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BENCHMARK DES ETUDES ET OUTILS

MACROECONOMIQUES EMPLOI-
CROISSANCE ET ECONOMIES DE CO2

Décembre 2015

Étude réalisée pour le compte de l’ADEME par : EY


N° de contrat : 1410C0030

Coordination technique : Thomas Gaudin et Gaël Callonnec –Service Economie et Prospective

RAPPORT D’ETUDE

En partenariat avec : Insérer logo des partenaires


REMERCIEMENTS
Pour leur participation au comité de pilotage :
 Thomas Gaudin (ADEME)
 Gaël Callonnec (ADEME)
 Isabelle Vincent (ADEME)
 Nicole Madariaga (AFD)
 Nadia Maizi (Centre de Mathématiques Appliquées, Mines Paristech)
 Philippe Quirion (CIRED)
Pour les échanges lors de la phase d’entretiens :
 Antonio Ranieri (CEDEFOP)
 Arnaud Fougeyrollas (ERASME)
 Baptiste Boitier (ERASME)
 Céline Guivarch (CIRED)
 Corjan Brink (PBL)
 David Popp (Syracuse University)
 David Roland-Holst (Berkeley)
 Dominique van der Mensbrugghe (World Bank & Purdue University)
 Fabio Eboli (FEEM)
 Frédéric Gonand (Université Paris-Dauphine)
 G.A. "Tony" Meagher (CoPS)
 Gunnar Luderer (PIK)
 Hector Pollitt (Cambridge Econometrics)
 Henri Waisman (CIRED & IDDRI)
 Jean Chateau (OCDE)
 Jean-Marc Burniaux (OCDE)
 Jouko Kinnunen (VATTAGE)
 Juha Honkatukia (VATTAGE)
 Kelly De Bruin (OCDE)
 R.A Wilson (Warwick - Institute for Employment Research)
 Richard Lewney (Cambridge Econometrics)
 Robert Dellink (OCDE)
 Robert O. Mendelsohn (Yale)
 Roberto Roson (FEEM)
 Simon Dietz (LSE - London School of Economics)
 Terence Hogarth (Warwick - Institute for Employment Research)
 Valentina Bosetti (FEEM)
Membres du groupement ayant participé avec EY :
 Frédéric Gonand (Université Paris-Dauphine) - professeur à l'Université Paris-Dauphine.

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
RÉSUMÉ
L’analyse approfondie des effets économiques du dérèglement climatique et des effets de la lutte contre le
changement climatique a débuté dans les années 1990. A travers l’analyse d’une cinquantaine de
publications, la présente étude expose l’état actuel des connaissances dans ce domaine. Elle examine plus
spécifiquement les travaux des macroéconomistes sur les conséquences d’une transition bas carbone sur
la croissance économique, telle que mesurée par le PIB. Un autre volet de l’étude consiste à analyser les
travaux des macroéconomistes sur les besoins qu’une telle transition induit sur le marché du travail en
termes de métiers, de compétences, de qualifications et de formations. Elle formule enfin des
recommandations pour favoriser l’émergence d’études alliant modélisations climatiques,
macroéconomiques et du marché du travail.
Les modèles reliant le climat à l’économie répondent principalement au besoin des décideurs de définir, sur
les prochaines décennies, des trajectoires de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), des
politiques publiques permettant de se positionner sur ces trajectoires, et de mesurer les effets sur le PIB et
l’emploi de ces politiques.

1. Définir des trajectoires de réduction des émissions de GES sur le siècle


Estimer le coût macroéconomique du dérèglement climatique
Les organisations internationales (OCDE, Nations Unies, Union Européenne en particulier), des instituts de
recherche et des centres universitaires ont développé des travaux qui relient des modèles climatiques,
énergétiques et macroéconomiques (Integrated Assessment Models). Ces travaux permettent de simuler
les effets économiques du réchauffement climatique et ceux des politiques de réduction des émissions de
GES.
Ainsi, depuis les travaux de W.Nordhaus en 1992 sur le modèle DICE, de nombreux modèles ont été
construits (FUND de R. Tol, PAGE de N. Stern et C. Hope, MERGE du Paul Scherrer Institute) pour
calculer les effets sur le PIB du réchauffement climatique, puis des politiques d’atténuation.
Nordhaus estime que le réchauffement n’était pas de nature à peser sensiblement sur le PIB – l’effet d’ici la
fin du siècle étant limité selon lui à environ -0,03% sur la croissance annuelle moyenne sans mesure
d’atténuation. Les autres études réalisées depuis tendent à confirmer ce résultat. Le résumé de la littérature
existante effectué pour ce rapport suggère que l’effet d’un réchauffement de l’ordre de 2,5ºC ne pèserait sur
le PIB mondial, en 2100, qu’à hauteur de -0,7% (PAGE). En cas de réchauffement de 4°C, les résultats des
modèles prévoient des pertes de consommation allant de 1% (FUND) à 5% (DICE, PAGE) du PIB mondial
sur le siècle. En cas de réchauffement de 6°C, ils prévoient des pertes entre 5% (FUND) et 8% (PAGE) du
PIB. Le modèle PAGE fut le premier modèle macroéconomique à très largement diffuser une comparaison
entre le coût des dégâts et ceux d’atténuation du changement climatique 1. Il suggérait alors qu’il suffirait
d’investir 1% du PIB mondial pour éviter les pires conséquences économiques du réchauffement.
Tous les travaux soulignent néanmoins la fragilité de ces résultats, fortement liés à des hypothèses
techniques (taux d’actualisation, calibrage grossier…) ou ne parvenant pas à bien quantifier certains
mécanismes (coûts en bien-être non valorisés par le PIB, déplacements de populations). Surtout, ils
reposent sur des estimations « en moyenne » et n’envisagent pas le cas - désormais possible - d’un
dérèglement climatique hors de contrôle dont les effets sur la vie et donc l’économie seraient massifs.
Des modèles mobilisés pour mesurer les effets macroéconomiques de l’intervention
Parvenir à une réduction significative des émissions de GES implique de réformer en profondeur le système
énergétique. Des travaux ont cherché à répondre au besoin des décideurs de connaître les modalités
possibles et souhaitables de ces réformes. Les économistes ont alors collaboré avec les ingénieurs
spécialistes de l’énergie pour construire des modèles technico-économiques détaillés (sur la production
d’énergie, les bâtiments, les transports, l’industrie lourde, les technologies de rupture, le prix du carbone,

1 Voir aussi, par exemple : "Climate change: the cost of inaction and the cost of adaptation", EEA Technical report, 2007 (se
concentre sur l'Europe et s'appuie sur de nombreuses sources, dont les rapports du GIEC et le modèle PAGE du rapport Stern) ou
"OECD Environmental Outlook to 2050: Consequences of Inaction", OECD, 2012.

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l’investissement dans l’efficacité énergétique…). Ces modèles permettent de vérifier si les objectifs de
politiques publiques sont réalisables compte tenu des contraintes physiques et microéconomiques du
système énergétique. Cependant, les modèles technico-économiques ne permettent pas d’évaluer les
effets de la mise en œuvre de ces politiques sur le PIB et les budgets nationaux, alors qu’ils constituent des
éléments importants du débat public.
Les modèles hybrides ont résulté de ce besoin de mesurer les effets sur le PIB : ils complètent les modèles
technico-économiques avec une dimension macroéconomique. Cependant, contrairement aux Integrated
Assessment Models, ils ne comportent pas de modèle climatique détaillé. Parmi les modèles
macroéconomiques employés par les modèles hybrides, les modèles d’équilibre général calculable
d'inspiration walrasienne ont tendance à obtenir une transition carbone accompagnée de pertes de PIB
(bien que, comme discuté plus loin, ces pertes soient très faibles). Ces résultats s’expliquent notamment
par un effet défavorable sur l’offre d’énergie associé au basculement vers des énergies plus propres mais
en moyenne plus coûteuses à court et moyen terme dans les projections retenues par ces modèles. Par
ailleurs l’investissement dans des projets d’efficacité énergétique a un effet d’éviction sur des
investissements plus rentables.
Les Etats peuvent réduire cet effet en introduisant une fiscalité carbone et en recyclant les recettes de cette
fiscalité pour réduire des prélèvements obligatoires plus distorsifs, comme ceux qui pèsent sur le coût du
travail. C’est le phénomène du « double dividende », un découplage entre la croissance économique et
l’évolution des émissions de GES, un gain à la fois économique et environnemental. Cependant, dans ce
cadre théorique, il est difficile de faire apparaître un gain pour l’économie mondiale, prise dans son
ensemble, car l’essentiel du double dividende obtenu par les uns s’opère au détriment de la balance
commerciale des autres.
Quelques modèles hybrides, d’inspiration néokeynésienne, permettent de dépasser le dilemme entre
croissance économique et protection du climat, en modélisant les imperfections de marchés et l’offre de
crédit bancaire. Ils supposent que l’investissement est financé par de la création monétaire et qu’une
entreprise n’aura ainsi pas nécessairement besoin de cesser de financer un projet plus rentable pour
investir dans l’efficacité énergétique, grâce au recours à un crédit supplémentaire. L'augmentation du
niveau de l’investissement global, la hausse de l’intensité en main d’œuvre de l’économie et la baisse de la
propension à importer peuvent alors engendrer un effet favorable d’entraînement sur le reste de l’économie,
via une interaction dynamique entre l’offre et la demande. Le double dividende est plus conséquent et
résulte essentiellement d’une hausse de la demande interne des pays plutôt que d’une amélioration de
leurs soldes extérieurs.
Par ailleurs, ces modèles mesurent l’effet des politiques d’atténuation sur la croissance, par rapport à des
scénarios de référence qui ne tiennent pas compte des coûts du réchauffement climatiques, ce a qui pour
effet de sous-estimer les gains associés aux politiques de transition. Les travaux récents se penchent en
effet sur les trajectoires optimales de réduction des émissions de GES, plutôt que sur des analyses coûts-
bénéfices complètes qui mettraient les coûts du réchauffement au regard des coûts de l’atténuation.

2. Les principaux résultats quantitatifs des travaux


Les modèles macroéconomiques intégrés avec des modèles climatiques et/ou technico-économiques
permettent ainsi de mesurer l’effet sur la croissance de politiques réduisant les émissions de GES. Les
travaux disponibles sont difficiles à mettre sur le même plan afin d’en comparer les résultats quantitatifs sur
le PIB (différences des périmètres géographiques, des horizons de temps, des scénarios de référence…).
La présente étude contribue à rendre ces résultats en partie comparables, en les ramenant à une variation
annualisée de PIB résultant d’un scénario d’intervention, par rapport à un scénario de référence sans action
climatique.
Cette analyse suggère dans l’ensemble que la transition carbone induirait un coût macroéconomique limité.
Par exemple, les simulations issues du modèle MERGE du Paul Scherrer Institute estiment qu’une
transition carbone ambitieuse pèserait sur le niveau du PIB mondial, en moyenne pour tout horizon fixé, à
hauteur de -2,5% – soit la perte d’une ou deux années de croissance sur plusieurs décennies. Les résultats
d’autres modèles étudiés se situent entre une année de croissance perdue et une année de croissance
gagnée sur plusieurs décennies. Pour mémoire, la crise financière de 2009 à elle seule s’était traduite par
un effet défavorable sur le PIB de l’ordre de -3% en une seule année.
La Commission Européenne joue un rôle moteur et influent dans l’élaboration et les déclinaisons nationales
de plans d’actions appuyés par des Impact Assessments macroéconomiques. Deux initiatives financées par

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ème ème
les 6 et 7 Programmes Cadres ont favorisé les collaborations entre modélisateurs, permis de
confronter leurs modèles, et consolidé les connaissances : le projet ADAM (2006-2009) et le projet
AMPERE (2011-2014), regroupant chacun plus de 20 instituts de recherche en Europe, en Asie et aux
Etats-Unis.
L’enseignement majeur du projet ADAM est qu’une action climatique forte à l’échelle mondiale, permettant
de limiter la concentration atmosphérique de CO 2 à 400ppm, serait techniquement et économiquement
faisable, avec en moyenne chaque année un écart au scénario de référence compris entre -1% et -2,5% du
2
PIB d’ici 2100 (ce qui revient à constater, en moyenne, pour tout horizon fixé, un coût économique de 1% à
2,5% de PIB) ; un coût comparable à celui d’une action faible qui limiterait la concentration à 550ppm (écart
annuel moyen de -0,5% à -1%). Le modèle néokeynésien E3MG, qui prévoit le recyclage des recettes de la
fiscalité carbone, estime un écart annuel moyen au scénario de référence de 2% du PIB jusqu’en 2100
dans le scénario 400ppm par rapport au scénario sans action climatique.
3
Le projet AMPERE étudie plus particulièrement le choix entre une intervention forte à court terme, avec un
prix du carbone incitatif dès la période 2010-2030, par rapport à une action repoussée à 2030-2050. Les
résultats du projet suggèrent que l’Union Européenne a intérêt à se lancer dès à présent dans une politique
ambitieuse, même si le reste du monde ne rejoint l’effort qu’à partir de 2030. Si tel était le cas, le reste du
monde ferait face à un coût macroéconomique supérieur par rapport à un scénario d’action immédiate. La
perte de PIB est plus prononcée pour des pays émergents, notamment d’Asie du Sud-Est comme la Chine,
où les investissements considérables nécessaires à court terme dans l’infrastructure énergétique risquent à
long terme de provoquer un « verrouillage carbone » (une économie enfermée dans un système
technologique basé sur les combustibles fossiles).
Ces projets et l’ensemble des modèles mobilisés permettent d’établir différentes trajectoires (mix
énergétique, prix du carbone) de transition bas-carbone à effet macroéconomique globalement neutre.
Malgré les différences dans les trajectoires recommandées, les travaux semblent s’accorder sur l’intérêt de
certaines actions : une augmentation des investissements dans la R&D afin de rendre les technologies bas-
carbone compétitives, un prix du carbone en croissance progressive afin de favoriser les investissements
dans les technologies bas-carbone.
Il convient de rester prudent quant à l’interprétation des résultats soulignés plus haut. L’exercice reste une
représentation de la réalité et de son évolution, sur un horizon lointain et donc incertain. Les modèles sont
notamment assez dépendants du futur coût marginal de réduction des émissions de CO 2, ainsi que de
l’évolution future des prix de l’énergie. Plus le prix des énergies fossiles sera élevé, moins la transition sera
coûteuse, et vice-versa. De même, plus celui des énergies renouvelables sera faible, moins la transition
sera coûteuse.

3. A plus court terme, anticiper les effets de la transition énergétique sur l’emploi
La transition carbone induit des conséquences sur le marché de l’emploi en termes de métiers,
compétences, qualifications et formations. Les économistes du travail se penchent d’une part sur les
activités qui vont se transformer, croître, apparaitre ou disparaitre, d’autre part sur les risques de pénurie de
compétences qui pourraient menacer la mise en œuvre de la lutte contre le changement climatique. La
présente étude s’est penchée sur les cas de collaborations entre macroéconomistes et économistes du
travail qui pourraient éclairer ces questions.
Des contextes qui favorisent une collaboration entre macroéconomistes et économistes du travail
La macroéconomie a par définition tendance à se concentrer sur un nombre limité d’agrégats (PIB, recettes
fiscales, taux de chômage, inflation…) pour mesurer la trajectoire d’une économie. Des choix sont faits pour
limiter les volumes des données à traiter et les risques d’erreur.
La notion de métier, avec les informations nombreuses à traiter pour chaque marché du travail, peut ainsi
être jugée comme difficile à appréhender pour un macroéconomiste, dont l’approche plus globale porte
davantage sur les secteurs d’activité. Ainsi, un métier peut-être transverse à plusieurs secteurs : un
électricien peut travailler chez un fabricant de panneaux photovoltaïques ou un exploitant d’hydrocarbures.

2 Fourchette d’estimation des modèles MERGE, REMIND, POLES, TIMER


3Les modèles PRIMES, TIMES-PanEU, GAINS, Green-X, GEM-E3, NEMESIS, et Worldscan y ont notamment
participé.

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Des collaborations existent pourtant entre macroéconomistes et économistes du marché du travail à travers
le monde. Un exercice classique, piloté par les agences statistiques ou agences pour l’emploi, et adressé
aux décideurs politiques, consiste à traduire les prévisions macroéconomiques (ex. en réponse à une
politique, ou selon la tendance actuelle) en évolution de la demande pour les grandes catégories de métiers
et niveaux de qualification. L’objet est d’éclairer les décideurs sur les éventuels déséquilibres entre les
besoins du marché du travail et l’offre de la part des actifs. Les macroéconomistes se rapprochent alors
d’économistes du travail afin de construire un prolongement Métiers - Compétences – Qualifications –
Formation de leurs modèles macroéconomiques (Labour Market Extension). Cette extension n’induit pas de
changement dans la fonction de production du modèle macroéconomique : ce sont les résultats du modèle
macroéconomique, notamment la production et la demande d’emploi par secteur d’activité, qui agissent
comme données d’entrée dans le modèle Métiers - Compétences – Qualifications – Formation. L’extension
peut être plus ou moins détaillée, notamment par la finesse des marchés du travail identifiés (de 10 à
plusieurs centaines de catégories de métiers selon les modèles, croisés avec 2 à 10 niveaux de
qualification).
Une demande plus poussée émerge dans des marchés du travail sous tension (ex. Australie, Norvège),
avec des risques de pénurie sur certaines compétences. La demande consiste en une modélisation
quantitative des compétences et de la formation, qui irait ainsi au-delà d’une description qualitative des
compétences et formations nécessaires aux différents métiers. L’objectif des commanditaires (agences de
l’emploi, bureaux statistiques) est d’informer les décideurs, mais également les actifs, les instituts de
formation, et les employeurs dans leurs prises de décision. La Norvège a ainsi lié les modèles MODAG
(macroéconomie) et MOSART (marché du travail) pour anticiper les besoins nationaux en formation, par
niveau d’éducation et par discipline de formation. Le modèle Monash en Australie (macroéconomie et
marché du travail) a enrichi son module lié aux compétences, en codifiant une nomenclature de 46
compétences (ex. gestion de projet, communication, etc.) et en modélisant la demande pour chaque
compétence, par secteur d’activité et par métier (340 catégories de métiers modélisées).
Des demandes rares en ce qui concerne la transition énergétique
Même si l’effet de la transition énergétique sur l’emploi a pu être évalué dans le cadre des exercices de
simulation décrits dans la partie 2, les commandes de modèles et d’études mesurant les liens entre la
transition énergétique et les métiers, compétences, qualifications et formations sont rares. Ainsi en 2013, la
Commission Européenne, dans un contexte de crise de l’emploi en Europe, commandite une étude,
Employment Effects of selected scenarios from the Energy roadmap 2050, se penchant sur l’emploi comme
4
indicateur macroéconomique. Entre 1 million et 3 millions d’emplois seraient créés d’ici 2050 en Union
Européenne (soit entre 0,4% et 1,2% de la population active actuelle) dans un scénario de transition
carbone, par rapport à un scénario de référence. Le détail des métiers, compétences, qualifications, et
formations n’est cependant pas étudié.
En revanche le CEDEFOP, Centre Européen pour le Développement de la Formation Professionnelle, une
agence décentralisée de l’Union Européenne, a commandé plusieurs études depuis 2011 pour commencer
à appréhender la question. Un consortium, constitué du cabinet d’études en macroéconomie Cambridge
Econometrics et d’un centre de recherche sur le marché du travail (le Warwick Institute for Employment
Research), a réalisé la majorité de ces études.
Un premier enseignement de cette série d’études est qu’une politique purement axée sur la transition
énergétique aurait des effets faibles sur l’emploi par rapport à un scénario tendanciel. Cependant, si cette
politique énergétique était couplée avec une politique active sur l’emploi, avec différentes incitations à
l’embauche et un meilleur financement de la recherche, le taux d’emploi passerait de 71% à 75% de la
population en âge de travailler, soit une augmentation de 13,5 millions d’emplois à horizon 2020 à l’échelle
de l’Union Européenne.
Cependant, les résultats de ces études sur le détail des métiers et des qualifications sont, en l’état, peu
concluants pour identifier et prévenir les risques de pénurie de compétences spécifiquement liés à la mise
en place de politiques de lutte contre le changement climatique : la structure du marché du travail reste
quasiment identique entre le scénario de référence et les scénarios de transition énergétique. Le faible
niveau de désagrégation du modèle, avec 10 catégories socio-professionnelles (agriculteur, artisan, ouvrier,
etc.) et 3 niveaux de qualification (élevé, moyen, faible) permet en effet difficilement de tirer des conclusions,

4 1 million d’après le modèle GEM-E3, 3 millions d’après le modèle E3ME

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par exemple en matière de métiers et compétences représentant un risque de pénurie du point de vue des
exigences à venir de la lutte contre le changement climatique.
Le lien entre macroéconomie et marché du travail peut ainsi permettre d’anticiper certaines pénuries de
compétences (et autant d’opportunités de filières de formation), mais le lien avec les compétences
spécifiquement liées à la lutte contre le changement climatique n’est pas identifié car les demandes portent
rarement sur la transition bas-carbone.

4. Recommandations pour valoriser et enrichir les connaissances existantes


Produire des connaissances nouvelles à partir des modèles CO2 – Macroéconomie existants
Il serait pertinent que les modèles Environnement / Macroéconomie étendent le périmètre des phénomènes
environnementaux dont les effets économiques sont mesurés, afin d’apporter des éléments quantitatifs
nouveaux au débat public. Une première piste consisterait à intégrer la question de la qualité de l’air. Les
estimations récentes du coût social de la pollution de l’air en France (plus de 100 milliards d’euros par an
d’après un rapport du Sénat publié en juillet 2015) offrent un contexte favorable à des études
macroéconomiques sur le sujet, qui pourraient éventuellement renforcer l’intérêt des politiques climatiques.
Notamment, des aspects tels que les coûts sur la santé ou les pertes de productivité pourraient typiquement
être remontés dans les modèles macroéconomiques.
Une seconde piste consisterait à intégrer les enseignements des études récentes sur le coût du
changement climatique en France. Notamment, un rapport dirigé par Jean Jouzel (vice-président du GIEC
depuis 2002), et remis en septembre 2014, présente des scénarios de changement climatique en France
jusqu’en 2100. Les macroéconomistes ont l’opportunité d’exploiter ce type de travaux, dès lors qu’ils
donnent lieu à des coûts ou des échanges marchands quantifiables (ex. variation des rendements
agricoles).
Approfondir l’opportunité de concevoir en France des outils et modèles innovants CO2 –
Macroéconomie – Marché du travail
En vue d’intégrer la question de la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences dans des
exercices macroéconomiques de modélisation de la transition énergétique, les modèles macroéconomiques
nécessiteraient une table à double entrée qui décomposerait les différents secteurs d’activité en métiers et
en niveaux de qualifications. Un même métier pouvant être employé par plusieurs branches d’activité, il est
nécessaire de mesurer quantitativement la répartition des métiers par branche.
La question à ce stade est de savoir si une base de données existe, qui soit pertinente à cet exercice de
modélisation Environnement – Macroéconomie – Marché du travail. Afin d’éviter le même écueil que les
travaux de Cambridge Econometrics – Warwick Institute of Employment Research cités plus haut, il est
nécessaire que la nomenclature et le niveau de désagrégation de cette base de données soient
suffisamment fins, pour que les résultats en termes d’évolutions à anticiper sur le marché du travail soient
concluants. Au-delà de la disponibilité des données, ces travaux nécessitent un renforcement du dialogue
en France entre macroéconomistes et analystes du marché du travail.
Diffuser auprès du grand public les principaux enseignements des modèles reliant l’environnement
à la macroéconomie
L’appropriation des résultats des modèles CO2 – Macroéconomie reste difficile, y compris pour un public
averti. Ces barrières à la compréhension réduisent la portée des enseignements des exercices de
modélisation. La présente étude encourage à améliorer la pédagogie auprès des parties prenantes
intéressées par la question de la transition énergétique. Cela passe notamment par une meilleure
valorisation des principaux enseignements des exercices de modélisation, par exemple le fait que les
macroéconomistes, en collaboration avec les experts de l’énergie, permettent de dépasser le dilemme CO2
/ Croissance, et parviennent à dessiner des trajectoires de transition énergétique compatibles avec la
croissance.

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
EXECUTIVE SUMMARY
In-depth analysis of the economic effects of climate change and the effects of climate change mitigation
began in the 1990s. Through the analysis of fifty publications, this study presents the current state of
knowledge in this field. It reviews more specifically the work of macroeconomists about the consequences of
a low-carbon transition on economic growth, measured by GDP. Another component of this study consists
of analyzing the work of macroeconomists on the requirements induced by the low-carbon transition into the
labor market in terms of occupations, skills, qualifications and training. Finally, the study proposes
recommendations to promote the emergence of studies combining climate models, macroeconomic models
and labor market models.
The interface between climate models and economic models is mainly a response to the needs of decision
makers to define, in the coming decades, trajectories for reducing greenhouse gas emissions (GHG) and
public policies to meet these trajectories, and measure the effects of these decisions on GDP and
employment policies.

1. Setting GHG emission reduction trajectories over the century


Estimating the macroeconomic costs of climate change
International organizations (OECD, United Nations, European Union in particular), research institutes and
university centers have worked on models linking the issues of climate, energy and macroeconomics
(Integrated Assessment Models). These studies enable simulations of the economic effects of global
warming and GHG emission reduction policies.
Thus, since the work of W.Nordhaus in 1992 on the DICE model, many models were built (FUND by R. Tol,
PAGE by N. Stern and C. Hope, MERGE by the Paul Scherrer Institute) to calculate the effects on GDP of
global warming and mitigation policies.
Nordhaus estimates that global warming is not likely to weigh significantly on GDP - the effect on the
average annual growth without mitigation by the end of the century would be limited to about -0.03%. Other
studies conducted since then tend to confirm this result. The literature review conducted for this report
suggests that the effect of a global warming of about 2.5ºC would weigh up to 0.7% on global GDP in 2100
(PAGE). In case of a global warming of 4°C, models predict consumption losses between 1% (FUND) and
5% (DICE, PAGE) of global GDP over the century. In case of a 6°C warming, models predict losses
between 5% (FUND) and 8% (PAGE) of GDP. The PAGE model was the first macroeconomic model to
widely publicize a comparison between the costs of damage and those of climate change mitigation. It
suggested that an investment of 1% of global GDP would be enough to avoid the worst economic
consequences of global warming.
All studies nevertheless underline the fragility of such results, which are strongly linked to technical
assumptions (discount rate, rough calibration ...), or failings to quantify certain mechanisms (welfare costs
not valued by GDP, population displacements). Above all, the models propose “on-average” estimates, and
do not consider the case - now possible – of climate change getting out of control, with massive effects on
life quality, and thus the economy.
Models used for measuring the macroeconomic effects of mitigation
Achieving significant reduction of GHG emissions involves a thorough transformation of the energy system.
Studies have sought to meet the needs of decision makers to identify the possible and desirable terms of
such transformations. Economists have thus collaborated with engineers specialized in the energy sector in
order to build detailed technical-and-economic models (on energy production, buildings, transport, heavy
industry, disruptive technologies, carbon pricing, investment in energy efficiency ...). These models can
verify whether public policy objectives are achievable given the physical and microeconomic constraints of
the energy system. However, technical-and-economic models do not assess the effects of the
implementation of these policies on GDP and national budgets, which are key elements of the public debate.
Hybrid models have resulted from this need to measure the impact on GDP: they complete the technical-
and-economic models with a macroeconomic dimension. However, unlike Integrated Assessment Models,

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they do not include a detailed climate model. Among the macroeconomic models used by hybrid models,
computable general equilibrium models of walrasian inspiration tend to obtain a low-carbon transition
resulting in GDP losses (although, as discussed below, these losses are very low). These results can be
partly explained by an adverse effect on the supply of energy. Indeed, according to the projections used in
these models, a low-carbon transition implies a transition to energy sources that are cleaner but on average
more expensive in the short and medium term. Furthermore, investments in energy efficiency projects
cause a crowing-out effect on more profitable investments.
States may reduce this effect by introducing carbon taxation and by recycling its revenues, so as to reduce
other, more distortive taxes, such as those weighing on labor. This phenomenon is known as the "double
dividend", a decoupling between economic growth and GHG emissions growth, a gain both in economic and
environmental terms. However, within this theoretical framework, it is difficult to obtain a GDP gain for the
global economy as a whole, as the double dividend obtained by some States is detrimental to the trade
balance of other States.
Some hybrid models, inspired from New Keynesian Economics, make it possible to overcome this dilemma
between economic growth and climate protection, by modeling market imperfections and bank credit supply.
They assume that low-carbon investments are financed by money creation, and that a company will not
necessarily need to stop funding a more profitable project in order to invest in energy efficiency, by resorting
to additional credit. The increase in the level of overall investment, the increase in labor intensity and the
decline in the propensity to import can produce a positive ripple effect on the rest of the economy through a
dynamic interaction between supply and demand. The double dividend is thereby more significant and
results essentially into an increase in domestic demand, rather than an improvement in trade balance.
Moreover, models in general measure the effect of mitigation policies on growth, compared to reference
scenarios that do not include the costs of climate change. This has the effect of underestimating the gains
associated with mitigation policies. Recent works look into optimal trajectories for reducing GHG emissions,
rather than cost-benefit analyses that would weigh the costs of mitigation against those of global warming in
case of inaction.

2. The main quantitative results of GHG-macroeconomic studies


Macroeconomic models interfaced with climate models and / or technical-and-economic models can
measure the effect of GHG emission reduction policies on GDP growth. The results available throughout the
literature are difficult to compare on the same level in terms of quantitative effects on GDP (different
geographic areas, time horizons, reference scenarios...). This study contributes to making these results
partly comparable, bringing them to an annualized change in GDP resulting from a mitigation scenario,
compared to a baseline scenario without climate action.
This analysis suggests overall that the low-carbon transition would only induce a very limited
macroeconomic cost. For example, simulations from the MERGE model of the Paul Scherrer Institute
suggest that an ambitious carbon transition would weigh on global GDP up to 2.5% by 2100 – equivalent to
one or two years of growth lost over the century. The results of other models are included between a year of
lost growth and a year of gained growth over several decades. For sake of comparison, the 2009 financial
crisis alone resulted in a negative impact of around 3% on GDP in a single year.
The European Commission plays a leading and influential role in the development of national action plans
supported by macroeconomic Impact Assessments. Two initiatives financed by the 6th and 7th Framework
Programmes have fostered collaborations among modelers, with opportunities to compare models and
consolidate knowledge: the ADAM project (2006-2009) and AMPERE project (2011-2014), each consisting
of over 20 research institutes in Europe, Asia and the USA.
The main lesson that can be taken away from the ADAM project is that strong global climate action limiting
atmospheric GHG concentrations to 400ppm would be technically and economically feasible, with an
average annual difference with the reference scenario of -1% to -2.5% of GDP by 2100 5 . This cost is
comparable to that of weak action that would limit GHG concentrations to 550ppm (average annual
difference of -0.5% to -1%). The New Keynesian model E3MG, which proposes revenue recycling of carbon
taxes, estimates an average annual gain of 2% of GDP up to 2100 in the 400ppm scenario compared to the
scenario without climate action.

5 Bracket of estimates of the models MERGE, REMIND, POLES, TIMER

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
The AMPERE6 project more specifically examines the choice between a strong response in the short term,
with a carbon price incentive starting in the 2010-2030 period, compared to an action plan postponed to
2030-2050. The project’s results suggest that the EU has an interest in engaging now in an ambitious
transition, even if the rest of the world only joins the effort starting in 2030. If this were the case, the rest the
world would face a greater macroeconomic cost compared to an immediate action scenario. The loss of
GDP is more pronounced for emerging countries, especially in Southeast Asia such as China. In these
countries considerable investments which are necessary in the short-term for the energy infrastructure may,
in the long term, cause "carbon lock-in" (an economy trapped in a technological system based on fossil
fuels).
These projects establish different low-carbon transition trajectories (energy mix, carbon prices) with neutral
overall macroeconomic effects. Despite differences in the recommended paths, the studies seem to agree
on the relevance of certain actions: increased investment in R&D to make low-carbon technologies
competitive, and a carbon price in progressive growth in order to promote investments in low-carbon
technologies.
One should however interpret the results outlined above with caution. The exercise remains a
representation of reality and its evolution, over distant time horizons which are therefore uncertain. Models
are particularly dependent on future marginal costs of reducing GHG emissions, as well as on future energy
prices. The higher the price of fossil fuels, the less costly the transition would be, and vice versa. Similarly,
the cheaper the price of renewable energy technologies, the less costly transition would be.

3. Anticipating the effects of the energy transition on employment in the short term
The carbon transition has consequences on the labor market in terms of occupations, skills, qualifications
and training. On one hand, labor economists study the activities which are going to change, grow, disappear
or appear. On the other hand there is a risk of skill shortages that could threaten the implementation of the
climate change policies. This study examined the cases of collaboration between labor economists and
macroeconomists that could shed light on these questions.
Contexts in favor of collaborations between macroeconomists and labor market economists
Macroeconomics, by definition, tend to focus on a limited number of aggregates (GDP, tax revenue,
unemployment, inflation ...) to measure the trajectory of an economy. Such choices are made to limit the
volumes of data to process and the risks of making errors.
The notion of occupation, with the many details to be processed for each job market, would be deemed
difficult to grasp for a macroeconomist, whose holistic approach rather tends to focus on economic sectors.
A given occupation, however, may be spread across several economic sectors: an electrician could work for
a manufacturer of photovoltaic panels or for an oil & gas company.
Yet collaborations between macroeconomists and labor economists exist worldwide. A classical exercise,
led by national statistical agencies or employment agencies, and addressed to policy makers, consists of
translating macroeconomic forecasts (e.g. in response to a policy, or according to current trends) into
changes in demand for broad categories of occupations and skill levels. The purpose is to inform policy
makers on possible imbalances between future labor market needs and labor supply. Macroeconomists
therefore partner with labor economists to build an extension to their macroeconomic models with
Occupations – Skills – Qualifications – Training dimensions (Labor Market Extension). This extension does
not induce any change in the production function of the macroeconomic model: rather, the output of the
macroeconomic model, including the production and demand for employment by economic sector, acts as
input data for the Occupations - Skills - Qualifications – Training model. The extension can be more or less
detailed, depending on the granularity of labor markets (from 10 to several hundred categories of
occupations depending on the model; from 2 to 10 levels of qualification).
A more elaborate type of demand for studies is emerging in labor markets with potentially strong shortages
of certain skills (e.g. Australia, Norway). It consists of a quantitative modeling of skills and training, which
would go beyond a mere qualitative description of the skills and training needed for given occupations. The
purpose of the sponsors of these studies (employment agencies, statistical offices) is to inform decision

6The models PRIMES, TIMES-PanEU, GAINS, Green-X, GEM-E3, NEMESIS, and Worldscan have especially taken
part in this project.

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
makers, but also workers, training institutes and employers in their choices. Norway has combined the
MODAG (macroeconomics) and MOSART (labor market) models to anticipate national needs for training,
by level of education and training discipline. The Monash model in Australia (macroeconomics and labor
market) has enriched its module related to skills, by codifying a classification of 46 skills (e.g. project
management, communication, etc.) and by modeling the demand for each skill by economic sector and
occupation category (340 occupation categories modeled).
Rare applications regarding the low-carbon transition
Even though the effects of the energy transition on employment was assessed in simulation exercises
described in part 2, applications measuring the links between the energy transition and occupations, skills,
qualifications and training are rare. In 2013, the European Commission, in the context of the European
employment crisis, sponsored a study entitled Employment Effects of selected scenarios from the Energy
Roadmap 2050, measuring employment as a macroeconomic indicator. Between 1 million and 3 million
7
jobs would be created by 2050 in the European Union (i.e. between 0.4% and 1.2% of the current
workforce) in a low-carbon transition scenario compared to a baseline scenario. Details on occupations,
skills, qualifications, and training are however not investigated.
CEDEFOP, the European Centre for the Development of Vocational Training, a decentralized agency of the
European Union, has ordered a series of studies since 2011 in order to start investigating the issue. A
consortium composed of Cambridge Econometrics, an independent consulting firm, and the Warwick
Institute for Employment Research has produced most of these studies.
The first lesson of this series of studies is that a policy purely focused on the energy transition would have a
low impact on employment relative to a baseline scenario. However, if this energy policy were to be coupled
with an active employment policy, with different incentives for hiring and better funding of research, the
employment rate would rise from 71% to 75% of the working-age population. This is equivalent to an
increase of 13.5 million jobs in 2020 throughout the European Union.
However, the results of these studies on the details of occupations and skills are currently rather
inconclusive, and hardly manage to identify skill shortage risks specifically related to the energy transition:
the labor market structure remains almost identical between the baseline scenario and the energy transition
scenario. The low level of disaggregation of the labor market model, with 10 occupational categories (farmer,
craftsman, worker, etc.) and three skill levels (high, medium, low) makes it difficult to draw specific
conclusions
The link between macroeconomics and labor markets can thus help anticipating shortages of certain skills
(and opportunities for training courses). However, as these studies rarely cover the low-carbon transition,
the link with skills specifically needed for the fight against climate change is not measured to date.

4. Recommendations for communicating and enhancing existing knowledge


Producing new knowledge from existing Climate – Macroeconomic models
It would be relevant for Climate-Macroeconomic models to extend the scope of environmental phenomena
whose macroeconomic effects are measured, and to thereby provide new quantitative elements to the
public debate. A first path would be to integrate the issue of air quality. Recent estimates of the social cost
of air pollution in France (over 100 billion euros per year according to a Senate report released in July 2015)
provide a favorable context for macroeconomic studies on the subject, which could potentially increase the
benefits of climate policy. In particular, aspects such as health costs or productivity losses could be
integrated into macroeconomic models.
A second path would consist of integrated recent findings on the potential costs of climate change in France.
In particular, a report directed by Jean Jouzel (vice president of the IPCC since 2002) and published in
September 2014 presents climate change scenarios in France up to 2100. Macroeconomists have the
opportunity to exploit this type of work, so long as they provide costs or measurable market transactions (ex.
variations of agricultural yields).

7 1 million according to the model GEM-E3, 3 million according to the model E3ME

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
Examining the opportunity in France for designing innovative Climate - Macroeconomics - Labor
market models
In order to integrate the issue of forward planning of employment and skills in macroeconomic models
applied to the energy transition, macroeconomic models would first require a double-entry table that breaks
down the different economic sectors by occupation and level of qualification. Since a given occupation could
be placed in a variety of sectors, it is necessary to quantitatively measure the distribution of occupations by
sector.
The question at this stage is whether such a database exists, that would be relevant to this Climate –
Macroeconomics – Labor market modeling exercise. To avoid the same pitfall observed in the studies
directed by CEDEFOP mentioned above, it is necessary that the level of disaggregation of occupations be
fine enough, so that the results in terms of labor market forecasting and planning are conclusive. Beyond
the question of data availability, such a project would need reinforcing the cooperation in France between
macroeconomists and labor market economists.
Communicating to the public the main lessons of Climate – Macroeconomic models
Grasping the results of Climate – Macroeconomic models is difficult, even for an informed audience. These
barriers to understanding greatly reduce the contribution of the models’ findings. This study suggests
improving awareness-raising with interested stakeholders. This would be achieved especially by better
communicating the key lessons of modeling exercises. For instance, the fact that macroeconomists, in
collaboration with energy experts, have been successful in overcoming the dilemma between climate
change mitigation and GDP, by drawing up a number of energy transition trajectories compatible with
economic growth, is an important take-away lesson, which is little known.

