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Comprendre les questions les plus diverses présentées

par les meilleurs spécialistes. Des textes clairs, fiables


et précis qui vont a l'essentiel. Une iconographie
appropriée permettant de compléter l'information.
Une présentation agréable pour faciliter la lecture.

FREUD
ET L'INCONSCIENT
Freud a emprunté à sa propre vie le
matériel de la psychanalyse. Il a dû
s'appuyer sur un désir inédit pour
imposer sa découverte, soutenir la pratique
de la cure et transmettre vivante la psychana-
lyse. Sexualité infantile, inconscient, trans-
fert, répétition, pulsion, les concepts de la
psychanalyse, un siècle après son invention,
continuent à faire des vagues dans la mare du
savoir : indissociables de la main qui les a
lancés. Cet ouvrage fait le lien étroit entre la
vie et l'œuvre du « père de la psychanalyse ».

Marie-Jean Sauret est psychanalyste, professeur de


psychologie à l'université de Toulouse-II et membre
du comité de rédaction de la revue Barca ! // est
l'auteur de La Psychanalyse, parue dans la collection
« Les Essentiels Milan ».
Sommaire
Parcours et apprentissage
Une jeunesse viennoise 4-5
Sigmund fait médecine 6-7
Goût et phobie des voyages 8-9
De Vienne à Londres, le fil d'une vie 10-11

Freud dans le savoir de son temps


Neuropsychologie et cocaïne 12-13
Freud et la philosophie 14-15
Freud et les sciences de la nature 16-17
À l'écoute de l'art et de la littérature 18-19

Un savant en rupture
Hypnose, suggestion et catharsis 20-21
Les paralysies hystériques 22-23
La rencontre avec l'hystérique 24-25

L'invention de la psychanalyse
L'association libre et la cure 26-27
Le sexuel est traumatique 28-29
Fantasme et réalité 30-31
L'inconscient dans tous ses états 32-33

Le désir de Freud
L'autoanalyse 34-35
Freud intraitable 36-37
Le désir de l'analyste 38-39

Un nouveau savoir
Le complexe d'Œdipe, la première topique 40-41
Pulsion et instinct, la seconde topique 42-43
Transfert et répétition 44-45
Complexe de castration et au-delà de l'œdipe 46-47

Actualité de Freud
Pulsion de mort et civilisation 48-49
Freud, le juif athée 50-51
Psychanalyse et religion 52-53
Politique et transmission de la psychanalyse 54-55
Freud, passeur vivant 56-57

Approfondir
Glossaire 58 à 62
Bibliographie 62-63
Index 63
Les mots suivis d'un astérisque (*) sont expliqués dans le glossaire.
Un lycéen avide de savoir
Une jeunesse Sigmund Freud naît en 1856 Une analyse
Entré au lycée (Gymnasium) avec un an d'avance, par l'écrit
dans une famille juive
De nombreux
Freud se passionne pour la culture. Rome et Athènes
viennoise qui émigre à Vienne où il fait
ses études, et travaille presque resteront des références constantes, mais aussi
éléments
biographiques
jusqu'à sa mort. Goethe, Heine, Zola et... Darwin. Dans la présentation de la vie de Freud
qu'il fait de lui-même en 1925, il se décrit comme ont été livrés
par Freud lui-même,
habité d'une grande soif de savoir. Très imprégné
notamment
Une enfance heureuse de la culture juive de son enfance, connaissant l'hébreu dans son abondante
Freud voit le jour le 6 mai 1856 et le yiddish, il se plonge très tôt dans la Bible. correspondance
en Moravie (actuelle République Et il n'est pas douteux que son intérêt pour l'interpré- mais aussi
tation porte la marque de cette lecture assidue dans L'Interprétation
tchèque), dans la petite ville des rêves (1899) et
de Freiberg dont il garde des des textes bibliques. la Psychopathologie
souvenirs heureux et vivaces, À l'issue de ses études secondaires, Freud, comme de la vie quotidienne
bien qu'il la quitte à 4 ans. beaucoup de fils de marchands moraves, s'inscrit (1904), véritable
autoanalyse
Sa famille - des négociants juifs en médecine à l'université, sans véritable vocation.
{voir pp. 32 à 35).
(surtout de laines) d'abord aisés
puis mis en difficulté par le Des rapports tendus
Un prénom
développement du machinisme avec la capitale autrichienne et une femme
et la montée de l'antisémitisme - Freud n'aime pas Vienne où ses premières années sont pour la vie...
s'installe à Vienne dans un quartier assombries par les difficultés économiques de sa famille. Sigimund Freud
d'émigrants juifs peu fortunés. La vie culturelle (littéraire, musicale, architecturale) (de prénom juif
Schlomo) devient
Freud en garde une certaine hantise y est pourtant intense et novatrice. Les promenades Sigmund en 1878 ;
de la pauvreté. sur le Prater, proche du quartier-ghetto où réside il rencontre Martha
Le jeune Sigmund a tout de même sa famille, le mettent en contact avec la brillante Bernays, fille
d'une famille
une enfance heureuse entre société viennoise. d'érudits, en 1879
une mère et un père fiers de lui Freud souffre de l'antisémitisme et du pangermanisme et l'épouse le 14
et qu'il aime tendrement. Son père, de plus en plus déclaré régnant à Vienne. Dans un passage septembre 1886.
Jacob Freud, remarié, a deux de L'Interprétation des rêves, il raconte un souvenir
grands fils lorsque Sigmund naît. d'enfance. Au cours d'une promenade, son père croise
Celui-ci est le fils aîné d'une mère un chrétien qui envoie son bonnet dans la boue Freud reçoit
de 21 ans et de 20 ans plus jeune en criant : « Juif! descends du trottoir ! » Le père se rési- une formation
que son mari, déjà grand-père. gnant à ramasser son bonnet, Freud avoue sa déception : classique au lycée
Freud est très attaché à sa mère « Cela ne me sembla pas héroïque de la part du grand mais est aussi
dont il reste l'enfant préféré. Connue pour son caractère homme fort, qui me conduisait par la main, moi, le petit. marqué par
Le jeune Sigmund
Freud et son père, vif et enjoué, aimant la musique et les jeux de cartes, J'opposais à cette situation qui ne me satisfaisait pas la culture juive
Jacob, ici en 1867. elle vit jusqu'à 95 ans et ne s'éteint, en 1930, que une autre qui correspondait mieux à mes sentiments, de son enfance et
quelques années avant son fils. Elle a en tout huit la scène dans laquelle le père d'Hannibal, Hamilcar, par l'antisémitisme
enfants. Freud passe son enfance dans une famille fait jurer à son fils devant l'autel domestique de prendre régnant à Vienne
très nombreuse et unie, dont il reste longtemps le seul vengeance sur les Romains. » De cette position d'opprimé à la fin
garçon (après lui et un frère mort en bas âge, minoritaire, Freud garde ce qui le prépare aussi du xixe siècle.
cinq filles se succèdent avant un dernier garçon). à « une certaine indépendance de jugement».
il accomplit une série
Sigmund L'engagement de Freud
dans des études et une voie de travaux anatomiques
et biologiques remarqués,
fait médecine des
professionnelle obéit à
déterminations strictes, anticipant la découverte
non sans comporter, comme toujours, du neurone* et de la
une part de contingence. synapse*. Véritable cher-
cheur, il se passionne pour
l'examen de la structure
Ses héros d'enfance « Soif de savoir » de l'organisme, et se défie
À l'adolescence, Freud bénéficie d'un contexte historique, culturel, de l'expérimentation et
Freud traverse social et familial, contrasté : antisémitisme de l'Empire de la manipulation. Il en garde une méfiance pour
une phase militariste. toute forme d'influence, préférant dégager, derrière
Il l'attribue au fait austro-hongrois en décomposition, milieu à la fois
qu'enfant il s'est conservateur des traditions judaïques mais ouvert le phénomène, l'action propre de la structure.
livré à de grandes à la modernité. « Né coiffé », soutenu par sa famille Ainsi, dans le traitement, il abandonne stimulation
batailles avec et un père qui l'encourage à le dépasser, il a le goût électrique, hypnose* et suggestion (voir pp. 20-21)
un neveu du même pour repérer la structure des névroses* et les forces
âge. Parmi des lettres et des langues (allemand, latin, grec, français,
ses lectures anglais, italien, espagnol, hébreu), et, selon ses ensei- qui les provoquent.
se trouve l'Histoire gnants, un style bien à lui. Enfant et adolescent, Freud
du Consulat
a pris ses modèles chez les « grands hommes » (voir ci- Le choix de la pratique psychiatrique
et de l'Empire
(1845-1862) de contre) militaires puis politiques, avant de se tourner, Malgré ses succès, l'appui de ses professeurs et
Louis AdolpheThiers sans renier son réalisme, vers les intellectuels. Animé de son père, le sort des juifs autrichiens l'empêche
(1797-1877). « d'une sorte de soif de savoir», d'un désir de comprendre d'obtenir un poste pour succéder à ses maîtres.
Ses soldats Brucke le pousse alors vers la médecine libérale.
de bois portent
les énigmes de l'univers et de l'existence humaine,
des étiquettes inspiré par les exemples de Johann Wolfgang von Goethe À contrecœur, Freud cherche dans la pratique hospi-
De ses études,
avec le nom (1749-1832) et Charles Darwin (1809-1882), il préfère talière la formation nécessaire à l'accueil d'une clientèle
Freud conserve
des maréchaux la science et la philosophie, malgré un vif intérêt privée. Sur les bases de ses connaissances en neurologie,
de Napoléon. il se dirige vers la psychiatrie et deux maîtres dont le modèle
Son favori est
pour la spéculation pure. Il garde ce souci de méthode
il apprécie le sens clinique : des sciences :
Masséna dont et une liberté de pensée peu ordinaire, contrebalançant
Ni médecine Theodor Meynert (1833- pratique, rigueur,
on dit qu'il était juif. les jeux de l'imagination par une discipline scientifique. ni sciences humaines
Il compte d'autres 1892) et Hermann Nothnagel inventivité,
Sans doute,
héros tels Hannibal (1841-1905). Il passe des ouverture, rejet des
ou encore Examiner la structure de l'organisme la vocation médicale
de Freud ne cessera pas. soins apportés « aux malades systématisations
Cromwell... À 17 ans, il doit choisir : industrie, commerce, droit
S'il considère des nerfs » au traitement outrancières
ou médecine ? Excluant les trois premiers trop restrictifs que cette formation
à son goût, il hésite devant médecine. Il l'adopte des « névroses » par un des religions,
ne prépare pas à l'exercice
pour un usage surprenant, au point qu'il a du mal de la psychanalyse, glissement qui tient plus des philosophies
à terminer son cursus : rebuté par la pratique médicale, il ne préconise pas du jeu de mots que de la et des sciences
pour autant le recours logique des sciences. Avant humaines.
il occupe ses études à la méthode scientifique, profitant aux sciences humaines,
des rencontres qu'elles lui permettent. Brucke, la rencontre décisive avec Il s'en souvient en
dont il critique l'esprit
Du Bois-Reymond, Helmholtz et Ludwig (voir encadré) de système emprunté le médecin français Jean s'orientant, forcé,
sont pour lui des maîtres, des modèles de rigueur à la philosophie. Martin Charcot (1825-1893, vers la psychiatrie.
et des soutiens admirés et craints. Sous ce patronage, voir pp. 8-9).
mités de la neurologie mais, pour la première fois,
Goût et phobie Freud a la phobie des voyages « Rome était
étudie les enfants. Par la suite, il y retourne fréquem- ravissante, tout
mais il est un grand voyageur. particulièrement
ment, d'abord pour retrouver son ami Fliess (voir
des voyages, laPour ses études, sa formation,
psychanalyse, ses loisirs pp. 34-35), puis pour des visites familiales et, à la fin
pendant les deux
premières semaines,

et son plaisir... de sa vie, pour soigner son cancer de la mâchoire. avant que ne
Il y contacte le physicien allemand Albert Einstein se lève le sirocco
On ne parle pas
qui augmenta
de ces choses-là (1879-1955) en 1928, rencontre en 1930 William mes douleurs. Anna
en public...
Voyageur malgré lui C. Bullitt - ambassadeur américain - avec qui il écrira a été merveilleuse.
Charcot s'exclame
en privé à propos Nombreux sont les pays qu'il visite, en Europe et dans un livre, en 1938, sur le président américain Wilson. Elle comprit tout,
prit plaisir à tout,
des symptômes*
le Nouveau Monde. Quelques capitales le passionnent Berlin est pour Freud l'antithèse de Vienne [voir
et j'étais fier d'elle. »
d'une hystérique :
et stimulent son travail. Ses descriptions et récits pp. 10-11), le centre d'un pays en plein progrès Freud, lettre du
« Mais, dans
montrent sa capacité à saisir le « génie » des lieux, côté économique, jouissant d'un relatif libéralisme. 26 septembre 1 9 2 3
des cas pareils,
c'est toujours ange et côté démon ! Les choses changent avec l'arrivée des nazis... à Max Eitingon,
l'un de ses élèves
la chose génitale*,
et amis les plus
toujours... toujours...
toujours. » Freud Paris et la rencontre avec Charcot Rome : une passion intimes.

se souvient être Son premier séjour à Paris, de 1885 à 1886, a lieu En contrepoint se situe Rome, objet d'une passion
resté stupéfait : pendant sa formation médicale. Son avis est mitigé. sans pareille. Et l'Italie en général... Lieu privilégié
« Puisqu'il le sait, du loisir et du repos, où se mêlent plaisir et intérêt,
Véritable bonheur, son départ permet de réaliser
pourquoi
ne le dit-il jamais un rêve ancien. Sur place, il est seul, désargenté et au cours de nombreux voyages (avec sa belle-sœur
publiquement ? » désorienté. Il visite monuments historiques et musées Minna Bernays, avec sa fille Anna). Il s'y console
Ci-dessous: (Louvre, Cluny), enthousiasmé par Notre-Dame de ses déboires (difficultés de nomination à l'Université),
le docteur Charcot de Paris (et Victor Hugo, 1802-1885). Plus réticent récupère des forces, renoue avec des désirs infantiles
donnant une leçon dans ses contacts, il a une mauvaise opinion de conquête, de revanche, nourris des héros
clinique sur Dans ses
des Français, « boulangistes* et revanchards » contre de l'Antiquité (voir pp. 4-5). À Rome, source inépui-
l'hystérie* à la
sable de joie de vivre, d'exaltation même, il visite, rencontres avec
Saipêtrière en 1887. les Allemands. Il se méfie de
ravi et enivré, la villa Borghèse, Saint-Pierre, les intellectuels
(Tableau d'André ce « peuple des convulsions
les Catacombes, le château Saint-Ange, la chapelle et les cultures
Brouiller, muséée historiques ». Jean Martin
de l'Assistance Charcot (1825-1893), médecin Sixtine, les musées du Vatican. Ses lettres rendent, dont son monde
publique, Paris.)
français dont il suit les cours en un tableau vivant, l'atmosphère d'une place a hérité, Freud
à la Salpêtrière et qui l'invite animée par la musique et le cinéma, l'ambiance trouve la force
à ses réceptions, le marque. sans façon de la foule romaine, avec les jeux de passer outre
Il est sous le charme mais des enfants, la beauté des femmes, le vin délicieux. sa phobie
s'en veut de son besoin Il y est chez lui ! Le culte de la divine cité emporte des voyages ;
de patronage. Il revient à Paris Freud dans des jouissances qui n'ont rien d'éthéré, il recueille
en 1889, en 1910 et en 1938, y compris dans celles du savoir et de la recherche. les enseignements
en partance vers Londres. Dans ce creuset de forces contradictoires (Antiquité, grâce auxquels
judaïsme, christianisme), il concocte cet étrange essai il réunit
Berlin : que sera L'Homme Moïse et la Religion monothéiste, les conditions
l'antithèse de Vienne un brûlot contre la religion, qu'il n'écrira qu'à la fin d'invention
En 1886, en séjour d'études à de sa vie, et ne publiera qu'une fois exilé à Londres de la psychanalyse.
Berlin, il est déçu par les som- en 1939 (voir pp. 10-11).
" Cette époque
insensée ••

