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RÉUNION DU 10 JANVIER

ORGANISÉE PAR
LE MINISTÈRE DE LA SANTÉ

EN VUE DE LA RÉDACTION
DES DÉCRETS D’APPLICATION
SUR L’USAGE DU TITRE DE PSYCHOTHÉRAPEUTE.

Verbatim +
Rédigé par Philippe Grauer et Geneviève Mattei1

Étaient réunis pour cette confrontation avec Monsieur Bernard Basset


sous-directeur à la Direction générale de la Santé, les représentants des
principales associations de psychanalystes, psychothérapeutes,
psychiatres et psychologues, soit une quarantaine de personnes
représentant vingt-six associations. La proposition de rédaction des
décrets ainsi que la liste des associations et de ses représentants se
trouvent sur snppsy.org et le site œdipe.org.
Assez peu de corrections au texte, jugé donc bien établi, nous sont
parvenues à ce jour (23 01 06), ce dont nous nous réjouissons. Voici
l'état actuel des variantes et additions qu'il comporte. Nous les avons
disposées en corps 9 afin que leur lecture ne parasite pas le corps du
texte d'origine.

INTRODUCTION

par Monsieur Bernard Basset

Après les débats parlementaires et le vote de la loi, voici un premier


état du projet de décret. Je vais vous expliquer la méthode et le
calendrier. Il s'agit d'une concertation. Le document que nous allons
vous distribuer est un document de travail.
La concertation est ouverte à tous ceux qui sont concernés
professionnellement. Nous nous sommes efforcés de convoquer
l'ensemble des organisations concernées, débordant ainsi l'effectif de
celles qui s'étaient présentées spontanément. La concertation est
désormais publique et transparente.
Cette première rédaction des décrets d’application va vous être
soumise. Nous attendons vos remarques, critiques, suggestions. Il s'agit
d'un premier document de travail à partir duquel vont s’engager nos
échanges. Seront exposées au ministre les positions de chacun.

1
Texte arrêté au samedi 14 au matin. En bleu les ajouts. Les deux interventions de Jean-
Michel Fourcade et d'Alain Naissant sont restitués au fil du texte. En note quelques variantes.
2

Il y aura un mois de réflexion à partir d'aujourd'hui pendant lequel


vous pourrez nous demander les éclaircissements nécessaires. Nous
vous demandons de pouvoir disposer de vos contributions avant le 21
février 2006.
Ce décret porte sur le seul usage du titre de psychothérapeute. Nul
n'est pas obligé d'user de ce titre. Ce décret prévoit une formation
obligatoire à la psychologie clinique pour tous ceux qui voudraient
faire usage du titre. Quelques conséquences pratiques seront tirées de
ce grand principe.

Modalités pratiques d'inscription au registre départemental puis au


registre national selon les termes de la loi.
La formation est sous la responsabilité de l'université, et c’est à elle
qu’en est confié le pilotage, non exclusif.
La formation en psychopathologie, au niveau du master avec
équivalence pour certains professionnels relève des professions de
droit.
Pour le cahier des charges concernant la formation, vos remarques
seront les bienvenues.
La formation devra respecter la pluralité des approches.
Une période transitoire est prévue.

*********************************

DÉBAT

entre Monsieur Basset


et les représentants
des diverses associations réunies ce 10 janvier

B.B : vous avez le temps de nous faire parvenir votre position dans un
mois, afin que nous puissions élaborer une synthèse.

Christian Vasseur — Association française de psychiatrie : Comment


sera définie la notion de clinique qui suppose d’être "au lit du malade"?
Comment se fera l’articulation entre les sociétés psychanalytiques,
l’université et l’hôpital. Le cahier des charges définira-t-il des temps de
stages ? Comment traiter le problème des sociétés psychanalytiques
qui se constituent sans être vraiment psychanalytiques et se réclamant
seulement du nom de Freud. Un contrôle est-il prévu ? Les bases d'une
formation possible implique idéalement un Ordre, une autorité interne,
qui ne peut relever ni de la préfecture ni de l’université. Un tel Ordre
sera-t-il nécessaire dans l’avenir ?
3

B.B : Des stages pratiques sont prévus dans le cahier des charges. La
loi ne prévoit pas de cadre nouveau pour la psychanalyse. En
conséquence, la création de nouvelles associations psychanalytiques
reste possible. Il n'est pas question d'entraver la liberté d’association. La loi
n’institue aucun ordre.

Alain Blanchet — Société française de psychologie : ce texte constitue


une avancée. Mais on ne sait pas s’il s’agit d’une formation
universitaire ou privée (qui serait de même niveau). Il y aura donc des
afflux considérables d'étudiants. Les masters existant seront-ils
considérés comme équivalents aux nouveaux ?

