance interprétative s'instaure et se développe; l'errance et
l'inscription dans des communautés non spécifiques pouvant être favorables à un savoir; car une
caractéristique qui accompagne ce manque d'ancrage institutionnel, c'est la liberté méthodologique
et conceptuelle, propre aux moments de constitution, sans programme ni contraintes d'autre type
qu'épistémologiques. Son destin dépend d'une série de facteurs, dont certains sont moyennement
“contrôlables”, et d'autres pas ; l'analyse du fonctionnement d'une communauté intellectuelle aide
à prendre en compte ces questions parce qu'elle implique la possibilité de s'interroger sur les
facteurs déterminant dans le fonctionnement des communautés intellectuelles. Il est tout aussi
important d'analyser les enjeux contemporains, au croisement des facteurs : la production de
savoir, les traditions nationales et institutionnelles, les valeurs, les politiques nationales.
Faut-il changer nos pratiques? Oui et non, en tout cas pas forcément: le geste essentiel consiste à
incorporer les implications, les présupposés, l'histoire, etc. de ces pratiques à nos travaux, ce qui

4 Gilles Deleuze: “A quoi reconnaît-on le structuralisme?”, La philosophie au XXs. Tome IV, Paris, Marabout, 1979,
sous la direction de François Châtelet [1973].

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ne signifie pas forcément les modifier mais prendre position et le faire en connaissance de cuase,
ainsi qu'accepter le caractère idéologique des pratiques culturelles. Et repenser le pouvoir
d'intervention sur le réel des pratiques culturelles (c'est une borgésienne qui parle).
Ma proposition n'implique donc pas l'abandon des objets traditionnels, mais les aborder autrement.
On peut donc continuer à évoluer dans les mêmes communautés, aller aux mêmes colloques, sur
les mêmes sujets, prendre les mêmes objets de réflexion, écrire sur les mêmes questions - si on
veut. Mais on peut aussi créer de nouveaux objets. En ce sens, l'épistémologie du littéraire ne
demande pas la mise en place d'un espace institutionnel spécifique, mais un regard différent sur
l'objet littérature et sur l'objet littéraire. Malgré ces affirmations, ma conviction personnelle est que
l'état actuel de l'objet littérature demande à être revu, qu'il appelle une transformation – radicale,
y compris dans sa topographie institutionnelle.
Le parcours proposé ouvre déjà, néanmoins, quelques possibilités de penser la dimension
épistémique de la discipline littéraire. Pour Kuhn, le critère de scientificité est la capacité à
résoudre les problèmes (« puzzle solving as criterion of science ») ; en revanche, en SHS, nous
pouvons affirmer que le critère ne serait pas celui-ci, mais la capacité à créer des problèmes, des
hypothèses, des systèmes ; le paradigme aurait ainsi une toute autre fonction dans nos disciplines,
et l’essentiel se trouverait dans les effets (des résultats) créés/générés par le paradigme. La
multiplicité d’approches qui coexistent ne correspondraient donc pas à une étape pré
paradigmatique ; en effet, les SHS, dans leur réception de The Structure of Scientific Revolutions
(question sur laquelle je reviens au chapitre suivant) ont postulé la multiplicité d’approches en tant
qu’étape pré-paradigmatique, et se sont ainsi insérées dans un schéma progressiste emprunté aux
sciences physiques et de la nature. Néanmoins, notre proposition considère la multiplicité
d’approches qui cohabitent pendant une même période comme une caractéristique spécifique des
SHS – ce qui ne signifie pas qu’il n’y ait pas d’effet cumulatif dans nos domaines (je reviendrai
sur cette question), ou qu’il n’y ait pas de paradigmes dominants. L’implication essentielle est que
le paradigme dominant l’est dans le sens que Jakobson accordait au terme, destiné, essentiellement
à mettre en place une nouvelle conception de l’histoire littéraire : un élément (d’une œuvre d’art
au départ), qui joue un rôle précis, celui de dominer, gouverner et déterminer les autres éléments,
garantissant la cohésion de la structure ; un élément linguistique qui détermine l’œuvre dans sa
totalité ; étendue au domaine de l’art, de sorte qu’il existe des dominantes à tous les niveaux – d’un

