MARS 2014 / n°194 / 1,70 €

Des anniversaires !
Il y a 40 ans l’écologie politique apparaissait dans les médias. René Dumont se présentait à la télévision, pour sa candidature aux élections présidentielles, avec un verre d’eau et expliquait combien les ressources naturelles devaient être préservées. 2014, c’est aussi le trentième anniversaire de la naissance du parti politique « Les Verts », devenu, fin 2010, « Europe Ecologie – Les Verts ». Début février, à l’occasion du Conseil Fédéral, a eu lieu un premier temps festif et médiatique autour de ces anniversaires de l’écologie politique. D’autres évènements nationaux, régionaux, locaux suivront, autant d’occasions de valoriser nos idées, nos projets et nos réalisations. Cette année verra aussi le vingtième anniversaire de notre mensuel « La Feuille Verte », nous en reparlerons. Les anniversaires, direz-vous, ce n’est pas la tasse de thé de notre parti. Nous sommes plus portés à regarder l’avenir que le passé ! Profitons-en cependant pour prendre un peu de distance. A l’échelle de ces derniers 40 ans, nos idées, nos analyses, nos propositions jugées à l’époque irréalistes, voire même farfelues, sont aujourd’hui admises, validées, reconnues. Ce qui se passe sur notre planète nous donne hélas raison : climat, épuisement des ressources, biodiversité, pollution, santé, catastrophes nucléaires … Des mesures, proposées par les écologistes, ont été engagées, elles ont très souvent été portées par les élus verts et soutenues par les associations environnementalistes. Notons, entre autres, le développement des transports alternatifs à la voiture (transports en commun, vélib’ ...), l’élévation des exigences énergétiques dans le bâtiment (label BBC-Effinergie …). En même temps nous voyons bien que le chemin parcouru est plein d’embûches, de retours en arrière. Il faut passer à la vitesse supérieure. (*) Ce regard sur le chemin parcouru nous montre que l’échelle de temps de l’écologie n’est pas celle du mandat politique. Il nous montre aussi que notre action, notre détermination portent leurs fruits, même si ce n’est pas toujours là ni quand nous nous y attendons. Alors, oui, l’humanité a besoin des écologistes et leur action pour être efficace doit être multiforme, celle des associations environnementales, celle des activistes comme Greenpeace (**), celle des élus bien sûr … Non, ce n’est pas le découragement devant les embûches qui doit nous saisir mais bien plutôt la certitude que nos idées et nos propositions aboutiront ! (*) Il faut sans aucun doute aussi changer de modèle, abandonner ce modèle suranné basé sur une croissance infinie. (**) On aime quand ils démontrent l’insécurité de nos centrales nucléaires ou quand ils déversent du charbon devant l’Elysée !

Corinne Tissier et Bernard Lachambre Co secrétaires EELV

Sommaire
P 1 : édito P 2 : Mon premier conseil fédéral P 3 : Le débat, l’empoignade et la fête P 5 : Prostitution : punir pour responsabiliser P 6 : Eurodéputés : webdoc P 7 : Traité Transatlantique P 9 : BD : l’économie en images P 10 : Favoriser l’initiative P 12 : Anniversaires : les Verts, une minorité d’influence P 14 : Science et écologie P 16 : Vaccins : une note salée P 17 : Pollution du Dessoubre P 19 : Non au business de l’eau P 22 : Cicadelle et insecticides P 23 : PSA : le soleil se lève-t-il à l’Est? P 24 : Au boulot, fainéants ! P 25 : Un mois, émois, et moi P 27 : Bulletin d’adhésion P 28 : Action anti nucléaire

Baptême du feu

MON PREMIER CONSEIL FÉDÉRAL
De retour du Conseil fédéral d'EÉLV et pour ne pas énerver Gégé et le Comité de lecture en envoyant mon compte rendu à la dernière minute, je profite du retour en train pour le rédiger. Le voici donc « à chaud » et sans prétention à l'objectivité. Le samedi matin, j’ai assisté à l’atelier qui devait aboutir à une motion de synthèse entre deux motions : celle portée par le Bureau exécutif, intitulée « Pour un pacte de responsabilité écologiste et social », et celle plus radicale portée par Alain Coulombel et Didier Rod, intitulée « EÉLV appelle à refuser la politique décrite par Hollande ». -ler... Vous voyez ce que je veux dire. Je ne m’étendrai pas sur les motions présentées le samedi après-midi : elles ont fait consensus et vous pourrez les consulter dans le compte rendu complet du CF. CF qui a également été l’occasion d’un échange avec les têtes de listes autonomes aux prochaines municipales : ça fait du bien, ça fait rêver, ça remotive ; bref, on a six ans pour préparer la future liste autonome à Besançon, d’accord ?...

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Le débat le plus passionné du week-end a eu
lieu le dimanche après-midi autour de la motion « Prostitution, contre une loi démagogique et dangereuse ». La plaidoirie en faveur de la loi de Nicole Kiil-Nielsen fut grandiose, la colère d’Alain Lipietz (en faveur de la motion) fut nettement moins glorieuse, même si le « Touche pas à ma pute » de Stéphane Sitbon, qui défendait la loi à l’origine de la colère de Lipietz, n’était pas forcément bienvenu.

Vous imaginez facilement que le débat fut intense, qu’on a cru que jamais nous ne réussirions à nous
mettre d’accord, mais après plusieurs rebondissements, nous y sommes parvenus et la motion de synthèse proposée, « Pour un pacte de responsabilité écologiste et social », a été votée à l’unanimité moins une voix. Vous pouvez consulter le texte dans son intégralité via le lien : http:// tinyurl.com/nhcuybe . J’espère que cette demande d’EÉLV sera entendue, que ce pacte de responsabilité écologiste et social le sera réellement (l’espoir fait vivre, non ?) et que, si le résultat ne correspond pas aux attentes, EÉLV prendra enfin la décision qui s’impose : quitter le gouvernement. Je souhaite vraiment qu’il s’agisse de la dernière ligne rouge, que celle-ci ne passe pas une fois de plus au vert lors du prochain CF si les résultats ne sont pas au rendez-vous, et que l’on ne nous trouve pas encore une bonne raison de patienter, de recu-

En ce qui me concerne, j’ai mis très longtemps à choisir si on devait soutenir ou non la loi proposée par le gouvernement, incomplète, imparfaite, à améliorer, etc. Mais après avoir lu et écouté les arguments des uns et des autres, j’ai choisi de voter contre cette motion, et donc pour la loi, car c’est un premier pas et aucun des débatteurs ne m’a convaincu que cette loi était néfaste pour les prostituées. Je suis en revanche convaincue que la prostitution participe de l’ultralibéralisme en imposant la loi du plus fort, celle de l’argent, que l'égalité homme/femme restera un vain mot tant qu'un homme pourra acheter le corps et la

sexualité d’une femme, et qu’en matière de sexualité, chacun fait certes ce qui lui plaît, mais à condition que cela soit fait gratuitement et avec consentement. Bref, mon premier CF fut intense, parfois surréaliste, mais riche, et j’encourage vivement tous ceux qui en ont l’occasion d’aller y faire un tour.

Cécile Prudhomme

Conseil fédéral des 8 et 9 février 2014

LE DÉBAT, L'EMPOIGNADE ET LA FÊTE
Rien de plus difficile à prévoir que le déroulement d'un Conseil fédéral. Celui des 8 et 9 février s'annonçait, en pleine tempête médiatique déchaînée par les vœux de François Hollande, particulièrement périlleux, et certains (certaines, direlidondaine...) prévoyaient (espéraient ?) déjà une crise politique et un nouveau congrès. Et effectivement, les motions présentées en réaction au projet de pacte de responsabilité semblaient inconciliables ; et pourtant… - droit de vote des étrangers aux élections locales, - relance de l'acte III de la décentralisation pour un redécoupage administratif du territoire plus cohérent et plus efficace.

Y 'a plus qu'à...!
Afin de se projeter dans le long terme et de contribuer à l’émergence d'une conception clairement écologiste de l'économie, un groupe de travail intitulé « Imaginer une économie écologiste » est créé sous l'égide du COP (Conseil d'Orientation Politique). Encore du consensus pour exprimer notre solidarité avec les femmes espagnoles à propos de l'IVG, ou pour ré-ré-ré-ré-réaffirmer notre farouche opposition au nucléaire et pour que cela se sache, notamment par les prises de position de nos candidats (z'et -didates) aux municipales. La vive empoignade du week-end (quasiment au sens propre) eut lieu à propos du vote d'une motion sur la prostitution. En effet, Stéphane Sitbon, en faisant un amalgame fort malvenu entre refus de pénaliser les clients des prostitués et soutien aux « violeurs », a déclenché l'ire cataclysmique du sieur Alain Lipietz, il est vrai coutumier du fait (je précise : coutumier des crises de colère... au cas où Alain Lipietz lirait ces lignes).

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On veut des avancées !
Après le travail en ateliers et quelques interruptions de séance, histoire de ménager un peu de suspense, un texte unique d'orientation politique fut voté par le CF. Bien sûr, les clivages ne disparaissent pas, et chacun trouvera dans ce texte (1) toutes les raisons de sortir du gouvernement ou au contraire de négocier les fameuses contreparties. Néanmoins, les uns ont accepté de tempérer d'un peu de sobriété leurs ardeurs keynésiennes (plus aucun lecteur de La Feuille Verte n'ignore rien de Keynes grâce à Gérard Mamet), les autres ont affirmé que les orientations politiques nationales, en l'état, nous conduisent à l'impasse. Cette motion confirme la nécessité d'obtenir des évolutions significatives sur la fiscalité écologique, la démocratie dans l'entreprise, la taxation, à l'échelle européenne, des transactions financières, la lutte contre l'évasion et la fraude fiscales, etc. Il reviendra au CF d'avril d'apprécier les avancées (ou... les reculades). De la même manière, le CF à adopté une feuille de route pour 2014, avec les priorités suivantes : - transition écologique, - réforme de la fiscalité, - santé et environnement,

En fin de compte, la motion réprouvant la pénalisation tant des clients (et aussi des clientes ) que des personnes prostituées elles-mêmes a été adoptée à une large majorité. (Notons que, bien que Cécile Prudhomme et moi ayons voté contre, cette belle alliance franc-comtoise n'a pas réussi à inverser la tendance.)

