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L’AGENDA GLOBAL DE DEVELOPPEMENT:

OUTILS POUR UNE PLANIFICATION ET UNE


MISE EN OEUVRE SENSIBLES AU GENRE

MODULE DE FORMATION

MATIERE PRINCIPALE

Introduction au thème genre et


développement
ONUFemmes est l’entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation
des femmes. ONU Femmes a principalement pour rôle :

 d’appuyer des organes intergouvernementaux, tels que la Commission de la


condition de la femme, dans l’élaboration de politiques, de règles et de normes
mondiales ;

 d’aider les États Membres à appliquer ces règles, et est prêt à fournir un appui
technique et financier approprié aux pays qui le demandent et à forger des
partenariats performants avec la société civile ; et

 de demander des comptes au système des Nations Unies sur ses propres
engagements en faveur de l’égalité des sexes, avec notamment un suivi régulier
des progrès enregistrés dans l’ensemble du système.

La Commission européenne représente les intérêts de l'Union dans son ensemble et


ropose des actes législatifs et veille à l’application des traités. La Commission gère et
exécute également les politiques communes et se charge des relations commerciales
internationales ; elle est responsable de la gestion de l’assistance extérieure de l’Union
européenne. La Commission préside le Comité de pilotage du Programme du Partenariat
CE/Nations Unies sur l’égalité des genres pour le développement et la paix.

Le Centre international de formation de l’Organisation internationale du Travail


(CIF-OIT) met son approche pratique du renforcement des capacités pour l’intégration
de la dimension de genre à la disposition de tous les partenaires et acteurs du
programme. Le CIF-OIT gère le site web du programme www.gendermatters.eu,
propose des modules d’apprentissage en ligne pour le Partenariat CE/Nations Unies et
participe au Service d’assistance pour les questions de sexospécificité et d’emploi de
l’OIT.

Module de formation : Introduction au thème genre et développement


Campus de Genre
© Centre international de formation de l’Organisation internationale du Travail
Turin, Italie, 2e édition révisée 2013
www.gendermatters.eu

Centre international de formation de l’Organisation internationale du Travail


Viale Maestri del Lavoro 10
10127 Torino (TO)
Italie
site web: http://gender.itcilo.org/cms

Cette publication a été produite avec l’aide de l’Union européenne. Son contenu n’engage
que la responsabilité de l’auteur et des équipes de recherche ; il ne reflète pas
nécessairement l’opinion de ONUFemmes ou du CIF-OIT et ne reflète en aucun cas
l’opinion de l’Union européenne.
Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale

CONTENU D’APPRENTISSAGE
APERÇU .............................................................................................................. 4 

OBJECTIFS .......................................................................................................... 5 

SECTION A. ÉGALITÉ ENTRE LES HOMMES ET LES FEMMES ET DÉVELOPPEMENT:


POURQUOI? ......................................................................................................... 6 

1.   Genre et droits fondamentaux : la Convention sur l’élimination de toutes les


formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF).......................................... 6 

2.   Genre et développement durable : Le Programme d’action de Beijing, ses suivis,


et les Objectifs du millénaire pour le développement............................................... 8 

SECTION B. CONCEPTS DE BASE ET DÉFINITIONS: QUOI? ....................................... 12 

1. Qu’entend-on par “genre”? ............................................................................ 12 

2. Les relations de genre ................................................................................. 14 

3. Les rôles de genre et le partage du travail selon le genre ................................... 14 

4. La discrimination par le genre ........................................................................ 17 

SECTION C. STRATÉGIES POUR LA PROMOTION DE L’ÉGALITÉ ENTRE LES HOMMES ET


LES FEMMES: COMMENT? .................................................................................... 20 

1. Instruments pour l’intégration du principe d’égalité entre les hommes et les femmes
..................................................................................................................... 20 

2. Renforcement des capacités pour l'intégration du genre .................................. 23 

Renforcement des capacités des stratégies pour le changement institutionnel peut


comprendre tout de suite : ............................................................................. 23 

1.1. Analyse de genre .................................................................................... 23 

1.2. Données ventilées par sexe...................................................................... 24 

2. Actions spécifiques sur le genre ..................................................................... 25 

3. Approches d’émancipation ............................................................................. 27 

SECTION D. QU’EST-CE QU’UNE ANALYSE DE GENRE? ............................................. 30 

1. Qu’est-ce qu’une analyse de genre? Éléments à prendre en considération ............ 30 

2. Pourquoi une analyse selon le genre est-elle importante? .................................. 30 

3. Sources de données pour l’analyse selon le genre ............................................. 31 

4. Des cadres d’analyse selon le genre................................................................ 31 

5. Quelques éléments clés de l’analyse selon le genre à différents niveaux ............... 34 

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Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale

SECTION E. INDICATEURS SENSIBLES AU GENRE ................................................... 38 

1. Indicateurs et indicateurs sensibles au genre ................................................... 38 

2. Quand faut-il recourir aux indicateurs sensibles au genre ................................... 38 

3. Des indicateurs quantitatifs et qualitatifs sensibles au genre............................... 39 

4. Des indicateurs sensibles au genre à différents niveaux ..................................... 40 

APERÇU

Ce module présente les instruments de base nécessaires à adopter “une approche de


genre pour le développement”.

La section A illustre la raison d’être de la promotion de l’égalité entre les hommes et les
femmes dans le développement, et présente une vue d’ensemble des cadres juridiques et
politiques internationaux qui soutiennent l’égalité entre les hommes et les femmes et
l’émancipation de ces dernières.

La section B familiarise avec les concepts de base et la terminologie relative au


“discours de genre”.

La section C donne une brève vue d’ensemble des méthodes d’approche de l’égalité
entre les genres et illustre les instruments pratiques pour l’intégration du principe
d’égalité entre les hommes et les femmes dans les processus de développement.
La section D fournit un aperçu de l’analyse de genre comme un effort systématique
visant à identifier les questions qui engendrent les inégalités. Cette analyse fournira les
bases de l’intégration du genre afin de déterminer si des mesures appropriées doivent
être mises en place visant les femmes (ou les hommes) en plus des activités
d’intégration.
La section E présente les concepts de base liés aux indicateurs sensibles au genre qui
sont nécessaires pour mesurer les progrès vers les cibles qui elles-mêmes doivent être
sensibles au genre et mesurer dans quelle mesure les objectifs du développement
favorise l’égalité.

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Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale

OBJECTIFS
À la fin de ce module, vous aurez examiné pourquoi l’égalité entre les hommes et les
femmes doit être considérée comme un élément clé de chaque agenda relatif au
développement et pour quelle raison cette égalité est une question transversale sur tous
les autres secteurs, social comme économique ; Plus spécifiquement vous aurez :

 Acquis une vue d’ensemble historique des étapes politiques et juridiques importantes
de l’action internationale pour l’égalité entre les hommes et les femmes ainsi que
l’émancipation des femmes ;

 Exploré le jargon relatif au genre et au développement ;

 Évalué certaines approches opérationnelles de promotion de l’égalité entre les


hommes et les femmes dans la planification du développement ;

 Compris l’importance de l’analyse selon le genre dans le contexte du


développement ;

 Exploré les indicateurs sensibles au genre.

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Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale

SECTION A. ÉGALITÉ ENTRE LES HOMMES ET LES FEMMES ET


DÉVELOPPEMENT: POURQUOI?
De nombreux changements ont eu lieu ce siècle dernier et ont touché la vie de l’entière
humanité. Les améliorations dans le domaine de la santé, de la durée de vie, de la
science, de la technologie, de la sphère politique et de l’instruction constituent certains
de ces changements. L’acquisition par les femmes de droits politiques et civils est un
exemple des plus significatifs de tels changements : des mouvements féministes ont vu
le jour plus ou moins de façon simultanée de par le monde, plaidant pour l’identité
politique et économique des femmes, leur droit de vote, leur participation dans la vie
publique et politique, le droit de recevoir une éducation appropriée, enfin, le droit d’avoir
le contrôle de leur propre existence.

Le monde a accompli des progrès significatifs dans la promotion de l'égalité genre, y


compris par des accords internationaux de référence tels que le Programme d'action de
Beijing et la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard
des femmes (CEDEF).

L'égalité genre n'est pas seulement un droit humain fondamental, mais sa réalisation a
d'énormes conséquences socio-économiques. Autonomiser les femmes favorise l’essor
économique et stimule la productivité et la croissance.

Pourtant, les inégalités entre les sexes restent profondément ancrées dans chaque
société. Les femmes n'ont pas accès à un travail décent et sont confrontées à la
ségrégation professionnelle et ont des salaires moins élevés que les hommes. On leur
refuse trop souvent l'accès à l'éducation de base et aux soins de santé. Les femmes dans
toutes les régions du monde subissent des violences et la discrimination. Elles sont sous-
représentées dans les processus de prise de décisions politiques et économiques.

Les paragraphes suivants décrivent le cadre international juridique et politique qui


guide l’action vers une égalité entre les hommes et les femmes, comme la promotion et
la protection des droits fondamentaux de la femme, et présente l’exposé suivant :

 Le besoin d’une considération particulière des droits fondamentaux des femmes et


des jeunes filles ;

 Les liens étroits entre le développement durable, la pauvreté et le genre ;

 L’égalité hommes - femmes comme objectif transversal de l’Agenda pour le travail


décent de l’OIT

1. Genre et droits fondamentaux : la Convention sur


l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des
femmes (CEDEF)
La principale raison pour laquelle l’égalité entre les hommes et les femmes est un objectif
de développement global réside dans sa nature de droit fondamental, ce qui est toutefois
compromis par la persistance de partis pris contre les femmes dans certains aspects
spécifiques au niveau social, culturel et économique : la discrimination est une des
causes principales de l’inégalité entre les hommes et les femmes et doit être éliminée par
le biais de dispositions juridiques adaptées et d’actions.

La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard


des femmes (CEDEF), adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1979,

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Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale
est souvent décrite comme l’instrument international des droits fondamentaux des
femmes. Elle fournit un fondement pour la réalisation de l’égalité entre les femmes et les
hommes par l’assurance de l’égal accès des femmes à la vie politique et publique -
comme l’égalité des chances - aussi bien qu’à l’éducation, la santé et l’emploi. La
Convention dispose clairement que la discrimination selon le genre ne concerne pas
uniquement les chances niées et les résultats inégaux, cette discrimination est avant tout
une violation des droits fondamentaux des femmes.

L’égalité formelle (ou égalité de jure) implique l’égalité de traitement par la loi en
termes de procédures et se réfère au statut légal des femmes et des hommes dans la
société. D’un point de vue étatique, cela implique une obligation “négative” comme
l’obligation de ne pas violer le droit de vote d’un citoyen, le droit d’exprimer ses opinions,
de recevoir une éducation appropriée comme une assistance sanitaire, etc… L’égalité
réelle (ou égalité de facto) d’autre part concerne l’égalité de résultats : elle implique un
principe de non-discrimination (directe et indirecte) et fait référence à la possibilité
actuelle des femmes et des hommes à jouir de ces droits.

D’un point de vue étatique, cela implique une obligation “positive” d’intervenir et de
fournir des politiques cibles appropriées ainsi que des programmes visant à assurer un
égal accès aux biens publics tels que l’éducation, l’assistance sanitaire, les ressources
humaines, l’emploi, etc. L’importance de la CEDEF repose sur cette obligation sans
précédent de l’Etat.

En ratifiant la Convention, les Etats sont soumis à l’obligation de prendre un certain


nombre de mesures pour mettre un terme à la discrimination contre les femmes sous
toutes ses formes. Cela inclut:

 L’incorporation du principe d’égalité entre les hommes et les femmes dans leurs
systèmes légaux, l’abolition de l’ensemble des lois discriminatoires, tout comme
l’adoption des lois interdisant toute discrimination à l’égard des femmes ;

 La création de tribunaux et autres institutions publiques pour assurer une protection


efficace des femmes contre la discrimination

 L’élimination de toutes les actions à l’égard des femmes par les personnes, les
organisations ou les entreprises1.

L'application des principes contenus dans la Convention est étroitement surveillée par le
Comité de la CEDEF, qui se réunit à New York sous les auspices de la Commission des
Nations Unies sur la condition de la femme (CSW).