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texte, d’une œuvre, d’un genre, mais aussi d’un art5. C’est cette dimension plus vaste, qui projette
la notion sur le fonctionnement des communautés savante qui nous intéresse ici, car un paradigme
dominant dans les SHS ne rend pas nécessairement caduques, ou faux, les autres, il est tout
simplement plus visible et plus répandu. De nombreux facteurs interviennent pour lui accorder ce
statut, et par ce biais, on rejoint les considérations de Kuhn, afin de penser comment et pourquoi
une méthode, une hypothèse, une interprétation se répandent dans une ou des communautés
scientifiques, quels sont les critères qui les imposent.
C’est dans sa célèbre postface à la deuxième édition de The Structure of Scientific Revolutions que
Kuhn revient sur cette question ; en effet, dans la première version du livre, il avait affirmé qu’il
était souhaitable de dégager le concept de paradigme de la notion de communauté scientifique ;
les paradigmes doivent être analyses à partir du comportement d’une communauté scientifique
préalablement déterminée. Ces affirmations montrent qu’il y accordait alors au moins deux sens
différents à la notion de paradigme : d’une part, il représente tout l’ensemble de croyances, de
valeurs reconnues et de techniques qui sont communes aux membres d’un groupe donné (sens
sociologique du terme); d’autre part : il dénote un élément isolé de cet ensemble : les solutions
concrètes d’énigmes qui, employées comme modèles ou exemples, peuvent remplacer les règles
explicites en tant que bases de solutions pour les énigmes qui subsistent dans la science normale.
Sur un plan philosophique, ce deuxième sens du mot paradigme est plus profond, et aussi la source
de malentendus concernant théorie de Kuhn : accusation de transformer science en une entreprise
subjective et irrationnelle. La question que se pose Kuhn dans ce premier chapitre du livre où il
analyse le paradigme est : dans quelle mesure les principales thèses de ce livre peuvent s’appliquer
à d’autres domaines que la science ?
Dans la Postface de 1969, Kuhn reprend deux questions essentielles de son postulat précédent,
celle du rapport entre les paradigmes et la structure de la communauté, et celle des paradigmes
considérés comme un engagement du groupe. Il commence par affirmer une définition du
paradigme, en tant que ce que les membres d’une communauté possèdent en commun, pour
affirmer que, réciproquement, une communauté scientifique se compose d’hommes qui se réfèrent
au même paradigme. Mot circulaire, difficultés. Besoin étudier structure de communauté
scientifique – ce qu’il ferait pour commencer s’il devait réécrire le livre ; sujet auquel historiens
des sciences et sociologues commencent à s’intéresser à l’époque, domaine aujourd’hui développé.

5
Questions de poétique, Paris, Seuil, 1973, p.

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Communauté scientifique = se compose de ceux qui pratiquent une certaine spécialité scientifique ;
formation et initiation professionnelle semblables, degré inégalé ; assimilé la même littérature
technique et en ont retiré le même enseignement ; les limites de cette litt standard marquent
habituellement les limites d’un domaine scientif ; il y a des écoles, plus rares en sciences que dans
d’autres domaines, c’est-à-dire des groupes qui abordent le même sujet avec des points de vue
incompatibles ; au sein de ces groupes : communication complète, avis unanimes sur le plan prof.
La communication prof d’un groupe à l’autre est souvent difficile. Période pré-paradigmatique,
période post-paradigmatique, transition = avant un certain nombre d’écoles se disputent la
domination d’un certain secteur ; après, en conséquence d’une réussite scientifique notoire, le
nombre des écoles est considérablement réduit, à une seule en général, et on voit s’instaurer un
mode de travail scientifique plus efficace.
Ce qui change qd un groupe arrive à sa maturité ce n’est pas la présence du paradigme mais plutôt
sa nature : activité normale de résolution des énigmes devient possible. Parmi les attributs d’un
science évoluée = acquisition d’un paradigme permettant d’identifier les énigmes stimulantes,
fournissant des éléments de solution et garantissant que le spécialiste vraiment intelligent réussira.
Besoin élucider structure changeante des groupes scientifiques, au cours des temps = un paradigme
régit tout d’abord non pas un domaine scientifique mais un groupe de savants. Nature, taille
groupes en question. Révolution = un changement particulier, impliquant une certaine
réorganisation des choix effectués par le groupe ; pas forcément un changement majeur, pas
nécessaire qu’il paraisse révolutionnaire à des chercheurs extérieurs à cette communauté ;
changement qui se produit régulièrement, à échelle réduite. Voilà pourquoi il est important de
comprendre les changements révolutionnaires par opposition aux changements cumulatifs.
Crises = conditions préalables indispensables aux révolutions.
Dans la partie « Des paradigmes considérés comme ensemble des engagements du groupe », Kuhn
rappelle que la première version de son ouvrage propose au moins vingt-cinq usages différents de
la notion de paradigme. Après élimination de plusieurs confusions, il retient deux usages
principaux : le paradigme comme ensemble des engagements du groupe (objet de cette section),
le paradigme comme exemples communs (section 3). Nous nous concentrons ici sur la première
de ces significations afin de poursuivre notre raisonnement. Que partagent les membres d’une
communauté ? D’après le texte original de Kuhn, un paradigme ou un ensemble de paradigmes,
mais en 1969, il rajoute que dans ce sens l’usage n’est pas approprié, et réexamine la question dans