Il est beau, il est beau, mon oxymore !
Il a été également question, entre autres, des jeux de Sotchi et de notre nouveau mot d'ordre extrait du discours de notre Secrétaire nationale Emma Cosse, à savoir la «participation combative». Les «anciens» se rappellent l' « autonomie contractuelle » chère à Yves Cochet : nous n'avons jamais reculé devant les oxymores politiques. Cependant, et au-delà de la boutade, l'idée de se battre tout en restant dans la majorité est très largement partagée non seulement par les délégués au CF, mais aussi par nos militants et sympathisants : la formule de notre SN est donc la bienvenue.

Enfin, et en conclusion, deux moments particulièrement conviviaux et dynamiques ont marqué ce weekend : - Le temps d'expression réservé à nos têtes de listes autonomes à Lyon, Paris, Lille, Rouen, Perpignan, Grenoble, Montreuil et bien d'autres nous a permis de constater la vitalité et l'attractivité d'EÉLV, n'en déplaise aux éternels prophètes de la « disparition des Verts ». - Les 40 ans de l'écologie politique et les 30 ans des Verts, le samedi soir, nous ont abreuvés de moult musique, danse et... ti-punch ! En fin de compte, être conseiller fédéral, ça n'a pas que des inconvénients.

Philippe Chatelain

(1) Voir l'intégralité des textes votés sur nos listes et sur le site d'EÉLV

La fête 4

Prostitution : une intervention au CF

PUNIR POUR RESPONSABILISER

Pendant ce mandat européen, la Commission Femmes a fait de la lutte contre les violences faites aux femmes une thématique essentielle. Nous avons obtenu en plénière le vote de résolutions incluant la prostitution dans la liste de ces violences faites aux femmes et des violations des droits humains. Plusieurs auditions ont été consacrées à la question de la prostitution en Europe et nous avons pu entendre de nombreuses personnes concernées : personnes prostituées, responsables d’associations, professionnels (santé, justice, police) de différents pays aux législations diverses. Il y a cinq ans, je n’avais pas de position très précise sur la question, mais après ce travail de fond, j'en ai une.

En Europe, 96 % des victimes de la traite d’êtres humains le sont à des fins d’exploitation sexuelle. Si 99 % des clients sont des hommes, la très grande majorité des personnes prostituées sont des femmes, surtout d’origine étrangère, et l’âge moyen d’entrée dans la prostitution est d'environ 15 ans. Quelques personnes, une minorité, ont choisi cette activité, mais cela ne justifie pas d’accepter l’asservissement de la grande majorité des femmes prostituées. Que certains soient amenés à vendre leurs organes pour survivre ne justifie pas la vente d’organes. Et je réponds à ceux qui estiment que la loi serait stigmatisante « en faisant des personnes prostituées des personnes à part » que ce ne sont pas les personnes qui sont « à part », mais l’activité !

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Je pense que, pour l’essentiel, la prostitution n’est pas un ensemble de tractations individuelles,
mais qu’il s’agit d’un système, d’un marché bien organisé, car c’est l’argent qui intéresse les trafiquants et les proxénètes, pas le sexe. Je pense donc qu’il est logique d’établir le lien entre ceux qui donnent l’argent et ceux qui s’enrichissent, de responsabiliser les citoyens : on parle de 30 milliards d’euros par an, « budget » de la prostitution en Europe. Nous sommes face à un marché qui répond à la logique capitaliste avec toutes les exploitations, tous les excès que nous savons. La Commission Genre d’ATTAC, qui travaille depuis une dizaine d’années sur les liens entre la prostitution et la mondialisation libérale, est favorable à la pénalisation du client, qui fait débat entre nous. Les membres de la Commission Femmes au Parlement européen approuvent à la quasi- unanimité la proposition de loi française ; le Lobby européen des Femmes, qui rassemble plus de 2 000 associations féministes de divers États membres, également.

Non, la prostitution n’est pas le plus vieux métier du monde (c’est celui de chasseurcueilleur), non ce n’est pas une fatalité ! La marchandisation du corps humain n’a rien à voir avec la libération sexuelle. Nous assistons actuellement en Europe à une mobilisation de toutes les forces réactionnaires politiques et religieuses contre les Droits acquis par les femmes et les personnes LGBT. Je pense à la remise en cause du rapport Estrella, de l’IVG en Espagne, du rapport Lunacek, etc. Des mouvements antiféministes venus d’Amérique du Nord ont fait leur apparition avec une stratégie de communication assez habile : le retournement de situation. À les en croire, les hommes seraient victimes de violences conjugales, de fausses accusations de viols, il y aurait trop de femmes juges et ministres, et ainsi de suite. Il faut nous mobiliser et résister car les droits acquis ne sont pas garantis.

Le XXe siècle, avec les luttes féministes, a
marqué un véritable tournant en criminalisant le viol au sein même du couple et en reconnaissant l’illégalité du harcèlement sexuel. Mais aujourd’hui, ce qu’un homme ne peut s’approprier par la violence ou par abus d’autorité, il peut toujours se l’approprier par l’argent ; voilà pourquoi il faut rompre ce maillon, l'un des derniers de cette chaîne qui permet aux hommes de s’approprier le corps et la sexualité des femmes : le droit de cuissage au moyen -âge, le viol longtemps considéré comme inhérent à la condition d’être femme, les mutilations génitales… L’égalité ne restera qu’un vain mot tant qu’il y aura des hommes pour acheter le corps des femmes.

Au fait, pourquoi une telle mobilisation pour protéger les clients ? « La domination masculine, selon Pierre Bourdieu, est tellement ancrée dans nos inconscients que nous ne l’apercevons plus, tellement accordée à nos attentes que nous avons du mal à la remettre en question. »

Nicole Kiil-Nielsen
Députée européenne EÉLV

Je n’ai aucun problème avec la notion de « pénalisation » et je soutiens les lois contre le racisme,
l’antisémitisme, la xénophobie. Et que l’on ne vienne pas une fois de plus nous faire le chantage à l’« écologie punitive » ! Je refuse d’admettre la situation actuelle, d’être complice du statu quo, je pense que cela vaut vraiment la peine d’essayer cette nouvelle approche visant à responsabiliser les hommes, à les conscientiser, surtout les jeunes. Qu’avons-nous à perdre ?

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Dans les pas d’un eurodéputé

WEBDOC
Le webdocumentaire est un nouvel outil web qui permet une immersion totale. C’est cette expérience que proposent nos seize eurodéputés français, qui travaillent à faire entrer les choix écologiques au sein du Parlement européen. Chaque semaine, ils se posent la même question : comment expliquer ce que les écolos défendent au Parlement ? Ils ont donc choisi cet outil pédagogique qu’est le webdoc, qui donne la possibilité aux internautes de s’immiscer dans ce monde institutionnel, à travers la visite des différents lieux qu’un eurodéputé fréquente et dans lesquels il travaille. Tapez euroecolos.eu et vous voyagerez de Bruxelles à Strasbourg, dans les régions de France ou à travers le monde. Bonne navigation !

Suzy Antoine

Traité Transatlantique (suite)

L'ARBITRAGE AU SERVICE DES MULTINATIONALES
La Feuille Verte de février a présenté les grandes lignes du projet de Traité Transatlantique de Libre Échange et sa pierre angulaire : le Tribunal Arbitral, chargé de régler les conflits entre les États et les multinationales. Les propos tenus par François Hollande, le 13 février, aux États-Unis, lors de sa conférence de presse commune avec Barack Obama sont très inquiétants et nous amènent à revenir sur le sujet. Le président français a déclaré, en effet, à propos de la négociation en cours : « Aller vite n'est pas un problème, c'est une solution. Nous avons tout à gagner à aller vite. Sinon, nous savons bien qu'il y aura une accumulation de peurs, de menaces, de crispations », comme si les réticences par rapport à ce traité n'étaient pas fondées…

Quand un cancérologue devient président…
Tabaré Vasquez a été président de l'Uruguay de 2005 à 2010. Pendant sa présidence, cet ancien cancérologue a lancé une campagne pour réduire la consommation de tabac : espaces non fumeurs, taxes, mises en garde sur les paquets de cigarettes, restriction de la publicité, etc. Cette politique est une réussite : entre 2006 et 2009, la consommation de tabac chez les 16-24 ans a baissé de 44 % (1).

EÉLV Yannick Jadot, ferme opposant au projet, lui a d'ailleurs répondu que « ce n'est pas à lui de fixer le tempo de la négociation européenne ».

D'autres exemples d'arbitrage
Les autres exemples sont de la même veine : - L'entreprise suédoise Vattenfall, qui possède deux centrales nucléaires en Allemagne, a déposé plainte contre ce pays pour sa sortie du nucléaire. - En 2012, le Cirdi (2) a accordé à l'Occidental Petroleum 1,77 milliard de dollars (2,2 avec les intérêts) que doit lui verser l'Équateur pour une rupture de contrat. - L'Argentine a dû verser 1,07 milliard de dollars de dédommagement à des détenteurs d'obligations pour avoir dévalué le peso. Souvent, la menace d'une procédure longue et coûteuse suffit à faire plier un État. C'est ce qui s'est passé, par exemple, en Indonésie en 1999. Ce pays décide d'interdire l'exploitation des mines à ciel ouvert dans ses forêts. Aussitôt un groupe de sociétés menace de demander plusieurs dizaines de milliards de dollars de dédommagement. L'État indonésien cède sur la protection de l'environnement en faisant de l'exploitation minière une exception à sa législation.