Les pays qui ont ratifié la CEDEF doivent fournir un premier rapport après la première
année suivant la ratification puis des rapports périodiques tous les quatre ans, décrivant
ainsi les progrès accomplis sur la mise en oeuvre de la Convention et sur l’ensemble de la
situation des femmes dans leur pays. Dans beaucoup de pays, des ONG ainsi que des
groupes de la société civile fournissent aussi un contre-rapport ou rapport “ombre”. En
2013, 187 pays – plus de 90 % des membres des Nations Unies – faisaient partie de
cette Convention.

1
Pour plus de détails et pour obtenir le texte intégral de la Convention consulter le site
http://www.un.org/womenwatch/daw/cedaw/text/fconvention.htm

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Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale

2. Genre et développement durable : Le Programme d’action de


Beijing, ses suivis, et les Objectifs du millénaire pour le
développement
Nous pouvons affirmer que le développement durable peut être réalisé uniquement si les
femmes comme les hommes sont impliqués également et équitablement dans le
processus de développement, à tous les niveaux de décisions et de responsabilités, et
dans toutes les sphères de la vie.

Basé sur ce paradigme, la Déclaration de Beijing ainsi que le Programme d’action


adoptés en 1995 durant la quatrième Conférence mondiale sur les femmes, stipulent que
l’égalité entre les hommes et les femmes est une condition préalable nécessaire et
fondamentale pour le développement et la paix, et un instrument pour parvenir à tous les
autres objectifs de développement : “un partenariat transformé fondé sur l’égalité entre
les femmes et les hommes est une condition pour un développement durable centré sur
les personnes2”.

Les 185 Etats membres qui ont approuvé le Programme d’action de Beijing pendant la
Conférence ont pris l’engagement de combattre les barrières s’opposant à la promotion
des femmes dans 12 domaines qui sont : 1. Les femmes et la pauvreté ; 2. Éducation et
formation des femmes ; 3. Les femmes et la santé ; 4. Violence à l’égard des femmes ;
5. Les femmes et les conflits armés ; 6. Les femmes et l’économie ; 7. Les femmes au
pouvoir et aux postes de décision ; 8. Mécanismes institutionnels de promotion de la
femme ; 9. Les droits fondamentaux des femmes ; 10. Les femmes et les médias ; 11.
Les femmes et l’environnement ; et 12. Les petites filles.

Les gouvernements nationaux furent invités à préparer des Plans d’action nationaux
en accord avec le Programme tout comme la Commission de la condition de la femme
reçut le mandat par l’Assemblée générale de jouer un rôle central dans l’évaluation de sa
mise en oeuvre avec la Division de la promotion de la femme.

Depuis 1995, presque les trois-quarts des Etats ont établi une forme de mécanisme
institutionnel pour la promotion de la femme, ayant pour but l’intégration d’une
perspective d’égalité entre les genres dans tous les aspects de la politique, de la
législation, des programmes et des projets3.

Toujours dans le but de placer les personnes au centre du développement, la


Déclaration du Millénaire adoptée en 2000 lors de la 55ème session de l’Assemblée
générale des Nations Unies, a permis de sérieux engagements pour la paix, la sécurité et
le développement. Elle a établi 8 Objectifs du millénaire pour le développement
(OMD) : 1. Réduire l’extrême pauvreté et la faim ; 2. Assurer l’éducation primaire pour
tous ; 3. Promouvoir l’égalité et l’émancipation des femmes ; 4. Réduire la mortalité
infantile ; 5. Améliorer la santé maternelle ; 6. Combattre le VIH/sida, le paludisme et
d’autres maladies ; 7. Assurer un environnement durable ; 8. Mettre en place un
partenariat mondial pour le développement4.

La Déclaration a reconnu l’intérêt transversal de l’égalité pour la réalisation des objectifs


lancés et a clairement résolu de “promouvoir l’égalité et l’émancipation des femmes
comme moyens efficaces de combattre la pauvreté, la faim et la maladie, ainsi que de

2
Le texte intégral de la Déclaration de mission du Programme d’action de Beijing peut être consulté sur
http://www.un.org/womenwatch/daw/beijing/platform/index.html
3
« Examen et évaluation de l’exécution du Programme d’action de Beijing : Rapport du Secrétaire général »
(E/CN.6/2000/PC/2), Conseil économique et social, Nations Unies, janvier 2000.
http://daccessdds.un.org/doc/UNDOC/GEN/N00/263/91/PDF/N0026391.pdf?OpenElement
4
Pour plus de détails sur les objectifs du Millénaire pour le développement, allez sur le site officiel :
http://www.un.org/french/millenniumgoals

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Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale
stimuler un développement véritablement durable” . La Déclaration du Millénaire
5

représente une importante étape vers une approche intégrée du genre et du


développement, au sein de laquelle la perspective de genre est précisément considérée
dans l’intégration de chaque discipline ainsi qu’au sein des domaines pertinents pour la
réalisation du développement durable.

Les inégalités et l’agenda pour le développement après 2015

Malgré l'inclusion de l'OMD 3 sur l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes, il
est largement reconnu que le cadre des OMD en cours n'a pas été en mesure de
répondre efficacement aux causes structurelles sous-jacentes de l'inégalité des sexes et
les formes multiples et convergentes de discrimination vécues par les femmes et les filles
dans le monde entier.
On note dans le rapport annuel le plus récent sur l'état d'avancement des OMD que les
femmes restent désavantagées dans de nombreux domaines, en particulier en termes
d'accès à des possibilités décentes d'emploi dans le secteur formel, les ressources
productives, aux soins de santé sexuelle et reproductive et la participation à la décision
politique. Le fléau de la violence contre les femmes et les filles, notamment la violence
sexuelle liée aux conflits, continue à servir comme un obstacle majeur à la réalisation de
tous les OMD.
De nombreux rapports ont attribué des progrès inégaux sur les OMD à la persistance des
inégalités multiples, à la fois entre les pays et dans les régions. En plus des inégalités
entre les hommes et les femmes, les inégalités qui existent entre les femmes, sur la base
de la classe, la race / appartenance ethnique, zone rurale / urbaine, entre autres, servent
également comme des obstacles à la réalisation des objectifs.
Le cadre des OMD, qui met l'accent sur les progrès global et l'utilisation des moyennes
nationales pour évaluer les progrès, masque ces disparités sociales et économiques
complexes internes à chaque pays. Le manque de données ventilées par sexe, en
particulier sur les OMD 1 relatif à l'éradication de l'extrême pauvreté et l'OMD 7 relatif à
l'environnement, a également défié l’efficité dans les méthodes de mesure de ces
inégalités et l'exclusion sociale résultant vécue par les populations marginalisées. Les
OMD n'ont d’ailleurs pas des cibles et des indicateurs sensibles au genre jugés suffisants.
Bien que le Programme d'action de Beijing comprend 12 domaines critiques, l'OMD 3 sur
l'égalité des sexes n'a qu'une seule cible à éliminer les disparités entre les sexes dans
l'éducation.

Une critique supplémentaire du cadre actuel des OMD a mis l'accent sur le fait que les
objectifs ne reflètent pas les dimensions de transformation de la Déclaration du Millénaire
dont ils sont issus. La Déclaration a réaffirmé les engagements des États membres au
droit international des droits de l'homme et les traités sur le développement durable,
ainsi que les principes de liberté, d'égalité, de tolérance, de responsabilité partagée, de
protéger les personnes vulnérables, les droits humains, la démocratie et la bonne
gouvernance. Cependant, ces principes n'ont pas été pleinement pris en compte dans les
objectifs.
Dans son rapport de 2012, réalisant l'avenir que nous voulons pour tous, l'Équipe
spéciale du système des Nations Unies propose une vision pour un changement
transformateur qui est basé sur inclusivement, le développement durable centré sur les
personnes. L'Équipe spéciale envisage un futur cadre qui repose sur les valeurs
fondamentales des droits de l'homme, l'égalité et la durabilité, et est organisée selon une
approche holistique qui intègre quatre dimensions clés: le développement social inclusif,

5
Texte intégral de la Déclaration disponible à la page suivante:
http://www.aidh.org/mill/Images/Decl_Millen.pdf

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Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale
le développement économique inclusif, la durabilité environnementale et la paix et la
sécurité.

Si le nouveau cadre de développement post-2015 est d'inclure une série d'objectifs,


cibles et indicateurs, une façon de s'assurer que l'égalité des sexes et l'autonomisation
des femmes soient pleinement intégrés serait d'inclure un objectif spécifique sur l'égalité
des sexes et de l'égalité des les indicateurs sensibles intégrés dans tous les autres
objectifs. Le nouvel objectif devrait être de transformation et d'aborder les déterminants
structurels de l'inégalité des sexes dans les domaines économique, social, politique et
environnemental. La violence contre les femmes sera également et dûment prise en
compte et traitée dans ce cadre.

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Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale

POINTS CLÉ
 Le principe d’égalité entre les hommes et les femmes est un droit fondamental
nécessaire pour la réalisation d’une justice sociale ;

 La CEDEF est décrite comme un instrument international des droits fondamentaux


des femmes ;

 Considérant la question des droits des femmes comme un problème d’accès, la


CEDEF souligne avec insistance l’importante distinction entre inégalités formelles –
ou de jure – et réelles – ou de facto – ;

 La CEDEF demande aussi la mise en place de tribunaux et autres institutions


publiques pour la protection des femmes contre la discrimination, et pour un
processus d’évaluation

 Le Programme d’action de Beijing vise à placer l’égalité de genre au coeur de


l’agenda du développement, définissant cela non seulement comme un objectif en soi
mais aussi comme un programme nécessaire pour la réalisation d’un développement
véritablement durable.

 Comme cela avait été exigé par le Programme d’action de Beijing et ses suivis, la
Déclaration du Millénaire inclut l’égalité de genre autant comme un objectif per se
que comme un moyen essentiel de combattre la pauvreté et de réaliser le
développement durable.

 En s'appuyant sur les leçons tirées des efforts pour atteindre les Objectifs du
Millénaire pour le développement, le programme de développement post-2015 global
devra être de s'attaquer aux causes structurelles des inégalités, être ancré dans le
respect des droits humains, et intégrer l'objectif d'égalité des sexes .

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Matière principale

SECTION B. CONCEPTS DE BASE ET DÉFINITIONS: QUOI?

1. Qu’entend-on par “genre”?


Le terme “genre” fait référence à un éventail de rôles sociaux et de relations, de traits de
caractère, d’attitudes, de comportements, de valeurs, aux respectifs pouvoir et influence
attribués aux femmes et aux hommes selon leur sexe6. Ce terme peut être perçu comme
complexe car il prend en considération un large éventail de facteurs culturels et sociaux
qui peuvent varier dans le temps comme dans l’espace. La distinction entre “genre” et
“sexe” peut nous aider à parvenir à une définition plus claire de ce terme. D’une part, le
terme “sexe” fait référence aux caractéristiques biologiques et anatomiques
génétiquement déterminées des femmes et des hommes qui se manifestent par leurs
différents rôles dans la reproduction biologique. D’autre part, le terme “genre” fait
référence aux rôles et responsabilités socialement déterminés attribués aux femmes et
aux hommes dans un contexte social et culturel donné en vertu de leurs caractéristiques
biologiques.

Le genre est: Le genre n’est PAS:


 Socialement déterminé.  Le sexe.

 Modifiable dans le temps, au  La femme.


sein et de par les cultures.

Alors que les différences de sexe sont déterminées avant la naissance et ne peuvent pas
être modifiées par des influences environnementales ou culturelles, le genre est une
identité acquise et qui par conséquent change dans le temps, au sein ou de par les
cultures.

Genre ou Sexe?
Certaines affirmations comme “seules les femmes peuvent donner
naissance” et“seuls les hommes peuvent avoir le cancer de la prostate” font
référence aux caractéristiques biologiques des femmes et des hommes : ces
affirmations sont vraies aujourd’hui comme elles l’étaient il y a une décennie,
alors qu’elles sont affirmées à l’est, à l’ouest, au nord et au sud.

D’autre part, les affirmations selon lesquelles “seules les femmes peuvent
élever des enfants” ou “seuls les hommes peuvent conduire des camions”
font référence aux caractéristiques socialement déterminées assignées aux
femmes et aux hommes : même si chacun les considère comme vraies elles
ne sont pas universelles et peuvent être acceptées ou non selon où et quand
elles sont affirmées et à qui elles sont présentées.