BB : La formation est confiée à l'université, laquelle pourra passer des


conventions avec des instituts privés. À un nouveau contenu
correspondra un nouveau cadre.

Lilia Mahjoub — École de la cause freudienne : universités privées,


conventions avec l'université, lesquelles ? Programme de formation :
ce qui doit être enseigné est décidé, défini par qui ? les professionnels
concernés, les universitaires, les ministères ?
Les quatre types d'approches (article 8) : quid de la psychanalytique ?
Approche : ce qui est déjà enseigné dans certaines universités de
psychologie clinique, psychanalyse théorique et stages dans des centres
de psychiatrie. Ou quelque chose qui sera confié aux sociétés de
psychanalyse ? Le terme "analytique" ne convient pas. S’agissant de la
psychanalyse, il faut dire "psychanalytique". Tout cela reste imprécis.

Vous parlez de l'Université, de quelles universités s'agit-il? Y incluez-vous les universités


privées? Quant au programme de formation en psychopathologie, qui le définira? Ce qui sera
enseigné sera décidé par qui? Les universitaires? Les "professionnels" concernés ?
Les ministères concernés? Vous mentionnez quatre types d'approche à l'article 8 : parmi celles-
ci il conviendrait, tout d'abord, de dire psychanalytique plutôt qu'analytique. Ensuite
qu'entendez-vous par approche: il y a ce qui se fait à l'université, à savoir un enseignement
théorique dans certaines universités cliniques, et bien sûr des stages à l'hôpital ou dans d'autres
centres psychiatriques. Quid de l'approche psychanalytique? Cela sera-t-il confié à des
associations, des Écoles, des sociétés de psychanalyse? Que fait-on de la formation qui en
passe par une cure psychanalytique? Tout cela manque de précision.

B.B : effectivement. Les textes réglementaires doivent être concis. Le


Conseil d'État nous y incite. Les autres universités privées, les
universités catholiques par exemple, qui ont déjà des contrats avec
l’Éducation nationale, pourront s'inscrire dans le dispositif. Pour la
définition de la formation, c’est l’université qui fixera les programmes, il faut
attendre d’avoir une concertation plus poussée. Sur les autres points, je
ne peux pas me prononcer.

L M : qui décidera du programme, par qui sera-t-il enseigné, et quelle


approche ?
4

B.B : qui décidera ? La décision relève des ministères. Il y aura des


concertations obligatoires avec les organismes concernés.
Approches : détail du contenu. Ce n’est pas à moi de me prononcer sur
le contenu de cet enseignement. On le fera avec nos collèges du
ministère et de l'université le moment venu.

LM : ce champ est inextricable

BB : non, puisqu’il y aura une concertation.

Patrick Guyomard — Société de psychanalyse freudienne : que signifie


à l’article 8 la connaissance des quatre approches ? S’agit-il de l’une des
quatre ou des quatre ? Pourquoi à l’article 7 un niveau master et pas un
master ? Que signifie à l’article 2 la référence aux diplômes relatifs à
une profession réglementée dans le champ sanitaire et social ?

B.B : un point relève de la pratique, l'autre de la définition des


connaissances. Il y aura un respect de la pluralité des approches.
S’agissant du master il y en aura un pour ceux qui ne sont pas
médecins. On ne peut imposer un master aux médecins qui sont déjà titulaires d’un
doctorat !

Monsieur Lécuyer — Fédération française des psychologues et de


psychologie : les travailleurs sociaux (art. 2) pourront donc accéder
directement à un master. Peut-on préciser la liste des licences admises ?

Marc Strauss — Internationale des forums du champ lacanien : pour


l’attestation de certification & d'obtention du diplôme, seule la
déclaration sur l'honneur fera la différence ?

B.B : il faudra produire l'attestation d'une formation en psychologie


clinique. Mais le niveau demandé sera basé sur des équivalences. Les
pré-requis seront fixés par l’université. Seuls ceux qui n’auront pas de formation
préalable devront répondre sur l’honneur. On ne peut exiger un master des
médecins, mais pour les autres, il s’agit bien évidemment du master et non d’un niveau master.

L.M : les psychanalystes devront avoir eux aussi une attestation de


formation en psychologie clinique ?

B.B : oui, il le devront, s’ils désirent utiliser le titre de psychothérapeute. C’est dans la
loi. Mais rien ne l'exige

Alain Abelhauser — Séminaire interuniversitaire européen


d’enseignement et de recherches en psychopathologie et en
psychanalyse, SIUEERPP : au 1er étage de la fusée, il y a quelque
chose de plus par rapport à l'art 52. De droit, médecins, psychologues
5

psychanalystes peuvent s’inscrire sur les listes du registre. Et voici


pourtant que maintenant est prévue une condition supplémentaire,
c’est-à-dire l'attestation d'une formation en psychopathologie ?
Comment cette formation sera-t-elle organisée et quel sera son contenu
? Quel sera l’avenir de l’enseignement déjà existant ?

