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Université “Dunărea de Jos” de Galați

Faculté des Lettres

L’AVENIR EST DANS LES ŒUFS OU IL


FAUT DE TOUT POUR FAIRE UN MONDE
EUGÈNE IONESCO

Iordache Marinela
Roumain-Français
L'année II
Galați
2019
Corpus:
IONESCO, Eugène, Théâtre, vol. I, Éditions Gallimard, Paris, 1954.
EUGÈNE IONESCO
(1909-1994)

Né à Slatina en Roumanie, le 26
novembre 1909, d’un père roumain et d’une
mère française, il vint à Paris à l’âge de deux
ans, la famille déménageant parce que le
père venait y étudier le droit. Mais, en 1916,
quand l'Allemagne déclara la guerre à la
Roumanie, il retourna à Bucarest. Le reste de
la famille resta en France, à La Chapelle-
Anthenaise . En 1922, à la suite du divorce
de leurs parents, Eugène et sa sœur
rejoignirent leur père en Roumanie, pays dont
ils ignoraient tout des coutumes et de la
langue. Après avoir appris le roumain,
fréquenté le lycée orthodoxe Saint-Sava et
obtenu son baccalauréat, en 1929, à l'âge de
vingt ans, il entra à l'université de Bucarest
en études françaises où il fut considéré
comme un brillant étudiant.
Il participa, avec Emil Cioran et Mircea Eliade,
au groupe Criterion dirigé par le philosophe Nae
Ionescu (sans aucune parenté avec lui). Il subit
l’influence intellectuelle de ce maître à pensée
d’une génération excitée, philosophe aussi creux
que charismatique, qui citait Spengler et
Schopenhauer, mais se fit de plus en plus proche
des Gardes de fer, mouvement nationaliste,
fasciste et antisémite qui exista en Roumanie entre
1927 et le début de la Seconde Guerre mondiale, et
de leur mystique de la mort rédemptrice. «Il a créé
une Roumanie réactionnaire, stupide et terrifiante.
[...] Il a entraîné dans son sillage nombre de ses
collègues et toute la jeunesse intellectuelle. »,
écrivit Ionesco en 1945.
Prolongement de l’adolescence ou révolte
contre le père, son anticonformisme, sa causticité,
son esprit contestataire le rapprochèrent des
mouvements d’avant-garde (dadaïsme,
surréalisme) qu’il découvrit avec délices à travers
Tzara, Breton, Crevel, Soupault. C’est ainsi que,
dès 1930, il commença à fournir des textes à
diverses revues littéraires où il fut remarqué pour
sa vivacité d'esprit. À l’âge de vingt-trois ans, il
publia son tout premier ouvrage.
L’AVENIR EST DANS LES ŒUFS

 C’est une pièce en un acte. Cette pièce constitue une sorte de suite
à “Jacques ou la soumission”.
 On y voit Ionesco user de cette figure rhétorique de prédilection
dans toute son œuvre, l'oxymoron (association de termes
incompatibles): « une fontaine de lumière », « des neiges de feu ».
 Elle fut créée en 1957.
 Les personnages : JACQUES-FILS
JACQUELINE, la soeur
JACQUES-PÈRE
JACQUES-MÈRE
JACQUES-GRAND-PÈRE
JACQUES-GRANDE-MÈRE
ROBERTE
ROBERT-PÈRE
ROBERTE-MÈRE
De quoi il s’agit?

C'est l'histoire de la famille JACQUES et de la famille ROBERT. C'est


une histoire de deux familles qui n'en forment plus qu'une.

Dans L‘avenir est dans les œufs, Ionesco présente le drame d'un jeune
homme qui ne supporte pas les compromis qu'imposent à tout individu la
famille et la société. La pièce donne à entendre son cri de révolte. Dans
cette pièce, il est temps d’assurer l’avenir de la race par la production. La
pression familiale prend de l’ampleur pour tenter de faire subsister un
monde en déclin.

L'avenir est dans les œufs montre une famille agacée de voir le jeune
couple se livrer depuis trois ans à un babillage amoureux improductif. Une
intervention de Jacqueline permet de séparer les amoureux, puis de les
pousser à pondre et à couver des œufs, au grand ravissement de tous.
 L’espace
Le décor est un indicateur socioculturel qui souligne la condition
sociale médiocre des personnages, mais aussi leur délabrement intérieur:
« Dans le fond, sur la gauche, il y a, maintenant, un grand meuble, une
sorte de longue table, ou une espèce de divan, servant d'appareil-à-couver.
Le tableau n”exprimant rien”, sur le mur du fond, au milieu est remplacé à
présent par un grand encadrement contenant le portrait du Grand-père
Jacques, [. . .]. Chaises autour de la table à couver. »
 L 'éclairage
Dans cette pièce, Ionesco ne donne pas d'indications directes sur
l'éclairage, mais la présence de la pluie connote une ambiance grise et
triste qui n'évoluera pas au fil de la pièce.
 Le bruitage
Tout au long de cette pièce, les gémissements et les cris de Jacques
se font entendre: « Cris de plus en plus aigus », que Jacqueline interprète
comme les « douleurs de l'enfantillage », dans un jeu de mots saisissant.
On entend également très fort les cot-codac de Roberte qui accompagnent
la production d'œufs jusqu'au dénouement: « Le mouvement, les bruits
continuent "Cot-cot-codac" "Teufl Teufl Teufl" [ ... ] ».
 Le temps
Les indicateurs temporels figurent aussi bien dans les didascalies que dans
les répliques des personnages.
Dans L'avenir est dans les œufs, on apprend également la durée du
mariage de Jacques et Roberte par les répliques des personnages, mais on
ignore la durée de la pièce: « Jacques-père, à Robert père. - Monsieur, il y a
trois ans que nous avons conclu la noce! [ ... ] ».