6
INSTRAW 2004, Glossaire sur les termes de genre et concepts,
http://www.un-instraw.org/en/index.php?option=content&task=view&id=37&Itemid=76

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Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale
Le genre dépend de la définition que notre société donne à la masculinité et la féminité
c’est-à-dire ce qui est approprié aux hommes et aux femmes respectivement. Ces
concepts peuvent être influencés par plusieurs facteurs comme les croyances culturelles
et religieuses, les mythes, les proverbes, les jeux, les traditions populaires, la publicité,
les films, la famille, la parenté, la communauté, etc…

Coup d’œil sur le genre et identité de genre

Le genre est notre statut social et juridique comme filles et garçons, femmes et hommes.

L'identité de genre est comment vous vous sentez et exprimez votre genre.

La culture détermine les rôles de genre et de ce qui est masculin et féminin.

Qu'est-ce que cela signifie d'être une femme ou un homme? Que nous nous
reconnaissons en tant que femmes ou hommes n'est pas seulement déterminé par nos
organes reproductifs.

Notre genre comprend un mélange complexe de croyances, comportements et


caractéristiques. Comment agissez-vous, parlez, ou vous comportez ? Comme une
femme ou un homme? Êtes-vous féminin ou masculin, les deux ou aucun des deux?

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Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale

2. Les relations de genre


Le “genre” est un terme relationnel : il ne fait pas uniquement référence aux femmes et
aux hommes mais plutôt à leurs relations. “Les relations de genre” font référence aux
différents modes de définition des droits par une société, aux responsabilités et aux
identités des hommes et des femmes dans leurs relations. Les relations de genre sont
inévitables – parce que les femmes et les hommes interagissent dans toutes les sphères
de la vie – et concernent dès lors le domaine privé (la famille, le mariage, etc.) comme le
domaine public (l’école, le marché du travail, la vie politique, etc.) Toutes les relations
sociales incluent une composante de genre car elles sont – de différents points de vue –
définies par l’identité de genre des personnes concernées.

Exemples de relations de genre


Une femme peut être épouse en relation à un homme qui est son époux, et
une employée en relation à son employeur de sexe masculin, une fille en
relation à son père, ou une élève en relation à son professeur

Un examen approfondi des relations de genre révèlera l’existence d’un fort composant de
pouvoir structurant chaque relation. Le pouvoir est distribué tout au long des lignes de
genre au sein d’un large éventail de pratiques sociales, la plupart du temps au
désavantage des femmes. Les relations de pouvoir sont évidentes, par exemple dans la
façon dont les ressources (naturelles, économiques, politiques, etc.) sont distribuées
entre femmes et hommes. Les femmes souffrent souvent d’un accès plus limité aux
ressources économiques, naturelles et sociales, ce qui diminue leur pouvoir de
négociation de leur position au sein de leur ménage, de la communauté, du marché du
travail et de la vie politique.

Outre le genre, les relations sociales peuvent être influencées par de nombreux autres
facteurs et une certaine diversité peut être définie selon de nombreux critères parmi
lesquels nous trouvons l’âge, la classe, l’ethnie, la religion, l’orientation sexuelle,
l’affaiblissement physique et mental. Les individus peuvent avoir de multiples identités
selon leur appartenance religieuse ou leur tendance politique, leur ethnicité, leur statut
social et ainsi de suite.

3. Les rôles de genre et le partage du travail selon le genre


Le concept de “rôles de genre” fait référence aux activités attribuées aux femmes et
aux hommes sur la base de leurs différences perçues. Les rôles de genre sont
socialement déterminés, changent dans le temps et l’espace, et sont influencés par des
facteurs sociaux, culturels et environnementaux caractérisant une certaine société,
communauté ou période historique. Les rôles de genre visent à instaurer des frontières
entre ce qui est perçu comme approprié pour les femmes et les hommes dans la société,
d’un point de vue des domaines public comme privé. De tels rôles sont acceptés comme
“naturels” et assimilés par les filles et les garçons depuis leur plus jeune âge par le biais
des modèles de genre qu’ils prennent de leur environnement social. Dans de nombreuses
sociétés, les individus subissent une forte pression pour respecter de tels modèles, non
seulement de façon directe par la famille ou la communauté, mais aussi indirectement

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Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale
par le rôle de modèles du tissu social – le marché du travail, la politique publique, le
système de taxation, etc., qui souvent restent dissuasifs pour un changement social.

Les hommes comme les femmes jouent de multiples rôles dans leur vie, dans le domaine
productif – qui inclut les activités relatives à la production de biens de consommation ou
au commerce ainsi que les activités rémunératrices, et le domaine reproductif – qui inclut
des tâches et des activités relatives à la création et au maintien de la famille et du
ménage.

Toutefois, dans de nombreuses sociétés, les rôles des hommes dans le domaine
productif est saillant alors que leur rôle reproductif – ou domestique - reste subsidiaire.
Le travail productif des hommes a lieu habituellement hors du foyer et leur permet de
réaliser leurs rôles séquentiellement plutôt que simultanément. Dans de nombreux pays,
les hommes sont plus concernés par les processus de prise de décision au sein des
activités politiques : ils siègent en assemblées et conseils et dirigent plus d’agences
gouvernementales que les femmes, détiennent donc un pouvoir politique plus important,
et sont capables d’exercer une plus forte influence sur leurs communautés.

Les femmes, en revanche, doivent d’une façon générale simultanément jongler entre
différentes tâches en raison de leur tendance à assurer de multiples rôles au sein des
sphères reproductives et productives (cela est souvent appelé le “multi-tâches”). Les
femmes ont dès lors été décrites comme ayant souvent un “triple rôle”7 :

 Un rôle productif : même si les femmes dans le monde ont des emplois payés ou
bien travaillent au sein d’activités rémunératrices, elles tendent à perdre en termes
d’accès à l’emploi, de contrôle de l’emploi, ainsi que de bénéfices des ressources
productives.

 Un rôle reproductif (ou rôle domestique) : la reproduction concerne toutes les


activités nécessaires au maintien et à la survie de la vie humaine. Des exemples
incluent la maternité, la garde des enfants, la cuisine, la lessive, le ravitaillement des
courses… Une distinction peut aussi avoir lieu entre les mères et les femmes qui ne
sont pas mères.

 Un rôle de gestion de la communauté : ce terme est utilisé pour décrire des


activités habituellement réalisées par les femmes – comme extension de leur rôle
reproductif – pour le bénéfice de la communauté, par exemple le ravitaillement et la
conservation de ressources rares de consommation collective comme l’eau, la santé
ou l’éducation. Ce travail est très souvent non payé et volontaire. Les activités de
gestion de la communauté en revanche assurées par les hommes tendent à être plus
visibles et de valeur sociale plus élevée (comme l’administration de la justice locale).

Le rôle reproductif des femmes ainsi que le rôle de gestion de la communauté sont
souvent perçus comme “naturels” : comme ils ne génèrent aucun salaire, ils restent bien
souvent invisibles au niveau de l’économie nationale même si ces rôles peuvent aussi
avoir un profil professionnel. Par exemple, si une mère ou bien d’autres parentes
s’occupent des enfants pendant leurs “heures de travail” ces femmes ne seront pas
financièrement récompensées. Toutefois, des professionnels de “carrière” reçoivent une
rémunération pour les mêmes tâches et sont considérés par les statistiques
économiques. La professionnalisation des tâches domestiques contribue partiellement à
la concentration des femmes au sein de certaines catégories (infirmière, aide ménagère,
etc.) ce qui renforce le stéréotype selon lequel chaque femme possède une qualité
“naturelle” pour le travail domestique.

La façon dont le travail est divisé entre les hommes et les femmes selon leurs rôles de
genre fait habituellement référence à “la division de genre du travail”. Cela ne

7
Moser C. O. N., ‘Gender planning and development: theory, practice and training’, Londres: Routledge, 1993 .
GDA_FR_M0 15
Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale
concerne pas seulement l’emploi payé mais plus généralement le travail, les tâches et les
responsabilités assignés aux femmes et aux hommes dans leur vie quotidienne, et qui
peuvent à leur tour déterminer aussi certains modèles sur le marché du travail.

La division de genre du travail

 Dans certaines parties de l’Asie, il est fréquent de voir des femmes


travailler comme manoeuvres pour la construction de routes, alors qu’en
Europe la construction de ces routes est généralement un travail
masculin.

 Dans certaines cultures, l’achat des fournitures pour le foyer est une
tâche réservée aux hommes alors que dans d’autres ces tâches sont
réservées aux femmes.

 Dans certaines cultures bouddhistes, avoir de l’argent peut être mal


considéré. En raison de leur bas statut social, posséder de l’argent relève
souvent de la responsabilité des femmes.

 Dans certaines cultures islamiques, d’autre part, les hommes peuvent


contrôler les finances du foyer et en assurer l’achat des fournitures.

Il est souvent soutenu que la division de genre du travail est le résultat de traits
biologiques ; pourtant, si on considère le fait que dans certaines sociétés les femmes
assurent des tâches et des travaux réservés traditionnellement dans certaines autres à
des hommes, et vice-versa, on s’aperçoit que la division du travail dépend surtout de ce
que chaque société perçoit comme approprié pour les hommes et les femmes.

Le marché du travail (aussi bien que l’éducation et la formation) connaît une sévère
ségrégation selon le genre avec des différences selon les régions et les cultures. Aussi, la
division de genre au sein de la main d’oeuvre est souvent vraie car les hommes dominent
certains secteurs et emplois comme les femmes dans d’autres. Par exemple, il existe une
concentration de femmes dans les services et une concentration d’hommes dans
l’industrie. Dans les sous-secteurs, il existe aussi une division selon le genre : par
exemple, dans l’industrie, les femmes sont plus présentes dans l’électronique et la
fabrication de vêtements alors que les hommes le sont plus dans l’industrie automobile.

Cela est appelé “ségrégation professionnelle”, généralement divisée en une dimension


horizontale et une dimension verticale. Dans un contexte de genre, la ségrégation
horizontale fait référence à l’idée que les hommes et les femmes se trouvent dans des
secteurs professionnels différents. Les femmes sont habituellement très présentes dans
les secteurs qui requièrent moins de compétences (par exemple l’agriculture), qui
représentent de moindres chances d’avancement de carrière (par exemple les services),
et qui concernent les services à la personne (par exemple le métier d’infirmière),
coïncidant souvent aussi avec les bas salaires. D’autre part, la ségrégation verticale
fait référence à l’idée que les hommes et les femmes occupent différentes positions
hiérarchiques dans un même secteur professionnel. Au sein de ce même secteur, les
femmes tendent à occuper les plus bas emplois de l’échelle hiérarchique (et par
conséquent les plus basses échelles de salaires). Les statistiques montrent que plus la

GDA_FR_M0 16
Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale
position est haute plus le fossé de genre est grand, par conséquent, et en moyenne, les
femmes occupent moins de 5 % des hauts emplois au sein des corporations8.

La division de genre du travail n’est pas immuable dans le temps ; elle évolue en fonction
de plus larges changements économiques, politiques et sociaux. Par exemple, les
hommes et les femmes ont différentes raisons d’émigrer et s’engagent dans différentes
professions quand ils émigrent. La migration peut aussi pousser les hommes à assurer
des tâches qu’ils n’accepteraient pas dans leur rôle social habituel, comme devoir cuisiner
pour eux-mêmes.

4. La discrimination par le genre


La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des
femmes (CEDEF) définit la discrimination comme “toute distinction, exclusion ou
restriction fondée sur le sexe qui a pour effet ou pour but de compromettre ou de
détruire la reconnaissance, la jouissance ou l’exercice par les femmes, quel que soit leur
état matrimonial sur la base de l’égalité de l’homme et de la femme, des droits de
l’homme et des libertés fondamentales dans les domaines politique, économique, social,
culturel et civil ou dans tout autre domaine”. Une telle définition ajoute un aspect crucial
à la discussion sur la discrimination, car elle en fait un sujet pour les droits humains. La
discrimination par le genre n’est pas seulement la conséquence d’opportunités niées ou
de résultats inégaux, elle est avant tout une violation des droits humains de la femme.

La discrimination par le genre est en outre une différence de traitement fondée sur le
sexe qui impose à un individu des désavantages ou des limites à son accès aux
opportunités pourtant disponibles aux autres membres de la société. Une telle définition
insiste non seulement sur les aspects procéduraux qui peuvent se révéler
discriminants (différence de traitement), mais aussi sur les résultats de certaines
pratiques qui pourraient engendrer privations et limites, et suggère que la présence
d’une intention n’est pas nécessaire à identifier une situation discriminatoire9.Cela nous
permet de faire une distinction très importante entre discrimination directe et indirecte.