De Vienne à Londres, Vienne n'est pas


la ville natale
Le 1 0 mai 1 9 3 3 ,
les nazis mettent
en scène des « feux
le fil d'une vie de Freud,
mais « sa ville »
de joie » sur les
places publiques
- de son enfance, de son adolescence, des grandes villes
et des centres
de sa vie de famille, de travail et de recherche. universitaires,
Il finit son existence à Londres, en exil. 'lisant
l'autodafé
d'un siècle de
culture allemande.
Vienne : la ville de toutes les aversions... L exil à Londres
Les écrits
Freud nourrit une aversion déclarée pour Vienne ; Après avoir :rechigné avec ténacité à « quitter le navire », « de gauche »
il y a pourtant passé sa vie. Il ne peut reprendre force Freud se résout à émigrer à Londres en 1938, en raison et toute la littérature
qu'à fouler un autre sol que celui de la terre mère. démocratique
du climat de terreur engendré par les persécutions
ou juive sont brûlés,
Son antisémitisme, son antilibéralisme, son influence nazies. Le départ de Vienne est dur à obtenir : il faut de Heine à Kafka
déprimante et son étroitesse d'esprit le répugnent. faire jouer toutes les influences et toutes les aides en passant par Marx.
S'il y bénéficie, un temps très bref, d'une relative (anglaises, américaines ; psychanalystes, ambassadeurs, Cet acte barbare,
inaugurant
reconnaissance et d'honneurs limités (nomination ministres) pour arracher l'autorisation aux nazis.
une époque que
« J'ai voué à Vienne
comme Privat Dozent- « chargé de cours » - en 1885, Une véritable chaîne de solidarités et de dévouements Freud dépeint
une haine personnelle puis « citoyen d'honneur de Vienne » en 1924), est nécessaire pour faire passer Freud, les siens comme « insensée »,
et, à l'inverse il ressent cruellement l'ostracisme général dont il est et une maigre part de ses biens (livres et collections) vise en particulier
du géant Antée, ses œuvres.
victime. Beaucoup de proches souhaitent fêter avec « à l'étranger ». Il a fallu tous ces efforts et il s'en est
je prends des forces Après l'annexion de
nouvelles dès que je
solennité son quatre-vingtième anniversaire ; il refuse fallu de peu que le pire arrive à Freud, comme à ses l'Autriche en 1 9 3 8 ,
pousse le pied hors ce « happy end », irréconcilié et irréconciliable envers sœurs par exemple, mortes cinq ans plus tard en camp il faudra toute
du sol de la ville les impostures et les faux amis, mais chaleureux de concentration (voir pp. 56-57). En Angleterre, Freud la pression
où je demeure. » du psychanalyste
et reconnaissant vis-à-vis des témoignages sincères, connaît un accueil particulièrement chaleureux, Ernest Jones
Lettre à Fliess,
(voirpp. 34-35), tel celui du physicien allemand Albert Einstein de la part des officiels comme de simples inconnus qui (1879-1958) et
1 1 mars 1 9 0 0 . (1879-1955). lui écrivent pour signifier leur contentement. de la princesse
Marie Bonaparte
pour que Freud
... mais jamais abandonnée Une vie jusqu'au bout, sans céder consente à l'exil.
Freud forme plusieurs projets d'émigration (Amérique, Bien que très malade et triste de son départ, Freud n'est
Angleterre, Hollande), sans jamais les réaliser. Malgré pas accablé et poursuit son travail, soutenu par les siens
Page de droite:
les relations difficiles avec sa ville, il ne renonce pas et la communauté des analystes. Il continue à recevoir Freud n'a jamais
sur le chemin
de l'exil à Londres à y faire sa vie, contre les occasions de la quitter des patients, des lettres (entre autres d'Einstein), oublié Vienne :
en 1 9 3 8 , Sigmund et bien qu'il la fuie chaque fois qu'il peut. Au moment des visites (de Stefan Zweig, Salvador Dali, Malinowski, c'est là qu'est née
Freud est accueilli
des pires dangers {voir ci-contre à droite), il n'arrive Arthur Koestler...). Il écrit toujours des textes importants la psychanalyse,
à Paris et qu'il a mené
par la psychanalyste
pas à se décider à abandonner son poste. Pourquoi (Analyse avec fin et analyse sans fin, 1937 ; L'Abrégé
française cette obstination à rester à Vienne, cette difficulté de psychanalyse, 1938 ; L'Homme Moïse et la Religion sa vie. Ayant fui
Marie Bonaparte à l'oublier ? « ... Je n'ai pas cessé d'aimer la prison monothéiste, 1939). Les atteintes et les douleurs du cancer le nazisme,
(1882-1962), dont j'ai été libéré. » Parce que c'est à Vienne qu'est née se précisent : Freud les supporte avec stoïcisme il s'éteint à Londres
et William C. Bullitt,
la psychanalyse et qu'elle a commencé à se développer et réalisme. Jusqu'à demander, le moment venu, en 1939.
ambassadeur
des États-Unis. contre toutes les résistances ? les palliatifs qui arrêteront sa souffrance et sa vie.
Neuropsychologie -Deux recherches
sur les aphasies
dans le fonctionnement normal
de l'appareil du langage les raisons
et cocaïne etentreprises
la cocaïne -,
par Freud
du fonctionnement normal et
aphasique du langage.
sous le patronage de ses maîtres - Brùcke, Freud opère un renversement
Du Bois-Reymond, Helmholtz et Ludwig -, décisif : le fonctionnement
tiennent une place particulière sur le chemin du cerveau - le psychique -
de la psychanalyse. est structuré comme un langage.
Il énonce sa thèse sur les aphasies
en 1891. Sa démarche constante
« J'en suis venu Broca et Wernicke, les précurseurs consiste à doter les phénomènes
à croire que Freud consacre une part importante de ses premiers psychiques non pas d'un sub-
la masturbation
travaux aux aphasies* : en 1861, le chirurgien strat anatomique mais à les lier
était la seule
grande habitude, et anthropologue français Pierre Paul Broca à une structure du langage.
le besoin primitif, (1824-1880) regroupe, sous le terme d'aphasie Elle sera vérifiée en 1956 par le
et que les autres motrice, des pertes du langage articulé (en l'absence linguiste Jakobson (voir encadré).
appétits, tels que
le besoin d'alcool,
de lésions des nerfs et des organes d'exécution
de morphine, concourant à l'articulation) ; elles dépendent de l'aire Les travaux sur la cocaïne
de tabac, du cortex (dans le cerveau) qui porte son nom. Préoccupé par son avenir matériel, Freud tombe
n'en sont que Sémantiquement correct, le langage prend une allure
des substitutifs. »
en 1884 sur un article américain qui vante les vertus
Lettre à Fliess télégraphique. d'un médicament : la cocaïne. Celle-ci agirait
(voir pp. 3435) du En 1874, le psychiatre allemand Cari Wernicke sur les « troubles fonctionnels », c'est-à-dire sans lésion
22 décembre 1897. (1848-1905) ajoute les aphasies sensorielles au langage organique décelable, et vaincrait de façon notable
phonétiquement et grammaticalement correct, la neurasthénie* - dont Freud déclare souffrir -,
mais sémantiquement incohérent ; elles sont dues l'hypocondrie*, les difficultés digestives et cardiaques...
à une atteinte de la réceptivité du langage, liée Freud a le sentiment d'avoir rencontré à la fois ce qui
à une autre aire corticale à laquelle il donne son nom. convient à sa propre pathologie et au succès de la psy- Le déterminisme
Broca comme Wernicke soutiennent l'idéal médical chiatrie vers laquelle il se réoriente. Mais il aurait biologique
en psychiatrie : les troubles psychiatriques sont rendu visite à sa fiancée plutôt que de mettre au point de la névrose
La localisation les symptômes* d'une atteinte organique. L'examen les propriétés analgésiques de la cocaïne, et son collègue est battu en brèche
cérébrale des aphasies le démontrerait. par les travaux
Broca et Wernicke
Karl Koller invente l'anesthésie locale en 1884.
Outre un traitement calmant sa propre douleur, sur les aphasies.
ont contribué
à l'élaboration Des aphasies sans lésion Freud retient la leçon : la cocaïne « accélérait La cocaïne suggère
de la théorie dite Mais Freud s'aperçoit qu'il est impossible de mettre la révolution des idées » ; une action sur l'organisme à Freud de penser
de la localisation la sexualité comme
cérébrale,
en évidence un accident organique dans bon nombre n'est pas sans incidence sur le psychisme.
selon laquelle d'aphasies. Il en déduit que toutes les aphasies Freud décrira, métaphoriquement - sur le modèle une substance
chaque fonction ne s'expliquent pas par une lésion localisée dans de l'effet de la drogue -, la libido* (toxine), toxique,
mentale serait l'appareil cérébral du langage (voir ci-contre), l'énergie sexuelle et la névrose* (intoxication par ce qui prépare
localisée dans
une zone spécifique
mais surtout qu'il ne peut exister deux types d'anatomie une « substance chimique sexuelle »). En outre, à l'invention
du système nerveux du cerveau : une pour les aphasies avec lésion, la cocaïne lui pose la question de la façon dont le désir* de la pulsion*.
central. une pour les aphasies sans lésion. Il faut donc chercher se lie à l'organisme.
Méfiant envers les grandes représentatifs. La représentation est l'acte le plus
Freud conceptions du monde, élémentaire de la conscience. L'acte psychique
(voir une couleur) porte toujours en lui « l'intention »
et la philosophie philosophiques solides,
malgré des connaissances
vers l'objet auquel il se réfère. Une couleur n'est pas
Freud proteste contre l'identification psychique, c'est le fait de voir qui l'est : un acte
de la psychanalyse à une philosophie. mental visant un objet coloré.