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
SOMMAIRE

Remerciements ................................................................................................................ 2
Résumé............................................................................................................................. 3
Executive Summary ........................................................................................................ 8
Sommaire ....................................................................................................................... 13
Table des illustrations ................................................................................................... 16
Contexte et objectifs de l’étude .................................................................................... 18
I. Contexte et motivations ............................................................................................................... 18
II. Un double-objectif poursuivi dans cette étude ......................................................................... 19
III. Glossaire : des notions à s’approprier afin de comprendre le contenu des travaux CO 2 /
Macroéconomie ........................................................................................................................................ 19
Volet 1 : Les travaux répondant à la volonté politique de mesurer les effets
macroéconomiques des changements climatiques, et définir des trajectoires de
réduction des émissions de gaz à effet de serre sur le siècle ................................... 23
I. Le jeu d’acteurs ............................................................................................................................ 24
a. Principaux commanditaires : Programme des Nations Unies pour l’Environnement, UE, OCDE . 24
b. Producteurs de modèles : chercheurs universitaires et instituts de recherche (climatologues,
économistes de l’énergie, et macroéconomistes) ................................................................................. 26
II. Les IAM pour estimer les coûts du réchauffement ................................................................... 28
a. Des modèles mondiaux simplifiés .................................................................................................. 28
b. Des fourchettes d’estimations limitées et dépendantes du niveau de réchauffement ................... 31
c. Limites des IAM pour estimer les coûts du changement climatique .............................................. 32
d. Un jeu non-coopératif : Le passager clandestin. ............................................................................ 38
e. Des gains pour les cavaliers seuls ................................................................................................. 39
III. Les modèles mobilisés pour mieux appréhender les effets de l’intervention ....................... 41
a. Les modèles technico-économiques pour estimer le potentiel de réduction des GES et leurs coûts
41
b. Les modèles d’équilibre général calculable (MEGC) ..................................................................... 43
c. L’hybridation des modèles d’équilibre général calculable .............................................................. 44
d. Des coûts réputés certains à court terme pour des gains de long terme hypothétiques ............... 45
IV. Les approches en équilibre dynamique : l’émergence du double dividende ........................ 48
a. Des modèles macroéconométriques d'inspiration néokeynésienne mobilisés également pour
estimer les effets de la transition sur le chômage. ................................................................................ 48
b. Des modèles régionalisés et complexes ........................................................................................ 48
c. Monnaie endogène et multiplicateur d’investissement ................................................................... 52
VOLET 2 Les principaux résultats des travaux mesurant les effets
macroéconomiques de la transition carbone ............................................................. 54

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
I. Benchmarking : une analyse bibliométrique des résultats, et leur interprétation ................ 55
a. Considérations particulières avant d’analyser les résultats et leurs écarts .................................... 55
b. Comparaison de scénarios ............................................................................................................. 56
II. Zoom sur deux initiatives des Programmes Cadres de l’Union Européenne pour la
Recherche et le Développement ayant permis de consolider les analyses : ADAM et AMPERE .... 59
a. ADAM : Adaptation and Mitigation Strategies – Supporting European Climate Policy .................. 59
b. AMPERE : Assessment of Climate Change Mitigation Pathways and Evaluation of the
Robustness of Mitigation Cost Estimates .............................................................................................. 67
III. Les incertitudes et les limites de la démarche macroéconomique ......................................... 73
IV. La transition carbone : plusieurs chemins possibles pour atteindre un objectif de
stabilisation avec un impact limité sur la croissance .......................................................................... 74
VOLET 3 Les travaux répondant à la volonté d’anticiper les effets de la transition
énergétique sur le marché du travail ........................................................................... 77
I. Le jeu d’acteurs et les contextes favorisant les collaborations entre macroéconomistes et
économistes du travail ............................................................................................................................ 78
a. Une demande devenue classique : traduire les prévisions macroéconomiques à l’échelle des
catégories de métier et niveaux de qualifications .................................................................................. 78
b. Une demande plus poussée, dans des pays marqués par un marché du travail sous tension, pour
des modèles détaillant les compétences et les formations ................................................................... 78
c. Aide à la réflexion sur les interactions entre la macroéconomie et le marché du travail ............... 79
II. Les modèles mobilisés dans le cadre d’études reliant la macroéconomie au marché du
travail 79
III. Une demande devenue classique : traduire les prévisions macroéconomiques à l’échelle
des catégories de métier et niveaux de qualifications ......................................................................... 81
a. Le pilotage par le Bureau International du Travail d’analyses de gestion prévisionnelle des métiers
et niveaux de qualification dans les pays émergents ............................................................................ 81
b. Aux Etats-Unis, des analyses prévisionnelles des métiers et des compétences semblant les plus
fines et détaillées ................................................................................................................................... 83
IV. Une demande plus poussée, dans des pays marqués par un marché du travail sous
tension, pour des modèles détaillant les compétences et les formations......................................... 84
a. En Norvège, un modèle abouti reliant les besoins en formation aux évolutions du marché du
travail...................................................................................................................................................... 84
b. En Australie, un modèle reliant les besoins en compétences aux évolutions du marché du travail
86
V. Des cas « exemplaires » d’intégration Climat – Macroéconomie – Marché du travail .......... 89
a. En Europe, une connexion aboutie entre un modèle Climat – Macroéconomie et un modèle de
marché du travail ................................................................................................................................... 89
b. En Australie : le modèle Monash du Centre of Policy Studies (CoPS) interfacé avec E3ME de
Cambridge Econometrics ...................................................................................................................... 96
Volet 4 Recommandations ............................................................................................ 99
I. Produire des connaissances nouvelles à partir des modèles CO 2 – Macroéconomie
existants .................................................................................................................................................... 99
II. Approfondir l’opportunité de concevoir en France des outils et modèles innovants CO2 –
Macroéconomie – Marché du travail .................................................................................................... 100
III. Diffuser auprès du grand public les principaux enseignements des modèles reliant
l’environnement à la macroéconomie .................................................................................................. 100
Annexes........................................................................................................................ 102

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
I. Liste des modèles intégrés dans l’analyse comparative ....................................................... 103
a. Les modèles Environnement - Energie - Macroéconomie ........................................................... 103
b. Les modèles Macroéconomie – Marché du travail ....................................................................... 108
II. Entretiens téléphoniques réalisés pour cette étude ............................................................... 110
III. Les innovations en cours dans les exercices de modélisation ............................................. 111
a. Les paramètres relatifs aux modules Environnement / Climat des modèles ............................... 111
b. Les paramètres relatifs au Système Energétique dans les modèles ........................................... 111
c. Paramètres relatifs à la partie Macroéconomique des modèles .................................................. 111
d. Paramètres relatifs au Marché du travail ...................................................................................... 112
e. Autres éléments potentiels d’innovation ....................................................................................... 112
IV. Les bonnes pratiques en matière de pédagogie des modèles et des études ...................... 114
a. L'expression claire des résultats .................................................................................................. 114
b. La description du modèle ............................................................................................................. 114
c. Code et données d'entrée ............................................................................................................ 117
d. La vulgarisation auprès des commanditaires ............................................................................... 118
e. Un exemple de modèle-jouet (« toy-model ») : RICE/DICE ......................................................... 118

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
TABLE DES ILLUSTRATIONS
Figure 1 : Pertes annuelles de consommation en pourcentage du PIB en 2100 en lien avec le
réchauffement climatique dans trois modèles : DICE, FUND et PAGE. ........................................................ 35
53
Figure 2 : Prix optimal du carbone. Source : Ackerman et Finlayson (2006) . ............................................. 37
Figure 3 : Fonctionnement du modèle E3ME de Cambridge Econometrics .................................................. 49
Figure 4 : Description du modèle ThreeME de l'ADEME ............................................................................... 50
Figure 5 : Liens entre changement climatique, marché du travail et PIB, d’après le modèle ThreeME ........ 51
Figure 6 : Description du module énergie et environnement du modèle NEMESIS. Source : The NEMESIS
model : New Econometric Model for Environment and Sustainable development Implementation Strategies,
A. FOUGEYROLLAS et al., 2002 ................................................................................................................... 52
Figure 7 : Benchmarking bibliométrique : résultats de scénarios de transition par rapport au scénario de
référence modélisé ......................................................................................................................................... 58
Figure 8 : Comparaison des modèles selon le scenario de référence par population, PIB (GDP),
consommation totale d’énergie primaire (total energy use) et émissions de CO2 de l’énergie et de l’industrie
(CO-2-EnIn). ................................................................................................................................................... 60
Figure 9 : Prix du carbone pour les scénarios à 550ppm et 400ppm. Source : The Economics of Low
Stabilization: Model Comparison of Mitigation Strategies and Costs, 2010, O. Edenhofer et al. .................. 61
Figure 10: Coûts de l'atténuation en pourcentage de PIB pour les scénarios à 550ppm, 450ppm et 400ppm.
Source : The Economics of Low Stabilization: Model Comparison of Mitigation Strategies and Costs, 2010,
O. Edenhofer et al. ......................................................................................................................................... 62
Figure 11: Coûts de l'atténuation pour les scénarios à 550ppm, 450ppm et 400ppm. Source : The
Economics of Low Stabilization: Model Comparison of Mitigation Strategies and Costs, 2010, O. Edenhofer
et al. ................................................................................................................................................................ 63
Figure 12 : Coûts régionaux de l'atténuation ("Mitigation") pour les scénarios à 550ppm et 400ppm. Source :
The Economics of Low Stabilization: Model Comparison of Mitigation Strategies and Costs, 2010, O.
Edenhofer et al. .............................................................................................................................................. 64
Figure 13 : Impacts économiques de choix technologiques d’ici à 2050 permettant une stabilisation
climatique à 450ppm, relativement à un scénario de référence sans action climatique (écarts exprimés en
différences de revenus réels en 2050 dans les régions correspondantes). Source : "OECD Environmental
Outlook to 2050: Consequences of Inaction", OECD, 2012........................................................................... 66
Figure 14 : Impacts régionaux sur les revenus réels (écarts au scénario de référence) pour des scénarios
de stabilisation climatique à 450 ppm avec action immédiate (« core ») et avec action retardée à 2020
(« delayed action »). Ecarts exprimés en différences de revenus réels en 2050 dans les régions
correspondantes. Source : "OECD Environmental Outlook to 2050: Consequences of Inaction", OECD,
2012 ................................................................................................................................................................ 66
Figure 15 : Illustration des différences dans les résultats donnés par les modèles du projet AMPERE ....... 68
Figure 16 : Comparaison des émissions de GES selon différents scénario simulés par les modèles
AMPERE......................................................................................................................................................... 69
Figure 17 : First mover advantages. Le graphique de gauche démontre qu’une action repoussée à 2013
serait coûteuse et aurait un impact négatif sur les exports et sur le PIB. Source : Decarbonisation scenarios
for Europe, P. Capros, L. Paroussos, P. Fragkos, The AMPERE Consortium (2014) ................................... 70
Figure 18 : Exemple de la perte de consommation des ménages en Chine, selon une action mondiale
repoussée ou rapide. Source : Assessing Pathways toward Ambitious Climate Targets at the Global and
European Levels, E. Kriegler et al., The AMPERE Consortium (2014) ......................................................... 71
Figure 19 : Réduction annuelle moyenne de la consommation des ménages résultant d’une action
climatique forte par rapport à un scénario de référence. Plus précisément : perte de consommation en
Europe, Chine et reste du monde (RoW), après une action mondiale initiée par l’Europe en 2030. Source :
Assessing Pathways toward Ambitious Climate Targets at the Global and European Levels, E. Kriegler et al.,
The AMPERE Consortium (2014) .................................................................................................................. 71

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
Figure 20 : Ecart de PIB en pourcentage du PIB du scénario de référence de la décarbonation de l'Union
Européenne dans le premier scénario de décarbonation (AM5S2) (période 2015-2050). Source : P. Capros
et al., "European decarbonisation pathways under alternative technological and policy choices: A multi-
model analysis", Energy Strategy Reviews, 2013. ......................................................................................... 72
Figure 21 : Efforts de réduction des émissions de GES en 2030, 2050 et 2100, par source/secteur pour le
scénario de stabilisation à 450 ppm, avec (fig. haut) et sans (fig. bas) déploiement massif de la technologie
CCS (Carbon Capture and Storage). Source : O. Edenhofer et al., 2014: Technical Summary. In: Climate
Change 2014: Mitigation of Climate Change. Contribution of Working Group III to the Fifth Assessment
Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change. ......................................................................... 76
Figure 22 : Répartition des acteurs dont les modèles de marché du travail en complément de modèles
macroéconomiques sont examinés dans la présente étude .......................................................................... 81
Figure 23 : Projection des écarts de qualification à l’échelle de l’économie des Philippes ; les valeurs
représentent le pourcentage de la population active se trouvant respectivement en situation d’adéquation,
de surqualification, et de sous-qualification par rapport au poste occupé ..................................................... 82
Figure 24 : Les secteurs économiques avec la plus grande part de travailleurs sous-qualifiés .................... 83
Figure 25 : Projection 2030 des emplois en Norvège par filière de formation (milliers de personnes) .......... 85
Figure 26 : Exemples de projections offre-demande de 2 filières de formation en Norvège ......................... 86
Figure 27 : Squelette du modèle Monash ...................................................................................................... 87
Figure 28 : Prévisions de croissance (% par an) de la demande de l’économie australienne, en nombre
d’heures, pour chaque compétence, tous secteurs d’activité et métiers confondus ...................................... 88
Figure 29 : Approche du modèle du CEDEFOP............................................................................................. 90
Figure 30 : détail de l’approche du modèle du CEDEFOP ............................................................................. 91
Figure 31 : Résultat du modèle E3ME-WLME : les effets sur la demande d’emplois de différentes stratégies
d’atteinte des objectifs « 20-20-20 » de l’Union Européenne par rapport au scénario tendanciel (2011 ...... 92
Figure 32 : Résultat du modèle E3ME-WLME : les effets sur la répartition de la demande d’emplois par
catégorie professionnelle résultant des différents scénarios de politique énergétique à horizon 2020 (2011).
Les différences sont invisibles à l’œil nu, et en effet négligeables. ................................................................ 93
Figure 33 : Résultat du modèle E3ME-WLME : les effets sur la répartition de la demande d’emplois par
niveau de qualification résultant des différents scénarios de politique énergétique à horizon 2020 (2011).
Les différences sont invisibles à l’œil nu, et en effet négligeables. ................................................................ 93
Figure 34 : Résultat du modèle E3ME-WLME : les effets sur la demande d’emplois d’un scénario Emploi +
Energie en comparaison avec un scénario purement Energie (2013) ........................................................... 95
Figure 35 : Comparaison par le CoPS des prévisions à horizon 2020 des modèles WLME et MONASH
(MLME) sur le marché du travail des Pays-Bas (2014) ................................................................................. 97
Figure 36 : La cascade d'effets sur l'emploi de l'intervention proposée dans l'étude .................................. 115
Figure 37 : Les six régions du monde dans la version précédente de GMM ............................................... 115
Figure 38 : La structure dynamique récursive (pas-à-pas) d'IMACLIM-R .................................................... 116
Figure 39 : Comparaison de scénarios d'émissions et Décompositions de tendance d’émissions ............. 117
Figure 40 : Prix de la base de données GTAP. ............................................................................................ 117
Figure 41 : Page web des modèles DICE et RICE....................................................................................... 119

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
CONTEXTE ET OBJECTIFS DE L’ÉTUDE

I. Contexte et motivations

Les relations CO2 / Macroéconomie, un champ d’étude relativement récent


Depuis les années 1970, et jusqu’au milieu des années 2000, les études scientifiques gagnaient en
précision sur l’origine anthropique des changements climatiques alors que les réactions du monde politique,
de l’industrie, et de la société civile oscillaient entre déni et catastrophisme. Les conséquences politiques et
économiques à tirer du constat scientifique étaient confuses. L’idée du « sacrifice de l’économie pour le
bien de la planète » a par exemple pu, pendant un temps, gagner en crédibilité, avant que le sujet du
découplage CO2 / Croissance n’émerge.
La littérature relative aux conséquences économiques du changement climatique ne remonte guère plus
loin qu’aux années 1990. Elle est longtemps restée peu connue des décideurs. A cet égard, le rapport Stern
de 20068 marque une rupture : il s’agissait du premier rapport sur le réchauffement climatique financé par
un gouvernement, celui du Royaume-Uni, mené par un économiste et qui mettait en balance d’un côté le
coût de l’action et d’un autre côté le coût de l’inaction. Les hypothèses de ce rapport Stern ont été critiquées
par certains économistes universitaires (ex. R. Pindyck dans le Journal of Economic Literature en 20139).
L’étude, menée au niveau mondial, donnait d’une part des indications sur les investissements à mener, en
pourcentage de PIB, afin d’atténuer les effets du changement climatique ; d’autre part, les conséquences
économiques négatives à long-terme de l’inaction.

Qu’en est-il depuis le rapport Stern ?


Depuis 2006, de nombreuses publications 10 ont continué à alimenter ce champ de recherche encore
relativement peu développé, avec des périmètres géographiques et sectoriels différents. Ainsi, centres de
recherche universitaires, institutions politiques, groupes industriels, et cabinets d’études privés, travaillant
souvent en consortium, se sont attachés à modéliser les phénomènes économiques liés à la transition
énergétique.
Si certains secteurs, tels que l’agriculture, la foresterie ou les déchets, restent très peu couverts, les autres
secteurs concernés par la transition bas-carbone (énergie, industrie, bâtiment, transport) ont fait l’objet de
feuilles de route définissant leur contribution à la transition. Les conséquences sectorielles mais également
macroéconomiques de cette transition ont été mesurées.

L’enjeu des études CO2 / Macroéconomie


Le dialogue entre les experts de l’environnement et les macroéconomistes est indispensable pour éclairer
les décideurs politiques ; l’évolution du PIB en fonction des changements climatiques ou des politiques de
transition énergétique étant un aspect important du débat. Au-delà des enseignements sur la nécessité de
lutter contre le changement climatique, ces travaux répondent à l’enjeu de proposer des trajectoires de
transition réalistes et souhaitables sur le plan technique, financier et humain.

8 Stern Review on the Economics of Climate Change, Stern, 2006


9 Climate change policy: what do the models tell us?, R. Pindyck, 2013
10 Voir en particulier les diverses publications du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du
climat) sur http://ipcc.ch/home_languages_main_french.shtml ainsi que celles des groupes de travail ayant contribué
aux rapports du GIEC.

18/121
Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
II. Un double-objectif poursuivi dans cette étude
Dans ce contexte, la présente étude vise à réaliser une analyse comparative des différents travaux ayant
été publiés jusqu’à aujourd’hui. L’enjeu de cette analyse est double, puisqu’il s’agit de :
► Réaliser l’état des connaissances sur les liens CO2-Macroéconomie :
La méthode consiste à analyser et comparer une cinquantaine de travaux macroéconomiques
disponibles permettant de quantifier les liens entre, d’une part, l’évolution des activités et
investissements nécessaires à la diminution des émissions de CO 2, et d’autre part le PIB. Cela
s'inscrit dans le cadre général de l'évaluation de la capacité de l'économie à financer la transition.
D’autres travaux se penchent sur les effets macroéconomiques des changements climatiques, et
s’inscrivent dans le cadre de l’évaluation des conséquences de l’inaction.
► Identifier les bonnes pratiques de modélisation du marché du travail dans le cadre de
modèles macroéconomiques :
L’objectif est d'apporter des clés pour de meilleures modélisations des liens marché du travail-
macroéconomie-environnement afin de pouvoir éclairer au mieux les décideurs politiques et
économiques. L'enjeu est d’apporter des réponses opérationnelles sur les conditions de mise en
œuvre de la transition carbone, notamment en ce qui concerne les besoins induits en termes de
métiers, de compétences, de qualifications et de formations.
La présente étude, à travers l’analyse d’une vingtaine de travaux intégrant des modèles
macroéconomiques et des modèles de marché du travail, vise à identifier de manière générale des
bonnes pratiques susceptibles de conduire à de nouveaux programmes de recherche et
d’innovation. Quelques cas rares, dit « exemplaires », seront présentés, ayant appliqué des
modèles macroéconomie – marché du travail à la question de la transition carbone.

III. Glossaire : des notions à s’approprier afin de comprendre le


contenu des travaux CO2 / Macroéconomie
La présente étude vise à restituer des travaux macroéconomiques à des lecteurs non-spécialistes. Pour y
parvenir, il est cependant nécessaire de partager quelques éléments de vocabulaire.

Typologie des modèles


► Modèle technico-économique : modèle couvrant une partie de l’économie et détaillant finement et
techniquement un nombre restreint de secteurs. Dans le cadre des études CO2/Macroéconomie,
les modèles technico-économiques détaillent particulièrement le système de production et de
consommation d’énergie.

► Modèle macroéconomique : modèle portant sur les variables agrégées de l’économie


(consommation, investissement, stock de capital et de travail, PIB, etc.).

► Modèle hybride : modèle combinant les deux approches précédentes, i.e. mesurant les variables
agrégées de l’économie, tout en détaillant finement des secteurs (le secteur énergétique en
particulier dans ce rapport).

► Modèle d’équilibre général calculable (MEGC) : modèle macroéconomique utilisant des données
économiques issues d’observations et de mesures pour estimer comment une économie pourrait
réagir à des changements de politiques, de technologies, de ressources, ou d'autres facteurs
externes. Leur développement repose sur la construction de bases de données complètes et
cohérentes, sous forme de matrices input-output, représentant les flux des transactions entre
secteurs d’activité au sein d’une économie. Ces modèles, d'inspiration walrasienne, font
l’hypothèse d’un ajustement de la demande à l’offre, via la flexibilité des prix, au moins à long terme,

19/121
Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
et de l’inexistence d’un chômage volontaire, contrairement aux modèles macro-économétriques
d'inspiration néokeynésienne abordés plus loin.

► Integrated Assessment Model (IAM) : modèle d’évaluation intégrée, qui intègre à la fois un volet
macroéconomique et un volet environnemental, ainsi qu’un lien entre eux (par exemple par le biais
d’une fonction de dommages, voir plus loin).

► Modèle macro-économétrique : modèle macroéconomique où les principaux paramètres sont


estimés par des régressions à partir de données historiques. Contrairement aux MEGC, cette
famille de modèles ne suppose pas un ajustement instantané entre l’offre et la demande via la
fluctuation des prix. L’équilibre entre l’offre et la demande ne s’opère pas que par une variation des
prix, mais également des quantités (ex. quantités de biens produits, travail).

Autres termes relatifs à l’économie


► Analyse coût/bénéfice : méthode de quantification des bénéfices et des coûts d’un projet (ex.
programme ou investissement ou politique publique) en les rapportant à la même unité. Cette
analyse tente de répondre à la question suivante : les bénéfices apportés par le projet sont-ils
supérieurs à son coût ? Ou en d’autres termes, ce projet a-t-il enrichi ou appauvri la société ?

► Analyse coût/efficacité : méthode de quantification consistant à diviser l’impact d’un projet (par
exemple le pourcentage de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES)) par son coût.
Cela permet d’obtenir un chiffre (ici le nombre de tonne de GES évitées par euro dépensé). Cette
approche n’émet pas de jugement de valeur (ici sur le coût de la réduction des émissions de GES).

► Double dividende économique et environnemental : gain net économique et environnemental


qui peut venir, par exemple, du recyclage des recettes d’une taxe carbone au profit de la diminution
de taxes plus distorsives (comme celles pesant sur le travail) ou, plus généralement, qui peut venir
du découplage entre PIB et émissions de CO2. Dans le cadre de ce rapport, le second cas, plus
général, est l'acceptation choisie.

► Elasticité de la demande : mesure du degré de sensibilité de la demande aux variations de prix


(« élasticité-prix ») ou des revenus (« élasticité-revenu »). Par exemple, plus l’élasticité d’un bien
est forte, plus sa demande variera fortement avec les variations de son prix.

► Effet d’éviction : désigne en économie, de manière générale, le phénomène par lequel le but d’un
agent économique se trouve compromis par sa propre action pour l’atteindre. Ce terme évoque
l’idée de vases communicants entre l’investissement et les dépenses de consommation. Un
exemple serait la baisse de l'investissement et de la consommation privée provoquée par une
hausse des dépenses publiques dans un but de relance de l’économie.

► Endogénéisation : l’internalisation d’un paramètre externe au sein d’un modèle en une variable
interne.

► Evaluation ex ante : évaluation effectuée avant la mise en œuvre d’une intervention publique.

► Evaluation ex post : évaluation effectuée après la fin d’une action ou d’une intervention publique.

► Fonction de Cobb-Douglas : fonction largement utilisée en économie pour représenter le lien qui
existe entre intrant (ex. matière première, main d’œuvre, capital…) et extrant (production). Cette
fonction a été proposée et testée économétriquement dès 1928. La fonction de Cobb-Douglas peut
s'appliquer notamment à la fonction de production ou à la fonction d'utilité.

► Fonction de Dommage : lien entre l’environnement physique (systèmes climatique et écologique


par exemple) et l’environnement économique (agents économiques tels que les collectivités
territoriales ou les touristes, ainsi que des agrégats économiques tels que le PIB). Ce lien est, en
général, une fonction dans le modèle qui diminue la consommation ou le PIB d’un pourcentage
donné selon les émissions ou concentrations de CO2.

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
► Fonction de production : fonction qui, en microéconomie, exprime la relation entre les facteurs de
production d'une entreprise et la quantité produite. Elle indique, sous la forme d'une équation ou de
sa représentation graphique, ce que la firme peut produire à partir de différentes quantités et
combinaisons de facteurs de production. Pour chaque technologie de production, il est possible de
construire des fonctions de production différentes. La relation exprimée par la fonction de
production est non-monétaire, c'est-à-dire que la fonction lie une production en volume à des
intrants en volume, sans tenir compte des prix et des coûts.

► Théorie Walrasienne des marchés : théorie économique selon laquelle tous les prix s’ajustent sur
tous les marchés afin d’équilibrer l’offre et la demande agrégées de chaque bien (également appelé
Théorie de l’équilibre général ou équilibre Walrasien).

► Théorie néo-keynesienne des marchés : théorique économique selon laquelle les marchés
laissés à eux-mêmes ne conduisent pas forcément à l'optimum économique; en particulier une
économie peut connaître un chômage durable (équilibre de sous-emploi).

► Valeur Actuelle Nette (VAN) : flux de trésorerie actualisé représentant l'enrichissement


supplémentaire dû à un investissement. La valeur actuelle nette permet ainsi de définir si un
investissement va s'avérer rentable ou non, et surtout s'il va pouvoir répondre aux attentes de
rendement fixées par des apporteurs de capitaux.

Scénarios modélisés
► Scénario de référence ou baseline : scénario servant de point de comparaison et permettant de
réaliser des analyses relatives. Le scénario de référence peut être plus ou moins détaillé et basé
sur une projection plus ou moins réaliste. Il repose sur une prolongation des tendances passées et
des effets des politiques déjà existantes, ce qui exclut les risques de rupture. Dans certains cas, le
scénario de référence est purement utilisé à titre de comparaison ; par exemple, dans le cadre des
travaux sur les trajectoires de transition énergétique optimales, le scénario de référence exclut les
effets macroéconomiques du changement climatique.

► Scénario exploratoire ou prospectif : scénario partant d’un point de départ (par exemple la
France en 1990 ou le monde en 2015) et proposant des évolutions ou chocs économiques sur la
base desquels le modèle exécutera ses simulations. L’objectif est d’imaginer l’arrivée (par
exemple : l’Europe en 2030) étant données des contraintes d’évolutions.

► Backcasting ou Rétro-simulation : scénario partant d’un point d’arrivée (par exemple la Chine en
2020 ou l’Europe en 2050), diagnostiquant l’écart entre la situation actuelle et ce point d’arrivée,
puis proposant des évolutions permettant au modèle d’exécuter ses simulations. L’objectif est
d’imaginer les conséquences et la faisabilité des contraintes d’évolutions proposées amenant au
point d’arrivée.

Termes relatifs au climat ou à l’action climatique


► GES : Gaz à Effet de Serre, par exemple le dioxyde de carbone (CO 2) ou le méthane (CH4).

► 450 ppm : un exemple de concentration de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère,
-6
exprimée en partie par million (rapport de 10 , soit, par exemple, un milligramme par kilogramme).
La concentration de dioxyde de carbone (CO2), principal GES anthropique, était de 400 ppm en
2014, et de 280 ppm avant l’ère industrielle.

► Adaptation : réduction de l’exposition des populations et des activités au changement climatique


par anticipation et ajustement, par exemple en utilisant des techniques et variétés culturales
adaptées à un climat plus chaud et plus sec, ou en construisant des digues pour protéger une ville
de la montée des eaux, ou en intégrant l’augmentation des risques d’inondation dans les
documents d’urbanisme.

► Équivalent CO2 : désigne le potentiel de réchauffement global (PRG) d'un gaz à effet de serre
(GES), calculé par équivalence avec une quantité de CO 2 qui aurait le même PRG. La durée de vie

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
du dioxyde de carbone (CO2) dans l'atmosphère est estimée à environ 100 ans. Son PRG vaut
exactement 1 puisque ce gaz sert d’étalon de base. Le PRG du méthane, dont la durée de vie dans
l'atmosphère est de 12 ans, est de 72 pour 20 ans, 25 pour 100 ans et 7,6 pour 500 ans. Dans cet
exemple, 1 tonne de CH4 émise vaut donc 25 tonnes d'équivalent CO2, noté tCO2eq.

► Mitigation ou Atténuation : prévention du changement climatique ou limitation de son amplitude


par réduction des émissions de GES.

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
VOLET 1 : LES TRAVAUX RÉPONDANT À LA VOLONTÉ
POLITIQUE DE MESURER LES EFFETS
MACROÉCONOMIQUES DES CHANGEMENTS CLIMATIQUES,
ET DÉFINIR DES TRAJECTOIRES DE RÉDUCTION DES
ÉMISSIONS DE GAZ À EFFET DE SERRE SUR LE SIÈCLE

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
I. Le jeu d’acteurs
La présente section s'intéresse aux différents acteurs actuellement impliqués dans des efforts de
modélisation liant l'économie, le marché du travail et l'environnement. L'objectif est d'identifier d'une part les
commanditaires, ceux qui utilisent les résultats des études et, d'autre part, les producteurs, ceux qui
développent les modèles et réalisent les simulations. L’intérêt de l’identification du jeu d’acteurs est de
mieux cerner la qualité de la correspondance entre l'offre et la demande de connaissances et d’outils dans
le domaine.
L’intérêt des commanditaires pour le financement d’études reliant la question climatique à la
macroéconomie a débuté, dès le début des années 1990, par une demande d’estimation des pertes de PIB
que pourraient entrainer les changements climatiques. Comme présenté en section II, les producteurs
d’Integrated Assessment Models (IAM) ont été mobilisés pour fournir ce type d’estimation. Constatant que
les coûts macroéconomiques des changements climatiques pouvaient être potentiellement importants en
l’absence d’action climatique, les commanditaires se sont par la suite intéressés à comparer le coût de
l’intervention à celui de l’inaction, une question à nouveau éclairée par les IAM.
Depuis le milieu des années 2000, des demandes sont nées pour élaborer des trajectoires de réduction des
émissions de GES (rythme de réduction, déploiement des technologies, politiques fiscales et budgétaires)
optimales sur le plan macroéconomique. La demande n’était ainsi plus de savoir s’il fallait agir, mais
comment. Dans ce cadre, des modèles macroéconomiques hybrides11 (MEGC d'inspiration walrasienne ou
macro-économétriques d'inspiration néokeynésienne), ont été mobilisés pour éclairer cette question. La
problématique se pose, selon les commanditaires, au niveau mondial, continental (Union Européenne
notamment), ou national. Dans le cadre de ces travaux s’est également posée la question de coopération
ou de non-coopération entre Etats, et l’éventualité pour certains de s’engager seuls dans une transition
énergétique qui serait une option "sans regrets" (no-regret option).
La présente section présente les principales sources de demande de ces travaux, et quelques-unes des
principales institutions ayant répondu à cette demande.

a. Principaux commanditaires : Programme des Nations Unies pour


l’Environnement, UE, OCDE

Depuis les conclusions préoccupantes du premier rapport du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental
sur l'évolution du climat) en 1990, la prise de conscience du changement climatique et de ses impacts
économiques et sociaux a conduit à la mise en place de politiques nationales ou supranationales pour
réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES). Pour toujours mieux comprendre les enjeux
climatiques et évaluer l’impact de ces politiques, les acteurs et décideurs publics se sont intéressés de
manière croissante aux initiatives de modélisation des effets des émissions de gaz à effet de serre sur la
température et, plus au-delà, sur l’économie.
Afin de fixer des objectifs de réduction des émissions de GES sur le siècle, l’intervention d’institutions
gouvernementales a été nécessaire. Les organisations internationales (OCDE, Nations-Unies, Union
Européenne), les instituts de recherche et les centres universitaires ont ainsi cherché à relier modèles
climatiques, énergétiques et macroéconomiques (Integrated Assessment Models). Ces travaux permettent
de simuler les effets économiques du réchauffement climatique et ceux des politiques de réduction des
émissions de GES.
Il existe trois principaux types de commanditaires, et donc de sources de financement, dans le domaine de
la modélisation économique et environnementale : les organisations internationales (OCDE, Nations Unies,
etc.), les gouvernements nationaux (France, Finlande, …), et les centres de recherches académiques
publics ou privés (London School of Economics, Yale University, etc).
Les Nations Unies ont été pionnières sur le sujet du climat avec la Convention-Cadre des Nations Unies
sur les Changements Climatiques (CCNUCC, 1992) ayant pour objectif de « stabiliser les concentrations de
gaz à effet de serre dans l’atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse
du système climatique ». L’Union Européenne a décliné cette Convention-Cadre en un objectif de

11 Voir Glossaire.

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
stabilisation du réchauffement climatique à +2°C d’ici la fin du siècle par rapport aux niveaux préindustriels,
ce qui représente un défi historique pour l’humanité.
L’OCDE s’inscrit dans cette dynamique avec le modèle GREEN, publié en 1994, mais développé depuis
1991 12 . Depuis, ses experts poursuivent le développement et l’enrichissement continu du modèle
d’équilibre général13, maintenant appelé ENV-Linkages.
La Banque Mondiale est aussi un acteur de référence, avec notamment le développement en interne du
modèle ENVISAGE (Environmental Impact and Sustainability Applied General Equilibrium), visant à
analyser les phénomènes associés à l’économie du changement climatique. Mais la Banque Mondiale
finance par ailleurs des études en externe utilisant d’autres modèles que le sien, avec par exemple «
Environmental tax reform: does it work? A survey of the empirical evidence » (2000). Elle est donc à la fois
développeur en interne et financeur en externe.
L’Union Européenne est également un moteur important des efforts de modélisation, d’une part en
finançant directement de nombreux projets de recherche (SP6, SP7 et Horizon 2020), d’autre part en
exigeant un reporting et des évaluations détaillées des effets économiques des mesures climatiques prises
par les Etat Membres (dans le cadre de la préparation du « paquet 2020 » par exemple). La Commission
Européenne, en particulier, exprime une forte volonté d’identifier quels seront les gagnants et les perdants
en Europe des évolutions futures, qu’elles soient tendancielles (scénario « business as usual ») ou
volontaristes (transition énergétique, taxes climatiques, etc.).
Au-delà de ces acteurs principaux, d’autres financeurs ou commanditaires ont été cités lors des entretiens
réalisés ou dans les études analyses, et notamment :
- Les agences environnementales nationales : Environment Canada, Natural Resources Canada, U.S.
Department of Energy, U.S. Environmental Protection Agency, Swiss Federal Office of Energy, U.S.
National Science Foundation, Swiss Energy Council, etc.
- Les syndicats professionnels 14 : Power Industry Japan, European Association of Automotive
Suppliers, etc.
- Les associations, think-tanks ou fondations : Center for American Progress, European Climate
Foundation, Volkswagen-Foundation, Greenpeace, NEGAWATT, etc.
- Les événements et forums15 : Energy Modeling Forum (EMF), Dusseldorp Skills Forum, etc.

Il ressort de cette analyse que les organisations internationales (OCDE en particulier) donnent la priorité au
développement de scénarios de référence 16 (de « baseline ») et à l’analyse prospective 17 plutôt qu’à
l’élaboration ou l’analyse de scénarios de rupture. Les gouvernements ou organisations publiques (ex.
agences nationales de l’environnement ou U.E.) donnent, quant à eux, la priorité à l’aide à la décision,
c’est-à-dire à l’évaluation et la comparaison de politiques publiques, soit ex ante en cas d’études d’impacts,
soit ex post à l’issue d’une première période d’implémentation. Pour ces commanditaires, l’objet de la
modélisation est avant tout d’obtenir des réponses relatives, c’est-à-dire de juger des contributions
directement imputables à une ou des politiques publiques, en l’occurrence climatiques et énergétiques.

12 http://www.oecd.org/dev/1919148.pdf
13 Voir Glossaire.
14 Les syndicats professionnels se sont en particulier intéressés à l’impact de la transition carbone et de sa forme sur
leurs secteurs respectifs, tant en termes d’activité que d’emploi.
15 Les événements et forums ne sont pas des financeurs à proprement parler, mais sont bien à l’origine de contributions
et développements spécifiques.
16 Voir Glossaire.
17 Voir Glossaire

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
b. Producteurs de modèles : chercheurs universitaires et instituts de recherche
(climatologues, économistes de l’énergie, et macroéconomistes)

Les producteurs de modèles sont le plus souvent éligibles aux appels d’offres des commanditaires dès lors
qu’ils produisent des publications dans des revues académiques soumises à comité de relecture.
Ils sont issus de différents domaines d’expertise. En effet, les questions ici étudiées proviennent du débat
scientifique, politique, et économique sur le changement climatique. Le changement ayant des effets sur
l’environnement (effet de la hausse de la température mondiale sur la montée des eaux, sur les conditions
climatiques, sur la biodiversité, etc.), sur l’économie (dégâts financiers des catastrophes climatiques, coûts
de la transition énergétique, etc.) mais aussi sur la politique (Sommet de la Terre, Conférence Climat,
réunions du GIEC, directives nationales et continentales en faveur de la transition énergétique, etc.), la
coopération entre les acteurs de ces différentes sphères afin de répondre aux enjeux apparait essentielle.
Les économistes seuls n’ont pas la capacité ni les connaissances suffisantes pour modéliser et quantifier
les effets du changement climatique sur l’environnement, ou les effets de la transformation du système
énergétique sur la croissance. La coopération avec d’autres domaines d’expertise (climatologie, énergie)
est donc indispensable pour assurer la bonne intégration de tous les paramètres nécessaires à un modèle
complet et fiable. Par ailleurs, cette convergence de savoirs favorise la pédagogie des textes et leur
compréhension par des personnes extérieures à l’étude ou n’appartenant pas au domaine d’expertise dédié.