11
les termes suivants. Les scientifiques disent partager une théorie ou un ensemble de théories : selon
Kuhn notion théorie plus limitée, par sa nature et par sa portée ; Kuhn = une matrice disciplinaire ;
disciplinaire parce que cela implique une possession commune de la part des spécialistes d’une
discipline particulière ; matrice parce que cet ensemble se compose d’éléments ordonnés de
diverses sortes, dont chacun demande une étude détaillée.
Eléments constituants d’une matrice disciplinaire :
1. Généralisations symboliques = catégorie de ces éléments constituantes, qui ressemblent
à des lois de la nature ; éléments formels, ou facilement formalisables ; parfois on les
trouve sous une forme symbolique.
2. paradigmes métaphysiques ou partie métaphysique des paradigmes = adhésion
collective à certaines croyances
3. les valeurs = plus largement partagées que les généralisations symboliques ou les
modèles, contribuent bcp à donner aux scientifiques le sentiment d’appartenance à un
groupe. Leur importance ne varie pas mais elles prend une force particulière qd les
membres d’un groupe défini doivent identifier une crise, ou choisir entre deux manières
incompatibles de pratiquer leur discipline. Valeurs auxquelles on tient le plus : les
prédictions ; aussi : valeurs qu’on fait intervenir pour juger des théories complètes =
elles doivent avant tout permettre de formuler les énigmes et d’en trouver la solution ;
doivent être simples, cohérentes et plausibles = compatibles avec les autres théories
ayant cours.
Un aspect des valeurs demande attention particulière = lorsqu’on fait intervenir les valeurs,
différentes valeurs, considérées isolément dicteraient souvent des choix différents
L’adhésion à certaines valeurs : largement partagée par les scientifiques, mais application
valeurs souvent considérablement influencées par les caractères individuels personnels et
biographiques qui différentient les membres du groupe.
Or : ce qui est commun aux scientifiques n’est pas suffisant pour déterminer une adhésion
uniforme sur des problèmes tels que le choix entre deux théories concurrentes, ou la distinction
entre une anomalie ordinaire et une autre destinée à provoquer une crise
Les jugements de valeur présentent 2 caract dans tous les domaines = tout d’abord des valeurs
communes peuvent être un élément déterminant important du comportement du groupe, même
si les membres de ce groupe ne les appliquent pas de la même manière ; 2nd lieu : une certaine

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variabilité individuelle dans l’application des valeurs communes peut servir des fonctions
essentielles à la science. Les points à propos desquels on doit faire appel aux valeurs sont aussi
invariablement ceux pour lesquels il faut prendre des risques. Si tous les scientif réagissaient à
chaque anomalie comme à une source de crise ou adhéraient à n’importe quelle théorie
nouvelle avancée par un collègue, la science cesserait d’exister ; si personne ne réagissait en
prenant des risques aussi, peu de rév.
4. exemples communs = catégorie pour laquelle choix du mot paradigme approprié aussi bien
sur le plan philologique qu’autobiographique (a incité choix du mot). Les différences entre
divers groupes d’exemples permettent de connaître la structure fine des groupes scientifiques.
MOI= comme corpus pour théories en sciences humaines ?

RECAPITULAR ACA LO QUE DE ESTO SIRVE PARA LA LITERATURA


RETOMAR CUESTIÓN COMUNIDAD, GRUPOS DE EX ARTICULO INITIATION

Malgré tous ces facteurs, on peut considérer que tout paradigme qui s’étend aujourd’hui – qui est
à la mode dit-on communément – contient une dimension qui répond aux questionnements,
implicites ou explicites, d’une communauté déterminée ; les mécanismes institutionnels et
commerciaux qui contribuent à l’imposer n’auraient pas la moindre efficacité/le moindre effet,
sauf extrêmement passagère, si ces paradigmes ne contenaient pas un élément de réponse à ces
questionnements. Il n’y a pas dans nos domaines, d’erreurs concernant la diffusion d’un système.
Mais il y a là une dimension qu’il ne faut jamais écarter, même lorsque nous sommes opposés à
un système dominant.
enfrentamiento: a menudo cuestión retórica

p. 201: la tentative de créer de la connaissance/du savoir nécessite guide: en peut partir de rien,
nécessite une théorie, un point de vue qui permet au chercheur de distinguer ce qui est “relevant”
de ce qui en l'est pas, qui lui dit quels champs sont les plus profitables

206 multiplicity of theories: change the style of argumentation; function of multiplicity

13
209 = que tipos de discursos remove our(s) object(s) from the domain of critical discussion

c. Épistémologie et théorie littéraire

On pourrait penser que l'épistémologie du littéraire coïncide ou semble coïncider avec ce qu'on a
appelé depuis l'époque structuraliste et poststructuraliste la “théorie littéraire”. La naissance du
mouvement, cependant, est généralement datée du Formalisme Russe, et dont l'objectif était de
discriminer, de différentier la “critique” de la “théorie” – et donc de réaliser le déplacement entre
une critique purement évaluative à une analytique. Mais comme on sait le Formalisme Russe
chercha, au départ, à émanciper l’étude des œuvres littéraire du biographisme, du psychologisme
et du sociologisme dominants à l’époque et à les transformer en objet d’une analyse systématique,
dont les méthodes étaient en partie empruntées à d’autres disciplines (la linguistique saussurienne,
la philosophie xxx, la philologie classique), à partir desquelles des démarches spécifiques ont
progressivement été inventées. Un des objectifs des études littéraires consista ainsi à tracer une
différence entre théorie et critique, théorie et modèle, théorie et conceptions de la littérature. En se
développant, la théorie chercha à délimiter un territoire, une rhétorique, des usages, des
méthodologies spécifiques ; dans cette tentative, la critique se considéra comme un “deuxième
corps” par rapport au texte littéraire (Ludmer). Elle se définit par le caractère délibérément
systématique et scientifique ; la théorie postule un objet comme étant spécifique à la littérature –
non pas la littérature mais la littérarité6.