La discrimination est directe quand les lois et les pratiques excluent explicitement ou
donnent une préférence à certains individus uniquement sur la base de leur
appartenance à un groupe en particulier.

La discrimination indirecte est plus difficile à détecter car elle fait référence à des
normes, procédures et pratiques qui apparaissent comme neutres mais dont la mise en
oeuvre affecte de façon disproportionnée les membres de certains groupes.

La notion de discrimination indirecte a au moins deux implications significatives10. La


première démontre que traiter des personnes différentes de la même façon, sans prendre
en considération des circonstances spécifiques ou un contexte désavantageux, peut dans
certains cas perpétrer ou aggraver des inégalités existantes au lieu de les diminuer. Les
pratiques de la sphère publique ou privée qui évitent de prendre en compte des inégalités
de genre comme facteur déterminant sont dénommées “gender-blind” (aveugle de
genre) ou “gender-neutral” (neutre de genre) : elles ne sont pas ouvertement
discriminatoires mais peuvent générer des inégalités.

La seconde importante implication de ce concept de discrimination indirecte réside dans


le fait qu’elle sous-entend la possibilité selon laquelle la discrimination peut ne pas être

8
OIT, Decent Work for Women - An ILO proposal to accelerate implementation of the Beijing Action Platform,
Genève, Bureau de l’égalité entre hommes et femmes, 2000.
9
Manuela TOMEI, Sur les notions de discrimination et d’égalité au travail, Revue internationale du travail,
Volume 142 (2003), No. 4.
10
Ibid.
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Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale
une caractéristique systémique de certaines cultures de lieux de travail ou de structures
institutionnelles11.

Discrimination par le genre– directe ou indirecte?


Les annonces de vacances de postes qui découragent ouvertement les
candidatures de travailleurs/euses mariés sont des exemples de discrimination
directe.

Dans de nombreux pays, les travailleurs/euses domestiques sont exclus de la


protection que la loi assure pourtant à d’autres employés. Comme les
travailleurs/euses domestiques sont dans la plupart des cas des femmes ou des
membres de minorités ethniques ou de travailleurs migrants, leur exclusion à
certains droits au travail constitue une forme de discrimination indirecte sur le
sexe, la race, l’origine ethnique ou la nationalité.

L’importance de la reconnaissance de la nature transversale du genre lors de la


considération de facteurs sociaux contribuant à l’identité de l’individu est cruciale lors de
la remise en question de la discrimination : en raison de leur genre, les femmes sont plus
sujettes à devoir affronter une discrimination multiple. Malgré le fait de constituer une
discrimination par lui-même, le genre exacerbe aussi d’autres types de discrimination :
par exemple, une femme provenant d’un groupe indigène est plus vulnérable à la
discrimination que sa contrepartie masculine.

11
OIT, 2007. L’Egalité au travail: relever les défis. Rapport global en vertu du suivi de la Déclaration de l’OIT
relative aux principes et droits fondamentaux au travail. Conférence internationale du travail, 96ème Session,
2007 - Rapport I (B). Genève.

GDA_FR_M0 18
Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale

POINTS CLÉS

 Le terme “relations de genre” fait référence aux moyens par lesquels une société
définit les droits, les responsabilités et les identités des hommes et des femmes, en
relation les uns avec les autres.

 Même si le genre constitue une variable séparée dans la définition des relations
sociales, le genre concerne tout autant d’autres facteurs déterminants comme l’âge,
la classe, l’ethnie, la religion, l’orientation sexuelle, l’affaiblissement physique et
mental.

 Le terme “rôles de genre” fait référence aux activités attribuées aux femmes et aux
hommes sur la base de leurs différences perçues. Ils sont socialement déterminés,
changent à travers le temps et l’espace, et sont influencés par des facteurs sociaux,
culturels et environnementaux.

 Le rôle principal des hommes est la plupart du temps un rôle productif, alors que les
femmes, dans de nombreux cas, jouent des rôles multiples dans les sphères
productives comme reproductives.

 La division de genre du travail fait référence à la façon dont le travail est divisé entre
les hommes et les femmes selon leurs rôles de genre.

 La ségrégation horizontale fait référence au fait que les hommes et les femmes
occupent différents secteurs professionnels ;

 La ségrégation verticale fait référence au fait que les hommes et les femmes
occupent différentes positions hiérarchiques dans le même secteur professionnel.

 La discrimination directe fait référence aux lois et pratiques qui explicitement


excluent ou donnent préférence à certains individus seulement sur la base de leur
appartenance à un groupe en particulier.

 La discrimination indirecte fait référence aux normes, procédures et pratiques qui


apparaissent comme neutres mais dont la mise en oeuvre affecte de façon
disproportionnée les membres de certains groupes.

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Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale

SECTION C. STRATÉGIES POUR LA PROMOTION DE L’ÉGALITÉ


ENTRE LES HOMMES ET LES FEMMES: COMMENT?
En plus de constituer un objectif de développement par elle-même, l’égalité entre les
hommes et les femmes est aussi considérée comme transversale, et nécessaire à
l’achèvement des autres objectifs de développement. Pour s’assurer que l’égalité de
genre soit prise en compte dans tous les domaines, à tous les niveaux, certaines
stratégies peuvent être adoptée. Cela inclut des activités spécifiques pour promouvoir
l’autonomisation du groupe le plus désavantagé (souvent les femmes) et l’intégration
d’une perspective de genre dans les politiques, programmes, projets, et autres
initiatives.

Ceci est le cas pour de plus larges objectifs de développement comme la réduction de la
pauvreté, tout comme aussi certains objectifs spécifiques comme la réalisation du travail
décent pour toutes les femmes et les hommes, l’éducation primaire universelle, ou la
lutte contre l’épidémie du VIH/sida.

1. Instruments pour l’intégration du principe d’égalité entre les


hommes et les femmes
Le concept d’intégration du principe d’égalité entre les hommes et les femmes était
officiellement introduit comme stratégie internationale pendant la Conférence de Beijing
de 1995, en réponse au besoin d’incorporer une perspective genre dans tous les secteurs
de développement. Depuis lors, ce concept a été largement accepté comme une des
principales stratégies pour la réalisation de l’égalité des sexes, même s’il y a bien
souvent une certaine confusion sur sa nature et son objet.

L’intégration du principe d’égalité entre les


hommes et les femmes – Une définition des Nations
Unies
« Intégrer une démarche d’équité entre les sexes, c’est évaluer les
incidences pour les femmes et pour les hommes de toute action envisagée,
notamment dans la législation, les politiques ou les programmes, dans tous
les secteurs et à tous les niveaux. Il s’agit d’une stratégie visant à incorporer
les préoccupations et les expériences des femmes aussi bien que celles des
hommes dans l’élaboration, la mise en oeuvre, la surveillance et l’évaluation
des politiques et des programmes dans tous les domaines - politique,
économique et social - de manière que les femmes et les hommes
bénéficient d’avantages égaux et que l’inégalité ne puisse se perpétuer. Le
but ultime est d’atteindre l’égalité entre les sexes »

Extrait du rapport du Conseil économique et social concernant entre autre l’intégration du


principe d’égalité entre les hommes et les femmes, A/52/3, 1997.

L’intégration du principe d’égalité entre les hommes et les femmes n’est pas un objectif
en soi, bien plus, elle constitue une stratégie pour la réalisation de l’égalité entre les
sexes. Cela ne signifie pas ajouter une “composante femme” ou bien encore une
“composante égalité entre hommes et femmes” à une activité existante, cela signifie bien
plus un simple accroissement de la participation des femmes. La sous-entendue

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Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale
hypothèse est que les inégalités entre les hommes et les femmes sont profondément
ancrées dans la texture culturelle et socio-économique de la société et chaque domaine
et sphère sujets à la législation, les politiques, les programmes et toute forme d’action
planifiée contient une dimension de genre qui nécessite une prise en considération. Cela
inclut des secteurs au sein desquels les disparités entre les hommes et les femmes sont
plus visibles comme l’éducation, la santé et la sécurité sociale, mais aussi dans des
secteurs au sein desquels les différences entre les hommes et les femmes sont plus
“cachées” comme la macro-économie, la planification urbaine, les finances privées et
publiques, etc…

De plus, la question de l’égalité entre les sexes doit être considérée à tous les niveaux du
cycle du projet ou du programme comme les étapes de planification et de conception, de
mise en oeuvre, de suivi et d’évaluation. L’intégration du principe d’égalité entre les
hommes et les femmes prévoit que les rôles potentiels et les intérêts des hommes
comme des femmes soient pris en considération dans les programmes et les politiques,
comme une analyse de la manière dont sont planifiées les actions qui peuvent toucher
différemment les hommes et les femmes. Ce dernier point toutefois est souvent mal
compris car interprété comme si le respect du principe de non-discrimination était
suffisant pour assurer l’égalité entre les sexes par le biais de certaines politiques ou
législations. Cela n’est pas toujours vrai : une politique non ouvertement discriminatoire
envers chaque sexe – qui est alors “neutre de genre” – ne garantit pas nécessairement
des bénéfices et des résultats égaux pour les deux sexes. L’intégration du principe
d’égalité entre les hommes et les femmes n’implique pas que des actions planifiées
doivent être neutres de genre : au contraire, cela vise à les rendre sensibles à la
question de genre, ou même à les rendre “gender-transformative” 12 (évolutifs dans le
genre).

Le continuum des perspectives de l'intégration genre

L'objectif principal derrière l'égalité genre est de concevoir et mettre en œuvre des
projets de développement, des programmes et des politiques qui:

• ne renforcent pas les inégalités genre existantes (neutre « gender neutral »)

• tentent de corriger les inégalités genre existantes (sensible au genre « Gender


Sensitive »)

• tentent de redéfinir les rôles des femmes et des hommes et les relations genre
(positives / transformatrices)

Le degré d'intégration d'une perspective de genre dans un projet donné peut être
considéré comme un continuum:

Influencer Neutre Sensible Positive Transformatrice


négativement
sur le genre

Les inégalités Les questions Le genre est un Les questions Le genre est au
de genre sont de genre ne moyen de genre sont centre de
renforcées pour sont pas d'atteindre les essentielles à la promotion de
atteindre les considérées objectifs de réalisation des l'égalité genre
résultats de comme développement résultats de afin d’atteindre

12
Une liste des termes et concepts lies au genre pour décrire les différentes actions intégrant ou non une
perspective de genre est disponible, en anglais : « Glossary of gender related terms and concepts », United
Nations International Research and Training Institute for the Advancement of Women (UN-INSTRAW), www.un-
instraw.org
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Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale
développement pertinentes développement des résultats
escomptés pour les positifs pour le
résultats de développement
Aborder les
développement
normes de
Influencer les Transformer les
genre, les rôles
Utilise les normes, les relations genre
et l'accès aux
normes de rôles et l'accès inégales afin de
ressources dans
genre, les rôles Les normes, les aux ressources promouvoir «le
la mesure où
et les rôles et les dans les partage du
nécessaire pour
stéréotypes qui relations ne composantes pouvoir, le
atteindre les
renforcent les sont pas clés des contrôle des
objectifs du
inégalités affectés résultats du ressources,
projet
(aggravé ou projet vers plus prise de
amélioré) d’égalité décision, et
l'appui à
l'autonomisation
des femmes

Source: UN INSTRAW Glossary of gender-related terms and concepts, available at


http://www.un-instraw.org. (traduction libre)

L’égalité de traitement ne conduit pas nécessairement à des résultats égaux. Traiter


chaque personne de la même façon quand bien même des inégalités significatives
existent peut en fin de compte renforcer et aggraver de telles inégalités. L’intégration du
principe d’égalité entre les hommes et les femmes est une stratégie de long terme qui
souligne les causes premières des disparités de genre existantes afin d’éviter que les
inégalités ne soient toujours répétées. Cependant, l’intégration de ce principe n’est pas
suffisante à parer les inégalités existantes dans le court terme : comme déjà constaté,
les femmes se retrouvent dans une position désavantageuse dans de nombreuses
situations de la vie publique et privée. Aborder le sujet d’éventuelles inégalités est
fondamental pour l’efficacité de toute stratégie d’intégration du principe. Cela explique
pourquoi des mesures spécifiques de genre visant à avancer la position des femmes
dans la société sont tout aussi nécessaires, jusqu’à ce que les femmes soient capables de
participer – et de bénéficier – au développement en plein partenariat avec les hommes.
Il existe de nombreux instruments, approches pratiques et opérationnelles, qui peuvent
être utilisés afin d’inclure les questions de genre dans l’intégration de toutes les
politiques et de tous les programmes.