Le monde académique joue un rôle majeur dans la construction des passerelles climat-économie
Il existe une tradition académique anglo-saxonne dans la construction de modèles macroéconomiques qui
se traduit par la concentration de foyers majeurs et anciens de production de modèles, aux Etats-Unis et au
Royaume-Uni. Plus particulièrement, des acteurs importants ont été identifiés :
Sur la côte Est des Etats Unis :
18
► A Yale où William Nordhaus et ses collaborateurs travaillent autour des modèles DICE 18 et RICE
depuis le début des années 1990 ;
► Au MIT avec les modèles EPPA et IGSM ;
► Au sein du centre de recherche PERI, rattaché à l’Université du Massachussetts Amherst,
Sur la côte Ouest :
► A Stanford où Alan Manne a développé le modèle MERGE et où est né, dès 1976, l’Energy
Modeling Forum ;
► A l’UC Berkeley où a été construit le modèle EAGLE.
De l’autre côté de l’Atlantique, une activité importante a lieu au Royaume-Uni avec Nicholas Stern et
Samuel Fankhauser à la London School of Economics, ainsi que Chris Hope à l’Université de Cambridge et
Richard Tol à l’Université du Sussex.
En Europe (hors-Royaume Uni), les centres de recherche académique sont également contributeurs :
► En France, le CIRED (CNRS) a développé le modèle hybride IMACLIM, l’Université Pierre Mendès
France de Grenoble a construit le modèle technico-économique POLES, tandis que le laboratoire
ERASME rattaché à l’Ecole Centrale Paris a élaboré le modèle économétrique NEMESIS.
► En Allemagne, le PIK à Potsdam a développé le modèle REMIND et le Kiel Institute of the World
Economy est à l’origine du modèle DART.
► En Italie, l’Université Ca’Foscari et la FEEM (Fondation ENI Enrico Mattei) à Venise sont très
actives et ont produit les modèles ICES et WITCH.
► En Grèce, la National Technical University of Athens (NTUA) est le principal porteur du modèle
GEM-E3.
► Aux Pays-Bas, l’Université d’Utrecht a participé au développement du modèle IMAGE-TIMER.

18 Voir section II.a.

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
► En Autriche, l’Energy Economics Group de la Vienna Technical University travaille sur le modèle
d’équilibre partiel Green-X.
► En Suisse, le Paul Scherrer Institute est également actif sur le sujet.

Les organisations internationales et agences publiques appliquent et enrichissent les modèles


académiques dans le cadre d’analyses de politiques publiques
Comme expliqué précédemment, la Banque Mondiale est un acteur de référence avec son modèle
ENVISAGE, et l’OCDE fut parmi les pionniers en 1994 avec le modèle GREEN.
D’autres organisations gouvernementales travaillant sur les thématiques économiques et/ou
environnementales, s’intéressent à la modélisation CO2-Macroéconomie, comme :
► l’ADEME, qui a développé en collaboration avec l’OFCE et TNO le modèle ThreeME, initialement
dans le cadre de travaux préliminaires relatifs à l’établissement d’une taxe carbone, et qui est
aujourd’hui utilisé par le Ministère de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie
(MEDDE) pour étudier les conséquences macroéconomiques en France de la transition
énergétique ;
► l’institut gouvernemental pour la recherche économique VATT en Finlande, qui a utilisé son modèle
VATTAGE pour évaluer les effets distributionnels sur les revenus du paquet énergie-climat 2020
européen sur l’économie finlandaise ;
► l’agence d’évaluation environnementale PBL aux Pays Bas, qui développe et met à jour l’Integrated
Assessment Model IMAGE, dont l’objectif est d'explorer les dynamiques de long-terme et les
impacts de changements globaux qui résultent des interactions entre facteurs socio-économiques
et environnementaux19 ;
► l’agence scientifique nationale australienne, le CSIRO, qui est particulièrement active, avec
notamment une évaluation des impacts sur l’emploi de la transition vers une économie verte à l’aide
d’une adaptation du modèle CGE (Computable General Equilibrium) MONASH et le développement
du modèle Global Integrated Assessment Model (GIAM), centré sur l’Australie, qui traite les
interactions entre système climatique et économique.

Des entreprises privées peu nombreuses mais placées au centre de l’échiquier


Quelques institutions privées se sont lancées dans la modélisation macroéconomique des impacts du
changement climatique. Deux d’entre elles sont souvent sollicitées par l’Union Européenne pour des
travaux d’analyse d’impact de politiques énergétiques : le cabinet de conseil britannique Cambridge
Econometrics qui a développé le modèle E3ME (anciennement E3MG) et le cabinet Seureco, qui a repris et
développé le modèle NEMESIS.
Enerdata est une autre structure de référence, basée à Grenoble, qui, en collaboration avec le laboratoire
EDDEN de Patrick Criqui à l’Université Pierre Mendès France, a participé au développement du modèle
technico-économique international POLES.

19 http://themasites.pbl.nl/models/image/index.php/Welcome_to_IMAGE_3.0_Documentation

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
II. Les IAM pour estimer les coûts du réchauffement
Cette section détaille plusieurs modèles IAM, leurs enseignements ainsi que leurs limites. Cette revue
permet de comprendre comment ces modèles estiment les coûts du réchauffement climatique, et comment
leurs résultats quantitatifs permettent de cadrer et dimensionner les politiques publiques climatiques dans
leur définition de trajectoires de stabilisation climatique.
Il est utile de réaliser un focus détaillé sur les IAM, puisque ces types de modèles sont les seuls examinés
par cette étude à intégrer les rétroactions du climat sur l’économie. Ainsi, la construction d'IAM vise à
répondre aux questions suivantes :
 Quels pourraient être les coûts macroéconomiques des dégâts climatiques ?
 Quels seraient les meilleurs compromis entre mesures d’atténuation et d’adaptation ?
 Quelle serait la répartition optimale, d’un point de vue macroéconomique, de l’effort d’atténuation
pour les différentes parties du monde ?

a. Des modèles mondiaux simplifiés

Un couplage entre systèmes physiques et systèmes économiques


Les IAM ou « modèles d’évaluation intégrés » tirent leur spécificité de leur approche pluridisciplinaire
essentiellement destinée à une application en matière d’aide à la décision. Le but de l’évaluation intégrée
n’est pas de faire progresser les connaissances mais bien de servir d’outil d’aide à la décision publique.
Les modèles intégrés du changement climatique cherchent à appréhender, dans une architecture cohérente,
la chaîne causale qui conduit des déterminants des émissions de gaz à effet de serre aux impacts du
changement climatique et à leurs répercussions macroéconomiques.
Tel que décrits par P. Matarasso (Integrated Assessment Models of Global Change, 2001), les modèles
d’évaluation intégrée du changement climatique décrivent les évolutions couplées des différents sous-
systèmes qui composent le système terrestre tout entier, soit :
- les systèmes humains (production physique, macroéconomie, etc.),
- les systèmes physico-chimiques océaniques et atmosphériques,
- les systèmes écologiques marins et terrestres.
Les modèles IAM sont nécessairement fondés sur le couplage d’une modélisation relativement détaillée du
climat terrestre (modèles de circulation générale de l’atmosphère, modèles écologiques intervenant dans
les cycles géochimiques, etc.) avec une modélisation des activités humaines dans le cadre d’une
prospective de long terme. Les évolutions du système climatique sont en effet déterminées par les
émissions de gaz à effet de serre résultant des activités humaines. Le but de cette architecture de modèles
est de s’interroger sur les réponses appropriées aux changements climatiques, réponses qui supposent une
pondération des efforts pour limiter ce changement.
L’objectif d'un IAM est d’évaluer les conséquences du changement climatique (impacts positifs et négatifs),
en prenant en compte ses forces motrices (démographie, économie, développement, etc.), les possibles
processus d'atténuation (énergie nucléaire et énergies renouvelables, maîtrise de la demande en énergie,
capture et séquestration du carbone, etc.) et les processus d'adaptation (changements dans les méthodes
de production agricole, infrastructures de protection, etc.).
Afin de mieux pondérer les efforts pour limiter ces changements climatiques, les fonctions de dommages
sont utilisées pour modéliser les impacts de l’augmentation des températures sur les stocks de capital, la
productivité ou la croissance économique, impacts qui peuvent se faire ressentir sur le long terme.
Le but de cette intégration dans l’IAM est d’obtenir un indicateur de ratio coût/bénéfice de chaque stratégie
possible comprenant des mesures d'atténuation et d'adaptation, résumant leurs coûts et leurs avantages à
un niveau mondial et sur l'échelle de temps complète du changement climatique. Les IAM utilisent

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
davantage l’analyse coût/bénéfice20 tandis que les modèles hybrides (qui seront étudiés dans la section III
suivante) utilisent davantage l’analyse coût/efficacité21.
Les mesures ainsi que leurs conséquences en termes d'impacts doivent être analysées à trois niveaux
distincts : le niveau physique, le niveau sectoriel et le niveau macroéconomique (national ou mondial, selon
le point de vue choisi pour l’étude).

Des IAM pour informer sur la temporalité des mesures


L'élaboration d'un ensemble de mesures institutionnelles (taxes, quotas, permis négociables, incitations à
l'innovation, etc.) et de mesures techniques correspondantes au fil du temps (processus d'atténuation et
d'adaptation) est déterminée par la vitesse et le niveau de changement climatique, de progrès technique, de
dépenses en R&D, de démographie, de développement économique, etc. Par exemple, un IAM peut être
utilisé pour évaluer et comparer un ensemble de mesures de précaution ainsi qu’un ensemble de mesures
d’adaptation suivis avec différents horizons temporels associés à des états finaux différant en
concentrations en GES et en niveaux de changement climatique.
Les entretiens réalisés dans le cadre de cette étude ont confirmé qu’un même objectif climatique pouvait
être atteint par différentes trajectoires 22 . Par exemple, un objectif de stabilisation de la concentration
atmosphérique en GES en 2100 à 450 ppm CO2eq pourrait être atteint selon :
► différentes trajectoires d’investissements (ex. dans l’efficacité énergétique), de politiques publiques
(ex. rythme d’augmentation du prix du carbone), et donc de réduction des émissions de GES (ex.
réduction dès 2020 versus à partir de 2030) ;
► divers choix technologiques (ex. développement de l’énergie nucléaire et du CCS23 versus celui
des énergies renouvelables).
Les décideurs doivent élaborer et comparer de tels ensembles de mesures, avec des échelles de temps
contrastées, ce qui peut conduire à différents coûts globaux. La détermination d'un niveau optimal de
l'action, c'est à dire une combinaison judicieuse de mesures d'atténuation et d'adaptation est nécessaire.
Ceci est un domaine où l'utilisation d'IAM a pu structurer et éclairer le débat international concernant le
calendrier des mesures politiques24.

Quelques IAM majeurs


Deux IAM à l’importance historique sont présentés plus en détail ci-après : DICE, le pionnier des IAM, et
PAGE ayant fait l'objet d'une grande publicité à travers le rapport Stern de 2006. Ces modèles ont donc
joué un rôle clé dans l'établissement des IAM comme moyen d'estimer le coût du changement climatique,
première étape vers l'aide à la définition de politiques publiques visant la stabilisation climatique d’ici à la fin
du siècle.

► DICE, le pionnier des Integrated Assessment Models

20 Voir Glossaire
21 Voir Glossaire
22 Pour des exemples de choix de chemins différenciant pour un même objectif atteint, voir, par exemple, dans le volet
2, la section II.a, le paragraphe « Des trajectoires et des stratégies d’atténuation variées ». De même, pour d’autres
exemples, voir, notamment, dans le volet 2, la section IV, le paragraphe « Les efforts d’un secteur pour la transition
dépendront aussi de ceux des autres ».
23 Carbon Capture & Storage – Capture et Stockage du Carbone
24 Voir : Wigley et al., 1996, Economics of Environmental Choices in the stabilization of atmospheric CO2
concentrations, Nature n°379, 240-243 ; ainsi que la réponse de Minh Ha-Duong (Ha-Duong et al., Influence of
socioeconomic inertia and uncertainty on optimal CO2-emission abatement. Nature, 390:270-274, 1997)

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
Le modèle DICE a été développé à l’Université de Yale dans le Connecticut sous la direction de William
Nordhaus, en collaboration notamment avec David Popp (rattaché désormais à Syracuse University), Zili
Yang (rattaché désormais à Binghamton University) et Joseph Boyer. La dernière mise à jour du modèle
date de 2013. Il a pour objectif de fixer le prix du carbone afin de maximiser la valeur actualisée des flux
futurs de la consommation ainsi que de quelques commodités non-marchandes au cours des prochains
siècles.
Le modèle DICE ne présente ni de désagrégation régionale ni de désagrégation sectorielle (à l’inverse des
modèles hybrides multisectoriels). Le cœur de son module économique est un modèle de croissance
néoclassique, c’est-à-dire basé sur les trois facteurs de production : travail, capital et technologie. En
particulier, y figure :
 la production brute, calculée à partir des quantités de travail et de capital investis par une fonction
de Cobb-Douglas25 ;
 les dommages induits par les changements de températures ;
 les coûts des investissements pour réduire les émissions de GES.
Le revenu net disponible pour la consommation et l’investissement, qui est l’agrégat économique utilisé
dans les études basées sur le modèle DICE, est calculé en déduisant du PIB le coût des dommages induits
par le réchauffement climatique. DICE a été notamment utilisé 26 pour comparer différentes options de
politique climatique en fonction de leur efficience, ou pour analyser le rôle des taxes carbone.
Les travaux initiaux de Nordhaus, qui reposaient sur une modélisation de la croissance en équilibre
général27 assez basique, ont été améliorés par la suite :
- En 2004, Popp a publié son modèle ENTICE-BR, qui reprend DICE et endogénéise28 partiellement les
choix technologiques, en se basant alors sur un progrès technique comme fonction de la R&D et des
investissements correspondants.
- De Bruin et Delink partent eux aussi de DICE pour développer leur modèle AD-DICE qui inclut les
investissements pour l’adaptation au changement climatique.
Le premier IAM avec un mécanisme d’équilibre général développé semble être le modèle DART 29 . Il
modélise notamment l’effet sur la croissance des variations de productivité agricole et du niveau des mers
lié au dérèglement climatique.
D’autres travaux développent la structure de DICE-RICE30 en y introduisant des éléments variés. C’est par
exemple le cas du modèle WITCH 31 qui modélise les éventuels comportements non-coopératifs entre
différentes zones géographiques. Ce type de démarche ne manque pas d’intérêt pour étudier les

25 Voir Glossaire
26Voir en particulier la publication : Plan or React? Analysis of Adaptation Costs and Benefits Using Integrated
Assessment Models, 2010, OCDE.
27 Voir au paragraphe précédent la description de la croissance néoclassique, par exemple au sein du modèle DICE :
c’est-à-dire basée sur le modèle de Solow et sur ses trois facteurs de production : travail, capital et technologie.
28 Endogénéiser revient à transformer un paramètre externe au modèle en une variable interne au modèle. Cette
variable participe alors aux calculs du modèle durant les simulations.
29 Economic impact of climate change: Simulations with a regionalized climate-economy model, 2001, Deke et al.
30 DICE est l’acronyme de “Dynamic Integrated model of Climate and the Economy”. RICE est sa version régionalisée
et l’acronyme correspond à “Regional Integrated model of Climate and the Economy”
31"WITCH: A World Induced Technical Change Hybrid Model", The Energy Journal, 2006, Bosetti V. et al., “The
impact of Carbon Capture and Storage on Overall Mitigation Policy”, Climate Policy, 2007, Bosetti et al., “Delayed
Action and Uncertain Stabilisation Targets. How Much Will the Delay Cost?", Climatic Change, 2009, Bosetti et al.

30/121
Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
négociations environnementales internationales contemporaines, par exemple les COP1532 et COP16 de
Copenhague et Cancun33.
DICE a donné lieu à une littérature avec différents modèles plus sophistiqués tels que MERGE 34, FUND35,
31
PAGE36 ou WITCH .

► Le rapport Stern de 2006 (modèle PAGE)


Le Ministère des finances britannique publie en 2006 une étude sur les implications économiques du
8
changement climatique préparé par Nicholas Stern, s’appuyant sur le modèle IAM PAGE .
La principale innovation du Rapport Stern est d’être parmi les premiers, avec William Nordhaus, à mettre
l’analyse économique au centre du débat climatique, à répondre à la commande d’un gouvernement, et à la
mettre au service d'un plaidoyer alarmant contre l’inaction : les dommages causés par le dérèglement
climatique seraient entre cinq à vingt fois supérieurs aux coûts que l’économie devrait supporter pour lutter
efficacement contre l'effet de serre.
Même s’ils ne sont pas directement comparables, les résultats publiés indiquent que l’inaction serait selon
toute vraisemblance beaucoup plus coûteuse (perte de 5 à 20% de la consommation par habitant) qu’une
politique de stabilisation à 500-550 ppm37, qui elle, couterait annuellement 1% du PIB mondial jusqu’en
2050. Cela ferait du changement climatique un échec du marché, celui-ci choisissant alors spontanément
un chemin sous-optimal économiquement.
Cette évaluation, qui a reçu une grande attention médiatique, a été en partie critiquée par la littérature
académique postérieure car elle repose d’une part en grande partie sur le choix du taux d’actualisation du
bien-être des générations futures, un sujet délicat sur lequel aucun consensus clair n’a encore été atteint et
qui a une influence massive sur les résultats et, d’autre part, sur de nombreuses hypothèses jugées
particulièrement pessimistes, renforçant les conclusions. Les modèles IAM, prenant le plus souvent un
périmètre mondial et couplant un volet climatique avec un volet économique, ont en effet un certain nombre
de limites, que nous détaillons dans les sections suivantes.

b. Des fourchettes d’estimations limitées et dépendantes du niveau de


réchauffement

La littérature IAM s’est en premier lieu intéressée à la mesure des impacts macroéconomiques du
changement climatique dans un scénario « business-as-usual », c’est-à-dire sans politique

32 COP : Conference Of Parties


33"Sustainable Cooperation in Global Climate Policy: Specific Formulas and Emission Targets to Build on
Copenhagen and Cancun", 2011, Bosetti and Frankel
34Manne et al., (1995), MERGE: A model for evaluating regional and global effects of GHG reduction policies.
Energy Policy.
35Tol, R.S.J. (2005), ‘Emission Abatement versus Development as Strategies to Reduce Vulnerability to Climate
Change: An Application of FUND’, Environment and Development Economics
36 Stern Review on the Economics of Climate Change, Stern et al., 2006
37 Le scénario considère une limitation de la concentration atmosphérique à 500-550 ppm éqCO2 en 2050 ce qui
correspond, avec les estimations de la sensibilité climatique du GIEC en 2001, à une probabilité à long terme de 50%
de dépasser un seuil de réchauffement moyen de 3°C et de 50% d’assister à un réchauffement inférieur à 3°C. Depuis
la COP 15 de Copenhague, un objectif de limiter le réchauffement climatique mondial à 2°C au-dessus des niveaux
préindustriels a été adopté par plusieurs pays. C’est aussi l’objectif de la COP 21. Pour ce faire, le dernier rapport du
GIEC estime qu’il faudra probablement atteindre une concentration de GES de l'ordre 450 ppm éqCO2 ou moins en
2050. Cela reste "plus probable qu'improbable" avec les scénarios atteignant 500 ppm CO2eq en 2100, à la condition
qu'il n'y ait pas de "dépassement temporaire" du seuil des 530 ppm CO2eq.

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
environnementale nouvelle 38 . De façon globale et récurrente, les IAM ne suggèrent pas que les effets
économiques moyens du dérèglement climatique seraient massifs. Plusieurs travaux suggèrent même
qu’un réchauffement climatique contenu pourrait avoir un effet positif sur la croissance économique. Ces
études 39 suggèrent que, jusqu’à +1,1°C en moyenne, les effets globaux du réchauffement climatique
pourraient être favorables au PIB, notamment parce qu’ils améliorent les rendements agricoles.
Il convient cependant de rappeler que les prévisions actuelles de réchauffement climatique sur ce siècle
sont nettement supérieures à cette valeur de +1,1°C. Les études recensées dans le dernier rapport du
GIEC prévoient une hausse moyenne de +3.7°C d’ici la fin du siècle dans la trajectoire tendancielle ; une
hausse qui pourrait s’élever à +5.5°C dans les simulations les plus pessimistes.
Sur des hypothèses de réchauffement climatique plus élevé, le résumé de la littérature IAM effectué pour ce
rapport suggère que l’effet d’un réchauffement de l’ordre de 2,5ºC ne pèserait sur le PIB mondial, en 2100,
qu’à hauteur de -0,7% (PAGE). En cas de réchauffement de 4°C, les résultats des modèles prévoient des
pertes de consommation allant de 1% (modèle FUND de Richard Tol) à 5% (DICE, PAGE) du PIB mondial
sur le siècle. En cas de réchauffement de 6°C, ils prévoient des pertes entre 5% (FUND) et 8% (PAGE) du
PIB.
Les modèles intégrant les actions d’adaptation développés par l’OCDE (AD-DICE et AD-WITCH) suggèrent
que ces dernières sont de nature à limiter quelque peu les ordres de grandeur qui viennent d’être évoqués,
de l’ordre de 0,4% à 0,5% de PIB en niveau à long terme.
Les différentes études mettent également en évidence des effets variables selon les secteurs et les lieux.
Par exemple, selon les projections de la Commission Européenne (voir-ci-dessus), le réchauffement
affecterait assez peu les rendements agricoles, pèserait sur la consommation d’énergie en limitant les
besoins de chauffage, doublerait les coûts économiques liés aux inondations (à 11 Md€ de dommages par
an), attiserait les feux de forêts et les vagues de sécheresse, etc. Les deux tiers de la perte de bien-être à
long terme seraient imputables en Europe aux effets sur la santé humaine du réchauffement (i.e., canicules).
Le Sud de l’Europe concentrerait l’essentiel des coûts associés. Au niveau mondial, la répartition
géographique des pertes économiques serait très hétérogène et concentrée sur l’Asie du sud et du sud-est
(Inde, Indonésie) – soit des zones densément peuplées et plus fragiles face aux dérèglements climatiques.
Cependant, les modèles IAM négligent, de l’aveu même de leurs auteurs, certains des risques liés au
changement climatique, notamment parce en supposant des facteurs de croissance exogènes (c’est-à-dire
non expliqués par l’évolution de la production), des dégâts modestes du changement climatique, et une
propagation des risques limitée. Surtout, ils reposent sur des estimations « en moyenne » et n’envisagent
pas le cas - désormais possible - d’un dérèglement climatique hors de contrôle dont les effets sur la vie et
donc l’économie seraient massifs.
Dans la section suivante, une revue est réalisée des limites des IAM, au regard de leur capacité à prendre
en compte les coûts du changement climatique.

c. Limites des IAM pour estimer les coûts du changement climatique

Les modèles IAM ne peuvent représenter avec exhaustivité le monde réel ; il est important pour leurs
utilisateurs de comprendre les limites de ces modèles avant d'utiliser leurs résultats. Dans cette optique, les
IAM partagent les limitations suivantes:
► Les systèmes réels et physiques sont plus vastes, plus complexes et plus chaotiques que les
systèmes modélisés.

38Fankhauser, S. (1994), ‘The Economic Costs of Global Warming Damage: A Survey’, Global Environmental
Change et Fankhauser et al. (1995), The Social Costs of Climate Change: The IPCC Second Assessment Report and
Beyond, Working Paper W-95/34, Institute for Environmental Studies
39Hope (2006), ‘The Marginal Impact of CO2 from PAGE2002: An Integrated Assessment Model Incorporating the
IPCC’s Five Reasons for Concern’, Integrated Assessment Journal ; Mendelsohn et al. (2000), ‘Country-specific
market impacts of climate change’, Climatic Change ; Mendelsohn et al. (2000), ‘Comparing Impacts across Climate
Models’, Integrated Assessment ; Tol, R.S.J. (2002), ‘Estimates of the Damage Costs of Climate Change - Part I and
Part II’, Environmental and Resource Economics

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
► Les conséquences des politiques envisagées ne seront pas connues avant des décennies ; au
cours de ce laps de temps, de nombreux événements imprévisibles se produiront, d’où la difficulté
des exercices de prospective ou de prévisions.
► La connaissance scientifique est incomplète ou inexistante dans de nombreux domaines, même
s’ils sont déjà identifiés.
► La valeur des vies humaines, ou encore la valeur de la santé et de la biodiversité sont difficiles à
convenir et intégrer dans le PIB.

Trois limites aux IAM seront détaillées dans les sections suivantes : les incertitudes des fonctions de
dommages, la question du choix du taux d’actualisation, et la considération des événements climatiques
extrêmes.

Les fonctions de dommages : sources d’incertitudes

II.c.1. Le fonctionnement des fonctions de dommages

Pour faire le lien entre sphère climatique et sphère économique, les modèles IAM ont recours aux fonctions
de dommage, qui permettent de créer une rétroaction de l’environnement sur l’économie.
Les fonctions de dommages permettent en effet de convertir un effet climatique en effet sur l’économie,
souvent grâce à des fonctions de perte (ou « loss functions ») dans les fonctions de production40. Ces
fonctions de dommages incluent en général les dommages (externalités négatives) sur les marchés
(« market damages ») et plus rarement les « non-market damages », parmi lesquels se trouve par exemple
la perte de biodiversité. Parmi les modèles innovants sur ce point, il convient d’identifier le modèle FUND
qui s’essaie à la modélisation de certains de ces « non-market damages ».
Dans son étude The Structure of Economic Modeling of the Potential Impacts of Climate Change: Grafting
Gross Underestimation of Risk onto Already Narrow Science Models (2013), Nicholas Stern décrit les
quatre impacts principaux du changement climatique représentés dans une fonction de dommage :
► les dommages sur le capital social, organisationnel et environnemental 41, qui peut être ravagé sur
le long terme ou de façon permanente par un climat hostile, des évènements climatiques extrêmes,
des migrations et les conflits qui en découlent ;
► les dommages aux stocks de capital ou de terre, causés sur le long terme par les évènements
climatiques tels que les tempêtes ou inondations et pouvant conduire à des pertes permanentes en
cas d’abandon de zones suite à des catastrophes climatiques (comme par exemple la montée du
niveau de la mer) ;
► les dommages sur les facteurs de productivité, dont l’utilisation est rendue moins efficace par
l’environnement hostile créé par le changement climatique42 ;
► les dégâts sur l’apprentissage et sur la croissance endogène 43, liés à une déstabilisation radicale
du système de production ou d’investissement par les changements radicaux causés par le
réchauffement climatique44.

40 Voir Glossaire
41 La connaissance, les structures, les réseaux et les relations que le capital social et le capital organisationnel
représentent pourraient alors être perturbés voire détruits.
42 Par exemple, les infrastructures hydrauliques : même si ces dernières sortent indemnes des évènements climatiques,
elles peuvent devenir bien moins productives si les courants d’eau, pour lesquels elles sont conçues, changent
radicalement (de débit notamment).
43 La croissance endogène correspond à la croissance économique déterminée par des facteurs internes comme le
développement du capital humain, les savoir-faire ou encore le progrès technique. La théorie de la croissance endogène
relie donc en général la productivité avec l’expérience, qui peut décrire l’expérience d’investissement ou l’expérience
de production c’est-à-dire l’action ou non d’investir ou de produire.

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
Il convient de noter que les stocks de capital et les facteurs associés sont affectés dans une proportion
égale et les dégâts provoqueraient une réduction définitive, mais par un facteur multiplicateur, sur la
production totale (les dégâts sont amplifiés suite aux impacts). En effet, si les stocks de capital et de terre et
les facteurs de productivité sont affectés par le changement climatique, la conséquence directe est une
baisse de la production.
La vocation de cette fonction est donc de synthétiser les différents impacts décrits ci-dessus selon l’intensité
du changement climatique et la période considérée. Cette synthèse nécessite une métrique communément
acceptée pour réduire la variété des impacts locaux en un ensemble d’indicateurs intégrables dans une
structure coût-avantage. Afin de comparer les impacts évités aux coûts de réduction d’émission, la métrique
naturellement utilisée est l’unité monétaire.
L’écriture de ces fonctions passe par trois étapes :
1. La première étape est l’évaluation de l’impact physique d’une variation de température dans chacun
des secteurs menacés pour chacune des régions considérées. Il s’agit par exemple du phénomène
physique de montée des eaux due à la hausse de la température atmosphérique, plus
concrètement : une montée des eaux de X cm pour une variation de Y °C.
2. Une deuxième étape consiste à transcrire ces impacts physiques en impacts monétaires. Les
pertes de revenus des activités et infrastructures détruites à cause de leur localisation sur les côtes
inondées (tourisme balnéaire, activités portuaires, etc.) sont une conséquence monétaire directe de
l’impact physique vu précédemment.
3. Ces évaluations discrètes permettent dans une dernière étape d’extrapoler des fonctions de
réponse sectorielles qui, une fois agrégées, fournissent une fonction de réponse globale pour
chacune des régions étudiées. L’impact monétaire lié à l’impact physique permet alors de quantifier
les coûts pour les comparer aux bénéfices du changement climatique identifié par certains experts
(baisse de la facture de chauffage, augmentation de la production agricole, accès à de nouvelles
ressources, etc.).
9
Au final, comme le souligne R.Pindyck dans le Journal of Economic Literature en 2013 , la « fonction de
dommage » qui lie la hausse de température au PIB dans les IAM n’est pas précisément estimée
aujourd’hui45 (par exemple à partir de données empiriques fiables). Le modèle DICE dans la version 2008
de Nordhaus retient une forme quadratique inverse 46 en la matière ; tandis que Weitzman47 propose une
46
forme exponentielle et quadratique .
Les résultats des IAM sont étroitement liés à ces hypothèses, pour lesquelles il n’existe aujourd’hui pas de
résultat théorique ou économétrique stabilisé. Ainsi les résultats finaux des simulations des IAM sont en
grande partie dépendants de choix de modélisation arbitraires (ex. quadratique versus exponentielle),
pouvant rarement faire l’objet d’une validation expérimentale. Il s’agit d’une limite inhérente aux IAM.

II.c.2. Ce que les fonctions de dommages négligent souvent

Le graphique de la Figure 1 (ci-après) décrit le point de départ du rapport Stern : le changement climatique,
caractérisé par une hausse des températures entraîne nécessairement des pertes de PIB. L’ampleur de cet

44 Par exemple, si l’expérience d’un agent est d’avoir connu jusqu’à présent une situation et des conditions plutôt
stables, alors il sera déstabilisé si ces conditions changent radicalement. Les différents apprentissages qu’il a acquis
tout au long de sa vie seront moins pertinents pour faire face à cette nouvelle situation. De même, si les
investissements consistent surtout à réparer et remplacer le capital endommagé à cause du changement climatique, cela
demandera moins d’efforts d’apprentissage et donc moins d’innovations.
45A l’exception récente de "Global non-linear effect of temperature on economic production", Nature, 527, 235–239
(12 November 2015), de Marshall Burke, Solomon M. Hsiang, et Edward Miguel.
46C’est-à-dire en 1/x2 fondamentalement. Voir les références citées pour plus d’information sur la forme de la fonction
de dommage.
47Weitzman, 2009, “On Modeling and Interpreting the Economics of Catastrophic Climate Change.” Review of
Economics and Statistics

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
impact néfaste sur le PIB est différente selon les modèles mais la tendance est évidemment à la hausse
des pertes en croissance à mesure que la température augmente.

Figure 1 : Pertes annuelles de consommation en pourcentage du PIB en 2100 en lien avec le réchauffement climatique
dans trois modèles : DICE, FUND et PAGE.

Comme évoqué précédemment, la fonction de dommages permet d’exprimer les impacts du changement
climatique selon son intensité et la période considérée. Pour cela, une nomenclature des impacts doit être
établie pour permettre leur comparaison et quantification. Cependant, pour pouvoir comparer les impacts du
changement climatique aux coûts de réduction des émissions de CO 2, il faut nécessairement utiliser une
unité monétaire. Or, la majorité des dégâts du changement climatique sont difficiles à monétiser de façon
complètement pertinente, comme par exemple la dégradation de la qualité de l’air. Une des premières
limites est donc le choix d’une unité de compte unique pour quantifier les impacts du changement
climatique afin de les comparer justement aux coûts d’une politique climatique.
De plus, les fonctions de dommages sont par nature incomplètes et incertaines :
 Elles omettent la modélisation de certains secteurs d’activité, comme par exemple, les ressources
halieutiques, le secteur de l’assurance ou des transports.
 Certaines régions du monde, comme les pays en voie de développement, sont également omises,
en raison des difficultés pour obtenir les données nécessaires. Dans la majorité des cas, seuls
quelques pays développés sont étudiées et les résultats sont extrapolés au continent. Cette
extrapolation est alors sujette à caution dans la mesure où les impacts du changement climatique
sont variables géographiquement tant pour des raisons physiques qu’économiques.
 Certains impacts ne sont pas pris en compte, comme les impacts sur les services rendus par
l’environnement et les écosystèmes naturels. N. Stern dresse ainsi 48 une liste de ces risques,
négligés par les modèles actuels : désertification, sécheresse et stress hydrique, effets sur les
précipitations et sur les températures, disparition des forêts et de la biodiversité, évènements

48Dans The Structure of Economic Modeling of the Potential Impacts of Climate Change: Grafting Gross
Underestimation of Risk onto Already Narrow Science Models (2013).

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
météorologiques extrêmes, tempêtes provenant des mers / océans, hausse du niveau des mers.
Ces risques peuvent être omis pour différentes raisons, par exemple : difficulté de représentation
mathématique ou algorithmique, difficulté d’obtenir des données d’observation pour le paramétrage.
 Les conséquences indirectes de ces impacts ne sont que rarement prises en compte comme par
exemple, les famines, les conflits ou les migrations induites par le changement climatique. Les
incertitudes possibles sur ces impacts sont donc amplifiées à mesure que la fonction de dommage
rentre dans les détails.
Enfin, une autre des problématiques posées par les modèles actuels est la question de la représentation
mondiale d’impacts qui sont, eux, fondamentalement locaux.
Ainsi, les limites des fonctions de dommages des IAM sont :
► Omission de régions (extrapolation géographique)
► Omission de secteurs (extrapolation économique)
► Omission d’impacts et de risques (potentiel oubli d’importantes rétroactions)
► Limitation par la qualité et quantité des données nécessaires aux paramétrages des fonctions
► Incertitudes relatives à la monétarisation des impacts.
La macroéconomie ne pouvant être une discipline suffisante pour donner l’ensemble des clés aux décideurs
politiques et économiques relativement à la stabilisation climatique, d’autres disciplines scientifiques
(géophysique, géochimie, biologie, agronomie, épidémiologie, glaciologie, océanographie…) permettent
d’étayer le fait qu’un réchauffement mondial moyen au-delà d’un seuil situé entre 2 et 3°C aurait des
conséquences néfastes sur le bien-être des populations. En effet, la connaissance des impacts du
changement climatique est à ce jour imparfaite. Les évolutions dans les activités économiques dues au
changement climatique peuvent entraîner, sur le long terme, des conséquences bien plus graves que les
risques identifiés aujourd’hui.

Le taux d’actualisation
Les effets économiques du dérèglement climatique sont progressifs et portent sur plusieurs décennies. La
dynamique de ces effets peut évoluer et être plus ou moins concentrée à court, moyen ou long terme. Dans
ce contexte, évaluer le coût de l’absence de politique environnementale et les bénéfices d’une action des
pouvoirs publics amène à faire une hypothèse sur le taux d’actualisation des coûts et bénéfices
économiques futurs des changements climatiques et des décisions politiques. Or les résultats quantitatifs
obtenus par les IAM en la matière et leurs implications de politique économique sont très dépendants de la
valeur de ce taux d’actualisation. Les économistes sont loin d’être parvenus à s’accorder pour déterminer
une valeur acceptable pour ce paramètre.
Les travaux de finance comportementale 49 suggèrent généralement un taux de préférence pour le présent
de 2% voire davantage. Appliqué sur plusieurs décennies, ce type d’ordre de grandeur conduit à diminuer
sensiblement les coûts économiques futurs du dérèglement climatique. En effet, les coûts futurs de long-
terme anticipés sont fortement décotés lorsque comparés aux coûts présents ou aux coûts à court-terme. Il
inciterait donc à limiter l’ampleur des politiques environnementales à mettre en œuvre dès aujourd’hui.
William Nordhaus obtient ainsi comme résultat dans les simulations de son modèle un coût social du
carbone assez faible, de l’ordre de 20$/tonne en 200850.
Certains auteurs considèrent néanmoins que la solidarité avec les générations futures imposerait de retenir,
en matière environnementale, un taux d’actualisation presque nul (ex. Nicholas Stern51, Geoffrey Heal52).

49Voir en particulier la publication : La valeur psychologique du temps : Une synthèse de la littérature. 2012, Hubert
De La Bruslerie, Florent Pratlong, L'Actualité économique, HEC Montréal, 88 (3), pp.1-39.
50Pour le détail des liens entre taux d’actualisation et coût social du carbone voir la publication : A Question of
Balance: Weighing the Options on Global Warming Policies, 2008, Nordhaus, William D., New Haven, USA: Yale
University Press.
51 Stern (2008), "The economics of climate change", American Economic Review
52Heal, (2009),“Climate Economics: A Meta-Review and Some Suggestions”, Review of Environmental Economics
and Policy

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
Avec cette hypothèse, les coûts économiques futurs du dérèglement climatique sont considérablement
rehaussés et les politiques de lutte contre ledit dérèglement deviennent fortement nécessaires, avec un
coût social du carbone qui dépasse les 200$ par tonne en 2100.
Une étude d’Ackerman et Finlayson53 utilise le modèle DICE54 en modifiant trois de ses paramètres : le
taux d’actualisation, les bénéfices supposés d’un réchauffement modéré et le traitement des derniers
résultats issus des études climatiques55. Ainsi modifié, le modèle DICE montre que la politique optimale
implique la fixation d’un prix du carbone bien plus élevé que celui préconisé par les études de William
Nordhaus. Le schéma ci-dessous (Figure 2) montre les grandes différences dans les résultats obtenus
concernant le prix optimal du carbone avec différents paramétrages du modèle DICE. Par ailleurs, une
étude mentionne la possibilité d’utiliser des taux d’actualisation variant au cours du temps, notamment
décroissant au cours du temps56.