Herbart et la théorie de la représentation


Freud reprend Critique du système philosophique Freud est marqué par le philosophe allemand Johann
la boutade du poète Sa critique de la philosophie surprend car la langue Friedrich Herbart (1776-1841). Influencé par Kant,
allemand Heinrich Herbart a l'ambition de fonder la psychologie comme
Heine (1797-1856) :
allemande est celle des grands philosophes encore
« Avec ses bonnets influents : Schelling (1775-1854), Kant (1724-1804), science. Associationniste, il pense que les représenta-
de nuit et Hegel (1770-1831), Marx (1818-1883)... tions, une fois nées, ne disparaissent pas. Le champ
les lambeaux de Dans « D'une conception de l'univers » (1932), Freud de la conscience est étroit, et les représentations
sa robe de chambre,
dénonce l'esprit de système. La philosophie s'égarerait se le disputent. Elles agissent sur l'humeur
il [le philosophe]
bouche les trous en surestimant la valeur du pur raisonnement pour consciente*, même « refoulées ». Les repré-
Les références de Freud
de l'édifice la connaissance. La prétention d'offrir un tableau sentations sont des forces d'intensité
On distingue entre autres
universel. » cohérent et sans lacune de l'univers est « constamment variable. Les idées ne sont jamais isolées les philosophes
battue en brèche par le progrès mais forment des « chaînes de représenta- - Theodor Gomperz
Les philosophes, (1832-1912), Wilhelm
de la connaissance ». de grands enfants ? tions ». Les processus psychiques obéissent
ainsi à des lois scientifiques. Jérusalem (1854-1923) -,
Freud compare la pensée philo- La psychanalyse
les linguistes
sophique à l'animisme*. Mais la attribue l'évitement
- Karl Abel (1837-1906)
du réel* par l'esprit
philosophie n'est pas dangereuse de spéculation
L'associationnisme* anglais et Franz Miklosich
contrairement à la religion : Freud préfère les savants {voir ci-contre) (1813-1891) -,
de certains
et un neurologue
véritable interdiction de penser, philosophes à qui se réfèrent aux psychologiciens britan- - Salomon Stricker
celle-ci se substitue à la névrose* « la toute-puissance niques traitant la logique dans le champ (1834-1898).
de la pensée
du sujet* et à ses solutions de la psychologie : John Stuart Mill (1806-
infantile » !
existentielles {voir pp. 52-53). 1873), Alexander Bain (1818-1903), Herbert Spencer
« Pour moi, je nourris (1820-1903) et David Hume (1711-1776). Pour eux,
dans le tréfonds Brentano : non seulement l'association d'idées* ou de représen- Freud invente
de moi-même tations est à la base du fonctionnement mental, mais la psychanalyse
l'espoir d'atteindre
« la science des phénomènes psychiques »
Freud hérite de certaines valeurs philosophiques telles les éléments issus de la perception se combinent selon à partir de la cure.
par la même voie
[la médecine] que la conception de la représentation* du philosophe un automatisme qui définit des lois primaires. Mais,
mon premier but : Franz Brentano (1838-1917), dont il a suivi les cours Freud déclare avoir très peu lu de philosophie malgré pour la théoriser,
la philosophie. il emprunte
sur la logique aristotélicienne. Précurseur du philosophe son attrait pour elle. La psychanalyse objecte à toute
C'est à quoi j'aspirais
originellement avant allemand Edmund Husserl (1859-1938), contestant conception de l'univers qui s'imposerait aux largement
d'avoir bien compris les prétentions quantitatives de la psychophysique, hommes : chacun doit élaborer une réponse qui ait à la linguistique,
pourquoi j'étais Brentano propose une psychologie, « science des chance de valoir au-delà de lui. Freud s'oppose égale- à la logique et
au monde. »
Lettre à Fliess phénomènes psychiques » : on atteint les faits de ment au solipsisme*, interrogeant les conditions à certains apports
du 1 e r janvier 1896, conscience par intuition directe (perception interne) du lien social. Pour lui, toute psychologie est une de la philosophie.
(voir pp. 34-35). des phénomènes psychiques. Ceux-ci sont toujours psychologie sociale.
Freud Freud range la psychanalyse
parmi les sciences modernes
1) la science la plus exacte ne peut répondre à l'exigence
de concepts clairs et définis ;
et les sciences de la nature parce qu'elles sont
nées avec l'introduction d'une
2) les idées « comportent un certain degré d'indétermi-
nation » ;
de la nature de
limite dans le savoir, promesse
nouvelles découvertes.
3) le processus théorique vise à transformer ces idées
abstraites en concepts ;
4) ces idées ont le caractère de conventions,
de constructions provisoires (fictions) qui emportent,
Une science empirique malgré tout, une dimension de vérité'*' ;
En 1923, dans Psychanalyse et théorie de la libido*, 5) les concepts ne correspondent pas à un savoir figé,
Freud énonce que la psychanalyse est une « science ils peuvent être modifiés comme ceux de la théorie
empirique » et l'oppose à la philosophie. Il se de la relativité élaborée par Albert Einstein (1879-1955).
démarque de « l'idéal d'intelligibilité absolue
et de déduction absolue ». Pour étayer cette position, «La psychanalyse
Freud se réfère à la physique et la chimie, en faisant est une partie
valoir que ces régions du savoir admettent un point de la science »
de « non-savoir », que la science est toujours Dans sa conférence inti-
« inachevée ». tulée « D'une conception
C'est en opposition à l'exigence d'un savoir qui de l'univers », Freud arti-
voudrait tout englober et tout synthétiser que Freud cule sa position, offrant
prend position en faveur de la science. Et c'est contre même l'occasion de saisir
l'ambition d'un « tout-savoir » qu'il range la psycha- sur le vif une évolution
nalyse du côté de la science. du raisonnement.
Question de départ :
Des concepts fondamentaux la psychanalyse est-elle
Sa référence constante à la démarche scientifique une représentation* du
passe par l'analyse qu'il fait du statut euristique* monde, et laquelle ?
de ces fondements. Que ce soit dans Psychanalyse La « représentation du
et théorie de la libido, ou dans son autobiographie, monde » (Weltanschauung)
Freud déclare que ses concepts ne pourraient avoir y est définie comme un système symbolique, Les sciences
des « contours nets » que si la psychanalyse était entièrement déterminé, « commandé » par un de l'esprit
une science de l'esprit. Dans les sciences de la nature, « tout-savoir ». Dans un premier temps, Freud dit se ramènent
on admet des concepts flous, parce qu'il est que la psychanalyse doit adopter la « représentation à un système
impossible qu'il en soit autrement. Les sciences du monde » de la science car, en tant que spéculatif.
de l'esprit parviennent à des concepts clairs et certains Spezialwissenchaft (« science spécialisée »), elle est C'est pourquoi
car elles « veulent englober un domaine factuel inapte à en former une qui lui soit propre. Freud cherche
dans le cadre d'un système intellectuel constitué ». Dans un second temps, Freud dénie que la science à ranger
C'est certainement dans Pulsions'*' et destin des pul- ait une « représentation du monde » : il ne cesse la psychanalyse
sions (1915) que Freud fait valoir le plus nettement de démontrer l'opposition entre système spéculatif parmi les sciences
que l'indétermination des concepts n'infirme pas et sciences de la nature, celles-ci relevant de la science de la nature.
pour autant leur validité : au sens moderne du terme.
À l'écoute de l'art Freud manifeste
un rapport singulier
avec un « plaisir préliminaire » - de rencontrer un écho
de son propre inconscient* jusqu'à en tirer satisfaction.
Compensation
et suppléance
Appartenant au
et de la envers l'art :
il témoigne
Le sens esthétique est subordonné à la curiosité :
Freud doit comprendre une œuvre pour la goûter.
registre imaginaire,
la compensation
littérature toujours
de renseignement
Il est modeste vis-à-vis des deux éléments qui composent
le don artistique — inspiration dérivée d'un fantasme*
vise à masquer
le défaut
et goût de l'esthétique - et dont il ne sait doser (exemple : un cadeau
qu'il en tire. pour réparer
le mélange. une frustration).
L'homme cultivé La suppléance est du
Ni connaisseur ni amateur, Le cœur du fantasme fait le style registre symbolique ;
elle propose un
ni spécialiste ni dilettante, Freud use de ce rapport à la littérature pour préciser élément susceptible
ni esthète ni moraliste, ses conceptions. Les détracteurs de la psychanalyse de remplir la fonction
Freud se réfère de façon le traitent d'artiste plus que de scientifique. de l'élément
ajustée à l'art et à la litté- Ses histoires cliniques se lisent comme des nouvelles. manquant
(exemple : une
rature. Sans être « psycha- II a des affinités électives avec les romanciers, pense image consciente*
Attribution du prix nalyste de l'art », il prend une leçon dont l'intérêt que le créateur précède le savant et définit le processus représente
Goethe concerne le sens, la fonction et l'utilité pour la de création par rapport au processus analytique : un élément refoulé
Ses professeurs et agissant).
psychanalyse. Il envie les artistes, et apprécie, la production artistique opère une élaboration
saluaient déjà le style
de Freud, avant qu'il par ordre de préférence, poésie, littérature, sculpture, du fantasme, et transforme en œuvre d'art le désir*
ne reçoive, en 1930, architecture, peinture et musique. infantile qui en constitue le noyau. L'artiste y consent
le prix Goethe avec son savoir-faire : le plaisir préliminaire de
récompensant
un maître de L'admiration pour le créateur sa technique conduit au plaisir final de l'œuvre.
la langue allemande. ll tire de son expérience de l'art une définition L'art a une fonction sociale entre compensation
du créateur. Il y a continuité et séparation entre et suppléance (voir ci-dessus) : il offre des œuvres qui Curieux, Freud
le névrosé et l'artiste : le créateur se détourne procurent des satisfactions à la place des renoncements est « intéressé
de la réalité pour y retourner, plus apte à la sublimation* exigés par la civilisation. Son activité se substitue particulièrement
qu'au refoulement*. Il retrouve le chemin de la réalité à la satisfaction impossible (il n'y a pas d'œuvre aux personnes
dans un renouvellement de la vie imaginaire, qui arrêterait le « travail silencieux » de la pulsion*). et aux choses
commune à tous, mais que chacun Outre sa part d'illusion, l'art permet, in fine, de qui ne sont pas
garde secrète. Il fait de l'activité « reprendre solidement pied dans la réalité ». ce qu'elles
fantasmatique un visage plaisant, semblent être »,
source de jouissances* autrement Freud et les livres selon l'expression
inaccessibles, et procure aux autres Lecteur traditionnel, Freud cherche plaisir et instruction, du psychanalyste
consolation et soulagement. Il fraie préférant la construction du récit à l'arrangement britannique
une voie vers ce qui demeurerait esthétique, curieux de la relation de l'auteur à Ernest Jones
refoulé. Il obtient ainsi certains son œuvre. Intéressé par les thèmes, les personnages, (1879-1958).
pouvoirs et avantages (on l'écoute, l'auteur, etc., il ne vise pas à analyser l'art ou l'artiste : Un terrain
on le voit). Freud ne prête pas de il recherche, dans l'activité artistique ou l'œuvre, que se disputent
cynisme à l'artiste. Il rend hommage tout ce qui anticipe l'analyse* et, dans l'artiste, littérature
à son « don » qui permet à chacun tout ce qui en fait un précurseur susceptible de montrer et psvchanalvse !
devant une œuvre - « appâté » la voie à l'analyste {voir encadré).
La mise en place de son comportement. Selon ce modèle d'hystérie* La catharsis, purifier
Hypnose, suggestion du procédé expérimentale, des mots créent des maux par le psychisme
Le psychiatre
une action inconsciente*. D'où la thérapeutique :
et catharsis au désir de savoir
freudien est liée
se remémorer l'ordre inconscient qui agit en
autrichien Josef
Breuer (1842-1925)
sourdine, première version de l'existence d'un savoir estime que
qui pousse Freud à se laisser enseigner les symptômes
inconscient déterminant la vie du sujet. Les symp-
par ses patients. Ce désir l'amène à explorer tômes hystériques, sensibles à la parole - qui les cause hystériques sont
les thérapies : hypnose, suggestion liés au fait que
ou qui les résout -, sont traitables par un moyen le sujet n'a pas réagi
hypnotique, méthode cathartique. psychologique. émotionnellement
à tel événement
traumatique.
Electrothérapie et Freud enregistre la protestation du sujet II cherche donc
Freud traite Les limites de l'hypnotisme ne tardent pas à se faire à obtenir
son premier patient suggestion sous transfert une « abréaction »
par l'électricité En neurologie, Freud étudie jour : des patients ne sont pas hypnotisables alors que
(réaction après coup)
en 1883 et poursuit les traitements électriques par d'autres, hypnotisés, s'opposent aux ordres du médecin par les moyens
ses recherches sans
galvanisation* ou faradisation* ou, réveillés, à la remémoration. Des praticiens de la suggestion
doute jusqu'en 1885. (tel Theodor Meynert, 1833-1892) voient dans ce procédé hypnotique.
Mais il doit conclure : et leurs incidences (voir enca- Cette abréaction
dré) : influence de la fièvre sur une aliénation privant le patient de volonté et de raison.
« Si le jugement est susceptible
de Mœbius, d'après la conduction électrique dans Enfin, l'amélioration par le traitement hypnotique de procurer un effet
lequel les succès
le système neuromusculaire ; est provisoire, les symptômes réapparaissant une fois de purification
du traitement rompue la relation avec le médecin. Freud prend acte - catharsis - de ce
électrique seraient réaction du nerf optique à qui encombrerait
« // s'agissait des limites de cette méthode et l'abandonne
d'apprendre dus à la suggestion, l'électricité. Il y associe bains le psychisme.
ne s'est pas alors et massages, et constate que définitivement en 1896 : la résistance à l'hypnose
du malade quelque
chose qu'on ne savait présenté à mon esprit, la personnalité du médecin et à la suggestion hypnotique, le caractère rebelle
pas et que lui-même ce fut pour une cause du symptôme constituent une protestation du sujet.
ignorait. [...] simple :je n'ai pas eu produit autant d'effets sur À entendre...
Je n'aimais pas un seul succès le patient que le traitement. Des thérapies,
l'hypnose ; c'est à enregistrer. » Il attribue cette efficacité (faible)
La résistance à la catharsis Freud retient
un procédé incertain Contribution à l'histoireà la présence et aux paroles du
et mystique. » du mouvement Freud adopte une « technique de concentration » le savoir
Cinq leçons sur la psychanalytique, 1914. clinicien : il parle de « suggestion inconscient,
sous transfert* ». alliée à un « petit artifice technique » inspiré
psychanalyse, 1924. l'action des mots,
de la méthode cathartique de Breuer (voir ci-dessus).
Il informe le patient - d'une pression sur son front - une théorie
Une hystérie expérimentale de l'hystérie et
que va surgir à la conscience une pensée qu'il devra
Sa clientèle privée le contraint à s'intéresser à la question de son traitement,
communiquer sans retenue et sans critique.
« Mais je me rappelle psychothérapeutique. Il se tourne vers l'hypnotisme*. convaincu que,
Aucun mot préalable n'est donné au patient, libre
que déjà à cette Cette méthode, qu'il a vu pratiquer par Hansen,
époque [en 1889, de ses représentations* (voir pp. 14-15). Freud répète dans la résistance
Charcot, Liébault, Bernheim, Mœbius et Heidenain,
chez Bernheim] cette pression plusieurs fois si nécessaire, jusqu'à à se remémorer et
j'éprouvais une sorte
lui permet d'explorer la genèse des symptômes*
ce que soient retrouvées les scènes pathogènes dans l'insistance
de sourde révolte hystériques, inaccessible à l'état de veille, et d'observer
oubliées par le patient mis en position de détenteur du symptôme,
contre cette tyrannie qu'il est possible de les provoquer sous hypnose*.
de la suggestion. » d'un savoir à révéler. Freud découvre alors qu'il existe réside le plus
Un sujet* suggestionné de façon à souffrir de chaleur
Psychologie des résistances* entravant la chaîne associative particulier du sujet.
des foules et analyse
en plein hiver, continuera, éveillé, à obéir à la suggestion
(voir association libre*) et ce malgré son insistance.
du moi*, 1921. jusqu'à sortir et fournir une explication rationnelle
Freud différencie paralysie il est possible de postuler une lésion psychique
Les paralysies organique et paralysie hystérique. distincte de l'atteinte organique ; cette « lésion » isole
hystériques sa critique du biologisme.
Ses travaux confirment une représentation (du bras ou de la jambe...) des
autres représentations qui composent le « moi-corps ».