Or, l’histoire de la réception de la théorie littéraire, et de sa productivité, est aussi nationale ; si les
domaines français et américains furent les portes d’entrées du Formalisme Russe en Occident,
grâce à des critiques comme Roman Jakobson et Tzvetan Todorov, son incorporation et
institutionnalisation diffèrent largement ; aux États-Unis, où les formations universitaires ne
connaissent pas d’unification nationale, et où les sciences humaines et sociales ont connu des
périodes de forte autonomie, l’incorporation en tant qu’instrument et mode de connaissance
présente des variations importantes selon l’institutions ; en France, où la tradition des études
littéraires et les systèmes nationaux de certification, inscrits dans une topographie des études
tertiaires particulière divisée comme on sait en universités et grandes écoles, la théorie littéraire

6
FR xxx

14
est présente dans les sous-disciplines selon l’intérêt et les possibilités des enseignants, et n’existe
pratiquement pas en tant que module ou discipline7. Néanmoins, la théorie conserva le sens qu’elle
a eu pour Todorov, tel qu’il le raconter dans xxx : transformée en une théorie formelle des textes,
la théorie perdit l’empreinte politique qu’elle a eu lors des premières années de son développement
dans la Russie pré et post révolutionnaire. En effet, Todorov raconte que ce type d’analyse formel
proposait une alternative qui permettait d’échapper à l’idéologie imposée par le pouvoir
communiste et de « dépolitiser » l’étude de la littérature. Il s’agissait, bien entendu, uniquement
d’échapper à ce type précis de politisation, mais en France l’approche formelle garde la trace de
cette dépolitisation. En Argentine, et d’autres pays hispanoaméricains, en revanche, la réception
du Formalisme Russe et la revendication de la tentative de systématisation de l’objet littéraire, qui
commencent autour de xxx, prennent un autre sens, puisque ce sont les intellectuels progressistes,
de gauche et généralement engagés politiquement, qui se tournent vers ces théories, dont la
réception est donc contemporaine des théories des années 1960 et 1970 ; liée à la diffusion du
marxisme et de la psychanalyse, la théorie littéraire connaîtra une lente institutionnalisation en
raison de l’alternance de périodes démocratiques et de dictatures militaires8. C’est à partir du retour
de la démocratie en 1984, après la dernière dictature militaire (1976-1983), que la théorie littéraire
s’autonomise et s’institutionnalise ; non seulement il existe des modules intitulés « Théorie
littéraire » (trois niveaux dans la carrière de Lettres à l’Université de Buenos Aires), mais il existe
des intellectuels identifiés comme des « théoriciens de la littérature » ; l’un des plus importants
d’entre eux, Jorge Panesi, que je serai souvent amenée à mentionner, a assuré pendant plus de
vingt-ans le module « Analyse et théorie littéraire I », obligatoire pour tous les étudiants de la
carrière de Lettres, et populaire parmi les autres formations. La théorie constitue donc la base
même de la formation des étudiants en littérature. J’ai eu l’occasion d’évoquer à plusieurs reprises
ma formation première à l’Université de Buenos Aires, au moment du retour de la démocratie9,
raison pour laquelle mon travail de comparaison du statut de la discipline littéraire concerne
essentiellement la France et l’Argentine10. Ma double formation se trouve à la base des réflexions

7
EHESS, Master en Théorie littéraire, peu de modules spécifiquement créés pour cette formation.
8
Concernant l’histoire de l’institutionnalisation de la théorie littéraire en Argentine, voir les numéros xxx, xxx, et
xxx de la revue Luthor, où Gustavo Rivas, Juan Manuel Lacalle retracent l’histoire de la constitution de la TL en tant
que champ d’étude et de savoir définissable et identifiable. xxx
9
Pezzoni xxx, Ludmer xxx
10
UBA – Faculté de Philosophie et lettres – Carrière de Lettres : contenu des modules fixé, variable selon périodes et
gouvernement – pas comme en Fr sous division ; Processus de démocratisation rapide dû à plusieurs facteurs parmi
lesquels nomination de Enrique Pezzoni et Jorge Panesi comme directeurs – dont les parcours expliquent en partie la

15
proposées, et aspire à ouvrir la voie d’une forme de théorie comparée.
Revenons donc à notre question initiale : pourquoi parler d’épistémologie et non pas de théorie
littéraire ? Ma position personnelle est que les enjeux de la TL sont des enjeux de connaissance,
et, en ce sens, elle constitue une épistémologie. Néanmoins, les deux concepts ne se superposent
pas, il s’agit donc de réfléchir aux nuances que ces démarches proposent, sans pour autant les
mettre en concurrence, ou essayer de prouver la supériorité de l’une par rapport à l’autre. Au
moment de m’engager dans ces réflexions, la dimension de l’ordre de la connaissance me semblait
peu présente dans la discipline littéraire, y compris chez ceux qui se revendiquent de la théorie
littéraire. Il va de soi néanmoins qu’opérer un choix, pour un terme, c’est aussi s’inscrire dans une
tradition ; nos savoirs faire nous mènent vers des connaissances et non pas vers des vérités : étudier
la littérature équivaut à développer des systèmes non aléatoires de connaissance, qui par leur
réflexion proposent des mondes possibles inscrits dans les textes littéraires.
Avant de proposer une rapide comparaison de quelques objets dans la théorie littéraire et à
caractère épistémologique, précisons qu’une des raisons qui nous a amené vers l’épistémologie,
est le fait que la théorie littéraire n’implique pas nécessairement l’incorporation des conditions de
production du chercheur. C’est, bien entendu, le cas chez les théoriciens que je convoque ; les
travaux de Josefina Ludmer, Jorge Panesi, Marcelo Topuzian sont exemplaires en ce sens ; cette
dimension est présente dans leurs travaux écrits, mais l’était également dans leurs cours. Le propre
de l’effet de naturalisation que produit l’institutionnalisation d’une forme de savoir est peut-être
précisément de dérober cette dimension. En revanche, la démarche épistémologique ne peut s’en
passer ; la connaissance implique le sujet qui connaît – « connait » voulant dans ce cas signifier
celui qui observe, décrit, interprète, associe, explicite, et ne désignant pas uniquement un problème
philosophique (le sujet connaissant).