Les ingrédients clés pour l'intégration du genre


 Les statistiques ventilées par sexe et les informations qualitatives sur la situation
des femmes et des hommes doivent être obtenus pour la population en question.
 Une analyse de genre doit être menée à l'égard de la division sexuelle du travail,
l'accès et le contrôle des ressources matérielles et non matérielles, la base
juridique pour l'égalité / l'inégalité entre les sexes, les engagements politiques à
l'égard de l'égalité des sexes et la culture, les attitudes et les stéréotypes qui
affectent toutes les éditions précédentes.
 L'analyse de genre dans les politiques, programmes ou projets devrait révéler si
oui ou non l'activité envisagée contribuera à lutter contre les inégalités existantes
ou, et s'il ya des questions de genre qui n'ont pas été abordées.
 Lors de la planification des activités futures, l'analyse de genre contribue à
l'identification des points d'entrée ou les questions à aborder dans le but
d'atteindre les objectifs d'égalité des sexes, y compris les actions ciblant des
groupes spécifiques des femmes ou des hommes.
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Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale
 Les ressources humaines et financières suffisantes soient allouées pour mettre en
pratique les actions prévues.
 Leadership témoigne de l'engagement, de soutien et de responsabilité vers
l'objectif de l'égalité des sexes.
 Donner le temps, les connaissances et compétences nécessaires au personnel
opérationnel pour appliquer l'analyse de genre et de répondre aux lacunes
identifiées.
 Prendre conscience que l'intégration du genre est une stratégie à long terme qui
nécessite un changement culturel et institutionnel.
 Un système de suivi et d'évaluation sensible au genre doit également être mis en
place dès la phase de conception, y compris la mise en place d'indicateurs
permettant de mesurer le degré de réalisation des objectifs d'égalité genre et les
changements dans les relations de genre obtenus.

2. Renforcement des capacités pour l'intégration du genre

Renforcement des capacités des stratégies pour le changement institutionnel peut


comprendre tout de suite :

1.1. Analyse de genre


Le terme “analyse de genre” est utilisé pour décrire une approche systématique
d’examen des facteurs relatifs au genre. Cela implique un effort délibéré d’identification
et de compréhension des différents rôles, relations, situations, ressources, bénéfices,
contraintes, besoins et intérêts des hommes et des femmes dans un certain contexte
socio-culturel.

Métaphoriquement, l’analyse de genre implique porter une “loupe de genre” afin de bien
voir le contexte donné de la perspective des femmes comme des hommes. Par exemple
une analyse de genre des motifs d’emploi dans un quelconque pays illustrerait les taux
de participation de la force de travail, les ségrégations dans la profession, un partage
inégal entre les femmes et les hommes pour le travail domestique non rémunéré, comme
aussi un partage inégal dans l’emploi à temps partiel et dans l’emploi informel.

L’analyse de genre permet aussi de fournir une information détaillée sur les besoins
pratiques et stratégiques des hommes et des femmes en matière de genre dans une
communauté donnée. Cela tente de répondre aux interrogations relatives aux agences
comme : qui utilise quoi et comment, pourquoi. L’objectif est de mieux comprendre ce
que les hommes et les femmes font, les ressources et les contraintes qu’ils ont, et quels
sont leurs besoins et priorités pour que des mesures concrètes pour la promotion de
l’égalité dans l’emploi et de traitement entre les travailleurs et les travailleuses puisse
être mise en oeuvre.

Il existe différents cadres pour conduire une analyse de genre (voir le module sur
Approches et méthodologies – Campus de genre, GMS FR M2) qui peuvent être utilisés
selon le contexte et l’objectif de cette analyse.

D’une façon générale, une bonne analyse de genre doit inclure:

 La collecte de données désagrégées, par exemple par sexe ;

 L’identification de différentiels de genre au travail et dans la vie quotidienne, en


termes de division du travail, d’accès et de contrôle des ressources et des bénéfices ;
GDA_FR_M0 23
Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale

 La compréhension des besoins des jeunes filles, des garçons, des femmes et des
hommes, des contraintes et des opportunités en relation avec la connaissance et les
capacités requises, les conditions de travail, la protection sociale, les responsabilités
familiales, les prises de décision économique et politique ;

 L’identification des contraintes et des opportunités dans un vaste environnement


(lois, attitudes) ;

 La revue des capacités des institutions existantes et des mécanismes nécessaires


pour atteindre de façon égale les jeunes filles, les garçons, les femmes et les
hommes, et promouvoir l’égalité entre les sexes13.

1.2. Données ventilées par sexe14


Pour servir au mieux à leurs diverses applications, ce qui comprend permettre le suivi
des objectifs du développement, ou rendre possible des décisions politiques informées,
les statistiques du travail doivent donner une image aussi fidèle que possible de la
réalité. Cela signifie qu’elles doivent porter sur toutes les personnes sur le marché du
travail et décrire leur situation d’emploi avec la précision qui s’impose.

Les données ventilées par sexe contribuent à identifier les différences et similitudes entre
les hommes et les femmes en ce qui concerne : leurs contributions, leurs conditions de
travail et de vie, et plus particulièrement en ce qui concerne (a) les activités auxquelles
ils et elles participent et la mesure dans laquelle ils et elles y participent, (b) leur accès
aux ressources et avantages, et le contrôle qu’ils et elles exercent sur ceux-ci et (c) leurs
besoins, contraintes et chances d’accès relativement à une activité, à la loi, aux
politiques et aux programmes.

Les statistiques du travail qui incorporent ou intègrent le principe d’égalité entre les
hommes et les femmes auront les caractéristiques suivantes :

 Elles traitent de sujets permettant d’expliquer les différences et similitudes qui


existent entre les hommes et les femmes sur le marché du travail.

 tiennent compte des différents avantages, contributions, conditions et contraintes


des hommes et des femmes. Pour ce faire, ils doivent agir sur au moins deux fronts :

(a) en repérant les différences et similitudes entre les hommes et les femmes en ce qui
concerne l’éducation, le travail et la santé du fait qu’ils et elles exercent des professions
différentes à une intensité différente, souffrent de maladies différentes, et ont des
perceptions et des comportements différents quant à leurs situations sociale et
professionnelle qui sont largement influencées par les rôles traditionnels de la ménagère
et du soutien de famille;

(b) en tenant compte de ces différences lors de l’élaboration d’outils, la collecte de


données et la présentation des résultats.

Pour compiler des statistiques qui incorporent pleinement les questions d’égalité entre les
sexes…

13
Nielsen HASPELS, ILO Brief : Promotion of Gender Equality Through Gender Mainstreaming, OIT 2002,
disponible en anglais à :
http://www.ilo.org/dyn/gender/docs/RES/236/F1715121525/first%20workshop%20hand-out.doc
14
Adapté de: CIF/OIT, 2006, Module sur les instruments de statistiques. Campus de Genre, Turin.
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Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale

 Il faut qu’il existe une volonté politique en ce sens, et ce, à tous les échelons de
l’organisme qui réalise la collecte de données statistiques, confortée par la preuve
que la sexospécificité des statistiques améliore la qualité de ces dernières.

 Il faut que soit constituée une équipe responsable de cerner les aspects de l’égalité
entre les hommes et les femmes qui ont une importance dans les statistiques qu’ils
ciblent (p. ex. éducation, santé ou travail) pour leur organisation.

 Il faut mieux sensibiliser toutes les personnes qui participent de près ou de loin à
l’exercice de collecte de données, depuis le directeur de l’organisme de statistique
jusqu’aux enquêteurs, puisque la démarche d’intégration du principe d’égalité entre
les hommes et les femmes touche toutes les étapes de l’exercice de collecte de
données.

2. Actions spécifiques sur le genre


Les actions spécifiques relatives au genre peuvent être nécessaires pour aborder les
inégalités existantes dans un contexte donné. Les actions positives appartiennent à la
catégorie plus large des politiques d’égalité des chances, qui font référence à
l’ensemble des actions pouvant être prises pour faciliter l’accès égal des hommes et des
femmes à l’emploi, l’éducation, la formation, l’avancement de carrière, etc…Cela inclut la
législation nationale et les politiques de régulation des heures de travail, des congés
parentaux, de la garde des enfants et des services pour les travailleuses ayant des
responsabilités familiales. Cela fait aussi référence aux politiques d’entreprise proches
des besoins et intérêts familiaux (“family-friendly”) tout comme la garde journalière, les
modalités et heures de travail flexibles (temps partiel, temps partagé, télé-travail, etc…),
mais surtout des clauses assurant l’égalité des chances dans les procédures de
recrutement et de développement de carrière.

Les mesures spécifiques se concentrent en général sur l’amélioration des conditions de


groupes désavantagés. Elles devraient être adoptées en parallèle avec une intégration
plus large du principe d’égalité entre les hommes et les femmes, puisque ces stratégies
sont parfaitement compatibles et complémentaires.

Les activités spécifiques des femmes sont des interventions spécialement ciblées
pour les jeunes filles et pour les femmes toutes les fois que les normes et les valeurs
culturelles influencent la participation des femmes dans certaines activités. Par exemple,
dans le domaine de l’emploi, de telles activités peuvent impliquer :

 Des secteurs, industries et emplois au sein desquels les jeunes filles et les femmes
sont majoritaires (par exemple l’agriculture et le secteur du travail informel, le travail
à domicile, le travail domestique, la prostitution, les industries du cuire et du
vêtement) ;

 Des secteurs au sein desquels les jeunes filles et les femmes sont virtuellement
absentes (les industries à prédominance masculine et les niveaux d’emploi à
responsabilité).

Dans le domaine de l’éducation et de la formation, les actions spécifiques des femmes


peuvent s’avérer appropriées lorsque les femmes ont en moyenne des niveaux
d’éducation inférieurs à ceux des hommes, ou bien lorsque des capacités spécifiques de
formation leur sont requises pour participer à des activités en partenariat égal avec les
hommes. De plus, les actions spécifiques de femmes peuvent aussi concerner des
situations relatives à leur rôle reproductif en termes de santé ou de protection sociale
(grossesses d’adolescentes, santé reproductive, protection de la maternité, etc…).

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Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale
Les activités spécifiques des hommes sont aussi importantes – même si elles sont
souvent dominantes – car les contributions des hommes comme des femmes sont
nécessaires pour atteindre le plein partenariat nécessaire à la réalisation de l’égalité
entre les hommes et les femmes. Toucher la conscience des hommes sur les questions
relatives au genre et ses implications est particulièrement important car ce sont souvent
les hommes qui détiennent le pouvoir et l’autorité au sein des organisations et des
institutions. Leur engagement pour l’éradication des disparités de genre devient
fondamental.
Les actions positives ou affirmatives, parfois appelées discrimination positive,
constituent un autre type d’interventions spécifiques relatives au genre. Elles
représentent des mesures temporaires comme nécessaires conçues pour éliminer ou
prévenir une discrimination directe ou indirecte ou bien compenser des désavantages
existants. Généralement, elles consistent en l’établissement de cibles ou de quotas pour
un groupe sous représenté afin de générer une participation égalitaire dans certaines
activités. Cela peut être appliqué à des projets d’échelle plus petite ou plus grande ainsi
qu’à des programmes dans le domaine de l’éducation, de l’emploi ou de la participation
politique. Des quotas peuvent être établis pour des listes de partis lors d’élections
politiques, dans l’éducation nationale, ou au sein de programmes de formation, comme
au sein de structures organisationnelles privées ou publiques.

Action positive: composantes et mesures


Les programmes d’actions positives devraient avoir quatre composantes:

1. Des objectifs spécifiques numériques concernant le groupe couvert


par le programme ;

2. Des mesures spécifiques pour contrecarrer les causes de


discrimination relevées ;

3. Un emploi du temps pour atteindre les objectifs et appliquer les


mesures ;

4. Des mécanismes de supervision pour suivre le progrès accompli, faire


face aux difficultés, et assurer les ajustements nécessaires.

Les programmes d’action positive sont plus efficaces quand appliqués suivant
un accord conclu entre le gouvernement et les organisations d’employeurs et
d’employés concernées. Ils devraient être lancés en conjonction avec les
programmes de sensibilisation visant à changer les mentalités et les
attitudes.

