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Risques et sociétés

 Introduction

Section 1 : Qu’est-ce que la sociologie ?

1. La sociologie : science des faits sociaux

Toute science a un objet. L’objet de la sociologie est les faits sociaux. Les faits sociaux renvoient à Durkheim, fondateur de la sociologie. Pour lui, un
fait social n’est ni un fait biologique, ni naturel, ni psychologique. Un fait social touche un groupe d’individus identifiables, par exemple la réussite
dans les études par rapport aux parents cadres ou ouvriers. La sociologie est une science probabiliste (pas de certitudes à 100%).

Parmi ses travaux, Durkheim a étudié le taux de suicides suivant les groupes sociaux, par exemple entre les protestants et les catholiques. Il conclut
que les protestants se suicident plus que les catholiques.
Il constate aussi que les célibataires qui se suicident le plus sont les célibataires puis les hommes mariés sans enfants. Les hommes mariés avec
enfants sont ceux qui se suicident le moins.
On se suicide aussi plus dans les villes que dans les campagnes...
Par ailleurs, il y a 3 à 4 fois plus de suicide chez les hommes que chez les femmes.

Il cherche aussi les raisons de ces statistiques. La raison est la même à chaque fois : dans ce type de suicide, c’est le degré d’intégration de l’individu
dans un groupe. Plus la personne sera intégrée dans un groupe, moins elle aura tendance à se suicider. L’intégration est le meilleur rempart contre le
suicide.

On arrive à prouver que c’est un fait social quand d’un groupe social à un autre, le résultat n’est pas le même.

Un autre fait social : l’obésité : phénomène surtout présent dans les sociétés occidentales et surtout anglo-saxonnes. Tout le monde n’est pas égal
face à la prise de poids. Dans les pays développés, plus les catégories sociales sont populaires, plus le taux d’obésité est important.

2. Force sociale et liberté individuelle

Les sociologues font des tables d’homogamie : on détermine que les personnes ont tendance à se marier avec ceux du même rang social. On
détermine le destin des personnes grâce à la sociologique.

Déterminisme social : absence de liberté


Aucun déterminisme social : liberté totale

Le sociologue reconnait qu’il y a des tendances (déterminismes sociaux) mais qu’il y a tout de même des libertés individuelles.

Démarche 1 (Holliste) : les déterminismes sociaux sont très forts et il y a peu de libertés individuelles (la réussite scolaire s’explique essentiellement
par la réussite des parents). Bourdieu (sociologue français) et les sociologues Hollistes sont plutôt de gauche.

Démarche 2 (libéraliste) : il y a beaucoup de libertés individuelles et peu de déterminismes sociaux (on peut réussir ses études malgré son handicap
social grâce à des initiatives personnelles). Le Medef pense que tout le monde peut créer son entreprise et réussir. On insiste davantage sur les
libertés individuelles.

En résumé, la sociologie est une science. Le premier devoir du sociologue est d’écarter les prénotions (savoir spontané, chose que l’on croit savoir
sans l’avoir vérifié). Une prénotion se construit sur les observations quotidiennes et sur les informations que l’on interprète mal.
Un fait peut être de plusieurs natures : psychologique, biologique et social.

Section 2 : Qu’est-ce que le risque ?

1. L’invention du risque moderne

1.1 L’accident, fait social

L’accident est un phénomène social par excellence. En devenant social, l’accident perd ses causes traditionnelles. Il est normal, il manifeste
simplement le lien social, l’interdépendance des activités humaines. L’accident est un dommage à la fois prévisible et sans forcément de
responsable.
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1.2 Le risque, composition d’une probabilité et d’un dommage potentiel

 Le risque apparaît comme un mode de représentation qui confère à un événement donné le statut d’accident, puis lui applique un traitement
assurantiel.

Le risque a deux caractéristiques :


- On peut calculer sa probabilité de survenue ;
- Dommage potentiel

Par exemple, le nucléaire n’est pas un risque car il n’y a pas assez eu d’accidents pour faire des probabilités.

