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FACULTE DES LETTRES, LANGUES ET ART (FLLA)

Département des Sciences du Langage

UE : LNG 205

INTITULE DU COURS

INTRODUCTION A LA SOCIOLINGUISTIQUE

ENSEIGNANT : Dr DJOUA Kpombo


La sociolinguistique constitue un nouveau point de vue sur la langue et la communauté
humaine, qui intègre des facteurs que la seule linguistique ne peut prendre en compte, et dont
souvent elle se méfie en raison de leur apparente subjectivité : attitudes des locuteurs, jugements
épilinguistiques, etc. De ce fait, la sociolinguistique prend en compte fondamentalement tous
les phénomènes liés à la situation de discours, qu’ils soient caractérisables en termes temporels,
spatiaux ou sociaux.

Objectif général

Amener l’étudiant à se faire une idée de la sociolinguistique et de ses objets.

Objectifs spécifiques

A la fin du cours, l’étudiant sera capable de :

 Connaître la démarche et l’objet de la sociolinguistique


 Etablir les relatons entre la langue et le dialecte
 Comprendre les notions de variations linguistiques
 Distinguer la diglossie du bilinguisme
 Expliquer les phénomènes linguistiques (les interférences, les emprunts, Calque,
mélanges de langues)

Plan du cours

1- Présentation générale
2- Démarche et objet de la sociolinguistique
3- Rapport entre langue et société
4- Dialecte
5- La variation linguistique
6- Diglossie
7- Bilinguisme

Évaluation :

Examen final : Examen écrit /QCM ; poids dans la validation de l’UE : 100%.
Eléments de la bibliographie

Charles A. FERGUSON, 1951, Diglossia, Word.

F. Gadet, 1992, Le français populaire 1983. PUF, Paris.

J-F. Hamers et M. Blanc, Bilingualité et Bilinguisme, Mardaga.

Joshua, FISHMAN,1971, Sociolinguistique, Ed. Nathan-Labor, Paris Bruxelles

H. LEFEBVRE, 1966, Le langage et la société, Gallimard.

J. B. MARCELLESI et B. GARDIN, 1974, Introduction à la sociolinguistique. La linguistique


sociale, Larousse.

J.-L. CALVET, 1996, Les politiques linguistiques, PUF, Paris.

J-L. CALVET, 1999, La guerre des langues et les politiques linguistiques, Hachette, Paris.

W. Labov, 1976, Sociolinguistique, Minuit, Paris. FISHMAN, (Joshua), Sociolinguistique,


Ed.,1971.

Site internet

Bilinguisme http : // www.wikipédia, l’encyclopédie libre.

Dialecte http : // www.wikipédia, l’encyclopédie libre.

Diglossie http : // www. Wikipédia, l’encyclopédie libre.

Variation linguistique http : //www .wikipédia, l’encyclopédie libre.


CHAPITRE 1 : PRESENTATION GENERALE

Initialement décrite comme une des branches de la linguistique par le fait qu’elle serait une
sorte de rencontre entre une théorie linguistique et une théorisation sociale, voire sociologique
du fait linguistique, la sociolinguistique tend à devenir au moins dans les pratiques de
recherches une discipline autonome et distincte de la linguistique parce que son objet de
recherche n’est plus le même.

1.1- Naissance de la sociolinguistique

A l’inverse des linguistes, les sociologues préfèrent rattacher l’évolution de la sociolinguistique


à des nécessités sociales qu’à des impératifs épistémologiques. Ainsi, l’apparition de cette
nouvelle branche de la linguistique, dans les pays anglo-saxons et en France, à des périodes
différentes, est une réponse aux interrogations des linguistes, liée au contexte politique et social.
Aux Etats Unis, son apparition est liée à la redécouverte de la pauvreté frappant surtout les
minorités. Dans les années 1960-1970, un déficit budgétaire s’aggrave car les dépenses ne
suivent pas les prévisions. Par ailleurs, la seconde guerre du Vietnam, les deux chocs pétroliers
accentue la poussée inflationniste, un ralentissement de la croissance, la hausse des prix, tous
ces facteurs entraînent une aggravation du chômage qui frappe surtout les minorités
linguistiques. Pour remédier à des problèmes que l’on rencontre à l’école, pour aider ces
minorités (noirs, portoricains, indiens) à s’intégrer, des spécialistes : sociologues,
psychologues…vont effectuer des recherches. « On redécouvre que le langage joue un rôle
important dans la différenciation sociale, comme en témoignent les problèmes scolaires des
enfants des milieux défavorisés. Le gouvernement fédéral lance une politique sociale visant à
l’intégration scolaire des minorités linguistiques. Un grand nombre de chercheurs dont Labov,
Hymes, Fishman, se fixent comme un de leurs objectifs d’aider à résoudre ces problèmes. Ainsi
Labov consacre-t-il plusieurs articles aux causes de l’échec des enfants noirs dans
l’apprentissage de la lecture, Hymes entend examiner non seulement les outils linguistiques et
la structure sociale ; Fishman se penche sur les problèmes de contact de langue. Tous les trois
constatent que la linguistique structurale et générative se trouve impuissante à traiter la question
que pose pour l’école l’apprentissage de la norme linguistique. Pour eux, la différenciation
linguistique est inséparable du pluralisme culturel dont toute société est témoin, et le langage
est investi de valeurs économiques et sociales » (Christian Baylon p16).

En France, les préoccupations d’ordre sociologique ont été mises à l’écart par le prestige d’un
structuralisme à sujet réduit et le succès de la grammaire de Chomsky qui proposait un modèle
éliminant le fonctionnement pragmatique du langage. Grâce aux travaux de recherches anglo-
saxons, la réflexion sur le langage en tant que pratique sociale va être renouvelée et la
linguistique française sera obsédée à partir du XIX siècle par le problème des rapports de la
langue et des mouvements sociaux. De nombreux travaux vont apparaître : Ducrot fait connaître
ses recherches sur les actes de parole, JB. Marcellesie et Gardin se sont fait largement l’écho
des idées de Labov. Ces préoccupations sont liées dans les années 1975-1985, période où les
conditions socioéconomiques se transforment : société en crise, chômage, poussée nationaliste
sécuritaire, xénophobie et problèmes de l’intégration car la société française contemporaine est
caractérisée par la confrontation d’imaginaires sociaux : jaillissement des différences,
affirmation des minorités à la recherche de valeurs neuves (les immigrés, les chômeurs, les
minorités culturelles s’opposeraient aux français).

