Vous êtes sur la page 1sur 5

II.

EXPOSÉ DES FAITS


STATEMENT OF THE FACTS

14. Monsieur D... est titulaire de son permis de conduire depuis le 8 octobre 2007, avec une
période probatoire s’étendant du 8 octobre 2007 au 28 novembre 2009. Jusqu’à cette date, il est
donc titulaire de droits étriqués et ne bénéficie que de la moitié du nombre de points (soit 6
points) normalement affectés au permis de conduire.
Le 13 juillet 2009 à 2h30, il était appréhendé à Hyères (Var) par les services de police judiciaire
alors qu’il rejoignait son domicile. Il était contrôlé positif pour un taux d’alcoolémie compris
entre 0,5 et 0,8 grammes par litre de sang, fait réprimé par l’article L 234-1 du Code de la Route.
Un procès verbal était alors dressé par l’agent verbalisateur, lequel laisse apparaître l’encadré
« retrait de point(s) du permis de conduire » coché. Monsieur D... s’acquitta du montant de
l’amende de 90 €, pensant mettre fin à sa mésaventure. Cependant le 28 novembre 2009
Monsieur D... recevait non sans surprise un formulaire de type 48SI l’informant de la perte de 6
points sur son permis de conduire suite aux faits du 13 juillet, et par conséquent et surtout de la
nullité de son permis de conduire pour solde de points nul depuis le 9 juillet 2009. Ledit
formulaire portait également injonction d’avoir à restituer son permis de conduire invalidé aux
services préfectoraux dans le délai de 10 jours. L’infraction était enregistrée sur le Fichier
National des Permis de Conduire le 4 décembre 2009. Monsieur D... remettait son permis de
conduire à la préfecture du Var le 8 décembre 2009.

III. EXPOSÉ DE LA OU DES VIOLATION(S) DE LA CONVENTION ET/OU DES


PROTOCOLES ALLÉGUÉE(S), AINSI QUE DES ARGUMENTS À L’APPUI
STATEMENT OF ALLEGED VIOLATION(S) OF THE CONVENTION AND/OR
PROTOCOLS AND OF RELEVANT ARGUMENTS

