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Libéralisation du commerce
mondial et pays en développement
Services du FMI Novembre 2001

I. Commerce international et économie mondiale

II. Avantages de la libéralisation des échanges

III. Il faut poursuivre la libéralisation du commerce international

IV. IV Récolter les fruits des efforts consentis

Au cours des dernières décennies, l'économie mondiale a connu une croissance


rapide. Cette croissance a été en partie alimentée par la progression encore plus
rapide du commerce international. La croissance du commerce, quant à elle, résulte
à la fois d'évolutions technologiques et d'efforts concertés pour réduire les obstacles
aux échanges. Certains pays en développement ont ouvert leurs économies afin de
tirer pleinement parti des chances de développement économique offertes par le
commerce, mais nombreux sont ceux qui s'en sont abstenus. Les obstacles aux
échanges qui persistent dans les pays industrialisés sont concentrés sur les produits
agricoles et les fabrications à forte intensité de main-d'œuvre, pour lesquels les pays
en développement sont comparativement avantagés. La poursuite de la
libéralisation des échanges, en particulier dans ces domaines, par les pays tant
industrialisés qu'en développement, aiderait les plus pauvres à sortir de l'extrême
pauvreté tout en bénéficiant également aux pays industrialisés eux-mêmes.

I. Commerce international et économie mondiale

L'intégration dans l'économie mondiale s'est avérée pour les pays un moyen puissant
de promouvoir la croissance économique, le développement et la réduction de la
pauvreté. Au cours des 20 dernières années, la croissance du commerce mondial a
atteint un taux de 6 % par an en moyenne, soit une progression deux fois plus rapide
que celle de la production mondiale. Mais le commerce est un moteur de croissance
depuis bien plus longtemps encore. Depuis 1947, année de la création de l'Accord
général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT), le régime de commerce
mondial a bénéficié de huit cycles de libéralisation multilatérale des échanges, ainsi
que de libéralisations unilatérales et régionales. Le dernier de ces huit cycles, (dit
«cycle d'Uruguay», achevé en 1994) a d'ailleurs conduit à établir l'Organisation
mondiale du Commerce pour administrer le corpus en expansion des accords de
commerce multilatéraux.

L'intégration de l'économie mondiale qui en a résulté a relevé les niveaux de vie dans
le monde entier. La plupart des pays en développement ont eu leur part de cette
prospérité; dans certains d'entre eux, les revenus ont spectaculairement augmenté.
En tant que groupe, les pays en développement ont acquis une importance beaucoup
plus grande dans le commerce mondial — ils représentent à présent un tiers des
échanges internationaux, au lieu d'un quart au début des années 1970. De nombreux
pays en développement ont considérablement augmenté leurs exportations de
produits manufacturés et de services par rapport aux exportations traditionnelles de
produits de base : les produits manufacturés atteignent à présent 80 % des
exportations des pays en développement. En outre, les échanges entre pays en
développement ont progressé rapidement, et 40 % de leurs exportations sont
maintenant destinées à d'autres pays en développement.

Cependant depuis quelques décennies les progrès de l'intégration ont été inégaux.
Ces progrès sont très impressionnants dans un certain nombre de pays en
développement d'Asie et, dans une moindre mesure, d'Amérique latine. Ces pays ont
réussi parce qu'ils ont décidé de participer au commerce mondial, ce qui les a aidés
à attirer l'essentiel des investissements directs étrangers dans les pays en
développement. C'est vrai de la Chine et de l'Inde depuis qu'elles ont adopté la
libéralisation du commerce et d'autres réformes en faveur du marché, ainsi que des
pays à haut revenu d'Asie — comme la Corée et Singapour — qui étaient eux-mêmes
pauvres avant les années 1970.

Mais pour beaucoup d'autres pays les progrès ont été moins rapides, en particulier
en Afrique et au Moyen-Orient. Les pays les plus pauvres ont vu leur part du
commerce mondial décliner substantiellement, et s'ils n'abaissent pas leurs propres
barrières commerciales, ils risquent d'être marginalisés encore davantage. Environ
75 économies en développement et en transition, dont la quasi-totalité des pays les
moins développés, correspondent à cette description. Contrairement aux pays qui
ont réussi leur intégration, ils dépendent de façon disproportionnée de la production
et de l'exportation de produits de base traditionnels. Les facteurs de leur
marginalisation sont complexes, et comprennent des problèmes structurels
profondément enracinés, la médiocrité des institutions et des politiques, et les effets
du protectionnisme tant chez eux qu'à l'étranger.

