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' En ce début de siècle, l'Afrique apparaît comme l'un des théâtres prin-
Les Ateliers de La pensée
cipaux où se jouera l'avenir de la planète. Pour ses habitants et .ses sous la direction de
diasporas - tous ceu x qui pendant .longtemps ont été pris dans les rets ACHILLE MBEMBE et FELWINESARR
du regard conquérant d'autrui-. le moment est propice de relancer le
projet d'une pensée critique, confiante en sa propre parole , capable
d'anticiper et de créer des chemins nouveaux à la mesure des défis de
notre époque .
Il nous a semblé qu'il fallait inventer une plate-forme libre, qui favori-
sât l'énonciation d'une parole plurielle, ouverte sur le large. C'est pour
cette raison que s'est tenue du 28 au 31 octobre 2016 à Dakar et à ./
Saint- Louis-du-Sénégal la première édition des Ateliers de la pensée .
Une trentaine d'intellectuels et d'artistes du Continent et de ses dias-
poras se sont réunis pour réfléch_ir sur le présent et les devenirs d'une
Ecrire
' Afrique au cœur des transformations du monde contemporain.
·• • •· t

Leurs te; tes, prés~ntés dans cet ouvrage, traitent de questions Liées
à la décolonialité, à l'élaboration d'utopies sociales, à la condition pla-
l'Afrique-Monde
~$f'a°L(è__,<:l e"'-la question africaine, à la quête de nouvelles formes de pro-
ductinrr:=-du politique, de l'économique et du social. à l'articulation de
l'ur1iversel et du singulier, à la littérature et à l'art, à la reconstruction
de l'estime de soi~à la pensée de l'en -commun ... Des regards croi- Parfait D. Akana - Hourya Bentouhami - Blondin Cissé
sés qui éclairent d'Ün jour nouveau les enjeu x d'une Afrique en pleine Souleymane Bachir Oiagne - Maurice Soudieck Dio ne
;. t~ ~ mutaiion,.ouverte à l'univers de la pluralité et des larges. Mamadou Diouf - Nadia Yala Kisukidi
i . . i_ Ce livre est un appel général et pressant à reprendre de vieux combats Séverine Kodjo-Grandvau x - Benaouda Lebdai
. t
jamais clos et à en engager d'autres qu 'appellent les temps nouveaux . Alain Mabanckou - Achille Mbembe - Léonora Miano
Lydie Moudileno - Bonaventure Mve-Ondo
Achille Mbembe et Felwine Sarr Bado Ndoye - Felwine Sarr - Abdourahmane Seck
Ndongo Samba Sylla - Sami Tchak
Françoise Vergès - Abdourahman Waberi

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www.philippe-rey.fr ISBN 978-2-84876-601-0
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Prix public France TIC 20€ 9 llfül~Hl~ll~U~IJ~ll t @ Philippe Rey 1 Jimsaan

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. ,: ~Le · nouveifr.,''siède:: s'ouvre:mµ ,:de.tix:-dépfacements "hls.todqµes


. ..,., .. majeiµ-sA;Europe ..ne:.: constirue.-plus : le:<eencre du inoncie : mêllle:..Si
elle·'.enoest toujours; uri acteur relativemeqc· fl~cisif. l!Afrique;;pour
sa ·p~,:Ll, ec le:·S.ud ·de '.manière générale :+, ·apparaît de •ph.is ·eµ, ;plus ·
coniµIe l'wi, rd~ :.:Chéâtrës , privileglés ~où · risqi.ie' <fe se, j9,u~f~zjap.s-iwi.
:ui;eiJ.ir.ipi:oche,de:Clev:enin4"e:li·planète. « . •,.. ,, ,..,_,_, -:\•J·-" ::' :;=,; :r. :<~1· .f:t:h
·< PQUl' :~wb ecn :elles:· qui,;, pendant longœ.rnps, .oqc. écé pi:is;dans: le.S
rets,du.r~d · q:mq~ér.µib<fauti:ui~ le riiqmei:ir·ésb;d:onc-uri:ique pour
relancer.Je.-pçojet-cd'une p~éè criçique _qui i.ne ,se;coqceilééiait;pas·seu~
r- lemenc._.de .se lamenter et de persifl~.. ec;nfiante çn sa propre parole.
11 ·et' à1U.3.!Sè àvedes. ~chlves• de foucé ·Pli.ù.mariicé;:une.telle {p~nsée ·sè.rait
dpable ,d' anticip~, ·cle.'·créepyerical;tle.menb et,' c,e faisanc;rd'.oùV.rir,.des
,ch~ .noHvb,lix}, ·l:l:,mesure des' défis ·de .qot,rfoeillps?: !?ori'r qu:Wi
.cd projc:ç;s'inSq:ive dâlls la . dur~;.. iLnou5 .a ,semblé:CJ.u'iL IfollS·fallii.c
inven~et iine plac~-forme librç'; qµi ofavorïs?-t Féqoriciaâon 'g'upe~parqle
nécessilli'i:n'ienrcphirielle; :à:,Ja .foiS . ~nfiani:e ,eri;is;i. :pil.issa.Qœ:,propj~,
imprév:iics':i,Ue.fauc,. ~h·.couç. ds ,omre.rce sur.:le large:;· 1 ~,,;;q ";;~ >l ! (!«
· ..~ : Cescp·oùr:ceâ:e;rais9n'que.s'.est<teiiue:du.18 'au;3t: 9cc~l:jre20..l(): à
© 2017, Jimsaan
i ;:;r,2, r1..QaÎw!'S~~:;U; w; Dakar. çt à.Sàint~Louï.s-dulS~négal ~a p~ercièreéq.ïtiori de.SAceliers P,~
la pensée..Une trentaine d'incellecruels et d'artistes du Confuientecde

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ÉCRIRE I:AFRIQUE-MONDE PENSER POUR UN NOUVEAU SIÈCLE

JI. ·
d ses diasporas se sont réunis pour réfléchir sur le présent et les devenirs D 'abord; il traite d'une urgence. Le temp_s nous étant à :la fois
r. 1

d'une Afrique au cœur des transformations du monde contemporain. favorable ·et-: èüill:pté;:·il n'y a pfüs aucurie raisort 1.d~ atten-di-e. -No ils
Il s'agissait non seulement de faire le point sur le renouvellement en s'orrimes ii.os~ propres :i:étnoins.' Il nbils ,faut ·absôlumènt faire corps si
cours de la pensée critique afro-diasporique d'expression française, nous :devons··r(:prendre •à notre propre compte:cette tâche essentiellè
mais aussi de dessiner des perspectives nouvelles concernant la contri- ·que · nous rie ··saillions délégue~ à :d'autres '.·~ · lire-, ·écrire, déchiffrer,
bution du discours afro-diasporique aux débats sur le monde contem- -décrypter; dessiner et interroger notrè âge, faire barrage à tes'langues
porain. Pour ceux et celles d'entre nous qui eurent le privilège d'y (les nôtres"et celles' des autres) en lesquelles- nous parlent des· mots
participer, :"t et évéhèmeilt aussi iriédlt -qu?fr1ouoliablé --fut l'occasion qui se sont tus ;1réhabiliter,;dans l'acte même de la pensée; une forme
d'une prise de conscience renouvelée -lc_:'.,t_emps d~ l'Afrique est insé- d?errance;·:condition de la-surprise. -; -~ · -· , ,,-> -,,
parable du temps diÎ rrio'riae~- et l~ ridî~ d~ li ' C:iéâtïon est d'en préci- Ensuite;: penser tout de suite et pour soi~inême est' Wl exercice
piter l'avènement. indissociable deTactiort~ car-justement, s'agissant de l'Afrique· comfu.e
S'il y a une optique générale qui tient ensemble les textes réunis du monde, l'on n'agira pas sans penser, tout-comme on rie-pensera
ici, c'est bel et bien dans cette idée d'un événement à venir et dans ce pas SallS "agir S2Luf, dans l'un et l'autre cas, à vouloir à tout prix laisser
:requïsitde création qu'ilfaut la trouver.- Rn' y àuracl'Afrique que créée. la .· voie à la catastrophe.-Au fond, c'est à· une nouvelle manière de
Et pour nous, il n'y aura jamais d'. autrè tâche fondamentale qulf: _de construire ·qu'il faut doriner- forme. Pour y arriver; il nous faut : non
rendre p~nsable, ou de penser cerce -création. En posant comme point seulement : ouvrir -routes les frontières, : mais aussi rendre . l'archive
de départ l'.çntrelacement et la corrirnunauté.de sorre:nti-el'Afrique et -""-toutes les archives.---'- aussi-lisible .que possiblé.
le'ffion'de; nous _congédiçms enfin filliisioq. d'. une.séparation toujours Ce livre ;est: donc lin ·oappel général, pressant ei: presque 'tendu; ~
~éjà donnée et toujours tenue pour évidente entre le signe ·afi;icairret reprendre de vileux combats jamais clos et à en engager d'au très qu' ap-
lè temps ·du monde. C'est aussi une -certaine mahière. de pensefque pelle le nouveau siècle; ce quii iné\litable!Ilent, revient à.brouiller·et à
nous vo,ulons congédier;- celle qui; des siècles_ dw;-ant;: a .te~té dé faire effacer de5 lignies a:fin de pouvoir en tracei:d'a:utres.: - - ~,- :- ·
croire que FAfrique-: constitue un ~monde à:part, ·un' hprs,--mpride•. _. -·:;i-. - Les -AteliÇ'.rs:·:de :la pensée constituent ·par ailletirs notre ' réponse !à
.\ .'
, __ " , ~. ~ ... . ·-·~{~ :.; .. -~ ·-. un -· ensemble de--recon6gurations ayant -trait•-aUx!conditioilS ". globales
_, En:cherchant en ce début de :Siècle à restauieda parenté d'idërùii:é de-productiori ·de la ·pensée critique èonterripotaine~o D'une part, 9ue
.entre l'Afrique et· le _m pnde, -ce sont _les diverses manières·possibles ce soit:;en-littératùre, en phllosophiè; <landes arts ou' dà:Ils le donl:illie
d'être du~oinonde,, d'.être monde,~ de faire monde qu'il· ùgit d'exposer. des sciences hun:iaÎileS eri général, rhégémonie longtemps ·exercéè~pà.r
Comment rejoindre .ces diverses manières d:' êùe ;et ; de faire~: der l~ le discours occ:idencatsur presque cous les pans' du savoir hùmain' et
décrypter; "'d e· dire à. quel appel élles; répondent, -tel es~ fobjet ;de Ja de la culture es:t sinon en recul, du moins fortement contestée. Certes,
ré&exi(m. Elle s'e!Ilploie, chaque fois; ,à concevbfr Ji :P'üssibinté:.d' une les instirutioris du'nord·du: inonde demçur~rtt: puissantes. Eon assiste
surprise. Dans cett<;: perspective, si.ce livre.n'est pas•ûn minifeste~aù cependant, depùis k dernier quart du ~siècle, à ·Fé:mergence: d:âns
sens(où il 'révélerait;cà la franche-lumière .dwjour;.des .vérités àchées bien des disdpliries de noüveaux courants qui - rem~ttenr-tfi ·cau5é œtte
parles générations précédentes -7 il en .présente néinrrioins quelques ptéponc;léraii.ce';et oproposeni: de nouvelles cl~ d~interpiétati9n ;·de
earactéristiq uès. : -,_ - . ; - l'. histoire-ln:onde:-· -. . ·" ::: . ·

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ÉCRIRE I:AFRIQVE-MON.D.E · · PENSERPOVR ~: NOWEAUSIÈÇLE
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critique)i:-ne;.se,Jimite, pas à la production, de ' t~t~ philosop}liq.ues.
·Elle est.faite ,de ~fpus;littéraires et non, dis.cu:r~ifs..~phiqtJ.es .oµ 1 pi:c­
'
Ce rriouvernent en faveür· du · déc_;:èntrerne'nt;d~J:i.- .p~nséè, t.:r;dèS
~ hurnanités rte date·pas d' aujc:imd'.hui. ·U conriàît~cependant ,une·ac::cé- turaux). Elle inclut une multiplicité de gestes, de champs et,de :sty(es
lération. À. peu près .. pan:out, de nouveaux ;territoir~.f de :vie1.Se:·font qui vont delainusique àla, da.Ose; de.füu C(hiteÇturè·à.kphotographie
t ; et·au cinéma.-_.Elle regroupd'ensemblç:des pif-tÏC:pJ.es ~deJ~ ~critpi:e; : de
jour.' <06 pratiques inforrnelles "dri politique remettent 'en: cause; t;t
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' 1; bousctilent .ce. qui, jl1Squ'.alors,, passait ·pow. ; le. sensé com:müh'•:C La la .créatiop.,. de VmterprÇtittiofr ,et de lrimaginâtion....Elkexploite :tous
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1 démocratie elle-~ême se.Jréinvente·.à ·partir: des lieiix de, la v.ie· ordi- Jes filons .de l'.imaginatiqn, et emprunte d'.~eurs, ici eç là, un. catactère
'1 i. pl.j.iement·perfqrmatiL ·/ ·' ,, . ;,= . . · · .. ' " .: ·.,. · ·:'.; ':..; ~-: < :, .... . :·~·-"· .i;,
;,i'"' '. naire; Vivre aved~ :rnigrarits.etauti:es.mu{tirude8 .q'ui, à première me, 1
' 1 ne sont guère des nôtres est désorrriài,s)efot de tolis.~ les_ t~~-qties t-
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"" ·Timpératif de , déi;:entter. J~ .pensée ,e t:d es '. hurnanitéS-~ n~es,t'-pas
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comp.utationnelles·n C: tf.~sformerit:pas seulemenda :cor;if!.aissahëe en ["
information . .Elles:.décup!~rit nos ,capacités à . prodûire du,savoir .. en ~ .confiné ~aux .seules régions-Hui, jusque:-là; ·étaienn::Onsidérées çommé
· dehors:deslieux.institués. ,_• ,:·:, .. , . .. :!-. :·~,, >::.' .'i . :· L-~.- : .):r : :i·. situées :à· la marge1del'Ocddenr: Il prend progressiv..e ment·corps1au
Gœur -tnême dda Gitadëlle, nourrLqu'il est par.la critiqueJéminJste,
. Malgré les:, tenta~ves d~~· r:àffer:iissenient, les ,frontiè;:'~t2~~ la critique de la race, le '.retour à la deep histo·cy,:~t;de· nomhreux cou_-
· tendent:·et' toutes ·.sortes• de,- dichotoinies., inàuguiales, ;s'.efforieh-enr~ rants épistémologiques. Du continent africain et de ses diasporas,
Déten;itorialisation:. et l'eterritorialisation •vont de .paû;.-,: Loin; d'. être on 1note~ :cette:derruère. ~écennie; ·un regain .de .créativité artj.s tiqlie et
antinomiques, sujet et objet.font .partie ·d!une seule et :mêrhè:ttaine. i ritellèctuelle, une vitalité, dans ·le propc:is; :un;désirjder.rei;ioüveler. les
Lici . et of ailleurs fo.~mes; .les cadres. de·pensée; ,une tc;:ritati:ve ,de ·saisi~ du: .réel, en. train
. . . s'entrelacent; :La:-,nati.ue·
. ._· : . est
~ . dans-.la culture: et vice
.!yersa. Êtres hurnaip.s ~et autres existan~ enfr:e.tiennerjt dès,·t apports de :se.fairè. _-1<.: .: :·/" ., .... . ;.._,, '.:'· . "· ,., :, ._,,· · ·,!. '."_·"
de .coconstitution, Il n'y .a-phis: d~histoire qui ile.isàit.•à.Ja-fois ·telle
des personnes hurnaines,>.des ensembles .t~c;,hriiqt.ies, -d~ _objets,- del~ Il y a donc quelque chose à jouer. Nous..disposons désorrnais..d~ ilne
matière minérale,,organiq~e,' végétale:et géocliplatologiqi.ie';:\roire des nouvelle génération de critiques, intellectuel.s, chercheurs; écrivains
esprits; Dans ces conditions; déc~trerfdpens/~, c:est; avanùo.ure:chose .et artistes; ëxerçant au5si bien ,.surJe .Coritinent·que dans;de .pres-
revenir à une tertaindd.f odu Tout;.~Out po~. le xliré dans.le$ ter~és tigieû.x, établisseme_nts ' d~enseignetrient:et· de .rech_erche;:dans :kèste
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· d~Édouard Glissant, du :<~Toui:-Moride:». En,core. faut-:iL.ènteiJ.dre;p<IJ' du monde. ·Depuis plusiëurs années, .cette généi::ationm' a eu·tess<;,_de
«Totit-Monde ~> · .non point . q~çlqüe :chose :d~achev:é,, mais,éda imênie proposer des ,appro.ches ..renouvelées::er des . concepts 'innovants.cJ.ui·,
quel' on:s'.efforce de tendre habitable pour.to.u5.i: ; :u~~··~,!c'.,~; ;: i:1n::;:::L '. -" ' aujourd'hui, ·aident à ü:elire le, monde;, à :e~ : pi:oposer une: houvdle
.f·. ,. ·,-; , ,. ··. : ::·· · ~ . ·y <' . · . .. ;- •·:. ; ; " ' ~:i' r·:_- ·; ; -~~:1j__ .3: ::_'<~\; '_:~~~ .)) cartographie .et à ~dé~ffrer le .temps, quic:e st :le::nôtrej, tot,it:;enf.i.ns~
;.:-; Le moment est dope ·propke: pour relançer. le:'prdjer-d:.U:ri~;perisée -ç,dvande .pr:édiçat africain; et :diasporiqùe dans ·un cadre ,plusJal.'ge;
.critiqùe , ce:qûe noüs :appelons la . crp.tion: ~. qtii tireràit,sa .for:ce et véritablement planétaire. Il est désormais clair que ' p<'m1'.iavancet, ·le
son:originalité.de 1;1.',iencqiltre·.e ntre l~ hurnanfrés, 16·'.discipl,ihe5:d~ monde ne peut plus se passer des œuvres africaines et diasporiqt.ies,
rïmaginati0,11'.' et ëe qtie l'~n poJirrair désigner: de ~ni-acière :gértétalç qulil s' agisse·: des:arts; .d.e la:.c ritique; ,des savoirs; _de. la·liqératme où des
comme les arts du vivant. Car pour ce qui nous cond:rne;da!<<penseè autres: domafues:de la créa'tivité. er:de.1'imaginatiofü-i , .•;) ,~~::.h: : :' :• :--.; ,

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:: . ÉCRIRE I.:AFRIQUE-MONDE ·. PENSER POUR UN NOlNEAU SIÈCLE

·., De,·~anièi:e plus.décisive enèore; il n'y a plùs de··:question; afri;. de la perspective singulière de leurs auteur(e)s, sans doute enrichie par
ciine '()U diasporigue qui.nerenvoie en· m:êrrie-·temps à une -questidn . les é~hanges survenus lors des sessions de Dakar ~t de Saint-Louis. Ils
planétaire. " · ·; .s : ·· · · •, traitent de questions liées à la décoloniaÜté, à réiaboration d'utopies
lnversemeni:, . l' africani$ation : de la .· qùestion planétaire . coristi- sociales, à la condition planétaire de la. question africaine, à la quête
tuer:a ~peut-être; sur le-plan philcisophique•et esthétique, l' évfoem:ent de nouvelles formes de production du politique, de l'économique et
majeur du XXIe siècle. Si donc il' !f'y a plus d'enjeu 0africa:in qui rie soit du social sur le continent africain, àï'a'rticulation de !'Universel et
en .m ême temps un enjeu planétaire:· et si, peut-ê_tre, le futur 'de .là du singulier, à la reconstruction de l'estime de soi, à la pensée de
planète se joue en grande partie en Afrique, alorS'se posent des défis l'en-commun ... Se dégage de ces contributions un souci constant de
tout à fait neufs à la pensée, !'écriture et la création africaine et dias- production de nouvelles intelligibilii:és sur les réalités et les devenirs
porique. Pour les affronter; nous·-ne pouvons ·plus nous per~etti:e le de l'Afrique. Les auteur(e)s, de disciplines diverses, ont croisé leurs
luxe de ne pils réfléchir ·ensemble, de ne pas y aller ensemble. ~Nous regards afin d'éclairer d'un jour nouveau les enjeux d'une Afrique-
. avons besoin de faire.corps·- ·un corps -toudi fait ouvert, fleXible;:< un Monde en pleine mutation, ouverte à l'univers de la pluralité et des
corps'·en réseaux;· un corps d'impact dont la'forcede·démultipliciition larges.
contribuera à une définition élargie du monde. ·., ,_ ''
__ ; :. , . .. Dakar-Johannesburg, mars 2017
Ils' agissait donc·à travers ~es Ateliers de reprendre Finitiative théo-
rique et de·poser un regard pluriel sur les réalii:ês du contin'entaf.dcain
.et sur les·futurs qu'il se d 0 n:n·cf, à partir d'un lieu : l'Afrique .. Mais :éga-
~lement de proposer des cadres renouvelés d'analyse, de produdion·de
significations et de sens, des dynamiques en cours sur le Continent,
qui soientinn'ovantsetféconds.: ' . ._ ' ' . . . ;: ,, ,_i'
·:· :..: _,· : '. ·_; . ~ .. : -. .
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Les •questions :posées furent multiples et les ihvités .furentréunis
d'abord en· ateliers pour réfléchir; débattre,'éprouvedeurs prcipositibfrs
r~pectives, tenter'de fairç éçlore,.adéfaut d~un ipenser~ênseÎnble; une
réflexion enridiie par les cdncribui:ions des uns et' des auties;•dans un
espace de.débat aménagé à é:ett~ fin ) Par fa suite, :de5renèorùres ayec
le grand public furent orgarusée§;' où le di<ilàgue R~r.~~~ :sai~ir ses
.f
préoi::cup~tions; mais au'ssi la. grande ·demandé :d'i.ntélligc;rice sociale
qui émanait de.lui. . . ·1 1 ;_ :,:,.: ·,:',;: •!; ··\i

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Les textes· présentés dans cet ouvrage-coUeccif-son:i :les·:C:_ontribtp·


rions écrites des participants à ces Ateliers dda pensée. Ils:sont:ldruit

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LUNIVERSALISME (EUROPÉEN?)
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DES HISTOIRES INDIGENES

Mamadou Diouf
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Mamadou Diouf est professeur d' étud<:S africaines et d'histoire et . ' ·La ' réflexion qui: süivs'intéresse · i un momenr -'PaJticulier ·de
tïntlilie' ae ,la .diai!e ·1.ëich.er 'Fiiri.ily;d~Éiudes africaines et d'Hiscoire à 'I; Fhistoire •ï'mellet'tuelle d'une · communauté africaine et ;noire dont
l'universi;é Columbia de New York, aux Écars~Unis où il dirige i'Institut
/,•
1.: ec
rhistüire}'1es. peines les souffrances; les inteitogatioris:religieuseS,
d'éhldéS ~àftiéaiii.~: il':f°ènstigné ~u 'cféparté'ment d'histoire de l'université sociàles et politiques:s'inscrivent dans!' espace-Atlantique.: Un,terti-
CheikH Aritli'.DiOp'.:'. dé· Dhlci:r"(·I98l-:l991( et'âirigé le département de toir~,qui. est le produit•de fa mise en- réseau 'deS ·mondes,: européen;
re21îerili{ ët' 'de dôèurD.eh'ranôrid~ Cô'iiseil .poûf ·le développement de la africain- et ainê.d<;:hln;;sbus nµipulsion eda: conduite:de FEurope en
~ red iêiche 'en ::SCienëe.S' S'6d3:1eS';"éitÂ&lq~è,''Codesria. Parmi ses publica- expansion':Elle·ne 1nap.que-'.pa5 ·pbtir autant, tlans·sa:iconduitei :d' in~
. tlo~s~' 1 Br?pe,iiit~tt~(70fit~;t~l T3biio&'ary 'aiid 'the Sufo in Sénégal (New èorporer le :système-iilohde de ·l'océan ·fodien.·•Elle:à .'.p otlr arribition
i Ycîrk ébrUffiEii'à: tjrilv~tsity Pi:& ,--~~13)'j · [jl 'kts de ta citoyenneté au df0iivrii; plutôt de.pbursuivte, unediscussiùn'dontkprincipal obje\:
- ! Sénégal Espacé'totztestéei ';:i f:ii!ilitls'iir'liizi'izis:(fü.fa, K.µthala, 2013) et lhe eîit ~·d!â:pprécier les ~fo rmules mises ' en:drculauonpo:tir -détermin'er
Arif 'of cttiumhip in Africa. Spaee~ ofBelongi.ng (codirection avec Ro~alind
üri:e~oi.l des modernité$ africaineS~,capàbles :de prendre~en, charge ou
Fredericks, New York, Palgrave MacMill~, 2014 ) ; 1?hythms of the'Afro- de .i!éevalùer. des cuhures distinctes;1rioH:europêerines; poU:P èrequa:,
Atlantic : Rituals and Remembrances (codirection avec Ifeoma Nwankwo,
lifier:JJhist0ire universelle' :( Gheîkh.,:Antaï Dfop~) ;i're:-dY.flisà ;une
Ann Arbor, University of Michigan Press, 2010) ; Nèw Perspectives on Islam
hurri~lté· décivllis,éè<pai( la: batbarie ~ càloniale (Aimé Césairè)'~et:
in Senegal: Conversion, Migration., Wealt~, Power and Femininity (codi-
coritrib~er .à-l'émergence de .la.•bvilisan on•d t: l\iniversel' (LéôP-pld
rection avec. Mara Leichtman, New York, .Palgrave MacMillan, 2009).
Sédar .Sengl!or4).~.'": ':.'!-, .,, .... .,:·:\ ;. '/ : :':« ." -.. ; -:,_ : ~ -; ·1.·:~,,. ·:· ·;,- ,-;,,. : .. ..
Il est membre des comités de rédaction d'Aftican .S'tUdies--&view; Socùll
Dynamics et de .Comparative Stu.dies of South Asia, Africa and the Middle 'Les ;êntreprises en .pause' sdùœnt Uri' doublt: objeC-::;:dérriontet•la
< , 't

East (CSSAAME). Il est le président du con~eil des directeurs du Social manreuY.re:iin:périale qui .consiste: à ·exprqpriei-1les sociétés :noffbcd-
Science Research Council (SSRC) ·et du conseil scientifique du Réseau denclles"d1l ch~p dé l'histoire 'défini êoinme œlui:·des iiffuires :poli:. 0

français des Instituts d'études avancées (RFIEA). tlquës'·et:·éiablir. Jer:mem~nt ~une : historicité· solunis·e 'à des .ryfh:mes
aul:tes;que:cëuxde:li :«raison:occidentalé »; uni:: histoire du quoticfi:en-?:

19
- 1
ÉCRIRE L'AFRIQUE-MONDE L'UNNERSALISME (EUROPÉEN:?) ÀTÉPRE'l:JVEDES HISTOIRES INDIGÈNÈS

En quelque sorte, il s'agit de substituer à la philosophie (Platon, La réfère :à; lq: règle aristotratique 1°-.=Quelles règles devrons-nous_,·.effacer
· République), à l'économie politique (Karl Marx, Le Capitql') et à la pour :prdmouvoir ·des sOciétés.o·ùvertes.? ... !.i - '.· •r . . i. . :. , :i..: ~, i.~= ~~ -~q
sociologie (Max.Weber, L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme7 •. ) : ..

et Économie et Sociétt!'), la poésie seule capable de narrer, de manière .Le contexte dans lequel la .discussion .e5t-. conduite e5t.caractérisé
créative, le récit des affaires quotidiennes contre l'histoire universi- par· plusieurs propositions. Les .propos,itions-,nativistes s'intéressent
taire exclusivement consacrée à l'État et aux affaires publiques. C'est à 1' exhumation des, td.ditiohs 'africaines et•à ·:·l-enouer avec le passé
l'invite de Rabindranath Tagore reprise avec vigueur et entrain par africain. La théorie marxiste de l'histoire dans ses diverses<variantes;
Guha9 . dont les prinCipales, révisionniste, .norskîste et maoïste, célèbrent les
Lexpérience de la vie quotidienne dans les métropoles impé- réussites héroïques dda bourgeoisie .qui est l'agent collectif du· chan~
riales, durant l'entre-deux-guerres, met à nu la contradiction entre j.
gerrient global,. avand' avènement du~ prolétariat eda'. i:éalisatfon de sa
les idéaux universalistes et les pratiques discriminatoires, et à mal la J' mission' historique, grâce à la modernisation du'. monde -par le.capi-
«mission civilisatrice». Elle met en contexte les interrogations des talisme: Elle •considère que Ja dissolution des vesâges,dll'.féodalisme,
premières·=gér:iérations ,des intellectuels'. noirs, de · l'Afrique' it; de la la suppression -des coutumes .er fràdidons loci.les .et"la croissance :de
dia.Spoi:a,,.rela-tives à la modernité, à la ~odernisation.' et leurs signi- la ·production industrielle qui entraîne la .réduction=,des .catégories
i fications'.~.Elles constituent en effet le nq:'.ud de l'universalisme.=:Est sociales en deux classes antagoniques' qui se livrent un combat à-rriort,
1

:\l',· .r
- - .!..\.
_,
en; cause le :moment.de l.'..;i.:v:ènemen.t: de la, ; mùdernité: ;B~uJ,"quoi ; est­
elle advenue,?.A+elle ·un_sens •et une,significaJ:ioJl,qtü cortj~ignent
annoncent la fin du capitalisme.et de l'histoire.; La modernité/ moder-
nisation-indigène des marges occidentales et· 4~ ·périphéries· impé~
l'i
' ses cljverses rèssources en_un récit uniquè .et int.elligible?· Quels sont riales du capitalisme est imp9ssible dans le schéma marxisté; Marx
""' les _élémerits•_distincrt:ifs . qui font de'i la mopernité .un' éyénemen~ :·si lui~mêrrie; ·dans ·Manifeste · du :Parti:-:cdmmuniste, ·affirme que toui:ès
sirigWier.? ;Est1il.- pôssible de ·rendte compté dda-modernité dans' une les nations -devront'. se squrirettre, sous :peine d'extinction; ·aux forces
i ' h\stoixe:i hl,llhaine considérée ;comme ,une:,totaliFé .et. no ri desifr<tg~ bourgeoises ,de ..la modernité'.i·En: conséquence, pour -Ma'rx;:laclônirt
' 1
1! -men es:?, ESt-iLpo,ssible·de réconcilier',~ contre Weber~ fa · rn~e .eda des séquences· précoloniale. er. précapitaliste •est la c6ntlition' sine qua
raiso~, le royai.i:ine d~~nfancé'(Sengho_r) ed'.hi~toire'-monde=(H~gel)? non de.J'amorce du p rogrfr scienrifiq Ùe;-~echnique et social,. ~ucsein des
'ii La :raison~~o.it7elle (peur~elle) · ieculer;;se , compromettre .ou;2éd~i:::.à sociétés ,fion oc:ciden.tales. Cette· position est affirmée:a~ec-forne' par la
la .foi "et/a~, auic . ~rad.itibns ?t.;Estdl ;pos~iblei p'r.oductifl ·d~ : n:eg?cier
= corrél4i:loU'q u'!U établit entrer introduction_ de:la inachlne :à vapeur et
Eesprit de la:in:odernité:;(scierù:es;'. arts et po~itiq.uè): edes règles de la dissoh:ition alu «système villageois»}1;Tambition de Webéài: de sa
la,--génération ,et:·du genre _des.'.t radiiions afr_ic;llnes ?' Ces .queytions théorie de la·m6dernité est d'identifier et-d'analyser toi.ù:éS Jes ,forces
son~ importantes et urgentes. N' affe~en~-elles p.~. :e n..a:;i.rdcuHer) 4 qui ont contribué ·à l'avènement _d e.la modernité WffiIIle:J!unique
nature di.i déb;i.tsur-les.tr.ànsirions,dérriocratiques ~:;;fo~q11;eyiJle_,-._ d:0s civilisation ratiorinelle;-Son·point.de départ:, .la strui:tuie -dt;:faur6rité
De fa , démocratie. .en.Amérique, ment;iopne. un.e double.·tr;ins_itioo -~ )a dont il. recense "trois formes, traditionnelle, charismatique et légal~­
u'an~iticüi de· systèmes: p.olitiques ~a'.utodtaires àLd~s ·,systèmes::~éxno; rationnelle.::.Weber constate quda dernièrefoime est domfoantedans
cratiques:,~t fa -transi rio~ :de ·soeiétésc:rr;i,ditionnelles .t àr: des·~soci~,tés le nionde ·occid~ntal ' et constitue; la raison poiµ:.' laquelle· la:;< civili~
modernes et 'ouv;enes: Dans le cas de -l'Ancien Régime :franÇ,lÏs;· iLse sation occidenitale» a: une'..« signification- et·une validité·ilniverselles»:

20 21
r
~
I:UNrvERSALISME (EUROPÉEN?) 'À I;J;PREUVEDES:HISTOIRES INDIGÈNES

j
·Le :progrès-continu .des·.procédure,5 rationneUes . est~ à .l'origine :dè la assl.lré:Ja grandeur del'Europe et ·qui offye_n t-aujo.urd'hui.lf.occasiOn
production des institutions des - idéaux~. dé::l'Occidént; m9'iferp.e: : Le
prix à payer aux gains extraordinaires produits par la raison est la 1 d'en faire profited'.enseinble .d el'h:uillanité13 ?> ; _. : . , '-· . _. ,_ : .. .:~.,, . ;1 ·~ n .,.,;.
, :Contre Wright;Henry 'L. Gat:es·lconsidère que.. la totale adhésion
-sortie du territoire dii·religiewe.-·Les·effets sondes .sli.ivants:-la dééon- de Wright au protocole des Luinièresl";a,rnène à concé~er la;supér!orïté
nexion :de.s structtires cosrriiques et· religieuses; Füi:iposition:de\ règles de la rationalité _o ceidentale. P;assant. en re:Vuele <!principal argument
·bureaucratiques; der économie de marché ;et. les progrès :de la ·sdencè de R. Wright !>, à 's avoir que; malgré:sa: brutallté etsi:>P, appât du _gaïn,
et: des connaissances .. -. ::.' · ., , ' , • . ,· ; __.!,· .
~·. ; . ; _: ·,! · . «la colonisation :a ,été la meilleure cçhos,e :qu.i soit. jamais :a,trivée ~ au
Le pri.:xJe plus fort est-le: désenchantement du nionde et sa grande continent, .africain>.> .et . que,. malgré ·sa.fureur destructive; ..: ~lle :a<été
conséquence; ' Y<~ antmtiinanisrpe~ 2 »:, cÀ·.celui1cï;, les, .théocidens .. de bénéfique au1m6nd_e non ;o_cçidenç;i.J.;_, Elle ..a 1i~éré, les .qiasses :d'Asie
la négritude .opp:osent uri·;engagement militant-. dont l:i<' principale et cf:Afrique ,asphyxiées. par 'la .tyra.nnie -.d e leurs =vieill~ traditions et
préoccupatioh;,estJa'-recohstruction _d e l'humapismé malmené· par croyances :religieuses14 . =Elles .doivent rémerç~er E« homme·_ blapc »:de
le -colonialisffie,:;2J/~umanisme ·de -la négritpde ~ èst . une . réponse · au les avo.i dibérées dè la pôl.lrri nµ-e ·dè lems·traditio.ns.eccputuine5 mar,..
« désenchanter!J;~ii<~~i:: du- inond~.Œlle est_ à :la.recherche .d'uné -ratio:.
•. . ' : "if' ~
quéés du.sceaw.de l'i,uatiqnalité,1_'.i . :..I:!,n revanc}le, 'M.anthia: Diawara~P
~ëlité . autre qui-'.su.rgit du refus -d~abando:nnet l'intuition .e t la spiri'.. soutient que :la<démarche •de Wrightjinscrit dans lin~ réihterpn:~
,füfilfré. Urie·. spiritualité qui se décline, dans une grammaire païenne. tation du -séculirisme.·des ·Lumières . et de l'indusfrialifatipn~ deux
Le'ngagerrient: transaè:tionnel .se heurte .et: répond à un. autre .enga- paradigmes:universels .trahis par l'Occidep.t; pour trouverJe~: garantiès
. 7~~. gement· d'un : corppil:gnon :de. route des _!lflimateurs d~Ja Négritude d '. une indépendance ; v.éritàble du tiers~m'onde:. ; En :,conséquence:!
/''! et de Présence. afriaïne, :Richard ·W right.. Le paradoxe 4e .WtighLse il considèr!'!.:que Wx:ight nest nullemenr, !'.avocat: du' mfI.nétisin~. ; ·1il
·, 'I
1 .i :'. ~
.décline ainsi.: ladéfensèlntransigeante de lapqilosophie.des LWnière5 proposei au contraire, des versions~postcoloniales..ddadno.der_nité:, '"'
1·'
1 f _. · et de la modernisation en:Asie ·et .enAfrique; la:.célébra:tioll'=.de.-. la Com1}lent, .,dans·. ces . circonstances, ; configurer; ,:îrnej modernité
1
1 laïêité et' de liraiso~ "'7 la ratjon.alité,et l"industrialisai:iowcohsi,dérées africaine qui ,corre5pohde, à ..îrne. historicité .prcipre;-14:m~Ae périmètre
1 i.'.,
jl
·co-\11ffie les.'aritidoteS aUX:.traâition.5 spirituelles et. écqnom.iq'-!eS non d'une histoire géné~ale _d<"; ·la,rn.oder.Q.ité ?d'iaut:-ilgominer ;bü 'r econfü
1
,,
1 oëcidentaleS,-; ·r.irnposs!ble àp~cité: des sociétS; af~iciine,S. et a.Siar,ïques guredes foimationspolitiques<edes_structures sociales,;éç:qn()iniques
1 1 .de. s'inscrite, dans le. teinps ·du 'nionpe sous l'impulsion .de -leùfs··tra- et intellectuelles à l'aune de.feth1ücité,; ;d,evenue)a part :in;iudite;des

J dition$: et.J e . déni d'une: quekonque valeur.,aux, ëroyinces: religieuses


.et 6thétique§ ef aux:p'râtiqües' éconopi.ïques et sociales, did'.humahlté
sociétés afri,caines·?·Co.o;iiileht,,.dans ces co'nditions, ;les :•reçonstiuii:e
en tenant·compte aes-trajectoiresd.J,eurtées .de géographies, ,de squrfes
;\ africiûne; Wright·affirme avec forèe:qucdes réalités deF ordre politique et ressources du po_u voir; _de fautorité et, deJa;èepréSepçatioil? Autant
deJ'après"'guerre ·irriposent, kremplacement ~ès :a.pc:;~ng__es _traditio11-5 de questions,q'ui noU.S invitent~ opérer'un retour criti.que.siir,lè_:p aga-
Il
,,
par la subjècti:vité-inodèrne et -les:institutions. qt.ii ·lui sont ass6ciéëS,, la nism~; entendu comme!' « éncyclopéd.ie.tribale1 7>~ qui :µünentde plu:-
déqioi:ratie -laïque,. la règle de droiill.'État de: d:roit;..le progrès· indu.5.:- ralisme des sociétés africaines;•à .relirde, Çénie d_u.pagarriim}( .d i:, ]ylarc
i
1
trieL et ·t echnologique; J' ordrè bureaucratique ed'.orginifatiowration:- Augé 1 ~; ·.et ·tradùire ~on : anthropol~gie;_ religieuse: e4,arïrk.9 pologie
11, nelle .de.-]' espac~ ,public;~ physique,et; institutioi:mélle -:- et h :défense pol~tiqtie ... Earnbition .d'Augé ~t de_. rendi~ au pagap.isme s.a :signili~
l'i vigoureuse.de :_«J'.esprit.des.Lumières [.·.<] .de la Réforme(.-; .]. qui:ont cation sociologique étreligieuse, en le distinguant .du: ch.rjstiiuûsme:;:I l
}
li
•I 22 23
• 1
.. ' • ·, ; ' ÉCRIRETAFRIQUECMQNDE · · ;' I:UNIVERSALISME (EUROPÉEN?) À CÉPREUVE DES HISTOIRES INDIGENES

affirme.dans son avant-propos que le paganisme :«se:dlstingue'radica:- . Peter .Ekeh, ,·«Ja sphère publique ·primordiale» ·(primordial:publiè)
. lemenc, dans ses diverse$ modalités du:chi:istianismedàn:s·ies·dlverses et la '<<sphère·;; publique civique» (âvic public) 22 . Le constat fait
versiohs 19 »·sur trois points au·moins:: <~[Il] n'.est jamais dualiste et. par le sociologue ·nigérian est corroboré par.: les études histcii:iques~
n'oppose ni 'l'esprit ·au :corps; . ni ' la foi au :sàvoir..Il ne: constitue pas Catherine Coquei;y-Nidrovirch ·en rend compte, en montrant qùe
la morale en principe extérieur aux rapports de force ·et de sens qùe . «le pouv_o ii est, en:Afrique subsaharienne;: le résultat d'un processus
traduisent les aléas de la vie: individuelle. enociale. . Il postule une de longue duréé qui mêle ·de façon inextricable des éléments hérités
1 continuité encre ordre biplogique et ordre-socia1qui, d'une:pait, refa- dés systèmes. politiques successifs et en grande partie contradictoires
1. tivise l'opposition de la vie-Individuelle à la_collectivité dans laquelle ·--"' schématiq4ement.: précolonia!,: colonial · et postcolonial; d'où
elle s'inscrit; d'autre part, ~tend à .faire de tout problème individuel l'émergence,. voire la dominanœ de phénorp.ènes qu'il serait tout,_à
1' ou social un pr6blèm:e de lècttire; il postule que tous les é'[ériern'ents fait erroné d'analyser aujourd'hui de façon ·statique; c'est-à~dire sans
font signes et tous les signes font sens. Le sà.H1t; la transcendance et le faire référenée, de façon approfondie; à la diachronie. Mais il est:aussi
mystère·lui sont essentiellement· étrangers ..p~ voie de ·conséquence, li
i nécessaire d'échapper à la· tentation:ethnographique, qui fut souvent
;.
1 - il accueille.fa: nm:i.veauté avec liii:érêt et esprit .dé' tolérance,. toujours µ d'insister outre niesure sur un héritage relevant exdusivement :du:pas~
1
! prêt à allonger la liste de dieux, il conçoit l'addition'-, l'alternance mais séisme 'p récolonial: !'épisode colonial, s'il fut. bref, n'en a pas moins
non la synthèse2°. Telle est certainement la ·raison la: plus profonde été ·profondément ·traumatisant, . puisqu'il -a transformé de façon
de son. malentendu avec le prosél)rtisme chrétien·: il n'a 'pour sa part indélébile les structures antérieures23 ».,Elle identifie très précisément
jamais eu de pratique missionnaire2 1• >>' Un monde où tout est visible le dilemme dans lequel'les .intellectuels africains se sont enfermés,
et qui ne s!appuie sur auci.in principe.d?extériorité pour légitimer son depuis le début des luttes nationalistes, une modernisation"forceii.ée
'""' ordre et son •histo!re; oùvràn:des portes à la .n égociation perman~nte («de seconde main» pcni:r ;reprendre l' eXpression terriblemericeffidëe
et awe transactions susceptibles d'être· remises en caùse. Augé dévoile d'Al Schwarrz24) ~ qui ·se , décline · sous la ·forme d'une « occidentali-
une anthropologie inçl.igène qui insère-l'individu dans une rramerela- sation)) .outrancière - la .condition . de, leur revendication .d'un ..rôlé
tionnelle dandaquelle s'éprouve et s'apprécie la dépendance 'des uns messianique - un riativisine. de façade, pour·mobiliser les masses -er,
vis-à-vis des autres, dramatise et soUligne -les différences·dans dk:i; ri tes pire, . le rejet de l'<ethnicité comme principe .primitif d'organisation
et des rituels minutieu5emem·'orche5trés. , :. ·" .. . ... .. sociale, En ce sèns,-ils·sonc les vrais héritiers de l'ethnologie coloniale
.:· · I:exercice· au cœui. de · cette ·mise : à l'épreuve des'·propositions et de la m'ission civilisatrice, Si les ethnies ont 1.µ1e histoire2 5, cettefos~
d'Augé e'st .de :tester et d'attester; la: consistance. des ·frontières com- toire est contemporaine; >no·ri .seulemerit padeur 'résilience; mais par
munautaires; .spirituelles, cultutelles 1.et .. économiques · africaines et leurs capacités depuis les armées 1:~60 à mettrè en échec.ou.à.résister
d'éta,blir: les . règles ·structurelles ; du genre ·et' deJ.a g~lé"ation . pour à toutes les,formules de consfructfons politiques.. ., ... ; -·
admir'iistrer lè pluralisme et la diversité::Ou f~ur~il; suivant Wright; se · · 1 .·' . . ....: .. ; ··. ' • '• ~ \ • • ', 1

résoudre; pour introduire l'Afrique·dans le temps du monde; enfowr La science politique africaniste naissante partage la mêmè:ptéoccù-
le·plus:pr0fondément ·ses•tradi,r,ions··pourrenaître dans :l'histoiit';'. dés pation que l'histoire et la sociologie~ Elle s1interroge sur:la nature des
1
i autr~ ou s'accommoder d''une crise peril,la:fiente 'Cà.Usée par Uimpos~ régimes politiques en forniation,.les futurs possibles qu'ils autorisent;
fj sible: .réconciliation entre les dellx: ·sphères,:publiques identifiées· par autoritaire, totalitaire ou démocratique; et les re5sources dont ils

·1.I
li 24 25
' ·1 1 !
.,;. ,I r
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. ,.l •'i 11 ÉCRIRE I.:AFRIQUE-MONDE. "·· I.:UNIVERSALISME (EURQPÉEN?).ÀI.:ÉPREUVE DES. HISTOIRES INDIG~:t)IES .
f 1i'~ !1
11
,- 1!
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/ 1
/. 11 disposent; autant en termes d'infrastnictures{partis, rfyndicars, moti;. aV.ec la Loi-Cadre;::eir '1957, -il embrigade lerPère :Lebœt· quUanc~
;~ .. 1i;
1 '· 1
vements des jeune$, -des.femmes ... ); .d!idéologiës. qt!-e:4e, traitement des enquêtes approfondies dans la totalit~:des ·ter~oirs sénégalfü pou~
;!,
( : , • . L. ,

• 1 !
, ·1 .· i del'ethnicité et des modes d'organisation du pouvoiretde Eautorité,~ produire un savoir.dontla fonction principale:est de souteriirJa_i10u-
' '
AristideR. Zolberg donne un aperçu de ses interrogations, en rentlaii.t velle _géographie ·administrative d'un , territoire·\en rV.oie .de décoloni~
l j
j ' compte du ((drame dela quête huriiaine d'un régime politique qui se sation. Une , territorialisation . qui ·effaœ -rarc::hitêcrun; coloniale des
joue dans !'.environnement nouveau et étrange26 ».africain.· U.ilhistte co.quriandemenrs de -.cercles et, des cantons;: sans reconduire 'les. pro,.
son propos en commentant sur« la querelle entre les' optimistes _et les vin ces traditionnelles précoloniales.' Abdou~Diouf retouche plusieui:s
pessimistes,;_Le premier camp, .représenté par David Apter, considère fois; la .èartographie .administrative sous la pression du.Fonds· moné;-
que.le futur démocratique de l'Afrique: repose moin:s, sur, des· consti: .taire_inrernational; .de la Banque.mondiale et de.la crise _ciSaman:çaise.
tutions · démocratiqµes , que· sur lés actions des lead,~rs'._et: des •mouve'- Ew 2001 d>rétendant êtrÇ attentif à !'.'imaginaire, soc~aL et -politique
ments nationalistes '. et:leurs effets sur tourc:;Ja société. Dans le cas ·de des populations, ·Abdoulaye Wade;.élu nouveau présidentdu Sénégal
la Gold Coas~, avantl'Indépendance, .assure+il, ·;on:no'te un succès en 2000, propose:de.revenir\ aux provinces )ü.~toriques .et territoires
indéniable dans la transition de.la dépendance tribale à,une dérriô~ erhniques,:·corifr6 les· géographies,, coloniale, nationalist-r ,·(Senghor,
cratie parlementaire grâce au rôle jou{par le leadership:deN!crurriâh Mamadou'D ia)· et technocratique (Abdou ;Dfouf}. So'us les-quolibets
et du ·parti des masses, le Convention People's- Parrf.!: Aprer conch.it des intellectuels, Wade .a .été.contraint de-retirer son: projet.
avec force que «pour -toutes ces raisons;:le Ghana ·est:une:démocratie : Revenir à rïnscriptio.n de l'Afrique dal)s le temps du monde:exige
de parti unique28 ». Le second camp, représent~ par Henry .Bretton, d'opérer un détour . indispensable pour repensedes péripéties :de la
utilise les . rriêmes ·sources ghanéennes, analyse les rôles de «Kwarrie production de.la ril.o'dernité africaine et ses.variantes, dans des·. tempo~
Nkriïmah, [de] ·la structure du parti et. [de]>l:i.'. pensée politiquei des ralités multiples et de.s espaces constamment-reconfigurées .. Il perme~
nouveàùx leaders pour,annoncer que li trajectoire -ne' se clôt :pa:s avéc de .t racerles contours d~ territoire dans lequeLles questions:retenues
l'avènement de la.·démocratie parlementaire 1>. [autoritarisme ou le dans la section ·introductive::doivent êrr.e .conduites:-:(:... , :;- _,_:· ~·-· ,;_
totalitarisme· peuvent:en:être la :conclusion2 ~, ·, . ; . • . , :;: ... · Le premier .moment . i~titue l'Occident, son ·expansii:in . teirito~
· ) Llirge~te nécessité ;de mettre fin défu:iitivement àTethn~cité .e t :à riale; sa découverte (l'invention, pour utilisér le èoricep~ retenu par
ses manifestations, polir ·le bénéfice du citoyeri .et rd.e ses· ëmblèines E. Said30 ; T. Ranger31 .et V.-_Y. Mudimbe32)d·es autrespeùples:et..leut
nationaux:-,. de ·la modernité .politique - _devient .la.-.condition si':e identification, leur classification et leur inscription dans: l'histoire "ét
qUfl. .non de·l' établissement de la-;démoc::ratiecet d~ uw État stable :et la -géographie de FEur:ope. Elle devient)'unique .référence èda :seule
ordonné. De.tels:impératlfs expliquent:très certainerh.ent :.quc:,d a lutte mesure de.Ja condition humaine .et de la c;:ivips.a tion efrde.ses .typo:-
engagée par -les premiers-.«évolués» dans les;,_emP-.t_es; :britannique logies,religieuses, culturelles, scientifiques, inoi;ales et·philosophiqües.
et français, était dirigée contre les chefs introdllits dans les r':mages Elle .coi1fisque :à son seul :profü l'!nïtiative historique. -,Elle_y . a5socie
de l' a~strauon coloniale; Da,ns le cas ·sénégalais, ·on.·peut tracer une cartographie imaginaire de l'un:ivers ·et urie :philosophie Uni.ver;_
cette suspicion vis~à~v:is dé l' ethnicité et' de kscience qili l'a•produite, salisie qq.i déclin~nt co'njointement dè nouvelles· coqceptionS. irnpé'-
et-de l'ethnologie :et-la:· gouvernance·. coloniale qui . J'ar'en,tretent,i-e. riales.de dominatioa politique .e t une modernité1qui ·s'octroie le:dro~t
Lorsque Mamadou Dia devient président du Conseil du; Sénégal d'imposer .des; formules. culturelles et •religieuses;. dans::une .tension

26 27
ÉCRIRE I:AFRIQUE"MONDE · • • . · · · · • · !:UNIVERSALISME (EUROPÉEN?) ÀJ:ÉPREUVE'DES HISTOIRES INDIGÈNES

permançnte,qui' a a.Ssuré fluidité et flexibilité à:Ja dôrlliriatlon' colo- eùropéennesi;&A&ique..,· à k souveraiheté': internatiorià:le: · :Q. Gold
. niale,.· ~s ·ses~·différentes · figûres. • · , · ... ,. _,_, _·~ ::· "· .· l. Co,a5r d~vient indépendante et: prend le n,om 'de GP.ana, èn .1957. U
Aptès la Première Guerre mondiale, cohcomitamment à la consoli~ . est suivi :p·ar la·quasi-totalité des·c_olonies françalsês, belges et anglaises.
dation de la ·domination coloniale, les élites intellectuelles, relig!euses, Elles sont suivies par les coloniés poitugaise.5' en 1974, la Rhodésie du
économiques et militaires indigehes se faufilenbentre l'admirùstraiion . Sud (Zimbabwe) en 1980'et finalemeni:,J'.Afrique du Sud met fin ·~
coloniale et ses interlocuteurs privilégiés,'1es chefs traditionnels, · gar~ Fapartheid·en 1994. / ' · . · :. • · •1 .', • .• ·

<liens de traditions tribales. mwtiseculaires, 'poùr. revenéUquer· une


place sur la stène du monde. Une« présence africaine .>>"-~ors des.cages ·Les débats et controverses sùr les· conséquences . de 'l'expansion
tribales, sollicitant dei :ressources plur~elles~ àfricaines, .européennes européenne stir le .systÇÎne-ffio·nde dé l'océan·. Indien n' ont.p'as perdu
et asiatiques; pour célél?:rer l'homme et ·les valeurs 'Universelles: ei: leur ' intensité: : Historiens, r~manciers, • poètes et . autres experts. en
ré~lamer. hn rèconditionnemeni: de·f histoire de l'hwrianii:é ~ ·r;i.oir- sciences sociales continuent à échàllger des·ai-gurneim de plus' en plus
cissarit au passagefÉgypte ancienne et rÉchiopi~- de kreine ·dè Saba. sophistiqués, ·En con.traste ·avec-le mond~ ·atlantique en formation,
Elles incorporent les tontributi6ns africaine.5 à la civilisation· de l'uni- l'océan Indien précolonial était caractérisé par' ÙO trafic constant de
versel (Léopold Sédàr ·Serighor) ~ ' a la mo&rnité ·occidentale (C: L. R. capitaux, de travail, d'idées et' de savoirs etdeformules culturelles qui
James) et aux luttes pour.!' émancipation; la liberté etla ·citÔyerineté ont participé amplem'e nd la configurationcd'une modernité et d'un
i
....• i : c _, (Aimé Césaire, C.. L. R. .James, E: Glissant) ; Le point· d'inc:;aildes- ulliversalisme, dont les piliers cominerciaux et financiers s' ellfoncent
- ~ 1- : '
- .....r. 1 ~ ··
cence, la révolution :la plus radicale du xvrir<·siècle:·des•:esclaves éle solid!'!ment ·dans un :territoire êompris . entre Zanzibar, ··sur i!a . côte
1 '
Saint-Domingue et l'établissement de là République haïtienne. Ils africain,e,: et Singapôur; en :mer ·de Chine; Polir -certains~. cét :espace .
!; proclament l'universalité de ·la liberté,~ dis~ociancrace et !huma:nité commercial; · cufrurel:· et ·financier, an~é: pades .marchands; indien.s
et réclamant ·ave_c insistance, violence et arguments à !'·appui, "une et chinois·principalement,: aurait constitué un '«système international
\
1
place sur la table du monde. S'adossant ·à·Haïti conçu: comme le spécifique3 3 ». Pour d~autresf il·fut sUbmergé parla 'domin3:~ion poli-
1..
! moment fondateur etl'espacè de gommage de la conditi6n·coJoniale, tjque et économique européenne;· au cours de la .secon_de rnÔitié" du
la·communauté afro-'atlantique, africaine er afro-américaine (au sens XVIIIe siècle,. qui parvient à détruire son uni~é organique-::Une ·thèse
\ large) inscrivait son actfon dans une perspective d'iI1clusièm; refusant rejetée ·par· ceux qui 'affirmen't que r océan· InJ!en'.o (( ne perdit' jamais
d'accorde'r ' à la raceqµ1e · quelconque .centralité. Aù contraire,' elle son identité dans· un monde largement .do~n~ par l'Occident34, »~ •..
:s'évertuait à soumettre à la question, -lê éoncept '·et ses constrgd:i9ns · 'ta trajectoire singulière dé larégion së serait réalisée autollf dâroiS
narratives relatives au progrès; à fa culcuretet à la civilisatfori.- - . : ·· : nœuds unitaires: un. na;uc;l ·racial construit par ·des ffwc migratoires
. . --. ' ----
.. · Le débat sur Ja race, la modernité :et Ia ~ nécessair_e . inclilsion des
.
« dark. race1i», noire, jaune èt rouge (W E.::B. Du Bois et ~Bernard
·.
continus; un nœud culturel dont la rythmique et les plilsions•$Ont
indierni~ 'et finalement un nœud religieux configuré par l' eipansion
Dadié) .à une h'u manité devenue vraiment humaine est rouverte au del' islam, une religion universaliste do:nd'urùté; êh constantrenou-
cours de ·cette. période. C'est fo. moment :.de laNégrirode que Sartre velletnent;. 's'~ccommode de 'V?Jfations~- régionales ·.et · cUJ.turelles?~. : Il
qualifie 'de '«racisme antiraciste». La période examinée se referme fauc cependant no'ter que , des :·diyergences .subsistent" entre· histo~
avec l'accession, durandes années· 1950~ 1960, des arÏcierines colonies riens, .relativement à .Ja géographie et à l'histoire deJ'océan fodien.3§.

28 19
i
·,
·-J ÉCRIRECAFRIQUE-MONPE· . -:; · . · I:UNIVERSALISME (EUROPÉEN?) 'A I:ÉPRE!JVEDES HISTOIRES INDIGÈNES

· K N. Chaud\iuti; par: ~einple; idenûfieiles quatre .èivilis~ti911,s ~é:­ s'. éç3rtentdes;_trni.::s des . autres, Sheldon;Po.lloGk p.i:opose J '. appt.oche
.1 '
J
'1
-·- ' rerites' mais comparables..d.ans tet:espace,. wie civilisation ;islarniqtiê, qui me. semble.la· plus:productive en ·soulenn.t.' plûsie_urs :qµesçipns
' ..
unè ·civilisation. indienne/sanskritique, ..une civilisat!on ch.inoise1:e t · qui méritent notre attention. «Même si les ;hJstofres 1 e~ · trajèq:oires
une civilisation du Sud-Es.t~asi_atique.:· Est exclue des.çetdes de cor1yfr,.. de ;Yernaculatisa,tion dans k domaip.e de5 .expressions ·littéraire5 sont
.gentes.et divergences _dessii_iés parleurs inte'raé:tions lafaÇade-africairie remarquablemenU dentiques en Inde. et.. .en E_urope, . pourquoi . cette
'

del' océan Indien à cause de la logique historique différent'e'ed'aui;o:. dernière fut la seule capable de, détacher plus .systématiquement les
nomie des communautés africaines par rapport au reste de l'océan domaines :des sciences et de la recherche scientifique, plu.S généra~
I'

.1 Indien~ 7 • Ces· cercles constituent des logiques histo.i:iques:'.ouvi:aht à lement . des croyancés religieu,ses ?_J;>ourquoi; la quête de, Dil/-aka:ra
t des .modes:multiples 1d' univers;ilisation .don dés c:rraqéristiq ues. .prin:- yi$ant ·à "déraciner les -idé~ ·arch;üqu,es':.connilt ,un . éc~ec aléirs qùe le
·l' ' .cipales -s onda contingence etJirlstabilhé. Sheldon' Ppllock en donné piojer.deDesçartes.d'inriover à partir de nouveaux principes fut.cou-
1::·'
i prob.a blement l',illustra.tion J;i meilleure ·dans sa: -ré.6exioii .por:tant~sµr ronné_de succès? Pourquoi; alors que 1'.Inde et;J:Eµrope fais;i.ien~ face,
l'histoire àncienne :dd'lndeprécolonial~ 8 , . en procédant àutie;cb01- au: rrïêm~ moment et dans dés ç_ündit;ions idenüques,: à une Querellé
paraison,entre les 1< imaginatior:is impértales ~>. (imagination. rl/ empiré) des Aciciens _e t des Modernes,l:i preniière prit fait ·etcal!Se porn..les
indienne et européenne.:La premièr:er:eposerait'sur un «universalisfi1e Anciens er;-la seconde pour Jes'. Moder:nes}:Pourquoi, face àJa même
limitée » (/inite universalism) quise décline:en;des formules politjques expérience. d'. une certair:ie forme de n~oclassicisme, aux .niveaux poli-
universelles tout en réconnaissant le pluralisme.qtlturel etr~ligie.ux.(les _tique.et;çultµrd, seule l'Ew:ope.çonnut une évolution associant (pour
multiples Indes.) .des comrnunaut<!s.À celle-:ci; il oppose la conception autant que la corrélation J\1t.parfaitè) fab~olutisme· vrai, la révolution
impériale·romaine.-:la ·référence des empires,colqniaüX eµropéc;:ri.f~ n
et la nipture intellectuelle?- [ ... ]. .• est difficile .d e. répondre à ' ces
qui, .ati contraire;.se càractéiise,:par la centr_a lisation;f ethnidsatiQn, la ques.tiohs; C<'.lle relative. à 1'interprétation de5-données compara,tives
'racialisation:et·l'.agressivité .culturelle et·religieuse.i.lniv.ersaliste;·: ,.. · · Fc;:st plus_encore ..Linde:i;erait.:elle ·dero~urée ·prém.oderne·-atissi Jong~
- : J?imaginaire impérial ,européen déploie donc,, si ron,. -~n; : crojt

~
temps qu'elle est .restée pbstcoloniald .Esr-il. possible d'ideri~ifier ,ùrie
Pollock, l' imperium. romain .et -son unique -urbs.,_a_u ç~ur d'un · o.i;bir modernité .alternative -: Si l'on .dédd~ de wsqualifier: l'a,utorité;aU,tOL
.
·teriart,t.m 1ndiscu,taple, _,p_o ur ·fonder. sa mission . civilisatrice, ·Toµt en coµstifüée ~de, çe~e · ~p_ortée d'Et.1:rope·':'."' _eachée dans ce .q ue la colo-:-
'1 I' :i 1
. ' :'' .proposant~ cette comparaison,,co'n.n:astée des . trajec;toires· indierine:·et . Iiisation et-le cipitalisme- dé_~nisseht comme prémoderne? >~ .éérit~il:f<l .
' ., 1'Ii '•
. européenne, .. il . ne .néglige··pas . d'in4iquer;· les: conuoverseS. -rel:itiYe,,5 ··:pa .d oublé perspective içi esq~ssée impose. de prendre ef1· consi'-
il· à ·Einte(prétation de la:production de .là pen~ée,. politique· mod,erni;: dération, dans Ja,réflexion; aussi_bien:;lesJieux •que· lc::s moments~· de
'i européenne ....,Plusieurs., séqueitce5 ·se:::dégagent'".des ..interprétations
.' ' 1
·contacts, enüe PEurope er:les .autres .pe!'lples. ·Les espa,ces de coni:;lèts
1 1

propo.sées~ 9 ·; _·_ . ,;'; ' ' '·. ._-~ -,,,-,. · ;~ ;.. -'.'"'~ ,.• :-·-...:-..:-.·-;.: .: <
1 i: ··» ;;; ;,·_, .,, sont _des _espaces ',.:dè-.productio_O:!jfe, :savoirs .qui; · en ciriventanr: ou
'.I li'
.,,·iRendr:e: .c omp.te:: des. dév~!bppements · identiqûesi' p4tallèles;, et (ré)imagiùarit Ta,u.rre; J'enferme . d.atis ~une_ cqnsüuttion épistémolo-:-
li divergents entre :l'~~U:rbpe' '.et les.sociétés;:non eurqpéennes aidè,.;da.Ps gique qtri: fait,; un_e large· pl;i.ce à son lieu; de v.ie;'.ses, us :et- coittumeS',
1
1 ce i:ontexte,· à.mieux' sitli~r' l'histoire- particulièi:e...du .déploiement!de pour l'in~crire -,:plus ·l' enferme:r,:-:- ~~ .tine .mise ~n .s cène qtti- est:en
1 1 i Euriiversel; en: identiliant.ave<;:'. u,ne :ceriaine '.précision le 'mollJ,ei1t où .m ême·temps,u'.rie mise en sens réduisant le monde :ati monde. du''réa:-
11 leurs:·récits·· èulturels et artistiques; Jeur:~. ordres; morab et_politique, lisateur/~ploiateur. Certe5, les mises en scè!lè et en seris ont s.u pi et
:I
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~1
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j.