B.B : nous essayons de définir les cadres d’une formation mais pas son
contenu. Nous ne pouvons excéder la loi. En clair, cela veut dire que
les membres dits de droit devront satisfaire à des exigences de
formation.

AB : il est prévu d'annoncer ce qu'est cette formation en


psychopathologie clinique. Comme l'université en est responsable, je
pose une double question. Qu'est-ce qu'on entend par psychologie
clinique et comment organiser les formations ad hoc. S’il y a des
masters professionnels en psychopathologie clinique, va-t-on en créer
d'autres ?

B.B : l'organisation de la formation c’est l’étape suivante. Ce texte n'a


pas pour ambition d'en définir le contenu. Une concertation avec les
autorités universitaires est nécessaire et on verra alors s’il faut ou non
aménager un nouveau master. Je ne puis sortir de mon rôle ni de ma
compétence qui se limite à donner des règles claires pour ceux qui
souhaitent user du titre de psychothérapeute.

Roland Gori — SIUEERPP : comment éviter que les décrets


d'application n'excèdent le champ de la loi si vous transformez un
problème en postulat ? Le problème c’est la définition de la
psychopathologie clinique. Psychopathologie fondamentale, oui, mais
là, en France, il existe une certaine tradition, qui la réfère au champ de
la psychanalyse et d'une psychopathologie psychodynamique. Or, ce
problème est réglé d’avance par les décrets d'application qui
présupposent une connaissance du fonctionnement psychique et des
quatre courants "validés scientifiquement" (article 8). Là, il y a
anticipation et débordement de la part des parlementaires.

B.B : je n'ai pas l'intention de m'immiscer dans des débats des sociétés
savantes. J’ai pour souci d’éviter les dérives sectaires pour répondre
ainsi aux parlementaires qui ont le même souci. C’est la raison pour
laquelle nous avons fait référence aux quatre approches "validés
scientifiquement". Nous ne voulons en privilégier aucune.

Michèle Clément — Syndicat national des psychologues : cette


présence parallèle des psychothérapeutes et des psychologues pose le
problème de la sauvegarde du titre de psychologue qui est un titre
unique. La loi de 1985 ne rattache pas les psychologues au code de la Santé. La
6

psychothérapie n'est pas une profession, mais une restant une activité parmi
d’autres de la psychologie. Pour nous ces décrets sont flous.

B.B : ce texte ne concerne que l’usage du titre de psychothérapeute.


Mais pour autant il ne crée pas une profession nouvelle qui se
substituerait à celle de psychologue. Psychologue et psychothérapeute,
ce sont deux choses différentes.

MC : la psychothérapie étant l’une des missions essentielles des


psychologues, il pourrait y avoir un préjudice pour eux.

Guy Roger — Quatrième groupe : dans leur immense majorité, les


psychanalystes sont déjà psychologues ou psychiatres. Que devraient-
ils faire2 pour entrer dans la catégorie des psychothérapeutes ?

B.B : le texte prévoit bien une exigence professionnelle et adaptée pour


les membres dits "de droit"

Madame Craignou — Association française de thérapie


comportementale et cognitive, AFTCC : il est absolument
indispensable à nos yeux que la pluralité des courants soit inscrite
clairement dans la loi. Il faut préciser les formations complémentaires
(art 9). La liste des diplômes est-elle fixée par décret ? Y aura-t-il un
nouveau décret?

BB : oui, cela fera l’objet d'une concertation. Il y aura des textes


complémentaires3. Ce projet décrit la mécanique nécessaire à l’usage
d’un titre. Il y aura des textes complémentaires, en particulier sur le
contenu de la formation. Ce sera un décret simple et non en Conseil d’État. Ainsi le
présent décret ne sera pas applicable avant le nouveau décret. C'est l'ensemble du
dispositif qui rendra le système viable.

Philippe Grosbois — Syndicat national des psychologues : votre projet


ne dit rien de l'instance chargée d'examiner les candidatures à
l'inscription sur listes départementales. Comment sera définie cette
instance ?

B.B : par l'autorité préfectorale, c’est-à-dire la DASS. Il n’est pas prévu d’instance
4
autre. Et quand il y aura un litige, un recours sera toujours possible .

2
Quelle formation complémentaire devraient-ils effectuer (…)
3
en particulier sur le contenu de la formation.
4
(hiérarchique, gracieux ou contentieux).
7

Alain Blanchet : je cherche à comprendre ce que veut dire "validés


scientifiquement".

B.B : cette désignation n’est pas dirigée contre ceux qui sont présents
ici mais par exemple contre une "église d’adorateurs de la lune
solaire".