Le risque est aussi un marché potentiel pour les assureurs.

2. Les nuisances sont-elles des risques ?

Le risque est abstrait mais la nuisance est concrète et gâche la vie au quotidien, mais le dommage est relativement faible.

Une nuisance à 1 est une certitude.

3. Le risque est une construction sociale

Chaque époque ne va pas considérer les mêmes risques, les risques vont se construire progressivement. Ce qui est considéré comme un risque
dépend des personnes, de leur culture, croyances...

 Chapitre 1 : La perception des risques

Section 1 : Risque objectivé et risque subjectif

Le risque n’est jamais perçu de manière exacte, mais de manière déformée. On peut sous-estimer la probabilité de risque (optimisme) ou le
surestimer (pessimisme).

Section 2 : du danger au risque

Les différents modes de construction du risque :

Les risques ne sont pas constitués une fois pour toute, leur ampleur varie dans le temps, ce qui entraîne le bouleversement de leur hiérarchie (des
plus graves aux plus bénins).

1° case verte : progrès scientifique, 2° : évolution du niveau de vie, 3° : nouveaux modes de production et de consommation, 4° : religion, croyances
populaires, rumeurs etc.
Case jaune : Risque (construction sociale)

C’est souvent des catastrophes qui sont à l’origine de la réglementation.

Section 3 : distinction entre risque et péril chez Niklaus Luhmann

Niklaus Luhmann introduit une distinction entre risque et péril :


- le  risque est un danger accepté et que chacun peut, individuellement, tenter d’éviter
- le  péril est un danger environnemental sur lequel ni l’individu ni le collectif ne possède de prise

Le risque est plus ou moins maîtrisable par l’individu qui le court, alors que le péril est entièrement subi.

 Biais d’optimisme : on a tendance à croire qu’on est moins exposé soi-même que les autres au risque.

Quand on est dans le péril (pollution, installations chimiques...)

On a tendance à craindre plus les périls que les risques, car on croit maîtriser les risques  : on a moins de chance de mourir dans un accident d’avion
(péril : aucune maîtrise) que dans un accident de voiture (risque), mais les gens croient le contraire.

 Chapitre 2 : Le risque dans les sociétés modernes

Section 1 : l’analyse culturelle du risque (Marie Douglas)

Chaque groupe social a une vision différente du risque.

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Il y a 2 dimensions pour décrire un groupe humain :
- 1ère dimension (group) : chaque groupe peut tracer des frontières plus ou - étanches avec les autres groupes
- 2ème dimension (grid) : ça renvoie à la structure interne du groupe, à la façon dont sont régulées les relations entre ses membres. C’est le fait d’être
dans un groupe où la hiérarchie est plus ou moins codifiée. L’armée a une forte dimension grid par exemple.

Les 4 pôles de la théorie culturelle :


Hiérarchie interne
+
Exclus Hiérarchie bureaucratique
Dépendants Cherche à préserver la stabilité
Attitude fataliste face au risque du système et sa survie : averse
(soumission sociale) et aveugle au risque (on ne
cherche pas forcément
l’efficacité mais le respect des
obligations)
+
Individualisme Égalitaire
Entrepreneurs Enclave, secte
|Limite externe

Aime le changement et Amish, groupes écologistes


l’incertitude, mais se Focalise sur les risques globaux
préoccupe peu du risque (catastrophes), en rend
(écologique par exemple) à responsables la bureaucratie et
long terme les entrepreneurs
-

Section 2 : De la société de classes à la société du risque (U. Beck)

Les sociétés modernes sont des sociétés de risque. Il faut les considérer comme telles pour les comprendre. D’après U. Beck, nous sommes dans une
phase de transition entre société industrielle et société du risque. Quand il y a un risque très important, il faut qu’il soit contrôlé par un état fort.

On est dans une société où on a de moins en moins de possibilités d’échapper à certains risques.

