Transcription de

L’Académie de L’Espée
de Girard Thibault D’Anvers
Où se démontrent par règles mathématiques sur le fondement d’un Cercle mystérieux la Théorie et Pratique des vrais et jusqu’à présent inconnus secrets du maniement des armes à pieds et à cheval

- 1628 -

LIVRE I TABLEAU 7

Par Alexandre GUIDOUX Avec la participation de Thierry GUILLEMAIN – Cercle des Escrimeurs libres Nantais

Transcription avec actualisation de l’orthographe, de la conjugaison, de la ponctuation et insertion des gravures.
Source des gravures : gallica.bnf.fr ; origine : Bibliothèque nationale de France, département Réserve des livres rares, RES ATLAS-V-110

Alexandre GUIDOUX

1

• • • • • • • • • •

Déclaration des opérations du tableau Septième [page 1]. ............................................... p.3 Cercle1 [pages 1 à 3]. ....................................................................................................... p.4 Cercle 4 –Première opération– au Cercle 3 [pages 3 et 4]. ............................................... p.7 Cercles 4 et 5 [pages 4 et 5] ............................................................................................. p.10 Cercles 6 à 8 [pages 5 à 7] ............................................................................................... p.12 Cercles 9 et 10 [pages 7 à 9] ............................................................................................ p.17 Cercles 11 et 12 [pages 9 et 10] ....................................................................................... p.20 Cercles 13 et 14 [pages 10 et 11] ..................................................................................... p.22 Conclusion du tableau [pages 11 et 12] ............................................................................ p.24 Annexe ............................................................................................................................. p.25

Alexandre GUIDOUX

2

Déclaration des opérations du tableau Septième.

Après que Zacharie ait vu la manière d’Alexandre d’avancer ses approches contre la droite ligne, en assujettissant l’épée contraire à la 2ème instance, avec tout ce qui en dépend ; il se va planter derechef en la même posture, avec l’intention de mette les approches d’Alexandre à l’épreuve et de les travailler à lui en toutes sortes possibles. Car en la Table précédente, il n’avait rien fait à l’encontre, sinon ce qu’il était contraint de faire par nécessité ; pour la simple défense de sa personne : mais en la présente, il se propose de traverser l’approche de son contraire par plusieurs estocades, tirées au commencement, à la continuation et sur la fin de l’assujettissement de l’épée ; prenant le temps qu’il lève le pied droit ou qu’il l’avance devers la seconder instance, le tenant encore en balance ou qu’il l’abaisse avec le trébuchement du corps, ou qu’il le plante à terre, ou qu’il y soit déjà arrivé. Alexandre donc ne sachant rien de cette intention, recommence à travailler sur la droite ligne, en la même sorte que devant, se mettant à la première instance à l’autre bout du Cercle, avec l’épée semblablement en ligne droite parallèle au-dessous de l’autre.

Alexandre GUIDOUX

3

Cercle N°1
7

Alexandre assujettit l’épée contraire à la seconde instance en dedans du bras, y procédant avec grande circonspection, tant à élever le pied droit en accouplant les épées et à l’avancer en faisant la dégraduation, qu’à transporter les lames et à en prendre doucement la supériorité, en plantant le pied élevé à terre au lieu et avec la justesse requise, et à poursuivre avec l’autre [pied] lent et circulairement jusqu’à ce qu’il revienne droit sur ses jambes, en la forme que l’on voit ici en figure.

Et pour assujettir l’épée contraire à la seconde instance, il commence à travailler du pied droit : l’élevant de terre avec le genou raide, en faisant monter en même temps par une petite accommodation du poignet de la main sa pointe en haut, touchant l’épée contraire en dedans du Nombre 3 le Nombre 8, avec quelque petite pause. Après cela il avance le même pied droit devers son côté gauche, haussant encore l’épée pour la seconde fois à la faveur du poignet, avec les branches de la garde tournées un peu en dedans ; de façon qu’il en conduit la pointe de sa lame un peu de travers, croisant et dégraduant l’épée contraire en graduant la sienne et assemblant son Nombre 8 avec le Nombre 4 pour le moins ou 5 pour le plus.1 Poursuivant à avancer le pied plus en avant le long de la même ligne, jusqu’à tant que le corps commence à trébucher ; lorsqu’il se hâte d’entrer et de le planter sur le côté du Quarré inscrit à la lette G, continuant à élever tout à l’instant le pied gauche et à le porter lent et circulairement en l’air avec la jambe raide jusqu’à ce qu’il vienne à l’opposé du creux de l’autre pied, qui est planté en terre. Or à mesure que le corps s’avance avec les susdites actions, il emporte aussi l’épée contraire à l’avenant, lui donnant un petit branle2 du poignet de la main pour l’assujettir, en tournant les branches de sa gardes en dedans verticalement, et plantant le pied gauche, à présent élevé en l’air, parallèle au pied droit sur la circonférence du Cercle et sur le côté du Quarré circonscrit, les orteils sur le Diamètre oblique C S, et le talon à la lettre D ; dont le côté gauche du corps se tourne un peu en devant et le talon du pied droit en est tiré sur la collatérale GM avec le bras descendant et médiocrement étendu, la garde lui revenant à l’opposé
1 2

CF actions d’Alexandre Tableau 6, cercle 1 Ndt : petite opposition légère/ petit battement

