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Énergies :
comment les stocker ?
Fabrice
Pour assurer son avenir et celui de la planète, l’humanité doit puiser son énergie à DEMARTHON*
d'autres puits que ceux de pétrole. Mais cette nécessaire transition vers les sources
renouvelables, qui fait actuellement l’objet d’un débat national, ne s'opèrera qu’à
une condition : parvenir à stocker l’énergie.
En effet, s'il est aujourd'hui plus ou moins simple de produire de l’électricité, de la
chaleur et même de l’hydrogène, stocker durablement ces trois vecteurs d’énergie
reste une véritable gageure scientifique et technologique. Un défi que les scienti-
fiques du CNRS relèvent chaque jour.

à
l'horizon 2020, la part À grande échelle, l’une des tech- « Pour le stockage à grande échelle,
des énergies renouve- niques les plus répandues consiste un autre moyen consiste à utiliser des
lables dans la consom- à utiliser l’excès de production élec- batteries géantes ou des fermes de
mation finale d’éner- trique pour pomper l’eau d’un lac ou batteries, donc à transformer l’éner-
gie en France devra d’une rivière vers un réservoir (un lac gie électrique en énergie chimique
atteindre 23 %, contre de retenue par exemple) situé à une et vice versa » selon Alain Dollet. La
9,2 % en 2011. Ce déve- altitude plus élevée. Grâce à ces sta- Réunion dispose depuis 2010 d’un tel
loppement massif des énergies issues tions de transfert d’énergie par pom- système : une batterie sodium-soufre
du soleil, du vent, de l’eau ou de la bio- page, l’électricité est temporairement de haute capacité capable de resti-
masse ne se fera qu’à une condition : la stockée sous forme d’énergie poten- tuer 1 MW pendant sept heures. Mais
mise en place de solutions de stockage tielle. Pour la récupérer ensuite, il suf- l’essor des technologies de stockage
efficaces. « Par définition, les énergies fit de laisser faire la gravité : ouvrir les électrochimique est entravé par plu-
renouvelables sont intermittentes, car vannes du réservoir et laisser l’eau sieurs problèmes, notamment celui
sujettes aux aléas du climat explique s’écouler à travers des turbines qui des matériaux utilisés : leur durabilité,
Pascal Brault*. Il faut donc pouvoir produiront à nouveau de l’électricité. leur recyclage… « Il en va de même
stocker l’énergie produite à un moment dans les transports, où l’enjeu consiste
donné et qui n’est pas immédiatement à concevoir des batteries puissantes
consommée (lors des périodes de fort et légères ».
ensoleillement par exemple, dans De leur côté, la chaleur et l’hydro-
le cas du solaire), afin de la restituer gène sont des vecteurs d’énergie un
lorsque le besoin se présente. » peu plus simples à stocker que l’élec-
Or aujourd’hui, le stockage de l’éner- tricité. Les recherches en cours se
gie, qu’elle soit sous forme d’électri- concentrent sur la mise au point de
cité, de chaleur ou de gaz comme matériaux capables d’emmagasiner
l’hydrogène, constitue un verrou la chaleur à haute température (céra-
scientifique et technologique impor- miques, déchets amiantés vitrifiés…)
tant à l’introduction massive des éner- Il existe actuellement six grandes ou de fixer l’hydrogène (hydrures…).
gies renouvelables dans le mix éner- stations de transfert d’énergie par Toutefois, « il subsiste de nombreux
gétique. « Cet obstacle existe aussi pompage en activité en France, pro- verrous scientifiques et techniques
bien pour le stockage stationnaire à duisant une puissance installée d’en- au stockage de l’énergie. Certaines
grande échelle que pour les applica- viron 5 gigawatts. Mais on pourra technologies sont relativement ma-
tions nomades ou les transports » rap- difficilement augmenter leur nombre, tures, mais d’autres sont encore bal-
pelle Alain Dollet*. pour des raisons géographiques. butiantes ».
Suivant la même logique, l’eau peut
C'est l’électricité qui constitue au- être remplacée par l’air qui est alors Le CNRS s’emploie à lever ces blo-
jourd’hui le vecteur énergétique le stocké dans le sous-sol. L’électricité cages et transfère son savoir-faire
plus difficile à gérer. « À part les tech- produite à un instant donné permet vers l’industrie. Il est un acteur majeur
nologies magnétiques qui présentent de comprimer l’air, qui pourra être de la recherche dans le domaine du
des limitations importantes, aucun détendu ultérieurement dans des stockage de l’énergie. « L’énergie offre
système ne peut stocker le courant turbines afin de restituer l’électricité en effet un champ d’investigation
électrique » précise Pascal Brault. quand on le souhaitera. fortement pluridisciplinaire qui fait

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appel aux sciences de l’ingénieur, à grand défi sur le thème de la « Tran- * Cet article de Fabrice DEMAR-
la chimie, à la physique, mais aussi sition énergétique » qui vise à explo- THON, chef de rubrique au journal
aux sciences du vivant, aux sciences rer de nouvelles voies de recherche du CNRS, est extrait du numéro de
humaines et sociales… Fort de ses en intégrant systématiquement les mars-avril 2013. Il résulte d’une en-
dix instituts, le CNRS réunit toutes ces conséquences sociales, les impacts quête auprès de Pascal BRAUX du
compétences et son spectre d’inter- environnementaux et la disponibilité groupe de recherches sur l’énergé-
vention va de la recherche fonda- des ressources. Et la problématique tique des milieux ionisés et d’Alain
mentale à l’innovation » souligne du stockage sera évidemment cen- DOLLET du laboratoire Procédés,
Alain Dollet. trale dans ce défi. matériaux et énergie solaire.
La mission pour l’interdisciplinarité Avec l’aimable autorisation de la
du CNRS vient d’ailleurs de lancer un rédaction.

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