1. Les grandes caractéristiques du risque selon Beck :

A.
B.
C.
D.
E.
F.
G. Opposition entre experts et profanes (tout individu qui n’est pas expert dans un domaine). Si le profane ne perçoit pas le risque de la même
façon que l’expert, c’est qu’il lui manque connaissance et rationalité scientifique. Mais le profane peut connaitre certaines choses que l’expert
ignore. Beck critique l’expertise condescendante.
H.
I. La rationalité scientifico-technique (découverte scientifique + amélioration) est économiquement borgne. Elle ne regarde que ce qui profite à la
productivité. Elle ne s’intéresse qu’après coup aux menaces qui découlent des progrès techniques : amiante, vache folle... Il y a un effet de cliquet :
une fois qu’on les a adoptées, il est très difficile de revenir en arrière quand les technologies ont des avantages économiques : moteur à explosion...

2. L’individualisation croissante :

On pense de plus en plus en tant qu’individu et de moins en moins en tant que groupe social. Cette émancipation croissante des individus peut être
analysée comme une « émancipation progressive des individus à l’égard des institutions et des formes sociales typiques de la société industrielle :
disparition des classes sociales, remise en cause de la famille nucléaire et en particulier de la répartition des rôles entre sexes au sein de celle-ci ».

De plus, on se questionne de plus en plus dans tous les domaines. Plus on s’interroge sur soi-même, plus on a de stress et d’angoisse, cela semble
inhérent aux sociétés modernes.

Il y a une projection dans le futur de l’individu. Auparavant, on avait plus tendance à croire qu’on n’avait pas grand-chose à décider. Mais dans la
société moderne, on nous demande de plus en plus de nous projeter dans le futur (ex  : projets).

3. La question de la science dans la société du risque

Avant, on faisait confiance dans la science pour résoudre tous les problèmes. Mais la science a des effets négatifs de la science aussi. L’optimisme sur
la science prend fin avec les débuts du nucléaire et les bombes nucléaires. La science est à la fois une source de risque et de bienfaits
(médicaments...).

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La science intervient à 3 niveaux dans le risque : elle produit des risques, elle permet de mesurer des risques et elle est souvent aussi le remède
du risque.

Les connaissances scientifiques ne sont jamais que des connaissances provisoires. Ce que la science produit, c’est ce qui est considéré comme vrai à
un temps t, mais dans 20 ou 30 ans, cela peut évoluer. L’expertise scientifique est remise en cause.
Le philosophe Karl Popper disait qu’on ne peut pas prouver qu’une connaissance scientifique est vraie. Il faut qu’elle soit falsifiable  : elle doit laisser
la possibilité à tout le monde de prouver qu’elle est fausse. Par exemple, n’importe qui peut tenter de prouver que l’eau ne boue pas à 100 degré au
niveau de la mer, mais personne ne peut prouver que Dieu est bon ni l’infirmer (= ce n’est pas une science).
De plus, d’après le philosophe français Pascal, plus on sait de chose, plus on sait qu’il y a des choses qu’on ignore.

Globalement, Beck dit que :


- on est de plus en plus soumis à des risques globaux, où les différentes classes sociales s’effacent  : tout le monde serait logé à la même enseigne en
cas d’accident nucléaire ou de smog
- on est soumis à des risques de plus en plus invisibles, non détectables
- les sciences ont du mal à arrêter un risque qu’elles ont engendré

Section 3 : Modernité, risque et confiance, l’analyse d’Anthony Giddens

1. La modernité et la radicalisation de ses conséquences

Giddens est un sociologue anglais, qui a repris un certain nombre d’idées de Beck, notamment sur la modernité. Pour lui, le dynamisme de la
modernité à 3 sources :
- la dissociation du temps et de l’espace
- la délocalisation des systèmes sociaux
- l’organisation et la réorganisation réflexives des relations sociales à la lumière des apports permanents de connaissances.