15. Les articles L 223-3 et R 223-3 du Code de la Route n’imposent pas que le contrevenant soit
avisé du nombre exact des points constituant son titre de conduite, ni de ceux dont la perte est
encourue, de sorte que la simple mention « oui » ou la croix apposée par le fonctionnaire de
police dans la case réservée à cet effet sur un procès verbal ou un avis de contravention suffirait à
satisfaire aux prescriptions du code de la route.
La jurisprudence française considère que ce procédé offre des garanties suffisantes quant à
l’information des contrevenants, dès lors que, dans tous les cas, « la qualification de l’infraction
qui lui est reprochée est dûment portée à sa connaissance » (Conseil d’Etat, Avis n° 295396, 31
janvier 2007).
Or cela contrevient gravement aux dispositions de la Convention Européenne des Droits de
l’Homme, et plus précisément à ses articles 6 et 13.
En effet, si l’on s’en remet au droit français, c’est donc au conducteur et à lui seul de s’informer
sur le nombre de points qui lui seront retirés à la suite d’une infraction.
Cela revient ni plus ni moins pour le conducteur contrevenant, au moment où la décision devient
définitive, c'est-à-dire au moment du paiement de l’amende, à accepter sa condamnation sans
même connaître l’intégralité de la peine à laquelle il est condamné.
Pour faire un parallèle avec le procès pénal, ceci équivaudrait pour un prévenu à accepter sa
condamnation à une peine d’emprisonnement sans en connaître le quantum, ce qui constitue une
atteinte grave aux droits de la défense et au procès équitable dans sa généralité, tel que prévu à
l’article 6§1 de la Convention.
Il faut encore noter que pour entraîner un retrait de points sur le permis de conduire, la décision
en cause doit être définitive. Ainsi le retrait peut émaner de trois séries d’hypothèses : en premier
lieu, d’une décision prononcée par un juge ; en second lieu, d’une mesure de composition pénale,
et enfin, du paiement de l’amende forfaitaire, qui éteint l’action publique.
Dans les deux premiers cas, le contrevenant a en face de lui un interlocuteur, un magistrat, qui
l’informera de la totalité de la peine encourue, incluant donc le nombre de points susceptibles de
lui être retirés.
Pourquoi alors dans le dernier cas, le conducteur n’est-il pas informé de cette mesure, qu’il
découvre par la suite, souvent avec surprise ? L’information qui lui est apportée ne devrait-elle
pas, au contraire, être plus rigoureuse, d’autant qu’il ne trouvera pas d’interlocuteur auprès de qui
s’informer ?
Il s’agit là d’une rupture d’égalité flagrante et non justifiée dans le droit interne français, qui
contrevient à l’article 6 de la Convention.
La Cour Européenne des Droits de l’Homme a déjà eu l’occasion de se prononcer sur la nature du
retrait de points en tant que sanction. Elle a ainsi jugé, par un arrêt Malige contre France en date
du 23 septembre 1998 que le retrait de points intervient « dans le cadre et à l’issue d’une
accusation en matière pénale » (§38) pour conclure à l’applicabilité de l’article 6§1 de la
Convention. Ainsi, le retrait de point revêt « un caractère punitif et dissuasif » (§39) et doit se
plier au respect des dispositions de la Convention.
Les garanties offertes par le procès équitable prévues à l’article 6§1 de la Convention doivent
donc s’appliquer au retrait de points du permis de conduire.
Il a pourtant été exposé que le conducteur contrevenant n’est pas informé du nombre de points
susceptibles de lui être retirés. Partant, comment peut-il apprécier la nécessité d’exercer un
recours s’il n’est pas mis en mesure d’évaluer les intérêts en jeux ? D’autant que le paiement de
l’amende éteint l’action publique et revient à prononcer une décision définitive qui constitue un
titre exécutoire : aucune voie de recours n’est plus possible.
Le requérant se trouve alors privé de l’accès à un juge, qu’il n’a pas jugé utile d’exercer lorsque
cela était possible, par défaut d’information, manifestant ainsi une atteinte aux articles 6 et 13 de
la Convention.
Ce procédé apparaît également en contradiction directe avec l’article 6§3 de la Convention, qui
dispose que tout accusé a droit à être informé de manière détaillée de la nature et de la cause de
l’accusation portée contre lui et pose le principe de l’égalité des armes : d’un coté de la barre on
sait ce qui est en jeu, alors que de l’autre, le conducteur est amené à prendre une décision (régler
le montant de l’amende ou la contester) sans avoir toutes les cartes en main.
Ce procédé porte enfin une atteinte à la liberté de circuler librement, reconnue par la Cour, dont
le droit de conduire un véhicule constitue un élément fondamental, puisque le conducteur peut en
être privé sans même le savoir, et alors qu’il aurait pu l’éviter et soumettre sa cause à un juge.
Ce raisonnement s’applique à plus forte raison à Monsieur D... en ce qu’il disposait au moment
des faits d’un permis probatoire ayant pour effet de le rendre titulaire durant les premières années
de conduite de seulement six points. Or en France le montant maximal de la perte de points
s’agissant des délits s’élève justement à six points, de sorte que le permis de conduire peut perdre
sa validité en une seule fois, sans que le conducteur ait eu les moyens de le savoir.
Le conducteur est ainsi incité à régler le montant de l’amende (sous peine de la voir majorée) tout
en ne sachant pas que son permis de conduire pourra par la suite être privé de validité.

Il convient enfin d’ajouter qu’il serait matériellement aisément possible de prévoir un système
répondant aux nécessités de l’information des conducteurs en droit français, et sans même
retoucher les formulaires en vigueur d’avis de contravention.
En effet, la mention exacte du nombre de points susceptibles d’être retirés est déjà prévue par les
formulaires pré imprimés, comme le démontre l’encadré, qui à la suite de l’emplacement réservé
à la croix comporte la mention « points », ce qui démontre que ledit emplacement avait pour
vocation première de recevoir le chiffre correspondant au nombre de points susceptibles d’être
retirés, et non une simple croix ou un « oui ».
Du point de vue des agents verbalisateurs, il pourrait simplement leur être fourni un tableau
récapitulatif mentionnant la liste des infractions et le nombre des points susceptibles d’être retirés
correspondant.
Ainsi la parfaite information des conducteurs pourrait être réalisée sans nécessiter aucun
aménagement matériel.
Pourquoi alors n’en est-il pas ainsi ?
Tout cela manifeste uniquement la volonté de l’Etat français de dissimuler les conséquences du
paiement de l’amende et donc d’éviter un maximum de contestations. En effet, la modicité de la
somme (90 € en l’espèce) incite les contrevenants à s’acquitter rapidement du montant de
l’amende plutôt que de s’engager dans une procédure longue et coûteuse ; ceci dans l’unique but
de dissuader les éventuels contestataires et d’éviter l’engorgement des juridictions nationales, par
une atteinte illégale au droit d’accès à un juge et au droit à un recours effectifs, pourtant garantis
par les articles 6 et 13 de la Convention ratifiée par la France et applicable en l’espèce.
Pour cela, la France doit être condamnée.
IV. EXPOSÉ RELATIF AUX PRESCRIPTIONS DE L’ARTICLE 35 § 1 DE LA
CONVENTION

16. Décision interne définitive (date et nature de la décision, organe – judiciaire ou autre – l’ayant
rendue)
Final decision (date, court or authority and nature of decision)

La décision contestée est ici l’avis de contravention du 13 juillet 2009, rendu par les services de
police judiciaire, placés sous l’autorité de Monsieur le Procureur de la République.