II. Avantages de la libéralisation des échanges

Les politiques qui ouvrent une économie au commerce et aux investissements du


reste du monde sont indispensables à une croissance économique soutenue. Sur ce
point les faits sont établis. Depuis plusieurs décennies, aucun pays n'a connu la
réussite économique, manifestée par l'augmentation substantielle des niveaux de vie
de sa population, sans être ouvert sur le reste du monde. Inversement, l'ouverture
aux échanges — ainsi qu'à l'investissement direct étranger — a constitué un élément
important de la réussite économique de l'Asie orientale, où au cours des 20 dernières
années la moyenne des droits d'importation est tombée d'un niveau de 30 % à 10 %.

L'ouverture de leur économie sur le marché mondial est le facteur essentiel qui a
permis à de nombreux pays en développement de se doter d'avantages comparés
dans la fabrication de certains produits. Dans ces pays, que la Banque mondiale
appelle les «nouveaux mondialistes», le nombre de personnes vivant dans la
pauvreté absolue a diminué de plus de 120 millions de personnes (soit 14 %) entre
1993 et 1998.1

Il existe un faisceau considérable de faits montrant que les pays qui sont davantage
ouverts sur l'extérieur tendent à croître constamment plus vite que ceux qui sont
refermés sur eux-mêmes2. En fait, on a pu constater que les avantages de la
libéralisation du commerce peuvent être plus de dix fois supérieurs à son coût3. Les
pays qui ont ouvert leurs économies au cours des dernières années, notamment
l'Inde, le Vietnam et l'Ouganda, ont enregistré une croissance plus rapide et une
réduction plus prononcée de la pauvreté4. En moyenne, ceux des pays en
développement qui ont fortement baissé leurs tarifs douaniers dans la décennie 1980
ont connu une croissance plus rapide que les autres au cours des années 1990. 5

La libéralisation des échanges bénéficie souvent particulièrement aux pauvres. Les


pays en développement n'ont guère les moyens des fortes subventions implicites,
souvent canalisées en faveur d'étroits intérêts privilégiés, qu'offre le
protectionnisme. En outre, la croissance accrue qui résulte de la libéralisation des
échanges tend à augmenter les revenus des pauvres grosso modo dans les mêmes
proportions que ceux de l'ensemble de la population 6. Des emplois nouveaux sont
créés pour les travailleurs non qualifiés, qui leur permettent d'entrer dans la classe
moyenne. Globalement, l'inégalité entre pays diminue depuis 1990, ce qui reflète la
croissance économique plus rapide des pays en développement, elle-même
partiellement due à la libéralisation des échanges7.

L'élimination des derniers obstacles aux échanges est susceptible de procurer des
gains considérables. Les gains qu'apporterait l'élimination de tous les obstacles au
commerce de marchandises sont estimés entre 250 et 680 milliards de dollars E.U.
par an. Les deux tiers environ de ces gains reviendraient aux pays industrialisés.
Mais le montant qui échoirait aux pays en développement serait néanmoins plus de
deux fois plus élevé que l'aide qu'ils reçoivent actuellement. En outre la libéralisation
du commerce bénéficierait davantage, en pourcentage de leur PIB, aux pays en
développement qu'aux pays industrialisés du fait que leurs économies sont plus
fortement protégées et qu'ils se heurtent à des barrières plus élevées.

Bien qu'un accès amélioré aux marchés des autres pays présente des avantages, c'est
la libéralisation de leur propre marché qui est le plus profitable aux pays. Pour les
pays industrialisés, les principaux avantages proviendraient de la libéralisation de
leurs marchés agricoles. Les pays en développement gagneraient tout autant à
libéraliser leurs industries de transformation et leur agriculture. Cependant le groupe
de pays à faible revenu bénéficierait le plus de la libéralisation des marchés agricoles
des pays industrialisés, en raison de l'importance relativement plus grande de
l'agriculture dans ces pays.

III. Il faut poursuivre la libéralisation du commerce international

Les considérations qui précèdent montrent la nécessité de libéraliser davantage le


commerce. Bien que le niveau des protections ait substantiellement diminué au cours
des trois dernières décennies, il demeure considérable tant dans les pays
industrialisés que dans les pays en développement, en particulier dans des secteurs
comme les produits agricoles ou les fabrications à forte intensité de main-d'œuvre et
les services (par ex. la construction) dans lesquels les pays en développement sont
comparativement avantagés.