- la dissociation du temps et de l’espace :


Dans les sociétés prémodernes, le temps et l’espace ont tendance à être croisés et liés. Chaque zone géographique avait son propre calendrier, mais
aujourd’hui il y a le temps universel (unifié). Il est par exemple indispensable pour le transport aérien et les actions financières.

- la délocalisation des systèmes sociaux :


Dans une société prémoderne, il y a des interactions avec des personnes physiquement présentes. Et plus une société va vers la modernité, plus il y a
d’interactions avec des personnes qu’on ne voit pas physiquement. C’est un  gage symbolique : un instrument d’échange pouvant circuler à tout
moment, quelles que soient les caractéristiques des individus ou des groupes qui le manient (exemple : l’argent).
L’argent permet de mettre le temps entre parenthèses, et de réaliser des échanges sans que les deux individus qui participent à l’échange soient
dans le même lieu géographique.

 Les systèmes experts sont des choses que l’on va utiliser mais qu’on serait incapables de construire nous-même ni même d’en expliquer le
fonctionnement exact (ex : ordinateur).
Pour Giddens, les systèmes experts ne sont pas que des objets mais aussi des organisations (ex : fonctionnement des banques).
Au Moyen-Âge, il n’y avait quasiment pas de systèmes experts, aujourd’hui, on en est entourés.
Les systèmes experts supposent que les utilisateurs aient confiance en eux (ex : prendre un avion).

- l’organisation et la réorganisation réflexives des relations sociales à la lumière des apports permanents de connaissances.

2. L’individu dans le monde moderne, entre projet réflexif, désenchâssement et sécurité ontologique imparfaite

- le projet réflexif :
Dans les sociétés modernes, l’individu se projette dans le futur en tentant d’utiliser sa rationalité (mais il peut aussi chercher sécurité et confiance
dans des « croyances superstitieuses ». L’individu se construit un « projet réflexif » qui selon Giddens, « radicalise la notion de carrière ». Mais
l’individu conserve toujours la possibilité de reconsidérer sa position et modifier la trajectoire qu’il vise.

- le désenchâssement de l’individu :
Il est également « pris dans un réseau de relations sociales qui s’est considérablement étiré et intensifié, et se trouve en quelque sorte
« désenchâssé » (disembedded) du lieu physique où il se trouve.

- la sécurité ontologique :
On se sent en sécurité quand on est entouré de personnes et d’objets que l’on juge fiables.

3. Confiance et sécurité face aux risques

3.1 Qu’est-ce que la confiance ?

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Giddens :  La confiance est un sentiment de sécurité justifié par la fiabilité d’une personne ou d’un système, dans un cadre circonstanciel
donné, et cette sécurité exprime une foi dans la probité ou l’amour d’autrui, ou dans la validité de principes abstraits (le savoir technologique).

Pour Giddens, la confiance envers les systèmes experts, par nature faillibles, et els gestionnaires de certaines organisations ou installations
potentiellement dangereuses n’est pas ignorance des risques. « La confiance présuppose une conscience du risque, et cette confiance-là n’est pas
tout-à-fait identique au sentiment de sécurité ».

3.2 La confiance dans les systèmes experts

Dans les sociétés modernes, c’est principalement « aux systèmes experts que nous accordons notre confiance.
- à force d’utiliser les systèmes experts, nous apprenons à les connaître un minimum, à constater leur bon fonctionnement (l’expérience renouvelée
rassure) : « nous acquérons un savoir induit ».
- on fait d’autant plus confiance quand on sait que dans une société, il y a des instances régulatrices.

Le désenchâssement qui caractérise les sociétés modernes fait que l’individu doit de plus en plus souvent accorder sa confiance à des systèmes et de
moins en moins à des personnes qu’il connaît : on prend l’avion, on ne connaît pas le pilote, on ne le voit généralement même pas.