' ÉCRIRE I:AFRIQUE-MONDE ' : .. ~· j ..:" \ : ·.·'. - {;UNIVERSALISME (EUROPÉEN?) A I:ÉPREUVE 'DES HISTOIREs INDIGENES ·

continuent· de ·subir des~ "révisions .dépuis le ·moment fondateüf!de:.la influenc~ . et retravaillé· la modernit.é .occidentale-:; .•autant .dans ison
longue périodè coloniale qui 's'ouvre avecla déco'u_venéd~fAmérique contenu que dans ·: ses. mises ; à·T épi:etive ·riat~on..ales 4 \ 1 -Dans ;cette
par Christophe Coloi:nb.··: '.· . 1· même veinei s'adossant: à la trajectoire indiênne~ Sheldon Pollock
Plusieu'rdiguresrendent compte de l'liniversalité:qui:accom:pagrie insiste sur la.nécessité·. de :s'appuyer -sur-le ·contexte contemporain,: à
l'expansion térritoriale européenne et•la··mise·en :place de son ·hégé;. la fois pour intèrpréter, cette histoire'. (intellectuelle des mondes: non
rnonie politique, · économique ·et sociale. Elle attribue à: l'Europe le européens) et mettre·à l'épreuve la définition de l'histoire. Deux :ope~
monopole de l'initiative historique et la mission -civilisatrice, .poi.ir rations qui sont:; selon lùi, constitutives .de l' «aventure :histbriogra-
incorporer :les populations noh européennes dans une histoire qui phique44 ». Le contexte contemporain•autj_uel iHait référence associe
a cessé d'être géographîq uemenc .déterminée: La :mission civilisatriCe le triomphe de la modernité-capitali~te en Inde et·la dôture del'hisc
repose sur la promeSse d'une r:iison et d'unéémancip·a tion univérs~lles taire intellectuelle indigène. Une,:telle association rend diffic~e une
qui, portée parles philosophies des Luinières; associe à la' modernité compréhension de l'histoire de l'Inde qui ne se révèle - ne prend
le progrès ·et ·de puissantes capacités dé destructions des pratiques signification ...,. ,que sous l'effet .du contact avecl'Europe4 5: Sheldon
irrationnelles et nori raisonnables, dan~ : la : lutte entre la science et la Pollock présente ainsi le défi à relever: «trouver une approche entre,
rationalité d'une part, la foi •et la religion de l'autre. Compris ainsi, d'une part le récit de l'inévitable triomphe de la modernité capita-
l'universel est un moment unique de l'histoire de la civilisation occi- liste et .d'autre part la -croyance indigène d'une Inde harmonieuse
dentale dont les principaux signes sont:: la"laïcité, Thwhanisme ·et mise à terre par la modernité46.»:.
surtout, la modernité, le progrès technique et s'cientifique: dont la Que faut-il retenir des ·discussions relatives à l'uruversel? En situa-
révolution industrielle 6t le ·couronnement eda ·rythmique:= : . tions africaines, 1' écrivain ivoirien Bernard Dadié interprète.la présence
· T universalisme occidental eSt, en conséquence, ·1e 'produit :d'ur~e européenne en termes d'introduction de bruits; « wi: nouveau bruit
histoire longue, heurtée et .instable. Il établit :solîdement sa::Û:féren'- s'est ajouté aux bruits anciens, le brwt des climatiseurs. I.:J;:ur6pée.n
tia:lité en Europe à la fin du xvu" siècle 41 . Un historien· de'la ·Cl"rine, transporte maintenànt .avec lui, non seulement: ses habitudes, mais
Bernard Schwarti.,i 'soµligne que r universalisme; . toilt LcOirune ::ses son climat47 ».À l'irbni:e fièrement indigène de Dadié s'oppose la-célé-
attributs, ne se réfère ni à.une simple entité .géographique;TEurope/ bration sans retenue de la philosophie-des Lumières et de son univer-
l'Occident, ni même à une ·série homdgène et ·cornbirrée de ina.rii~ salis.me qui réordonne le monde et leS histoires particulières pour les
-.,1
. festations; pratiqµes ·ou modes de 'P.ensée; ni dans:·s on lieu d'origine inscrire dans w1 réci r unique:. celle ·d'un déploiement d'une raison
- ·des payS".européenS qui ·ont souvent des ,rrâ:ditions•.,différentes); émancipatrice, Contenue et 'exprimée par l'Occident,. elle impose se5
ni dans son espace non etiropêen . de :déploiement. Il n'est- pas tmur nonnes le5:pli.is significatives aux'quelles les sociétés non européep.iies
autant Un tout complet.ètsynth'étiqu'è: Il ~st plÙtôtArgyersé de ten- ne peuvent se dérober. Au contraire, elles doivent s'y conformer'. ets'.y
sions et· de con1lits1 2.~ : Pour déceler la nature 'ari:J.bigue de.1' lip.ivei:sa:'- soumettre puisqu'elles · n'ont d'autre -.choix que d'y asplret. ·Sur cette
lisme·, Schwartz,:: par·: exemple';:. attire l'attention su.r Ja; iié'tessité, ·de question, Bernard Dadié, une fois eii.core, nous offre un raccourci sai!..
prendre ·en . consi:dération«l'expérience des crises, ·çles -traumatisme~ sissant lorsqu'il écrit, ·«·. ··' intelligence et génie ne sont pas l'apanage
11
et ·des -convulsions .' qui, ont secoué·:les sociétés Occidentales durant 0
d'une.race, d'.une couleur; Or le Blanc.hors de son continerlt.vouqrait
1: et •après la Première Guerre ,mondiale. Ils ont, :en · effei:, fortement tout ramener à lui, tout subordonner à sa couleur48 ». : ·, =. . ·.-
lUi:l'
1:

33
,
..

l
ÉCRIRE I:AFRIQUE-MONDE ' ~ , : '. I:UNIVERSALlSME (EUROPÉEN?)'ÀI:ÉPREUVE DES HISTOIRES INDIGÈNES

: .· .,.Teffacement du-lieu géographique,: qui :ichèxe le passage. d~ une La promotion·:e,a,tho95iaste du· récit univers_aliste·occidental :et de
territorialité cartographiée à la constitution d' un-poindiXeréfér.entiel, ses.attrib'uts,détournesoigneus'emendes·yeux d~ son.irnbr.ication.aveè
.s'accompagne d'une logique qui dresse une frontière':infranchissable. l'histoire..de:là colonisat:ion, :rythmé.e :pat 'une . violence .q:ib~~t} èn
entre Je général ~ les ,sources et =les ressouices .européennes_-:: et ·le si::ène et pratique des f~rmules de gouvei;nance .très· répressiv.es: ;Elle
. particulier des cultures ,locales ,;indigènes, ,Le· général (l'urµversel) est aussi bien physiqu~;, moi:-ale que. rhétorique. Née.d:insJa.violeiic~
s~assure ainsi -la subordination .du .particul~eP et:en cas de-.réSis~ance dans son lieu de produçtion, la modernité se déploie,daris.la ;violence,
de. ce dernier; organise so.n ér.a dication définitive;, Dans la première hors ,de -ses ·frontières . «Quelle iro~ie,-_ constate · Shddon .,Pollock,
situation, ·les- è:ulttire's indigènes so~t reléguées dans les territoires que, la violence: et les. violences .car;i.cté,ristiques de. J~ séquente pi:-é~
réservés exdùsiveinent aux affairés privées ou domestiques:.Une.telle moderne .qui ont pro.d uit la ipodernité -;;;1 un. projet ;si.profondément
inscription, tout·en les délestarit de toute morriçité•politique ou his~ enracinée dans la spécificité. de ses_détèrminants:cultucrels -:-;s~est~crue
torique, les co.nstruit. en objets de •connaissailcé et en matières. pre- capable de s'émanciper du coiitexte qui l'.awn<)Ître, pout se muer en
mières ,sujettes aux opérations .de transformation et .de récupératiçm, théorie.ûniverselle53 . J> Malgré ses prodamations,:elle 'Ile reconnaît pas
La modernité coloniale fonètionnè en effet .en .di.squalifia'nt\autarit l'existenGe ~d'un,. domaine universel .des .d roits politiques;, admet les

les connaissances indigènes que .leur ·base•, philosophique49 • Elle y dilférences raciales ou, nationales comme référents identitaires5~_ , En
substitue les siennes propres ou les réinvente, usant et .abusant. de effet; la;constrllction del'univ.ersalis:me se.réalise par ridentificatid~
sa symaxe5°_ La dissymétrie qu'elle établit comme=constitutive fait .e t l'excl~ion-, éciblissant;une complicité.forte e~tte les connaiss~ces
l'impasse silr le développement parallèle des .traditions èùropéeriP,e et modernes ·et;les régimes :de pouvoir?? .. :L universalisme;· dansTespa~
indienne, pour. prendre ·d6 situations. minutieusement .étudiées :par coloniali; enferme Jes · peµples . dans,.une. dialectique de I.'indu,sion
Sheldon Pollock5.1• Suivant à la tracdesJogiques .de· convergen~es et .e t/ou ddnnise àféCart:, à parti( d'une grammairequi le5 configure
de divergences ·entre elles, il affirme avec force la .symétrie ·entre .rra- et les défigure,pour' les réinv.ehter, dans le même riiouv.ement. ,Le,seul
.dirions-littéraires européenne et indienne jusqu'au xmn< sièdt:; et la choix 'q ui leu:r est.laissé est:la:,dérobade,,la-tefonnulationlsubversion
divergence des trajectoires politiqùes:au xvli~ siècle, après un dévelop- _04 . la:tptale ·s'ournissiori~:; _ .··-~ ·= ~ ~.~: ;·< t:, )· _, : :·-.. >i ·_~;- ·.) -._::>.,.: _. -~ _

pement parallèle qui a duré prcique un ~énaire5 2 ; fr montre ainsi Cette contradiction·:entre:l'universalisme;.de la .mission Civilisa~
comment les:politiques de la 'distinction et de la différence ~dispen­ trice.eè les pratiqu~ coloniales-a été •misè:en -évidence ,et largement
sables au projet colonial-ont étéAnises eri œuvre et à l'épreuve par exploitée par le sujet colonial, , Lune:~des meilleures:•illustrations -est
les sciences dites impériales et coloniales: l'orientalisme, les. sciences offe~e 'par, 1'O!UYre littéraire tje Dadié: :Le regard. ironiquê et: d\1~e
religieU;Ses et bibliques: mais aU.Ssi:l'histoire; l'.artth,ropolbgie eda lin~ acui_té-,incomparable. qu'il porte· sur les prat.iques cblo~ales..identifie
guistique, dans leurs différentes figures ecvariMiOQ~.::~ . ,, ·· .· -- :::· • minùtieuseJ,Iient les, barrières .érigées poirr :maintenii- le ~olortlsé hors
,. :En chref;. deux pdncipes:p:iraissentavoir guidé kdéploiement de du _territoire deTuniversel;. ~algré les ·-prqdamations!1civilisatric6 •
l~ universalisme occidental: eexpressioh _d!une ;rationalité scientifique .D'abord . il, montre que; .dans . la .côhabitadon -èritre. fa libtaifiè, · :la
.et.finsistance sur lesformes et formulès·de ladémo<:ratie.Tirisistance bibliothètjue'et l'école d'une pan ..:....Jes e.5pacescoùlessavoirS: sont ;sali~
·- ..... .

en particulier' sur .la laïcité et les ,valeùrs humaines exclut. fa religio'n vegarçl6'er dispensés,""-; et les établfssements conim~rciaux:, où sdréalis.e
du domaine public. . . .. , . '" , · l' ex:ploitation coloniale, la balance ·penchç : du-c '~;ôté des_-dei:niers5~-

34 35
1 ~
i

IÔCRIRE I.:AFRIQUE"MONDE · I.:UNIVERSALISME (EUROPIÔEN?) A I.:IÔPREUVEDES HISTOIRES INDIGÎ':NES

Associé.aux nombreux livres soUstraits:à'Jà: perspicacité de· FNriCain, de la dépendar1ce~ ». Césaire exprime ce dilemme aveo!une::ttarté
le regard porté sur lude tient à une:distanee infranch.(ssablé du -ter'" désarmante :di.os .sa ·Lettte à:< Màurice. Vlorez6 5;:.e n: identifi:lnt-·deillc
' 1
ritoire deTuniversel. Il ·n'y prend pàrt que;comme la face externe, lé manières de se perdre: ·une ségrégation qui s' enferrne:dansTauroch~
'· '
projet inachevé qui consacre une modern:ité,qlli s'arrogde ~oitode le tonie absolue (le particulier): ol.1·qui s'.enferme dans .la .célébratfoh
décrire et de le miintenir à la péripP.êrie, imposant un regard- spécial sa:ns retenue de · l'universel. :En revendiquant: i:me: ·«ptésence::afrit-
sur le monde colonisé, l'Afrique ·et •ses hommes, pa'.r ex~mple. Ce .caine)) ·. dans l'universel eonçu conime le · (( rendez~vous . du donnei
r
choix linpérial détaille l'originalité ded'Africain;. ~( [:·. ; l'homme nu; er ·du· recevoin>~6 ,.la . condition sine qua- non .(poU::r 'reprendre -'urie
son. génie, [;,.].'la femme à: plateau . .Dans ·quelle imention. s'entêt<;:'" expression <chère à Léopold Sédar Senghor) de l' édificatiorî de da
t-on à populariser cette .vue-schém'atique'. de !~Afrique nqird Est-ce «civilisation · ditd' universel» '. et _d~ ~ «V.humanisme du .vingtième
pour nous dire de retourner :à :nos·sou'rcesi· de nç .point :nousdaisser siècléé7,, 'Césaire· donnait·~une< : d6uble. sig· nific~tion - à sa &mission
déraciner, de nous accrocher: à nos traditions57?».: "' .· · · _, . · du Part.i co:mrministe fiàriçaïs. ·Elle était,'« outre ' une protestation
·Le réc.i rde Dadié subvertit l'universalisffie·occidental en·dévoifanc coqtr~ l'alignement dmPCF sur l'Unfon· soviétique; -le ·. g~si:e . d~af­
ses instruments et procédille5, ·er surtout sa technologie répressive (la firmeda: réalité d'un partièulier dont le destinn' est' pas de sèfondre
prison er le commandement), ses réseàiJx, d'exploitation:.économique daris l'universel mai~ de s'y retrouver; dans le :serls de rl':expressidn,
(l'impôt et autres réqwsitions de produits et force .de travail) ) Delix [.-..] [qui résulte del [ ... ha qualité d'homme de coulegr .[: ,,_Jd' une
symboles, la chéchia et la ·chicotte, en témoignent5 8 . En quelque·sorre, situation qui ne.se Confond ~avec nulle: autre; [ ... ] de problèmes quj
une défense de la civilisation, der ordre, du droit .et-d.e klibei:té à ne se·rainènenr à<riul autre problème;:[. ;:} d'une·histoire coupée dè
coups de canonerde bombes, qui-revendi,que le r'ecours.Jsystéinatique terFibles ·avatars qu.i: . n~appartient qu'.à elle6 ~ ». ·; '
à.la force 5Q, sans se préoccuper de fa justicé0 . «"Que seraiende5füancs · .Aimé Césaire, ~tout comme 'C. ' L-R·-James/ !Richàrd -W right .. et
sans leurs· canons?" se demandent les·Afriéains,: Leur: civilfaaaon .est James B'aldwii1,: s'lnsàivent·• ai,v.si. dans la ·fonglie" tradiüoir:ouverre
si fragile, ·si précaire, qu1 ils doivent la- protéger~ la:défendré 1 ~:>t;.Cond:e par la Révolution haïtienne. Cette tradiuon.rdonne ·une dirnerislo'n
la barbarie coloniale et sa production essemialiste ·d u:èoloriisé/ Dadiê atlantiquecaille . débats iriternes ' à: la, coinm:unatité noire ' stit ·la;' race
Tevendique:·l'assimilation ' dàns ·Je · pràjet . universaliste;· ;«·le "droii: de . ei:: ses· différentes figures' dans: la. construction de)' identité' et:dedâ
beaucoup lire, peut-être plus,:qu\iucun autre peupl·e· a:u monde parce modernicé.-,noiêe. ·Elle se,poursuit 'aujolird'.hui'; autour 0 des théma~
que·nous sorrimes à la croisée'.des cherii.ins!'.2 ». ; .·,·. · , ., ·· ··· · tiques;couçradictoires des.afrocentrismes et dès . proclamations,;~(( ràèe
......A la di~éfence :«de nos 'ari&tie5 qui se bati:'aienv pouc~n· pofnt màtterf.? » et autres «Agaimt Race7 ~ i> : ,La Rêv6luti9n' haïtienile:ouvrît
d'·eau,'..un lopin:de terre,. des -vivres .et ·des richesse$:. :·.. »1s:e:deinande- l'ilne ·dei; f.rontières .indigènes explosives·dt l'uhiversalité, ièpbussarit
t-il~3. Sa:démarche· rejoint ·les . posi~ons d'Aimé - Çésa:ire,er: s':écarte
..... : - ---..._ jusqu'à se5 derniers retranchements· la-modernité de5 :Lumières ique
i du questionnement ' a'ngoissé et iragiqué de,Œ'Aventure•. ambiguë 0
ni la · Révolution arriériéaine (contr~ : la · domination coloniale); ni
1 '.d e . Cheikh Hamidou · Kane;, Oscillant .entre ;:la: condan'inàtion dè la: Révolutiori française {pour la justièe ·sodale) ' rÙ'vaienbv'Î:iulu -où
1
fa : brutalité de la domination: colohiale et ·fa quête: de.Tindtisiàri ptr' résoudre. Révolutjon des .; droits ;de Fhoffime, au..:delà ,del la iracej
·dans l' économie ,:politique: du · républicanisme ~universaliste';. ,,t<;>us du ·territoire,. elle ·a ébauché ·dei contoUFS. universalistes'. er-::cosirro-
ces intellectuels ·noirs expriment)de maniêre:écladntef «:ambiguïté polites;·défié les préjudices· et préjugés ·qui ont accompagné - Ia~mise

~
36 ·~ 37
, , . ·: ÉCRIRE I:AFRIQUE-M0NDE ,-..: . i . , _, · .. : ·. ::• · .. ;. ; ; I:UNNERSALISME (EUROl'ÉEN?)·ÀL-Él'REUVEDES HISTOIRES INDIGÈNEs .

en . place; de :l' économie.,.monde. atlantique ·".et remi_s ·en;. ca~è'· l'..o.rdi.e Karim est.la célébration d'une;hybridité refusann lè choix draconien
économiqile,et social établi'> j:>ar la·plantation e5davagisf~71 -~C'esJ:. p<ir .aux conséquences mortélles de L'Aventu.re ·arrzbigui!'~;' t ; ·;i ,._ ··; / ; <;· ·
eiemple·da,n.s. cette op.tique;que :Céfair~ :pr.opose; .ava,p.t.son ·Toiissaint La démarche de Socé. Diop est partagée. pad6<« ti'adtictelirs de :la
Louvertzà.e:et fa Ré:volution baïtierme7~; où là Négritude se:met .debout modernité colohiale »·analysés par Simon .Gikandi?7,: Son· appr.odie,

;.1
pour la. première,fois, une ,: admirable: lecture .de l'imagina.tjon c;tri:-
béenne eri. te.r;mes de .« radicalisme universel» :dans Cahier.d'un. re_tour
l d'une. élégante · perspi~cité, . dévoile Jeu.r; ..obsession qui1consiste .«:à
s'installer dans !'.économie-politique et culturelle: de revglis.hness pour
1. 1

au pays. nataf}. Comme pour renforcer la lecture de C~a,ire;· Fr'antz faire de la 'colonisation une sourœ.d' a,utorité_morale, culni:rell~ et poli~
Fanon jette un. regard du c?té:·de.ceux 'qui ont combai:tuTo.ussajn.t tique7 8;», Ensuite, -il décrit magnifiqu,emen~; q'uriç_.part,• le ·dilemme
Louverture; •et m,airit!':nu~f ciclavage ·et. son essenti;i,lis'ine.sci!':ntifique de la-consu:uction d'. une culture.indigène qui s).lli!cri~ siinultanéw(iht
et.:cnoral ·pou( dénoncer 1<:: .« grand;:mir.age ' du: discotiJs ~ é.Olc;jij:ialist;e » à eïntérkur et à: fex:tétietir de .!'économie. politique . coloQ.iale eF,
que constirµe l'idée que 1'1. France ïmpéfiafüte: est fonique porteuse d'autre pari, il inteàoge la proguction de la modernité col~ruale; dans
des"valeurs· universelles;··· et. Victor Sdiœkher, sop. ~sy111b6k k. •plus fa négociation permanente •entre k désir de_maintenir l'intégrité. et
éclatant. U.mett.ait ainsi Je :doigt .datrs . la plaie; d.e ;l'apj:i~opdation rautonom:ie' des: sociétés colciniséesface au désir; :~Ja.·volorité et/9,U,à
ethnocentrique ·deJ'universalisme par
l'Europe · impériale7~: l Oans rimpérieuse nécessité ~lei faire face à la présence ,~uioj:>.éen:ne, et à son
ce mêine registre, il .est tentant de: no,ter. que il;i,· seule ,étude'. inen~e économie p6litique79 . S'appuyant stir le cascdu auga:nda, il montre,' à"la
P<?-ur cohtrer(_. minutieusement:'De_ l'inégalité.. cks raç_es. d~ . _ço.mte~ de suite de D. A Lo..y8°; comment l'a.doption.dd'islam,.deson ·éczriture,
Gobineau esç:le travail d' lin Haïtien;: Firmin Ariténor, rDe f ëgi:!,/!té. des son,instruction~et: ses, connaissances, a: été un;insJrtmient d~ac4ptation
r(J.ces humaines (l885). _ll ·propo:se une conceptiorinon· ~.entiali$te 1de del'éli.t e. du roya:~e .à rééohomie émei;gente de.l'océan lndkn.et Jde
l'universël, .refuse:ci' expliquer' la différence cultureUe:dè,rrianjère 1iiµiée l'Afrique de l'Est·Haquelle elle voulait-pilrticiper,et..tïrer:, profit: Cette
ou ·génétiquè;et se f~tJavocat ..d' µne modernité. hybride :quL rendJ~ même élite reprit fa.mêm~ :dém:iiche ·fu.ce atu~:hiisti:inisme; . qui esr,
différence.·racialeopsbJète!\ ,,. · ;; ,.,, '" L':<i'.'.[ '. .,;,; r;z,/ :;; ! -;ç.'.. ; selbn'Gikandi, un élémént.central dans leur élaboi;atio:O d'i.ine certairie
. . ·En sin,iations afîiçainq, ·l' çx::uvte de.F écr~vain . sériégalais@,tismin..e modernité;:conçue corrüne :une:inscriptioii dan's lar.c ultute :coloni'.11é.
.S océ.Diop.térrioigne.des mêmes.!Ila.n:œuv,f.es,d'indusion-di·VAfi;icain Pareilles c:aractéristiques décdées _et analysées par' Gilcandi, .~' paqir du
dans ·le ré.éjç !llliversa,l.isfo.- Daµs :son rom:ip;. Kari.fn, ·il ;na,rr'e~ ayec:µne récit de .voyage de Ham Mukasa; 'se. retrouvent !.d ans l'œuvre ethno-
·délectation .,g0 t..ii;:maµde. l.es !métamorphoses ·du · personnage; · .ce~qal, graphique :e~ teligieuse •de -_l' abbé: David Boilat;:;Le titrë:·de' son livre,
Karim; équi::_se ckape :de·,sês .multiples identiéés; d'ag~nt: comptable Esquisses sénégala,isel'. 1 ,. ,révèl~ fa,direction du regard ·du.p.remi~r prêtre
formé à: récole français~; de saint-,louisien: .IjJ.~ul:man'.· éduqué ..dans.lés · métis;. la formation d'une identité-métissesoJ.1SJi( ~ctée · du -chijstia:
traditions ;de 1'.islam et..des •Yaleurs ,aristq_~r:a,tiqgc;s~~lof; de: dà.n;Sellf .nisme dans les,Quatre Corrilnµnes du Sénégal~.2:. Plus proche de no.us,
.e t de. charmeur sensible ai.Jx opponµnités .urbaines et oc.èasio.ils ~olo~ un "autre prêtre sénégalais; l'abbé'. Augustïn·-Qi.amaccnme. Sengho~3.,
niale5.,À chaque:identité. semblent correspcmdre un habillenier{t}ld.es le ,défunt leader .du mouvement ü;idépendantiste.•de.·fa .Ca:sahi~c~
pas de.danse; üne façon d'êtfe et d'agkqûi sllperposent.a'vec Un.e granq~ . (la région "sud du Sénégàl) .procè~e de. la mên'leimaruèrè> utilisant· la
attention.des leÇons et formules;esthétiqu'es ·et 'rytlurûques;~yestir_neri7 culture coloruale~amime ·_un révélateur.,..... au sens photographique du
taires, . aIDOlli'~USes et érotiques; . _fqnçaises, afi::iq.in~ et musulmanes . terme ·..;., des valeurs .morales .et croyancès religieuses: rnd.igènes. ' ·ci . . ~·

38 39
,!-j"

l'.UNIVERSALISME (EUROPÉEN?)"A l'.ÉPREUVE DES HISTOIRES INDIGÈNEs

--. Dans ces différentes figures, lès 'acteurs en ca<lse .s'irl.téressen.ti::à handicap grave. dans notre mouvement d'appréhension du 'monde»',
réorienter les modes d'expression ·et -de -sitisfa:ctiàn -~de , leurs désirs Kane fermaida: porte à toute possibilfré de conver~ion défe_n due :p:µ-
vers deS'·finalités indigènes. Jls. essaient eh quelque sorte d~altérèr _la les avocats de •l'inclusion dans !'universel;- soit pltt assimilation, soit
nàcure même ·de la «librairie coloniale» et de sort :universalismè; en-y par hybridation, avec une clé, l'écriture88 • - ,;

introduisant leurs •voix; passions éi: malaisés pour y ~cre présents noh ,. .
comme des objéts de finvention européenne; mais dessujets '. de leür Les . engagements· multiples des sociétés rion etiropéennés . avec
propre destinée culturelle84 ; Leur présence à l'intersectioh de5 sociétéS l'Etirope; daris:sa pha:se de conqùête de la terre et d'. établissement de
coloniales et indigène5 légitime leurs revendications d'agents Jès-, p!U.s son hégémonie •culturelle et ééonornique, ont, semble--'t.i.i!-, : produit
efficaces de .la propagation de la culture colonià:le de la modernité des récits plus ou moins -structurés opposés-à son universalisme·er- à
qui se dédine en civilité; ordre, droit, justice, accès •aux irifrasùuc- ses attributs. :Et, - dans:.certains ~ cas, malgré l'hégémonie. européenne,
turès sociales, culturelles et économiques, à la santé et à !'éducation) les empreintes profondes d'un universalisme précolonial ou- pr:éino:..
notam_m ent. Da:ns le tas de Cheikh Hamidou ·Kane 85,; le : caractèr~ derne se sont màintenues. Ce qui rejoint ur:ie intuition<.serighorienne
. .. .... . 1··

· =~r ambigu de l'.aventlire86 est Ie ·chème-central du roman. 'La Grande que« [c]haque civilisation a pensé à la mes_ure de l'universel» 8 ~; Une
Royale qui plaide pour Ja, scolarisadon ·des Jeunes :du royauffie d~ intuition largement confirmée par les travaux phis historiques, lfr-
Diallobés contre le roi, son frère, et contre le guide religieux de la téraires ·et philosophiques, de · principawc: ·animateurs de· !'École
communauté,; ..avance deux- raisons: comprendre potirquoi 'les colo~ indienne des Subalten;1 Srudies, de Sheldon Pollock;•Sugata -Bose et
nisateurs onr pu ernpoft:erla victoire contre les ·Diallobes sans avoir la verve romanesque ·de Bernard Dadié. U tourne le: dos: aux :deu:X:
raison d'. une ·part et; 'appreJ:!dre d'eux à «lier les.fagots>»; -·dest-à-dire éminents historiens; le Nigérian]; F. A. Ajayï9° et le Burkinabé Joseph
la compétence technique; d'autre parc..1 Dans sa lei:turè,• ni la rnÔrale Ki~Zerbo 91 qui assûrenç qlie l'entreprise· coloniale a échoué dans_son
ni les -valeurs d'aùthènticité ne sÜ.ffisent à préserver Fautonomie dda désir d'effacer le passé afrkain, Ellen' a réussi à altérer_ni la continuité
colllIIiunauté. Uaventille scolaire' et universitaire' de Sambk Diallo, historique a&ica:ine9 ~ -ni:la force et la prévalence de J:i:nitiative, afri-
le personnage centl-ai;· sa fréquentation 'd u Coran et des philosophes -caine93 . Il raconte, auirèment le théâtre colonial,- -les disp6sitions •.ét
européens, notaffiment cewc -, de Lumières,- ne !Ui: ouvten_t d;autréS !'état d'esprit des -acteurs, -identifiant' avec une précision lyrique les
portes que celles·delasolitude et de.lùnÔrt qui 'sailttiohne~t !1échec, enjëwé, les opportunités et contraintes de la domination coloniale;
et de l'assimilation et de l'-hybridatio'ri. Cheikh H;unidou Kane, est réduisant la mission civilisatrice à une rhétorique vaine et des' pra'-
encore pJUs expJicfte darts Sa contribution'à Une;conférence orgap.isee tiques défensives . .«Je viëns :de comprendre, écdt'-il~--qu_e :".tdut .ch"e-~
par la !revue franÇaise Esprit en •1960. Selon ·lui, «l'évidence du sen- _!'Européen;'. dans _ce-pays; est tµi réflexe d'autocj.éfense-:· autodéfense
timent interne qu~ nous avons de-nos cultur~, rn~:.-r:_é$lstera ·pa.5 à: noire contre le climat, d'abord; ensuite ·contre les hommes, les mand:uvres,
èntrée dans le cycle dt{progrès teéhnique'; il fa~dra,-;vant de revêtir le l'intelleciuel, Penfant.qui part à: récole,, et plus encore lenirn-cams
blell'de·chauffe du ·mécaillcien, que nous mettions noi:reâme·eri'lieu [: .. ].Mais le tam-tam. :Çherchànt notre cœtir, notre esprit, notre âmê,
sûr87 .. _- ···». En considérant « [ . ..] qu'une: culture dé'!' oralité [qui] rie afin de -réalise"r une assinlilation totale,, 0il se dit, ~'coinmênt puis-je
peut êcre'-pris_e-au ;sérieillc dans un monde où ni le temps ni la distance dominer ce continent, ces-hommes,. lorsque 'le tam-tam toüs. les soirs
1

ne constituent · plus - d~obstades à la communication -[constitueJ··un leur tient le langage ancestral, les relie au passé?". Tam-tams ronds,

40 41
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·ÉCRIRE L:AFRIQUE*10NDE , . , 1 I:UNIVER5ALISME (EUROPÉEN.?) À: I;ÉPREUVE DES HISTOIRES INDIGÈNÉS .
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(- . '. I
tam-tams jumelés,. tam-;tarris "de·toutes les formes et,de tqus)e5 tons',
qui .chaque · soir, sonnez le r:illie.ipent en ttans.rµettartt , les mè::ssagès ,,,,. _;. ~ -. · ! ···· ,,. .:.-'· ·;,.: -~. &: · , •J .·· ; :: _.;;-~~-.'": -·~-· ·. ! ·.~. ~·n:.:__: ,;~- ' ·~· -~·-;; L ;.:_~· :
!' : Ï .. !Wia Zafu.r (~d.) , .'~ Hoqu:;_to Hirlem », flfli;feln l?ma'is.f.fince.,. ,Five/V,ov,e4 ,of
. i
i I'
plus vite que le télégraphe, nouvelles. essaimées. par les
villages des
;J;~ J.920,'Ne~ Yod~, The ,Üb~ ~f Ameriq,i ~oû (Ü7)9,5)' fi.'i5 i ~:: ;·: , . ,:

quft~·~!:,~;s-~;:.:.r~te:~~~ef4?f:Att:f;t~~:~4f~:: ~~1~~~:
1 morts et les villages des enfants. Il est certain que les jeunes gerts ne
1,
comprennent pas votre langage. D 'instinct ils répondent "Prése~t!" .
Vous .faites . partie de la communauté:. Et vos notes fop.t· yi~rer .plus afric3.ine, J 954; /1!ztériorité des civilisatipo/,_nègres, lefythe QU ; v&~é .h,istor;iqw ?,
P~is, p~~~nce .afri~e, l 9G7 ; .ci;ifisado~ ;u.barb~ri; ? A'nih"ropÔb;e '~à~ c~m~
d'. une .corde. Tam-tams des funérailles et .tam-tani.s des jours de/êtes'.
plaisar;~e, ,P~is, P~ése,nc;:e afric;aine, 1.9~1 . . ..; >:;·. , .. "; . , ·: '. · ~,;. . .
Vo:US avez beau jouer le l 4_Juillet, et le.11 :r-fovembrei;\rous .ayèz· b~au 3. Âimé ·c'ésaire,:DiscoiJrs sur.le c.o/O.nialisme, Pai:is,,:Pr~ence. afi:icai11e,,1955.
répéter les refrains émaillés d~ .mots. français, .vous ,demeurez·spécifi,. . 4. v~~ la.sé~ie d~ ,~ ~ib~:ré~,/ii~è~~enc .Lib~é./friiriiu.~ ~t b~~a~~e,
quement africains et retenez les gens au bord deJ.'abîriie.sans'fonq.de
la dépersonnalisâtio'n9 ~. ».· . . ,. · .. ,. . . , ""·:.,, :
~:~;~, i~7t,i;~~ ~.c ii~e~ 1;If .11È~t~~"t. c:~!~~;~o~ ~:::~~::~:~:!j~~i~,
. Deux. interrogations persistent. Elle.f doivent ,alimenter: la réoti, .... 5-.· ~Ji~ ç;tili!l, f{jst9ryat ~~e Ltmit oJY!or'i:,_!!~f°'TJ' New Y?.rb.Çolump!~
Uf!.iversiIT.' rress, :z,qo7. . " ,. . : . ,, ,'. . ; . " . . . , ..:: _ ..
venute du débat su'r la. pensée c<<africaine» et Ja: présence a.fricaine . ·. ·· 6, Kari M.~•.·~ - ~P{trz,L Çiïtiq~e çieJëco'!<f.miepof,itiqu_~. .!;,ivre,~! ~8~i'.;
dans le monde. , Doit-on se. contentèr de. réaménager .la gé~éalogie li~~e,2~ 18S5 ec ;y..:re 3,1,8~4: Les cr~js liyres SO~t. dispo!].ibl~ . aux, Eçli.tions
de là. rationalité de la philosophie des, Lumi,ères et de ,sà modernité, soçiales. . . . ..· " " " "· : . ....,. . " .. · .. , ... _.,,. , ... · _'"
même· dans .son inachèvement9 5 et ,ses 'multiples .coritestations .. phi- .7. Max Weber, L'Éthi.qu~ p.rott:stante..et l'esprit du capftalisme (traductiçn .de
Ja~qu~ ·ç~ryi; r~i~~,GajÏim.~d.2003 [i~os1 ..:.. -. .. . ._ .. ,, . , ,, ,, ,,
losophiques, pour yinsérer vigo:Ureusemen( 1'.A&ique et en •reven;. 8. Max Webçr, Économie et. Soci~té. Vol. 1. Les.Catégories,de la ~ocio{pgie .et
cliquer là paternité/maternité '(Cheikh Arita Diop · et · s~ :disciples Vof ~- tp;f;47}~~d,o:rz, ~Ù~J puissa'fc;s·de.fi sp~ét{ d.zm ,~;.· ;apport~v~c t;{èo1!,o-
néophiraoniste5) ·ou réorienter lçs flux· de la prod.1.wtion des connais:. ~ie, Paris, Pockec, 2003 (1921]. . · . , ,c . ·. · .,
sances , c:onteinporaines en sciences ~sociales .et · dans ' l~ huina.tiités ... · ,?. J,e.· ~;p,iµe/). de..f!is~~ry.~t th;, Lj~û ojW;;,14.~F~~?,ry"op., c;i~: 1 «.Erµoêfe :
et 1proposer de nouvelles ressotirces épistémoldgiqu~ · (Jean ,et John
ch~ P~v~rr}r .~f Ïiisco;iog+aphy - a Poec's Reproach >;, analy~e là critig\le qe
Comaroff96) •:- .un retournement · spectacul~re· pour ·les::Afdcains
r
I:.hiswrlogr:ap!iie et appfL. '!-1.f ,n:coo/ ~ . l,',lù,scprici~~, (hisfO.rj~ality) ,de Ja,.gorç. .Ce
.~~rnier, d~no~a: 1:obs~ion. de l',hiscodqgrap~e uajve~!~ri: ·~Y:e~ !'~tac _ e.c Jes
exclus .de la condition humaine et dont pareille excltision· pç:i:m~ttait affaires publiques, son incapacité à interroger la F~tivit~ eç ,à e.~vis;iger)'.his~ojre
,d e penser l'humain - ou encore exhumer une. «rationalité. africaine ~> ç<?IIl1!1e ,un ~éci~}J.l).Î _(ip.~~~esse. à !a vie quotic4ç~r,ie_~histl!ry as a narr._èv.e concer:-
prnduisant des connaissànces.scientifiques et· techniques :hors .;deda net/. with the.eperyday ipor/d) , p. 75. .· -.- , .. :::.."""~-.'. ,'.·· .. .. ~ ;_-~ .·:·~ :·, . ,_/ ·....
. ., l O. Sur les, thèses. cosquev.illien,I,le!) e~ ~ur !e~ ~e.· à .1$wçuve ..~f\,s°iru~tion
dictée europ~enne (Clappen:on Mavhunga97)? Ne .d~i~-ori;pas com-
iO:dïe~e, s~ ,repo~e.r.;à, $udip~ta_ l<a.yi~;ij?; .«]ie, ,Ef!ÎpJre p( Qegiocrac:y, = .~Rea­
prendre, dans ceri:e·perspecciye, .l'invitation d.e Senghor' qui'. f>r~,clame ding rO:~ Polip-;;. chrough T~~q~eville », Pmha Chane.rjee and Ira_~rr~~lsp~
que «l'émotion (la raison j ntuitive) est· nègre C07fme.Ja rai~6n:. (dis,. (e.c4) ,_~etief of pen:zoq:~cy;_ ~Tofqtf~il~an. Refkctjqns_; '!,!1-./1!fl.~ ,11.nd, ~'1! , !/rzited
cursive] esthellène98 »; l~ célébration d'un~ fu~~n: ~~que .dC:.S êti6 States, Oxford, Ç)xfo;a University Prc:Ss, 2012. Il précise:que, l()rsql.lc::;Tqçquer
(humains, animaux, végétaux et minéraux) i::lia,ntée dans.le i oyaµmé ".ille u~c;J\l ~~'~oi: :de ,« µ-a,ns~tiop c:l,émqçpit;ique »; #s~ .~éfüc; ~ d~lI,JC; processus
de changem~n~ p9µtiq~~., p~Ùlepc;:11c ,(l'.7l_tir.eo/),,<!üf:~ri:~r,s. .Il ~?agit,<\ c:l,'a)?~rd,,gu
d' eilfi;nce99 et la poésie de Birago l)iop 18°? Le:,souçLde l' a.iithropocène
.p~age.de mc~mt!$;t()caMr.alr~s 4s- gou~çq1em.ent à. dc:s ~~èµi? ciérq.oçra,tiqu~..
avant qu'il ne devienne l'affiche' cl.~· notreconteip.poranéité. . r.,~ c.;: ,: Il ,peu~ ~µss!: ~e. i~Jé,r.er,~ une_ Jr.u;i~.~tj()Q , hJscçrique pl\J;S)e.~t~! pl~,.µqf<:?~,C:e.Jpnt
·I. ! ~ .. :~ .-:·.:: j. ,;-; • . b~ri~tJ.!J, qe: f9rm.çs prémqdemes~c:l'or~sa~q~ soci;iJe ;i..~~ 1 soc\été. défiitie

42 43
.ÉCRIRE I:AFRIQUE-MONDE.·- . J.:UNIVER5ALISME (EUROPÉEN?)AI:ÉPREUVE.DES HISTOIRES INDIGÈNES .

toralemenr ou partiellemenr par un imaginaire social démocratique» (p·,. 2l). ·la disposition du .poète (p-.'. 20) et «.le ·scyle ·de-la composition .edes.dfet5 -. qu'.il 1
- ( 1
1,
C<;cre distinction.forme _la base de la distinction enrre des « insrirurions démo- produit» (ibid.). À ceux-ci, Platon oppose la làngile destripcive delùii.son phi-
crariqu~s < miseS én plice p:hJeS régimes issÙs d~s rrilisitioefs'·âérridcb.ttques losophique, pour merrre le doigt sur «le fossé enrre la vérité ccÎmprise pai1a rai- :1
des années 1990 ed'irripossible démo~rads;tioh de 'sociérés africain~ ~imëii.~ son et les illusions produites par la poésie» (p: 30). Voir'aussi Marcel Dérl.enne,
rarir les :mulriples "C:rise5 quj 'rem~~rer.lr "cause le'U'r sW-V:i~ et l~ perte torale de
eri L1nventionde la mytho/Ogie;.Paris, Ga.llirilard,-1981:: . ·! . · ·
confiance en llil avenir possible~ slit le" contineni:, par l'énorme"-maîbriré· dés 18: Marc Augé, Le Génie du paganisme, Paris, Gallimard, coll.' « Folid essais'>>,
jeunes Africai'ns. Plurôi: que de restù, rie risquent-ils pis lèurvie en ineàr dahs 2008 (1982] .< " ..- . 1• ' · ; • '. , " ' •
le déseir? ·" · ·' "· .. . 19. Ibid.; p. 19. "· .: ;. .
11 . ~l Marx, Capital, livre l, "Sur le mode de prodûcticm' asi.i.dquè>;. 20. Une belle leçon que les hommes politiques sénégalais, toujoi.irs prêts à
12. ·Edouard Defo.ielle tracëune généalogie. r.tèsjii:écise 'de ce qu'il appelle mettre en place des coalitions pour jouir du pouvoir et des privilèges, devraient
la «querèlle de _l'hÜiriari.isme » dans «H_umali.ismé pracique et anrihumariisme méditer. .. · .. : .. ·. . ., ·-. ~ - ,; .·· ' ··
théoriqUe ;;; Espaù de ·Libi:rtés, "à.vril ibi2, cirant tou~ à' t~ilr LOws
Althusser 21. Ibid., p. 19--20. Le inêrne malentendu esnnrret'enu ~vec certai!l~ for"
« J.;antihumani~me rhéorique était le seul à autoriser un réel h~.inisfue pra~ mules islamiques' lorsque r àccorrirnodemem réciprdque·~t 'rémis ·en-.cause:
tique ;,, 'L'av~nîr du;e longt;mpi>r~ec, 1992; p:
209 j,iJ:~ Heidegg~'r, ~' Ce_r 2vta: première ·est l'espace dans lequel les. communautés . primaires,; : les
étanr que nous SOmilles chaque fois nous-~êmes et qui ..~; 'enrre a~tres.'possibi~ liens et les semimenrs qui unissent leurs membres, ont urie'Jqri:e inHuencè sui-
lités d' êrre; œlle d{qtiestionrifr, .nous lui f~sods place dans notre ~erin.iflologie l'individu·et dérern1lnem ses interventions publiques. La secondeesr historique-
sous le norri dé Dasdri » (Etre et'T'emps, Paris; Gallimard, 1986; p. 30); le per~ ment associée à-!' àdnünistratidn·coloniale; elle est devenue l' espate des activités
sonnage Roquentin dans La Nausée de Jean-Paul Sartre c.onfie: «Je ne con'uri.et- politiques dans l'Afrique p9stcolonia.le avec son armée;: son adffiirtistf.i.tion, sa
rrai pas la sottise de me di.re "arii:ihumiinisre": Je ile s~is pas hum311i~te, .voilà police, etc. ·Ekeh établit une séparation rigide enrre << The primotdial pu"blic. is
tout» (Paris, Gallimard, 1938, p . ·167); ~t enfin Michel ·F6uc:ault nocé·'. ' «De moral' and operates on·the same. moral imperatives as ·the·private realm » et "' The
nos jours, on ne peut plus perîsei que dans levîde dê l'homrri.·e : di~paru. Car ce civic public inAfoca is amoral and latks the generalized moral ·imperatives ·operii.-
vide ne creuse pas- un 'mari.q.ue; il ne prescrit pas urié' laci.inè à"côiribler. Il ri' èst tive in the privaterealm and in ·the primordia{public» .(les italiques sont d'Ekeh):
rien de plus, rien de moins, que le dépli d'un 6;pàcè o~ 1 iÎ. esi: eiifiri à noûv~au "Colonialism and the Two Publics in A.&icà: A Theoretical SratefI!.ent»; COmpa~
possible de perisern («Qu'est-ce qui: lei; Lwiiière5?\>, Dii/ei Ecriû; ~ol: l;'tex:re rative Studies in ·Society and History, :vol. 17, janv: 1975,'p. 92:
Il 339, p ~ 1394). ·"
0
! . ' ·• ''. · ·
23. Catherine Coquery-Vidrovitch, «À :propos . des· i'acil"!es historiques .du
· 13. Rkhard Wright, «Tradition ~d'Industtiàli~tion;;, BlackPowèT: ' Thre~ pouvoir: ~Chefferie" et "Tribalisme''.», ·Pou11oirs, 25; 1983, p. 51. On. rerrouve
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York, Haiper Peielinial, 2008, p. 723. · · · ·· · , politique propre . ai.lx .soêiétés ·àfricaines' dàn~ . le. travail de !!historien . anglais
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ticaf!nquiry, 34, S2 (Winrer 2008). · ·' " :· · ~ • Ethnicicy and Political ·Tribalism'», .- Ücc'asional Paper' seriès: by ..internaaorial
15 ~ ;Gàtes àccu5e·Wright .rion seulement ci' avoir conscience èle :là\iolencc Development Srudies (IDS) at Roskilde Universicy-:(sàns dace) 'er:John: .Loiis~
épistémiqùe' de la cl:>loïtlsa~o·n (~~prenânr·Gayàrri Sp.ivak), ·miis de l'àcdàrriei'. dale, «The Moral Economy of Mau Maù : Wealth, ·Poverry a:nd CivlcNii:t:ùe in
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Press; 1998.· · ·. . , · · -· '" ' ·" ' . ·-· · " .' .: :• :: ·: -.·. ·.- · ,. .... ,: · · .. · · 24, Al Schwartz; Le Tiers~Monde et sa modernité desecondé-'main; Nâ'.t;J- (Bré-
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allsocial convention,, .{244) 'et «lâ '"bibllothèqi.ie~- des 'rraditi~ris, des us èi cou- Aù·cœur de l'ethnie:"Ethn~es, tribalisme et État en Afrique, Paris; 4.Dédmverté/
tumes er des métiers [l65]) ,; scirit «l'appareil fytlüniqtie ervis~el (imag&iic)>; à Maspero, 1985. .• · iJ"<: · ·

44 45
·-:.Y

· .. ÉCRIRE'l:AFRIQUEcMQNPE:• · ·. :r.· .\ .. . ·' \. I.:UNIVERSALISME (EUROPÉEN?) À I.:ÉPREUVE:DE.S HISTOIRES INDIGÈNÇ:S

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déploiement.de!' universalité des Lumières; ôn pe_u(.se référée aussi· aux- ~uperbd. ba,rty; Habitatiomof.Mo.dernity: .&says in.the IDike 'iifS11baltem Sriu/i.es,, Chicago,
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Smoke, Londres, John Murr:ay (l?ubüshets), 201-1 e( F/iJo.dPfFire, Londr~,John Yv~. M~dimbe, op.iit., et.Eriè·Hobsba\\'ffi~ Terènèé Rang_er, oièit. ·. . .
Murtay:(Publishers), 2015,· .-·;'./ ·«'. ->-.: : ;•; ,. '- ./ \' ; .. ,·.• ..:·,.- , ,. . ._,;,,- .. :... ! 51 : Sheldon Pollock,' The LàiJguage ofthé Gôds.'i.n'. the.·Wodd ofMèn. Samkrit,
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Relations aqoss the Indian;()cean, paris, Un!!Sto',_1980_.-:p. 13l~l.5-1 . è-·. ....· , . _, .and.Soda! H4tory Rev'iew 38,-.l :. (20Ull: 3-31 et (~.)~· L#erary,Cu/tf:tres inHi#O,ry:
· 36. ,fernartd Braudel, ·lhe. M.editerranean anditfèMÜ/tfft:anean World in the /!eco~tions from Saµth·k ia, Berkelêyf University of Gùiforiùa Pr~; 2003: ·:.
Age ofPhilip II, Berkeley, University of California PreSI>;•J 995;-ï:n.p.aiticuliede , 52.:Sheldoii Pôllock; 1he EndrofMan ... ,:op; dt., r::7.~ . · _· '.'. -; . . :
volume 1.. ...., >·.
. ,_ . : :,, . !.:··.!. _;- , ;:•: .... ··--•.:<.i-'-l- .. , ; ,-, 53. Ibid., p. 86c8t . <: . . . _-"· ·;_r: _.-: : .,. . _. ': :'· · • : __. - :
37, Kitci N. Chaudhùri, Asia before:Eur:ope :·Econqtny-and Çivilisatià.n ,ofthe .
t
I. 54~ Mahmood· M~darti, . C!tJzèn 4,,d S1JbjèCt. Coritemp(Jrary 4-frka 1ûid the
Indian Oceanfrom_the Rise ofIslam to 1750,.Cambriçlge; Cambridge University Legacy· ofLate·_ Colorii4lïsm,. •Princetoq,-, p~i,nceton Univer~jty . Press,-1. 99()~\ Voir
Press, 1990. P- 36. Voir en particulier le chapitre 5. ,..,_. :·:i· .c~:·-:.\·:. aussi Partha Chanerjee; The Nation and Its Fragments. Colonial and PostcoloJ'lf4l

L
46 47
. .\
ÉCRIRE -J;AfRIQUE-MONDE
I;UNNERSALISME (EUROPÉEN?)Ar.:ÉPREUVE DES HISTOIRES INDIGÈNES

Histories, Princeton, Princeton Univèrsity Press,, 1993; èt-']a:ii.e .,BW-ba:nk, Fre-


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Princefon;.Princetori Umversity.Pressr 20Ü. · --.-- ' :c: !:· ' rer», op. cit.,p. 17. ·
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78. Ibid p. 5. . · i'
· 57. Ibid., p: 137. ·.
i 1
· 19; lb.id, p.23-41. . . ' . . . .. . ....
t 1
SB .Ibid, p. 152.
l 1
1 1
59. Ibid., p. 170-171. ,_. : •
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1
60.Jbid, p,' 190. Modem History~fanAfricanKingdom, Londrès, Heinemann, 1971: · ' ·
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11,L 63. !~id,. p~ 175. ·. . 1-' .: ,

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'1 ::x,i,
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Le dialogue des cuJtures, Paris, Lè Seuil, 1993, p.· 13-14. , •· .- . 85. -Cheikh Haqùdou Kane, L'Aventur~ .ambiguë, op. cit. Voir au5Si, dans le
. 67 .. Les deux :expressions; largement.. popularisées,- sont empruntées ,·aux même regisue, Cainara Laye, l'auteur de L'Enfant noir, Paris'.Plon,·1953_;_Dra-
,'I
écrits du Pètè Pierre Teilhard de Chardin, en particulier Le Phénomène humain,
mouss, Paris, Pion, 1966.·- ' ..·.. , .,, : ":. · · ·· · · .'.
Paris, Le Seuil, 1955;et L'Énergie humaine, Paris, 'Le Seuil,.T962.'Voir Léôpold ": . 86:Ch-~ikh Hafuidou Kane;'. E'Aventure•dmbiguë; op. i:ii: ,· · '::: ' .. ' . ·
Sédar Senghor, «Ce 'que l'homrile noir apporte»,° Liberté I; ·o,l cit: · .. · ' 87.· Cheikh Hamidou Kane; «_Comme si riotis nous étioris don.i:ié rè_hdezc
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2007,p, 14. .. .. .-... .' ' ''i:• taini (organe de FUniori progressiste ~ériegalaïse) ,:'déceml:i~e 1961. · '' -'' '
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,··, ' ;
I' 48
I" Â.Q
ÉCRIRE l:AfRIQUE-MONDE:

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i 1
tory», art. cité, p. 67.
93. Ibid. p. 171-172.
94: Bèrnii:rd biçlié; Climbié, op. ·cit., ·p. 222.
95.Jürgeri Habermiis;' Le ·Discours philosophique de k modernité. Douze
confirences (traduction . de ,Christian Bouchindhomme et .Rainer Rochlitz)>
Paris; Gallimard, [1985] 1988.·.Pôurdéfiriir ·lâ modernité, il se · retourne vers
Hegel. Celle-ci tro~ve en elle-même ses propres garanties et sa propre norma-
tivité. Habermas conçoit la raison comme un processus absolu d'autoréférènce LIETITIA AFRICANA
i. de l'esprit. .. ·
!
96. Jean' e·t John Comaroff, Theory from:th,e South: Or, How Euro~America "is PHILOSOPHIE, DÉCOLONISATION ET MÉLANCOLIE
1
Evolving towti.rd Africa, New York, Routleçlge, 2016 [Paradigm,' 2012].
97. Clappercon Chakanetsa Mavhunga, Tramient Wo"rkspaces: Technologies Nadia Yala Kisukidi
ofEverjdày binovation inZimbabwe, Ormbridge, MA, MIT Press, 2014, et.sous
sa direction· Wha~ Do .Science,' Technologj, and Inr1;ovdtionMean·"from Afiica?
Boston, The MIT Pte5s (à p~tre/2.0 l7-}. Prerianb le conrrepolnr dè Jean et
.« •••.le reg;µ4 :d.e .con,voicise solaire
John -Comaroff, il introduit-le second ouvrage ·ainsi~ «For i:his book; rhe ·only
reqwremenr was chai: ail of these many pairs of eyes should concentrate on Afri~ :. qu' ~changeqt les dap~el1fS ~> . •. _

can ways of looking, meaning-making, and. creating and -should: cake Africans .. . .· . Suzanne Césaire
as intellectual agents .whose perspecoyes_,constitute.:_aurhQrifati~e knowledge .. ~.. . . ! ,_. -.i. . ..:;-

. .-
1 : .. •

and Vo'.hos.e.actions cons~tute strategic deploymerit qf endogettèi1,1s and illbound


rhings»:Jrx). , ·..' , ... ·::·; ·.. ' "·' ..... ::.. ··:· : ·.·
•.::·
,_.,~ "'" ·:· -~ji_': ,.
98. ~précisions entre crochets sont du préSident~poète. . ..· . . ; .. ,
_:· '~
99. Léopold Sédar Senghor, .(E_uvre poétiqulf .(Ch.t?-nts:4'0mbrei llo.st~es ,noires,
;;

étlJ~opiqu~s, f.joçtufrles, Lettresd.'l;.ivernage, é_lff;ies ma}rUres),_Pacis, I.e Seuil,--I-990. . . :·. :.~:. .· . . .


1i · · lj)O. Birago [)iop, ;l;et;t.rres et. -LùeU,-,, ~aris, J,lrésence afriC:aine, '.1960, _c:;t
'' I
! ,:j 1 .i «Souffles», publié qap~ 1'.A!;tho/Ogi.e_de la .pouv_e(tef!pésie nègre e~. 'rtafif!:che. .de .1 ., ; '

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Nadia Yala KisÛlcidi est maîuess~- de conférences en philosophie à Les noms de la philosophie ·. J • !•'.

l'wiiversité Paris VIU Vincerinés-Saint-Denis, membre du Laboratoire ~ . _.,


d'études et de recherches sur les ·logiques contemporaines de la philo- . La fh()se es_t c:onnue. _Pourci.uoi !<i: rappe~er? .
sophie (LLCP). Elle a été vice-présidente du Collège intetnati~nal de phi- La phil,qsophie possède u~ ,corps, Uf1e,cc?uleur; un l.ü~u 1. Elle rn_ani-
losophie (2014-2016) et mène, en tànt que direcaice de Programme au festç un désir, celui de s'.abstrair.e çle ses visages, 'de ~es peaux et de
CIPh, un séminaire sur la philosophi~ africana. Elle a dirigé le dossier se; li~~- Ce m~·~Ve[Il~nt d;a9st~apion .p~~~ lill n~m: /~t le m~~:­
«Négritude et philosophie» pour la revue Rue Descartes (2014), a publié ye~ent de ,l'un:iversel. Non" de _ce qui; e:st pro_1':1Ït hor~ li~u~ J:I?.ai,s ~e
Bergson ou l'humanité créatrice (Paris, CNRS, 2013), et elle prépare actuel- ce ql.!1? s' écriyant depuis .i,in lieu:, apparaît y;µa~Je p~\l;f .~~uçJiçu1 , ~.~s
lement un livre sur les reprises du problème théologiœ-politique dans les . exception .. L~s conditions . ter~es~r~; . giat;ér~ellfES . A~ pr<?dU:~ion .de
écritures de l'Atlantique noir. ..
l' uhiversel
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ne semblent
.. .
ainsi
. ..
en rien le déterminer
·: . . ..... . \ ~ ' · .: ..
.. . tJ . : : : .
, Le,s lieux, les vi~ages.' les corps qui,f~çonn~.n~)a,>phi)osoplù,~ sont
·.ainsi·
. .. ·.des
-·· .accidents.
. .· .. . . ·. Contenus
.. . . . ._,..,·et
. . formes
-· , ..du
-··.;
\ - ·-· . discours
... . .•. . :sont ·en
~ .; .
droit
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;i.ppropriables:par t<;>us:et font signe.vers to.IJS. J):près ~qut, la mym9logie


subsi~t.e.. La qu.estjqQ "du << proprÇ ?\ forme lç c;:~ui.- gel' ut9pie por:tée pa:r
le.- nom :!< p~osophie »2 .: . propr~ i:k 1'.homme,~ sign,e attestant .FéXcel-
lence ;&une,huma:nïté perisan.te. Qù.lè corps :è.t. ses;sauvagerie,s.ne sont
qu'un accident .Cette conç~ption dliA.propré >qemble étonnamment
déjouer la logique.adfuini.stratiye quiJui :d olliie sa pleine signification
. :. . celle des titres; d<';S.héritages, de,st'estafuents;.ges'droits de propriété
qui ass~rerit au partiCùlier fa pleirie jouissance de soffbien. . •

53
ÉCRIRE I.:AFRIQUE-MONDE LETITIAAFRICANA- PHILOSOPHIE, DÉCOLONISATION ET MÉLANCOLIE.