Alexandre GUIDOUX

4

de la hanche droite, un peu plus haute, sa lame croisant l’épée contraire en travers par devant sa poitrine et aux nombres susmentionnés, sa pointe montant jusqu’à la hauteur du sommet de la tête contraire, le corps dressé perpendiculairement, les muscles du bras et des genoux tendus, les pieds en distance juste et proportionné pour avoir tous ses membres à commandement, prompts, et actifs.3 Cet assujettissement étant dûment accompli, il sera trouvé que le centre de l’attouchement des épées correspondra justement au-dessus des deux collatérales extérieures qui s’entrecoupent sur le diamètre perpendiculaire, à la lettre M. Il est vrai que la même opération est aussi décrite en la table 6 ; toutefois, considérant qu’elle y est démontrée par figures de moindre taille et qu’elle devait être proposé en ce tableau présent en forme plus royale, représentant distinctement la tenue du corps, du bras et de l’épée, ensemble [avec] la situation des pieds sur le Cercle, et comme il était ici proprement question de la mettre à l’épreuve ; nous avons trouvé bon que, comme la figure y est plus grande, qu’aussi les particularité en soient déclarées en la description plus exactement et quelles s’y lisent comme en de plus gros caractères. Car quelle chose plus noble que de savoir attaquer et assujettir l’épée contraire ? Ou quelle [chose] plus utile que de faire ses approches avec un si notable avantage ? Mais autant qu’elle est excellente, autant est-elle difficile : c’est l’une des plus importantes opérations de notre pratique, où il faut procéder avec la précaution de plusieurs observation, qui seront déclarées à la suite de cette description, sans lesquelles il serait impossible de prévenir tant de traverses qui pourraient se faire à l’encontre de cette approche jusqu’à un Nombre infini, dont vous en verrez en ce Tableau présent les plus notables qui se font par le moyen de la cavation. On peut faire cet assujettissement sur plusieurs différents degrés de sentiment que l’adversaire nous donne, en raison de la grande supériorité d’avoir assemblé le Nombre 8 avec le Nombre 4 ou 5 de l’épée contraire avant que de rien attenter sur celui-ci pour la transporter. Toutefois qu’on ne se fie pas tant sur cet avantage, que l’on laisse de prendre garde, le plus exactement qu’il soit possible, à l’accroissement et à la diminution de la vigueur de l’épée contraire. Car il faut toujours tempérer ses forces à l’advenant : Si elle s’affaiblit, il faut que la nôtre décroisse pareillement, si elle se renforce, il faut que la nôtre s’augmente à l’encontre, pour travailler toujours avec poids également proportionné. Mais s’il fait un si grand effort que le sentiment nous apporte qu’il s’en va souligner et faire un angle avec le bras et l’épée, alors on le laisse aller tout du commencement, sans nulle résistance, afin qu’il s’écarte tant qu’il voudra et que l’on se mette pendant dedans ce temps l’angle pour lui donner consécutivement l’atteinte en haut, ou en bas, suivant l’occasion qu’il présente. Pareillement s’il advient, étant en acte de faire l’assujettissement, que l’ennemi s’affaiblisse et que vous continuez au contraire la vigueur précédente, sans l’avoir tempérée au même instant et à l’égal de la sienne, vous serez en très grand danger de trébucher de votre lame et de recevoir quelque atteinte pardessus le bras, par le moyen de la cavation. Que s’il affaiblit sa lame si avant que vous en perdiez le sentiment et qu’elle commence à trébucher, vous allongerez au même instant le bras et l’épée en angle obtus devers son visage avec un petit avancement de la partie supérieure du corps, le tenant cependant en balance et en guettant que la part ou la pointe contraire tire soit en haut devers le visage, ou dessous le bras, ou à coté ; ce que discernant, vous seconderez l’extension du bras et de l’épée avec les mouvements du corps selon qu’il sera plus commode pour votre défense. On trouvera par expérience que ceux qui ne sont pas stylés4 en l’usage de cette pratique et n’en comprennent encore pleinement les raisons fondamentales, permettront ordinairement à l’ennemi
3 4

CF actions d’Alexandre Tableau 6, cercle 2 Dans le sens « appliquer le style / la technique enseignée »

Alexandre GUIDOUX

5

d’affaiblir, voire même de détacher son épée à sa fantaisie, sans travailler à l’encontre jusqu’à tant qu’ils voient où il dresse sa pointe. Ils viennent donc à perdre le temps et la vrai occasion de leur défense ; pour ce que l’ennemi, quand il est venu si avant que cela, il s’est emparé tellement de la supériorité des lames qu’on ne peut dorénavant lui clore la droite ligne, ne lui restant d’autre apparence que de faire une simple parade, accompagné d’une ouverture d’angle, où l’ennemi peu se fourrer dedans, s’il entend la manière de prendre le temps, et de poursuivre son avantage avec telle sorte d’exécution qu’il lui viendra plus à propos. Chose qui démontre bien la grande nécessité de travailler à temps sur les mouvements contraires et la différence qu’il y’a de laisser s’échapper les commencements des occasions hors des mains ou de les rencontrer tout à la première abordée, dont l’un se fait avec très grande assurance et l’autre avec si extrême danger, qu’il est comme impossible d’y donner ordre. Pour éviter cet inconvénient, il faut reconnaître les commencements des épées ; et les reconnaissant, assister le sentiment avec le secours du corps, du bras et des pieds également, afin que tout ait un même train. C’est pourquoi nous avons décrit si curieusement et exactement tous les mouvements qui vont par ensemble, tant du corps, que du bras et des pieds : comme d’élever le pied droit de terre, d’en faire une petite pause, de l’avancer avec la jambe raide, de le planter hâtivement à terre ; pareillement aussi la démarche du pied gauche avec toutes ses particularités. Car si le sentiment n’était pas bien assisté du mouvement des pieds, il ne pourrait être assez juste pour reconnaître et rencontrer les actions contraires et leurs commencements. Les pieds doivent ainsi tomber à terre à la seconde instance, et en tenant l’épée contraire assujetti, être situé précisément sur les lignes que nous avons décrites, avec le côté gauche du corps tourné un peu en devant, le bras défendant et médiocrement étendu ; la garde revenant devers le cotés droit, un peu plus haute que la hanche : c’est pour découvrir à l’ennemi le côté gauche, qui est le plus facile à défendre, ainsi qu’il paraitra par le Cercle N°2 du suivant, et pour tenir le côté droit d’autant plus arrière, avec le bras et la garde préparés à sa défense, comme celui qui est le plus exposé au danger ; ce qu’on verra par les exemples du Tableau présent. Or pour en venir à sa description, nous commencerons par le Cercle N°4 ; duquel les figures représentent deux différentes opérations : l’une qui va de droit devant et l’autre qui suit après le Cercle N°2, nous parlerons donc présentement de la première.

Alexandre GUIDOUX

6

Cercle N°4 Première Opération

Dès qu’Alexandre commence à vouloir accoupler les épées ; Zacharie lui tire une estocade en dehors du bras devers le visage : dont il est lui-même surpris et blessé par Alexandre, en détournant la démarche un peu en dehors, et lui fermant la droite ligne.