La causalité psychique de l'hystérie


Deux types de paralysies Pourquoi cette représentation est-elle refoulée ?
La comparaison entre ces deux types montre Parce qu'elle est chargée d'une valeur affective
que les paralysies organiques sont causées par incompatible avec les autres représentations.
des lésions nerveuses. Leurs propriétés dépendent Cette valeur affective se traduit en excès de sensibilité :
de la localisation des lésions (voir pp. 12-13) elle peut n'affecter que tel segment du corps qui,
et des connexions nerveuses. dans le cas d'une paralysie organique, exigerait
Les paralysies hystériques se distinguent par une loca- l'intervention d'un microchirurgien !
lisation précise mais insoumise aux lois de l'anatomie. Pour l'heure, Freud n'explique ni la nature de cette
Freud soutient qu'il ne valeur affective ni la raison de l'incompatibilité.
peut exister autant de « Je voulais soutenir Avant lui, la psychiatrie ne connaît que la causalité
systèmes neurologiques la thèse que, dans le cas
organique. Il propose une théorie du psychisme,
de l'hystérie,
que de types de paralysies. les paralysies la psychogenèse manquant à la psychiatrie. Celle-ci
Les patients - « orga- et les anesthésies tentera alors de récupérer les concepts de la psychanalyse
niques » ou « hystériques » de parties du corps tout en rejetant sa pratique. Cette théorie explique
isolées sont délimitées que les hystériques abandonnent leurs atteintes
- possèdent la même ana- d'une manière
tomie : il faut imaginer qui correspond organiques sous hypnose* et par suggestion (voir
une étiologie* de l'hystérie* à la représentation pp. 20-21) mais récupèrent leurs symptômes*, passé
compatible avec un orga- commune les effets de la suggestion.
nisme sain. D'où la néces- (non anatomique) Freud déduit
de l'homme. » de son travail
sité d'inventer une autre Freud, Ma vie Une double détermination de l'hystérie
détermination que le seul et la psychanalyse, 1924. D'un côté, Freud relève l'incidence de la représentation sur les paralysies
organisme. de l'organe associé à un souvenir biographique. l'existence
De l'autre côté, il faut compter avec la valeur affective, d'une « cause »
L'invention du corps comme « moi » ce « quelque chose » qui ne se réduit pas à la représen- psychologique
Freud note que la paralysie hystérique est conforme tation mais s'y rajoute, en rupture avec la détermination et une nouvelle
à l'idée que le sujet* se fait de l'organe atteint : langagière. thérapeutique.
c'est la représentation* de l'organe qui est malade ! Freud dispose d'un nouveau principe thérapeutique : Pour la première
Il en déduit que l'organisme est recouvert d'un réseau restaurer le tissu déchiré des représentations fois dans la clinique
de représentations séparant le sujet de son organisme, en retrouvant ou en reconstruisant celle qui manque médicale,
mais lui permettant de l'imaginer et d'en parler. par la parole. Avec des difficultés inédites : le caractère il est fait appel
Grâce à ces représentations, le sujet retrouve « inconciliable » de la représentation qui a entraîné à « la décision du
la fonction de ses organes et les utilise. Ce tissu le refoulement* est-il définitivement curable ? sujet » d'assumer
de représentations, Freud l'appelle « corps » Si le sujet a refoulé une première fois une représenta- ou non ce qu'il a
ou « moi* », différencié de l'organisme. La rupture tion, et sa charge affective, pourquoi l'accepterait-il d'abord refoulé.
de la psychanalyse avec le biologisme* est consommée : plus tard ?
que Breuer a interrompu le traitement d'Anna O...
La rencontre Le Moyen Âge traite
l'hystérique de possédée, devant le désir* éveillé en lui par les avances
e (sous transfert*) de la jeune fille.
avec l'hystérique etde lesimulatrice.
xix siècle
Genèse sexuelle des symptômes
Freud, le premier, renverse l'ordre du savoir Freud entreprend d'éclaircir la genèse des symptômes
pour une étude scientifique de l'hystérie. hystériques hors laboratoire. Il vérifie que face à
une représentation* insupportable s'élève une défense,
un refoulement*, qui la met à l'écart de la conscience,
L'hystérie est une névrose...
que cette pensée a souvent un contenu sexuel,
L'hystérie* (du grec usteron, « utérus ») affecterait
et que le symptôme vient à sa place. Les paralysies
les femmes. Les Égyptiens anciens considéraient l'utérus
hystériques l'expliquent déjà : celui qui refoule
comme un animal migrateur responsable des sautes
la représentation de la jambe perd l'usage de la jambe ;
d'humeur. Freud donne à ce mythe toute sa portée :
la paralysie hystérique est le symptôme du conflit avec
la névrose* est liée au sexuel ; la sexualité féminine
la charge affective de la représentation « jambe ».
est une énigme ; la jouissance* féminine est étrangère Anna O se protège ainsi du désir sexuel qu'elle éprouvait
même pour une femme : sa spécificité se dérobe quand son père posait sa jambe sur sa cuisse pour
aux mots des analysantes* ; le choix du sexe n'est pas des soins.
déterminé par l'anatomie.
Le symptôme hystérique est une formation substitutive
entre un désir attaché à la valeur affective et une défense
... qui affecte les hommes
contre ce désir. Il est un symbole, un fait psychique
comme les femmes
de l'ordre du langage, même s'il a prise sur l'organisme
Les études sur les aphasies* et les paralysies
via le corps. C'est pourquoi il disparaît quand Anna O...
hystériques montrent comment Freud abandonne
le met en mots. Si l'interprétation psychanalytique,
l'anatomie pour la psychopathologie. Trois idées
faite de mots, agit sur le symptôme, c'est qu'ils ont
dominent sa rencontre avec Charcot (voir pp. 8-9) :
sinon même nature, du moins même structure.
de nombreux symptômes* résultent
de l'hystérie ; ils touchent les hommes Avec l'hystérique,
et les femmes ; certains sont provoqués L'inconscient, ce « savoir insu »
Deux mécanismes psychiques « convertissent » Freud vérifie
sous hypnose* par des mots. Une théorie la nature
du fonctionnement psychique en découle une idée refoulée en symptôme : la condensation*
(un élément du symptôme représente plusieurs de la névrose
(voir pp. 22-23). et la double
Autre rencontre décisive, celle du éléments du conflit) et le déplacement* (un élément
du symptôme représente un élément du conflit par détermination
psychiatre autrichien Josef Breuer — inconsciente
(1842-1925) qui impressionne Freud un trait commun). Plusieurs représentations sont
susceptibles de surdéterminer* un seul symptôme. et sexuelle -
avec l'une de ses patientes, Anna O...
La tâche thérapeutique vise à retrouver l'ensemble du symptôme.
(voir encadré). Ses symptômes dispa-
des refoulements et transformations. Freud demande Il met à l'épreuve
raissent quand elle détaille les souvenirs
à l'hystérique de se souvenir, et de lui enseigner une direction
qui leur sont liés. Freud est intrigué
ce savoir particulier : « Le sujet sait tout sans le savoir », du traitement
par le fait que Breuer ne proteste
paradoxe de ce « savoir insu » nommé par Freud par ce sexuel.
pas davantage contre son intuition
d'une étiologie* sexuelle. Il découvre « inconscient* ».
Freud tire plusieurs Entendre ce qui est dit
L'association libre enseignements de ses La nature et la fonction du savoir sont trans- « Vous savez que les moyens
psychiatriques dont nous
formées. La théorie psychanalytique dépend
et la cure efficacité thérapeutique
patientes hystériques :
des conditions de la cure : le processus de
disposons n'ont aucune
action sur les idées fixes.
de la parole, étiologie* sexuelle, « pensée connaissance doit être distingué du processus La psychanalyse
thérapeutique. Le savoir et la connaissance qui connaît le mécanisme
séparée de la conscience » déterminant de ces symptômes serait-elle
le sujet, irréductibilité du symptôme, scientifiques sont sans effet sur le patient : plus heureuse sous ce rapport ?
limites des thérapies... l'analyste n'opère pas à partir d'un savoir Non, elle n'a pas plus de prise
théorique mais à partir de la parole de l'ana- sur ces affections que
lysant* dans sa fonction symbolisante. n'importe quel autre moyen
thérapeutique. [...]
Page de droite: L'enseignant, c'est le patient Contrairement à l'hypnose, la cure - dispositif Nous pouvons grâce
exilé à Londres Chaque observation conduit Freud à chercher de parole - ne prive pas le sujet de la respon- à la psychanalyse
à partir de 1938, une théorie explicative et une thérapeutique efficace. sabilité de ses actes. Elle ne consiste pas en comprendre ce qui se passe
Freud réaménage un simple dialogue intersubjectif. Les places chez le malade mais
son bureau -
À partir d'une position épistémologique* conforme nous n'avons aucun moyen
à la science moderne et à ses impasses, il invente de l'analyste et de l'analysant ne sont ni
semblable de le faire comprendre
à celui de Vienne - la psychanalyse : mode d'investigation du psychisme, homologues ni symétriques : il faut compter au malade lui-même. »
dans sa nouvelle traitement, corpus de savoirs nouveaux. L'invention avec le transfert*. Freud, Introduction
demeure. Ce dispositif vise la levée du refoulement*, à la psychanalyse, 1916.
Avec notamment
de la technique psychanalytique repose sur un renon-
un divan, l'élément cement à l'hypnose* et à la suggestion (voir pp. 20-21), production d'un savoir par le sujet, et repose
indispensable tout en conservant leurs avantages. Le 12 mai 1889, sur le « libre exercice de la parole ». Cette application
à la cure analytique. Freud se soumet à l'injonction d'Emmy von N... de la règle fondamentale débouche sur une double
Depuis, cette épreuve : il est impossible de tout dire et de dire n'im-
maison a été
qui lui demande de se taire pour la laisser parler.
transformée Cette date marque l'abandon de la suggestion pour porte quoi ; l'analysant dit souvent plus ou autre
La psychanalyse
en musée. un procédé inédit : l'association libre*. chose que ce qu'il veut (lapsus). La parole se déploie,
soumise aux mécanismes de combinaison et de sub- naît avec
Le désir de l'analyste et l'éthique de la psychanalyse
stitution qui président au fonctionnement du langage. le dispositif
sont là. Freud renonce à diriger ses patients, libres
Le travail de l'analyste s'effectue dans le champ permettant
de prendre la parole comme ils l'entendent. Il existe
de la parole, avec l'instrument du langage. Copiste de s'intéresser
un savoir sur le symptôme*, situé définitivement
Le sujet-objet, attentif, lecteur fidèle du texte inconscient* transmis au particulier
entre science du côté du sujet* : l'enseignant, c'est le patient !
dans et par la parole du sujet, l'analyste est soumis délaissé
et psychologie
Contrairement à l'exigence de s'en tenir strictement à ce qu'il entend par la science :
Rendre la parole au patient
à la psychanalyse, dans ce qui est dit. il montre que
la psychologie
Principale rupture clinique, la psychanalyse s'oppose
au mouvement de la science qui vise objectivité, univer- la parole obéit à
dite scientifique
{voir pp. 56-57) salité et généralisation (voir ci-contre). Freud s'intéresse des lois conduisant
adopte l'idéal au singulier, rebut de la science : rêves, lapsus*, actes aux théories
de la science : de l'inconscient
traiter les sujets
manques*... et acte de parole ! Prenant en compte renon-
comme des objets ciation de ses patients, il les laisse dire sans contrainte et de la pratique
d'étude, effacer et les écoute avec sérieux : ils détiennent, seuls, un savoir à adopter pour
les particularités sur ce qui les fait souffrir, et sur le discours grâce auquel le mettre au travail
au profit dans la cure.
de catégories ils se soutiennent dans l'existence. La psychanalyse doit
et lois générales. reconnaître la vérité du sujet dans cette souffrance.
Le sexuel obligent
Les observations cliniques
Freud à conclure
il faut que cet élément sexuel fasse
« retour » et réinvestisse le trou
La masturbation
rend-elle sourd ?
est traumatique et perversion proviennent
que psychose*, névrose créé dans la chaîne des repré- Richard von Krafft-
Ebing (1840-1902),
sentations par le refoule- un médecin allemand
à l'origine d'événements sexuels. ment : il donne « après contemporain
coup » (d'où le décalage de Freud, affirme
temporel) sa portée trau- que la masturbation
ou des conduites
matique au souvenir sexuelles
Page de droite: La cause sexuelle des névroses refoulé, en se servant anormales ont
La Nourrice d'Alfred
Le mécanisme propre des névroses* (rejet, déni de la représentation des conséquences
Roll (1846-1919),
musée des Beaux- ou refoulement*) porte sur une représentation* d'un nouvel événement psychologiques
Arts de Lille. sexuelle. Freud, le premier, reconnaît que le spécifique néfastes.
a n o d i n q u i évoque
de l'humain implique cette mise à l'écart d'une part par un trait quelconque
La sexualité sexuelle : son « retour » inévitable est la cause la première rencontre.
n'est pas naturelle de toutes les pathologies psychiques. Freud atteint
Freud démontre Le sexuel ne complète pas la liste des déterminations de pansexualisme ?
le caractère L'invention de Mal comprise,
biologiques, psychologiques et sociales : les événe-
non naturel la sexualité infantile la théorie freudienne
de la sexualité ments sexuels à l'origine de la névrose sont souvent de la sexualité
Freud décrit très tôt le nou-
avec l'examen anodins, irréels, et beaucoup de temps s'écoule avant amènera ses critiques
des perversions* veau-né aux prises avec Fin- à parler
que les effets négatifs ne se manifestent.
dans Trois essais satisfaction, alors qu'il ne sait de « pansexualisme ».
sur la théorie de pas qu'il a faim : le bébé crie
la sexualité (1905), Distinguer représentation et charge sexuelle
tout en inventant
pour décharger cette tension
Freud différencie le souvenir et le sexuel. Il attribue
les concepts physiologique. La mère répond
le caractère traumatique au sexuel qui affecte Pour Freud,
- pulsion*, libido* - à ce cri organique comme à un appel : elle apporte
nécessaires un événement rencontré précocement, avant ou après celui qui rejette
l'objet (le sein) supposé demandé. Le sujet interprète
pour s'expliquer la phase de verbalisation (chez l'enfant), mais la conception
cette sexualité. les conséquences de l'apaisement en termes de frus-
demeuré incompris et inassimilable par la pensée : psychanalytique
tration : s'il est apaisé, c'est qu'il manquait. Pourquoi
un comportement vu ou subi, de la sexualité
la mère n'a-t-elle pas donné plus tôt l'élément
une phrase ou un bruit entendus. rejette
apaisant ? Ainsi est postulée l'existence d'une
« Incompris » désigne, « avant la la psychanalyse :
substance-jouissance* en défaut par définition.
verbalisation », ce qui échappe la sexualité
Le rapport du sujet aux objets est marqué par cette inter-
au registre de la représentation humaine échappe
position de l'Autre* parlant qui introduit ce manque.
mais confère à cette dernière à la détermination
L'enfant cherche à retrouver, au-delà de la satisfaction
sa « charge affective ». Pour se biologique
du besoin nécessaire à sa survie, ce qui pourrait atténuer
débarrasser de cette charge, et excède le cycle
ce manque. Le nourrisson suçote ses lèvres ou son pouce
le sujet* r o m p t avec la de la reproduction.
après la tétée, dans une quête du plaisir pour le plaisir :
représentation qui la véhicule. c'est la « sexualité infantile ». Freud nomme le manque La sexualité
Le refoulement constitue un « désir* » et rapproche de la sexualité traumatique du sujet parlant
processus de guérison ! Il efface la substance-jouissance, dont le sujet découvre le défaut parasite
l'élément incompatible. Pour en rencontrant la parole : la condition du « parlêtre » l'organisme.
qu'une névrose se déclenche. (expression de Lacan) est de manquer.
scientifique d'une horde primitive humaine,
Fantasme sont
Freud pense d'abord que les névroses
les conséquences de scènes réelles, où ce complexe prendrait sa source. Chaque
et réalité peuvent n'être pourtant qu'imaginées !
avant de convenir que ces dernières type de névrose inventerait son fantasme :
assister à l'impossible coït dont le sujet
Comment expliquer cette détermination du est issu, dans la névrose obsessionnelle ;
fonctionnement psychique par un fantasme ? être séduit par le père, chez l'hystérique...

Conséquences cliniques
L'abandon de la Neurotica du fantasme
Dans un premier temps, Freud croit que l'hystérie* Le sujet ne souffre pas du fantasme qui oriente
résulte de la séduction des filles par le père : son désir* vers la jouissance, mais du symp-
c'est la théorie de la Neurotica. Or, il découvre l'irréalité tôme*. Comment traiter le sexuel trauma-
matérielle des scènes sexuelles incriminées mais aussi tique (réel) par le fantasme (imaginaire) ?
que cette irréalité n'atténue pas pour autant leur Ce dernier ne peut que l'imaginer, sans en gué-
efficacité. L'important n'est pas de s'intéresser au vécu rir. Le symptôme est la marque de cet échec.
mais à la trace de la subjectivation* du réel* sexuel, Dans la cure, Freud rencontre d'abord
à la façon dont le sujet* s'efforce de penser ce que le symptôme, avant de se heurter, en arrière-plan,
le sexuel inclut d'impensable. Le fantasme* constitue au fantasme comme « à la réalité de ce qui n'est ni vrai,
la solution avec laquelle un sujet ni faux ». Peu importe de savoir si le patient rend
« Ambiguïté compte d'une réalité exacte. Certes, il emprunte
s'explique sur le caractère de la révélation
traumatique de sa rencontre hystérique du passé
à sa biographie pour construire le fantasme.
avec le sexuel ; il construit [...], c'est qu'elle Mais, avec l'inconscient*, il ne s'agit plus de réalité
la scène qui lui permet nous présente mais de « vérité » : elle désigne le rapport du sujet
la naissance de la à la sexualité traumatique.
d'imaginer cette rencontre.
vérité dans la parole. Le symptôme,
Rompant par scientisme* Par là, nous nous
avec l'idéal scientifique heurtons à la réalité Toute réalité passe par la formulation au sens freudien,
de son temps, Freud passe de ce qui n'est dans la parole découle
ainsi « du champ de l'exacti- ni vrai, ni faux. »
Le terme de réalité de l'inconscient n'a pas le sens du souvenir
Jacques Lacan (1901- d'une scène dont
tude au registre de la vérité* » 1981), Écrits, 1966. d'un « contenu » qui regrouperait les tendances
(Lacan, 1957). cachées et les fantasmes qui proliféreraient loin de il importe peu
la conscience. La vérité mise en jeu et visée par l'analyste qu'elle soit réelle ou
L'invention du fantasme n'est pas une donnée positive : elle est antinomique une construction
Freud soupçonne le caractère de fiction des scènes avec le savoir. Le concept d'inconscient inaugure de l'analysant* :
traumatiques quand il en retrouve le souvenir chez lui, un nouveau rapport à un « savoir insu » plus que elle inclut, sous
au cours de sa correspondance avec Fliess (voir pp. 34- l'existence d'un « savoir qui ne se sait pas ». Le sujet forme d'interdit,
35). La psychanalyse porte la marque de la névrose* méconnaît la vérité de son désir qui se manifeste l'« impossible »
de Freud : le névrosé Freud s'aperçoit qu'il règle dans l'équivoque de la parole. Le sujet sur lequel opère sur lequel se règle
son propre rapport au langage et à la jouissance* la psychanalyse se situe dans cette ambiguïté du rapport son rapport
avec la fonction paternelle*. C'est cette solution de l'individu à un savoir qui lui échappe et qui pourtant au langage
qu'il porte à la théorie pour en vérifier la logique agit sur lui. Ce sujet est le sujet de l'inconscient et à la jouissance.
sous la forme du complexe* d'Œdipe* et de la fiction et de l'acte de parole.
L'inconscient Particulièrement
liés à sa propre
un propos liant la mort à la sexualité, il a la surprise
d'oublier le nom du peintre italien Signorelli (1445-
« Le caractère
commun aux actes
les plus légers
dans tous ses états ouvrages de Freud
analyse, trois des 1523), qui ne lui revient que lorsque l'association
refoulée est retrouvée.
comme les plus
graves, aux actes
balisent les débuts de la psychanalyse. Lors d'une conférence, l'une des deux seules femmes manqués
présentes porte le même prénom que celui choisi et accidents,
pour la patiente dont il va exposer le cas. Afin de ne consiste en ceci :
tous les phénomènes
« Le rêve, voie royale pas la gêner, il change le prénom et s'aperçoit, à la fin, en question, sans
de l'inconscient » qu'il a opté pour celui de l'autre femme présente ! exception aucune,
Freud s'attache à extraire, comme avec les rêves, se ramènent à des
En 1899, Freud publie
matériaux psychiques
L'Interprétation des rêves : les mécanismes actifs.
incomplètement
un ouvrage où il livre, refoulés et qui,
souvent à partir de l'analyse* Le Mot d'esprit bien que refoulés
et ses rapports avec l'inconscient (1905) par le conscient,
de ses propres rêves, les méca- n'ont pas perdu
nismes par lesquels le refoulé Il consacre l'un de ses plus gros ouvrages au mot toute possibilité
parvient à la conscience d'esprit. Humour, comique, ironie constituent autant de se manifester
malgré la censure. Plusieurs formules sont fameuses. de façons de feinter la censure, de jouer avec et de s'exprimer. »
le langage et la garantie de la communication Freud,
Ainsi, « le rêve est l'accomplissement déguisé d'un désir*
refoulé » : c'est rêver qui accomplit le désir ! Et encore, commune, de prendre du plaisir. Psychopathologie
de la vie quotidienne,
« le rêve est la voie royale de l'inconscient* » : les méca- L'un des aspects précieux de ce livre réside dans l'em- 1904.
nismes s'y lisent de façon nette, et il est aisé, prunt massif à l'humour juif.
avec l'interprétation*, de faire sentir au rêveur Quelques-unes de ces histoires se retrouveront
le travail de l'inconscient. dans d'autres travaux pour illustrer la logique
« Du reste,
dans quelques-uns Cette analyse des rêves a souvent été mal comprise : à l'œuvre dans l'inconscient. C'est le cas de l'histoire
de mes écrits - certains y réduisent la cure ou en extraient dite du chaudron. Un homme se voit reprocher
Interprétation un dictionnaire de symboles. Certes, Freud lui-même, de restituer un chaudron troué. Pour sa défense,
du rêve, Vie le présumé emprunteur rétorque : « Primo, je n'ai
quotidienne -,
dans l'interprétation d'un rêve où il voit la formule
j'ai été plus franc de la triméthylamine, avoue clairement son désir : jamais emprunté de chaudron. Secundo, le chaudron
et plus sincère trouver la solution de la névrose* dans les mots. avait un trou lorsque je l'ai emprunté. Tertio, j'ai rendu
que n'ont coutume Mais il prévient que les associations* du rêveur le chaudron intact. » Freud parcourt
de l'être la vie quotidienne
conduisent à « l'ombilic du rêve » dont elles Autre anecdote : le rabbin de Cracovie annonce
des personnes
qui retracent ne viennent pas à bout. L'inconscient tel que à la prière qu'il voit la mort du rabbin de Lemberg. pour s'analyser,
leur vie pour défini par la psychanalyse, même interprété, reste Les jours suivants, les membres de la communauté isoler
les contemporains inconscient ! juive de Cracovie interrogent ceux de la communauté les mécanismes
ou la postérité.
On m'en a su peu
juive de Lemberg sur les causes de la mort du rabbin. de l'inconscient
de gré ; je ne saurais Psychopathologie Un interlocuteur proteste : « Le rabbin de Lemberg et tenter de vaincre
conseiller à personne de la vie quotidienne (1904) n'est pas mort. - Peu importe, dit [un] fidèle, zyeuter l'incrédulité de
de faire de même. » de Cracovie à Lemberg, voilà qui fut sublime ! »
Freud,
Freud traque les formations de l'inconscient : lapsus*, ses contemporains
actes manqués*, oublis des noms propres démontrent Freud extrait minutieusement ces caractéristiques devant sa nouvelle
Psychopathologie
de la vie la détermination inconsciente. Il livre quelques de l'inconscient : ignorance du temps et de la contra- science.
quotidienne, 1904. aspects de sa propre analyse. Voulant dissimuler diction, phénomènes de croyance.
On ne devient psychanalyste de son cercle médical. Fliess est aussi un personnage
L'autoanalyse qu'après avoir été psychanalysé. sûr de lui, susceptible, supportant mal la critique
Pour oublier
un ami...
et plus soucieux de son point de vue que de collaborer. La correspondance
Freud, l'inventeur, n'a pu rencontrer d'analyste. entre Freud et Fliess
Il s'est soumis à une cure personnelle, Avec le recul, ses théories paraissent délirantes. aurait pu restée
tout en affirmant l'impossibilité Or Freud témoigne son admiration à Fliess pour longtemps inconnue.
de la véritable « autoanalyse ». son courage et sa largeur de vues, tandis qu'il croit en En effet, Freud
recevoir une aide bénéfique et le renfort indispensable ne souhaitait pas
divulguer ce courrier,
à son propre travail de défricheur de l'âme ! La rupture, et on ne dispose
La vie de Freud, matériel de son analyse inévitable à terme, se produit de façon brutale, Fliess d'ailleurs que
revendiquant la paternité des idées de Freud. des lettres envoyées
Freud ne laisse ni récit de sa cure ni construction
par Freud à Fliess,
de son cas mais le témoignage du travail analytique Freud n'ayant pas
sur lui : analyses* de rêves, souve- La névrose de Freud gardé celles
nirs-écrans, formations de l'in- Dans le contexte de cette amitié passionnée, de Fliess !
conscient* (oubli, lapsus*...), etc. Freud déclenche une psychonévrose* grave (angoisse,
Sa pratique et sa doctrine se déve- phobies, dépression, doute, inhibition, malaises
loppent avec les progrès de sa cure physiques). Il comprend qu'il ne s'en sortira pas avec
et en empruntent le matériel. les moyens habituels des réconforts et échanges amicaux.
La clinique freudienne atteste Il doit travailler sur lui-même comme malade.
son effort pour dépasser son désir* Dès juillet 1895, il analyse ses rêves et, au début,
particulier (de personne) et l'élever communique ses résultats à Fliess. D'intermittente,
au désir inédit requis par la posi- cette analyse devient systématique mais il ne compte
tion d'analyste (voir encadré). que sur lui-même, soupçonnant le rôle de Fliess
Le passage volontaire du futur pra- dans ses troubles. Un début de résolution coïncide
ticien par l'expérience et la position avec la séparation, malgré la brouille et les accusations
du malade est un aspect nouveau de Fliess pénibles pour Freud.
dans l'histoire de la clinique et
des relations. « Pour comprendre les choses
par rapport à lui-même »
La correspondance avec Fliess Dans cette période de souffrance et d'élaboration, Pas d'analyste
« L'autoanalyse » de Freud n'est ni une introspection Freud extrait deux principes essentiels de la psychanalyse : non analysé !
ni une confession mais une analyse au sens strict. l'inconscient et la sexualité infantile (voir pp. 28-29). Freud est
Elle commence dans le cadre de la relation Cette autoanalyse contient les éléments d'une analyse : une exception :
avec Wilhelm Fliess (1858-1928), de 1887 à 1902. Freud effectue ses découvertes à partir de ses symp- il invite
Freud le rencontre grâce au psychiatre autrichien tômes* ; il s'engage lui-même, dans une expérience les analystes
Josef Breuer (1842-1925), plaçant beaucoup d'espoir où il paie de sa personne ; il voit l'implication, non pas à la
dans cet alter ego. Médecin allemand, original, dans sa cure et sa névrose*, des personnes auxquelles reproduire, ce qui
personnalité scientifique peu commune, Fliess est issu il tient le plus (Fliess ; son père, mort en octobre 1896 ; est impossible,
du même milieu que Freud, mais plus fortuné. sa mère). Poursuivant son autoanalyse sa vie durant mais à la retrouver,
C'est un homme séduisant, porté sur la spéculation (une demi-heure par jour en fin de journée), il souligne pour qu'elle serve
intellectuelle, et dont les élucubrations audacieuses le soin nécessaire au passage de la position d'analysant* à la psychanalyse.
touchent Freud en butte à l'étroitesse d'esprit à celle d'analyste.
Freud ne cède pas
Freud Freud est inébranlable contre
les dissidences au sein du mouvement sur l'inconscient...
Accusé de dogmatisme, Freud est
intraitable psychanalytique et vis-à-vis
du minimum à tenir dans la cure. ouvert, mais tenace sur les condi-
tions de sa découverte et de sa
réinvention dans chaque cure,
La phase de latence La dissidence est un abandon sur l'existence d'un « savoir insu »
De toutes de la psychanalyse et du fonctionnement qui le pro-
les espèces, duit. Il trouve un renfort dans
l'homme est la seule
Les dissidences découlent de la nécessité de vaincre
les résistances* pour traiter les symptômes*. Ce n'est les traditions populaires, mais sus-
chez qui
le développement pas par mauvaise volonté que le dissident suspend cite l'opposition des philosophes
sexuel est mis et perd l'acquis de la cure. et l'indifférence des spécialistes
en sommeil Ainsi, Alfred Adler, médecin et psychologue autrichien des sciences de la vie qui ne voient aucun intérêt
(latence) avant dans ces phénomènes analytiques. Freud démontre
l'adolescence... (1870-1937), préfère la psychologie du moi* à l'étude
comme pour laisser de l'inconscient* : il privilégie la conscience contre qu'ils ont un sens, produit du travail de l'inconscient, Le bénéfice
au sujet le temps la conception freudienne du moi qui, comme accessible par l'association libre*. Pour lui, contraire- secondaire
de comprendre, ment à Jung, la psychanalyse ne se ramène pas des symptômes
l'auguste, s'agiterait d'autant plus qu'il n'agit pas ; Un symptôme
puis de tirer aux symboles et à une pratique du sens. Elle vise
les conséquences de la névrose* dépendrait de la « protestation mâle » trahit un conflit
ce développement du sujet* qui tente de subordonner l'élément féminin la réalité sexuelle de l'inconscient dont la nouvelle inconscient
et de ses choix. signification est enregistrée sous le nom de libido. mais permet
au masculin : cette tendance naturelle compenserait du coup
les sentiments d'infériorité, et contredirait la une réduction
castration* (voir pp. 46-47). ...la sexualité... des tensions
La fonction de la sexualité humaine excède la repro- se traduisant
en plaisir :
Jung, « fils et héritier » infidèle duction et la génitalité. Elle représente une aspiration
c'est le « bénéfice
D'abord responsable de l'Association psychanalytique globale au plaisir et se développe en deux temps séparés secondaire » auquel
(voir pp. 54-55) et dauphin enthousiaste de Freud, par la phase de latence (voir ci-dessus à gauche), soumise le sujet s'attache.
Carl Gustav Jung, psychiatre et psychologue suisse à l'œdipe* et à la castration* : la sexualité infantile
(1875-1961, ci-dessous), se désintéresse du tra- précède la sexualité adulte. Cette sexualité n'obéit ni
vail en équipe, récuse le souci du détail, à l'instinct animal ni à la norme sociale : la démonstration Freud se montre
et résiste au poids du sexuel. Spécialiste de cette thèse vaut à Freud la réprobation générale car elle ferme face
des mythes, il néglige les processus implique la responsabilité de chacun dans sa conduite. aux dissidents
de l'inconscient, réduit la libido* à l'inté- Freud considère que lâcher sur cette conception de la psychanalyse
rêt psychique et à la tension organique de la sexualité revient à lâcher sur la psychanalyse. - tout en extrayant
générale, et dérive vers des thèses les leçons de
spiritualistes et occultistes. ... et l'argent leurs abandons -,
Loin de démontrer la pertinence des Freud est « intraitable en matière d'argent » : dans la cure, avec sa théorie
« vérités* » psychanalytiques insuppor- il mobilise le patient contre sa névrose, l'oblige à y mettre de la sexualité, et
tables (voir pp. 30-31), il se vante de du sien en y mettant le prix, pour contrecarrer le coût avec le maniement
les rendre acceptables par tous. Constat et le bénéfice secondaire des symptômes (voir ci-dessus). de l'argent
d'incompatibilité, rupture et démission : La psychanalyse est, comme Freud, réaliste, n'exigeant dans le transfert*.
tel est le sort, inévitable, d'Adler et de Jung. pas d'autre sacrifice qu'une part d'argent.
Freud invente un dispositif
Le désir de traitement de la névrose.
de ses interprétations* et de ses jugements. Sa neutralité,
bienveillante et nécessaire, respecte la liberté du patient,
de l'analyste flottante* le mettent en œuvre
Association libre* et écoute mais sans abstention ou complaisance.