Cette mythologie portée par le nom «philosophie» est désirable. revendiquer un« droit àla philosophie5» .selqn les mots de Derti~ \.i:­
Elle soutient un vœu réel, minimal, d'émancipation. Les sujets de ou mietiX pratiquer la philosophie depuis les«marges ».Énumérer lés
la philosophie sont des corps indifférents. Ou mieux, ils sont morts propriétés manquantes, les subjectivités eX.duès pour leur faire :~nfin
à leur propre corps. Participer à son discours, c'est entrer dans un place; .éclater les géographies de la raison philosophique;· pluraliser
Royaume - celui de l'égalité réelle. Rien de ce que subit le corps, à ses significations sans renoncer à l'unique. d~ir que son nom recouvre
savoir l'histoire, les stigmates, les marques de la domination, n'affecte et suscite - participer à la communauté élargie du savoir et:des esprirs,
la vie de l'esprit. Elle s'épanouit réellement, une fois affranchie de ce Ce désir de philosophie et, la revendieation du droit- à ta-philo-
qui, dans le monde, l'entrave, et introduit violence ~t distinction. .f. sophie ont été au cœur d~da querelle de la; philosophie africaine. au
Dire cela, c'est certainement rappeler une vieillerie. Elle s'est ' milieu du:xx" .siècl~, comme le montre,F. ·Eboussi Boulaga; Tot.itefqis~
écroulée sous les coups des théories critiques contemporaines il ressurgit quelque peu :transformé aujourd'hui: il s'a..git.de· prenc;lre
(poststructuralismes, féminismes, critical race theory, postcolonial/ au sériernt les.réclamations de ceu:ic que ·la philosophie a parfois p'ris
decolonial studies, etc.) . Le corps du philosophe-si spiritlialisé soit-il - pour cibles et .sur lesquels son discours a ex~rcé une violence sym-
n' est pas un corps indifférent. Pour faire vite: il est m~culin, blanc, bolique. !Le travail critique qui se consrruit désormais ne se soucie
bourgeois, européen, habite les ce~tre53. C'est,le corps 'du dominant. en
plus du devenir soi de la philosophie. Bien.au contrairej il S'ag~t ae
· La critique aura d~masqué sans mal le me~songe et le faux uni- se demander si la· pratique de la philosophie vaut la peine,' iine :fois
versel. fyfais, dans son ~où'Vèffi~rii:; 'elle -àùra pèut~êtte; parfbisJ~ssé _ qu'.on a sapé les mystifications et les fabulaQons qu'elle a pu produire.
i'~fréi: le -déSïFdé' phil6~'6phié Un desiiqttl surgii: :p6'ùrtài11:
au 1sein Lenjeu consiste, surtout;:à donner un contenu à. un impératif: celui
:d'une ' b!bliothèqûe·philôfopliiq'{ie';qui d~~eû~e 's2indéé·~ · La_· s'é:is:Sfoh de la décqlonisation de la philosophie.
révèle 'illié'prei:nièiè bibliàillèqûe qbi'-n'Js~'-pas hon~etise'' e~ q~ .même ' Que- reste+il de la philosophie si elle•n'est plus la· propriété
:r~ppèll~ _l'tx~é'<lèrit ·ûtdp~4ue" qui ;fravetse le·nom<;·plûi~~6phi: »: cèl~ exclusive des-corps dominant$ qui la ·pratiquent? Ses contenus; so~
d'tirié:ra.ls?~:~o~~ërai?.~!;hér6ïque, qui'jailla.ïs ne dÙaisorilié4, et-prend projets' en rio:uvent-ils affectés? Son utopie ruinée? .·
,en thâige, -êô~ci~ l~ po~Vüii:·èt les·théologie.5, l"é~ahcî_patioriïritèUec­ .Au-'delà· de':la philosophie, l'pcigence de «décolonisation épisté,.
ruelle et politique· dü geriié'hi.ùriairi.' La sè.coi:ide· bibliddièqùë, · c'ë~t rhique)> . traverse depuis plus d'un demi-siècle de nombreux .écrirs
la ~ibliirthèq'U'ê,- d~ p~ci- arfachées '+ têlld q iie déehife tageü.seriient africana, ce que rappelle bell hooks dans Teaching Critical 1heoryP.:lls
cdüi qlii,' au fil 'dë' sès led:ures:-se'découvrë 1itis poûr ~ible. Qi:iartd il sont parfois directement issus de pratique.5 delutte ou lè résultat d'. opé-
:a:pp rëiid' qu'il·est;safts"h.istoire; -sans' cJvilisâdon~:sahs' rati6halitéfifaiis rations critiques: théoriques interrogeant !.es -modalités & prqduttion
-~âtiss_ë' :À la fois rtègrêj;fotrûTI:e 'ët ~nfahtj 'et be~utoiip plus encore:.. _" dursav9ir;--Cetteexigence a été au cœur de.toute wie·traditioh critique
· : "'Dans :l' écortonû:e . des ~ sciëndes; hu.p-iai~es,:. . l<(plµlosophie <ne . fait africana~ impliqûant les écritures africaine5et diasporiques;depu,iS:les
Certainement pas :exception.• T6u'tëfois; :efü: 'semble. '. toJ.jours;:garder anriées,1.960 et t~aversandes disciplines. Cet impéraµf de·« dÇcoloni~
intact~, son 'ùtopfe;· qu~il :s'. agir-deLreconfigurer en·!'.adaptant.~uX Cir- sation >>.:.est directement connecté:à l'histoire singulière de~ é6rps:S~em'­
.constance~; aui V:?ix reveridicitives ·.qiü rappellenr-,que ., son: disco:llis par:i:nt:de savoirs à f intérieùr desquels-ils furent contraints,, dan~ un
se · const.ruit .sùr ·des:: gestes.: cl:' exclusion; .<l,es 'marqùages ,de-territoire. prem1èr temps,:de se'. penser et qui·les coristituèreritet les oonstituent
Contre les . corps:: dominants :deJa philOsophie; ' il· faudra .pouvoir parfois enco~e comme problèmes. Lirnpératifde «aécolori:isati9~-r» . esi:

54 55
ÉCRIRE I;AFRIQUE-MONDE L/ETITIA AFRJCANA - PHILOSOPHIE, DÉCOLONISATION ET MÉLANCOLIE· .
' :
1 r \ '

'
1 ': lié, plus particttlièrement chez bell hooks~ à.une pratique personnelle rant d'tine méthode fixée que d'une opération Gritique qui reste peu
~ 1- '

de lecture et d'enseignemeric n s'.épaissit à l'intérieur d'analyses litté- spécifiée sur_lçi plan normatif et qui est constamment à reprendre. -·
raires deTwain ou de Faulkner7 . Il donne corps à un questionnement La constance. d'une telle reprise invite à interroger les formes que
clair, ·incisif; .situé:, que faire d'.une bibliothèqu.e raciste, misogyne.:.: peuvent revêtir des décolonisations effectives de la philosophie, de
quand elle constitue ses propres lecteurs en objets honnis? Que faire manière plus spécifique. S'il s'agit bie~; de lutter contre un ensemble
1 i d'auteurs décevants mais pourtant profondément aimés 8 ? d'arrogances épistémiques, ·la décolonisadon de la philosophie n'est

ll Lexigence de «décolonisation épistérnique » prend.Une forme tout


à fait singulière quand e.lle se rapporte·à la philosophie. 5'.« il :n'y a pas
pas indifférente à ses lieux d' effectuation. ·
Quel pourrait être l'objet d'une, telle décolonisation dans les
[. : .] de plus grande controverse en philosophie que sa définition9:», mondes .européens et plus·largement occidentaux; par exemple ?·Quel
it : '
se
cette controverse rejoue; peut-être.indéfiniment, ,sous l'ii;ijonctiQn rype de pratique théorique invite-t-elle à promouvoir:dans les univer-
à l;i. décolonisation: Cette injonction, puissante, resignifie la critique sités des Nords? Certains sujets sont-ils exclus de droit de celles opé-
de la neutralité axiologique sous le concept de la «différence colo:- rations critiques?.,Quelles pratiques de la décolonisation peuvent être
riiale ». Ce concept -analytique est a~ cœur de la pensée de ,Walter mises . en œuvre, plus spécifiquement, par .les consciences africaines
Mignolo. Il désigne les formes ·systématiques de disqualifü:arion: de diasporiques, dar1s leur pluralité et lçur hétérogénéité? ·
coures les expr_essions de l'existence des colonisés (leurs savoirs, leurs Les mondes .africains sont déprovincialisés. Dans les Nords,
cultures,leur être même) par la ((matrice coloniale du pouvoir )) .-:- soit !'exigence de décolonisation des savoirs· tr~verse certaines voix de la
urt «modèle colonial du pouvoir »1q_ La différence coloniale décrit diaspora qui,, .parfois -mais pas toujours, rappellent leur lien à une
une hiérarchie qui sanctionne l'infériorité des peuples appartenarit histoire traumatique. qui a saisi, s~lon des modalités différentes, . le
aux territoires ,dits ·« découverts» ;. elle; repose sur ' une pratiqq.e de continent africain. Déportations transatlantiques/esclavage, colonisa-
pouvoir, opère l'invalidation des productions symboliques des colo- tions, néo,çolonisations. Ces trois moments n~apparaissent pas comrrie
nisés, fabrique la négation de leur être même. Cette triple dimension des «objets phobiques 14 » ; ils .permettent de formuler des hypothèse.$
de la différence coloniale (pouvoir, savoir, êtie) est égalemtnt 'ana:- à. partir desquelles.. une analyse rationnelle.des formes strlict~elles de
lysée, dès le milieu du xx" siècle, dans les écritures diasporiques .d eJa violences sont reconduites sur des poptÙations dans . les Nords qui
négtitude 11 : _, · '· P?rtent avec elles ' des signifiants· .(peau,. · langues, cultures.,.), rap-
·.·, La décolonisation épistérnique aurait ainsi deux taches précises: pelann à tort ou à, raison -la.mémoire. des Suds. Sur le plan épisté-
développer des épistémologies alternatives qui ne iecondùise~cni.les mique, ils permettent de saisir comment les savoirs se sont développés
normes des savoirs préconstitués et imposés dans/par la violence .colô,. historiquement ~L l'iritérieqr de disciplines .codées axiologiquemènt.
niale, ni leurs modalités d'ïnstitutionnali~atien. euQnscriptjon d:ills I:historicisation de l'.1 philosophie comme disciplirle 1?, en Fraµce par-
des imiversit'és:qui ne sont pas scfarriises à un principe; d'inco:q.dition~ ticulièrement, opère; une différenciation du Beau, du Vrai, .du Bien
nalitén. 'Décoloniser le savoir, c'.est i.n venter d~autres . formes de vie .qui-repose sur une cartographie précise de la raison.
du savoir qui ne prolifèrent pas sur la différence_Jolonïale et y'.mettent Quelles. pourraient alots être les formes effectives ·d'un projet
U!L. terme. Tel est.le sens de la désobéissance épistémique,.-.telle·que . de- «décolonisation de la philosophie» effectué dans les Nords , et
la conçoit Walter .Mignolo dans ses écrits 13. :q ne s'agir peut-:êtrê pas soutenu par les .écritures diasporiques? Et mieux: quel.pourrait être

l
li 56 C-,7
.. ,. , , . ' ÉCRIREI.:AFRIQUE-MONDE L/ETITIA AFRICÀNA - PHILOSOPHIE, DÉCOLONISATION ET MÉLANCOLIE

un .tel projet qui se sirueraic.en··Franl::e--' où la philosophie, depuis·la :en œuvre '1e gracid · rend~:-vous % où .chad:m ·moni:re effectivqnent
fin du xrxe .siècle et aujourd'hui .p~ut-être encore, apparaît coinrne qu'il a contribué à l'enrichissement d'un paradigme -qui àpparaît
une passion intellectuelle 16 constitutive d'une dimension ·du récit fondamentalement tronqué :s'il••n' est' · appréh,endé >qu'à . travers sa
républicain 17 ? · .. ·,: :·_. s·eule version européenne. Sous. la rhétorique de-- la contribution se
Avant même de donner un contenu positif à· l'impératif de décolo- rejoue; de façon souterraine,:;celle de la·defaite et"du manque: il y a
nisation c;l.ela: philosophie, il faudra iffimédiatement rappeler.les deux eu contribution à des discours· qùe les subalternes n'ont pas eu· l'.ini-
écueils qu'il peut rencontrer dans les. universités des Nords·: celui de tiative de créer et devant lesquels, encore, ils courbent l'échine. Dans
n'être qu'une injonction vide, ou encore de rejouer avec nostalgie ce cadre, les perturbations des notmes dv cj.is~9urs philo~ophiqi;e
des. luttes matérielles; héroïques qui n'ont. pas été vécues et qui. ne dans les écritures diasporique5 n'ont rie~ 'd'~n~ ·déco.lo~isacio~ ·; ~lÎ~
pourront désormais être mimées que sur une scène symbolique; : · '. . ; fortt signe; une fois de plus, vers une rhét0rique 'de la privation, de
·· Toutefois, Fentreprise d'une décolonisation de la philosophie doit la pauvreté ::'- celle de cewè;' rappelle à J'.ehvi la:prose du colon, qui
surtout ·affronterJes ruses de fa col~nialité: ·La· colonialité désigne, n)ont:.nen. .. ' '20 -
invente. .. .-.-. ··. ·. ·· " . .' ...
dans lelangage de la critique décolonia:le; u:n .dîsposiciLde pouvoir Dans ·le . contexte néolibéral. . de.: la · marchandisation: du savoir
né avec le colonialisme historique, mais dont la forme se .per:pétu'e qui ·-façonne · les:·universités, le projet de :décoloriisation .doit · faire
au-delà des décolonisations politiques; ce dispositif de pouvoir repose face, également~ aux ruses de . la càlonialité: La défense de projets
sur la différence. coloniale et .r alimente;•·Les ruses de la colonialité de décolonisation. de· la;.philosophie menés à:Tintérieur du monde
décrivent les manières dont des expressions strucnu:elles· de la dif- universitaire peut :êl:.i;e entourée -de soupçon. Ces· projets .sont ·direc-
férence . coloniale "p euvent ressurgir au cœur; de• pratiques . critiques tëment ·confrontés à: des formes çulturelles.et économiques d' anthro~
visant son:abolltion. ·Elles as'saillent, malgré eux; les corps et le .cœur pophagie2 1 : absorber/ 'assimiler; >de noi.ivelles chairs ,fraîches pour
de leurs désirs; elles traversenda :production d'un :savoir qw se:·veut renouveler des.paradigmes théoriques 'qu'on' ·juge·épuisés. La recon,..
1
! ~":1. ';
libre dans les "universités à l'échelle globale>" ~ · .' ;-. !_,; . /.... · ..-· ·' naissance :et: la:légitimation, des sa.voirs :,subalternes réponçl à · ~e
I.' 1
1
Dans l'optique d' line :décolonisation 'de-la philosophiej ces 1 r~es :injonction march~de, frénétique; àda création. Il s'agit de sauver un
prennent essentiellement.deux formes:-:· ;, -··.. ·,· ..;; •:· ;.. nom, cellli de «philosophiei>;-çlelereridi-e de nouveau-attractif;· moh·
Depuis la perspective des corps doininés - .c' est-'à-dire des corp~ nayable, appr.opriable sur Je 'm arché de la ·connaissancè. Le prinéipe
exclus, la .décolonisation de la ·philosophie :devient une bataille pour dé la «marge»; :dedans/ d~hors, facilite !'.entreprise:_il trace une-ligne
la proprié'té du·nom; soutenue; souvent; par un .désir tacite de recon- entre l'assimilable et le non...:assinülaqle. L:nori;;a:ssimilable compose
naissance verticale. Elle prodi.i.it·alors ce que ·Fabiên.Eboussi Boulaga ·un.e réserve .:. . soit la possibilité 'de s'assurer le surgissement sans.fin de
nommait déjà au moment de .là querelle deJ~ p~sophie.africài.Ïl.e nouveaux événerhehtsi de nàù.veaux émoisëthéoriques, de èconstruc.,-
la « syrithèse du pauvre et de l'aliéné 1 ~ »:.'Eivciblant les écriture.$ eth- tions conceptuelles désirables et compétitives, La. marge c'o nstituant
nophilosophiques et :celles de · la ·négritù.de. (senghorienne) ; Boulaga lefond d'un· plan ;d~épargne sur.Favènit.:; · ·::.. .·. _, , :· ' ·
.revient sw:: les ·argliments du \<dosage», ·dei «mélanges >>", dd <d1ybri- . .. ' . Cétte .seconde; ruse: déplace: lë.• sefis: de:fa. -relation so1o'niàl6 Ell~
dations)) et aes ((métissages)) auto_ur desquels ·les sujets:'subalternisés, ' ne·se .réduit pas 'à !':analyse du rapport entre·le soi' et.tµi :autre: ·Mais,
le Muntu; justifiendeu"r pratique de la philosophie:-Il s'agit de mettre d' ll.né ·maniëie p~us métaphoriqué ·-peut-être,: eUe décrit; des :fortnès

58
. 1
• · ·.• ' ÉCRIRE I:AFRIQUE-MONDE · UT!TIA AFRICANA - PHILOSOPHIE, DÉCOLONISATION ET MÉLANCOLIE

d'appropriations matérielles, prédatrices;; qui sonC:des neutralisations · de se dire autrement que dans falangue majeure qui eX:erçe·:un~;d 0 mi~
et des flépossessions. ·· ' nation; Scission qui marque l'impossibilité pour.Je ·stiJec.1de .c6mcicler
Que. devient l'impératif de «décolonisation de la philosophie» avec lui-même -:: les univers symboliques et !mémoriels dans lesquels
quand il ne nourrie pas subrepticement lin.désir sans fin et vertical de désormais il évolue lui signifienc.constarruhtnc son inadéquation;·son
reconnai~sance? Quand il n'est plus pris·au ·piège d'une économie de écrangeté2?. Perte - ce qui a été détnüt par la. violence.·coloniale a
'
'' la connaissance qui mine ses radicalités critiques? définitivement disparu 26.
· Ces figures du sujet indiquent qu~ une pratique de décoloni-
Futui-s, défait:~ et mélancoüe sation épistémique fait nécessairemè!it·face à ce que l'on pourrait
nommer de l' « indécolonisable >~;:L' indécolonisable, sur. un plari sub~

Les formes : que '· prennenc les cencacive5 .de décolonisatiQJ] .de la jectif, décrit une expérü;nce ,de la perte irrémédiable:..., soit ce
qui :a
1 philosophie mettent en- lumière le~ difficultés, les contradicci9ns disparu sous les coups d'une violence colqniale totale et vers_quoi. il
que renconcrenc les subjectivités afro-dia5poriquès dans les. pratiques est impossible de faire recour27..Tindécolonisable; sur un'. plan épis-
1 ...
1.. . . de démontage de savoirs axiologiqüerrienc. codés. : Elles rappellent, témique, désigne ce qui ne peut être passé au crible d'une :critic'p~e
surcout, que la défaite a été coule - en ce que, sur le· plan strict des décolonisacrice précisément parce :qu'il forme la condition de .pos-
savoirs, il faut conscammenc . démonter les ruses de la colonialicé, sibilité de la décolonisation comme opération critique: Il constitue
reconnaître les mulciplés visages de ses métamorphoses; · ' la limite de tout proj.e t de décolonisation ,é pistémiqùe dès lors .qu'il
Dès lors, la décolonisation des savoirs ec.dela philosophie ne s'iden~ s'effectue sur le site-institutionnel de l'université .et demeilre;soli-
cifie~c-elle pas exclusivement ·à urie pratiqUe commémorative ·_;_ .celle daire28 des normes de connaissance q1ü y sont mises en.
œuvre .. Ces
du rappel constant de la .profondeur dê la ble5sure infligée? Pratique normes, dorit l'histoire est connectée ati développement -moderne
.i.
commémoracive,qui se_dorinerait.pôur objet de détraquer, sans fin, les d'une ce.i-i:aine idée de la critique-et de l'émancipation;'se: métamor~
':
1. . 1 1 mystifications du·«grand·r écit européen de la modèrnité»? . phosen·r et se reconfigurent . de.façon ·clandestine· à J' inté~ieur des
l i11.
Le travail .de là décolonisai:ion: '.dé :la philosophie possède ti,ne projets théoriques qui les mettent en,tensiün et-les qµestiàn~enr: Le
dimension réparatrice; Sur les ' plans 'policicq~institutionnel· et sym~ constat de cetFe limite ne foumitpas pour autant des éléments.pmir
1:' 1
bolique, ·il vise à .briser les forî:nes ,d'fojusticci. épistémiques72 qui tracer une« politique .du désespoir» (Dipesh , Ch?habar,cy) 2 ~:: il ne
so~Ûennent . une: axiologie culturelle et des pratiques.instjcutionnellès conduit pas à l'idée d'une impossibilité intrinsèque. dé· tout .projet
\ '. fonçlamentàlement dassistes, •gènrées et' racialisées.!.Sur Je plan · di~ de décolonisation épistémique. ·Il rappelle toutefois<qu'il . s~énonce
1
nique, il soutientles.pratiqu6 ·affirmacive5 de subjeecivités con&oncées depuis des lieux .qui. le conditionnent ede; contrâ.ignéni: : -:; Testrei~
aux multiples.formes qi.fe prennent l'effac;errient deJç~s mémoires .et gnant Jes .satisfactions '. théoriques :; qu' on.. pçmrrait, osu.r.; :~n .l mode
l' obütération de leurs souffrances. . · ,, :.. · ;·~ ... j :. •.· · . .. , .. visionnaire'; en 'a'nendre; · - •,., " 'J . .. .. _., ,.,., ' ''~· ~d . .-., .. ~,

Le projet tri tique porté par. l'impératif d.e décolonisations' écfit à. ;· Les mutilations one été définitives .et tapissent; le: fond.de là: sup.~
pirtir -dd' expérience de la:violence' infligée23·' Il décrit des subjecti-, jectivité: Elles fournissent fa; trame.,narracive d'.tirie ·. gran<;le p~e2 de
vités'affectées par la bless.ure c<:oloniale, sur le rrtode de l'écartèlement; ce qu'Achille Mbembe 30 nomme les «écritures africaines ide; soi»: de
de. hi scission; de. la '.perte24c .ÉcaJ:tèlement qui marque l'impossibilité la seconde moitié du XX" siècle. Les subjectivités afro-di~poriqties S(':

60 61
. . . . .
· : ÉÇRIRE EAFRIQUE-MONDE UTITIA AFRICANA - PHILOSOPHIE; DÉCOLONISATION ET MÉLANCOLIE

j
rapponent. à elle5-mêmes'.;à parti,r de langages: qui Jeur apparaissent ;Une aui:re expérience,de la dépossession; matérielle, pdliciqû.éf ne
pe~t !être éludée: Elle renvoie aux faits de dépouille-,rn~~p;; :aw« inter~
i
désirables en raison des utopies qu'ikriourrissent,' mais qui;se révèlent
également inappropriables en œ qu'ils ont participé à leur altérisation, pellations ·policières», à la «violence infligée» (Athanas.s iou)>Cette
c'.est~àc.dire .àleur constitution comme !<autre», aùtre deJ'huinanité èt expérience-de la 'dépossession, sociale, •éCOilOilltque; m!ltériell~; sym~
de-la .civilisation: La décolonisation' de la philosophie se pla~e: sur ce boliqtie, enraye la possibilité de la relation, dan.~seS multiples difileri-
sions, personnelle.5 et politiques33 . La peau rioire, les corps queer; ~éux.
1· ' point de tension. : " ..- ." . 1
,r !
1 l On comprendra qu'en fin de -compte la décolonisation de.la phi- df::5 .femme5 voilées/dévoilées, la nudité des vies soumises aillc ~vio-
losophie n'a que faire de la .philosophie:·Qu'elle demeuie :-Hxpurgée lenc~ néolibérales/coloniales, aux exils_,imposés ... · . ' · '· ~
une fois pour toutes des· démons :engendrés par l'activité diurne dda '•
... ·. i
'
~-

raison?! .C.: .ou qu'elle sucèqmbe sous ks coups d<:: la cdtique;:la tâche · ··Periser. la déc~lonisation ~omme ·opérati~n .
critique, c'est penser. .. .
de la décolonisation de Ja; philosophie ne concerne le devenir du n,om au ~èeur··de cette tension ·où se lient. deux expériences de la :« d~pos-
«philosophie». que de manière sec.ondaire. Et précisément; lj.Ile.fois session» (Butlei/Athanassiou). La vie subjective est relatiorinelle; tou-
qu'on ·interro'ge séS visées, se~ objectifs, sans pour. autap.t sè décaler de jours déjà reconfigurée paf.ce qui est extérieur à elle; Elle eit p~fois .
la: perspective subjective des vies blessées,- l'impératif d'une décoloni- soumise à des formes de violences structurelles qui la.diminuent où la
sation épistémique; tel qu'il pourrait circuler, au Xx:r~ siède; au sein détruisent: nous adv'enom comme sujeû disponibles daris ~n mond_e qui
des. écritures. afacana diasporiques.revêt un 'sens.singulier. · · ne nO'f# soutiintpas:= .· . ·· .- 1
•. .- • :.

Au-delà de l'écartèlement, de la scission~ ou de la pèrte, c'est avant . t opération critique de décolonisa,tion se .spécifie nettement: il
tout une double eipérience subjective qui est révéléedans les pratiques s'agit de construire, de prodùi~e, d'imaginer sur le plan théorique les ·
de décolonisation de5 savoirs. Elle renvoie; d'urie part,' à la.vie dµ sujet soubassements d'un monde qùi -p.e ut s'offrir coinme soùtieh. 'Quelles
en ·tant qu'.elle: est pleinement constituée par la .relation. Elle déqit, q~e 5oient les :formes de ces pratiques théorique's•'(littérair~~ ·soCio'-
d'autre part,- les. violences rhatéri.elles et ;politiques irrémédiables .qlli logiques, anthropologiques; :philosophiques, théologiqu~ :'. 1:);, 9ue_lles
l'affectent ~onc::r~temen t: Ces deux expériences dessinent deux .foimes que soient les traditions de pensée à partir destjliellés elles co;,str~isent
de · «déposs~sion' »:· Athanassiou e.t Butler invitent' ·à. penseç sous-·ce leui:'.Jexique, lelll' gramma.ire; ~ if :ùgit de reprendre: en:
charge ;la
'terme Ûne philosbphie du sujet et les formes de b!utilisations, maté- que5tionde l'uruté du ~ond~; en ~6mpant ~veè le soud;. douteu.X:!4,
rielles, .sodales, ·qui·enserrent sa-vk;·, :-•. . ... . n. • .. :.:; .'." de:l'uniyersel. Unité d'. ~ ~~ride :où.les, doübles expérit'!Ilce;s·cf ~po­
·.· .. Le sujéi:ri'. est pàs autosuffisant et imperméable du fait <<'de la:dépen~ sition ;iJ' exteriorité et de violence, toujours :hétérogènes et: .localisées;
_dance,1et de.da rdationnalité ·violentes et pourtanr encapacitantesg» sont en: droit pàrtag~bles ~t,souvent' parragées: ;:,,'., ; · , : . ë,.; . r.
dans ·lesquelle5 iLest;pris;· I)e man.\è.r:e ~riginelle;~·sujet:s'e pense ,:_ Cette': compréhension de.. la · ~ubjecrivité ; comme ·dispornbilité
sousles modalités . d'une double perte, d'une double d~possession': ouvte un typeède pratique .critique qui' démonteJ es.·récits jèfenti;-
La ·dépoS.sèSsion: définit une ·subjeC:tivité essentiellement : coiistii:uée taires: ec nationaux ..aliriientani: -l'idé~- d?u.Q.Ç: ·vïe . éttltiîrelle .:s~bs~<illi­
conime disponibilité'. \Ce. qui ,inaugure; la:constitution dü ;fojet, .c':est tièlle a~tlieritique~ prodiiit:e.~sel~h; d~"st'r:i.tégies ·p~li.riq~es disticJ.ct'es
ùne exposition: à Fextérioriré, l'épaisseur de notre erisrencé:n;e:yient (domination oli. rép~ti6nrpa:r: d~ sùjet5/corps: pol:itiqu'es différ~nt:S
pasdç•nou.s .. :: . . · · ",:. "' ,, ,. _,,,..__ .i (États~nations; partis;~ as~ociations : . .)-d~~ les .mondes europ,é~n~ et'

62 63
UTITIA AFRICANA - PHILOSOPHIE; DÉCOLONISATION ET MÉL(\NCOLiE
ÉCRIRETAFRIQUE-MONDE

de ' souffrances; de blessures. ·tolijoi.µs · ouvertes3è">> . .La · dispositi'o n


africains. La substantialisation des identités sous l'idée .d'.un prdpre,
mélancolique signaJe au·sujet qu'il est toujm.,irs vivant; ·rpaisle~ défaites
d'une vie nationale authentique appartient à. un'é histoire de bruta-
et les privations qui le façonnent le rendentincapabies:d?insérer son
lisation du monde .social, Toutefois, les faits de dépossessioris vio~·
action dans la longue visée·d\m à-venir, :Ulnvestissement affectif du
!~mes réengagent laformation de collectifs, sur 1~ plan politique; qui
futur est entouré de soupçon .- en ce qu~il réact.ive ·systématiquement
· s opposent aux privations et aux injustices systématiqu~ dont ils.font
le souvenir d'enthousiasmes brisés.,1.ac mémoire de la mise en œuvre
l'objet. ·
des grands projets de libération reste sidérée devafit ses ,hécato~bes;
À ce titre, l'opération critique de la décolonisation épistémique
ses-rombeaux et ses morts3B.. · ·, .,
tend à rompre avec un type de production théorique,' cerü:rée autour
La disposition mélancolique demeu're attachée aux pratiques cri-
d'un affect, celui de la mélancolie. Les luttes anticoloniales, les déco-
tiques de décolonisation i'-- eI). ce que ces deniiè~es;.;convoquent · la
lonisations, les combats·antiracistes menés dans-les mondes africains
remémoration de mulpples histoire5; hétérogènes, localisées; miJ.Ïs
diasporiques, ont produit une mémoire de luttes; qui est aussi une
également connectées, de . l~ pertei' Le :risqu'e' dàtelles remé~ora­
·'
.• ...... mémoire longue de défaites: Cette m~moire , des défaite5 fait sigrie
tions est,de. transformer subrepticement lés histoirès>de: défaite en
vers plusieurs expériences traumatiques. du manque ·et de la:' dispa-
ontologie. Elles entraînent la réifièation du gesi:e èritique à l'.inté~
rition, Intériorisation subjective des rhétoriques de.la déficience qui
rieur de pratiques répétiriv.es· et; indéfinies de démolltage du «grand
se logent sous l'injure raciale. Effacement des cultures etbrutalisation
récit moderne» qui a fabriqué des ·êcres manquants .et déficients, des
des corps. Fin des grandes luttes révolutionnaires qlii ,fl.'ont pas su
non-humanités. . '
construire de futi.lrs ·-réels ou produire des imaginaires, des horizons
d'avenir. ·
Orl' enjeu est d' opérer la conversion affective de cespratiques:théo-
riques. Non de refoi.rler un p;].Ssé dè vi~leriè::es . et de proni()uvoir"une
' Nathalie · Etoke, dans. son livre Melancholia africana, . décrit' .:ces
philosophie vigomeuse de.l'oubli-qui ·seule,perrriettrait des~ recons-
écritures ·de la mélancolie sur un mode dialectique; elles« [reflètent]
truire. U:s'agit, bien plui:ôt, .de forçerTéclosion d'.autres .dispositions
1. la vulnérabilité essentielle d'une ~umahité écroulée qui se reconstit~e
affectiv~ - affi.rmatiVes et. fécondantes. Si les pratiques théoriques
surie site de son effondrerriem35 ». La mélancoli.è n'a' pas de dimension
africana se, concentrent à 'raison sur la. réparation des subjectivités
i pathologique; elle renvoie à une disposition de !'~prit, un ét~t d'âme
.l blessées, le geste de réparation-'-- qu'il .soit matéi:"iel:oÙ' symbolique·':
qw reste. connecté à la manière dom la·:douleurfaçohne la conscience
couve une utopie qui n'a pas renoncé à prendre en charge la question
diasporiqué6 . Soit à.la ma'ni.ère dont les vies i:endérit à échapper'à. la
des ·4evenirs.du··m0nde. ·· .·,. . ~ 2 ·. . , .
meriace·constanœ deleur possible mise à.mort, et se rendenfrapables
· : Décoloniser, c'est produire i.ine versfondu monde qui, malgré· les
d'endurerla constance &une : ~elle menace. , .' -. . ..,,.._ ·' .· < , ... ·, ' · ·
ruses de la colonialité, ne repose pas sur la différence coloniale..Et s~il
'· · ' C' esr:c:ii:mc bien le passé, sousle mode fo.ntasmé-e~ostalgique du
faut peqser uqe méthode 5ouple :.elle 'consiste à: opérer une lequre
·paradis perdu; mais :àtiSsi co~e mémoire des cruautés et histoire des
stratégique du passé .à partir .de ce futur, qui demeure:éininemin.:ent
échecs de la lutte .qui · apparaît de' manière frontale aille :consciences
désirable. Les contours de.ces fur,urs politiques res.t enrnécessaireinem
dia5poriq ues, ·La :mélancolie. se déploie. à4':in'téûeur de. ces multiples
flous: ils se des~inent à l'intérieur d'un monde oùrles projets d~chàr\.~
rappom à la perte,~ mais elle dit at.issi une in·capa,Cité•à surmonter ·la
gement de la société et•de lutte contre .les dominations ont:sèmvenr
perte, précisément parce' quele présent «apparaît comme ùn héritage

65
\ ,. • • • •• 1 •
UTITIA AFRICANA - PHILOSOPHIE; DÉCOLONISATION ET MÉLANCOLIE
11
l 1. 1

é~oué. ·Ces échecs ne signent pas la ruine de toute çonscie'il.ce uto:-


' 1
l' 1
·jouissance (soc:io,,économiques; instirutionnelle:s;.:esthéP,ques, -scien-
p1què ·il · di b·. • , · • · : ·
' . s m quenr ien :plutot qu il fautèonsentir à la formuler ~:au tifiques;~ erd qti.i se nourrissent de la btuta:lisa'tion ·et deF dfatëineni:
moins tempo · · d , if · . · , .,· .. .-, ··:· ..
. rairement .~ _sUL .un mo e negat . . répétéS 'de co~pi efd~' rtiéihoirëS mrttiléS~ ! .'
·• '-: ':-.·;·: ·:· ·- • ) ' ; ; ' . • - :·' :

Si on interroge:les objectifs .des ,décolo~sations épistémiques, il


semblerait qu' on pwsse · :c autour d' une teile conscience
· les· resignlller · · •. ' !. • ~ 1 • • •1 : .· i
.1
!

utopique. On poutra a:lors :appeler sous le terme.utitia africana.cles . : .. _ ... ....' • ' · · '.!
tentatives th , . . . d di .
. eonques,.au sem es asporas, qm .essaient de pro.duire , ·, L LuèiuS' Oi'.itlaW,· &ce and Philosophy, Nev/'York/Londres, Routledge;
dC: versions décolonisées du monde. Qui secouent-, en aC:te;-lci mrlts ·19'96.'" · : <t·: ,··' ;:'.'':!.~ : . • , ; --:'·.' .':·'." .- · .· . . ' ---·

neocoloniales
• •
L ,..; . .
• • LE.. tta .pour
"1oignant..
di re; en s.e. . d es uxaaons·
c __ , . .
.mélan- ', :'2 : Fabien Eoo·Jssi' Bàiilaga~' l.a Crisê•du ~Muntu; P~is, ·Ptésence atriC:a:iri~,
1977;; p:· t2-13~; ; '. ':!._._>\ ..· .,,::_:i~~·· _'., .-,. ~ ,- -- - : . _· '· - ,:· .
coliques, une activité créatrice dont les manifestations affectives sont
3. bell hooks, Teaching Critical Theory; New York!Loriclie.5, Roütleelge, 2010
joyeuses. Non pas:t obscénité du grand rire; qu'une Üttératur~ raciste :. :. on se rappo'rtera spédâlëcleft{ail chapitre' «Biack~ fe'!nale, aii'd ·Aéàdemic»,
et coloniale a co11 , . l • h . , M . . . - a~' pages· 9siid2 ... ·.• ,.. . ·" "'' :_ ..,... , .. ···." ,c.. ,\,-c ·, ~ ... ... · ., . . '
!ile sur- es mac 01res negres. · ais ce signe qw. acc;bm~ . i
pagne, Comm& le dirait Bergson, tout geste de création surgi~sant d~ 4. l..eWis R.. Gordon, Existentia A.fricana, New York, Roucledge, 2000;
lors qu' · , • . . · ·-- ·
un mteret vttal:est en Jèu39_.; : . . :· . . . . _ . . . _;· , ..
· Ftâiùt ;Fanon, Pedit''n(iire;· masrftiès' blancs, -fa • Œutifes, Paris, · Dé~oÙverte, .- u:
2011;p.45'-'2 5L ', _:, .:c-, .. .. :· .- /. ·i • . .. . . . . . · . . ·.- .• :: - · , •. · ·
· La -Lèitia afoi.can'a définit la décolonisatio11 épisi:émiqiie comme ..· 5: Jàques D'èrida,:Dü'droÛ à La philosophie; PaiiS, Galilée, 1990, P·. 9-108.
une opératio .. affi . . h , ..
. n cnaqu~ .· rmaave, pnse en ·c arge.par ·les écritures -6'. bd.lhookS, :Teaéhing Critica/.7heory; op. cit., p. · 24'~25. béll hooks évoque
diasporiques. Elle n'a rien d'un gai savoir nie~chéen, au sens .où elle ie cravail' dé.·Frdie·, Fanon; >Merturu; CabraL. Senghor. :
·ne renonce , • . . . · .· · ,._,'7:1bii:l;·p.:-i'o6-109:-:' - ., ,h .. ·1· ,.·,·. .. ·" ..
, · p~ . a etre ·accusatnce, .et ne succombe pas·aux séductions
..;.- · à:!lb'ul. ;. p: :ros::··icWhencwè have rav6riœWI:itets and tlùnkers whose work
. · · Le refus ·d e 1'ou bJ"i ·d u ·passe' n'alim
de. J amorfati . '
ente. pas riecessai7 we love and leam from, but who are"still wedded·co·dominàtor. .thinking in·a:iiy
rement une ·aspiration .corîservatriCè de reéo~ . aux qrigines, ni ùne form; howèver relative;. it disappoints: »· . .. . " ·" •::
patholog· d ·· . ·bl · ·· . ,, 9"1xwis R.. :Gordon\ In'trdduction foA.fricana Philosapily, Cambridge, Cam-
ie u ressassement , oquée sur -des affec:tS réactifs . .More,
more, ·more::.: fo.ture, scari.de . le chorégraph~ ·Faustin · Linyekula. qui bddge:.Universiêy:P.ies!ii 2008, -p.;.l ;•-~·. ·>· ·.- : , ·~!.: · . , . · · ... .: · · ·
.'·'''. JO. Walœr .°Mjgnolp, .lt,t. Désobéis_sance·épistémique (traduction de Yasmine
porte, sur une scène-dansée,'· la jeunesse de Kinshasa . éon&omée:<ù.IX
Jouhari et Marc; Maesschalck), Bruxelles, P.I.~. Peter Lang, 2015, p. 33.· ·
pennanehces de b. dévastation coloniale et à l'univers:rwne
lences neoco' · lomales.
·
vio~
·. . . ... , - ... · . __ . - . ' . . . , · . _ .-- .. .· ..·
des 11. LéqpoJd Sédar Senghor, Liberté I fl{égritude et humanisme, . Paris, Le
Seuil;. f964, ·p. l3 7o: : «..Lesclavage. et la :colonisation oht: vidé le "nègre ·de ses
Forcer l'éclosion . du futur c~~tre la n~t. Tel · se~~t, métaphori- vertus, de sa substance pour fu.re de lui un "assimilé", ce négàtif.du ,-Blanc où.le
quement pàraître s' est·substirué:id' être ,:- un· néant.,,-; .Aimé Cé.saiœ;.-.Ioussain~ Louverture,
_.. · . ' lesen
· s d' une prauque
· ·. d e .d'ecoloms~aon · · si.u - . 1-e, p lan.théo- ·
Paris, Présence. africaine, ·19.8:1.,.,p. 33 ': «Telle était;la société coloniale: rrtie'ux
nque Si elle ' d' . .. . .. . 1 di
:· . part . un .quest10rmement sur ,es ·~ç:iplil!.,_es oil s'inscrit qt{t111è..hiérardùe; une·,on:cologie :. .au' ·sommet;l'homll\e ·blar,ic ·""' J'.être .au sens
de p.r~e abord à-l'inté.r ieur de leurs routines (he_sllis~je pas partie de
:4 •.

plein.du terme - en bas,-l'homme .noik.. .fa,c;hose,•autàlit·.dii;e:i::ien. ·> 1 ' . :. ·


la Philosophie~)
,- . · ,.. son
· res ' u1, tat .reste · diffi'erent a' :1eur' deven~r.
· ·-. ··.·m · · ·· Sa-; fin
· :·. . 12._Jacqu~ Det:rj~, L'Université. sam .cimditiQn{ Paris, G,alilee,- ZOO 1. ·
est douvnr une üa· ·
, . ,
Q' il . . fc
po que; ue _es' que s01eht :ses ,ormes .tëxtuelles:ët
.- . . 13 . .Lacre de décolonisation épisrémique peur:_se .déployer):1.uc91..1,r-de . t~ois
theonques quell ' . . 1'" .. ' üb , . .. d ffi . g~tes .<":ritique$: .1) <(coq.figurer d'_;i.uqes espaCC$:épistÇIJl,.Ïque?.-;-i:).qn.èl(ropéens -
. , , _ e que soit. mtens1te eratrrce e ses e ets matériels de,, la. prqd1,1çtio~ du sa,yoi,r » "(G+os.foguel) ;, 2.) ,_cJ.Ççe~mi_ner l~ :filppoq.5, qtie
.e t sociaux~ son asp~atio~: e5t d~re: mettre fin à des politiques de la les développements des savoirs: ;itçin européens: peuvent ent;ret_<;nir avec · des

66 67
-·~

ÉCRIRE !:AFRIQUE-MONDE UTITIA AFRJCANA- PHILOSOPHIE, DÉCOLONISATION ET MÉLANCOLIE · 1

productions de .connaissances essentiellement' eurocenèrées; 3) questionner 24. Achille Mbembe, «À propos des écritures africaines de soi», arc. ciré,
!'.institutionnalisation de Ja .production du sav,0ir, à travers une _analysqi~. p{o­ p. 17-18. _
cessus de légitimation de cette production, et des inégalités ()U asyn;iétries culru~ 25. Valentin-Yves Mudimbe, L'Odeur du père, . P~is, Présence africaine,
relles qui les régissent. · . ' ... . ' 1982.
14. Achille Mbernbe, «À propos des écritures africaines de soi», Politique 26. Valentin-Yves Mudimbe, .Les Corps glorieilx des mots et des êtres, Paris/
africaine, 2000/1n°77, p. 17. . Montréal, Humanitas/Présence africaine, 1994.
15. On se rapportera aux acres à paraître du colloque international :;, M'Orc 27. Tel est le sens de l'écriture littéraire de Valentin Mudimbe, nocarnmenc
de l'ensçignc;rnent ph.ilosophique ou épuisement ~u parad,igme c91l,5inien», dans ses romans L'J.~cart, ou encore Entre les e~ux.
organisé par l'université Paris VIII, le Collège international de philosgphie, 28. Une celle solidarité n'a pas besoin du sire institutionnel de !'.université
!'ENS d.e Paris, !'ENS de 1,-yori, les Arc:hives .~ati9nales d~ France, .so~ Je haut pour se légitimer e1c se reconsolider. ·. ·
pauonage de !'Inspection générale de philosophie, du 13 au 17 janvier 2017 à 29. Dipesh Chakrabarty, Provincialiser l'Europe (traduction d'Olivier Ruchet
CanneseràParis(Fqnce). : . ·· , , .:i . er Nicolas Vieillescazes), Paris, É.ditions Amsterdam, 2009, p. 92.
16. Expression qui. fair di_rectement écho .à l'o_µvrage de ,l'hiswrien Jeanc 30. Achille Mbembe, «À propos des écritures africaines de soi», arr. cité.
François Sirinelli, Intellectuels et passiom françaises, Paris, Gallimard, . coll_. 31 . Achille Mbembe, Critique de la raison nègre, Paris, La Découverte, 2013 .
."Folio», 1~90 . :, .. . , 32. Judith Butler, Athena Athanassiou, Dépossession (traduction de Char-
.17. Jean-Louis Fabiani, Qu'est-ce qu'un philosophe frqnçais.?, Paris, Édit!ons locre Nordmann), Paris, Diaphanes, 2016, p. 10.
de l'EHESS, 2010, p. 140: «Lintérêt du··cas français réside principalement 33. On se rapportera également aux réflexions de bel! hooks sur une culture
dans le caractère. indissociable du processus de légitjmatiori phil 0sophique de la de !'amour comme nouvelle politique de la relation dans Ali About Love, New
République et de l'inscirutionnalisation républicaine de .Ja philosophie, tomme York, HarperCollins, 2000.
discipline centrale de !'organisation ~u savoir. Il exi$ce une .,véritable demande 34. Annamaria Rivera, Les Dérives de l'universalisme (craduccion de Michaël
philosophique républicaine: Gambetta commande ainsi ;m philosophe kantien Gasperoni, revue par Laurent Lévy), Paris, La Découvene, 2010.
Jules Barni un Manuel républiçain en 1871, et l'appareil:adrninisrra.tif de' la Troi- 35. Nathalie Ernke, Melancholia africana, Paris, Éditions du Cygne, 2010,
sième République de nombreux philosciphes.» ; ·· p. 30.
18. Fabien Eboussi Boulaga, La Crise dù Muntu, op. cit., p. 35: ,«Le boï:i 36. Ibid, p. 33: «La conscience diasporique est flexible ec ouvene. Elle
sens fait ses délices de dosages, des mélanges,.des hybridations et des métissages. intègre la douleur comme catalyseur de libené ec non comme facteur de
C'esr la synthèse du pauvre er de !'aliéné. Ainsi voile les civilisatio~s ec les-philo- victimisation. »
sophies, progressant par d'heureux mélanges de sangs, d'hui:{e~rs. et de Valeurs, 37. Enzo Travelfso, Mélancolie de gauche. La force d'une tradition cachée (XIX'-
vers la concorde liniverselle. » ·· · · •-,-.;. XXJ' siècle), Paris, La Découverte, 2016, p. 16.
19. Ibid, p. 35. .. ,,. .. ! 38. Jean-Marc Ela, Le Cri de L'homme africain, Paris, LHarmacran, 1993,
20. Aimé Césaire, Cahier d'un retour au pays natal, :dans La Poésie/ Paris,.Le p. 70-100.
Seuil; 2006, p. 40 ... . · · ' . '10 39. Henri Bergson, «La conscience et la vie», in L'Énergie spirituelle, Paris,
· 21. Jacques Raricière, dans un entretien mené pa:r Beruandi.Ogilvie ecJuÙa PUF, coll. «Quadrige », 1982, p. 23.
Christ, évoque le «cannibalisme de la culcµre donlinance » ~ ·entretien à: paraître
dans Les Cahiers philosophiques,. Paris, Hermann, ·2017. Je remercie Stéphane
1
Douailler d'avciir -porré à ·ma-connai5sance cetencrecièn: .>---._ - '; · ·• · 1 j·
1
22. Râjéev Bai:-ghava; ,;.Pour ên finir avec l'injustice épistérnique,du colonia- ''
lisme», rc:Yue Socio, n~ l, 2013. · •:: .··
23 : Nelson Maldoriado-Torres, «Actualité de la décolonisation eNourrian.t
décolonial», in Claude ·BourguignonRougier etaL (dir.), Penser l'eiwers obsëùr
de la modernité, Limoges, PULIM, 2014, p. 48-49.

68
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1 " Souleymane Bachir Diagne est pr~Îesseur de philosophie et d'études , On necélébrera·jamais assez la conférence de Bandung, et l'année
'
i francophones à Columbia University, New York. Ses ouvrages les plus
1
2015 qui en a marqué le soixantième anniversaire aurait dû voir
-' ~ récents sont:
fleurir partout,. ayecdes rencontres qui auraient enseigné·aux: élèves la
-•1~ Bergron postcolonial L'élan vital dans la pensée de Léopold Sédar Senghor
signifieation de _ce nioment historique, des·«places Bandung» po~ se
et de Mohamed Iqbal, Paris, CNRS Éditions, 2011; L'Encre des savants.
souverlir qu'en :cette:. ville d'Indonésie ·a été affirmée.la cond:imnauon
·Réjlexiom sur la philosophie en Afrique, Paris, Présence africaine & Codesria,
2013; Comment philosopher en islam, Paris, Philippe Rey/ Jimsaan, 2014;
~adirale-de toute colonisation, pour quelque raison qué ce-soit. Aimé
Philosopher en islam et en christianisme (avec Philippe Cappelle-Dumont), Césaire avain!n sein tempss?-iué Bandung.comme·un geste de culture.
Paris, Cerf, 2016. C' étaitle mot; en effèt;'caùn cette,anriée 1955, eri. présence d'environ
deux mille délégués et avèc virigt-neuf pays d'Asie et d'Afrique repré-
sentés qui donnaient visage à 'un millüird'. et demi de personnes; des
.l
peuples: colonisés se son,r: parlé dirèctement;: sans que. l~ puissancci.
impéri.µes fussent présentes poür se·· donner la positjon d'un centre
qùi devait êm! interlocuteur. obligé; pour comfuencer .de ·mettre en
chantier un · nduvel Wûyersel; un· universel·:vraimèrit universel, selon
1'expression d"Iffima:nueL :Wallerstdn." >.: ' :. : . :'. '. .· · · .,;_: .. ~·;
: ~ · .Dans sàrrnwnéro ·d~ juilled955 de la r~e Esprit, Jean·Rous ad1t
en,ces·tërmes ce ~ui lw
apparaissiida signification de laCoilférence:
«Luhlté d'action proposée par le continent à peine ·libéré [l'Asie]
au cohtirient :èncore :colonisê cauX trois . quarts· [l'Afrique] ··~ura ·une
iéperêussion :à · lon~~ -portée;· .-Si l'~illope · s' obstint: : ài 'dei:ne~er

7~
• 1

ÉCRIRE :C.:AFRIQUE-MONDE POUR UN UNIVERSEL VRAIMENT UNIVERSEL

dans l'ornière colonialiste et à ne concevoir !'Eurafrique que sous la Toutes .detix se tirent.de·la même prémisse ;que; si -l'Europe nest plus
forme de l'exploitation, l'Asie prendra en main le sor~ de l'Afrique. au centre; alorsl' universel n'.a plus de lieu e_t doi:ic n'a plus.lieu: ; :
Lattraction de l'exemple et de la ferveur nationaliste afro-asienne · ·:La première posture. peut être identifiée, je l'ai souvent dit, à.çelle
connaîtra dans les ans qui viennent une force accrue. » que manifesté Emmariuel.Levinas dans Humanisme de l'autre ho.mme,
On notera d'abord que comme par une pente naturelle le propos Où il dénonce Je inonde né de Band~g comme un.monde qui avec
paternaliste est là, qui dit l'Afrique destinée à être prise en main et la fin de la domination de l'Europe et ce. qu'il considère; ailleurs,
donc protégée par une Europe qui aurait appris à ne plus se présenter com..ffie une irruption ·dans l'histoire· des ' « masses afro~asiatiques ))
comme exploiteuse. On peut établir un parallèle avec le discours qui aura p~_rdu le nord, sera ·dev.ep.u· ~ monde «désorienté» parce qùe
s'entend aujourd'hui à propos d'une présence chinoise en Afrique, «désocéidentalisé »·:'.Cètte dénonciation est .mt<;'née au nom 4'un uni-
qui a pourtant rappelé aux pays européens et américains que des parts versel qui pour.lui ne peur être' que vertical; ·s'imposant comme. logos
de marché étaient à disputer avec de nouveaux acteurs (Inde, Turquie, venù d'en; haut et exigeant que: sur lui s'alignent-les cultures ét les
Brésil et _des pays africains aussi) sur un continent qui aujourd'hui langues d'un monde certes. pluriel, mais qui aura compris :qu'iLlui
demande des partenaires et Iion des tuteurs. faut slirmontee;:Babel ·en s'européanisant!. Parce .que fEurope, : natù~
; Ori no~era . égalementla ,notion ded' afro7asianité ,.(auquel Jean rellément,,est; .e n .ses langues et sa civilisation, f incarnation du logos.
Rous propose de vite mettre finparla constitution·de l'Eurafriqùe)·en La conclusion de Leyinas e5cqu'il faut maintenant séparer culture et
revenant sude_fait important qu'à Bandung ceux qui, ne .se :voyaient colonisaci,on. Plus question de: col<;>riiser? _Soit, _.mais il .est plus que
plus déjà coffime .des s.u:jet5. colonisés (le Liberia indépendant:était là, jamais -nécessaire, estime-:t-il, :que .soit.reconnue à l'Europe; à 1'uni-
mais également le pays qui.allait deveri.ir souveiain·detŒ~s phis -raid veisel, la mission de •cûntinùei. de•« çultiver» le monde, :'. .< · , .,
sous le nom·de Ghana) onr parlé entre:ewcet ont parlé des ·iffipéria:- ·,La seconde posrure est :celle qui sirllplement ~dentifie ,universel .et
lismes sans ·s'~~esser · aux puissances impériales. Que la rencontre ~e dominarfori, et cultive le ,relativism<1 comme une .manière de toujours
soit déroulée :eù·faisant,de !;Europe un, objet dù::'. discpurs et O:on ie se défier de l'un_, et dd'autre. ~De : la diversiJ:é:du -ri).onde, dit cette
centre .de. celhl~ci-.étàit alor!) ,une manière de cominçricer de projeter posrure, faisons principe; ·Eç là où Levirias imatait à 'refuser un monde
.un monde qui rîairrair. simplement plus d_e ;centre .. Cette provincia- de,fragmertts; 1<chacun 1).e se justifiant que de son co_n terte. propre»,
-lisation de TEurope dont: on parle" beaucqup (en·citant rChahab~ demandons: «Ei pourquci.i pas?» _Chltiv;ons~ mais chacun s0 njardin. ·
c'. était Baiidung;: .c'~i:aide : fait de dire ; «Nous ne·somines pa.s \ille Ce qui veu~ dirç: .ip.ettons en .chantiede!.projet .dtH<décolcinisedes ·
périphérie parce ·qwil · n~ya -pasde. ceritre.» _ .. ,_ •;,;;· ;.,\ ·1'·-:, ,,,. ·· · :-p savoirs» pour:f~re aqvehir:des épistémologies di,fférentes. . -. .
· ·:.On'. s~arrêtera alonLsur:les conséquences_, philosophiques de l'avè~ Nous . en sommes d'accord: le monde donr ·LeYinas: eiprime .I~
nement de ce monde postcoloniali ,qu'e:.J'oil: J!~"l1t,•.~ naîtrè . syni~ nostalgie, ;·:e;>Ù. reuropéanisatiori' dur inonde· •atJ. . nom de -l'universel
ooliqueriientA ,Ba.f!.dung, .un; m.o:nâe '· sudequeLne pèserait plus :une allait de:soi,-. Bandùng J? a effacédl fau:~ prédser que·.ce· n ~t, pas que
Europe:faisant de l'-universel~son. affaire,,c? rst-à;.dire son :état; sa.desti- le:monde: rie .s'éûtopéaajse ..pas: :Gest rqù'il ,s'.indianise aussi· bien;-et
hatioii. et:sa:inissio~. r, .;c: _•,i:· "". ·· :· ·"' '-' -,,;,:,_ ,c:_: .. .; .· · , , · ·~, ·- :. _: _; , .. ;· ' se ·sµiisej <iJ: s'africaµise· aussi. •.: . bref, , il ~e · créQlise : Jes 1< mas"sés\ afro-
.. On:_. pe_ur; ,tiier â,.eux -.pos~es épistémologiques:.diamétralement asi:i.tiq1;1e5.» dont .celui qui est·présenté comme «philosophe del' autre))
opposées del' affimiation que pose Bandung d'un monde postcolonial. a ·parlé avec condescendance matqu,ent leur présence. ..,

74
ÉCRIREI::AFRIQUE-MONDE POUR UN UNIVERSEL VRAIMENTUNNERSEL

· Nous en sommes aussi d'accord: il faut continuer de décolonisé[, au programri1e devraien,t :vellir !&Asie. et ~.d'Afrique, on . voit dans 1

et donc décoloniser les· savoirs. Mais il faut examine'r. soigneusement quelles impasses ce5 expre5siàn~; ·slogans: plus que>concepts réfléchis;
ce.que cela veut dire. Et se demari.der si cela signifie renoncer àTuni- . peuvent conduire. Évidemment qu~il faut rçpe'nser l'histoire de la phi-
verse!. Ma position est que non, Que c'est précisément dans le monde losophi_e contre la simplification opérée par le xix" .siède, ec Hegel èh
!li li particulier, pour en faire ·le propre 9.e ,FEurope. Il faut s'aviser qlJe
Ir ,!' d'après Bandung; quand la question n'est pas déjà décidée par une

I
· Europe qui se définit, .entre .routes les provinces du ·monde, comme les ' philosophes d'Orient· ec d'Afrique doivent être au cœur du cur;.
celle qui a la particularité de l'incarner que l'universel peut advenir. riculum et. il faut enseigner que la fameuse tr.anslatio stUdiorum,J e
Quand il. est devenu l'affaire de tous, également. Quand il s1agit de se cransfert~traduction de la philosophie e(.des seiences ·greéques, n'a
1:1.. donner, pour utiliser l'expression déjà citée .d'Immanuel Wallerstein, pas seulem em été le .traje~ .me.nant d'Athènes à Rome, puis au monde
« wi. universel vraimeni: universel». Mais qu'est-ce à dire? chrétien .d'Occident :· la tr;i.jectoire a été auSsi bien celle d'Athènes à
' Pour· commencer de répondre à cecce question, il: faut d'abord Bagdad, à C ordoue, à Fès, à Tombouctou .. . Comme.la translatio stu-
tenir ·compte pleinement de deux avertissements qui nou5 viennent diorum, il faut «compliquer Ïuniversel 1 », ce qui n'a rien à voir avec le
l'un de Césaire, l' aucre d'Édouard Glissant. Césaire nous avertie dans fait de s'interdire de penser avec (c'est-à-dire aussi peut-être « contre»)
sa lettre de 1956 à Maurice Thorez que;·s'il faut se méfier de.l'univer- Platon, avec Descartes, ou avec Kant2 •
salisme dans lequel on ne se retrouve pas dans son identité; fût-il celui De mani~re génGrale, pens~.r par nous-mêmes et pour nous-mêmes
qui dédare vouloir conduire «le monde. à changer .de base », ·il faut n'est jamais s'interdire certaks savoirs' ou certains ahteurs aü nom du
égalerrient ne pas s'enfermer dans ·sa pa'rticularicé, né pas SfL donner «propre ». En matière :c:le .s~voirs, il n'y a,pa!;_'3.,epropre. Il .faut p(!ns(!r
de son identité -une conception carcérale.: Césaire comme Senghor les questions africaines depuis ·EAfrique? Certainement. Mais il faut
préviennent que «penser . par nous-ni'êmes et · pour nous-mêmes» s'aviser alors qll'il faùt ·savait partir"de cei questions elles-mêmes èt
n'est pas séparatisme, mais quelque :chose qui s'effectue daris· la visée des exigences de méthode, de conceptualisation qui leur sont coex-
d'une «civilisation de l'universel»~ .I..:aucre avertissement~ celùi qui tensives sans s'épuiser dans les préalables d'une définition introuvable
nous vient de· Glissant, est de toujours garder.là ·pluralité ouverte, . du propre. Et s'aviser que, comme l'argument de notre rencontre
de ne pas .s'empresser de faire de :l'un; de tenir pleinemencçompte l'indique bien, les questions africaines sont des questions planétaires.
del'« opacité» de ce qu'il s'agit'de penser dans la relation saris le dis~ Compliquer l'universel, cela nous ramène à la question de ce que
soudre'dans l'.impatienœ de sauter.dans l'universel. ; ··' - pourrait être « Lill universel vraiment universel» . Revenons à .Levinas
Pour conclure; en essayant de répondre à la questiolr «que fai,i:e ?·»; · pour qui l'universel ne pouvait se concevoir que dans la «verticalité »,
· ..
je considérerai~ detix points: _ ,·., ·' ~: .- · le surplomb du monde par l'Europe. Et il se gaussait alors d'une
: . .Le premier .point porte sur la:notion &line :~pisE~mè: proprement expression employée par Maurice Merleau-Ponty parlant d'ex:plorer .
africaine.: Lorsque :l'on voit qu'au , nom· de' la. nécès~e «-d&olofii.,. la signification d'un «universel latéral». Il n'y aurait là, pour l'auteur
sation des savoirs >>- des étudiants de la pr~tigieuse School of.Oriental d'Humanisme de l'autre homme, qu'un oxymore bien vide. Pourtant,
and African Scudies {Soas) ·à Londres e5tirnent 'que de5 philosophes ce que dit Merleau-Ponty ouvre l'horizon et permet de penser un
comme Platon, .Desqutes ou ErnmanuekKant devraient ·disparaître nouvel universel requis par et pour le monde d'après Bandung. On
du curriculum parce que pour leurs écudes la majorite des philosophes ne peut plus, dans un monde postcolonial, dit Merleau-Ponty en

76 77
1
' ÉCRIRE I.:AFRIQUE~MONDE

substance, s'accrocher à un universel «.de surplomb >~. Il faut m.e ttre en


charitie.r wi universel de la rencq_ncre qui·S'insqit dans.le fait du.plfiliel
de'.da:ngues. en sachant.apprendre d'autres la:n.gûes. à· partirde celle
dite ..<< maternelle». On le voit: l'universel laifaa!. peut se·compre,n:dre
comme. !'.horizon de cette négociation ouverte qu'est la traduction~
Le monde de Bandung;;c' est,Babel? :Rien' ne serc de_se·lamentèr de la
disparition de la langue adamique, celle descendue du ciel. C' e.5t en
partant ·du pluriel.des langues que l'.cin visera la langue des langues. LES ÉCRIVAINS MIGRANTS .: CONSTRUCTEURS D'UNE
En. comprenant .que, comme dit Ngugi ,wa:Thiong'o, :cette •langue GLOBALISATION ÉQUILIBRÉE AFRIQUE/EUROPE
des langues, c'est la traduction. Doriner corps. à un universeL de la
rencontre, un universel de la traduction: voilà-me .serrible-t-il l'un· des Benaouda Lebdai
.. ~
chantiers .qui .s'ouvrent pour rios «Ateliers »,
•; : .- .... .
..1. .
Notes . . .... . -:· •i:

· 1 :' J3~bara ~i~, Elogedela t'raductio~. 'ê~~pliq~;f'un~~mel, P~~' Fayard,


2017. ·, .. . ,. . . ·-. .: ..... :.. .-.:::. . . ·,· ' .... , . ·.
2:)1 semble que des :fcirmillàtiori.S moins· separatists des èxigenœs ·des 1 .ét'u~
:.:.=~ ·: .
dianes de Soas_insistencs1:1r;le fait qu'il s'a:git:non_pas tarit d'élimllier,des philoc .i ~ . ~ . .; ' ' ... • · ' l '. : •

sop_hes . . leur p..ens~e


que d'approchç:r ..depui,s ,µne perspec;tive
- . .. " ' . . criçique...- ., ~ • t •

.. . - . ~ ~. -.
i• :i· · . ::-.· ,-.
. .- : ~· .