S‘étant trouvés les deux parties à la première instance en posture de la droite ligne, les épées parallèles l’une à l’autre. Alexandre commence à travailler avec l’intention d’assujettir l’épée contraire à la seconde instance. Et pour ce faire, ayant levé le pied droit, en touchant l’épée contraire en dedans du faible le fort ; Zacharie fait la cavation et lui tire avec le bras raide une estocade résolue devers le visage en dehors du bras, avançant le pied droit jusqu’au point R sur le Diamètre. Alexandre s’apercevant par le sentiment que l’épée contraire commence à se détacher, il étend tout au même instant le bras et l’épée devers son visage, la pointe de celui-ci un peu ascendante en croisant l’épée contraire et en détournant sa démarche en dehors, avec le dos penché à l’envers et le corps dressé de profil ; il pose le pied à terre sur la seconde intersection de la collatérale C S, en graduant circulairement l’épée de son ennemi et le blessant au visage, et laissant suivre le pied gauche en trainant proportionnellement, pour accroitre la vigueur de son estocade : ainsi qu’on le voit au portrait de sa figure Cercle 4.

Alexandre GUIDOUX

7

Or ainsi que cette cavation a été faite par Zacharie tout à l’instant après l’élévation du pied droit d’Alexandre et de de l’attouchement des deux lames, à savoir durant la première pause, aussi pourra- t’il la faire durant l’avancement du même pied vers le côté gauche, au commencement du transport de son épée, avant que le corps d’Alexandre ne commence à trébucher. Cela étant, il faudra se régler encore en la même sorte. C’est que l’on entrera sur l’ennemi en allant vers le Diamètre le plus qu’il sera possible, afin de porter l’épée plus facilement, quasiment en la jetant5 et en croisant au-dessus de celle qui fait la cavation. Car d’autant plus on s’en approche en tirant vers le Diamètre, d’autant l’on pourra plus aisément lui fermer la droite ligne, et d’autant plus grand sera l’angle qui nous sera ouvert pour y entrer au même temps, avec plus d’assurance.

Cercle N°2

A l’instant que le pied droit d’Alexandre commence à trébucher vers terre, Zacharie lui va tirer une estocade devers le visage en dehors du bras : dont Alexandre le prévient, avant qu’il ait achevé sa cavation, en entrant plus avant dedans et graduant sa lame ; avec le bras raide et la pointe dressée contre son visage.

Mais voici que Zacharie commence à faire sa cavation, au moment où le corps de sa partie adverse commence à trébucher ; en étendant l’épée avec le bras raide et en tirant derechef son estocade en ligne droite, ainsi que dessus, vers le visage de sa partie par dehors le bras, avançant le corps et le pied jusqu’à la lettre V sur le Diamètre.
5

Dans le texte « quasi par manière de jeter »

Alexandre GUIDOUX

8

Si tôt qu’Alexandre s’aperçoit par le sentiment que la lame contraire s’affaiblit, voire quelle s’amortit ; sans attendre qu’elle soit détacher, il avance la sienne avec le bras étendu, la pointe un peu montante vers le visage du contraire au travers de sa dite épée ; graduant celle-ci et entrant avec le pied droit un peu au-dedans du Quarré inscrit ; et laissant trainer le gauche proportionnellement derrière sur la collatérale extérieure GM ; il se met donc de profil, en arrêtant sa pointe en courtoisie devant les yeux de sa partie, suivant la représentation de la figure. Cette cavation, qui se fait à l’instant que la partie commence à trébucher du corps, est plus dangereuse pour Alexandre que la précédente qui se fait durant qu’il se soutient le corps encore en balance, et par conséquent qu’il peut mieux le gouverner. C’est la cause pour laquelle nous avons voulu représenter cette deuxième rencontre en figure comme étant la plus difficile. Aussi devez-vous savoir que c’est le temps que Zacharie prendra le plus souvent pour tirer avec la cavation, que s’il attend encore d’avantage jusqu’à tant que le pied droit d’Alexandre soit en acte de s’abaisser, de façon qu’il ne soit plus en son pouvoir de le planter autre part, qu’à la lettre G ou il s’attendait d’assujettir l’épée, la cavation lui sera, en ce faisant, encore plus avantageuse. Toutefois on en fera la rencontre en la même sorte, moyennant que l’on commence à travailler au commencement du temps en mettant par conséquence le corps en profil tout de même qu’auparavant.

Cercle N°3
Alexandre faisant l’exécution de l’estocade en rigueur, il porte le bras et l’épée contraire, en entrant jusqu’au centre et poussant l’épée de toute sa force à travers la tête de son adversaire.

C‘est l’exécution finale de l’estocade précédente, faite par Alexandre en avançant le corps, graduant les lames avec le bras raide et entrant avec le pied droit jusqu’au centre, en pliant le genou de celui-ci pour y faire avec l’exécution du coup la charge du corps, en le penchant sur le devant ; trainant le pied gauche derrière bien près de la lettre G de sorte qu’il vient rencontrer si rudement la garde contraire, quelle est contrainte de lui céder en pliant le bras et laissant écouler sa lame à coté, dont il se fait une si large ouverture d’angle qu’il en perd toute apparence de sa défense.

Alexandre GUIDOUX

9

Cercle N°4

Zacharie fait sa cavation et tire l’estocade en dehors du bras devers le visage de la partie adverse au temps que son épée est assujetti : dont Alexandre marché à l’envers avec le dos penché de même, en lui donnant l’atteinte pardessus l’épée durant le temps de la cavation, l’assistant avec la poursuite du pied gauche.

Voici une cavation qui a été faite encore plus tard que la précédente. Car après qu’Alexandre tenait l’épée contraire assujettie à la seconde instance, en la forme du Cercle n°1, avec un sentiment modéré de part-et-d autre ; Zacharie est venu lui faire une feinte pour blesser en droite ligne au visage, par dehors et par-dessus l’épée, en avançant le corps et entrant du pied droit un peu pardelà le Diamètre, quasi à la lettre R ; poursuivant à faire la charge du corps sur le genou de devant à la mode accoutumée. Au même instant qu’Alexandre s’aperçoit donc par le sentiment de l’affaiblissement de l’épée contraire voulant se délivrer de la sienne, il lui étend le bras et l’épée devers le visage, avec la pointe quelque peu haussé, marchand du pied droit à reculons avec la jambe raide et le dos penché à l’envers audelà du Diamètre et outre la lettre E ; jetant au même temps son épée circulairement sur l’épée de son contraire en croisant et lui donnant l’atteinte, laquelle il poursuit avec le pied gauche, trainant proportionnellement après, en graduant les épées et se mettant en profil, comme il est démontré dans la figure.

Alexandre GUIDOUX

10

Cercle N°5
C’est l’exécution de la précédente, procédant en conformité des autres.