selon une procédure reposant sur Amour de la vérité... et passion du réel


le maniement du transfert. Freud a « l'amour de la vérité* » qu'il encourage
chez l'hystérique : celle-ci, accusée de mensonge,
dissimulation et histrionisme*, tente de glisser
Une relation de transfert une vérité bâillonnée à un entourage sourd. Freud
Patient et analyste recourent au simple moyen de la pousse à repérer ce qu'elle sacrifie dans la vérité
la parole, mais la cure comporte une utilisation spéciale qu'elle fait entendre et déguise sous ses symptômes*.
du langage : « une suspension de la réalité comme Freud manifeste aussi une « passion du réel* ». Il s'agit
au théâtre ». Elle crée une situation liant le patient de saisir non seulement la vérité en jeu dans les histoires
et l'analyste par le transfert*, lieu et objet, pour le patient, que le patient (se) raconte (l'amour de Dora pour
d'un investissement dont l'analyste est support et le père derrière les plaintes qu'elle lui adresse),
cause. L'application du procédé n'est pas mécanique. mais aussi ce qui s'est réellement produit.
Au début de la psychanalyse, Freud se heurte à des Freud découvre que la question n'est pas celle
difficultés inattendues malgré de la réalité du fantasme*, ainsi que le lui suggère
« Ce que je n'aurais
la collaboration de ses patients : jamais cru possible, le névrosé, mais bien du réel du fantasme, cœur
des résistances* interrompent c'est que quelqu'un, de la névrose* (voir pp. 30-31).
la progression. Les patients après avoir poussé
ne s'opposent pas à la pour- sa compréhension
de l'analyse
L'homme aux loups
suite du traitement, mais jusqu'à une certaine Le cas de l'homme aux loups permet d'étudier
« quelque chose » en eux profondeur, l'observation d'un coït parental par le patient enfant : Chez Freud,
les arrête, qu'il s'agit de sur- pût renoncer un fantasme originaire, « scène primitive », pose le désir opérant
monter. La victoire sur les à ce qu'il avait acquis la question d'une représentation - impossible par dans la cure
sous ce rapport,
résistances révèle l'obstacle : le sujet lui-même - de sa naissance et de sa mort. Il est se présente comme
voire le perdre. »
représentations* insuppor- Freud, « Contribution la tentative obligée de capter quand même, au moyen la conjonction
tables, souvenirs pénibles à l'histoire des accidents biographiques (traumatismes et contin- entre amour de
ou vœux inavouables, avec du mouvement la vérité et passion
psychanalytique »,
gences de la vie), la singularité irréductible
des réactions de pudeur, 1914. de son être, toujours inassimilable à de la pensée. du réel, première
dégoût ou honte. Il faut un désir décidé, comme celui de Freud, forme du « désir
pour amener un patient jusqu'à ce point limite de de l'analyste ».
L'art de la psychanalyse la pensée où rien, dans le symbolisme et les complexes*, La cure
Freud s'impose une conduite de la cure susceptible ne peut garantir ce qu'il est, où il est seul à pouvoir de l'homme
de « faire parler » ces résistances au lieu de les effacer en répondre, prendre ses décisions, se servir ou pas aux loups,
par l'hypnose* ou la suggestion (voir pp. 20-21). de son ticket de guérison, user de lui-même et ce névrosé
La cure n'est pas une technique de l'aveu, mais vise de son existence. Freud a poussé l'homme aux loups obsessionnel,
l'avènement du désir* et la reconnaissance par le sujet* jusqu'à ce seuil avec un acharnement ayant entraîné en témoigne tout
de sa jouissance*. L'art de Freud combine politique, des conséquences néfastes (symptômes, dépendance) particulièrement.
stratégie et tactique. Il paie de sa personne, qu'il s'est reprochées.
Le complexe d'Œdipe, avec
La rencontre
l'hystérie
Désirs inconscients et conflit psychique
Le refoulement est à la fois un mécanisme et un pivot :
Topique et topologie
Les topiques

la première topique de l'hypnose


et la pratique il fait de l'inconscient en particulier, et de l'appareil
psychique en général, ce lieu (point de vue topique*)
décrivent l'appareil
psychique en termes
d'organisations
mettent Freud sur le chemin d'un lieu autre où se déroulent les conflits (dynamique) ; ceux-ci spatiales dont
que la conscience et d'une topologie déploient quantité d'énergie et d'investissements les éléments,
(économique) autour de désirs* inconciliables avec homogènes,
complexe du psychisme. occuperaient
les idéaux de la conscience, et condamnés à se taire. des lieux (topos
Les premiers désirs inconscients à tomber sous l'effet en grec) différents,
« L'Autre scène » de la censure sont les désirs oedipiens (désir et haine séparés par
des frontières
Freud constate que, pour chacun des parents).
géographiques.
sous l'effet de l'hypnose* Le refoulement permet de distinguer les termes de Or Freud notera que
puis d'une psychanalyse, la première topique : l'inconscient freudien, jamais ces éléments sont
des symptômes* disparais- remémoré, même interprété ; le conscient*, où par- de nature distincte,
imposant le passage
sent après remémoration viennent éventuellement les rejetons du refoulé ; et d'un lieu à un autre
partielle ou totale d'idées le préconscient, ce qui n'est pas présent à la conscience, par un processus
et de souvenirs : ceux qui mais est susceptible d'y venir et de fournir le matériel (refoulement) ou par
motivent ces symptômes du refoulement et du retour du refoulé. des transformations
logiques.
mais échappent totalement Ce qui amènera
à la conscience du sujet*. L'inconscient de Freud une topologie (avec
Il soupçonne puis confirme Au fur et à mesure de l'élaboration de la sexualité le psychanalyste
l'existence d'un lieu psychique français Jacques
infantile (voir pp. 28-29), Freud sent la faiblesse de Lacan, 1901-1981).
séparé de la conscience l'hypothèse de la séduction (la théorie du « trauma »
mais agissant sur elle. ou Neurotica, voir pp. 30-31) et sa non-pertinence dans
Cette « Autre scène », l'in- la compréhension de l'hystérie*. Surtout, il perçoit que Ses résistances
conscient*, n'est pas le néga- cette conception n'est qu'une résistance* de sa part face empêchent Freud
tif de la conscience (incons- à la réalité de ses propres désirs œdipiens ! Son erreur d'exhumer plus tôt
cience, non-conscience), consiste à s'accrocher au traumatisme supposé vécu le complexe
Œdipe et le Sphinx à fond métaphysique, de la philosophie préfreu- dans l'enfance comme facteur étiologique*. Elle est due d'Œdipe dont
(1808), de Jean dienne. Elle n'est pas non plus anormale et essentiellement au fait qu'il a « rencontré ici, pour il vérifie ensuite
Auguste Dominique l'universalité.
pathologique, comme le suppose la psychologie la première fois, le complexe* d'Œdipe* qui devait par
Ingres (1780-
1867), musée pathologique depuis le psychologue français la suite acquérir une signification dominante » : « Sous C'est l'un
du Louvre, Paris. Pierre Janet (1859-1947). un déguisement aussi fantastique je ne [le] reconnaissais des aspects
L'inconscient freudien est le lieu où se sédimentent pas encore. » Avec courage, il avoue l'origine démontrant
et s'enracinent les pensées et les représentations* qui, personnelle de cette erreur qui, selon lui, a failli donner le mieux
« La théorie du fait de leur contenu sexuel, deviennent intolérables un coup d'arrêt définitif au projet psychanalytique. l'intrication
du refoulement est pour la conscience. Le refoulement* les maintient Il faut donc que Freud, non sans douleur, subisse entre la vie
la pierre d'angle à l'écart, de façon dynamique. La découverte de la défaite de la toute-puissance narcissique devant de Freud et
sur laquelle repose
tout l'édifice
l'inconscient et la construction de la psychanalyse l'exigence intraitable de son désir inconscient : son invention de
de la psychanalyse », sont devenues possibles avec l'invention du concept l'analyse* de ce désir le conduit, bon gré mal gré, la psychanalyse.
écrit Freud. de refoulement. sur les chemins de la construction d'un savoir nouveau.
dont le déclenchement, l'objet,
Pulsion et instinct, Refoulement*,
processus inconscients, le but et l'apaisement sont réglés
Principe de plaisir et principe de réalité
L'activité psychique tend à éviter
naturellement. le déplaisir et à procurer le plaisir :
la seconde topique symptômes... D'où
l'appareil psychique Les pulsions sexuelles s'étayent c'est le principe de plaisir. Mais le sujet
au départ sur les pulsions d'au- risque des conséquences plus désagréables
tire-t-il l'énergie nécessaire à la production que le plaisir obtenu ; elles doivent donc être
toconservation - dites du moi* corrigées en fonction des exigences du
de ces phénomènes ?
- pour s'en détacher et mener monde extérieur : c'est le principe de réalité.
une existence autonome.
L'énergétique freudienne La satisfaction d'un besoin vital (allaitement) procure
Quels sont le contenu et la nature de l'énergie un plaisir recherché ou halluciné, et cela indépen-
qui anime l'être humain et génère la formation damment de la satisfaction première qui l'a provoqué.
des symptômes* ?
Freud explore les aspects de la sexualité perverse Vers la seconde topique : le ça
et infantile (voir pp. 28-29). En 1905, il nomme La première topique* (voir pp. 40-41) propose
cette énergie « pulsion* » : une « poussée » constante une explication du conflit psychique par le dualisme
et interne, constituant en permanence « une énergie entre pulsions sexuelles régies par le principe
de travail imposée à l'appareil psychique ». Si le sujet* de plaisir et pulsions du moi dominées par le principe
est séparé de l'organisme par le langage et la parole, de réalité. Sous le comman-
« la pulsion est le représentant psychique du somatique ». dement de ce dernier, le moi
L'organisme n'est que représenté : le sujet s'y heurte se défend des pulsions
comme au réel* qui échappe à la représentation* ; sexuelles en s'appuyant
La redistribution
le besoin mute en pulsion, du fait qu'il est déchiré sur les pulsions d'autocon-
de l'appareil
entre les exigences biologiques et langagières. servation : pour Freud,
psychique autour
le principe de plaisir se plie
aux régulations du principe de la pulsion
Les pulsions sexuelles de mort et du ça
de réalité (voir ci-dessus).
La division entre l'être du sujet et son désir* impose cerne mieux
Mais la complication de
la coupure entre conscient* et inconscient* : les faits cliniques
la « métapsychologie »
cette division constitue le point aveugle, soustrait laissés en suspens
(voir ci-contre), imposée
à la conscience, de l'humain, redoublé par le caractère jusque-là :
par des problèmes cliniques, dévoile l'insuffisance
pulsionnel de la sexualité. Celle-ci ne se situe pas au seul clinique
opérationnelle de cette topique. Quelle satisfaction
plan biologique de l'animal car le sujet habite le de la psychose*,
paradoxale se cache derrière la répétition de la souffrance
langage. La sexualité infantile est « polymorphe » compulsion
(dans les névroses* traumatiques, le cauchemar,
(multiplicité d'objets variables et contingents, de sources de répétition,
le masochisme*, la réaction thérapeutique négative,
corporelles, de buts et de destins) et « partielle » masochisme
la culpabilité) ? D'où la seconde topique : moi, surmoi*
(divisée entre oral, anal et phallique, selon la zone
et ça*. En 1923, à l'annonce de son cancer, Freud primaire,
privilégiée dans les rapports avec l'autre*).
redistribue la topique de l'appareil psychique où se réaction
La division du sujet porte à l'unicité narcissique
confrontent alors pulsions de vie, pulsions de mort. thérapeutique
de l'homme préfreudien un coup fatal, égal à celui
Le ça - comme pôle pulsionnel d'où émergent le moi négative,
porté par la pulsion à la conception naturaliste et
et le surmoi - y prend la position centrale que tenait le culpabilité...
biologisante réduisant la sexualité à la reproduction.
moi comme pôle défensif dans la précédente topique.
La pulsion sexuelle n'a plus rien à voir avec l'instinct
à la continuation du traitement hypnotique. J'avais l'esprit
Transfert Ces deux notions sont tellement
liées dans la théorie et la pratique assez froid pour ne pas mettre cet événement au compte