. . ;. ~ 1 ; _._ . .. " . .. ~
; J, ··:-

.:/ . .· .;- .. ~ - . . ;: . . ~- · ..- ; ~

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Benaouda Lebdai est professeur des universités (Le Mans Université, La réflexion menée par les Ateliers de la pensée de Dakar et Saint-
France) et chroniqueur littéraire. Il est spécialiste de littératures africaines Louis porte sur la présence.del'Afrique et la place qu'.elle doit occuper
coloniales et postcoloniales. Il a publié une dizaine d'ouvrages et une cin- en ce début de )OCle siècle. Dans ce cadre; je' propose d'analyser le rôle
quantaine d'articles sur des écrivains des deux rives du Sahara. Ses domaines que jouent les rnigrants africains dans l'équilibre de globalisation du
de recherch.e portent sur les rapports entre littérature et histoire, littérature monde. « DépbLcements d~ un lieu· à un autre, . déportations; ,exils 1 »,
et mémoire, sur les questions de migrations, d'exil et de genre, ainsi que
c'est ainsi que Jacques Lacarrièrè a defini les différentès migrations et
sur l'autobiographie. Il a organisé de nombreuses conférences internatio-
les migrations africaines, car sur le plan historique ori distingue uh
nales en France, aux États-Unis, en Tunisie, au Maroc et en Algérie.
nomadisme imerne, la traite~ des · esclaves et l'exil .postcolonial;_Par
, ailleurs, .Gilles· Deleuze a qualifié';les .déplaèemenrs des migr~t~ de
«:voyages sacréS~ » , ce qU:i .renvoie .à une 'possible-poétique_de l'exil,
présente da.Ils ·les littératures .postcoloniales; celle par exemple; d;une
(( prose. sombre ·des, réfugiés politiques et . économiques3 »..~t . que je
propose d'analy:ser. .Les, niig.i-atiohs sont_une conséque.çiœ .d u fait
. colonial d'une part et -dès .gabegies•.postcoloniales d' autrè ·Part; lés
enjeux politiqùes ..que posent lès_migrants :sonLsans .. aucun doute
significatifs,, et imon propos ·e st de soulignc:r l'importance des•littérao;
tures·. de la migration poilr: li' consti:uctio~ ;de fa'·présence ;positive•de
EAfrique dans le monde d~aujourd'hui. Ainsi, j'analyserai d'abordJe
rôle .détérmifianr de ·là mémoire dans. les , textes ·postcoloniaùx,•:pws
j"aborderai uiie première quèstioh: -celle des frontières -que pose de

81
. i
1
ÉCRIRE I:AFRIQUE-MONDE LES ÉCRIVAINS MIGRANTS

manière explicite un monde qui se dit global et qui dans le même In,igra'nts, la mémoire ancestrale et cell,ede l'enfance }pass.ent;parJ!uti~
temps se referme. ln fine, le cœur de ma réflexion montî:era en quoi lisatlori d'un'<<je»:quiaide àlueconstruction.de so(èÇ~avalçri.sation~
les écrivains de la diaspora africaine du nord et du sud du Sahara . . renfance heureuse, l'arrachement à un espace fa:mwaLpaisible som
sont les annonciateurs, voire les précurseurs, d'un monde nouveau des leitm()tiys: Olaudah Equiano se ~appell~ qu'il, fut comme un
. qui placerait l'Afrique au centre des enjeux de pouvoirs. La seconde «daim pourehassé5 >>;par les marchinch d'esclaves; e.t sa·mémoire troü-
question concernera les écrits des migrants, défis qui marqueraient la blante ressuscite cette.image de Ïinnoêence:er du ,maL Né pas perdre
fin de l'ère postcoloniale et annonceraient le commencement d'une la raison, résister passe par les souvenirs del' enfance'auxquel~l' adulte
ère nouvelle dans les relations Afrique/Europe. déporté s'accroche, qui jouent un rôleréparateur pr~ervantl'intégrité
que l'esclavage a abîmée. Les récits d'esclaves -=- Racin.'es d'Alex Haley,
Two Thousand Seasons .d'Ayi Kwei ·Aimah, ·.The ·Colot< Pur.pie .d'Alice
La mémoire reconstructrice
Walkei:, Esclaves de Kangni'Alem ou La Saison de l'ombre de 'Léo:nora
Les migrations africaines comportent une dimension tragique, Miano -; démontrent .queJ'. amnésie n' esi: pas le ,bon remède et que
telles les déportations de millions d'Africains vers les Amériques - la la reconstruction-de soi passe par la· mémoire.émotionnelle, co.m me
traire· des esclaves reste un traun:iatisrrÎè toujours présent des deux l'affirme la psychanalyste Cathy Caruth pour: qui le trauma -devient
côtés de l'Atlantique.·_ Le :fait colonial a forcé ses opposants ·à l'exil, significatif lorsqu'il ya <<une réponse, parfois différée, à: un é<lénement
à l'instar de l'émir Abde~der en.-1847, première:Jigure historique bouleversant"». Ainsi, cela augmente «.le stimuli de la mémoire de
africaine à avoir éte exilée'\, ou du roi Behanzin, exilé du Dahomey en l'événement?~> . . C'est e:icactement ce qui ·sè déroule dans .les· récits
1892·vers.la Martinique, puis vers .Blida en .Algérie où· il modrra en d'esclaves et d'exilés. Ainsi Helen Cooper raconte+.elle son exil dans
., . 1906..Les années:dè la 'posiindépendanœ furënt pour une multitude son autobiographie The House at Sûgar Beach, . OÙ· çlk montre que
d~Afrkains celles de l'exil, provoqué par des raisons politiques cm éco- sa· réconciliation avec.son !<moi» ne 's'est .faite qpe.grâce à la'. recons~
nomiqües. Plusieurs écrivains mettent.en scène la douleur des départs truction de son enfance.à Monravia qu'elle narre.avec brio .en ·«se pro-
tragiques; .non désirés: Des. teXt:es ,pùissants dévoilendès fêlures· inté- menant le long du chemin de la mémoire8». Cette mémoire:repolisse
rieures;· les ~lessures' psychologiquès, voire iles trau.ma5 profonds qui la .~olère .sourde que. provoquent les ·difficultés rencontrées dans le
s'expriment selon différents ·thèmes: :-La mémoire révèle ij~~ement pays . d~accueil ... Un processus idençique se constate dansJes tertes ·de
. ce :m;al-être; ,roµtten .j ouant un.. rôle .de- ca1harsis, .un rôle· apaisant migrants p'à~tcoloniaux. La mémoire .du paradis perdu:est tliéiapeu~
lorsque apparaissent la · mémoire familiale et la mémoire .culturelle tique; c~mme le démontre le romancier.Jamal Mahjopb do.n tl' œuvre
du pays• d~origihe. Les sources~ ancestrales
: ~- .. -eilamém~ire derenfance
:
revisite son·.enfance :à:Khartou.m pour assu.met·pleinenient sa dualit~
reviennent COQlllle un boomerang .à des. mçm~.c;its:.._~ dan_s le par- existentieUe :de ~migrant et de métis; afrieano-européen~· Il me .le confia
coiirs des·personnagesimigr;µits. :Lensembléd~ textes montre que le lors d' u.q. entretien que nplis avons eu ·à D janer-en Algérie:: «J e,ressens ·
rôle de. la;mémoire des origines ·s'avère·fondamental •dans la sci:ucture le b~oin de releverle défi des del1X côtés de ces·idèntités;I1ationales.
de5 récir.~Lfictionnels . ou autobiographiqués comme ~~ ;des esclaves Je ·sens .que sije:'.ne ffi~ ..re·co~aissais pas à moitié anglais, j.'ignorer:ii~
affranchis; telOlaudah Equiano; auteur: de The Înteresting Narrative la partie .de .l'histoire qui ·a fait' .q ue jé suis né d'.wie mè~e ~glaisd'!t
and Other Writing.r, publié en, 1789 . .Dans -les récits d'.esclaves et de d~un pète soudanais, c'èst:.:à:-dire· que.j'ignorerais l'histpire.'coloriiale'.

82 83
ÉCRIRE r:AFRIQUE-MONDE LES ÉCRIVAINS MIGRANTS

Je suis Fenfam. d'un :momencpa.n:iculier de l'histoire qui me ·dit;qu( ,_ [lavion qui ' a traversé les frontières· l'a engouffré~ «dans son ·inonde
1
je suis, qui explique le contexte de l'écriaire à-laquell_e fai décid~ ·q{ • étra.figer14,», délivrance par-rapport à la guerre, mais en même temps
me.consacrer9 . » · ·. ' arrachement au sol natal;. De même, chèz.la Zimbabwéenne J..Nazipo
l:écrivain migrant postc:olonial revendique ainsi le pays de5 ori~ · M~aire, la mémoire .ajoué un rôle signifiC:atif dans l'acceptaciori ·de
gines, afin d'intégrer son statut d~être duel et de trouver la sérénité cet« àilleurs »: elle l'exprime dans Zenzeleyun texte testament qui met
dans .ses ideritités plurielles . .Le mêine cas se· pose pour les roman- en scène ,une mère africaine rappelant à sa fille de ne pas oublier la
cières Calixthe Beyala, Malka Mokeddem; Léonora Miano ou Nina mémoire de l'enfance et donc de la culture du pays natal. Les repères
Bouraotii. La migration tr~sforme l'êtr~. Ce.qui est m jeu, c'est la identitairés sont revendiqués pour construire une identité afropoli~
revendication d'un nouveau:cosmopolitisme et.d'un nouveau rappo~t raine: La cultuœ s~illce .renaît, il se produit une récupération de soi
eritre le lieu de dé pait et le ·lieu d'arrivée. À ce propos, l' écrivain dans l'exil; une échappée de'.la zone grise, celle qui consiste à n'être
haïtien Henri Lapez a longtemps tenté de gommer sa part blanche, ni de «culture·noire, ni vraiment de culture blanche 15. », pour devenir
' 1 provoquant un-nauma qdil n'a surmonté. qu'en assumant les·deOx les deux à la·(ois .. LeS' .origines africaines ..restent préSenœs .dans les
faces de sa mémoire - sa mémoire noire et sa mémoire blanche. Là mémoires, apaisent.les traumas et permettent la création d' un nouvel
mémoire familiale haïtienne noire f'a aidé à accepter sa dualité issue être cosmopolite. Les récits des migrants conservent le lien charnel
de·sa migration canadienne. La mémoire assumée est ainsi réparatrice avec les lieux quinés : le Sénégal pour Fatou· Diome, le Cameroun
; ., 1 de blessures. Accepter sa' dualité rétablit le lien entre les pays, reliant pour Éric Essono Tsim.i ou Victor Bouadjio,. le Congo pour. Alain
- '-\' . les pays del' être et conférant un sens positif à.l'hybridité ,culturelle. '
Une:: des réalités du XXIe siècle postcolonial est la perception d'une
Mabanckou, l':Algétie pour Assia D jebar, le .Sénégal· pour Ken Bugul,
l'Afrique du ·Sud pour Zoë Wicomb, ·le Camero1.1.n pour Calixthe
1 nouvelle géographie où le pays de départ ede pays d'arrivée deviennent Bèyala ou Léonora Miano. Les écrivains de l'exil revendiquent.leur
un même et seul pays dans l'esprit . du .migrant et de -!'écrivain appartenance auelle, leur doublevision du .monde: !'Algérienne Nina
1 Bouraoui tient .à. être romancière franco-algérienne, . ni Française ni
migrant. Cette· nouvelle perception de l'espace dans l'esprit et dans
16
les .textes apporte une autre dimension politique à l'état di+ monde. , Algérienne,.mais l'une et l'autre; Maïssa Bey.le revendique aussi : Ce
Des romanciers comme Nuruddin Farah, qui clame haut et fan qu'il mélange voulu ·est loin d'une démarche assimilaàonniste et c'est pré-
«porte la Somalie dans son cœur quel que soit le lieu:où il voyage 10 »\ cisément dans ce sens que·:Homi Bhabha affirme· que l'exil exprime
ou Abdourahrrian Waberi, qui affirme que «l'Afrique. l'habite t~m­ de. plus en plus «.une articulation de !'.hybridité culturelle 17» à travers
jours1 1» quel que 'soit le lieu .où il réside; à Paris, Washington ou urie mémoire salvatrice qui· panse les plai~ du départ et qui permet
Berlin, sont de plus en.plus nombreux à le :dérn.ontrer par!' écriture · la reconstructiondll'«IDoi» dans, un monde global, v'ersune riouvelle
ei: par .les déplacements multiples.· La force_fl' ç,q~ement de -tous géographie humaine.~ .. ~ -. · · ' -· ··
ces romanciers migrants africains est q~'.ils panent .e~ eux plusieurs . :, :
•• l .·I ,. 1

mondes. ·Alairi Mabanckou l'e:irprime brillaminent.et avec une grande


La déc6n~tiuctiop dèS ·fr~ntières
pertinence dans .le monde est mon langage~1 ; . quant à,HelenCoopei, ' • . : , ,Ç · •. : .

elle intègre dans The Hou.se at Sugar Beach 13 'sa nouvelle identité mul- La géographie physique·e5tau cœur de la:quèstiori dans la mesure

l
ticulturelle en rétablissant les ponts entre!'Afrique et !'.Amérique, car où les frontières sont des problématiques postcoloniales et de critiques

.
84 85
ÉCRIRE I:AFRIQUE-MONDE LES ÉCRIVAINS MIGRANTS

littéraires cominel' affirme Ho mi Bhabha ~«la démographie qu nouvel népotisme et un rejet satis. équivoque "des montées de.s:: :fondarnenta-
internationalisme- est l'histo_ire de' la :migration posttqloniale 11l >> . er lismes et de l'iniquité ·du monde actuel, be désjj; d?.exil est lié à un
donc des passagci de ,frontières. Cette nouvelle configuration per7 instinct de survie qaj défie toutes les pet.l:fs, '.Cestle rejet.des enfer-
turbe les Occidentaux.car elle déconstruit de manière.subversive tère mements injustes. Les boat people hantent les esprits, ils occupent les
postcoloniale: les textes de la diaspora littéraire postcoloruale afri- .textes littéraires comme ceux de Boualerri_ qui;montre qu'un tel
. ..Sansal
.
caine prennent en ·charge le changel]1ent; :en décrivant combien les afflux de «gens sans terre, les "harragas'',:ces brûleurs· de r6ute20 » .ne
frontières -officielles sont niées,- effacées, transgressées, ;vaincues par cesse de grossir, .et il décrit les itinéraires improbables qui font fi des
des passages forcés ad.miriistrativement ou physiquement. Si·l'Europe frontlères, ·des circuits ' de contrebande ti~sés en Afrique saharienne
ferme ses frontières en utilisant un arsenal juridique impressionnant, e'r.subsahaiiehne ~ [.•-~J zigzagant d~s le .no ·maris lai:id, en Algéfie
en érigeant des murso et en installant dci barbelés, les migr.aiits des ecau Maroc;··de:nuit -plutôt· que de jour: et-loin·des n~utes carr:os;
pays·du Sud forcent le.s obstacles, souvent·au détriment .d e leurs vies. sables;. toujoûrs· vers ·le .nord~ouest21 ». D' autr_es . récits .relatent· .cette
Ainsi fa. cane du monde,çst~elle redessinfoselon leur propre grille de déconstn.iction des frontières: . parfois avec ironie comme cet .extrait
et
lecture,. qui déconstruit les -frontières physiques les frontières psy- d'Éric &sono Tsimi, qui fait dire. à .un «< harraga» :· « Quand-.1;1oüs
chologiques. Les récits postcoloniau:x oi:ivrent de façon fulgurante des interrogion.s les smartphones chinois [ ... ] Googlè Maps-reconnaissait
interstices d'interprétations multiples dans la.cane -du monde, révélant humblement qu'il lui était impossible de calculer l'itinéraire entre le
les chemins de traverse et les èapacités d'adaptation de l'être humain. Caineroun·et Paris22 . » Les inigrants ti-aversendes,déserts et les mers
Les écrivains migrants font .naître .des chemins de liberté pour leurs au péril deleur vie, ce qui aug~ente leur d_ésespérance? . ~ais au.ssi kur
persciruiages -en: quête ·d'abscilu, refusandci cloisonnements, rejetant courage décrits· par ;Malika Mokeddem , dàns •La Désirante; -Yasmina
-, la fatalité quand il n'y a plus d'espoir. .Les migrants· deviennent des Khadra .dans L'Équation .africaine; ,Victor. Bouadjio dans: Les Luciol'es
~< sujets actants», · des .«<sujets courageux»; qui brouillent les lignes, noires· ou Hakan· Günday d:lns .Enéore. Les romanciers parlent du
qui fissurent les .frontières; comme la:Nigériane Chimarnanda Ngozi tr:i.6.c des clandestins et dénoncent les passeurs de frontières sans foî
Adichie dans /lmericanah;.Zoë Wicomb dans Th.e .One 7hat Got Away , ni,loi23. Fatou Diome exprime: l'attraction de !~exil en acéeiJ.tU.anda
ou Alain Mabanckou :dans ·Black Bazar et -Le monde est mon langage. ·négati_Oll des frontières, et dénonce lci,nouvelles fOUte$ de l'esclavage:
Les départs volontaires transforment .les ;frontières en ouvertures.- .sur " .·'. .~ ..

_ le monde et les exilés revendiquent avec force une carte gé,o graphique Pas.seports, certifigts d~hébergement; visas
ouverte, dépo~e de lignes qe démarcatiop. Dans Le Patient anglais ,... •. Et le .reste qu'ils ne nous disent pas '' :
de Michael Ondaatje;Iepersonnage principal;déclare: «Nous sommes , ., Sont les ,nouvelles chaînes de l' éSdavagè,,. '
les vrais pays et noh pas ces froi:itières tracées s.µr çf~airtes ,portant .; · · · -.Relevé d'identité bancaire :... · •.
le nom d'hommes puissants ... Tout ce que }e voulais, c'était tne pro- · Adresse et origipe5 , . . · ., . ·- · :
: ·> ·

mener, dans un monde sans canes 19._» ~ dépa.rts li~ au désespoir Critères deFapàrtheid rriod~mesc. . ·_, ' .- . '· ~ . . ':

et à la colère proclarhent le rejet d~ ~~rr~, ·J~ i~ 'pau~;~té -e~ cles [Afrique, mer rhizoéarpée,, nou5 donne le séin .:;::
formetures dés fron.tière.spoi.ir les ex,..colonisés:Le désir.d'exil est une . roci::ident 'p6urrit nos envies : . ::· ,, :1 . . . -;· :·. · .,
èritiq lie aèerbe .- des. guerres:fratricides, ,des .gouvernants africains, du Et ignorelescrisdenotre.faim · · ._, .·..

86 87
. 1
ÉCRIRE l:AFRIQUE-MONDE LES ÉCRIVAINS MIGRANTS

Génération africaine de la mondialisation . nouvelle intitulée .!< Marna Africa » donc le personnage principal ,djt':
Attirée, puis filtrée, parkée, rejetée, désolée ' «Je me rendais bien compte que ça devenait,plus qu"un choix, ou uri,e
Nous sommes les Malgré~nous du voyage2 4; · envie. C'était une obligation, la vie me l' oblige~t; me l'.imposait, -m~
l'exigeait. Quitter ma famille, mon village, mon pays; mon con'tinerii:,
En dépit des régl,einentations frontalières, les« harragas »dérangent ma vie .. Ma vie?-Ma vie n'avait plus de. raisons de se faire ici32. » La
et bousculent le tempspostcolonial, resté figé dans des frontières offi- tragédie des exils ést bouleversante, comme le signifie Aminata Traoré
cielles décidées par le fait colonial en 1885 à .Berlin. _Les migrants dans L'Afaque humiliée à travers les paroles d'un exilé qui déconstruit
crient leur existence ·et ils se dirigent là oùcse .tiouve · la richesse', les frontières mais qui reste critique d'une telle situation: «Je ne.sou-
espérant une vie digne25, dénonçant à leur manière la faillite des indé- haite à personne de connaître l;i: peur que j'ai vécue face aux vagues
pendances pour des .catégories de populations .oubliées. Des textes avant l'embarquement et en pleine mer quand, d~s la.nuit noire et le
comme ceux de SalimJay, Tu ne traverseraspas le détroit2~. de Youssouf froid, nous ramions sans savoir où nolis allions. À présent, dans l'enfer
Amine Elalamy, Les ClandestinP .ou de Sadek Aissat, Je fois comme de !'Eldorado, nous endurons· toutes sortes de souffrances et d'humi- 11 i
foitdans·fa mer le nageur28 racontent l'espoir et le désespoir des laissés- liations33. » Les ·exilés sont en effet décrits comme des «zombies »34.
pourccompte. Éric Essono Tsimi narre avec humour qu'en Afrique Ces textes absorbent les tensions et les frustrations de !'exil post-
«.même les bananes s'en vont29 », ce qui confirme la déconsttuction colonial avec ses zones sombres et ses espoirs, tendant vers un monqe
des frontières. Le romancier Hamid Skif écrit sur la solitude de l'exil global nouveau où les richesses et les cultures devraient être partagées,
dans La Géographie du danger, .où il explore la psychologie du migrant ce qui placerait l'Afriqu~ enfin au centre du monde et non à sa marge.
sans-papiers, donc hors frontières, en imaginant ses fantasmes, ses
..:, désirs, ses misères et ses frustrations sexuelles, Il oppose l'humanité
Le rôle novatem des écrivains migrants africairîs
du personnage au terme administratif «s_ans-papiers », qui fait de
lui un paria; un terrorisé, un non-existant' car il a · brûlé .la frontière Les romanciers migrants écrivent à partir d'un double-ancrage et
officielle. Le risque . d'être .arrêté; empriso.r;mé, voire tué,1est omrii~ c'est là que réside leur force convaincante. Ils développent l'idée de
présent. Politiquement, ' Harnid- Skif accuse les pays rkhes d'ign~rer la liberté d'êüe dans le monde, à la fois .en Occident et en Afrique,
les nouvelles réalités humaines post-postcoloniales, surtout de. ne sans antagoriisme nj mairimise d'un pays sur l'autre. Ils n'éludent pas
pas dépasser l'histoire coloniale,. Ces voyages migratoires écartent les la désillusion née du rejet dans les pays d'accueil, mais c'est dans ces
barrières censées être infranchissables, comme le dit-Fatou Diome dénonciations que leur rôle devient salutaire. Les récits de' Rachid
dans Celles qui attendent: .«On sè.servait _dela volonté,· comme d'un Boudjedra -'Topographie idéale pour une agression caractérisée ""'-, · de
piquet, pour fixer l'envie de vivre. Et même si la.vi~p·~~~~ que sables Michael Ondaarje - La Table des autres ~. d'Amnia Darko - -·Not
mouvants, les kamikazes qui affiontaient la pauvreté s'y àccrochent without Ffowers ·--c -intègrent les traumas tout en revendiquant-une
fermement 30 • » Les migrations transforment l'image des' ex-colonisés nouvelle transculturalité qui casse , les . frontières binaires : impo~ées
· I'
'!;
J· qui proclament leur conception de la géographie du npuveau monde par l'idéologie coloniale; qui perdure dans . la (( postcolonie»;r-poûr
! ~
I, global. :Lexilé redevient humain sous la plume de .Mahi Binebine dans reprendrde titre d'Achille Mbembe-3~. Ces textes décalent le. centre
Cannibales3 1, de Hicham Tahir dans]aaboukavec cette bouleversante à' la •manière directe du Kenyan Ngugi wa 1hiong'o36, trouvent leùr

88 89
. ;

J!CRIRE I:AFRIQUE-MONDE LES J!CRJVAINS MIGRANTS

équilibre dans la déconstruàion des lignes idéolOgiqqes et psycholo- textes œuvrent à changer les mentalités a~i : bien en Afrique. qu'èii
giques grâcè au «métissage» culturel revendiqué par· Henri, Lopez'- Europe. Les E~op~ens, réc_eptifs à la c~~t:lêm . Vt:té.rair~ et aux ~ouyelles
wêtre métis est finalement une chance. Le inariage des cultures étant p.ossibilités d;éc:h:Uïges, s~raient pl,~ ..insP~+éS d.;e?- éla!{~µ- Ja dufUsiori,
fécondant37 », ou par Zoë Wicümb qui l'exprime avec finesse (Une car . une dimension politique .vaste e~ · optimiste se perçoit dans ces
clairière dam le bush). Les métissag~ culturels broi..ùllent les frontières textes, malgré les blessures. Sdes técii.S' ci:c6ntentla: :mémoire du pays
réelle5 et les frontières raciales. La revendication del'hybridité et de · perdu, c'est pôur rrii~ux ihiégrer le présent pennfuent, ~ri rèlaclpnn()J?-
la diversité culturelle débouche sur une proposition innovante: la ~teir~~pu~ avec l'Afriq~e. ~ ,; migianrs/re°stah.ts'»négo~.l~nt le5 ~ri.U:'.
place centrale de l'Afrique dans le. monde. Dans cet esprit, les écri~ Vfî'l!P' espac~,.~nrr:c:;,çxil .er.r~ya1pne, entre d~ench.ap.t~m<:~t e~ ~nch~­
vains migrants encouragent , la compréhension de l'autre, · plaident tement, dans' la: fdrce . d\in . discourS: de changement pour une vision
pour la tolérance daris les deux continents, illustrées par leurs voyages d'une Afrique positive, ils constniisèfit' de5 pont.cl et tissent des liens.
culturels aller-retour Afrique/Europe - ·imaginaires ou réels, comme Edward Sii~;)atii. 'Gifroy, 'Adiillê Mbeirtl:>è,'Hoîili ;sp-:\.i}li~;)3'owtleil1
ceux d'Alain Mabanckou qui revendique son.état d' «écrivain et oiseau Sansa!, ksia bk~~l?~~: Feiwi~e . s:ir~12 ;~6~r\s§ent. l~uii'·~~d~:.~~i­
migrateur »38 , mais toujours hanté par.~on village natal au Congo39. Le tiq~es d~ n~~v~Û~ ~l~ion~ d~ l'Afriq~~ ~t du. ~~~de: et t()US s~tilignent
critique Derek Wright dit des textes sur l'exil et des textes de migrants de manière explicite ou implicite que la «résidence longue durée»
qu'iksont écrits dans «des zones de transit et des espaces entre deux décloisonne les frc~htières nationalès afin' de tréer dès espaces' «lraléi-
mondes 40»c Les écrivains migrants se présentent comme 'multiples, à doscop.es43 », pour .repren_dre l',:xpressiôk ::dé·l~ '~~i~qué J.~a. ·Ï(i~tëv~ ·
l'instar de Dany Laferrière qui affirme son appartenance au moqde: la nligrante. Ils disent leur espoir de voir émèrger UI1e Afriq':le soF~e?
«Je veux écouter la chanson du monde et je refuse les ghettos41 . » Ils en paix .a:v~G ~lle~même, . car les potentialités .spi:it ,là,, Ils plaiQent pour
rejettent les assignatio~ à résidence, refus~nt l~s collli!1unautarismes, une .Europe·ouverte, enfin: débai:r:iSsée du·C()mplexe du colon: Le tout-
dénoncent la ghettoïsati~n, ils ;ppellent à 'p~~er du dés~~~h~tement monde, ccimffi'.è ·dit Édouard Glissant; 'est baié ~~ dfr identités"mul-
àl'.enchanterrient qui repose sur des identités ,rriultiples, pour trouver tiple5 rés~lurrierit afnf~éèS ~_« la ijhe~tÛi~ n·~·tieri ~ ~q~·~~~c1'a~esse
un nouvel universalisme. Lidentité plurielle eda transgression· terri- personnelle de l' écrivain44 », qui
intè&:~ t?:~~~ ~~ ·a~esse.S . p~ur fi être
toriale apportent .ù n éclairage sur la psychologie des «Afropblitains »; en e.xil·nulle p:µ;t .. Tel est.le ptojet•universel des intellecqiels africains,
· citoyens d'un .monde sans frontières ·_et qui le · revendiquent pour un où qu'ils soie.ht;':.tel· deVràit être celui des· intellectuels eur6p~eris ·àussi,
renouveau.des relations Afrique/Occident. ,.. comme déjà}. M ..G. Le Clézio. Les écrivabls africains migrants c9iirri:.
.:_; I.:hybridité culturelle; l'évolution. vers. un monde nouveau. ~t dif- buen~ ~ddri~h!; )'~i:i sllis 'p'~isÜidé, a~ê ~ibilii:é ei: ~. llile "prés.~nc~
férent se lisent dans tes textes.forts, marqués par les.séquelles tratima- cqnstrl,lqive .d e.rAfri.qµe d<lJl.s_c:e:.rnonçle glqg_~·- . . .. .. .
tiques du côlonialisme, du postcolonialisme erde !'-exil, l.:es écrivains
·migrants: s'emploient à entrelacer les cultures, et à placer l'Afrique au • ..··:.:.. . .:_' : . : . ~: l ,. · : .. - , • ... ,_, . _ i
.. :

centre. De nouvelles identités transnationales, de nouvelles géographies


' ·~ - . · r '.

s? installent, hées de:; la mémoire des origines et èleJa._volonté. de s' iri.Scrire


dans .un monde global équilibré. Les. écrivains. de la diaspora appar- . - . l:.'

tiennent à une· génération revendicatrice, à un , nouvel ordre,. et .leW:s ...:.· .;_·, ·


· ... . : ._ : . . ~ .. ,.
1/ ~
Q()
1
- . ·--- ·~-------~~~

ÉCRIRE I:AFRIQUE-MONDE LES ÉCRIVAINS MIGRANTS

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Bibliographi~ .
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r· ÉCRIRE !:AFRIQUE-MONDE LES ÉCRIVAINS MIGRANTS
I'
1

0
\
'
'
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DE QUOI AFRIQUE .EST-IL LE NOM?

Léonora Miano

« Can't nothing heal without pain, you know. »


Toni Morris.on, Beloved.
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Née à Douala (Cameroun) en 1973,' Léonora Miano vie en France ; . La question ne semble plu.5 se poser de savoir ce que recouvre l'ap-
depuis · 1991. Depuis L1ntérieur de la nuit, son premier roman publié en pellation ·de notre continent. La réponse est évidente et; si d'aventure
2005, Léonora Miano a .accumulé les récompenses lircéraires. À ce jour, elle ne l' était:pas, nous pourrions ; exarriine.r l'origine historique de
quinze ouvrages - romans, nouvelles, théârre, essais - ~ne paru sous sa cette désignation, consulter.ensuite lci cartes; poin,terdu doigt l'espace
signature. Son écriture s'arrache à comprendre les expériences subsaha- concerné, débattre; peut-être, de la fiabilité des éléments présentés: Ce
riennes et afrodescendances, pour les inscrire dans la conscience du monde. n'est pa.5 sur ce· ter.rain-là que je souhaite .nous en tramer aujo!lrd'hui·.
Léonora Miano a reçu le prix Goncourt des lycéens en 2006 pour Contours La questio~ ici est double: Elle est celle du contenu symbolique; ·ellé
du jour qui vient, 1e prix Seligmann contre le racisme en 2012 pour Écrits est celle d!J· projet; Les populations de notre continent ont assimilé
pour la parole, le prix Femina en 2013 pour La Saison de l'ombre. plus qu'elles ne se sont approprié la ,dénorriinatiorr-choisie par d'autres
pour lè,s désigner. Depuis .les berges du fleuve Sénégal jusqu'aux-rives
:du Mississippi; nous sommes doncdes Africains, ei: quoi · que cela
veuille·dire; l'af~aire. est entepdue. Un fossé sépare cependancassimi-
latlon et appropri;,ipon. La première, en tant qu~elle .est une ingestion
. mvolontaire, .inipeqsée;in'a pas la :v;Ueur·de la sc::conde qui est, 'quant
à elle;,!~ aétualisatiorJ d'un .pouvoir. ..-, . ~ · · •·· . . _r-.
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·: Léléinent Î:Ilgéré dans le cas de Fassimilacion est~certes méta.bolisé


par l'organisme: qui l'a reç~; 'mai.s ce:qu'il lui apporte est fonction·de
sa:natùre initiale; de _sa qualité; de sa compatibilité· avec les ' besoiris
du corps sotirnis.à son action. L:appropfiation, au contrairei'est maî;
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crisée de façon à nourrfr le projet de celui-qui a non seulement choisi

1 ·.$, 101
1
ÉCRIRE !.:AFRIQUE-MONDE DE QUOI AFRIQUE EST-IL LE NOM?

ce qu'il s'est approprié, mais qui a décidé des usages à en faire. Pour cela que.dide nomAfrique, inconnude nos ancê~es: précolonia~,' :et
· illustrer plus clairement cette proposition, nous dirons, paï exemple, cependant devenu nôtre; : . .• : .> : · "; ;. · - ~ . " : · .:-. -~·: L> L ;. :; •· " ~ J.'
que les colonisés assimilèrent des éléments issus des cultur~ impéria- i .· Lesancêues ont fait la'. preuve de leurcapacitédei-ésilience, ddeui:

listes sans se les approprier. Parce qu'ils ne choisirent ni leurs colons, incroyable adaptabilité• et aptitude à intégrer ·des apports: exogènes;
ni ce que ceux-ci leur imposeraient. Parce que les apports furent, dans même·mal Qlétabolisés: Ils ont,survécu à bien des bouleversements et,
bien des cas, inconciliables avec les systèmes de pensée locaux. En alors qu'une Eurdpe pervertie par sa propieavidité rayait des. peuples
revanche, nous assistons à des cas d'appropriation lorsque des élé- entiers de la surface du globe,-.Ïious avons été engendrés.•Nous avons
ments appartenant à des cultures minorées sont utilisés à des fins vu Je jour, ;jci, dans cette région. du nionde,_:et .notre dernière hell!e
de divertissement ou de travestissement dans des environnements nest .pas <venue, Ne dc:mtons pas q~e ' nos ancêtres.soient en-mesure
culturels hégémoniques où leur signification est méconnue, dévoyée de nou.s, reconnaître, qud :que soit ·noue no.tn, lorsqu'il nous faudra
ou moquée 1. Les éléments culturels appropriés le sont souvent de quitter cette vie et les rejoindre . D'àilleurs, il arrive qu'ils nous rendent
façon temporaire et ludique. Ils ne remettent pas en question les fon- visite.- Ceux parmi nous qui sortt..des créateurs le savent :' nos fuleêtre5
dements culturels de ceux qui s'en amusent un temps, riy recourant sont o.ù nous nous ,trouvons, '1~ frontières· spatiales et :œmporelles· ne
que pour colorer leur ·ordinaire. Les éléments assimilés, . à .l'.invèrse, les impressionnent pas. Le monde, puisqu'ils l'ont peuplé, leur,appar-
affectent-en profondeudes sociétés concernées, qu'ils.sont. en mesure tient~· Les territoires où leur .. sueui: et leur sang furent dévers.éS .nouS
de déyiraliser. Gettedissymétrie:mérite d'être remarquée. . : , appartiennent de droit, quoi que l'on dise ici et là.
· Eass4iù1ation; qui entérine la position de dominé, ,Œest. doncpas Pourtant, je l'ai relevé, il y a bien un sujet; un trouble: Eassi.tnilation
sahs poser question~ ·Pourtant, divers·éléments plaidenc en faveur du soulignée plus tôt n'. étant pas une appropriation,. il arrive que nous per"
~ nom' Afrique: .D"abord, .une .donnée ·strictement pratique. Err effet, cevions·en ·nous. u:ne. crispation;' voire .Un -rejet..Le besoin de retrouver
l'appellatiorresi;.désorinais .àndenne:. Elle apparaît dans âe nombreu:ic leur nom, et avec lui le tracé de ·leur destinée, n'. a cessé.de traverser
ouvrages, dans des ·productions de tous ordres. Elle a·f9rgé des cou~ nqs peuples, sur le ,continent autant que dans les diasporas. Ainsi, la
rants militants;.y ·c~mpris les ·plùs radicaux, depui;; le panafricanisme terre ancestrale est-elle; pour certains: Alkebu-Lan; Katiopa, Farafip.a,
jusqu'à l' afrocentricité et; si nul n'emploie le terme de blanco-africain, Afuraka, TaMery, ou encore Kama ·~ quel' on sait dérivé deXemet --:,
celui tout. aussi-curieux de négro-africain s'est quand1:·fui : enraciné etj' en oublie. Redécouverts,. revisités ou inventés, ces différents·nôll}S
dans nos espaces. Revenir· sur tour cela paraît :inimaginable.:Œnsuite, donnés au sol aricestral, .le fait qu'ils soient ·employés dans le quo:.
j le no~ sous lequel 'notre terre·est connue a une: origine ber~ère; contil tidien de.'personnes ou de groupes · .qui · les •èhérissent, attirent d' at.,.
:.11 tention~ Ces multiples dénominations révèlent que, ddaçon intuitive
nentale•donc.· Péu•importe que l:icplupart:des•Maghrébins'Yi'v.ant sur.le
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continent réservent aux Subsahariens le nom d'A..fricaim2,. ·Poür: finir, ou mûrement réfléchie, nombreux sont ceux qui coinpr~nhent_ce ·que
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et' .ce point n'.escpas le.moindre, .des mutations .se son,r.produite5'dans Toni,Morrison fait dire â la vOiX narrativ.e ·âe;sofr roman Be'ioved:
rios : contrées. depuis)e xvc "siècle, qui: légitiméta:ient •que.' n,odden:- n
« [ .• definitions belonged to_the' definers •-7'. :not the·defined ,, >> '~ "'·'-
3

.tités soierir-désorniais dé,signées de façon à. rappeler, rion seulement Sans, doute :est"-ce une obsession -d~écrivaine; '.que ·cette' attentio'n
là:.rencontrn::avec· une ' Europ~. conquérante :et prédàtriœ, ~ais~ son apportée aux désignations: Ce propos .tiré de Beloved peut s'interpréter
. 1
;-
empreinte sur nos ·vécus; hier comine aujourd'hui. ·Car; c'est en partie Sl· de deux manières utiles: à notre ·:réfl.exion. En ,premieL:lieu;;:on :dira
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1
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102 !
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103
· ÉCRIRE I:AFRIQUE-MONDE DE QUOI AFRIQUE EST-IL LE NOM?

. que· les définitions appartiennent: à cernt· quiJes :énoncent, pas· à ceux Eêtre· s'~nscrit dans une filiation permettant de ~ongédier.Eapparte-:­
qu'elles désignent. Ces derniers auraient donc tout intérêt à .trouver nance forcée par l'Histoire. _Cela relativise la portée du .nomAfocdin,
le·rhoyen de·préserver ce qu?ils sont au profond;··de se connaître eux- Inopérant lorsqu'il est question de se définir pour soi~même, il dèvieiit
mêmes ·autrement qu'à travers l'appellation imposée, le discours de un nom pour autrui, un masque.
l'autre sur soi_ C'est à quoi invite la .vieille' Baby Sùggs; personnage Hors des cercles intellectuels, loin d~ milieux militants, :Africain;
pù:issant de Beloved, dans les prêches profanes qu'elle. offre à sa com- pour une écrasante majorité de Subsahariens, · est une appellation
'.i munauté, incitant au soufrde soi; à l'amour de soi..C'est aussi cette secondaire, nonobstant les transformations dont elle est la ·marque.
appréhension autonome de soi qu' ont:recherchée les Afrodescendants La nationalité, qui fut parfois ignorée par ceux qu'elle désignait, dans
des Antilles françaises en instauranda pratique du -nom caché, lequel lés zones rurales notamment, n'a été que tout récemment apprivoisée.
était chuchoté au nourrisson par sa mère;· alors que:1e prêtre énonçait C'est lorsque l'on quitte les siens que les désignatibns héritées de l'ère
le nom de baptême4. Sacré, l'anthroponyme secret devait· contenir coloniale acquièrent un semblant de pertinence. Loin du continent,
la :vérité de r être; ·dans ces .îles où le 'nom .servit à rabaisser les indi- Afrique vient soudain à soi comme un recours, une planche de.salut.
vidus, les familles·. À ce: sujet;- Philipfie Chanson indique: « [ . . .] le Isolé parmi des personnes dont le phénotype et les codes diffèrent de
nom secret signe à coup sûr la plus' an2ienne pratique de résistance ceux que l'on connaît, ses éventuelles significations affleurent. Face
à .la dépersonnalisation coloniale [ ... ] .c'est dans ce nom-là; mysté- aux férocités de l'adversité; elles se consolident. Afrique devient_alors
rieux, que réside, pense-t-on; la force imprenable, substantielle; ,de le nom à la fois de ce que l'on endure, et celui des ressources quel' on
tour individus: » " . oppose à l'hostilité. n devient aussi le nom de fraternités nouvelles
Nous le savons, : dans . nos :4res subsahariennes .· aussi, les indi~ entre Subsahariens, de proximités insoupçonnées, d'arts de vivre
-1 vidus eurent des norhs-multiplesi: certains :ne ·pouvant ·être'févélés souvent mieux partagés qu'ils ne le sont sur le Continent. Ce contexte
au commun: Le nom changea selon ,l'évolution spirituelle ou sociale donne lieu· à un mouvement spontané, sensible, qui n'est pas encore
d'une · personne. Toutefois, po.ur un· sujet comme -pour un. groupe, del' ordre de l'appropriation, mais qui en esquisse la poss~bilité. Il est
il paraît malaisé de projeter;' autour de soi; )a ,puissarice d'un nom aussi le creuset dans lequel se forme l'identité afropéenne ·qui enlace
dont la profération est quasiment proscrite. ·Avoir un .nom pour soi la diversité des cultures mises en relation.
qui ne soit pa5 celui communiqué à autrui n'a de validité que dans ' . Le propos de Morrison peut également s'entendre. comme .suit:
. la mesure où l'o_n navigue ·entre les espaces, de telle· sorte qu'il y en les définitions appartiennent à ceux qui les énoncent, .mais pas ceux
ait 'au moins .un. au,: sein · duquel il soit permis d'habiter pleinement qu'elles visent. Ainsi, ceux qui ont été définis demeurent leurs.propres
l'idée ·de . so~ la plus signifiante-:: Pour .transcender leur -condition en possessions. Ils ne sont pas le bien de l'énonciaceur, le pouvoir per-
unJi~u où kpratique du nom secret n'était pas Ç_gnll!!_0es enchaînés formatif du verbe se ·trouvant ·annihilé par ce · que · portent en ewe
des Etats-Unis d?Améfique6 dissocièrent le 'corps de l'âme, ·afin que les groupes dont une définition avait voulu borner rhorizOn:- Cette
soit créé i< un domaine· intérieur où s'exerce .l'autorité d'ufie:subjec- lecture intéresse, si l'on considère qu'il y a peu de chanc;es pour que
tivité en désaccord avec ladite condition>>". En Afrique subsaharienne, l' app'ellation Afrique fasse prochainement!' objet·d'une modification.
d' én1inents· territoires du nom légitime existent. •Ce: sondes commu~ Il . ne s'agit pas; . en abordant cette question, de faire de rHistoire
ï
nautés dans ·lesquelles on est bandjoun, duala, sérère ·Offmuluba. Là, contrefacruelle, celle des possibles · non advenus, en évoquant les

104 105
ÉCRIRE !:AFRIQUE-MONDE DE QUOI AFRIQUE EST-IL'LE NOM?

nom~ 0qti'aurait pu porter le continent·si sà trajectoire-historique avait .continent et·à .ses ·peuples, dans ·tous les.domaines. ·Ce:queorevêt.f ap.,.
été ~érente. Le propos ici n'est pas non plus de C:ajoler nos douleurs, pellation .Afrique poui ·le reste du monde n'est pas i:in.mystère, .nous
d'établir la blessure COfi?.Ine ciractéristique unique de l'expérience. n'avons pas à: rio us y attarden Ce qui importe davantage; c'est ,ce que
Cependant, il importe de se souvenir que le langage, les · mots; les ceksignifie pour nous:: Puisqu'il semble.que Ie:J?.Om se soit acclimaté
désignations, ne sont pas neutres. Les langues, qui sont des systèmes sous: nos.latitudes, ·disons un ·mot de ce qu'il jndique; pas tell(!ment
de pensée, ont été des instruments d'assujettissement, les outils d'une en ce qui .concerne nos· identités comme-ailleurs mouvantes ~ten
pénétratio!rpar.effraction au cœur de visions du monde qu'elles ont perpéttiel inachèvement, mais s'agissant de-hotre sin~ation, vôire de
contribué à brouiller. Les mots qui constituent les langues ont ser\ri à riofre. condition. Car, se dire Africain-: enAfoique subsaharienne ~
fracturer f unité du genre humain, à expulser des peuples de lafamille c'est énoncer. un être au .r;nonde complexe ~qui:fait . de-nos 'peuples des
humaine. Ici,.sur notre .c ontinent, des nations ont jugé nécessaire de groupes humains quasirrient.sans homologues. ·.. ' _ ·.•. . ·
se défaire d'appellations non conformes à leurs aspirations, .comme Les Africains sùbsahariens ne' sont pas uniquement les:habitahts
elles·allaient reprendre en main leur destinée. C'était·une nécessité. d'espaces; géographiques et politique$ ·nommés, puis . bornés·· par
Lobjectif n'est pas d'inviter~ une mo9Jfi.cation du nom Afrique, d'autres. Ils, cheminent le long d'ilne faille i.htime que ron .pourrait
bien qu'il s'absente de ma création littér~re, la plupart du temps. décrire comme étant .à la fois la trace toujours plus évanescente d'iin
Il s'agit d'en interroger les significations pour nous-mêmes, de voir passé dont :ils perçoivent en ·eux divers échos, et la ·. visicin\ ericore
comment procéder pour. y loger, par catachrèse, des métaphores nou- bn;>uillée d'un futur .aux . contours imprécis .. Les Africains - subsaha~
velles par lesquelles l'appropriation serait plus qu'un ;renversement du .,. riens siègent sur une zone .d'iliconfort:,. .le site des agressions ;d'hier
stigmate, et qui pourraient soutenir un projet de civilisation original, et souvent d'aujourd'hui devant aussi devenir celui· de la · r~habili­
.!.
" autonome. Ceux qui étudient · les textes ._lin;éraires. savenr qu'.au~delà J-;. - tation, . del~ épanouissement; Plus que le fait de devoir se,redresser s4r
. de ce qu'expose un écrit sur le plan narratif, il recèle; tapi au fond le lieu de la chute, la difficulté ,réSide dans l'impression, d'avoir àJe
de ses catalyses, un propos n'apparaissant qu'au terme d'une ami.lyse faire en usant d'outils - langues; technoscience; système.économique,
méthodique. Tout texte est irrigué par le discours théorique qui l'a structures politiques, ,etc.. -"--.ayant :servi à la destruction'. Il n' esr-•p3.$ '
produit. Et il y en a toujours un, que l'auteur en aic'. ou: non une aisé, de se savoir enfanté à la fois par .·le: violeur· et par sa victùµe; ' dé
claire conscience. Il en "va de même en ce qui co"ncerne l'appell~tion les. abriter .tous .deux ·en soi, de ne ,pouvoir en- rerii~r un .sans .,s'aù.:-
Afiique.; Cette dernière ne peut. être vue comme, une simplè dési- tomutiler. D'autant qu'à ·l'inverse des-populations · descendantes de
gnation.: Afrique est line narration, une histoire déjà multiséculaire Subsahariens déportés .aux Amér.iqties; ·.c'est.sur le.-·sol; ancestral qu'il
dont il convient aujourd'hui de forger le sens afin de la posséder.plei- faut·.se confronter aux conséquences dé' la .violence, .'apprendre à eri
nement: Toute ambition panafricaine repose s,urle ..conte.Q_u donné ati ar9orer avec grâce les cicatrices: .• · ·.. · ,;,-( · ·. ' ··
nom Afrique par ceux qui entendent la réaliser. · . ,. Parce qu'il en ~est· ainfr.et. parce que les e:kemples_d;une .telle
· Or les · projets panafricains peuyent . confoi.-ter ou ·aggraver la sitùation .sont rares à cette échelle, deux .tentations · aussi ·puissanteS
situation ·actuelle du continent, lorsqu'ils visent, à: 'asseoir . l'hégé- que . contradictoires •. travaillent·.: l.es . so.ciétés ,· subsahariennes,;. E une
[ 1 rrionie de puissances étrarigères. Le texte Afrique recourt à des méta- propose le recours au passé. pour retrouver une. image de soi âppl:é,..
lepses. dont les significations s'illustrent par·le traitement réservé au ciable, .souveraine et inviolée. I:autre envisage· le fu,tur comine, un~
t
li 106 ·107
ÉCRIRE l:AFRIQUE-MONDE DE QUOI AFRIQUE EST-IL LE NOM?

occidentalisation-mieux aboutie, cette dernière étant; ·pour. beaucoup, Si l'on se réfère aux fondements culturels< dt;: ce_rtaines . sociétésl'sub:-
synonyme de modernité, de triomphe de la rationalité: Bien entendu, sahariennes8-,- le crime de sang ·était sanctionné ·p~- -le bannissement
cette présentaçion des choses est schématique. En .réali~é, ._ces deUx . pur;et simple, urne sorte de déchéance de na'.tiorialité àvand'heure; Le
tendances ne sont · pa5 parallèles niais conjointes, ·en . permanence - cousinage à plai~;mterie; lui aussi évoqué dans l'essai de FelWine Sarr,
associées, ce qui nourrit une tension intérieure. Il ne semble pas que est proprement exotique pour ceux qui ne le pratiquent pas, et ils sont
-l'on puisse parler de véritable transversalité s'agissant de la définition un certain nombre... -:. :- " - : ,- -
de soi en Afrique subsaharienne; La transversalité ·n~est pas· la négo~ . Ce que je tente de mettre au jour ici, ce n'est pas l'impossibilité
ciation avec la tension, mais sa résolution, la pleine acceptation de la de trouver dans les traditions du Continent des modalités. de fonc~
mutation. Afin de rendre effective cette acceptation; sans doute faut-il tionnement permettant à l' africaniié ·de franscender l'expérience
reconnaître, pour soi-même, que··se dire- Africain, •dans•nos contrées de la domination coloniale et des errements postcoloniaux; .afin de
subsahariennes, c'est se savoir: issu de profondes blessures. · s!J.mposer comme un modèle de civilisation ofiginal. Il appai-aîrsim-
Si la Déportation transatlantique des Subsahariens :e! la coloni- plement que les cultures en question sont parfois divergentes; et que
sation européenne ne signent pas l'acte de naissance .de nos veuples, le cheminement vers une africanité guérie de ses' meurtrissures devra,
elle$ sont bel et bien les matrices de. I'a_fricanité. J'emploie ce mot sans nul doute, privilégier la créativité, le brassage de nos cultures
au singulier, l' africanité pouvant se définir précisément comme ce subsahariennes -qui se croisent sans nécessairement s'inRuencer.
qu'ont en commun nos .différentes populations .. Et:cela,- ce n'esx: pas Sur le Continent, nous nous connaissons peu et n'avons guère pris
la CWture•à première vue, mais l'expérience. historique, la-condition l'habitude de rious emprunter mutuellement ·des pratiques, quelles
politique, les tourments d'un âge postcolonial dont on:-a ttend encore qu'elles soienu Ce que nous partageons, ce qui nous rapproche, .ce
..:, qu'il laisse place •à une ère de plei.qe souveraineté; Dans .son Afrotopia sont ' 'surtout les -influences ' exogènes . .Il s'agit pourtant de fonder
que nous avons .cous hi avec enthousiasme et qui nous introduit à l'avenir sur un socle commun qui ne soit plus celui du stigmate .:.: ce
unç: démarche nouvelle, Felwine Sarr suggère; notanunent, de faire qui esde cas actuellement-, mais celui-de décisions prises de concert
pL:1.ce :. « [.' .J aux formes .coutumières et traditi9nnellês qui ont fait et en conscience. , .·
leurs preuves et qui continuent de le faire dans des domaines aussi -C'est aussi·de ·ceue façon que s'envisagel'application à nos espaces
divers que le règlement des confüts; la justice réparatrice, les forme!> d'une-vision susoèptible de conduire à la souveraineté. IJA_frique sub~
de représentativité et de légitimité, etc. ~ n. saharienne n'étant ni ·un grand Sahel;: ni un grand. Rwanda, mais
· Mis en rapport .avec nos différences culturelles, ce •propos soulève une immensité ·dont ces deux entités: ne sont que des éléments,
la question d'une · éventuelle._harmonisation .des choses ·dans les c'est d'abord sur ses universaux qu'il lui faut. prendre appui: Quels
i
ch_a mps mentionnés. l:exemple de la .jùstice -~P<lf.~~ce; telle que sont-ils? Les réponses à cette question .servfront de prolégC::imènes à .
·,' rruse en œuvre au Rwanda, n'est probablement pas tfan~posable, si une pensée d'Afrique renouvelée.- Les universaux subsahariens qu'il
l'on considère qu'elle ressortit à une catégorisation précise à la fois faudrait.mettre au jour ·Se rapporterit aux sensl.bilitéS, arts de vivre,
du crime et de.la sanction qu'il appelle_; La. tradition qui a enfanté philosophies et 'spiriru.-aJ.ités sur lesquels se fondera -le projet civilisa-
celas' articwe à l'expérience intime d'un peuple, et les faits concernés tionnel. Afin que: la transposition de pratiques sociales Süit acceptée,
pourraient être jugés irréparables dans d '. autres régions du Continent. afin qu'il soit-possible d'élaborer ensemble un projet, il •impbrte de

108 109
~CRIRE I.:AFRIQUE-MONDE DE QUOI AFRIQUE EST-ILLE.NOM?

déceler:cequel' on a en partage, derévélerles liens culturels antérieurs vise aussi -~ élever l'humain d'.où qu'il soit, à n<:>uslibérer toils· d~lll).
. ~ux chocs . historiqu~; . des.traits de fan;ülle persistants,' des.caractères modèle q~i n~ùs entrave, fais~t reculer la fr~t~rhifé:- :,· .. .. . ;\ : ...:, . ·
non récessifs. Une fois identifiés, ils seront, examinés pour que seul~ Il .n'est pas . question de -~er Tinflueri.C:e · occi4eritale·, ,mais d'.en
soient,valorisés .ceux.dont l'utilité aura.été prouvée. Us po.urr,ont .être répudier rhégémqrue pour inventeuiri. au~ç: modèle.: Là où la vision
transformés lorsqu.e 'leui; expression, devem!e. o,bsolète,.. devra-.trouver pos~coloniale ;vise à énoncer uricontre~discours, artifude qui confirme
u:ne forme méliorative qui en facilitera la sauvegarde. Ils seront aussi la centralité de ce à quoi l' o:n prétends' opposer,oils' agit désormais dëse
en: niesure ;dè ne servir que: de points d'appui sur lesquels se dresser déprendre même de cette confroritatiôn-là, :!fin de se dire en ses propres
pour inventer quelque .chose de .neuf -:. · ·! , , termes,. et d'abord.à soi. C'.est. c;e que noµs ·tardons ·ericore àfaire. Il
. Lon.:devrait.assez :vite s~.en apercevoir,. la créativité se·fera impé- nous faut.analyser. notre ~p'érience de façon à ~n· tir_er du ·sens polir
rativè ppur renouveler rafricanité, la guider hors de la phase post- nous~mêmes.,Tant que c~tte "tiche n' ~ura p~ été ·en~epris~, -Afrique
coloniale. dans laquelle elle se trouV.e encore engluée:tSans , apolir restera le nom de cette carence; lin creux' disposé à acèueillir les .pro~
nos différences cwtuielles car -nous sommes acco.utuniés ,à la v;ie en jections.de .ceux qui lui donnèrent un .nom. Avant 1.6 bou).evçrsemenq;
milièu multiculturel,,... ce qtii est aussi une marque üafrica,niié ~; que constituèrent la Déportation · transaclà.i:J.tiq~e. des Subsahariens-et
nous pounons f<!:Ïre des choix. :Il sera possible de puis.ei: dans nos la colonisation,par J'Europe~de l'Ouest, fr insiste,.il n'y avait personne,
patrimoï..nes et expériences· les éléments. que nous souhaiterons pro- dans cette région du monde, qui se définisse . ~oi:nme Africain.. C'est
pager sur le Continent. Et ·lorsque nous ne les tirerons .pas d~ nos bien .parce qu'il en est ainsi· que les nôtres, s1.1;r-le Continent·ou dans
vécus concrets, ces éléments èonstitutifs émaneront de concertations les espaces de déportation etd' émigration, se cherchentd~autres:rioms,
au terme desquelles des aspirations auront été exprimées; partagées~ exhumant ou réinventant celui de fa terre -anc6trale .. : . · · .... : ;~ ; ' •'' :_
Bierr-:sûr, une telle d~marthe requiert .la mise : en.: place .d' insti- La Déportation transatlant:ique .des Subsaharieris nHntervient pa.S,
tutions, d'organismes transnationaux dévolus _à ces , tâches. ·. Cela au début, dans la trajectoire de popula~iol_ls africdi~es qu'elle endèti.ille
même nécessite. que nous ·sachions nous soustraire aux .ingérences, et mutile: c'.est elle qui les crée, quilem donne naissance. Ainsi, inous
injonctions ou tentatives sonnantes et trébuchantes .. d~adultération somme~ certes ies desc;endan~ de nos ancêtres, mais noi.µ; soinmes
du projet. .Ces . dernièr~ : Jle m;rnqueront pas. ·Le préalable, en_ tout s~tout le fruit 'des violences qui lem, furent iniligées. Et s~il nous
cas, est _de penser tout. c::ela-et, certainement; de:sélectionner: le5 pre- fallait : mentionner . tous :nos. ascendants, . Fhonnêteté :voudrait . que
miers destinataires d'une pensée destinée à ,alimenter l'action libé- soient pris en c;orisidération -c eux que nous .ne nommons jamais, ceux
,,.1 ·
ratrice; Laménagement d'.in,stances non mixtes9 âe.vrait -apparaître que nous refusons de percevofr comme tels, :parce .qu'.ils .furen.r-:les
néc~saire: Non.p.o ur; reconduii~, ce goût du secret qui a pu fragiliser .opérateurs comme les bénéfidaires de la ;violence. Pourt~t, .en Fetat
!r 1
' no,s ·sociétés; la tiansmission . d1,1, sav_o ir étant :réservée à·-.de5 cercles acrueLdes choses, chaque· fois que nous dirons être des Africaim, noi.fS
re,streints; . ce qtii a hâté la:. disparition .de connài~~aoceS . div.erses~ damerons ces deux appartenances, Èlles·soJit ·iliscrites. dans la déno.~
Toutefois; .les difficµlt&s des Subsahariens étant aussi. de:nature psy- mination du Continent, :qui rriêle .origine berbère et.romaine,.toµtes
choaffective, l'oh .saura:"tenir compte de cet ~pecc : Hors de:ces ins7 deux revisitées par)a.vision européenne. · · · ;• : ·, ··- -..-,- .
tances; -les alliances, Ja caiparaqerie avec des partenaires diVers auront Une fois ces éléments posés.; peut-être certains parhùnous seraierit-
toute leur .place, ta.µt il e5t ·vrai que la bataille. qui nous concerne ils prêts à considérer comme légèr~ment prob_léinatique l'ass~il~tiori

llO 111
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i1 ÉCRIRE I.:AFRIQUE-MONDE ,1,1:
DE QUOI AFRIQUE EST-IL'LE.NOM?
.i Hi)

pa:i-les.Subsaliariens·des-noms Afrique èt Africaim. Il ne ùgit pas d~èn


prôner la proscription; redisons-le ici,.mais ·d'en pointer ·l~ ·signifi~
.> Afrique poûfrair. être le nom d'ùn projet de civillsation,original et
i souverain. Il pourràit être celui d'un esp✠dont l~ ;populations .ne
1.
cations profondes,· de dire œ à quoi ces .terme$ nous arriment, polir
seraient plus fédérées principalement par des.éléments exogènes,:mais
un moment encore. Chaque fois que nous ·appliquoris .ces déSigna-
·àr lavolorité de marcher·ensemble vers un horizon qù' elles se: seraient
i ·i tions à ceux de· rros ancêtres 'dontle quotidien n'avait pas encore été
~onné. Les obstacles'soO:t·connus/ Le :plus ,fréquemmeht invoqué est
influencé par 'la rencontre avec l'Europe du XV: siecle, nous somme!;
le
fa. piètre quallté..du lea~rship, sur Coridnent. Ce qud' on relève
dans Ferreur etmêrrie dans la ' falsification .• Par rrianqùe de rigueur,
peu;·c'est qui'. fes'.gouverna:rits subsahai:iens de notre itemps ne' sont ,: l
Î peu hêtre aussi par paresse, nous .n'avons pas· donné de nom à ceux 'Il
pàs des créatures Nenues &ùne autre galaxie: lis :ne SOnt pas seulemeht
1
de nos ancêtres qui-n'étaient pas des Africaim; et'noiis empressons ,'li
' l·
: 11,!
de '.chei ·noùs, ils sont·nous. Avant d'être en; mesure ·de: les· remplacer
~ i ! d'abolir.d'un mot la distance qui not'.is en sépare.·.Force.est pourtant de
valablement; il' importe de comprendre quelle pan .d'Afrique trouve
!·! constater que les Africains subsahariens contemporains voient le jour,
en ·e~:ieo sori< incarnation. Ce.n'est pas le moindre des probl~mes à·élu-
:1 1 pour la plupart d 1'e ntre eux, dans des . espaces desquels l'empreinte
cider. Toutes les sociétéS produisent à-la·foidt;urs ombres:eda lumière
des réalisations de. ·leurs aïeux· est physiquement absente .. Soit' elle a
qui les dissipera. Mais la lumière est impuissante à chasser de.Sombres
été détruite; l'effacemerir de la mémoire éèànr un des premiers gestes
dont elle n'a pas pleinement·identifié-:la nature, ·elle :rie peut que les
de la domination. Soit les populations ·d'autrefois ont accordé peu
congédier de façon -provisoire. En- réalité, . ceux: qui nous,· gouvernent
d'importance à l'inscription durable de leur. présence dans-le monde
eè l"environnement dans lequel ils-forir:-vivrè' les populations dont ils
matériel: . souvent, leuc souci am~a, été de transmettre de .la parole'.
ontJa ;charg'e, sont la figure d'Afrique telle que .nous la concev'ohs
Les deux Ca.s se sorit- présentés: Désormais, la descendance accidenta-
aujourd'hui>Aurour dè ·nous; le monàe cit une projection de ce que
-'; lisée des anciens Subsahariens peut éprouver le besoin de détènir des
nous pen.sons de ncius'-mêmes; il .reflète l'état d'une .conscience.de soi
" archives, de visiter.des vestiges, ·comme il en existe ailleurs.
malmenée. Ies forces d'.anéantissement sont.surtotit celles auxquelles
·Si les: ancêtres sont en nous, s'ils nous .accompagnent où que nous
nouS":avons délégué . notre 'puissan~e,. soit:par urie açcoucumance ·au
soyons, ils sont rarement autour de nous:. Seule l'imagination permet
malheui-;·qui ne pem plus ·porter le noni d'endurance; soit p:ir épul~
de se les représenter dansle monde qui fut le leur. Ni les· Chinôis, ni les
sement de.varit la.:récurrènce·çles ch()cs.: depuis: un .demi-millénaire
Indiens, ni même les Khmers, eux aussi habitants d' un continent baptisé
environ;,' Afrique esdc-;noin·d'irtcessants·comb:its: ·· .· , . : ·
par l'Europe, ne sont confrontés à cec effacement.du· patrimoine. En
·La,résilience don i :les Subsahariens font :malgré :tout la :démons-
d~hors de rassemblements à visée politique ou économique, ils ne .se 'tration n' effi.ce pas les .épreuves .. Seule;·ielle ne mèn'è· à ·a ucune .de.Sti-
définissent pas comme Asiatiques;, ni n'envisagent, à ma. connaissance,
nation. La résilience est un chemin à arpenter avec ce que l'on•porte
quoi que ce soit qui ressemble à l'idéal panafricain. _Çeh.J..i:f_~également
i· en soi. C'est couplée à d'autres outils qu'elle permet de se recréer.
prend sa source dans Jes fracrurei coloniales, d~s les arrachements qui
Autrement, elle n'aide qu'à la survie. Aussi, une pensée d'Afrique
les précédèrent, dans la nécessité, eri raison de cette histdire heurtée;-de
souveraine ne peut-elle s'en satisfaire. Le défi de la souveraineté, tel
mettre en place une œuvre collective, ·transversale;. qui nous renforce èt
qu'il s'impose, nécessite de l'audace. La première est de reconnaître les
iJ. nous permette d'occuper une.place ho.norable:dans un environnement
multiples formes de pene dont ori est constitué, tout en refusant tout
déSormais constitué de grands ensemb.les.·
déterminisme victimaire. Faire le deuil de ce qui n'est plus, c'est aussi

112
-~ - --- - ~ -- ..._ __ ·~r i

!I
.Il
~CRIRE I:AFRIQUE~MONDE DE QUOI AFRiQUE EST-IL LE NOM? 1

' :11
se savoir vivant, -c'.est-àc..dire. dépositaire: de possibles. :Dan.s UJ!.e décla- Notes
. ration :désormJis.océlèbre, ~ Maya .Angelou dit: «You may ~erièounter
, l. Bi:n sûr, il n: _s'agit pas de crier à l'appropriation cµ.l~elle chaque fois
defeat but you must not IJe defeated. In.fact, it may be nécessary.to
qu un él~menc esthetJque est emprunté. Aussi le pon _de pagnes ou de coiffures
encounter -the dèfeats so· ·y ou ·can :know, who you are; what .you· cat). subsahane~es par d<:5 personnes étrangères au CciO:tinenr n'est-il pas déran-
rise from, and how you Ca.n still éome out ofit 10 : » . . _, · · '-' ·· '.i geant en, soi. Il le devient
. lorsque l'on s'aperçoit que
, ces e'l'ements ne sonr
· pas
. Tel est l' ét<).t d'esprit qu'il convient d'adopter. Non pas cpmme une assumes
. , en toutes
. circonstances , pour n'être arhof' ,: "d
. .. es qu mc1 emmenc, quand
il n Y a P;15 de nsq~e à le faire. Il est problématiquç_ de réduire au spectacle la
posture, mais parce qu'il est juste de le faire;au _regard deFexperieric7 culture d autres qw ne peuvent en faire autant.
:1 subsaharienne,-,rriarquée' par cette melànchàlia·afri.cana:que Nathalie
[I 2. Seule la straèégie èohirnerciale infléèhii -.c{ci p~a-tiqu6 discursives, notam-
,1 Etoke présente. co~e; une aptituddi «.résister ·au déclin;·.:à révérer menclorsquedesMarocainsviennent
. . .. . . .. . faire
. des .< u.iaires ,en Afi
_a:_, __ · ue su bah
. nq ·
s arienne.
i'
la :vie contiè, tout ce-qui s'~verttie àliprofaller 11 )); : Resso~rœ: i:ssén~ 3. Tom Mornson, Beloved, New ·,York' Vintage' 1997 (.e,.dit.!On Util"!See , ICI
· ") ,
~ 190 . .
tielle; la nielàncholia africana, que je qualifie de mélancolie créafr.Îce
~-Philippe Ch~on, Lit. Bfes;~·re du :no~, U~e anth~~p~logie d'une séquelle
,_ et lurnineusè;.sait :non ·pa.S simplement 'survivre; inais ëréer ;i:u' cœtir del esclavage aux.Antzlfes~Guyane, Bruxelles, Academia-Bruylant 2008 P 93
·:-- 5. Ibid.
du trouble. Et:elle sait meru:e en œuvr~ cela dai:is la joie qh.i, inôn ' , . .

seulement ne lui est pas étrangère, mais est l'une de ses manif~­ qui 6_- ~a~e Er~ke, Melanchofia African,a, L'indispensa,bfe dépassement de la
condition n~zre, Paris, Éditions du Cygne, '2010, p. 30.
tations fes plus connues. Partii::ipa.Ilt ·sans nul ·doiJ.te de ces u:Iliversalix
7. Felwme ~arr, Aftotop!a, Paris, Philippe Rey, 2016, p. 44.
sùbsahariens.:'et ' diasporiques : à .mieux circonscrire; la.: melancholia . 8. Je pense a celle que Je connais le mieux, la société duala du C
africana émane des forces spirituelles de pe~ples auxquel~ elle permet b 'il · , ·d , II a.111eroun,
1en qu soit ev1 .e~t que e ne vive plus en accord avec ses traditions ances-
de se hisser. au-.Q.essus dda douleur. Elle doit à présent prdcéder;à ~es. Cela pose d ailleurs la question de savoir, pour ce groupe comme our ! !

une extension du doinainé . de ses·luttes; s'enrichir de compétences ' d autres, sur quel patrimoine culturel il conviendra de prendre appui... P
9. Ouvertes aux seuls Subsahariens.
'
,_ . sociales et culturel!~ ancrées dans nos cornmti.nautés; élire les sources
A 10: (( Il se peut que vous connaissiez des défaites, mais .vous ne devez
extérieures .auxquelles il lui semblera peqiilent .de ·s:abreuver dans :1e etre vam E éali ' il • pas
. ~us. n. r te, peut ecre nécessaire de rencontrer ces défaites, a.fin de
futur. Il nous incombe d'oser, ne nous dérermi,ne~ qu'.enfc;m ction· de savo1~ qw vous etes, de quoi vous êtes capable de vous relever, et comment ~ous
pouvez encore vous en sortir. »
nos besoins.et:èonceptions. La voie ne peut.ên:è. indiquée p~ d~""utres;
11. Nachalie Etoke, Melancholia Africana, op. cit., p. 28.
~ile n'est pas non plus •p erdue da.Ils le fond des âge!>< Ànou:s;d'inveO:t~r
un discours qlli sôit cèlui de 'notrcilarigage, d'.habitéi- ~;6;pace ~né:~re
infréquenté.de !;imaginaire depuis· lequel . donner ~cdrps une réallté a·
féco~âe. : .... :~·· _.-_ :.... . :. :'.f(j · ·:·:= .i · : ·..=.:: ··... . ·. -·(
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LES IMPASSES ÉPIS':(ÉMOLOGIQUES
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Les imprudenceS et impudences


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Maütke Soud:iêck Dfone ·• · .·.i .