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Cette politique publique efficace n'a pas plu au géant de l'industrie du tabac, Philip Morris, qui a intenté un procès à l'État uruguayen. La multinationale, qui a son siège en Suisse, considère que l'Uruguay a enfreint ses droits d'investisseur, qui devaient être garantis par le traité d'investissement signé entre les deux pays. Le groupe estime que les mises en garde relatives à la santé ont eu des conséquences préjudiciables à ses profits. Au titre du traité d'investissement, Philip Morris demande à l'Uruguay un dédommagement de 2 milliards de dollars… Et c'est un tribunal d'arbitrage international qui devra statuer, au plus tôt en 2015. Cet exemple nous donne un bon aperçu des dispositifs qui seraient mis en place par le Traité Transatlantique. Et François Hollande devrait y réfléchir à deux fois au lieu de vouloir précipiter la négociation. L'eurodéputé

L'intérêt général, c'est fini
C'est bien ce type d'arbitrage que prévoit le Traité Transatlantique en cours de négociation. C'est ce système de « justice » qui se développe, encouragé par des avocats d'affaires, des multinationales, des hauts fonctionnaires, des ministres… Et les dommages-intérêts demandés augmentent au fur et à mesure que les procédures se développent.

Il y a même des fonds d'investissement qui se spécialisent dans les achats de demandes d'indemnisation… L'article de De Correspondent se termine par cette remarque : cette justice « n'est pas prévue pour servir l'intérêt public, mais pour défendre les intérêts particuliers de dizaines d'arbitres, de centaines d'avocats et de milliers de multinationales ». Voilà qui a le mérite de la clarté. Peut-être François Hollande a-t-il été aveuglé par son envie d'être vraiment copain avec les États-Unis ou par son souci de jouer les bons élèves auprès d'Obama… Mais pour EÉLV, notre opposition au Traité Transatlantique de Libre Échange doit être un point fort de notre campagne des élections européennes.

Le Conseil régional d’Ile-de-France a voté, vendredi 14 février 2014, une motion rejetant le projet de Traité de libre-échange transatlantique, alias TAFTA, TTIP, ou Grand Marché Transatlantique, et déclarant l’Ile-de-France « Zone hors TTIP ». Le vote a été acquis par 67 voix pour (PG, EELV et PC), 7 abstentions (MRC de J.P. Chevènement), et 102 abstentions du Parti socialiste et de l’UMP sous forme d’une procédure appelée « Ne prend pas part au vote ». D'après le site Reporterre, samedi 15 février 2014.

Gérard Mamet

(1) D'après le journal néerlandais De Correspondent du 9 janvier 2014, publié dans Courrier International du 13 au 19 février 2014. (2)Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements.

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Europe Ecologie Les Verts de Franche-Comté (14, rue de la République, 25000 Besançon) Directeur de publication : Gérard Roy Comité de lecture : Michel Boutanquoi, Gérard Mamet, Gérard Roy, Suzy Antoine CPPAP: 0518 P 11003 Maquette : Corinne Salvi Mise en page : Suzy Antoine

Contre les « experts »

L'ÉCONOMIE EN IMAGES
Main invisible, néolibéralisme, Keynes, théorie de l'offre, dette, crise, etc. : chaque jour qui passe voit ses « experts » jongler avec les grandes théories et concepts économiques. Trop souvent, par manque de connaissance sur ces questions et par timidité intellectuelle, paresse parfois aussi, nous ne prenons pas la peine de creuser et de comprendre ces concepts. C'est une victoire, justement, de ces « experts », de nous faire croire que ce n'est pas à notre portée et de nous demander ainsi de gober (littéralement) leurs postulats économiques et, bien souvent, leurs postures idéologiques. Eh ! bien, ça va changer ! La BD Economix change la vie ! Si, si, sans exagérer. Ses auteurs, ne trouvant pas d'ouvrage présentant l'histoire de l'économie en un seul volume et estimant que cette science devait être accessible à tous, y compris eux, se sont attelés à la décrypter, à la vulgariser. L'ouvrage démarre du « Passé lointain » et des prémices capitalistes, des banques, et se termine « après 2001 », présentant « notre planète malade » et les inextricables imbrications entre Wall Street, la fiscalité, la pollution, le marketing, les grandes firmes, etc. Entre-temps, nous découvrons avec stupeur combien l'économie aujourd'hui est le résultat des choix dits stratégiques, présentés comme la seule voie possible, mais qui, en fait, ne sont que des constructions idéologiques, liées aux contextes, à la pensée dominante et… au poids des firmes (de nos jours, on parlera de lobbies). Le seul bémol est que les cas présentés sont essentiellement anglo-saxons ; mais de toute façon, c'est bien le monde anglo-saxon qui a répandu les théories qui organisent nos économies actuelles. À mon avis, donc, un ouvrage important, à avoir et à diffuser, à prêter. C'est passionnant, plein d'humour et... effrayant, mais indispensable pour ne plus s'en laisser conter (1).

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Anna Maillard

(1) Economix. La première histoire de l'économie en BD, de Michael Goodwin, illustrations de Dann E. Burr, éditions Les Arènes, 2013

Pour une croissance durable

FAVORISER L'INITIATIVE
Les échanges récents sur la liste de discussion régionale d'EÉLV m'ont donné envie de donner mon avis, d'apporter mon grain de S.E.L. (voir explication plus loin). Comment sortir l'économie des difficultés actuelles en favorisant les créations d'emplois ? Comment, face au chômage, éviter les solutions qui font appel à l'assistanat ? Sans doute en favorisant les initiatives individuelles et collectives.

Les systèmes d'échange et les monnaies locales
On peut favoriser aussi l'initiative avec un système comme le S.E.L. (Système d'Échange Local). Les échanges sont démonétisés, les personnes mettent en commun des savoir et des savoir-faire. Quand une personne reçoit une aide sans contrepartie, elle est « en dette » ; cette dépendance induit une dévalorisation morale. Mais si on lui demande quelles sont ses compétences - elle en a forcément -, et si on lui offre la possibilité d'apporter sa contribution dans un atelier (couture, ménage, garde d'enfants...), on lui permet ainsi de se retrouver dans une situation d'égalité. Ce qui entraîne pour elle valorisation morale, fierté, confiance en soi, dignité…

Des aides modulées
On dit souvent que l'artisanat est la première entreprise de France. On sait que ce sont plutôt les petites entreprises, de quelques salariés, qui constituent le vivier des créations d'emplois. Pourtant, les dispositifs d'aide bénéficient en général aux plus grosses. On peut donc imaginer des dispositifs qui favorisent davantage les petites. Par exemple, l'exonération totale de charges pour le premier emploi et de 50 % pour le suivant. Les aides peuvent être modulées aussi en fonction d'autres critères. Ainsi, les coopératives ouvrières, qui ne risquent pas d'être délocalisées et qui favorisent des rapports plus équitables au travail, pourraient recevoir davantage de soutien. Quand les coopératives s'inscrivent, en plus, dans un projet durable, qui respecte les normes environnementales et qui contribue à lutter contre le dérèglement climatique, les aides seraient encore plus conséquentes. Il s'agit en fait de favoriser et de promouvoir les entreprises qui inscrivent leur activité dans un autre projet de société. Certains dispositifs pourraient être expérimentaux avant d'être, le cas échéant, généralisés. Des évaluations devraient permettre de les reconduire ou non au bout d'un an, par exemple. On peut difficilement imaginer que ce projet puisse se réaliser sans des changements politiques importants. Et si les banques centrales pouvaient à nouveau prêter aux nations à 0 % ? Si la France décidait de ne plus payer les intérêts de la dette (l'équivalent de nos impôts sur le revenu : pas étonnant qu'ils augmentent !) ? Si les ouvriers, associés en coopératives ouvrières, avec un projet rentable, pouvaient préempter une entreprise ou une industrie en faillite, avec le soutien possible des collectivités locales et de l'État (possibilité de prêt très favorable) ?…

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Ce type d'échanges, inspiré de la philosophie de Gandhi, n'est ni nouveau, ni spécifique à l'Europe. Historiquement, il s'est développé, par exemple, dans des communautés de lépreux en Inde. Ainsi le groupe se prenait totalement et équitablement en charge tout en respectant la diversité individuelle, familiale, et sociale. Il s'agit d'adapter ce principe et de le développer dans notre société au vingt et unième siècle. Les monnaies locales, qui se développent un peu partout, pourraient contribuer aussi à favoriser la relocalisation de certaines activités. Une monnaie locale doit être dépensée sur un territoire donné, avec une date limite d'utilisation et l'impossibilité de la reconvertir en euros. Elle ne peut servir à aucune spéculation et elle favorise les activités de proximité.

La difficile question de l'assistanat
Dans une situation de chômage de masse se pose toujours une question cruciale : est-ce qu'il vaut mieux mettre l'argent pour créer des emplois ou dans les aides sociales ? J'ai envie de répondre : plutôt dans les créations d'emplois. Ceux qui se retrouvent en situation d'assistanat sont les premiers à être insatisfaits d'être exclus de l'échange « travail contre rémunération ». Il peuvent se sentir déshumanisés, atteints dans leur dignité. En même temps, en attendant un retour très hypothétique du plein emploi, une société n'a pas le droit d'abandonner une partie de ses membres sans le minimum de moyens de survie. Difficile dilemme ! On peut s'interroger aussi sur l'efficacité des mesures de défiscalisation du travail prises par François Hollande. Celles-ci ne sont pas directement liées et conditionnées par des créations d'emplois. Certains employeurs pourront choisir, en toute bonne foi, de commencer par renforcer leur trésorerie avant d'embaucher.

La priorité, c'est effectivement de favoriser, par tous les moyens, les créations d'emplois avec le soutien aussi bien de l'État que des collectivités. Je souhaite qu'EÉLV propose un projet politique innovant, simple, abordable et favorisant l'initiative individuelle et collective. Un tel projet devrait donner envie d'essayer, redonner de l'espoir, ouvrir de nouvelles possibilités, pour l'individu, de créer du durable et de l'équité sociale.

Jean-Louis Rémy

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Vos reçus fiscaux
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Anniversaires

LES VERTS : UNE MINORITÉ D'INFLUENCE ?
Déjà 40 ans que

René

Dumont fut le premier candidat écologiste à l'élection présidentielle et 30 ans qu'une partie du mouvement écologiste se structurait sous la forme d'un parti : Les Verts. Je doute que ce soient ces anniversaires, presque anecdotiques dans les médias, qui ravivent la question de l'intérêt d'une structure de type parti pour faire progresser l'idée d'un autre chemin possible, question à laquelle il faut bien tenter de répondre.