Mireille Bouskela — Syndicat des psychologues en exercice libéral :


quelle est la différence entre la désignation d’un titre et celle d’une
profession ?

B.B : des professions sont réglementées avec des statuts particuliers.


Or, parmi elles, plusieurs peuvent faire usage du titre de
psychothérapeute si elles le souhaitent . Nous avons fait en sorte de ne
pas excéder la loi. Nous ne créons aucune profession nouvelle : il ne s’agit que d’une
activité — qui peut être pratiquée par divers professionnels.

Claude Landman — Association lacanienne internationale : la


question de la pluralité pose problème. Si l’un des courants dominants
est enseigné à l'université, cela crée une psychothérapie d'État. Si elle
est exercée à partir d'une seule référence, il y a un risque pour l'État.
De toute manière, les dispositions donnent à l’université le privilège de
la formation. On ne peut confier toute la formation à l’université : Il conviendrait
donc d'envisager une formation pratique complémentaire à la charge
des différentes écoles.

B. B : ce débat explique comment nous en sommes venus à écrire


"pluralité des approches", J'espère que cela répond à votre crainte
légitime. Il me paraîtrait anormal que le ministère de la santé édicte des
références théoriques professionnelles. Tenez compte de ces deux
soucis, dont celui de dérive sectaire. Quant au contenu des formations,
elles feront l’objet de concertations.

Jean-Michel Fourcade — AFFOP, Association fédérative française des


organismes de psychothérapie relationnelle et psychanalytique : la garantie de
la pluralité réside dans plus de concertation avec les organisations
représentatives et non en confiant la responsabilité de la formation à la seule
Université.
En donnant une inscription provisoire d'un an sur les listes départementales
aux seuls inscrits de droit ce projet de décret est plus discriminant que le
décret qui fixait les conditions pour l'homologation au titre de psychologue
qui donnait l'inscription provisoire à tous les psychothérapeutes.
D'autre part, en prévoyant une ancienneté d'exercice de cinq ans pour pouvoir
demander l'inscription sur la liste des psychothérapeutes pour les non
diplômés d'un diplôme existant déjà (médecins et psychologues) et non
psychanalystes, on élimine les titulaires d'un diplôme d'un institut privé qui
viennent de terminer leur formation sans examiner si cette formation est ou
non de qualité, ce qui signifie que toutes les formations privées sont
8

inférieures à celles des universités d'État, ce qui constitue une atteinte grave
au droit à l'enseignement libre.

BB : notre projet se doit de se conformer à la loi. L’inscription sera volontaire, ce


qui ne veut pas dire facultative si vous désirez inscrire sur votre plaque ou votre publicité le
titre de psychothérapeute ; mais si vous désirez rester psychanalyste, vous n’avez besoin de
rien.

Michel Meignant — Association européenne de psychothérapie : l'Union


européenne travaille à une directive sur les professions libérales. En
conséquence, elle a proposé la création de la profession de
psychothérapeute. La France se comporte encore en pays manquant,
Va-t-elle ainsi bloquer le fonctionnement européen ? Que va-t-il
advenir de ceux qui auront une formation dans un pays où la
profession est réglementée.

B.B : nous nous sommes posé la question. D’où le mot master qui
renvoie à des références communautaires.

Christian Vasseur : chaque pays reste maître de sa politique de santé.


Ainsi la France sera-t-elle le seul pays dans le monde où la formation
en psychopathologie théorique et clinique est exigée. Singularité
française protégée.

Bruno Dal-Palu — Psy en mouvement : au fond, il n’y a pas


d’opposition entre Vasseur et Gori sur la définition de la
psychopathologie clinique. Dans l’article 1, j’ai été agréablement
surpris de voir qu’on cherchait une solution pour éviter l’inflation
d'associations s'intitulant psychanalystes. J’approuve donc ce qui
concerne l’attestation sur l’honneur réclamée aux "ni-ni". mais le
problème subsiste puisque les psychothérapeutes deviennent des
"psychopathologues".

B.B : nous ne cherchons en aucune manière à empêcher la liberté


d'association.

Bruno Dal-Palu : il y a une crainte à avoir que les sectes utilisent le


terme psychanalyse. Mais il faut aussi éviter que les psychologues du
travail, par exemple, fassent usage du titre sans formation à la
psychopathologie.

Madame Craignou : il est dommage que l’on fasse une loi sur un titre
sans que les formations en psychothérapie soient citées. Ce texte sert
aussi à ce que les usagers disposent d'une lisibilité sur les formations
qu'aura suivies le professionnel auquel ils s'adresseront.
Parler de connaissance en psychopathologie clinique, et d'un master
sur 5 ans ne suffit pas comme information. En aucun cas on ne saura à
qui on s'adresse, et s'il a bénéficié d'une formation en psychothérapie.
9

D’autre part, qu’est-ce qui m’empêcherait, moi spécialiste des TCC, de m’intituler, ce qui
serait fantaisiste, psychanalyste ?