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Maurice Soudie<:_:~ . -Qi°'nË .. esç _: ,~J15~igf1~t~c,hçrcheur à l'université Considérée souvent comme un objet scientifique exotique qui
Gasto~-Berger de Saint-Louis. Docteur en science politique de l'IEP de autorise toutes sop:es d'.<;Xcès cariqitura~! pa,rés d~)1,_tq,uts eptol!JS.;
Bordeaux, il est également titulaire de deux Masters 2 Recherche, en philo- artifices t::t artefacts de la scientificité, il y a de réelles difficulté; d'ordre
sophie, spécialité religions et sociétés, et en sciences de l'information et de la épistémologique··à·:'·p rojeter'iîrie pènsée sur' rAfriquè' 'o ü':appréhende"r
communication, obtenus à l'université Michel de Montaigne Bordeaux 3, l'Afrique· par Ja ,periséè. Car; il,subsist~ :des· biais.réfiexifs .et expréssifs
et d'une maîtrise en droit public, option relations internationales, passée induits par' l' ~stence ·et la 'pe_rsistance de' Tapportrasymérriques~ de
à l'université Cheikh Ama Diop de Dakar. Il a été ingénieur de recherche ·domination •ecd'ex:ploitation a".ec ·FOccident; et '. don des jeux e~
du CNRS au Centie d'étude d'Afrique noire (CEAN) à Bordeaux de 2001 enjeù.x ·cniciaù.x se prolongent, se ,Çl.éclirient: et ~se ·perpétuencsll,r le
à2004. terrainintellec:tuel'.et scientifique. , _._, ,__ · ·': ' · . . · "·'
La pt;,nsée cio.minatrice et. dominante semble êi:.re frappéede,cécité
et d'incapadté: à _saisir les logiquès iritrinsèques et dynamiques.d'évo-
lution prop.res;au continent africain ;-.elle paraît entretenir et nourrir
une volonté de -pérennis'.1-fipn dèS rapports:de pouvoir,:fondée:sur i.µie
perpé~ell~;dévaloris~t:ioi:i-del1altérité. ; <,c .··, · ;·- \ ;: ·> ,; " .. :c., _ .,

·--.:..... :- --.... . ' Narcis~isme -, hypei:bolique • et exotisme· vàssalique~: entn;tiennetjt


alors, une. rélatiori dialecdqqe et circulaire. _.Car la sùrvaloris'a tiàn du
modèl~. d' orgallisatiôn p9litique; ~ Çtorwlnique; culturel 'et so~ial, d~
l'OcGident!-:o au poi.h.~ d'en:faire:.Fai.J.ne èxch.Jsif ~t .excluant -à partir
duqueh':appr~cien~ la qualité ed~ capacités,. les apcitudès à êtrn età
évoluéL;d.es sociétés _humaines aup:'eS,';extérü:ures et: étrangèrès à lui;

119
'
~
' '' ÉCRIRE :r.:AFRIQUE-MONDE LES IMPASSES ÉPISTÉMOLOGIQUES AUTOUR DE I.:OBJE'f AFRIQUE
; ~ ' 1

ainsi infériorisées et vassalisées -, entretient par un élan impétueux de Lucian Pye;' Edward ·.Shils, Daniel .Lerner;: Samuel .Huritingrori.;
restauration-revigoration del' estime de soi, un mouvement ascendant Seymour Manin Lipset 1. ·Y . . .. . ., . ... " : .. ,
de réplique, consistant à construire de manière dithyrambique une . -À travers ces travaux, le,modèle de développement de.5· États;-Unis
pensée exaltante pour l'Afrique. est présenté comme le ne'cpltis ultra, le sumn;_um de l'évolution µµ.i ;_
Les tentatives de synthèse par le cosmopolitisme de la fraternité directionnelle et unilinéaire-de toutes les .société$ humailles, aux plans
universelle et libertaire, dignitaire et égalitaire, plus philosophique, politique et économique, culturel .e t social. ~·
poétique et esthétique qu'historique, politique et sociologique, I.:économique est'généralement ~rigé en .matricè essentielle; pàr
semblent souvent laisser en rade la réalité et la complexité des contra- exemple dans le modèle de Rosrow2 ,· ou la corrélation etablie :par
dictions concrètes de pouvoir et d'intérêts. Lipser: plus le niveau de vie d'ensemble d'une nation est élevé, plus
Au détour de ces précisions liminaires, et à la lumière de tout ce grandes sont les chance5 que s'instaur~ i.m régime démoci:~dquè ,_
qui précède, il convient d'examiner, d'une part, les pièges incontrô- En somme; 1pour les développerri.entalistes, il n'y a pas uné dif-
lables de la pensée universaliste et, d'autre part, les sièges inconfor- férence de nature entre pays-occidentaux· et non occidentaux, mais
tables de la pensée relativiste. simplement urie. différènce de degré de développement: éconoiniqùe,
de différenciation et de complexité des structures politiques ~-le déve-
Les pièges ilicontrôlables de la pensée universaliste · loppement étant clone inscrit dans le code génétique et genéalogique
.' . -· ~ .
. .
de chaque .société. · · ; · . ' ·... · · -'i ' ·
L,es rif:Se.s.hégfrpqn_iqu,es autou.r d_u dé~ewpperne_ntqli:5m~ , . Le . dévdoppernenralisme · met .l' accen.t . sur !'universalité .·: des
' Éd').afaudeés dans le contexte historique de la. guerre froide, les concepts et pratiques, et relègue aµ second. plan 'les dynamiques
théories ,dévdoppemei:iralistes semblent obéir ·à une postme et· un locales d'évolution des sociétés humaines; dans le temps. etJ'es'pace:
positionnément idéologiques de captation et capture; dans la: sphère Car, rriême repérées, les spécificités propres à chaque pays, en Afri-q ue
d'influenrn .:. américaine;.-. des . États nouvellement indépendants, coinme ailleurs, ét:aienr:appelées,.aveda-moderq.isation, à se ré.trécic
donc ceux d'Afrique, pour éviter qu'ils· ne tombent Hans le giron Or l'universalisme ne résisté mê.me pas à la.comparaison entre pays
soviétique:":;·· ·" · européens, qui malgré des convergences et caractéristiques.comni.unes
:Les États-" Unis, · à ·rravers l'instiu+tiqn' universitairc dérrommée dans leurs trajectoires sociopolitiques, présentent·également.des pa:r-
Social Science. Research Çouncil; ·lail.cent un vaste, progr~me de ticularités irréduccfüles 4• '· . ;, . , : · -.- : .- - . · ·- ~; -v-
recherches:sui-Ha probl~matique du:développement; avec comme sève En Afrique, les théories développeinentalisi:es sont récepticinnée5
nourricière le concept de modernisation, qui repose sur 'un ·ensemble ét ;insrrumencalisées p'ar beaucoup dè régimes;autoritaires..et sanglli~
de. changements :siinultanés: de l' éconorp.ie dc;:_§\lQ!>~ance à l' éco- naires;. nepotistes 'ét néopatrimonialistes, .négateurs et '. transgresseurs
nomie dé marché, de la cultùre ·: politiqifè 'dè sujétion;: à. la culture de.5 .droits et;libertés .au no~ des finalités mythiqués et•mystiqcies .de
1 ' politique de participation, de la famille élargie à la famille nucléaire, constructio'n' nationale et dè développement~;• en; plÛS de mphiliser
d'un système marqué .par- la primauté dù î-eligie~ vers un fystème des doctrines endogènès;comme l'ai.ithenticitéau.Zaïre O!f auTogci 6,
sécularisé . . Les figures . emblématiques de 'ce, mouvemenr iSOnt; .ep tre pour · conforter• politiquemeim,er idéologiquement leurs ;' d~rives
autres Gapriel Almond; Sydney Verba, David Aptèr, James .Coleman; oppressives ét corruptives. Au· niveau: •instirutionnel, :~ s'effectue' une

120 ·1 ?1
LES IMPASSES ÉPISTÉMOLOGIQUES AUTOUR DE COBJET AFRIQUE
:• . ÉCRIRE !JAFRIQUE-MONDE: ·

déqlcomaiùe frénétique et effrénée.des structures ·et infrastructure$ Pour les,, radicaux André . Gunder: Franck1 P·" Samïr .A:min 11 et
'
de gouvernement des puissances colo.niales 7 . · -". . · •: ,
ImmanueLWallerstein 1?:, les leviers de l~État sont:~d.titrôlés ' ~ar. une
'· '
'. Les soubassements · politiques ·inavoués · et inavouables dw déve- bourgeoisië· périphérique, dé .conruverice avec la: bourgeoisie ·doin:i~
l
nante du ceµtre, à laquelle eije est liée pa:r-:tles intérêts capitalistes.
loppementalisine: sont mis ·à nu par l'école de la dépendance, qui
entèndait également jouer sa partition .dans .les luttes de!puissance et En. contrepartie d'une maigre portfori ·dt:;S ·bénéfice5 · qùe la cl;issê
de préséance dans le système.intërnational, traversée:qu' elle a été par
do~nante ·du · Ce~tre prélève .par cette ·dépend~ce, la·,boillgeoisie
ailleurs par des logiques de récupération,. notaniment.à travers l'idéo- d'Etat .en périphérie· mainti~nt le ~tatu. quo - at..t moyen dè l'au,.torita-
risme, si nécessaire, avec P<?ur :objectif prétendti la modernisatioiLde
logie socialiste qùi la soU:S-tënC:i': . - · : ·
. : ,-~ .-. :
la.société; -. ':" .. ·· ;·, , . . , ,..• , , , , .. , __ ,, "·:"
Les ruses.h,égém,on,iques au,tour. du, dépendan,tisme, ·. - Franck prône .u ne r.évohitic;m'socialiste, 'e t Amin une déconnexion
du système c::~pitaliste mondjal nécessitarit l'instauration .d' unsfstèrri~
D'inspiration -marxiste~ Je ::paradigrrie ·déperidantisèe est né au
économique autoreproducteur, l' a:rticulati~n.des ·secteurs ·aes :biens,de
milieu des anriées 1960 et expi:imè la continuation de la guettefroidè
confommation et cf équipement, et la planifiçatibn del'Étàt~ dans le
au plan scientifique;;l'.Afriqhe est alors up. enjeu politique cruciat des
cadre.de grands ensembles,:·. . . .,.. · ,,, . ... :. . . , " ... , ".::. · i. . .,
productions. intellectuelles: ·,:,
. ·: ;Jlécole de la dépendance apparaît ainsi.' telle J.i.ne :pensée réactive
Le . développementalis~e est. qualifié d'idéologie impérialiste; car
par. rapport au paradigmedéveloppemenralisçe;;;et un p~olongem'ent
les relations politiques et économiques fortement inégalitaires, sème.,.
des contradici;i.ohs éconorniqiies ei!sqcial~s. deJ'-Europe industrialisée
ttirelles et fonctionnelles enire'le Nord, . le Centre; èt k'Sud,. la péri-
projetées s~ !'.Afrique;.ayant pour,rant &autr<'!S réalités _e t des réalités
phérie, entretiehnem le développeme.[ft·du Nord, dont le corollaire est
autres;.socioculturelles ét hi~toriques.i ·Ên r~estant; dans la perspective
le solis~développemènt du Sud:·Réduit dans-la division internationale
idéologique anti,.,impérialis~e,et anticapitaliste;d'. explication :des prb:-
dù:tiàvail à la production de matières.premières commercialisées daris
bl~mes "..polit:ico-économiqu~ · des: pays; dµ Sud-, l'école~ de kdépen~
un .'système d'échange disproportionné;«les .efforts d'indwitiialisation
ç4hèé ,présente· fïnçonvénient.,. majeur.; de se .focaliser .exdu5ivemeht
du tiers-:monde augmentent ·sa dépendance, eh :raisoff :d't~ne 'éco~
sur il~ =<<dyn'ân:iiqu,es du dehors>> .a u détriineht·des <<dynamiques. du
nornie·exrravercie
. '
..":·. ·.-., ·_ · · J .. ' ••.• ._. , •. • , : • : ..
-
de.dans >iP, .C:réant' ainsi:Millusion c:lirne transformation .analogue des
• 1 f.,d dépendantistes modérés, notamment les éconorn'istes . de la
sociétés.; Gomme s'il,su.ffisait; sitôi: lé lien de .dépendance. capiµliste
· Cepal (Commission économique des Nations uiiies·pourJ'Amérique
rompu, comme pa,r enchantement, que .les ëhangements.. internes
:latine} :di,rigée de · 1948 à ·1962.;pai _Raw Prebisch8; et ail.imée avec
so~aitts. iôpéra,SsenJ:'1 pareux'-mêrries'~' I.:explication,de la ·dynamique
d'.autres autetirs 'comme EnwFàlettçi ei: Eernàndo Henriqu~:Cardoso9ci
estiment que lès gains· de prodùdti'vité étant plus·élévés...au ,Sud qu'a:u des. sociétés:huri:lainr5-ne saurait;· dqnè ~~e:fcmd~rsurune · surdéœr~~
nation ;éc:;ono~icisté. et ;niécanii:;iste; ; transhis~orique, transcultilielle
Nord; ·kcanton.n emeritdu Sud à l'eiporratio~ deprodllits primairés . 1 .

· et' universelle,; CarJ'.acte écop.orhique est .d'. abord tllii rapp~r:r·sodal '.\
prôvdqlie une:copstantê:détério_ratio'n des te~meS de.Séchange, qu'.il
etTécdnonfü: ·n'est, pas~ cop.Çue.- daps 'tqtite5 les ·cultures . de la··rnêi.ne
faut êoriiger, .nàt~'erit:par ùne « indu5triàlisatioii par·substitution
mail.ière, ; ses.,iriibrkations .avec Je,.~social . et .·le. pâl.itique.~11~ .. soiii:p:l,s
auX: importations»; acti'vem~rit organisée et côordorinée ·par· l'État,
,,, ùniversellemerii: ·de:mêrnenariue 15,, , .. ... . . , ..., -; ... .
dansle cadre d'ù.rte intégration régionale . .

123
ÉCRIRE I:AFRIQUE.-MONDE LES IMPASSES ÉPISTÉMOLOGIQUES AUTOUR DE I:OBJET AFRIQUE

Par ailleurs, la matrice iéférèntielle des théoriciens de •la dépen- de la>cotnmunicàtion (Nbmic)t~ et d'un nouv~l - drdre culùîrel:inter~
dance, le socialisme -scientifique, a été réappropriée pai- les élites national (Noci). D'où également-les dlfficultés à bâcirülle uriiversalité
africaines; av:ec des · efforts intellectuels. de tropic;alisatiori 1.6 , pour .

l
riche de toutes les particularités de l'Humanité, comme la Civilisation
construire un socialisme afr,icaiil ou africanisé 17 . En œ sens,le socia~ de l'Uruversà de Léopold Sédar-Senghor, rendez-vou.5 du donnec et
lisrrie senghorien -est expurgé de la lutte .des classes et de.l'athéisme, du recevoir26 , à distinguer de la civilisation· universelle, résultante de
l 1 !
' 1
et valorise les' activités spirituelles à. travers la religion et la· création l'universalisation hégémonique et .appauvrissante =d'une culture; ·sa
artistiquè 13 .:Fondé sur le couplage du développement de Fadminis- consuuction nécessite une ouverture .qui repose sur l'ënracinement;
l
1
l
1i ;
1

.; 1,' tration et:de l'administration du développement, il échoue en raison qui implique donc urie pensée 'culrurelle relativiste, mais· qui soùffre
1 '! i

1.: ;i d'un clientélisme systémique et systématique, organisé autour de5 elle aussi de ·cerrains travers.. , ._
politiques, marabouts · et hommes .d'affaires 19 , provoquant la faillite
1
Il!
•'·
•' !
1 1 de l'Ét.a t et sa mise sous tutelle économique et financière par. les . insd~ Les ~ièges ill'confortables de la pensée relatîviste ·: . ~ ~ ..

tutions ·de :Bretton .W oods 20 • . :: · .. ·:·:


Au-delà du développementalisme·et du dépendantisme et de leurs La pensée relativiste dévaJua~te ... ':. ~

réinterprétations et réappropriations à- des finalités hégémoniques, Influencé par f anthropologie, en réaction. contre le déterminisme
impérialistes ou domestiques21 ,' les États' africains, forts de l'afro- dépendantisre et développementaliste, et: le formalisme de Fanalyse
asiatisrne de Bandoung, tentent llîl!'l troisième voie par le truchement juridico-institutionnelle27 , le paradigme du ·.politique -par, le .bas _en
du mouvement des non-alignés;. elle débouche dans la plu'part des cas Afrique · subsaharienne est initié p_i r.divers spécialistes des sciences
sui ·.un réalignemerit express:·ou tacite ,derrière les superpuissances, à sociales: , historiens, .-anthropologues, .;géügraphes, -. sociologues, ,, lin-
.;, travers .la ·diplomatie de baséïile: des effets d'annonce suivis ou non guistes, ·.. politologues ... , .réunis ; auto~r ;' de JeaŒ:Er'ahçois .. Baya:rt,
d'effet; quant à ·,modifier. des alliances ·politiquement et écqnoini~ Christian .Coulon:, Comi Toulabor et Achille Mbembednspirés par
des auteurs comme -Michel .Foucault, .Michel 4e ·Cerre'a u;.'.Georges
1 ,
.,-1 quement intéressées2 ~. En plµs, les rh.égapuissances, à nra'verd'équic
'li libre de la terreur née·de la dissuasion réciproque_par l' a:rme nµcléaire, Balandier et Antonio Gramsci~ _: -·. ,

f sànctuarisendeurs territoires, et par clients interp9sés 2 ~;· transfèrent


leiirs rivalités dande tiers-monde et en. Afrique ·partiè:ulièremerit,, 'à
· Dans ole contexte des années 1980,marqué par la génécalisation
des régimes autoritaires28 ; les capacités :d'. innovation;· de réSistançe:_et
travers une escalade coni:rôlée dé la violence; pdur éviter.la confron- de ··contestation:de, .- l'.ordre ét:~bli ·par les .domin~29 ,sont 'pr~vilégiées,
tation directeentreTitans. ·.. . ·· _. "r'' i .·. . ,: . . à travers les «Modes populaires diaction •politique}>30: oi,iJes- Opni
_Pour surmonter ces.coptradictions; la pensée universaliste.propose (Obje!S poqtiqties non i:deritifiés)3 1; emre,,âutres :· musique,,_danse,
des ·solùtions d'ordre philosophique;' éthi_q ue es..eo~p~e dorit la fai- théâtre, violence, réseaux écono.nûques paiàllèles, religion, sorèellerie,
,;
sàbilité est problématique:: car situées en dehors des rapports: de force, spon; ,ruse, silencà; ·escapisine, clo.uble jeu et dé:rision?t> ,: , .· ,-,:.
dé puissance et d'intérêts; ' souven_t déterminants -et.décisifs · dans les Cependant, malgré son attrait, ce paradigme, en s'éloignant des
1i
·1
relations interétatiques; d'où Finsu2cès·des réclal}lations dans le.cadre lieux de la science politique : aristocratiqu~~;: même sans le ~oilloir
...
.,1·1
.,•: ~
de)'Organisation des Nations' unies, d'un nouveL ordre économique délibérément, produit l' effet:perriicieux de -m arqùer du sceau.del' exo,
international (Noei) 24, d'un nouvel ordre mondial de l'information et tisme ecde la vassalité-les étude5 sur l'Afrique; en plus d'hYJ>ôthéquer

124 125
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ÉCRIRE I.:AFRIQUE-MONDE · ·· · . LES IMPASSES ÉPISTÉMOLOGIQUES'AUTOUKDE I.:OBJET AFRIQUE

1
\î substantiellement ·le ·. passage . a:ù politique?\ en raison. d~ .la surin- tire des dividendes,; liés· à la perpétuatiom du régirn~ de;rente; exté-
. ter.prétation .des faits; . &où: lé .risque de ;sub~tituer la ·subjectivité du rieure etdesous7dévdoppefi1eOt"interne:,<<Atijo_u rd!hüi com!nè hier,
1' chercheur à celle des acteurs, par là: confuSioh des registres,du compor-
tement' et dè-r action35. :·des compottement:S ·politiquement· tolérables
FAfrique noire rend à exporter à !::état brut s~ffact~urs'de-·prodtiction
- force de travail, in,atières premières et1capitaillc "' et les,acteurs qui
\> en situation aùtoritaire3 6• et des actions politiquement ·subversives gèrent cette relation inégale:avec le systèmeh:onolniqudnterniltionaJ 1
:
nécessitant la: planification d!lli.le contre-élite37, fa.quelle ne ( saurait en tirent les ressources de lei.ir domination: domestiqué}. »:Il ;rejette !1
i1. émerger sans éveiller les soupçons du pouvoir •et induire la répression. dans la foulée le «paradigme du joug » : joug des pays occidmtaux
·Or, aujourd'hui, iLy a:. des dynamiques.réelles de ·démqciatjsation sur les pays· afrieains, ·er des despotes -;aufochtc:ines sur .leurs·peU:ples;
'. à l' œuvre dans le continent, avec des élections débouchant sur dès joug qu'~mpos.ent uné natùrd ndétnerite·et une trafüçiori' obrusé ,à_. un
,,
.1··· alternances comme au Sénégal, au Mali, au Bénin, au Ghana, au continent en déperdition4L .. ., . "" :::· ·. ··'":·.' ·1:,-: . ,": ;· .•: . ,,.·_. .,.
1: '

'
~i .
~
Kenya ... , de même quç;,l'.exercice ~ffectif de çertaine~ lib~rtés ,d~mo­ : EÉtat en Afrique n'est pas seul,emerit une structurecexogène, c'est
cratiques: Pourquoi alors, de~eurer ·~cl~sive~ent sur une ·:~o~tu;~
'
.'
\
• 1
~

'
uri État-rhizome: «une multiplicité protéiforme de' réseaux dont lès
· -,~ . réflexive du «bas » pour étudier des·' phérù:iri"ièries politiques qui tiges souterraines relient •des· points:. épars de ·la société45 »: Le :caçhet
I
l

1 '
1 :,
1 • ~
-
..

telèvent' aussi et surtout diL«haut». ? D'~~tant plus que le politique baroque· dd'hybr.idation .c.ulturelle du politique.' se ~ èonfond a"'.:eC la
li .I:' · par le ba.S pourrait être rapproché de-la «politique ailleurs3 8 » dans les gouvernapilit_é de la manducation: la «politiqµe.du·.ventre», comme
-: ~ l\_ i ~ - démoC:raties occidentales; ..qui i;i'. excluc pas poù.r autantl'ariaiyse des démonstration des :àctribûts de :la richesse et·'. déJa .puissance; pa;-
.
,.
:. [....,. institutions. démocratiques: et 1objets canoniques de· la . science ·poli7 l'accumulation et la redistribution .économiques -.e( symboliques, la
tique; et_alors même que la distinction ,entire politique d~en haut. et magnificence.et la·tnunificence quis' expriment par u,ne:coqiulerice de
-. d'.ewhas 2semble·artif:\cielle; puisqùe les:'deux niveaillè eht~etiennent bon.aloi et le marivaudage de jeu des maîtresses ;.elle est maintçnue eF
. des intàaction's dialectiquès3?. .·Ils .se complètent fructueùsement au perpétuéep·ar ailleurs.grâce à la maîtrisedesforces deJ~üivi~ible, viala
regard.di.Lrôle joué par le. iap avec.des mouvements· sociaux· cornrrie sorcellerië46:_Ehistqricité de fÉtat en Afrique·?evieri.t .urîe « hisfoi;~dté ­
Y'en a marre, ou le M 23 (Mouvemenudu 23 juin)-,, dans le . renfof~ dans l' exi:raversion47 », .ou ;une historicité de Fexcrar,ersion, .corifipée
cemerit de la _démocratie ·au Sériégal, pour freiner· les ablli. du -régime dans 1e carcan .
des. re· 1atlons
. d"
.echange1me5<Ll·. 'n.. l . avec ·l';exteneur\:;
' ' . 4,8 '- ·utie..
du · président'> Wadè49, à condition çl.e· filtrer les «-Modes: pop_ulaires simple excroissance de ·l'histoire de-l'Occident ·· :;- _~.~·\ . . · ·i <:;_, -.~;_-,,
d'.a ctiôn. politique»; pour ·.ri'. en ietep.ir.-que ceux exp'ressément et émi- Ainsi, Baya,rt, semble-t-il; .rapièrie toutle politiqu~· à des considé,
nenimerit poités'.vers le: q:imbat politique. . , .. .; . rations exclusiveIA_ent sexuelles .e t matérielles,-:qui empêchent d'envi-
. J Il:reste que le paradigme où' la·· métaphore ; de -la •1tpolitique; du sager ,sérieùsement_toùte::aufre·possibilité :réelle ·d' évolùtion' à·:travers
ventie41 »·posée·par Jean7Françoi~ Bayart-pour expliquerJ.e:'politiqtie Chybridation; aulddà ,de, l<J:, «•pol~tique::du :ventre »:: "<i :je broute, :donc
en Afrique, semble ·êtte dans l'mcapacité 'à pr~ndre en compte de je suis »i qui · délüllite~· ~rès; précisément les . coritoùrs iet pourtours.id y
telles évoli.itions·. ·. .. ~·- -:; :: (( champ .du :pensable: poli ticfuement w1~ ' dan:s:Jes : sociétés ·, africà.ines
' :·'Repreha:nt-. l'idée · br~udélienne 'de. condriüité ·des civilisai:ions42; postc6loruiles .•-.'f';: .'' :'~ ·_; "" . " •'-"''' ,·.,:; '. :~· ... ';:::::,."· ,:-, '.·;. ::~.! · ·..:.+..-.
\. cec:iuteur mer- en évidence; au:.delà :de 'Sés)forme5 , particulièrès, la Il n'en :faut alors ~que : très :peu pour basculer-•daris:les/ thèse.S·.: dù

l
.

1 map.ipulation dela .dominatiori occidentale par .l'Afrique, d'où elle . .


culturalisme ·déganjé --aux ·relents · parfois "pe.5sinüstes?0 , -' ~ou.vent
1! .

.1 . 1'>"7
i2.6
: : .... · . · ÉCRIRE L'AFRIQUE-MONDE'.-·· LES IMPASSES ÉPISTÉMOLOGIQUES AUTOUR DE L'OBJET AFRIQUE

déterminist~, comrnde· montrent· les· travaux de Patrick Chabal et '. ;.J::argurnent d'une retraditionalisation du ·m onde à .partir de l'im'-
Jean-Pascal Daldi; ~uià travers le paradigme def « instrum~ntalisation brication des répertoires du rationnel et de l'irratiorirtël est spéciewc;
du désordre»~
'
1
-Jont référence àux bénéfices à-tirer
'
de la.confusion,
'
de puisque à l'instar.de la tradition et de la modernité; ils sont en osmose
l'incertitude,~\i-oire du ch;i.os qui .règne. dans'fa ·plupart des ·systèmes permanente, y compris dans les pays du No~d; où les marabouts afii~
. politiques africains 52 ; : comme forme spécifique de irn'odernité53 , où cains p·rospère-n t a vec une bonne partie e.u ropéenne de.leur clientèle57,
cohabitent en apothéose Finformel èt l'infralégal; le non-codifié et le sans· parler du développement débridé des sectes les plus fantàisistes;
1 ;
1 :, i non-policé. .- _ _ dont les gourous font de nombreuses victimes; sans oublier l'essor de
'.~
1. "f ' ' · 'L'in(ormalisacion du politique·se. caractérise pa:i::la faiblesse ·struc- la parapsychologie: horoscope,'. voyance; asti.-ologie, etc.
.·: 1
turélle de '.l'État; :l'.-inexistence ·d'une société civile, fo recyclage en .vase ·Le politique ne saurait également se.ramener exclusivement à ·des
·'
clos du personnel politique, et la retraditionalisatiori· de la société, aspects informels, car les rôles, attributs officiels et règles formelles,
par la. communaucarisation des. rapports; l' ethnidîé et la sorcellerie,
1
comme supports de la domination, remplissent une fonction sym-
l'africanisation· de l'islam et du-christianisme, ;amenant les Africains bolique de légitimation du pouvoir58 , pàs plus que h ·corn.iptio~
à opérer' quasi simultanément ·sur; le~ .,,registres .des ·plus modernes ne saurait .être ér.igée en tine particularité africaine, puisqu'elle peut
aux plus traditionnels.· Eenrichissement par des ;ic;civii:és èriminelles atteindre la: plupart des systèmes politiques au monde, notamment
illégales mais non: illégitimes, la corruption bien . comprise, nourrie européens 59 . .
par les ; fruits de ' l'échec économique et -l'intérêt de la dépendance, En réalité, en posant des critères de. spécification · du politiqÏ.Ie
expliquent l'insignifiance du développement. en Afrique, Daloz er Chabal semblent avoir cristallisé-leurs constats
En définitive, · cinq poirits. décisifs permettraient de. décrypter le ~parfois généralisés à tout le continent à partir d' nn pays '-·en en faisant
.;, politique au sud 'du Sahara: l)Ja. subordip.ation -de ,Findividu au des éléments culrurels à .tout jamais fossilisés, .alors que. la culture est
groupe; 2) l'imperatifde réciprocité dans Nchange; 3);la relation un produit social dynamique, elle. est avanttout mouvante et chan-
inégalitaire fortement ipersoririalisée; .4) là conceptioh:de la réussite geante; et s'enrichit constamment des apports extérieurs féco.ndahts.:·
iinpliquant la; générosité par la redistribution ' ciblé~, plutôt que }, . Autrement,- l'histoire .ne serait qu'un éternel recommericèmerit, si
l'épargne productive; 5) le primat du court sut le long terme: préva- tant est qu'il puisse y en avoir une dans ces 1conditions. Car·au.cunè
lençe des intérêts immédiats; faccionnels et c;oncrets au détriment des marge de manœuvre ne serait alors laissée aùX individus dans leurs
' perspectives supérielires macropolitiques 54. .-, ~:J ; ', , ' ' capacités créatives; ils ne seraient que des robots .programmés-par un
·La décoristmctiàn ,de cètte -thèse, d'abord par. rapport à la-. violence, logiciel culturel élaboré une fois pour toute5, objet$·passifs plutôt que
renvoie à la,diff:iculi:é à soutellir:une globalisation des: activités crimi- sujets actifs. et inventifs de leur devenir, dans Uff processus de trans'-
nelles comme élément~explicatif du: politiqu~-~,..,en:dctio.rs:des: pays en formation.continue des contraintes en opportunii:és eréatrices; .qui~èst
guerre, Cada criminalisation du -politique esi::plusl'expression de l'ef- une matrice principielle dans l'évolution de,toute société humaine.:. [
'1 "
fondrement oU-de kdéliqtiescencede l'État!qu'url.eforme organisée de <.Les individus ne · sauraient donc être,_des.· agentS~ :écrasés :parJa
1:
:
celui-ci. De plu5, les cocluts ethniques ne sont pas l' ap·anage de l'Afrique: structti.re culturelle·et communautaire, carJa:rrionécari~atioh de l"éco.,.
la ·chute .du communisme·a· nourri en-:~Europe c;ie.l'.Est, .notamment en
1

1.,, nomie, l'urbanisation, la scolarisation; les effets de démonstration' 'è t


ex-Yougoslavie;· de 'violentes confrontai::ionsidentitaires56 . . · d'iillii:acion des pays riches dans le domame·de la consommation;)a
i
'l ')Q
· , ÉCRIRE I:AFRIQUE-MONDE· >' ··· . LES IMP~SES ÉPISTÉMOLOGIQUES AUTOUR DE I:OBJET AFRIQUE
• 1
l
1
!

crise économique, le développement de5 médias, .ei:c.; ·concourent.à Milet, ·P.yi:b.agore de Samos, Arcliin;i.ède de .Sicile,·· Elaton, · Sabon ...;
l'impulsion de processus d'. individuationl'i0 : · ·, ,{ allaient' chercher le $avoir.auprès des prêcres.égtptieus6 3, ;. ··.,.
.. Be cet ensemble d'idées;.ihressort qu'une certaine pensée relati, ,... Pour étayer.sa·thèse de FÉgypte nègre, Ch.eikh Anta Diop-dégage
viste,: à· partir d'une supposée· cul~e africaine, a tendance insidieu~ des ;·siiniUtudes - saisissant.es, . d'ordre · lingtilstique et culturel, . encre
senient a reproduire -les-:clichés qu'elle esr·censée.combattre, lorsque lŒgypte·. anc~enne ;. ec .les sociétés :afriqûnes: , t9témisme; circorr.,.
le particulier n~est pas une·justifi:catfon.porn ~seoir une intellection cision,. _conceptiornvitaliste:de ·la rby.auté, -.·parenté de l'égyptien avec
rabaissante; d'où la .nécessité .ec .raccualité d'une pensée tendant .à les làhgùes a.&iCaiùes au niveau lexicil: et grammatical; etc.;64 , Il .se
restaurer l'équilibre, mais qui elle~même peut.être· biaisée dans son fonde· .
également•surJe témoignage unanlme '
des anciens:
.
,Hérodote,
élan, en raison-des enjeux identitaires, .e t parfois passionnels qui la f)iodote; ---Scrahon,- .Pline,. Tacitè;-qui ·enseignent ec) ·ensdgnent· què
sous-tendent. .... .. · · ' . les Égyptiens -avaieik la p~µ ·.rio ire et·les. c4eve~ crép~G.5 ~- POUrt:irit
;, _.' 'i·;· . . ··, Champollion de Figeac a e5timé que ces traits .ne suffisaie11t pas à
i.: ·. . . _, caractériser un Noie iMajs ;àlors' aurait~on ..déjà .Yu :dès· hommes· à la
C'est dans cette· perspective qu'il-_faut linscrire et comprendre le peau noire .et alix cheye.ux crépus;· qui ne seraient pas des' nègre5? En
mouvement culturel eclittéraire·d e la i{égritude qui vit le jour dans les réalité, pouf Cheikh:.Anra·Di9p; Fimpérialisme a:écé l'infrastructure
années 1930 en France, pour répondre, selon Mohamadou Kane, à explicative . de cene superstructure idéologique . de falsification his.~
«l',insolencede l'Europe qui prétendait-avoir colonisé l'Afrique, terre torique, à des fins de légitimation hégémonique; : prodùite· par· dès
de barbarie; .et. devoir combler .un :vide tuluirel par sa civilisation, sa «savants·» à fhonnêtetdntelleci:uelle douteuse66; · ,.... '.
foi .et.sesidéaux démocratiques et hùmanitaires 61 », Dans une optique . Dès l<?r5, la libération de FAfri9iÏripasse, pour l'égyptologue·séiih
militante, il-s1agissait de .défend.ce et illustrer les valeurs· de la civili- galais,· par. uii _trav.;ril:deréécriturbde l'histoire/ i:ar: «Le ,neg~~ · ignore
sation nègre, e~ de permettre aux. Africains ·de, retrouver. leurs dignité que ses1~cêtres qui se sont ·adaptes aux·conditions matérielle5 de la
et -fierté piétinées et bafouées par 'un Occident' imbu de lui.:.même .et vallée ·du Nil sont les plu5 ~iinciens : guides · de l'hlimanité :dans ·la voie
de sa culture, afin·de jeter les bases d'une prise:en ·chirge possible par de l_a civilisation; que ce:sont e:Ux:q.ll.Î ont créé lèS arts;' la:religiàfi,(~rt ·
les Africains de leur: propre destin. ,, : '· ·; partic~kr le..rponothéis?Je) ,·1a. littératiue;. lès,premlei..s r_~tèmes phl-
· . . À cet effet, .Aimé Césaire .exemplifie le brio de la civilisation afri- losophiques, l' écrittire~.ies scien~eS dattes ..(physique; m~théqii°tiq~~~
caine _à. travers .les empfres ·sciudaµais .du :xuc au XVIC. siècle: Ghana, mécailique, astronomie;·),calendrier.,;•,;)',' la- médecine, l'.ai:éhitecture,
Mali .et.Sonrhai-62;Jà où.Fhistorien ·sénégalais Cheikh Anta Diop là l'agriculture, etc: àqµ1e épqque ,où le.. reste .de là. terri (A.si~;' Europe:
fait remonter · au· foyer- antique dd'.Égypte ,pharaonique: l'Égypte Grèce et Rome.::.) ;éti..icplongé ~dàns, fa barb~iéZ~» :U~ètilcation· de
cett~ .vétjtéihistmique ,devrait mettre fin-,atj « HO.ttefueq.dleJa ·pèr.,. .
.
nègre qui .a.civilisé. le -monde, et don da matérihliJ;é...de l'existence e5t
~-

indubitable," comme en attestent .les.rpyramides", colonnes eccolosses, sonnalité de l'Africain6 ~ >~,·pour ·lui permettre <<de r~trouver la ~conti:­
lès:mpmies; stèles et sculprures: \ De ce·faic;.les valeurs.et connais- nuité de.son:histoire ·e.t la consistance . de~sa culturei;erùnême -temps
sanêes techrüques ·eueientifiquesine soni:·pas:des produic:S de-l'Europe que 'les moyens ~'.adapter celle~ci ,aux eX.igeriœi inôdern,èS%~ ·; ' PO.~
diffusés ; par la··colonisation;) puisqu'elles :pnt existé :bien avant, .e n retroi.tver.Ja-. è~nfl~ce· ~t la:plérutude mtérieures _.:..:.différèntes\ de ;la
Égypte; berceau ·de; la .civilisation, où les .savants grecs: ,Thalès de suffisance-:__-:-:, et sans}esquelles cou~ dfort humain est-hy.pothéquB0 • ·Il

130 131
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ÉCRIRE I:AFRIQUE-MONDE LES IMPASSES ÉPISTÉMOLOGIQUES AUTOURDE I:OBJET AFRIQUE
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1
s'agit donc de « cadavériser la vieille négritude71 »:faite .çl~ Jarbinismè 'qui· part d'une analyse lucide et réaliste des problèmes-du Contï_n:~t h '
1

et de complexe d'infériorité, dans .un vécu. de ·cul~de~basse~fosse de et, pour résoudre ces impasses, .d'élaborer des stdtég~es d'iiiftisiôri 1

soi-même, pour s' engagèr résolument daris la conquête du monde, où · et: d{diffiisïün ae· cette f>ensée ti"ïve~~ éurairè éi: ·püpiilii~é, et
au:x·-
il est place pour tous; car «aucune race ne.possède le monopole de·la mq~ilisirr les.; divc~":s acteu,r.s. pofü:ique's;~·.~?_2fi~, ~ultt1œls ·;r.inreµèc-
beauté, de l'intelligence, de la'force72,». La seule arme qui vaill~ a16rs rucls. intér~és, atJtour de son.effectuatio.n. . ..
est la volonté ferme et inébranlable; puisée dans le fonds intarissable
i" ,• ..· ···.• ·
d'un moi retrouvé et réconcilié avec lui-même.' Ce faisant, l'Afrique N6res
et les Africains~ selon le poète m;g-ti~iq uais, deyraienr être les .phis
· 1. tU:cian Pye, ;i;,~ckofPoliticalDevelipmer'tt, 'B~sron, Litde, Br~w~,1966;
rigoureux et exigeants envers eux:-mêmes; en"iaison des nombreuses
Edward Shils, Political D~uelopment i;:rihe New Str;ies; S'Graveiihage; ~cliiroh,
difficultés du continent; et des ~ouffrances indicibles· endurées au 1962;' S~ud' Hiirîtirigt'~n, Myr6ri Wdner, UnJ;'rstanding Politica'L.DeiJ~/Op­
cour$ de l'histoire?-3. ment. An Anàlytic ~ltkdy, Bosrori, Little Brown, 1987; D3;11ièl Le_ni.ei( The Pas~
· . En conclusion, la déconstruction dda·produé:tion scientifique ·et sing ofTraditioizal Soâetj.' Modemizing the Middle Etist,' Glenêoe' (III:), }hè Fœe
Press, 1958; David Apter, 1he Politics ofModerniza.tion: Chicago, University·of
intellectuelle; dans ses soubassements iqéologiques et hégémoniques;
Chii:ago Press, ·19Ei5·; Gabriel Almond, Political'Development: Esays in Heu-
est un impératif catégorique, car sa réappropriation insidieuse étouffe risiic· Jheory, "Boston, ·Lî~e Brown, ' 1970; Jame5 _Coleman; DankWarr Ru5row,
et confine l'Afrique dans une relation à l'Occident vassalique; infério- Gabriel Almond et al, 1he Politics ofthe Developing Areas, Princeton, Princètoh
risante et dévalorisante. · :• . University Press, 1960. . .
· 2. Le modèle· de Rost6w est arÙCulé autour de cinq étapes: la société mi-
Au demeurant, cette situation · crée une démesure 'inverse ;de sur-
ditioruielle, les conditions préalables au:déëollagê, le décollage, la mardie vers
valorisation du co'ntinent par la: pensée; , susceptibles . d'être fondée la maturité et l'ère dé consommatiort'. cie ·masse. Chaque stadè correspond 'à tin
sur des. dénis de réalité, liés' à l' exaltatiün d'une. fierté identitaire de niveau progressivernenr phis imporrintde développe~enr politique·:·:LC dernier
régénératiün erde' revitalisation ·deFestime de soi, si .longtemps et stade coïncide·.avec l'état des dérriÔcra:ües dévèlopp'ées 'auquel aspirent les=pays
du tieés-monde, situés . généralement' au .deuXièni.e .stade: .'celui des ' conditions
constamment amochée du Corginerit .. D'.où la confrdntation ana-
,préalablesati décollage: Wa!t Whitillan:Rosi:ow,.Les Étapes·de 'ta.croissance}conà-
lytique de constructions idéelles concurrentes et croisées .des sujets.- mique (traduction de M. J. du Rouret); Paris, Le Seuil, 1960. · ' '. ' · · ; · . :
pensants, tendant à ·s~éloigner :et à s'autonomiser" pai rapport à '. ·" 3:' Les indicateurs iÙ:iliséS som:: le .niveau de·:PJ'iB.. (Produit national brut)
1..
l'intelligibilité profonde -de l'objet à penser:TAfrique~. :." pàr habirar1r,d'industrialisation; 'l'ùrbanisatio.n et l'education1 t'ous';plus élevéS
" 1
•La:va5tité; l'.énormité et l'acuité des 'maux semblent exe.rcer:.ùne dans les pays démocratiques (Royaume-Uni, Et:a:rsfü.nis, Ausualie, Canada) que
:~
'
dans les: pays à, tendance autoritaire (Cuha, Haïti,.·Paraguay). Seymour Martin
···:· 1
coercition stir les mots de la pensée, . au. pqint. qU:elle tombe parfois
.Lipset, «Sorne Social Requisires for Demociicy: Economie Development and
lï 1 dans·le catéchisme missionn,;ire ,dda; civilisation solidaire et frater.:.. Political Legitimacy»>Àmirican•Political Science &view (53), ·1959c ·1: , '.i
nit~e, àJaquelle n'ont jamais cru, ·hier:con1me--aujol:l:fd'hui, les por- 4. Charles Tilly, The Formation of National States in Wèstèm Eüropë; ,Prin'- .
teurs jadis de la prétendue« mission civili$atrièe»::o:· > · : ' · c, . · ·• " · 1=eton, .PrinceronJlJniversity Press,; 1975.; Big..Structures, · Ltirge;., Prqcèsses;<Huge
Comparis1,m,,,Russd Sage Foundatio'n, 1974; Barrington · Moore; ;Lès-Origines
· Pour sortir de ces impasses; .il: faut •une· pensée: àfricaine .- non
sociales· de la: dict.tture et de la démocratie (traduction de . Pierre Clinqûàrt),
'i. 1
une manière africaine de penser, ·sïnon: on . retombe dans les mêmÇ$ Paris, Erançois .tvfasper~>,, J 969.; Perry Anderson; .L'État. absolu#i'te. (traduction
' clichés~, mrus 'une ·pensée.des Africains stir FAfrique, .émancipée des de.D.omin:ique Ni~mt;n) ; .2 volumes, Paris, Fran,çois. ,Masp7r,0, -1978 ;~Bértrat:id
postures idéologiques, éclairante, prograriunatique et pragmatique; B~di.e: et Pi.er;e }3i,rnb~tim, , Sociologie de l'État, Paris, Grasset,:1979; Reinharç
1
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'f. ÉCRIRE L'AFRIQUE-MONDE · LES IMPASSES ÉPISTÉMOLOGIQUES AUTOUR DE L'OBJET AFRIQUE ,!
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1:\4 135
l~
1:

ËCRlRE I:AFRIQUE-MONDE LES IMPASSES ÉPISTÉMOLOGIQUES AITTOUR DE I:OBJET AFRIQUE

35. Dariiel Bourmaud, La Politique en Afrique;- op. cit:, p. 137. 53. Jean-François Médard leur reproche de réduire -la modernité à . une
36, Jean-François Bayarr, «Lénoneiatioirdu politique», art. éité; p. 359.·. simple contemporanéité, ce qui est aberrant. Car la modernité ·.est. iniime-
· 37. Ibid., p~ 361: ment liée au développement. Par conséquent, il serait difficile d'admetti:'e une
38. Le «Bébête~show>>er les «Guignols de !'info,; ont d'un 'poirit de vue. modernité spécifique, qui se ferait en dehors d'un _ç:errain progrès: Jean-François
~ . fonctionnaliste·· un caractère tribunicien et cathartique. Éric Darra5, •«Rire du Médard, « I..:État et le politique en Afrique >>, Revue française de science politique,
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52. Ibid., p. 6 .. 69. Ibid., p. 48.

136 1"7
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ÉCRIREI:AFRIQUE-MONDE' .' >• · ·,• '_ :

·. 70.1bid.;.p..4s ~ . .·; ·. ,!

-71.lbid,p.85 : .. . -,, _.. .:. ,_ :


-72, Ibid, p. 83. . _. ,_1,
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1963, p. 59. . .. .

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RÉINVENTER LA MODERNITÉ AFRICAINE!
1.•·,.'

Blondin Cissé
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· ·.· ... «Libère-toi d'un espace trop étroit.
·... :. .
. _. Ç<;lui _qui a ~c~appé aux li~?s d~ t~ur~ _les ~<7i;i.sions
!'--_ s· ér~nèl, e:ü~e Ie 'cie1, dan~ rüii:î~ 1~-diieci:iû~s. . ·-

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Di Bfond.i.ri. Cissé 'èsr diplômé iiè l'université Pafis Diderot-Paris vu Ousseynou Kane, anèien· <èhef du département de philosophie !.
1 en philosdphle 'erscie~cd p~lïtique. Ôierclidit: :~~ µibo'~atoire du chan- de l'Ucad·.dins les années 1990-2000; avaicun •jour commencé ~·sa
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·~ - gement social eq;;Üdq~~ '(LCSP) ·a~ Pari~ vII; ù' yTe:O.~èigné la philo- communication en '.rappelanf; ;devànt' un -parf~rte· . de •.politiqùesl
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sophie politique ~~ :?Q99/29ii' Â~~~il~~~;~, 'il ~t~~·tre-assistant à
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d'intellectuels .. ,, les propos d'. un éminent intellectuel africain; qui
diagnostiquait, .dans 1'entlune de sa coffill],unication;· les .maU:X ·dom
1 ~ des ieügions (UFR Crac) où il coordomi:e !'Observatoire des sociétés souffrirait notre contfr1ent:q ui'Ônt poul: norri: colloqu'ite; table-rondite,
· b~.ld'iliictlri~ du Laboratoire d'analyse des sociétés et pouvoirs Afrique/ conférencite avant d'ajouter de façon ironique:·« Les Asiatiques ne:forit
1
diaspora (Laspad).
pa5.trop -de;conférenèes ni de colloque5, mais ils travaillent.)) ' '. '. "
. C'est sûrement ce genre de considérations.qui a influ:ericéles·poü-
tiquès del' érnergencè enAfrique; mettant jusqu'i_èi'davantage l'~ccerit
surl' économique que surunél~ment foi1çlamental du: développemerl.'r,
la culture. De ce fait,-H serait ùtile de rappeleda première·éhonciation
0

du ·conéept de cultur!e tel; que ·r ont pensé lci·:pkii!oSüphes · d_e)~And­


0

I'
quité grecque, à J:ra:ve1rs la notion de paideia désignant Ha foisTenser:
gnement d~ qualités humaines et l' ensemblede5 connaissances qu~ un
individu·doit posséder pour s'élever au rang de ciJoyep: grec..Giéeron
emploie la.première fois le mot culture; dan$;son :essai'Eulturà animf 0

phil.o!ophia~, pour.-sig;nifier toute activité seryanrniu dévdoppement


niéntal par laquelle-les huinains poutroncaccéde.r ;à Ja 1connaissanëe
philosophique; .sciemifiq ue,. éthique et .artisti,q ue,'; Çette perspective

141
·_ . _---.-·-v
-~--

I:
ÉCRIRE I:AFRIQUE-MONDE RÉINVENTER l:.A MODERNITÉ AFRICAINE!
i:

humaniste de la culture est amplifiée, voire dépassée, par le philosophe . mesure où elle··IIlanifeste lin je s'arrachant' de son mscriptiôÏr.identi~
camerounais Fabien Eboussi Boulaga, qui inscrit la culéure dans un taire pour s~exposer au-dehors? ' ; ., . .. ..{
processus dynamique d'émergence du soi, du devenir-personne, qui . , ' Faudrait-il alors sonner l'oraison funèbre de h tradition .africaine,
actualise les potentialités infinies de l'individu en tension permanence c'est-à-dire -_refuser _ëe.j moment· de-la pétrifÎêatiàn-où 'l'a eriferm.ée',
. vers la recherche d'idéaux et l'expression totale de sa liberté; d'où parfois sans le vouloir, une certaine·intçlligentsi;i:afin d',élaborer ·une
ses propos dans Christianisme sans fétiche: «Le concept de culture est autre gestion de; la. mémoire à. la, fois fid~le allx. fondamentaùx .de la
celui par lequel l'homme s'appréhende comme genèse, comme auro- tradition et ouverte sur l'avenir ? . ,.,- ·,-.'.: ·
production de soi à partir de ce qu'il n'est plus en direction de ce qu'il La tradition africaine se positim1ri.er:i.it-elle alors comme la
n'est pas encore [ ... )3. » N,
modernité africaine}le_<l~~:u~,_,:s~~ro~t l.~, ~?~~~~~é à;laqlfeµe _e11,,e
En cela, notre démarche, ici, est celle d'une reconnexion à nos a été habituée jusqu'ici prücMe d'~e .. ffiéilloirë èx~gèD.e imposàlli:
héritages éclatés, nos trésors perdus, et donc une reconstruction de ses schémas politiques, économiqùes. eÇ cult~rels grâce à ,s_ori :.infra:..
notre rapport à la mémoire, car l'historiographie relève de l'art de structure technoscientifique qui définit sa propre modernité7 ?" : ;.. •·
la guerre surtout dans un contexte de défragmentation et de désin- . , Coinment ne pas penser âlors 'aux propos -de Cheikh,Anta.Di0p
tégration des cultures huniain~ au no~ du ph,énomène .de la mon- dans Civi/isation ,ou · barbarie8 mettant.· en exergue' la; nécessité. pour
dialisation .dont les .-_prétentions 'hégémoniques se déploient sous Je l'Afrique de se (re)cohnecter à son passé :..:. , puisque la rriodenüté est
prétexce·dp développement, de la logique dt,1 progrès;-.dé-la croissance en.fait-une entrepri:Se;de .déc'onnexion: «1Je5sentie1 poude pe!.fpkes~
de:: l'htimanité et du bien-êti-e des'peuples.:Çe qui e5t en-jeu dans cette de retrdtiver le fi.Lconductetir quj le i:elie:à son, passf :a ncéstralJe;phis _
opération.' esc, moiris :tin :déplacement des: honîmes,: des o':1tils et dès lointain possi~k. Devant les' agressions culturelles de , t;outes sorteS;
savoirs· qi.Vune dé~eiiitorialisadon ~ de. la mémoire; .une délotalisation devant les-.fadeti.rs::désfgrégèants du moride extéûeur; l'ar!I).e, cultu:;:
des ;structures>rrientales 4 .~"!"'· · ,: · 1 .·; .:· · ;_, - :·•-;: ,, . , . · · ," relie la' plus efficace dont/ puisse se do.ter un peuple est ce:·sentiment
S'il estforidamencil. de se çlémarquerdela visioneuropéocentriste de contimûtéhisrorique9 . 1~ , : : ,.·:'' . . , . ~- .: . : ,:1 · ·; :: .
et· impérialiste Hu dév_eloppement; afin de trouver .une voie afriëaine , ·Dans cette .perspectiye;.sUa condition del' êtie-là-aftiçalli~dans~le:
et origln~e qui intégrera toutes les dimensions der êt;re-au.:.mo7?1e-de- monde,-acfuel est·dépendante'. de nOtrê capacité à' porter et à'entrerenir
l'homo-4fri.tairis. dàrts une logique de :piogrès politjqu~,. 'économique la:flamme de la tradition, la véritâblequestioi}- ~tdè· savoir çomrri.eifr
et :Socio.c ulturel - tel queJe •proposait· le socialisme_africain ~; notre regarder cette tradition aveo ·df:s,yeux·neufs qui_,fie;se contèntenr:,pas
dévéloppemen~ ,intégral-.sU:ppos_e :au5si, pour .parlei:: .commç.Marcien de la . chal~ur; que peuvent.pro_ctirer_ enc.ox:e . lès cendres, mâi~ , se font
!'
Tuwa; :Ja ferme .« déi;;ision de soU;fllettre notre héritage cul~urel à une eux:.mêi:nes. étinq:Ues ·pour ;rallumer' d' autre5 Hàmines:i.C' èst 0·tourJ é ·
cricique·.sans,· i::omplaisince 5 .». ~ "; :·: _. :: :-. :: --. ·. .. !...;,:_" '.--.'.~ . ·. · ..-.. · . sens·de ces.propos _de Jaurès-dfsant_de la·tradition qu',«elle:ne cons_istë
~, · -,D.irls,ceQ:e•perspective) 1la modernité africàine ne ·St'! laisserait~elle ,·· pas à la conservation de:s c~ndres, :mais · à Fattisemerit déS flamme$!>/'
pas,•saisid :ôinme processus, de :sortie des dôtlires;:de.:Ccttte Afrique ..Dans ,cette. contribution,, notre objectif ëst &une,part; de. restituer .
traditiqnnelle duifamasme ...,; donc, comrrie1.in pJ ocessus d~émergence btièvemeq.t quelques, tr?-Jeetoires qui 'noùS pennettent de-p.ènser {~ un~
d'.« un isujet :défini ·pài,sa::participation :à des contrair~6 ->i, c'. est-à-dire réinvention :a&-icai.ne.·.d e la.: modéfnité n.hi.c.<etrnunc, ;à;part.ir~ des :ies,:
,J' r d~une ;identité':'. qil' on ;.pourrait qualifier de : désidentifi.catrice ,dans l~ so,urëes proprèS à·lalittératurèe.t à.la philosophieafrièaineàn:~vers les
1,·

142
. ÉCRIRH:AFRIQUE-MONDE RÉINVENTER LA MODERNITÉ AFRICAINE!

· penseès·du t_héorièien sénégalais de la négrieùde,.:Léopold $;,Senghor, -~. ' pour·; Senghor, une ·redécouverte afticaine du marxisme ,suppose une
du philosophe ghanéen Kwame Nkrumah et du philos~phe came.~ \ · · réappropriation endogène de son modèle, le socialisme,. en d'autres
mu.riais Marcien Towa;· qui s'inscrivent toutes dande dispositif des " termes penser une·voie du sociaüsme conçue pirles ·Africains et qui
idéologies négro-afi:icairiès; produites essentiellement par l'intelli~ s'enracinerait dans leurs yaleurs. Senghor montre qu'un tel ·poirit de
gentsia . négro~afi:icaine à fiüation occidentale; et axées slir le postulat vue n'est pas en contradiction avec le marxisme, et il cire les propos
d'une identité cultUrelle spécifiqùe 'et d'une. singularité sociale d~ de Marx lui-même dans le Dix-huit B~maire de Louis. Bonaparte:
l'Afrique noire. «l;es homines font leur propre hisroll:e mais ils.-ne la font pas . arbi~
• • • : -: • ·.~ : ..... ~l
_I . '. : • 1.
-ci-airerrient, dans les conditions.choisies par eux-mêmes, mais ·dans les
S~nghor ~i l~ p.fuici~oph.i~: d~ là cômplé~~~fuité . <; • • ' •
conditions directement données et héritées du passé 12 : »

' . ·-· • ' ·. .· :- .:,(. ··. . • .. .· ; • : ·:: -:: .' :: :·; '' . ' :.: . !: 1. · .: ' : • • ' . . • •••
, En défuiitive, le socialisme de Senghor est.à la fois pensée et action,
· La pensée de . Senghor (1906.,;2001) se déploie à partir d'une pensée qui ~t- prise en .charge de la réalité #Ï'icaine, action qui·vise le
relecture àfticaine:du tnarxisme 'et dè son modèle, le socialisme. Fondé développement de l'Afriéain .et son:continent; d'où son déploiement
sur · 1e ·concept. -de négritude qu'il >défi!lit comme 1'« ensemble · des à.travers: une véritable praxis .sociale pensée à la. lumière des réaütés
valeurs de civilisation du monde 'noir 10 »,-le socialisme de Serighor est concrètes er-spécifiques à l'Afrique. À ce propos, Senghor écrit: «Une
une adà:ptationcritique aux ·conditions de l'Afrique d;une expériencè révolution reste idéologique, partant inefficace, tant qu'elle 'n e se pra-
politique eutopéçt:me..Mais, si le· socialisme de . Senghor uouve son tiqùe pas ·dans :une action .concrète, qui, : en transformant les -strUc~
- --.!'"'--
.- '1
:
1 fondement à laSois dans!' affirln:ati'oir de l'homme no-ir et la libération tures, .élève le niveau.de.vie et de ctilture de.s ciroyensl3. » t
de son tontinent; sa pensée se:cori~oiç dans une philosophie'ef,e la com- ... . ,·· : ! ·· . .. j
plémentarité fonctionnant' selon la double. exige.rice de l' enradnemerit
dans· le ;Notis; · c' est:oà~dirdes traditions ·négro-africaiiies,-:et .de' l' ou- '· .
verture à la m~dernité qui est !'Autre. Dans Nation e{v'oiêafticaine du .·. Considérée comme l'un des .inoments,les plus importants du sgcia-
socialisme;'Serighor décline son ip.rojet, .<m s'agit d~inséret notre:nation lisme,afi:icain,la pensée politique de Kwanie Nkrumah (1909-l-972)°,
non seulement dans l'Afriq4e d'aujourd'hui, mais' encore dansJa civi- comme celle ·de :Senghor; s'est proposé de faire une analyse critique
lisation de FUriivèrsel: qui~ est.~- édifier.' Gelle~cisei-a une symbiose:de.s du marxisme en le -confrontant atix réalités africaines~ Contrairement
élémentdes plus féconda.Ilts de:toUçes les civilisations11. » ·. · . à' ·l'analyse :critique de Senghor prônant une ·relecture aftic~ine du
1
-· • Selon 1Senghôr; ·il· s ;qpt: 'de se· développer et ·d'encourager le ·dia- mar.Xisme;' celle .de Nkrumah ya ·déboucher sur .u ne nouvelle idéo- ijl :
logue .des nàtions. afiri de-con~fituer la civilisqtion panhumainé dont logie pçnsét et ·fondée.à partir de la·nouvelle situation de.l'Afrique;
la pertinence lui· escconférée: par. la--pluraljté ·de:.ses~Qlhposantes: le cottsciencisme, car la ·mise en: place ·de cette idéologie, .pense+=il;
"'
Autrement' dit,' sh:ette -visée c'üsrnopolltique ri~ peut;s'exprimer que s'expüque à.la fois par la profonde -mutation que connaît la soc;iété
.' sur _le: mode· rd~ µne : adaptation( de5: ..-éalités .négro~afticaines -aux exi- africaine et.la :présence d'éléments eXt:érieurs à cette. société.' C'est
1.1 ·
1. ' gences du mohde·m:odeme, ·la néce_ssaïreirirégration·des :apports poli.:. ainsi que Nkrunià.h divise la' société afi:icaine·en upis classes : : . ' z• •
tiques;:étonomiques. et sociaux defEurope &mehre; ·ielon Senghor, , .·-:Une dass~ très ancrée dansles valeurs afi:icairies, fidèle à, notre
une exigence épistémologique dusocialisme ·afi:icain'. C' es~ ainsi que, genre· de.vie tradi tionneL

1A4 145
. !
·ÉCRIRET:AFRIQUE-MONDE RÉINVENTER LA MODERNITÉ AFRICAINE!