Les articles, les revues montrent que la langue n’est pas seulement un moyen de communication
entre les hommes, ni un moyen de s’influencer réciproquement. Elle n’est pas uniquement
porteuse d’un contenu que celui-ci soit inexprimé ou manifeste mais elle est elle-même un
contenu. La sociolinguistique est donc l’étude des caractéristiques des variétés linguistiques,
des caractéristiques de leurs fonctions et des caractéristiques de leurs locuteurs, en considérant
que ces trois facteurs agissent sans cesse l’un sur l’autre, changent et se modifient mutuellement
au sein d’une communauté linguistique.

On peut également dire que la sociolinguistique a affaire à des phénomènes très variés : les
fonctions et les usages du langage dans la société, la maîtrise de la langue, l’analyse du discours,
les jugements que les communautés linguistiques portent sur leur(s) langue(s), la planification
et la standardisation linguistiques. Elle s’est donnée pour tâche de décrire les différentes variétés
qui coexistent au sein d’une communauté linguistique en les mettant en rapport avec les
structures sociales. De nos jours, elle englobe pratiquement tout ce qui est étude du langage
dans son contexte socioculturel. Elle traite donc de trois types d’objets : la diversité ou variétés
linguistiques, la communication conçue comme échange entre deux ou plusieurs acteurs
sociaux, et comme ensemble de pratiques socialisées et enfin les problèmes qui relèvent du
plurilinguisme : emprunt, code switching…

1.2 -Limites et chevauchement avec la sociologie

On peut distinguer aujourd’hui un double mouvement, l’un qui va de la sociologie vers la


linguistique, l’autre qui va de la linguistique vers la sociologie. Tout sociologue qui mène une
recherche qui va au-delà d’un domaine limité, qui prétend donc à une vision d’ensemble de sa
discipline, fait référence à la linguistique comme savoir organisé. Cette référence peut signifier
une aide, un modèle valable analogiquement ou le moyen de trouver un fondement commun à
toutes les sciences humaines. Nombre de sociologues, sinon tous recourent à quelque chose qui
a à voir avec la linguistique sous le nom de contenu, de sémantique, de termes associés…
Inversement, le linguiste va vers la sociologie ou plus justement vers le thème « société » dans
la perspective d’une vision complète et différenciée de la langue comme état, institution, texte,
style et discours. La linguistique est à la fois et constamment historique, pédagogique,
stylistique et politique parce qu’en aucun cas la langue n’est conçue comme une opacité mais
au contraire comme une transparence analysable en multiples différences, lesquelles conduisent
soit à un ensemble en emboîtements, soit à un équilibre. C’est donc la sociolinguistique qui
peut constituer un lien complexe et offrir une articulation des possibilités et des types de preuve
que peuvent offrir ces deux disciplines, la linguistique et la sociologie.

1.3- Limites et chevauchement avec la linguistique

La principale différence avec la linguistique « générale » est que celle-ci décrit la langue comme
un système autonome alors que la sociolinguistique considère la langue comme une production
/ un acte social. La linguistique s’intéresse principalement à la description de systèmes, au
développement dit interne (linguistique historique, comparatisme, etc.)

La sociolinguistique s’intéresse principalement à l’interaction entre la société (au sens large)


et les productions linguistiques : chevauchement avec la sociologie, la politologie, l’histoire,
l’anthropologie cf. études des politiques linguistiques, des rapports langues / identités, des
rapports sociaux à travers études des normes etc. Plus précisément une grande attention sera
donnée à la variation (par opposition à la règle), aux facteurs sociaux expliquant cette variation
(géographique, ethnique, sociale, etc.).

L’une des façons de formuler la distinction entre linguistique et sociolinguistique est d'opposer
deux formulations : le linguistique qui observe et décrit la langue, se pose essentiellement la
question de savoir comment ça marche, tandis que le sociolinguiste, tout en se posant cette
question doit compléter son questionnement par pourquoi ça marche comme cela ?
CHAPITRE 2 : DEMARCHE ET OBJET DE LA SOCIOLINGUISTIQUE

2.1- Démarche

La sociolinguistique implique une théorie linguistique (qu’observer ? Que décrire ?) Et une


conception systématique de la communication parlante, une sociologie (qui observe ?) Dans
quelles relations sociales ? La méthode en sociolinguistique se répartit en deux démarches
successives :

2.1.1- Une description de la structure linguistique et une description de la structure


sociologique.

Pour ce faire, elle emprunte les acquis théoriques de l’approche structuraliste des phénomènes
langagiers et les concepts et méthodes à la sociologie car cette dernière « montre que tout
individu est d’abord un objet social, le produit d’une socialisation. Le langage est une forme de
comportement social, un instrument de communication entre les hommes, un répertoire de
variétés linguistiques imbriquées les unes dans les autres, un moyen d’expression de
l’individu ».

2.1.2- Une confrontation des deux disciplines

Généralement le but visé est la connaissance de la société, le langage est le moyen qui permet
cette connaissance. Naturellement la démarche du chercheur variera selon le sujet et aussi selon
sa position idéologique.

2.2- Objet de la sociolinguistique

La sociolinguistique a affaire à des phénomènes très variés : les fonctions et les usages du
langage dans la société, la maîtrise de la langue, l’analyse du discours, les jugements que les
communautés linguistiques portent sur leurs langues, la planification et la standardisation
linguistiques etc. Elle s’est donnée au départ pour tâche de décrire les différentes variétés qui
coexistent au sein d’une communauté linguistique en les mettant en rapport avec les structures
sociales ; aujourd’hui, elle englobe pratiquement tout ce qui est étude du langage dans son
contexte socioculturel.

L’objet de son étude n’est pas seulement la langue, système de signes, ou la compétence,
système de règles. Elle dépasse cette opposition qui fournit un cadre étroit pour l’étude de
problèmes linguistiques importants comme l’utilisation du langage dans son contexte
socioculturel et s’ouvre vers ce que Hymes appelle la compétence de communication : pour
communiquer, il ne suffit pas de connaître la langue, le système linguistique, il faut également
savoir comment s’en servir en fonction du contexte social. D’autres linguistes, tel Labov,
pensent que toute production linguistique manifeste des régularités et peut donc faire l’objet
d’une description. Cependant quelques soient les différences, tous les chercheurs mettent
l’accent sur un objet unificateur : le langage considéré comme une activité, socialement localisé,
dont l’étude se mène sur le terrain.