et répétition analytiques que Freud les a parfois


confondues. L'importance de Tune
de mon irrésistibilité personnelle et je pensais maintenant
avoir saisi la nature de l'élément mystique agissant derrière
et de l'autre n'apparaît qu'en les distinguant. l'hypnose*. » (Extrait de Ma vie et la psychanalyse, 1924.)
Freud voit dans l'attachement qu'ont ses patients
guéris pour ses proches un résidu de transfert.
L'invention du transfert Dès les Études sur l'hystérie* (1895), il repère des trans-
Freud identifie le transfert* dans l'expérience et fait ferts sur sa personne, qu'il nomme « mésalliances »
de sa mise en place, de son développement et de ou « fausses connexions ». Il faut attendre le traitement
sa résolution le ressort même de la cure analytique, de Dora en 1900 (voir pp. 38-39), et surtout sa relecture
grâce à trois événements quasi biographiques. critique en 1920, pour que le concept de transfert soit
établi en tant que tel.
Le transfert de Freud
En tant que concept de la psychanalyse, il porte Le Fort und Da
la marque des expériences vécues par Freud : son amitié 1914-1918 : la guerre affecte Freud, sujet de l'Empire
avec Wilhelm Fliess, par la place qu'elle a occupée austro-hongrois. Ses deux fils, Martin et Ernst,
pour lui, a rendu possible son autoanalyse (voir pp. 34- se retrouvent sous les drapeaux. En septembre 1915,
35). Freud rencontre en 1887 ce jeune oto-rhino de chez sa fille Sophie à Hambourg, Freud observe le jeu
deux ans son cadet, qui suscite son admiration ; de l'aîné de ses petits-fils qui, en l'absence de sa mère,
il attend un savoir que cet ami brillant ne détient pas : fait disparaître et réapparaître une bobine, accompagnant
Ci-dessous:
il adopte sans critique ses élucubrations délirantes cet acte de deux syllabes signifiantes : « Oooo »-« Da ! », Freud et ses deux
sur la bisexualité, la loi de la périodicité (calquée pour dire Fort-Da, (« parti-ici »). Freud est d'abord fils- Ernst assis
sur la menstruation) et l'homologie entre le nez amené à corréler le Fort avec le départ de la mère. et Martin debout-,
Ce jeu et son interprétation*, ainsi que les enseignements tous deux appelés
et les organes génitaux. La fascination de Freud sous les drapeaux
pour son ami et l'absence de sens critique à l'endroit tirés de la clinique des névrosés de guerre (leurs cau- pendant la Grande
de sa théorie sont des faits de transfert. Mais le travail chemars par exemple), révèlent à Freud le phénomène Guerre.
de transfert permet à Freud de voir dans les rapports de la répétition : sous son triple aspect
Le transfert,
c'est plus vieux entre organes génitaux* et nez un déplacement*, dans d'insistance du refoulé, de mise en acte
qu'Hérode ! la bisexualité physiologique une « bisexualité psychique » et d'au-delà du principe de plaisir. La conjonction de
Freud ne découvre (buts actifs et passifs coexistent chez tout sujet*) En effet, le sujet répétant une scène deux découvertes
pas le transfert.
et dans la loi de la périodicité, la « répétition ». dont il souffre, y trouver - le transfert
Vieux comme et la répétition -
les hommes, « quelque chose » de plus;
nécessaire Le transfert sur Freud fort que le pi bouleverse doctrine
et universel, Expérience du temps de la collaboration avec le psy- et pratique
il est à l'œuvre thérapeutique,
et facilement lisible chiatre autrichien Josef Breuer (1842-1925) : « Comme
dans Le Banquet ce jour-là je venais de délivrer de ses maux l'une de mes en imposant
de Platon plus dociles patientes [...], ma patiente en se réveillant à Freud un au-delà
(427-347 av. J.-C.) du principe
me jeta les bras autour du cou. Ventrée inattendue d'une
ou dans l'évocation
du « dieu personne de service nous évita une pénible explication, de plaisir.
des philosophes ». mais nous renonçâmes de ce jour et d'un commun accord
sa valeur structurante, efficiente (dans le choix
Complexe de castration Freud ne
trouve pas du sexe), c'est sa découverte comme castration
de la mère. Parler de castration de la mère suppose
et au-delà de l'œdipe de
le complexe
castration qu'elle soit d'abord dotée d'un pénis (« mère
par l'analyse de ses rêves et l'observation phallique »).
empirique. C'est la clinique qui impose
de le déduire. Le père réel : agent de la castration
La castration maternelle n'est pas la perception
de l'absence de pénis chez elle : à ce niveau-là,
Échange de points De l'œdipe à la castration elle ne manque de rien ! La castration est une « consé-
de vue Freud découvre complexe* d'Œdipe* et fantasmes* quence » de l'interprétation* « de la différence anato-
La cure du petit Hans mique entre les sexes », dès que le père* entre en jeu
est la première
connexes à partir du déchiffrage de ses rêves.
analyse* Mais loin de repérer le complexe de castration* (voir pp. 48-49). Elle n'est concevable qu'avec l'inter-
de contrôle : dans la suite directe de l'œdipe et par « la voie royale dit porté par le père œdipien (et non par la mère)
il s'agit de débattre du rêve » (voir pp. 32-33), il doit passer par l'incons- sur la jouissance* de la mère : qu'a le père que l'enfant
de cette analyse « n'est pas » pour la mère et « n'a pas » puisqu'elle
(ici, pour le père
cient* d'un autre pour y accéder.
Max Graf), à des fins En effet, le jeune Herbert Graf, dit le petit Hans désire ? Freud restreint « le terme de complexe
de formation ou non, (voir ci-contre), fils d'un couple d'élèves de Freud, de castration aux excitations et effets en relation avec
avec un autre souffle à celui-ci (qui contrôle la cure dirigée la perte du pénis » : la présence/absence du pénis
analyste (Freud) comme l'alternance érection/détumescence permettent
que celui qui dirige
par le père, Max Graf) le complexe de castration.
Hans l'invente en réponse à la première interprétation de symboliser le défaut de jouissance et le lient au sexe.
le traitement.
œdipienne de l'Histoire, effectuée par Freud.
Hans s'interroge sur trois thèmes, et y répond par Au-delà du complexe d'Œdipe
des constructions homologues à celles relevées La castration est le noyau réel enserré par le mythe
par Freud en 1905 comme « théories sexuelles infantiles*' » œdipien dans la théorie de Freud. Elle se situe aussi
dans son au-delà, ne se limitant pas au « complexe » Le complexe
(voir pp. 28-29) : le pénis comme attribut universel,
qui l'« imaginarise ». La castration n'est ni un fantasme, de castration
la théorie de la naissance « cloacale* » et les conceptions
ni la menace sur l'organe, ni l'angoisse de sa perte. fournit la raison
« sadiques » du coït (le père agresse la mère).
Castration de jouissance, elle est non pas le fait du père de nouveaux
en tant que tel mais du langage, c'est-à-dire un fait paradoxes
La castration, c'est d'abord celle de la mère
de structure chez l'être parlant (voir pp. 28-29). cliniques.
Bien que traversant ces théories, la question de la
Freud soupçonne deux types de castrations : l'imagi- Son thème
castration est le plus directement évoquée par l'attri-
bution uni- naire, dont la menace terrorise le sujet, et la symbolique, n'est jamais isolé
qui permet au sujet d'enregistrer comme incurable du complexe
Freud : « Je lui révélai alors qu'il avait peur de son père justement verselle du
parce qu'il aimait tellement sa mère [...]. Bien avant qu'il ne vînt pénis. Hans le défaut de jouissance causant son désir*. S'il était d'Œdipe.
au monde, j'avais déjà su qu'un petit Hans naîtrait un jour montre que curable, le désir serait inexistant. La castration partage Il s'inscrit
qui aimerait tellement sa mère qu'il serait par la suite forcé la jouissance entre celle qui est réductible au manque tout entier dans
d'avoir peur de son père, et je l'avais annoncé à son père. » ce qui est
Hans : « Le professeur parle-t-il avec le bon Dieu, pour qu'il puisse déterminant et celle qui ne l'est pas. Avec cette dernière, le névrosé sa dialectique
savoir tout ça d'avance ? » Extrait de « Analyse d'une phobie pour le sujet* fabrique la figure menaçante du père* réel. Il y va et en constitue
chez un petit garçon de 5 ans (le petit Hans) », 1909. et donne à de la jouissance incurable du symptôme*, à quoi l'essence.
la castration le sujet est conduit au terme d'une cure.
après les attouchements : n'était-elle pas intéressée ?
Pulsion de mort Devant le triomphe que
les États-Unis lui réservent Emma se défend de l'horreur de sa participation délibérée
et civilisation en 1909, Freud confie
au psychiatre suisse
à la jouissance* obscène.

Cari Gustav Jung (1875-1961) : « Ils ne savent Le père réel ou père de la jouissance Totem et Tabou
pas que je leur apporte la peste. » Pourquoi cette participation apporte-t-elle plus C'est avec cet
de déplaisir que de plaisir ? L'humain naît séparé ouvrage, publié
La psychanalyse, une peste ? en 1913, que Freud
de la jouissance qui, du coup, cause le désir : renouer pose les fondements
avec elle saperait les fondements de l'humanité. de l'humanité dans
L'interdit fait jouir Un malaise dans la civilisation ? D'où la prohibition de l'inceste. un renoncement
L'interdit trace Le travail de Freud sur la phobie éclaire cet aspect. à la jouissance :
L'inconscient* est un trou « irreprisable » du savoir. des « animaux »
une limite L'enfant sans appui de la fonction paternelle* (voir
entre le désir
Le désir*, de nature insatisfait, est l'essence de s'allient pour tuer
et la jouissance l'humain. « Le moi* n'est plus maître en sa maison » pp. 30-31), malgré la présence d'un père* concret, leur chef qui
à laquelle le sujet avec le fantasme*, les pulsions*, l'inconciliable met une phobie entre lui et le père réel* (de la jouis- confisque à son
doit renoncer. profit la jouissance
du sexuel. L'éthique du « bien-dire » montre non pas sance, voir pp. 46-47) : Hans délimite sa communauté
L'interdit est des femmes.
que « toute vérité* n'est pas bonne à dire », humaine au moyen de l'animal phobique (les chevaux) Mais une fois mort,
un nom du désir.
Du coup, tout interdit mais que « la vérité est impossible à dire toute ». comme les sociétés traditionnelles érigent un totem ils renoncent
concret suscite Un « incurable » s'installe au cœur de l'humain, animal (voir ci-contre). à la jouissance pour
le désir de le franchir. sauver l'alliance
malade de parler : c'est un symptôme* irréductible. Pourquoi l'enfant fabrique-t-il un tigre de papier et se reconnaissent
Et la jouissance
serait là ! La « perversion* polymorphe » des enfants, le « senti- pour se faire peur et éviter la défaillance du langage comme « fils du
ment inconscient de culpabilité », la « pulsion de mort», au-delà des limites de l'humain, où régnerait la figure mort » qu'ils érigent
l'« au-delà du principe de plaisir » (voir pp. 44-45) terrible du père jouisseur ? L'horreur de ce que en totem.
conditionnent, selon Freud, le pronostic sans l'humain perd à parler fascine autant qu'elle terrifie :
guérison du « malaise dans la civilisation ». elle « présentifie » la jouissance de l'Autre*, celle qui
survivrait à la castration*, que le désir poursuit en vain
Le temps du désir sauf à s'anéantir.
Parler de pessimisme freudien tente de protéger le sujet*
de l'horreur (voir encadré). Celle-ci est présente dès La question léguée par Freud Freud découvre
la naissance de la psychanalyse : à 18 ans, l'hystérie* Freud théorise le lien social en affrontant le nazisme, que l'humanité
d'Emma est déclenchée par le sourire d'un vendeur l'autodafé de ses ouvrages, l'abandon de la direction est travaillée
séduisant. L'analyse* retrouve le souvenir de l'étreinte de son Association internationale de psychanalyse par la pulsion
qu'elle a subie passivement entre les mains de non-juifs. Il retarde la parution de mort,
de la part d'un boucher de son Moïse égyptien (1939) pour ne pas porter préju- que la civilisation
à 8 ans. Pourquoi la scène, dice aux juifs persécutés ni irriter l'Église catholique. ne dépend pas de
sans conséquences les dix Au physicien Albert Einstein (1879-1955) qui inter- son refoulement*
dernières années, trauma- roge : « Pourquoi la guerre ? », il donne une réponse ou de son
tise-t-elle après coup ? Parce toujours d'actualité : si l'homme fait la guerre pour éradication, mais
que, entre-temps, le désir régler son rapport à l'autre*, il n'y a aucun progrès de son intrication
sexuel d'Emma, éveillé, éthique depuis le meurtre du père de la horde primitive avec les pulsions
interprète sa visite quoti- ( voir pp. 30-31). Comment la pulsion de mort peut-elle de vie.
dienne dans la boutique se mettre au service de la civilisation ?
Freud, àFreud s'interroge sa vie durant
propos du judaïsme :
jubilant de « l'illusion que procure l'idole ».
Freud interprète autrement que les historiens
le juif athée athée, il tient à rester juif.
Qu'est-ce qui fait, à ses yeux,
de l'art et de la Bible le mouvement de la statue :
Moïse ne jettera pas les tables de la Loi, il a une tâche
le génie du judaïsme ? à accomplir : la transmission de cette Loi.
L'Homme Moïse paraît durant l'exil à Londres
en 1939, quand Freud « peut recommencer à penser »
La psychanalyse, une science juive ? (voir pp. 10-11). Moïse devient un Égyptien toujours
Cette question parcourt sa correspondance : aux prises avec la transmission. Mais, d'un Moïse
« Pourquoi attendre que ce fût un juif tout à fait athée » à l'autre, il y a un renversement : la transmission
qui invente la psychanalyse ? s'opère par traumatisme. Moïse l'Égyptien est
Ne craignant pas de faire partie d'une minorité, assassiné et remplacé par le Moïse juif. Le judaïsme
Freud échappe au savoir dominant de son temps, naît et se transmet depuis cet assassinat, tel celui
conformément au mode de pensée talmudique : du père* de la horde primitive (voir pp. 48-49) :
il ne rejette pas les idées de la modernité, mais le meurtre d'un non-juif fonde la Loi !
les intègre à sa réflexion ; dans le judaïsme, il n'y a pas
de dogme à respecter.
Freud sait sur le judaïsme - d'un savoir inconscient*
- plus qu'il ne veut ou ne peut en dire. À côté
des références gréco-romaines, le judaïsme contribue
aux fondements de la psychanalyse : interprétation
issue de l'exégèse biblique, importance donnée Le souci de transmission
aux détails, humour... L'Homme Moïse s'inscrit dans la veine de Totem
Freud pense même que la psychanalyse est plus et Tabou (voir pp. 48-49). Freud y situe la naissance
accessible au psychiatre hongrois Sandor Ferenczi du phénomène religieux comme nostalgie du père,
(1873-1933) et à l'Allemand Karl Abraham et s'interroge sur la genèse de l'antisémitisme.
(1877-1925) du fait de leur judéité qu'au psychiatre Avec courage, il publie cet ouvrage : sa thèse fragile
suisse Cari Gustav Jung (1875-1961). Et sa crainte est un « colosse aux pieds d'argile » qui enlève Moïse
de voir la psychanalyse interprétée comme (un Égyptien) au peuple juif, en pleine persécution
une science juive montre qu'il lui trouve « quelque nazie. La certitude qu'il doit « transmettre » le pousse Freud s'appuie sur
chose de juif », au moins l'origine. Sans faire d'elle, à faire abstraction de ces difficultés. le particularisme
science du contingent et du particulier, une science Loin de clore la psychanalyse, cette œuvre l'ouvre juif pour résister
juive. à une réflexion nouvelle, et s'oppose aux thèses aux idéologies
radicales et racistes des nazis : la transmission n'a rien et ranger Moïse
Le meurtre de Moïse de biologique, celui qui a fondé le judaïsme n'est pas parmi les grands
Freud consacre deux textes à la figure de Moïse. juif! hommes ayant
Le premier, Le Moïse de Michel-Ange, est publié Freud lègue cet « être juif», comme son « que veut une contribué au legs
en 1914 de façon anonyme. Freud reconnaît femme ? » (voir pp. 24-25). À ces énigmes, pas d'autre de la fonction
tardivement « cet enfant non analytique ». Confronté réponse que celle de chaque sujet*. L'important réside paternelle*
à la statue, il est saisi par son regard courroucé : moins dans la solution que dans le chemin ouvert à l'humanité.
il se voit sous l'œil de Moïse à la place de la populace par ce questionnement.
Psychanalyse Psychanalyse et religion sont-elles
incompatibles ou non ?
La névrose : un progrès sur la religion ?
Que promet la cure ? Au névrosé, incapable de
L'autiste :
sujet ou individu ?