17. Autres décisions (énumérées dans l’ordre chronologique en indiquant, pour chaque décision,
sa date, sa nature et l’organe – judiciaire ou autre – l’ayant rendue)
Other decisions (list in chronological order, giving date, court or authority and nature of
decision for each of them)

La décision 48SI portant la perte de validité du permis de conduire de Monsieur D... rendue le 25
novembre 2009 pour le Ministre de l’intérieur et par délégation par le chef du service du Fichier
National des Permis de Conduire Patrice CHAZAL.

18. Dispos(i)ez-vous d’un recours que vous n’avez pas exercé? Si oui, lequel et pour quel motif
n’a-t-il pas été exercé?
Is there or was there any other appeal or other remedy available to you which you have not
used? If so, explain why you have not used it.

Après le paiement de l’amende correspondante émise au titre de l’avis de contravention du 13


juillet 2009, aucun recours n’est possible devant le juge judiciaire, le paiement de ladite
contravention entraînant reconnaissance de la réalité de l’infraction et par la même la réduction
automatique des points sur le permis de conduire. Monsieur D... ayant procédé au paiement en
raison du manque d’information quant aux conséquences sur la validité son titre de conduire, il
était alors privé de tout recours devant le juge judiciaire.

Seul demeurait alors envisageable un recours devant le juge administratif, en vue de contester la
légalité du retrait de point lui-même. Cependant cette voie n’offrait ici aucun intérêt, la procédure
de retrait de points, pas plus que le retrait lui-même, n’étant contesté par Monsieur D.... Ce qui
est contesté, c’est le défaut d’information inhérent à la décision judiciaire quant au nombre de
points retirés. Or l’avis de contravention en cause constitue une décision judiciaire qui s’impose à
l’autorité administrative, qui ne dispose en la matière d’aucun pouvoir d’appréciation quant au
quantum des points retirés puisqu’il s’agit seulement de l’application d’un barème préétabli.
Ainsi, l’introduction d’un recours devant le juge administratif n’aurait présenté aucun intérêt, la
légalité de la sanction administrative n’étant pas mise en cause.
Monsieur D... est donc indéniablement à ce jour privé de toute voie de recours.

V. EXPOSÉ DE L’OBJET DE LA REQUÊTE


STATEMENT OF THE OBJECT OF THE APPLICATION

19. Il conviendra de dire que Monsieur D... est recevable dans sa requête contre l’Etat Français.
Il conviendra en outre de dire et juger que l’article L 223-3 du Code de la Route ne satisfait pas
aux exigences de la Convention en ce qu’il ne permet pas au conducteur d’apprécier la nécessité
de contester la réalité de l’infraction et d’en mesurer les conséquences sur la validité de son
permis de conduire en raison du fait que l’information prévue au titre de l’avis de contravention
est gravement insuffisante en ce qu’elle ne mentionne pas expressément le nombre de points qui
seront retirés en cas de paiement de l’amende.
L’Etat français sera donc condamné par la Cour pour manquement aux exigences de la
Convention Européenne des Droits de l’Homme, ratifiée par la France.
Par conséquent, il s’agira d’enjoindre l’Etat français à annuler l’avis de contravention en date du
13 juillet 2007 et à restituer à Monsieur D... les points soustraits à son permis de conduire.
Il sera également condamné à rembourser à Monsieur D... les frais engagés afin de faire valoir ses
droits ainsi que les frais exposés au titre de sa réinscription en auto-école afin de repasser son
permis de conduire, le tout pour un montant évalué à la somme de 5 000 €.

VI. AUTRES INSTANCES INTERNATIONALES TRAITANT OU AYANT TRAITÉ


L’AFFAIRE
STATEMENT CONCERNING OTHER INTERNATIONAL PROCEEDINGS

20. Avez-vous soumis à une autre instance internationale d’enquête ou de règlement les griefs
énoncés dans la Présente requête? Si oui, fournir des indications détaillées à ce sujet.
Have you submitted the above complaints to any other procedure of international investigation
or settlement? If so, give full details.

Néant.