3.3 Les adaptations face aux risques

Les quatre types de réactions adaptatives face aux risques de la modernité selon Giddens :
- l’acceptation pragmatique : profanes comme experts peuvent s’adapter aux risques modernes de cette façon. Cette acceptation pragmatique,
souvent basée sur un refoulement de l’inquiétude, peut connaître des crises lorsque cette dernière refait surface.
- l’optimisme obstiné : technophiles, optimisme sur les capacités de la raison à progresser dans sa connaissance du monde et dans la maîtrise des
différents dangers qui guettent l’humanité qui en est le fondement.
- le pessimisme cynique : opposé du précédent, conscience des graves dangers qui guettent le monde moderne, l’individu essaye «  d’amortir
l’impact émotionnel de l’angoisse en lui opposant une réponse humoristique, ou désabusée » dans une posture où « le cynisme tempère le
pessimisme ».
- l’engagement radical : c’est une forme d’optimisme, les personnes vont militer pour faire changer les choses pour limiter le risque, elles sont dans
l’engagement (comme les lanceurs d’alerte, les zadistes).

Conclusion :

D’après une étude, les 3 facteurs qui contribuent à la confiance :


- la proximité géographique (mairie mieux que l’Etat mieux que l’Union Européenne)
- le fait qu’il n’y ait pas de conflit entre la sécurité et des intérêts personnels (pompiers vs industriels ou maire)
- la compétence technique

Ainsi, le pompiers (à la fois désintéressés et compétents) sont ceux qui ont le plus la confiance des individus, puis les gendarmes (ou police), puis la
mairie, puis les associations environnementales, puis la communauté urbaine, puis les scientifiques/experts, puis la sous-préfecture, puis le ministère
de l’environnement, et les institutions européennes et les industriels en dernier.

 Chapitre 3 : Perceptions/représentations des risques

Notre perception des risques est biaisée (déformée). Les biais de perception peuvent être décomposés, selon leur origine, en trois catégories  :
- les biais cognitifs : notre cerveau ne perçoit pas toujours les choses avec exactitude (illusions d’optique). De même, notre cerveau n’est pas très à
l’aise avec les probabilités. Ces biais sont quasi universels, s’en délivrer est quasi impossible, même pour ceux qui les connaissent.
- les biais de situation (biais culturels et sociaux) : dépendent du contexte culturel (temps, historique et espace) et des groupes sociaux
d’appartenance.
- les biais personnels : issus de l’histoire personnelle des individus.

Les 3 biais n’existent que très rarement à l’état pur, mais presque toujours composés (l’individu interrogé est victime (+ ou -) de biais cognitifs. Il a
une identité sociale et une histoire personnelle, ce qui au total déforme sa perception/représentation du risque.

L’enquête sociologique se centre sur les biais de situation, mais doit prendre en compte les biais cognitifs, et ne doit pas ignorer les biais personnels.

Section 1 : Biais cognitifs de perception du risque

Qu’est-ce qu’un biais cognitif ?

C’est un « tunnel (on ne peut pas changer de direction et il fait sombre) mental », le cerveau nous mène dans une direction sans qu’on puisse en
changer et l’intelligence est absente.

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Pour Bronner et Géhin :  les biais cognitifs révèlent les capacités limités des individus à prendre en compte et à traiter toutes les informations
potentiellement disponibles.
Ces mécanismes simples sont efficaces le plus souvent, mais sont faux quelquefois. Le cerveau fait des traitements automatiques, notre cerveau est
paresseux, et il cherche toujours la solution la plus économique en énergie et la plus facile. Les mécanismes du biais cognitifs permettent de ne pas
faire d’efforts à réfléchir. C’est de la « paresse mentale ». On prend des décisions à partir d’approximations de cela de manière automatique.

- Pour Massimo Piattelli Pamarini, il y a peut-être une dimension innée dans ces biais, qui seraient le résultat d’une évolution de l’espèce.