Le genre de mesures qui peuvent être prises varie considérablement. Les


mesures peuvent inclure des activités correctives comme promotionnelles.
Ci-dessous sont mentionnées certaines suggestions d’action positive:

1. Encourager activement la participation des femmes dans divers


emplois et aux plus hauts degrés de responsabilité ;

2. Encourager les employeurs à recruter et promouvoir l’embauche de


femmes dans des secteurs, emplois et grades, au sein desquels elles
sont sous représentées ;

3. Promouvoir la participation des femmes au sein des structures


responsables des prises de décision en ce qui concerne l’emploi ;

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Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale

4. Publier largement et au grand public les différents moyens de


discrimination positive ;

5. Soutenir au niveau national les comités et organisations pour l’égalité


des chances qui peuvent promouvoir la mise en oeuvre, le suivi, et
l’évaluation des actions positives ;

6. Suggérer que les employeurs et les travailleurs développent leurs


propres directives, principes, codes de pratique pour l’action positive ;

7. Demander aux enseignes liées par des contrats publics d’adopter et


de mettre en oeuvre des programmes d’action positive pour leurs
employées.

Source: OIT 1995

3. Approches d’émancipation
L’émancipation signifie atteindre un niveau plus élevé de développement de bas en haut
(“bottom-up”), c’est à dire lorsque les personnes décident du “développement” qu’elles
désirent, en opposition à la planification de haut en bas (“top-down”) lorsque la décision
a déjà été prise avant même que les personnes n’en prennent connaissance. Plus
simplement, l’émancipation implique un contrôle accru sur sa propre vie, par exemple sa
propre disponibilité et sa propre organisation.

Lorsque l’on parle d’émancipation des femmes et des hommes, il doit être reconnu que
l’émancipation ne peut être donnée mais doit être intériorisée. Les femmes doivent être
elles-mêmes conscientes de cette émancipation et définir leurs problèmes en termes par
exemple de travail “décent”, plutôt que de laisser des tiers les définir pour elles et
développer les stratégies adéquates. Cependant, des personnes étrangères peuvent
souvent faciliter le processus et fournir des solutions utiles.

Comme émanciper signifie littéralement “donner du pouvoir à”, classifier l’émancipation


est crucial dans la conception des interventions d’émancipation. Émanciper peut être le
résultat de la position d’une personne comme occuper une position précise au travail. Les
femmes comme les hommes peuvent détenir un certain pouvoir car ils peuvent être des
“experts” dans leur travail. Ils peuvent aussi détenir ce pouvoir en raison de leur statut
(hiérarchique), leur personnalité, ou bien leur popularité. D’autres sources de pouvoir
peuvent provenir d’une position individuelle au sein de leur famille / parenté / tribu ou de
leur appartenance politique. Une manière possible de classifier ce pouvoir d’émancipation
est de le diviser en trois catégories15:

1. Le pouvoir de faire faire à quelqu’un ;

2. Le pouvoir d’inscrire un point sur l’agenda ou de retirer un point de l’agenda ;

3. Le pouvoir de faire faire à quelqu’un, même s’il ne sait pas qu’il a été influencé à le
faire.

Au sein du discours sur le genre, les dimensions de pouvoir énumérées ci-dessus peuvent
apparaître comme un moyen très “avancé”, car avant d’être capable d’exercer un pouvoir
sur une autre personne, il est crucial de pouvoir l’exercer d’abord sur soi-même. Dans ce
sens, cela est important d’analyser le pouvoir des femmes à travers leurs propres choix
de vie, avant tout sur leur propre corps que ce soit pour leurs choix de reproduction ou
d’intégrité physique, comme aussi sur l’investissement de leur capital humain – égalité

15
Lukes, Steven, 1974. Power: A Radical View, Londres: Macmillan.
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Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale
de capacités, de connaissance et d’éducation – et la possibilité d’accepter des emplois
rémunérés. À ce stade, l’analyse devrait permettre d’enquêter sur l’influence des femmes
sur elles-mêmes lorsque leur pouvoir est influencé par le pouvoir d’une autre personne.
Les trois dimensions énumérées ci-dessus s’avèrent dès lors utiles.

Une approche d’émancipation requiert un développement ascendant (de bas en haut).


L’émancipation des femmes peut apparaître par le biais d’une organisation collective et
d’un partenariat de groupes de femmes ou d’organisations de travailleurs, ou bien par le
biais d’une mobilisation politique, de la formation, et d’une prise de conscience. Dès lors,
afin d’encourager cette émancipation, il est souvent suggéré de créer des conditions
d’égalité des chances des femmes pour leur permettre d’organiser la promotion de leurs
propres intérêts. Les affaires des femmes ainsi que les situations dans lesquelles elles
sont leur propre employeur peuvent s’émanciper. Les stratégies d’encouragement de
l’émancipation des femmes doivent être mises en évidence très tôt dans le système
éducatif afin de combattre les stéréotypes et les peurs personnelles. Accroître la capacité
des femmes, leurs qualités et leur confiance en leur travail au sein d’emplois non
traditionnels pourra aussi encourager cette émancipation.

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Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale

POINTS CLÉS

 L’intégration du principe d’égalité entre les hommes et les femmes est une
stratégie afin d’assurer que les différents besoins, points de vue, perceptions des
femmes et des hommes, des jeunes filles et des garçons, puissent être pris en
considération dans la planification et l’évaluation du développement ;

 Les actions spécifiques sur le genre et l’intégration du principe d’égalité entre


les hommes et les femmes peuvent être menées en parallèle puisque ce sont deux
approches compatibles et complémentaires ;

 Le changement institutionnel à travers l’intégration du principe d’égalité est un


processus graduel de changement de la pensée vers l’intégration, du droit et de
l’élaboration des politiques, ainsi que de la programmation à tous les niveaux ;

 La désagrégation des données selon le sexe ainsi que l’analyse et la


planification selon le genre, incluant les processus de budgétisation, font partie
des instruments fondamentaux de l’intégration du principe d’égalité ;

 L’objectif ultime de l’intégration du principe d’égalité entre les hommes et les


femmes vise à atteindre l’égalité entre les sexes et l’émancipation des femmes.

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Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale

SECTION D. QU’EST-CE QU’UNE ANALYSE DE GENRE?

1. Qu’est-ce qu’une analyse de genre? Éléments à prendre en


considération
L’analyse selon le genre est une tentative systématique de faire ressortir les principaux
problèmes qui contribuent aux inégalités entre les sexes afin de les résoudre
adéquatement. Décrite comme étant «l’examen de toute différence de condition, de
besoins, de taux de participation, d’accès aux ressources et de développement, de
gestion du patrimoine, de pouvoir de décision, d’image, etc., entre les femmes et les
hommes par rapport aux rôles qui leur sont assignés en raison de leur sexe » 16, l’analyse
selon le genre constitue la base de l’intégration de la dimension de genre et permet de
déterminer si des mesures visant spécifiquement des femmes ou des hommes sont
nécessaires en plus des activités d’intégration de la dimension de genre.
L’analyse selon le genre devrait être menée à tous les niveaux, depuis la base (le niveau
micro) jusqu’aux niveaux politiques les plus élevés (niveau macro) en passant par les
niveaux intermédiaires (niveau méso) comme les systèmes de prestation de services, et
à travers tous les secteurs et tous les programmes de coopération au développement.
L’analyse selon le genre doit s’appuyer sur un examen des statistiques ventilées par sexe
et des informations qualitatives concernant la situation des hommes et des femmes. Une
analyse des questions de genre doit également reconnaître d’autres aspects de la
diversité qui ont des incidences sur tous les membres d’une société, dont l’âge,
l’appartenance ethnique et les conditions socio-économiques: ni les hommes ni les
femmes ne forment un groupe homogène.
Parmi les différentes analyses à effectuer comme les évaluations environnementales,
l’analyse selon le genre est un préalable pour examiner les options politiques pouvant
résoudre un problème de développement donné et pour élaborer des projets et des
programmes. Par exemple, une analyse sur les relations entre la pauvreté et les
questions de genre dans un pays donné pourrait être nécessaire pour élaborer un
document de stratégie pays ou pour l’élaboration de stratégies communes par le pays et
ses donateurs. L’analyse de genre informe et opère également en tant que base pour
établir un budget selon le genre.

2. Pourquoi une analyse selon le genre est-elle importante?


Une analyse selon le genre est importante parce que les inégalités entre les femmes et
les hommes doivent être repérées avant de prendre des mesures intégrant l’égalité des
genres ou des mesures visant spécifiquement des femmes ou des hommes pour les
corriger.
Les politiques et la législation peuvent être analysées au regard des réalisations de
l’égalité des genres ou des incidences possibles sur les hommes et les femmes.
Une analyse selon le genre est importante lorsqu’elle porte sur des institutions pour
déterminer la façon dont la prestation des services touche les femmes et les hommes ou
la façon dont les institutions sont elles-mêmes sexistes dans leurs pratiques de
recrutement, leur prise de décision et la division du travail.

Une analyse selon le genre fournit des informations sur les différents rôles des femmes et
des hommes à différents niveaux, sur leur accès et leur contrôle respectifs des bénéfices

16
Communautés européennes, 1998, 100 mots pour l’égalité: Un glossaire de termes sur l’égalité entre les
femmes et les hommes. Internet:
http://europa.eu.int/comm/employment_social/equ_opp/glossary/glossary_fr.pdf.

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Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale
matériels et non matériels de la société, ainsi que sur leurs priorités, besoins et
responsabilités.

L’analyse des besoins est une étape nécessaire lors de l’identification des stratégies
adaptées pour la promotion de l’égalité des genres. Les besoins pratiques des femmes
résultent souvent des rôles actuels assignés à chacun des sexes au sein de la société –
essentiellement celui de mère et de ménagère – et ils concernent les conditions de vie et
de travail inadaptées en termes de nourriture, d’abri, de santé et d’emploi. D’autre part,
leurs besoins stratégiques renvoient de façon plus générale à leur position de
subordonnée dans la société et aux nécessités de la vie à long terme pour éliminer les
inégalités qui créent aussi leurs besoins pratiques. Par exemple, rendre plus facile aux
femmes de trouver un travail pourrait combler leurs besoins pratiques en revenu, mais,
si aucun changement n’est associé dans la division du travail entre les sexes, le poids des
charges domestiques entravera toujours leur capacité à entreprendre un emploi
rémunéré. Par conséquent, lors de l’élaboration des politiques et programmes, il est
important d’examiner les besoins pratiques immédiats et de combler les inégalités
existantes dans le contexte précis, dans une perspective stratégique à long terme, afin
de s’attaquer aux causes profondes de telles inégalités.
Une analyse selon le genre doit également montrer le lien entre les inégalités à différents
niveaux de la société. Par exemple, une bonne analyse fera ressortir comment des lois
d’héritage qui stipulent que les femmes ne peuvent pas hériter de leurs parents ou
qu’elles héritent un montant inférieur à celui de leurs frères peuvent désavantager les
femmes en terme de développement économique.
Une analyse approfondie selon le genre devrait mettre en évidence la façon dont les
autres questions transversales (l’âge, l’environnement, l’origine ethnique, les droits) ont
également des incidences sur les femmes et les hommes. Par exemple, des femmes
âgées membres d’un groupe ethnique minoritaire sont plus désavantagées que des
jeunes femmes instruites de condition socioéconomique plus élevée. Les premières
peuvent se sentir plus solidaires avec les hommes de même condition qu’avec les
femmes plus privilégiées.
On peut, à la lumière d’une analyse approfondie selon le genre, comprendre les inégalités
existant entre les sexes dans une situation ou un secteur donné et proposer un ensemble
de mesures correctives à inclure dans le programme ou le projet.

3. Sources de données pour l’analyse selon le genre


L’analyse selon le genre consiste généralement à examiner les données existantes
concernant une population déterminée avant de décider d’autres méthodes à utiliser pour
obtenir des informations supplémentaires. Il faudrait consulter un large éventail de
sources, notamment les rapports et les études des gouvernements partenaires, des ONG
et d’autres bailleurs de fonds ainsi que des études théoriques. Il est possible d’obtenir
des données supplémentaires en consultant des études et des enquêtes ou en recourant
à des techniques d’évaluation rapide et à des groupes de discussion.

