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Sélection génétique

Les quelques estimations de la valeur d’héritabilité (proportion des différences entre individus
transmissibles à la progéniture) pour les caractères « date du début de la saison de reproduction » ou
« durée de la saison de reproduction » suggèrent que ces caractères ont une héritabilité faible à
modérée soit entre 0,03 et 0,35. En pratique, ceci signifie que la sélection sur le caractère « aptitude
au désaisonnement » est possible, mais que les gains génétiques annuels espérés seront, en général,
faibles à modérés. Par exemple, dans une recherche effectuée aux États-Unis, la saison de
reproduction a été avancée de 10 jours après 12 ans de sélection dans un troupeau de Southdown.
Cependant, dans certains cas, les gains obtenus à long terme peuvent être intéressants, à citer le cas
de la race DLS. Cette race, dont la création remonte au début des années 1970, a été développée au
Québec avec l’objectif de créer une race dont la saison d’activité sexuelle serait allongée. Le principal
critère de sélection des sujets était leur capacité à s’accoupler naturellement durant le printemps et
l’été, en contre-saison sexuelle, sans utilisation de traitement hormonal ou de photopériode. Cette
sélection a certes été fructueuse puisque la saison sexuelle a été allongée d’environ 20 jours par
rapport à la race Dorset, pourtant réputée pour ses qualités de désaisonnement et ce, après
seulement quelques années de sélection. De plus, entre 7 et 10 % des brebis DLS présentaient des
cycles sexuels durant toute l’année, ce qui suggère que la DLS présente un anoestrus saisonnier
léger. Les résultats de cette recherche montrent bien qu’on ne doit pas prendre à la légère le
potentiel d’amélioration que représente la sélection génétique individuelle.
Figure 3.1 Brebis de race DLS.
Malheureusement, étant donné la multitude de facteurs environnementaux qui affectent les
caractères de reproduction en général, la sélection intrarace est généralement plutôt longue. D’un
autre côté, favoriser la sélection de sujets de remplacement nés à l’automne, donc REPRODUCTION À
CONTRE-SAISON SEXUELLE
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de mères et de pères accouplés en contre-saison sexuelle, permet d’introduire progressivement le
caractère « désaisonnement » dans la composition génétique du troupeau. Cette sélection sera
théoriquement plus efficace si les sujets sélectionnés sont issus de parents accouplés de façon
naturelle en contre-saison sexuelle, sans technique artificielle d’induction des chaleurs.
Pour celles accouplées avec l’aide de techniques artificielles, il est logique de croire, malgré qu’il
n’existe pas d’étude scientifique sur le sujet, que les brebis qui ont agnelé à l’automne suite à un
traitement d’induction des chaleurs au printemps ont plus d’aptitudes au désaisonnement que leurs
congénères qui n’ont pas agnelé. Ainsi, globalement, la sélection de sujets nés à l’automne est une
méthode à envisager pour améliorer la fertilité en contre-saison des brebis d’un troupeau.
Même si la sélection génétique sur l’aptitude à maintenir un rythme d’agnelages accéléré est
intéressante et envisageable, de nombreuses informations manquent encore concernant les
caractères à sélectionner et leurs interrelations. L’utilisation de plus en plus répandue de systèmes
de régie intensive force maintenant les généticiens à s’intéresser à la sélection des sujets les mieux
adaptés à ces nouveaux schémas de production. Changer la composition génétique d’un troupeau
n’est certes pas la méthode la plus rapide pour accroître la productivité annuelle du troupeau, mais
c’est une alternative qu’il ne faut surtout pas négliger pour autant.
Collectivement, pour l’ensemble des producteurs, ce type de sélection peut avoir un impact
important sur la capacité des producteurs à satisfaire les besoins du marché d’une façon
économiquement rentable. L’évaluation et la sélection génétique demeureront toujours la base de
l’accroissement de la productivité de tous les animaux d’élevage.