53
Figure 2 : Prix optimal du carbone. Source : Ackerman et Finlayson (2006) .

S : Taux d’actualisation supposant une préférence nulle pour la valeur actuelle (1€ en 2195 vaut 1€ actuel)
U : Le bénéfice hypothétique d’un réchauffement modéré est supprimé
M : Des corrections sont apportées au modèle sur le plan climatique pour qu’il soit plus cohérent avec l’analyse du
GIEC 2001.
NB : DICE sans changement par rapport à l’étude Nordhaus-Boyer

53Ackerman et Finlayson, (2006), "The Economics of Inaction on Climate Change: A Sensitivity Analysis", Climate
Policy
54Les résultats issus des premières versions de DICE par W. Nordhaus étaient relativement conservateurs sur la
nécessité d’action climatique.
55 Cette étude de 2006 intervient sept ans après 1999, dernière année de considération des études sur le système
climatique utilisées pour le modèle DICE avec lequel la comparaison est effectuée. En particulier, deux modifications
apportées aux paramètres du modèle DICE dans cette étude de 2006 sont : une réduction de l'effet net de
refroidissement des sulfates en suspension dans l'atmosphère d'une part, et une augmentation de la durée de vie du
carbone atmosphérique avant son absorption par la biosphère et les océans d'autre part.
56Arrow et al., 2014. Should Governments Use a Declining Discount Rate in Project Analysis?, Review of
Environmental Economics and Policy 8(2): 145-163

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
Les échanges académiques sur le choix du taux d’actualisation du bien-être futur sont cependant rarement
conclusifs, alors que ce paramètre est particulièrement déterminant dans des simulations sur le long terme.
Cela rend d’autant plus complexe les choix de politiques climatiques sur la base de ces analyses. Il parait
ainsi difficile de fonder des politiques environnementales coûteuses à court terme uniquement sur ce type
d’argumentaire. A tout le moins paraît-il plus neutre de fixer le prix du carbone en fonction du coût marginal
d’abattement du CO2, selon la cible d’émission jugée socialement acceptable.

Des événements climatiques extrêmes au final peu considérés économiquement


Un emballement ou une catastrophe climatique dans le courant du siècle est désormais possible, avec des
hausses de températures supérieures à 6°C par exemple qui déclencheraient des événements climatiques
extrêmes (ex. arrêt de la circulation permanente à grande échelle de l'eau des océans dans les courants
marins, fonte de la couverture glaciaire dans l’Antarctique, émissions massives de méthane en cas de dégel
du permafrost, etc.).
Très peu d’études modélisent cependant les risques climatiques extrêmes et événements catastrophiques.
En grande majorité, les modèles excluent ces risques de leur champ d’étude. Ce choix est justifié par un
manque d’estimations fiables sur les fréquences de ces évènements, ainsi que par un besoin premier
d’évaluer l’effet global du changement climatique plutôt que les conséquences d’évènements extrêmes
spécifiques, qui restent limités dans le temps et dans l’espace. Selon Nicholas Stern, aucune prédiction
fiable n’est possible concernant l’ampleur des impacts résultant de tels changements, comme par exemple
les mouvements de population ou les conflits57.
Une mention à des catastrophes climatiques (sécheresse, tempêtes violentes) est néanmoins réalisée dans
le modèle FUND, dans l’étude « Review of the Impact Assessment for a 2030 climate and energy policy
framework » (comparant les trois modèles E3ME, E3MG et GEM-E3), ainsi que dans le modèle de l’OCDE.
Ces risques sont cependant un champ de recherche qui se développe 58, en particulier au sein des IAM.
Le coût économique des événements climatiques extrêmes reste mal évalué aujourd’hui, mais il est
potentiellement massif et non-linéaire par rapport aux estimations actuelles des IAM. Dans ce contexte, la
probabilité d’événements climatiques extrêmes justifie la mise en place d’actions à coût non-nul dès
aujourd’hui pour limiter le changement climatique ou en atténuer les conséquences économiques. Ce
résultat reste valable indépendamment de la tolérance ou appétence au risque des décideurs politiques et
économiques.
En ce sens, les politiques environnementales pourraient utilement être analysées comme des actions
d’auto-assurance des économies contemporaines contre un risque environnemental de pointe. Cette
démarche permettrait de mobiliser l’appareil conceptuel de la théorie du risque et de l’assurance. Elle ne
manquerait pas d’implications concrètes pour le contenu lui-même des politiques environnementales.

d. Un jeu non-coopératif : Le passager clandestin.

La question de la nature des relations entre pays ou régions modélisés est cruciale, notamment pour
déterminer la nécessité de coopération préalable à l’action de chacun. Une des difficultés (dans le cadre de
l'identification des effets d'une intervention pour une stabilisation climatique, de la quantification des
réductions d'émission de GES et de l'évaluation du coût d'une telle transition) est la dynamique entre
acteurs, en particulier entre pays. Cette section détaille les conséquences d'une coopération (internationale
ou régionale) ou son absence sur le coût de la transition.
Certains modèles traitent directement du problème du « passager clandestin », expression qui désigne
dans ce contexte un Etat (ou groupe d’Etats) qui profite d’une atténuation des dérèglements climatiques
obtenue grâce aux efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre des autres pays sans lui-
même avoir mis en place d’actions de réduction.

57Des études lancées sur le sujet estiment près d’un milliard de personnes déplacées dans le scénario pessimiste du
GIEC. Certaines études font également la corrélation entre les incidents climatiques et l’apparition de conflits.
58 Voir par exemple les conclusions de la 21ème conférence annuelle de l’EAERE à Helsinki, en 2015.

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
Le modèle RICE de William Nordhaus, version régionalisée du modèle pionnier DICE, permet la
modélisation de situations de coopération et de non-coopération et leur comparaison. Ce modèle, présenté
par W. Nordhaus et Z. Yang en 1996, part d’un scénario de base calibré sur un équilibre économique global
puis analyse différentes stratégies nationales mises en place dans les politiques climatiques : les solutions
passant uniquement par le marché (inaction), les stratégies coopératives et les équilibres non-coopératifs.
Dans l’étude « A Regional Dynamic General-Equilibrium Model of Alternative Climate-Change Strategies »,
Nordhaus et Yand montraient que les stratégies coopératives conduisaient à des réductions d’émissions
plus élevées que les stratégies non-coopératives.
Dans le modèle WITCH59 (World Induced Technical Change Hybrid), l’attention est portée aux relations
économiques entre différentes régions et aux conséquences d’une coopération ou non-coopération dans le
cadre des politiques climatiques. WITCH modélise ainsi les possibilités de non-coopération entre régions
sur les politiques climatiques, avec des stratégies mises en œuvre dans une région du monde qui affectent
ce qui se passe dans toutes les autres régions. Ceci est réalisé en utilisant la théorie des jeux, au moyen
d'un jeu non-coopératif (dilemme du prisonnier) entre les régions, avec les interactions suivantes :
- L'utilisation des ressources épuisables (avec des prix qui dépendent de la demande globale) ;
- Les retombées technologiques (autant à travers l'apprentissage par la pratique qu'à travers la R&D) ;
- Le marché mondial des permis d’émissions de CO2 (lorsque les plafonds d'émissions sont imposés).
Concrètement, WITCH permet d’explorer une hypothèse de non-collaboration où chacune des 12 régions
du modèle fixe « aujourd’hui » le profil futur de ses émissions afin de maximiser son propre bien-être, les
choix des autres régions étant donnés. C’est le scénario du statu quo, l’effort de réduction des émissions de
CO2 étant peu important car chaque région, lorsqu’elle définit son profil d’évolution des émissions, ne prend
en compte que les dommages futurs qu’elle subira et non ceux qu’elle causera aux autres.
WITCH permet également d’explorer une hypothèse de collaboration dans laquelle une coalition réunissant
certaines régions (voire toutes) fixe les émissions de façon à maximiser le bien-être de l’ensemble de la
coalition, en tenant compte des dommages subis par la coalition dans son ensemble. Ceci incite la coalition
à fixer ses niveaux d’émissions en deçà du niveau correspondant au scénario du statu quo, dans le cadre
de non-coopération. Dans ce scénario de collaboration partielle, les régions qui ne participent pas à la
coalition se comportent de façon non-coopérative. Autrement dit, elles se comportent en « passagers
clandestins » et profitent de l’effort d’atténuation déployé par la coalition.
Ces modèles montrent dans la majorité des cas que des situations de non-coopération aboutissent à des
coûts plus élevés que les situations de coopération en matière de politique climatique. Par exemple les
simulations du modèle WITCH montrent : une augmentation des émissions de 20 GtCO 2 en 2100 entre un
scénario non-coopératif et un scénario coopératif60 ; un coût de l'atténuation pour un scénario à 450 ppm
de 3,2% en 2100 (écart au PIB de référence) ainsi qu’une perte de consommation des ménages pour un
scénario à 450 ppm de 2,1% en 2100 (écart par rapport à la consommation de référence) 61.

e. Des gains pour les cavaliers seuls

L’analyse de la bibliographie fait ressortir quatre points primordiaux pour assurer un succès à long terme de
la transition : coopération internationale, action immédiate, progrès technique et acceptabilité sociétale.
Dans un contexte de problématique mondiale telle que le changement climatique, et d'actions au niveau
national ou régional, la coordination des efforts est essentielle. Les études montrent les bénéfices, au
niveau mondial, d'une action immédiate et coordonnée et, à l'inverse, des coûts tant de l'inaction que d'une
action tardive ou non-coopérative.
Le risque de passager clandestin (pays bénéficiant des efforts des autres sans en faire) correspond à une
réalité dans la plupart des stratégies de coordination, et n’est pas le résultat d’une hypothèse de
modélisation. La mise en place d'une telle action coordonnée n’a donc pas de lien direct avec le risque de

59 Voir aussi le Volet 1.


60 WITCH: a World Induced Technical Change Hybrid Model, 2006, Bosetti et al., figure 9.
61 The Economics of Decarbonization – Results from the RECIPE model intercomparison, 2009, Luderer et al., Tables
1 et 2

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
passager clandestin mais induit, en revanche, la considération de certains transferts entre agents, pays ou
régions pouvant être importants. La plupart des études précise ainsi le contexte international de leur
modèle, en détaillant le nombre de régions qui composent le monde et le niveau de coopération entre ces
dernières en matière d‘atténuation du changement climatique et d’avancées vers la transition énergétique.
Une conclusion générale de toutes ces études est qu’une situation de coopération internationale est
nécessaire pour lutter au mieux contre le changement climatique. La coopération internationale n’est
cependant pas un prélude indispensable à certaines régions, comme l'Europe, pour qui la transition serait
une option "sans regrets" (« no-regret option »).
Le succès à long terme bénéficierait également d’une action immédiate (en opposition à une action
repoussé à 2030 ou 2040) pour deux raisons. La première raison est liée à l’effet de serre : la nature
cumulative des émissions et un budget carbone 62 limité impliquent, automatiquement, que le fait de
repousser l’action augmentera d’autant le rythme de la transition et les difficultés associées. La deuxième
est liée au système énergétique en général : les équipements d’infrastructure (production, transmission,
etc.) ont des durées de vie de plusieurs décennies et conditionnent dès lors l’intensité carbone du système
pour longtemps. Ce second point est important aussi bien dans les pays développés, dont nombre
d’installations seront bientôt à remplacer, que dans les autres pays où les infrastructures sont en cours de
développement.
Le succès à long terme pourrait aussi dépendre des progrès techniques et technologiques. Les entretiens
réalisés pour cette étude ainsi que certaines publications 63 ont révélé que des technologies de rupture
(stockage en masse de l’électricité), à basse émission (géothermie), voire à émissions négatives
(combinaison biomasse et Carbon Capture and Storage (CCS)), pouvaient être indispensables à l’atteinte
d’objectifs climatiques, tel que limiter la concentration atmosphérique en CO2eq à 400 ppm ou limiter le
réchauffement climatique à 2°C au-dessus des niveaux préindustriels, du moins à des coûts supportables
pour l’économie. En cas d’indisponibilité à bas coût de ces technologies, une transition devient moins
probable et plus difficile pour les agents.
Par ailleurs, au-delà de la faisabilité technique et économique, une transition énergétique ne pourra être
réalisée pleinement sans acceptation par le plus grand nombre. Pour cela, les bénéfices nets devront être
positifs et tangibles, tandis que les coûts et inconvénients (ex. transferts entre secteurs, destruction de
certains emplois, etc.) devront être minimisés – par exemple par la reconversion professionnelle – et
compensés au mieux – par exemple par la fiscalité.

En conclusion, les modèles IAM, au-delà des limites évoquées dans ce chapitre, permettent avant tout,
grâce à leur couplage climat-économie par le biais de leur fonction de dommages, d’intégrer les rétroactions
du climat sur l’économie d’une part, et de favoriser les analyses coût-bénéfice d’autre part. Dans le chapitre
III suivant, des modèles plus détaillés (mais au détriment d’une absence de rétroaction) sont commentés,
en particulier les modèles technico-économiques, les modèles d’équilibre général calculable d'inspiration
walrasienne et les modèles hybrides.

62 C’est-à-dire le nombre total ou le nombre restant de tonnes de CO 2eq qui peuvent encore être émises avant
d’atteindre une limite prédéterminée, par exemple celle correspondant à un objectif climatique de 2°C ou celle
correspondant à un objectif de concentration de 450 ppm.
63 The Economics of Decarbonization – Results from the RECIPE model intercomparison, 2009, Luderer et al.
IMACLIM-R: a modelling framework to simulate sustainable development pathways, 2010, Sassi et al.
Description of the ReMIND‐R model, 2010, Luderer et al.
The IMACLIM-R Model: Infrastructures, Technical Inertia and the Costs of Low Carbon Futures under Imperfect
Foresight, 2012, Waisman et al.

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
III. Les modèles mobilisés pour mieux appréhender les effets de
l’intervention
Deux autres types de modèles ont aussi été développés afin d’éclairer les décideurs sur les liens entre
l’environnement et l’économie : les modèles technico-économiques et des modèles d’équilibre général
calculable (MEGC) hybrides d'inspiration walrasienne.
Les premiers permettent de mieux évaluer le potentiel de réduction des émissions de gaz à effet de serre et
leurs coûts pour des secteurs spécifiques particulièrement sollicités par la transition climatique (bâtiment,
industrie, énergie, transports, etc.).
Les seconds permettent d’estimer les effets macroéconomiques de la mise en œuvre d’une politique
donnée de réduction des émissions, compte tenu des coûts marginaux d’abattement du carbone dans les
différents secteurs de l’économie. Les MEGC décrivent, pour chaque facteur de production (capital, main
d’œuvre, foncier, intégration plus récemment des ressources naturelles, etc.) et chaque produit (ou service),
l’équilibre de l’offre et de la demande, et l’interaction de ces différents marchés de facteurs entre eux. Les
MEGC seuls proposent généralement un niveau de désagrégation faible des secteurs. Pour cette raison, ils
sont combinés avec des modules détaillant davantage les caractéristiques du système énergétique et des
secteurs amenés à contribuer à la transition carbone, constituant ainsi des modèles hybrides.
Afin de mieux appréhender les effets de l’intervention, et en particulier de politiques publiques climatiques,
deux types de modèles sont donc utilisés : technico-économiques sectoriels et MEGC hybrides
multisectoriels. Les sections suivantes présentent plus en détails le premier type de modèle (permettant une
analyse plus fine des possibilités techniques de réduction d’émission de GES), puis le second (permettant
une analyse macroéconomique des trajectoires de réduction d’émissions), pour enfin aborder les questions
d’investissement et de monnaie dans ces modèles.

a. Les modèles technico-économiques pour estimer le potentiel de réduction des


GES et leurs coûts

Les modèles technico-économiques (dits bottom-up car centrés sur l’évolution détaillée du système
énergétique) sont des modèles d’équilibre partiel : ils ne modélisent qu’un ou plusieurs secteurs à l’équilibre,
alors que le reste de l’économie n’est pas considéré dans le modèle. Ces modèles s’intéressent à la façon
dont un ou plusieurs secteurs, modélisés de façon détaillée, sont affectés par un changement (ou « choc
économique »). Ils formalisent les contraintes et opportunités technologiques afin d’identifier les
comportements sectoriels en terme d’offre et demande de certains facteurs de production. Ils s’appuient sur
une description technologique approfondie des filières de chaque industrie, des passerelles technologiques
entre elles, des attributs des équipements (rendement, capacités, structures de coûts, impacts, etc.) et de la
concurrence entre différents types d’énergie. Sachant qu’il existe différents modes de production
concurrentiels faisant appel à des technologies différentes, ces modèles permettent d’identifier les
technologies les plus efficaces à partir des coûts de production, des prix des énergies, des taux de
pénétration des technologies sur le marché, etc.
Les modèles technico-économiques permettent de construire, entre autres, des trajectoires d’offre et de
demande d’énergie, de prix des énergies, ou de coûts de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Cependant, ils ne comportent pas de module permettant une rétroaction macroéconomique.
L’intérêt de ces modèles réside dans leur description détaillée et plus proche (ex. relativement aux IAM) de
la réalité technologique et physique des systèmes énergétiques. Ces modèlent explicitent les contraintes et
opportunités technologiques, alors que les élasticités 64 retenues dans les modèles top-down extrapolent –
comme les modèles économétriques d'inspiration néokeynésienne – souvent des comportements issus de
périodes de chocs non-anticipés sur les prix, et négligent les marges de manœuvre mobilisables via une
politique publique d’incitation.
Ces modèles sont employés pour identifier les combinaisons technologiques les moins coûteuses pour
atteindre un certain niveau de demande finale. Selon Hourcade et Fortin (Impact économique des politiques
climatiques : des controverses aux enjeux de coordination, 2000), les modèles technico-économiques

64 Voir Glossaire.

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
concluent souvent à l’existence de potentiels d’abattement « à coût négatif » (des investissements rentables
mais non-exploités) venant du fait que les techniques les plus efficaces ne sont pas aujourd’hui
suffisamment utilisées.
Ces technologies ne sont pas adoptées (on parle d’« efficiency gap »65) pour différentes raisons66, par
exemple :
 les techniques les plus efficaces sur le plan énergétique peuvent ne pas correspondre aux
préférences des consommateurs (véhicule individuel versus transports collectifs par exemple) ;
 les coûts de transaction nécessaires pour lever les imperfections de marché font obstacle à
l’adoption de ces techniques (réformes tarifaires, information, réforme des marchés de l’énergie,
etc.) ;
 les coûts économiques d’une transformation des systèmes énergétiques et des systèmes
d’incitation sont importants (fiscalité incitative sur l’énergie solaire photovoltaïque, augmentation
des capacités de transport de l’électricité, etc.).
D’autres économistes expliquent également cet efficiency gap en remettant en cause le postulat d’une
information parfaite, ainsi qu’en évoquant les contraintes de financement des agents (accès limité au crédit,
exigence de temps de retour ou de return on equity trop élevé de la part des actionnaires, etc.).

Exemples de modèles technico-économiques


Ce paragraphe présente plus en détails trois exemples de modèles technico-économiques : PRIMES
(élaboré par E3MLab de la National Technical University of Athens), POLES (élaboré par le cabinet privé
Enerdata) et IMAGE-TIMER (élaboré par l’agence d’évaluation environnementale PBL aux Pays Bas). Cet
aperçu de modèles technico-économiques illustre leur utilisation comme moyen d'estimer le potentiel de
réduction des GES et les coûts associés, étape nécessaire vers l'aide au dimensionnement de politiques
publiques visant la stabilisation climatique à terme.

Modèle PRIMES :
PRIMES est un modèle de marché simulant simultanément un équilibre entre l'offre et la demande au
niveau européen ainsi que pour les 15 pays individuels. Le modèle PRIMES a été conçu pour les
perspectives énergétiques, la construction de scénarios et les analyses d'impact de politiques énergétiques.
Il s'agit d'un modèle d'équilibre partiel dans le sens où seul le système énergétique est pris en compte et
non le reste de l'économie. Le modèle PRIMES permet de simuler, dans l’Europe des 27 l'évolution de
l'offre, de la demande, des prix et des émissions de polluants des différentes formes d'énergie, étant donné
l'entrée exogène des prix internationaux de l'énergie et de variables macroéconomiques (PIB, revenu
disponible, inflation, taux d'intérêt, etc.) 67. Toutefois, dans le modèle PRIMES, les changements en matière
d'offre d'énergie et de prix, les contraintes en matière d'émissions de polluants ne peuvent pas à leur tour
affecter la sphère macroéconomique.
L'équilibre est obtenu lorsque les prix assurent l'adéquation de l'offre et de la demande pour les différents
vecteurs énergétiques (ex. électricité, combustible fossile, biomasse). La convergence vers un équilibre se
fait de manière itérative. A partir d'une estimation de prix des différents vecteurs énergétiques, PRIMES
fournit une première approche de la demande. Cette première estimation de la demande d’énergie
détermine les capacités nécessaires et le niveau des différentes sources d'énergie. Le choix des
technologies de production est ensuite déterminé de manière endogène sur base de la minimisation des
coûts de production. PRIMES calcule les coûts de production qui, augmentés des taxes, fournissent une

65
L’« efficiency gap » est souvent décrit comme l'échec des consommateurs à faire des investissements dans l'efficacité énergétique
qui seraient, a priori, rentables pour eux, mais qui ne sont malgré tout pas fait. Cela pourrait, par exemple, être le cas de l’isolation
thermique du logement pour un propriétaire (en région tempérée comme la France), qui n’est souvent pas réalisée à cause, en partie,
d’un temps de retour sur investissement trop long pour le particulier. Cela pourrait, par exemple, aussi être le cas en cas d’occupant
locataire, où l’isolation n’est souvent pas réalisée à cause, principalement, du fait que l’investisseur (propriétaire) ne serait pas le
bénéficiaire (locataire). Ces deux exemples illustrent des investissements rentables pour un acteur ou un groupe d’acteur, mais qui
ne sont tout de même pas réalisés.
66 Jaffe et Stavins (1994), “The Energy-Efficiency Gap: What Does It Mean?”, Energy Policy
67 Skills for a low-carbon Europe – The role of VET in a sustainable energy, 2013, Cedefop

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
première estimation des prix à la consommation. Les prix sont alors comparés à ceux de l'itération
précédente et lorsqu'ils sont suffisamment proches, le processus de convergence se termine. Dans le cas
contraire, une nouvelle estimation de la demande est fournie et le processus de bouclage se poursuit.

Modèle POLES :
Le modèle POLES (Prospective Outlook on Long-term Energy Systems) interconnecte des sous-modèles
aux niveaux international, national et régional. C’est un modèle d’équilibre partiel qui suppose des
ajustements retardés entre l’offre et la demande par région du monde. Le modèle produit un panorama
complet et sectoriel du système énergétique mondial jusqu’à 2050, voire 2100. Contrairement à d’autres
modèles énergétiques, les prix internationaux sont calculés de manière endogène dans POLES. Les
principales variables exogènes du modèle sont le PIB et la population pour chacun des pays/régions
concernés.

Modèle TIMER :
Au sein du modèle technico-économique IMAGE-TIMER, TIMER 68 est la modélisation du système
énergétique au sein d’un modèle plus large, IMAGE69. TIMER décrit les différentes options énergétiques
possibles, options qui sont affectées par le développement technologique (apprentissage par la pratique) et
par l’épuisement des ressources, ce sur le long terme. Ce modèle tient aussi compte de l’échange de
dioxyde de carbone entre les écosystèmes terrestres et l’atmosphère.

Contrairement aux IAM, les modèles technico-économiques sectoriels et les MEGC hybrides multisectoriels
d'inspiration walrasienne ne tiennent – par construction – pas compte des coûts induits par le
réchauffement climatique. Le prix du carbone n’est pas déterminé par un arbitrage entre une fonction de
dommage et une éventuelle perte d’activité économique liée à la mise en œuvre d’une politique
d‘atténuation. Le prix du carbone est égal au coût marginal d’abattement du CO2 correspondant à la cible
de réduction des émissions jugées socialement acceptable. Leur approche n’est donc plus coût/bénéfice,
mais coût/efficacité. Cette méthode permet de s’affranchir à la fois de la nécessité d’évaluer des dommages
et des problèmes liés à l’actualisation. Elle ne repose pas sur le postulat qu’il existerait un dilemme entre la
lutte contre le réchauffement climatique et l’activité économique.

b. Les modèles d’équilibre général calculable (MEGC)

Les MEGC sont des modèles macroéconomiques microfondés qui comportent une matrice input-output
détaillée70. Ces modèles postulent que l’offre détermine la demande. Ce sont des modèles en équilibre
statique à long terme : il n’y a pas d’effets rétroactifs de l’évolution de la demande sur l’offre qui
déboucherait sur des fluctuations dynamiques à court terme, susceptibles d’avoir une incidence durable sur
le niveau de l’activité. Les variations de la demande peuvent tout au plus générer des variations transitoires
de l’activité si les MECG tiennent compte des imperfections de l’information et des coûts de transaction. Les
MEGC ne permettent donc pas d’analyser d’éventuelles ruptures conjoncturelles du taux de croissance,
sauf celles imputables à des chocs exogènes sur les déterminants des coûts de production. Ils permettent
seulement d’évaluer les effets tendanciels sur le PIB des politiques fiscales ou budgétaires, dans un cadre
théorique très simplifié où le stock de capital évolue au même rythme que l’épargne, qui elle-même croît
indirectement en fonction de paramètres exogènes comme la croissance démographique et les gains de
productivité.

68 TIMER est l’acronyme de « Targets IMage Energy Regional »


69 IMAGE est l’acronyme de « Integrated Model to Assess the Global Environment »
70 Cf. la conférence plénière de T. Rutherford à la 21ème conférence annuelle de l’EAERE à Helsinki en Juin 2015.

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
L’offre de crédit et l’investissement n’augmentent pas avec la rentabilité attendue du capital. Par
construction, la monnaie n’a aucune incidence sur le taux de croissance tendanciel à long terme (la
monnaie est neutre). A terme, le chômage est volontaire car les salaires équilibrent l’offre et la demande
d’emplois.
A la différence des modèles macro-économétriques d'inspiration néokeynésienne, étudiés plus loin, les
modèles d’équilibre général d'inspiration walrasienne postulent l’existence d’un équilibre de plein emploi
permanent en l’absence de politique publique discrétionnaire ou de chocs exogènes. Ces hypothèses ôtent
toute efficacité aux politiques monétaires et ou budgétaires expansives conduites par l’Etat.
Dans le cadre d’un MEGC d'inspiration walrasienne, la réduction de la consommation d’énergie, liée à
l’instauration d’une taxe, déboucherait sur une contraction de l’activité économique, puisque la quantité de
facteurs de production disponibles à faible coût diminue (le montant de l’épargne baisse avec la chute des
profits et le stock de capital est réduit). Seule la réduction du montant des importations des combustibles
fossiles et une baisse parallèle de taxes plus distortives (comme les charges salariales) peuvent compenser
cette « perte sèche ». En pareil cas, le coût de la mesure est supporté par les partenaires commerciaux de
l’Etat interventionniste, et globalement l’activité mondiale en pâtit.

c. L’hybridation des modèles d’équilibre général calculable

L’hybridation des MEGC, c’est-à-dire leur combinaison avec des modèles détaillés du système énergétique,
permet une évaluation à la fois du coût de la stabilisation climatique et de la faisabilité technique.
En effet, d’un côté, les approches macroéconomiques restent assez limitées sur la description des modes
de production et des technologies disponibles. D’un autre côté, si les problématiques technologiques sont
bien décrites dans les modèles technico-économiques, ces dernières n’intègrent pas une vision globale de
l’activité économique et de la croissance du PIB (généralement considérée comme exogènes). En
conséquence, ils ne permettent pas un bouclage macroéconomique et ignorent les effets de retour associés
à la mise en place de politiques publiques. Or, il s’agit d’un enjeu essentiel du débat public sur les politiques
climatiques.
Afin d’associer les atouts de ces deux approches, des démarches « d’hybridation » ont vu le jour. Ces
modèles alternatifs cherchent à allier la description fine des technologies des modèles technico-
économiques avec une description de l’équilibre macroéconomique. L’approche de ces modèles est donc
une analyse coût/efficacité (contrairement aux modèles IAM à l’approche coût/bénéfice).
Ces modèles hybrides offrent différentes opportunités :
► Ces modèles permettent une évaluation des coûts directs et indirects d’une politique donnée à
différents horizons. En effet, l’approche technico-économique peut être utilisée pour déterminer les
coûts directs d’une politique, alors que l’approche macroéconomique peut être employée pour
évaluer les coûts indirects de cette même politique.
► Les modèles hybrides distinguent les différentes technologies énergétiques et traitent explicitement
les variations de prix relatifs entre ces différentes technologies. De par leur composante macro, ces
modèles supposent des réponses rationnelles aux variations de prix relatifs.
► De plus, certains de ces modèles intègrent des déséquilibres entre offre et demande, pouvant
notamment être causés par l’incertitude ou des asymétries d’information. Cela est d’autant plus
pertinent pour discuter des instruments de politique publique et évaluer les coûts globaux pour une
société des risques environnementaux, notamment ceux relatifs aux changements climatiques.
La combinaison des caractéristiques des approches technico-économiques et macroéconomiques peut se
faire de deux façons : par prolongement d’un modèle macroéconomique sectoriel par un module
technologique ou par prolongement d’un modèle technologique par un module macroéconomique.
L’approche la plus courante est d’inclure un module énergétique dans un modèle macroéconomique. Les
modèles hybrides les plus courants correspondent à un modèle d’équilibre général où sont détaillés les
aspects technologiques de la fonction de production. Parmi les modèles hybrides (MERGE, IMACLIM,
E3MG, etc.), le paragraphe suivant en détaille un en particulier : le modèle MERGE71.

71 Ce modèle est d’une part plus axé sur l’optimisation du système énergétique avec anticipation complète (« perfect
foresight »), contrairement par exemple à IMACLIM-R qui est, lui, plus axé sur l’équilibre général du système pas-à-

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
Le modèle hybride MERGE intègre le progrès technique et ses interactions avec l’économie
MERGE modélise l’économie mondiale et la décompose en plusieurs régions. Il fait une distinction
sectorielle entre la production d’énergie et la non-production d’énergie. La fonction de production inclut
capital, travail et énergie, avec substitution possible entre capital et travail, énergie électrique et non
électrique, énergies carbonées et non-carbonées, capital/travail et énergie. Le modèle distingue les
dommages subis par le marché et les autres dommages, tous induits par les changements de températures.
Les dommages au marché réduisent les quantités de production brute disponibles pour la consommation,
l’investissement ou les exportations nettes. Les émissions issues de la production d’énergie et les
émissions issues d’autres sources causent les changements de température globaux, en tenant compte des
puits de carbone. L’accent est mis sur l’analyse des coûts (pertes agrégées et/ou effort d’atténuation) et des
bénéfices des politiques en matière de changement climatique.
En 2002, Alan Manne et Richard Richels apportent une modification à MERGE en intégrant des
phénomènes de courbe d’apprentissage (« learning-by-doing »), relatifs aux technologies notamment. Cette
endogénéisation 72 partielle du progrès technique dans MERGE permet d’introduire certains aspects
dynamiques des développements technologiques et leurs rétroactions sur l’activité économique 73. Cette
représentation avec courbe d’apprentissage ne suffit cependant pas à répondre complétement à la question
de la formalisation du progrès technique dans les modèles environnement-énergie, qui reste l’un des sujets
les plus difficiles de la littérature actuelle dans ce domaine74.
L’étude constate que le fait d’intégrer l’apprentissage par la pratique (learning-by-doing) ne modifie pas
significativement les conclusions d’études antérieures qui traitaient le coût de la technologie comme
exogène. L’intégration du progrès technique permet en revanche de réduire significativement les coûts
d’atténuation du changement climatique (selon les scénarios). Ainsi, sa considération dans les modèles, en
termes d’implémentation et de vraisemblance, est un contributeur crucial à la sensibilité des résultats et
conclusions aux hypothèses de modélisation.

d. Des coûts réputés certains à court terme pour des gains de long terme
hypothétiques

La grande majorité des résultats issus des simulations de MEGC d'inspiration walrasienne s’accordent en
général pour dire qu’à court terme, les politiques climatiques ou de transition énergétique représentent un
coût du point de vue macroéconomique, c'est-à-dire une perte relative de PIB. Cependant les modèles et
études divergent quant au signe de l’impact à long terme de ces politiques.

pas (« récursif »). Le modèle MERGE est d’autre part plus axé sur l’optimisation en général, contrairement par
exemple à IMACLIM-R qui est, lui, plus axé sur la simulation. Voir, entre autre, page 51/89 de
http://www.imaclim.centre-cired.fr/IMG/pdf/guivarch_seminairelied_2014-09-30.pdf
72 Endogénéiser revient à transformer un paramètre externe au modèle en une variable interne au modèle. Cette
variable participe alors aux calculs du modèle durant les simulations.
73Ainsi, le progrès technique dans le domaine énergétique n'est plus une modélisation statique ou une simple tendance
autonome d’efficacité énergétique, indépendante des conditions économiques.
74 Pour plus d'information sur la question de la formalisation du progrès technique dans les modèles environnement-
énergie, voir les travaux du Centre d’observation économique et de recherches pour l’expansion de l’économie et le
développement des entreprises (Coe-Rexecode) : http://www.coe-rexecode.fr/

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III.d.1. Neutralité de la monnaie et effet d’éviction 75

Dans les MEGC, le taux d’intérêt équilibre instantanément l’épargne et l’investissement. Il est donc supposé
que l’investissement est financé grâce à l’épargne disponible des agents (ménages et entreprises) et que
tous les revenus générés au cours du processus de production sont soit consommés, soit investis. Ainsi, il
n’existe pas de fuite dans le système et l’offre est toujours égale à la demande.
Sachant que la parfaite flexibilité des prix permet d’écouler les stocks non désirés, les entreprises n’ont pas
de contrainte de débouchés. Elles produisent donc au maximum de leurs capacités en utilisant tous les
facteurs de production disponibles. Dans ce cadre théorique, la production est maximale. Toute injection de
monnaie dans l’économie se solde par une hausse des prix, sans augmentation des quantités produites. On
dit que « la monnaie est neutre »76.
Dans ce cadre, le stock de capital évolue comme l’épargne sociale disponible, qui elle-même varie en
fonction du revenu disponible des agents (salaires et profits). Comme la flexibilité des salaires assure
l’équilibre de plein emploi, le taux d’activité ne fluctue pas. Les revenus distribués évoluent seulement en
fonction des gains de productivité et de la croissance démographique. Or ces déterminants sont exogènes.
En bref, à l’instant t le niveau de l’épargne disponible est prédéterminé et le montant de l’investissement
l’est aussi. Pour un montant d’épargne donné, toute hausse de l’investissement dans un secteur s’opère au
détriment de l’investissement des autres. Il s’agit de l’effet d’éviction.
Si l’Etat adopte des mesures règlementaires ou fiscales pour encourager des investissements d’efficacité
énergétique, cela limitera le niveau des investissements par ailleurs. Or si les investissements d’efficacité
énergétiques sont moins rentables que la moyenne (ce qui est supposé être le cas, faute de quoi les
mesures incitatives ne seraient pas nécessaires), alors le profit des entreprises baisse et leur capacité
d’autofinancement se dégrade. Ainsi, l’épargne sociale diminue, ce qui limite l’investissement et réduit le
stock de capital. Puisque c’est l’offre, c'est-à-dire le stock de facteurs de production disponibles (énergie,
capital et travail) qui détermine le montant de l’activité, la croissance baisse. Il existe donc une « perte
sèche » même si les recettes de la taxe sont redistribuées aux agents.
A taux de change fixe, la diminution des importations d’énergie peut limiter la perte sèche des pays
importateurs de combustibles fossiles. Mais cela s’opérera au détriment de la croissance de leurs
partenaires commerciaux. Par ailleurs, la hausse du coût de l’énergie limite la compétitivité des entreprises
et leur capacité à exporter.
Les Etats peuvent également compenser en partie la perte sèche en utilisant les recettes de la fiscalité
environnementale pour réduire une taxe encore plus distorsive, comme les charges qui pèsent sur le travail.
Néanmoins, les MEGC montrent que cette compensation est bien souvent insuffisante pour maintenir le
taux de croissance de l’économie au niveau qui était le sien avant l’adoption des mesures fiscales.

III.d.2. Le Dilemme du prisonnier

Dans les MEGC, les Etats qui prennent des mesures pour lutter contre le changement climatique subissent
une perte de PIB à court terme, sans avoir la certitude de bénéficier d’une diminution notable des
dommages liés au réchauffement à moyen et long terme, puisque la baisse de concentration de CO2 dans
l’atmosphère implique l’intervention de l’ensemble de la communauté internationale.
Chaque Etat a intérêt, au moins à court terme, de s’abstenir de prendre des mesures contre le
réchauffement climatique pour s’épargner une perte sèche, et pour gagner des avantages compétitifs sur
les Etats qui adoptent des mesures fiscales. Autrement dit, les Etats qui agissent subiraient une récession
tandis que les Etats passifs obtiendraient un regain de croissance.
Dans le cas où le coût de l’inaction généralisée devait se révéler inférieur au coût que subirait un état en
agissant isolément, alors chacun aurait intérêt à jouer un rôle non-coopératif quelle que soit l’attitude des

75 Voir Glossaire

76 Vision avant tout néoclassique, puisque l'approche néokeynésienne considère que la monnaie n’est pas neutre sauf à
l’équilibre de plein emploi (sachant qu'un équilibre de sous-emploi (avec chômage involontaire) peut persister de façon
durable, même à long terme, dans une vision néo-keynésienne).

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autres. Ce contexte débouche sur « un dilemme du prisonnier » en théorie des jeux, qui encourage les
comportements non-coopératifs. Il débouche sur une situation préjudiciable à tous mais qui serait moins
néfaste que celle dans laquelle se trouveraient les Etats qui aurait joué un rôle coopératif de façon isolée.
Aucun n’a intérêt à dévier de ce statut quo sous optimal dans cet équilibre de Nash (voir ci-après).

A titre d’exemple, dans le tableau ci-dessus :


 l’Union Européenne (UE) aurait intérêt à rester passive si les Etats-Unis (US) étaient actifs (elle
aurait un demi-point de croissance supplémentaire alors qu’elle subirait une récession de 1 point si
elle agissait de concert avec son partenaire commercial) ;
 elle aurait, de la même façon, intérêt à rester inactive si les Etats-Unis l’étaient aussi (elle subirait
une récession de 1,5 point, tandis qu’elle connaitrait une perte de croissance de 2 points si elle
agissait seule).
Quelle que soit l’attitude du partenaire, chacun a intérêt à rester inactif. L’équilibre de Nash correspond à la
situation où personne n’agit, alors que paradoxalement, d’un point de vue collectif, l’action généralisée est
optimale : en effet, la perte d’activité mondiale est égale à -1 point de croissance dans la case action-action,
qui correspond à l’équilibre de Pareto, alors qu’elle est de -1.5 point de croissance dans la case inaction–
inaction, dans l’équilibre de Nash.
En excluant a priori la possibilité d’un découplage entre PIB et émissions de gaz à effet de serre, les MEGC
incitent les Etats à différer l’adoption de mesures de lutte contre le changement climatique, et cela même s’il
est admis que le coût de l’inaction sera bien supérieur à terme que le coût de l’engagement à court terme.
Cette approche explique l’enlisement des négociations internationales sur le « partage du fardeau » (burden
sharing) qu’impliquerait la réduction des émissions de gaz à effet de serre, chacun ayant intérêt, de ce point
de vue théorique, à jouer au « passager clandestin ».
L’apparition des modèles Offre Globale - Demande globale, en équilibre dynamique, d’inspiration néo-
keynésienne, permet de lever ce dilemme.