4. Des cadres d’analyse selon le genre


Différents cadres d’analyse selon le genre peuvent être utilisés pour structurer les
données obtenues grâce à l’analyse de genre. La plupart d’entre eux nécessitent une
collecte d’information différenciée selon le genre. Avoir de telles données est
extrêmement important puisque cela permet d’évaluer l’impact d’une action à la fois sur
les femmes et sur les hommes, de manière séparée.
Les cadres sont forcément rudimentaires puisqu’ils ne portent que sur une petite partie
d’un grand nombre de facteurs et d’aspects qui se répercutent sur une situation donnée,
et pas conséquent aucun cadre ne devrait être utilisé de manière exclusive. Il est plutôt
préférable d’utiliser ensemble des éléments de chacun, dépendamment de la situation.
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Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale
Alors que certains cadres, dont le cadre analytique de Harvard, se concentrent sur les
rôles sociaux (c.-à-d. la division du travail et la répartition des ressources selon le
genre), d’autres, comme l’approche des relations sociales, vise les rapports sociaux (c.-
à-d. les relations que les gens entretiennent entre eux, les rapports de pouvoir, le
pouvoir de négociation, etc.) et d’autres encore, une combinaison de ces deux
dimensions d’analyse.
Certains cadres examinent également les structures des organismes de développement
ou du secteur privé ainsi que les répercussions de leur prestation de services sur les
femmes et les hommes. Pour ce faire, il faut, par conséquent, analyser les lois et les
règlements des organismes qui influent sur l’accès des femmes et des hommes, ou les
incidences différentes de la législation nationale sur les femmes et les hommes17.

17
Voir Candida March, Ines Smyth et Maitrayee Mukhopadhyay, A Guide to Gender-Analysis Frameworks,
Oxfam, 1999, pour une revue des différents cadres d’analyse existants.
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Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale

Présentation des divers cadres d’analyse de genre

Le cadre de Harvard: C’est l’un des premiers cadres d’analyse du genre ; il est basé sur une
approche «efficience », un argument économique en faveur de l’affectation des ressources aux
femmes et aux hommes. Il examine principalement les profils d’activité des femmes et des
hommes, les différences d’accès et de maîtrise des ressources. Il met l’accent sur les rôles des
femmes et des hommes, plutôt que sur les mesures transformationnelles visant à réaliser l’égalité
des genres.
(Origine: 1985 Overholt, Anderson, Austin et Cloud a avec l’USAID)

Planification du genre mettant l’accent sur les besoins pratiques et stratégiques : Ce


cadre a pour but de mettre en place une planification du genre sous forme de planification en soi.
Il est basé sur l’équité de genre et l’autonomisation des femmes et examine les rôles de
production, de reproduction et de gestion communautaire des femmes dans la société. Il identifie
les écarts entre les besoins pratiques et stratégiques des sexes. Il permet de catégoriser les
réponses politiques, bien que toutes les réponses politiques ne cadrent pas bien avec ces
catégories et que certaines politiques peuvent comporter des éléments de diverses catégories.
(Origine: Début des années 80, Moser, Cellule de planification du développement, UK)

Cadre d’analyse du genre utilisé au sein de l’OIT: Associant les deux cadres ci-dessus, il met
l'accent sur les besoins pratiques et stratégiques des sexes pour enquêter sur la division du travail
entre les hommes et les femmes’ l’accès et la maîtrise des ressources et des avantages, les
opportunités de réaliser l’égalité des genres et la capacité de l’OIT et de ses organismes
partenaires à implémenter les questions d'égalité des genres.
(Origine: Bureau du BIT pour l’égalité entre hommes et femmes)

Matrice d’analyse du genre: Ce cadre est influencé par la planification participative et les
approches basées sur la communauté. Il est fondé sur la transformation participative des relations
et analyse le développement à quatre niveaux de la société (femmes, hommes, ménages,
communauté) et quatre types d'impact. Il est limité dans son application.
(Origine: 1993, Parker et Middle Eastern. Save the Children et groupe d’ONG)

Analyse socioéconomique et de genre: Ce cadre peut être utilisé en faveur du développement


centré sur les personnes. Il examine les questions socioéconomiques et de genre afin de soutenir
la planification participative et fixer les mesures requises au niveau macro, intermédiaire et
terrain et les liens qui les relient. Il associe l’analyse des parties prenantes, les analyses de
ressources et des contraintes, l’analyse institutionnelle et les outils d’appréciation participatives
sensibles au genre au niveau du terrain. Le programme SEAGA est une approche intégrée, mais
elle nécessite le renforcement des capacités de ceux qui veulent l’appliquer.
(Origine: 1995 FAO)

Approches des relations sociales: La genèse de ce cadre remonte à l'idée de permettre aux
femmes d'être des agents de leur propre épanouissement en mettant l’accent sur les relations
sociales et l’analyse institutionnelle. Il examine les structures des intermédiaires et leur prestation
de service en termes de genre; les inégalités dans la distribution des ressources, les
responsabilités et le pouvoir, les relations des personnes par rapports aux ressources et les
activités par le biais des institutions. En utilisant cette approche, les causes des inégalités de
genre deviennent plus manifestes et l’accent est mis sur les relations des femmes par rapport aux
hommes, à l’État et aux institutions.
(Origine: 1994 Institut des études sur le développement de l'Université du Sussex, UK)

Adapté de: CIF-OIT, Campus de genre, Module sur l’intégration du genre: Approches et Méthodologies, Turin,
2006

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Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale

5. Quelques éléments clés de l’analyse selon le genre à différents


niveaux
Examiner les problèmes en définissant où ils se situent (niveaux macro, meso ou micro)
sert à déterminer le niveau ou les niveaux auxquels ceux-ci doivent être affrontés. Cela
peut aider à déterminer quels éléments sont contrôlés par l’individu ou par l’institution de
développement en termes de changement effectif, et quels sont les éléments contrôlés
par ceux qui conduisent les analyses.
Niveau Macro
Le niveau macro fait référence aux activités qui gouvernent la politique nationale. Cela
inclue la législation et les règlementations. L’analyse met l’accent sur comment ces
politiques nationales influencent les activités d’une institution ou d’une organisation, ou
les activités de terrain. D’autres thèmes importants sont les politiques agricoles
nationales, les tendances démographiques, conditions de commerce, politique
d’éducation nationale, chiffres du chômage et tendances, et analyse des dépenses
publiques. L’influence internationale sur les lois et politiques peut aussi être examinée.
Des questions directrices peuvent être:

 Le gouvernement a-t-il pris des engagements concernant l’égalité des genres dans le
cadre des déclarations internationales telles que la Déclaration de Pékin, la
Déclaration sur les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) ou la
ratification de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à
l’égard des femmes (CEDEF)?

 Les politiques nationales et sectorielles reflètent-elles ces engagements en accordant


une attention particulière aux inégalités entre les hommes et les femmes à différents
niveaux et à des moyens pour les redresser?

 Comment les politiques, les lois et les règlements en vigueur (le droit de vote, les
droits à l’héritage et aux possibilités de crédit, les droits de divorce et la garde des
enfants) ont-ils des incidences différentes sur les femmes et sur les hommes?

 Comment les décisions sont-elles prises dans les institutions nationales (parlement,
ministères, universités, entreprises)? Comment les femmes sont-elles représentées
dans ce système? Comment les décisions sont-elles prises?
Niveau Meso (intermédiaire)
Au niveau meso, l’accent est mis sur les institutions (ONGs, organisations de
développement), comment elles opèrent en termes de prestation de service et de mise
en œuvre, et comment elles influencent la politique nationale. C’est à ce niveau que la
plupart d’entre nous travaillent. A ce niveau, on se concentre sur les services en matière
d’éducation et de santé, sur le rôle des secteurs public et privé, niveau de
décentralisation, structures institutionnelles, et niveau d’expertise des institutions.

Des questions directrices peuvent être:

 Les structures de prestation des services (p. ex., les structures des services sociaux à
ce niveau – santé, éducation, emploi, transports, police, appareil judiciaire, etc.)
reflètent-t-elles l’équilibre entre les sexes au niveau de la direction et de l’effectif? Les
femmes et les hommes ont-ils le même accès à l’emploi et aux services? Y a-t-il une
garantie que les hommes et les femmes soient traités de la même façon pour ce qui
est des revenus et des avantages?

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Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale

 Les entreprises et les institutions du secteur privé (y compris les banques, les médias
etc.) reflètent-t-elles un équilibre entre les sexes dans leur gestion et au sein de leur
effectif? Les femmes et les hommes ont-ils le même accès à l’emploi et aux services?

 Y a-t-il, sur le marché du travail, une ségrégation professionnelle, horizontale et


verticale, selon le genre?
Niveau Micro

Au niveau micro, l’accent est mis sur les bénéficiaires, femmes et hommes. L’analyse doit
se concentrer sur comment identifier leurs besoins et priorités spécifiques en fonction du
contexte, et examiner dans quelle mesure les rôles et relations de genre, et la culture,
sont des éléments décisifs.

Des questions directrices peuvent être:

 Quelle est la division du travail entre les femmes, les hommes, les jeunes et les
personnes âgées? Qui, en règle générale, fait quoi? Y a-t-il eu des changements
attribuables à la guerre, à la migration de la main-d’oeuvre, à la pandémie VIH/SIDA?

 Y a-t-il des inégalités entre les hommes et les femmes dans l’accès aux ressources,
notamment les nouvelles ressources? Qui a le contrôle de ces ressources, y compris
les avantages découlant d’organismes ou de projets de développement (ou de toute
autre intervention externe du gouvernement)? Les ressources comprennent aussi les
ressources non matérielles comme le temps, la connaissance, l’information et les
droits.

 Quels sont les facteurs qui influencent l’accès et le contrôle des ressources (par
exemple l’âge, le sexe, la position dans une organisation, la santé, la situation rurale
ou urbaine, le niveau d’éducation, les réseaux et les appuis)?

 Au niveau communautaire, comment les décisions concernant les différentes activités


et ressources sont-elles prises?

 Au niveau de la famille, qui prend les décisions sur les différentes ressources et
activités?

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Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale

Exemple de liens entre les niveaux macro, meso et micro:


accès aux services financiers dans un contexte donné

Les hommes et les femmes ont différents besoins de crédit, pour générer des
revenus, ou autres projets de développement. Les femmes contrôlent l’argent
pour ce qui concerne les petits achats du ménage, tandis que les hommes
contrôlent les revenus pour de plus grands postes budgétaires. Les femmes
ne connaissent souvent pas leurs droits en matière de demande d’emprunts.
Demander un prêt est considéré comme peu féminin, et vulgaire de la part
d’une femme. Les hommes possèdent généralement la terre et autres
Micro capitaux fixes. Il est nécessaire de savoir lire et écrire pour remplir une
demande de prêt, mais il y a en général plus de femmes que d’hommes
illettrés. Les femmes ont une faible estime d’elles-mêmes, et voient les
hommes dans les institutions de prêt ou dans les ONG, comme « grands et
importants ». Le langage financier leur est peu clair. Parfois d’autres
personnes dans la société méprisent ceux qui prennent une initiative
d’entreprise. Les groupes désavantagés ont souvent besoin de très petits
prêts.

La structure du système formel de crédit est très hiérarchique et ne semble


pas facile d’utilisation. Le montant minimum d’un prêt est très élevé et le
temps de traitement est le même pour l’institution, que le prêt soit élevé ou
bas. Le système formel de crédit emploie surtout des hommes, et il n’est pas
approprié pour des femmes de travailler avec des banques. Les sources
informelles de crédit passent par des prêteurs, qui traitent avec les chefs de
Meso famille masculins. Certaines ONG sont impliquées dans l’extension des prêts,
mais elles ne peuvent offrir de prêts qu’à des groupes de femmes, pas à des
individus. L’information à propos des systèmes de crédit circule à travers les
journaux et de bouche à oreille. Une demande de prêt requière la signature
d’un chef de famille masculin. Il n’est pas considéré comme « normal »
d’offrir des prêts à des femmes. Les femmes entrepreneurs ne sont pas
considérées comme « sérieuses ».

En raison du contrôle de l’Etat, les institutions de prêt n’ont pas le pouvoir de


prêter à ceux qui n’ont pas de capital fixe, comme les femmes agricultrices.
Le code légal du pays ne prévoit pas de disposition pour que les femmes
puissent posséder des terres, et elles sont parfois considérées comme
« mineures » aux yeux de la loi. Par conséquent, les institutions de prêt ne
peuvent pas légalement prêter aux femmes. Les politiques de crédit et de
Macro
prêt sont diffusées à travers des circulaires très formelles et compliquées, et
dans les pages consacrées aux finances des journaux nationaux. Bien que le
gouvernement souhaite promouvoir l’entreprenariat, offrir des prêts à travers
des institutions semble trop compliqué. La politique des ONG internationales
travaillant dans le pays est d’offrir des prêts de groupe – groupes de 14
personnes minimum. Il n’y a pas de flexibilité pour des groupes plus petits.