Quelles sont ces questions et questionnement ? j’en mentionne quelques-uns :

 Réflexion sur l’objet


 positionnement de celui qui observe, écrit et interprète

rapidité et le type de changements

16
 questionnement sur la place des études littéraires dans la topographie des SHS

qui ne sont pas ou n’étaient pas des questions privilégiées ou travaillées par la TL
MAIS ASPECT ESSENTIEL DE L’EPISTÉMOLOGIE n’est pas la définition d’objets spécifiques
mais comme on va le voir – l’introduction/incorporation d’une dimension – de plusieurs
dimensions à nos objets de travail traditionnels
L’épistémologie n’est pas une discipline, ou une sous-discipline – c’est une dimension

Retour à Kuhn – tentative de penser les discours qui prennent pour objet la littérature (+traductions,
et toutes les productions apparentées) comme des formes de savoir
Bien entendu question : quelles formes de savoir ? ce qui est différent de dire que la littérature est
une forme de savoir – question sur laquelle se sont penchés différents spécialistes des SHS en
France depuis 15-20 ans
Quelles formes de savoir que produisent les discours sur la littérature dans leurs différences
et leurs spécificités? quelle est leur place, leur rôle dans la topographie des SHS passées et
actuelles ?

En revanche = L'objectif de la théorie était de délimiter un territoire, une rhétorique, des usages,
des méthodologies spécifiques ; dans cette tentative, la critique se considéra comme un “deuxième
corps” par rapport au texte littéraire (Ludmer). Elle se définit par le caractère délibérément
systématique et scientifique; la théorie postule un objet comme étant spécifique à la littérature (la
littérarité).

Voici quelques exemples d'objets d'étude de la théorie littéraire: théorie comme un système
d'exposition (Ludmer)

1. le problème de l'idéologie dans son rapport à la littérature


2. rapports entre littérature et autres disciplines
3. rapport entre la théorie littéraire et d'autres sciences (linguistique, psychanalyse, marxisme,
sociologie, etc.)
4. histoire analytique des différentes théories de la littérature

17
5. poser des problèmes spécifiques: tels que la spécificité, le problème de l'interprétation,
question de l'histoire littéraire, le problème de la structure en littérature, le concept de
système, les fonctions, formes, techniques, etc.
6. déterminer un corpus et essayer de voir quels problèmes théoriques il suscite et comment
ces problèmes pourraient être traités par différentes tendances interprétatives, écoles, etc.

comme je l’ai dit = l’épistémologie du littéraire peut prendre pour objet ce type d'interrogations,
mais essentiellement il ne s'agit pas de définir des objets particuliers (qui constitueraient un type
de questionnements spécifiques à une épistémologie du littéraire) mais de continuer à travailler sur
les mêmes types d'objets en modifiant l'approche: pour cette raison, plus qu'une discipline c'est
une façon de traiter les objets

Par ailleurs, implicitement la théorie littéraire établit une hiérarchie dans le mode d'étude
de la littérature. C'est ce qui fit sa force et qui a permis de définir un territoire spécifique (aux
caractéristiques différentes dans les diverses communautés intellectuelles) ; cela signifiait qu'on
accordait une valeur maximale à la théorie – c'est-à-dire: cela impliquait une réorganisation des
pratiques des études littéraires à partir d'une hiérarchie, au sommet de laquelle se trouvait la théorie
– en tant que pratique qui avait la capacité de percevoir les implications et les implicites dans les
discours sur la littérature.
Ainsi un des présupposés de la théorie = un discours spécialisé, qui exclut l'essai traditionnel parce
qu'elle en le considère pas comme étant théorique; que lorsque l'objet est un texte littéraire, ce n'est
pas de la théorie qu'on produit: la théorie étudierait précisément les essais (et autres productions)
sur les textes. Pourtant, certains des intellectuels qui proposaient cette séparation ont cultivé l'essai,
et se sont intéressés au genre essai, en partie en raison de la diffusion de modèles tels que Gaston
Bachelard, Roland Barthes. Pour cette raison, cette différence entre critique et théorie a été
importante moins au niveau des pratiques d'écriture (où elle a été réorganisée par ces modèles; en
Argentine, en raison de la proximité entre écriture littéraire et critique; en France, les enjeux
différents et relèvent d'une tradition rhétorique), mais au niveau de l'enseignement de la littérature.

