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Ordre, désordre et émergence

Edgar Morin, sociologue et philosophe des sciences, s'est inspiré de N. Wiener et de L. von
Bertalanffy, qui ont amorcé l'idée d'une « science des systèmes », c'est-à-dire la conceptualisation
des systèmes en tant que tels, quel que soit le domaine d'application. En sociologie, le concept de
« système » avait été utilisé par Talcott Parsons qui conçoit la société comme l’imbrication d’un
système culturel et d’un système social. Ces deux systèmes s’institutionnalisent dans une structure
qui confère à la société une grande stabilité.
Selon Edgar Morin, pour comprendre le monde, il faut associer les principes antagonistes d’ordre
et de désordre, en y adjoignant celui d'organisation. Reprenant les idées de W. Weaver, Morin
oppose la complexité désorganisée et la complexité organisée. L'idée de complexité désorganisée
vient du deuxième principe de la thermodynamique et à ses conséquences (entropie toujours
croissante). La complexité organisée, elle, signifie que les systèmes sont eux-mêmes complexes,
parce que leur organisation suppose ou produit de la complexité. Il y aurait une relation entre la
complexité désorganisée et la complexité organisée.
Tout et parties sont organisés, c'est-à-dire reliés de façon intrinsèque. Une organisation fait
apparaître des qualités nouvelles, qui n’existaient pas dans les parties isolées, et c'est ce que l'on
appelle une émergence organisationnelle. Le concept d'émergence est fondamental si l’on veut
relier et comprendre les parties au tout et le tout aux parties. L’émergence produit une
irréductibilité ; c’est une qualité nouvelle intrinsèque qui ne vient pas des éléments antérieurs.
La complexité générale
« Nous sommes encore aveugles au problème de la complexité. Les disputes
épistémologiques entre Popper, Kuhn, Lakatos, Feyerabend, etc., la passent sous
silence. Or, cet aveuglement fait partie de notre barbarie. Il nous fait comprendre que
nous sommes toujours dans l’ère barbare des idées. Nous sommes toujours dans la
préhistoire de l’esprit humain. Seule la pensée complexe nous permettrait de civiliser
notre connaissance. » (E. Morin, Introduction à la pensée complexe, Paris, Editions du
Seuil, 2005, p. 24).

Qu’est-ce que la complexité « généralisée » ? Pour Morin, ce serait un paradigme qui


imposerait de conjoindre un principe de distinction et un principe de conjonction. La
complexité demande que l’on essaie de comprendre les relations entre le tout et les
parties. Mais, la connaissance des parties ne suffit pas à la connaissance du tout ; on
doit faire un va-et-vient en boucle pour réunir la connaissance du tout et celle des
parties. Ainsi, au principe de réduction, on substitue un principe qui conçoit la relation
d’implication mutuelle entre tout et parties.