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Question 4.

Berkeley fait partie de la famille des empiristes pour qui toutes

nos idées proviennent de l’expérience. Il est aussi idéaliste en ce sens

qu’il soutient la prééminence des formes abstraites ou des

représentations mentales sur la réalité en la relativisant. L’idéalisme de

Berkeley est un idéalisme immatérialiste ou empirique selon lequel la

matière est une fiction ontologique. Berkeley nie de ce fait que l'on puisse

prétendre connaître le monde extérieur tel qu'il est puisqu'il n'existe pas

en soi mais seulement dans la pensée. Sa pensée se résume dans sa

célèbre formule: «Être, c'est être perçu ou percevoir.» Ce qui veut tout

simplement dire que tout ce qui existe, est soit un esprit, soit une idée

(perception, un état de conscience, de l’esprit); mais vraiment tout, y

compris le soit disant «monde extérieur», la matière. Rien au-delà des

perceptions n’existe réellement. La matière, c’est ce quelque chose

d’extérieur à l’esprit, qui accueillerait les différentes propriétés que je

perçois (telles la couleur, la forme, l’odeur, le goût, etc.). Il n’existe rien

d’autre, en fait que ces propriétés sensibles, et la matière qui compose la

chose soi-disant est réductible à ces propriétés. Elle n’est qu’une

collection de qualités sensibles.

Contrairement à l’idéalisme, le réalisme désigne une conception

qui affirme l’existence ontologique des objets extérieurs à nous. Par

réalisme indirect, nous entendons qu’un sujet S perçoit indirectement un

objet O du fait qu’il perçoit un intermédiaire I, c’est un peu comme voir un


match de football à la télévision qui sert d’intermédiaire. En général, dans

les théories du réalisme indirect, ce qui est perçu directement n'est pas

quelque chose d'externe mais un objet mental interne.

Le réalisme de Locke est indirect, sa thèse centrale est que les

qualités premières ressemblent à leurs causes dans les objets extérieurs,

alors que les qualités secondes ne ressemblent pas aux objets. Selon lui, il

n’y a rien qui ressemble aux idées dans les choses. Cela étant, l’idéalisme

indirect soutient que nous avons accès à la réalité à travers les

représentations de l’esprit. Cependant, Berkeley note, par rapport à cela,

que toutes les idées, si elles représentent, ne représentent pas de la

même manière. La difficulté principale est dans la distinction même entre

les qualités premières et les qualités secondes des objets. Si les qualités

premières sont représentées par des idées ressemblant aux choses, alors

celles-ci ne sont pas moins des idées sensibles que les idées des qualités

secondes, et dans ce cas où est la distinction ? Prenons une table. Elle

possède les propriétés suivantes : une couleur, dureté, quatre pieds en

bois, carrée, etc. Maintenant, si on enlève ces propriétés sensibles

(sensations) que reste-t-il réellement? Reste-t-il quelque chose, qui serait

le substrat de ces qualités (la matière) ? Non : enlever ces sensations

revient à enlever la table elle-même! De toute évidence, la table n’est

donc rien d’autre qu’un être qui se confond avec les sensations qu’il

engendre. Par conséquent, l’idée d’une existence en dehors des

sensations semble inintelligible. À ce titre, Berkeley dit : « C'est tout


ce que je peux comprendre par ces expressions (propriétés de la

table dans son exemple : nous avons rajouté ce commentaire) et autres

semblables. Car quant à ce qu'on dit de l'existence absolue de

choses non pensantes sans aucune relation avec le fait qu'elles

sont perçues, cela semble parfaitement inintelligible.» (Berkeley :

principe de la connaissance humaine, recueil page 50)

La position de Berkeley, dont nous avons fait l’exposé dans les

paragraphes précédents, n’est pas sans parenté avec le phénoménalisme.

Avec le phénoménalisme (étymologiquement, phénomène signifie «ce qui

m’apparait.»), on ne reconnait l’être qu’à l’apparaître : les perceptions

sont des apparences, elles seules sont réelles et il n’y a rien

derrière.L’essence phénoménale d’une chose, qui est l’ensemble des

caractéristiques perceptibles qui apparaissent toujours comme liées de

sorte que leur présence sert de critère de reconnaissance, nous est

accessible. Si un corps nous offre toutes ces apparences : la couleur

jaune, l’apparence métallique, malléabilité, solubilité dans l’eau régale,

nous pouvons l’appeler légitimement «or». Quant à l’essence réelle des

choses, elle demeure hors de portée.