- Une :dasse représentant fa présence,,en Afrique de la;tràditio.q. :rendre. compte:.de .sa. nouvelle situation; . m'ais .d' organisçr sa; so,dêté
musulmane. .... ·:.•·. . · ·· " "'·:. err:y intégrant d~autres apports•<:XtérieU:rs de qianiète-à favoriser son
- Enfin celle représentant.la «.tradition chrétiennnt.la civilisation. développement économique,:social et. c;:ulturel·.:. . d'où;sa•conception
·,( 1 de rEurope occidentale[ .. ;]». . , . à• la•fois- matérialiste et ·dial~ctique. Néatuiioins, cette philosophie
.'!I' •. 1 ·1 qui se présente comme ·un,prolongement du .marxisme est eœréalité
'1
... -:1
. Pa,r..·co'nséquerit, le· conseiencisme '-aura alors .pour tâche fonda,. une contextuaüsatiofl' de cette doctrine par- rapport aux süperstruc,-
''
11·.
mentale de ·synthétiser l'histoire. de TA.&ique: traditionnelle à l' expé- tures •idéologiques et aux nouvelles. surdéterminations africaines} Eh
··1· .rience musulmane et euro-~rétienne. En d'.autres termes,il s'.agit de d'autres.termes, ~i .Ié:çonsdef1cisrrie pl.iilo'sophique trouve.•son:âncragç
[:.' ... l
11j
ili1
1.. -~
·.i-
fondre ces trois·dasses eri une seule au cours.du pr9cessu5 de tiarisfor,. dans le matérialisme dialectique{cela n~ l' emp~che guère d' épou5edes
l
. ···-
' mat.ion de la société africaine. Ce :p-Ôint est essentiel:dans la pensée du con fours de la socié~é africaine:.. Mais, contrarr~merit' a:,u·inai;xisme;lê
' 1.
~ 1! . ! '
philosophe ghanéen, puisque, selon lui; la.séparation et l' oppo_sition d~ matérialisme de Nkrumah reconnaît, cèrtes, la primauté de la-matière

ces trois' classes conduisent inévitablement.à 'Urie :schizophrénie socitile sur l'idée,, niais demeure. 1ptôfondémem,enraciné .d ans Tünivers~ des
:i{~}
aui antipodes de la übératiop~et du développement:de l'Afrique. C est valeurs spitituelles ·et--reügïeuses de l'Afriqi.in, 'ainsi . .qu'ilJe note: ;(d,e
::r~Jt~.
l ;..,i' . ainsi qŒil défiriitsa·philosophie comm~ «l'ensemble; eri termes intel:- consciencisme nest pas Iiécessairément·athée 16 : '.» .. ' ' : 1. .. . ...::! •
lecrµels, deTorganisatipn des forces qui perrhett;erita fa société africaine ~ .~ . . (· . ; .· ... i .~ ... ' ·. -; .. .. . :-
.,,
_\ ..'
1
~ ., 1.
d'assimiler · les éléments. · oceiden~ux,:; musulmans · et · euto-chrétieris . . .. .. i _.. ···. · • . . . : · :·· ..
Towa ·et 'la iliéôriè"a:e·1;a:üéD.ati.on · · '"; 1" ;;

présents en Afrique etde les tra.IJ.sformePde façonqu'ilslfusètèntdans .- ~ . :: t'

la personnalité africaine 14 ». Autrement dit, la doctrine .de Nkrumah Ampüfiintila. perspective· de Nkrumah qui s'. érionce coinme. une
peut être envisagée comme µ.i;i~_ .PW!?~9Phi~- dç la .Pf~S . s9ciale . qy.i manière de concilier les termes de la contradiction (noU.s/l'autI'e;:tra-
permet aux A.&icains de prench~ 'd:i~sde~~~ de ieur situation. ét qui ditiànlmodernité L; .)·dans un. dépassement quipermet dassurizer;.Towa
intègre les· éléIJ:tepts traditipnnels, islamiques et chrétiens .adaptés à (193h2014) -réfléchit sùr.;lasituatioff de l'homme ' africain·1 d~s ·-Ie
la pmonna_lité. afi:i.caine. Une; .fois ass~ri:J.ilés~ ces différents ,éléments monde >moderne . et. ëonstàte sein absence de liberté;.' Mais contrai-
devraient être ·utilisés eh:,VU:e de permeqie le .d~velopperri~nt·;harmo,­ rement·· à ceillt qui• imputent· la· faute~aruc . autresr il ' aflir~e>qùe h
nieux de la société atriqline sw:Ja base d'.urie idéologie apte à renclre servitude de rAfricài.rr 'se pose'. uniquem~µt dans :So'miap'p ofaavecdui. .
compte des nouvelles métaphores .:de cette société; : ~'. où ces inotS de mêm.e•et :non dàns•son•Tap port. ~vec l'a4tie.i Se ·situantauJC: ah.tipodes
Nkrurriah dans Le.Consciencisme:.«Je propose cfapp'eldcçtte .position du différentialisrfze; Towa .prône·.-la>theoriç: .•de· la 'ressemblance· dont
COf1SCierièe philosophique, car ce, ri' est .pas :là la, philqsophie,qµ,i npus la , réaÜsatiom ;sù.ppos'e ~que . l'Africain ' sorte ;de· sà · parti.ctilàrité polit
donnera le fondement .théorique dont le but sera,çj.e_c~tenir à la fois s'élevei ;àY~niversel: ·Si :le dépa5sement;du:- dileriillie se règle ·èn terµj.cl
l' expérie.ilcé africaine de là présern::e musuhnahe ~t· eù:ro~chrétierine .é t de dépassefnftnt ·et .d'altération, 1'enjeu de .cette resserriblarice: à ' autrui
celle de.la société traditionnelle, et, par une sorte ,de_ gestation, del~ s'inscrit daris une logique :d'«·appropriatio'n ·de:l'.arine miraculelise.de
utiliser au .développeiuent har.ffio.ilièùx.de la ·soèiété1.\:>>;-,,: •, - · •, l'Occident»,:;eri::d~au~es termes,.-il-.cit question:de dép~sèr· notre:<dif
·. Appaiaît;·ainsi.la fonction du, conscienèisme, q~.Lne . consiste pas férentialisme. polir aller· prendi:e chez l'Autrdes' secrets' de sàvi:ciôite,
seulement à doter l'Africain d'une doctrine apte J faffirm'er et .~ voite -lui:ressemblèr afin de ·noU.S app~oprieda penséefscientifi:què.<et

1 146 147
i
1

\
. · ' ·ÉCRIRE EAFRIQUE-MONDE RÉINVENTER LA MODERNITÉ AFRICAINE!

technique qui a permis · à~l'Occident di nous sourriettre,. :Towa•reste d'une philosophie de l'action et de la prospectivè, telle.qu'elle se laisse
~ ! ,I

conscient qiie cette logique· d'appropriatio_n des «armes m4aculeuses saisir dans Le Consciencisme de Nkrumah où l'entrepris~ de'. i;éappro~
ç! . priation, loin de r.essasser les valeurs • négro:- afdcain~,. s~enfermant
de l"autre» doit commencer par. fa.renaissance·philosophique qui est
pensée de notre pensée, qud1da restreigne pas à notre propre schémâ. ainsi dans un particularisIIJ.e culturel-, s'effectue,.au contraire, comme
culturel. !!enjeu de cette ressemblance à·;mtrui est donc; selon Tow~; le dit le Ghanéen, dans et par une philosophie de la ·synthèse ·intellec.-
de relever positivement le destin politique et économique de l'Afriqu~; tuelle en acceptant la contribution de chaqu~ systè~e de pensée dans
de faire du continent .noir une grânde puissance - sachant que da !'.élaboration de la réflexion humaine. ' . ;.. . · · r • .
puissance est fondatrice de la grandeur philosophique. Développant Mais se réapproprier, n'est-ce pas aussi penser l'idéologie. négro.-
cette-idée, Towa note qu_d a Grèce elle~rp.ême; qui a donné au monde africaine dans les termes d'une culture dont l'efficacité dépend d~ sa
i '' beaucoup .de. philosophes; est devènue stéflle:·pour avoir perdu.-sa capacité ·à se. construire, à se réiriventer, à se déploye~? • .. ' .' ·· '
puissance et avec .elle sa .confiance en .soi 1.z. ·ErécisonS: toutèfois· que · . Se plaçant dans ce cadre, le marxiste Rerµo Cautoni notait: «Une
~ .'
chez Towa,'Ja. puissance esc une condition nécessi:tire ,,quoique · noh culture qui ne veut modifier ni le rrionde; ni ses rapports extérielirs,
suffisante pour la philosôph1e:· Indépendamment des •critiques que ·ni ses conditions. de vie, est une culture de musée, qui craintl' air frais
suscitent ses points de vue, lesquelles o;.;-t d'.ailleurs été·avancées par de l'action20 . ». .. .. . . .,

des ethnophilosophes, cette position rejoint à maints égards celle .. .De ce fait, la. question n'·est plus. des' enfermer dans.le.dileinme
défendue par les marxistes africains)~·D: effe,t,,.4s .~P.~?~~-~µt_ fi-~ tlJ.éo- de· soi et de l'autre, d'épouser ou ,non les contours d:une modernité
riciens du socialisme africain 18 d'a~oir ~*tél~ ·m~s~e~Îé~inis~~ occidentale· :conquérante et ·aliénante2.1, mais de .déployer·une véri-
au nom de leur différence et sous prétexte qu'i~ es~ issu1d' ùrie société table stratégie d'émancipation · susceptible non 'SetÛement de .nous
-; donnée, à·un -moment donné deisoriévolution. _., ··. ::··v: ··t · permettre l'appropriation dynamique de la.tradition;.mais d'affronter
Devrions-nous nous · démarquer, pensent-ils, de · toute idéologie ici et maintenant les tâches urgentes que pose. notre· dév:elopp~n,ient,
étrangère··dont Tuniversalisme· s'est ·matérialisé à .rd.vers: lés ·transfor- c'est-à-dire·en s'iriscrivant dans ·lliie philosophie de:l'actualité eide la
mations ·multidimerisiotmelles : qu'elle a ..entraînées. daris ..différentes pro~pective et en se libérant du joug de son passé, .· .. ~ . ,:, i . . · \" '·

sociétés?. Pour ei.ix, la seuk question qui mériterai~ d'être posée · est · C'est la formulation d'une telle exigence que dévoile le.philosophe
moirisccelle 4e la·.voie à emprunte[ pour le. dévdopperiieritque celle carrierouriais Marcien ·Towa dans ,smf. Essai sur. la:pr,oblématique 'philo-:
_du, développement de l'Afrique; ce ·qui res~e avant tout une .exigence saphique en Afrique: «Linterrogatiçm sÜr. notre •des~éin profo.nd;::sill-
épistémologique et ontologique~ airisiqu'il;appai'aît dans ces·propos de la direction à donner à.notre existence;· doit être.la grande raffiùre d!'!
Stanislas Adotevi: « Poill l'Afoque, .il n'ya pas• d?autr~ issue que le déve~ notre effort.intellecn.iel, philosophique; c'est .èlle·qui,doit précéder et
loppement C;-.] .le cho.ix:n' est pas .entre le socialisme çt;.l.e~pitalisme; le dom.ïner toute autre question, -ceUe·sun notre essence,•sur notreiorigi:,-
choix est entre la vie et la mort, et entre.la vie .etlamort il n'y a que de nalité et.notre.pass,é comme celle.sur la position·à adopteiàJ' égai:d dç
faux dilemmes': soit qu'on déeide ~e.v;ivre, soit qi(on décide:de mourir. la pensée européenne2.2 • » .. . ... ·, :_; . ;, :·.:.::,-:!,·::.
La forme que prend la vie esciµi autre aspect du:prc:iblème 1 ~ . » . Voilà un postulat qui se fonde sq.r le refus de.tout disc6urs:passéiste
. ·· Ces brèves lecturesafricainés alla'nt:de la·tliéoHe de la complémen7_ en s'identifiant plutôt à un discours vi11ant, qui n'est pas la disqualifi- .
tarité àTaliénation de soi so11t ph;s-ou moln.s inscrites ,au programme cation systématique du passé, mais son actualisation dans le pr6ent

148 149
ÉCRIRE I:AFRIQUE-MONDE
RÉINVENTER LA MODERNITÉ.AFRICAlNE !

ainsi qu'.i.l apparaît· dansJe concep~ de .tradition vivantrqù énonce le


philosophe franco7sénégalais Gastoà'. Bergeren ces termes: .~Ellen' est une doctrine en crise ,. ·.·--_;_, 3 ·. .
- f • ....
·, , :j -., ~.· i _,: : :~ ·~·.i• ~:YH ~ ·
:
·':
point la stérile évocation des choses mortes, mais la redécouverte d'un

~e,:~;ifu~~:lt~f::!),:;~~±!fn~e~~~~i;rl
élan créatei.tr ·qui se :transmèt à traver.s.Ies générations et:qui, à la fois;
récihauffe .et éclaire23. » :. . .. . _, .,.
· .Réinven,ter la •modernité afrié:aine, · c'.e st donc à la fois s'inscrire
dans une philosophie de l'actualité et de . la prospective a.fin, pour e~ di~c~u'rs diifére:c;_tialiste fondé ~~ ia.vivificati~n de ia .culru;~ ci~
rewendre lès mots de .Marcien Tmva, de parvenir -à .u ne .saisie et Une l'Afi:iq~e '·~;adiJ9~~~Ue à sa. fo~~ttl~tio~.'A~ I~. lipér~tip11 . p~Üti~~e,
expression de l'être-d.e-l'honime~africain-:dans-le-,monde"aétuel.", .,• '.. éc~~o~q.~~. -e~ ~o~i.Jc;: du ~?nt~ep~, la. J~é~ita~l~ q uesdoJJ., pp~~e1p~
Mais, fondàmentalement, . c'.est. aussi avoir·k courage de. .pel}ser l' idé~iqgi~ .·~ég;~~airi;:;upe. ·-~ : tR~Jo,~~: hé'
.celle. d~ J'~nrkgén/Ûef, d; mie;:
que la sortie de notre·dépendanœ politique; économique,. culturelle, ;~f;lexl~n p~.o~ophiq~e ..~~ A}riqu~;;·P.îa.Ç~~ d~s çc;: :c:onte~'el;i~ rœ~
redéployée par ·~· Occident toujours ad9ssé à Uuniversalité <;le sa civ.it l()sopNc;: devÎ~m. ajo,r~ .' ~ . 4isc;~1frs , c?ps~aitif . 4;o/,1 tYE7;
1:!P.F.ÇÜ.i~
lisation envertwde laquelle .sont imposés ses paradigmes, dépend qe gibilitf , d,a'n~ .}~ ,condit~9ps · de .sa ,pr94,u.c ti.? n, ,dar:§ h ., praV,que . 4é
notre capacité à envisager notre aliénation ~omme une autoaliénation~ r
CC\D(. qui . ~l~bore,nF-, ,Touc_efois,. M .$e~~!e~ait.·q~c;: . c_oute .p~odt1.cpop
· .. C' e5t te constatque posaitdéjàen 1958 Peter Abrahams; romari_cier philosophiqpe, ;t~ute pra,t ique <;le la:philo,s9plµe ,s,oier:it fonctio11 ~e la
sud~africain, pat la bouche de son-personnage Udomo, agitatetir noir place ,qu.'.9cc,µp~n~,çeux qµi}:i-;fo.~~ll).ep.~ ~ unp 1omènt précis ~~J~iïr
qtii, après avpi~lutté. pour l'indépendance de son peuple; ,s'exile à propr<; ,h.i~~Oire. ' J?.:4°: cons~qu,em,)i. çentralité cl' p.n, tel (!njeµ prése~t ·à
Londres avant de revenir éri J}frique du Sud, son pays natal·, où il l'i~t~~jepr. qçl'idéologie 11ég~q-afriaj11e 11e .p.e.u t se; Jire q1/ à. Barrir, de;:
~ finit par être .. assassiné par .un membre de. son patü à èause: de s~ la. _dé,t~rfi!Înatio;11 si~uati,onn~ll~ ,..,, ;qui e$t. e.n mêr;i~ .terr:ips, s.~$~e ,d,e J:,i
1ilt .
· compromis politiques. ,:· · ' .. tr~j ect<;iire~. ~ .d e .· Vêtre-,là-afacdin_.,4a~-:-le-ttwtz.de~cqncret, Qr .çpmrn!'<nt
,\ : Tels sont.:nos -trois •ennemis'' ((Quand je suis arrivé ici,. je croyais prendre en .charge ces préoccupations à l'intérieur d'un U!Ù'x<t.r.l>;iJi~me
n'avoir à faire face .qu'à•un seul.ennemi; le.Blalic., Mais dès.l'instant érigé comm,e ~~rizon indépassable à la réalisation de i:outè c'i.Ütµ.re
:i où;je me;suis ·défait de. lui; les ~autres ennemis me sont âpparuS-~plus
ï hum;µµ(?, -,·.; · ... · .; :·;•:· · ·.. :_:;. :::;. , , -:·::;i}/ ·
grands,·:plus daiiger:elix'. que ·l e Blanc::À.côté de ces deux""là le Blanc .. ,.Qu '.çoùp,Jtmjyersalité do11t il eg questiondfvjçnt:ùne P.~,r~p_Ççtive
{aisait pn;sqµe figure ·d? un ;ùlié; qui lutte avec nous co.n tre la.mis~re qui ri' a d'µ.(UÇiré,qü.e.parÇe que po.~tulée .oµ iIDpo~éÇ5.. .Se /pds{ ato.rs
[...]. :Pou.rquoi ·croyez.'.,vou$ que j'ai dépensé •tant d'.àrgent- pour les dans~Jout~
. . , .~.
s~n ~~tualité et. s_on~~~~J:é l~ ql!'èsti~:ti;
. i . .
~. ~ '
d~. i~_a$.rm4tio~
,,. -
de'
envdy,:er:~·à)'étianged 'P arce quçij' ai;besoih. qu'ils. së· joignent à moi l'A&icaip.:çpmme' su)er .aCtif qui ùutodéveloppe en;J:ant .qùe çr6J:te.ur
ppiu luqer contre-notre·troisième èhnemi; le pire.-qµt}nQ_!;!S ayons:: le et: nori::phi.S.: coninie siinple . béné6.ciaire. :c esti:dans·: ilne,..telle pers7
pa.Ssé [:o·"l Et vpus, -Sélina; et vous. Adheboy .què j'ai aimés autrefois pectlve.qù':Allcfünè Diop, dans :so'n ,de:rn:ie:r: mèssageàT~ique eta~
comme. un frère, vous êtes le passé. Je vous abattrai!' Gest vous qui rtiolJde;" a.Œ.i:m:pt:·'i; Ressûsciter et ·àniffier-.Je~ipoùvoi~.· ed'ï,nïtiativ.~
faites obstacle.à'!' évolu~ion de la grande Afrique [. '.j~'- · » -• ·· intellectU:~Île'. c.i.eTAfricain (inséré :afüs so,n en~ir~nn~me.nt. naturel :ét
·,:: . . : ; _ -:. ; '· • 1:

1.
socio-culrurel);fà.fin de le inettre·à m~me, d.'exercet sa<respcinsabilité
-.... •= ;~ •• \. . • ~ .
de jugèr directemend même les réalités:natfonales ·e t internationales;
1

150
ÉCRIRETAFRIQUE-MONDE RÉINVENTER LA MODERNITÉ AFRICAINE!

C'est la prerilière condition à 'remplir pour assu'rei: la-correctè<effii. est celui que pose Frantz. Fanon en des termes on r:i.e peut:plus "clairs
cacité de notre développement intégra126_ » .· _ , ". ·::; concluant Les Damnés de la terre: «Allons camarâdes; il vaut inie'ux
, M~s il r,este à savoir si.la reprise de l'initiative intellectuelle et pra- décider dès mainte:n;mt de changer de bord. La gi~de nttlt dans
tique..:.: dont l' effectivfré, p'rédsons-k' se déploie à l'aune d'une philo- faquelle nou~ ~~; plongés, no~s faut là secouer et eri
il Le sortir_
sophie de lâ responsabilité et de la' prospecti-Ve..:. ne peut être a1sllin:é~ jour qui se lève doit nous trouver fermes, avisés et résolus. Il no1,1s faut
a1'iiité~iellr ~fo ce qui a été jilsqu'it i considéré cornme:~tant l'idé6là'~iê quitter nos rêves, nos vieilles croyances d' ~vant la vie. Ne perdons pas
y
négro-africaine. Or, s'il 'a un constat à faire a:ujoÙ.rd'h'w daris tÔute de temps en 'stériles litaniës à~ en mimétismes nauséabonds2 9 . ))
app'roche objëctivè de cettè doètrill.ê, celle-ci ne pe~t être envis~iéb
qu~à travers une' lecrute syrriptodi'atîqÙe qui met èn lurriière faillit~ sa Notes
en tant' que systèffië phïios~fihiéJüe, politique, socîal'èt culturèr Dès
1. Mohamed Iqbal, Les Secrets du Soi. Le~ mystères du ·Non-Moi (traduction
lo:s qu~ le problème s~· pose'. en ces ce'i-rnes, il ne s'agira pltJ:s aior~
de Djamchid Mortaza.vi et Eva de Nitray-Meyerovitch),. Paris, Albin Michel,
pour nous de revenir sudes mêmes et iritet'r'riiriables cfii:iques qlii otii: 1989, p. 181.
été fôrmulées 'caritre èllë{ ina.ls plutôt q'avoir le courage de décréter · 2. Là culture de L'âme, c'est la philosophie, · .. ·
le rêjer-systématique ae "terre idéologie. è::' est un tel' tadicalism.e què 3. Fabien Eboussi Boulaga, Christianisme sam fétiche. Révélation et domina-
défend .lè.philofophe dunèfoun'ais Eboussi Boul;iga dans La Cris~'du tion, Paris; Présence africaiiie; 1981, p. 162>
4. Cf. Mamoussé Diagne, «Contribution à une critique du pi'incipe ·des
Mun tu: « [ . . . ] U faut rèjèter''i.mè: ciilttire qui a fait ·lamencablemeri°t
paradigme.$ ·dominanès'n; in·}dseph Ki~Zerbo ·(dir.) , La Natte des autres, Dakar,
faillite er il serait inimbial etaù reste vain de vouloir la maintenir là Codesfia, 1992, p. 109> '
sauver' [ ... ] ! iD{ plus, dans le heuit des cultures', des ccimbi:naiscin; s~ 5. Cf: Marcien To ..•ia.,'.'Esiâi .s.;;J- !a-problémafiqûe philosophique en·:Afrique,
révèlertt' moins stables et plu's fràgiles que d'autres; elles succombeni: Paris, Éditions Clé, 1979. • : ' ·- · " . · · '·
donc sous Id coups' de celles qtii sont.phis ré'.sisfances, plus adaptees · 6. Jacqu6 Rantier•e,'Aux bo~ds dii polititjùe,: Pâris, Gallimard/La: fabriqü~;
1998. . . ',.
au'<:ùrifiït27.» .. " _: . ... ... ": , .... : ..... ·· " -... "._ .... . " . ., . . .. ... ,
. 7. Dè cette"modernité, Guy Debord'- ~pi-imâir les méfuts · sur l'être de
l'homme occidental cl.ans La Société du spectacle sur le mode de l'aliénatidn.
Mais notons que ce constat, loin de signifier une capitulation ou Nous n;allons paii revenir ici stir les contrciversci de la môdernité,' siniin men-
uri afro-p~sifuismè;' pose l'urgence 'd 'tin renoilveaU: clins·le discours tionner son c:Onrenu idéologique er rappeler l'avertissement de Charles ' Salnt~
Piot clins La Tradition iilainique de la réfotinê: « Sl"l~ cradicion ne doi·t. p~ êrre
impliquant lm changement paradigmatique -ce qll:i;: dti ' reste;-n1~t
assimilée au conservatisme, er encore moins à_la sclérosd, la ·modernièf riè pèûr
possible qÙe par"' urte prise:: de -tûriscience posarit èomme prémisse êtrecànfo.ndtieiveC· Ië ·' iJrogrèS ~>,.: p: 13; .··__ o: c.i. ) -~'~-~- :.: .

l' effectuation:.d'. ilhe -:véritable èatharsis . irii:ellectuelle et affective. La 8. Çheikh Anta Diqp, Cipilisaiion "qu '!Jafbdrië; Paris; Préseiice a&i~ne,
prise de conscience dont il s'agivest donc cçlle d'.«-une:désaliénation r98tp:2n. " . .-;·: . . \. · '" -.. ' . . ·"'; -"- · · · ..' . ·'-
possible qui decouyre raiiériatic)n c::omme une iuto~aliénai:ion et non 9. Ibid. Déjà dans Cheikh Anta Diop, Antériorité des civilisaribrj' n-.ègr~}:
mythe ou vérité historiqu~ ?, Paris, .Présenq: africaine, 1967, p. 283. " · : ' ~
1,i.' comrrie.u.n pùr-fait, µne fatalité2 8 ».. Et donc;. à l'issue.de cette prise 10. ,; Lâ~~égrifüde ~:è un humallisméd<l ~' siècle;,; Libetté Ill Néf;riiude et
1

î'
de conscience qui n'est perèeptible .que dans ~ une trajectoire qw và civilisation de L'universel, Paris, Le Seuil, 1977, p. 9.
J< & .l'aliénation de soi-même par l'autre à l'aliénation. du soi par soi- 11. Léopold Sédar Senghor, Nation et voie africaine du socialisme, Paris, Le
même »,le seul impératif existentiel et épistémologique qui se dessine Seuil, 1964, p. 107.

1')2 153
. _ ÉCRIRE L'AFRIQUE-MONDE RÉINVENTER •LAMODERNITÉAFRICAINE!

12. Léopold Sédar Senghor, « Poill une relecture afriCaine de Marx et d'Eri~ : . · Bibliographie:~ ,.- . .•s . '- · r \ - _. ·, . -·-· ,.- : <-..:,..·;;-. -:•.:. .-.:: . _.. ,_. --u:.·. · -'·i
-gels», i~ Discours, Tun!s, 1975\, • .·: . , ' .· :: _.-. ·~ :. .C '.;!--::; .. : :, i , .~·~:."::. ~· ..; ; ~:: -.<<.: ~"\ ·~·"·-\::i <:\:
:• ') ,...1.t :OÏ .. ~· :::0 :~ , f,": .. ~·
13. Ibid., p. 74, __ Peter Abrahams, Anthologi_e. africaine etmalgache,- Paris,.Segqers, _. 1966. __
14. Kwame Nkr~ah; Lé' Conscien~isme,' Paris, -P;bêrtce a&icaine, St~~]~ .,Ad~t~i, ~·Ntgri~· ~/ ~ti"17~~e;~ j~;~Jé;;,:~~ip~ ..gt~é,rale
··. -.· -

é~~:; ,!f~~e;: P;ur.·j;;~~: Paris, fa-Déc()~~~~~: {:98{ ~ . ·~·-;,: ~· :•.: .


, 1'. •
p. 86.
d'
·: 15. Ibid., p. 89.
16. Ibid., p.105 : .: · , . . _, Samir Amfn, Jmpfriafïs:n~,?'.~ ç/f;eloppf,n;;~· iJ7_tg~(p,'acis, -~~~' 1.97 6,
17. CfMarcien Towa, I:ldé,e d'u.ne philosophie négro~afncaine, Paris, Édl- Gaston)k~gc:~,L'flo"!:_T[l~/_nprf.ernf et il7~- éduçatio_'!-;',Pil-i:is, P:'Yf~ ~?62_. . _·.
tions Clé, 1979. -· - .. . - -- ' . .· . ' . .· Fabi.en E~,o_l.15.~~_B9~aga, 0 Ç~e.q'.u, M11nt,u,.J?a.r:i~, ~r~ence africain~, 1977.
18. Le désir dès Africains d'œuvrer à trouver et à bâtir leur propre voie de -, Christi~~f.sm; s~m fétich~, . R~éfa_tio_n If! do,~iifl~o~, ,_l?~is, f'résence afri-
développement remonte à la veille des indépendances africaines, et no.tam" caine, 198L: ·-._-;_.· , ._,, ;,_-.;.-,. .• . ,-,, .... , ,.-... \- , ··· ·.;
ment à la conférence de Bandung, tenue en 1955 en Indonésie. Ceile~~i a . -, f/Ajfoire , rfF1Lf1~tfo.sopk!e · afafaf..rz.~, . R;it:i~!. É.WtiR11s,..Terroirs.-~ala,
manifesté fa -v olonté de fintelligentsia africaine de se. démarquer de tome 2011. . ·-: ·· . . _.
forme de tutelle octidentale,- ç:;._pitaliste ou communiste: c'est la doctrinë du .J~ B~chmann; : 4!1friqul'. n.oir~ indépe11én.te,J?aris,._P.ichol) , et; Q.ur~d-
non-alignement. - - Auzias, 1962. - . · - 1
1'
i
' i
19. Cf. Stanislas Spero Adorevi, Négritr.ide ef négrofogu,es, Yaoundé,' Union Mamadou P).a, ~ions, sur /'écono.7flie tk, l'j1fr.iq%.nq!re,_ .[)al<ar; '. NEA, i ,f'
générale d'édition, 1972. ·.· . 1961. ..
20. Cité par Senghor in Liberté]. Négritwle et/1u17Jarzisrrze, Paris, Le Seuil, ·-, Jtmancipatiqn tfeS, éco_nomie{ captives,__pari~, .;6.n_tjlf()pos, 1976:: ...
_19()4, p. 95796. . --· ;~ . _. .,Pathé Qiagne!. L'J:uro_phi/osopl;,ie; face 4 /gpensé~_ ~u, . '!Jfgr9:-afric1J-~n; l)akar,
21. I e vous . ren~ciie aux. débats entre e(hnop~i{~soph_ie. ,- .c' ci_t+dj.re cette Sankoré, 1981. - ··-! .>
conception qui met en avant les traditions et civilisacicins:afric;i,ines d' où-découl~ Souleymane Bachir Diagne _et al, (jas_t,qn !Jerge:r,, intr_oefU;_ctiqµ, à une p,hilo-
une philosopp_ï~ -:--e.r !' europhif:t?!oph,ie, laqiJ_elle, p()s_rulant. une complémentarité, sophie de l'avenir, Paris, NEA, 1997. -, ;;_:. ' ·'. , :; .- ·;.~;):, 'i - ._ ;·:.' : :· : _
-1 chez Senghor, ou lin dépasseinenr dans ia ressemblance à autrui - puisqu'il s',agit Amdy J\ly.-...Qieng, fle_geL Jfarx, Engels_.,et l'Afrique .noir_e, Oaka:r, _S,ank:oré,
1
· cie-s'emparer de !'arme miraculeuse .de,l'Occidem -, con.une pn le .trouve chez · 1978. .. -. ·, _. .._. ;· -_.:, . ;, 1 '
Marcien Towa. - - . ' - . -- . - -. ,
.Jl,,bd;oulay,e Qief1g, _Crise_s,,d,'identité et idéologi~s t/fltµl'Afrique rio~re cq!lctempo- 1
!
1
22. M3.!"cien Towa,_.Essai Sf4t:,/a. pr:rJ.~lématiq1fe philosoph~que 0: Afrique, op. raine, thèse de Philosophie, Paris I, 1977. . . . ::- ':
cif.. -' ·· ·'.":..· ·-.<~ -- . •' ' .. · -:-,' Économie ;k! ·règ(esd_uj~, P;u_\s; Econ9.Qiica,_J98:' L:. , · _,
__ 23. G~ron Berger,. DHommi; .mod.errze et son éducatipn, paris, .fUF, l~.62; . Çh~ikh :/1.11~. pjop, ·Ant.ér:iqljttf:'des .civilisations n.èges; :r}'iytbè ou vérité h'i,sto.-
p.p5 . . i. _· · - .. .._.. ,_.· · :.: ,:; ,_ . ·, - . _. ,. ; ' . <,_· . . ; -. •- .. .riq~~ .?.;:· ~~cµ:is~ ·Pr~ǵ_çe ef.ri~~' 1_ 96-X ~ . , ~ .··,; .. _-.-._:: ~~~ . ,· ~.:·,: ··.i· · " ·
. , . .24_. Peter Abrah;uns, [jnr_ t;ouro.n.n,e pour Udomo (traductio~ de Pic:;rre Sin- -, Civilisation ou barbarie, Pa,ri~;\Pi:~erta: afi:icaine,.19~L , . ·· 1 - ·. .· ··
g~r)? Pm.s, Stock, 19SS,'.> ...; - '.;! ,,·.. : ,. ·• ,.. ·· _ . _.. ·. ., . . . .: Fran.rz E_<µion; w[)_rw.més;rk la,, terre,_Paiis, G~ar.d;< -1Q9,6 . .'. '. ·• · _:
25. Cf. Mamou5sé Diagne, «Contribution à _µne critique. ,·"» op .•cit., p. 109. Pie;re Foug~ollas, Le Desti~· historique des idéologies socialet en Afrique,
}~- Çité_ p_arM~oussé.-P,j~~"{b.ia'.,' Ï>,}~9ï> ' · ~··.'. , -...... _;, _· Kampala,,.l'fE1\, J966 ..·. :~ .~ :.-: ... · :.-. . ;:. ·.·..,:" : :ï ., : ;;.'.-\ -~:t>~·- . ~ . - ·- - .:~:/:i·),,:i. -~: ~:_ .
27. Fabien Eboussi BmJ,laga, La Crise du Muntu, Paris, Présence a&icaine, -- , Paulin ·rfounrondji; §~r. la ph_ilqsophie. a.fricai7Je, ·Parg;;_Mi!Spc:;r(),:197]: '
1977 - 22 - - - · ~c;~-....... --··· .
,,._ -' P· .. -· ·: ... '.·~ ·-,.1- ·:.-_ . ' · -, Les.Savoirs endogènes, Paris, Karthala, 1994. '. '\•; ; .' . > :·,. ., ,.
· 28. Ibid. .-· . .-- . .-.::: .-.-c;;: ,i1. . .. ,, _ -:,, ,_· • • _ ., . _ .._ _.,_.,, .· .. ... : Mohamed;lqbal,.Les.Seèret$;dt!; $pi. Les"mystères dft, N.on~Moi {?,"a.ductiçi_n de
, .2~, F~anrz Fano!l, k~ D'!.rmé{~Ja terre, Pffis, Gal4ITJaJ:~,_ .1,9~6, p. 371 . - Djamchid Mortazavi et Eva de Vitray-Meyerovitch), Paris, Albin Michel, .1989...
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154 155
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ÉCRIRE !.:AFRIQUE-MONDE. , ' · !1 ' ::·.~
~ •

)'
1
. I''

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1976. . . .:'. «le matcers lirde whom the work was made
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,:.:.;" : ~;. , }7hlittératur.es a.fricai~es I9BO-J9.90(Codescia, 2003), Parade; .,_~.


postcolomales (Par·
les auteurs et
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d ·
Karrhala, 2007), ams1
cul
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que de nombreux articles sur ···-·!:' .·
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L~ déqu.t de ~~· ~é~ai;e ,; _·é.~é µi;i ,morp.eAt de grandç yisibilité
•. · . ·..... . ·~~ -·. :1.~· . · : .. ····.'· · · · : -··.: · ·-- .- ~ · · · .-~··• J. .. : ; .. ,::.· . , . ..
. . pro ucaons turelles postcoloniales des XX" et XXIe siècles p,<;>.u.r Ja.liq~r~tur~ efricajnt; 5r _f rar:i~~- , I.:~cthité con~ue . ,dçs:,'.lÎtjés!
Lydie ~o~~eno est professeur dç littératures française, francophone e; .
f?m,binéeA)' <1;~ondan~~ d~ n?µ~e~~. alft_e!-lfs .d' origi~e$ .~e>_P,lp~ ,e n
comparee al tm.iversité de Pennsylvanie à Philadelphie (États-Unis). .
plµs .<!J.v.e.~s~ . a confinpé ~i+ fil; des ~ décen_n.ies .la f>J?:ce e~~~~~ic;:lle ,de
•.~Jittéraqire dans, l~ modµctio,n de ~av:oi.i;s qe ·l'Afrique, a_µx <;:Ô~~
d' auq~ <rr.tS :4o.~t:les ~ ,'{f$yel~; e~ grapp.iql1~· ~ujoµi:d'h~t~p.éor.e,
Jà"~i:tion~,africai.n~ ,~· af#.rmç: .i:;~.IIJJ.IP.<:. ùç genre.IDfiJ~l!-( 4e l~ :~ep'r~en..:
t":tfon, .dan.~ <;les ptqp.ortion.s similaires .~ celle de, ce_. qu'.op a appelé
qansJ<;5 ;mrié~ l950: r1<,~re. df.!J ()man tlricaiµ ». Mai_s les chqs~ .opJ
~~iqe~foç chafigé dep.ui,s J'.~r!i~~geriçe: dÇs·RJ"eflliei;s auq:iµ:s ,qW.i o.nt
c()nÇribµé, ~: :I~s'eqir le:çh:@p qe la Ütt~ra.tµre.<ifr.tÇa.me.: pi:eriti_hè~~nt,
. · ~.
le<teµips des pip~Il.Qi~r$ ;éi_Jaissé la plâ:ce_~- d~ )ingularitc,!S..",clè :pllis' en
plu5 affirméeS, dont r écrituie n'èst plus 5fstématique:ffiènt dét:ei'ini.n.ée
par le dévoile~en:t ethb.ogrâphiquej·l' uiger!è.è ·de la.déi:olOilisatlôn, la.
.re~cultutation, ·la p~isë:de Çonsci~nc~· natlbri.ale_oll la: 4erioriéiition
J' .! des dérives ~poswoloniales: En d'autres.tern'ie:S, :l'~utefu conteinpci'i:a!ri
.",
" s'. e5t,affranchi' dès in)onci.ions ·qul pesaiénLsur les. génér~tl'ons ipré~é~
<lentes, teilès qù'elles avaierit"pti être:débatiues;.p~ eie~plè; d~s,les 'li '

1.59
r
1.
ÉCRIRE I:AFRIQUE-MONDE QU'EST-CE QU'UN AUTEUR POSTCOLONIAL?

..
>-

i
pages du Congrès des écrivains et artistes noirs de 1956, puis dans les fobtention des prix.littéraires les plus.prestigieuX:;s:açcélèrè aussi, ;avèÇ;
pages de la revue Présence africaine. par exemple le prix·<Renaûdot qui ouvre le siède en récompensant
Deuxièmement, la profusion actuelle d'auteurs (hommes et AlunadoU: Kourowna en 2000 · et · e~ · couronrtant .successivemènt
femmes) signifie que la présence d'écrivains africains fait désormais Alain Mabarickou (2006), Tierno Monenembo (2008):, ·Scholastique
partie d'un paysage culturel national, continental et planétaire. Mukasonga (2012). à quelques années d'. inrer:valle.· · ·.
Suivant une évolution démographique de la société en général, la . :Lampleur .et la .' diversité de .la bibliothèque .posieoloriiale ·ne
«présence africaine » se banalise aussi en littérature, au point où la peuvent pas s'appréh ender sans une prise en·coinpte des lieux et·méca-
figure démultipliée de !'écrivain noir ne constitue plus une anomalie, nismes de visibilisation et, d' unè manière géllérale; des processus de
en particulier sur la scène culturelle francophone. Au contraire, elle promotion duHvre sur le marché global' du livre. Àce propos,. Gisèle
se décline sous des formes de plus en plus originales, présentant des Sapiro rappelle la fonction CIUCfale des pratiques de traduction dans la
individus, des histoires et des projets esthétiques qui se distinguent circulation globale des œuvres : la trad'uction ell'anglais; par exemple,
davantage par leur originalité que par leurs ressemblances. ne fait pas :qu'accroître le prestige d'.tin auteur des .périphéries ;fran-
Finalement, la visibilité de ces auteurs (ou en tout cas de certains) cophones, elle a aussi pour effet, en le déterritorialisant, de l'inscrife
doit beaucoup à une prise en charge soutenùe 4u. monde éditorial, dans une économie globale qui dénationalise son: rapport au centre
de, la critique journalistique et des institutions culturellès françaises parisien; roui: en ouvrant le sens à de·nouveaux publiC:s4 . Il va sans·dire
dept.iis l~ débi.1r.du sièclê.'11:' phénoiuène a d'ii'illeurs attirél'attention que la traduction participe de l'expansion des .savoirs surl'Afriquequi
des soci~logues ·de 1'.1 li~ér~~è, èbrrime Claue Ducourna~ 'qui noce caractérise notre contempürain ·global ..On pourra ·s'interroger ·aussi
(~ unini:érêt plus marqué er'plus fystématiqué pour ld.~~t~t..ir.:. e~s issù~ sur les noùveaux.espaces.de cette visibilité; comme les salons duJivre,
e~s d~Afrigüe)) c~êz les .édfrei.us, lectèu;s et critiques à partfr d~ la fin. .les-.colloquès et les festivals . En .l'anriée·cinquantenaire du premier
de.s années 19902 ~ Pour sa parr, Sylvie Ducas situe en fa.ri.née '2000 «Fi:stival mondial des arts .nègres» qui .se teriait à· Dakar erL 1966,.Ja
la ·«pleine périüde ·d'explosion' de 'la' dernandê ·édiforiatè 'ën rriài:iè~è question °de ce . q~on. appelle aujourd!hui ·.la . «fostivalisation.»''de ' la
de·liri:'éràture afrieàirie >i '. ' «On pei.it réellerrù::ri~'.~àilei d~~he noilvelle culture sec.pose avec une acuité particulière concernant l~ modalitéS
tendance lorsqtloii 'téalisè qü' entre ' i997 ' et' 2000 mille a~i:uc · cent de la représentation de l'Afrique dans .le monde. ' ;. , . ,· , .
. cinquante no'u~eatix titfes ;de littératurt d?Afrique noire sont publiés
1 .Il y a très certainement de quoi se réjouir devant ce constat d.'ùne
en France, soit une ·production qùi"a' doubl'é· en diX iris: Eri dehors bibliothèque postcolo'niale en' pleine; expansioé.c Et devanda ; pré~
des tnaisorïs··spécialiséès co~e ·Préderice africaine,; I..:Hartnana:n, .Le sencè accrue des auteurs d'origine africaine qui bélléficieriF d'une légi-
Serpent i plùhid; les Éditions :Kanhala et Dappè'r; les: éditeurs géné~ ·timité •sinon acquise; en.tout cas grandissante: Àtravei:s·eux, !'.Afrique
ralistes ont tous l~cé leur.collettipn3>:. ». '! . ' -.: ;"'~~ ··-:··,~ . : · . . . , y:gagne en visibilité culturelle et·confume sa' pertinence en. tant que
Cés travaux:émt s6ulignl le:.rôle essentiel des honneu'rs ·et récom- continent producteur de·savoirs ~t engagé dans Eéchange mondial déS ·
l·. penses · dan~:· les processus• de .recdnnaissarice des auteurs ·-issus de~ · connaissances~ : Le phénorµène :doit donc s'interpréter-: positivement
aiiciennes·< colonies;· À .l'Académie française~ par; '. exemple, après le d<lfls le .sens d'innovations'. et .de-distinctions qu'il: serait· in:jtiste; de
Ca.s. isolé· de.:Simg!ior en,,1983;. un6 vague d 1élections'. d'auteurs fran~ tamener ·uniquement à des. stratégies ;éditoriales ou"à des pratiques du
, ..· cophones,:.commence. aveo ·Assia · Djebar en .2005. ,Parallèlement, postcolonial O:o'tiA. Polir autant, il ne s'agit pas de« se réjouir naïvëi:ri,e;nt

i 161
!' "
"i \
'"
,, ÉCRIRE I.:AFRIQUE-MONDE QU'EST-CE QU'.UN J\UTEUR POSTCOLONIAL?

quel' écrivain francophonç trouve depuis quelques années dans les p~~;•:'. - ,hégémonique grâq: -aux voix des soi~disant. périphétiè,5, nous aV.ons
littérai~es une autre>tribune de· son succès pubüc?.», <;:;'était, on s';~~ ~:r .créé ·d'autrci marginalités er.:instauré de . nouveaux. ëentres. Nous
souvient, la position euphorique du· manifeste «Pour·.une littérarur~'..\S' · savons par exemple que certains livres du Global SO'uth circulentmoills
monde eri fiançais» publié clandés pages' du Monde en 2006, don:d6 '.! , que d'autres et que beaucoup ne parviennent·pa.S jusqu'aux-rayons.des
quarante-quatre sigriataires avaient voulu :croire à l'avènement d'ùne '.~ librairies des métropo\es .de l'Atlantique, Nç>fd par lesquelles passe la
véritable.«révolution.copernicienne» pour les ·lettrés francophoness.'À ·· ...- consécration, :Il nous faudra ·évidemmerit ·ne pas perdre de ·vue iles
l'heure où il est indéniable que les. cultures africaines contemporaines · ÔçcJusions et-.les «pertes» qui ·procèdent de ces processus et de :notre
œuvrent pleinement .à la présence planétaire de l'Afrique, il nous f~ut '.,.' propre ~arbitt;ù.re: .C' e'.st avec ces:questi?nnements à l'esprit qu'.iLme
en rendre çompte.sans fa.ire 1' écon_omie d'un:regard·eX.igent et critiqu~ .. ;semble ünportant dè. soumettre':à l'ex_a men· la: _n otion d'auteur .telle
sur les paradigmes qui -régissq1t çerte P!ésence. Il se pourrait bien que .qu'dlëse ,déplOie aujourd'hui '!'=~mme élément essentiel de fa culturè.
11:
pour.la li ttérarure aussi, coinme l'écrit Felwine -Sàrr, le' vent air.to~r.ùé
''J.
Et ce,. non pas,en·, taht qu'elle aiderait à assigner des identités ou ,à
et qu' uné «d1étorique de J' euphorie:et dd' optimisme a[it] vu le jo~ » étabür. des ..ta:iconomies .de forïgine, mais. en tant que .catégorie, dis:..
dans le di.Scours s'ur les ·arrs comme.en économie, Mais Felwine .Sarr cursive permettant de repenser la production d'imagillaires de/sur
attire aussi l'attention sur ·ledàit .que"1'«optimisme béat» quant au l'Afrique .en ayant conscience de,ceqtii les prend en charge et .de· qlii
0
xxr siècle . africain ne serait que le «double inverse•» de l'afro pessi- continue à .déterminer les modalités de leur circulation dans le monde
misme du siècle précédent9. . :, au XXI0 siècle. .- ._ - ; _.. }- .

·Ce moment d'exceptionnelle visibilité qui laisse présager de bea~ : i

jours ·pour la littérature africâine dans ·les décennies à·venir doit être ... ~

_aussi 1'occasion d'un regard rétrospectif s'ur la n;,_an:ière :dont nous la : ·, -. ~:.

'iecevohs; .e n tant que ·critiques; profess(!urs et coninieritateurs des pr'~­ Telle qu'elle est posée et contrairement à ce qu'on pourrait ci:oire,
ductions .culttirelles de l'Afrique. Comment- ces tèxtes·nous arrivenr- la question ne s'engage pas sur la voie d'une. définition de c;e que
:ils? Dans quelle mesurdeüt réceppori est~elle déterminée par des . serait ici le «postcolonial». Il ne·s'agira pas c;l.'entrer .dans des:nuances
. attentes spécifiques à une certaine conception de ce quel'écriwre.afri- définitionp:elles pour ch.~tcher. à savoir qui est postcolonial et qu,i
cairie doit accornplir?-Nos outils herméneutiques :et•nos. méth6do- ne 1'est pas, qui l'est pl1!5 'o u moins, ·ou faussement, ou mal, ou pas
logies 'sonr-ils.entore adéquats pour:faire sèns de: çes :co~pus, de plus·eri. ènc.ore. Il est temps de dore le débat sur!' opérabilité ou, non du qilii.- .
pltis hétérogènes? Dans,µotre volonté de p.i:omouvoU:T accumulation lificatif «postcoloniat», en-rotit cas pour œ qui concerne.la littératme,
de savoirs sur l'Afrique et d_e'.cfaire la démonstratiop .de sa présence et ·d'. asslimer: ici, le•choix· heüristique"du ,.~erme. ·En Tevariche; on rre
culturelle au monde, dans quds: régimes de 'vé.tit.é,'.le5._liruons'-l!Ous? s'est pas:assez:arrêté sur. la· catégorie de. l'autéur,·alors que c',cit:p.eut-
·Et bien sûr, l'ultime préoccupagon que nou's devons avoir àf esprit se . être là:- davantage que·dan~ les adjectifs•postcolonial, africairi;..etc:e ~ ·
pose eri termes d1 ~dusfon: t à bien.:d9 égards, la bibliothèque.post,- que se nouent des interrogations ·essentielles .stir la manière .. dont ·.
coloniale débord~; :.et c'est· tant:miéux;: Mais ·dans·:le même temps, fa littérature iss.ue·de l'Afrique circule et se' t'onçoit •dans-le ;.inohde.
·nous: ~evons garder à l'e5prit que· dansmos - effo~ :pour affirmer la Reformulons: alors : notre titre ainsi: .« Qu'est-ce ·. quluff·auteur, . dans
.légitimité de canons non~ pcsid~ntaux et. pour .dés'tàbiliser le centre le contex;te .de la littérature &ancophone africaine/postcoloniale? I> U
;i
162
ÉCRIRE L:AFRIQUE-MONDE ; ·1
QU'EST-CE QU'UN AlITEUR POSTCOLONIAL ?

1
s'agira-principalement de modalités de présence, et •mes~ remarqtieS
. l'avant-garde Jra.nçaise déterminée- à .reme.t tre en 'question les para-
porteront sur des auteurs dont la grande majorité pu'\:>lie en franÇais -
digmes des génératio'ns précédentes, et les revendicàtions .d'une -lit~
d'ans des maisons d'. éditioh parisiennes, quels que soient leur origine, " térature qui vit son premier quart de siècle et 'qui obéit, à l'heure
citoyenneté ou lieu de résidence.
de la décolonisation, à des impératifs polltico-culturels toue à fait
·Les considé~ations .d'ordre épi~témolbgique concernant l'objet
différents. Les conséquences de cette _div,ergence ·demeurent décer-
«Afrique)>font débat dt"'.puis longtemps dans le domaine des sciences
rrti.nantes à la fois pour la conception ,du champ littéraire ·africain,
sociales et humaines~ En sciences .politiques, en éc.o nomie ou en phi"
I• : et pour l'idée même de la· fonctiOff de-récrivain dans les Sociétés
1osophie on pose régulièrement la question de la pertinence des para-
postcoloniales (dom la,France). · . "". · ·
digmes occidentaux pourl'appréhension des cultures africaines. Mais
Rappelons pour commencer le contexte fr<J?çais de la fin des
., l'a+on fait aussi systématiquement pour le-domaine' littéraire? Dans
.;l. années 1960: la question d.e l'auteur .y est, revisitée dans deux .des
·quelle mesure et à quel point le cadre de la théorie littéraire qui sei-t
textes considérés comme fondateurs de la critique postmoderne: «La
à !'.analyse du domaine français s' est;-il transposé; est-il crarisposable
·mort de l'auteur» publié par Roland Barthes en 1968, et le texte de-la
pour une critique du champ africain? .. . ,.. .
conférence de M.ichel Foucault, «Qu'est-ce qu'un auteur?», publié en
Comme le rappelle Edward Said, lè mouvement des idées er la cir:.
. !
1969, dont le présent essai se veut l'éeho. En 1968, comme on le sait,
cularion des théories sont indispensables à l'activité intellectuelle uni-
le moment est à la contestation des autorités, à la dénonciation des
verselle. Ils doivent néanmoins s'accompagner d'une considération
structures de pouvoir,. àpologie de:!' affranchissement et libération de
de ses conditions d'acceptation et de ses modalités d'appropriation
la parole. Dans la foulée, la vieille conception de !'auteur est soumise à
lorsqu'elle migre vers une période, situ~cion ou cul.cure au.cres que
celles de son originelO. · · · ·· · un régime de coinescation similaire: !'.auteur ne doit plus se concevoir
comme origine exclusive du sens et détenteur de la clé du texte,> il faut
··:: .Cornmencla notion d'auteur voyage-t-elle (ou non) du contexte ,
:., ·.
• ~: 1
·au contraire lui retirer le pi-iviJège de la ·signification:· « Donn,er ·~
français · au contexte. africain? On remarquera .a vec Catherine
Auteur à un texte, écrit Barthes, c'est impo·ser à ce texte un cran d arret,
Mazauric que c'est la figure moderne de Paucetir-auctor (celui qui
c'est le pourvoir d'un signifié dernier, c'est fermei:- l'écritureli. » Ainsi
''t
génère et garantit le sens) ·qui s'est en quelque sorte « nàturalisée » e·n
la more symbolique (éloignement, distanciation,. absence) del'auceur
Afrique; par le biais nota.rrir:nent de Ja pédagogie tiaditionn~lle : «En
'' !1 ;·

i". 1 [
1 • : ~ 1 '
s'impose-:t-elie COIIl!Ile condition fondamentale de la naissance d'une
Afr:ique, c' esc la première conceptio'n occidentale de l'auteur qui a été,
véritable écriture dont.!' ouverture sémantique revient au(x) lectetir(s) ·
avec une ceitaine forme de littérature écrite;.importée. Sous l'. effet de
. De son côté, Michel. Foucault prend acte de cette rupture épis-
.sa corrélation avec l'enseignement de l'histoire littéraire, ' elle s'y est
témologique · et· remet en"ciuse dans .«Qu?est"ce qu'un auteur?» la
en ·quelqUe s_o rte nat1,1ralisée, Elle est cepend<lil~ eq_~: en,coalescence
conception d'un texte :comme pure: expression . de son. auteur, dont
avec.des contextes et des ·phénorrtènes ·spécifiques qui.. n'ont pu que
il s'agirait .dans un ges~e critique clôturant de dévoiler·le message, les ·
contribuer à.en redéfinirîàportéel!.» . "
intentions ou le fond biographique. « Qu?imporce,- qui parle?» déclare
· ·La fin des années 1960 marque un couinant-.imporcanc à la fois Foµcaulc en ·1969, .réfutant. le .rapport d'ancériorite ." de l'autetir: a,_u
,' ·' ·
... ' pour la théorie française et pour la littérature francophone africaine.
texte, «C'est dans cette indifférence; je crois, qu'il faut:reconnaître un
Elle .se traduit par ilne· divergence radicale encre les postulats de
... \'
· des principes :écl:ùques fondamentaux del' écritute contempdraihè 1?.:>>

164
165
ÉCRIRE L'AFRIQUE-MONDE QU'EST-CE QU'UN AUTEUR POSTCOLONIAL?

«Dans f écriture, il n'y va pas de:la rnanifesta."tion.ou del' eicaltation ~fif -~« de ·l' autreJ ' émergence. de sujets-écrivant: plà~gés dans les réalités de.
~este d'écr~re; il Il~ s'agit pas de l'épinglage d'un sujet dans lelangag~}i .. fa:décolonisation, et qui sornrnendes lecteurs ~ccidentapx d'écouter
il est quesuon de 1 ouverture d'un espace où le sujet écrivant ne cessè'.· · · leur voix veriue d'espaces. non.hexàgonaµx;·.Kourou,Ila, Oulogilem ·~t
dedisparaître 14.>> .. . . . . . . .. . . • _;···. .les autres donm;i:it à lire, en français, des récits, ..complexes qui exigent
• . - . .;j) "'

'1
_ Or, ce qui se passe gans Ja littérature africaine présence une toùt 1 .: le
cette fois l'abandon d'un autre p~ivilège: priyilège occidental de spé-
autre situation; et il est clair quel'« écriture contemporaine >> à laqu~llê ·-: culer-(sur) l'autre. Leur.- exigence est que.l'on-reçoive leur·«inessage>>
fait référence Foucault dans ces lignes n'inclut pas les écritures de. cet ... et qu~ 1' on prenne au sérieux k «sujet » q~ s'y projette, _bref, qu~on
Empire français en train de s'écrouler: En effet,,depuisle .«grand -cri les reconnaisse comme auteurs (postcol_oniaux). Autrement dit, ils se
nègre» de Césaire.trente ans plus tôt; une littérature issue de l'Afriqu~ revendiquent sy_JJlboliquernen.r y~yant:S. _ ;,_ ;, . : ... \·. . . . , . ,\• :
et écrite en français se.fait entendre; ec pour ces auteurs à la marge .de [Afriqu~ ·li~téra.fr~ d~ l~- fui d~..~ ~iècle ·~s~ - ~~~. q~ête d'~titè~r;1
!'Hexagone, il importe «qui parle>>. «Ma bouche-sera la bouche de5 coln.me 'elle l'est de grands..- .çécits, d~ figùres héroïques, de mythes
malheurs qui n'ont point de bouche », écrivait·Césairedans 'le Cahier retrouvés _et de conscience nationale; bref;: elle 'vit;sa modernité·litté'-
d'un-retour au pays natal. .. . -- rairel7. Ces termes vont-définir la coneepticirnde F<<"écrivainnoir» pour
- Dans l'histoire littéraire de. l'Afriquè;·1968 est l'année de la publi- longtemps, autant dans les injonctions qui ne ce5seront de .llli·.êtte
cation- des Soleils des indépendances d'Ahmadou Kourouma, et du faites de «représenter>> son -peuple _: et cela bien au-delà des. années
Devoir de violence de Yambo Ouloguem qûi obtiende prix Renaudot. postiridépendances -que dans la manière dont·la critique va recevoir
·Il s'agit là des deux premiers grands .textes postcoloniaux dans le sens ·ses . tdtes. Ainsi, l'auteur postcolonial se.· trbuve:-t-'il constamment
chronologique du terme. Contemporains des théories postmodernes réinvesti.:de .son 'rôle d' auctor: par des .écrivains qui ·om des•choses à
de· Har.thes et Foucawt sur l'auteur, ils signalent un.tournant d~un tout dire sur le monde dans lequel ils vivent,:et par une:critique qui:atterid
aucre ordre: si, comme on l'a remarqué, 1968 -inarque une rupture du··récit africain qQil soit le reflet de ce monde: .Ce doublti Adésir
épistémologique pour- les lettre5 africaines 15; cette :rupture tient au d'auteurs>i. détermine .encore, rn,e semble-ot-il, la.concepticin de ..la.lit..-
fait qu'.une nouvelle -écriture africaine prend fo_rrne, et·avec elle une _térature africaine contempor:iine. " , . ., . ~~- . , .,:-, ·· _.,. ",. :J;.·
nouvelle conception de l'auteur. ,. _ .. 'Le . manife5te «Pour _une •littéracille;-monde en ·français>>;' qui · a
· Comme Je co:n.SCate Souleyrnane Bachir ·-Diagne; «The ~risis in fai r. couler b~ucoup d'encre en 2006", n1avait pas totalement tort ci~.
African lecters [in 1968] marked by Le Devoir-de violence and Les Soleils constater le retour de la référç:ntialité dan,sJ\'!S kttres francophones au
. des indéper_idances must be caracterized as: the shift from -the para:digm début.de ce siècle, ni.d?en-imputer la:Çispaiiüon.à une certaine;p.ou--:
.ofcranscriptiori .to chat o(writing 16 ,,: D '. une certaine manière, c'est ielle critique hexagonale .. (( Le monde. revienc,:.écriverp:..-ils; ~t- c'. escla
bien, ·en cette première . décennie d' indépen~c~_, :de . la naissance mei).leure des nouvelles. N ' aura..-t..-il pas été 16ngtemps lc;: . grand:abse~;:
de deux écrivains francophones poitcoloniaW< qu~ii s' ~""è; dans le sens de la littérature française? ·Le monde, le sujet;:le-sens; l'histoire,- le
où leurs textes sont reconnils èomme ·étantde .fruit d'une invention · . référent·; pendant des décennies ils auront été mis en.cre parenthèses
générée pàr des inspirations, des trajectoires et des.pfojecs esthétiques parles maîtres-penseurs, ihventeUI's·d'une littérature sans,auire objet
-,
indiv.iduds. l:écarr se creuse donc de maruèrè speétaculaire encre d'un qu'elle-même, faisant, comme· on le disait ·'alor:s; ·sa propre çritique
.,. ~.' .
1 1.

~.
côté -le désaveu de l'auteur par une certaine critique· occidentale, et dans le mouvement même.pe son.énonciation.1>; . . . ... . .•·:· . . .' ;·-,,, :.'· '

166 167
'ÉCRIRE I:AFRIQUE-MONDE
QU'EST-CE QU'UNAl.JTEUR POSTCOLONIAL?

, À bien y regarder,)! fuut dire que la littérature africaine et sa:crl7 _d;µn. contemporain! soit de trouver p·a r le biaisréalisteles bases·d'une
tique n' Ont jamais vraiment quitté le monde, et force est de constater élucidation du inonde postcolonial, •. · · · ·,•: · · ·· · · ·· · · · ·;,;
quel' auteur postcolonial n'a pas été soumis au mêmè. régi~e de dispa'- · ~ En revanche, ce .désir,d'auteùr constitue urie .ehtrave à la liberté
rition symbolique; Mais si les productions des marges francophones
der écrivain lorsqu'ils' agit çle la fiction afrïcaine19 • Je pense ici au caS
ont échappé pour une grande part aux axiomes de la critique postmo- relativement récent de la traduction du.roman L1ntérieur de la nuit de
. derne, elles se-sont du même coup cristallisées dans d'autres types' de
Léonora Miano, paru.en France chez Pion en '2005. Le texte.est une
lectures, où le statut de l'auteur _est soumis à toutes sortes de tensions. fiction qui se passe en Afrique. Sur la. base de.son succès (le roman est
. ' ...
acclamé par la critique), le. texte·est·pubiié da:ns une· traduction 'amé-
Désir d'auteur, déni de ~ctiori
• • • . • . •• !
·et littératùfe en pëtsonn~ · ricaine aux réputées Presses :universitaires. du Nebra5ka2Q. Le roman
paraît dans sa version,anglaisqo'us un titre qui déclenche la fureur de
· Locha Mat~o déplorait en 1983 la persistance de ce qu'il appelait l' autc;;ure: The Darle Heart ofthe Night. I.: écho au Heart ofDarkness de
fa «théorie du reflet» dans la critique du texte africain: «La focalisation Joseph Conrad semblait insupportable à l' auteure, car il orienterait la
sur les hommes plutôt que sudeurs œuvres est une pratique courante -lecture dans le «mauvais sens» . .La préface ·semble tellement erronée
dans· la critique africaine. Il apparaît à l' éVidence que la qualité d' écri- que Miano se fend. d'une requête auprès de l'éditeur américain pour
vain noir et africain compte bien plus .que la production littéraire. en exiger le retrait. Un rectificatif en sept points, concernant le rapport
Lune· des caractéristiques du discours critique consacré à la littéra- du texte au pays natal de !'.auteur;_la présence ou non d' éléments:autÇk
ture africaine est la recherche de.phénomènes extérieurs dont l'œuvre biographiques,. le discours panafricain du· roman .ou encore le choix
serait le reflet. Elle recherche les signes conventionnels qui permettent de l<!. France comrri.e pays d_e résiden.ce, etc. accompagnent. le rectifi.~
.d'affirmer avec certitude que l'œuvre rerivoie au monde exrérleur 18 • » cai:if de l'au teille qui circule sur .la Toile: ·
Depuis, les présenta.rions lansonnienne de «l'honime et l'œuvre» · I.:incident et la manière dont. il est géré par: l'auteure révèlent
ont laissé la place à· des commenta.ires plus subtils, mais.on constate au .moins deux choses-: ·premièrement, que la· théorie .du .reflet séVit
que la «théorie du reflet» continue .de ,sévir ·squs d'.alitres formes. au~delà des frontières hexagonales et sur le marché global ·du, livre,
Pour commencer, on notera·,·que le Sait n'·est pas uniquement· dû à confirmant;en 2006 le désir occidental de retrouver. dans le texte la
la réception des textes: s'il est daii qu'ils répcindent à une de~ande trace de la personne empirique . del'auteur; Cela au prix·d '. un déni
:voyeuriste;- les temoigiiages et autres genres qui puisent explicitement de fiction qui renvoie au statut d'une littérature africaine à laquelle
dans une :matière aµtobiographique {notamffiènt. les ·récits_de trau- fa littérarité est i.-éf,iulièrement ·refusée, comme si: le texte africain ne
i~ 1

matisme et"de, la violencè :postcoloniale coinme des sur-Vivants de pouvait avoir de valeur (économique,. symbolique .edittéraire) ,que
génocide, d' enfants,.-soldats ou de victimes de mutil,!ltioris sexuelles) dans un rappo·rr référentiel · au · réel:· c'est: cette. non-reconnaissan'c::e
·continuèrit de ~~écrire et·sont toujours en. bon~~.. pl·~~;dans la litté-
de la capacité de J' autèur postcolonial à produire de la fiction qui
rature contemporaine ..Le désir d'auteur (c' eSt-à-d..ire le.désir légitime provoque ici.la fureùr.del' écrivain(e). ·Deuxième.ment, l'iriterventioii
d'accéder aux vérités .de :celui/celle qui relate une expérience singu- médiatisée (notamment sur laToile) de Léonor~ Miano: à propos-. de
lière) rend impossible dans ce cas ce que Michel Foucault appelait la traduction d~ son·:~exte signale 1'.agenq de l' aµteur ·a4 xX:rc siècle
l' « indifférence» pour.ces .textes où il s'agit soit d'approcher!' altérité dans la circulation de'son image etde soni:exte. Cad'incidentrévèle,

168
169
ÉCRIRE I.:AFRIQUE-MONDE QU'EST-CE QU'.UN AUTEUR POSTCOLONIAL?