B.B : avec les nouvelles dispositions, il y aura toute même plus de


transparence et d’informations pour les usagers.

Gérard Bayle — Société psychanalytique de Paris : je voudrais faire


une remarque proche de ce qui vient d'être évoqué à propos de la
protection du public. Il faut se protéger des dérives sectaires.
L'inscription peut fonctionner comme un cheval de Troie pour les
sectes. N'importe qui peut créer une association de psychanalystes.
Ceci constitue une faille dans le dispositif. Il faut demeurer vigilant
face à ce qui inspire l'esprit de la loi, son souci constant. Tous ceux qui
sont soucieux de l'intérêt, de la protection du public et des usagers
comprendront qu'il faudrait assortir la mention de psychothérapeute en
indiquant de quel type de psychothérapeute il s'agit. La loi parle des
associations de psychanalystes. Il faut préciser par décret quelles sont
les associations de psychanalystes pour que des non psychanalystes ne
se déclarent pas psychanalystes. Il convient que par décret ou par
arrêté des dispositions permettent de contrôler la réalité des
déclarations.

Bernard Basset : nous avons tout de suite vu cette faille, mais c'est ce
texte qui a été voté. C'est à vous d'y réfléchir, je n'ai pas de solution.
Une autorité, un ordre ? la loi ne nous permet pas de créer cela.

G B : il faudra bien travailler avec vous pour mettre un frein à cela.

B.B : je suis ouvert, mais sans solution pour l'instant. Si vous faites des
propositions…

Philippe Grauer — Syndicat national des praticiens en psychothérapie,


psychothérapeutes relationnels & psychanalystes : la psychothérapie
relationnelle n'est pas une fonction mais constitue bel et bien une
profession. On ne saurait indéfiniment tourner le dos à une réalité aussi
massive sans que cela se retourne contre les auteurs d'un déni d'une
telle ampleur.

Jean-Richard Freyman — Fédération européenne de psychanalyse et


École psychanalytique de Strasbourg, FEDEPSY : l'université et la
Ddass : que ce soit elle qui reçoive les dossiers sans que les
associations soient là, au moins à titre consultatif, pose problème.
L'histoire des quatre contenus possibles : il faut tenir compte de l'état
actuel de l'université et en conséquence ce texte ne peut avoir de sens
véritable que si des propositions sont faites pour la création de ce titre
de master en lien avec les associations.
10

PHG : D'autre part, les formations privées en cinq années universitaires


minimum que nous avons agréées sont également incontournables. Il
conviendrait de créer une articulation entre elles et l'université qui peut
se conjoindre aux professionnels mais ne peut s'y substituer. Cette
remarque vaut pour la formation de nos confrères psychanalystes.

Roland Gori : on va vers une législation de la psychopathologie


clinique. Je voudrais faire une remarque sur la crainte des
psychologues d'une recomposition de la profession de psychologue
avec ce nouveau master. Il existe deux types de master : professionnel
et de recherche. Or ce nouveau master sera professionnel. Vous
produisez ainsi fatalement des incidences sur la recomposition du
champ de la santé mentale. Ce nouveau master professionnel
représentera un manque à gagner dans le cadre des masters existants. Il
ne peut pas ne pas avoir d'effet quant à la formation des psychologues.
Il convient de mesurer son incidence sur les masters existants.
Sous l'autorité de l'université dites-vous ? Le SIUEERPP est précisément
pour la pluralité. Mais là, avec cette feuille de route vous placez sous le
pilotage de l'université un processus dans lequel l'association que je
représente ne se reconnaît pas. Voici un problème réglé par voie de
décret, c'est bouleversant. Comment placer l'université en position de
pilotage si nous ne pouvons pas nous reconnaître dans la feuille de
route qu'on nous propose ? J'aimerais vous poser une question : par
quelle méthodologie êtes-vous arrivé à cette proposition ?

B. B. : faire au mieux5. C'est pour cela qu'on vous consulte. En matière


de formation, considérer l'université comme responsable, je n'ai pas en
cette matière inventé là grand-chose. J'ai essayé d'écrire les grandes
lignes d'un cahier des charges de cette formation, à vous de réagir, on a
fait au mieux de nos capacités.

Lilia Mahjoub : nous avons affaire à la feuille de route. Nous ne


pouvons pas prendre position sur ce master nouveau qui ne crée pas de
nouvelle profession. Ça va être une cacophonie.