-norité mais un petit dans la cour des grands. C’est un problème qu’on a vécu avec l’écologie politique dés le départ en se focalisant sur la candidature à la présidentielle. Moi je pensais qu’il fallait s’occuper d’abord des autres niveaux. Pour former des gens. » En novembre dernier, le journal en ligne Reporterre (3) alimentera cette même interrogation entre Jean-Claude Guillebaud, Paul Ariès et Alain Lipietz, le premier dénonçant l'erreur de la création d'un parti et affirmant : « C’est l’opinion qu’il faut culturellement convaincre », le deuxième vitupérant : « EELV ne crève pas de faire trop de politique ou d’écologie mais d’en faire dans le cadre du système » et le dernier martelant : « En somme : oui, l’écologie a plus que jamais besoin d’un parti, qui ne fasse pas que du « terrain » ou de l’éducation populaire, mais qui entre dans les institutions... pour se battre ».

Structuré comme une minorité
René Dumont appelait à la révolte, à la prise de conscience quand il écrivait : « Le seul espoir réside alors dans une prise de conscience bien plus rapide par le plus grand nombre ». Il invitait également à « construire des utopies relativement rationnelles » (1). Sa candidature s'est inscrite dans cette logique : alerter des crises imminentes, des catastrophe attendues, dire un possible. Quelques années plus tard, une partie du mouvement construit autour de l'opposition au nucléaire, des luttes comme celles du Larzac, des prises de conscience comme après le naufrage de l'Amoco Cadiz, a pensé nécessaire d'investir le jeu politique classique en créant un parti, quand d'autres préféraient développer des logiques de mouvement social, sur des bases associatives et militantes, comme les Amis de la Terre. En 2000, lors d'un entretien accordé au journal Ecorev (2), Serge Moscovici défendra l'idée d'un mouvement qui doit rester structuré comme une minorité : « Car être une minorité a trois avantages. Les minorités sont des groupes qui peuvent être importants, jusqu’à 10-15 %, avec un rapport entre l’action et la pensée encore très fort. Deuxièmement, par définition, une minorité est critique. Troisièmement : les idées pénètrent (on pourrait faire une démonstration historique avec les dissidents ou les chrétiens) ». Il ajoute : « Si vous ne vous conduisez plus, ne vous percevez plus comme une minorité, vous courrez le risque de ne plus être une mi-

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Aux affaires et sur le terrain
J'aimerais, bien modestement, essayer de poser le problème de manière un tout petit peu différente. Avons-nous tort d'entrer dans un cadre institutionnel, celui des élections, celui de la participation à des exécutifs locaux ? Avons-nous eu tort de tenter de conjuguer l'expérience politique de la conduite des affaires, comme on dit, et le travail de terrain ? Si on en juge par l'évolution d'une conscience écologique (qui n'est pas de notre seul fait), par la mise en œuvre de politiques novatrices de gestion des déchets, de l’énergie, des mobilités entre autres, il n'y a nulle matière à autoflagellation, bien au contraire. Si on tente d'apprécier notre influence de minorité en matière de réorientation fondamentale des politiques, voire, plus encore, de rupture avec les logiques productivistes du capitalisme, force est de constater que nous sommes loin du compte. Pour deux raisons.

Qui est écocompatible ?
En premier lieu, peut-être parce que nous en sommes venus à sous-estimer la formidable capacité d'adaptation de l'appareil de production. Il intègre assez bien les données écologiques, surtout lorsqu'elles se limitent à l’environnement : il suffit de voir comment la grande distribution se flatte de vendre du local, du bio, de recycler, pour comprendre que d'une certaine manière, nous nous retrouvons à favoriser de près ou de loin une sorte d’aggiornamento, des formes d'écocompatiblité. André Gorz signalait en son temps cette impasse, en décrivant des politiques qui prennent en compte les contraintes écologiques en matière de réglementation, de taxation, de pénalités, c'est-à-dire de régulation par l’État (hétérorégulation, qui s'oppose à l'autorégulation), politiques qui ont « l'avantage de conduire au but de l'éco -comptabilité sans que les mentalités, le système des valeurs, les mentalités et les intérêts économiques des acteurs sociaux aient à changer »(4).

Est-ce donner raison à ceux qui se sont toujours opposés à la participation au jeu institutionnel ? Oui, si nous ne sommes plus capables de renouer avec l'ensemble des réalités sociales, comme le soulignaient presque toutes les motions du Congrès de novembre ; si nous ne sommes plus capables d'avancer sur deux pieds : celui de la critique radicale qui prend soin de convaincre et pas seulement d'annoncer un grand soir, celui de continuer à porter dans les enceintes de pouvoir des propositions d'avenir. Et contrairement à ce que pense Serge Moscovici, nous ne pouvons rester une minorité d'influence. Celle-ci rencontre, nous le constatons, ses limites lorsque la question n'est plus seulement celle des idées, des comportements, des manières d'être, mais celle des structures de pouvoir qu'il faut conquérir et dont il faut se méfier, qu'il faut rompre en évitant qu'elles ne nous corrompent.

Les Verts : normalisés ?
C'est toute l’ambiguïté de notre participation au gouvernement : vouloir peser sur la définition des politiques et se retrouver à accompagner un verdissement incertain de quelques-unes. En ce sens, nous nous retrouvons bien dans ce que décrivait Serge Moscovici : petit dans la cour des grands. En second lieu, nous ne pouvons qu'être proprement stupéfaits de notre capacité à nous laisser contaminer par le jeu institutionnel : quête des places, des honneurs, du pouvoir, jeu des ambitions personnelles au détriment de l'engagement collectif, perte de lien avec les mouvements sociaux dont le parti ne parvient plus à être le débouché politique.

Michel Boutanquoi

(1) Les citations sont tirées de L'utopie ou la mort, Paris, Seuil, collection Points, 1974. (2) http://ecorev.org/spip.php?article41 (3) Même si l'animateur de ce site, Hervé Kempf, se montre souvent peu amène avec EÉLV, ce n'est pas une raison pour ne pas recommander la lecture de ce journal : http://www.reporterre.net/ (4) André Gorz, Ecologica, Paris, Galilée, 2008.

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La réalité du champ politique résiste à nos ambitions transformatrices et, d'une certaine manière, nous normalise au point qu'on ne paraît plus pouvoir incarner des perspectives essentielles comme la réduction du temps de travail, l'économie solidaire et coopérative, une écologie de transformation qui soit une véritable sortie du capitalisme.

Science et écologie

ÈRE POSTANTIBIOTIQUE, CHALUTAGE PROFOND, ADAPTATION CLIMAT ET MONDE NUMÉRIQUE
La science pour éclairer les choix de l'écologie politique. La réflexion politique pour développer la critique de la science. Et si on entrait dans une ère « postantibiotique » ?
C'est en 1943 que l'emploi de la pénicilline, découverte par Alexander Fleming quelques années plus tôt, a commencé à être généralisé. Jusqu'alors, une blessure de guerre, un accident industriel ou un accouchement pouvaient entraîner la mort par une infection considérée aujourd'hui comme banale. Et Alexander Fleming a reçu le prix Nobel de médecine en 1945. Mais dès le départ, le biologiste Fleming avait prévenu que les bactéries créeraient des défenses contre la pénicilline. Sa prédiction était juste et s'applique aussi aux autres molécules mises au point par la suite par l'industrie pharmaceutique. Il se passe un temps très court, un ou deux ans, entre la mise sur le marché d'une nouvelle molécule et les premiers cas de résistance. Ainsi, les nouveaux antibiotiques perdent rapidement de leur efficacité et les investissements pour en créer de nouveaux sont de plus en plus lourds. (Courrier International n° 1214, 6-12 février 2014, pp. 36-37. Article original du Food & Environment Reporting Network, 20 novembre 2013) viande. C'est aussi un usage inconsidéré des antibiotiques chez l'homme qui favorise la résistance des bactéries. Si les antibiotiques devenaient inefficaces, les conséquences seraient dramatiques, en particulier en chirurgie. Des opérations courantes comme une biopsie de la prostate ou une césarienne deviendraient problématiques. Pour retarder l'apocalypse de l'ère postantibiotique, il faudrait revenir aux bonnes pratiques : interdire l'usage préventif des antibiotiques dans l'élevage, revenir à une hygiène rigoureuse dans les hôpitaux et revoir nettement à la baisse les prescriptions d'antibiotiques.

2. Interdiction du chalutage profond : une occasion manquée
Le chalutage profond, qui s'est développé dans les années 80, consiste à traîner un filet qui racle les fonds marins à plus de 200 m de profondeur. Les espèces non désirées, qui sont rejetées, mortes, représentent 20 à 50 % des prises. Des coraux centenaires voire millénaires sont anéantis et les milieux saccagés. De plus, en milieu profond, les poissons se reproduisent tard et avec un faible niveau de fécondité : le renouvellement des colonies profondes est donc lent. Sur 54 espèces de poissons et de crustacés définies comme profondes, 21 sont déjà considérées comme épuisées ou en risque d'épuisement. (Pour la Science n° 436, février 2014, pp. 13-14)
Ce sont des énormes bateaux qui tractent un filet lesté géant qui décape le fond sans discrimination. Qui racle pendant plusieurs heures absolument tout ce qui est accroché sur son chemin. Point!

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Commentaire : Aux États-Unis, 80 % des antibiotiques sont utilisés dans l'élevage pour protéger préventivement les animaux des maladies auxquelles ils sont exposés du fait de leurs conditions de vie concentrationnaires. Le lien est fait, par les chercheurs, avec l'émergence de bactéries résistantes aux antibiotiques. Et les bactéries résistantes passent de l'animal à l'homme par les nappes phréatiques, la poussière ou la

Commentaire : Pourtant, en décembre 2013, au
Parlement européen, l'interdiction totale du chalutage profond a été rejetée par 342 voix contre 326 (1). L'argument évoqué, la menace sur l'emploi, est fallacieux : à titre d'exemple, en France, la pêche profonde n'emploie que 112 marins. C'est la pêche artisanale qui est un gisement d'emplois et elle est, en fait, menacée par la pêche industrielle. Il y a seulement eu quelques limitations dans les zones les plus vulnérables. C'est une belle occasion manquée qui trahit une trop grande collusion entre les milieux politiques et les industriels de la pêche.

avec des conséquences sur les activités humaines. Il faudra aussi s'y adapter.