Les objets d’observation et d’analyse ne seront pas les mêmes, ils sont conditionnés par la
démarche du sociolinguiste, selon qu’il s’attache à mettre en relation telle ou telle composante.
Ainsi le sociolinguiste peut vouloir inventorier les savoirs linguistiques à l’œuvre dans une
communauté donnée, étudier les dialectes, les sociolectes, et autres variétés en usage dans tel
groupe. Il peut également mettre en rapport ces savoirs linguistiques et les institutions qui leur
octroient une plus ou moins grande légitimité sociale. Il peut encore analyser le fonctionnement
des normes et des évaluations sur lesquelles s’appuie la parole circulante. Il ne lui est pas interdit
non plus d’interroger les divers types de discours, oraux ou écrits pour en décrire le
fonctionnement polyphonique, c’est-à-dire la manifestation plus ou moins problématique de
plusieurs voix : celles des interlocuteurs, mais également la trace, l’écho, de celles qui circulent
dans le contexte social où s’inscrivent les productions linguistiques en question. Le
sociolinguiste réintroduit dans son champ d’étude le sujet, peut aussi bien analyser les statuts,
rôles et places des acteurs- partenaires, leur incidence sur le déroulement des interactions, au
travers, en particulier, des stratégies mises en œuvre. Enfin, la communication elle-même peut
retenir son attention au travers des actes de parole, directs ou indirects, de leur interprétation
plus ou moins prévisibles, des rituels socio langagiers sur lesquels s’appuie la parole en
communauté.

2.3- Les domaines de la sociolinguistique

Jean-Baptiste Marcellesi (1986) rappelle les propos de Micheal Halliday établissant 15 secteurs
dans la sociolinguistique :

1) macrosociologie du langage et démographie linguistique


2) diglossie, multilinguisme, multidialectalisme
3) planification, développement et standardisation linguistiques

4) phénomènes de pidginisation et de créolisation


5) dialectologie sociale et description des variétés non standard
6) sociolinguistique et éducation
7) ethnographie de la parole
8) registres et répertoires verbaux, passage d'un code à l'autre
9) facteurs sociaux du changement phonologique et grammatical
10) langage, socialisation et transmission culturelle
11) approches sociolinguistiques du développement linguistique de l'enfant
12) théories fonctionnelles du système linguistique
13) relativité linguistique
14) linguistique ethnométhodologique
15) théorie du texte.
CHAPITRE 3 : RAPPORT ENTRE LANGUE ET SOCIETE

Il n’y a pas de société sans langue ni de langue sans société qui parle. L’universalité de
coïncidence de fait suggère une parenté profonde, une implication réciproque entre le
linguistique et le social. Une société ne peut subsister sans un moyen de communication entre
ses membres. De même, la langue ne peut se constituer en dehors du processus de
communication qu’il est possible d’identifier à la vie sociale elle-même. De cette double
implication est née la sociolinguistique, étude « de la covariance des phénomènes linguistiques
et sociaux ». (Dictionnaire de linguistique ; éd. Larousse, p.444.)

3.1 La langue

Le rôle de la langue pour constituer une société (groupe qui utilise la même langue) est très
important : la langue est un médium de communication doublement articulé ; qui atteint un
certain état de développement alors même

 Qu’il connait une certaine stabilité (souvent l’écriture acquise joue un grand rôle dans
cette relative stabilité) et que les locuteurs ont à un degré ou à un autre conscience de
règles de fonctionnement ;
 Qu’il jouit d’une certaine reconnaissance en tant que marquant l’identité d’une
communauté linguistique ;
 Qu’il peut se définir par opposition à d’autres idiomes qui remplissent d’autres
fonctions comparables.

On aura toujours intérêt à préciser plus clairement le statut d’une langue comme

 Langue vernaculaire / véhiculaire


 Langue officielle / nationale / internationale…
 Langue orale / écrite…

Il faut dire que la langue a reçu un minimum de description ; cela permet d’identifier et de
signaler notamment en vue de l’apprentissage, ses caractéristiques phonétiques, ses structures
phonologiques, grammaticales et lexicales.

3.2- La communauté linguistique

La notion de « communauté linguistique » est une des plus complexes à définir. Comme le
disent les auteurs de l’article « Communauté linguistique » dans Moreau, 1997 : « si on pouvait
concevoir (les communautés linguistiques) comme des communautés de langue, (elles) ne
poseraient aucun problème d’identification ; elles coïncideraient avec des groupements
humains géographiquement et / ou socialement définis par l’usage commun d’une langue. » (p.
88). Mais la « communauté linguistique », ce lieu théorique au sein duquel le rapport entre
langue et société est observable, est beaucoup plus difficile à déterminer et à analyser
concrètement qu’on ne pourrait le penser. Les critères de délimitation des communautés
linguistiques ne sont en faits pas clairs. Est-ce que c’est le critère linguistique (tous ceux qui
parlent la même « langue»), ou les critères sociaux (même groupe social, même mode de vie,
pourquoi pas alors même âge, même habitat, etc. ?) qui permettrait de délimiter une
communauté qui serait supposée parler la même langue ? On sait malgré tout l’influence du
« groupe » sur la variété linguistique qui est pratiquée ; ce qui laisse supposer que les facteurs
sociaux sont sans doute dominants ; mais où tracer des frontières, comment délimiter un
« groupe » ou une société ? Dans un groupe humain, même de petite dimension, coexistent des
variétés linguistiques, plus ou moins divergentes (on parle de variation diaphasique), qui
d’ailleurs sont aussi représentées au-dehors du groupe. Si l’on fait intervenir des attitudes par
rapport à la langue, elles sont difficiles à saisir, à mettre à jour selon les procédures rigoureuses.
Labov propose en ce sens de décrire la communauté linguistique comme « un groupe de
locuteurs qui ont en commun un ensemble d’attitudes sociales envers la langue ».

D’une façon générale, une « communauté » désigne un groupe qui partage un certain nombre
de valeurs. L’ambigüité du qualificatif « linguistique » est grande : il laisse entendre qu’une
telle communauté pourrait partager une même langue. C’est de fait beaucoup plus complexe
que cela : une communauté peut disposer de plusieurs langues, et le sentiment à l’égard de
chaque langue peut être variable ; les règles jouent certainement un rôle dans le sentiment
d’appartenance à une même communauté ; mais ce rôle n’est facile à déterminer.

Dans l’article « communauté linguistique » cité par Daniel Baggioni, Marie Louise Moreau et
Didier de Robillard s’interrogent sur l’assimilation possible entre :

 Communauté linguistique et communauté politique, nationale ou éthnique


 Communauté linguistique et communauté de parole ou de répertoire
 Communauté linguistique et unité de gestion des ressources linguistiques.

De fait une communauté linguistique est sans doute un peu de tout cela à la fois ; ce serait bien
sûr très insuffisant de la réduire à l’ensemble de ceux qui pratiquent une même langue, à ceux
qui appartiennent à une même nation, ou au même groupe ethnique, ou peut-être même à ceux
qui partagent les mêmes normes (cf. Labov) …

La communauté linguistique est faite de tout cela (facteurs nécessaires sans doute, mais
insuffisants), et d’autres éléments certainement variable qu’il conviendra chaque fois et au cas
par cas, de déterminer. Le sentiment d’appartenance à une communauté peut être certes de degré
divers, mais il joue indéniablement un rôle et se reconnaît des solidarités d’attitudes, de
jugements, de comportement avec certains individus sont aussi des données qu’il faudra
prendre en compte.