 Les thèmes
 La solitude et l'angoisse
Jacques et Roberte récemment mariés ne font plus qu'un, mais c'est surtout
sur le plan physique: le rideau se lève sur les deux embrassés. Le jeune couple
semble être figé dans cette seule situation depuis des années, qui les coupe du
monde. L'isolement semble avoir découlé automatiquement du mariage et
surtout du siège familial qui est fait autour d'eux. Ainsi, la solitude mentale se
concrétise, pour le couple, par un enfermement irrémédiable. Isolés du monde,
à l'écart de leur propre famille, Jacques et Roberte sont aussi coupés l'un de l'
autre. Jacques devient un solitaire désespéré dans une vie matrimoniale
impossible à endurer. La solitude de Jacques se matérialise par la mise en
scène d'un lieu clos, coupé du monde extérieur.
 La mort

Dans L'avenir est dans les œufs, Ionesco sape complètement la


vraisemblance en mettant en scène Jacques grand-père mort qui chante et
qui parle avec les autres, plus qu'il ne l'a fait dans sa vie: (Le grand-père
quitte son cadre et s'approche des autres), ensuite Jacques-père dit à
Jacques fils : « Voilà ton grand-père en chair et en os qui va nous raconter
lui-même les circonstances de son décès ».
La mort fait l'objet de larmes simulées: Jacques doit se prêter au jeu et
faire semblant de pleurer. Pendant ce temps, Jacques grand-père décédé
continue à se disputer avec Jacques grand-mère. Tout cela se déroule
dans une ambiance ridicule, où la mort est désacralisée et tournée en
dérision dans ce jeu sur la représentation: on assiste à une sorte de
parodie de la tragédie.
 Le feu
Dans L'avenir est dans les œufs, la chaleur est inhérente au processus
de la production, mais elle n' atteint pas le degré de la flamme. Cette
sensation de chaleur est désagréable à Jacques, car elle fait partie de tout
un contexte tortionnaire. Son entourage, délimitant l'avenir qui attend la
nouvelle génération, énumère une liste (de ce que tous ces enfants vont
devenir) où figurent entre autres « des pompiers » et « des allumettes ».

 Le conflit
Jacques le découvre après le mariage, qui le contraint à une
production obligatoire dans L 'avenir est dans les œufs. De fait, la paix
apparaît illusoire: les trêves sont toujours de très courte durée (par
exemple l'entente de Jacques avec Roberte).
Les personnages

Les personnages se retrouvent en couple (homme et femme), la


conjugalité étant l'élément essentiel dans le corpus étudié ; le nombre des
femmes est sensiblement égal à celui des hommes. L'âge des couples
varie et reflète ainsi toutes les étapes de l'union conjugale : Jacques et
Roberte forment un jeune couple marié, tandis que leurs parents sont des
vieux couples.

Jacques et Roberte constituent le prénom de chacun des membres


des deux familles. La famille de Jacques se compose de Jacques père et
de Jacques mère, de Jacques grand-père et de Jacques grand-mère, et de
Jacqueline, la sœur, dont le prénom est le féminin de celui de Jacques.
Jacques-père est désigné une seule fois par un prénom distinct, « Gaston
», qui semble néanmoins ne pas avoir d'importance. De même, les parents
de Roberte sont désignés par Roberte-mère et Robert-père. En fin de
compte, tous les personnages s'appellent soit Jacques, soit Robert.
Les personnages

Le rôle du grand-père se développe. On apprend d'abord qu'il est mort.


Puis, découvrant son visage souriant dans un cadre suspendu dans le
vide, on le voit plus que jamais prendre part à la conversation car,
« depuis qu'il est mort, il parle beaucoup mieux ».

La scène de la « production » des œufs est peut-être la plus moderne


de la pièce. Ionesco a en effet imaginé que les époux sont séparés et que
l'une pond tandis que l'autre couve.
Le rapport entre le couple et son entourage

Jacques et Roberte accomplissent les gestes les plus intimes sous le


regard de tout le monde, sans aucune gêne manifeste. Ils sont critiqués et
jugés chacun par leur famille. Les parents se mêlent des plus petits détails
de l'intimité du jeune couple. Leur rôle ne s'arrête manifestement pas au
choix du partenaire, mais s'étend à la planification de leur vie conjugale,
selon un système préétabli. L'avenir est dans le mariage, car c'est la voie
de la multiplication qui ferait la gloire de la « race blanche ».
On s'occupe d'eux, on leur sert à manger. Jacques et Roberte
s'accouplent, se séparent, se multiplient sur ordre. Ce sont les parents qui
forcent le couple et accomplissent avec lui pas à pas toutes les péripéties
de la multiplication dans un univers connoté d'obscénité. On voit Jacques
transporté, malgré lui, comme une poule sur la machine à couver, autre
élément insolite qui rehausse la portée comique de la conjugalité. Le
mariage est complètement désacralisé par les attaques à la pudeur que
commet l'entourage du couple : « Roberte prend un air gêné. [ .. . ].
Roberte prend un air de plus en plus gêné. [ .. . ]. Roberte, de plus en plus
gênée, prend cependant des poses extravagantes ».
La communication conjugale

Tout dialogue entre le couple marié disparaît, le rapport conjugal se


réduit à l'accouplement. La communication entre le couple n'est que
physique, le rapport linguistique est presque coupé : le seul échange
verbal qui a lieu entre Jacques et Roberte est une sorte de réplique
d'obéissance et de soumission à ce que disent les parents sur leur devoir
de faire des enfants. Ainsi les deux approuvent-ils automatiquement et en
même temps:
« Jacques, à Roberte. - C'est vrai, ma chérie …
Roberte, à Jacques. - C'est vrai, mon chéri ... »
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