4. Le monde numérique simplifie la pensée
C'est la thèse développée par le philosophe Jean -Michel Besnier. Il y a derrière les nouvelles technologies des courants inquiétants qui ont l'idée de fabriquer une sorte de transhumain à coup de molécules et de prothèses. C'est une conception qui nie la complexité au cœur de l'humain. Question communication, textos et tweets simplifient à outrance la syntaxe et le lexique de notre langue. Or le langage humain est par nature équivoque, ambigu, complexe. Par ailleurs, les machines saturent notre « temps de cerveau disponible » en multipliant les armes de distraction massive : jeux vidéo, portables, réseaux sociaux. Notre existence est alors déléguée à des avatars plus ou moins interchangeables. (La Recherche n° 484, février 2014, pp. 76-79)

3. L'adaptation au changement climatique
Le premier volume du cinquième rapport du Groupe d'Experts intergouvernemental sur l'Évolution du Climat, le GIEC, a été publié le 27 septembre 2013. Le réchauffement prévu d'ici à 2100 varie entre 1,1 et 4,8 ° C. Avant l'ère industrielle, la concentration de dioxyde de carbone était de 280 ppm (2). Elle vient aujourd'hui de dépasser 400 ppm et elle croît maintenant de 2 ppm par an. Seule nouvelle positive : l'augmentation de la teneur atmosphérique en CO2 stimule la photosynthèse et contrebalance quelque peu cette augmentation. L'autre gaz à effet de serre important est le méthane qui, pour plus de la moitié, vient de l'agriculture (effluents d'élevage, rizières…). Avec le réchauffement, les aires de répartition des espèces sont modifiées. Une augmentation de 1°C est associée à un déplacement d'espèces de 150 km vers le nord en plaine et 150 m d'altitude en montagne. Dès lors, deux objectifs se dessinent : comment atténuer les impacts et comment s'adapter au réchauffement ? (Pour la Science n° 436, février 2014, pp. 16-19)

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Commentaire : Le philosophe interviewé dans l'article dénonce les risques d'appauvrissement de la pensée. Pour lui, les technologies relèvent du « pharmakon » des Grecs, à la fois remède et poison. Nous devons éviter d'être assujettis aux machines qui nous enferment dans une servitude volontaire alors que les pionniers des réseaux informatiques y voyaient un moyen de convivialité et une façon d'échapper au centralisme. Et surtout, il faut reprendre le goût de ce qui est humain, abandonner l'idée de fabriquer un « homme parfait » et accepter la fragilité qui est la nôtre. Gérard Mamet

Commentaire : À moyen terme (2035), les modifications climatiques devraient être d'ampleur limitée, et favoriser la résilience des écosystèmes pourrait suffire. Pour la deuxième moitié du XXIe siècle, les changements prévus sont beaucoup plus importants. Il faudra alors prévoir des adaptations, comme des couloirs de migration ou des déplacements artificiels d'espèces, en particulier pour les systèmes à dynamique lente : forêts, prairies permanentes et lacs. On peut s'attendre aussi à une augmentation de la fréquence des évènements extrêmes : vagues de chaleur, sécheresses, tempêtes,

(1) Et devinez qui (entre autres) a fait des pieds et des mains pour obtenir ce beau résultat, véritable « victoire de la raison » (sic) : la socialiste Isabelle Thomas, ex-égérie du mouvement étudiant. De quoi « rassurer » amplement le groupe Intermarché, qui possède la principale flottille profonde de France ! (2) Partie par million.

Maladies induites par les adjuvants vaccinaux : une incidence aussi économique

UNE NOTE SALÉE
L'abandon des avancées que constituaient les vaccins sans adjuvants et ceux absorbés sur phosphate de calcium (la France était précurseur en la matière) a et aura des conséquences non seulement sanitaires, mais également économiques. Les surcoûts liés aux choix actuels en matière de vaccination sont certains. Ils sont consécutifs à des choix de simplification industrielle validés par les autorités sanitaires, qui y trouvent un moyen de contraindre à une couverture vaccinale plus large, sans passer par l'obligation. En effet, l'augmentation du coût du DTP aluminique par rapport au DTP sans aluminium est important, mais la rupture de stock (organisée !) entraîne, de fait, la prescription de DTPolio + 1, 2 ou 3 valences. Le DTP sans alu coûtait 7 euros, l'hexavalent en coûte (1)... 40 ! Mais si le discours récurrent disant que la balance bénéfices-risques est toujours favorable à la politique vaccinale choisie, on peut légitimement se poser des questions. Ce calcul bénéfices-risques ne tient pas compte de ce que l'on ne veut pas reconnaître comme effets indésirables, ni des dégâts collatéraux.

Accompagnement à la personne : Mises en
invalidité, les victimes ont recours à des aides pour pallier le manque d'autonomie (assistantes de vie sociale, aides ménagères, assistant sociaux, accompagnateurs, etc.)

Coût professionnel : Les arrêts maladie à répétition, les accidents du travail liés à la fatigue, la faiblesse physique ou les troubles cognitifs, la médecine du travail, le temps partiel thérapeutique, les tentatives de réorientation, le licenciements pour raison médicale, etc. représentent des coûts très importants.

Coût administratif : Des années ou des décennies de démarches administratives liées à une situation d'invalidité non seulement sont une contrainte particulièrement pénible pour les malades, mais engendrent aussi des coûts pour les organismes et collectivités, CPAM (2), CAF (3), MDPH (4), CCAS (5), Conseils généraux, etc.

Coût fiscal : Une personne en incapacité de
travailler va s'appauvrir, ne plus participer à la solidarité sur le plan des cotisations sociales ou de l'impôt sur le revenu ; la pauvreté induite joue également sur les taxes sur la consommation (TVA) et, à travers les aides légitimes, sur les exonérations de taxes et redevances diverses (TV, impôts fonciers, taxe d'habitation…).

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Coût juridique: Face à la non-reconnaissance
administrative des conséquences d'une vaccination mal sécurisée, les victimes n'ont souvent d'autre choix que d'avoir recours à la justice ; des années de procédure auprès de multiples juridictions représentent un coût important pour la collectivité, que le plaignant ait ou non gain de cause.

En plus de l'impact sur la vie de la personne,
de sa famille, de son entourage, il serait malhonnête de faire l'impasse sur les coûts financiers induits. Surcoûts liés à la prise en charge des accidentés vaccinaux (ou fautil dire des accidents liés aux adjuvants ?) sur le plan médical et sur ceux de l'accompagnement à la personne, du travail, du social, de l'administratif, du familial, du fiscal et de plus en plus du juridique.

Pour conclure :
L'incapacité au travail, l'invalidité et la pauvreté induite engendrent une perte sèche pour la nation et son économie. Ces coûts sont d'autant plus importants que les accidentés vaccinaux sont jeunes et risquent de passer 50 ans à la charge de la société. Les calculs de rentabilité industrielle sont basés sur les impératifs de rendement liés à l'actionnariat et les coûts engendrés par les dégâts collatéraux de ces choix sont à la charge de la collectivité et de la solidarité nationale (car les choix industriels sont validés par les autorités de santé).

Coût médical : L'errance médicale peut durer des
années, puis le diagnostic, le suivi et les soins représentent un coût faramineux sur quelques décennies, plus encore si on le multiplie par le nombre de personnes non encore diagnostiquées… Examens, hospitalisations, consultations, médications, infirmières, kinésithérapeutes, transport, matériel médical divers, etc.

Les choix de politique vaccinale par les autorités de santé doivent impérativement se faire en tenant compte de l'ensemble des bénéfices, des risques et des coûts, calculés objectivement, et non en fonction des seuls intérêts de l'emploi industriel ou des certitudes d'un monde médical qui se refuse parfois à exercer un regard critique sur certains produits de santé (la longue histoire des scandales médicaux en atteste largement).

(1) Hexavalent : Diphtérie, tétanos, coqueluche, poliomyélite, hémophilus, hépatite B. (2) Caisse primaire d'Assurance Maladie. (3) Caisse d'Allocations familiales. (4) Maison départementale pour le Handicap. (5) Centre communal d'Action sociale

Yves Ketterer

Pollution du Dessoubre

REPLACER LA NATURE AU CENTRE
Les multiples témoignages de pêcheurs ou d’autres personnes sur l’état de dégradation de nos rivières ne font qu’ajouter à la préoccupation ancienne et croissante des écologistes concernant le milieu naturel, la biodiversité, et plus généralement notre environnement. C’est aujourd’hui le Dessoubre qui fait tristement parler de lui après la Loue ou le Doubs franco-suisse. Mais il n’y avait objectivement aucune raison pour que l’ensemble de nos rivières ne soit pas touché. Le même constat sur d’autres cours d'eau confirme bien qu’il s’agit d’un problème global, les rejets agricoles pouvant constituer la goutte d’eau qui fait déborder un vase déjà bien rempli. cause. Les produits sont tellement nombreux que personnes ne peut en évaluer les combinaisons possibles et les effets induits. D’ailleurs, les produits chimiques ne sont pas tous identifiés ou tous mesurés. Les médicaments utilisés chez l’homme ou chez les animaux n’en sont qu’un exemple. Les effets sont potentiellement multiples, ne serait-ce que le développement des résistances aux antibiotiques dont on retrouve les métabolites dans le milieu naturel.

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Chacun doit se sentir interpellé dans sa vie
personnelle, professionnelle ou autre. Il suffit de regarder sous les éviers, dans les maisons ou les appartements, pour comprendre. Et de recenser les différentes activités professionnelles - agricoles et agroalimentaires, sylvicoles ou industrielles.

