Vous êtes sur la page 1sur 1

Le 19 novembre dernier, le Premier ministre annonçait une augmentation spectaculaire des frais d'inscription pour les étudiants extra-européens à la rentrée 2019. Dans le même communiqué Édouard Philippe évoquait paradoxalement la volonté d'accueillir plus d'étudiants étrangers dans les années à venir. Ce projet trouve une résonance avec la situation auquelle nous assistons et contre laquelle nous nous opposons depuis la rentrée 2018.

Le 12 juillet 2018, 2 jours avant les fermetures estivales de l'Ecole Beaux-Arts de Nantes, les étudiants de master 1 et de licence 3 ont reçu un email annonçant une augmentation brutale des frais d'inscription. L'an passé les frais inscription étaient sans distinction de 600€, ils restent inchangés pour les étudiants européens en licence par contre ils passent à 900€pour les étudiants européens en master. Quant aux étudiants non européens ils voient cette année leurs frais d'inscription en licence doubler soit 1200 et tripler en master soit 1800 €.

L' augmentation des frais d'inscription a été discutée en Conseil d'Administration dès le 28 juin 2017 et adoptée le 28 juin 2018. Il est honteux que l'information n'ait pas été transmise avant car elle place les étudiants devant le fait accompli. Pour un grand nombre d'entre eux il est difficile de préparer des moyens financiers pour y faire face et trop tard également pour pou­ voir candidater dans une autre École. D'autant plus pour les étudiants non-européens qui, sous peine de ne pas obtenir leur titre de séjour et de ne pas pouvoir passer leurs examens, se sont résolus à payer leurs inscriptions.

Les augmentations ont été dans un premier temps justifiées par l'argument suivant: « afin de garantir une égalité de traitement à l'ensemble des étudiants de master et permettre à tous de bénéficier de ces dispositifs pédagogiques».

Par la suite différentes justifications ont ensuite été données, comme le financement des campus et des voyages imposés en quatrième année (appelé projections internatio­ nales) au sein de trois campus: Dakar, Marfa et Suncheon et la bourse de 400 euros qui est allouée au diplôme de Master. Pour finalement admettre qu'il s'agissait principalement de recouvrir des frais importants, provoquée par une sous apréciation du budget d'entretien du nouveau bâtiment.

Ces sommes ne sont pas anodines, elles représentent entre 1 et 4 mois de loyer. Nombre d'entre nous doit travailler à côté de leurs études pour subvenir à leurs besoins, ce qui nous laisse bien moins de temps pour étudier et apprendre en atelier. Pour un grand nombre, cela revient à ôter jusqu'à 5,9€ par jour.

Ces augmentations font de l'Ecole des Beaux-Arts de Nantes la plus chère de France en master.

Sous quel prétexte établit-on soudain une telle différence de traitement entre étudiants européens et non européens aujourd'hui ?

La direction justifie cette discrimination par le fait que leurs parents ne paient pas d'impôts en France. Cet argument n'est pas valable car la moitié des foyers français sont non imposables. De plus, si leurs parents ne paient pas d'impôts en France, un étudiant étranger paye comme tout le monde la taxe d'habitation, l'impôt sur le travail, si tel est le cas, et les coûts de vie globaux (TVA, etc.). li participe donc, au même titre que n 'importe quel autre étudiant, à l'économie locale et nationale. Les étudiants non européens doivent déjà faire face à des frais et des difficultés spécifiques (coût des titres de séjour, plus grandes difficultés pour trouver un job étudiant, limitation de l'autorisation de travail à 20h / semaine, coût des transports pour garder le lien avec la famille, coût éventuel de cours de français, etc.). En outre, les salaires moyens sont, dans la plupart des pays non européens, inférieurs au SMIC français ce qui rend l'augmentation des frais pour la plupart des étudiants non européens bien plus grande.

Il nous semble pourtant que l'École des Beaux-Arts de Nantes met l'accent dans sa communication sur son ouverture vers l'international et cherche ainsi à promouvoir son attractivité. La création d'une classe préparatoire internationale nous semble confirmer le grand intérêt que suscitent les étudiants internationaux.

L'école désire t-elle réellement promouvoir la diversité culturelle au sein de ses étudiants? Une telle augmentation des frais d'inscription réduit drastiquement l'ouverture de l'école: seuls les ressortissants de pays ayant un niveau de vie égal ou supé­ rieur à la France pourront désormais se permettre de tenter le concours. À long terme, cette démarche entraine la disparition des élèves issus de la classe moyenne, européens où non européens, n'étant pas assez précaires pour bénéficier des aides, et n'ayant pas les moyens de suivre cette augmentation des frais. Nous ne soutenons pas certains propos tenus par le corps administratifs au sujet de la thésaurisation des familles comme la Corée, qui justifierais cette différence de traitement. L'orientation internationale de l'école serait-elle menée économiquement vers certains pays aux classes sociales aisées? De quelle diversité parlons-nous alors? Il faut penser aux engagements vis-à-vis de l'international au sein de notre école. L'équité sociale doit-être remise au centre des préocupations de notre établissement.

Il existe une paupérisation réelle et inquiétante des étudiants, européens comme non-européens. Au sein du contexte nantais par exemple le« quartier de la création» sur l'île de nantes tout en rendant la vie plus attractive n'a fait qu'augmenter les prix des logements, de la restauration et des taxes. Un gouffre se creuse entre les moyens financiers des étudiants et le cout réel de la vie. Les classes moyennes se précarisent et s'endettent d'où les soulèvements de ces derniers jours.

Cette augmentation double le système de sélection: obtenir le concours de l'école est une chose, pouvoir la financer en est une autre. Par conséquent, nous réclamons aujourd'hui une annulation de la décision du Conseil d'administration d'augmenter les frais ainsi qu'une équité inter-étudiante.

Nous, étudiants des Beaux-arts de Nantes, revendiquons la place qui nous revient dans les préoccupations de l'administration. La fonction principale d'une école reste la transmission de savoir au corps étudiant. Nous demandons à replacer l'enseignement au centre des préoccupations de l'école, sans cloisonnement ni discrimination. Nous considérons que les projets doivent se faire dans l'intérêt des étudiants, et les décisions assumées et réfléchies en conséquence. Un dialogue est bien-sûr engagé avec l'administration avec laquelle nous espérons trouver des solutions.

'----\�

Ill

c.it��.

Comité de Représentation Etudiante Pour les Etudiants des Beaux-Arts de Nantes