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L'ÉDUCATION

L'éducation

ouvrière

L'éducation ouvrière est une des questions qui préoccupent

de plus en plus les états modernes. Les lois relatives à la fré-

quentation scolaire, à la durée minima de l'instruction, à l'âge limite des enfants pour leur entrée à l'école et leur sortie, se succèdent dans tous les pays. Pour la seule année 1932 : la Chine met au programme de la Section du Travail du Minis-

tère des industries le développement de l'instruction ouvrière ;

en

Guyane britannique le conseil légistatif interdit d'employer

les

enfants de 9 à 12 ans pendant les heures scolaires ; la Grande-

Bretagne par la loi de juillet relative à la réglementation du

travail, s'oppose à ce que les enfants de moins de 14 ans soient occupés à des besognes pénibles les jours de fréquentation scolaire ou exercent un métier. En cas de dérogation à cette loi, les pouvoirs locaux étant seuls juges des cas d'exception,

la durée du travail imposé à l'enfant ne pourra excéder deux

heures, le législateur entendant que l'écolier réserve ses forces

vi es pour la classe.

A colé de la première instruction, la post-scolarité est égale- ment à l'ordre du jour. La Fédération néerlandaise des syndi- cats, dans son congrès de juin dernier, a demandé non seule- ment l'organisation d'un système d'instruction élémentaire obligatoire d'une durée minima de 9 ans, mais encore un ensei- gnement technique obligatoire allant jusqu'à la fin de la dix- huitième année et donné pendant les heures de travail. Un peu partout les écoles techniques et professionnelles se fondent ou se multiplient. En U. R. S. S., jusqu'au début de 1932, le commi?-

ESPRIT - Février 1933 - Page 1 sur 3

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sariat du travail s'était occupé de l'enseignement technique. Cet enseignement n'était donné qu'à des adultes. Désormais, c'est aux grandes entreprises qu'il incombera de former les travailleurs qualifiés ; le réseau des écoles professionnelles a été remis à l'industrie. « Les syndicats veilleront à ce que l'ins- truction technique embrasse toutes les professions selon l'exi- gence de l'économie nationale » et, naturellement, cette ins- truction ira surtout vers les adolescents en vue des besoins nouveaux des entreprises et des besoins futurs des usines en construction. En Suède, l'éducation ouvrière sous toutes ses formes a bénéficié de la crise provoquée par le chômage. A la suite d'un manifeste signé de tous les évêques de l'Eglise nationale, une souscription fut ouverte en 1931. Elle rapporta 65.000 couronnes Sur ces 65.000 couronnes, 50.000 furent distribuées sous forme de bourses d'étude à 558 candidats ; 15.000 servirent à subven- tionner des cours organisés pour les adolescents sans travail par les autorités locales. Grâce à ces mesures, 361 boursiers ont fréquenté les collèges ouvriers, 85 des écoles techniques ou des écoles d'apprentissage, 40 des écoles d'agriculture. Les autres ont reçu un enseignement professionnel et sont devenus

qui chauffeurs, qui agents de police

Ailleurs, ce sont les syndicats eux-mêmes qui se sont occu- pés de l'éducation ouvrière. Ils I ont conçue avant tout comme une éducation de classe, destinée à permettre aux travailleurs de lutter à armes égales contre les patrons, le recrutement des cadres syndicaux et de partis trouvant là son alimentation naturelle. En Grande-Bretagne, si la Worker's éducation association est l'œuvre commune des syndicats et des coopératives d'une part, de l'Etat et des bienfaiteurs d'autre part, si, du Ruskin Collège d'Oxford, tout esprit de classe est banni, le Worker's éducation Trade Union Committee a été fondé en 1920 par les syndicats pour répondre à une préoccupation de lutte de classe et l'Education advising Committee Trade Union Congress gênerai council, en 1921, en vue du recrutement des cadres. En 1922, le parti travailliste a créé le National council of Labour collèges qui ne groupe que des écoles d'éducation de classe devant assurer ses cadres au parti. Dès 1906, le parti socialiste avait, en Allemagne, son orga- nisation d'éducation le Reichsauschuss fur sozialistische Bildung- sarbeit et son école supérieure la Sozial democratische Parteis- chule. Les syndicats ont parallèlement leur Freigewerkschoftliche

etc.

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862 LES ÉVÉNEMENTS ET LES

HOMMES

Betriebsrate Zentrale depuis 1920 et leur Berliner Gewerks- chaftschule, sans compter les écoles de syndicats particuliers comme la Wirtschaftsschule des deutschen Metallarbeiterver- bandes, fondée à Durrenberg en 1926 par le syndicat des ouvriers métallurgistes. En face de ces organisations, les groupements patronaux ont organisé des écoles d'entreprise dont les méthodes sont unifiées par le Deutsches Institut fur technische Arbeitsschule de Dusseldorf, qui recrute en partie le personnel des écoles et organise leur inspection. Aux États-Unis, le parti socialiste a fondé dès 1906 la Rand school of Social sciences. L'American fédération of Labour

a, depuis 1921, son Workers éducation bureau of America,

bureau

de placement pour les futurs maîtres des différentes écoles d'éducation ouvrière. Ces écoles peuvent être comme le Labour

collège of Boston, fondé en 1919, uniquement des externats ou au contraire des internats comme le Brockwood Labour Collège fondé en 1921, et sont toutes destinées à former les cadres du mouvement syndical.

Françoise

ARDUIN.

P. S. — En application du Congrès confédéral de Japy la C. G. T. vient de fonder à Paris un Institut supérieur ouvrier. Des cours relatifs aux sciences économiques et sociales y sont donnés le soir, mais l'Institut possède des salles de travail et une bibliothèque ouvertes le jour. Peut être inscrit tout syndiqué confédéré, sans distinction de sexe, âgé de 18 ans au moins et pourvu d'une instruction générale suffisante. L'admission est prononcée par le Conseil d'administration soit sur titre, soit après examen.

A

côté de cet Institut et pour en faciliter l'accès, la C. G. T. a décidé la création de cours par correspondance dits collèges du Travail. Le niveau de connaissances exigées pour suivre ces cours équivaut à celui du certificat d'études. L'enseignement comprend un degré élémentaire et un degré avancé.

Il

est donné de façon à constituer

une

préparation

directe

aux cours de l'Institut supérieur ouvrier.