En cause, cela ne fait plus aucun doute, la multitude des rejets dans l’environnement, dont une partie liée à l’usage d’une quantité infinie de produits chimiques pour lesquels la dose n’est pas le seul problème. L’effet « cocktail », par exemple, peut être largement en

L’interdiction faite aux collectivités et aux particuliers d’utiliser des produits phytosanitaires constitue un progrès. On peut toutefois regretter qu’elle n’entre

pour les seconds. C’est le compromis sur lequel les parlementaires écologistes ont dû céder pour faire adopter cette loi. Le réchauffement climatique constitue un facteur aggravant, et avec lui la baisse des débits des cours d’eau liée aux perturbations climatiques, le tout contribuant à un réchauffement de l’eau et à une moindre oxygénation du milieu. Des éléments qui peuvent souligner l’intérêt de la suppression des barrages qui, en retenant l’eau, contribuent un peu plus à son réchauffement. Il ne faut pas non plus oublier que la pollution de l’eau peut également trouver son origine dans la pollution de l’air, laquelle véhicule des molécules qui vont se dissoudre dans l’eau, par exemple les retombées sur les sols de polluants atmosphériques entraînés par la pluie (www.cnrs.fr).

marche, comme sont indispensables les bonnes pratiques de stockage et d’épandage des effluents agricoles. Mais nous n’échapperons pas à une remise en cause en profondeur et au nécessaire changement de notre modèle de développement. Cela concerne en particulier la fabrication et l’usage des pesticides, médicaments et autres produits phytosanitaires, tout comme les standards de production du lait, des céréales ou du bétail. Il est également impératif de prendre en compte la nature du sol pour ne pas lui demander de donner plus qu’il ne peut, ou de recevoir plus qu’il ne peut encaisser, en particulier lorsqu’il présente une structure karstique sous-jacente.

Nous sommes confrontés à une question écologique, et donc économique. Il serait temps d’arrêter
d’opposer l’un à l’autre pour ne pas scier la branche sur laquelle est assise notre économie et reposent nos emplois. C’est un pacte que la société doit passer avec elle même, un pacte solidaire, qui associe tous les acteurs. Un pacte où personne n’est montré du doigt. Soyons lucides et regardons les problèmes en face. Et si, ici ou là, une activité doit être ralentie ou fragilisée, c’est ensemble que nous devons nous engager à soutenir son adaptation, son évolution vers le modèle de production de demain, un modèle qui devra replacer la nature au centre, et l’homme à son écoute, d’une manière ou d’une autre. Laissons le progrès nous guider.

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L’artificialisation et l’érosion des sols du fait
de l’urbanisation parfois anarchique et l’absence de couverture végétale des terres agricoles pendant une grande partie de l’année contribuent à la concentration des pollutions, ainsi qu’à l’accentuation des variations du débit des rivières, dont on a déjà signalé précédemment les effets négatifs. Tout se tient et se surajoute.

Eric Alauzet
Député EÉLV du Doubs.

Nous sommes bien dans la complexité et il faut l’accepter telle qu’elle est, même si cela ne facilite pas l’action publique. Les installations d’épuration de l’eau sont nécessaires, à condition d’être maintenues en bon état de

Non au business de l'eau

PARTOUT EN FRANCHE-COMTE, POUR UN SERVICE PUBLIC DE L'EAU

Le slogan de l'association fondée par Danielle Mitterrand, France Libertés, qui s'est investie pour que l'accès à l'eau potable soit un droit pour tous, était : « Bien commun de l'humanité, l'eau n'a pas de prix ». L'association défendait trois principes simples : - L'eau n'est pas une marchandise comme les autres. - Après son utilisation, l'eau doit être rendue à la nature en bon état. - Le service de l'eau doit être géré par les pouvoirs publics, qui sont les seuls à être en mesure de garantir l'intérêt général. Avec la grande vague libérale des années 80-90, on a assisté un peu partout à la privatisation du service de l'eau et de l'assainissement, parfois même dans des communes gérées par la gauche. Ainsi, en 1992, le service de l'eau du Pays de Montbéliard était confié à la CGE (devenue Veolia). À l'inverse, Besançon a résisté à la tentation d'alors et a conservé le service de l'eau en régie municipale.

Mais il n'y a pas toujours eu de corruption caractérisée. Les multinationales de l'eau un inventé un concept : le « droit d'entrée ». Pour obtenir la gestion de l'eau, la société privée versait une grosse somme d'argent, une sorte de cadeau à la collectivité, appelé droit d'entrée, contre un contrat. Les sommes ont pu être colossales : 437,5 millions de francs reçus par la ville de Toulouse, par exemple. Mais comment les élus ont-ils pu imaginer une seule seconde que l'entreprise privée n'allait pas se rembourser sur le dos des usagers ? Bien sûr, ponctuellement, les élus en ont tiré un bénéfice puisque l'argent du droit d'entrée était versé au budget général de la collectivité. Grâce à cet apport contestable, la ville de Toulouse en a profité pour diminuer les impôts locaux, Montpellier pour construire un palais des congrès et Lille un stade. En fait l'entreprise privée va se rembourser, sur toute la durée du contrat, en fixant un prix de l'eau qui intègre le fameux droit d'entrée. Et les contrats sont longs : 20, 30, voire 40 ans… Ainsi la facture d'eau acquittée par l'usager se substitue partiellement à la fiscalité locale. Et un peu comme avec la TVA pour l'État, les plus démunis participent aux dépenses de la collectivité au même niveau que les plus riches. Le système du droit d'entrée a été finalement interdit en 1995.

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Quand l'eau devient un business …
Les deux plus grosses entreprises mondiales de l'eau sont françaises : Veolia et Suez Environnement. Pas de quoi être fier pour autant… Pour s'emparer du marché, les entreprises n'ont pas lésiné sur les moyens. Ainsi la privatisation de l'eau de la ville de Grenoble, dirigée alors par le maire de droite Alain Carignon, a défrayé la chronique judiciaire. La gestion de l'eau a été confiée à la Lyonnaise des eaux en 1989. Dans cette opération, la justice a démontré qu'il y avait eu une affaire de corruption de 2 millions d'euros en voyages, financement de campagne électorale et autres cadeaux… et Carignon a fait 29 mois de prison.

Les enseignements de Que Choisir ?
25 ans après la vague de privatisation de l'eau, on commence à avoir un certain recul et on peut esquisser un bilan. C'est un peu ce que fait la revue Que Choisir ? de novembre 2013, en publiant un dossier intitulé « Factures d'eau, des écarts injustifiables ». On y trouve le prix de l'eau de toutes les villes françaises de plus de 60 000 habitants.

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Les comparaisons ont été réalisées sur la base d'une consommation de 120 m3 par an (moyenne d'une famille de 4 personnes), en incluant le montant de l'abonnement. La revue décompose le prix de l'eau en 3 parties : - la part production et distribution d'eau potable, - la part assainissement, - la part Agence de l'eau. Les tableaux de Que Choisir ? sont faciles à lire. Pour autant, la lecture d'une facture peut se révéler complexe. On peut avoir jusqu'à 10 lignes sur une facture avec un ou des abonnements (part fixe) et des contributions versées à différents prestataires facturées au m 3. Ajoutons que jusqu'ici, la TVA était à 5,5 % pour l'eau et 7 % pour l'assainissement et que les petites communes n'étaient pas obligées de s'en acquitter… L'article révèle des écarts considérables dans le prix de l'eau payé par les consommateurs : de 1,50 € le m3 à Antibes à 4,68 € à Béziers. Avec 2,68 € le m3, Besançon est bien placée. Mais surtout, Que Choisir ? explique que, devant l'inflation du prix de l'eau, des grandes villes ont décidé de revenir à la gestion en régie municipale : Grenoble en 2000, Paris en 2010 et Nice en 2015 (prévision). D'autres ont renégocié le contrat avec le privé et ont obtenu des réductions de l'ordre de 30 %, ce qui, au passage, en dit long sur les profits réalisés par ces sociétés. C'est à Antibes que la baisse a été la plus spectaculaire : avec le nouveau contrat signé avec Veolia, le prix de l'eau est passé à 1,50 € le m3 en 2013 contre 3,47 € en 2012.

Le tableau fait apparaitre : - que l’eau coûte très cher aux Ornanais, même si à Morteau-Villers-Les Fins, c'est encore environ 1 € de plus. - que le prix élevé de l’abonnement pénalise, plus que dans les autres villes, les petits consommateurs (personnes seules, ménages sans enfant…). - que les communes de Besançon, Montgesoye et Vuillafans ont eu raison de garder la gestion directe. Le contrat avec Gaz et Eaux étant arrivé à expiration pour la partie « assainissement », la ville d'Ornans pouvait choisir le retour en régie. Mais, au cours du conseil municipal du 26 octobre 2013, la majorité actuelle a néanmoins décidé de reconduire le contrat d'affermage, sans réelle concurrence puisqu'une seule proposition a été maintenue jusqu'au bout. Les 3 élus d'opposition ont voté contre. Et les 5,2% de réduction négociés par Ornans sur la seule part « assainissement » apparaissent bien dérisoires… Le contrat concernant la fourniture d’eau potable se termine en 2015. A Ornans, la liste d'opposition s'est engagée au retour à la gestion en régie de ce service pour retrouver un prix raisonnable de l'eau. Dans le cadre du retour en régie, il serait judicieux aussi de mutualiser les moyens avec les autres communes du secteur. .

Dans la vallée de la Loue
À Ornans, l'eau est gérée par une société privée, Gaz et Eaux. Au contraire, Montgesoye et Vuillafans ont gardé la gestion de l'eau en régie. Le tableau établit la comparaison du prix de l'eau dans ces 3 communes en 2013, sur la même base que l'article de Que Choisir ?, soit 120 m3 par an. Nous y avons ajouté Besançon pour avoir une référence extérieure à la Vallée et le coût pour une consommation de 30 m3 qui montre l'effet de l'abonnement sur le prix payé par les petits consommateurs.