~ .. .;. -

paradoxalement, . le · retour de l'~utetir en tant -qu'individu physique ·-~ ~­ .Caniara.Laye (1956), Le-Doaker.:noir de Sembene: Ousmane (1956)', '~ ' :

déterminé à revendiquer« en personne» le droit à la fiction', en reprenant · :~ - Le Dévoir ·de:;violence deYarnbo-:Ouioguerµ .(1968) ,:. Trop de:soleil tue
au .commentateur occidenraJ.l'autorité slir:la glose de son propœ texte: ·} '. l'amou,r.de Mongo .B~ti (l999)r oti Black Btizar .d'Alain Mabanckou
~~uteur. postc9ldniaLe5t vivant, iLda :capacité de répondre, et il par- __•,: (2009); cette·arclûve est traversée de pr9blémà'i:iques àuétoriale5 récµl-'-
. t1c1pe non seulement à,,la ·production du sens, mais· également à: ·là rentes,,. dont celles de l'intertextualité,: di+ p~agiat, de .la notoriété, de
construction de soi1 identité littéraire.',Le temps·où· le ·préfucier fiisaii: l'engagement; et de la liberté .de l' écrivaillfr. Privilégier r analyse de
autorité sur le récit du colonisé est définitivement révolu. fa: «fonctidn~auteur» plutÔt':que del'auteur dans sa dimension itidi-
I:impossibilité de ·la disparition de l'auteur : dans un contexte viduelle ne veut pas dire què ·celle-ci est assignée du dehors, :ni encore
..d
' 1· :' comme celul-ci nou5 ramène à Foµcault. Dans le même texte où iil que Je sujet s'y.;dissout· dans une différance postmoderne. à fissue 'de
' ::1;, 1,
prend acte de la.mort de J' auteur,; il propose de réB.échir .à la persis;- laquelle aui:une ~ér~té' n'émerge ~éellemerit. Au co~traire,l'agenry q~
tance de ce 'qu'il appelle la «fonççion,-àùteur», qüi ne renvoie plus' à l'auteur postcolonial s'y réaffirme conirne participation aux modalités
la réalité empirique&unindividu; mais à urie construction discursive de sa présence et de sa notoriété dans le monde.
inscrite dans une époque, et ~n cela cµ-actéristique d'une épistémè Il paraît que çe
siède est celui du,,retour d'une «litté,rature en
spécifique. La .fonction~auteur,:·écrit Fou~ult; ~< [e]st le résultat d'une pers~~~:;> ~~ 'le ~o;p;;'"d(d·~~te,i:r . p~tiÇipe 'd e pl~s -: ~n.·· ·: P!µ; - ~ !~' ".'ie
opération complexe qui::co.nstruit un certain être de raison qu'on médiatique du livre, e,t oùJçs ~ut,eurs «incarnent leills écrits» ~s des
appelld'auteuÏ ... Mais en fait ce qui est désigné comme.auteur (ou mises en scènes de soi -~ ou scénographies àüctoriàles + de plus en plus
ce qui fait d'un individu un auteur)·n'est que la projection; dans de5 aisémètlt ~édiansées: Là que5tion de lapostuie; 9u ethoi dè'l'éirivain,
·termes toujours'. plus ou moins psychologisants, du traitement qu'dn q~fiflie corm.ne la ~ap.ièr;e, dont l' ~çr~v~ ocèupè Û!J.e pl~é~ 4~s .a?· ~~
fut subir aûx textes, des rapprochements qu'on opère, des traits' qu'on pl~i~.ur~ ch~p; ~µJ~~is-· dq~~; ·~~ ~~d~v~~~e tffi~ ·pré~c~u'pation
établit comme pertinents;:.des continuités qu'on admet ou des exclu- centrale delà critiqué française depuis quelques années23 . La littérature
sions qu'on pratiquè: Toutes ces opérations varient selori'les' époques africaine telle qu'elle circule dans les réSe~u:x; globaux qui lui" ~illent
et les types de discours. Ori ne construit p'as '. un '~auteur philoso- ~isibilire iiè 'fait pai tiêeptid~, ~r td'pü~ttif~ ~ü~~c9lo~-~âlès A?~~- ~e
hi ,, (( .i
:p que . comme Uil . poète"; .et Olllle'.COilStrllÎsait pas J'auteur': d'une plus ~Il pl~ ~ophi;Stiqué~~; Qaps}:e coni:~e, ~()~ent ~a. d($,ci~~~
œuvreTomanesque au xvruc siède corn.nie de nos jours21 • » . de i~écrivain~-est-.elle impactée' parJa:célébrité25 ?" c~~ent l'écrivaih
Il Y a bien, ·dans le conteXt:e contemporain, quelque chose qu'on gère-t-il son -êa.pitaÏ de \iisibilité 'eë quelles 'mjonctions· qtiaà.tà"sa rés-
pourrait appeler llne · «fonction-auteur · postéolorüale ».·· Elle cit :le pbn;abilité pdlitiqùë'i'ac:fufupagheni: ;sili' lé dibn:m. de l~ gl!)Ü:2i~? '
:produit de siècles ·de discours stit -l'Afrique et l'écriture-provenant aus~i 1,,;, ~ a~,te~X:J?,ü;ffCÛl?,nt~ne pe_u~EfS J:l9.Pi!S·~µe,~-i~~, ~fHl.S, Jf?,~,rp~nJ~·,
bien de l'Occident que. du·mondè pariafiicajn.'.-Portéé..p.ar des textes ·G!f il/elle (;$t,duJ~o~de
. . çt cçtêt<!.t Q.eJait.oriente néc~ài;i:~mçui:
. . no.
. rre ~

~ussivariéS que De la littératit.re des Nègres; ·ou Recherchés iur leursfoiultés herméneutique des textes: et·dês ', corps27. La -bibliothèque,.posi:tolo'.-
:intellectuelles, leurs qualitérmôralès:~t leur. littérature;·'suivies de notices niale déborde .<::t l;i -~tal!t~ 'd~ seJ procltictioiis .~.Ô~tempôrafu:~. ~ous
·sur la vie et les ouvrages des Nègres quFse sont:distingukdans les .science;, erij~i~~ ' ~·- p/~ridit a~ · ~érie~ ~ès · : Ül'~ü~âüriiis' '~i: · r~· d.éb~ide~ençs .
ks lettres. et les arts,. pùbüé par l' abbé'H~ni:i Grégoire en 1808; Les Trois .qt{elJes ,Ïip.p\iq~e~t. .C{'.S débqrd~me,nts ~ont 4e ._tO~})r4.r:~:~ ~clil
-Volontés de Malikd'Ahmadou Mapate:Qiagne.(1920),.DEnfont noir de tiques, épistémologiques, tetpporels et spatiaux. Ihst clai.t qu~ . plus
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• l1; QU'EST-CE QU'UN AlITEUR POSTCOLONIAL?
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! l' aùtelir sera mobile, c'est-à-dire plus,ses· textes circuleront et .plus;il :
4 12. Roland Ban:hes, «la more de l'auteur», Manteia, 19.68, p. 67.
1 se manifestera ' dans .des sphères différentes, plus. les ' fi>rmes dë' soh·.. 13. Michel Fouicault, «Qu'est-ce qu'un auteur?», Littoraln° 9, p. 3.
auctorialité seront variées. Cela signifie aussi que notre pratique cd~ 14. Ibid. -
,. 15. George Ng:il, Création et rupture en littérature africaine, Paris, LHar-
tique devra s'exercer avec toujours davantage de curiosité et de vigil.
marran, 1995.
lance devant cette diversité. ·Si effectivement l'auteur contemporain
16. Souleymane Bachir Diagne, « 1968: Crisis 1n Afocan Lecrers», 1he Roma-
se définie com,me un «kaléidoscope mouvanc28 », alors de · nouvea~ nic Review, vol. 101, n° 1-2.
enjeux se dessinent poùr .tous ces agents de l~ visibilité ·des .culturci;. 17. Sur les divergences du postmoderne et du postcolonial, voir l'essai fon-
afro-diasporiques du millénaire, doric no~ somm~ :- .écrivairis; · cri~ dateur d'Anthony Appiah, «ls the Post- in .Poscmodemism the Post- in Postco-
tiques; journalistes, . professeurs, lecteurs auront la tâche d'en consi- lonial >>, art. cité, p. 336-357. .
1;. 18. En cause étaient · des approches comme celle. de Lilyan Kesteloot
'1 dérer coutes les facettes et d'en mettre .au jour le jeu infini ..
··1· (Bruxelles, Université de Bruxelles, 1963). Voir également l'exemple que donne
1
;·! Mateso de la collection «approches » chez Présence africaine (1962-1981), qui
/~ Notes met en avant le sous-cirre «Lhomme et l' ceuvre ».
-,.-:i;'/' 19. On remarquera d'ailleurs qu'on parle-beaucoup de «roman africain»,
~~ ...,~;_ ::, i. Anth9riy Appiah, «Is the P~~é- ~ .Posçrnoder;;ism che P~st- ~ Posrcolo- mais très peu de «fiction africaine », à moins qu'il ne s'agisse de séries télévisées
;.ual?», Critital!nquiry, vol. 17, n° 2, 199'i. · ·· · · ..· ·. . '
ivoiriennes ou nigérianes, ou de science-fiction.
2. ·Claire Ducournau, «Qu'est-ce qu'un classique afri~? »; Actes de fa 20 . 1he Dark Heart of the Night, (traduction de Tamsin Black), préface de
recherche erzsciènces soc_iafes, 2015/1, n° 206-207, p. 38. Terese Svoboda, Lincoln, University of Nebraska Press, 2010.
3. S)'lvi~Duc:as~ La Littératur:e à quej(s) prix(sJ ?. Histoire des prix littéraire!, 21. Michel Foucault, «Qu'est-ce qu'un auteur?>>, art. cité.
Paris,~ Découyerre, 2013, p. 207~ . ·
22. Lire à ce propos Anthony Mangeon, Crimes d'auteurs. De l'influence, du
4. GÙèle Sapifo, ·;, Translation and the field c;f Publlshing », Tr~mlation siu~ plagiat et de l'assassinat en littérature, Paris, Hermann, 2016.
dies, vol. 1, n° .2, 2003; ·p: 154-166. Lire aussi Gisèl~ Sapiro, irl French Glo- 23. Jérôme Meizoz, ""Écrire, c'est entrer en scène" : la littérature en per-
bal, C. McDona1d er S. Suleiman (eds), New York, Columbia University Press, sonne» , COnTEXTES[Online], Varia, mis en ligne le 10 février 2015, consulté
p. 315-316.
le 16 août 2016. http://contextes.revues.org/6003. Voir aussi, Jérôme Meizoz,
. 5: Jim Cohen, « Ui:ie bi!JÙoth,~que p~srcol~~i~e en plei~e ~xpansion », M;~~ Postures littéraires. l'vfises en scène modernes de l'auteur, Genève, Slatkine; 2007.
vemmtS1 3/2007 n° 51, p. 166-170: . '. . '
24. Voir Anthony Mangeon (éd.), Postures postcoloniales, Paris, Karthala,
6. Graham Huggari, lhe Postcololonial Exotii. Mark~tirig the· 'Margim, 2012.
L:mdre5, Routledge, 2001. Vo'ir au5si Sarah Brouillerte, PostcoionUil Writm and
25. On pensera au cas de Marie NDiaye. Pour une discussion déraillée de
the Global Literary Marketp,lace, Londr:~,_Palgi;ave Ùcl)l.Îllal} UK, 2007.
l'entrée en littérature de Marie NDiaye, voir Lydie Moudileno, « Fame, celebrity
7. Sy!vi~ Ducas, La Littf[ature à quel(s) pr;ix(s) ?.. Hiftoire,-de~ prix littérairi;j, and the conditions of visibility of the postcolonial writer», Yale French'Studies,
op. cit., p. 207. . · · · ' · ' · · ·· · '' ··
vol. 120, 2011, p. 62-74.
- 8. Induarit polir l'Afriqtiè \ :on'tirieni:ale Koffi' K~ahull;·Tah~'i~è~: Jdloun,
. 26. Nathalie Heinich, De la visibilité, Paris, Gallimard, 2012.
Alain Mabanekqu, Nimrod; Abdourahlnan Waberi; W.ilfri.d~ortdé, Boualein
27. Cette «worldiness» de !'écrivain est une des thèses d'Edward Said dans
Sansal, ainsi qude MalgacheJean-Lm; Rahimana'.na . . ,.: . > .· _. ,, ,, .· . , ·
1he World, the text .and the critic, Cambridge, Harvard University Press, 1983.
9. _F ehrne.Sarr, Aft.otopia, Philippe,Rey, ~OJ 6,.p. J 1. , , , . ., -· · ·.. ,
28. Ruth Amossy, •la double nature de l'image d'auteur '" Argumentation et
_ 10: Edward Said~ <<Tra.;,eiing theorr1» in the. World, th~ :iex/~",;d the Critic,
''•t'/' p. 226-228. . . ' .. . ! . • ' ·- ' ., ' " (' • ' ' :; analyse du discoun [en ligne], 3/2009, mis en ligne le 15 octobre 2009, consulté
1 ·'
le 18 décembre 2016. URL: hcrp://aad.revues.org/662
·. 11. Anne Begenat-NeusC:hafei et Catherine Maza~ic, La Questioii de l'au-
teur.en littératures afocaines, Berne, Peter Lang, 2015, p. 17-23; _,

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COMMENT PEUT-ON ÊTRE AFRICAIN.E?

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De la honte de soi à l(l- conscience de l'opprimé. e.
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Réflexions _philosophiques à partir de Steve Biko,
Malcolm X et Audre Lorde

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Hourya Bentouharpï ; ~L rpaît[çSSe ,de ~sohférences en philosophie , Co:mmenr .peur-on :être ,africain.e? ·ou inême co!IlIÎ1ent peut~on.
politique à l'université de Toulouse-Jean Jaurès. Ses travaux portent sur être .noir;e pour rëprendre. la foimµle .légèrément modifiée; -présente
l'apport des théories postcoloniales à la théorie politique (sur les notions chez .Moritesquieu ,dans ·les Lettres persanes sous )a forme . s'u ivante:
d'identité, de culture, de reconnaissance, de mémoire de l'esclavage, .<<Comment , p~ut'-on .être persan:?» ·On '·peut. l'interpréter ' ainsi:
de justice réparatrice, notamment) ainsi que leur contribution à une comment peut-on ainier ou encore voUloir être africain; ou même noir,
J:;éélaboration du féminisme. Elle a publié entre autres Le Dépôt des armes.
ou· arabe?i.C~mment : peut~on. :rie- pa,s vouloir sortir 4e son ,africanit~
Non-violence et désobéissance dvile (Paris, PUF, 2015) et Race, cultures,
ou de sa négritude alors que tout parle à charge contre. ces. ide_n tités?
identités. Une approche féministe et postcoloniale (Paris, PUF, 2Q15). Elle
A~farit de questions qui semblent you~r FAfrique à l'impossibilité de
écrit actuellement un ouvrage à paraître en 2018 qui formule une propo-
trouv;er en .elle-même.. un : devenir ·universel,· un· passé .et un ,horiZ6n
sition de féminisme décolonial : Féminisme marron. Du ~orps-doublure au
corps propre des femmes. atpequels ses membres puissendièrement s'identilier. Les conditions
de-la honte de soi sont ainsi .explicitées .comme étant au cœur._.de l'i.m~
puissance déclaitk de cFAfriq~e;: qud' on entende celle-ci .corhme_ll!l
énsemblè.géograpliique, w~tinenral; ou qµ'ori la comprenne·àpartµ"
de- s~ : diasporas. historiqu_es (c~e ':de-r~clavage . notamment,;;.qui . a
vuAa: constitution- d'identités ..africaines'. créolisées hors du èqntinent
africainr C'.~t l~ cbnscience:mêrile,des Africains:- entendus~au' seris
large du t~rme,,;donc- qui se trouv(:ünsi enc;:haînée à Eirnpossibil!-~é
de s' aiffier~·,. .c e que ,Stev.e ~Biko,.le :leader: étudiant sudc-africain dè);t
période aparthéid; . avait bien compris .en. prônant le mouvement; 4~ ·
la Conscience noire qui ·visait pi:écisémem-.à·:·éradiquer toute Jc;>rme

179
ÉCRIRE I:AFRIQUE-MONDE COMMENT PEUT"ON ÊTREAFRICAIN.E?

de honte de soi chez les Noir.e.s: «Au cœur de [la Conscience noir~] ,-;' __- Il faut donc pouvoir ·«faire monde», .'.et changer de .définition :de la
il y a le faît que les Noirs prennent conscience que l'arme la plus ·,::~­ conscience. Arendt nous est préeieuse pcnir cela dans la n:iestire oû elle
efficace entre les mains de l'oppresseur est l'esprit de l'opprimé. Si -~~ . jette le doute sur la réduction de la conscienc;e.au ·seul sens interne,
1 [· '
; ' 1
une personne, en son for intérieur, est véritablement libre, aucune . à la mémoire purement intérieure, ear de fait, si-l'.on ne se souvient
chaîne faite par l'homme ne pourra le placer dans une situation de jamais seul, c'est parce que. «les êtres vivants sont tellement .''.faits de
.servitude2. » Cette attention portée à la conscience de l'opprimé, à la monde" ·qu'il n'est pas de sujet qui soit également objet et n'appa-
colonisation de l'inconscient et des désirs mêmes de !'opprimé dans 'raisse ainsi ·à l'autre qui en garantit ia réalité "objective": Ce qu'on
des situations systémiques de racisme telles que l'apartheid où évolue appelle d'habitude "col}science'', bfait que· faie aussi le sen_timent
Steve Biko depuis 1948 et jusqu'à sa mort en 1977, laisse entrevoir de moi-même .el!. puisse donc, dàns .uri certain sens, . m!apparaître à
une dimension philosophique de la conscience qui ne peut plus se moi,-même, ne suffirait jamais à garantir ma réalité3». :Il faut queJa
réduire au seul monolinguisme del' esprit, se parlant à lui-même pour pensée:apparaisse aux yeux des. autre5 pour qu'elle. puisse faire seils.
savoir ce qu'il est juste de faire, ou pour trouver un accord avec soi. C'est donc à la sortie hors de la zone de non-être, de la·zone de toui:e
Ou, plutôt, l'exigence socratique de l'accord avec soi, ou encore du négation existentielle que doit œuvrer l'opprimé pour véritablement
dialogue de l'âme avec elle-même 'telle qu'on la trouve exposée· dans se libérer des chaînes de la servitude, ce qui suppo~e de s_e réappr9_:-
le Protagoras (339c) ou dans le Sophiste (263e) de Platon, doit penser prier le sens de sa valeur, de son intêriorité, et d'expulser ë::e qt.ti en elle
ses conditions de possibilités historiques de réalisation: et!' une de ces lui est hostile et résiste à l' autonomisation de là conscience. Il ne s'agit
conditions est précisément le rapport que cette ·conscience entretient pas simplement d'invoquede sapere aude des philosophes, mais bien
avec le monde, au sens où, jeté; dans le monde, ·j'en suis aussi objet de saisir ce qui dans la conscience ~ême est opprimé, ce qlfÏ en elle
pour autrui; j'apparais daris· des conditions qui ne sont pas toujours a fait l'objet'. d'u.r:ie ·capture idéologique si:intense que l'on en vient à
celles de la: nouveauté.· .: •. ' .. considérer l'amour de soi à: partir .du rejet des sieris, et de tout ce qui
En situation coloniale, d'aparthei:d; de racisme; les êtres racialiséS, pourrait nous,rattachèr.à notre. communauté.· ;,, "_,' ., . .
réduits au corps-labeur, qui fournissent dansles .bantoliStans ou dans . On retrouve.:Cette idée dans les écrits et conférences de Malcolm X
les ·townships ' urie maîn~d' ~uvre bon marché, ·deviennent un objet (1925-J965), .tout comme dans celles._ de Steve. Biko .e't- d'Audre
phobogène donr le "seul ' contaci:·suppose un fantasme épidémiolo- ·Lorde, ces deux: derniers:ayant lu les libelles et ouvrages :.à propos de
gique de la contamination raciale.· La ~q~estion est donc de savoir.. ce la Pédagogie deS:Opprimés de Pawo Freiret Cette maniè(e,·aliénée, de
·qu'esda ·conscience d'être. infâme; aui sens litt~ral·;de ,_ celui qui .voit s'affirmer,:de monteren humanité'prend airisi la forme d'un .déSa'veu
tout son être constitué par· la.m'ala 'foma, par la mauvaise, réputation, cruel, à la source de bien des névroses selon Fanon.- dont Steve Biko,
avant qu'il n'ait la possibilité de se dire .avec ses ,:Propres mots. Audre Malcolm .X .et ·Audr~ Lorde. ont lu avec attentiop.: Les Damnés .de la
Lorde (1934-1992), féministe lesbienne afr6-amé~icii~ relève aussi terre. :··désav:eu :dont on cherche à· se. sortit, au.se!ls; de. s.o rtir .littéra~
que ce qui rend fa· vie impossible aux femmes noires américaines· est lement de ,sa ,p~au, à-se blanchfr, .en -s'emparant des . valeurs mêrnès
précisément .qu?elles.ne scint:pwautorisées à «faire.mondb dans tin de cetric qui dominent ..D'où la voie formulée par, ·ces· ttois '. figures
système racial qui · prive: ces de'rnières de:la ·possibilité même d' êtrç: historiques: l'amour de soi, .qui prend un trait.partitulier .chez Aüdre
reconnues comme desfemmes·au même titre q1,1e les femmes blanches. Lordè, à savoir-:cdui du soin ..La question e5sentielle étant pour:-elle

180 181
. i
' ÉCRIRE !:AFRIQUE-MONDE ·· '.: COMMENT PEUT-ON ~TREAFRICAIN.E?

de savoir: qui prendra soin de · celles qui· prennent sqin dés auérei. \, ' souvent rappelé .que. l'organe sensoriel privilégié:à par_tir,duquèLon
sôit les femmes; no ri blanèhes ? Le cho~ qüi préside. à !'.étude de c~ . appréhende la conscience esda vue pour désigner.la r~flexivité; pro-,
trois personnes étant précisément que toutes font de la·question ·d~ : · -~ prement dite, au sens où la conscience se voit en trfiln de penser {elle
l'amour de soi une question politique, à la fois condition.et horizbn ~ revient sur ses propres opérations) ;.I' autre expression sensorielle étant
de. l'émancipation :Tamour de soi étant politiquement ce qui permè"t .~,­ la voix qui renverraicplus spécifiquement à la modalité du langage
de redonner une extérforité àl'ennemi. Se pose alors la qudtion de .· par laquelle la conscience se parlant à elle.-.même se prend poùr objet
., la·violente coinme ·Stratégie révolutionnaire,. puisque l'amour de soi , de réflexion sous la forme d'un dialogue dans lequel je deviens un ami
1
qui expulse "cet ennemi hors denoiJs ne doit-pas "holl'plt.is'- s~lcin ~ne pom moi-même~ Or ce que montre Du _Bois, c'est précisément ce
1; similitude_:de, pensée entre Biko,; Malcolm X et Lorde ,,,..: .personn~­ qui pour les personnes noires -'-ecque l'on peut élargir aux;per;sonries
!.! liser l'ennemi et sombrer: daris·la f~cination: pour·ù.Ile violence symé- .non blanches,..... fonctionne au s,ein:.de: l'esprit .- comme . une .- étrange
trique; qiù ferait honte en retour.à-ceux:qui.nous faisaient avoirhorttè et douloureuse disjonction cognitive: les Noirs en sont venus,,dans
de nous-même; . _,... . : ·: ,· ' ·· · le cadre .de sociétés postesclavagisteS subissant encore les ravages du
racisme, à être. constitués socialement comme. des êtres névrotiques
Épistémolo.gie t:t phério~~nologie ·· dom la conscience est toujours dédoublée, au sens où dans ·le dia-
d~ la ~J,J.scien,éJ ·opprimé~ -: '··. •
l_
logue ·de l'âme avec elle-même, danda manière dond'·ârne se voit
elle-même et se: saisit elle· même comme objet,de jugement," un ,tiers
• POurquoi cette attention politique àla conscience dans urte épis- s'est introduit: tiers· qui prend le nom historiquement du Maître; à
. :témologie de laJibêration-(et qui plus ·est:da'.ns .une épistémologie S2.VOir de · celui qui:. m~a COristitué comme objet pour sa conscience,
: matérialiste dë la'_libération)? on:.ne le comprend que '. sid'on sorr.:de coinrneêtre-pour~autrui. Car, comme !'ad.fr Sartre, y compris dans la
l'appréhension de la conscience cbmme ,simple mtériorité, et comme façon que l'oppression a de procéder par réification - ~t. encore. plus
ce qui a pu votiloir fairefobjet d?Une capture, d'une appropriation: le dans le cas de l'esclavage-, «l'on n'opprime pas une pierrei.ce' •q ui
pouV'oir rie s'exercep:iS seulèmentsur.les·corps; mais- ~ndes corps eux- e.St Y:isé dans !'oppression, c'est la liberté de FAutre, sa·.suppression5 ».
mênies. Lautre aspect qui justifie cette· attention est'ce quda psyèha- Il s'agit dans l'oppres,c;ion de .faire plier les corps bien sûr~ maï.s éga~
nalyse ·freudiertne a précisément mis en avant~ et plus•encore eriswte lement de faire capituler'. les esprits ~ d'obtenir.Je consentement à
1;
} -Wilhelm Reich; puis Frant:z~.Fanôn~ la'réprèssion~fl:lênie dy.·dêsir, d~ sa p~opre servi~de sans que celle-ci prenne la-·forme;explicite de.la
1,
"., la libido :n'est qû une réprdSion :investie de libido; La qùestion qll.i violence: rune des -voies les plus subtile5 fut· d'habiter l'esprit mêrrie
se pose donc dt fa; su.ivinte:' si la'c~riscieiice aspire à êtrè la manière de celui qui est· as.servi en épousant :les .contmiis de sà conscience;3à
dont on s!accompagne.soi'-rriême, <lotir on est ùh ann•·pêlui~soi-même tel pofot qûil en résultât que; -I' esclave se pensant, c'étâit le. maître
coinnierir e5t-il .- possible d'arriver a-être un enne~.ipoursoi~même; qui pensàit en son .lieu6.-. Le «je pense» .noir, le cogito noir·en ce sens
Co~ent les· non-Blancs, ·eù plus .spéd.fiquemerit; celles 'et ·. ceux ·qui est trou,blé dans ·Sa réflexivité dans. la mesure .qiême où .:la. manière
sont:dirs.A&icains; en Viennent-ils à pârtidpedlèu:r·propre négatiori? q u'. a :la conscience 'de se ~tourner vers elle..:niêine est :un .retournement
· ·r·.Il faut d'abord '. i:qniprendrda conscience c deTopp;r~é à partir contre soî, :au sens où . elle œuvre à sa propre seivitude.•Audre'Lorde, .
de ce que·•W K ·B. Du Bois a: appelé la «double conscierice ». Il a été s'interrogeant sur ce qui dresse lesfeffirnes les wies contre les.:aùue5,

li 183
ÉCRIRE l:AFRIQUE·MONDE COMMENT PEUT-ON ÊTREAFRICAIN.E?

en vient. à.çette conclusion que c'est la haine de soi qu'on a incul ' ,en· .réinvestissant la formule de Ricœur par laqQelle .celui-ci· dé~­
aux femme5 qui est à la source d'une telle violence:«[ . . .] Nou.s a~~ ;rûssait l'identité à partir de la mise en intrigue des. événements de sa
···:r;~ ,
été plongées dans la haine - de notre couleur' de notre sexe , de notre ·conscience, prenant pour modèle Les Conjèssions·.d'Augustin. G'.est
audace d'oser croire que nous avions le droit de. vivre Enfants; rio~; d'ailleurs pour renouer avecla possibilité d'i.lrie densité biographique
. avons ~bsorbé cet~e haine'. elle nous a envahies; et pour la pluparf~· ·des femmes noires invisibilisées qu'Aud:re Lorde considère la poésie
nous vivons nos vies .sans identifier cette haine pour ce qu'elle est; et'• comme .un véritable moyen de. survie, selil moyen accessibk ..aux
sans savoir comment elle fonctionne. C'est en écho qu'elle revi~n~ ··:­ classes défavorisées, loin du cliché de la poésie comme luxé. Ainsi,
sous forme de colère et de cruauté dans nos rapports. Car chacune ·~ . 1~ ar cette dialectique négative du cogito noir, on entend~ aussi la
le visage que cette haine cible et chaçune a appris à se sentir à l'ais~ ;;,· ~açon quel' on a de se dire, de se conf~ser, de s'avouer sous.la.forme
avec cette cruauté puisque nous avons survécu à tant de haine d~s .; .d 'un désaveu: ce qui esda coµduite typique de l'aliénation, dansla
nos .vies7 • » ·mesure où l'assomption de mon être qu'est supposé consignerl'éveil
De fait, ce qui se.passe dans le fonctionnement même du racisme de ma conscience !Prend 1a forme de mon propre .e mprisonnement, à
est la manière dont certains corps soi:u__toujours déjà dits par avance, tel point que, pour le dire comme Foucault, «c'est l'âme .qui devient
le racisme procédant par réification des caractéristiques individuelles [a prison du corps 10 '" inversant ainsi la formule platonicienne du
qui sont rapportées à un habitus de groupe auq~el l'individu ne corps tombeau·de l'âme.
pourrait échapper (que ce soit du fait d'une hérédité biologique Cette idée que l'âme est devenue une .· prison du corps n'est
ou . d'une accointance culturelle). Et cette façon d'avoir été dit pir cependant paS ce <lui est immédiatement visible pour une conscience
avance, d'être précédé socialement par Je récit .de notre inaptitude, aliénée qui précisément pense, quant à elle, que c'est son corps qui est
de .notre inadéquation, de notre incompétence ou à l'inverse ·même son ennemi dans le cadre d'une conception de l'identité qui a entériné
de notre . supposé talent dans un domaine, nous prive de la possi- le fait qu'il n'y ad' être que dans l' apparaître. Cette approche de l'alié-
bilité d'apparaître au . monde sous la forme de l' obliqµe, de la non- nation comme colonisation intérieure .est utile pour comprendre ce
correspondance à soi, bref, sous la forme d'une étr~geté et de la .qu'est la cons~ience de l'opprimé au ,sens de la dialectique .négative
n~uveauré ·qui ne seraienr donc pas ·saisis d'avance. Fanon". ·donne décriteci~dessous et qui prend la honte de soi comme forme d'amour
l'exemple dans Peau noire, masques biLmcs de :cette antécédence d'un de soi: la .seule manièœ'que l'on avait de s'aimer était de détester tout
récit de soi .qui· nous échappe et qui œuvre· à charge contre nous·: ce.qui ,en nous était détesté du maître ou du moins tout ce qui nous
il· raconte comment, en· à.llant '. au cinéma, ou en prenant position en éloignait. Ces:t ainsi qu'Audre Lorde montre comni.ent l'une :des
dans le train, il est déjà attendu>' au sens . où le voyant venir les gens manières .de s~aimer· pour les femmes .noires fut précisément.de 'se
s~écartent.- L'effondrement.de son 'être qu.ï s'ensuir:-kJait devenir- détester entre elles 11; et de . tenides hommes noirs pour:les se.uls .res~
serpent, un être rampant qui finit par avoir :pour seconde peau la ponsables de la viiolence sexiste qu'elles subissaient. . . ·., ,f · .. ' · • .
honte de soi; à tel point que dan~ le rapport de soi à soi qu'entre- . On trouve deux exemples assez s}rmétriques de cette dialectique
tiendra la conscience, la honte, soit la manière dont je vois les autres négative dans les .écrits de Steve Biko et dans les. conférences de
me voir commè un être rapiéc,é, sera la modalité même de l'identité Malcolm X; le rappon à l' « africanité faite corps» est au cœur:de ·cette
à soi. C'est ce que Stuart Hall a appelé «soi-même pour un autres» ·- dialectique négative: « [ ... J Il fut un temps où nous haïssions,tout;ce
: :~ • 1

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1 ; ' 184 185
ÉCRIRE L'AFRIQUE-MONDE COMMENT PEUT-ON ~TREAFRICAIN.E?

:~ ­
qui en nous était africain; Nous haïssions nos têtes, la forme de noti-~ ·{: · -comme retour contre soi.· Autrement dit; .il.n'y ;J. pas·de pouvo;r.-sans
.nez-;· nous voulions avoir ce nez, vous savez, en bec de colombe; nou~ ~ · rapport de pouvoir 15. En termes sartriens, «!'oppression e5t unè métâ::.
haïssions la couleur de notre peau et le sang africain qui coulait ~s> morphose interne· ~e ma liberté»: ·ce qu'il : mnvieri~ · de. relever ici,
nos·veines. À force de haïr nos ·traits, p.otre peau, notre sang, eh bien, - c'est que· J.:oppressi~n n'est pas .une suppression"!ie ma·Überté;. mais la
nous devions finir par nous haïr nous-mêmes. Et nous nous haïssions métamorphose de·mon,,întériorité ·comrne étande lieu· d' expre5sion d 1
nous-mêmes. Notre couleur devenait pour. nous une chaîne - nous ·de ce qui faide propre rnêine de mon hUII1ahité, à=savoir ma liberté.
l
sentions qu'elle était une entrave ·à nos mouvements; notre couleur La question :est : donc- de •savoir comment, dans: la dépossession
devenait pour nous une sorte de prison dans laquelle rious nous sen;- matérielle de mes biens, de mes terres ancestrales, de moncérotisme
tions reclus et qui nous empêchait d'aller où bon nous semblait[< ] même; quelque chose du sens de ma v.ie-'e t:dç:·toute ·c apacité même à
notre réaction psychologiql1e devait automatiquement consister· à donnwdi.i sens se trouve ai~i· dérobé; lis agit cionè de comprendre
prendre en haine- cette peau, ces traits et ce sang ·qui étaient pour à quoi,. •renvoie·.cette ·expropriation ontologique, ;qui·me prive ·non
nous des entraves. Et nous les prenions en haine 12 , » seulement du sens de mon monde,. mais· aussi: de' la capacité ·àfaire
De même, la poétesse afro.:.américaine 'Audre · Larde rappdle monde. Sartre en a une analyse pertinentè: « Ily a oppre5sion,quand
comment ce qu'il y a de plus ' intime ~hez les femmes, à savoir la la liberté se retourne contre elle-même, c'est-à-dire qu'il faut une
sexualité, fut employé contre elles: «On a utilisé si souvent!' érotisme dualité au cœur de la liberté. [ ... ] Ce retournemenx implique qµe la
à nos dépens que nous avons appris à nous méfier de ce:qui est au plus liberté peut être cernée par lliie autr~ lib~rté q~ lui v~le son ~iv"er~,
profond de nous, et c'est ainsi-que nous avons appris à nous dresser le sens de ses conduites et l'umté de sa.vie. Une liberté pérobe::son ·:
'
contre nous-mêmes,. contre nos émotionsl3. ». univers, me .vole ·cette .partie regardée. Mais je ressaisis;cette 'fuite
--; · On voit alors que!' objection qui consiste à dire que'la conscience en regardant le -passant: Mais si ce passânt -possède ·en .p/u.r .ksavofr, Il

ou la sexualité sa.n t secondaires dans une pensée de!' émancipation est il y a quelqu'è chose que je ne ressai~irai jamais: if désarme ffia ,vue
vite balayée par une compréhension de l'oppression qui œuvœ aussi de.llobjet qu'il réduit à !'.apparence. Et; lui, voit la substance qui ëSt
psychiquement et à même le corps, à partir de:la dialectique de la ,
'i
derrière. ~ans lui.la distinction de substance et d'apparence n' âurait
liberté qui se retourne contre elle-même~ Ainsi,. s~il est vrai que .J' op~ p·as de sens 1 ~, » · :· ·:.,r ·. -- ·"'
pression n'est jamais idiale, au sens où elle n',est jamais silnplement du .,Le retournement de la ·liberté·contre elle-même en passe donc pa:r
·point de vue des idées; ~t·qu' elles' exerce toujoui:s sur des corps, il n'en une désappropriation de tout ;,ce ' qui· poilr moi .faisait scrns :et; avait ' 1

=reste pas moins· qu'elle œuvre par retournement de.-la liberté contre une proforideur: existentielle. Auâre:l..cirde se fait l'écho· d'une tellè !t-IH I' i
!' j,
elle-même 14 • li· faut entendre par là je crois .deill2 choses que l'on analyse:lorsqu' ellç -dit ·que-les' opprimés se voient souvent voler lètir !,li
peur.formuler soit en termes foucaldiens,- soiten-_t~-r~~-Z_artriens. En savofr: ,«À chaque prétexte de dialogue~ ceux q~ rirent profit de notre
termes foucaldiens, cela-donne·ceci .: le pouv~ir-qui apparaît d'abord oppression 'exigent -que noüs partagions notre savoir:- avec: eux . .En
comme eicterne, imposé au sujet, le-conmugnant àJa subordination, d!autres termes; ·c'.est aux opprimé.e.s qu'incombe .la :-responsahilité
l:: assume une. forme psychique qtii co~stitue l'.identité à. soi du sujet. de. faire prendre conscience aux oppre5seurs de Je.urs. errèur's ..Je :dois
1.a. forme prise par ce. pouvoir ne peut que: se constituer dans une donc me. charger d'éduquer· les ·ensdgnants;e.s qui;·déValorisent lâ
figure du retournement, entendu à la· fois comme:ret,our ·vers soi et culture de 'mes enfants. · [. ,:a -Les oppresseurs co.hservent:-ainsi leurs

186 Œ7
ÉCRIREI:AFRIQUE-MONDE COMMENT PEUT-ON ÊTREAFRICAJN.E?

. prérog~tiv~ et fuient leur responsabilité; On nous pompe sans cesse domestique» par opposition au «nègre des champs» d;m.s les pla'nta-
notre energ1e 17. »· .... _. ·
tions esclavagistes. C'est en se désolidarisant,des sien~ ei: en œuvrant·à
Steve Biko parle quan. ta' ·lw· de . d. ' . · " --d· . ..
. . · · cette esappropnauon es sociétés · ne plus léi.ir ressembler que le nègre domestique monte enhuinanité:
afncames
, . , , ' de l eur espnt, · a' savou· d e 1eur culture en tant:que celle"'ci
«"Le nègre domestique" d'aujourd'hui aime son maître. Il veut vivre
erait a detruire ou 'e n to t ' 'd .. '
. , _ u cas a re wre a: urie simple expr~sion folk~ auprès de lui. Il paiera trois fois la vàleur de la maison qu'il ,habite,
l~r~que des lors que les peuples y trouvaient là un possible corps de rien que -.pour vivre auprès de ·son maître," et .Pour aller ·ensuite S<':
res1stance capable d'expr1'mer di . , h - . vanter d'être "le seul Noir du coin". "Je suis le seul dans ma 'partie'',
, ., - une gmte · umaine qui ne soit pas
mediee pade maître1s, .
'.'je·suis.le seul dans cette école . .-:" 20 • )) . .
,,
, Mais si la !llanière qu~a la conscience. de se parler à elle;-même ~st Le problème est donc douple' pour la: conscientisation.politique:
·d adopter un langage q · l d' · · .
: w a esappropne er qw prend le soi pour il réside d'abord dans ce qui· falt du désir du maître.le désir-maître en
ennemi comm . ' : · ?C - .
' ent sen ·sorur. omment sortu de cette oppression nous et qui empêche toute forme de révolte. Fanon montrait ainsi
de la conscience
. ··? Commen t res1srer
' · · d ans le cadr.e d e ce :retournement
·
l'échec de la dialectique du maître et del' esclave dans le fait que.chez
de la.liberté con.tre elle-mêm~? Hegel l'esclave se tourne vers l'objet alors que, dans les systèmes pos-
tesclavagistes et d'apartheid, il se tourne vers le maître dont il quête
Poütique de libé~ation: le devènir~nègre la reconnaissance au prix de son propre désaveu21 : Et l'autre partie
constirutive du problème est surrouda mariière mê.qJ.e dont l'ennemi
. Cette question est cruciale tant on voit bien.·q·u;il ne s'agit plus prend la forme de l'ami intime. Cette domestication du désir de
Slffiplement dans un processus de conscientisation politique d'in- libertés' explique par le phénomène de l'érotisation dela dolnination,
, . ,la : personne
former . ,. , d'opérer· · un gran d · d evo
' ilement; "d' apporter véritable obstacle à fa conscientisati.on politique dans la: mesure où•la
l~ vente. ~iko s mterroge: «Qu'est-ce qui empêche l'homme noir servitude devient sans dehors. Comment lutter contre quelqi:te:chose
d all_er ~e ~ ~vant? S'est-il. persüadé de -luifmêmè qu'il est incapable? qui ~r- en nous, prend 13: ·forme mênie de notre érotisme, et auquel
Est~il ge?euquement dépourvu de cette.qùalité· rare qui pousse un nous .«consentons inconsciemme.nc>~" si paradoxal que cela ·puisse

homme a se montrer prêt à mourir pour réaliser ses aspirarioris19. ? » paraître? , · _,· . :i'--'
Il ··-
. est.intéressant d~ana.lyser la différènce · entre iles -deu:x:-réponses: a~ Cest à ce moment crucial. de !'.épistémologie de Ja.-;conscience
. quesuons posées ··(aŒrmau·ve,· poµr..la premiere, ·, ·et negauve
, . pour la opprimée.qu'intervient la questio.Q. des moyens de sortir'de c,e tte dia-
·se~onde) en miroir avecles conséquences historiques -du . «choix » lectique négative de la liberté, faut-il retourner ·conrre les Blancda
fait par les opprimés poUr se libére~: la réponse:qu'e. fait· Biko, tout honte et la haine de soi selon un mimétisme mortifère qui consistera
comme
, la. réponse
. que tiont· Mal_colm ·X et·,A UUFe-•
.L :r . d . , .
.cer e, est prech à.« leur» faire honte en retour? Faut-il èontreca.trer la:vicilence.de ëerie
sement
.. celle qui consiste
. a' p dr d fai · l . ,
ren e acre. u t que ~-. opprlines ont ·oppression de la conscience par une autre. forme :de violence qtii:ne
choisi comme .élévation de leur être de se désolidariser des leurs, de peut prendre qu' Wfl autre aspect.que c~lui simplement dda démons~
ne plus être noirs, de se «dénégrifier » pour le dire comme Fanon, .tration.:d\ill ton dès lors que'la pe:ns~e s'.est liguée contre elle.:même?
'. et
1.1'
,. . , de
. .se constituer
. aux yeux du ·maître· comm
. · e. « excepuon
.. », c' est-
. C'est ici où une discussion peut s'établir entre Malcolm X, Sreve:Biko
a-dire comme le «bon N Olf»;
· ce. que Mal lm ·
co ·X a appelé le «nègre etAudreLorde, tou.5 trois lecteurs de Fanon; lequel; dans Les Damnés

188 189
. ÉCRIRETAFRIQUE-MONDE · · COMMENTPElTf-ON ~TREAFRICAIN .E?

:personnes non .blanches, :miis pas ·seulem~~tH ~· Ces co~tra~cti~U.~


4
de la' terré, rappelle la :nécessité du recours à la violence el} situatidJ'.
. coloniale. Il faut lire l'insistan~e de Fanon sur la violem:e' dans ..Z;~: ·d' ull'universel qlli fonctionne à partiùl,ès categones de.la c:onsntunon
Damnés de la terre en continuité•av~c ce qu'il expose dans Peau noir~J · "de :Fégalité œde ·la liberté se résolvent dans c~ ·que Marx. a appelé
masques blancs, sur l'érotisation de la domination. Le ·pro~lèm~'·d~(> ·l'idéologie, au sens nort seulement d?un effacêment· de· l'intérêt, du
celui~d: quelle nouvelle modalité du désir et de la corisciencè conirh~ .'~"' varti pris; de la sitliation qu'il exprime, ~ai~ au sens é~e~ent d~u~
jouissance dé soi est possible? Comment sortir de la circularité ru:~~~ '., déni de sa· propre position centrée; ce:qlil fa1t, comme la b1en:releve
tifere du désir comme suppression de soi? Et à la que5tion de savo~.' ·: Balibar,, que «le langage de 'FuniverseLest sans ·extérieU:r2hi . Je veux
comment redevenir un ami pour soi-même, Fanon semble répo~drê '."' ainsi en venir au·fut que le devenir~rrègre· ~t unenianière de proposer
' ,
que liSeule solution possible est celle de l'expulsion de l'ennemi hors ,:. un autrë rédt del'. universel à paitli- &une mtériorité qui:produit une
de nous, et cela rie peut se faire que si roll' restitue toute son host:ilit;:.:·:: faille ·dans cette logique tautol_o gique.çleTunivetseL ·. •·. ' < ~ .. ' :' ·
à l'ennemi qui s'était fair ami intime: ils' agit donc aussi de la violenc::~ . !: / - .,·. -0Il' peut certes comprendre la .déclaration de constitutioq haï-
désintoxicafrice faire à_ ce qui en soi parle :en •lieu :dû maître, afui. d~ . tienne de 1805; qui dit que tous les Haïtiens sont désorrriaisrèconntiS
pouvoir authentiquement penser par soi-:Qlême, .·. .:· :-; comme Noirs26, comme une ,manière d~ ·mettre-fin à-Yarithmétique
Mon interprétation est qu'il s'agit dans nos ·acte5-y compris dans des catégorisations raciales de r époque·esdavagiste qui dédinaierit le
nos act~ de pensée - de se faire nègre (et rion pas noir) 22 • Nègre et non degré de la noirceur de peau en autant de qualités•rµorales ::jusqu'au
pas noir, en èe qu~il ne s'agir. plus, dans Les Damnés de la terre, de se Noir non inélang~ qlli était le plus-:indigne :de tous: Ma:is on petit
perdre dans la grande nuit noire de la négritude, de:valoriser eh retour aussi reprendre à:son. compte:ce qui dans cette appellation générique ,,
,i ,
ce qui a longtemps été disqüalifié ~du moins il ne . s?a:g~r plus siM des Haïriens cà partir du œrmç: le-plus dévalorisé ode 1' échelle· o_ntolo:-
~ .plement de retourner le ·stigmate en le réinvestissant-positivement; ·gique peut .se ·lire comme une ·resignificatfon universelle' non d'~
mais. bien;de reconsidérer ce qui s'est fait joubà partir del' expérience stigmate; . ou d'tine condition de vicri.i:n:e, ·mais bien' comrile ce .qw
nègre, c'est-à.,.dire à partir deFêtre-fait,.riègre; du Noir-fait-=nègre: à dans la conscience del' oppdmé:constitue un~ minirnum irrépres'~ible,
savoir u:ne coµditiori ·. uniyers~lle d'.oppression et · de résistance:: On à sàvoir l'amour qwil porte à sa liberté ·et la manière don.c il â:uvre
peut ainsi . selon moi entendre doublement ,le deven~r-nègœ:·- soi~ ;pour refuser' que 1' on .bafoue cette. dignité; -En ce sens, :devenir-nègre,
conime.leJair Achille Mbembe comme l'universalisation.dé la coristi- c'est s' identifièr·avec uri autre universel; celui de la lutte pour sa:propre
uition par: 16 ·capitalisiµe de corps~labeur, . de corps'-déche~3 ; soit libtration, oti dumoiiis celui .de la résistance à sa négation. Va.ste:hi~;­
dans .une formulation: deleuzienne que je prop<;>se, cCOhlme deverur~ t~ire que,cçlle des résisci.ncës d~esclavès; largement sous-docume~tée,
minoritaire i!U sélls précisément ·èïune eXpo~ition; d~ contradictions mais dont on trouve des traces·dès le passage du :milie1:1F-. i . '· '. .• ~· - :
dd\mivers.eL .Ila déjà été démontré é:omment.Funiversèl •dans son , paf conséquent; si ·le devenir-nègre procède; par identification',
institution historique mêm~ a procédé sousla.forme d'une• viole_n~e ·alors il signifie au5si:·une désethnicisation' de ce que :noir: veut ;dire
qui consista doublement à s' affiril!e~-.COillffie seul uinjversel p9ssible (cotnme on ·le voit dàns. la: corutimtion -haïtienne, · puisque .tous -les
·cet donc ?i .particularis~ri et disqualifier•les a~tr~' formes d:è:X:pre5sion Haïclens; ·y · coin pris ,les :Blancs·,. seront considérés ·. comme : Noiis}~
de la: conscience, doric des cultures) et COffilile .injonction pour les Malcolm Xj,Steve Biko et Audre Larde rechargent également sém.an-
1 individus à se délier de leurs affiliations particulières (silrtout pour les tiqueinent et historiquement. ce que Noin et Blanc veUlent ·d iie· en
1

\1 1 01\ ·1 0 -1
ÉCRIRE L'AFRIQUE-MONDE COMMENT PEUT-ON ~TRE AFRICAIN.E?

.;~
les sortant' de la seuldogique d1identification épidèrmique ··N - .1,);·. détriment ou en laissant de côté les Noirs, mais,. en raison même de
· . om:.et
Blanc devienrienr danscerte épistémologie de la conscience-o·p
. . · rt/.
- prunee l'as~ervissement et de l'exclusion des Noirs :.dans cette perspective; o'n
des.signifiants flottants au gré du rapport social hisrodque dans;lé' t~i; comprend tout à fait qu'un Blanc puisse devenir Noir s'il embrasse
les individus sont insérés. Dans cerce épistémologie, sera co~sidérlé· ce devenir-nègre, c'est-à-dire s'il fair du projef révolutionnaire des
comme Noir à la fois l'opprimé entant que son .être est cons.tirué par~
1

Noirs le projet aussi de sa propre libération et non celui du sauvetage


i
11 des expériences structurelles ou répétées d'injustices, er Foppr.i~e·ë~ ·· des Noirs, comme si lui-même était indemne de ce retournement de
1
! rant q1:1'il refuse de renoncer à soi er qu'il ne se rend pas complicëièfü . la liberté contre elle-même. Il s'agit donc de sortir également de fa
son propre· asservissement ouAe:l' asservissement des siens;.sera Ni>fr. . logique de la bonne conscience, de la bona fides blanche libérale, qui
_I,
donC:celui qui souffre et lurre pour Je respect de sa dignité. C'est ainsi ·· pensait que prôner l' émançipation, c'était 'sauver les autres er non soi.
1, :
ce qui fair dire à MalcoLn· X que «la révolution nofre se pouisuit' :eii. . On retrouve cette même logique argumentative chez Steve Biko, en
"/ Afrique, en Asie et en Amérique latine; lorsque je dis "noir" j'entends l'occurrence fortement influencé par le livre de Stokely Carmichael3:Z,
~'non-blanc": - noir, marron, :rouge, jaune2B" . .Il différencie ·même ;à qui lui-même réorienta son engagement dans une logique plus mal~
1.. .
·.lifLmOment entre 1< révolution U:ègre » qui ~t l'authentique révolution comienne: pour Biko, un Noir travaillant au temps de l'apartheid
1 . r~ :,
et la révolution simplement noire2 9 qui ·e~t encore dans une logique dans la police qui réprime les manifestations antiapartheid a perdu
1 "!
aliénante; puisqu'elle pense les catégories de la révolution darts .des sa qualité de Noir et devient un simple non-Blanc33 : Et; de même,
·termes qui dépossèdent encordes Noirs -: de fait; pour ·M alcoLn X;' la ce à quoi doivent œuvrer les Blancs, dit-il, c'est justement à faire de
révolution.noire est .celle de Martin Luther King qui cherche par. la la désobéissance civile, c'est-à-dire à refuser ce qui est pratiqué en
nort:..violehce à obtenir des droirs civiques, de5 droits de citoyenneté, - leur nom et à leur détriment: «Les libéraux [blancs] doivent prendre
i .Or pour Malcol.ni X, ce qui. importe pour une révolution nègre; ce
' conscience du fait qu'ils sont eux-mêmes opprimés et qu'ils doivent
1
1 1
sont les droits de l'hornrne3°. Il ehterld par là deux choses: que ce qul par: conséquent lutter pour leur propre liberté et non pour celle d'. un
touche les Noirs américains à l'époque de la ségrégation est un pro- vague "ils" auquel ils peuvent difficilement prétendre s'identifier3·4 . >>
1 blème qui ne conèerne pas seulerriem les Arnériciins, mais l'humanité Pou+ Audre Lorde; la possibilité d'une sororité politique viendt:â dy.
tout.entière; il cherche ainsi à.mondialiser la question. noire ; mais·• i.l fair que chacun.e comprenne à la fois la spécificité de ses oppressions,--
en~end aussi par là que le système démocratique fondé sur la ségré~ ce que Lorde appelle «différences» - er leur articulation avec d'autres
gafion n'est pas réformable, si bien que c'est l'État eh lui-même q'üi oppressions afin de pouvoir faire peuple, ce qui supposedemettre fin
est gangrené, et cette question de la pathologie démocratique n'est pas à la croyance générale que l'hétérosexualité dans les groupes ,mino-
seulement un problème n,oir; e~e:concerne les Blancs aussi. C'est d'ail- ritaires est une . sécw:iré contre la violence sexiste, et-de faire cesser
leurs sur .ce point que Malco~ X entrevoit llri;e politiqu~çl' alliance: cette «haine de soi, apprise dès l'enfance, [et] -que toutesles femmes
·ce.que .doivent Jaire ~es" ·Blancs;· c'est dite précisément ~< pas en noire doivent combattre35 1».
m'>m»,et tqîner,leur Etateh jusrice devand'ONU31. C'est donc pour On le voit:: la haine des -Blancs est .non seulement inutile, mais
lude· devenir-révolutionnaire qui fair d'un ·homme un non-Blanc dangereuse. On ne fera jamais en sorte que les gens s'airnem ·eux-
' '
ce-·qui suppose donc que les Blanès refusent que lei.tr liberté et leur mêmes en cultivant la haine de l'autre. La raison est triple à ce _refus
confort matériel, si minime soir-it soient produits non seulement au théorique et pratique de la haine comme stratégie de libération qe

il 192 193
ÉCRIRE I:AFRIQUE-MONDE COMMENTPEUT-ONÊTREAFRICAIN.E?

la conscience .. La prenuere est ·que la haine est toujours investie sommes ·:respon.sables en revanche de ·notre ~ libération :•.'.personne.ne
d'envie, de.désir pour ce que le Blanc est censé représenter, àsavoide peut ni·ne doit nous libérer à notre place: Le but n'.~~ dé 1:oute façon .
maître. La deuxième est que fa violence est destructrice envers celui pas di- vivre sép~é:rnent. Biko aussi bien qlie:Mali:olm X- dan:pa
qui l'exerce. La troisième est que la violencé personnalise le rapport troisième période après .son retour du pèlc:;:rlhage à La Mecque4P .:..
d'oppression alors même que fobjet est précisément de dépersonna- et Lorde comprennent la :nécessité et . le désir de ·vivre avec les
liser la violence, de faire cesser que les femmes se déchirent, que les Blancs comme un désir qui doit être désali~né,: mais non supprimé.
Noirs se déchirent, que les opprimés se retournent contre eux-mêmes', . Malcolm X raconte ainsi de manière bouleversante comment les
ou contrele simple épicier blanc: ce qu'il faut, nous dit Audre Lorde, Blancs . musul~ans de La Mecque n'étaient pas les mêmes Blancs
c'est verticaliser les colères, attaquer le système à la racine36. Selon q~e ceux qu'il ·connaissait dans PAmé~ique raeiste: il y ·avait dcinc
elle, il Jaut viseda violence capitaliste qui fait que les hommes noirs une .autre , manière d'être blanc et qui précisément :ne voulait plus
ne trouvent à év<iluer leur virilité qu'en retournant leur sentiment nécessairement dire oppresseur41 . ·
d'humiliation contre les femmes noires et,.plus encore, contre les les- Je terminerai ainsi cette analyse en démultipliant la questim1 ini-
biennes37. C'est ce que Biko a· compris en =prônant la non-violence, tiale en autant de doublons minoritaires: «Comment peut-on être
mais également Malcolm X qui sur ce .point avait fini par se rap- femme, homosexuelle, pauvre?» Audre Larde affirme avec justes·se ;

procher d'un Martin Luther King dont les idées même sur la non- que dans tout mouvemt;nt politique où se:: j1:me la survie des opprimés, 1

violence avaient évolué38 . C'est du moins la lecture qu'en fait Audre il s'agit' toujours de considérer comme une q~estion prioritaire è:e~e 1
1
i
Lorde, et que je reprends à mon compte39. de la survie ordinaifr, quc'>tidienne·dé çèlles ~t ëéux 'qui précis_é ment ! ~
:1
·. :. Pour .Biko; Malcolm X et Lord~, il s'agit donc de faire la révo- n'éraient pas ccêrisés siùiiivre: Et p6u:r te faire, {s'.agif, de,~o~dr de
lution en soi en même temps que l'on s'attaque à ce qui structurel~ l'esprit de sacdfict; quj ·a, fait t:1nt de r;rvages chez 1~ Je!Iffiles, et
lement produit de la violence. Redonner confiance en .soi, s'aimer notamment chezles fenuhes -non blanches, àu:point que leûrs affectS,
soi-même constitue le pivot d'une telle révolution: c'est dans cette la: man:ière·u;,êm:e dorit elles :iirnaient s'étaient retournés ccintre •elle5:
perspective qu'il faut c6mprendre:la logique séparatiste au sens de fa «Ùfuls' ce pays, i}?~S.· femmds. riqir~; avons tciuj()urs t~i#oig~{d~Ol_a
non-mixité des organisations ou des réunions en ·regard.de la manière co~pa_,;;siq~ énve~s i:c)l!-i:le Il1:?-nde1 exceNé enve~~ nol1S-m~m.:s, Nous
dont fonctionne le ' racisme .qui . procède toujours ·triplement par ayons ' pds soin .des ,personnes blançhes; parce qu_e nous devions le
aiminalisation;; pathologisation et infantilisation, De fait, le mou- faire,;pour la pàie oli kstirvie; nous avons pris soin de ncis·enfan.ts et
vement de la ·Conscience noire de Steve Biko eut précisément pour de Iiü:s pè~e5, de riôs 'frè.i;ês~ efde nos ·amants'.-['.'.'.] Nbu5 avôrîs bëSoin
objet de démontrer, contre leur·infantilisation, que les Noirs peuvent d'apprenâre apr:e~_di'.e ~oïh ~e nq~-f!lêm'.0, e.i: ~· éw9 l1~~-Ç, ~~ ~a iA1?.~
faire les choses par eux-mêmes, peuvent se penser-p_a.re~mêmes s.ans p~sion e~ve.i;~ '. no~.:m~~es. Les femn:i~ nol.res.;yeµlent souyeI).(.:~\!
avoir à convaincre de leurs expériences. Il s' ~git ·donc aussi de partir sacrifier polit leurs enfants 'et pour leurs hommes, aussi à la lumière
d'un sens commun partagé des expériences d'invisibilisation, de stig- de cette réalité, une telle ëxhortadon 'à l' affio'tit dè 'soi'dèvieb._t p'iiip.or'-
matisation, de discrimination pour réfléchir à la meilleure manière de di*, peu impoçt:e l'..~ag~ ' d~è>Y~; qil~n -f7rqtjf l~~· iné:54~ ~.l~Ç-5~ • »
2

s'organiser. De même, Audie Lorde aime à citer Malcolm X qui dit l'.amoU:r de ~oi ~t- :tinsi ai:i c~~ de hsqrti~ de lavAolence,. ,E~.K,µn ­
·que, si nous ne sommes pas responsables de notre oppression, nous des aspects essentiels pour .sortir deJa violence éruptive d'tiné colère

194 195
' ÉCRIRE L'AFRIQUE-MONDE · .
COMMENT PEUT".O N ÊTREAFRICAJN.E!

qu~ l'~n s'adresse indûment consiste à donner un lànga-~<i à l'opprini~ · 10. Michel Foucault, Surveiller.et pU1:zir.· Naissance de lapri;ron, Paris, Galli-
qm soit
. son. langage,. celui qui littéralemendui
. parle et hono re ce,qU!i}
.. ; ' . mard, 1975, p. 34. . . . . ..
en lu1.est le plus humain, à savoir sa dignité Mais Malcolm X
. · , · teve
~h" s :;. l l. Audre.Lorde; Sister Outsider, op. cit., p.-51 : «Pour favoriser la division,
Biko et Audre Lorde aiment à rappeler que cette dignité ne.peur '· ~ le5 ·femmes· noires Ont été éduquées à toujours se s~pecrer, .rivales sans pitié en
. se , quête du rare mâle, récompense suprême qui légitime notre existence. ·,, Voir
retr~uver que par une révolution qui doit en passer p~ une transfor,. : aussi page 49: «Car depuis longtemps, on [femmes·.ri.oires] nous a indcées à
manon de nos conditions d'existence, et notamment.- de celles qüi 'nous regarder les . unes les. autres avec méfiance,_ou comme la face visible de
permettent de. prendre.soin de nous: qu'elle soit la révolution del' 'norre propre rejer. »
l' a 12. 'Malcolm X, Le Pouvoir noir (traduc,tio'n de Guillaume Carle) , Paris; La
terre, comme appelle Malcolm X, ou qu'elle soit celle de .nos corp's,
Découverce, 2008, p. 205c
selon Audre Lorde. _Dne seule chose compte finalement pour toute
13. Audre Lorde, Sister Outsider, op. cit., p. 110.
r~volution: acquérir le pouvoir. Encore fauc~il le vouloir pour soi · ~r 14. Voir Jean-Paul Sartre, Cahiers pour une morale, op. cit., ·p. 341-342:
sen considérer digne. , .. «l'.oppression n' esc pas idéale: c'est toujours une action directe ou · incÜrecte
qui s'exerce sur le corps, c'est une concrainte par corps. l'.oppression se t:taduir
en général par la misère, le· chômage, un régi nie ·partiéulier de · propriéré, le
Notes travail forcé; êcc. .lvfais il n'est pas de situation si misérable où l'opprimé soie
réduit, qu'elle ne puisse être conçue comme librement choisie par une société
1. Voif Felwine Sarr, Afrotopia, Paris, Philippe Rey, '2016. · · · · d'homme.$ libre5 [.: ~ J l'oppression est une métamorphose imeme de ma liberté,
. 2. Sceve Bilco, Conscience no~re..Écrits d'Afrique du Sud 1969-1977 (traduc- qui esc opérée par la liberté de l'autre. »
aon de Naracha filippi), Paris, ,Editions Ams,ce~dam, ~91.4, p~ 141. , 15. C' esc l'interprétation de Foucault que fair Judith Butler dans La Vz'e psy-
3. Han.fc!:ah .Arendr, La Vz'e de l'esprit (rraductièm de Lucienne Lorringer) èhique dupàuvtiir (traduction de Brice Matthïeussent), Paris, Leo Scheer, 2002,
Paris, PUF, 2013, p. 38. .. . . . · ·. • · ' p~ 136. .
~- Voi; ~~dre l.orde, Sisier Ou'tSider (Ûad~ctiori 'de Magali C. Calise), Laval 16. Jean-Paul Sartre, Cahi;,. pour une morale, op. cit., p. ·345. ·
.Quebec, Ediaons Trois, ·2003, p. 135 :· «Comme Paulo Freire Je montre si bien 17. Audre Lorde, Sister Outsider, op. cit., p. 126. .
~ la ~édagogie des opprimés, pour provoquer un v~riràble, .changemenr révo.- 18. Steve Bilco, Conscience noire, op. cit., p. 58.
l~aonnai:e, .nous ne d~vons jap:iais nous inréresser ,qclusjvem~nr aux siruations 19. Ibid., p. 56.
d oppression. dom nous cherchons ii. nous libérer, noùS devons no~s ~ncenue~ sur 20. MalcolinX, Le Pouvoir noir, op. cit., p. 43 .
cerce ~artie de I'opp_resséurenfouie au.plus pri:ifond d~ chacun~· de rious'. ei: qui ~e 21. Complexe du quêteur que l'on trouve développé en ces cermes chez
connair que les racaques des oppre5Seùrs,· les modes de·telacion des·oppresseurs.,, Fanon, ou selon la formule du «mendiant perpéruel » chez Malcolm X.
5. Jea:1-Paul Sarc~e, Cahierspour une morale, Paris, Gallimard, 1983; p. 3'1L 22. Cette distirnction s'inspire de la distinction opérée par Malcolm X entre
6. Voir sur ce pqm,c Audr~ Lo~~e? Sister Outs~, op.,cit., p. 127: «Quelquf la « révolution noire » et la «révolution nègre» (cf. Malcolm X, Le Pouvoir noir,
parcdans notre ,c~~science, il_existe ce que j'.appelle une n~rme mytruqu~,· ét op. cit., p. 39).
c~acune de notu> sait, au plus profond d'elle"·même, que. c-ett~ n~rm'~ · "ce n'est 23. Achille Mbembe, Critique de la raison nègre, Paris, La Découverte, 2013,
pas moi": En ~éiiqu_e, en . rè~I~· générale, cecc/riorrrie prend Je vis:tge. d\m p. 65-79.
homme blanc, _mmce, Jeune, heterosexuel, chrétien ec :à l'aise financièrement 24. Étienne Balibar, Des universels. Essais et conférences, Paris, Galilée, 2016,
1:-es.s,ignes exc~riell[s de. p~uvoir se manifescenc avec çerce norme. ,, . . p. 24.
7: A~dre Lord_e! Sister Ou~f#;, .op. ciG p. '164~ .. '· · ..
25. Ibid., p. 42 .
. . .8. Sruait Hall, «La vie posrhlline de Fran.tz Farion>> i~; Cahiers philiiso- 26. Article 14 de la Constirution impériale de Haïti, 1805.
phiques, ·n0 38, 2014, p·:-85-i02. · · · · · ', · ·
27. Voir Marcus Redilcer, À bord du négrier. Une histoire atlantique de la
· .9. Audre Lorde, SisterDufsider, op.- cit., p. 128.
, .·
..
traite (uaduccion d'Aurélien Blanchard), Paris, Le Seuil, 2013.
1
(
\.
·. ÉCRIREI:AFRIQUE-MONDE ..

