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Témoignages - Itinéraires

La voix de l’acteur

Éthique en toc

La voix de l’acteur Éthique en toc

À l’heure où fleurissent les chartes éthiques, Anne Salmon dénonce un colmatage artificiel destiné à redonner du sens à un travail sous pression. La RSE pourrait devenir un enjeu de lutte sociale.

Anne Salmon (1) ,

maître de conférences associée en sociologie

à l’université de Caen.

www.unicaen.fr

Comment vous êtes- vous intéressée à la responsabilité sociale et environnementale ? En 1995, j’ai analysé les discours éthiques des gran- des entreprises – prises de parole de la direction, médias internes, chartes –, en les resituant dans l’évo- lution historique du rapport entre éthique et économie. Puis j’ai enquêté chez 50 salariés d’EDF, où les évo- lutions se sont concentrées sur une courte période, afin de mettre en regard les valeurs de la charte éthique et la réalité quotidienne des rapports sociaux au travail. Il faudrait poursuivre en enquêtant chez les syndi- calistes pour comprendre comment peuvent émerger des contre-propositions à l’éthique instrumentale des directions.

Qu’entendez-vous par éthique instrumentale ? Cette éthique sociale et environnementale est un bricolage aux références multiples. Elle devient un outil de management pour compenser un climat dégradé et réguler les rap- ports sociaux dans l’entre- prise. Depuis les années 90, le discours éthique explose. Il prône des valeurs con- sensuelles et de plus en plus abstraites, comme le respect de la personne, et vise à compenser le déficit de loyauté et le manque de motivation qui inquiètent les directions.

D’où provient ce malaise au travail ? Pensant gagner en effi- cacité, les managers ont introduit le marché au sein de l’organisation du travail :

compétition interne, rela- tions marchandes entre les services, relation client minutée… Les salariés

subissent la pression du résultat, les évaluations, la flexibilité forcée. Comme ils n’ont plus le temps de nouer des liens conviviaux, cette dureté des conditions de travail isole et fragi- lise une identité collective fondamentale. La diminu- tion du temps de relations humaines libres et sponta- nées provoque une disso- ciation de l’économique et du social. Le travail est vidé de son sens, les salariés sont frustrés et souffrent moralement.

Par le passé, qu’est-ce qui donnait du sens au travail ? Aux débuts du capitalisme, la prospérité était la pro- messe du paradis sur terre. Puis la rationalisa- tion industrielle a introduit l’idéologie du progrès :

dans le travail à la chaîne, l’accumulation de petits gestes étriqués dans une morale d’abnégation était destinée à réaliser de gran- des et belles choses. Pen- dant les Trente Glorieuses, cette abnégation semblait profiter à tous, via la pro- tection sociale et la redis- tribution. Aujourd’hui, face au chômage, aux pannes de l’ascenseur social, et aux problèmes environne- mentaux, participer au bien commun en produisant toujours plus, et en étant toujours plus compétitif, semble de moins en moins évident.

Le discours éthique redonne-t-il du sens au travail ? Non. Les directions cher- chent à retisser du lien social dans l’entreprise de façon surplombante, mais sans toucher à la forme d’organisation qui cause sa perte. Les salariés voient bien la contradiction entre les règles implicites de la

nouvelle organisation du travail et les valeurs affi- chées. Cette contradic- tion peut susciter douleur et colère, même chez les cadres. Or, l’entreprise a besoin de l’adhésion des salariés pour promouvoir son discours éthique de développement durable à l’extérieur, et inversement.

À quoi sert le discours éthique vis-à-vis de la société ? À obtenir un surcroît de légitimité, mais aussi à consolider son réseau de partenaires dans l’écono- mie mondialisée. À l’épo- que coloniale, le pouvoir politique était exporté pour protéger les investisse- ments réalisés à l’étranger. Aujourd’hui, sous couvert d’éthique, les multinatio- nales montrent qu’elles s’autocontrôlent, pour évi- ter des régulations juridi- ques contraignantes. Alors, comment parvenir à l’éthique véritable ? La capacité éthique et d’ad- hésion ne peut émerger que de la liberté des grou- pes sociaux dans l’entre- prise. Au lieu de colmater les brèches, il faut rendre l’organisation plus démo- cratique. Si la sphère éco- nomique est une condition de la démocratie globale, elle ne peut s’appuyer sur une organisation imper- méable aux valeurs démo- cratiques. Il faut réintégrer l’humain, le bonheur social et la démocratie au cœur des moyens économiques, et non reporter ces finalités à un après indéfini, comme dans l’idéologie du progrès, ou un ailleurs, comme la sphère politique. R. H.

1. Auteur de La tentation éthique du capitalisme, la Découverte, à paraître le 29 mars.

CARNET

ETDE

Charles Ly-Wa-Hoï, 40 ans, a été nommé directeur dévelop- pement durable et qualité d’ETDE, filiale électricité et maintenance de Bouygues construction. Ingénieur élec- tronicien de formation, il a occupé un poste identique dans le Mouvement E. Leclerc.

www.etde.fr

PPR

Elisabeth Didier remplace Estelle Kistner (ES n° 205) comme directrice du dévelop- pement durable du groupe PPR. Agée de 36 ans, diplômée de l’Institut commercial de Nancy, elle a acquis une pre- mière expérience de deux ans dans la chimie comme respon- sable qualité, puis de cinq ans dans le conseil en management et en organisation. Entrée chez PPR en 2002, elle a été chef de projet dans l’équipe chaîne d’approvisionnement et achats.

www.ppr.com

WBCSD Klaus Töpfer, ancien directeur général du Pnue, va diriger le groupe assurance du projet EEB (efficacité énergétique du bâtiment) lancé en mars 2006 par le Conseil mondial des en- treprises pour le développe- ment durable.

www.wbcsd.org

Parlement européen

La députée Catherine Traut- mann a été élue vice-prési- dente de la Commission indus- trie, recherche et énergie (ITRE) du Parlement européen dont elle était rapporteur.

www.europarl.europa.eu

DIESES

Frédéric Tiberghien a quitté ses fonctions de délégué intermi- nistériel à l’innovation, à l’expé- rimentation et à l’économie so- ciales, pour retourner dans son corps d’origine, le Conseil d’État. Il avait déjà effectué un court séjour au Commissariat du plan en tant que commissaire adjoint, en raison de la dissolu- tion de la structure.

www.cohesionsociale.gouv.fr

ANR

Jacqueline Lecourtier a été nommée directrice générale de l’Agence nationale de la re- cherche. Le conseil d’adminis- tration est présidé par Phi- lippe Gillet, directeur de l’École normale supérieure de Lyon.

www.gip-anr.fr

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