- Pour John Elster, l’individu peut voir son appréciation du risque biaisée du fait de ses émotions (biais chauds) ou d’erreurs de perception (biais
froids).
« Les biais sont ou bien « chauds », c’est-à-dire produits par le système motivationnel de l’agent, ou bien « froids », plus semblables aux illusions
d’optique. »

2. Différents biais cognitifs

- les illusions probabilistes


Exemple : « Une femme a deux enfants. Sachant que l’un de ses enfants est une fille, quel est, à votre avis, le pourcentage de chances pour que son
autre enfant soit un garçon ? La réponse la plus fréquente est une chance sur deux (quel que soit le 1 er enfant que l’on ait eu, le second a une chance
sur deux d’être un garçon...), mais la réponse exacte est de 66,6%. Parce qu’il y a 4 cas possibles  : a  : fille et fille, b : fille et garçon, c  : garçon et fille,
d : garçon et garçon. Cette dernière étant exclue, il reste 2 combinaisons sur 3 avec un garçon.
Selon Tversky et Kahneman, il y a des irrégularités sur les petites séries (10 tirages), mais beaucoup moins sur les grandes séries (1000 tirages).

- l’effet de certitude
 L’effet de certitude consiste à exiger une compensation monétaire considérablement plus grande pour accepter volontairement de contracter
une maladie faiblement mortelle que ce que nous serions prêts à payer pour éliminer un risque identique (sans que nous ayons commis la moindre
faute) auquel nous avons déjà été exposé.

- l’effet d’incertitude ou la prudence irrationnelle


Alors que des individus ont déjà pris une décision, ils peuvent choisir un moyen d’y parvenir irrationnel.
Exemple  pour un voyage de fin d’études : payer 500€ tout de suite, ou attendre la fin des examens et payer 700€. Finalement, la plupart choisissent
d’attendre les résultats de l’examen avant de payer le voyage (plus cher), alors que la majorité avait décidé d’aller au voyage de toutes façons [en
tant que récompense ou que consolation].

- la suffisante ou l’excès de confiance


Il existe une tendance répandue et tenace à la suffisance, c’est-à-dire à donner une réponse sans éprouver le moindre doute. Ainsi, des personnes
qui donnaient environ 15% de réponses erronnées, estimaient leur probabilité d’avoir bien répondu à 100%. Par ailleurs, l’écart entre la justesse
du jugement et le degré de suffisance augmente quand le « juge » en sait plus (l’expert).

- la prévisibilité a postériori
Nous pensons tous, en toute bonne foi, que sachant (ou croyant savoir) ce qui s’est effectivement passé, nous aurions pu prévoir ce qui est arrivé.

- l’ancrage
Lorsque nous effectuons nous-mêmes une évaluation « à vue de nez », nous sommes encore plus particulièrement sujets à l’ « auto-encrage ». Le
réexamen d’un jugement intuitif, impuslif, n’aboutit jamais à son annulation totale. Consciemment ou inconsciemment, nous restons toujours
ancrés à notre jugement initial et n’apportons des corrections qu’à partir de celui-ci.
Cela rejoint l’idée qu’on reste très longtemps sur sa première impression.
Exemple  : on fait tourner une roue, elle s’arrête sur un nombre, on demande aux répondants combien il y a de pays africains inscrits à l’ONU, et
même si on leur précise que ce chiffre n’a rien à voir avec le nombre de la roue, les réponses sont plus élevées par exemple si la roue indique 92 que
12.

- la facilité de représentation
Un événement ou une situation nous paraît se produire d’autant plus fréquemment que nous l’imaginons plus facilement et qu’il ou elle nous
impressionne plus fortement.
Exemple  : aux États-Unis, les morts par rougeole sont bien plus nombreux que ceux par accident de barbecue, mais tout le monde ou presque croit le
contraire, car les journaux et médias rapportent les seconds, pas les premiers.

- la dissonance cognitive
Quand on est soumis à deux informations contradictoires. On va rationnaliser notre attitude de manière à ce que cela ne nous paraisse pas
contradictoire.