28. Malçolm X, Le Pouvoir noir, op~ çit., ·p..86 . . · .'.i ;


29. Ibid, p. 39. .
. . '. -.· '"".. '· ~I

30 . .«En véricé, nous luttons aujourd'hui poùr de5 droits plu5 ·impotlanr5
que les droics civiques, nous luttons pour les droits de l'ho~e» (ibid. ;p. 88) .
.31./bid.,:p. 89-91.
_32. li s'agic de Black Power. ,
33. «Être noir n'est.:pas ·qu'une question de pigmentation, être .noir esde
reflet d'une disposition d'esprit. [... ]Toue homme qui appelle un Blanc ,"Baas;,
. [maître, chef en afrÎkaa!ls], couc homme qui sen.dans la police ou dans la police
de sécurité esc ipso facto un non-Blanc» (Sœve Biko, Cons,cie~ce nt~ire, op, _cit~ , RETROUVER LE SENS
p. 83).
,,:34.. fbid,, p. 53._ Bonaventure Mve-Ondo
. 35. Audre Ll.irde,_Sister Out!ider,,op. cit.•. p. 13.3 .
. 36. Ibid., p. 4_9. .· : -
. 37. «.Poµrquoi cecre,.mâle. co,lère noire ne se recourne-c-elle pas contre c_e;;
mêmes forces qui les empêchent .de se réaliser, -~ savoir le capicalisme? » (Ibid.,
p. 64). .
38. Malcolm X, Le Pouvoir noir, op. cit., p. 41 : «La seule réirolupon qui.soie
non-violence, c'esc la révolution nègre.» ·_ . ~ ': ; .... . . ·t .. ";:.
. 39. Audre ·Lorde, Sister Outsider.., op. cit., p. 150. .
.· .,· ~.O. Voir Man~ï.çig Marable, ifalcolm X Une vie de ré.inventio~ (rraduçi;ion
d'Emmanuel Delgado Hochet de Pacrick Le Tréhondac), Paris, Syllepse, 2014. ·· ..
41. Malcolm X, Le Pouvoir noir:! op. cit., p. 199.
42. Audre Lorde, Sister Oµtsider, op. cit., p: !)6. ' ·, ·-~-

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Bonavemure Mve-Ondo est philosophe er professeur de philosophie. Je partirai d'une impression générale - impression . générale
Ancien recteur de l'université Omar-Bongo de Libreville, il a été aussi vice- · confirmée par l'acrualité. Depuis plus d'une dizaine . d'années,
recteur de !'Agence universitaire de la francophonie. li a publié notamment les sociétés afocaines semblent prises de vertige dans la quête de
Un homme debout. Jean-Marc Ekoh (Paris, Alfabarre édiàons, 2017), À leur identité; · et plus elles. se cherchent, moins elles se·:trouvent.
chacun sa raison. Raison occidentale et pensée africaine (Paris, LHarmatran, Limpression qui se dégage est qu'elles éprouvent une sorte de mal-
2013), Afrique, la fracture scientifique (Paris, Fururibles, 2005), Sagesse et vivre, voire le se.miment d'aller de fausse r.o ute en impasse sans jamais
initiation à travers les contes, mythes et légendes fang (Paris, LHarmartan, trouver.leur centre de gravité. Mieux, leur histoire au ,cours des cin-
1991, 2005).
quante dernières années est, au fond, celle de leur profonde désespé-
rance, période durant laquelle, génération après génération, e4es sont
passées de cer.titudes en timides espérances et de déceptions en déchi-
rures. Déchirtire d'abord de .ne pas trouver le sens de leur existence,
déchirure
. aussi
. d1e .se ·sentir constamment
. . exclues et hors· du monde,
déchirure enfin qui trahit la révolte de celui qui tourne ·~n rond et
n'arrive pas à trouver son chemin ou ce qui doit faire sens 1•. · .?
...
: ··---~
Tenter de comprendre aujourd'hui l'immense besoin d'identité, de
refondation et d'avenir que revendiquent les sociétés africaines? ~:esl
peut-être .c ommencer par indiquetcom~erit l'ouûilag~ ~o~c~.P.~~I
habituel à travers lequel elles étaient pensées ou elles. ~e pensaie~i:
jusqu'ici était trèi; limité, yoire imprécis, et surtout doit ê~re interrogé
et ,clarifié.

l T'. :,·
201
ÉCRIRE I:AFRIQUE-MONDE RETROuYER LE SENS

Mais clarifier, c'est aussi interroger le contexte socioculturel et de l'indépendance et -plus _généralement_ 4e "là · :mondiali5atiori?
politique, notamment la situation de crise qui dure depuis le début .Comment retrouver.'. l'Univers · de sigrufièation ·qui · 'organise!'. les
des années 1990. Qu'observons-nous? Des revendications identitaires schèmes de pensée et. l~ attitudes: des Africains iaujourd'hui? Ou,
exploitant le contexte de démocratisation et dont l'objectif est de sau- mieux encore, -comment les soeiétés africaines o~t--elles pu,· ~ travers
vegarder ou d'acquérir des intérêts (souvent envers et contre tour), ou le temps et-l'espace; malgré les reconstitutions,:.les falsifications et
des droits bafoués ou inexistants; de nombreux conflits internes d'ordre autres mélanges; malgré les contraintes coloniales de soumission et
politique, social, économique et culturel; des mutations sociologiques de conversion, .malgré les politiques, à marche plus ou moiris forcée,
et économiques importantes qui font qùon est passé de sociétés où d'. ~tégr?-tion à Fordrè m,archand etd'iri'tégration nationale.depuis les
!
. '. •
primait la référence ethnique à des sociétés fondées sur un vivre- indépendarîces, malgré l~ choc de l' occideritalisation et de.la nio.ndia-
!
l" ensemble interethnique apaisé. Des sociétés fondées sur l'économie lisation, comment· ces:sociétés ont..,elles pu- continuer à proposer une
de rente et le fonctionnariat sont devenues de plus en plus libérales et même vision·du:monde ou un même rapport au monde?
axées sur l'iuto-emploi. Autrement dit, les mécanismes traditionnels La réponse à cette première série de questions n'est à recherch~r ni
qui servaient d'amortisseurs et qui avaient pour nom la cultiire, dans de grands principes ni dans des posuires idéologiques, mais dans
l'éthique_, la morale, le sens du partage, la famille, le clan, le vouloir- le noyau ontologique, éthique et mythologique: qui··organise les· atti-
vivre ensemble, s:o nt en train d~imploser. Face à toutes ces transforma- tudes concrètes de la vie èt que l'on trouve en particulier, pour nous,
tions et conflits, on e.n vient à la question- majeure: ·comffient retrouver dans les traditions; ·,da:ns.le changement· (ou.les mutations), dansle
le signe qui fait sens, la boussole, et participer eri·vérité à la tâche de ·comportement à régard ,des concitoyens et des étrangers; mais -aussi
notre temps, à savoir la reconstruction de l'Afrique? . . et. plus pa_;-ticulièrement dans l'usage des outillages conceptliels dis~
Question majeure qui se décline en trois sous-questions fonda- ponibles qui. viennent d':ailleurs. Noyau qui; selon. nous, peut per-
mentales: qu'est-ce qui constitue le noyau créateur de l'Afrique· dans mettre . de, mieux s' odenter -dans !'avenir. -Il .s'agira donc :de fouiller
sa diversité temporelle et sp~tiale; sur.lequel elle peut s'appuyer pour dans les catégories implicites qui orgànisent ici le.dire e~ les .habh:ud~
accompagner ces mutations ?-À-quelles conditio~sl'Afrlque peut-elle · d~ pensée~ . ·. -. · _ ,. .. · ·;.;
s'inventePet ·continuer-.à s'inventer? Enfin, dans la .rencontre a~ec les . Les ·analyses . que , nous avons proposées, Mamoussé · Diagne et
t i
"~i ·' autres culrorés; comment s'invente-t-elle aujourd'hui?. moi, sur la raisqn orale ont mis en lu,rrüère les méeanisrries socialix .et
""
~ . : ·· C'est autour de ces trois questions que je vais essayer d"engager de peqsée, c' est-à-dire:la socioculture et les outils ·qui ont permis de -
L une entreprise de déconstruction, de clarification et de refondacion maintenir cette contlnuité et même del' expliquèr; E>;ills !'.Afrique tia-
du sens. :o-..•!:o: ' , .. ditlonnelle, la:transffiission o'rale se plie à des mécariisme5 d'tirië .tout
autre nature que dW:s,les' civili5ations .de l'.éciiuI.:objectif n' eSt jamais
de parveriir à un ,résultat qi.iantifié; mais .à des ·objets de pensée;qui
P:i-~nii~~~ ·q~~tio~: qii'cit-ce qui constinie le norau créàteür·. -·
_d~ i'~que? -~ - " ,.,_ · · · · - -· recèlent ·des nœuds de -signification·et qui fonctionnent sotis le: mode
' :· :-~: :, .. . ·du · clair-obscur: Sous.· une . apparente conversion,:-·une , soilnUss10n
Com'ment retrouver ce qui demeure, en· dépit et à ttavet~ pi::udente ·a u message :des autres et ùn remodelage-de leui:outillage
l'épaisseur du temps colonial, de l'islamisation, de la christianisation; conceptt1el, nombre de peuples africains ii ont ja'.m:ais·p~nsé le .monde
\ 'i

1! :'.J
ÉCRIRE !'.AFRIQUE-MONDE RETROUVER LE SENS ·

dans ~'autres .termes que ceux-de·letir~ ancêtres; et .toutes leùrs 'fepré- réaménagements partiels, car on ne peut pas contredire ou ·an.nillel!, çe
sentau~ns se trouvent - litté~alemènt. «enchâssées» dans les images qui est prédéterminé, tout au plus transposer, dériver ou compenser.
symboliques qui permettent de plonger au plus profond de l'activité On comprend pourquoi une telle conception du temps et ,de-la
psychique e_t affabulatoire du sujet, conscient ou inconscient. . · ·.. prédestination implique que la notion de projet doit être maniée avec
, l~ conclusion générale à laquelle nous sommes parvenus est claire: une extrême circonspection, car ici la déclaration d'intention et la
il eXIste un langage traduit par les. gestes, les: récits, .les mythes, les supputation de l'avenir sont des attitudes dangerelises. Anticiper'. ùn
modes de vie, les attitudes et les pratiques quotidiennes qui sont révé- événement heureux risque d'empêcher sa réalisation; tandis qµ'anti-
lateurs · ·culture f;orre, .d' un systeme
_ . d'une ' cognm· ·f et d' un rapp()rt par-
· ciper un événement malhèureux risque de provoquer sa réalisation.
ac~er au monde: Tel .est le noyau créateur des <:;ultures afriCaines, qui Dans le monde actuel des politiques .de développement; il est clair
contm ue d? animer
· les att1ru,des
· et les comportements, mieux ·encore que de telles conceptions ont constitué et constituent encore un -obs,-
les
, cinq
. catégones
· 1mp
· l.1c1tes
· comme l' espace, 1e ·temps;·1a C:ausalité, tacle, àla fois parce que l'initiative doit être étouffée et parce que tout
l objet, la personne . .. · . projet est par natuire dangereux en .ce .qu'il signifie. une incursion- da:ns
·, En effet, dans l'ensemble des textes tiaditio~nels an~ysés (m;.me:s, un domaine réservé . .
legendes ' épopées , prover b es, etc. )., d'h"1er· a' -. au1our
· d'h u1,.
· ce qui· . En cônséq uence, on peut constater dans de ·nombreuses sociétés,
demeure·' ·c'est· un e appre'hension
· · · ul" d
partie 1ere e ces categones. ' · qui traditionnelles ou non, d'une part que le mode verbal du futur n'existe
pe~met parfois de comprendre les blocages conceptuels d'aujourd'hui. pas, ou plutôt fonctionne de manière métaphorique; d'autre part que
Il importe donc, si Eon veut retrouver le noyau originaire, de prendre la terminologie du futur .e st relativement récente. Etce n'est pas •seu-
la mesure de ·l' ex t~ro-centr
, ·• al"1te, d es concepts· et d es categones
, . avec lement propre à l'Afrique ! Dans les sociétés industrielles d'Eillope, par
"o lesquels ce continent se pense ou est pensé. Concepts èt catégories qui exemple, on sait que prévisionnel et.prévisible.datent respectivement
le réduisent à n'êt
. re pour ·1w-meme
· ' qu.,.un sunp
· 1e ·o b.Jet d e pensee.
' et a' de 1848 et de 1865; programme...,. entendu corrime exposé des inten-
confondre la pensée et'les prêt~à~penser. ;. • · · _ -. . ;" . ·, tions d'une personne ou d'un groupe...,. de 1789 et programmation
, ~onsidérons une seule de ces catégories: c~lle .du temps .. Ce que dp 1960. Prospecûve, qui signifiait «optique» au XVIe ' siècle;.; prend
. les myth es ·afr·1cains
revelent · que:· nous avons an alyses,' c' est ..que,·non un autre sens notammént aveè Gaston Berger en.1920:·, Enfin,.,.alors
·seulement il y a. i-1eu d.e d.1sunguer
· 1e temps -.sacre' (originaire) 'et c1e que futur, qui indiquel' action dans r avenir, est. de l ,67bfutur.ible et
t~mps profane (cdui de la déchéance); mais encore que le temps n'est futurologie datent respectivementcle 1966 et de 1968. On cqnstate
~1 ~o~t à fait objectif ni disponible, èar lié tout entier aux puissances par là que>' si tous.les termes qui exprimènt l'i':lfl.uence. du·tèÏnps .sur
IIlVlSlbles
_ . , ·· Il s'agi
· ··t·d'
· .un d omain~··rnter
· ·· · di n pour l'homme, auque · l .1·1 .e·st l'hornrne, comme prédestination qui date. de 1190, sonr-rrès; anciens,
oblige de se sown·· ettre; E tparce
· · .. n' arnve.q_!ll
que.: nerr · · n~ d 01ve
· :arnver,
· ceux qui désignent: l'action de l'hornrne sude temp~ ·so~t réceqrs 2.-,\;
le:temps est soumis à une planification généraÎe•et r~nv~;·à· la noti~n Une telle distinction explique la nécessité _qe, repeii.sex;.Je$ "Ca.té~
de destin, qui est une constantdnterculturelle .er domine Fexistè~ce. go ries .. et les . concepts pour mieux . comprendri:: ·les Alifficultés que
Puisque.le temps est· interdit et· prédi~errnbié,.- ce.sont. les :spécialistès traverse .un continent écartelé:entre «ses traditions» et la m:odèrnité
• • • t

·et· les
, · technic1"ens· · fu tur .,.... .d evrns
· -.d.. u·• · et· sorciers ·· - •qui· · ont la ch arge occidentale.· S'agissant du temps, les sociétés traditionnelles ' opèrènt
de· s en occuper et d ' 'l h
. · : e reve er aux • ornrnes eur l · .avemr;
· · d'.operer' d es un blocage de la dimension temporelle qui s'inscrit dans 't.ine logique

204 205
• 1

ÉCRIRE l'.AFRIQUE-MONDE . ;RETROUVER LE SENS

sociale .parfaitement:cohérente, à savoir' les choses ne changent .pàs, c'est plutôt parce qu'ils .n'avaient p'as encore conceptuali~éfav~éur
le moqde est comme il est de tout temps: ,Si k changerii,eµt d 0 iqe d'une diminution.de la peine des ·hommes que leur œchmque n ,a pu
: . '. ..i
faire, celui-'ci ne peut être que lent, involontaire et inconscient; tro.is évoluer. : . ... ··
termes q).Ù opposent les sociétés traditionnelles aux: sociétés contem~ .· · Or; si u,n outillage conceptuel n'est opérant qu'à travers tin:pro:-
poraines. La conséquence, consacrée par l'obéissance aux ancêtr~, cessus :de valorisation, il:importe, pour ~n fOmpreridrelesJimites, de
c'est le lien indéfectible entre les ancêtres et les vivants, tout le reste définir 1es diffé;e~ts niveaux: où· réside ce tonds de valeurs.:Tai parlé
n'étant q u' accident. ., de.« noyau créateill » par.allusion à ce phénomène; par allusio~·à_ certe
On le voit: on ne. peut. pas comprendre les errances des soeié~és multitude d'enveloppes, successives qu~ilfàut· percer pour fottei_ndr~.
africaines d'. aujourçl.'hui et l'incertitude qui plane sur leur.averiir si on On peut imaginer plusieurs niv:eau:X distincts :.le n_iveau superficiel ou
ne prend pas en compte ce socle épistémplogique premier qui, en t:ar:it Iei·:valeurs des sociétés tradiqor:inelles africaines s'expriment dans les
que système, n'a pas été véritablement déconstruit ni remis en cause . m~urs, cbns les pratiques sociales, dans la moralité de fait~ Ce niv~au
.On peut .dire, sans risque ·de: se . tromper, .·que . cette déconstruction n'est pas encore le phénomène créateur, il ~t .celui de la reprodµction,
n'a pas été vraiment faite, .en sorte qu'il est souvent difficile, pour le du mimétisme et de r obéissancé à des ((habitudes culturelles)) que
commun des mortels, d'entrer de plai~-pied dans la modernité. et l'on n'a pas enco-re déc;onsmiites~ Qui n'a pas appris~ le ~éco~er rie
surtout; de penser le futur. peut' en percer. le mystère. Ce niveau constitue un socle ~hab1t~des
On se. rappelle que, dans Tristes tropiques?., Lévi:-Strauss . avait qui rie permet·.pas de dire l'essentiel. Il importe de savon le decor-
analysé le comport!::ment d'un groupe ethnique, placé brutalement tiqüec poui en·saisir le .message caché: . ·. ·, ·. · · :· ·, ·
en face d'un outillage ((occidental)) : il se trouvait incapable de l' assi- . . De·ce niveau de base~ on passe à un _niveau,moins supedic1el ou les
miler non par manque.d'habileté.au sens propre du .mot, mais. parce valeurs se .rpanifes.ten~ par le biais d~institutions traditionnell<;s: ~ais
que sa conception du temps, de l'espace· et des-. relations enfre les celles-ci ne sont que le reflet del' état de la pensée,. de la volonte d un
hommes ne lui permettait pas de· reconnaître la moindre valeur au groupe h~ain à un certain moment de l'histoire. C'est pourquoi ces
rendement; au bien~être. et à la ~pi~alisation; des..Jlloyei;is:. Là: se situe institutions demande.rH elles:~ê!lles à. ê~e ~échiffr~C..S·. :q me ~~~ble
le <::onsi.ituant de la résistance inconsciente. Du coup, l'une des causes que si l'on veut a~~i~~e. l~ .n~i~~-crb.c~ur,. if fa~~--ci~~e:· I~sq~{ à ~rnf
du sous~développèment .:n'est 'pas ·'s irnplement .d'ordre technique, ., couche d'images et de symboles qui _constituent les representanons
mais procède-plutôt d'une conception statique du temps et del'his,- d~ base d'un peuple .. Comme~ en psychanalyse, la découve~e de ce
. Coire.:.Gest aussi ce:qu' avait montré. ~vec. brio, dans-le monde.oc.ci:. n~yau n~ résulte p~ d'une ·simple .description,: mais cf une vériqplè
deni:al,• Pierre-MaXllriè Sèhuhtd~s son livre Essai sur la formation déconstruction,_et. d 1une interp,rétation méthodique.· C'e.S,f ce .que
de.7.a.pensée:grecqu,e4. Po'ur· lui; c' <:st :parce que 1:,1._g~ujgue grecque, M.µnoussé oiag~e:·.e.t ~oi ~vons ter# de faire, .à partir d'UI1: ·cprpµs
limitée parda conception du temps et. de !;histoire; ne . comportait de textes ~prcartenaht ~des 'peuples: du Sénégal et .du Gab.on\ poli~
pas unè évaluation positive du progrès lui-,.mêm_e, . qu~elle ne pouvaj~ ·enmonrrer la richesse ed' originalité~ c'est-à-dire cé.q~f~p.de'P()ur
"pas évoluer;;Autremerit dit, ce n'est pas parce. que des Grecs dispo'" .chacfuidecespeuplesson.style, , .;:,· . · . 1 . .':-. .r .... ... · ·': ::;; ·:
:saient d'uri nombre très important çl.!esclaves· qu'ils ont Tessenti la '. .. Mais cette nappe d'irri.ag~ e~ q..e symboles ne constitile pas en<::dre
.nécessité de remplacer la force·humaine par le. travail des machines, le phénomène le plus radical d~ la créativité dans le.S sociétés africaines, ·
r'
I··.·
~l !

206 207
ÉCRIRE I:AFRIQlJEcMONDE
RETROUVER LE SENS ' .

' ..
elle en forme seulement la dernière enveloppe. À la .différ(ff{ :
, ~~aujourd'hui, .c'est ·que toute ((culture)) i:i est _pas . c~Illpatible avei::
outillage · qui se conserve, se sédimente; se. capitalise; · uri~it:i/di'tiên L·~1a JCl·vïl·i·sation inoncüale .. Se ;p· ose alors la qliesnon·.smvante:·:quelles
c ul turelle ne reste vivante que si elle se recrée sans cesse. Coni:m'e~
. .
.
~. - ~n. , t les conditions; nécessaires pour . une ... intégration réùssie à · la
soc~étés africaines om~elles résolu cette. question? En opposan' _ . .
··-.wo~dialisatio n ? · -. · · '· '
de la temporalité à celui de la sédimentation. Rappelons qü:u··:;J.a :, .:". Première condition: seule pourra renaître et survivre une .culture
pour l'humanité, deux façons . de .traverser le temps: · la .civilisaù0'ft
. 8-pable d'intégrer la:ratjonalité scientifique. Qùelle politique. pour
développe u:n certain sens du temps qui est base d'acèurnul;i.tio#~k ·
-une, e'ducation véritable peut-elle et doit~elle alors être mise en ·place
> :

de progrès, tandis quelafaçon dontun peuple développe .sa; ~iïÎ.furè


pour assurer cette a1~propriaÙon? . . ; . . . .. . .
repose sur une sorte de loi de fidélité et de création. Autremeut0d'ffi
• • ~ y
!';)Il • ,.: ·, Seconde condition, aussi importante,: seule ilne. foi qm fa1t appel
une' culture meurt dès qu'elle n'est. plus renouvelée, reC:réfo;.'ihf'âfrt"
- ~la compréhension de l'in~elligence peut« épouser» son temps. Cette
alors que· se lève un penseur, un écrivain,. un sage, un ·spidtuel ..po:&~
foi repose autant dans la désacralisation de la n~ture et des être_s que
relancer la culture et larisquer totalemem dans une aventure nouvd1t :
dans fa désacralisatilon et la valorisation du temps. Alors seulement
La création échappe à toute planificatiori, à toui:e prévision,. à:tôu1f-:-:_.- · -l'homme _e st en capacité de survivre et de durer. Po.ur que sa fidélité
décision d'un parti ou d'un État. La loi tragique de la création. d:uJ~~ -: .
ne soit pas qu'un siniple décorfolklorique, il faut que chaque culture
culture ne se fonde pas dans l'accumulation tranquille des ~utils• qq(~~";
renonce à répéter simplement le passé et apprenne à en saisir les
la définissent comme une ciVilisation; mais dans l'essentiel de sdjf!.:.
interrogation première, qui est l'éducation àla pensfo-critiqu;e:·Il ;es1''./
c:
·limites pour s'inventer sans cesse. est à.cette condition qu'elle peut
dégager les lignes de son.futur ou de son utopie. ·. . . . ·· ·"
plus que. jamais urgent de sortir de ce que Fabien Eboussi Boùlaga ···,_
. . Il y a lieu de revenir id sur ce qui est souvent habilement présenté
..., avait appelé la position de l'intellectuel exotique, celui qui s' esrihs~ ':
comme le combat du fondamentalisme reügieux _et identitaire, déve-
tallé dansl'absence de pensèr5. ·
loppé corri.ffie phénomène de résistance'. par Boko Haram. Eobjectif
de ce · groupe terroriste dont le .nom .signifie littéralement (( Livre
~DeUxième ~uestion: à quelles cc>nditions·l;Afriq~e interdi't >>, ·c'est le·riefus de l'école à l'occidentale considérée :comme
'péut~~ile ~;i.riv~nt~r et concimier à s'invente~? . . . - . . -.-1 ve.c teur de la modernité; dela liberté individuelle et donc .de la démo'-
,. cratie. Son ·p~oj.et, c:'esderetour à l'ordre ancien établi par-la coloni."'
1... Il s'agit maintenant de tenter de répondre à la deuxième questio'rÙ:
'i sation islamique: pas.cl' école pour les filles; l'homme commande et il
à ·qu'elle condition:·la création culturelle d'un peuple peut~elle per~
es't ·propriéi<ilre des femmes (harem), il;dciit niême épouser plusieurs
durer? Question redoutable; posée pade développement de lacciv!i.
jeunes·filles vierges ·. âg~es:. Nul :n 'a èmblié l'enlèvement en avril 20,14
lisation uriiverselle scientifique; .technique, juridique-, ...éç_onomiqué,
de .deux' tentsJycéennes eth vague de 'protestations qui s'est élevée
-bref, la civilisation de)a nîondialisation:"Cai, s'il est vrai que toutes
dans.le.monde. ·. ,, · ... .·
les· cultures traditionnelles subissent la pression et l'érosion de cette
Ce qui est appelé ici retour aux« traditio.ns>> est en réalité fondee
ci..;,ilisation mondiale, elles n'ont pas toutes la: même capacité : âe
sur la «manipulation concertée de la mémoire et de l'oubli» par ce
-résistance ni surtout la même capacité d?absorption. Ce que l'on
groupe qui propose une histoire «fragmentaire6» de l'Afrique et de
peut coinprendre à travers le combat politique des peuples africains
ses «traditions». Ce qui est présenté ici comme «traditions» n'est que

208 1no
\.
ÉCRIRE I.:AFRIQUE-MONDE . : ' RETROUVER LE SENS.

racquisition;et l' approp'riation ·actée à .uh: moment de. l'histoire 'Ou Troisième question: dans la rencontre·ayecles autres;cultures, . .. >·~,
Contïrierit: ·la' colorusation arabe, post~tièiue à·la· colonisation euroL comment l'Afrique s'invente-t-elle aujourd'hllÏ? .: ··· · ... · :: -
péenne. POur que l'j\frïque soit capable de s'inventer tin avenir plei-
nement à elle, il importe qu'elle se dégage de certitudes préétablies ou -~. Coin.çn;~~~ f~~clre possible une reo~p~tre . 'd~ ·~µltµre~ . di:r~rs,~s, !,J
circonstancielles, .et qu'elle.fasse la lumière sur sa non-'histoire ou sur ~~tendom~no,us ~e. r~~con~re .qu;" n~ ~~*· pa,s ll).or~~ik p<m~ l.~~
ses «histoiies» oubliées. Us' agit là d'wi.e urgence: · _·. .. , . . ·~td~~~es . ;;:fri~ain~s? U~e telle rsnfont~,~ qU:i ne s~lt pa.S ·~?nel,l~,
· Le silence actuel des médias· coinine des Étàts africains sur la l~tte c:~stcelle qui .suppose l'acœptatioJ:l .d<':s:auues.,Elle est m~jei;ir:, c~
contre ((Livre interdit)) est dû à la peur d'activer-l'histoire des trauma~ c;on,s~itutive
- ..... .. . . de
.
tqure
. ..
soçiété:
.
. .
Pour ,ac;cepte:r ··'·
en face
- .: qe
...
soi.;un atJtrt;:
,

tismes coloniaux del' esclavage: Or, plus quejamais,'. il faut refuser de que soi, ,il faut .avoir .W)- soi.. Pa,i::.aillf ';lrs, '1-~cune soc;:iét~ ne, \'it, se~e
subir de;maiJ.ière pulsionnelle l~trau,mas. pêrsistantS qui débouchènt et pq~r_ell~:-mfa~e, e* est wujours: . C::~ li~çi e_t en 4ï.~()g1!~ ~veç;)f~
~ur. la: ·non-his,toire et· la' violence. Il faut dénoncer et dép~se.r; cette au~r~.s ·. Çe q1{ il. faut refuser, çe ~oq,t)~ ,sy!lcrétismes -~e, bas f~age! !e;;
ecnture en -reduction de ·!'-histoire :africaine,· da:ns:: une démarcHe pse~do-p9p. qui . ~oµ~ de: simples pr~c;:ipités histor~que;s. Il f,autl_e ur .
non· seulement de libération; mais encore d'.exploration projective'. opposer la:COfI1!.fl,-UQication, la cqrnrn,u~ication ,vérir~l;>le,, .c'est-à-di_re
Comme_le disait·Frantz Fanon, l'esclave est d'abord celui qui ne sait une re_lation ~ama~ique dans laquelle tour à tour je ~'affi~~e, 4m~
pas et.l'esdave de l'esclave celui qui ne veut pas savoir. .: . ma ,cul~ure et je' me livre .à autrui selon sa civilisati_o.n , e_n d~r le
.• · En ré~ité, la crise contemporaine des - sociétéS africaines sur métJ.ssage. . - ., . .- 1 , , . ·. : '· . ..

laquell~ tentent de surfer depuis quelques années des group.es fonda- L~mcmde qui yient sera celtJi. que l'ensemble d~ peµple;; et,des
' mental1stes, comme le groupe <t.L ivreinterdit», découle plutôt de l'es- nations d~ qionde autont ,,déçidé 4.e bâtir cmsemble . . Il,ile ,po_urra
_souffienient du modèle de développement, issu de la fin de la Seconde naître qu'<~.uto,ur ,de, quelqu~ principes es~e.ptjels .comme .le çlialog~~'
Guerre 'mondiale et qui a été imposé à !'.Afrique. Ce modèle, celui du la solic:l<!-fité çt b, . c;oresp9n~abilité, . . .. , . .. , .
rattrapage pas seulement économique, s'.est fondé essentiellemen~ stir .,., .Çomme k propqsent Pierre .1\.kendengue. et liugues ;cle Cqw.:soP. ..
1~. théor.ie ·du transfert, du copié~coUé :qui fait. passer d;une logique dai:J.s leur album, Lambarena: Bach to Aftic~ 1 mélange d~ mµsiquès
d mvesussement à une ·logique .de. rente et de consommatio~ . des ré~s~ en l'honneur du .Dr Albeq:Schweitzer; f enjeu n'est pas d'opérer
pensées et.des .modes· de vie....: élaborés sans véritable appropriation: _ une synthèse.entre-deux ,univers (ici musi~ et culturel), ,rnais de tr:i.~
· La. réponse à· cette crise .dii sens conime aux fondamentalismes vailler .et de vivri': ens,em,.bk {ici par le,trucheme_nt dr., morc~ù.X . de
c' escde former ~.l'esprit ctitiqûe.pour décoloniser et décolorualise~ Je; musique), .ch~cun répondant à l'autrè. eh échanges subtils, sari.sr rien
· ~ptits; les comportements et les ~imagillaires, p9ur repensfr les tradi~ perdre .d esonident:}té.etdesaculture .. ''.".· ,,..·.··;' <'..-' ..• ~ • .:·
uons; car il n!y a pas de tfadition qui ne soit'. supefieufèâ l'honime: ·-:Cerre- .i;encontre·. des .gerµes et · des·. civilisation~ boul.ever$e.~· .ilos
c'est l'homme qui, comme l'a démontré Valentin-Yves MudimbeZ, est ha;bitl1des de peri~ée, . car :elle ·marque l'acfi.n .des certitudes absolues et
.l'inveniètir de ses traditions . ·. ..,,.., . .
·. ·- .. .•· ..' · . · · . -
. .. ~. ..
. '
dégage un· horiion .de ·pensée:· le monde métis.··f,e.5 conditions '. d'un
. ·· ) ! ·.: -. '1. tel dialogue sont connues, La première esC:queT.Afiique·doit sortir.de
.....
son infàntilisatio_n .pour.·retrouver sa maturité. ·La dellxi.ème·esùj_u' elle
1 . '' . . ·\}. "/
do'ït se. refonder tout en demetirant à l'écoute du mqnde: .Elle ;.n 'a
i
ÉCRIRE :rAFRIQUE-MONDE RETROUVER LE SENS

-~

l'indépendance des .protagonistes qui ~t l' élém_e nt constitùtif prio:-


' 1

personne à rattraper, il lui suffitd' être elk-même et de viyre ses tians: :'.~\
. formations internes, qu'.elles .concernent sa sociologie·, son économie, ··:·~ . ritaire, même si elle se manifeste de façon paradoxale_en. réu,nissant
sa culture et son modèle politique. La q-oisième et dernière condition '; deux antinomies : la première est la genèse mystérieÙse de.l'amour,
es_t que tot~tes les nations du monde acceptent enfin de sortir de i'âge la seconde, plus implicite, repose sur le prineipe que .rappelait for-
d_e la· tompétic1on infantile et de bâtii enstmble un inonde oli. elid tement Octavio Pa:z: «Nous ne sommes transparents ni pour nos
apprennent 'à travailler èc à'vivie·erisemble. . :~: ~ semblables, ni pour nous-même. » D'où sa merveilleuse formule _~ur
Lhiscoire de l'humanité à venit ne ser~ pas cdle:·de la guei~~ la condition amoureuse 10 . Ainsi, ce que je suis et qui m'appll,tient
des civillsations, mais 'plutôt celle dé l~ur rencontl:e, non sdus en: propre, ·t'est finalement· et d'abord .ce· qui rrie :vieht' de;y~uue.
forme de 'choc et de dorriinaüdri, mais dans urt dialogue vérital:lle: Recro'uver le sens," c'es't bâtit urië épistémologie·de5 épistérfi.~~-~giés
Aujourd'hui, rio us somm~s dai:iS' lç: tunnel, da.ris l'iiitetrègne, àii ·cré~ .cap ab lé _d'héré~otopie; F' ~st-à~dif~ .capable dé metq~ .el:i ~1~µ_ · e_t .en
puscule des dogmaiismes et des' extrémismes; mais peut-être au sètiil dialogue des utopies plurielles' une épistémologie plU:ri:valente; qui
des vrais ~ialogues. Mais ce'qw manque, sans doute~ 'c'est qu~ noüs fasse enfin quel' on puisse-désormais dire« nous» et êfre fiers de tous
ne disposons pas encore d~ ·qu~i ·penser la :coexisi:ènce de ces mul- nos héritages d'ici et de là~bas. C'est ce que j'appelle l' épist~mologie
tiples styles, nous ri' avons pas 'encore d~ philosophie de l'histoire de la rencontre fondée sU:r un sy~crétisme vraimeilt amuré. ,Un
capable èle résoudre les problèmes de la coexistence et d'un vivre philosophe chinois du début du xx<. siède, Liang Shuming, défi-
ensemble à l'échelle mondiale. Et la vraie question est désormais de nissait l' occidentalité comme ·«essentiellement la volonté d'aller
trouver comment sortir des syncrétismes vagues et inconsist.i:nts, de l' avarit11 »-_ Mais aujourd'hui è~tte volonté rt'esc- plus séulemer:t
détecter les signes d'une Afrique qui prend pied solidement dans occidentale, ell~- est aussi afriéal.ne en ce que l'AfriqµeestAésop:niis
le monde, sans compleies, et·enfre dans une communication vraie c~pable' d.e r~lier hé~i~~ge~ et p~oj~t~ Il {agit là ci'~~ Çhangement
· avec l'autre. Cela suppose que nous: soyons capables de poser la maj~ur car, comme le souligne le philosophe québécois ' Je~­
question du dialogue entrë civilisations autrement que sur le rriode Frani;:ois Malherbe: «Tout rapport à la tériipor~té: quï n'ar3i~~è
de la conquête et du pouvoir. ·· p~ ensemble; 'dans la densité ~de ·r,iri~tant pr'ése?t, ~d'~é~it~g~
Alors, retrouver le sens ou · ce qui· fait sens; c'est oser dépasser d\i'n passé:e~ le pr•ojet d\{n avËnif, est terriblement réductettL Il µe
l'opposition entre cewe qui croient en une identité intangible de m~que pas de nos joU:rs de pseudo-spiritualités qui apparaissent
l'Afrique. et qui espèrent ·son salut comme · perpétuation de cette cotnme de banales nostalgie5 ou de triviales fuites en : avant . Les
identité, et ceux qtü Ont choisi .de la nier et de ne plus se penser spiritualités aiithentiqu~s sünt celles qui déploien,t l'i~c~~ti~u~e ,1Y
que relativement aux autres, dans 'une. sorte de -processus de ·créoli- sujet ef lui p~oposent de l'habit_er d~s u_n juste rapppnl ;i_u:.ten_ips
sation assuméè pourcrei:rouver dans le pr_éser,n l~JueU(~ de-l'aube . ~andis que les pseudo~spiritualité1> réduisent le rapport au -temps a- la
·La vt:lie -créolisation, cdmme Ie notait Édouard Glissant, « eXige que nostalgie dt s·origines ou à l'utopie de l'idéal 12 .» · '· _ .: :·· · ''_
les éléments hétérogènes-mis en relation s'in~eroaloriSent, c'est-à-dire Retrouve~1e 's~ns, c'est do'nc scirtii:. du nihµïsni'e'_épis\:é~9l6~ique
qu?il. n'y .ait pas de dégradation ou de diminution de l'être; soit de q~..c~nsist~ à perisèr q~'il ~ly a den li fai~~ ei'~ r~fuser 4::éyoi~~i:~_9r,
l'intérieur; soit de l'extérieur; dans .ce contact er:dans·. ce ·mélange »·. _voilà que l'Afrique~ a açl.opté depuis for:t _longternpsle. ter:n.p~ .lillé~re
Elle est «imprévisible9 ». Comme dans la relation amoureuse, c'est "et qu'elle s' esciriscrite; à sa manière à elle, danda: modernité; ·u:ne

212 213
\
RETROUVER LE SENS
ÉCRIRE I:AFRIQUE-MONDE

modernité métisse qudù.i permet de se réinven~er désorrrjais aù:.delà conclut son livre sur la même lancée: «Nous_sommes le théâtre d'un embrasse-
ment des contraires et de leur dissolution en une seule note qui n'est pas~' affir-
des apparences et des résist;µices. Une modernité :qui.· n'est pa5~ i.in
mation ou de négation, mais d'acceptation. Que .voit -le. couple ~s _l ~pace
point d'arrivée, mais un point de départ; ·une sorte de chemin ouvert,' · · d'un battement de paupières? I.:identité de l'appar!.t ion et de la disparmon, la
et avànt ·tout l~acte · de sa volonté. · · · ···· · -. -~~- vérité du corps et du non-corps, la vision de la présence qui se dissout en splen-
. 1 .~ •·
deur: la vivacité pure, la palpitation du temps >? (p. 201) ._ . .
1 L Liang Shurning, Les Cultures d'Orient etd'Occident et leurs phtlosop~zes,
t, . .
Notes Paris, PUF, 2000, p. 27. Il note d'ailleurs ceci: «La culture orientale et sa philo-
sophie apparaissent comme inch~gées der.~is 1'.Antiquité_- Elles sont restées les
l :· Çh~:rc~er ~ retrouver; le se_ns;_ce n'. est pas un pur jeu dç !'espri_t, mais d';i.bord mêmes à travers les siècles. Rien de tel pour la culture ocCidenrale : ses courants
la . ~onséqµ~~ce Ç'un do4te pro.fond, -wrn~,q~~ f1()us somm,<:5 par les probl,è,m~ de pensée ne cessent d'évoluer et _ses ·modes d' expression _se renouvellent au fil
de l'Afrique, pir les dérives de ce conéinent qui va d'impasse en irllpasse, aveliglé
des âges» (p. 13). : - _ , .. . , . .
si.i.r cè qui coh.~tittÛ son i&ntiÎ:é; s'~ sa.pÜce dans ie monde .~ë -·sÛr 'sbri à.'vèilir'.: 12. Jean-François Malherbe, «De la sé.d ucaon a la spmrualire », m La Chair
2: Sur ce sùjeÎ:; on. peut consulter Le Lexis'. :fe dictionni#te érudit de la laniu-e
et le Souffle, n° 1, 2006, p. 22.
française, Paris, ).:,a.r<,>µsse,_2009, El· H96, 1507 et 8_06, · · - .
. 3: Clal\de ,Lévi-Saauss, .T.ri.~wiropiques, paris, Pion," 1955. . . . . ,, . -
4. Pierre-M~e SchUhl, Essai sur la fomzàtion de la pensée grecque, P;µ:i_s,
Librai~i~. FéÎiX Àlari, 193( ' ·· · - · · · ·· · · · ~··

· '5. «Le Càracrère livri:sque/- formaliste· et ' magique du- savoir du psetido-
inrelkcruel n'est pas accidentel; il esc.scr.ucnu;el; essentiel .a u m(lde de vie oisif c:r
qiseipç:, à sa manière de s'insérer dansle mol).de. Lintelleçruel africain a épujsé
ets~é~i~;é ~o~ i~telle~~;iµté .~t manqué d' éî!lbllr'sa !égiti~ité .et sa ~aisog ~' ~-~r~
dan~ l'énrreprise riùméëiqùe'cl~ ;~.:Cidrin~:r üiié histÔiië; unë cult'ui~; ilii.ë;perisée
nationale, une idé~iogi~ Ùcbndct uctibn riatlonale [:. :]. Son ~rojet n' e5c pa:s la
recherche de la vÇrité; ·il ne cherche :pas, ·né)ll' plus, à résoudre au moyen de la
_shÇ9rje .~t de l';i.ctio.p. rai~C>1._1_1._lée i,Çs prq~)~II?-es qù_e la yie .!ui imm~se a_u tant qu~
l~ ~el~t!o.p.s avec. les _~ucrés. Lin~ellecn~el veut. s'intégrer.pans les f~~iu,:. adin,i~
ril~uatif5, en~rer· d'iris i~ ci~ciîiŒ ~û 'se s~ockeïlr e t' se i~d.lscrib~erit'l~ oiens ;.;ë{
les horiii.ei.ir~ e~ les pliîsiis;;; Cf "L'ihielle~iuelh:~tiq~e; in hi:tp://~;p"otciq~è~
africa.lne.com/numeros/pdf/051926.:pdf -.·-; '. ;·. r- '. ;.:
: ) :. ' '::'.'
.:·, - 6 . Xa~;Riçoeur, l,a:MéJn(J_ire, l'histoire, l'oubli1 Paris, J-:e ~i:ajl, 2poo,. p.; 9.7·.• ·
_' 7; Valeritin-Yyes Mudimbe, .Th.e f n1)entior] ~fAfrica, BlooqiingtOI).; Çhiqigo
üillY:ei-si'ciP~ëSs; i9ss. · ~ ' · , -~ · · :· · · , ·; · ·· ' .......... ,
:. :., : 8:JA té p rbpd~;'i~ i-en{rbie ii. ~es a:naiyses 'cki.s «Le b'ôriliedr-~h'rr~ poliÙqi:i.~ é't
p'oétique:' ou' comment apprendre ~ 'pensét:avec Piçtrf A'këfiètengik ~t Hi.igues
de Courson », in L'Art commefigU.re.t/u pqr1,hçµ. 1: Trav~rséer ir_dm.çu{ture/&s; }3runo 1'

.C<l)ly,$!; .J.'l-fqtt~TP~~- '(~~'1' ~3:fi~~ If~r!.Dof1.l?, 29~6, ~- .363}F:: i.''~ · ..: : ·.


9: Edow,rd Glissant, Introdit4#on à une poétique du divers, Paris, Gafümard,

-~ ~~r~r;.·r~~~ est. .~. p~i;'. dfra~;t, ·~~ 1a :J:~erté;··Ntiâ p


i ~~~-~:~~~~,
·celle d~ i'.auûe » (Octavio. Paz, La Flam.me. :double, Paris, Gallimard, p. ·58) ..Et il

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S'ESTIMER, FAIRE SENS
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:- '. Séverine Kodjo-Grandvaux

«Une personne qui n'a pas confiance en soi


ne. dispose plus d'aucun crit_è n; de la réalité, car
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ce enter«;: ne peut eqe trouve qu en .so1-µieme. »
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-·" Décoloniserde5 -savoirs, rompre : avec les~: épistémologie5 •engen-


1 .. ·dréçs :par -une . :colo~ialitl tm.ijours : P,Ï:évalente. $e ·décentrer et pro~
- - "".' 1. ·: " ..
. ··r. :: - ,,... ' "} - .driire :une ' nouvelle · pensée criti_q u/qui per1D;etteà ' tout tin c_hacu'n
:de partjciper.. au.mouvement du :monde;•D'être .à la>fois 'acteµr- :et
·producieur:de :sens.:A quelles conditions eS~'-'ce po,ssible? Gomment
-ti,n ·sujer·-peijt-il être:amené à:oser 'èmpru'nter les cheriiins . igcertains
deJa-·. fra,nsgres~ion -intellectuelle ët invoquerol'indiscipline afin de se
construire soi? Ç9mment faire.advenÏlô_un ,;« je:peux» dans desj il:ua-
-1 tiohs asyµiétriques~ où la.reco!Ûlaissance,ià hauteur~de ce1qU:e je suis,
·Qe~:v~~p~~. dé. _ soJ'?··r .... -.. '" li:·.-: -·· .... ·: ;:h :{",• ..~~. f ~ç~. ;..,_:·u i:::. - · ' ·::;· -

·-'-'··,EnferméS;tlans Urie ;conception :de . la corinaissaricè et .de\:f a pro-_


1
duçtion. du s·avoir: héritée: des Lumières, ·ei.uopée~e'.s;: ·où: l'..esprit
<=' ~~iep:~ s'eII1pare de la .réalit_é ;cciriune-Faffumde co'gito èrgo sum;
noits:aV9ns perdu de vue .q ué Fhistoïre des idéeHst·al1ssi ·une histoire
d~~motio'ns;: . Qùe les philosophci ne.,s ont p<lS :depuis ·esprits;' mai_sides
être5kk cha:ù; et de s;µig; ,èr..gue; l' ;i.ffecr·jotie'. soùvent tj.n rôle :es~entiel
.da,ns ·la: créatiq'n ::çonceptµeU~: ·Parâ.dox:alemèm;·:alors :que. l'-ego ·.cof5itq
s'.impos;µr; J.è·'.~< je1vs~elfaçaiv 'derrièrçt Je-:« nous» :impersonnel· et fatis::-;
sexp.çn'.t modeste de::Uécriturc;:caca9.~iniqu~, :Affumer .Un···~ujet,engagé
Q.aris-._une histoire inc!iyiduelle et:unTessenti per~onneL~sant' :it;te' de

219
1.
li
ÉCRIRE L'AFRIQUE-MONDE
. S'ESTIMER, FAIRE SENS

penser serait se refuser la possibilité de produire une pensée objective",~~ . moi-même je n'en suis pas capable? De co'urage je devrai me· dqrer
dont la portée serait universelle. Et pourtant, il n'y a que. des indi- ~~; · pour ·affirmer face à!' adversité mon.identité. Pleine. ei: entière. Mon
vidus, inscrits dans des mémoires personnelles et collectives singu- ' . humanité; lorsqu'elle m'est déniée quand je stiisrniincirée: Quand je
lières, dans une époque et une culture, et donc les énoncés émanent suis réduite à un. corps de femme dans 'unmilieu d?hommes; à une
d'un lieu précis .
voix -de cadet dans une société gérontocracique; _à une chair noire
. Proposer un regard décolonial sur la philosophie, ce n'est pas seu- dans un monde .où les:pouvoirs politique, économique,: épistémique,
lement interroger les modalités de la décolonisation conceptuelle. Ce culturel, sont aui mains à la peau claire . . . Les situacions de minorité
peut être également interroger les sentiments à l' œuvre dans la pro- sont . multiples, .se recouvrent parfois : ~t ·s'accompagnent, toujours
duccion intellectuelle, notamment ceux qui peuvent nous permettre d'une violence symbolique et psyèhique, plus ou moins importante,
de nous imposer face à un système de pens~e hégémonique dominant. voire· d'une extrême brutalité 'physique·allancjusqu'à la mort'.. Dans
Dans la quête d'une vie digne, d'une vie juste et bonne, l'appréciation .un tel contexte, ;plus ·que. jamais l'amour. des miens me sera néces-
de sa propre. valeur est, me semble-t-il, nécessaire à l'élaboration saire·: C'est là la toute première · reconnaissance dçmr-. nous .:avons
i ·-- d'épistémologies nouvelles, à la réalisation de soi et à la créacion d' es- besoin pour .nous 'cons'truire. «Pour l'.estime de soi, -ce qui· est·le ·plus
paces d'individuàcion.en vue d'une citoy~ilneté. pleine et :encière. Ce favorable· c'est d' être ~- où se sentir - aimé, plus ·encore que d~être
sont là trois diinensions complément<\Ïres deTopération· conscitutive - ou -se croire _:,. domiriant», explique Christophe André, médecin

.-'·1·,.
--. .· - " .
'
~
~
-
d'une individualithd'un sujet., Être.pour soi. Être au cœurde-la cité,
pour. et avec les· autres. Être producteur. de sav;ir.· ·L estime de soi dt
psychiatre·à !',hôpital Sainte-Anne (Paris). «-Les·auteurs ayant travaillé
sur l'acquisition de :J'estime -de. soi, précise~t-:il, ont ·d'ailleurs«tous
un moteur principieLde.décolo.nisation; en ce que s'.estime;,:c'est faire souligné l'imponance, pour le bop. développement de cette .dernière,
'
-', Sens . .Ce -semimènt, :-qui . s'au~oalimente ~et · se nourrit également ·de de !'expression :par les parents d\in amolir .iric~nditiorineLà . leurs
l'extérieW-, est-ce qu.ime permet d'être:en niesure de passer:à l'action enfants, non dépendant des performance$ ·de ces derpiers .. Lenfant
er.d'être.l'auteure de rila:· propre·existence. ,(:. . ., , . ... . . ,~.
intériorise.alors que sa valeur ne' dépend pas que de .sa: performance,
· . :Le$ ch,e mins.que je sèrai amenée-à emprun't er, ne, sont:pas tracés mais ·représente .une donnée stable,: relativement indépenc;lani:e,; du
d'avance. Mon inscription dans· ce monde a un sens que moi.seule.je moins; à court terme; · des nocions ;d'écheb·ou de réussite. » •Nous
c
doi~ définir, réaliser-.er-faire reconnaître à autrui. estifaire sens pour venons-au :monde. dans un total rapport de.dépendance: Sans-soin',·. n;i
·moi er pour..les .autres .. S'estimer, .c' escêtre-consdent de sa .valeur, -de irnour,-.uri-nouv;'.au-né ne peut sur\rivre: Cest·pari:;ç q~e nohs aurons
SeS capabilit_és et·de Sa Capacité ;à .être 'soi,. à se réaJi,ser comme projet; reçu stiffisammenc d'amour maternel (ou,·p~~ntal) .que .nous serons
·à être dans 'Un· possible'de soi-même et à ·devenir·un 'sujet autonome. à. même, de; quitter .les bras .qui nous ,011t; bercé/et hourri .pour.: osé!:
:Mais pour. pquvoir i estimer, :je me·dois _une'. ê:enaine .6dél!!é à œ qûe nous: en :détourner et-nous:ouvrir, aùx.ai,itres·,;Notre. toute prerriièré
)e'.suis . .Lés': traîtres -n!ont bien so'uvént.Hu' une '. piètre opinion 'd'.eux"- sociabilité s'ancre dans ·cette ·reconnaissànce . que l'amour i:inaternd
ni~mes: Cette-. fidélité, -il me faudraTéprouv~r .dansrle:.mouvement, . (paren~~) aura pu nous apporter; Le nour'éisson prend:ainsièpeu à 'pe'u
daris la .construction et _la:- réalisatii:m 'de imon.,-<hre:i D' elle;;émaneéa conscience qu'il ·est'. un individu· sépa1Lde :sa·.mère. ·Et qùU: lui ' faut
1~.- respecf ·que l'autre:Ïne doit, _En.:effet, ..comriiem ~ttehdre de qui- affro~t~r son enVironnement. ~ce n'est qu?armé de ·suffisaffiment :de
conque; qu'il -lme-respecte et;me:reconnaisse·.poui _ce que je suis si confiance 'en lui qu;il osera s.d oiirner vèrs d' autr~ bras; puis all'éi seul
1

1
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ill
1

i
ÉCRIRE UAFRlQtJE-MONDE S'ESTIMER.FAIRE SENS

se présenter aU:~ mc:m4e. Mais--il ne pourra le faire que si:_sa:mère (ses :des valeurs autres. Celas' est réalisé au prii d'Un:e tèirible déposs_éSs~~in
parents) le. laisse ·fairé' et -1' eric'ourage. Si elle' le 'reconnaît•coffi:me. un d~ soi et aliénation .men.tale, non.sans résistances; hien •évidemment.
être distinct d?elle et l'aide; à devenir uri sujet' autonome. La<confiance D\lfls un mouvementi 1paradoxal; c~·est juscement:parce qu'·on s'estime
en soi etl'estirrié de soi;·que l'amour de ceuX.qui m'auront élevée aura suffisamment .que . r on .refuse que soit ·dav:antageoffii.se ,:à mal ·no~e
nourries; exige de l'autre qu'il me .reconnaisse et accepte · ce qui me propre. estime. de. soi.. Notre digiûté: .Le. travail · de.'F:i.non. a ·.eu •ceci_
distingue dè lui. C' est:cefte confiance-eh .soi ajoutée à la connaissanëe ·de salutaire qu'iVa redonné dignité aux personnes· «racisées >1 ·p~ ·!e
de mes potentialités qui , va me permettre _de.vouloir affirmer.mon pouvoir colonial européen en µiontiant qu'elles n'étàient .pas ·. infé'-
'.pséité, de co11;_~truire et ctasseoir lin ~oi· solide qui me permette d'aller .rieures, mais:·«dainnées», rejetées par !-1fi système politique; éconô:..
a la ~rencoritre: de - l'autree~ de1rie pas _renon;cër à :so_i. Ce bcioin ori~ mique e't idéologicjùe·. précis•.:- . ,,, ·_ · . , , ;-, '' - ·' · ;r.
ginél d' amout"est insatiabféet a. nous faudi-a le sustenter tmit au long , Quand on atteint •à m:a,_dignité, :à mon être même; ·coJnment'm'en
de . notre -exist. ence:-.. r~omment
· · ·_ • s'.y
' pren
· dre iquan d ·,nosivoisins;,
· çelix relever? ·Cohiment 'sortir . de ·cette .melan.,cholia-_, afticana· (Narhalie
avec qui·mous;·parrageons.·notre expér:ience humaine, . nous' .liaïssènt Etoke) et-en faire une force ·dé.1 réSilienq:'. qui. ne: m'.épui1)e ;pas ?;_ql,lÏ
au point de nous animaliser et''de nous chosifier? -De nous figer dans ne me: réduise pas .à· néant? On peut perdre :confiance<en soi face:1 à
une «différence coloni_ale >>(Walter •Mignolo), une identité fantasmée certaines épreuves de la vie et ne pas être sûr de parvenir,à stirmontér
lors :des conquêtes:ipipériales;: lo'rs, de las mise .alix fers 'et ewenfer? le5 obstacles qui obstruent notre horizon. Mais c'est justemf:'nt parce
LOrsque le .plus fort ·nous a imposé de'Tenoncer à spi: r>ohFendosser .q ud' ori's' estime que l'on va trouver la force de .pu.\Ser l'-énergie.I léces- 1 '

sa propre' culture?· Nous:a: ·dépossédé '.du· pouvoir de se'·Iiômmer soi- sai:re·pour que .notre entrepri~e soit courorinée 'de ·succè's>I.:éstime de; 1,

~ même.; ;nous privant alors de «ce qui'. en tout homme est pcissi_!:>ilité, soi est davantage que la confiance en soi. Ce.St aussi la maillère dont
promesse .d'accomplissertrem_de l'homme»>. Gean .Arprotiche)?._ - ;, jè me juge; dont je m'évalue; ce qui pose la question 'des normes à
· «Le champ .le plus important sudeqùel- il [lexolonialisme] jeta partir. desquelles je:me pense et ~e .construis. R~coriqilérir l'estime de
sowemptise: fut· l'univers'--'Illental ·.du · colo'nisé: les colonisateti.rs en soi quand elle a ét~·ébréciliée, ·briséer par..des' rapports de:-dominatio11
vinrent;par ·~a::culture; a ;conhôler la peréeption q~e le•colonisé avait et .de violence'esr -à:la fois· un nîouvémen~ .d'a:fliûnatio-ri de soi· et!. de
de -~~~mêine · et de sa relation- au monded_:emptise ·économiqÙe-et critique dc:;s inSt:hutioris·et.des normes (cplorriales, impériales; .qiascû.~
polmque ne peut êtte,.totale sans ~e contrôle dd~espr.it~ Contrôler la lines. , .) que ·~e pouvoir. pose commè étalons.Ne vivancpas.demanieré
CWture. d~un~pçtiple> c1est .ê ontrôler :kreprésentation:. qilil ;se:fait de totalement'isolée;·.noùs nous pensons né.cessairement én·fonction' d_e_
1.
lui~même et de:; ·sorvtappqrNÙu -~utres: Dans :lè;cas .:du colcinialis~e, vale~s. culrurellenie~t.· socialement· et histbrique1Ilerit ;dé\:erininé~.
r établim:ment de: cette emprise .prit de~ formes ~:-fa.destruction ou D'ow l'imp,oriance de-<changér de perspective, de ,i décex_1tn;r notrç:
la:dévalçrisatioil' rystematique de la cùl.turè de.s coîàrn~---:0.e ·leur' arr · regard et.-' dé~valorisedés éqrts créatifs par lesquels noûs 'réagissons
•· . 'd '
e leurs:d~ses,ide let:µ-s religions;•de leut·histoiré;. de leurgéogràphie;
' quot,i.diennemeht aux; obligations et aux:normes :scit~ales;. imposéç:s
de }éur:éfiucitiOn,,.d~ foti.r:littératui:e &iite'ÛtLorale'"" et' inversement dans un i:apport:de ver:ticàlité. -- , , ,,, , . ,, -" • :• ,\i.1: ; "
la· ~lorîficat;1.ori) incéssante· âe0la .~angtie d~i colo~isatèun> '(Ngugi wa , -,·,Sur quoi -se . forrder-;pour l~. critiquer lorsque ·l'àn relève d~l11te
1hiong'o)'.·:G coldnisatioi:r;a eu ceti:de pervers ·qu'eUe a·,iniposé son culture dite minoritaire, ·ou ;minorée? . Le rravail ··de\décofop.isacioJJ._
modèlê,.à .c eux qu'elle. entendait exploiter,Jes ·forçant .à faire ,sie'nnes c~ncepruelle, par exemple, se sirue-t-'il à ·. l'in1:érieuL ou: à !'extérieur

222 223
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ÉCRIRE I;AFRIQUE-MONDE , S'ESTIMER, FAIRE SENS · t
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de,fépistémè occidentale.dont il entend s'affranchir? «Les luttes qùe · Les-f