et religion une
Freud voit dans la religion
illusion dont beaucoup
se déterminer, elle entend restituer sa capacité
de choix dans les registres de l'amour et du travail,
Le débat
contemporain
sur l'autisme
ont besoin pour se protéger de la dureté sa capacité d'acte. tourne autour
de la vie. Le sujet de l'acte est le sujet de l'acte de parole : de sa définition
comme accident
aucune détermination ne le dispense de sa responsa- biologique affectant
bilité. Son consentement est requis. Il est responsable le développement.
La religion : de ce qu'il fait de ses déterminations. Contrairement Les détracteurs
« une névrose obsessionnelle à ce que dicte la pensée catholique, l'anatomie ne de la psychanalyse
y voient un moyen
universelle » lui impose ni son partenaire sexuel ni les conditions
de démontrer
Freud est tolérant à l'égard de son désir. la détermination
des croyants. Un interlocuteur lui génétique du sujet*
demande de reconnaître les signes Le sujet, entre indétermination de la parole, privé
de responsabilité
que Dieu lui envoie. « Dieu ferait et péché originel et réduit en même
bien de se dépêcher, répond-il, L'indétermination, sans laquelle cette responsabilité temps à un effet
s'il tient à me convertir ! » est impensable, repose sur l'antinomie du fantasme - ou produit -
II ne recule pas sur les implications de la psychanalyse. naturel.
et de la religion. De cette indétermination, le névrosé
Psychanalyse et religion se croisent sur le terrain ne veut pas : il recherche le responsable de ses
de la cure : les paradis religieux ont même structure malheurs du côté des déterminations familiales,
que les fantasmes* et les désirs* infantiles (voir pp. 28- biologiques et sociales, voire divines ! Ce qui revient
29). Les premiers ne seraient-ils pas la projection à s'en remettre à l'Autre* du sujet et à tenter de le faire
des seconds, une « illusion » ? exister.
La découverte du complexe* d'Œdipe* lie la figure L'analysant* incrimine ses parents : s'il est névrosé,
de Dieu à la fonction du père* et à l'expérience c'est parce qu'il a tel type de mère ou de père.
paternelle : la religion inclut « une part de vérité* ». Certes, ce n'est pas la même chose d'avoir tel type
Se passer de la religion devient se passer du père : de père ou de mère plutôt que tel autre. D'autant que Toute localisation
est-ce possible ? c'est le discours de cet Autre qui transmet au sujet de la détermination
L'approche freudienne ne consiste pas à psychanalyser les éléments nécessaires à sa réalisation : savoir, du sujet dans un
la religion, mais à examiner les rapports entre sujet* jouissance* et objet du désir. Autre (biologique,
et religion. Le névrosé met dans le développement organique psychologique,
La cure apprend que chacun passe par une crise ou dans le milieu familial la raison des accidents social) peut
- la névrose* infantile - dont il extrait les fondements pathologiques. Adopter la solution organique revient être qualifiée
de son rapport au monde (le fantasme*), une position à se priver de toute responsabilité dans le choix de religieuse.
« Le salut de l'homme
subjective (névrose, psychose* ou perversion*) de sa position (réduite aux déterminations Et cela grâce
est dans le choix », et son symptôme* éventuel, ainsi que le choix biologiques). Adopter la solution familiale devrait à Freud qui permet
aimait à répéter d'une position sexuée. conduire à suspecter les parents et, dès lors, au sujet de
Freud interviewé Elle enseigne aussi que le sujet, en adoptant très tôt les parents des parents, etc. jusqu'à Adam et Eve ;
par Robert de Traz
se défaire de cet
dans Les Nouvelles
une solution religieuse, s'économise une solution per- ce qui revient à interpréter cette suggestion Autre dans l'acte,
littéraires, sonnelle : la religion serait une « névrose obsessionnelle psychologique comme une version scientifique forcément athée !
mars-avril 1923. universelle ». du péché originel !
Politique Politiquement, Freud
bute sur un problème
d'une « vieille garde » autour
de Freud, liée par un pacte :
et transmission encore irrésolu :
comment créer
ne pas prendre position
publiquement contre un
de la psychanalyse une collectivité
de psychanalystes
aspect de la théorie sans en
discuter d'abord en son sein.
avec des sujets devant chacun réinventer Outre Jones et Ferenczi,
la psychanalyse ? Et quelle institution peut le comité s'adjoint Abraham,
transmettre ce qui ne se transmet pas ? Rank et Sachs et, un peu plus
tard, Eitingon. Freud décide
de rester en dehors, tout en
L'Association psychanalytique se réjouissant de l'existence
internationale (API) de ce conseil d'amis : « // surveillerait le développement Les membres
En 1910, Freud invite les associations nationales, struc- futur de la psychanalyse et défendrait notre cause contre du comité secret,
turées sur le modèle de la Société viennoise du mercredi les gens et les accidents lorsque je n'y serai plus. » ce conseil
de psychanalystes,
(réunion des pionniers de la psychanalyse autour Le comité fonctionne de 1913 à 1923 et finit par ren- amis de Freud.
de lui, depuis 1902), à constituer l'Association psycha- contrer les mêmes difficultés internes que l'Association :
nalytique internationale. Chargé de présenter le projet, soupçon des non-juifs par les juifs, dissensions. Freud lançant
le psychiatre hongrois Sandor Ferenczi (1873-1933) Mais surtout, cette génération de psychanalystes est ironiquement
suscite l'hostilité en déclarant que « les conceptions assez inégalement analysée ! à Joan Rivière,
psychanalytiques n'aboutissent pas à une égalisation une psychanalyste,
au début de sa
démocratique » et en appelant à la constitution « d'une L'analyse didactique première séance
élite du genre de celle que Platon avait établie pour Devant les problèmes posés au groupe par la névrose* d'analyse, en 1920 :
les philosophes ». Sans doute, Ferenczi perçoit-il qu'une « Eh bien, je sais
de chacun, l'idée vient aux psychanalystes de se faire
déjà quelque chose
association de psychanalystes réunit des gens devant analyser. Jones est le premier à s'analyser avec Ferenczi, sur votre compte ;
se soumettre à une psychanalyse et se débrouiller avec lequel prend des séances auprès de Freud. vous avez eu un père
des liens relevant de transfert* entre eux. Pour Freud, Peut-être en raison de la difficulté à analyser et une mère ! »
les foules se répartissent en deux types dont il fait la cri- Cité par Ernest
- sans avoir été psychanalysé - puis des insuffisances Jones dans La Vie
tique : l'Église et l'armée ; or, il ne cherche pas à inventer éprouvées de sa propre analyse, Ferenczi propose, et l'Œuvre de Freud
un modèle différent pour la psychanalyse, sauf qu'il dès 1910, que l'API soit certes un lieu de travail, (1958,1961,1969).
refuse d'en être le pape ou le général. Freud doit vaincre mais aussi d'analyse* mutuelle des membres.
les tensions entre Américains et Européens, juifs viennois Il introduit plus tard le terme d'analyse didactique.
et goys suisses, surmonter les dissidences, pour réussir Freud lui-même attire l'attention sur l'analyse Le succès de Freud
Les Français absents à rassembler, dans cette association, Américains du Nord, du praticien en 1912. La psychanalyse ne se transmet pose toujours
Pas de Français Anglais, Autrichiens, Hollandais, Hongrois, Polonais,
autour de 1910 pas. Il revient à chaque psychanalyste de se soumettre deux problèmes :
au sein de l'API, Russes, Suisses, et même Australiens. aux conditions qui lui permettent de la réinventer. l'organisation
sauf le professeur Elle souffre, aujourd'hui encore, de cette tension entre internationale
Moricheau- Le comité secret sa nécessaire invention « au un par un », l'institution- des psychanalystes
Beauchamp
de Poitiers
Devant les défections (d'Adler, Jung et Steckel) et en nalisation des acquis, et la gestion du « mouvement » et la transmission
qui correspond attendant que les analysants* de Freud n'essaiment psychanalytique. C'est pourquoi les scissions jalonnent de la psychanalyse.
avec Freud. dans le monde, Tones propose à Ferenczi la constitution son histoire.
Plus d'un siècle
Freud, passeur vivant après la naissance
l'avaient baptisé « passion de l'ignorance savante ».
Mais le désir de ce sujet* pour ce qui est ignoré (« le réel* »
Disparition de
Freud et des siens
Le cancer de la
de la psychanalyse, son statut de la science) constitue un trou dans les savoirs existants : mâchoire de Freud
scientifique est l'objet il permet d'en sortir, conditionnant alors leur renouvel- est diagnostiqué
d'une controverse. lement. Pour être objective et universelle, la science en 1923, date
efface les traces du sujet, côté savant et côté objet. Elle fait à laquelle il est opéré
une première fois ;
taire les objets dont elle traite, ainsi l'écart entre astrologie mais il en meurt
et astronomie. Le sujet est le seul objet qui continue le 23 septembre
à parler après le passage de la science. Freud a inventé 1939. Ses quatre
la psychanalyse pour accueillir ce sujet de la parole, sœurs périront dans
les chambres à gaz.
auteur de la science, et que pourtant celle-ci tend à rejeter Tandis que Martha,
de son champ, parce que, résistant à sa réduction comme son épouse,
objet, il objecte à son savoir. lui survivra
jusqu'en 1951.