Source: CIF-OIT, Campus de genre, Module sur l’intégration du genre: Approches et


Méthodologies, Turin, 2006

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Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale

POINTS CLÉ

 L’analyse de genre en temps opportun est importante parce qu’elle renseigne les
procédures d’intégration ou les mesures spécifiques en faveur des hommes ou des
femmes.

 Une analyse selon le genre fournit des informations sur les différents rôles des
femmes et des hommes à différents niveaux, sur leur accès et leur contrôle
respectifs des bénéfices matériels et non matériels de la société, ainsi que sur leurs
priorités, besoins et responsabilités.

 Une analyse de genre permet aussi de déterminer comment les institutions et leurs
pratiques affectent diversement les hommes et les femmes.

 Idéalement, une analyse selon le genre devrait être réalisée selon des méthodes
participatives et à partir de données qualitatives et quantitatives ventilées par sexe

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Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale

SECTION E. INDICATEURS SENSIBLES AU GENRE

1. Indicateurs et indicateurs sensibles au genre


Un indicateur est un pointeur. Ce peut être une mesure, un nombre, un fait, une opinion
ou une perception qui met l’accent sur une condition ou une situation précise et mesure
les changements intervenus dans cette condition ou situation sur une période de temps.
Autrement dit, les indicateurs permettent de regarder de près les résultats des initiatives
et des actions. La différence entre un indicateur et une statistique réside en ce que les
indicateurs impliquent une comparaison par rapport à la norme. Une statistique serait,
par exemple, « 100.000 femmes sont instruites », alors qu'un indicateur serait « 50%
des femmes et 70% des hommes sont instruits ».
Les indicateurs tenant compte des écarts entre les hommes et les femmes ont une
fonction spéciale : indiquer dans quelle mesure et par quels moyens les
programmes et projets de développement ont atteint les objectifs et résultats
prévus en matière d'égalité des sexes. Les indicateurs tenant compte des écarts
entre les hommes et les femmes mesurent les changements apportés, avec le
temps, aux rôles masculins et féminins18.
Les indicateurs sensibles au genre sont utiles parce qu’ils démasquent les inégalités de
genre. Les indicateurs généraux tels que le Produit National Brut (PNB) ont été utilisés
d’une manière qui voile ou sous-évalue la contribution des femmes dans la société. Un
bon exemple illustrant cette sous-évaluation est le fait que, dans de nombreuses
sociétés, les domaines de travail traditionnellement réservés aux femmes, à savoir
l’éducation des enfants et le ménage, ne sont pas inclus dans les systèmes de
comptabilité nationale.
Les indicateurs sensibles au genre sont importants parce qu'ils peuvent mesurer les
changements en matière d'égalité des genres - un indicateur sensible au genre peut être
défini comme un indicateur qui mesure les changements liés au genre intervenus dans
une société sur une période de temps.

2. Quand faut-il recourir aux indicateurs sensibles au genre


Les indicateurs sensibles au genre sont nécessaires pour mesurer les progrès réalisés au
regard des objectifs qui doivent eux-mêmes être sensibles au genre. Or, une des
conditions préalables de l’établissement d’indicateurs sensibles au genre est la
disponibilité de données statistiques ventilées par sexe ainsi que d’autres types
d’information qualitative qui tient compte des différences entre les femmes et les
hommes.

Indicateurs pour l’objectif 3 des OMD


Les gouvernements, les bailleurs de fonds et d’autres organismes de développement ont
pris l’engagement de s’assurer que les indicateurs de développement sont sensibles au
genre dans le cadre des OMD.

Les indicateurs clés élaborés à partir des OMD sont utilisés comme référence pour
l’analyse dans les DSP des pays et des donateurs. Pour mesurer la performance vis-à-vis
de l’objectif 3, à savoir promouvoir l’égalité des genres et renforcer le pouvoir des
femmes, les indicateurs suivants au niveau national sont nécessaires:

18
ACDI, 1997, Manuel pour les projets – pourquoi et comment utiliser des indicateurs tenant compte des écarts
entre les hommes et les femmes, Ministère des Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, 1997.

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Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale

3.1 La proportion filles-garçons au niveau primaire, secondaire et tertiaire;


3.2 La part des femmes de l’emploi salarié dans le secteur non agricole;
3.3 La proportion de femmes députés dans les parlements nationaux.

Les indicateurs fournissent un moyen important de suivre et d’évaluer le but, les


objectifs, l’impact et les activités d’une initiative. Si par exemple, dans un projet d’appui
direct, les bénéficiaires hommes et femmes sont impliqués dans la définition des
indicateurs du projet, le projet sera plus à même de mesurer si les besoins réels à la fois
des hommes et des femmes sont pris en compte. Dans la plupart des cas, les indicateurs
sont définis par les personnes responsables du suivi et de l’évaluation d’une initiative,
parfois avec l’aide d’un spécialiste de genre. Les données collectées au moment de
l’évaluation des besoins permettent également de développer des indicateurs sensibles
au genre.19
Alors que les indicateurs « aveugles » aux différences entre les sexes cherchent en
général à mesurer des variables telles que la « participation du groupe », et « implication
de la communauté », les indicateurs sensibles aux différences de genre mettent l’accent
sur les changements observés au fil du temps et selon le contexte dans les relations
entre les sexes d’une société donnée : c’est-à-dire mesurer si l’égalité entre les sexes est
en voie de réalisation. Par exemple, les indicateurs sensibles au genre mesurent le travail
invisible ou non rémunéré des femmes, comme s’occuper des enfants ou du foyer, et leur
travail communautaire. Dans un Cadre Logique, les indicateurs et les sources de
vérification doivent être sensibles au genre afin de s’assurer que le principe d’égalité des
genres est intégré tout au long du projet ou programme concerné, et qu’il sera justifié
durant le suivi et l’évaluation.20

3. Des indicateurs quantitatifs et qualitatifs sensibles au genre


Les indicateurs sensibles au genre peuvent être quantitatifs ou qualitatifs.
Un indicateur quantitatif est, comme son nom l’indique, une mesure de quantité (des
montants totaux, des pourcentages, etc.). Il sert à indiquer un résultat moyen ou le
degré de réalisation d’un but ou d’un objectif.
Les sources des indicateurs quantitatifs sont des systèmes ou des registres de données
où l’information est ventilée par sexe. Ces sources sont habituellement des
recensements, des études sur la main-d’oeuvre, des relevés administratifs ou des
enquêtes sociologiques de la population cible. Les indicateurs quantitatifs sont
généralement plus faciles à définir, à relever et à évaluer que les indicateurs qualitatifs.
Les indicateurs qualitatifs peuvent être définis comme des perceptions ou des
appréciations des populations par rapport à un objet donné. Ils sont utiles pour
comprendre des processus, mais généralement ils ne montrent pas à quel point les avis
exprimés sont spécifiques ou partagés. Les indicateurs qualitatifs sont plus difficiles à
mesurer car ils impliquent des processus et utilisent des catégories de classification qui
sont basées, par exemple, sur les perceptions. Par exemple, les indicateurs qualitatifs
peuvent indiquer des changements d’attitude et de comportement ; une amélioration des
connaissances et des capacités, confiance en soi, indépendance, amour propre. Des
sources particulières d’indicateurs qualitatifs sont les auditions publiques, les groupes de
discussion, les entrevues et les enquêtes de comportement, les évaluations
participatives, l’observation des participants et le travail sociologique et anthropologique
de terrain.

19
CIF/OIT, 2006, Module on Gender Mainstreaming: Planning and Evaluation. Gender Campus, Turin.
20
Id.
GDA_FR_M0 39
Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale

Exemples d’indicateurs qualitatifs/quantitatifs

Indicateur quantitatif:

Pour mesurer le nombre de nouveaux emplois créés respectivement pour les femmes et
les hommes dans le secteur des petites entreprises comme résultat de la priorité
accordée par le gouvernement à ce secteur.

Indicateur qualitatif:

Pour mesurer le niveau de confiance et d’adhésion des femmes et des hommes envers la
modification d’une loi sur le droit de la famille.

Indicateur qualitatif/quantitatif:

Pour mesurer la proportion (changeante) de femmes et d’hommes qui perçoivent la


nature très participative de la gestion du gouvernement local après une certaine période
de temps. On pourrait préparer au préalable un système de notation ou de classement,
comme une échelle de un à cinq, pour mesurer la perception de la capacité de gestion
du gouvernement local.

4. Des indicateurs sensibles au genre à différents niveaux


Il est important d’être précis en ce qui concerne les types d’indicateurs requis aux
différents niveaux.
Niveau macro
Des indicateurs spécifiques sont utilisés pour mesurer les résultats suivants en matière
d’égalité des genres au niveau macro:

 des changements dans les structures politiques et législatives qui affectent l’égalité
des genres;

 des changements dans l’allocation budgétaire sectorielle/nationale relative aux


questions d’égalité des genres;

 des changements dans les priorités institutionnelles par rapport aux questions de
femmes ou de genre, par exemple la création ou le renforcement de nouveaux
mécanismes institutionnels nationaux en faveur des femmes;

 des changements dans la participation des femmes et des hommes à la vie politique,
à différents niveaux comme les modalités du vote ou le nombre de femmes
parlementaires;

 les taux d’emploi et de chômage (femmes et hommes) dans différents secteurs et à


différents niveaux;

 l’accès aux ressources productives (terre, crédit, formation professionnelle);

 l’accès aux services de base (éducation, santé, eau) par les femmes et les hommes,
les filles et les garçons;
GDA_FR_M0 40
Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale

 les tendances qui modifient les relations et les rôles selon les genres, telles que les
réformes économiques, la migration des hommes vers des zones urbaines, la création
de nouvelles possibilités d’emploi grâce à la libéralisation du commerce, aux nouvelles
technologies, etc.

Niveau meso

Les indicateurs au niveau méso peuvent être utilisés pour mesurer les aspects suivants:

 les changements en quantité et en qualité du personnel compétent en matière de


genre au sein du gouvernement partenaire, des ONG, de la CE et d’autres bailleurs de
fonds;

 les changements dans la création et l’utilisation d’outils et de procédures qui intègrent


la dimension de genre;

 la mise en place de nouvelles initiatives et de nouveaux partenariats pour créer des


synergies visant la collaboration en matière d’égalité des genres;

 les changements dans les pratiques de recrutement visant l’égalité des chances;

 les changements dans l’allocation budgétaire en ce qui concerne le genre à ce niveau.

Niveau micro

Les indicateurs à ce niveau sont utilisés pour mesurer les aspects suivants:

 la participation (quantitative/qualitative) des femmes et des hommes dans les


activités du projet;

 l’accès des femmes et des hommes à la prise de décision, aux ressources du projet et
aux services fournis par le projet;

 les résultats attendus et non attendus pour les femmes et pour les hommes (en
comparaison avec les objectifs du projet);

 la satisfaction ou la non satisfaction des besoins pratiques et stratégiques de genre


par les femmes et par les hommes (en comparaison avec les besoins exprimés) ;

 les changements dans l’allocation du budget du projet envers le genre à ce niveau;

 les changements dans la capacité du personnel de projet d’intégrer la dimension de


genre;

 l’apparition de nouvelles questions de genre dans le projet ou par suite du projet

GDA_FR_M0 41
Module de formation : Introduction au thème genre et développement
Matière principale

POINTS CLÉ

 Un indicateur sensible au genre mesure les changements en matière d'égalité des


genres intervenus dans une société sur une période de temps.

 Les indicateurs sensibles au genre peuvent être développés lorsque les données
ventilées par sexe et d’autres renseignements qualitatifs révélant les différences de
genre sont disponibles.

 Les indicateurs quantitatifs montrent les réalisations moyennes désagrégées par


sexe. Lorsque les données sont disponibles, ils sont généralement plus faciles à
définir, à enregistrer et à évaluer.

 Les indicateurs qualitatifs impliquent les perceptions des personnes. Ils peuvent
indiquer des changements d’attitude et de comportement ; une amélioration des
connaissances et des capacités, confiance en soi, indépendance, amour propre

 Il est important d’être précis en ce qui concerne les types d’indicateurs requis aux
différents niveaux.

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