La description de cas concrets ne saurait éviter de simplifier et de figer les choses, il importe
seulement de ne pas se faire d’illusion sur le degré d’adéquation à la réalité du modèle ainsi
réalisé. Il sera par exemple parfois malaisé de faire le départ entre la réalité des comportements
et la représentation qu’en ont les locuteurs. La fiabilité des indicateurs devra par ailleurs être
évalué à chaque utilisation : dans certains cas, l’homogénéité de corpus des langues sera un
indicateur admissible dans l’appartenance de certains acteurs sociaux à une même
communauté ; dans d’autres, on privilégiera les critères sociolinguistique (homogénéité dans
les répertoires linguistiques, les hiérarchisations des usages, les modalités de leurs
appropriations) ; dans d’autres cas encore, on fera appel à l’histoire (comme lieu où l’on peut
déceler les traces d’évolutions convergentes ou divergentes), aux critères économiques,
communicationnels, géographiques, politiques, etc. Mais il est important de s’accorder sur le
statut d’indicateurs seulement de ces critères, qui, tous, ont des moyens de faire des hypothèses
sur le degré de cohésion qui unit les acteurs sociaux, les groupes, les pays, etc. Au sien de la
communauté linguistique. Ces critères passent donc du statut de facteurs suffisants qu’ils
avaient dans les conceptions traditionnelles à celui de facteurs nécessaires, mais insuffisants.

Est-ce renoncer à définir la communauté linguistique ? Pas tout à fait : c’est en tout cas en
montrer la variabilité selon les sociétés selon, les époques, selon les aspects sociaux ; c’est peut-
être aussi souligner qu’une « communauté linguistique » cela se constitue. On verra comment
le fait de partager des « rites », d’avoir été intégré à un groupe, ou à une société par des rites
d’initiation peut donner un sentiment d’appartenance à une communauté, sentiment qui peut
alors être très fort. Les sociétés « traditionnelles » développent généralement des rituels biens
spécifiques pour les différents âges, les différentes situations.

Rejetant souvent les rites, comme relevant d’autres mondes ou d’autres époques, nos sociétés
modernes, de plus en plus éclatées, laissent l’individu seul, sans attaches, sans repères
élémentaires que constitue la lignée, l’appartenance à un groupe social, ou même à une classe
d’âge, ou à un sexe ! Privé de ces repères élémentaires que constituent les rites, l’homme
contemporain n’a souvent plus aucun sentiment d’appartenir à une société, tout au plus
fréquente-t-il différents groupes dont il ne connaît pas les frontières. Privé de repères, livré à
lui-même, l’homme contemporain, qu’on déclare « individualiste », n’a plus comme solution
que de s’enfermer dans un univers personnel clos.

3.2.1- Les rites

Le mot rite peut avoir des sens différents selon les contextes dans lesquels il est utilisé. Selon
Martine Segalen (2005 : Rites et rituels contemporains) « le rite ou rituel et un ensemble d’actes
formalisés, expressifs, porteur d’une dimension symbolique. Le rite est caractérisé par une
configuration spatiotemporelle spécifique, par le recours à une série d’objets, par des systèmes
de comportements et de langage spécifiques par des signes emblématiques dont le sens codé
constitue l’un des biens commun d’un groupe.

Ceci est une définition qui ;

 Retient des critères morphologiques


 Insiste sur la dimension collective : le rituel fait sens pour ceux qui le partagent
 Reconnaît que ces manifestations ont un champ spécifique, qui est de marquer les
ruptures et des discontinuités ; des moments critiques dans les temps individuels comme
dans les temps sociaux ;
 Met en avant leur efficacité sociale. Le rituel fait sens : il ordonne le désordre, il donne
sens à l’accidentel et à l’incompréhensible ; il donne aux acteurs sociaux des moyens de
maîtriser le mal, le temps, les relations sociales. L’essence du rituel est de mêler temps
individuel et temps collectif. Définis dans leurs propriétés morphologiques, et à travers
leur efficacité sociale, les rites se caractérisent aussi par des actions symboliques
manifestées par des emblèmes sensibles, matériels et corporels.

C’est ainsi que le rite a pu être associé à la magie, au religieux, mais aussi plus récemment à
divers terrains profanes : cf. rites de la table, rites des salutations, rites du savoir-vivre… mais
aussi rituels sportifs (notamment le football). Si les rites changent avec le temps et avec les
sociétés, la ritualisation semble un comportement humain fondamental, indispensable à
l’existence de toute société. Les rites aident à forger l’identité d’un groupe, d’une communauté.
CHAPITRE 4 : LE DIALECTE

4.1- Définition

Selon Salem Chaker (dans son article sur le dialecte), la notion de dialecte est au début, un
concept central dans la tradition berbérisante. Elle n’a évidemment, dans la pratique des
linguistes aucune des connotations péjoratives qui la caractérisent dans l’usage courant. Alors,
le dialecte signifie simplement « variante régionale » de la langue.

D’après l’article de Wikipédia, un dialecte (du grec dialegomai « parler ensemble ») est une
variété d’une langue qui se distingue des autres dialectes de cette même langue par un certain
nombre de particularités lexicales, syntaxiques ou phonétiques, et qui est utilisée par une
fraction plus restreinte de la population, tout en restant compréhensible par tous les locuteurs
de la langue. Donc, toutes les langues possèdent des dialectes, sans exception.

Les dialectes sont également des formes particulières notamment géographiques et historiques,
prises par une langue à un moment de son histoire, ou de tels endroits de son ère de dispersion..

Il est important de souligner que chaque individu de fait pratique un idiolecte mais comme il
n’y a de science que du général et que la communication réussie est le meilleur test pour mesurer
l’existence et le fonctionnement, en linguistique on s’intéresse à une langue dès qu’elle a plus
de deux locuteurs.

Au moment où certaines langues sont parlées par des centaines de million de personnes, (le
chinois, l’anglais, le hindi, l’espagnol…) d’autres sont parlées par des groupes beaucoup plus
restreints de personnes (moins de 10 000 locuteurs ou parfois beaucoup moins).

4.2- Types de dialectes

On distingue généralement deux types de dialectes :

 Les dialectes locaux (ou géographique) qui sont étudiés par la dialectologie.

Ces dialectes peuvent coexister sur le même plan (c’est le cas des États-Unis : chaque région
parle un anglais un peu différent, aucune variante n’est censée être préférable aux autres), ou
être considérés comme inférieurs à une langue standard.
 Les dialectes sociaux (ou sociolectes), étudiés notamment par la sociolinguistique.