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IV. Les approches en équilibre dynamique : l’émergence du double
dividende
L'objectif de ce chapitre est de réaliser un bilan des travaux mesurant les liens CO2 - Macroéconomie afin
d'aider à mesurer les conséquences économiques des dérèglements climatiques, et définir des trajectoires
de réduction des émissions de gaz à effet de serre sur le siècle. Après une revue des acteurs (partie I) et de
trois types de modèles (IAM, technico-économique et MEGC hybride) (partie II et III), cette quatrième
section d'intéresse à l'approche en équilibre dynamique pour mieux cerner les effets macroéconomiques de
la transition énergétique.

a. Des modèles macroéconométriques d'inspiration néokeynésienne mobilisés


également pour estimer les effets de la transition sur le chômage.

Les modèles Offre - Demande en équilibre dynamique, à l’instar des modèles macro-économétriques
d'inspiration néokeynésienne de prévision conjoncturelle, se distinguent des modèles MEGC cités en
section III sur 3 points :
► Les salaires n’équilibrent pas automatiquement l’offre et la demande de travail. Le montant des
rémunérations dépend de l’inflation et du taux de chômage (cf. Wage settings ou courbe de Philipps).
► En situation de concurrence et d’informations imparfaites, les prix n’équilibrent pas instantanément
l’offre et la demande de biens. Les producteurs fixent une marge, plus ou moins flexible à court terme,
sur des coûts unitaires de production.
► Les taux d’intérêts n’équilibrent pas l’épargne et l’investissement. Ils sont fixés par les autorités
monétaires (règle de Taylor). L’offre de crédit est endogène : elle dépend de l’investissement qui lui-
même est déterminé par l’évolution des débouchés des entreprises et des taux d’intérêts. Il n’y a que
peu d’effet d’éviction entre investissements privés et/ou publics. Le stock de capital est endogène.
Ces trois modifications permettent à elles seules de prendre en compte une dynamique inter-temporelle
entre l’offre et la demande, sans laquelle il serait impossible de reproduire les fluctuations conjoncturelles
que l’on constate empiriquement à court ou moyen terme. Cela n’affecte cependant pas, a priori, la capacité
à modéliser, ou non, les effets du changement climatique sur la croissance qui se matérialisent à long terme.
Puisque les prix, les salaires et les taux ne s’ajustent pas spontanément de manière à assurer l’égalité entre
l’offre et la demande, l’équilibre implique une variation des quantités : l’offre s’ajuste à la demande. Il peut
alors exister un équilibre de sous-emploi durable. Dans ce cadre d’hypothèses, une politique de relance par
l’investissement, notamment en matière d’efficacité énergétique, a un effet positif sur l’activité à court terme
mais aussi à long terme, si la valeur actuelle nette (VAN77) des investissements directs et indirects générés
est positive.
Dans ce cadre théorique, une politique volontariste de relance de l’investissement dans les énergies
renouvelables, les transports collectifs, etc., peut avoir une incidence positive sur le PIB. L'approche en
équilibre dynamique des modèles macro-économétriques d'inspiration néokeynésienne permet l'émergence
d'un double dividende, et lève le dilemme du prisonnier. Cette approche est particulièrement adaptée pour
l'étude des effets de la transition énergétique, ainsi que des déséquilibres de marché (ex. du travail lors de
situation de chômage).
Les sections suivantes détaillent tout d'abord quelques modèles en équilibre dynamique (E3ME-E3MG,
ThreeME et NEMESIS), puis le lien entre investissement et monnaie.

b. Des modèles régionalisés et complexes

► Modèle E3ME (anciennement E3MG) de Cambridge Econometrics (Royaume-Uni)


Pour rappel, peu d’institutions privées se sont lancées dans la modélisation macroéconomique des impacts
du changement climatique. La plus reconnue, et souvent sollicitée par l’Union Européenne pour des travaux

77 Voir Glossaire.

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d’analyse d’impact de politiques énergétiques, se trouve au Royaume Uni : Cambridge Econometrics, un
cabinet de conseil indépendant ayant développé les modèles E3ME et E3MG.
E3ME est un modèle économétrique environnement-énergie-économie d'inspiration néokeynésienne
souvent utilisé par les institutions européennes. Contrairement aux modèles d’équilibre général, l’équilibre
entre l’offre et la demande s’opère par une variation des quantités et non des prix, et il peut exister un
équilibre de sous-emploi. Dans le contexte du marché du travail, cela signifie qu’il y a une capacité non
utilisée sous la forme de personnes au chômage, et le chômage est involontaire. Dans un environnement
post-récession ceci est un élément important de l'analyse. Cela signifie que le taux d'emploi peut être
augmenté par une demande croissante de main-d'œuvre, sans que soient nécessairement introduites des
politiques visant à accroître l'offre de travail.
En revanche, la méthodologie de E3ME – i.e. des régressions économétriques 78 effectuées sur des
données annuelles parfois peu nombreuses au sens statistique – constitue une limite de l’exercice, certes
inhérente à tout exercice de modélisation. En l’espèce, le lecteur sera invité à interpréter, en connaissance
de cause, les résultats du modèle sur de longues périodes.

Figure 3 : Fonctionnement du modèle E3ME de Cambridge Econometrics


Source Cambridge Econometrics

► Modèle ThreeME de l’ADEME (France)


Le modèle ThreeME (Modèle Macroéconomique Multisectoriel d’Evaluation des politiques Energétiques et
Environnementales) est conjointement développé depuis 2008 par l'ADEME, l’Observatoire Français des
Conjonctures Economiques (OFCE) et le centre hollandais de recherche scientifique appliquée (TNO).
ThreeME est un modèle néo-keynésien multisectoriel du type « Offre Globale – Demande globale ».

78Seules les équations sur la formation des salaires (wage settings) sur la fixation des taux (règles de Taylor) et la
détermination des prix (mark up) font l’objet d’un paramétrage économétrique.

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
Figure 4 : Description du modèle ThreeME de l'ADEME
Source : A full description of the Three-ME model: Multi-sector Macroeconomic Model for the Evaluation of
Environmental and Energy policy, 2013, G. CALLONNEC et al.

Une étude79 basée sur ce modèle propose que le changement climatique en France engendrera la création
nette d’emplois dans les filières vertes 80 de même que des reconversions nécessaires vers ces nouveaux
secteurs. Ainsi, la population active occupée totale augmenterait de 3% et le chômage diminuerait de 1,5%
d’ici 2030. Cette étude réalisée avec le modèle ThreeME établit donc un lien clairement positif entre
changement climatique, marché du travail et PIB (plus 3 points de PIB en 2050).

79 L'évaluation macroéconomique des visions énergétiques 2030-2050 de l'ADEME (2013)


80 La notion de « filières verte » désigne certaines filières (de métiers de production ou service), impliquées dans la
production « durable » de produits limitant leurs impacts sur l'environnement, de la source (biomasse primaire ou
ressource minérale (eau, minéraux...), à l'usager final ou à la fin de vie de l'objet, en passant par les phases de transport,
transformations.
Voir en particulier les études du Commissariat général au développement durable (CGDD) et du Ministère de
l'écologie du développement durable et de l'énergie (MEDDE) à ce sujet : http://www.developpement-
durable.gouv.fr/IMG/pdf/Ref_-_Filieres.pdf
et http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/tude_filieres_vertes.pdf.

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
Figure 5 : Liens entre changement climatique, marché du travail et PIB, d’après le modèle ThreeME
Source : L'évaluation macroéconomique des visions énergétiques 2030-2050 de l'ADEME (2013), ADEME

► Modèle NEMESIS d’ERASME (France)


Le modèle macro-économétrique NEMESIS (New Econometric Model for Environment and Strategies
Implementation for Sustainable development) d'inspiration néokeynésienne est développé par le laboratoire
ERASME au sein de l’Ecole Centrale Paris, et financé principalement par la Commission Européenne. En
tant que modèle « E3 » (Energie, Environnement et Economie), NEMESIS inclut un module
environnemental ainsi qu’une modélisation détaillée du secteur énergétique.
Il s’agit d’un modèle économétrique macro-sectoriel, couvrant plus de 30 secteurs et 27 catégories de biens
de consommation, contenant plus de 70 000 équations, à usages multiples (ex. évaluation de politiques
publiques en recherche ou environnement, étude d’impacts à court et moyen-terme de politiques
économiques, etc.). Le modèle NEMESIS utilise un progrès technique endogène, résultant de
l’augmentation de la R&D et des économies d’échelle dans les productions de masse (« learning by
doing »).

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
Figure 6 : Description du module énergie et environnement du modèle NEMESIS.
Source : The NEMESIS model : New Econometric Model for Environment and Sustainable development Implementation
Strategies, A. FOUGEYROLLAS et al., 2002

c. Monnaie endogène et multiplicateur d’investissement

Les modèles réalisant un bouclage néoclassique (ou Walrassien) – c'est-à-dire les modèles d’équilibre
général – reposent sur une logique d’offre pure, de jeu à somme nulle. L’investissement y est financé
uniquement par l’épargne sociale disponible, qui elle-même est prédéterminée par des variables exogènes.
Dans ce cas, favoriser des investissements pour la transition énergétique, par exemple en subventionnant
de nouvelles technologies ou en instaurant une taxe carbone, ne fait d'une part que déplacer
l'investissement, toutes choses égales par ailleurs, et d'autre part que favoriser des investissements à
rendement économique moindre. Dans un modèle néo-classique, l'éviction entre les investissements est
donc totale et toute intervention amène vers une situation sous-optimale d'un point de vue économique,
c'est-à-dire vers des surcoûts. Ces modèles ne peuvent ainsi pas faire apparaître de cercle vertueux
expansif initié par une fiscalité environnementale (effet multiplicateur de l’investissement) qui ferait
apparaître un double dividende à l’échelle mondiale.
A contrario, les modèles réalisant un bouclage néo-keynésien – tout particulièrement les modèles macro-
économétriques d'inspiration néokeynésienne – admettent l’existence d’un financement par création
monétaire et postulent un ajustement lent des prix (à long terme uniquement). Ces modèles peuvent donc
faire apparaître un « double dividende » à l’échelle mondiale car l’effet d’éviction entre investissements n’y
est que partiel.
Dans les modèles néo-keynésiens, l'investissement est financé avant tout par le crédit (i.e. la création
monétaire). Le taux d’intérêt n’équilibre pas l’épargne et l’investissement, il est fixé par les autorités
monétaires (il équilibre l’offre et la demande de monnaie). L’offre de crédit dépend de la rentabilité attendue
des investissements, qui dépend non seulement du coût du capital mais aussi des cash flows anticipés, qui
eux-mêmes dépendent de la demande. Le stock de capital n’est pas prédéterminé, il est endogène, comme
la monnaie.

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
Dans ce cadre, l’effet d’éviction est limité : par exemple, une entreprise n’aura pas nécessairement besoin
d’arrêter de financer un projet plus rentable pour un autre moins polluant, et pourra financer au moins une
partie du premier par un crédit supplémentaire. L'effet d'éviction pouvant ainsi être partiel et non total,
l'investissement global peut augmenter et alors conduire, à terme, à un stock de capital plus important et
donc à un PIB ou une croissance plus forte. Les pertes éventuelles dues à la réduction de l'investissement
dans les secteurs traditionnels peuvent être plus que compensées par les gains des nouveaux
investissements dans les secteurs de la transition.
Contrairement aux MEGC walrassiens, la "monnaie" n'est pas neutre : une augmentation de l’offre de
crédit, destinée à financer l’investissement, débouche sur un accroissement de la demande et des quantités
produites. L’augmentation de la production favorise l’emploi et une nouvelle hausse de la demande. A
terme, le stock de capital et le niveau de la production sont supérieurs à ce qu’ils auraient été sans
intervention.
Ces modèles permettent ainsi des cercles vertueux expansifs initiés par une fiscalité environnementale
(effet multiplicateur de l’investissement). Les modèles néo-keynésiens rendent donc possible l’émergence
d’un double dividende économique et environnemental, par le découplage entre la croissance du PIB et
celles des émissions de GES : la compensation des revenus de la fiscalité carbone (par exemple d’une taxe
ou d’un marché de quotas) par une baisse de la fiscalité du travail peut induire un gain économique net, en
plus d’un gain environnemental. Les bénéfices environnementaux viennent ainsi en addition des gains
économiques, et non en substitution comme dans un modèle néo-classique.
Cette approche lève de facto le dilemme du prisonnier : un Etat qui conduit une politique de lutte climatique,
même de façon isolée, en « cavalier seul », pourrait bénéficier d’une hausse de son PIB à court comme à
long terme.
Comme nous le verrons dans le chapitre suivant, lors du focus sur le programme AMPERE, il apparait que
certaines régions économiques (Chine, Europe) ont intérêt à commencer leur transition énergétique, sans
attendre un contexte de coopération internationale favorable sur le sujet, et ce quel que soit le type de
modèle employé (MEGC d'inspiration walrasienne ou néo-keynésien). De même, d’après Gaël Callonnec81,
la France ne souffrirait pas, a priori, d’une action unilatérale de sa part en amorçant sa transition.

81G. Callonnec et al., (2013), "L'évaluation macroéconomique des visions énergétiques 2030-2050 de l'ADEME",
ADEME.

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
VOLET 2 LES PRINCIPAUX RÉSULTATS DES TRAVAUX
MESURANT LES EFFETS MACROÉCONOMIQUES DE LA
TRANSITION CARBONE

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
I. Benchmarking : une analyse bibliométrique des résultats, et leur
interprétation
Parmi la cinquantaine d’études Climat – Energie - Macroéconomie considérés par la présente étude 82, une
trentaine vise à mesurer l’effet sur la croissance de politiques de réduction des émissions de GES. Les
travaux disponibles sont toutefois difficiles à mettre sur le même plan afin d’en comparer les résultats
quantitatifs sur le PIB (différences des périmètres géographiques, des horizons de temps, des scénarios de
référence, etc.). La contribution de la présente étude est de rendre ces résultats en partie comparables, en
les ramenant à une variation annualisée de PIB (ou autre agrégat macroéconomique) résultant d’un
scénario d’intervention, par rapport à un scénario de référence sans action climatique.
L’objectif de cette analyse bibliométrique est d'étudier l’impact sur le PIB des différentes politiques
publiques climatiques d'atténuation. L'enjeu sous-jacent à cette analyse est d'estimer si l'économie est et
sera en capacité de financer la transition à temps sans requérir une transformation profonde du système. La
sensibilité de la réponse à cette question aux différents paramètres des publications analysées est tout
aussi importante, en particulier pour les implications en termes de politiques publiques (création,
proposition, implémentation et évaluation).

a. Considérations particulières avant d’analyser les résultats et leurs écarts

Les divergences dans les résultats des simulations des modèles sont dues aux incertitudes relatives à un
futur lointain (ex. évolution du prix des énergies), aux différents choix dans la définition des scénarios (choix
du scénario de référence et du scénario de transition), aux options méthodologiques retenues, ainsi qu’aux
différents périmètres géographiques des études.
Il convient ainsi de s’accorder qu’il n’y a pas d’approche ou de résultat unique. La présente étude a cherché
à utiliser au maximum les résultats d’initiatives groupées entre modélisateurs comparant leurs modèles
respectifs (ADAM, AMPERE, Energy Modeling Forum), afin de garantir un certain degré de cohérence dans
les définitions et les valeurs de référence.
Il est également important de considérer les biais de publication, inhérents à tout domaine de recherche
soumis à de forts enjeux environnementaux, sociétaux ou économiques. Il n’a pu être directement identifié
de biais entre les résultats et les intérêts ou motivations des commanditaires. En revanche, le mode de
publication à comité de lecture (également dit « à référé ») fait que des résultats en dehors de la
« normale » soient sujets à plus d’analyses et de débats. Par ailleurs, les études dites hétérodoxes sont
plus rarement publiées dans les revues internationales à référé, qui sont souvent plus enclines à publier des
travaux avant tout néo-classiques. Cela freine leur diffusion et restreint d’autant la plage des résultats
publiés.
Enfin, la sensibilité des résultats aux hypothèses ou paramètres dépend avant tout de ce sur quoi l’analyse
se concentre. L’étude a montré, par exemple :
► Si la possibilité d’atteindre des cibles de concentrations de GES très faibles est étudiée, alors
l’existence de solutions énergétiques à émissions négatives (biomasse plus séquestration du
carbone) est capitale, de même que la coopération entre régions ou pays ;
► Si le mix ou système énergétique est à l’étude, alors les hypothèses sur les substitutions
technologiques ou les réserves d’énergies fossiles sont clés ;
► Si l’agriculture est le focus de l’étude, alors le potentiel de croissance de l’Afrique est un des
paramètres clés ;
► Si les flux de capitaux sont étudiés, alors l’épargne (arbitrage entre investissement et
remboursement de dette) est un des paramètres clés ;
► Si les impacts d’une taxe carbone sont l’objet de la publication, alors l’élasticité des « carbon
leakages » est déterminante.

82 Sélection conjointe entre EY et le Comité de Pilotage (COPIL) au début de la mission.

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b. Comparaison de scénarios

Comparaison entre études et considérations relatives à la diversité des scénarios


De nombreuses études modélisent les politiques publiques en termes de politiques d’atténuation et de
mesures d’adaptation. Selon les publications il s’agit de faire la comparaison entre deux ou plusieurs
scénarios de politiques publiques :
► Un scénario de référence (sans mesures climatiques supplémentaires) souvent dénommé
« business as usual » ;
► Des scénarios de maîtrise et de contrôle plus restrictifs où les émissions sont limitées (objectifs de
résultats majoritairement).
Par exemple, le modèle MERGE compare ainsi un scénario de référence avec trois politiques de
stabilisation (400, 450 et 550 ppm de CO2) d’ici 2100. Ces trois valeurs de stabilisation sont par ailleurs
souvent reprises dans d’autres études.
Un benchmark a été réalisé dans la cadre de la présente étude (sans réinterprétation des scénarios), en
traduisant en rythme annuel d’évolution du PIB (ou du taux d’emploi, ou de la consommation des ménages)
les résultats quantitatifs des études, dans les scénarios de transition énergétique utilisés dans la
publication, par rapport au scénario de référence « business as usual » utilisé dans la même publication.

Les modèles s’accordent autour d’impact limité des politiques climatiques, et de trajectoires
permettant de dépasser le dilemme CO2 / Croissance
La modélisation macroéconomique, dans le cadre des publications économie-emploi-environnement
étudiées, révèle plusieurs enseignements. La majorité des études éclaire les décideurs sur le fait que les
politiques de transition carbone sont réalisables à un coût macroéconomique limité. Le modèle E3MG,
présenté précédemment dans ce rapport, suggère même que la transition pourrait induire un gain de PIB.
Pour obtenir les résultats présentés dans la Figure 8, les résultats des études ont été convertis en rythme
annuel d’évolution du PIB (ou du taux d’emploi, ou de la consommation des ménages, selon les agrégats
mesurés par les études) dans le scénario de transition de l’étude, par rapport au scénario de référence lui
aussi supposé par l’étude.
A titre d’illustration, lorsque dans le cas du projet ADAM, le résultat d'une simulation d'un scénario de
transition commençant en 2000 est une perte de PIB de 2,5% en 2100, par rapport à un scénario de
1/(2050-2010)
référence, cela correspond dans le graphique à une valeur de -0.025%, égale à (1-2,5%) - 1.
Lorsque, dans le cas de l’Impact Assessment de l’UE à horizon 2050 (modèles E3ME et GEM-E3), le
résultat d’une simulation d’un scénario de transition commençant en 2010 est un gain de 3,2 millions
d’emplois en 2050 (sur une population active d’environ 240 millions de personnes), cela correspond dans le
1/(2050-2010)
graphique à une valeur de 0,033%, égale à (1+3,2M/240M) -1.
Cette analyse suggère dans l’ensemble que la transition carbone induirait un coût macroéconomique limité,
voire une légère croissance, souvent associé à l’obtention d’un « double dividende » :
► Par exemple, le modèle MERGE du Paul Scherrer Institute, estime qu’une transition carbone
ambitieuse pèserait sur le niveau du PIB mondial, en moyenne pour tout horizon fixé, à hauteur de -
2,5% – soit la perte d’une ou deux années de croissance seulement sur plusieurs décennies. Pour
mémoire, la crise financière de 2009 à elle seule s’était traduite par un effet défavorable sur le PIB
de l’ordre de -3% en une seule année.
► Les résultats des autres modèles étudiés se situent entre une année de croissance perdues et une
ou deux années de croissance gagnées sur plusieurs décennies.
► A contrario, parmi les résultats les plus positifs figurent ceux des modèles ThreeME et E3ME.
L’explication majeure de cette divergence réside dans les différentes approches théoriques entre modèles
d’équilibre général calculable (ex. WorldScan, MERGE, Gemini), et modèles macro-économétriques (ex.
ThreeME, E3ME, anciennement E3MG) d’inspiration néokeynésienne ; des approches théoriques abordées
dans le cadre du Volet 1 du présent rapport. ThreeME et E3ME proposent par ailleurs le recyclage des
recettes de taxes environnementales (selon les cas, pour réduire des taxes encore plus distortives, pour
financer la R&D dans les technologies bas carbone, pour financer les investissements dans l’efficacité
énergétique…).

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Cependant, l’élément clé de cette analyse et du graphique suivant est avant tout la distribution globalement
très restreinte des résultats, une fois ramenés en variations annuelles. L’exception concerne le modèle Env-
Linkages de l’OCDE, qui aboutit à des pertes de PIB plus significatives que l’ensemble. Les raisons de cet
écart seront expliquées plus loin dans ce chapitre.

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
0,150%
Projet AMPERE Impact Impact Modèle Scénarios de Comparaison
Projet ADAM Modèle Modèle
Horizon 2050 assessment assessment UE ThreeME transition du d'IMACLIM,
Horizon 2100 GEMINI ENV-
UE (ADEME-OFCE) secteur du REMIND, WITCH
Horizon 2030 Horizon Linkages
Horizon France, 2050 transport en Horizon 2100
0,100% Comparaison Comparaison 2050 UE, E3ME Echelle Monde 2020 (OCDE)
PIB dans 4 consommation Horizon
PIB Horizon 2050
modèles dans 4 modèles Emplois PIB
(GEM-E3, WorldScan,
Emplois 2050,
(MERGE, REMIND,
TIMES-PanEu, PRIMES) PIB Monde
0,050%
E3ME E3ME Emplois
E3ME 450 ppm
GHG40/EE
Reste du GHG40/EE
UE
monde E3ME
E3MG Chine GEM-E3 GHG40 410 ppm
E3MG E3ME
E3MG GHG40 IMACLIM
GEM-E3
0,000% GHG40/EE IMACLIM
GEM-E3
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 REMIND
14 15 16 PIB 17 18
GHG40/EE
REMIND
WITCH
550 ppm 450 ppm GEM-E3 Suisse
Emplois GHG40 GEM-E3
400 ppm GHG40
-0,050% WITCH
UE
Scénario : UE pionnière
Les autres rejoignent à
partir de 2030
-0,100%

-0,150%
PIB, scénario 450 ppm,
avec utilisation des
technologies disponibles
(ex. nucléaire)
-0,200%

Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2


Figure 7 : Benchmarking bibliométrique : résultats de scénarios
de transition par rapport au scénario de référence modélisé
Résultats exprimés en rythme annuel d'évolution (PIB, taux
d’emploi, ou consommation finale des ménages)

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II. Zoom sur deux initiatives des Programmes Cadres de l’Union
Européenne pour la Recherche et le Développement ayant permis
de consolider les analyses : ADAM et AMPERE
La Commission Européenne joue un rôle moteur et influent dans l’élaboration et les déclinaisons nationales
de plans d’actions appuyés par des Impact Assessments macroéconomiques. Deux initiatives financées par
ème ème
les 6 et 7 Programmes Cadres ont favorisé les collaborations entre modélisateurs, permis de
confronter leurs modèles, et consolidé les connaissances : le projet ADAM (2006-2009) et le projet
AMPERE (2011-2014), regroupant chacun plus de 20 instituts de recherche en Europe, en Asie et aux
Etats-Unis. Ces deux initiatives ont également été conduites en lien étroit avec le groupe « Integrated
Assessment Modeling Consortium », qui a comparé plus de trente modèles et dont les résultats ont
contribué au dernier rapport du Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat, ou GIEC,
publié en 2014.

a. ADAM : Adaptation and Mitigation Strategies – Supporting European Climate


Policy

Le projet ADAM (« Adaptation and Mitigation strategies »), conduit de mars 2006 à juillet 2009), constitue
une étude complète de plusieurs modèles : MERGE-ETL (ou juste MERGE), REMIND-R (ou juste
REMIND), POLES, IMAGE/TIMER (ou juste TIMER) et E3MG. L’objectif principal de ce projet est
d’identifier et d’évaluer les différentes stratégies d’atténuation et d'adaptation au changement climatique.
Avec la comparaison de 5 modèles climat-énergie-économie, le projet ADAM tente de répondre à deux
questions :
► Quelles sont les conséquences économiques et techniques de différents scenarios amenant à
l’atteinte de l’objectif de stabilisation du réchauffement climatique à 2°C ?
► Quels sont les obstacles technologiques ou les facteurs économiques et politiques déterminants à
la stabilisation des émissions de CO2 ?
Le projet ADAM a été initié dans un contexte de prise de conscience des risques climatiques sévères
engendrés par le réchauffement climatique 83, mais aussi de nécessité d’enrichir les études actuelles en
surpassant les limites liées aux modèles précédemment développés (rigidités des systèmes énergétiques,
manque d’informations sur les technologies d’atténuation, etc.).
Cette analyse sous forme de comparaison de plusieurs modèles permet d’identifier les voies vers une
économie bas-carbone et de mettre en lumière les coûts associés. L’objectif de stabilisation de la
température à 2°C au-dessus des niveaux préindustriels doit être réalisable techniquement mais aussi
abordable économiquement pour être accepté par les parties prenantes et les dirigeants internationaux et
impulser des actions dès à présent.
Les modèles comparés dans le projet ADAM, tous appliqués à l’échelle mondiale, sont les suivants :
► MERGE 84 : il s’agit d’un modèle macroéconomique climat-énergie(technologies)-économie au sein
d’un monde désagrégé en 9 régions. Il inclut également une hypothèse de commerce international,
d’interactions entre les régions du monde et donc d’impacts des décisions locales sur le changement
climatique au global.
► REMIND : le modèle REMIND est un modèle mondial d’optimisation de la chaîne énergie-économie-
environnement qui maximise le bien-être et les conditions d’équilibres sur le marché. Il couple un
modèle de croissance économique à un modèle détaillé du système énergétique et à un modèle
climatique simple. Le modèle suppose un progrès technique endogène et une courbe d’apprentissage
qui affecte les coûts des énergies éoliennes et solaires.

83Notamment suite aux différentes études de Nicholas Stern et son estimation d’un risque de récession mondiale
pouvant atteindre 20% du PIB.
84 Voir aussi section III.c

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
► POLES85 : ce modèle interconnecte des sous-modèles aux niveaux international, régional et national.
C’est un modèle d’équilibre partiel qui suppose des ajustements retardés entre l’offre et la demande
par région du monde.
► IMAGE-TIMER85 : TIMER est la modélisation du système énergétique au sein d’un modèle plus large,
IMAGE. TIMER décrit les différentes options énergétiques possibles, options qui sont affectées par le
développement technologique (apprentissage par la pratique) et par l’épuisement des ressources, ce
sur le long terme. Ce modèle tient aussi compte de l’échange de dioxyde de carbone entre les
écosystèmes terrestres et l’atmosphère.
► E3MG86 : le modèle E3MG est un modèle macro-économétrique d'inspiration néokeynésienne. Ceci
implique que le travail, les opérations de changes et les marchés financiers ne sont pas parfaits mais
peuvent présenter des déficits ou surplus dans une économie ouverte dépendante de la région et de
l’année.

Au départ de la comparaison, les producteurs des modèles se sont d’abord assurés de l’homogénéisation
des paramètres. Les dégâts du changement climatique sont étudiés sous forme d’effets sur la rentabilité et
non pas de calculs coûts-bénéfices. Le projet ADAM fixe un scenario de base identique à tous les modèles,
afin de faciliter les comparaisons et d’éviter tout biais d’interprétation. L’année 2000 sert de base pour
l’analyse. Les lignes de ce scenario de base ont également été harmonisées pour permettre les
comparaisons entre les différents modèles au regard des projections démographiques et de la croissance
économique. Les politiques climatiques ont été écartées de cette baseline.

Figure 8 : Comparaison des modèles selon le scenario de référence par population, PIB (GDP), consommation totale
d’énergie primaire (total energy use) et émissions de CO2 de l’énergie et de l’industrie (CO-2-EnIn).

85 Voir aussi section III.a


86 Voir aussi section IV.b

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
Une signification particulière des différents scénarios
Le projet ADAM a pour but de quantifier les impacts économiques d’une politique de réduction des
émissions de CO2 afin d’atteindre l’objectif de stabilisation de l’augmentation de la température à 2°C (par
rapport à l’ère préindustrielle). Pour cela, 3 scenarios sont étudiés sur le long terme (à horizon 2100) : un
scenario où la politique de réduction est peu ambitieuse (550 ppm), une politique intermédiaire à 450 ppm,
et une politique de réduction poussée à 400 ppm (dont l’implémentation dépend du modèle). Selon le GIEC,
les probabilités de ces scenarios de limiter le réchauffement climatique à 2°C peuvent être respectivement
décrites comme improbable (550 ppm), peu probable (450 ppm) et probable (400 ppm).

Des trajectoires et des stratégies d’atténuation variées


Un enseignement majeur du projet ADAM est qu’un objectif ambitieux de stabilisation de la concentration
de CO2 (400ppm) est techniquement et économiquement faisable. Cette contribution était importante à
l’époque du projet (2006-2009), où peu de modèles à l’échelle mondiale parvenaient à atteindre cet objectif.
Les modèles préconisent cependant une grande variété de trajectoires et de stratégies d’atténuation en
termes de choix technologiques ou, comme illustré ci-dessous, en termes du prix carbone nécessaire pour
inciter les acteurs à s’engager dans la transition.

Figure 9 : Prix du carbone pour les scénarios à 550ppm et 400ppm. Source : The Economics of Low Stabilization:
Model Comparison of Mitigation Strategies and Costs, 2010, O. Edenhofer et al.

Chaque modèle met par ailleurs l’accent sur une stratégie énergétique spécifique, parmi toutes celles qu’il
peut simuler : MERGE et E3MG reposent principalement sur les sources d’énergies renouvelables, TIMER
sur le CCS (« carbon capture and storage »), POLES sur l’efficacité énergétique et REMIND sur le CCS
conjugué à la biomasse. Les modèles émettent en effet des hypothèses très variables sur l’évolution des
prix de l’énergie, la disponibilité future des technologies de rupture, et les courbes d’apprentissage.

Une transition énergétique réalisable à moindre coût macroéconomique


Le calcul des coûts d’atténuation dans les trois scénarios simulés (400ppm, 450 ppm, 550 ppm) par les cinq
modèles mobilisés dans le cadre du projet ADAM n’adopte pas une approche coûts-bénéfices, mais une
approche consistant à atteindre à moindre coût l’objectif fixé de stabilisation de la concentration de CO 2.
Ainsi, seuls les coûts d’atténuation sont pris en compte, et non les bénéfices liés, par exemple, aux dégâts
climatiques évités.
La Figure 10 suivante rend compte des coûts d’atténuation pour les modèles MERGE, REMIND, POLES et
TIMER. Il s’agit ici d’évaluer l’investissement nécessaire (exprimé en pourcentage de PIB) à la mise en
place des trois scenarios de d’atténuation d’ici 2100. Dans les cas de MERGE et de REMIND, les coûts
d’atténuation sont exprimés en pertes de PIB cumulées jusqu’à 2100 par rapport au PIB du scénario de
référence (« Mitigation Costs »). Dans les cas de POLES et de TIMER, les coûts d’atténuation sont
exprimés en termes d’augmentation des coûts d’abattement par rapport par rapport au PIB du scénario de
référence (« Abatement Costs »). Cependant, le projet ADAM, citant notamment une étude de Hof et al.,

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suggère que ces deux logiques de coûts d’atténuation sont corrélées et peuvent ainsi être mises sur le
même plan87.

Figure 10: Coûts de l'atténuation en pourcentage de PIB pour les scénarios à 550ppm, 450ppm et 400ppm. Source :
The Economics of Low Stabilization: Model Comparison of Mitigation Strategies and Costs, 2010, O. Edenhofer et al.

Bien qu’il existe quelque écart dans les résultats, allant par exemple (dans le cas du scénario 400ppm) de
1% de pertes de PIB à 2,5% de pertes de PIB d’ici 2100, les résultats des modèles convergent vers le
constat d’une transition énergétique réalisable à moindre coût macroéconomique (sous certaines réserves,
notamment l’apparition à terme de technologies de rupture économiquement viables). En effet, le modèle
MERGE, le plus pessimiste du projet ADAM, estime qu’une stabilisation à 400pm pèserait sur le niveau du
PIB mondial, en moyenne pour tout horizon fixé, à hauteur de -2,5%– soit la perte d’une ou deux années de
croissance sur plusieurs décennies.
Les estimations du modèle E3MG sont présentées séparément. En effet, ce modèle ne suppose pas une
situation de référence optimale, et propose la possibilité d’une politique climatique induisant un gain
macroéconomique. Le principal facteur de la stratégie d’atténuation employé dans E3MG est le recyclage
des revenus générés par les permis et taxes carbone dans des investissements pour la R&D, l’efficacité
énergétique, et la transformation du système énergétique. C’est principalement cette hypothèse qui, comme
illustré ci-dessous, permet d’obtenir des coûts d’atténuation négatifs, soit des bénéfices. D’ailleurs, un
objectif climatique ambitieux (450ppm voire 400ppm) est plus avantageux sur le plan macroéconomique,
qu’un objectif peu ambitieux (550 ppm), même si les effets PIB sur le siècle restent modestes, comme dans
le cas des modèles MERGE, REMIND, POLES et TIMER.

87Hof, A. F., den Elzen, M. G. J. and van Vuuren, D. P. (2009). Environmental effectiveness and economic
consequences of fragmented versus universal regimes: what can we learn from model studies? International
Environmental Agreements: Politics, Law and Economics, 9: 39-62.

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Figure 11: Coûts de l'atténuation pour les scénarios à 550ppm, 450ppm et 400ppm. Source : The Economics of Low
Stabilization: Model Comparison of Mitigation Strategies and Costs, 2010, O. Edenhofer et al.

Des coûts d’atténuation principalement stables entre régions du monde


Le projet ADAM évalue également, pour les trois modèles MERGE, REMIND et POLES, les coûts
d’atténuation pour plusieurs régions du monde.
Les « coûts d’atténuation » régionaux dépendent principalement des objectifs régionaux de réduction des
émissions et du marché mondial d’échanges d’émissions (qui commence à fonctionner en 2010 selon
l’étude) :
 Il apparaît tout d’abord (Figure 12) que les « coûts d’atténuation » pour les régions développées
(EU27, USA et Japon) sont semblables entre eux et inférieurs à ceux de la région Monde.
 A contrario, les différences entre les régions en voies de développement sont plus significatives.
Elles dépendent également du modèle, du scenario (400 ppm ou 550 ppm) étudiés et de la
répartition des émissions entre pays. Par exemple, l’Inde a les coûts d’atténuation les plus élevés
dans les modèles MERGE et POLES, et même beaucoup plus élevés comparés à la région Monde,
pour le scenario à 400 ppm.
 La Russie, elle, est gagnante au sein du modèle MERGE. Il s’agit en effet de la seule région du
monde à avoir des coûts d’atténuation largement négatifs (donc des gains de PIB) grâce à son fort
potentiel en biomasse qui lui permet de vendre des émissions de CO 2 sur le marché carbone. Mais
cette même région du monde est sévèrement impactée par les mesures d’atténuation dans le
modèle POLES.
Ainsi, la comparaison entre régions du monde est plus délicate à effectuer. Ces fluctuations de coûts
d’atténuation viennent du fait qu’ils dépendent surtout des hypothèses sur la disponibilité des sources
d’énergies au sein de chaque région et au sein de chaque modèle.
Néanmoins, hormis pour la Russie dans le modèle POLES à 550 ppm et l’Inde dans le modèle MERGE à
400 ppm, les coûts d’atténuation sont globalement stables et modérés pour toutes les régions du monde. Là
encore il s’agit au maximum de 2% de PIB soit perdu soit dépensé en atténuation sur un siècle.

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Figure 12 : Coûts régionaux de l'atténuation ("Mitigation") pour les scénarios à 550ppm et 400ppm. Source : The
Economics of Low Stabilization: Model Comparison of Mitigation Strategies and Costs, 2010, O. Edenhofer et al.

Des coûts d’atténuation globalement maitrisés, mais un exercice de comparaison en partie limité
Les coûts agrégés estimés à travers l’ensemble des modèles sont inférieurs à 0,8% du PIB de l’ensemble
des pays étudiés pour le scénario de stabilisation à 550 ppm et inférieurs à 2,5% du PIB pour celui à 400
ppm. Cependant la faisabilité dépend de façon critique sur la participation rapide et complète de tous les
pays.
Tout d’abord, les analystes se sont concentrés sur la faisabilité technique, sans chercher à répondre de
façon exhaustive aux multiples questions socio-économiques, politiques et de gestion des risques
potentiellement soulevées par la transition vers une économie bas-carbone.
Ensuite, l’étude ne porte que sur la mesure des coûts d’atténuation. Les modèles n’incluent que rarement
les coûts d’adaptation au changement climatique, ni les coûts évités par la réduction du changement
climatique (donc les dommages du changement climatique ne sont pas pris en compte).