C‘est ici l’exécution finale de la même estocade faite par Alexandre avec le bras raide, en entrant du pied droit sur le diamètre entre la lettre et le centre ; continuant à faire la charge en penchant sur le genou antérieur et à trainer le pied gauche après, en graduant les lames jusqu’à rencontrer la garde de l’ennemi de toute sa force, si rudement qu’il le contraint de courber le bras et de laisser aller sa pointe en haut en angle obtus, comme on le voit représenté dans la figure.

Alexandre GUIDOUX

11

Cercle N°6
Zacharie faisant derechef la cavation et par conséquence l’estocade au [même] temps et en la [même] forme que dessus, au Cercle n°4. Alexandre le prévient en une autre forte, se mettant durant le temps de la cavation dedans l’angle, en prenant la droite ligne et lui perçant en rigueur la tête.

Cette opération procède aussi de l’avantage représenté au Cercle n°1. Car Alexandre s’est planté préalablement à la seconde instance, tenant l’épée contraire assujettie, avec un sentiment médiocre et tempéré des deux côtés. Alors, Zacharie lui a fait une cavation pour le blesser derechef au visage par dehors l’épée, en entrant sur lui avec le bras étendu sur le Diamètre au milieu des lettres V et R. Il est vrai que l’occasion est toute semblable à celle du Cercle n°4 toutefois la rencontre en est différente. Car dès que qu’Alexandre s’aperçoit par le sentiment que la lame de Zacharie s’affaiblit pour se détacher, dont elle sera forcée (pour faire la cavation) d’aller circulairement à l’entour de son bras et d’ouvrir un angle, avec découvrement du visage, avant qu’il puisse donner l’atteinte ; au même temps Alexandre allonge le bras avec l’épée en ligne droite, se mettant dedans l’angle susdit, et cheminant droitement sur l’ennemi le long de la collatérale ou il tenait auparavant le pied droit arrêté ; le blessant au découvert du visage et posant le pied à terre à la lettre L, avec poursuite et exécution du même coup : à faire ainsi qu’il a été dit à plusieurs fois ci-dessus, en chargeant le corps avec un penchement sur le genou de devant et trainant le pied gauche proportionnellement derrière bien prés jusqu’au G ainsi qu’il se voit en la figure, où il s’en fait l’exécution par rigueur.

Alexandre GUIDOUX

12

Cercle N°7
La cavation étant faite par Zacharie, et l’estocade tirée devers le visage en dehors du bras en ligne courbe, au temps que le pied d’Alexandre commence à trébucher en terre, le dit Alexandre ayant planté le pied et dressé sa pointe il en modère la course, et en divertissant l’épée contraire, il l’assujettit en dehors, en se mettant dedans les angles.

Les deux contraires s‘étant derechef trouvés à la Première instance, Alexandre a commencé à travailler encore de même pour faire l’assujettissement à la seconde [instance] ; ayant haussé & avancé le pied droit suivant les instructions du Cercle n°1, et emporté l’épée jusqu’à ce qu’il soit sur le point de trébucher ; auquel instant Zacharie fait la cavation et lui porte une estocade courbe, en dehors du bras et par-dessus l’épée devers le visage, entrant du pied droit sur le Diamètre à la lettre V. Alexandre s’apercevant derechef par le sentiment que la lame inférieure commence à se détacher, tout au même instant il allonge le bras et l’épée, mais lentement en ligne droite devers le visage de celui-ci, abaissant le pied droit à la lettre G et élevant fort hâtivement le gauche. Alors, s’apercevant de la courbe et comment son ennemi se plie le bras en dedans, avec la branche intérieure de la garde tournée diagonalement en haut et la pointe venant vers son visage ; il arrête la course de sa pointe qui était en train et à mi-chemin de donner au visage du contraire, il la détourne donc en faisant sa défense, et accouplant les épées par dehors le bras en croissant, sa pointe dressé en haut et sa garde descendante avec le bras étendu (ce qu’il fait durant l’avancement et l’entrée du côté gauche) tournant le corps sur le pied droit en forme circulaire, de façon qu’il assemble durant ce même temps son Nombre 5 avec le Nombre 8, un peu plus ou moins de sa partie ; et assiste le bras de l’aide du corps, l’affermissant contre le flanc, et se met au-dedans de la perpendiculaire et des angles qu’il s’ouvre lui-même en détournant l’épée contraire, posant le pied gauche à terre par-delà le diamètre à la lettre Q et tenant l’épée contraire en devoir avec un sentiment tempéré, sa pointe dressé en contremont, avec le corps penchant un peu et le genou de la jambe antérieur plié ; comme il se voit en la figure.

Alexandre GUIDOUX

13

Il vaut la peine de faire quelques annotations sur cette dernière opération sur cette dernière opération, car elle vient souvent à propos, quasi en toutes occurrences où l’on nous présente la courbe. Premièrement, posons le cas que l’ennemi vous en tire une en faisant la cavation dès que vous avez levé le pied droit et attaqué son épée à la première instance. Le remède sera d’avancer le pied, qui est élevé, d’un pas médiocre en ligne droite, en dedans du cercle, un peu par-delà le diamètre, en observant du reste les mêmes préceptes. Pour le second, qu’il fasse la cavation durant l’avancement du pied droit, allant devers la seconde d’instance, tandis que vous l’avez encore en commandement. Le remède sera derechef de porter le pied droitement sur lui en faisant un pas médiocre et le plantant sur la traversante extérieure entre les deux lettres G et E. S’il attend jusqu’à tant que vous soyez sur le point de trébucher, encore faudra t’il détourner la démarche tant qu’il sera possible et le dresser tout droitement contre l’ennemi sur la ligne collatérale plus avant que la lettre G. Il pourra aussi faire la cavation à l’instant que le corps et le pied sont déjà en acte de trébucher, de façon qu’il vous est impossible de divertir le pied, qu’il ne tombe à la lettre G, selon votre première intention : qui est le temps le plus dangereux de tous. Car d’autant que vous trébucher du corps et de la lame, aussi sont-ils plus difficile à gouverner et à vous en servir pour la défense. C’est pourquoi nous avons proposé au Tableau ce temps pour exemple comme étant le plus avantageux pour la lame inférieure. Il fera quelquefois la cavation après l’assujettissement de son épée, accomplie en la forme du Cercle N°1. Alors il vous conviendra derechef d’entrer quelque peu avec le pied droit, en élevant tant et tant le gauche et le portant circulairement en avant avec un tour du corps pour faire sur le pied droit, et ensuivant le reste de la description qui a été donnée. Or ce dernier temps est le plus sûr de tous pour Alexandre. Et il vaut mieux qu’en telle rencontre il se serve des instructions du Cercle 6. Car après qu’il soit venu si avant qu’il s’est mis à la seconde instance, Zacharie lui tire cette estocade soit en ligne droite, soit en ligne courbe, il n’y a pas de grande différence. Car aussi faut-il nécessairement qu’il passe l’épée circulairement par-dessous, avant de la remonter en haut pour vous tirer vers le visage. De manière que si Alexandre prend bien garde au sentiment, et qu’il commence à travailler dès que l’ennemi commence, en allongeant le bras et l’épée, avançant le corps et entrant du pied droit, il aura blessé l’ennemi en se logeant dans les angles, avant que l’épée contraire ait accomplie sa cavation. En outre, comme il se présentera régulièrement en faisant l’exercice, des doutes à débattre touchant les opérations qui ont leur usage en allant de la seconde instance à la troisième. Pour les examiner, il est nécessaire d’en faire l’épreuve ; et qu’en tel cas, pour venir au point de la dispute, on se dispense ordinairement d’aller jusqu’à la seconde [instance] avec moins de circonspection. S’il advient donc que la partie adverse nous abuse durant ce premier temps (qui devrait être exempt de toutes traverses, car ne peut se faire qu’après l’assujettissement dument et librement accompli) ; s’il nous donne donc en ce temps là quelque traverse de cavation, pour nous toucher le visage en droite ligne, on ne pourra faire si bien la rencontre en ligne droite comme il serait requis, pour n’avoir assez bien commencé la besogne. Vous pourrez amender cette inadvertance par le moyen et à l’exemple de cette opération précédente, en [le] faisant avec le côté gauche du corps tourné en devant, dont le visage, qui est le point où avait été destiné l’atteinte, sortira de présence ; et ainsi en gagnerez-vous le temps et la commodité de poursuivre le reste à l’exemple des courbes, suivant la description des cercles 7 et 8. Alexandre GUIDOUX 14