- le biais de cadrage
Notre opinion va changer selon la façon dont on nous présente les choses.
Les gens vont être beaucoup plus inquiets si on leur dit qu’ils ont 5% de chances de mourir que s’ils ont 95% de chances de vivre.
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 Chapitre 4 : Gérer les risques : contraintes et outils

Section 1 : La vulnérabilité globale, outil de gestion des risques

1. Des vulnérabilités particulières à la vulnérabilité globale

Robert d’Ercole définit la  vulnérabilité des sociétés à travers l’évaluation de leurs fragilités et leur capacité de réponse à des crises potentielles.
La vulnérabilité dépend à la fois de facteurs conjoncturels (l’aléa) et structurels (le contexte socio-économique, culturel, fonctionnel, institutionnel),
qui, lorsqu’ils sont conjugués, définissent la capacité de réponse de la société à l’événement négatif. En devenant « globale », la vulnérabilité
exprime bien les fragilités et failles d’un système dans sa globalité.

4 éléments de la vulnérabilité globale :


- la probabilité de survenue de l’événement
- les enjeux (ces deux premiers éléments forment le risque)
- le mode de gestion du risque sur le territoire, qui regroupe les politiques publiques de protection, de prévention (plan de prévention des risques,
plan local d’urbanisme...), celles de gestion de crise et le niveau des aménagements réalisés sur le terrain
- la perception, qui rend compte de la relation au risque des habitants du territoire concerné . Cette relation peut être décomposée en plusieurs
domaines : la sensibilité des habitants et usagers au risque, leur degré de connaissance de celui-ci, leur attachement plus ou moins fort au lieu, les
mesures de protection et d’adaptation qu’ils ont individuellement mises en place...

Section 2 : Les politiques (les élus et la gestion des risques)

1. Des vulnérabilités particulières

La loi 30/07/2003 ou loi Bachelot dit que suite aux événements de Toulouse (AZF), il faut continuer à produire et garder les usines, mais rendre
compatible les usines avec le fait que des personnes habitent à proximité. Il faut sécuriser les habitants qui habitent à proximité. Elle a imposé que
chaque site Seveso fasse un plan de prévention du risque technologique (PPRT). Dans ce PPRT, on définit des zones par risque décroissant.
Dans les zones avec les risques les plus forts, on va interdire aux personnes d’y habiter et exproprier ceux qui y vivent déjà.
Puis il y a des zones de délaissement : le risque est un peu moindre, on peut rester en renforçant les bâtis, les fenêtres, création d’une pièce
hermétique... On peut vendre sa maison mais seulement à l’état et elle sera détruite.
Puis il y a les zones où on est seulement obligé de renforcer, et celles où il n’y a rien à faire.

1.1 Les 3 objectifs partagés de la gestion d’un territoire à risque

5 acteurs obligatoires pour la concertation :


- l’Etat (préfet ou sous-préfet), la DREAL
- les exploitants des sites Seveso (industriels)
- les élus syndicaux
- les élus territoriaux
- les riverains

3 objectifs des PPRT :


- [S] sécurité des salariés et des habitants voisins des sites à risque
- [DE] développement économique du territoire, c’est-à-dire principalement le niveau d’emploi qu’il offre
- [DU] développement urbain, qui consiste essentiellement en la construction de nouveaux logements

Position sur les autres Comment concilier les


Objectif principal poursuivi
objectifs différents objectifs ?
- Objectif S : impératif légal
Développement
- Objectif DU : maintenir de Réduire les risques à la
Les exploitants (industriels) économique, dégager des
bonnes relations avec les source (sans trop investir)
profits, se développer
élus
- Objectif S : impossible à Combattre le recours
Développement négliger excessif à la sous-traitance,
Les salariés économique, défendre - Objectif DU : maintenir de facteur de danger et de
l’emploi bonnes relations avec les réduction de l’emploi
élus et la population interne
- Objectif DE : moins
- Développement urbain important avec la réforme
Faire réduire les périmètres
- Diminuer les restrictions de la taxe professionnelle
Les élus de danger par réduction du
d’urbanisation et - Objectif S : à atteindre en
risque à la source
d’aménagement gelant le moins possible le
territoire (objectif DU)
Les riverains - Sécurité Prendre néanmoins en Développer le tertiaire, ou à