Les pays industrialisés maintiennent des protections élevées en agriculture au moyen


d'une panoplie de tarifs douaniers très élevés, notamment de crêtes tarifaires (droits
d'entrée supérieurs à 15 %), de droits d'entrée progressifs (dont les taux augmentent
avec le degré d'élaboration des produits) et de contingents tarifaires restrictifs (qui
limitent la quantité de produits pouvant être importée à un tarif d'entrée plus bas).
Le niveau moyen de protection tarifaire dans l'agriculture est environ neuf fois plus
élevé que pour les produits manufacturés. En outre, les subventions agricoles des
pays industrialisés, dont le montant équivaut aux 2/3 du PIB de toute l'Afrique,
sapent les secteurs et exportations agricoles des pays en développement en
déprimant les prix mondiaux et en captant les marchés. Par exemple, la Commission
européenne dépense 2,7 milliards d'euro par an pour rendre la production de sucre
rentable pour les agriculteurs européens, tout en fermant la porte aux importations
de sucre tropical à bas prix.

Dans les pays industrialisés, la protection des industries de transformation est basse
en général, mais elle demeure élevée pour de nombreux produits à forte intensité de
main-d'œuvre produits par les pays en développement. Les États-Unis par exemple,
dont le tarif douanier moyen n'est que de 5 %, appliquent des crêtes tarifaires à plus
de 300 produits. Il s'agit principalement de textiles et d'habillement, qui représentent
90 % des produits que les États-Unis importent chaque année des pays les plus
pauvres, à hauteur de 1 milliard de dollars — montant qui est limité par le
contingentement des importations comme par les tarifs douaniers. D'autres produits
manufacturés à forte intensité de main-d'œuvre sont également soumis de façon
disproportionnée à des crêtes tarifaires et à des tarifs progressifs, ce qui empêche les
exportations de se diversifier vers les produits à plus forte valeur ajoutée.

De nombreux pays en développement appliquent eux aussi des tarifs élevés. En


moyenne, les tarifs qu'ils appliquent aux importations de produits industriels sont
entre trois et quatre fois plus élevés que ceux des pays industrialisés, et présentent
les mêmes caractéristiques de crêtes et de progressivité tarifaires. Ils frappent les
produits agricoles de tarifs douaniers encore plus élevés (18 %) que les produits
industriels8.
Les mesures non classiques utilisées pour entraver les échanges sont plus difficiles
à quantifier et à évaluer, mais elles prennent une importance croissante à mesure que
les protections tarifaires et les barrières classiques comme les contingents
d'importation se réduisent. Les réglementations antidumping connaissent une vogue
croissante aussi bien dans les pays industrialisés qu'en développement, mais elles
frappent de façon disproportionnée les pays en développement. Les obligations de
conformité à des normes techniques et sanitaires représentent un autre obstacle
important aux importations. Elles imposent aux exportateurs des coûts qui peuvent
excéder les avantages qu'elles apportent aux consommateurs. Les réglementations
de l'Union européenne sur les aflotoxines, par exemple, coûtent à l'Afrique 1,3
milliard de dollars en exportations de céréales, de fruits secs et de noix par vie
européenne sauvée9. Est-ce là un arbitrage coûts-avantages équilibré?

Pour diverses raisons, les régimes d'accès préférentiel accordés aux pays les plus
pauvres ne se sont pas révélés très efficaces à accroître l'accès de ces pays au marché.
Souvent ces régimes excluent ou favorisent moins généreusement les produits les
plus fortement protégés qui présentent l'intérêt le plus grand pour les exportateurs
des pays les plus pauvres. Ils sont souvent complexes, opaques et soumis à diverses
exceptions et conditions — notamment de nature non économique — qui limitent
les avantages accordés ou y mettent un terme une fois acquise une certaine
pénétration du marché.