Pareillement, s’il advient que vous ayez fait trop d’effort en emportant l’épée contraire pour aller l’assujettir, ou que le pied droit ait cheminé trop rapidement, et que la dessus la partie adverse face la cavation ; ne pouvant vous servir assez justement de la droite ligne, en raison du trébuchement inévitable, pour la faute qui est déjà commise : elle pourra néanmoins être amandée par la même opération de la rencontre des courbes. Or si le trébuchement dernièrement dit vous est arrivé par nonchalance ou par mégarde, aussi rien n’empêche qu’il ne puisse nullement vous servir comme d’un stratagème pour abuser le contraire, en cheminant furieusement en avant, ou en attaquant bien rudement les épées, afin qu’il ait occasion de caver avec apparence de vous toucher par dehors au visage. En cette occurrence il sera fort facile de le rencontrer avec l’opération du Cercle n°7. Car, d’autant plus de course qu’on se donne en attaquant les épées, d’autant plus a on le corps prompt et à commandement pour se volter le cotés gauche devant, en faisant l’entrée avec le pied gauche ; et pour reprendre plus rapidement la supériorité sur l’épée contraire en l’affrontant par et poursuivant l’exemple ci-dessus.

Cercle N°8
Alexandre poursuit son avantage, moyennant l’assurance d’un petit poussement sur la lame contraire, dont il lève le pied gauche et en détachant les épées, il lui donne l’atteinte dessous le bras.

Ceci contient la poursuite de la dernière opération précédente, en laquelle Alexandre s’apercevant par l’attouchement d’un sentiment médiocre en l’épée contraire, il poursuit l’opération faisant une petite élévation du pied gauche ensemble avec un petit poussement ou branle6 sur l’épée contraire, la poussant vers le bas. Il advient donc ordinairement que l’ennemi en augmente la vigueur et le sentiment de sa lame. A cet instant, détachant les épées, il va pencher des épaules un peu à l’envers et mener sa pointe circulairement par manière de jeter sa pointe circulairement de manière à la jeter du haut vers le bas, s’affermissant le bras avec la garde de l’épée contre le côté droit, avançant en même temps un peu le pied
6

Battement de la lame ?

Alexandre GUIDOUX

15

gauche qui était élevé, en pliant le même genou, sur lequel il va faire la charge, ensemble dressant la pointe de son épée au côté de l’ennemi dessous le bras droit, comme il se voit clairement en la figure. Pour en continuer l’exécution, il porte derechef le pied gauche plus avant dedans vers son contraire, et avance ensemble le côté droit du corps, trainant le même pied après, er avançant pareillement le bras avec l’épée en sorte, qu’il en perce le corps de son ennemi tout outre ; ce qui a été représenté au Tableau V sur le Cercle 8. Or de ce que nous avons divisé cette exécution en deux opérations, il n’en faut pas tirer de grandes conséquences, comme si les temps fussent toujours si notablement distingués, ainsi que les figures des Cercles 7 et 8, semblent de première face donner à entendre. Car il faut savoir que la division en a été faite en faveur des disciples, auquel il est nécessaire de donner des instructions de chaque mouvement à part. Mais ceux qui seront un peu avancé en l’exercice, et notamment en la présente opération, ils pourront en tirer l’exécution sans nulle pause entre chaque action,7 par la seule continuation des même mouvements ; à condition qu’ils détachent les épées en menant la pointe circulairement du haut vers le bas, durant qu’ils commencent à avancer le corps et que le pied droit est encore élevé, et quand ils avancent pour le planter, au même instant sera donné et achevé le coup, en la manière que dessus, avec extension du bras et de l’épée, le pied droit trainant après l’autre.

7

Dans le texte « entremoyenne »

Alexandre GUIDOUX

16

Cercle N°9
A l’instant que le corps d’Alexandre commence à trébucher, Zacharie détache les épées et lui tire en angle aigu devers le ventre avec la main un peu haute. Dont Alexandre retire le pied, en se détournant le côté droit en dehors, avec le bras et la garde descendant sur la lame contraire, le pied gauche allant cependant en rond à mesure que la proportion le requiert.