Autres questions, auxquelles je donnerai aujourd’hui une réponse rapide, retour an


prochain :

18
1. Qu’est-ce qu’est la théorie littéraire ?
2. A quoi sert la théorie littéraire? A quoi doit servir ou peut servir la TL ?
3. Emplacement de la théorie littéraire : module et discipline autonome ? – question
proche de celle de l’interdisciplinarité = devenir un champ spécifique de connaissance
– ce qui implique être enseigné comme tel ou transversal

1. Qu’est-ce qu’est la théorie littéraire ?

Plusieurs conceptions TL : conception large opposée à une conception restreinte (en partie
de Lacalle, Riva)
Conception restreinte = Culler, Eagleton, tradition french theory = série de courants théoriques
du XXe siècle, dont le point commun est de se penser en rapport au structuralisme de la
linguistique ; histoire formée essentiellement par : FR, l’école de Prague, structuralisme français
des années 1960, et le poststructuralisme. Partie marginale : herméneutique, ou critique
idéologique, psychanalyse ou philosophie spéculative, c’est-à-dire les courants de pensée qui
englobent le phénomène littéraire dans le cadre de préoccupations plus générales ; autres aspects
reliés : new criticism, esthétique de la réception, narratologie, reader response criticism…
Nouvelles théories qui étudiant aspects sociaux, politiques et moraux généralement perçus comme
de la post-théorie.
Tradition qui laisse dans l’ombre de nombreuses réflexions sur la littérature du XXe siècle ; résultat
du triomphe de la théorie poststructuraliste des années 1980 ; laisse aussi de côté tout ce qui
précède le formalisme russe : exemple philologie du 19s, esthétique romantique…

Conception large : réflexion sur les phénomènes littéraires et ses caractéristiques au-delà d’un
corpus particulier
Etroitement lié à l’enseignement des lettres (=littératures)
Le fait littéraire – définir un champ de savoir, le nommer

2. A quoi sert la théorie littéraire ?

19
Réponse de Jorge Panesi: para pensar. La teoría literaria sirve para pensar la literatura o para
pensar en seco. La teoría solo sirve para pensar y no para otra cosa. De otro modo, la literatura
sería la arena a la cual yo le pongo un molde y ese molde es siempre el mismo para cuentos,
novelas. Eso me parece que es la negación misma de la literatura, sea lo que sea la literatura.
Todavía no avanzamos sobre ese camino. Sin teoría no se puede leer, pero una teoría que se
aplique, palabra por palabra, a los textos literarios los escarcha, los hace sonar. Los textos literarios
tienen, me parece, una relación entre lo universal, dado por la teoría literaria ya que pretende cierta
generalidad, y la particularidad que todo texto es. No hay una poesía igual a otra, no es una poesía
o un cuento intercambiable por cualquier otro cuento. Si yo leo metido en el mismo molde, lo que
hago es contrariar el principio de relación del texto como lo particular con algo general. No digo
que los textos sean solo particularidades, pero la teoría no sirve para ser aplicada como una receta.
Cada texto le va a presentar al lector especializado que serían ustedes un problema, por lo tanto,
la teoría les daría una serie de armas para enfrentarse al texto. Se supone que el buen crítico literario
es el que hace decir a un texto lo particular que ese texto tiene. Paradójicamente, ahí la teoría lo
que permite es pensar.

Réponse de Jerónimo Ledesma : Por “teoría literaria” entiendo, en plural, teorías de la literatura
o explicaciones sobre la naturaleza, producción y funcionamiento de un discurso histórico llamado
“literario”, es decir, una parte muy acotada y pequeña, y acaso diversa, de lo que un colaborador
de Luthor llamó “teoría”. [3] Incluyo en esta definición la teoría literaria como poética, es decir,
la disciplina que estudia las categorías de análisis de la producción literaria.
Ciertamente, se interpone aquí, desde el momento en que enunciamos “teoría literaria” en singular,
si no en mayúsculas, el problema de la conformación de una “disciplina” como campo autónomo
de saber, y el de la propia literatura, o lo literario, o la literaturidad, como objeto autónomo de
conocimiento. Es sabido que desde el formalismo ruso en adelante, bajo el signo de Saussure, la
teoría literaria reclamó su autonomía, incluso su autarquía, y trabajó por ellas buscando definirse
críticamente a partir de modelos científicos. Lo exterior y lo intrínseco, lo extratextual (o
contextual) y lo textual, como se leen por ejemplo en la Teoría literaria de Wellek y Warren (1953),
son divisiones producidas por tales esfuerzos de autonomización.
Menciono este problema de historia de la disciplina porque es ineludible, pero no me hago cargo
de él. De hecho, lo percibo como un falso problema epistemológico. Que una cierta teoría literaria

20
pueda ser una sociología de la literatura, una filosofía, una geografía, una historia o varias de estas
cosas a la vez, puede afectar las pretensiones de autonomía de la Teoría Literaria, es cierto, pero
no afecta necesariamente el carácter “literario” de una teoría, que está relacionado, siempre, con
el carácter o estatuto de su objeto. Y esto es así porque considero que tratar el fenómeno literario
en su complejidad permite y a menudo exige un alto grado de “promiscuidad” epistemológica,
metodológica y disciplinar. Frecuentemente, una teoría literaria participa por la exigencia misma
del objeto literario de varios campos de conocimiento, y no ceder a esa exigencia sería falsear la
investigación.
Más que un asunto de la teoría literaria, la metodología de la investigación (que no es equivalente
al análisis de textos, como sugiere la pregunta) es un asunto de epistemología. Es decir, es una
cuestión vinculada con el cuerpo de preguntas y explicaciones acerca de la generación de
conocimientos válidos, en este caso en relación con objetos de carácter literario. Si bien ese cuerpo
de preguntas y explicaciones son de carácter teórico, pertenecen a un espacio gnoseológico
específico, y entiendo que ese espacio debe abordarse y redefinirse para cada investigación.