Donc, la division des dialectes est fondée sur la région, le temps et la vie sociale. Les différents
dialectes entre une langue et l’autre langue sont observés par la prononciation, la grammaire et
le vocabulaire. On parle parfois de « dialecte social » c’est-à-dire une variété d’une langue
produite par un groupe socialement identifié

 Dialectes historiques de la France

La France a un grand nombre de dialectes différents. Les langues du Nord de la France sont
appelées langues d’Oil et celles du Sud sont Langues d’oc et les dialectes que l’on appelle
franco-provençal.

Les dialectes parlés par les populations économiquement, politiquement et militairement fortes
deviendront de langues, alors que les autres continueront à se fragmenter pour devenir patois.
Les statuts des langues et patois sont uniquement fondés sur les facteurs socio-historiques.

Dans le domaine d’Oil, plusieurs parlers romans sont employés : le francienne, l’anglo-
normand, le champenois, le picard et le lorraine. Le domaine du franco-provençal s’étendait
sur les fractions de trois pays actuels : l’Italie, la Suisse et la France. Ce parler s’est détaché de
la langue d’Oil dès l’époque de Charlemagne.

C’est le dialecte parlé dans l’île-de-France, le francienne, qui a donné les autres dialectes partir
du XVème siècle et qui donné naissance au français.

Le français a alors beaucoup de dialectes comme par exemple : le canadien, le wallon,


(Belgique), le lorrain, le bourguignon, le champenois le franco-provençal, le comtois, le
berrichon, le poitevin, l’angevin, le normand et le francien.
CHAPITRE 5 : LA VARIATION LINGUISTIQUE

5.1- Définition

La variation linguistique est l’une des notions fondamentales de la sociolinguistique, elle a


commencé à se dévoiler à partir de l’article de William LABOV(le fondateur de la linguistique
variationniste) qui s’intitule « Les fondements empiriques d’une théorie du changement
linguistique ». Pour lui la langue est un « système hétérogène » c’est-à-dire « variable » ou des
diversités d’usage.

Les recherches de W.Labov refusent le postulat des structuralistes qui dit que la langue est
homogène et ne comporte aucune différence. Autrement-dit, LABOV remet en cause la
conception selon laquelle la langue est conçue comme une structure autonome par rapport aux
dimensions sociales, elle ne se caractérise pas par la variation. La variation linguistique est un
changement ou modification de la langue suivant un contexte socioculturel déterminé.

Le phénomène de la diversité des usages au sein d’une même langue, dans le processus social
de la communication est évident et se manifeste sur plusieurs plans :

 Géolinguistique (ou géographique),


 Temporel,
 Social,
 Situationnel.

5.2- Typologie de la variation linguistique

La sociolinguistique entend décrire la langue dans ses emplois, ses usages. Cet usage manifeste
des variations : le locuteur opère un choix parmi les variétés, les sous codes de la langue qu’il
maîtrise, notamment en fonction de son statut social, du style et de la situation qui peut être plus
ou moins formelle. Les sociolinguistes s’intéressent donc aux usagers et à l’usage de la langue
et proposent les différents classements pour présenter cette variation comme suit :

5.2.1- Variation selon les usagers

Il existe quatre types de variations à en croire aux travaux de William Labov, le père de
l’approche variationnelle en sociolinguistique :

o La variation diachronique (Historique) : La langue est un système vivant qui est en


perpétuel mouvement, elle évolue selon le temps par conséquence ses traits changent,
nous distinguons des mots qui naissent d’autres disparaissent complètements, d’autres
aussi acquièrent de nouveaux sens ou deviennent des archaïsmes…Dans ce cas nous
parlons du changement que peut subir la langue. Si nous parlons des différences de traits
anciens et de traits récents nous discutons de la variation diachronique.
o La variation diatopique (Géographique) : la langue peut avoir des réalisations
régionales. Le Français tel qu’on parle à Paris, à Lille ou à Bordeaux représente des
différences lexicales qui, bien qu’elles ne gênent pas gravement la compréhension
mutuelle sont tout de même remarquables, quand on passe d’une région à l’autre, dans
cette situation nous constatons une variation diatopique, ce genre de variation prend en
considération la Diversité des usages à l’intérieur d’une aire linguistique
géographiquement circonscrite.
o La variation diastratique (Sociale) : La même langue peut avoir une diversité de
réalisations étroitement liée à la nature des couches sociales, dans les sociétés qui se
caractérisent par la stratification sociale, nous distinguons la diversité des usages, car
dans ces communautés chaque individu est condamné à utiliser sa variété. Cette
variation diastratique se manifeste clairement dans le discours d’un ouvrier par rapport
au discours d’un médecin, du même le discours d’un simple agent d’une société avec
celui d’un directeur, tout ceci représente l’identité du statut social.
o La variation diaphasique (Stylistique): le style est une manière particulière d’exprimer
ses pensées, je change mon style selon la situation de communication dans laquelle je
me suis lancé. Dans une variation diaphasique, l’individu modifie sa manière de dire la
même chose en fonction des circonstances qui entourent l’interaction. Notons qu’il y a
aussi des facteurs qui s’avèrent importants pour expliquer le phénomène de la variation
l’âge, le sexe, la profession, la religion, ….

Françoise Gadet propose d’ajouter la variation « diamésique » qu’elle définit comme suit :
« une autre distinction relevant également de l’usage qui intervient entre l’oral et l’écrit ». Elle
est particulièrement forte dans une langue de culture très standardisée comme la langue
française. Il s’agit ici de la distinction du chenal de transmission de la parole qui constitue le
point d’ancrage de la différence : aucun locuteur ne parle comme il écrit, aucun n’écrit comme
il parle.

5.2.2- Variation selon l’usage

 Le registre soutenu (ou encore soigné, recherché, élaboré, châtié, cultivé)


 Le registre standard (ou non marqué, ou encore courant, commun, usuel)
 Le registre familier (ou encore relâché, spontané, ordinaire)
 Le registre vulgaire.

En résumé, la variation (selon les usagers ou selon l’usage) se manifeste à tous les niveaux de
la langue :

 Phonologique
 Morphologique
 Syntaxique et
 Lexicale.

5.3- Quelques manifestations de la variation lexicale

5.3.1- Le jargon

D’après le dictionnaire de Petit Robert, le jargon est une façon de s’exprimer propre à une
profession, une activité, difficilement compréhensible pour le profane. On parle par exemple
du jargon des ingénieurs, des militaires, des médecins… L’objectif est de se faire comprendre
de ses collègues d’une même spécialité sans qu’il soit forcément question de dissimulation ou
de secret.