Une libéralisation plus poussée — aussi bien dans les pays industrialisés qu'en
développement — sera indispensable pour que le commerce réalise ses potentialités
de force motrice de la croissance et du développement économiques. Il faudra aux
pays industrialisés, et plus généralement à la communauté internationale, consentir
des efforts plus vastes pour éliminer les obstacles aux échanges auxquels se heurtent
les pays en développement, et en particulier les pays les plus pauvres. Bien que les
contingentements prévus par ce qu'on a appelé l'Accord multi-fibres doivent
disparaître en 2005, il importe tout particulièrement de libéraliser plus rapidement
le textile, l'habillement et l'agriculture. Il convient de même de poursuivre
l'élimination des crêtes tarifaires et des tarifs progressifs dans les secteurs agricoles
et industriels. Enfin les pays en développement renforceraient leurs propres
économies — ainsi que celles de leurs partenaires commerciaux — s'ils consentaient
un effort soutenu pour réduire davantage leurs propres barrières commerciales.

L'amélioration de leur accès au marché apporterait aux pays en développement les


plus pauvres les moyens de mettre le commerce au service du développement et de
la réduction de la pauvreté. Accorder aux pays les plus pauvres un accès libre de
droits et de contingentements aux marchés mondiaux bénéficierait immensément à
ces pays, à un coût minime pour le reste du monde. Les initiatives récentes
d'ouverture des marchés prises par l'UE et certains autres pays constituent des étapes
importantes à cet égard10. Afin d'être vraiment efficace, cet accès devrait être
permanent, étendu à tous les biens et accompagné de règles d'origine simples et
transparentes. Cela donnerait aux pays les plus pauvres l'assurance nécessaire pour
persister dans l'application de réformes intérieures difficiles et permettrait un emploi
effectif des flux d'aide et d'allègement de la dette.

IV. Récolter les fruits des efforts consentis

L'échec du lancement d'un nouveau cycle de négociations multilatérales lors de la


conférence de l'OMC à Seattle en 1999 a constitué un revers pour le régime de
commerce international. Ces négociations multilatérales généralisées revêtent une
importance particulière en ceci qu'elles offrent l'occasion aux pays d'obtenir pour
leurs exportateurs des avantages visibles de l'ouverture des marchés d'autres pays.
Cette perspective fournit une incitation supplémentaire pour les pays à ouvrir leurs
propres marchés et à surmonter l'opposition des intérêts établis auxquels bénéficient
les protections. C'est ainsi que les trains de mesures de libéralisation qui résultent de
ces négociations sont assurés de bénéficier à tous les pays participants.

Un nouveau cycle de négociations relèverait les perspectives de la croissance


mondiale et renforcerait le régime de commerce international. Le FMI voit dans la
réussite d'un cycle de négociations commerciales une étape importante pour faire
fonctionner la mondialisation à l'avantage de tous.

1
Banque mondiale : Globalization, Growth, and Poverty : Facts, Fears and an Agenda for Action, à paraître.
2
Voir par exemple FMI, Perspectives de l'économie mondiale, mai 1997 ; T.N. Srinivasan et Jagdish
Bhagwati, "Outward Orientation and development : Are the Revisionists Right?", Yale University
Economic Growth Center Discussion Paper N° 806, 1999; et Jeffrey Frankel et David Romer, "Does Trade
Cause Growth?", American Economic Review, juin 1999.
3
Steven Matusz et David Tarr, "Adjusting to Trade Policy Reform", document de travail de recherche sur
les politiques N° 2142, Banque mondiale juillet 1999.
4
David Dollar, "Globalisation, Inequality, and Poverty since 1980", polycopié, Banque mondiale, 2001.
5
Dollar, op. cit., 2001.
6
David Dollar et Aart Kraay, "Trade, Growth, and Poverty", polycopié, Banque mondiale, 2001.
7
Dollar, op. cit., 2001 ; Peter Lindert et Jeffrey Williamson, « Does Globalisation Make the World more
Unequal ? », document de travail NBER N° 8228, 2001.
8
Fonds monétaire international et Banque mondiale : « Market Access for Developing Countries' Exports »,
2001.
9
Tsunehiro Otsuki, John S. Wilson et Mirvat Sewadeh, « A Race to the Top ? A Case Study of Food Safety
Standards and African Exports » document de travail de la Banque mondiale N° 2563, 2001.
10
L'UE par exemple a adopté une proposition «Tout sauf les armes» qui accorde aux pays les moins
développés un accès illimité libre de droits pour plus de 900 produits, les restrictions appliquées aux
importations de riz, de sucre et de bananes devant être supprimées en 2009. Le Canada, le Japon et d'autres
ont aussi accordé récemment aux pays les plus pauvres un meilleur accès à leur marché pour une gamme
de biens manufacturés.