Monsieur Gori parlait de feuille de route. Il se trouve que ce qui nous est ici proposé est
quelque chose où nous aurions à faire, à établir nous-mêmes une feuille de route plus précise.
Et toujours dans le cadre de cette maquette. Comment prendre, en effet, position sur ce qui
n'est pas précisé, à savoir sur un master qui se propose comme nouveau et "qui ne crée
cependant pas de nouvelle profession". Si nous remplissons chacun cette feuille de route, vu la
disparité des conceptions qu'il y a autour de cette table, ce que vous recevrez ne pourra donner
lieu qu'à une véritable cacophonie.

B.B : ce document de travail vous est soumis, dans le respect de la loi.


Tout ce qui irait au-delà serait inacceptable. Il ne s'agit pas uniquement
d'une feuille de route. "Cacophonie" : ça vous appartient. Ce le sera si

5
"Nous avons essayé de faire au mieux. "
11

vous l'êtes [dans la discorde, mais je vous fais confiance, vous vous
connaissez tous, vous parviendrez bien à des positions communes].
Vous êtes nombreux, vous vous connaissez, aurez des échanges entre
vous et ferez des propositions regroupées probablement.

Christian Vasseur : je reviens sur ce contenu de formation à la


psychopathologie. Il s'agissait au départ des six grands courants, dont
celui relatif à la relation et ce qui s'y transfère. Théorique, clinique et
pratique, là réside la sécurité. Quels contenus de cette formation ? les
formations à la psychothérapie arriveront après. La base de la sécurité
pour le public est là : dans la psychopathologie.

Bernard Basset : nous n'avons pas trop détaillé dans le décret, pour ne
pas donner prise au Conseil d'État, qui exige que l'on soit concis, que
l'on épure la formulation.

Serge Ginger — Fédération française de psychothérapie et


psychanalyse FF2P : j'aimerais vous adresser trois réflexions : sur le
master, l'Europe, et les mesures transitoires.
1) un master de quoi ? Professionnel, mais on nous dit qu'il ne crée pas
une profession de psychologue ? Cela n'est pas clair.
2) l'Europe : différents modèles sont possibles. En Belgique, où la loi
est en cours de discussion, il y a une ouverture à ceux qui ne sont ni
psychologues ni psychiatres. En Grande Bretagne, la psychothérapie
est confiée aux associations professionnelles. Quant à la libre
circulation des professionnels, on n'en a pas fini : le problème
européen va donner beaucoup à débattre. (…) En Italie, les institutions
privées sont reconnues par la loi.
3) mesures transitoires : cinq années mais quid de ceux qui ont déjà
passé cinq années en formation dans une école, plus quatre années de
pratique, qui sont depuis 9 ans déjà engagé, et se trouvent à bac + 7 ;
devront-ils recommencer un master, et de quoi ? Sans parler des étudiants en
cours de formation.

B.B : nous allons donc consulter nos collègues de l'université, et penser


à la validation des acquis de l'expérience.

Alain Blanchet : l’université est un monde ouvert où il existe déjà des


masters de psychothérapeutes proches de l'esprit de ce texte (…) Chaque
université est autonome, et ouverte, la preuve en est qu'on compte déjà parmi les
professionnels ici présents certains chargés de cours.

Bruno Dal-Palu : quelle est la date d’entrée en vigueur du décret ? J’aimerais savoir
si le nouveau master professionnel se substitue aux formations des
écoles de psychothérapie qui existent ?
12

B.B : le décret vaudra dès sa publication et dès que les conditions de


mise en œuvre seront réunies. L'université fera alors des propositions
d'enseignement. C'est à elle qu'est confié le pilotage de l'opération, il
s'agit bien de confier la formation à l'université, laquelle pourra, si elle
le désire, passer des conventions avec des institutions externes. Le
nouveau décret définira ce qu'on ne peut pas mettre dans un décret à
envoyer au Conseil d'État. Cela permet de faire évoluer la situation. Il
est difficile d'inscrire dans le marbre du décret en Conseil d'État tout ce
qui concerne la formation.

Alain Abelhauser : il ne s'agit pas d'une nouvelle profession, mais du


cadre d'une fonction. Il s'agit de fixer les pré-requis sur lesquels on
puisse s'entendre. Pourquoi des pré requis réducteurs ? (art 8).
Pourquoi fixer déjà les quatre approches ? les choses vont évoluer.
Pourquoi dès maintenant les graver dans le marbre ? Cela est
discutable.

B.B : on peut en ajouter une cinquième si vous y tenez (…). Soit on en


crée de nouvelles. Dans le cadre du cahier des charges, ce texte vous
est soumis. On vous présente un vrai texte auquel vous avez loisir de
vous confronter. Vos rédactions alternatives sont sollicitées.