Les deux parties s’étant premièrement tenu sur la première instance ; Alexandre a commencé à travailler tout de même qu’auparavant, à savoir qu’il a touché la lame contraire avec la sienne en dedans du bras, en élevant et avançant le pied droit pour faire l’assujettissement à la seconde instance par dessous le Diamètre. Ce que faisant, au même instant que le corps commence à trébucher, Zacharie s’avance avec le pied droit en détachant son épée et plante le pied en même temps un peu en deçà le Diamètre auprès de R, pliant le genou et penchant le corps dessus tirant son estocade en angle aigu avec le bras raide vers la partie inférieure du corps de sa partie adverse, demeurant son épaule droite couverte par la garde de l’épée, mais le visage à découvert. Alexandre reconnaissant en partie à vue d’œil, que le corps de son contraire commence à s’avancer, en partie aussi par le sentiment, qu’il va détacher son épée ; il ne poursuit pas la démarche du pied qui devait aller jusqu’à la seconde instance, mais au lieu de ce faire (puis que le corps est encore en balance, en sorte qu’il en peut divertir le pas) il retire le pied arrière le plantant sur la Circonférence et sur le Diamètre oblique GI ; tournoyant en même temps le pied gauche circulairement et le plantant en distance proportionnelle derrière l’autre, tournant ensemble aussi les deux pieds, les orteils devant directement contre sa partie et au même moyen aussi, retirant un peu en dehors la partie inférieure du côté droit, avec penchement de la partie supérieure, fait avec le bras raide, en descendant en sorte, qu’il vient à mettre son épée avec la garde sur l’épée contraire. Et à mesure que la pointe contraire s’avance vers la partie contraire s’avance vers la partie inférieure de son corps, ainsi il s’en éloigne avec la dite partie inférieure, dégraduant cependant les deux lames, en sorte qu’elles viennent à se rendre quasi parallèles l’une à l’autre, et celle de dessous à se retrouver sous la branche extérieure de sa garde. C’est ce qui est représenté par les figures. Alexandre GUIDOUX 17

Or en faisant cette opération, il adviendra quelques fois, parce que le bas de la garde d’Alexandre est ronde, que la lame de Zacharie en glissera dessous sa branche intérieure, ce qui ne fait pas de différence en l’opération, mais bien en l’exécution qui en dépend, laquelle il faudra faire en tel cas tout autrement, comme il sera montré au Cercle 10. Du reste cette même opération peut encore être pratiquée en trois autres temps ; Premièrement lorsque qu’Alexandre en élevant le pied s’apprête d’accoupler les épées, ou qu’il les a déjà accouplées pour les emmener et les assujettir à la seconde instance, ainsi qu’auparavant. Car si Zacharie s’avance la dessus avec le pied droit, comme il est dit, jusqu’à la lettre R : Alexandre rencontrera derechef son estocade avec cette même opération, à savoir avec le retirement du pied droit, penchement de la partie supérieure du corps et abaissement du bras avec l’épée, n’y ayant pour différence qu’en cette présence occasion il retirera le pied élevé droitement arrière et le plantera sur le Diamètre du quadrangle, procédant en tout le reste ainsi que devant. Le second temps sera lors qu’Alexandre sera déjà en acte d’avancer le pied droit vers la Seconde instance, pendant qu’il tient le corps encore en balance, et que Zacharie lui tire la dessus une estocade en la même manière que devant. En cette occasion Alexandre retirera le pied élevé droitement en arrière, le plantant sur l’entre coupure de la circonférence et de la collatérale GM, en tournoyant et plantant en même temps le pied gauche proportionnellement derrière l’autre, avec les mêmes observations que dessus. Le troisième temps qui est le plus ordinaire et le plus avantageux pour Zacharie, c’est celui que la figure du Cercle nous représente ; à savoir quand le pied droit d’Alexandre commence à trébucher par la charge du corps, en sorte qu’il lui est plus difficile de sa bien gouverner en cette instant-là, que deux autres occasions précédentes, où il avait le pied plus à commandement Finalement le même coup d’estocade pourra être tiré par Zacharie à l’instant même où le pied d’Alexandre dévale avec le corps en assujettissant son épée, auquel instant il lui est impossible de détourner le pas commencé, ne pouvant porter le pied autre part qu’au lieu qu’il avait prétendu, à savoir à la Seconde instance à la lettre G. Venant donc l’estocade et ensemble ment son pied droit encore tombant vers terre, il le tourne en dedans, retirant par ensemble le côté droit du corps un peu en arrière et en dehors, avec une très soudaine poursuite circulaire du pied gauche, plantant celui-ci dehors le Cercle, et retirant aussi de même temps le pied droit après, de même que l’opération précédentes. Toutefois celle-ci est plus difficile : et étant justement exécutée de côté et d’autre, les corps, bras, épées, pieds et distances répondront de fort près à la représentation de notre figure. En cette opération, il faut surtout prendre garde pour dûment rencontrer et assujettir la lame contraire, de la faire avec et moyennant le penchement de la partie supérieure du corps, par lequel le bras vienne à descendre par compagnie sans faire aucun mouvement particulier. Car autrement il n’y aura rien qui puisse empêcher la partie adverse de nous donner une atteinte en dehors par-dessus le bras à l’instant qu’il descend, car il ne lui est possible de faire en un même instant deux mouvements contraires, savoir défendre et monter ou avancer et reculer ensemble ce qu’on peut toutefois faire quand on fait descendre le bras avec le corps, sans mouvement particulier ; car encore que le corps se penche, toutefois le bras demeure libre pour s’accommoder au même instant à toutes occasions, tant à monter et à ‘avancer, qu’à descendre ou autrement. En sorte que si l’ennemi vient à caver et à avancer l’épée pour nous frapper par-dessus le bras, on en conservera tellement la supériorité des épées, que non seulement on lui rompra son entreprise mais qui plus est, on le blessera lui-même, la raison de cette observation est aussi expliquée au Tableau V, en la dernière annotation du Cercle N°12, j’admets que l’opération en soit différente de celle-ci, comme étant pratiquée de plus long, toutefois l’une peut grandement servir à l’explication de l’autre. Alexandre GUIDOUX 18

Cercle N°10
Alexandre marche devers l’épée contraire et lui donne atteinte au visage, en faisant l’exécution, en graduant et penchant du corps sur le devant avec le bras raide et avancé.

Voici maintenant la poursuite et l’exécution de l’opération précédente : pratiquée par Alexandre en avançant le pied droit contre sa partie à main droite, le plantant sur le Diamètre au point E, avec une soudaine poursuite du pied gauche, à trainer circulairement jusqu’au milieu du quadrangle, graduant ensemble la lame contraire du centre de la sienne, avec raidissement du bras et avancement du corps, penchant sur le devant et se pliant sur le genou droit, blessant ainsi au même instant sa partie adverse au visage. Cette exécution a été faite en entrant du pied droit vers le côté droit, pour autant que l’épée contraire était revenue dessous la branche extérieure d’Alexandre ; mais s’il advient au contraire (ainsi qu’il advient assez souvent, comme nous avons remarqué au Cercle 9) qu’elle se retrouve dessous la branche intérieure, il en faudra faire l’exécution en marchand du pied droit vers le côté gauche, laissant suivre & trainer le pied gauche circulairement en circonstance. En somme nous voulons qu’en cette et en toutes autres occasions, on pratique les exécutions du côté de l’épée contraire, tant à droite, comme à gauche, là où elle sera assujettie : parce que d’autant plus que l’on travaillera à l’encontre, d’autant on en fera une plus grande ouverture d’angle, où l’on se pourra mettre dedans, hors du danger et en assurer l’exécution.