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compte les objectifs DE et
- Maximum de sécurité, défaut, l’industrie non
DU (sinon, risque de rupture
minimum de nuisances polluante, non dangereuse
avec la population)
- Sécurité, développement
- Appliquer la loi de 2003
économique,
L’Etat - Ne pas chasser l’industrie
développement urbain
- Respecter les élus locaux
- Doit être l’arbitre

1.2 Le dilemme de l’élu territorial (maire)

Il doit à la fois assurer la sécurité des citoyens mais il a aussi été élu pour mener des projets sur le territoire.

Mais il doit souvent privilégier le développement urbain au détriment de la sécurité car :


- il a été élu avec des projets, il a fait des promesses
- les habitants de la commune vont régulièrement voir le maire pour obtenir des permis de construire

Dans ce contexte, l’élu se trouve en quelque sorte dans une injonction contradictoire : assurer la sécurité et ne pas contrarier les projets
d’aménagement immobilier.

Si la maîtrise de l’urbanisme apporte des réponses, d’aucuns en soulignent les limites et évoquent la piste de la réduction du risque par une
meilleure prise en compte des facteurs humains et organisationnels de la sécurité intérieure de l’entreprise. Les mesures supplémentaires de
réduction du risque à la source pourraient apparaître comme des opportunités à saisir pour réduire l’impact des mesures foncières.

Risque avéré fort Risque avéré faible


Type de
Jugement a Jugement
gestion Adéquation Jugement Adéquation Jugement
postériori (post a
politique risque/précaution immédiat risque/précaution immédiat
catastrophe) postériori
Tendance des
Affolement
citoyens à
inutile de
focaliser sur les Riscophiles
la
Réaction adéquate contraintes Bon (pas de insatisfaits,
Réaction excessive population
(proportionnée) engendrées par reproches) riscophobes
Fortes - Dépenses
les précautions, satisfaits
précautions publiques
pas sur leurs
excessives
bénéfices
Exemples : les restrictions de permis de construire et le Exemples : la gestion gouvernementale de la
renforcement (coûteux) du bâti, contrôles plus nombreux grippe A de l’hiver 2009-2010, bug de l’an 2000,
et plus sévères sur la route ect.
Majorité :
Citoyens
- tendance à Citoyens
n’ayant
l’ignorance ou n’ayant
Politiques conscience
déni partiel du conscience
Réaction jugés Réaction adéquate ni du
risque ni du risque
insuffisante irresponsables (proportionnée) risque ni
Faibles - minorités ni de son
(judiciarisation) de son
précautions mobilisées mode de
mode de
insatisfaites gestion
gestion
(whistleblowers)
Exemples : l’affaire du sang contaminé, urbanisation de
Exemples : situations par essence fréquentes et
territoires inondables ou soumis au risque technologique,
peu visibles des citoyens
l’utilisation de l’amiante

1.3 Ce qui pousse à ne pas agir, à ne pas communiquer

Exemple : la peste

Pourquoi les autorités ne réagissent pas en cas de peste :

- Ne pas affoler la population


- Peur de déstabiliser l’économie
- Les gens ont peur de la peste et préfèrent ne pas en parler, dans l’espoir de la faire disparaître en s’y pensant pas

Même chose avec le nuage de Tchernobyl, où on avait dit que le nuage s’était arrêté aux frontières.

Par ailleurs, d’après le juge Stephen Breyer (Cour Suprême USA), plus on parle d’un risque, plus le public s’en inquiète, et plus il faut diligenter
d’études afin de mieux cerner l’importance de l’aléa et des dommages potentiels.