Michèle Clément : les praticiens sont déjà sur le terrain. Dans le


service public, il y a déjà des "psychothérapeutes", le titre est déjà en
usage. Beaucoup d'activités psychothérapeutiques sont faites pas des
psychologues. Et vous dites ne pas créer une nouvelle profession ? Le
Ministère peut-il s’engager à ne pas créer une nouvelle profession ?

Patrick Avrane — Société de psychanalyse freudienne : une


déclaration sur l'honneur ? Mais qui donc décide que tel ou tel est un
organisme de formation public ou privé à la psychothérapie ?

B.B : je vous répondrai ultérieurement.

Patrick Guyomard : il y a deux directions dans ce projet. Il y a des


aspects positifs : la prise de position sur le titre, et la formation assurée
par l'université. Et qu'il ne s'agisse pas d'une profession en tant que
telle. Restent plusieurs difficultés : validation des connaissances et des
pratiques dans la formation en psychothérapie pour les "ni-ni". Qui va
décider ?

B.B : nous ne souhaitons pas du tout intervenir sur les pratiques. Nous ne
réglementons que le titre.

P.G : Pour créer un master nouveau sans créer une profession nouvelle,
il convient de l'insérer dans des masters déjà existants.
13

B.B : ma voisine me souffle que le master de psychologie ne donne pas


droit au titre de psychologue.

Lécuyer : si, sous certaines conditions. Fixer les quatre approches,


c’est problématique mais l’idée de pluralité conserve sa valeur.

B.B : à condition qu’il n’y ait pas de dérive sectaire

Michel Patris — FEDEPSY : le vrai problème, c’est la situation


critique de la psychiatrie. L’organicisme dominant a donné lieu à la
désertion de la psychothérapie par les psychiatres. Une fois le titre
ciselé approuvé, viendront d'autres étapes où ces psychothérapeutes
prendront leur place. Profession de santé mentale, cela se dit déjà.
Nous allons vers une sous-traitance de la question de la psychothérapie
par de nouveaux professionnels. C'est pour cela que nous devons être
attentifs au niveau de la qualité professionnelle, menacée évidemment.
Pouvons-nous, dès à présent, psychiatres, psychologues, associations
de psychanalyse, collaborer à des masters de psychologie clinique
voire de psychothérapie ? La violence verbale excluant la collaboration
et le dialogue, comment allons-nous faire pour faire tenir la carpe, le
lapin et le serpent à plumes dans la même boîte ? Nous sommes en
train de ciseler une pierre dans un édifice, le plan de la santé mentale.

B.B : là-dessus un groupe de travail sera bientôt en place.

Roland Gori : jusqu'à maintenant, on examinait des projets de masters


pour quatre ans, après avis de la CNESSER. Désormais, il y aura une
confusion totale avec cet usage du titre. On passe de 3 700 professionnels à 5 500
professionnels par an ! C’est beaucoup trop pour le marché du travail.

Jean Cottraux — Association francophone de formation et de


recherche en thérapie comportementale et cognitive AFTCC : il y a
déjà un diplôme universitaire de formation post-master (DIU de TCC). On
peut le faire cohabiter dans le cadre du pluralisme.

Alain Naissant, Psy'G 6 : le décret parle d’une formation en psychothérapie, mais la loi
n’en parlait pas. Le titre crée bel et bien une profession. Il n’y a pas de définition de la

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Le PSY'G a soulevé en séance les points suivants (qu'Alain Naissant développe plus
largement ici) :
1- il est indéniable que le "titre de psychothérapeute" affaiblira celui de psychologue (ce que
nous voulions notamment éviter en refusant depuis toujours la réglementation) et qu'il
enfermera dans un carcan tous les psychothérapeutes, quel que soit leur titre professionnel
initial. En effet, malgré le déni du ministère (qui cherche à rassurer tout le monde afin de nous
faire avaler le méchant brouet concocté et imposé par les parlementaires), cette loi du 9 août
2004 crée évidemment une nouvelle profession réglementée, autonome et spécialisée ;
2- il faut s'étonner que l'on cherche à réglementer l'usage du titre de psychothérapeute sans que
le mot "psychothérapie" soit mentionné dans le texte de loi ;
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psychothérapie. La nécessité d’un travail sur soi n'est pas évoquée dans ce texte. Les
Commissions préfectorales pour le titre de psychologue ont été une catastrophe. Ce n’est pas
cette loi qui empêchera l’infiltration éventuelle des sectes.

Madame Craignou : il est indispensable de garder la pluralité. Il


convient de savoir que l’on crée un master de psychologie clinique et
non de psychothérapie clinique. Attention à ce qu'il n'y ait pas
confusion avec d'autres masters existants. Comment l’université va-t-elle
organiser les stages pratiques ?