Alexandre GUIDOUX

19

Cercle n°11
À l’instant que le corps d’Alexandre commence à trébucher ; Zacharie lui tire derechef en angle aigu devers le ventre, se couvrant lui-même le visage par l’extrémité de la garde : dont Alexandre en retirant et détournant derechef comme au cercle 2, va croiser et assujettir la lame contraire par le moyen de la partie supérieure du corps à pencher sur le devant.

Les deux parties ayants, préalablement mis à la Première instance leurs épées en lignes droites ; Alexandre commence à travailler en intention d’assujettir l’épée contraire, tout de même comme au Cercle n°1. Ayant donc levé le pied droit, et assemblé les Nombres des lames 3 contre 8, et ainsi marchant vers la seconde instance par deçà le Diamètre ; Zacharie guette que le pied lui vienne à tomber par le trébuchement du corps, et au même instant il entre dedans, se couvrant le visage par le haussement et entremise8 de sa garde, en avançant le pied droit jusques outre la lettre V sur le Diamètre, tirant également l’estocade avec pliement du genou et penchement du corps vers la partie inférieure du corps contraire. Alexandre s’apercevant donc à temps du détachement des épées par le moyen du sentiment, et reconnaissant par la vue la protection du visage contraire, il continue à poursuivre la lame, la croissant avec supériorité de la sienne, et retirant ensemble rapidement à côté un peu en arrière la partie inférieure de son côté droit, plantant au même instant le pied droit à terre au milieu de la ligne GD ; avec une soudaine poursuivre du pied gauche, à planter en bonne proportion derrière l’autre un peu à côté, penchant cependant du corps sur le devant et dégraduant l’épée contraire en tournant sa branche extérieure diagonalement en haut avec la pointe de la lame un peu haussé, et le Nombre 9 de celle-ci accouplé avec le 6 et 7 de l’épée contraire de façon qu’en assujettissement, il en abaisse tellement la pointe qu’il lui en découvre le côté droit du corps ; comme on le voit représenté en la figure. La même estocade pourra aussi être attenté par l’adversaire en trois autres occasions, durant qu’Alexandre sera en acte de marcher du pied droit de la Première instance à la deuxième pour faire l’assujettissement :
8

Protection par la garde?

Alexandre GUIDOUX

20

Premièrement, lorsqu’il commence à l’avancer le pied élevé vers son côté gauche, à l’instant où il arrive au mi-temps du chemin, au-dessus de l’entre coupure des lignes CG et DE. Pour donc rencontrer et prévenir en cette instant l’opération de l’adversaire, il faut laisser tomber le pied en le retirant droitement arrière jusques à la Circonférence, avec un détournement du côté droit en dehors ; et avec soudaine poursuite du pied gauche à gouverner à l’advenant. Semblablement, elle pourra être pratiquée à l’instant que les orteils du pied d’Alexandre seront passez entre la dite entre coupure des lignes CG et DE, qui est un peu au-delà de la moitié du chemin, et le plus avant que le pied [d’Alexandre] peut aller sans être incommodé par la charge du corps. Pour se défendre de l’estocade tirée en ce dit dernier instant, il convient à Alexandre de retirer le pied élevé droitement en arrière, en le plantant derechef sur la Circonférence, avec la même poursuite du pied gauche, que devant. Le troisième instant pour pratiquer encore le même, sera après qu’Alexandre aura porté le pied encore plus outre, si avant qu’il commence à trébucher avec le transport du corps ; auquel instant, Alexandre doit derechef retirer le pied élevé sur la même Circonférence, et le poursuivre avec le pied gauche. Le dernier instant sera lors qu’Alexandre aura porté le pied si avant, qu’il en sera venu à trébucher tout à fait ensemble avec le corps, qui est l’occasion la plus difficile de toutes à bien rencontrer, étant impossible de retirer le pied, mais seulement de le tourner. Pour cette raison, il nous a semblé expédient de la représenter au Tableau même, comme étant de plus grande importance

Cercle n°12
Alexandre dresse sa pointe au côté de l’adversaire, en tournant seulement la main, et en fait l’exécution en graduant les lames, et entrant avec le pied droit dedans. Alexandre poursuit l’opération précédente en élevant le pied droit et ensemblement tournant du poignet de la main sa branche extérieure, de verticale qu’elle était, en dehors jusqu’à trouver et ferrer la lame contraire, menant aussi par ce même moyen sa pointe en la présence du cotés droit de l’adversaire : graduant en même temps son épée, durant que le pied s’avance et entre jusqu’à la lettre I, blessant sa partie adverse dessous l’aisselle droite, avec un pliement du genou et le penchement du corps, assisté du pied gauche en trainant après et augmentant la vigueur de l’estocade, de sorte qu’il lui en donne à travers du corps rencontrant la garde contraire de la sienne et la maitrise tellement que la pointe en décline vers terre, ainsi qu’il se voit au portrait de la figure. Alexandre GUIDOUX 21

Cercle n°13
Zacharie tirant en angle aigu vers le ventre son adversaire au temps que son épée est assujettie ; Alexandre en se tournant sur ses orteils en penchant sur le devant, lui donne l’atteinte en droite ligne au découvert de la poitrine.