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Une étude de l’OCDE prévoyant un surcoût de la transition énergétique plus important que les
estimations du projet ADAM
Une étude de l’OCDE réalisée en 2012 88 prévoit que l’atteinte d’un scénario de stabilisation à 450 ppm d’ici
à 2100 pourrait induire un ralentissement de la croissance annuelle de l’ordre de 0.2% entre 2010 et
205089, soit une perte de PIB au niveau mondial d’environ -5.5% en 2050, dans le meilleur des cas où le
monde ne s’imposerait pas de contrainte technologique (ex. sortie du nucléaire, voir Figure 13). Cela est à
comparer au résultat le plus « négatif » du projet ADAM dans un scénario également à 450 ppm, à savoir -
1.5% à 2100 pour le modèle MERGE (voir Figure 10). Les auteurs du modèle ENV-Linkages de l’OCDE ont
été interrogés dans le cadre de cette étude pour expliquer ces écarts, permettant de mettre en lumière
certaines des hypothèses de modélisation les plus influentes sur les résultats.
Le surcoût de la stabilisation climatique dans les simulations 90 de l’étude de l’OCDE provient premièrement
d’un scénario de référence supposant une hausse plus forte des émissions de GES, par rapport à d’autres
études. Le scénario de référence utilise les données et hypothèses de l’Agence Internationale de l’Energie
(AIE) qui, à l’époque de la production de l’étude de l’OCDE, supposait des énergies fossiles relativement
abondantes et à faible coût. Par ailleurs, le scénario de référence n’inclut pas de politiques climatiques
autres que celles déjà implémentées ou votées lors de la publication. De fait, l’économie mondiale est en
2050 toujours fortement intensive en carbone (et inclut par ailleurs une augmentation de 80% de la
demande en énergie). Cela induit donc un scénario de référence avec des émissions importantes (+50%
d’émissions de GES en 2050 par rapport à 2010), donc un chemin à parcourir plus conséquent pour le
scénario de transition. Pour ces raisons relatives à la définition du scénario de référence, la transition
carbone se retrouve renchérie.
Deuxièmement, le surcoût mesuré par l’étude de l’OCDE s’explique par un accès moindre à des
technologies bas-carbone abordables, notamment à partir de 2030 (sur la période allant jusqu’à 2030,
l’OCDE suppose des coûts de technologies bas-carbone comparables à d’autres études). En effet, les
hypothèses technologiques sont, dans les travaux des équipes de modélisation de l’OCDE, fortement
conservatrices et limitent donc les technologies utilisables dans les simulations à celles actuellement
existantes ou proches de l’industrialisation. Il n’est donc pas fait d’hypothèse d’apparition de technologies
de rupture (non encore imaginées aujourd’hui) ou de massification à faible coût de technologies bas-
carbone (ex. 100% d’électrification du parc de véhicules, capture et stockage du CO2 systématique pour
tous les gros émetteurs). Ainsi, les substitutions technologiques coûtent relativement chères, et ce d’autant
plus que des contraintes sont ajoutées dans les simulations (ex. sortie du nucléaire, absence de
technologies de capture du CO2, voir Figure 13).
Enfin, les simulations du modèle ENV-Linkages de l’OCDE prennent pour hypothèse une rigidité du capital
supérieure à celle pouvant être supposée dans d’autres modèles. Il devient ainsi plus coûteux de
renouveler les infrastructures, par exemple pour le transport (autoroute, ligne grande vitesse) et la
production d’énergie (centrale nucléaire, barrage).
L’étude rappelle cependant d’une part que si le coût de l’action est estimé à une perte de PIB mondial de
5,5% en 2050, le coût de l’inaction est par ailleurs estimé bien supérieur (de l’ordre de trois fois plus, en
reprenant les résultats du rapport Stern 91) ; et, d’autre part, que le coût de l’action augmente à mesure que
celle-ci est retardée (voir Figure 14).

88 "OECD Environmental Outlook to 2050: Consequences of Inaction", OECD, 2012


89 passant de +3.5% à +3.3% de croissance annuelle moyenne
90 issues du modèle ENV-Linkages de l'OCDE qui est un modèle d’équilibre général calculable (MEGC)
91 Stern Review on the Economics of Climate Change, Stern, 2006

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Figure 13 : Impacts économiques de choix technologiques d’ici à 2050 permettant une stabilisation climatique à
450ppm, relativement à un scénario de référence sans action climatique (écarts exprimés en différences de revenus
réels en 2050 dans les régions correspondantes). Source : "OECD Environmental Outlook to 2050: Consequences of
Inaction", OECD, 2012

Figure 14 : Impacts régionaux sur les revenus réels (écarts au scénario de référence) pour des scénarios de
stabilisation climatique à 450 ppm avec action immédiate (« core ») et avec action retardée à 2020 (« delayed action »).
Ecarts exprimés en différences de revenus réels en 2050 dans les régions correspondantes. Source : "OECD
Environmental Outlook to 2050: Consequences of Inaction", OECD, 2012

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b. AMPERE : Assessment of Climate Change Mitigation Pathways and Evaluation
of the Robustness of Mitigation Cost Estimates

Le projet AMPERE a permis d’unifier différentes initiatives de modélisation


AMPERE (Assessment of Climate Change Mitigation Pathways and Evaluation of the Robustness of
Mitigation Cost Estimates) est une initiative qui s’est déroulée de septembre 2011 à janvier 2014, sous la
supervision du PIK (Potsdam Institute for Climate Impact Research). Elle était financée par le septième
programme cadre de l’Union Européenne. Le consortium a rassemblé 22 institutions originaires d’Europe,
d’Asie et des Etats Unis et a organisé ses travaux de validation et de comparaison sur 17 modèles énergie-
économie et IAM.

Tableau 1 : Modèles participant au projet AMPERE. Source : Kriegler, E; et al. (2014) Assessing Pathways toward
Ambitious Climate Targets at the Global and European levels: A Synthesis of Results from the AMPERE Project

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Une différenciation marquée entre modèles
AMPERE compare et combine les capacités de 17 modèles énergie-économie et d'évaluation intégrée.
Parmi ces modèles, neuf sont de type bottom-up (équilibre partiel) et huit sont de type top-down (équilibre
général). Les simulations comparaient une baseline commune et des scénarios de stabilisation communs.
Les projections en termes d’évolution des émissions de GES et de mix énergétique varient
considérablement entre les modèles, comme illustré par le graphique ci-dessous. Ceci en fonction
notamment de la nature et du nombre de variables déterminantes (qu’elles soient endogènes ou exogènes),
telles que l'activité économique, les options technologiques, et l'offre et la demande en énergie.

Figure 15 : Illustration des différences dans les résultats donnés par les modèles du projet AMPERE
Les boîtes à moustache indiquent l’étendue et la distribution des résultats issus des différents modèles
er er
(1 décile, 1 quartile, médiane, dernier quartile, dernier décile).

Un effort requis doublé en cas d’action repoussée


La Figure 15 ci-dessus démontre à la fois l’enjeu significatif en termes d’amplitude de décarbonation de
l’économie entre les scénarios (+2,5%/an historiquement versus -3%/an ou -7%/an) et à la fois la limitation
de choix qu’induirait une action repoussée à 2030 (la proportion d’énergie bas carbone dans le mix
énergétique primaire devant alors doubler ou quadrupler selon le timing de l’action initiale).

Des modèles convergeant globalement vers un arbitrage: coût initial contre avantage à long terme.
L’analyse AMPERE illustre avant tout la convergence des simulations autour d’un compromis entre d’un
côté les coûts initiaux de la transition énergétique, et d’un autre côté les coûts à long-terme si l’action
climatique devait être reportée. Les différences entre modèles et estimations restent relativement faibles au
regard de la longue échelle de temps (au sens économique).
La Figure 16 ci-dessous illustre la répartition des résultats entre modèles selon les trois scénarios clés
"no policy", "extrapolation of current policies", et "strong global action". Dans la Figure 19 ci-dessous,
l’Europe mène l’action climatique d’ici 2030, et les autres régions du monde rejoignent l’effort à partir de
2030 : l’Europe ressort gagnante à long terme d’avoir pris l’initiative, avec certes une perte d’activité
économique plus élevée d’ici 2030, mais aussi plus faible dans les décennies qui suivent.
L’existence d’une perte économique (« perte sèche ») liée aux politiques de transition dite bas carbone
dans les modèles néo-classiques est en partie liée au fait qu’elles substituent, au moins à court terme, des
énergies renouvelables à coûts de production encore relativement élevé, à des énergies polluantes à coût
de production faible. Néanmoins, l’effet défavorable apparaît contenu. Ainsi, une situation sous-optimale est

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créée en forçant l’usage de technologies plus couteuses initialement, d’où une perte sèche à court terme
(illustrée par exemple sur la Figure 19).

Figure 16 : Comparaison des émissions de GES selon différents scénario simulés par les modèles
AMPERE92

Un net avantage pour l’Europe en cas d’action immédiate, seule ou non


La Figure 17 montre, dans le cas d’une action climatique isolée et immédiate de l’Europe, un assez net
avantage à terme (en 2050), avec :
► une croissance plus forte des exports et un moindre recul du PIB, par rapport au cas d’action
repoussée ;
► une part de l’Europe dans le marché mondial des technologies propres bien supérieure à celle du
scénario de référence, par rapport au cas d’action repoussée.
Par ailleurs, une action immédiate offre la possibilité d’une transformation du système énergétique
davantage étalée dans le temps, tandis qu’une action retardée provoquerait plus tard une transition plus
brutale et plus couteuse.

92 Kriegler, E; et al. (2014) Assessing Pathways toward Ambitious Climate Targets at the Global and European levels: A Synthesis of
Results from the AMPERE Project

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Figure 17 : First mover advantages. Le graphique de gauche démontre qu’une action repoussée à 2013 serait coûteuse
et aurait un impact négatif sur les exports et sur le PIB. Source : Decarbonisation scenarios for Europe, P. Capros, L.
Paroussos, P. Fragkos, The AMPERE Consortium (2014)

Des bénéficiaires variés en cas d’action immédiate


Les figures Figure 18 et Figure 19 ci-dessous illustrent d’une part que l’Europe ne serait pas la seule région
du monde à bénéficier d’une action rapide et non repoussée (ex. la Chine) et d’autre part que l’Europe
serait probablement la région du monde à bénéficier le plus d’une action immédiate lorsque les autres
régions attendent jusqu’en 2030.

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
Figure 18 : Exemple de la perte de consommation des ménages en Chine, selon une action mondiale repoussée ou
rapide. Source : Assessing Pathways toward Ambitious Climate Targets at the Global and European Levels, E.
Kriegler et al., The AMPERE Consortium (2014)

Figure 19 : Réduction annuelle moyenne de la consommation des ménages résultant d’une action climatique forte par
rapport à un scénario de référence. Plus précisément : perte de consommation en Europe, Chine et reste du monde
(RoW), après une action mondiale initiée par l’Europe en 2030. Source : Assessing Pathways toward Ambitious
Climate Targets at the Global and European Levels, E. Kriegler et al., The AMPERE Consortium (2014)

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Les résultats entre modèles montrent une certaine diversité d’amplitude
Il est important de garder à l’esprit la relative disparité des résultats entre les modèles. Par exemple, la
Figure 20 montre que, pour une même analyse, les résultats peuvent varier d’un facteur proche de vingt,
tout en conservant cependant tous le même signe (évolution négative, i.e. pertes cumulées de PIB
relativement au scénario de référence). Le modèle WorldScan projette davantage de pertes de PIB par
rapport aux autres modèles en raison de rigidités plus importantes dans la substitution des énergies fossiles
aux énergies bas-carbone.
Le modèle NEMESIS anticipe des pertes de PIB relativement faibles en raison de son inspiration
néokeynésienne, qui limite par exemple l’effet d’éviction des investissements (ces fondements théoriques
sont abordés dans le Volet 1 de ce rapport). Une autre explication réside dans le fait que NEMESIS
suppose un recyclage des recettes des taxes environnementales pour réduire les cotisations sociales
pesant sur le coût du travail, tandis qu’un modèle comme GEM-E3 suppose que ces recettes seront
restituées aux ménages sous forme de transferts, afin de compenser une perte de pouvoir d’achat
provoquée par la hausse des prix de l’énergie.

Figure 20 : Ecart de PIB en pourcentage du PIB du scénario de référence de la décarbonation de l'Union Européenne
dans le premier scénario de décarbonation (AM5S2) (période 2015-2050). Source : P. Capros et al., "European
decarbonisation pathways under alternative technological and policy choices: A multi-model analysis", Energy Strategy
Reviews, 2013.

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
III. Les incertitudes et les limites de la démarche macroéconomique

Un exercice de simulation à long terme avant tout, reposant sur des hypothèses clés
Il convient de rester prudent quant à l’interprétation des résultats soulignés plus haut. L’exercice reste une
représentation de la réalité et de son évolution, sur un horizon lointain et donc incertain.
Les modèles sont notamment assez dépendants du futur coût d’abattement du CO 2, ainsi que de l’évolution
future des prix de l’énergie. Plus le prix des énergies fossiles sera élevé, moins la transition sera coûteuse,
et vice-versa. De même, plus celui des énergies renouvelables sera faible, moins la transition sera
coûteuse. Par ailleurs, les modèles n’intègrent pas les « co-bénéfices » de la transition carbone (qualité de
l’air, sécurité énergétique, etc.), ce qui constitue une voie possible d’amélioration des modèles.

Il n’existe pas de modèle parfaitement polyvalent, mais un choix dès le développement du modèle
L’objectif de l’effort de modélisation des impacts économiques du changement climatique par les différents
acteurs identifiés dans le cadre de cette étude n’est pas de parvenir à créer un modèle « ultime »,
polyvalent et absolument complet, capable de modéliser tous les scénarios imaginables avec la plus grande
précision.
Chaque modèle est en réalité conçu comme un outil pour donner les moyens aux décideurs publics de
répondre à une interrogation particulière, interrogation qui oriente les choix des aspects à modéliser plus ou
moins finement. Les deux grandes catégories de modèles selon l’objectif recherché dans leur construction
sont :
► les modèles d’optimisation, qui cherchent à déterminer les politiques théoriquement optimales en
concurrence pure et parfaite. Ces modèles d’optimisation sont plutôt normatifs, dans le sens où ils
s’efforcent de déterminer la politique idéale, en adoptant une approche d’optimisation du coût de la
transition par rapport à un objectif donné.
► les modèles de simulation, qui évaluent des mesures politiques spécifiques. Ces modèles de
simulation visent eux à évaluer l’impact d’une politique ou mesure spécifique déterminée de
manière exogène, à des fins d’aide à la décision.
Au-delà de ces deux catégories, une variété d’objectifs distincts poursuivis par les modélisateurs encadre le
choix des caractéristiques propres aux modèles, faisant ainsi que chaque modèle prend, dès l’origine, une
certaine orientation pouvant, parfois, le « limiter » dans ses capacités.
Cette étude décrit ainsi les choix qu’ont fait les modèles existants dans les voies empruntées (réalisme et
précision dans la modélisation), les aspects pertinents qui sont rarement modélisés (ex. adaptation des
politiques et des comportements, qualité de l’air, événements climatiques extrêmes, conflits et migrations
de populations), et les limites inhérentes à la modélisation, qui remettent en perspective les précautions à
prendre lors de l’interprétation des résultats des différents modèles 93.

93 Voir entre autre la section II.c

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
IV. La transition carbone : plusieurs chemins possibles pour atteindre
un objectif de stabilisation avec un impact limité sur la croissance
L'analyse bibliométrique réalisée pour cette étude ainsi que les entretiens menés ont permis de mieux
cerner les effets macroéconomiques de la transition carbone. Sous les réserves exprimées précédemment,
notamment la difficulté de comparer les résultats des différentes publications basés sur les modèles décrits,
les études semblent s’accorder autour de certains constats. Deux exemples de programmes, ADAM et
AMPERE, ayant spécifiquement travaillé sur l'inter-comparaison de simulations de modèles différents ont
été détaillés. Il en ressort ainsi qu'un objectif de stabilisation climatique avec un impact limité sur la
croissance européenne et/ou mondiale est a priori possible et atteignable par diverses politiques publiques
climatiques. Deux points restent cependant trop peu étudiés dans les publications : l'adaptation et les coûts
de l'inaction.

Une transition réalisable a priori


Un enseignement majeur qui ressort de l’analyse « bibliométrique » des publications et de nos entretiens
est qu’une action climatique rapide (avant 2020), forte (décarbonation ambitieuse) et concertée à l’échelle
mondiale, permettrait de limiter la concentration atmosphérique de CO 2 à un niveau satisfaisant, par
exemple 400ppm ou 450ppm.
Une telle transition serait en effet d’une part techniquement faisable, avec les technologies actuelles ou en
cours de développement, et d’autre part économiquement viable, avec un surcoût macroéconomique faible,
voire un léger gain macroéconomique. En particulier, le surcoût d’une action rapide, forte et concertée
serait, au final, comparable à une action moins ambitieuse ou plus tardive qui, elle, ne permettrait pas une
stabilisation du climat, ou à un niveau insuffisant, par exemple 550 ppm et plus.

Une majorité d’agents économiques seraient gagnants à terme


Suite à une action rapide de transition énergétique et climatique, certaines régions peuvent anticiper des
gains économiques nets à long terme (ex. Europe ou Asie centrale), souvent avec et parfois sans coût à
court terme (« no-regret option »). D’autres régions peuvent au contraire anticiper des coûts nets à terme
(ex. régions exportatrices de ressources fossiles).
Dans le sillage de telles politiques climatiques et carbones, certains secteurs peuvent anticiper des gains
nets à long terme (ex. énergies faiblement carbonées ou rénovation du bâtiment dans les pays
développés), tandis que d’autres secteurs peuvent anticiper un besoin de reconversion (ex. énergie
fortement carbonées ou secteur automobile traditionnel).

Des objectifs climatiques atteignables par différentes politiques et outils


Les projets ADAM et AMPERE ainsi que l’ensemble des modèles recensés dans notre étude permettent
d’établir différentes trajectoires (mix énergétique, prix du carbone, transfert sectoriel, etc.) de transition bas-
carbone à effet macroéconomique globalement neutre.
Malgré ces différences, les travaux semblent s’accorder sur l’intérêt de certaines actions :
► des investissements forts dans la R&D afin de rendre les technologies bas-carbone compétitives,
► un signal-prix du carbone en croissance progressive afin de favoriser les investissements dans les
technologies bas-carbone.

L’adaptation : le parent pauvre de notre approche du changement climatique


Les modèles, en particulier technico-économiques ou MEGC hybrides, ont tendance à mettre l’accent sur
les politiques d’atténuation, plutôt que les politiques d’adaptation au changement climatique. Cela est dû à
leur approche coût-efficacité, à l’inverse des modèles IAM à l’approche coût-bénéfice pouvant eux traiter au
moins en partie l’adaptation.
Les politiques publiques climatiques d’adaptation sont un thème prenant de l’ampleur mais qui reste encore
à approfondir par les IAM et les macroéconomistes. Il est donc important, dans la mesure du possible,

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
d‘inclure simultanément les deux aspects mitigation et adaptation dans les simulations des modèles.
L'adaptation et l’atténuation sont deux approches complémentaires face au changement climatique, qui
interagissent l'une avec l'autre. En effet, certaines solutions d'adaptation peuvent induire une augmentation
des émissions (ex. climatisation dans les pays chauds), tandis que d'autres peuvent induire une réduction
(ex. reforestation urbaine en grande agglomération). De même, l’atténuation peut induire une plus forte
exposition aux risques climatiques (ex. installation de populations en bord de mer pour réduire les
émissions de transport), mais elle peut aussi induire une plus faible exposition (ex. développement de
l'agroforesterie).

Les coûts de l’inaction ne sont que trop peu souvent évoqués


Ainsi que le rappelle Nicholas Stern94, les coûts économiques globaux d’une action mondiale donnant une
chance sur deux de stabiliser le réchauffement sous les 2°C (objectif de Copenhague de 2009 confirmé à
Cancun en 2010) sont estimés à 1,7% du PIB en cumulé d’ici à 2030 (estimation allant de 1% à 4%), soit
environ 0,1% du PIB en coûts annuels d’ici à 203095.
Ce chiffre est à mettre en regard de la perte de consommation estimée à 0,3% par an en cas d’action
repoussée à 203096. Un risque de triplement du coût de l’action en cas d’inaction pendant la prochaine
décennie est ainsi mis en avant.

Les efforts d’un secteur pour la transition dépendront aussi de ceux des autres
Les deux graphiques suivants illustrent l’interdépendance des secteurs économiques fortement émetteurs
de GES, en présentant les émissions maximales de GES en 2030, 2050 et 2100 qui seront nécessaires par
secteur. Ces résultats sont issus de simulations pour un scénario de stabilisation climatique à 450 ppm. Le
graphique du haut est un scénario avec un déploiement massif de la technologie CCS (Carbon Capture and
Storage). Celui du bas est un scénario sans déploiement massif du CCS.

94N. Stern, “Theories and Perspectives on Growth and Change”, in Better Growth Better Climate - The New Climate
Economy Report, 2014
95 Voir également les résultats issus des IAM, mentionnés en section II.b.
96 Bertram et al., 2014. Relating Near-term Energy Policies to Long-term Climate Stabilisation

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
Figure 21 : Efforts de réduction des émissions de GES en 2030, 2050 et 2100, par source/secteur pour le scénario de
stabilisation à 450 ppm, avec (fig. haut) et sans (fig. bas) déploiement massif de la technologie CCS (Carbon Capture
and Storage). Source : O. Edenhofer et al., 2014: Technical Summary. In: Climate Change 2014: Mitigation of Climate Change.
Contribution of Working Group III to the Fifth Assessment Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change.

Il apparait que les émissions maximales (compatibles avec la stabilisation) des secteurs de la construction
("Buildings") et de l’industrie ainsi que les émissions de GES autres que le CO2 ("Non-CO2") (méthane CH4
par exemple) sont peu affectées par la disponibilité du CCS. Autrement dit, l'effort de réduction des
émissions de ces trois sources est relativement indépendant de cette technologie. A l'inverse, les émissions
maximales des secteurs de l’électricité et du transport ainsi que les émissions de GES dû aux usages des
sols ("Land-Use") (déforestation ou reforestation par exemple) sont très affectées par la disponibilité du
CCS. Autrement dit, l'effort de réduction des émissions de ces secteurs est fortement dépendant de cette
technologie.
En particulier, la décarbonation de l'économie est assurée avant tout par le secteur électrique lorsque le
CCS est déployé (ex. en combinant biomasse et CCS) tandis qu'elle est assurée avant tout par l'usage des
sols lorsque le CCS n'est pas déployé (ex. reforestation importante).
Ces graphiques illustrent d'une part la dépendance des secteurs économiques entre eux ainsi qu'avec la
technologie dans le partage des efforts de stabilisation climatique.
L’interdépendance entre secteurs est donc un élément crucial de la modélisation macroéconomique dans
l'évaluation des efforts de réduction d'émissions de GES. Cela illustre la nécessité de rappeler les limites de
la démarche macroéconomique dans la mesure des effets de la transition carbone. En particulier, la section
suivante évoque la sensibilité de la représentation du long terme à quelques hypothèses clés et
l'inexistence d'un modèle unique.

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
VOLET 3 LES TRAVAUX RÉPONDANT À LA VOLONTÉ
D’ANTICIPER LES EFFETS DE LA TRANSITION
ÉNERGÉTIQUE SUR LE MARCHÉ DU TRAVAIL

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
I. Le jeu d’acteurs et les contextes favorisant les collaborations
entre macroéconomistes et économistes du travail
Les macroéconomistes sont sollicités pour analyser les effets des politiques économiques des Etats et des
organisations internationales sur les grands agrégats économiques (PIB, revenu des ménages,
consommation, chômage, inflation, etc.). Les économistes du travail répondent eux principalement à une
demande de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences de la part des décideurs politiques,
des associations professionnelles, des instituts de formation et des agences pour l’emploi. Il s’agit
notamment d’anticiper les éventuels déséquilibres entre les besoins du marché du travail et l’offre de la part
des actifs, et notamment de prévenir les risques de pénuries de compétences en agissant sur la formation,
l’orientation professionnelle ou l’immigration.
Certaines demandes ouvrent la voie à des collaborations entre macroéconomistes et économistes du travail.
Le rôle des macroéconomistes consiste alors à modéliser la demande par secteur d’activité, en termes de
nombre d’emplois. Celui des économistes du travail consiste à traduire cette demande en métiers,
compétences, qualifications et formation, et à étudier l’adéquation de cette demande par rapport aux
évolutions démographiques et l’offre de Métiers - Compétences – Qualifications – Formation de la part des
actifs.
La présente étude s’est penchée sur vingt cas de collaborations entre macroéconomistes et économistes
du travail, dont quelques-uns sont appliqués à l’analyse des effets des politiques de transition énergétique
sur le marché du travail. Ces cas révèlent trois contextes favorisant ces collaborations.

a. Une demande devenue classique : traduire les prévisions macroéconomiques à


l’échelle des catégories de métier et niveaux de qualifications

Le commanditaire (le plus souvent un Ministère de l’Emploi, une Agence Nationale pour l’Emploi ou un
bureau statistique national) cherche ici à savoir, à horizon 5-15 ans, si le marché du travail est en mesure
de répondre aux tendances macroéconomiques actuelles ou aux effets macroéconomiques d’une politique
donnée, au regard de l’évolution prévue de la demande par secteur d’activité. Le plus souvent, l’analyse est
conduite à un niveau relativement agrégé (10-20 catégories métiers, 3 niveaux de qualification), bien que
certains modèles fournissent des résultats plus fins (jusqu’à plusieurs centaines de métiers).
Les macroéconomistes, qui ont historiquement réalisé des études économiques prévisionnelles pour le
compte du commanditaire, sont généralement ceux recevant la demande. Ils se font alors accompagner par
des économistes du travail afin d’étendre leurs modèles macroéconomiques par des modules liés au
marché du travail : le terme Labour Market Extension revient souvent dans la littérature. Une fois construits,
ces modèles Macroéconomie - Marché du travail peuvent être réutilisés régulièrement pour répondre à de
nouvelles demandes diverses.
A ce jour, ces demandes portent rarement sur des politiques de transition énergétique. La présente étude a
identifié le cas du CEDEFOP (European Centre for the Development of Vocational Training), agence
spécialisée dans les politiques de formation professionnelle à l’échelle de l’Union Européenne, comme un
cas véritablement abouti de demande d’étude Macroéconomie – Marché du travail appliqué à la transition
énergétique. Ce cas sera approfondi plus loin.

b. Une demande plus poussée, dans des pays marqués par un marché du travail
sous tension, pour des modèles détaillant les compétences et les formations

La présente étude a notamment recensé ce cas en Norvège et en Australie, où les risques de pénurie de
main d’œuvre ont poussé les Etats à commander des études macroéconomiques s’intéressant dans le
détail aux compétences et aux filières de formations. Une même compétence ou formation pouvant être
demandée par plusieurs secteurs d’activité, une analyse macroéconomique globale apporte ici davantage
d’éclairages que des études sectorielles juxtaposées.
Ce type analyse va jusqu’à quantifier les compétences ou les formations qui seront demandées par secteur
d’activité et par métier. Par exemple, combien de personnes disposant de la compétence A (ex.
communication ou gestion de projet) seront nécessaires au métier B au sein du secteur d’activité C ?

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
Cette pratique va ainsi bien au-delà des analyses classiques, qui se limitent à une description qualitative
des compétences et formations nécessaires par métier.

c. Aide à la réflexion sur les interactions entre la macroéconomie et le marché du


travail

Il s’agit ici de travaux de recherche académiques visant à enrichir les connaissances théoriques, en vue
d’applications pratiques à terme. A partir de données empiriques, ces travaux visent à déceler des
tendances et tester des hypothèses sur les liens entre le marché du travail et la macroéconomie. A titre
d’illustration, les questions suivantes sont explorées dans les cas que nous avons étudiés :
► la caractérisation et la mesure de la demande future en compétences : par exemple, les travaux de
recherche du CoPS (Centre of Policy Studies) en Australie à travers le développement du modèle
Monash ont permis de disposer d’un modèle évaluant les risques de pénurie de compétences ;

► la contribution de la formation à la croissance du PIB : G. Marconi et A. de Grip (Education and


growth with learning by doing, 2014) ont par exemple mesuré la contribution de la formation
universitaire à la productivité, non pas directement suite à l’obtention du diplôme, mais par une
meilleure capacité d’apprentissage « sur le tas » au cours de l’expérience professionnelle ;

► le lien entre la démographie et les cycles macroéconomiques : Sergiy Stetsenko (Essays on the
macroeconomics of labor markets, 2010) se penche par exemple sur les liens empiriques entre le
taux de fécondité et les cycles macroéconomiques, permettant ainsi de mieux mesurer et expliquer
le taux de participation des femmes au marché du travail ;

► les effets des rigidités du marché du travail sur le taux de chômage : R. Barnichon (Labor market
heterogeneities, matching efficiency, and the cyclical behavior of the job finding rate, 2011) a par
exemple étudié la variation importante des temps de recherche d’emploi à travers différents métiers,
phénomène dont une meilleure compréhension permettrait de parfaire les modèles
macroéconomiques existants, notamment dans leurs prévisions du taux de chômage.

Hormis le cas de Monash, ces travaux sortent du cadre de la présente étude, et ne seront pas davantage
détaillés plus loin. Ils illustrent cependant que les recherches académiques offrent des opportunités variées
de collaboration entre macroéconomistes et économistes du travail.

II. Les modèles mobilisés dans le cadre d’études reliant la


macroéconomie au marché du travail
La présente section vise à introduire quelques-uns des acteurs et des modèles contribuant à des
applications de modèles reliant la macroéconomie au marché du travail. Des progrès théoriques
relativement récents permettent en effet aujourd’hui à une diversité d’acteurs, à travers le monde, de
produire des études prévisionnelles du marché de l’emploi à horizon 5-15 ans, en lien avec les prévisions
macroéconomiques.
Une démarche arrivée à maturité dans les différentes régions du monde
Depuis le milieu des années 2000, des avancées significatives ont eu lieu de manière concomitante dans
plusieurs régions du monde, permettant de modéliser les réactions du marché du travail en lien avec les
évolutions macroéconomiques. Selon les acteurs et les zones géographiques, les modèles ont aujourd’hui
abouti à des niveaux de détail différents sur les emplois (de 10 à plus de 1 000 agents différents, avec des
niveaux plus ou moins détaillés de compétences et de contenu des tâches rattachées à chaque emploi), les
niveaux de qualifications et la formation (jusqu’à 30 filières de formation différentes). Le niveau de formation
peut prendre différentes formes : niveau de diplôme, expérience professionnelle, formation continue, etc.
Les bases de données emplois-compétences-qualifications-formation sont renseignées par le biais de
sondages auprès des entreprises (ex. Current Population Survey utilisé par le Bureau of Labor Statistics
aux Etats-Unis, European Social Survey utilisé par le CEDEFOP en Europe).

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
Les modèles de marché du travail sont le plus souvent produits et entretenus par des bureaux statistiques
nationaux, en collaboration avec des instituts de recherche universitaires. L’approche dominante depuis les
années 2000 est celle de l’appariement (search-and-matching models), permettant de mettre en relation les
actifs avec les postes vacants :
 Dans leur forme la plus simple, les actifs et les employeurs sont en attente d’une correspondance.
Lorsque celle-ci a lieu, les actifs entretiennent une collaboration avec leur entreprise jusqu’à ce que
celle-ci se termine ; l’actif retourne alors sur le marché, tandis que l’entreprise peut décider ou non
de conserver le poste.
 Des contributions successives ont permis d’enrichir ces modèles 97 , notamment pour affiner la
durée des périodes de chômage, les négociations de salaires, et les situations des actifs, plus
nuancés que les simples états « d’activité » et de « chômage » (ex. sortie de la population active,
situations de handicap, recherche d’emploi lorsque l’actif est déjà en poste, perception de
l’assurance chômage, etc.).
Le modèle d’appariement continue de faire l’objet de suggestions d’amélioration, voire d’objections,
notamment lorsque l’expérience montre des écarts entre les prévisions du modèle et la réalité observée.
Ainsi, des travaux sont en cours pour affiner les rigidités du marché du travail (notamment sur les salaires),
tenir compte des nouvelles technologies (Internet permettant de réduire significativement les coûts et temps
de recherche d’emploi), et mieux prévoir les effets des cycles économiques :
 Robert Shimer, de l’Université de Chicago, note en effet que les modèles d’appariement prévoient
des fluctuations du taux de chômage nettement moindres que celles observées à travers les cycles
économiques, par exemple depuis la dernière crise.
 John Quiggin, de l’Université de Queensland en Australie, note quant à lui que le chômage est
surtout expliqué par l’évolution des indicateurs macroéconomiques, avant d’être lié au marché du
travail ; par exemple, lorsque la demande est inférieure au potentiel productif de l’économie, les
actifs se retrouvent au chômage et le capital est sous-exploité.
Les travaux macroéconomiques récents permettent de faire communiquer de mieux en mieux les
modèles macroéconomiques avec les modèles de marché du travail.
Les tableaux de correspondance entre les secteurs d’activité et les métiers sont intégrés dans des modèles
macroéconomiques, et dans de rares cas « exemplaires », dans des modèles hybrides Energie-
Macroéconomie, ce qui permet de mener une analyse détaillée sur des politiques de transition énergétique.
Les économistes sont ainsi en mesure de simuler, par exemple, l’effet d’une politique sectorielle (ex.
relance du secteur de la construction), d’une politique fiscale, ou d’une politique du travail sur l’ensemble de
la macroéconomie, et en déduire les besoins en matière d’emplois, de compétences, de qualifications et de
formation. De façon simplifiée, la première étape de ce type de modélisation consiste à distinguer au sein
du marché du travail deux types différents d’actifs, les qualifiés et les non qualifiés, auxquels sont associés
des marchés distincts.
Les simulations sont généralement réalisées sur des horizons à 2020, voire 2030 au maximum. Pour le
décideur, un horizon à 2020 représente déjà le long terme. En revanche, l’année 2020 est un horizon de
moyen terme du point de vue macroéconomique (quand les prix se sont ajustés) et pas encore de long
terme (quand le stock de capital s’est ajusté). L’apparition et la disparition d’emplois, les besoins en
compétences et les tâches effectuées par emploi, le niveau de qualification requis, et les besoins en
formation sont en effet des phénomènes difficiles à prévoir au-delà d’une décennie. Ces difficultés ainsi que
les incertitudes associées, grandissantes à mesure que l’horizon s’éloigne, limitent ainsi la pertinence de
simulations au-delà de 2030. Lorsque l’exercice a été mené sur des politiques de transition énergétique,
bien que l’enjeu s’étale sur tout le siècle, l’horizon d’analyse des répercussions sur le marché du travail est
limité le plus souvent à 5-10 ans.
La carte ci-dessous fournit une illustration des acteurs étudiant ce champ d’intégration entre
macroéconomie et marché du travail, à partir des productions examinées dans la présente étude. Elle
n’a pas pour vocation de recenser de manière exhaustive les travaux disponibles, mais d’identifier les
pratiques existantes, sur la base d’un échantillon représentatif des travaux existants.

97 Peter Diamond, du MIT, Dale Mortensen, de Northwestern University, et Christopher Pissarides, de la London
School of Economics ont remporté le prix Nobel d’Economie en 2010 pour leurs contributions au modèle
d’appariement.

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
Figure 22 : Répartition des acteurs dont les modèles de marché du travail en complément de modèles
macroéconomiques sont examinés dans la présente étude

III. Une demande devenue classique : traduire les prévisions


macroéconomiques à l’échelle des catégories de métier et niveaux
de qualifications
Comme évoqué plus haut, un premier contexte de collaboration entre macroéconomistes et économistes du
marché du travail est favorisé lorsque le commanditaire cherche à savoir, à horizon 5-15 ans, si le marché
du travail est en mesure de répondre aux tendances macroéconomiques actuelles ou aux effets
macroéconomiques d’une politique donnée, au regard de l’évolution prévue de la demande par secteur
d’activité. Cette section présente plusieurs cas recensés par la présente étude.

a. Le pilotage par le Bureau International du Travail d’analyses de gestion


prévisionnelle des métiers et niveaux de qualification dans les pays émergents

Outre son rôle de supervision et d’analyse des travaux existants sur le marché du travail, le Bureau
International du Travail (BIT) facilite la déclinaison à échelle nationale d’EPM (Employment Projection
Models), avec bouclage macroéconomique partiel, dans des pays émergents ou en voie de
développement : Ukraine, Vietnam, Mongolie, Philippines, etc. Le BIT s’appuie pour cela sur ses
implantations nationales, en partenariat avec les Ministères, agences publiques, et bureaux statistiques
locaux pour la collecte de données nationales. L’Université du Maryland quant à elle produit les modèles
hybrides Macroéconomie - Marché du travail répondant à la demande.
Ce modèle de projection d’emplois est produit avec des données limitées mais aboutissant à des
enseignements très opérationnels pour les Etats. Les principales composantes de ces modèles sont les
suivantes :
► Le détail du PIB dans l’optique des revenus (rémunération des salariés principalement) ;
► Le détail du PIB dans l’optique de la production, à travers des matrices sectorielles entrées-sorties
produites dans le cadre des Comptes Nationaux, rendant compte des relations entre secteurs
économiques, et la contribution respective des secteurs au PIB ;

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
► Des statistiques sur le marché du travail collectées à travers des recensements de la population
active (LFS, Labour Force Surveys) : taux d’emploi, taux de chômage, productivité, emplois par
secteur.
Pour cette dernière statistique, des matrices Secteurs – Métiers à deux dimensions fournissent le détail par
secteur du nombre d’employés. Dans le cas des Philippines, 25 secteurs économiques et 10 familles de
métiers ont fait l’objet d’un modèle de projection des emplois. Ce niveau de désagrégation, pouvant sembler
faible au regard d’autres nomenclatures de métiers pouvant compter plusieurs centaines de familles, n’en
demeure pas moins pertinent, dans le sens où il donne lieu à des enseignements et des conclusions
concrètes quant à l’évolution du marché du travail.
L’objectif du BIT à travers ces études est en effet d’informer les politiques de l’emploi en projetant les
besoins futurs en emplois, et en identifiant notamment les écarts en termes de qualifications (« skills
mismatch »), tel que mesuré par le niveau de formation (pas d’éducation secondaire, éducation secondaire,
études supérieures). Une seconde application de ces modèles consiste à mesurer l’effet des politiques
fiscales sur le marché du travail. Le niveau de désagrégation en 10 familles de métiers suffit ici à rendre
compte des défis à anticiper pour le marché du travail aux Philippines, alors qu’un niveau de désagrégation
plus fin entrainerait des coûts et des délais de collecte de données nettement plus importants, sans
nécessairement garantir des résultats plus pertinents aux yeux du décideur.
De cette structure et nomenclature simples du modèle émergent des enseignements facilement accessibles,
avec notamment des déséquilibres évidents en matière de besoins actuels et futurs en qualifications,
comme illustré ci-dessous dans un graphique suggérant qu’en 2016, 25% de la population active resterait
en situation de sous-qualification par rapport au poste occupé.

Figure 23 : Projection des écarts de qualification à l’échelle de l’économie des Philippes ; les valeurs représentent le
pourcentage de la population active se trouvant respectivement en situation d’adéquation, de surqualification, et de
sous-qualification par rapport au poste occupé
Source : Philippines Employment Project Model, 2012

Les résultats sont déclinés par catégorie socio-professionnel et, comme illustré ci-dessous, par secteur
d’activité.