La psychanalyse face à la psychologie


dite scientifique
Le retour du Une psychologie s'efforce de faire du sujet un objet
préjugé biologique de la science. Ce traitement gomme les particularités
Pas un mois ne se passe subjectives dans une collection où les individus* sont
sans l'annonce de fonde- équivalents : cette conception a conduit à des tentatives
ments biologiques de l'amour, néfastes de régler la politique sur la science des individus
du rêve, de l'homosexualité, (comme l'a fait le nazisme). Si cette psychologie
de mon procédé, du choix sexuel, etc., présentée réussissait à éliminer le sujet de la parole et à boucher le
mais je resterais trou de la science, elle priverait cette dernière de ses
comme un pavé dans la mare de Freud. Sans compter
ignoré par la science Freud a changé
tant que je vivrais. les ouvrages qui visent Freud par des révélations conditions d'effectuation : sous couvert de science, elle
Quelques dizaines sur sa névrose*, ses obsessions*. Pourquoi une telle rage masquerait une démarche profondément antiscientifique. le rapport au savoir
d'années après ? Si la preuve des bases biologiques de tel trait humain et la nature
ma mort, un autre
n'en finit pas d'être apportée, c'est que « quelque chose » Le sujet de la psychanalyse du lien social.
découvrirait
se dérobe au savant. Et tenter de discréditer Freud par les est le sujet de la démocratie... Que l'on soit
inévitablement
ces mêmes choses, particularités de sa vie est un hommage à la psychanalyse ! Le sujet de l'acte, de la parole, celui qui se soustrait pour ou contre
aujourd'hui à ses déterminations individuelles pour devoir s'expli- la psychanalyse,
inactuelles, les faits plaident
saurait les imposer
Le réel de la science et le désir du savant quer sur sa position, ce sujet est le même que le sujet
à l'acceptation Au xviie siècle, la science moderne naît avec l'avènement de la démocratie et que celui de la science. Gardienne pour un sujet
générale du primat du réel sur le savoir : l'astronome allemand de ce sujet, la psychanalyse soutient contre l'idéologie capable
et m'élèverait Johannes Kepler (1571-1630) découvre que les astres politique le sujet de la démocratie, contre le positi- d'échapper à ses
à la dignité
d'un prédécesseur ne tournent pas aussi rond que Claude Ptolémée, visme* le sujet de la science, et contre la médicalisation déterminations,
malheureux. » astronome grec (11e siècle), le prétend. Le savoir psychothérapeutique le sujet de l'éthique. et donc d'apporter
Freud, « Contribution de la science se renouvelle plus qu'il ne s'accumule. La science d'après la psychanalyse ne pense pas plus sa contribution
à l'histoire qu'avant (remarque du philosophe allemand Martin créatrice
Dans cette conquête, la science a besoin d'un passeur :
du mouvement
psychanalytique », le désir* du savant. Ce désir s'appuie sur le savoir existant Heidegger, 1889-1976). Mais le savant peut-il faire à l'humanité.
1914. pour se diriger vers ce qu'il ignore. Ce désir, les Anciens l'impasse sur la psychanalyse ?
Déplacement : l'un des mécanismes dont use homme ou femme ? Ils ne répondent pas
Glossaire l'inconscient* (l'autre étant la condensation*)
pour mettre ou maintenir une représentation*
non plus à la question de la jouissance*
sexuelle.
Autre : avec une majuscule, l'« Autre » désigne hors de la conscience. Elle consiste
Acte manqué : acte - ou action - inattendu, à faire représenter une idée ou une image Histrionisme : se dit d'une personnalité
qui vient contrarier l'acte— ou l'action— ce que le sujet* rencontre de radicalement (un signifiant) par une idée ou une image occupée à attirer l'attention sur elle
que consciemment l'on avait projeté de faire. différent, au-delà de l'imaginaire. L'« Autre», voisine ayant au moins un point commun et à séduire son entourage.
Exemple : rater le train qu'on avait prévu c'est encore ce lieu où l'on situe ce qui avec la première. La psychanalyse Hypnose : état proche du sommeil,
de prendre pour un voyage auquel on tenait détermine ou cause le sujet, tout en lui étant rapprochera condensation et déplacement provoqué par des moyens artificiels,
beaucoup. antérieur (le langage) ou hétérogène (le réel*). des deux opérations linguistiques produisant et dans lequel la volonté du sujet*
Affect : charge ou investissement Biologisme : se dit d'une idéologie plus que le sens : métaphore et métonymie. est censée être abolie.
qui accompagne une représentation* d'une doctrine qui postule a priori que tous Désir : le défaut de satisfaction totale Hypnotisme : désigne l'ensemble
(exemple : le dégoût). les phénomènes psychologiques se ramènent chez l'être humain le pousse à tenter des techniques permettant d'aboutir
à une détermination biologique en dernière de retrouver ce qui pourrait le combler. à l'hypnose*.
Analysant (ou psychanalysant) : désigne instance.
celui qui entreprend de suivre une cure C'est ce mouvement de retrouvaille Hypocondrie : un souci exagéré du sujet*
psychanalytique. Le participe présent indique Boulangisme : le général français Georges qui est appelé désir. pour sa santé qui se traduit par la crainte
que c'est lui qui travaille (à dire vrai, Boulanger (1837-1891) réunit autour de lui, Écoute flottante : mode d'écoute d'avoir une maladie grave et par des
c'est son inconscient*). dans le même mouvement, divers opposants du psychanalyste adapté à l'association libre* croyances et des comportements irrationnels
au régime républicain (1885-1889). et qui consiste à ne privilégier par avance à l'endroit de son corps. Cette attitude est
Analyse (ou psychanalyse) : c'est à la fois
une méthode de traitement des névroses* Ça : Freud baptise ainsi le réservoir rien de ce que dit l'analysant*, de façon connue depuis l'Antiquité ; elle est présente
inventée par Freud, un moyen d'investigation des pulsions*, ce qui n'est pas du registre à laisser ce qui est important se dégager aussi bien dans les névroses* (nosophobie)
des processus psychiques, une théorie impossible de la représentation* et qui de ce fait cherche de l'enchaînement des idées, sans l'intervention que dans les psychoses* (syndrome
à élaborer sans cette méthode et ce moyen. à se faire représenter, constituant ainsi intempestive du clinicien. de Cotard : négation délirante des organes).
le moteur énergétique de l'appareil Épistémologie : théorie qui s'intéresse Hystérie : névrose* structurée comme
Animisme : croyance qu'ont en commun
les sociétés dites primitives, les enfants et psychique. d un point de vue critique au développement, une question que se pose le sujet* - quelle
les névrosés. Elle consiste à attribuer une âme Castration : c'est d'abord l'interprétation* aux méthodes et aux résultats des sciences. que soit son anatomie - sur l'énigme du sexe :
aux phénomènes naturels, et cherche que l'enfant se donne pour expliquer Étiologie : partie de la clinique médicale qu'est-ce qu'une femme ? (voir phallus*).
à les rendre favorables par des pratiques la différence anatomique entre l'homme et ou psychologique qui s'intéresse à l'origine Les symptômes* de l'hystérie s'inscrivent,
magiques (rituels religieux ou névrotiques). la femme ; c'est ensuite la menace imaginaire, des maladies ou des psychopathologies et, de préférence, sur le corps (toux, aphonie,
prononcée ou non, mais que le névrosé prête par extension, des faits psychanalytiques paralysie...).
Aphasie : perte de la parole ou (névroses*, psychoses*, symptômes*).
de la compréhension du langage à la suite à un autre* qui le tiendrait ainsi écarté Inconscient : ce qui ne peut jamais devenir
ou non d'une lésion corticale du cerveau. de la jouissance* : il s'agit ici du complexe* ; Euristique : l'adjectif désigne ce qui est relatif conscient*, même après une psychanalyse.
Dans le cas d'une lésion organique, c'est enfin l'opération grâce à laquelle le sujet* à la recherche ; le nom est celui d'une discipline Très exactement, l'inconscient désigne ce fait
sa localisation détermine le type d'aphasie : symbolise comme structural son défaut qui se propose de dégager les règles que les mots manquent pour dire ce qu'est
soit une aphasie motrice (aire de Broca), de jouissance et l'identifie à la cause et les conditions de la recherche. réellement le sujet* : c'est à ce défaut
soit sensorielle (aire de Wernicke). de son désir*. dans l'univers des représentations*
Fantasme : il s'agit de cette histoire grâce
Cloacal : adjectif qualifiant l'orifice des voies à laquelle le sujet* met en scène, que Freud a donné le nom d'inconscient.
Association d'idées : fait psychologique Individu : l'élément de la foule, définissable
selon lequel une idée ou une image en évoque digestives, par lequel l'enfant ignorant tout nécessairement, une solution pour régler
de la reproduction imagine la naissance son rapport au monde et au langage, par les déterminations bio-psycho-sociales
toujours une autre. Ces liens cognitifs* dont il est l'accomplissement, lieu d'un sujet*
constituent parfois de véritables complexes* des enfants. une fiction fabriquée avec des éléments
Cognition/cognitif : désigne l'acquisition quasi biographiques et déterminant le désir* avec lequel il ne se confond pas.
(voir associationnisme*).
et le traitement des informations du sujet. Interprétation : opération par laquelle
Association libre : règle fondamentale l'analyste (ou psychanalyste) vise à permettre
par laquelle le psychanalyste invite l'analysant* par un individu*. Faradisation : utilisation thérapeutique
de courants à haute tension à l'analysant* (ou psychanalysant) d'apercevoir
à dire tout ce qui lui vient à l'esprit sans chercher Complexe : ensemble structuré d'éléments ce qu'il est ; contrairement aux idées reçues,
à le contrôler, l'orienter ou le sélectionner. que le sujet* intériorise comme matrice (dans le cadre de Félectrothérapie).
l'interprétation psychanalytique cherche
Elle est destinée à confronter ce dernier de ses relations avec les autres, le monde Fonction paternelle : il est impossible moins à délivrer la signification des rêves,
à ce qu'il y a de non libre dans la parole. et lui-même. de savoir ce qu'est un père* sans le signifiant des lapsus* et des actes manques*
L'association libre invite le sujet* à dire Condensation : l'un des mécanismes dont use de la paternité. Du coup, ce signifiant, qu'à amener le sujet* au plus près
toutes les pensées qui lui viennent à l'esprit, l'inconscient* (l'autre étant le déplacement*) dit le Nom-du-Père, supporte pour chaque de ce qui restera à jamais ininterprétable,
sans tri, sans jugement, sans discrimination. pour mettre ou maintenir une représentation* sujet* son rapport au langage. Tel est le point à jamais inconscient*.
hors de la conscience. Elle consiste dans le fait de départ de sa fonction.
Associationnisme : doctrine philosophique Jouissance : désigne, si elle existait,
qui fait de l'association des idées* la première que plusieurs idées ou images (signifiants) Galvanisation : électrisation d'un organisme la satisfaction complète des pulsions*
loi de la vie mentale et le principe de toute sont représentées par une seule idée ou image pour lui transférer de l'énergie erotiques et de destruction ; on ne peut
connaissance ; cette doctrine est reprise à la faveur d'une caractéristique commune (dans le cadre de l'électrothérapie). penser la jouissance que comme un défaut,
aujourd'hui par la psychologie cognitive*. ( voir déplacement). Génital : terme qui renvoie à l'entrée en jeu manquante, inexistante. C'est pourquoi
autre : avec une minuscule, « autre » désigne Conscient : une pensée est dite consciente des organes génitaux dans la sexualité, le psychanalyste français Jacques Lacan
mon semblable, celui qui est à mon image, quand elle désigne un contenu concret mais ceux-ci sont insuffisants pour dire (1901-1981) la déduit comme une substance
imaginaire donc. d'une pensée que l'on a présente à l'esprit. quelle est notre position sexuée : négative.
soit par l'écriture. De manière classique, Subjectiver : processus par lequel un sujet*
Glossaire (suite) on distingue la paranoïa*, la schizophrénie,
la mélancolie et la manie.
s'approprie à la fois ce qu'il rencontre
comme étranger et les conséquences
Lapsus : mot inattendu qui surgit de la bouche Paranoïa : désigne l'une des formes cliniques Pulsion : elle rend compte de la détermination de cette rencontre.
d'un individu* tout à fait par surprise. de la psychose*. Dans le délire paranoïaque, du sujet* par l'absence de détermination
le paranoïaque attribue le défaut de jouissance* Sublimation : processus inconscient*
Il n'est pas le mot que consciemment il avait biologique - ce « silence des pulsions » -, dont par lequel la pulsion*, sans rien perdre
prévu de dire et trahit le désir* inconscient* à un Autre* divin qui le persécute et lui vole Freud parle en termes d'énergie fondamentale
la jouissance. de son intensité, échange un objet et un but
du sujet*. nécessaire au fonctionnement psychique. sexuels contre un objet et un but non sexuels
Libido : Freud appelle ainsi l'énergie psychique Père : la psychanalyse distingue : le père Réel : terme extrêmement difficile à définir mais valorisés culturellement et socialement.
des pulsions* quand elles s'expriment en imaginaire - le père concret, celui dont en quelques mots, précisément parce qu'il
le sujet* a l'expérience ; le père symbolique Sujet : désigne ce qui, dans l'individu*,
termes de désir* ou d'aspiration amoureuse ; désigne ce qui échappe aux mots et a le pouvoir de répondre. La réponse n'est pas
en fait, la libido explique l'attrait toujours - le Nom-du-Père, la fonction paternelle* aux images (ni symbolique, ni imaginaire) ;
qui interdit à quiconque de dire dans l'absolu une réaction. Elle implique : a) une structure
sexuel du sujet* pour un objet quelconque dans la science, il désigne ce qui n'appartient langagière, b) la possibilité d'échapper
dès lors que, chez l'humain, l'instinct « je suis le père » (puisqu'il en a un), et pas aux savoirs constitués et ce après quoi
puisqu'il a hérité de cette position qu'au mieux à toute détermination dans un acte.
n'intervient plus. court le savant ; dans la psychanalyse, il désigne C'est pourquoi le sujet équivaut à ce qui est
il transmettra avec la fonction ; le père réel* ce qui reste définitivement inconscient*
Masochisme : tendance dans laquelle - si cela existait, ce serait Le père ; non seulement différent d'un individu
la jouissance* est liée à la souffrance subie (la jouissance*, une part du sexuel, la pulsion*...). à un autre, mais aussi à ce qui se dérobe
Freud a immortalisé ce dernier sous les traits
par le sujet* lui-même. Désigne la position de la bête primitive que l'humanité a dû tuer Refoulement : processus par lequel au savoir d'un individu sur lui-même.
d'objet que certains sujets adoptent avec et réduire au père symbolique pour une représentation* est mise ou maintenue Surdétermination : l'événement anodin
leur partenaire dans leur quête de jouissance. se constituer comme telle. hors de la conscience. est insuffisant à expliquer le déclenchement
Moi : désigne l'image qu'un sujet* a de lui- Perversion : l'un des trois modes Représentation : le terme doit s'entendre de la névrose* ; il représente en fait,
même ; il inclut l'image de son organisme, de fonctionnement psychique distingués au sens strict qu'il a en politique à la faveur de caractéristiques communes,
le corps, mais également les traits psycho- par Freud (avec névrose* et psychose*), (ambassadeur) ou au théâtre ; « quelque un ou plusieurs éléments refoulés*.
sociologiques avec lesquels le sujet se représente. caractérisé par le déni de la castration*. chose » d'absent est figuré sur une autre Ces derniers entrent ainsi dans la
L'angoisse de ce sujet* prouve qu'il fait sien scène, en un autre endroit, par un élément constitution d'un même symptôme*.
Neurasthénie : terme psychiatrique quelconque qui en tient lieu, qui prend
désignant un état chronique de fatigabilité, le fait de la différence entre les sexes, Surmoi : « héritier du complexe d'Œdipe* »,
mais au lieu de conclure au manque radical sa place. Le processus de représentation selon Freud, qui désigne ainsi l'instance
d'épuisement physique et intellectuel est symbolique, il implique le langage,
sur fond dépressif généralement accompagné qui fonde le désir*, 0 se fixe sur une modalité moralisatrice et quasi persécutrice
de jouissance*. même si les éléments qui s'échangent dans se manifestant par la culpabilité
de nombreuses manifestations somatiques ; la représentation peuvent être imaginaires
le problème de la psychanalyse est de savoir, Phallus : la sexualité humaine marche au désir* ou des injonctions (« tu ne dois pas être
(des images). Il n'y a de représentation ou faire cela »).
dans chaque cas, où ranger la neurasthénie : et non à l'instinct ; ce fonctionnement est symbolique que là où il y a du sujet*,
côté névrose* ou côté psychose*. donc une conséquence du rapport du sujet* de sorte que toute parole représente Symptôme : d'un point de vue médical,
Neurone : cellule dont l'articulation en filet au langage ; le phallus est l'élément langagier avant tout un sujet. La représentation désigne c'est le signe d'un dysfonctionnement
avec ses semblables constitue le système qui commande la jouissance* à laquelle alors l'élément qui s'inscrit dans les différents organique, tandis qu'en psychanalyse
nerveux. le sujet a accès par les moyens du sexuel ; systèmes de l'appareil psychique et sur quoi il est à la fois l'expression d'un conflit
le phallus peut être « imaginarisé » comme porte éventuellement le refoulement*. psychique et un mode de jouissance*
Névrose : fonctionnement psychique ce qui s'évapore entre le pénis en érection du sujet*.
d'un sujet* qui a recours à la fonction paternelle* (du fait du désir) et la détumescence Résistance : Freud désigne ainsi tout ce qui
(œdipe*, castration*, refoulement*, fantasme*, (image de la castration* et condition fait obstacle au travail de la cure et à l'accès Synapse : connexion entre deux neurones*,
symptôme*) pour régler son rapport de la jouissance). Il est le signifiant du sexuel du sujet* à ses déterminations inconscientes*. jouant un rôle de filtrage, d'amplification
au langage et à la jouissance*. pour les deux sexes (d'où l'énigme ou d'accumulation dans la transmission
Sadisme : tendance dans laquelle la jouissance* des informations d'une cellule à l'autre.
Obsession : représentation*, idée, de la jouissance féminine, irréductible du sujet* est liée à la souffrance ou l'humiliation
au signifiant). infligées à autrui. Théorie sexuelle infantile : explication
qui s'impose à l'esprit et à laquelle le sujet*
ne peut se soustraire. sur la naissance que se donnent les enfants
Positivisme : pour cette idéologie Scientisme : courant selon lequel il n'y a ignorant le processus de la reproduction
Œdipe : Freud appelle complexe* d'Œdipe (héritée de la philosophie d'Auguste Comte, de connaissance véritable que scientifique sexuée. Ils tentent de répondre
le système de relations au père* et à la mère 1798-1857), la seule explication et établie sur le modèle de la physique. avec le « comment on naît » à la question
que le sujet* intériorise comme fantasme*. des phénomènes réside dans les lois présidant Solipsisme : affirmation idéaliste selon laquelle « pourquoi on est ? » Ces théories participent
Ce système fixe quasi définitivement à leurs enchaînements ; elle admet sans rien n'existe en dehors du sujet* et de sa pensée, de la mise en place du fantasme*.
les conditions de jouissance* et le choix critique la valeur des sciences comme telle. ni autre* ni Autre*. Leur existence démontre que, de toute façon,
du sexe ; grâce à lui, le sujet s'assure Psychonévrose : terme introduit avant le savoir biologique sur la reproduction
des fondements de sa propre humanité Subjectivation (processus de) : exploration,
la distinction entre psychose* et névrose*. par un sujet*, de sa structure selon des étapes des individus* ne répond pas à l'énigme
et de ses identifications. Il désignait des affections où intervenaient plus logiques que chronologiques (stades oral, du sujet* parlant.
Paradigme : ensemble des déclinaisons des conflits infantiles, caractérisés anal, phallique*) ; elle lui permet de s'assurer
par des mécanismes de défense spécifiques. Topique : théorie ou point de vue supposant
d'un terme adopté comme modèle ; des fondements de son rapport au langage, une conception de l'appareil psychique
par extension, ensemble des lectures possibles Psychose : fonctionnement psychique de mettre en place son fantasme* fondamental, dans laquelle on distingue des lieux
d'un cas clinique adopté comme type d'un sujet* qui répond au défaut inévitable de confirmer le choix de sa position sexuée psychiques, ou instances, caractérisés
(exemple : le petit Hans pour la névrose* de satisfaction sans en passer par la solution (homme ou femme), et de vérifier le type par un fonctionnement et des propriétés
phobique). œdipienne* (paternelle), mais soit par le délire, d'objet qui lui convient. différenciés.