Le cas du Pays de Montbéliard
Au début des années 90, les élus du District du Pays de Montbéliard répondent aux sirènes de la CGE, avec laquelle ils entreprennent de négocier un contrat d'affermage du service de l'eau et de l'assainissement. Le droit d'entrée est conséquent : 150 millions de francs (23 millions d'euros) et la durée du contrat, signé en 1992, est fixée à 30 ans. Le maire de Montbéliard et président du Disctrict, Louis Souvet, était de droite, mais les élus de gauche n'ont guère protesté, trop contents de voir arriver cette manne. La mobilisation de la gauche a donc été très minoritaire et symbolique. Progressivement, ce qui était prévisible est arrivé et le prix de l'eau du Pays de Montbéliard a grimpé Alors qu'il était de 1,85 € le m3 en 1992, sensiblement au même niveau qu'à Besançon, il est de 3,49 € (1) en 2013 contre 2,68 € à Besançon (2). Il y a quelques années, l'Association des usagers de l'eau a été créée et, avec ses 400 adhérents, elle a mis en cause la gestion privée par Veolia (3). Les élus de gauche, revenus aux commandes de l'Agglomération en 2008, ont entendu les arguments des usagers et ont décidé le retour en régie publique pour le 5 février 2015, date de la fin du contrat (4). Et Veolia, s'estimant lésé, a demandé en juillet 2013 95 millions d'euros de dédommagement, pour l'instant sans succès.

Certes la Franche-Comté n'est pas aussi menacée par le réchauffement que l'Afrique ou le Moyen-Orient. Mais si les précipitations devenaient beaucoup plus irrégulières, cela pourrait poser des problèmes d'approvisionnement et de stockage. Cela a été le cas à Belfort et, dans une moindre mesure, à Montbéliard : en 2003, les prélèvements dans le Doubs dépassaient ce que la législation autorise. Côté pollution, on vient d'en voir encore des exemples sur le Dessoubre et le Cusencin au début de mois de janvier 2014. Une étude de 2012 (5) a révélé que le Dessoubre contenait, en moyenne, 437 molécules toxiques différentes : métaux lourds, pesticides divers, PCB, phtalates, etc. Pour chaque molécule, on est en général en dessous du seuil de potabilité, mais on ne connaît pas vraiment les effets combinés des produits (effet cocktail). Et il y a beaucoup trop de nitrates et de phosphates qui, pour l'essentiel, proviennent, des effluents d'élevage et des stations d'épuration. La question du service public de l'eau dans ses différents aspects - production et distribution d'eau potable, assainissement et préservation de la ressource constitue donc aussi un des enjeux importants des prochaines élections municipales. Et certaines villes ont déjà mis en place un tarif progressif – les premiers mètres cubes sont moins chers – pour lutter contre le gaspillage.

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Gérard Mamet

L'eau, un bien commun
Nous le réaffirmons, l'eau n'est pas une marchandise comme les autres et elle doit être gérée par un organisme public. La gestion par un organisme privé a, en outre, un effet pervers : il déresponsabilise les élus par rapport au traitement des eaux usées et à la pollution. On en voit le résultat aujourd'hui avec l'état très dégradé de nos rivières comtoises.

L'eau est donc un bien commun précieux qu'il ne faut pas gaspiller et qu'il faut préserver. Pourtant la ressource est menacée par le dérèglement climatique et par la pollution.

(1) Prix trouvé dans L'Est Républicain du 14 décembre 2013. (2) Calcul réalisé en intégrant le montant de l'abonnement réparti sur une consommation standard de 120 m3 par an pour permettre les comparaisons. En recalculant à partir d'une facture d'eau de Besançon, nous avons retrouvé les chiffres de Que Choisir ? (3) Le contrat a été signé entre le District et la CGE. Celle-ci est devenue entre-temps Vivendi Environnement, puis Veolia. (4) La durée initiale était de 30 ans. Mais l'État a jugé cette période trop longue et a fixé la durée maximum des contrats à 20 ans. La disposition n'est pas rétroactive, mais elle s'applique aux contrats antérieurs à compter du vote de la loi de 1995. C'est pour cette raison que le contrat de Montbéliard se termine légalement en 2015. (5) Saint-Hippolyte : Station du réseau RCS n° 06020500 de l’Agence de l’eau.

Cicadelle et insecticides

TERREUR DANS LE VIGNOBLE
Emmanuel Giboulot, viticulteur en Côte-d'Or, exploite depuis plus de quarante ans 10 hectares de vignes en agriculture biologique. Le 24 février 2014, il passera (enfin... il sera passé, quand vous lirez ces lignes) devant le tribunal correctionnel pour avoir refusé de déverser un dangereux pesticide sur sa vigne. Il encourt jusqu'à 6 mois d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende. forte intensité lumineuse empêche l'insecte de se poser (des expériences ont montré que cette simple mesure est tout aussi efficace que l'insecticide) ; - mais surtout, surtout, c'est en préservant la biodiversité qu'on lutte le mieux contre la cicadelle, car c'est un insecte apprécié par de nombreux prédateurs dans la nature. Le problème est que ces prédateurs, les araignées, la mante religieuse et certains types de punaises, ont aujourd'hui été éradiqués dans les vignes non biologiques, où la faune est ravagée par les insecticides.

Un insecticide qui détruit les abeilles
En juin dernier, pour contrer un risque hypothétique d'épidémie de flavescence dorée, une maladie de la vigne, le préfet de Côte-d'Or a pris un arrêté radical : tous les vignerons devront traiter leur vigne contre la cicadelle, l'insecte qui répand la maladie (1).

La terreur d’une répression judiciaire
En rendant obligatoire l’utilisation de certains produits phytopharmaceutiques dans le traitement de la flavescence dorée, on pose d’énormes problèmes aux viticulteurs engagés en agriculture biologique ou en processus de conversion vers celle-ci. Ils se retrouvent hors la loi en deux temps, trois mouvements et dans le box des accusés, alors qu’ils ont simplement cherché à protéger l’environnement. D’autant plus que dans le cas d’Emmanuel Giboulot, on en est au stade de la prophylaxie et pas encore dans celui de la maladie. En renforçant les défenses de sa vigne, il lui donne des chances d’échapper à la contagion. En attendant, ce viticulteur n’a pas pu se sortir de la toile solidement tissée par les technocrates du ministère de l’Agriculture et les fabricants d’insecticides, pour lesquels il s’agit d’une manne bien juteuse. De quoi effrayer ceux qui se sont engagés dans une démarche respectueuse de l’environnement. Qu’un viticulteur soit obligé de traiter sa vigne est normal, mais qu’il soit forcé d’utiliser des produits obligatoires, polluants, coûteux et qui contrecarrent sa démarche de réduction de pesticides l’est beaucoup moins.

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Le problème est que même l'insecticide le moins polluant contre la cicadelle tue les abeilles et la faune auxiliaire. Il détruit toutes sortes d'insectes, nécessaires à la régulation de la vigne pour éviter les parasites. Or, Emmanuel Giboulot travaille justement depuis plus de 40 ans à préserver les équilibres biologiques de sa vigne. Il décide donc, fort logiquement, de lutter contre la cicadelle en choisissant parmi les nombreux traitements naturels bien connus des agriculteurs bio. Le 30 juillet dernier, un inspecteur de la Direction régionale de l'Agriculture arrive chez lui et décide aussitôt de le signaler au procureur. Emmanuel Giboulot est mis en examen, comme un délinquant (2).

Les alternatives naturelles sont efficaces
Pourtant, contrairement à ce qu'affirment les autorités, il existe plusieurs moyens de protéger les vignes contre la cicadelle tout en respectant l'environnement : - les vignes peuvent être protégées avec des fougères et de l'argile calcinée ; - des pièges à cicadelles existent, et ils sont efficaces (la cicadelle est attirée par la couleur orange) ; - on peut également poser entre les pieds de vigne de la paille d'avoine ou du papier d'aluminium, dont la

La science au secours du vivant
L’INRA (Institut national de la Recherche agronomique) a réalisé des avancées significatives dans le domaine la connaissance du pathogène, du vecteur et des mécanismes qui gouvernent les interactions entre le phytoplasme, la cicadelle et la vigne. Il est indispensable à court terme de proposer des méthodes qui vont permettre de mieux gérer la lutte actuelle et de développer des solutions de lutte alternatives, plus économes en insecticides .

(Source : l’appel sur Internet d’Augustin de Livois, Président de l'Institut pour la Protection de la Santé naturelle)

Suzy Antoine

(2) Un arrêté relatif à la lutte contre la flavescence dorée de la vigne et son agent vecteur est paru au Journal officiel du 31 décembre. Il prévoit le maintien des traitements obligatoires contre la cicadelle, agent vecteur de la maladie, dans les « périmètres de lutte », qui sont constitués des communes contaminées. Cette lutte est réalisée au moyen de produits phytopharmaceutiques autorisés à la mise sur le marché contre cet insecte.

(1) La flavescence dorée est une jaunisse de la vigne causée par un phytoplasme (bactérie sans paroi). La dissémination de cette maladie est assurée par la cicadelle de la flavescence dorée, Scaphoideus titanus. Cet insecte récupère le phytoplasme lors d'une prise alimentaire sur un cep infecté. Lorsque la maladie est déclarée sur une souche, il est impossible de la traiter directement. La seule solution est l'arrachage des souches atteintes et le traitement insecticide pour lutter contre la cicadelle de la flavescence vecteur de la maladie.

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PSA : Le soleil se lève-t-il à l’Est ?
kilomètre, etc.). Persister dans une vision passéiste et patrimoniale du secteur automobile, c’est pour Peugeot prendre le risque, face à un Etat pauvre, que le groupe Dongfeng devienne majoritaire, garde la marque et vide les usines françaises (en raflant au passage tous les brevets, dont l’hybride-air, déposés par PSA). Dès à présent, si nous voulons sauver nos emplois, il faut inscrire les investissements dans la perspective de la transition écologique de notre économie, en associant les salariés à la définition de nouveaux objectifs.