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
Figure 24 : Les secteurs économiques avec la plus grande part de travailleurs sous-qualifiés
Source : Philippines Employment Project Model, 2012

Il ressort ainsi pour les décideurs quelques-uns des constats suivants :


► Depuis 2001, la part des écarts de qualifications dans l’emploi aux Philippines a légèrement
baissé ;
► Cette tendance est due au niveau de formation croissant de la population active, qui a réduit la part
des travailleurs sous-qualifiés ;
► Cependant, cette tendance a également été accompagnée d’une augmentation de la part des
travailleurs surqualifiés ; la demande en qualifications n’a pas suivi l’augmentation du niveau de
formation et de l’offre de qualifications ;
► Les tendances de sous-qualification devraient persister jusqu’à 2016. Les secteurs les plus
concernés seraient ceux de l’information et de la communication, et dans une moindre mesure les
services financiers et les services d’administration et de fonctions support.

b. Aux Etats-Unis, des analyses prévisionnelles des métiers et des compétences


semblant les plus fines et détaillées

La mise en mouvement des acteurs aux Etats-Unis est conduite par le Bureau of Labor Statistics, rattaché
au Ministère du Travail. Il sollicite et anime la collaboration entre macroéconomistes et économistes du
travail. Cela a permis la connexion entre le modèle MA/US, un modèle macro-économétrique développé par
Macroeconomic Advisers, cabinet privé basé dans le Missouri, et les données économétriques existantes
du marché du travail. Le modèle est ensuite repris et déclinés à l’échelle régionale, au niveau de chacun
des 50 Etats des Etats-Unis.
Les principales composantes du modèle sont les suivantes :
► Des statistiques détaillées obtenues auprès du Bureau du Recensement sur la population
active (âge, genre, « ethnicité ») : 136 catégories de population au total, avec projections à 10 ans.
► Le modèle macroéconomique MA/US fourni par l’entreprise privée Macroeconomic Advisers, utilisé
à la fois pour réaliser des projections et simuler des scénarios. Dans la collaboration, le Bureau of
Labor Statistics fournit à Macroeconomic Advisers certains des paramètres exogènes à intégrer au
modèle : par exemple les projections de la population active, le prix de l’énergie, les hypothèses sur
la politique fiscale et monétaire. Le modèle MA/US réalise le bouclage macroéconomique et les
projections de croissance.
► Des tableaux entrées-sorties pour refléter les interactions entre secteurs économiques dans le
processus de production ; du côté de la demande, une matrice de demande finale avec 120
catégories de produits et 200 commodités.

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► Une matrice statistique croisant les secteurs économiques et les emplois ; elle fournit pour chacun
des 300 secteurs de la North American Industry Classification System (NAICS), le nombre de
travailleurs pour chacun des 800 emplois de la Standard Occupational Classification (SOC). La
matrice fournit par ailleurs le détail par rapport aux travailleurs salariés et indépendants.
► Une analyse des facteurs pouvant influencer la demande en emplois de chacun des secteurs
(technologie, innovation, offre de produits et services, taille des entreprises, outsourcing, etc.).

Pour chaque emploi de la nomenclature SOC, il est fourni une description détaillée des compétences et du
niveau de formation requis. Cette description du contenu des postes permet par la suite des analyses selon
les dimensions suivantes :
► Le niveau de diplôme (Doctorat, Masters, etc.) ;
► Le niveau d’expérience professionnel requis dans un poste comparable (5 ans ou plus, moins de
cinq ans, pas d’expérience requise) ;
► La formation sur le terrain, qui permet de rendre compte de l’investissement et du temps requis
pour que la personne intègre son poste une fois embauchée (stage, apprentissage, plus de 12 mois
de formation nécessaire, etc.).

Ces informations permettent de regrouper les catégories d’emplois selon les efforts de formation
nécessaires, projeter la demande future en qualifications et niveau d’éducation pour les différents secteurs
d’activité, et identifier le cas échéant les écarts de qualification à anticiper.
Ce foyer d’innovation animé par le Bureau of Labor Statistics mène actuellement des travaux visant à
mesurer les effets de la transition énergétique et de l’économie « verte » sur l’offre et la demande de
compétence, à partir de la nomenclature des emplois O*Net.

IV. Une demande plus poussée, dans des pays marqués par un
marché du travail sous tension, pour des modèles détaillant les
compétences et les formations
En Norvège et en Australie, les risques de pénurie de main d’œuvre ont poussé les Etats à commander des
études macroéconomiques s’intéressant dans le détail aux compétences et aux filières de formations. Cette
pratique va ainsi bien au-delà des analyses classiques, qui se limitent à une description qualitative des
compétences et formations nécessaires par métier, comme dans le cas américain décrit précédemment.
Les paramètres liés aux compétences et à la formation sont ainsi quantifiés et intégrés dans le modèle
Macroéconomie – Marché du Travail afin d’en prévoir l’évolution future. A ce jour, cependant, ces
demandes semblent ne pas porter sur la transition bas-carbone.

a. En Norvège, un modèle abouti reliant les besoins en formation aux évolutions du


marché du travail

La Norvège, via les travaux de son bureau statistique national, offre des exemples de bonnes pratiques par
rapport à l’accessibilité, la lisibilité, et la pertinence de ses exercices de modélisation. Son modèle MODAG-
MOSART est utilisé à la fois pour des projections et des analyses de politiques publiques. Il se découpe en
deux principales composantes :
► Le modèle macro-économétrique MODAG de l’économie norvégienne, dont l’extension de modèle
du marché du travail intègre l’emploi par secteur d’activité, mais également par niveau de formation.
La production est désagrégée en 21 secteurs d’activité. La constitution des salaires est modélisée à
partir de la demande, pour chacun des trois grands secteurs d’activité (industrie, service, secteur
public), et pour chacun des cinq grands niveaux de formation (collège, lycée général, lycée
professionnel, études supérieures premier cycle, études supérieures deuxième cycle ou plus).

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
► Le modèle MOSART, fournissant des projections de l’offre de travail par filière de formation, selon
une classification de 28 filières de formation (ex. economics and administration, Electronics
mechanics work and machinery, building and construction, etc.) : le modèle simule la trajectoire des
individus par génération, et leur passage d’un état à un autre (ex. trajectoire de formation,
trajectoire professionnelle, passage du chômage à l’emploi, départ à la retraite…) en fonction de
probabilités paramétrées selon des données historiques.
Le paramétrage des modèles est en amélioration continue en fonction de l’apparition de nouvelles données.
Les résultats à ce stade doivent donc être interprétés avec précaution. Cependant, il semblerait qu’il existe
peu de modèles où le travail soit traité de manière aussi hétérogène pour chacun des sous-segments du
marché du travail, spécifiques aux différents niveaux de formation.
Dans le modèle MODAG-MOSART, ces déséquilibres entre l’offre et la demande sont étudiés en
comparant des projections de demande d’emploi (MODAG) avec des projections d’offre d’emploi
(MOSART) sur base de micro-simulations dynamiques simulant le comportement de chaque Norvégien au
cours de sa vie (choix de formation, de participation à la vie active, de départ à la retraite etc.).
Comme illustré ci-dessous, le modèle fait apparaitre les prévisions d’emplois par filière, ainsi que les filières
de formation où l’offre dépassera la demande, et inversement.

Figure 25 : Projection 2030 des emplois en Norvège par filière de formation (milliers de personnes)
Source : Statistics Norway, 2010

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
Figure 26 : Exemples de projections offre-demande de 2 filières de formation en Norvège
Source : Statistics Norway, 2010

b. En Australie, un modèle reliant les besoins en compétences aux évolutions du


marché du travail

En Australie, le Centre of Policy Studies (CoPS), de l’Université de Victoria à Melbourne, est auteur du
modèle Monash du marché du travail, modèle à équilibre général calculable à partir de données empiriques.
Au-delà du CoPS, les centres de recherche universitaires en Australie sont très actifs dans le
perfectionnement des modèles de marché du travail, par exemple au Workplace Research Centre de
l’Université de Sidney, et le Swinburne University of Technology à Melbourne.
La principale innovation du modèle Monash, présentée dans une publication intitulée The Future Demand
for Employability Skills : A New Dimension To Labor Market Forecasting in Australia, co-écrite par Le CoPS
et le Swinburne University of Technology, consiste à codifier et modéliser les compétences requises par les
différents secteurs d’activité et métiers.
Il s’agit d’une avancée importante, par rapport à des pratiques classiques se limitant à décrire de manière
qualitative le contenu des métiers en matière de compétences, puisque le modèle Monash quantifie les
compétences présentes à travers les différents métiers, établit des prévisions quant à leur évolution, et
identifie les pénuries éventuelles.
Une autre idée ayant motivé l’approche est que les actifs, équipés d’un certain bagage de compétences,
doivent pouvoir changer de branche ou de métier, selon les besoins du marché du travail. Le besoin est
particulièrement marqué dans des marchés du travail sous tension mais souples, comme en Australie.
Outre l’Etat, dont les leviers d’actions sont limités pour agir finement sur les compétences et les formations
nécessaires aux enjeux économiques de demain, ces études s’adressent également aux industriels, aux
instituts de formation, aux universités et aux actifs pour éclairer leurs choix de formation et d’acquisition de
compétences.
Le squelette du modèle Monash, dont l’extension de marché du travail (Labour Market Extension) a inspiré
de nombreux autres modèles à travers le monde, est illustré ci-dessous. A partir de données
macroéconomiques et des politiques publiques engagées, le modèle projette les effets sur le PIB, la
production des secteurs d’activité (158 branches), les métiers (340 catégories), les niveaux de qualification
(8 niveaux), et surtout les champs de compétence (46 compétences).

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
46 skill groups

Figure 27 : Squelette du modèle Monash


Source : A. Esposito et G.A. Meagher, The Future Demand for Employability Skills, 2009

La nomenclature des compétences est construite à deux niveaux : 7 catégories de compétences, puis les
compétences spécifiques au sein de chaque catégorie, parvenant à 46 compétences au total. Les 7 familles
de compétences sont les suivantes, avec quelques exemples de compétences au sein de chaque famille :
► Compétences « contenu » (ex. lecture et compréhension, écoute active, écriture, expression
orale…)
► Compétences « process » (ex. analyse critique, monitoring…)
► Compétences sociales (ex. perception des comportements, coordination des équipes, persuasion,
négociation…)
► Compétences en matière de résolution de problèmes complexes (ex. collecte d’information,
synthèse, genèse d’idées, évaluation de solutions…)
► Compétences techniques (ex. analyse opérationnelle, programmation, test, inspection de produit…)
► Compétences « systèmes » (ex. analyse des causes racines, évaluation de systèmes, anticipation
des conséquences ava, jugement et prise de décision…)

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
► Compétences en matière de gestion de ressources (ex. gestion du temps, gestion financière,
gestion de ressources humaines…)

Pour quantifier la notion de compétence, le modèle attribue un indicateur « d’importance », compris entre 0
et 100, pour chaque couple de compétence-métier : 46 x 340 = 15640 indicateurs « d’importance »,
paramétrés à travers des entretiens avec des experts (sachant que de nombreux indicateurs auront une
valeur de 0).
Le modèle suppose ensuite que le nombre d’heures travaillées dans un métier donné est distribué à travers
les compétences en proportion de leur degré d’importance, permettant d’attribuer une demande, en nombre
d’heures, à chaque compétence.
Le tableau ci-dessous illustre le type de résultat obtenu : les prévisions de croissance de la demande de
l’économie australienne, en nombre d’heures, pour chaque compétence, tous secteurs d’activité et métiers
confondus. Il est naturellement possible de disposer des résultats par secteur ou par métier.

Figure 28 : Prévisions de croissance (% par an) de la demande de l’économie australienne, en nombre d’heures, pour
chaque compétence, tous secteurs d’activité et métiers confondus
Source : A. Esposito et G.A. Meagher, The Future Demand for Employability Skills, 2009

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
V. Des cas « exemplaires » d’intégration Climat – Macroéconomie –
Marché du travail
En dépit de nombreux cas d’intégration de modèles Climat – Macroéconomie d’une part, Macroéconomie –
Marché du travail d’autre part, les cas d’intégration de la chaine complète Climat – Macroéconomie –
Marché du travail restent rares. Les contextes favorisant les deux demandes respectives restent en grande
partie déconnectés l’un de l’autre, avec :
► d’une part, une demande de définition de trajectoires de réduction des émissions de CO2
compatibles avec le PIB, où la question de l’emploi n’est abordée qu’en termes de nombre
d’emplois par secteur et non en termes de niveau de qualification nécessaire ;
► d’autre part, une demande de gestion prévisionnelle des métiers, compétences, qualifications et
formations au vu des prévisions macroéconomiques.

Comme souligné précédemment, la transition carbone pourrait rester neutre pour le PIB. Cela n’exclut
cependant pas l’apparition de nouveaux métiers en remplacement d’anciens métiers, voire des
transformations profondes du marché du travail en termes de demande de métiers, compétences,
qualifications et formations. Cette idée a poussé deux initiatives, recensées par la présente étude, à
s’intéresser aux effets de la transition énergétique sur le marché du travail. Elles sont portées par le
CEDEFOP en Europe, et le Centre of Policy Studies (CoPS) en Australie.

a. En Europe, une connexion aboutie entre un modèle Climat – Macroéconomie et


un modèle de marché du travail

La genèse du projet
Un projet de référence à l’échelle de l’Union Européenne est mené par le CEDEFOP (European Centre for
the Development of Vocational Training), basé en Grèce. Cette agence a pour objectif d’aider les décideurs
politiques au niveau de l’Union Européenne et les Etats membres à élaborer leur stratégie et actions en
matière d’éducation et de formation, sur la base de prévisions des futurs besoins du marché du travail. Ses
études peuvent être soit de nature générale (ex. Future skills supply and demand in Europe, produite en
2012, avec projection à horizon 2020), soit focalisées sur un secteur en particulier.
C’est dans ce cadre que le CEDEFOP s’intéresse aux professions et compétences attendues dans les
prochaines années en lien avec les politiques d’atténuation du changement climatique. Une étude
spécifiquement dédiée à la transition carbone (Skills for a low-carbon Europe - The role of VET in a
sustainable energy scenario), a été produite en 2013, et fera l’objet d’une analyse approfondie plus loin.
La composante macroéconomique du modèle utilisé par le CEDEFOP est fournie par Cambridge
Econometrics, cabinet de conseil privé basé à Cambridge, au Royaume-Uni, dont le modèle E3ME
(Energy–Environment–Economy Model for Europe) est fréquemment sollicité par la Commission
Européenne pour des analyses macroéconomiques de politiques liées à la transition énergétique.
La composante liée au marché du travail (Labour Market Extension) est développée par l’Institute of
Employment Research de l’Université de Warwick. Cette composante ne comporte pas de nom unique,
mais un assemblage de modules :
► EDMOD : modèle de croissance de la demande en emplois au sein des secteurs d’activité
► QMOD : module sur la demande de niveau de qualification requis par emploi
► RDMOD : modèle de remplacement des agents sortant de la population active (retraite, émigration,
mobilité professionnelle, etc.)
► StockMOD : analyse des données Eurostat visant à projeter pour la population active les
probabilités d’atteindre différents niveaux de qualification
► FlowMOD : module basé sur des données Eurostat / OCDE portant sur les inscriptions et diplômes
universitaires, visant à compléter l’analyse sur les taux de participation à la population active et les
taux de qualification par tranche d’âge

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
► BALMOD : module réconciliant l’offre et la demande

Le modèle du CEDEFOP – Cambridge Econometrics – University of Warwick est repris par de nombreux
acteurs européens, par exemple le Centre for European Policy Studies, un think tank basé à Bruxelles et
menant des programmes de recherche divers sur les politiques publiques, dont celles liées à l’emploi et aux
compétences (cf. Future Scenarios of the Qualifications and Skills in the European Union, 2014).

Le fonctionnement du modèle
Le modèle de base de l’étude publiée par le consortium pour la Commission Européenne intitulée Studies
on Sustainability Issues – Green Jobs, Trade and Labour, repose sur une version européenne de E3ME et
est élargie afin de prendre en compte une dimension supplémentaire: les professions et les compétences.
Ci-dessous, la figure suivante illustre l’approche globale du modèle développé par le CEDEFOP qui
retranscrit cette dimension supplémentaire.

Figure 29 : Approche du modèle du CEDEFOP


Source : Cambridge Econometrics

Ce schéma illustre les ajouts au modèle E3ME réalisés pour cette étude, afin d’examiner de manière plus
complète le marché du travail et les effets d’une politique de transition énergétique. A la répartition des
emplois par secteur est rajoutée une répartition par métier et par niveau de qualification. Quant aux
travailleurs initialement distingués par leur âge et leur sexe, Warwick rajoute des données sur la demande
de travail par compétence mais aussi par métier. Ces ajouts mettent alors en évidence les mécanismes de
substitution des travailleurs entre eux.
Ce type de couplage entre d'une part un modèle macroéconomique et d'autre part les problématiques de
gestion prévisionnelle des emplois est réalisable s’il existe une double nomenclature des emplois : d'un côté
une répartition par secteur et d'un autre côté une répartition détaillée par métier et qualification (à l'image de
la production industrielle ou économique que l’on répartit à la fois par branche sectorielle et par produit de
consommation).

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
Figure 30 : détail de l’approche du modèle du CEDEFOP
Source : Cambridge Econometrics

Trois interactions clés entre ces deux modèles sont présentées :


► Un paramètre sur les compétences est ajouté (en sus de l’emploi par sexe et par âge) : le nombre
de travailleurs présentant une certaine qualification ;
► La demande de travail dans sa globalité est désagrégée en une demande de travail par métier ;
► Le chômage est désagrégé en déséquilibres entre trois niveaux de qualification.

Les résultats des études issues de ce modèle


Dès 2011, le consortium publie une étude pour la Commission Européenne intitulée Studies on
Sustainability Issues – Green Jobs, Trade and Labour, une des études de références réalisant l’analyse
d’effet de l’atteinte des objectifs « 20-20-20 » de l’Union Européenne (d’ici 2020 : 20% de réduction des
émissions de CO2 par rapport à 1990, 20% d’énergies renouvelables dans le mix énergétique, 20%
d’amélioration de l’efficacité énergétique) par différentes stratégies et scénarios : une stratégie surtout
réglementaire, une stratégie mettant plutôt l’accent sur les instruments du marché, etc.
Comme illustré ci-après, quel que soit le scénario modélisé, les effets sur l’emploi sont minimes par rapport
au scénario tendanciel, et les différents scénarios se rejoignent quasiment à horizon 2025.

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
Figure 31 : Résultat du modèle E3ME-WLME : les effets sur la demande d’emplois de différentes stratégies d’atteinte
des objectifs « 20-20-20 » de l’Union Européenne par rapport au scénario tendanciel (2011
S3 : scénario basé sur l’atteinte des objectifs 20-20-20 uniquement par la réglementation
S4 : modèle axé sur l’emploi d’outils de marché (MBI – market-based instruments)
S5 : scénario visant 30% de réduction des émissions de CO2, au lieu de 20%, en employant la réglementation et les
outils de marché
S6 : scénario basé sur l’atteinte de l’objectif de 20% de gain d’efficacité énergétique par une réglementation et des
MBIs renforcés par rapport au scénario de référence

Malgré les faibles écarts dans les résultats des scénarios, l’étude dégage quelques tendances en matière
d’emploi. Celui-ci est stimulé par le recyclage des rentrées des marchés carbone permettant de réduire
l’impôt sur le revenu et stimuler la consommation, expliquant la meilleure performance du scénario S4 par
rapport au scénario de référence et au scénario S3. Ce phénomène explique également la performance du
scénario S5 qui, malgré un objectif plus ambitieux de réduction des émissions de CO2, accroit légèrement la
demande d’emploi : les prix carbone plus élevés induisent en effet davantage de rentrées des marchés
carbone. Les prix du carbone restent cependant limités de manière à ne pas provoquer de pertes de PIB.
La performance du scénario S6 s’explique par le même phénomène, ainsi que par les investissements
nécessaires pour réaliser les économies d’énergie, et favorables à l’emploi.

De même, lorsque l’analyse est approfondie au niveau des différentes catégories professionnelles et des
différents niveaux de qualification, les effets sur la répartition de l’emploi restent minimes.

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
Figure 32 : Résultat du modèle E3ME-WLME : les effets sur la répartition de la demande d’emplois par catégorie
professionnelle résultant des différents scénarios de politique énergétique à horizon 2020 (2011). Les différences sont
invisibles à l’œil nu, et en effet négligeables.

Figure 33 : Résultat du modèle E3ME-WLME : les effets sur la répartition de la demande d’emplois par niveau de
qualification résultant des différents scénarios de politique énergétique à horizon 2020 (2011). Les différences sont
invisibles à l’œil nu, et en effet négligeables.

Ces résultats ont tout de même pour avantage d’éclairer les décideurs sur le fait que les politiques de
transition carbone n’auront pas d’effet significatif sur la structure du marché du travail. Les raisons
avancées par les auteurs de l’étude pour expliquer la neutralité des résultats sont les suivantes :

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
► Une grande partie de l’économie et des emplois est finalement peu affectée par la transition
énergétique, notamment par rapport à d’autres phénomènes d’envergure (ex. la transition
numérique).
► Le scénario tendanciel tenait déjà compte, en 2011, de certaines évolutions de la politique
environnementale et énergétique à l’échelle de l’Union Européenne et de ses Etats Membres (ex. le
marché des quotas CO2). En d’autres termes, l’Europe était déjà engagée en 2011 sur une
« tendance verte ».
► Le niveau de désagrégation des catégories professionnelles et des niveaux de qualification n’est
peut-être pas suffisant pour faire ressortir des transformations nettes.

C’est ici que la macroéconomie peut atteindre certaines limites. Par manque de données ou de niveau de
désagrégation suffisant des secteurs de l’économie et des métiers, cette vision « macro » peut être
inadaptée pour l’identification de phénomènes et de transformation plus fins. La notion de métier est fine et
difficile à appréhender pour la macroéconomie dont l’approche plus globale porte davantage sur les
secteurs d’activité.
Dans une autre publication du CEDEFOP Skills for a low-carbon Europe (2013), le même consortium
Cambridge Econometrics – University of Warwick offre à nouveau la double dimension CO2-
macroéconomie et macroéconomie-marché du travail. Ce rapport fournit une nouvelle analyse des effets
sur le marché du travail liés à la stratégie 2020 de transition énergétique de l’Union Européenne, mais avec
un intérêt approfondi sur les emplois et les compétences.
L’innovation de ce rapport repose sur le fait que les travaux combinent modélisation macroéconomique,
études technico-économiques (ex. étude spécifique du secteur de l’éolien), et études de cas qualitatives
abordant toutes la question de la mise en œuvre de la transition énergétique, et les besoins induits en
métiers, compétences, et qualifications. La modélisation macroéconomique permet une appréciation de
l'évolution globale du marché du travail en réponse aux scénarios de politiques liées au changement
climatique ; les études de cas sectorielles permettent de répondre à la question inhérente des compétences
et formations.
L’étude développe en premier lieu un scénario de référence (baseline) avant d’évaluer l’effet de deux
scénarios alternatifs de déploiement d’une politique énergétique. Le premier scénario de politique publique
(scénario à objectif énergétique, energy target scenario) introduit une politique de mix énergétique durable
qui répond aux objectifs « 20-20-20 » de l’UE98 en matière de climat et d’énergie. Dans le second scénario
(avec pour cibles l’énergie et l’emploi, energy and employment target scenario), la politique énergétique du
premier scénario est complétée avec des politiques incitatives à l’emploi (baisse des cotisations sociales,
baisse des indemnités de chômage, financement de la R&D, formation, etc.). Les deux scénarios sont
réalisés à fiscalité constante, mais à travers des politiques différentes. Notamment, dans le scénario à
objectif énergétique, les rentrées générées par le système communautaire d'échange de quotas
d'émissions de CO2 sont compensées par une baisse de l’impôt sur le revenu. Dans le scénario à objectif
énergie-emploi, ces rentrées sont compensées par une baisse des cotisations sociales.
Le scénario de référence s’appuie sur des taux de croissance économique à long terme, publiés par la
Direction générale des Affaires économiques et financières. Il s’agit d’un scénario « business-as-usual »
(BAU) et qui décrit les résultats attendus d’une politique standard, sans appliquer de mesure nouvelles.
Le scénario energy traget remplit les objectifs de réduction de 20% des émissions de gaz à effet de serre et
de 20% de la consommation finale d’énergies. Ce scénario affecte les relations entre activité économique
et emplois d’une part, demande énergétique pour l’industrie et pour les ménages d’autre part. Néanmoins,
pour tester cette relation entre activité économique, emploi et maîtrise de l’énergie, il est supposé une
hausse du taux de croissance (via une hausse des exportations) jusqu’au point où le niveau d’emploi atteint
l’objectif fixé par les politiques publiques. Cette hausse du PIB a été préalablement rendue possible par les
investissements en efficacité énergétique, qui permettent une réduction de la consommation énergétique
(sous réserve de l’effet rebond).

98 Le paquet climat-énergie de 2008 a pour objectif de permettre la réalisation de l'objectif « 20-20-20 » ou « 3x20 »
visant à : (i) faire passer la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique européen à 20 % ; (ii) réduire les
émissions de CO2 des pays de l'Union de 20 % ; et (iii) accroître l'efficacité énergétique de 20 % d'ici à 2020.

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
Le scénario energy and employment target décrit une situation où les objectifs fixés par l’Union Européenne
en termes de taux d’emploi sont atteints pour l’ensemble des Etats Membres, sans compromettre l’atteinte
des objectifs climatiques et énergétiques. Pour réaliser ce scénario, le modèle requiert une condition : des
mesures politiques sont nécessaires afin d’inciter les employeurs à embaucher plus de travailleurs mais
aussi afin d’inciter les individus à acquérir les capacités et compétences permettant de répondre à cette
nouvelle offre de travail.
Cette étude révèle plusieurs enseignements. Tout d’abord, une politique purement axée sur la transition
énergétique (energy target scenario), comme l’ont montré les études précédentes, aura des effets neutres
ou très légèrement positifs sur l’emploi par rapport à un scénario tendanciel. Cependant, si cette politique
énergétique est couplée avec une politique active sur l’emploi (employment and energy target scenario),
avec différentes incitations à l’embauche et un meilleur financement de la recherche, le taux d’emploi
passerait de 71% à 75% de la population en âge de travailler, soit une augmentation de 13,5 millions
d’emplois à horizon 2020 à l’échelle de l’Union Européenne. Il convient de noter que cette conclusion
émane du modèle macroéconomique seul : il n’existe pas de rétroaction du modèle emplois-qualifications
vers le modèle macroéconomique et le taux de chômage.

Figure 34 : Résultat du modèle E3ME-WLME : les effets sur la demande d’emplois d’un scénario Emploi + Energie en
comparaison avec un scénario purement Energie (2013)

Un second enseignement, confirmant les résultats des précédentes études du consortium Cambridge
Econometrics – Institute of Employment Research, porte sur la répartition de la demande d’emploi, par
catégorie professionnelle et par niveau de qualification. Les variations par rapport au scénario tendanciel
restent ici très faibles, reflétant à nouveau le souci posé par le faible niveau de désagrégation des secteurs
d’activité, des catégories professionnelles et des niveaux de qualification.
Ces limites de l’exercice macroéconomique de l’étude réalisé pour le CEDEFOP font ainsi ressortir peu
d’enseignements probants sur le marché du travail (ex. les pénuries exactes à anticiper en matière de
qualifications). Cette limite est en partie comblée dans l’étude en intégrant des travaux microéconomiques,
notamment quatre études de cas spécifiques à des activités stratégiques de la transition énergétique
(énergie éolienne, chauffage solaire thermique, rénovation des bâtiments publics et transport de
marchandise) qui permettent de faire ressortir des tendances plus nettes que dans le cas de l’exercice
macroéconomique :
 Par exemple, l’étude de cas sur l’énergie éolienne révèle un besoin en Europe de 333 000
travailleurs dans le secteur à horizon 2020 (soit une croissance annuelle de l’emploi de 10% entre
2012 et 2020).
 De même, pour les secteurs de l’énergie solaire thermique et de la rénovation énergétique des
bâtiments publics, bien que la demande totale sur le marché européen soit plus faible (84 000 et
69 000 travailleurs respectivement), la croissance prévue de la demande d’emploi est de 20% par
an sur la période 2012-2020.

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
L’étude conclut qu’il existe, dans les conditions actuelles (formation, démographie, obsolescence des
compétences), un risque significatif de sous-qualification pour répondre à cette demande.

b. En Australie : le modèle Monash du Centre of Policy Studies (CoPS) interfacé


avec E3ME de Cambridge Econometrics

Le CoPS s’est intéressé au modèle E3ME – Warwick University pour l’interfacer avec ses propres
recherches sur le marché du travail. La motivation initiale porte sur l’interfaçage entre la Macroéconomie et
Marché du travail. Cette initiative permet cependant de faire avancer les recherches sur la constitution de
modèles sur l’ensemble de la chaine Environnement – Macroéconomie – Marché du travail.
Depuis 1993, le CoPS développe et affine le modèle Monash reliant la macroéconomie au marché du travail,
dont la structure a été présentée plus haut. Comme évoqué précédemment, le modèle Monash figure parmi
les cas particulièrement poussés d’intégration entre modèle macroéconomique et modèle de marché du
travail, avec des avancées significatives en matière de modélisation quantitative des compétences.
Parmi les autres avantages du modèle Monash figurent une meilleure capacité à comparer des scénarios
en intégrant de manière dynamique des tendances futures (plutôt que des analyses statiques), et une
utilisation approfondie de données empiriques (prévisions macroéconomiques du Trésor, prévisions des
volumes et prix à l’export par l’Australian Bureau of Agricultural and Resource Economics, prévisions du
tourisme par le Bureau of Tourism Research, etc.).
L’effort entrepris par le CoPS pour modéliser les interactions entre le marché du travail et la transition
énergétique a consisté à interfacer son modèle Monash avec E3ME, c’est-à-dire remplacer l’extension
marché du travail du Warwick Institute of Employment Research (WLME) par MLME (Monash Labour
Market Extension). Le modèle MLME, par rapport à WLME, est davantage axé sur le progrès technique et
le comportement des agents, plutôt que sur une extrapolation de données historiques qui serait l’apanage
d’une approche économétrique.
Ainsi, une série d’équations vise à mettre l’accent sur le comportement de maximisation des revenus de la
part des actifs, et de minimisation des coûts par les entreprises. Ces mécanismes sont au cœur des choix
de demande de métiers de la part des entreprises au sein des secteurs d’activité, et d’offre de métiers de la
part des actifs. Cette approche présente ainsi un éventail de paramètres comportementaux et techniques
qui insistent davantage sur les compétences et les postes, plutôt que sur les secteurs.
Les paramètres utilisés par le modèle MLME sont alors les suivants :
► l’élasticité de la substitution des travailleurs entre eux ;
► l’élasticité de la transformation de leur qualification ;
► le degré de relation entre secteurs d’activité, professions et compétences ;
► la mesure des effets sur l’emploi en termes d’heures travaillées ou de nombre de travailleurs.
Ces paramètres permettent d’agir sur l’intermodalité des métiers, des compétences mais aussi des besoins.
Sans ces élasticités fortes, calibrées à partir de données historiques récentes, les travailleurs et les
employeurs ne pourraient pas faire face aux évolutions économiques et donc aux changements sur le
marché du travail. Elles permettent effectivement d’ajuster le problème de minimisation des coûts propres
aux employeurs face au problème de maximisation des revenus propres aux travailleurs.
Une autre différence majeure entre WLME et MLME est que dans le modèle WLME, l’interaction entre la
macroéconomie, l’emploi et les compétences est séquentielle : un changement dans la macroéconomie
influence la demande d’emploi, qui à son tour influence la demande de compétence. Dans le modèle MLME,
l’interaction est plus complexe et tient compte d’effets de rétroaction : les travailleurs peuvent
éventuellement passer d’un métier à l’autre si les écarts de salaire sont suffisamment incitatifs. Par exemple,
lorsqu’un métier se retrouve en sous-effectif, une augmentation des salaires du métier peut inciter à attirer
des travailleurs, refermant ainsi les écarts entre offre et demande.
L’étude « Interfacing a CGE Labour Market model with E3ME Multi-Sector Macroeconomic Model » (2014)
illustre les résultats du remplacement de WLME par MLME. L’objectif de ce travail de recherche est de
tester, avec un modèle Monash, de nouvelles prévisions du marché de l’emploi au Royaume-Uni, en Grèce,
et aux Pays-Bas, et de les comparer aux résultats du modèle E3ME – WLME. Le but à ce stade est

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davantage de tester la faisabilité de la nouvelle méthodologie que de tenter de produire des prévisions
prétendument plus robustes.
L’étude présente principalement les différences des projections d’emplois obtenues par le WLME et MLME
à horizon 2020, dans un scénario tendanciel, à travers une série de tests sur trois pays de l’Union
Européenne : le Royaume-Uni, la Grèce et les Pays-Bas, comme illustré ci-dessous.

Figure 35 : Comparaison par le CoPS des prévisions à horizon 2020 des modèles WLME et MONASH (MLME) sur le
marché du travail des Pays-Bas (2014)

Les écarts entre les deux modèles sont importants pour certaines catégories professionnelles : des écarts
supérieurs à 10% sont constatés pour environ la moitié des catégories professionnelles dans le cas des

97/121
Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
Pays-Bas (jusqu’à 47% au maximum). L’explication réside principalement dans le fait que les deux modèles
emploient des hypothèses différentes de progrès technique et de comportement des agents.
L’objectif principal de l’étude, cependant, était de démontrer la faisabilité de la méthodologie de Monash,
centrée sur les phénomènes de progrès technique et de comportement des agents, plutôt que sur une
approche macroéconométrique. L’objectif n’était pas tant de produire des prévisions robustes. Les travaux
à venir prévoient notamment de fiabiliser les paramètres liés au progrès technique ; c’est d’ailleurs pour
permettre ce type de travaux que le système E3ME – MLME a été initialisé.

98/121
Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
VOLET 4 RECOMMANDATIONS
Ce chapitre propose des pistes d’actions s’appuyant sur le travail d’investigation, d’analyse critique, et de
mise en relation réalisé dans le cadre de cette étude. Ces actions visent à renforcer l’ADEME dans sa
mission d’intérêt général en matière d’aide à la réflexion, d’innovation, et de diffusion des connaissances.
Les recommandations ont plus précisément pour objet de:
- poursuivre la contribution de la macroéconomie au débat public sur la transition carbone en
apportant des éléments de mesure nouveaux ;
- favoriser la prise en compte des évolutions du marché du travail (emploi, compétences,
qualifications, formations) dans les modèles CO2 / Macroéconomie ;
- faciliter pour le grand public l’accès aux enseignements des études CO2 – Macroéconomie.

Les enseignements et meilleures pratiques identifiés dans le cadre de cette étude ouvrent la voie à
plusieurs actions pour traiter ces chantiers.

I. Produire des connaissances nouvelles à partir des modèles CO2 –


Macroéconomie existants
A l’image du rapport Stern, la macroéconomie a contribué à mettre en lumière les menaces potentielles des
dérèglements climatiques sur la société. Par la suite, les exercices macroéconomiques ont recommandé
des trajectoires de transition énergétique et des politiques climatiques, permettant en même temps de
préserver la croissance et l’emploi.
Sur cette base, l’avenir devrait favoriser l’utilisation et l’enrichissement des modèles existants, plutôt que la
création de nouveaux modèles. Notamment, il serait pertinent que les modèles Environnement -
Macroéconomie étendent le périmètre des phénomènes environnementaux dont les effets économiques
sont mesurés, afin d’apporter des éléments quantitatifs nouveaux au débat public. La présente étude
identifie notamment deux pistes d’amélioration des modèles existants, qui pourront se nourrir de travaux
récents d’experts.
La première piste consiste à intégrer la question de la qualité de l’air, l’un des principaux « co-bénéfices »
de la transition énergétique, qui n’est pourtant pas abordé dans les modèles existants. L’ampleur du
phénomène est croissante, et la prise de conscience collective relativement récente. Les estimations
récentes du coût social de la pollution de l’air en France (plus de 100 milliards d’euros par an d’après un
rapport du Sénat publié en juillet 2015) offrent un contexte favorable à des études macroéconomiques sur
le sujet, qui pourraient éventuellement renforcer l’intérêt des politiques climatiques. Notamment, des
aspects tels que les coûts sur la santé ou les pertes de productivité pourraient typiquement être remontés
dans les modèles macroéconomiques.
Une seconde piste consisterait à intégrer les enseignements les plus récents des études sur le coût du
changement climatique en France. Notamment, un rapport dirigé par Jean Jouzel (vice-président du GIEC
depuis 2002), et remis en septembre 2014, présente des scénarios de changement climatique en France
jusqu’en 2100. Les résultats publiés sur les phénomènes tels que les températures, les précipitations, et les
vents ont vocation à constituer des données de référence pour les acteurs de la transition carbone. Les
macroéconomistes ont l’opportunité d’exploiter ce type de travaux, dès lors qu’ils donnent lieu à des coûts
ou des échanges marchands quantifiables (ex. variation des rendements agricoles, augmentation ou
diminution de l’attrait touristique d’une région).
D’autres pistes ont été considérées dans le cadre de la présente étude, mais semblent difficiles à mettre en
œuvre à ce stade. Par exemple, la sécurité énergétique figure parmi les « co-bénéfices » de la transition
énergétique, qui favorise des modes de production d’énergie moins tributaires de la stabilité géopolitique
des pays exportateurs de combustibles fossiles. En l’état, il parait cependant difficile de traduire
quantitativement ce paramètre dans les modèles macroéconomiques.

99/121
Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
II. Approfondir l’opportunité de concevoir en France des outils et
modèles innovants CO2 – Macroéconomie – Marché du travail
La présente étude a identifié de nombreux cas de collaborations entre macroéconomistes et économistes
du marché du travail à travers le monde. Dans quelques cas avancés (Australie, Norvège), les outils
permettent de quantifier et modéliser les compétences et la formation en lien avec les évolutions
macroéconomiques, afin d’anticiper d’éventuelles pénuries dans des domaines précis.
Ces collaborations ont rarement été appliquées au cas de la transition énergétique. Le CEDEFOP s’est
intéressée au sujet et a formulé une demande d’analyse des mutations du marché de l’emploi à prévoir en
Europe en lien avec la transition énergétique, demande à laquelle a répondu le consortium Cambridge
Econometrics – Warwick Institute of Employment Research. Cependant, en raison du niveau d’agrégation
du modèle, les résultats sont peu concluants à ce jour, par exemple en termes d’identification d’évolutions
significatives en termes de métiers ou niveaux de qualifications.
La présente étude a créé l’opportunité d’une première rencontre entre l’ADEME et Cambridge Econometrics.
La poursuite de ces échanges permettrait d’analyser plus en détail l’opportunité, pour la France,
d’entreprendre un exercice semblable, et d’anticiper les difficultés à surmonter suite au retour d’expérience
de Cambridge Econometrics.
En vue d’intégrer de manière opérationnelle, en France, la question de la gestion prévisionnelle des emplois
et des compétences dans des exercices macroéconomiques de modélisation de la transition énergétique,
les modèles macroéconomiques nécessiteraient un certain nombre de données. Il s’agirait notamment
d’obtenir une table à double entrée qui décomposerait les différents secteurs d’activité en métiers et en
niveaux de qualifications. Un même métier pouvant être employé par plusieurs branches d’activité, il est
nécessaire de mesurer quantitativement la répartition des métiers par branche.
La question à ce stade est de savoir si une base de données existe, qui soit pertinente à l’exercice envisagé
de modélisation Environnement – Macroéconomie – Marché du travail. Afin d’éviter le même écueil que les
travaux de Cambridge Econometrics – Warwick Institute of Employment Research cités plus haut, il est
nécessaire que la nomenclature et le niveau de désagrégation de cette base de données soient
suffisamment fins, pour que les résultats de l’exercice en termes d’évolutions à anticiper sur le marché du
travail soient concluants. L’ADEME et l’OFCE pourront se pencher sur la constitution de cette base.
Au-delà de la disponibilité des données, l’intégration en France de la chaine Environnement –
Macroéconomie – Marché du travail nécessiterait un dialogue plus approfondi entre macroéconomistes et
économistes du marché du travail. Ce travail serait éclairé par les bonnes pratiques identifiées à l’étranger
(Australie, Norvège, Royaume-Uni). Cette collaboration pourrait également innover sur la question des liens
Environnement – Macroéconomie – Marché du travail, en élaborant notamment un modèle où le marché du
travail influence en retour la macroéconomie, un effet de rétroaction qui n’a pas été identifié dans les
travaux menés à l’étranger.