3. Question de l’emplacement – abordée rapidement par le biais d’exemples et par


le retour à la situation en France

= même situation que l’interdisciplinarité :

son emplacement autant en termes épistémiques qu'en termes d'organisation institutionnelle


de la recherche et de l'enseignement.

Au niveau de la formation, on pourrait résumer ainsi la situation:


À quel moment doit intervenir la formation en TL ? en Argentine comme on a vu module de base,
suivi par tous les étudiants – en Fra plutôt aboutissement d’un parcours
Emplacement dépend de la conception de la TL et de l’usage qu’on doit en faire
+ engage une réflexion sur l’histoire de la discipline, les études littéraires

Au niveau de la recherche = même chose – soit usage dès les débuts, soit considérée comme
l’étape suprême, l’aboutissement du parcours d’un chercheur

21
Comme si l’apprentissage de l’analyse littéraire et celui de la TL ne pouvaient être
complémentaires.

Quelques éléments sur la situation en France :

- Sort de la TL certainement lié en France à celui du structuralisme – et à celui des usages


pédagogiques du structuralisme
- TL servi à contrecarrer la domination de l’histoire littéraire depuis le 19 s
- EHESS-ENS : Master Théorie littéraire que certains dans cette salle suivent : objectif était
précisément de renouveler les études littéraires – par rapport à ceci : davantage formation
que renouvellement ? surtout question emplacement : Master
- pas d'entrée théorie littéraire dans l’Universalis ni dans le Nouveau dictionnaire
encyclopédique des sciences du langage – Todorov/Ducrot, Ducrot/Schaeffer (Etudes
littéraires, Poétique)
- en revanche : Fabula Atelier théorie littéraire : en particulier entrée Théorie de la théorie

 Auteur
 Bibliothèques
 Champ
 Contraintes
 Les dehors de la littérature
 Edition
 Emotions et Empathie
 Espace
 Etudes culturelles
 Fiction
 Figures
 Génétique
 Genres et Registres
 Histoire
 Interprétation

22
 Intertextualité
 Lecture
 Littérature comparée, littérature mondiale
 Lyrisme
 Littératures factuelles
 L'oeuvre littéraire
 Politique et Morale de la littérature
 Personnage
 Polyphonie
 Pourquoi les études littéraires?
 Représentation
 Signe
 Style et Manière
 Sujet
 Texte et Textes possibles
 Théorie de la théorie
 Traduction
 Valeur
 Voix

RAPIDE CONCLUSION POUR AUJOURD’HUI


TL-épistémologie = un dernier mot:
La TL espace de lectures politiques spécifiques et concrètes en Argentine + lieu de réflexion sur la
question de la dépendance de l’étranger et la construction d’un discours propre
En France en revanche TL rarement lieu d’une telle politisation ; bien entendu il n’y pas de
discours neutre, mais ceux qui se revendiquent et se consacrent à la TL écartent la réflexion
explicite sur ses implications idéologiques et politiques

Problème rencontré au départ dans mon choix du terme d’épistémologie : tradition française
en fait un champ déconnecté des conditions de production (discursives et autres) et de la réflexion
sur l’idéologie et le politique

23
Ce pourquoi je l’ai abandonné à un moment (disparu de l’intitulé du séminaire) – puis je suis
revenue : séminaire, mes travaux, permettent de resignifier lentement le mot

= tout ceci implique un retour nécessaire sur une question peu abordée en France – ce qu’on peut
appeler « la fonction politique de la critique »
= toute connaissance en SHS est polémique est stratégique
(JL)

XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX

Notas sobre el caso argentino :

Nomenclatura : introducción a la literatura – teoría literaria

Aparición cátedras paralelas años 1950 = supresión por decreto presidencial el 22 de noviembre
de 1949 de arancel universitario, educación gratuita, popularización universidad – matrícula???
Permite crecimiento planta docente.

Coexistencia tendencias disímiles Parte II: Barrenechea – Monner Sans

1974 = por primera vez asignatura TL = TL I = Octavio Prenz, adjunta Hortensia Lemos

Teorías y teoría literaria – historia de las concepciones de la literatura

Différence entre conceptions de la littérature et théorie de la littérature


Dans une certaine mesure = recouvre lecteurs professionnels/non professionnels
Question langage = Panesi: Ustedes no son lectores “naïf”, ingenuos, sino que tiene una serie de
presupuestos con respecto a los textos literarios y cómo leerlos. Seguramente estos no van a
coincidir con las aspiraciones que tienen los críticos literarios de las catacumbas de Puán como yo
mismo. Yo voy a intentar imponerles un lenguaje que, en parte, es compartido por una serie de
cátedras de esta facultad. Por un rato, hablaremos ese lenguaje.