L’Etat français et le groupe chinois Dongfeng viennent d’entrer dans le capital de PSA et lui apporter ainsi l’argent frais nécessaire à une reprise de ses investissements. Pour être efficace sur le long terme, cette recapitalisation devra s’accompagner d’un changement de stratégie industrielle. En Europe, les ventes de véhicules neufs diminuent, dans le reste du monde les taux de croissance se réduisent et la concurrence est féroce. Ce changement de stratégie devra prendre en compte les évolutions des usages de la voiture et la nécessité de protéger notre environnement : les véhicules de demain seront totalement recyclables, petits, consommeront très peu et seront adaptés à une économie de l’usage (autopartage, location, abonnement au

BrigitteMonnet et PhilippeChatelain
Porte-parole

Au boulot, fainéants !

LA COMPLAINTE DE L'ACTIF SONDÉ
61 % des personnes sondées pensent qu’il faut radier de Pôle emploi les personnes qui refuseront une proposition d’emploi. Il faudrait peut-être expliquer qu’une radiation impose pendant au moins deux mois de ne plus percevoir aucune indemnité et que, si la personne est au RSA, le signalement est fait au Département, qui en supprimera le versement. Il restera donc les solutions suivantes pour la personne radiée : si elle vit en couple avec une ou un conjoint, se faire pardonner par sa moitié ; si elle vit seule avec enfants, les emmener faire la manche ; si elle n’a pas de famille, pas d’amis, s’immoler à la CAF, chez Pôle emploi ou ailleurs (le choix est vaste), ou plus raisonnablement jouer au Loto (mais ça marche très, très rarement), voler son prochain ou cambrioler un magasin (mais c’est risqué, même si les cagoules ne sont pas chères ; et passé 40 ans, on court moins vite)... Pour en revenir aux sondés, j’aimerais leur conseiller de se tourner plutôt vers ceux qui ont privé d’emploi plus de 2 millions de personnes, vers les entreprises qui délocalisent, les fonds d’investissements qui jouent avec l’avenir des entreprises (genre Monopoly), vers les actionnaires et vers les gouvernements, dont le nôtre, qui favorise la précarité des personnes en faisant un magnifique cadeau de 30 milliards d'euros aux employeurs. - que les gens acceptent de travailler à la chaîne malgré un master en évènementiel ou une licence DCG (1) : je conseille dans ce cas de postuler plutôt dans les centres de téléphonie, où il y a moins de maladies professionnelles, à part la crise de nerf à force de se faire engueuler par les clients pas contents du tout ; - qu'ils se résignent à bosser dans un champ pour ramasser des légumes bio, pour 600 euros net par mois (c’est de l’insertion) ; - ou à travailler la nuit en laissant les gosses livrés à eux-mêmes ou placés dans des familles d’accueil ; - ou au SMIC malgré 30 ans d’expérience professionnelle et un BAC +++ ; - à moins qu'ils ne partent travailler en Roumanie pour 360 euros par mois (ils peuvent aussi faire l’aller et retour tous les jours, à ce prix-là, pour profiter un peu de leur famille ou de leur maison qu’ils ne peuvent pas vendre) ; - ou que leur soit imposée une formation, mais pas plus que le bac, les diplômes supérieurs ont une prise en charge trop coûteuse.

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Je me demande si les 61 % en question accepteraient ces
mêmes propositions. Zut, j’oubliais : eux ont certainement la sécurité de l’emploi... Moi, personnellement, non, et les salariés de la librairie Chapitre, à Montbéliard, certainement pas non plus, eux qui bloquent les stocks de leur ancien magasin pour partir avec des indemnités décentes et dénoncer en même temps les pratiques du fonds d’investissement américain qui a contribué à la disparition de dizaines de librairies en France. Les pauvres sondés, rassurons-les un peu : 99 % des précaires ne pensent qu’à « toucher le RSA ». Ben oui, ça aide... en attendant que la crise passe et que le bon job arrive… 99 % des privés d’emploi vivent le bonheur ultra de ne plus souffrir de cadences infernales au travail, de boulots mal payés ; ils profitent pleinement de leurs

Pour sortir de la précarité, 61 % des Français souhaiteraient donc :
- que la jeunesse sans expérience professionnelle accepte un emploi payé 55 % du SMIC, sans formation sanctionnée par un diplôme, avec des horaires de travail entre 4 h du matin et 21 h le soir ? C’est ce qui est proposé dans certaines grandes surfaces, genre contrat de professionnalisation, avec à la clé une « certification à travailler dans les grandes surfaces et reconnue par la profession » (je cite un conseiller Pôle emploi) et « la chance d’être embauché en CDI » (taux d’embauche CDI : 1 %) ;

enfants, font la grasse matinée, la fête en semaine, du sport (la marche, c’est bon pour la santé) ; ils profitent de leur retraite par anticipation tant qu’ils sont jeunes... et sont ravis de ne plus entendre ce discours : trop jeune, trop vieux, trop femme, trop potentiellement enceinte, trop noir, trop d’enfants, trop gros, trop moche, trop expérimenté... Ils connaissent également le bonheur suprême de vivre la procrastination... Trêve de plaisanterie : il serait peut-être temps de se poser les bonnes questions, de se pencher sur l’avenir

que l’on propose aux personnes en précarité. Refuser l’ANI (2) et le pacte de responsabilité et faire pression pour que le gouvernement se mette sérieusement au boulot, ce serait déjà un bon début, non ?...

Estelle Chardon

(1) Diplôme de comptabilité et gestion. (2) Accord national interprofessionnel.

UN MOIS, ÉMOIS, ET MOI
Plumes. À Rome, le 27 janvier, goélands et corbeaux attaquent d'innocentes colombes que vient de lâcher le pape depuis sa fenêtre, place Saint-Pierre. Halte à la christianophobie ! accessoirement auteur de « bons mots » qui font s'esclaffer les journaleux. Maintenant, je sais pourquoi Bartolone est un de mes socialistes préférés (1).

Minus. Pour Henri Guaino, « Hollande est un
petit monsieur ». Rappelez-moi : Guaino est un grand quoi, déjà ?...

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Dessin publié avec l’aimable autorisation de Charlie Hebdo Dessin publié avec l’aimable autorisation de Charlie Hebdo

Défense. Avant, on pouvait être poursuivi pour atteinte au moral de l'armée ; aujourd'hui, l'armée est démoralisée sans qu'on lève le petit doigt. O tempora, o mores ! Ténèbres. Le parti néonazi grec Aube dorée veut
changer de nom. Il va s'appeler Nuit brune ?

Succès. En 2013, les exportations françaises
d'armement ont bondi de 30 % par rapport à 2012. Je ne voudrais pas avoir l'air de donner des conseils, mais en faisant encore un effort, on devrait pouvoir résoudre nos problèmes financiers, non ?

Stalinien. Les Izvestia demandent au président
ukrainien d'« écraser le serpent venimeux », c'est-à-dire l'opposition. Faut dire qu'elle est composée de vipères lubriques et de renégats hitléro-trotskistes.

Immixtion. Après la publication d'un rapport de
l'ONU très sévère pour le Vatican, ce dernier dénonce « une tentative d'ingérence » à propos de remarques sur sa doctrine en matière de contraception, d'avortement et d'homosexualité. Ce n'est plus l'hôpital qui se fout de la charité, c'est carrément Zahia qui se fout de la Sainte Vierge !

Copains. Il paraît que Claude Bartolone « s'entend bien avec André Santini », député-maire UDI d'Issy-lesMoulineaux, plusieurs fois épinglé par la justice et

Soupe. Avec 40 tubes matraqués à longueur d'antenne et des animateurs aussi fins que Cauet, NRJ, devenue première radio de France en 2013, réunit quotidiennement près de 7 millions de Français. Quand je vous dis qu'on est mal barré... Quotas. Après la votation du 9 février en Suisse,
François Fillon estime « naturel » qu'un pays veuille « réduire le nombre d'étrangers sur son territoire ». Moi, c'est le nombre des cons que je voudrais réduire sur le mien : c'est naturel, m'sieur Fillon ?

Cocorico. Parmi les gens qu'il faudra un jour sinon pendre, du moins rouler dans le goudron et les plumes, il y aura forcément des journaleux, et en particulier tous les journaleux sportifs. Ça leur apprendra à enconnifier les gens avec leur intérêt exclusif pour la Frrrance et les Frrrançais que ces salauds d'étrangers font rien qu'à empêcher de tout gagner.

Dessin publié avec l’aimable autorisation de Charlie Hebdo

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Anti-tout. Temps pourri sur la Bretagne : vivement que les Bonnets rouges saccagent les stations météo !

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BenêtE. Devançant nettement Manuel Valls, Najat
Vallaud-Belkacem (Droits des femmes) devient la ministre la plus populaire du gouvernement. Dans mon sondage personnel effectué auprès de moi-même, elle dégringole en revanche pour avoir cru finaud de lancer un concours nommé « ÉgalitéE ».

De profundis. Pete Seeger et Cavanna sont morts, Pascal Obispo et Marc Levy sont toujours vivants. Foutu mois de janvier !... Gérard Roy

Stades. Selon la Confédération syndicale internationale, l'organisation du Mondial de foot au Qatar pourrait coûter la vie à près de... 4 000 ouvriers travaillant sur les chantiers ! Les footeux et les supporteurs, ça devrait leur en toucher une sans faire bouger l'autre : quand on aime, on ne compte pas. Shockingski. L'autorité fédérale de surveillance
d'internet et des médias en Russie, Roskomnadzor, veut obliger les musées à soustraire tous les nus à la vue des mineurs et prépare une plaquette - « Prudence, art ! » pour mettre en garde contre les excès de l'art contemporain. Sont pas mal non plus, les Copé et les Boutin russes.

(1) Bon, cela dit, notre Jean-Vincent Placé entretient avec Dassault des rapports cordiaux, alors…

Fusils. L'Albanie interdit la chasse sur son territoire pour une durée de deux ans : les socialistes albanais sont moins nuls que les nôtres. (Qui a dit : « C'est pas bien difficile » ?)

Dessin publié avec l’aimable autorisation de Charlie Hebdo

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Choisissez votre pont!

14, rue de la République 25000 Besançon / 03 81 81 06 66 / http://franchecomte.eelv.fr/

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