III. Diffuser auprès du grand public les principaux enseignements des


modèles reliant l’environnement à la macroéconomie
L’appropriation des résultats des modèles CO2 – Macroéconomie reste difficile, y compris pour un public
averti. Par exemple, les scénarios de transition sont comparés à des scénarios de référence nécessitant
une lecture approfondie pour être saisis. En outre, les résultats des scénarios de transition par rapport aux
scénarios de référence sont complexes à saisir (pertes de PIB cumulées, variation annuelle de PIB, etc.).
Ces barrières à la compréhension réduisent la portée des enseignements des exercices de modélisation.
La présente étude encourage à améliorer cette pédagogie auprès des parties prenantes intéressées par la
question de la transition énergétique. Cela passe notamment par une meilleure valorisation des
enseignements des exercices de modélisation.
L’un des principaux enseignements de cette étude porte sur le fait que les macroéconomistes, en
collaboration avec les experts de l’énergie, permettent de dépasser le dilemme CO 2 / Croissance, et
parviennent à dessiner des trajectoires de transition énergétique compatibles avec la croissance. Ce
constat est confirmé par une succession d’exercices d’intercomparaison des modèles depuis 2006 (ADAM,
AMPERE). La macroéconomie a ici contribué à l’évaluation de scénarios physiques et politiques de lutte

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
contre le changement climatique. Bien que quelques différences existent dans les résultats des modèles sur
l’effet de la transition énergétique sur le PIB, celles-ci restent mineures et s’accordent autour d’un effet
globalement neutre.
Il convient de préciser qu’une des caractéristiques importantes de ces exercices de modélisation est qu’ils
mesurent les effets de scénarios de transition par rapport à des scénarios de référence ne tenant pas
compte des coûts économiques du changement climatique en cas d’inaction. L’objectif ici est la recherche
d’une trajectoire de transition énergétique optimale du point de vue macroéconomique. Bien que des
trajectoires différentes de transition soient proposées, les travaux semblent s’accorder sur l’intérêt de
certaines actions : une augmentation des investissements dans la R&D afin de rendre les technologies bas-
carbone compétitives, un prix du carbone en croissance progressive afin de favoriser les investissements
dans les technologies bas-carbone (le niveau exact de ce prix du carbone fait l’objet de débats).
Ces principaux messages sont souvent méconnus. Ils sont formulés dans une présentation qui pourra être
portée auprès des parties prenantes de l’ADEME dans le cadre de futurs événements.

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
ANNEXES

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Benchmark des études et outils macroéconomiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
I. Liste des modèles intégrés dans l’analyse comparative

a. Les modèles Environnement - Energie - Macroéconomie

Catégorie Horizon Périmètre


Institut Nom du modèle Etudes analysées et date de publication
du modèle temporel géographique
Environmental AD-DICE - Adaptation - AD-DICE: an implementation of adaptation in the DICE model, 2009 ;
Economics and Natural Dynamic Integrated Economic aspects of adaptation to climate change, 2009 ;
IAM Plan or React? Analysis of Adaptation Costs and Benefits Using Integrated
2200 Monde
Resources Group, model of Climate and the
Wageningen University Economy Assessment Models, 2010.

Environmental AD-RICE - Adaptation -


Economics and Natural Regional Integrated
Resources Group, model of Climate and the
IAM cf AD-RICE 2200 Monde
Wageningen University Economy

Links between the environment, economy and jobs, 2007 ;


Employment effects of selected scenarios from the Energy Roadmap 2050, 2013 ;
Fuelling Europe’s Future: How auto innovation leads to EU jobs, 2013 ;
Skills for a low-carbon Europe. The role of VET in a sustainable energy scenario,
2013 ;
Cambridge Econometrics
CE E3ME - Energy- Working Futures 2010-2020, 2012 ;
(GHK Consulting) et Econo-
Environment-Economy Quantifying skill needs in Europe. Occupational skills profiles: methodology and 2030 EU27
Institute of European métrique application, 2013 ;
Model for Europe
Environmental Policy Future Scenarios of the Qualifications and Skills in the European Union, 2014 ;
Interfacing a CGE Labour Market Model With the E3ME Multi-Sector
Macroeconomic Model, 2014 ;
Review of the Impact Assessment for a 2030 climate and energy policy
framework, 2014.

Kiel Institute of the World DART - Dynamic Applied Economic Impact of Climate Change: Simulations with a Regionalized Climate-
IAM Economy Model, 2001.
2100 Monde
Economy Regional Trade
Warming the World Economic Models of Global Warming, 2000 ;
On Climate Change and Economic Growth, 2005 ;
DICE - Dynamic A Review of the Stern Review on the Economics of Climate Change, 2007 ;
Integrated model of DICE 2013R: Introduction and User’s Manual, 2013 ;
Yale University IAM Endogenous growth, convexity of damages and climate risk: how Nordhaus’
2100 Monde
Climate and the
Economy framework supports deep cuts in carbon emissions, 2014 ;
Plan or React? Analysis of Adaptation Costs and Benefits Using Integrated
Assessment Models, 2010.

103/121
Benchmark des études et outils macro-économiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
Catégorie Horizon Périmètre
Institut Nom du modèle Etudes analysées et date de publication
du modèle temporel géographique

"Modeling Low Climate Stabilization with E3MG: Towards a ‘New Economics’


CEDEFOP - Centre
Approach to Simulating Energy-Environment-Economy System Dynamics, 2010 ;
Européen pour le E3MG - Energy-
Impact Assessment Accompanying the Communication A policy framework for
Développement de la Environment-Economy Hybride climate and energy in the period from 2020 up to 2030, 2014 ;
2100 Monde
Formation Model at the Global level Review of the Impact Assessment for a 2030 climate and energy policy
Professionnelle framework, 2014.

EAGLE - Environmental
University of California -
Assessment in GeneraL CGE (MEGC) Clean Energy and Climate Policy for U.S. Growth and Job Creation, 2009 2020 USA
Berkeley
Equilibrium
ENTICE-BR - The effects
National bureau of
of backstop technology ENTICE-BR: The effects of backstop technology r&d on climate policy models,
economic research IAM 2004
2100 Monde
R&D on climate policy
(USA)
models
ENVISAGE -
Environmental Impact
Banque Mondiale / World
and Sustainability IAM Climate change and economic growth : Impacts and interactions, 2010 2100 Monde
Bank
Applied General
Equilibrium
An Overview of the OECD ENV-Linkages Model, 2008 ;
OCDE - Organisation de
Employment Impacts of Climate Change Mitigation Policies in OECD: A General-
coopération et de
ENV-Linkages CGE (MEGC) Equilibrium Perspective, 2011 ; 2050 OCDE
développement The jobs potential of a shift towards a low-carbon economy, 2012;
économiques Environmental Outlook to 2050: Consequences of Inaction, 2012.
FUND - Climate
University of California - Framework for
IAM FUND – Climate Framework for Uncertainty, Negotiation and Distribution, 2010 3000 Monde
Berkeley Uncertainty, Negotiation
and Distribution

GEM-E3 - General Energy saving investment and employment: Analysis through the GEM-E3 model ,
1999 ;
Equilibrium Model
E3M Lab - National Climate change impacts in Europe – Final report of the PESETA research project,
covering the interactions
Technical University of CGE (MEGC) 2009 ; 2050 Monde
between the Economy, Employment effects of selected scenarios from the Energy Roadmap 2050, 2013 ;
Athens
the Energy system and Impact Assessment Accompanying the Communication A policy framework for
the Environment climate and energy in the period from 2020 up to 2030, 2014.

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Benchmark des études et outils macro-économiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
Catégorie Horizon Périmètre
Institut Nom du modèle Etudes analysées et date de publication
du modèle temporel géographique
GEMINI-E3 - General
EPFL - École Equilibrium Model of
polytechnique fédérale International-National- CGE (MEGC) La structure du modèle Gemini E3, 1998 2050 Monde
de Lausanne Interaction for Economy-
Energy-Environment
GIM - Global Impact Comparing Impacts across Climate Models, 2000 ;
Yale University IAM Country-Specific Market Impacts of Climate Change, 2000.
2100 Monde
Model
Technico- Skills for green jobs in Australia, 2010 ;
PSI - Paul Scherrer GMM - Global Multi-
Eco / Bottom- Global Multi-regional MARKAL (GMM) model update: Disaggregation to 15 2050 Monde
Institut regional MARKAL regions and 2010 recalibration, 2013.
Up
OCDE et EEG (Vienna
Technical University,
GREEN-X CGE (MEGC) The jobs potential of a shift towards a low-carbon economy, 2012 2050 EU27
Energy Economics
Group)
ICES - Inter-temporal
FEEM - Fundazione ENI Climate change feedback on economic growth : exploration with a dynamic
Computable Equilibrium CGE (MEGC) general equilibrium model, 2009 2050 Monde
Enrico Mattei
System
IGSM - Integrated Global
MIT - Massachusetts MIT Integrated Global System Model (IGSM) Version 2: Model Description and
System Modeling IAM Baseline Evaluation, 2005
2250 Monde
Institute of Technology
framework
The Economics of Decarbonization – Results from the RECIPE model
CIRED - Centre
intercomparison , 2009 ;
international de IMACLIM-R - IMpact
IMACLIM-R: a modelling framework to simulate sustainable development
recherche sur Assessment of CLIMate Hybride pathways, 2010 ;
2100 Monde
l'environnement et le policies - Recursive The IMACLIM-R Model: Infrastructures, Technical Inertia and the Costs of Low
développement Carbon Futures under Imperfect Foresight, 2012.

MERGE - Model for


Estimating the Regional MERGE: An Integrated Assessment Model for Global Climate Change, 2004 ;
PSI - Paul Scherrer
and Global Effects of Hybride A MERGE Model with Endogenous Technological Change and the Cost of Carbon 2100 Monde
Institut Stabilization, 2005.
greenhouse gas
reductions
MODAG - A Medium
Term Macroeconometric Econo-
Statistics Norway
Model of the Norwegian métrique
Voir le tableau suivant 2030 Norvège
Economy

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Benchmark des études et outils macro-économiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
Catégorie Horizon Périmètre
Institut Nom du modèle Etudes analysées et date de publication
du modèle temporel géographique
MONASH - Nom de
CoPS - Centre of Policy
Studies
l'Université Australienne CGE (MEGC) Voir le tableau suivant 2025 Australie
à l'origine du modèle

NEMESIS - New
Econometric Model for
ERASME - Laboratoire Environment and Macro-Eco / The NEMESIS model : New Econometric Model for Environment and Sustainable
development Implementation Strategies, 2002
2030 EU27
de l'école Centrale Paris Strategies Top-Down
Implementation for
Sustainable development

Grantham Research
Institute on Climate
Change and the
PAGE - Policy Analysis
Environment (LSE) et IAM Stern Review on the Economics of Climate Change, 2006. 2100 Monde
of the Greenhouse Effect
Centre for Climate
Change Economics and
Policy (CCCEP)

POLES - Prospective Technico-


Université Pierre Mendès Impact Assessment Accompanying the Communication A policy framework for
Outlook on Long-term Eco / Bottom- climate and energy in the period from 2020 up to 2030, 2014 2100 Monde
France, Grenoble
Energy Systems Up
Impact Assessment Accompanying the Communication A policy framework for
climate and energy in the period from 2020 up to 2030, 2014 ;
E3M Lab - National Technico-
PRIMES - Model of the Skills for a low-carbon Europe The role of VET in a sustainable energy scenario,
Technical University of Eco / Bottom- 2013 ; 2050 EU27
Energy System
Athens Up Review of the Impact Assessment for a 2030 climate and energy policy
framework, 2014.
ReMIND-R -
PIK - Potsdam Institute The Economics of Decarbonization – Results from the RECIPE model
Regionalized Model of
for Climate Impact IAM intercomparison, 2009 ; 2100 Monde
Investments and Description of the ReMIND‐R model, 2010.
Research
Development
A Regional Dynamic General-Equilibrium Model of Alternative Climate-Change
Strategies, 1996 ;
RICE - Regional Warming the World Economic Models of Global Warming, 2000 ;
Integrated model of Alternative Policies and Sea-Level Rise in the RICE-2009 Model, 2009 ;
Yale University IAM Estimates of the social cost of carbon: background and results from the RICE-2011
2100 Monde
Climate and the
Economy model, 2011 ;
Plan or React? Analysis of Adaptation Costs and Benefits Using Integrated
Assessment Models, 2010.

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Benchmark des études et outils macro-économiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
Catégorie Horizon Périmètre
Institut Nom du modèle Etudes analysées et date de publication
du modèle temporel géographique

ADEME et OFCE
ThreeME - Modèle
(Observatoire français
Macroéconomique
des conjonctures
Multisectoriel Macro-Eco / L'évaluation macroéconomique des visions énergétiques 2030-2050 de l'ADEME,
économiques) et TNO 2030 France
d’Evaluation des Top-Down 2013
(Netherlands
politiques Energétiques
Organization for Applied
et Environnementales
Scientic Research)
Technico-
Université d’Utrecht Timer - Targets IMage Cost of greenhouse gas mitigation - comparison between TIMER and WorldScan,
Eco / Bottom- 2013 2100 Monde
(Pays-Bas) Energy Regional
Up
VATT - Finnish VATTAGE - VATT
Government Institute for Applied General CGE (MEGC) Voir le tableau suivant 2020 Finlande
Economic Research Equilibrium
WITCH: a World Induced Technical Change Hybrid Model, 2006 ;
The 2008 WITCH model : New Model Features and Baseline, 2009 ;
WITCH - World Induced
FEEM - Fondazione ENI The Economics of Decarbonization – Results from the RECIPE model
Technical Change Hybrid IAM intercomparison , 2009 ;
2100 Monde
Enrico Mattei
model Plan or React? Analysis of Adaptation Costs and Benefits Using Integrated
Assessment Models, 2010.

CPB (Netherlands
Bureau for Cost of greenhouse gas mitigation - comparison between TIMER and WorldScan,
WorldScan CGE (MEGC) 2013 2050 Monde
Economic Policy
Analysis)

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Benchmark des études et outils macro-économiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
b. Les modèles Macroéconomie – Marché du travail

Etudes analysées
Nom du Catégorie du Horizon Périmètre
Institut et date de
modèle modèle temporel géographique
publication
Studies on
Sustainability Issues –
Green Jobs, Trade and
Labour (2011)
Future skills supply and
Environnement – demand in Europe
Energie – (2012) Union
CEDEFOP E3ME - WLME Macroéconomie 2030
Européenne
– Emplois - Skills for a low-carbon
Qualifications Europe – The role of
VET in a sustainable
energy scenario (2013)
Employment Effects of
selected scenarios from
the Energy roadmap
2050 (2013)
The future demand for
employability skills: a
new dimension to labor
Centre of
Macroéconomie market forecasting in Australie
Policy
– Emplois – Australia (2009)
Studies, Monash 10 ans +
Compétences -
Monash Interfacing a CGE Applications à
Qualifications
University Labour Market Model d’autres pays
with the E3ME Multi-
Sector Macroeconomic
Model (2014)
Demand and supply of
labor by education
Macroéconomie towards 2030 (2010)
Statistics MODAG-
– Emplois - 2030 Norvège
Norway MOSART Forecasting demand
Formation
and supply of labour by
education (2013)
The Philippines
Employment
Projections Model: National
Bureau Employment Macroéconomie
Employment targeting (Philippines,
International Projections – Emplois - 5 ans
and scenarios (2013) Ukraine, Vietnam,
du Traval Model Qualifications
Mongolie)
Employment projection
models, job quality and
education (2014)
Ireland
Further Macroéconomie Occupational
Education ESRI-HERMES – Emplois - Employment 2020 Irlande
and Training Qualifications Projections 2020
Authority (2014)
Finnish
Government
Macroéconomie - Distributional effects of
Institute for VATTAGE Finland’s climate policy 2020 Finlande
Emplois
Economic package (2009)
Research

Macroéconomie
US Bureau Occupational
– Emplois –
of Labor MA/US - BLS Qualifications - employment projections 2020 Etats-Unis
Statistics to 2020 (2012)
Formation

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Benchmark des études et outils macro-économiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
Etudes analysées
Nom du Catégorie du Horizon Périmètre
Institut et date de
modèle modèle temporel géographique
publication
German
Federal
Ministry for Renewably employed!
the Short and long-term
Environment, Macroéconomie impacts of the
PANTA RHEI 2030 Allemagne
Nature – Emplois expansion of renewable
Conservation energy on the German
and labour market
Nuclear
Safety
Namibia
Office of the
Macroéconomie
President National Human
NODSOM – Emplois – 2025 Namibie
National Resources Plan (2012)
Qualifications
Planning
Commission
Etude empirique
Macroéconomie Essays on the visant à établir des
University of Pas de nom
– Emplois (taux macroeconomics of corrélations Etats-Unis
Pennsylvania communiqué
de participation) labor markets (2010) Fécondité – Cycles
macroéconomiques
Etude empirique
visant à mieux
Labor market intégrer les rigidités
Centre de heterogeneities, du marché du
Recerca en Pas de nom Macroéconomie - matching efficiency, travail dans les Etats-Unis
Economia communiqué Emplois and the cyclical modèles Royaume-Uni
Internacional behavior of the job macroéconomiques,
finding rate (2011) notamment pour la
mesure du
chômage
Maastricht
University –
Etude empirique
Research
visant à établir des
Centre for Pas de nom Macroéconomie - Education and growth
with learning by doing corrélations Etats-Unis
Education communiqué Formation
(2014) Formation –
and the
Croissance du PIB
Labour
Market

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Benchmark des études et outils macro-économiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
II. Entretiens téléphoniques réalisés pour cette étude

Expert Institution Modèle RDV


Comparaison (WITCH,
Gunnar Luderer PIK IMACLIMR, REMINDR), + 07/01/2015
ReMIND-R
Roberto Roson FEEM ICES, ENVISAGE 08/01/2015

Juha Honkatukia VATTAGE (Finlande) VATTAGE 08/01/2015

Jouko Kinnunen VATTAGE (Finlande) VATTAGE 09/01/2015


WITCH and group
Valentina Bosetti FEEM 14/01/2015
"AMPERE"
Dominique VD
WB- Purdue University ENVISAGE 14/01/2015
Mensbrugghe
E3ME for macro level
Antonio Ranieri CEDEFOP 15/01/2015
PRIMES
Warwrick - Institute for
R.A Wilson E3ME 15/01/2015
Employment Research
AD-RICE
Robert Dellink OCDE 15/01/2015
AD-DICE
Warwrick - Institute for E3ME for macro level
Terence Hogarth 15/01/2015
Employment Research PRIMES
NEMESIS
Arnaud Fougeyrollas
ERASME (MULTIREG, GREEN X, 16/01/2015
M. Boitier
NEMESIS, ASTRA)
Hector Pollitt Cambridge Econometrics 16/01/2015

Philip Summerton Cambridge Econometrics 16/01/2015

Jean Chateau OCDE ENV-linkages 20/01/2015

Simon Dietz LSE DICE 20/01/2015

G.A. Meagher CoPS (Australie) Monash / O*Net 20/01/2015

David Popp Syracuse University ENTICE-BR 20/01/2015

Kelly De Bruin OCDE AD-DICE 21/01/2015


IMACLIM-R
CIRED (maintenant
Henri Waisman Comparaison (WITCH, 21/01/2015
IDDRI)
IMACLIMR, REMINDR)
Corjan Brink PBL TIMER and WorldScan 21/01/2015
COSMIC
Robert O. Mendelsohn Yale 22/01/2015
GIM
Jean-Marc Burniaux OCDE ENV-linkages 23/01/2015

David Roland-Holst Berkeley EAGLE 23/01/2015

Céline Guivarch CIRED IMACLIM-R 03/02/2015

110/121
Benchmark des études et outils macro-économiques - Emploi-Croissance et économies de CO2
III. Les innovations en cours dans les exercices de modélisation

Cette section se veut être une liste non-exhaustive d’un certain nombre d’exemples de points ayant été
abordés lors de nos échanges avec les producteurs de modèles, concernant les champs actifs des
recherches récentes.

a. Les paramètres relatifs aux modules Environnement / Climat des modèles

► Eau : la considération du cycle complet de l’eau et de ses multiples interactions permet de mieux
appréhender ou de compléter l’approche environnementale (hausse du niveau des mers), mais aussi
énergétique (quantité de pluie pour l’hydraulique), sectorielle (sécheresse et agriculture), et celle des
impacts non-marchands (pollution de l’eau et santé humaine)
► Agriculture : détailler ce secteur à forte empreinte environnementale permet de mieux corréler
certains impacts, tels que par exemple : l’usage des sols (déforestation), les gaz à effet de serre autres
que le CO2, et la sensibilité aux perturbations dans les cycles hydriques.
► Pollution de l'air : porte d’entrée typique des impacts non-marchands de l’environnement (sur la
société et l’activité économique au sens large) via la santé humaine. La valorisation de la santé
humaine peut cependant soulever des questions complexes, tant statistiques qu’éthiques (valeur
monétaire d’une vie à travers le monde et le temps).
► Catastrophes naturelles : les difficultés relatives à l’inclusion des désastres météorologiques et à la
simulation d’un emballement climatique (« tipping point ») justifient souvent leurs omissions dans les
modèles.

b. Les paramètres relatifs au Système Energétique dans les modèles

► Eau : remarque identique à la section précédente.


► Pollution atmosphérique hors-CO2 : divers gaz (e.g. méthane) ou rejets (e.g. particules fines) issus
d’activités industrielles ou énergétiques ont des impacts soit environnementaux (réchauffement
climatique) soit sociaux (santé humaine) et sont actuellement omis dans de nombreux modèles.
► Demande énergétique : une meilleure représentation des moteurs de la demande énergétique (ex.
comportements de consommation) a souvent été suggérée durant les entretiens.

c. Paramètres relatifs à la partie Macroéconomique des modèles

► Capital : modélisation des flux de capitaux, en particulier leurs limitations et leurs échanges entre
régions.
► Effets monétaires : génération de capital (endogène ou non) et divers phénomènes monétaires, tels
que le « money-boom » ou « money-crunch ».
► Niveau d’agrégation : en cas d’approche sectorielle, désagréger au moins le secteur des services,
surtout pour les économies développées. La désagrégation des agents et ménages est également
nécessaire afin de pouvoir étudier des effets redistributifs des politiques publiques simulées.
► Progrès technique : dans la mesure du possible, endogénéiser le progrès technique et l’apparition
des nouvelles technologies, par l’utilisation de formes fonctionnelles (équations), par exemple pour les
investissements et effets de la R&D.
► Analyse par intensité : rendre possible le paramétrage ou, a minima, l’analyse des résultats par
intensité sectorielle ou métier : intensité capitalistique, intensité énergétique, intensité en émissions de
GES, intensité en emploi (qualifié ou non), etc.

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► Comportement : Prendre en compte dans le modèle les phénomènes économiques massifs et
imprévisibles, tels que bulles spéculatives, crises financières et « credit-crunch ».

d. Paramètres relatifs au Marché du travail

► Imperfections : prévoir la possibilité d’imperfections du marché du travail, dont par exemple des
rigidités salariales à court terme, et une représentation du secteur « informel » de l'économie (avec
impact sur l'emploi).1
► Compétences : désagréger en, a minima, deux niveaux : qualifié et non-qualifié. Incorporer ces
niveaux dans les flux de population et l’immigration. En cas de désagrégation plus fine, porter une
attention particulière aux nomenclatures, puisque la définition de qualification peut être très différente
entre pays ou entre secteurs.
► « Emploi vert » : voir la section précédente (« Analyse par intensité »). Par exemple peut-on
considérer un poste d’ouvrier du bâtiment spécialisé dans la rénovation énergétique comme un emploi
vert tout en considérant le même poste mais spécialisé dans la construction d’autoroute comme un
emploi non-vert ?

e. Autres éléments potentiels d’innovation

Le degré d’imperfection des marchés : Le degré d’imperfection des marchés et la prise en compte ou
non de la création monétaire est un critère permettant de distinguer et de catégoriser les modèles car le
choix des hypothèses de départ détermine en partie les résultats obtenus. Il existe soit :
► Des modèles d’offre en équilibre statique, où l’on postule l’existence d’une concurrence pure et
parfaite et la neutralité de la monnaie. Ce sont les MEGC d’inspiration Walrassienne, ou
néoclassique.
► Des modèles « d’offre globale demande globale » en équilibre dynamique où l’on postule
l’existence d’une concurrence imparfaite et une offre de crédit bancaire ; ce sont des modèles
macro-économétriques d’inspiration néokeynésienne.
Les premiers montrent automatiquement l’inefficacité des politiques interventionnistes, y compris
climatiques. Leurs effets négatifs ne peuvent être compensés que par la réduction de taxes et ou de
dépenses plus distortives encore. Les seconds n’excluent pas a priori l’efficacité des politiques publiques et
l’existence d’un double dividende à court terme comme à long terme.
Le degré d’agrégation, c’est-à-dire le nombre et le type de secteurs détaillés dans les modèles. Les
régions géographiques sont également concernées par ce degré d’agrégation car, selon leurs spécificités
d’exposition et de vulnérabilité, sont impactées différemment par le changement climatique. Ce facteur
d’agrégation a un fort impact sur la facilité à faire fonctionner un modèle. DICE est, par exemple, un modèle
très agrégé, à l’inverse de GEM-E3.
L’internalisation du progrès technique au sein du modèle (endogénéisation) : comme expliqué
précédemment, le progrès technique peut être défini de deux façons différentes : la présentation exogène le
pose comme un fait extérieur au modèle tandis que la façon endogène l’intègre comme une variable
expliquée par le modèle. Par exemple, le modèle MERGE est relativement plus avancé sur ce point.
La construction des fonctions de dommage : ces fonctions permettent de convertir un effet climatique en
effet sur l’économie, souvent grâce à des fonctions de perte (ou « loss functions »). Ces fonctions de
dommage incluent en général les dommages sur les marchés (« market damages ») mais plus rarement les
« non-market damages », parmi lesquels se trouve par exemple la perte de biodiversité. Parmi les modèles
innovants sur ce point, il convient d’identifier le modèle FUND qui s’essaie à la modélisation de certains de
ces « non-market damages ».

1 Le module "Afrique du Sud" du modèle IMACLIM vise à une prise en compte au moins partiel du secteur informel.

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Le pas temporel du modèle : celui-ci peut être de 1 an ou de 10 ans et permet en conséquence de
prendre plus ou moins en compte des phénomènes ponctuels.
La mise à disposition du modèle et son aspect pédagogique : c’est le cas des modèles DICE/RICE et
du modèle GCAM du Joint Global Change Research Institute par exemple.
L’utilisation d’autres mesures que le PIB pour évaluer les impacts du changement climatique :
certains modèles ont ainsi intégré d’autres éléments de mesure tels que l’impact sur le bien-être ou les
approches « willingness to pay » (WTP)2. Ces approches sont notamment utilisées quand il s‘agit, par
exemple, de quantifier la perte de bien-être liée à une dégradation de la biodiversité ou une accentuation de
la pollution de l’air. Même si ces approches ont l’avantage d’être théoriquement fondées, elles pâtissent
souvent d’évaluations empiriques très variables. Les coûts économiques de la pollution de l’air, qui sont
probablement très importants, sont évalués par des ordres de grandeur variant ainsi du simple au triple.
La modélisation de l’adaptation, de façon explicite et endogène, des agents face au changement
climatique, par exemple dans les modèles AD-DICE/AD-RICE ou GIM (« Global Impact Model »).
L’intégration de composantes macro-économétriques permet de tenir compte de leur effet en retour sur
les comportements des agents économiques.

2Fankhauser, Tol, Pearce, (1997), "The Aggregation of Climate Change Damages: A Welfare Theoretic Approach",
Environmental and Resource Economics

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IV. Les bonnes pratiques en matière de pédagogie des modèles et des
études

a. L'expression claire des résultats

Une des problématiques liées à ces efforts de modélisation et identifiées préalablement à cette étude est la
vulgarisation, tant du travail effectué, de ses tenants et aboutissants, que des résultats obtenus. En effet,
les récipiendaires des études n’ont, a priori, pas les connaissances ou compétences requises pour
s’approprier le modèle.
La revue bibliographique a permis de couvrir des articles dont l’accessibilité est variable, allant de la
publication académique complexe (telle sur le modèle MERGE), au rapport destiné au plus grand nombre
(par exemple celles reposant sur le modèle FUND).
Les entretiens réalisés durant cette étude ont révélé que l’effort de pédagogie se concentrait,
principalement, mais différemment, sur les trois axes suivants : description du modèle, mise à disposition du
code et des données d'entrée, vulgarisation auprès des commanditaires.

b. La description du modèle

La majorité, si ce n’est l’ensemble des modèles étudiés met à disposition une description complète du
modèle. Cela est parfois réalisé dans un article dédié à la description 3. Cela peut être fait simultanément
avec le rapport de l’étude4.
Les modèles, et en particulier ceux non-décrits dans des journaux académiques soumis à revue par un
comité de relecture, proposent en ligne un manuel du modèle, en particulier sur leur site internet (comme le
modèle Envisage de la Banque Mondiale). Ce manuel, qui peut faire jusqu’à plusieurs centaines de pages,
inclut une description du fonctionnement du modèle, avec les équations fondamentales et les hypothèses
utilisées.
Indépendamment de ces descriptions, quelques bonnes pratiques se détachent sur l’explication des
mécanismes du modèle, dont en particulier l’utilisation de graphique de processus (« flow chart »), tel
qu’illustré dans la figure suivante :

3 Par exemple : Luderer, et al., 2010, « Description of the ReMIND-R model »


4 Par exemple : Nordhaus et Boyer., 2000, « Warming the World Economic Models of Global Warming »

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Figure 36 : La cascade d'effets sur l'emploi de l'intervention proposée dans l'étude
Source : Employment Impacts of a Large-Scale Deep Building Energy Retrofit Programme in Hungary, 2010, European
Climate Foundation

De même, lorsque le modèle inclut une régionalisation du monde, l’introduction d’une carte permet d’une
part de faciliter l’appropriation par le lecteur et surtout, d’autre part, de représenter les résultats de façon
plus vivante :

Figure 37 : Les six régions du monde dans la version précédente de GMM


Source : Global Multi-regional MARKAL (GMM) model update: Disaggregation to 15 regions and 2010 recalibration,
2013, PAUL SCHERRER INSTITUT

Par ailleurs, il apparait crucial de mentionner explicitement les dynamiques temporelles et, dans la mesure
du possible, d’en donner une description visuelle. Cela est, certes, plus aisé pour les modèles récursifs,
comme illustré ci-dessous :

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Figure 38 : La structure dynamique récursive (pas-à-pas) d'IMACLIM-R
Source : Sassi, Crassous, Hourcade, Gitz, Waisman, et Guivarch (2010) "IMACLIM-R: a modelling framework to
simulate sustainable development pathways", Int. J. Global Environmental Issues

En cas de comparaison, que ce soit entre plusieurs modèles ou entre différents scénarios, la multiplication
5
des figures (technique des « small multiple » ) peut, dans certains cas, améliorer la lisibilité des résultats ou
du message. Par exemple :

5 Tufte, Edward (1990). “Envisioning Information”. Voir aussi : http://en.wikipedia.org/wiki/Small_multiple

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Figure 39 : Comparaison de scénarios d'émissions et Décompositions de tendance d’émissions
Source : Luderer et al. (2009) : “The Economics of Decarbonization – Results from the RECIPE model
intercomparison”, RECIPE Background Paper (http://www.pik-potsdam.de/recipe)

Enfin, pour toutes les publications, et en particulier celles d’ordre académique, la séparation du cœur du
message (l’« esprit » de l’étude) et de son implémentation (la « lettre » des simulations) favorise une lecture
plus fluide et accessible par tous. Le plus souvent, lorsqu’elle est faite, cette séparation prend une des
formes suivantes : mise en pied de page des détails de débat d’expert ; mise en annexe du détail des
équations ; réalisation d’un article séparé, concentré uniquement sur les aspects techniques et
d’implémentation.

c. Code et données d'entrée

Au contraire des équations de fonctionnement, le code source et les données d’entrée ne sont
6
qu’exceptionnellement communiqués (comme par exemple pour le modèle Envisage ). Plusieurs raisons
sont avancées par les développeurs pour cela.
Tout d’abord, pour les modèles les plus complexes (i.e. ENV-Linkages) ou les plus spécifiques (i.e.
géographiquement, comme VATTAGE), la non-publication prévient la mauvaise utilisation du modèle par
des personnes pas ou peu suffisamment formées à ces sujets. Ainsi, la publication de résultats non-
pertinents car résultant d’un mauvais usage du modèle est évitée.
Par ailleurs, les données d’entrée sont également rarement publiées, soit parce que celles-ci sont déjà
disponibles facilement en ligne, soit parce qu’elles ont représenté un coût d’acquisition et ne peuvent être
offertes par les modélisateurs, comme par exemple pour le GTAP7 :

Figure 40 : Prix de la base de données GTAP.

6Description du modèle : “The environmental impact and sustainability applied general equilibrium (envisage)
model”, par Dominique van der Mensbrugghe, de The World Bank, Octobre 2008 et Décembre 2010 (version 7.1).
Données et code source du modèle disponible sur demande auprès de l’auteur.
7 https://www.gtap.agecon.purdue.edu/databases/pricing.asp

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De plus, pour les modèles commerciaux (par exemple celui de Cambridge Econometrics), la mise à
disposition du code source du modèle irait directement à l’encontre des intérêts économiques de
l’entreprise.
Ensuite, il ressort des entretiens réalisés que les scientifiques et économistes travaillant sur les modèles
n’ont que trop rarement une double expertise en informatique et, de fait, n’ont pas la culture associée de
documentation du code et de programmation en groupe. Instiller une telle culture est une nécessité de plus
en plus prenante parmi les équipes souhaitant collaborer avec d’autres, ou souhaitant publier l’ensemble de
leurs travaux. Le choix des outils de travail (contrôle de version, mise en ligne automatique sur internet ou
un intranet…) peut être décisif en ce sens.
Un point inattendu soulevé durant les entretiens, contre la publication du code source, est le risque que les
résultats soient republiés sans mentionner l’auteur initial. Ce risque de plagiat est, cependant,
principalement limité aux modèles les moins connus, ceux dont les journaux ignoreront l’existence lors de la
soumission de l’article frauduleux.
Enfin, pour certaines petites équipes supportant des modèles simples, ces dernières n’ont pas toujours le
temps ou les compétences pour mettre en ligne ces informations, et surtout de les maintenir à jour.

d. La vulgarisation auprès des commanditaires

Les entretiens ont clairement révélé, à quelques rares exceptions près, que les efforts des modélisateurs se
concentrent avant tout sur les personnes immédiatement en aval et en amont de leurs études, c’est-à-dire
les commanditaires et les récipiendaires.
Ces efforts ne sont donc pas directement ou facilement mesurables, comme le serait une liste de
publications ou un nombre de sites internet. Cependant, il semble que cet effort de pédagogie et de
contextualisation des résultats, tant technique qu’économique, peut représenter jusqu’à 20% du temps
d’une équipe. Plus le modèle sera innovant ou présentera des résultats surprenants, plus les efforts de
vulgarisation seront nécessaires et importants.
Une bonne pratique en ce sens est la formation des modélisateurs à la communication en général et à la
vulgarisation en particulier. Les compétences interpersonnelles (« soft-skills ») ne sont que peu souvent
exigées pour travailler comme modélisateur-programmateur, tant du côté économie/emploi que du côté
environnement/climat. Des formations spécifiques pourraient être soit développées en interne, soit
apportées par des prestataires externes.

e. Un exemple de modèle-jouet (« toy-model ») : RICE/DICE


8
Le modèle DICE (« Dynamic Integrated Climate-Economy model ») et sa version régionalisée RICE
(« Regional Integrated Climate-Economy model ») sont un cas unique de modèle-jouet (« toy-model » en
anglais). Ils ont été conçus afin d’être simples à comprendre, simples à utiliser, portables sur ordinateur
personnel et facilement éditables.
Le site internet correspondant à ce modèle est un exemple de simplicité (voir illustration ci-dessous),
d’accessibilité et de traçabilité (les versions précédentes sont également disponibles). Le code source ne
comprend que 400 lignes (langage GAMS), à comparer avec les centaines de milliers de lignes des plus
gros modèles.

8 http://www.econ.yale.edu/~nordhaus/homepage/dicemodels.htm et également http://en.wikipedia.org/wiki/DICE_model

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Figure 41 : Page web des modèles DICE et RICE
(http://www.econ.yale.edu/~nordhaus/homepage/dicemodels.htm)

Le but n’était pas tant de construire un bon modèle ou un modèle exhaustif, mais un modèle qui puisse être
repris par de nombreuses personnes et modifié selon le besoin des études. En cela, il a réussi, par exemple
avec les versions AD-DICE et AD-RICE au sein de l’OCDE qui furent parmi les premiers modèles à
représenter les coûts et interactions des politiques climatiques d’adaptation.
Les enseignements de cet exemple d’extrême accessibilité sont multiples : il est possible de créer un « toy-
model » à des fins de diffusion. Mais cela requiert qu’il soit simple de fournir l’ensemble des informations
nécessaires (code, données, manuel), ainsi que de suivre la communauté des utilisateurs et des mises à
jour.
En amont de la réalisation d’un modèle-jouet, l’équipe doit d’abord définir la finalité du modèle, et en
particulier sa distribution (uniquement interne, externe en direct via emails, ou externe public via un site
internet). Ces orientations cadreront les outils de développement utilisables : langage de programmation
(Excel, GAMS, Python…), données (uniquement open-source ou non), support de collaboration (réseau
9
intranet, wiki, plateforme web ). Par ailleurs, l’équilibre entre simplicité du modèle et modularité de son code
est un sujet qui peut être débattu avec de potentielles équipes partenaires.

9 Par exemple https://bitbucket.org/, http://sourceforge.net/, https://github.com/

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L’ADEME EN BREF

L'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise


de l'Energie (ADEME) participe à la mise en
œuvre des politiques publiques dans les
domaines de l'environnement, de l'énergie et
du développement durable. Elle met ses
capacités d'expertise et de conseil à disposition
des entreprises, des collectivités locales, des
pouvoirs publics et du grand public, afin de leur
permettre de progresser dans leur démarche
environnementale. L’Agence aide en outre au
financement de projets, de la recherche à la
mise en œuvre et ce, dans les domaines
suivants : la gestion des déchets, la
préservation des sols, l'efficacité énergétique et
les énergies renouvelables, la qualité de l'air et
la lutte contre le bruit.

L'ADEME est un établissement public sous la


tutelle conjointe du ministère de
l'Environnement, de l’Energie et de la Mer, et
du ministère de l'Éducation nationale, de
l'Enseignement supérieur et de la Recherche.