24
Marcelo Topuzian sobre Diego Peller :

La difícil institucionalización académica de la teoría literaria –su permanente implicación en


polémicas, disputas, ajustes de cuenta, más o menos personales, aun en los tiempos de su supuesta
consagración local, durante los años ochenta y los primeros noventa– no solo obliga a reactualizar
–más o menos apologéticamente– las tesis de Paul de Man sobre la resistencia intrínseca de y a la
teoría, sino a interrogarse específicamente sobre los perfiles vernáculos de la disciplina, con la
dificultad agregada de que esta interrogación se ejerce sobre materiales que incluyen más revistas
literarias que libros, tesis y tratados, y más individualidades carismáticas que grupos o programas
de investigación.

La propuesta de Peller, en este sentido, es magistral: desde el principio, “de lo que se trataba no
era instituir un discurso crítico impersonal, objetivo” –es decir, de aquello que el programa
culturalista ilustrado y modernizador imagina como ‘teoría’– “sino de instaurar un sujeto crítico
que cubriera el vacío de esa carencia institucional”; situar “al sujeto de la enunciación en el lugar
del objeto del enunciado”. “No las ideas, o la ideología: el sujeto”(166): en esto consiste el
teoricismo constitutivo de la crítica literaria argentina, y en él se cifra aquello que en Argentina
podría entenderse, todavía hoy, como teoría literaria. Pero seguimos sin explicar concretamente
cómo, es decir, sin definir el gesto y la figura de la teoría argentina.

La respuesta es la pasión. “Más allá de un programa, de una voluntad renovadora de las


herramientas teóricas, de un juego de posiciones dentro del campo intelectual, el gesto auto insiste
(…) con la fuerza de una pasión” (167). Peller teoriza esta pasión del sujeto crítico a partir de Alain
Badiou y una categoría mediadora fundamental: la “pasión de lo real” (119n, 186n, 230-231). “Que
esta pasión de lo real haya desplegado su intensidad”, afirma Peller, “tanto en el terreno político
como en los terrenos artístico, teórico, filosófico, desarticula la matriz interpretativa montada
justamente sobre la supuesta tensión entre vanguardia estética y radicalización política”
característica del paradigma explicativo del período propio del consenso historicista, desarrollista
y modernizador. La pasión de lo real es la lógica que se da “tanto en las vanguardias estéticas y
teóricas de la Argentina de los 70, como en las organizaciones políticas más radicales, como así
también en las incipientes instituciones psicoanalíticas” (231), y que obliga a la sistemática puesta

25
en cuestión de cualquier supuesta convicción acerca de la realidad, de cualquier ideología y de
cualquier semblante, en una operación recursiva de autodepuración y autodistancimiento.

Voici quelques exemples d'objets d'étude de la théorie littéraire: théorie comme un système
d'exposition (Ludmer)11
7. le problème de l'idéologie dans son rapport à la littérature
8. rapports entre littérature et autres disciplines
9. rapport entre la théorie littéraire et d'autres sciences (linguistique, psychanalyse, marxisme,
sociologie, etc.)
10. histoire analytique des différentes théories de la littérature
11. poser des problèmes spécifiques: tels que la spécificité, le problème de l'interprétation,
question de l'histoire littéraire, le problème de la structure en littérature, le concept de
système, les fonctions, formes, techniques, etc.
12. déterminer un corpus et essayer de voir quels problèmes théoriques il suscite et comment
ces problèmes pourraient être traités par différentes tendances interprétatives, écoles, etc.

En revanche, l'épistémologie du littéraire peut prendre pour objet ce type d'interrogations, mais
essentiellement il ne s'agit pas de définir des objets particuliers (qui constitueraient un type de
questionnements spécifiques à une épistémologie du littéraire) mais de continuer à travailler sur
les mêmes types d'objets en modifiant l'approche: pour cette raison, plus qu'une discipline c'est
une façon de traiter les objets – voilà pourquoi nous allons interroger cette notion d'objet.
Par ailleurs, implicitement la théorie littéraire établit une hiérarchie dans le mode d'étude de la
littérature. C'est ce qui fit sa force et qui a permis de définir un territoire spécifique (aux
caractéristiques différentes dans les diverses communautés intellectuelles) ; cela signifiait qu'on
accordait une valeur maximale à la théorie – c'est-à-dire: cela impliquait une réorganisation des
pratiques des études littéraires à partir d'une hiérarchie, au sommet de laquelle se trouvait la théorie
– en tant que pratique qui avait la capacité de percevoir les implications et les implicites dans les

11
Ludmer xxx

26
discours sur la littérature. Ainsi un des présupposés de la théorie = un discours spécialisé, qui
exclut l'essai traditionnel parce qu'elle en le considère pas comme étant théorique; que lorsque
l'objet est un texte littéraire, ce n'est pas de la théorie qu'on produit: la théorie étudierait
précisément les essais (et autres productions) sur les textes. Pourtant, certains des intellectuels qui
proposaient cette séparation ont cultivé l'essai, et se sont intéressés au genre essai, en partie en
raison de la diffusion de modèles tels que Gaston Bachelard, Roland Barthes. Pour cette raison,
cette différence entre critique et théorie a été importante moins au niveau des pratiques d'écriture
(où elle a été réorganisée par ces modèles; en Argentine, en raison de la proximité entre écriture
littéraire et critique; en France, les enjeux différents et relèvent d'une tradition rhétorique), mais
au niveau de l'enseignement de la littérature.

CONCLUSION + rajouter ni l’épistémologie ni la théorie littéraire et leur histoire peuvent


être dissociées de l’histoire de l’enseignement de la littérature

27