5.3.2- L’argot

Les dictionnaires font remonter le mot argot à 1628 avec un premier sens de « corporation,
confrérie de voleurs »

Certains linguistes estiment que le mot est attesté de façon plus ancienne (13eme siècle. Cf.
Gadet). D’autres le font remonter au procès des Coquillard en 1455 (cette bande de voleurs
arrêtée puis jugée à Dijon ; certains membres de la bande livrent leur jargon).

Quoi qu’il en soit, l’argot apparaît comme :

 Une forme de jargon de la classe marginale (les malfaiteurs, la pègre), dont l’utilisation
au départ visait les non-initiés (langage cryptique).
 Un langage particulier à un groupe de personne ou un milieu fermé.

L’argot a une fonction cryptique, identitaire et ludique.

La manifestation de cette identité culturelle se fait à travers :


 La musique (rap)
 Des productions graphiques et graffitis
 Une façon de danser
 Certains sports (basket, boxe…)
 Des choix vestimentaires, et
 La forme linguistique.

5.3.3- Le verlan

C’est une forme d’argot qui consiste en l’inversion des syllabes d’un mot, parfois accompagnée
d’élision.

Exemple : meuf (femme)

turevoi (voiture)

valnacar (carnaval)
CHAPITRE 6 : DIGLOSSIE

6.1- Définition du concept de diglossie

C’est l’helléniste (érudit versé dans les études grecques) français d’origine grecque, Jean
Psichari (1854- 1929) qui a produit pour la première fois le terme de diglossie à partir de son
observation de deux variétés en concurrence en Grèce : Le katharevousa, variété savante
imposée par les puristes comme seule langue écrite et le démotiki, variété usuelle utilisée par
la majorité des Grecs.

Au début, le terme de "diglossie" est un néologisme, qui signifie bilinguisme en langue grecque
avant d'être utilisé par le linguiste William Marçais en 1930 dans sa "Didiossie arabe". Il
rappelle que la diglossie est une situation linguistique où deux systèmes linguistiques coexistent
sur un territoire donné pour des raisons historiques et du statut sociopolitique inférieur. Donc,
selon lui, la situation diglossique est généralement une situation conflictuelle car ce phénomène
se rencontre lorsque les langues utilisées ont des fonctions différentes, par exemple une langue
"formelle" et une langue "privée" qui causent l'apparition de variétés -hautes- et -basses- de la
langue.

Psichari définit ainsi la diglossie comme une configuration linguistique dans laquelle deux
variétés d’une même langue sont en usage (du point de vue du développement des langues, ces
deux variétés sont génétiquement apparentées.)

Une variété dominante, peut-être la plus utilisée ou la plus prestigieuse ou encore la plus
valorisée par rapport à une autre variété dominée. Jardel explique mieux cette définition en
disant que le phénomène de la dominance est lié à l’énergie d’une minorité ou à un groupe : « Il
montre clairement en effet que le problème de la diglossie (...) est lié à une situation de
domination (…) d’une variété sur une autre, créée par la pression d’un groupe de locuteurs
numériquement minoritaires mais politiquement et culturellement en position de force »
(Jardel, 1982, p.9).

Le linguiste américain Charles A.FERGUSON (diglossie « parue dans la revue Word » 1959),
introduit le terme de diglossie pour rendre compte de sociétés dans lesquelles deux langues
coexistent en remplissant des fonctions communicatives complémentaires. Cette situation se
caractérise par la stabilité dans la mesure où elle peut durer plusieurs années, voire des siècles.
Ferguson reprend le concept de diglossie après l'observation de 4 situations sociolinguistiques
exemplaires, celles de la Suisse Alémanique, de la Grèce, d'Haïti et des pays arabes, comme
suit:

Situation de diglossie étudiée par A. Ferguson

Situation Variété Variété Haute Variété Basse

apparentées H B

Suisse alémanique Allemand standard Dialecte alémanique

(Hochdeutsh) (Schwyzerdeutsch)

Haïti Français Créole

Grèce Katharevousa Démotique

Pays arabes Arabe classique Dialectes arabes

Dans ce sens, Ferguson rappelle qu’il y a diglossie lorsque deux variétés de la même langue
coexistent en remplissant des fonctions communicatives complémentaires. L’une des variétés
est considérée comme « haute » « high », prestigieuse, valorisée, utilisée à l’écrit. L’autre,
considérée comme « basse » (low), est celle de communications ordinaires, de la vie
quotidienne, et des échanges familiaux.

A partir de cette définition, Fishman reprend le même terme pour rendre compte à la coexistence
de deux langues et non pas deux variétés en distribution fonctionnelle et complémentaire. En
suivant Fishman, la diglossie est « une attribution sociale de certaines fonctions à diverses
langues ou variétés », tandis que le bilinguisme désigne « l’habilité linguistique individuelle. »
( M.L.Moreau, 1997 : 127) C’est aussi « La capacité d’un individu à utiliser plusieurs langues.
»Ceci veut dire que le bilinguisme relève de la psycholinguistique tandis que la diglossie est
versée sur la société et par là elle relève de la sociolinguistique que Fishman appelle bilinguisme
social.
Les critères qui permettent d’évoquer une situation de diglossie sont innombrables selon les
auteurs mais qui se rejoignent tous aux critères cités par Ferguson
6.2- Critères linguistiques dans une situation diglossique

Ferguson propose les principales différences linguistiques entre les variétés apparentées au
niveau de la grammaire et du lexique :

6.2.1- Au niveau de la grammaire

L'une des principales différences entre la variété haute (H) et la variété basse (B) est la structure
grammaticale de chacune d'elles, la variété basse est vue comme plus simple que la variété (H).
En utilisant cette variété, le locuteur se sent à l’aise.

Selon Ferguson B peut être considérée comme plus simple que H quand plusieurs conditions
sont réunies :

6.2.1.1- La morphophonologie de "B" est plus simple que celle de "H", c'est à dire que les
morphèmes ont moins de variantes ( La réalisation qui ne nuit pas au sens) et les variations sont
plus régulières, il y a moins d'exceptions. (En H, il faut dire ceci et ne pas dire cela. Les normes
prescriptives)

Exemple: Il faut k'tu prennes ton repas.

A d'main mes pots.

Du coté grammatical remarquons que dans ces exemples certaines unités sont absentes : pour
"k'tu", nous sommes appelés à écrire "que tu", « demain » aussi est prononcé "d'main".

Exemple:

H : Je suis content de te voir Oui, moi aussi

B : Chui content de t’foir Oué, m’content aussi

6.2.1.2- La variété "B" comporte moins de catégories obligatoires marquées par des
morphèmes ou des règles d'accord. Exemple: le français accorde le nom en genre et en
nombre, mais pas le créole haïtien, ainsi que pour l'espéranto.