Catherine Mathelin — Espace analytique : il s'agit certainement d'un


plan de santé mentale comme le souligne Michel Patris. Il s'agit de
protéger les patients. Mais comment se protéger des sectes si des gens
sont autorisés à visser leur plaque et agréés après avoir parlé à
quelqu'un à la DDASS ?

B.B : le texte que nous proposons est plus exigeant que cela7.

Jean Cottraux: le terme scientifique est important.

Christian Vasseur : l'idée du titre infère l'accession à une qualité. Les


inquiétudes concernant une nouvelle profession sont fondées. Déjà,
dans la pratique hospitalière actuelle les infirmiers sont employés au

3- peut-on travailler sans donner une définition à la psychothérapie ? Les travaux initiés par le
ministère à ce sujet n'ont, à notre connaissance, jamais été publiés, ce qui démontre
probablement la difficulté de la tâche ;
4- la formation de base à la psychothérapie doit être réelle et suffisante et comprendre
obligatoirement le travail "sur soi", psychothérapie ou psychanalyse personnelle du
psychothérapeute ;
5- nous refusons la médicalisation de la psychothérapie, et cette crainte semble fondée ;
6- ce n'est pas un tel dispositif légal qui évitera l'emprise sectaire (argument jugé populaire et
utilisé constamment comme cheval de bataille par les parlementaires), d'autant que chacun
peut obtenir le diplôme.
7- concernant les "dispositions transitoires", mise en garde du PSY'G contre la tentation
d'instituer des commissions préfectorales composées très majoritairement de professionnels et
d'enseignants (telles celles créées par le décret de mars 1990 pour l'application de la
réglementation de l'usage du titre de psychologue), afin de ne pas connaître à nouveau les
situations préjudiciables et regrettables vécues par de nombreux professionnels, ce qui avait
provoqué de très nombreux recours devant le tribunal administratif… Le ministère de la santé
lui-même, tirant la leçon, avait reconnu à l'époque que ce dispositif ne devait plus être
reconduit et évoquait, pour l'avenir si nécessaire, une instance impartiale, uniquement
administrative, n'ayant pour seule fonction la validation des documents présentés par les
demandeurs.
À noter que les préjudices subis ne concernaient pas seulement des professionnels exerçant
sous le titre de psychothérapeute (ce qui rendait d'ailleurs la défense de leur dossier difficile
car la loi était claire : il fallait avoir exercé sous le titre de psychologue pour bénéficier des
mesures transitoires) mais surtout des psychologues déclarés en tant que tels dont certains
étaient titulaires de diplômes universitaires en psychologie (licence, maîtrise en psychologie
mais que la commission essayait d'éliminer en refusant de respecter les dispositions du
décret…). Nous avions eu notamment le cas d'une psychologue exerçant depuis plus de vingt
ans, titulaire d'un DESS et d'une maîtrise en psychologie, mais comme sa licence était en
sociologie, la commission rejetait sa demande et il a fallu une longue procédure et plusieurs
années avant que notre adhérente soit rétablie dans son titre.
7
Cottraux indique alors que la formule scientifiquement validées permettait cette protection.
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titre de psychothérapeutes. On gagnerait à inventer une instance qui


réfléchirait à la question des psychothérapies. La psychothérapie est la part
majeure de notre pratique de psychiatres. On ne s’occupe pas des bleus de l’âme. Enfin, il y
a la question de la formation personnelle. Le refus d'un travail sur soi
constitue une contre indication à la pratique de la psychothérapie. La
remise en cause auprès d'un tiers ou l'analyse de sa pratique, il y
faudrait une invitation évidente8.

B. B. : je précise que les différents rapports (Cléry-Melin, Inserm, etc.) n’engagent que leurs
auteurs et n’engagent pas le ministre.

Jean-Claude Stolov — Société psychanalytique de recherches et de


formation, scission du Quatrième Groupe : cette loi constitue une
préservation contre les sectes. Au moins, elle vise, avec l’usage du
titre, à souligner le danger qu’il y a à définir une profession de
psychothérapeute. Si on s’engage dans cette voie, on peut aller de
Charybde en Sylla et déboucher sur quelque chose qui mettrait l'État en
position de déterminer ce qui est recevable ou non. Or, il est nécessaire
de s'abstenir de définir ce qu'est la psychothérapie.

Bruno Dal-Palu : il est utile de rappeler que beaucoup de gourous de sectes sont médecins.

Bernard Basset : vous avez un mois de réflexion. Vos textes devront


être prêts pour le 10 février afin que nous puissions siéger à nouveau le
21. Le plus simple c'est que lorsque je réponds à une personne, toutes
les autres en soient informés. Je vous engage donc à constituer un
carnet d'adresses collectif et à le communiquer à mon assistante.

8
Précision depuis les notes de ** : Il faudrait une invitation évidente à la remise en cause
auprès d'un tiers ou à l'analyse de sa pratique.