Cette opération découle de celle qui est représentée au Cercle n°1. Car à l’instant qu’Alexandre accomplit l’assujettissement à la seconde instance Zacharie vient lui entrer dessus, en avançant le pied droit un peu outre le point V au deçà du Diamètre, lui tirant d’un bras raide une estocade en angle aigu vers la partie inférieure du corps. Alexandre qui s’aperçoit par le sentiment du détachement des épées et par la vue que l’épaule droite du contraire se découvre ; il ne fait que détourner le côté droit de la partie inférieure du corps (qui était la cible de l’estocade) en se tournoyant sur ses orteils, et ensemblement se penchant sur le devant devers son contraire, et lui assénant en ligne droite, moyennant l’extension et raidissement du bras, un coup de pointe au plus prochain point d’attouchement, qui est en la dite découverture de l’épaule droite. Etant à considérer que l’épée de Zacharie se raccourcit à mesure qu’elle s’éloigne de la droite ligne, tirant à l’angle aigu, là ou celle d’Alexandre au contraire s’allonge, à raison qu’il en travaille en ligne droite, l’assistant même d’un penchement de corps, avec retirement de la partie inférieure ce qui lui porte si grand avantage qu’il atteint et blesse son contraire sans que la pointe contraire puisse arriver jusques à lui. Cette démonstration est aussi représenté au Tableau V, ou elle est aussi plus amplement expliquée et vérifié par raisons de mathématique. Il faut ici résoudre un doute qui pourrait être proposée à l’encontre ; à savoir si cette blessure d’Alexandre, se faisant ainsi avec penchement du corps, pourrait être pratiquée avec une pointe [en angle] aigue. Ce qui semble ne pouvoir être, en raison que la dite pointe passant en un clin d’œil le corps

Alexandre GUIDOUX

22

contraire sans nul arrêt, les deux corps s’approcheraient et viendraient incontinent si fort en présence que l’épée de dessous en acquerrait l’opportunité de contre blesser infailliblement sa partie contraire. La réponse en paraitra d’elle-même par la description de l’opération du Cercle suivant.

Cercle n°14
Alexandre s’assure dessus la lame contraire, et la tenant en devoir, il fait l’exécution de son estocade, en entrant dessus l’ennemie avec le côté gauche devant.

Alexandre poursuivant donc l’opération commencée, il entre sur sa partie adverse avec le pied et le côté gauche, en se tournant le corps sur le pied droit, sans aucun autre approchement ; et ainsi la partie supérieure du corps descende aussi à l’advenant avec le bras, il conduit sa garde dessus la lame contraire, en sorte que la pointe de celui-ci en est poussée vers le bas à mesure que le corps entre ; donc en continuant à s’approcher davantage, et ensemblement à se pencher sur le devant, au même temps il fait la graduation sur l’épée et plante le pied élevé en delà le Diamètre, sur le milieu de la ligne MS, avec poursuite du pied droit, renforçant par ce moyen tellement la vigueur de l’exécution, qu’il emporte du choc de sa garde, le bras et l’épée contraire, en sorte que la pointe en tombe quasi à terre, en lui poussant l’estocade à travers le corps. Il faut très exactement observer en la pratique de ces deux dernières opérations, qu’au Cercle n°13 Alexandre a donné l’atteinte à son contraire tout au commencement de son mouvement, aussitôt qu’il s’est aperçu par le sentiment du détachement des épées, avant que le corps de Zacharie ait eu la commodité de se pencher ou de s’avancer pour trouver la mesure d’atteindre. Ce qui est du tout nécessaire à observer. Car si on ne prend le temps juste et que Zacharie ait avancé l’épée avec le corps pour peu que ce soit, en ce cas on ne pourra pas s’aider de cette même leçon du Cercle 13 car encore qu’on donnerait, aussi on recevrait. Pour éviter donc et prévenir le danger qu’il nous avait apprêté, il sera besoins de s’en défendre à l’exemple du Cercle n°9 en détournant le côté droit avec retirement et tournement des pieds, en poursuivant de même temps l’exécution du Cercle n°10 suivant les observations qui en dépendent. Alexandre GUIDOUX 23

Le principal que le Disciple doit prétendre en la pratique de ce tableau présent, c’est de prendre exactement le temps, qui est l’un des plus importants points de tout l’exercice et sans lequel il n’y a rien qui puisse être pratiqué, ni avec bonne grâce, ni avec assurance. Car si Hippocras, le prince des Médecins, a osé prononcer que l’occasion en médecine est difficile à observer et à prendre, laquelle y dure cependant des jours, ou tout du moins des heures entières, à plus forte raison pourrons nous dire qu’elle est très soudaine et difficile en l’exercice des armes, où elle ne dure souvent qu’un moment de temps, et souvent qu’elle ne si présente qu’en un simple instant, qui est un point de temps indivisible et sans durée quelconque. En sorte qu’il y a temps auquel on trouve de l’occasion, mais bien peu d’occasions où il se trouve du temps. C’est pourquoi ceux qui tacheront de parvenir à ce haut but de connaître et prendre justement les temps, je les avertis, qu’il ne l’estiment pas pour chose facile et qu’il ne leur ennuie pas de mettre un long exercice en l’usage des présentes leçons de ce Tableau VII, car outre l’assurance quelles leur donneront en la parfaite Théorie et pratique des armes, aussi pourront-elles être quasi seules tenues pour suffisante d’entrer en la lice avec les plus grands et hardis tireurs d’armes qu’il puissent trouver, moyennant qu’ils ne jouent pas sur le sentiment. Car puisqu’ils ne sont pas accoutumer d’avoir les épées accouplées et mêmes qu’ils s’en trouvent incontinent embrouillé, ils font toujours leur devoir de les détacher avant qu’on puisse les assujettir, dont il ne se présente ordinairement quasi nulles autres opérations que celles que vous voyez représentées en ce Tableau, de façon que le temps qu’on y mettra ne pourra être que très bien employé.

Alexandre GUIDOUX

24

Annexe

Détail de la décoration de la colonnade de droite du tableau. Ensemble d’armes regroupés des écoles d’escrime classique du XVIème - début XVIIème siècle, notamment en tradition Allemande. De haut en bas : Epée (simple, longue ?), dussack, dague. Bâton, rapière (ou forte épée/ épée de côté ?), dague. Dussack, federschwert, rapière (ou forte épée/ épée de côté ?), et targe.

Alexandre GUIDOUX

25

Détail de la décoration de la colonnade de gauche du tableau. Ensemble d’armes et d’équipements militaires regroupés typique de la toute fin du XVIème – tout début XVIIème siècle (maximum 16151620 au vu des formes des armes à feu). De haut en bas : Pistolet (à rouet ? à mèche ?) Mousquet à mèche, dague. Bâton, Hallebarde et cuirasse à tassette de piquier.

Alexandre GUIDOUX

26

Détail des armes de Georges Guillaume 1er de Brandebourg (1595 -1640). 11ème Prince électeur de Brandebourg (1619) et duc de Prusse. Il fait parti des 8 princes Allemands ayant soutenus financièrement la création et la rédaction de l’Académie de l’épée.

Alexandre GUIDOUX

27

Sign up to vote on this title
UsefulNot useful