6.2.1.3- Les règles d’accord et de rection verbale de "H" sont plus strictes que celles de
"B". Exemple: pour la variété B, presque toutes les conjonctions gouvernent l'indicatif, alors
que pour la variété H, les conjonctions gouvernent l'indicatif, le subjonctif et d’autres. Ex : S'il
m'avait écouté, il aurait su comment faire.

Exemple de l'utilisation du futur antérieur:

B : Quand je le termine, je vous le donne

H : Quand je l’aurai terminé, je vous le donnerai

6.2.2- Au niveau du lexique:

Une grande partie du lexique est commune à H et B, pour les éléments différents, on a deux
cas:

6.2.2.1- H et B ont 2 mots totalement différents pour renvoyer à la même réalité, c'est ce
qu'on appelle les doublets; exemple:

B : moule ; job ; job

H : moule ; poste; travail

6.2.2.2- H et B désignent la même réalité mais avec un changement lexical plus ou moins
grand. Etant donné que le français est en voie de réduction, la plupart des français au lieu de
prononcer « je suis », ils disent « chui ».

Enfin, H et B étant utilisés dans des domaines différents. Des termes techniques et scientifiques
n’auront pas d’équivalent en B, de même que pour des termes pour désigner des outils ou objets
familiers existeront exclusivement en B.

6.3- Les critères sociolinguistiques d’une situation diglossique

Comme on l’a déjà vue, une situation diglossique se caractérise par des critères linguistiques,
elle se caractérise par six critères sociolinguistiques également qui sont :

6.3.1- Les domaines d’emploi ou répartition des fonctions

Les domaines d’emploi des deux variétés sont différents mais complémentaires, selon C.
Ferguson, on emploiera dans certaines situations B et dans d’autres H.
Les domaines d’usage de ces variétés peuvent se résumer dans le tableau que propose
Louis Jean Calvet pour illustrer cette situation comme suit :

Domaine d’emploi Choix de la langue en Haïti


Français Créole
Offices religieux + (+)
Ordres +
Correspondance + (+)
discours politiques + (+)
cours universitaires +
conversations familiales ou avec des collègues +
nouvelles (radio, télévision) + (+)
chansons locales +
Journaux + (+)
Poésie + (+)
Folklore +

Les éléments entre parenthèses sont les terres envahies par le créole, c'est-à-dire que ces
domaines étaient consacrés pour le français seul, après cet investissement le créole est devenu
une langue officielle selon la Constitution de la République d’Haïti, votée le 29 mars 1987,
art.5 : « Tous les Haïtiens sont unis par le créole. Le créole et le français sont les langues
officielles de la République. »
Situation Variété H Variété B
Sermons, culte +

Ordre des ouvriers, serviteurs +


Lettres personnelles +

Discours politique, assemblées +


Cours universitaires
+
Conversations privées +
Informations sur les médias +
Feuilleton +
Textes des dessins humoristiques +
Poésie +

Littérature populaire +

6.3.2- Le prestige :

Le prestige est une sorte d’autorité morale, une séduction même. La variété H est considérée
comme la variété la plus prestigieuse, noble et supérieure. B est la variété de moindre prestige.
Ex : l’arabe classique possède d’un vocabulaire plus riche, plus étendu et plus spécifique que
l’arabe dialectal. Avec H aussi, on peut exprimer des pensées plus complexes, des
raisonnements logiques et on lui attribue toute fois des valeurs esthétiques (L’héritage littéraire
par exemple).

6.3.3- L’héritage littéraire

La plus part des gens pensent que la littérature de valeur et la plus estimée est celle rédigée en
H (ex : la différence entre un poème français et un poème écrit en éwé). Donc la variété H est
plus prestigieuse surtout celle qui se réfère à un héritage littéraire.
6.3.4- L’acquisition

Selon les recherches de Fergusson, tous les locuteurs utilisent la variété basse avec leurs enfants
ce qui donne à cette variété le caractère d’une langue première acquise de leurs parents, elle est
qualifiée de langue informelle. Tandis que la variété haute n’est pas exercée dans un espace
d’une grande étendue (on l’entend par exemple dans la radio, la télévision, à l’école, à
l’université…) son apprentissage débute dès la première année de scolarisation. Les sujets
parlants se sentent à l’aise en utilisant B car elle est apprise sans grammaire explicite alors que
H est apprise en termes choisis et de grammaire stricte.

6.3.5- La standardisation

La standardisation revoie à la norme à la variété légitime qui se définit par un certain nombre
de prescriptions en matière de phonologie, de lexique, de syntaxe et de style. Dans la situation
de diglossie, les études grammaticales sont nombreuses sur la variété haute, certains chercheurs
travaillent sur la prononciation de cette variété, d’autres étudient la grammaire, l’orthographe
ou le vocabulaire. Les recherches dans la variété B sont rares car B ne possède pas de grammaire
fixée, même quand on recueille un corpus où il y a des séquences de variété basse, on essaye
de les traduire dans la variété haute afin de les analyser.

6.3.6- La stabilité

Selon Fergusson, la stabilité dépend des évolutions possibles qui auront lieu sous des pressions
socio-économiques ou socioculturelles, ex : le développement des communications qui pourrait
écarter une variété au détriment de l’usage d’une autre. Selon Fergusson, il y a trois évolutions
envisageables, ce sont :

 le maintien de la diglossie (La situation de la Suisse alémanique perçue comme une


diglossie particulièrement stable) ;
 une évolution tendant vers la convergence, l’unification de H et de B. Les locuteurs
perçoivent les deux variétés comme une seule et aucun conflit ne se développe entre les
deux ;
 une évolution tendant à l’élimination de l’une ou de l’autre des deux variétés.

Le critère de durée et de stabilité ne sont pas des critères fondamentaux ; en Afrique quand
on est face à une situation diglossique qui prend le français comme variété haute et une langue
véhiculaire (wolof (Gambie, Sénégal et le sud de la Mauritanie), bambara (Afrique occidentale,
Mali),…) comme variété basse, les chercheurs ont constaté que les langues véhiculaires ont
conquis certains secteurs formels d’autre part le français est utilisé dans des communications
informelles.
CHAPITRE 7 : BILINGUISME

7.1- Définition

Durant de longues années, le bilinguisme a été considéré comme un handicap cognitif, car on
pensait que le fait d’apprendre une deuxième langue limitait l’appropriation d’autres
informations.

Certains linguistes comme André Martinet entendent par bilinguisme, la maitrise de deux codes
différents, le degré de maitrise n’est pas déterminé. Pour ce dernier, c’est l’expression dans
laquelle rien ne s’interpose entre l’expérience que l’individu veut transmettre et le choix
d’unités linguistiques qui combinent les phrases.

Pour d’autres chercheurs comme Titone (1972) par exemple, le bilinguisme est « la capacité
d’un individu à s’exprimer dans une seconde langue en respectant les concepts et les structures
propres à cette langue, plutôt qu’en paraphrasant sa propre langue ».

Dans son dictionnaire de linguistique Jean Dubois conçoit le bilinguisme comme « l’état
linguistique où les sujets parlants utilisent deux langues différentes suivant un environnement
social et des conditions linguistiques spécifiques. »

D’autres comme Hamers ont évoqué la notion d’ « interaction ».

Hamers (1981) introduit une distinction entre bilinguisme et bilingualité. Par bilingualité,
l’auteur entend « un état psychologique de l’individu qui a accès à plus d’un code linguistique
», alors que le terme « bilinguisme », renvoie à un « état d’une communauté dans laquelle deux
langues sont en contact, avec, pour conséquence, que deux codes peuvent être utilisés dans une
même interaction et qu’un nombre d’individus sont bilingues ». Hamers prend en compte
l’aspect social de l’apprentissage des deux codes pour devenir un être bilingue.

Le critère de bilingualité a poussé d’autres auteurs à une classification plus précise du


bilinguisme.

Lambert (1955) oppose ainsi la « bilingualité équilibrée » à la « bilingualité dominante ».

Dans le premier cas, le locuteur possède des compétences linguistiques identiques dans les deux
langues alors que dans le second cas, une langue est mieux maîtrisée que l’au
7.2- Différents types de bilinguisme

Étant donné que l’acquisition d’une seconde langue varie en fonction de l’âge, nous avons
classé le bilinguisme en ses différents types dans ce tableau ci-dessous :

Les types de Les caractéristiques


bilinguisme

Le bilinguisme L’acquisition des deux langues dès la naissance et avant l’âge de la


simultané scolarisation

(ou bilinguisme
précoce)

Le bilinguisme l’enfant acquiert d’abord une première langue qu’on appelle généralement
séquentiel « langue maternelle" puis une autre qu’on appelle « langue seconde »

ou consécutif

Le bilinguisme La maitrise parfaite des deux langues en question


idéal

Le bilinguisme Agir d’une manière active, on est en aisance quand on parle avec l’une ou
actif l’autre des deux langues

Le bilinguisme On reçoit seulement les deux langues (quand on applique certaines


passif définitions du bilinguisme sur cette acception, on saura qu’on n’a pas en
effet un bilinguisme passif)

Le bilinguisme L’acquisition d’une deuxième langue à partir de l’âge de sept ans


tardif

Le bilinguisme Quand une des deux langues ne jouit pas du même statut que l’autre, dans
soustractif ce cas l’acquisition d’une deuxième langue se fait au détriment de la
première qui va naturellement réduire le niveau de compétence de cette
dernière.
7.3- Différence entre bilinguisme et diglossie

On parle généralement d'une certaine interférence entre bilinguisme et diglossie, pour expliquer
cette différence, Fishman parle de quatre cas :

Diglossie

Bilinguisme + Diglossie et bilinguisme Bilinguisme sans


diglossie

Diglossie sans bilinguisme ni diglossie ni


bilinguisme

Il peut y avoir diglossie et bilinguisme : l’utilisation de deux langues selon les besoins. Ex : en
Suisse où l’allemand standard (langue de l’écrit et de l’école) et le (s) dialecte (s) suisse(s)
alémanique(s) : se partagent le champ de communication sociale ;

Il peut y avoir bilinguisme sans diglossie : c’est ce qu’on appelle aussi le bilinguisme successif,
il consiste à l’apprentissage d’une deuxième langue alors que le développement de la première
langue est déjà amorcé. Ex : Les migrants vivent un état de transition : ils doivent s’intégrer
dans la communauté d’accueil avec la langue d’accueil et conservent leur langue d’origine.

Il peut y avoir diglossie sans bilinguisme : la diglossie est plus fréquente dans les pays africains
ou on est face à deux variétés de la même langue.

ni diglossie ni bilinguisme : on parle ici des petites communautés restées isolées, comme
exemple : au Pérou, le taushiro (une des rares langues à ne pas avoir de bilabiales :b,p,m ) n’est
plus parlée que par dix personnes âgées ( Natalia Sangama).

 morphèmes ont moins de variantes et les variations sont plus régulières, il y a moins
d’exceptions.
 B comporte moins de catégories obligatoires marquées par des morphèmes ou règles
d’accord (ex. le français accorde le nom en genre et en nombre mais pas le créole
haïtien).
 Les règles d’accord et de rection verbale de B sont plus strictes que celles de H (par
exemple une variété sera plus « simple » qu’une autre si toutes les conjonctions
gouvernent l’indicatif, alors que l’autre comportera des conjonctions gouvernant
l’indicatif, des conjonctions gouvernant le subjonctif, d’autres les deux mais avec des
changements de sens).

7.4- L’alternance codique

Les contacts prolongés des diverses langues entrainent une alternance codique, d’où
l’émergence d’un discours alternatif produit par un locuteur dans une situation de
communication donnée, c’est le cas de l’arabe dialectal et du français en Algérie.

L’alternance de code linguistique, ou code switching, est une alternance de 2 ou plusieurs codes
linguistiques (langues, dialectes, ou registres linguistiques.) l’alternance peut avoir lieu à
plusieurs endroits d’un discours, parfois même au milieu de la phrase, et le plus souvent là où
les deux syntaxes s’alignent. Ex : [gulu j prepare lgato]

Selon Gumperz, « L’alternance codique dans la conversation peut se définir comme la


juxtaposition d’un même échange verbal de passage ou le discours appartient à deux systèmes
ou sous-systèmes grammaticaux distincts. » (Gumperz.1989 :57).

Exemple « Puis.je avoir ton numéro in order to call you tomorrow? ».

7. 5-Le choix de la langue

Les utilisateurs des deux codes linguistiques différents ou les participants dans une interaction
prolongée ne sont pas souvent tout à fait conscients du choix de leurs langues qu’ils utilisent à
tel ou tel moment de l’échange verbal, car en réalité le passage d’un code à l’autre ou la sélection
d’un code par rapport à un autre se font d’une manière automatique loin d’être soumise à une
règle de mélange, c’est le langage où l’individu parle sans gêne.

Exemple : Bonjour, [I meet the coach yesterday], il m’a parlé de toi.

Bonjour, hier, j’ai rencontré l’entraineur, il m’a parlé de toi.

Dans ce dernier cas, on parle de code switching. (C’est l’alternance des propositions.)
Alors qu’un code mixing, qui est en fait l’insertion d’un mot d’une autre langue dans une
phrase. Exemple : quand j’aurai parlé au directeur, je vous téléphonerai [nchAllah]

L’un des principaux facteurs de l’utilisation de l’alternance codique c’est le manque dont
souffre le locuteur dans l’une des deux langues en question.

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